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lésion , ou bien les troubles d'une fonction : nous nous contentons de déclarer que les symptômes fébriles ont leur raison d'existence dans un de ces états morbides; mais d'autres personnes, désireuses de découvrir l'enchaînement des phénomènes , ne s'en tiennent pas là , et, croyant pénétrer plus avant dans la nature des choses , n'hésitent pas à soutenir que le mouvement vital qui constitue la fièvre , et qui paraît bien être subordonné à la lésion , n'en est pas moins la cause de beaucoup d'autres phénomènes que l'on attribue à tort à la lésion organique ou fonctionnelle. Ainsi, disent-ils, le mouvement fébrile ne peut exister un certain temps sans que l'excitation qui en résulte ne donne lieu à un accroissement momentané, ou à la diminution des mouvements interstitiels qui ont leur siège dans les tissus. Les sécrétions, par exemple, sont si fréquemment altérées dans la fièvre, que l'on a prétendu qu'elles servaient à la juger. «Ce qui doit facilement distinguer les fièvres des autres maladies, dit Gaffin , etsurtoutdes phlegmasies avec lesquelles elles offrent quelques points de ressemblance , c'est une sécrétion abondante de fluide qui commence avec la maladie , ne s'interrompt point pendant tout son cours , et ne finit entièrement qu'avec elle. Ce phénomène, le plus évident de tous , est également celui qui a le plus frappé l'attention des médecins » [Truite des fièvres essentielles^ t. u , p. 7, in-8 ; Paris , 1811). Nous avons dit ailleurs quelle est la véritable interprétation que l'on doitdonner des phénomènes critiques(voy.(7me); nous devons seulement rappeler que les flux anormaux qui s'effectuent dans le cours ou à la fin des affections pyrétiques ne peuvent être considérés le plus ordinairement que comme des accidents propres à la lésion des tissus et aux troubles fonctionnels qui causent la fièvre ou compliquent la maladie principale. 11 faut donc les faire dériver de la même origine que le mouvement fébrile. Mais en est-il de même dans tous les cas , et n'y aurait-il pas lieu de rechercher si dans les maladies fébriles l'accélération de la circulation , le mouvement plus précipité et plus étendu qui en résulte dans le fluide sanguin ne pourrail pas à lui seul modifier les fonctions de sécrétion? Plusieurs raisons semblent militer eu faveur de celte manière de voir ; mais on comprend que, dans la fièvresymplomatique d'une lésion bieu délermiuéeou résultant de la simple excitation du système vasculaire, tous les organes, recevant plus de sang et étant plus fortement excités que dans l'état physiologique, fonctionnent avec une activité anormale; aussi les appai cils de sécrétion, en vertu des fonctions qui leur sont dévolues, prennent-ils nue part plus grande que les autres à cette suractivité ? de là ces flux de toutes espèces qui sont en rapport, dans ce cas, avec l'excès de nutrition, liu reste, hâtons-nous de dire que tel n'est
pas ordinairement la cause des sécrétions qui se montrent dans le cours des maladies.
Il y a aussi dans différents viscères des congestions sanguines que Ton a attribuées au mouvement fébrile. Elles se traduisent par des symptômes variables : tantôt par l'augmentation du volume des organes parenchymateux , au sein desquels eiUs s'effectuent; tantôt par des hémorrhagies survenant sur différentes membranes. Quelques auteurs n'hésitent pas à considérer comme des congestions dues au mouvement fébrile plusieurs de ces injections capillaires et des gros rameaux de l'intestin que l'on rencontre chez les sujets qui succombent dans l'état fébrile. Pour d'autres , certaines congestions et engouements pulmonaires, cérébraux, etc., n'ont pas d'autre origine. Les médecins des derniers siècles, partisans des théories physiques de Borelli, ont cherché à expliquer par le frottement et l'attrition que produit la colonne sanguine fortement agitée dans ses vaisseaux plusieurs désordres de l'état fébrile; ils ont aussi expliqué par leurs théories favorites la congestion viscérale. Nous n'avons pas à examiner ici les pteuves en général reu convaincantes qu'ils ont apportées à l'appui de leur opiniou. Des anatomo-pathologistes distingués de notre époque rapportent à la fièvre une foule d'altérations dont le siège et la nature sont très-différents : telles sont les congestions des parenchymes riches en capillaires , les hémorrhagies. Il est très-difficile de juger définitivement cette influence du mouvement fébrile. En effet , quand celuici dépend d'une maladie qui a persisté un certain temps , on peut soutenir que l'altération du sang et des autres éléments qui entrent dans la constilulion des organes prend plus de part à la production du phénomène dont nous parlons que le mouvement fébrile lui-même. Un malade est affecté d'une phthisie tuberculeuse , de fièvre typhoïde ou de toute autre maladie qui entrelient un mouvement fébrile continue; on trouve à l'ouverture de son cadavre des congestions, des stases de fluide séreux, etc.; qui oserait affrmer que ce sont là les effets de la fièvre plutôt que de l'altération générale surveuue dans tout le solide vivant? Il est fort important de savoir si le sang est modifié par le mouvement fébrile ou par les phlegmasies qui y donnent lieu. Cette question est restée sans solution jusque dans ces derniers temps , parce qu'on ne possédait pas de moyeus d'analyse assez rigoureux pour découvrir les changements que subit le fluide en circulation. Aujourd'hui nous sommes plus avancés et en mesure de fournir des documeuts d'un grand intérêt, mais non définitifs, sur ce point de pyrétologie, grâce aux travaux de MM. Amiral et Gavarret. Ces auteurs , dans deux mémoires lus récemment à l'Académie des sciences , ont établi que la fibrine est toujours augmentée dans toutes les phleg-
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masies qui méritent réellement ce nom, «et que, ?ans 1'inlervention du travail local qui constitue celle-ci , la fièvre seule , quelles que soient son intensité et sa durée, n'a pas pour effet d'augmenter la quantité de fibrine que le sang doit contenir.» On peut en citer pour preuve les altérations du sang dans la fièvre typhoïde et les fièvres éruptives. En effet , s'il est des maladies dans lesquelles le mouvement fébrile est, intense et prolongé , ce sont bien celles-là. Eh bien ! dans tous ces cas, la fibrine, loin d'augmenter, diminue. En présence de ces résultats intéressants et rigoureux, que penser des théories physiques qui voulacint que le frottement répété du sang contre les vaisseaux rendit le liquide plus riche en fibrine, et plus plastique.
