CHAPITRE II
Des fièvres.
Définition. — Gullen définit les fièvres des maladies accompagnées de symptômes généraux de pyrexie (état de langueur, sentiment de lassitude , et autres signes de faiblesse ) , sans aucune affection locale essentielle et primitive (Gênera morborum, et Médecine pratique, p. 74, t. i, J819). Ce sens général donné par Gullen au mvl fièvre, s'applique à tous les états pathologiques dans