Phénomènes étrangers à l'élat fébrile. — Parmi les symptômes dont l'ensemble forme l'état fébrile, il en est un grand nombre qu'on lui a rapportés, à tort, à l'époque où, la localisation n'étant pas as>.e/. avancée, il était difficile de faire le départ des différents symptômes pour attribuer chacun d'eux à leur véritable origine. «Les fièvres, ditCaffin, n'offrent qu'un petit nombre de symptômes particuliers... C'est ce qui paraît extraordinaire à ceux qui, n'en circonscrivant point le siège, et les supposant répandues dans toute l'économie, empruntent de chaque organe des symptômes propres à en former le caractère» ( Traité analytique des fièvres essentielles, t. n, p. 4 , in- 8°; Paris, 1811 ). La douleur, l'adynamie , l'excitation, la nausée, le vomissement, la diarrhée , les flux bilieux ou muqueux , les sueurs abondantes , les convulsions partielles ou générales , soit toniques , soit cloniques , le délire , le coma , et tous les signes de putridité et de malignité , la fuliginosité des îèvres , des dents , de la langue , etc., ne sont nullement des symptômes propres à l'état fébrile. Ils se présentent, il est vrai, dans la plupart des maladies auxquelles ou a donné le nom de fièvres; mais ils ne tiennent pas nécessairement à la cause qui produit l'accélération du pouls et la chaleur fébrile , puisqu'on les retrouve dans des maladies où cet état du pouls et de la température n'existent pas ( fièvre lente nerveuse, muqueuse , fièvre épidémique de Naples , etc. ); et réciproquement on voit des maladies, la pneumonie , la pleurésie , l'ophthalmie, par exemple, donner lieu à l'accélération du rouis et à la chaleur, sans que les symptômes dont nous avons parlé se produisent. 11 faut donc en conclure que ces symptômes se rencontrent fréquemment dans les maladie-, niais qu'ils sont indépendants les uns des autres ; qu'il y a des maladies avec mouvement fébrile sans symptôme d'adynamie et d'ataxie; c'est ce qui nous porte à dire que le mot fièvre destiné à désigner ces affections est vicieux. En effet, pourquoi donner ce nom à des maladies où il n'y a pas d'accélération du
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pouls et température anormale , ces deux signes les plus positifs de la fièvre ? Pourquoi ne pas leur assigner une toute autre dénomination? On dit bien pneumonie , pleurésie , variole , rougeole : pour quel motif n'emploierait-on pas une expression analogue pour désigner ces maladies , constamment qualifiées du nom de fièvre P Nous aurons occasion de revenir sur ce sujet en traitant des fièvres, et d'agiter plus amplement cette question. Ce que nous voulons prouver au lecteur, c'est que la fièvre n'est plus qu'un vain mot qui doit être rayé de la nomenclature médicale si on ne lui accorde pas une signification précise. Or, pour lui donner cette valeur, il faut nécessairement s'entendre sur les symptômes qui nous révèlent cet état pathologique qu'on appelle fièvre. L'altération de la température et de la circulation nous paraissent être les signes les moins douteux de la fièvre ; nous allons même jusqu'à dire que quand ils n'existent pas , on est fondé à dire qu'il n'y a pas fièvre , et à chercher une autre expression pour désigner l'état pathologique en question.
Mode de succession et durée des symptômes fébriles. — Nous ne voulons pas tracer ici la marche que suit la fièvre, considérée d'une manière générale , parce qu'il ne résulterait de cette description que des idées abstraites incapables de diriger le médecin , soit dans le diagnostic , soit dans le traitement des fièvres. 11 est cependant quelques remarques qui doivent trouver place ici. Les symptômes fébriles se rattachant à deux sortes de maladies, les unes qui accomplissent toutes leurs phases en un temps fort court, les aulres dans un temps plus long et illimité , on a pu distinguer deux formes principales à ce symptôme, l'une aiguë, l'autre chronique (F. aiguë chron.)
On a établi dans la fièvre, comme dans les autres maladies , plusieurs périodes pendant lesquelles les phénomènes offrent des variations intéressantes pour le pathologiste. Ces périodes sont le début, l'accroissement , Télat , et le déclin , auxquels on peut ajouter encore la crise, la guérison de la fièvre. C'est ce que Boerhaave a exprimé avec sa précision habituelle dans l'aphorisme suivant : «Initia, incrementa, olatus , decrementum , crisis , mutatio, sanatio fe- « bris , varia sunt in ipsis acutis et singularibus» (Aphor. ."/JO ).
Il importe beaucoup, en pathologie, de déterminer l'époque précise à laquelle a débuté le mouvement fébrile; c'est seulement ainsi que l'on peut arriver à ( onnaltre la durée exacte de la maladie. Le sentiment (1rs auteurs varie à ce sujet. Les uns veulent, avec Aétius , que l'on faste dater le début de l'instant même où le malade prend le lit; mais celte méthode est trop arbitraire, et expose à de nombreuses erreurs, ainsi que Galieu eu avait déjà fait la remarque (/Je dicl>us dccrcloriis, lib. i,eap. fi ). Iiippocralcconsul-
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tait surtout l'état des forces et la sensibilité générale : « Lassitudines spontaneas futuros morbos pisesagire» (Aphor. y sect. h, n° 5 ) : «Observare itaque opor- «tet primum diem, quo aeger debilis essecaepit, «cognito unde, et quando , principio : id enim nosse «prœcipuurn existimatur» ( Demorbor. acut. vict., Com. iy ). Notre opinion , d'accord avec celle de Boerhaave, diffère essentiellement de celles que nous venons d'indiquer. Nous pensons que , pour éviter l'erreur, il est nécessaire que tous les pathologistes établissent une règle invariable qui leur serve de point de départ ; et nous croyons que , de tous les symptômes, les plus saillants et ceux qui manquent le plus rarement sont les troubles de la calorification, de la circulation et de l'innervation ; le frisson, ou la chaleur, la fréquence du pouls , la courbature , nous paraissent donc les symptômes les plus capables démarquer le début du mouvement fébrile et des maladies pyrétiques : «Febris initium erit, quando pulsûs « velocitas augeri incipit» (Comment., t. n, p. 63). «Omnis febris hactenus observata, quae à causis in- « ternis oritur, incipit primo cum sensu frigoris , « concussions , horripilationis , majori , minori « brevi , diuturno , inlerno , externo , pro varietate «subjecli , causae febris ipsius» ( Aphor. , p. 575 ). Nous n'ajouterons rien à cette phrase de Boerhaave , qui exprime plus nettement et avec plus d'exactitude tout ce que l'on peut dire sur les symptômes de début de la fièvre que toutes les discussions auxquelles on s'est livré depuis sur le même sujet.
Le début de la fièvre comprend toute cette époque durant laquelle les symptômes n'augmentent pas sensiblement d'intensité : «Girca morborum princi- «pia... omnia imbecilliora , dit Hippocrate ; ateirca «vigores vehementiora. »
Pendant la période d'accroissement (adscensus , ocvàêacnç ) , on voit toutes les fonctions se troubler, et prendre part à l'état fébrile, en même temps que les symptômes de celui-ci deviennent plus violents. Galien voulait qu'ily eût des signes manifestes de coction avant de prononcer que la fièvre était parvenue à sa période d'accroissement; mais celte manière de voir ne saurait être adoptée , elle recule trop celte période de la fièvre.
Dans la période d'état ( status , àxpi ), la chaleur fébrile , l'accélération du pouls , et l'excitation de tout le système sanguin , les troubles du système nerveux, ont acquis tout le développement qu'ils auront dans la fièvre; ils ne peuvent plus que décroître. La stade de chaleur d'une fièvre intermittente qui est peu violente représente assez fidèlement le tableau que présente un fébr ici tant dont le mal est ai rivé à la période d'état: chaleur extrême de la peau, flux abondant de sueur, turgescence de la face et de tous les capillaires sanguins , force et ac-
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sure des membres , coliapsus de l'intelligence, soif vive, anorexie, urines coloiées et sédimenteuses, tels sont les symptômes de la période d'état.
Arrivés à ce point , les phénomènes décroissent, et ceux qui persistent le plus longtemps sont encore ceux qui se sont montrés les premiers , et qui ont le plus d'importance. Le pouls reste fréquent ou s'accélère à certaines heures du jour, et la chaleur de la peau , précédée ou non de frisson , persiste ou reparaît.
Les symptômes fébriles ont quelquefois une durée excessivement courte (fièvre éphémère ) ; dans un grand nombre de cas, ils ont une durée assez longue, et marchent sans interruption. On donne aux maladies qui présentent cette succession non interrompue de symptômes le nom de fièvres continues; par opposition, on appelle fièvres intermittentes celles dans lesquelles les symptômes durent pendant une ou plusieurs heures , et même pendant un jour, mais cessent entièrement, pour reparaître à une époque et à une heure assez fixes. Enfin, il est un autre genre de fièvres appelées exacerbantes , subcontinues , rémittentes j -paroxysmalcs , etc. , parce que les symptômes fébriles, sans cesser un seul instant, prennent cependant à certaines heures et à certains jours un accroissement notable. On les a crues pendant fort longtemps formées d'une fièvre continue et d'une fièvre intermittente. Nous avons rappelé ces divisions , parce qu'elles sont établies sur la marche et la durée des symptômes fébriles. Nous les ferons connaître avec plus de détail quand nous traiterons des fièvres.
On a dit qu'il fallait bien plus s'attacher aux caractères des symptômes, afin de découvrir la nature de la lésion qu'ils annoncent et le siège de cette lésion, qu'à l'ordre dans lequel ils se manifestent (Boisseau , Pyrétologie physiologique , in-8°, p. 538 ; Paris , 1 823). Cette proposition nous paraît erronée ; car, s'il est vrai que les phénomènes morbides offrent, en général , trop de variations pour servir de caractères essentiels à la maladie, il n'en est plus de même de l'ordre qu'ils affectent les uns par rapport aux autres : il est impossible , par exemple , de ne pas reconnaître uniquement , d'après celle considération , que la fièvre intermitlenle est d'une autre nature que la continue.
Nous nous garderons bien de parler des terminaisons de la fièvre : elles sont aussi variables que les maladies dont elle est le symptôme; tout au plus pourrait-on indiquer les crises et la solution des maladies qui a lieu par ce moyen comme une terminaison générale de la fièvre : mais , nous l'avons déjà dit , les crises ont été observées dans les maladies avec fièvre , et rien ne nous force à admettre qu'elles soient l'effet du mouvement fébrile plutôt
que des lésions primitives ou consécutives que l'on rencontre clans ces fièvres.
Diagnostic. — Les symptômes fébriles étant une fois connus, il s'agit de les distinguer des symptômes plus ou moins analogues que présentent d'autres maladies non fébriles. Une recherche plus importante encore que celle-là consiste à trouver la nature et le siège de la lésion qui la provoque. Nous nous occuperons de cette recherche dans une autre partie de cet article. Il semble , au premier abord , que rien ne soit plus facile que de distinguer l'état fébrile des autres états morbides. On va voir qu'il n'en est pas ainsi , et que si l'étude des fièvres est restée longtemps voilée par d'épaisses ténèbres , cela tient , sans aucun doute , à ce que Ton a compris sous ce nom des maladies qui s'en rapprochent en plusieurs points, et qui ont avec elles des rapports éloignés. Commençons d'abord par établir que les symptômes fébriles peuvent manquer dans des affections qui les présentent constamment, telles que la pneumonie , la pleurésie , et quelques autres lésions bien circonscrites ; mais ces cas sont beaucoup plus rares qu'on ne l'a dit, et n'ont pas empêché les auteurs de considérer ces affections comme étant constamment fébriles. S'il est des maladies ordinairement pyrétiques dans lesquelles ces symptômes font défaut, il en est d'autres qui ne peuvent être regardées comme des fièvres, et qui donnent lieu à de l'accélération du pouls, au frisson et à la chaleur pyrétiques. De ce nombre sont les hémorrhagies, et des lésions organiques entraînant la cachexie. Les hémorrhagies simples , c'est-à-dire celles qui se font par exhalation, sans lésion appréciable du sang, s'annoncent souvent par un frisson bientôt suivi de chaleur, de sueur, avec battement violent et accéléré du cœur et des artères (hémorrhagie active). Ne sont-ce pas là des symptômes fébriles, et ne doit-on dire que dans ce cas il y a fièvre ? Cette question n'est pas douteuse pour nous. Les névroses , les névralgies , ou toute autre affection ordinairement apyrélique, peuvent s'accompagner de fièvre, être fébriles; c'est au médecin à savoir si c'est la règle ou l'exception. On objectera peut-être qu'il n'y a plus alors moyen d'établir des classifications nosographiques. Nous ne sommes pas chargés en ce moment de lever les difficultés de ce genre , mais de constater un fait qui n'est pas rare en pathologie ; et, d'ailleurs, pourquoi a-t-on classé les maladies d'après leurs symptômes? Il y a des maladies auxquelles on a donné le nom de fièvres intermittentes larvées , parce qu'elles affectent la même périodicité que les fièvres de ce nom. Il est facile de les distinguer des maladies fébriles , puisque , dans la majorité des cas , aucun mouvement pyrétique ne les accompagne. C'est donc à tort qu'on les appelle, dans ce cas, fièvres larvées : | elles n'ont rien des maladies fébriles; elles ne possè-
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dent de commun avec la fièvre intermittente que la périodicité des symptômes, et Je privilège de céder à l'emploi du quinquina et de ses préparations ; en un mot, ces fièvres larvées, qu'il est impossible de confondre avec les véritables fièvres, ne sont que des maladies périodiques sans fièvre.
Des causes du mouvement fébrile. — Nous venons de présenter le tableau des principaux symptômes de l'état fébrile ; il s'agit maintenant d'en rechercher les causes diverses, non pas ces causes occultes sur la nature desquelles on a trop longtemps disserté, et qui, fort heureusement, n'excitent plus aujourd'hui qu'un médiocre intérêt, mais les causes appréciables qui peuvent exister dans les humeurs ou dans le solide vivant. C'est à cette étude que nous allons consacrer quelque développement : elle servira, en quelque sorte, d'introduction naturelle à l'histoire des fièvres.
1° Altération locale. — Si l'on veut prendre une idée bien nette de cette cause première de la fièvre, on n'a qu'à supposer l'existence d'une lésion traumatique survenue chez un sujet sain , et produisant des symptômes locaux accompagnés de fièvre : telle serait, par exemple, une plaie déterminée sur la peau, ou dans la profondeur des organes, par un instrument tranchant ou par une opération chirurgicale ( fièvre traumatique ).Le phlegmon est une maladie du même genre, mais déjà moins simple que l'exemple précédent. On doit encore ranger parmi les maladies circonscrites et fébriles toutes les inflammations locales, soit des parenchymes, soit des membranes, soit d'autres tissus complexes. Les inflammations du poumon , du foie», des reins, de la plèvre, du péritoine, etc., constituent une classe d'affections qui ont été considérées par tous les nosographes comme ayant pour compagne inséparable la fièvre. Toute irritation inflammatoire locale réagit sur la circulation et les autres fonctions de l'économie, de manière à produire la fièvre : aussi quelques auteurs n'ont-ils pas craint de proclamer que l'irritation inflammatoire ne diffère pas de l'irritation fébrile. Nous ne pouvons expliquer comment des hommes adonnés aux éludes cliniques ont pu agiter longtemps une semblable question , et surtout comment ils ont fait pour la résoudre dans un sens affirmalif : il fallait certainement qu'ils fussent sous le coup d'une étrange préoccupation pour admettre que toute fièvre est due à une irritation locale plus ou inoins étendue ( voy. Boisseau, Pjrétologie , p. 580 ; Broussais , Examen des doctrine» ; De l'irritation et de la folie, passim . Nous sciions fortement blàmis Si nous consacrions aujourd'hui quelques pages à combattre de telles a— «liions, qui. publiées naguère, semblent déjà
avoir vieilli de plusieurs siècles, lanl la médecine a
f,ut de progrès rapides depuis cette époque. Qu'il nous soit permis seulement de rappeler que les fièvres,
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comme la peste , la fièvre jaune , le typhus , la morve, les exanthèmes, et tant d'autres maladies, ne sont nullement des inflammations ; que cependant elles sont pyrétiques au plus haut degré ; qu'ainsi donc l'irritation fébrile, dénomination mauvaise, qu'on ne saurait trop blâmer, puisqu'elle suppose connue l'essence du mouvement fébrile, qui ne l'est en aucune manière, que le mouvement fébrile, disons-nous , est tout à fait distinct de l'inflammation ou irritation inflammatoire.
Les phlegmasies occupent la première place parmi les causes de la fièvre , soit en raison de leur fréquence, soit en raison de la constance même de l'apparition du mouvement pyrétique. Les phlegmasies aiguës ont surtout le privilège d'émouvoir la circulation ; il en est de même des phlegmasies chroniques, quoique à un moindre degré. Broussais est le premier qui ait appelé l'attention des pathologistes sur ce point essentiel , et démontré l'existence d'une foule de phlegmasies du plus faible degré qui avaient été méconnues avant lui. Disons, toutefois, que l'on a comprissous le titre à? inflammations chroniques des maladies dont le caractère inflammatoire est plus que douteux. C'est ainsi que l'on a considéré comme appartenant à la gastrite chronique l'ulcération , le ramollissement , l'hypertrophie , l'induration simple ou cancéreuse de l'estomac, et ainsi du reste. Le mot inflammation , pris dans un sens si général, a fini par ne plus rien signifier: aussi n'est-il point surprenant que ces maladies se manifestent sans fièvre, puisque leur caractère inflammatoire est plus que contestable. Est-ce à dire pour cela que les véritables phlegmasies chroniques, celles qui méritent réellement ce nom , puissent exister sans produire la fièvre ? 11 est nécessaire d'entrer dans quelques détails à cet égard.
On ne sait pas encore aujourd'hui quels sont les caractères incontestables des inflammations chroniques , et l'on n'est même pas encore parvenu à s'entendre sur le véritable sens de ce mot inflammation. On a souvent pris pour des phlegmasies chroniques , soit des reliquats de l'inflammation aiguë , soit des altérations d'une toute autre nature. Une discussion approfondie sur cette matière nous entraînerait trop loin, et serait hors de propos; mais ce qu'il nous importe d'établir, c'est que toutes les phlegmasies chroniques sont loin de déterminer la réaction fébrile et ses symptômes : il en est quelques-uues , soit primitives, soit consécutives à l'inflammation aiguë, qui re te ni complètement apyrétiques. Ne voit-on pas tous les jours des pleurésies , des péritonites , des rhumatismes articulaires, <\c$ bronchites chroniques, parcourir toutes leurs phaes sans qu'il y ail chaleur, accélération du pouls, ni d'autres symptômes fébriles. Toutes les inflammations que nous venons de
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nommer ne sont pas dans ce cas, et souvent une fièvre très vive en marque tout le cours. A quoi peut tenir une telle différence ? On a remarqué que les phlegmasies chroniques dans lesquelles il y a sécrétion purulente sont plus souvent accompagnées de fièvre que celles qui se terminent par la formation de fausses membranes , d'adhérences, d'induration , ou en déterminant la sécrétion d'un fluide séreux susceptible d'être résorbé ou peu disposé à s'altérer. Enfin , la vitalité faible de certains tissus explique Irès-bien l'absence de la fièvre. C'est ce que Broussais a clairement démontré dans les prolégomènes de son Histoire des phlegmasies chroniques : «Dans les phlogoses sanguines aiguës de caractère phlegmoneux ou occupant une grande étendue dans une membrane viscérale, forte fièvre. Il en est de même par les progrès de la maladie , et sa prolongation dans l'état chronique, avec suppuration, ulcère. » Dans les phlogoses sanguines des organes peu fournis de capillaires rouges ou Irès-circonscrites dans des membranes, la fièvre est moins aiguë , ainsi que dans l'état chronique avec suppuration et ulcère de ces mêmes tissus. Dans les phlogoses lymphatiques, ou l'irritation simple des faisceaux capillaires blancs, la fièvre est nulle» (loc. cit. , t i, p. 65 et 6G; 1826).
De tout ce qui précède , on doit conclure que les irritations inflammatoires aiguës sont, pyréliques dans presque tous les cas, quels que soient leur siège et leur étendue; la fièvre cependant subit de grandes variations sous le rapport de son intensité et de sa durée. Quant aux inflammations chroniques, elles ont une influence moins marquée sur la production du mouvement fébrile, et il en est un grand nombre qui n'ont pas le pouvoir de l'exciter. Ainsi donc , ce serait émettre une erreur que de dire avec quelques médecins que l'irritation fébrile est la compagne inséparable de l'irritation inflammatoire, même en supposant que l'on ne donne cette dernière qualification qu'à des maladies qui la méritent.
D'autres maladies que des inflammations s'accompagnent de fièvre; mais alors c'est en vertu, tantôt d'une inflammation consécutive, tantôt en déterminant une vive douleur, en gênant une fonctiou, ou enfin en altérant différentes humeurs de l'économie. Quoi de plus commun que la fièvre dans le cours de la phthisie tuberculeuse du poumon, dans les cancers parvenus au dernier degré , dans les hémorrhagies , dans la gangrène , etc. Dans tous ces cas, la fièvre est toujours produite, soit par l'irritation inflammatoire locale , soit par la gêne que la lésion apporte à l'accomplissement de la fonction , ou par la résorption de matières élaborées par les tissus malades. Nous allons revenir sur toutes ces causes de fièvre.
2° Trouble Jonclionnel d'un organe ou d'un appareil. — L'action exagérée, diminuée, ou pervertie
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d'une fonction peut-elle seule , et indépendamment de toute lésion locale ou générale, primitive ou consécutive, causer la fièvre? Les vives émotions de l'àme, la colère, le chagrin, la tristesse, la crainte, l'amour, les travaux intellectuels immodérés, en un mot toute excitation un peu vive , soit passagère , soit prolongée, du système nerveux , produisent un mouvement fébrile. Quand il se montre peu de temps après l'action de la cause on peut soutenir que c'est en agissant directement et primitivement sur la circulation , la calorification etles autres appareils, qu'il produitla fièvre : mais, dans d'autres cas, c'est parce que, consécutivement à l'influence de ces causes, les fonctions les plus importantes de l'économie s'étant troublées, les phénomènes fébriles ont alors pris naissance. Ces deux manières d'expliquer la fièvre sont également fondées, et ces deux cas se présentent assez souvent. La névralgie, les douleurs intenses, soit continues, soit intermittentes, peuvent s'accompagner de fièvre. La nostalgie, la manie, qui est pour beaucoup de médecins une simple névrose, peuvent donner lieu à la fièvre avant qu'il soit survenu aucune lésion capable de provoquer celle-ci. On peut en dire autant de la colère et des passions vives de l'âme lorsqu'elles s'allument subitement sous l'influence de quelque cause. On a attribué à la surexcitation du cœur et du système vasculaire artériel la fièvre inflammatoire appelle angéiolénique par quelques auteurs. P. Frank, M. Bouillaud, la font consister dans une inflammation du système vasculaire. Sans nous attachera faire la critique de cette opinion qui est aujourd'hui généralement abandonnée, nous devons dire que la contractilité augmentée de tous les vaisseaux et du cœur que l'on rencontre chez quelques sujets pléthoriques qui offrent- tous les signes de la fièvre nous semble être la seule cause d'un certain nombre d'états fébriles. Nous en parlerons dans un autre ordre de causes, parce que l'altération de quantité du liquide en circulation nous paraît être la véritable origine de celte fièvre.
Après les troubles fonctionnels du système nerveux et vasculaire viennent ceux des autres appareils. La sécrétion d'une grande quantité de mucus bronchique, de salive, d'urine, une diarrhée copieuse, peuvent déterminer la fièvre. Ces cas sont beaucoup plus rares que ne le disent les auteurs. Presque toujours il existe une lésion dans le point qui est le siège de l'écoulement , ou dans un organe plus éloigné. Cependant on voit, dans un certain nombre de cas, la fièvre paraître en même temps que des flux vers les organes de sécrétion. Us dépendent souvent tous les deux d'une cause commune qui nous échappe. Ce serait à tort qu'on leur assignerait pour origine le mouvement fébrile, car celui-ci n'est souvent que l'indice du travail pathologique qui s'est établi. Pour
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mieux rendre notre pensée, nous citeions la fièvre de lait : une nouvelle fonction physiologique se constitue chez la femme, un mouvement fébrile s'allume, et la glande mammaire laisse écouler lelait. Personne, dans ce cas, ne sera tenté d'attribuer la sécrétion de ce fluide à la fièvre. Combien de sécrétions morbides ne se développent-elles pas par un mécanisme analogue, soit dans le cours, soit à la fin des maladies.
Gullen a placé les profluvia ou sécrétions dans la classe des pyrexies, et en a formé son cinquième ordre {Gênera morborum prœcipua ; in Apparatus ad nosologiam methodicam, p. 143; Amst., in -4°, 1 775). 11 est facile de voir qu'il a réuni sous ce titre des affections inflammatoires aiguës et chroniques, ou spécifiques des membranes (coryza , bronchite, dysenterie). On n'avait pas encore, à cette époque, saisi le mécanisme suivant lequel les inflammations et les autres actes pathologiques étrangers à l'irritation engendrent les flux et les sécrétions d'une autre nature (hypercrinie).
Nous considérons comme l'effet d'un nouvel état, en quelque sorte physiologique , la fièvre éphémère qui s'établit chez la nouvelle accouchée. Cette fièvre est très-prononcée chez les femmes dont l'accouchement est long et laborieux, accompagné de fortes douleurs; faible, au contraire, ou manquant tout à fait chez les femmes qui accouchent en quelques instants, et avec la plus grande facilité. Du reste, la contraction énergique des puissances musculaires , la douleur, et la gêne de la respiration et de la circulalion, sont des causes complexes qui concourent aussi à produire le mouvement fébrile. Aussi ne faut-il pas rapporter exclusivement ce symptôme à la suractivité des contractions. Les causes suivantes agissent en exagérant les fondions : la course, la marche imitée , les excès vénériens : il y a dans ce dernier, outre la stimulation nerveuse, déperdition d'un liquide sécrété, qui peut concourir à troubler les fonctions.
Le travail physiologique qui détermine le premier éveil d'une fonction , telle que la menstruation , ou qui la ramené une fois qu'elle est établie, comme on le voit pour le flux menstruel, un pareil travail s'accompagne souvent de phénomènes fébriles. La grossesse, qui est aussi une nouvelle manière d'être de l'organisme influencé par une fonction intermittente et temporaire . donne parfois lieu à la fièvre , ou plupnptomesqui ont la plus grande ressemblai! II de la fièvre. Ils en diffèrent, cependant, «mi ce qu'ils appartiennent à un état que l'on oe peut cou mine pathologique. La fièvre de lail et l'éltt puerpéral q i suit l'accouchement
lie sont-ils pas des étals physiologiques DOUVeaUX qui Missent dans l'économie, < I qui consistent dans
révolution d'une fonction dévolue à un organe qui
existait déjà, mais qui n'avait pas encore été appelé à prendre rang parmi les organes actifs. Les organes et les fonctions de la génération et de la conception nous offrent des intermittences de développement et d'action , accompagnées de symptômes que l'on aurait tort de considérer comme pathologiques.
3° Altération du sang. — Cette cause fréquente de la fièvre, qui naguère encore était méconnue , est aujourd'hui l'objet d'études sérieuses de la part de quelques médecins qui n'ont pu trouver dans un solidisme exclusif la cause de toutes les maladies. Ce n'est qu'avec la plus grande circonspection qu'il faut s'avancer sur ces terres encore peu connues de la pathologie.
Les maladies fébriles par altération du sang se développent de plusieurs manières : 1° quand le sang est altéré par des substances toxiques venues du dehors ; 2° par des substances formées au sein de l'organisme; 3° il y a , eu outre, des altérations spontanées.
A. Altérations du sang par des substances venues du dehors. — 1° Poisons. — Les cas dans lesquels on ne peut nier l'existence d'une altération du sang sont les cas d'empoisonnement par les substances toxiques que fournissent le règne animal et le règne végétal. Ces substances produisent des maladies fébriles de deux manières différentes: 1° par les désordres locaux qui résultent de l'application du poison sur les muqueuses intestinale , pulmonaire ou génilo-urinaire : dans ce cas, le poison produit surtout des effets physico-chimiques; le mouvement fébrile est un effet sympathique de la lésion locale ; 2° dans d'autres cas, les effets locaux sont nuls , ou peu marqués; mais la substance ayant été absorbée et introduite dans le torrent circulatoire , elle va porter dans toute l'économie une perturbation qui varie suivant l'espèce de poison. Les uns , d'après Rasori et son école , dont beaucoup de médecins ont embrassé les doctrines, modifient la vitalité des oiganes, 1° en l'élevant au-dessus du type normal ; 2° en l'abaissant au-dessous de son type physiologique. Ainsi donc, les agents qui causent l'intoxication ne donnent pas tous lieu à des maladies fébriles ; ceux qui excitent la vitalité des tissus ont seuls ce privilège : ce sont les agents stimulants. De là , deux sortes de maladies par intoxication : les unes pyrétiques, les autres apyrétiques. Cette distinction , quelquefois exagérée par les partisans du contro-stimulisme, est inscrite dans la nature, et nous allons la retrouver dans d'autres maladies nées également de l'intoxication.
2° Altération du sang par un venin. — Le venin est un véritable poison de nature animale, qui ne diffère des autres que parce qu'il est élaboré par un organisme vivant et sain. Le veniu de la vipère ,
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de la couleuvre du Brésil , du crotale ou serpent à sonnette , produisent des maladies quelquefois promptement mortelles, accompagnées d'un mouvement fébrile, au dire de plusieurs auteurs. Nous hésitons à croire que l'on a trouvé réellement dans ces cas tous les symptômes de l'état fébrile ; aussi ne citonsnous cet ordre de causes qu'avec une certaine réserve.
3° Altération du sang par un virus. — C'est là encore une cause fréquente de maladies fébriles. Le virus vaccinal , inséré sous l'épiderme , altère le sang et donne lieu à une fièvre éphémère qui passe quelquefois inaperçue des personnes qui entourent les malades. Il y a aussi altération du sang chez les sujets qui contractent le charbon , la pustule maligne après avoir touché des animaux ou des substances qui renferment le germe de la maladie. La morve est une maladie fébrile qui se communique de la même manière , et qui reconnaît pour cause une matière virulente. Nous ne plaçons pas dans cette classe de maladies la syphilis , parce qu'elle ne s'accompagne de fièvre que dans les cas où il existe une lésion locale à laquelle on est en droit de rapporter les phénomènes pyrétiques. Les ulcères, le bubon , les tumeurs développées dans le système osseux , les exanthèmes syphilitiques, constituent des lésions capables de produire à elles seules la fièvre.
Dans toutes les maladies fébriles que nous venons de passer en revue, l'altération du sang est évidente, puisque le principe vénéneux a été introduit dans l'économie d'une manière directe. Son existence, d'ailleurs, est démontrée par ses effets, qui sont identiquement les mêmes que ceux offerts par le malade qui en a été d'abord atteint. Les expériences que l'on a instituées ne laissent aucun doute à cet égard.
4° Altération du sang par une substance formée au sein de l'organisme malade. — Le pus est un produit pathologique qui se montre dans un grand nombre d'états morbides , mais qui n'altère pas toujours le sang de manière à produire la fièvre. Une plaie faite au tégument externe suppure; elle peut développer la réaction fébrile dont nous n'avons pas à nous occuper ici ; tant que la matière purulente est sécrétée dans la plaie et éliminée au dehors , il n'y a pas d'altération possible du sang ; mais il n'en est plus de même lorsque , sous l'influence de diverses causes , le pus est résorbé -, tout aussitôt se manifeste un état fébrile lié à la résorption purulente , c'est-àdire déterminé par la seule présence du pus dans ]c torrent circulatoire. Les cas dans lesquels la pyohémie survient sont nombreux. On la voit paraître dans la phlébite de cause externe et interne, dans lamétrite puerpérale, à la suite des plaies, des amputations, et de toutes les maladies viscérales, dans le cours ou à la fin desquelles se forment des foyers purulents. C'est
encore la résorption purulente qui est la cause de plusieurs de ces fièvres secondaires, désignées sous le nom à' hectiques, de fièvres colliqualivcs , qui sont si communes dans les affections organiques parvenues à leur dernier terme. Le mouvement fébrile est trèsprononcé , continue et persiste jusqu'à la terminaison de ces maladies.
Nous croyons que l'altération du sang, considérée comme cause de la fièvre, est trop bien démontrée dans tous ces cas , pour qu'il soit nécessaire d'insister sur ce point. L'injection du pus dans les veines des animaux , et l'analogie exacte qui existe entre les symptômes qu'ils présentent et ceux offerts par les malades en proie à la fièvre de résorption, suffiraient au besoin pour le prouver. 11 est bon d'être prévenu que toutes les fièvres hectiques ne reconnaissent pas pour cause le mélange du pus avec le sang : on a dit que la matière cancéreuse avait été retrouvée en nature dans les vaisseaux, et les faits curieux rapportés dans différents recueils et tout récemment encore militent en faveur de cette opinion qui nous inspire cependant quelques doutes. Quant à l'urine , au lait, et à la bile qui , en se mêlant au sang, pourraient produire, entre autres accidents, ceux de la fièvre, nous sommes encore à attendre la démonstration de ces faits que nous discuterons du reste plus loin.
5° Altération portant sur un ou plusieurs éléments du sang, ou consistant en un simple changement de rapport de ces éléments entre eux. — Dans toutes les maladies fébriles que nous venons de passer en revue , la cause morbifique a pour effet d'altérer le liquide en circulation , en y faisant pénétrer des substances étrangères à sa composition ; il en est d'autres dans lesquelles le sang est aussi modifié, mais dans ses quantités seulement. L'augmentation de quantité du sang, la pléthore ou polyhémie accélère les battements du pouls, modifie la température normale, et trouble les autres fonctions de l'économie , cause , en un mot , tous les phénomènes de la fièvre. Un état opposé , l'anémie , détermine les mêmes symptômes , avant même que le sang ne soit altéré d'une autre manière, comme cela a lieu lorsqu'une certaine quantité de sérosité tend à occuper la place du fluide perdu. L'anémie, provoquée par d'autres causes, comme par l'abstinence , développe également des phénomènes pyrétiques. Ainsi donc , l'excès de stimulation qui résulte de la pléthore , et l'abaissement de la vitalité des organes, par suite de la diminution de quantité du sang , engendrent également la fièvre.
La chlorose est souvent une maladie fébrile ; les auteurs, Wend, en particulier et plusieurs médecins allemands, ont distingué une espèce de chlorose qu'ils appellent chlorosis forlicrum, dans la-
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quelle on observe tous les syuiplôraes de l'état fébrile. MM. An Irai et Ga?arrel, dans leurs recherches sur le sang, parlent aussi de celte forme de la maladie, et disent qu'au premier abord on prendrait les jeunes filles qui en sont atteintes pour des personnes pléthoriques: mais c'est là une fausse pléthore qui va, eu quelque sorte, se dénoncer par l'état du sang; car ce sang déjà donne à l'analyse moins de globules qu'à l'état normal; mais la diminution est encore peu considérable : elle le devient bientôt davantage. Le caractère essentiel de l'altération du sangdins la chlorose est la diminution considérable des globules qui, de 127, tombent à 50, 38 et même 21. La fibrine n'est nullement altérée dans sa quantité, bien qu'on ait cru le contraire jusque dans ces derniers temps. Le scorbut mériterait sans doute de trouver place dans celte classe; mais outre que nous ignorons qi elle est l'altération précise du sang qui le détermine, cette maladie est ordinairement apyrétique ; les auteurs décrivent, il est vrai, un scorbut fébrile, mais il faudrait savoir s'il n'existe pas, dans ces cas, quelque lésion consécutive à l'altération du sang, ou quelques lésions complexes qui produisent !c m nivemenl fébrile.
Pyrexies. — Il nous reste à parler des maladie.; générales d ans le quelles il existe une altération du sang; mais celle-ci, loin d'être cause de la maladie, n'en est qu'un des principaux éléments. Dansées maladies fébriles, il n'est pis toujours possible de découvrir une lésion sensible des solides et des liquides ; ce sont des pyrexies essentielles, sur la nature desquelles nous nous expliquerons plus loin.
A. Pyrexies avec détermination vers la peau seulement. — La variole, la rougeole , la scarlatine, certaines espèces d'érysipèle, lasuelte miliaire, sont des pyrexies dans lesquelles les altérations si -géant sur la peau sont assez constantes pour qu'on les ait considérées pendant longtemps comme le point de départ des accidents.
B. Pyrexies avec déterminations morbiles vers le tissu cellulaire et les glandes. — La peste appartient à celte classe; les bubons, les parotides, les a5ces, la gangrène , sont des accidents très-ordinaires dans ces maladies.
C. Prie ries tuer i/étermi/ia lions morbides rrrs ta peau et la membrane muqueuse gàstrà intestinale, - Les unes, comme la fièvre typhoïde, felyphus tfea camps, donnenl lîeu a des éruptions de d ferse* natures, dont le Ié'ge esl là peau (sudamin.i, tache* lenlicula rés . et. en ntéme temps, à Vs altérations locales dans l'intestin ulcération* des plaques dePeyei . Cependant, butes ces provenances de la mala lie . qui ne »onl p a la maladie même , ainsi (jue quelques-uni l'ouï pensé, peuvenl faire totalement défaut Ce n'esl pa ici le lieu de prouver
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cette assertion , qui paraîtra fort extraordinaire à ceux qui fout consister toute la fièvre typhoïde Ja us la lésion d'une ou de plusieurs plaques de Peyer; nous reviendrons sur ce sujet aux mots Typhoïde (fièvre) et Sang.
Une autre pyrexie avec détermination morbide vers l'intestin, la fièvre jaune, s'accompagne d'ictère , de vomissements , et de déjections alvines de couleur noire, d'hémorrhagies par différentes voies. Dans les typhus, la maladie tachetée de Werloff , on voit paraître également des hémorrhagies par la membrane muqueuse gastro-intestinale (épistaxis, diarrhée sanglante), et par la surface du derme ( pétéchies , hémorrhagies sous-épidermiques).
Il est enfin des maladies fébriles dans lesquelles on observe à la fois tous ces symptômes : la fièvre typhoïde , par exemple, offre , suivant son intensité, et plusieurs causes qu'il n'est pas toujours facile de déterminer, des taches rosées, de véritables hémorrhagies sous l'épiderme, quelquefois des hémorrhagies intestinales très-abondantes, ainsi que nous avons eu occasion de l'observer chez plusieurs malades. Chez les uns, les plaques de Peyer sont profondément altérées; à peine malades, ou tout à fait saines chez d'autres. Pourquoi s'étonner de toutes ces variations, quand on voit tous les symptômes de la fièvre typhoïde se présenter sous des formes et des aspects si différents, que les médecins de tous les temps ont été contraints d'établir un grand nombre d'espèces de fièvres que nous avons ramenées , à tort ou à raison , à ce seul type. Ils ont même décrit à part, et sous des noms différents, les groupes de symptômes que l'on a rattachés ensuite à une seule lésion : nous verrons, en traitant des fièvres, que leur tort n'a pas été aussi grand que l'ont prétendu ceux qui écrivaient sous l'empire de la do ; trine physiologique.
7° Fièvres dans lesquelles le trouble de la calorification et de la circulai ion sont la seule lésion appréciable. — La fièvre intermittente, simple ou pernicieuse, les fièvres éphémères simples , sont des fièvres essentielles par excellence. Elles nous offrent un type précieux de l'état Fébrile; c'est par elle que nous devons terminer cette énumération de toutes les causes de pyrexie.
Résumé. — L'état fébrile , qui n'est qu'un symptôme complexe ou plutôt l'ensemble de quelques symptômes assez tranchés, est un état morbide qui , à l'exemple des autres symptômes de maladie, tels que le vomissement , l'ictère , le délire, la paralysie, peut manquer dans des maladies où on le rencontre ordinairement. Cependant nous nous sommes attachés à prouver qiul est assez constant dans les maladies qui dépendent des causes suivantes : 1° altération locale d'un organe OÙ d'un appareil ; 2° trouble purement fouet ionnel ; fc" altération du litpiid
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en circulation. A. Par une matière vénéneuse venue du dehors, et déterminant une maladie gêné- j raie (poison); B. par un venin; G. par un virus; D. par une matière formée au sein de l'organisme malade ( pyohémie ) ; E. altération portant sur la proportion des divers éléments du sang (chlorose); 4° pyrexie avec détermination vers la peau seulement ; 5° avec détermination vers le tissu cellulaire et les glandes; 6° avec détermination vers la peau £t la membrane muqueuse gastro-intestinale ; 7° pyrexie avec trouble de la calorification, sans autre lésion appréciable ( type des fièvres essentielles ).
Les généralités que nous venons d'écrire sur la fièvre nous semblent avoir une utilité incontestable ; elles apprennent sur-le-champ au médecin à séparer la fièvre des fièvres, c'est-à-dire des maladies où se manifeste ce symptôme; à distinguer ces deux choses que l'on a trop souvent confondues. Autant il est nuisible de réunir dans les mêmes généralités la fièvre et les fièvres, autant il est utile de faire cette étude pour le symptôme et les maladies où il existe. Nous ne comprenons pas pourquoi les auteurs qui ont écrit récemment sur les fièvres n'ont pas établi cette distinction qui jette tant de clarté sur un point de la pathologie que l'on s'accorde à considérer comme environné d'obscurités. Et cependant , quand on envisage la fièvre, ainsi que nous l'avons fait, on s'en forme une juste idée ; on s'habitue à n'y voir qu'un phénomène important sans doute, mais que l'on a eu tort de considérer comme le caractère irréfragable et nécessaire d'un grand nombre de maladies. On est tombé alors dans une erreur semblable à celle commise par les auteurs qui ont rangé sous le nom de paralysie, ou de maladie comateuse ( comata ) toutes les affections dans le cours desquelles s'offrent ces symptômes.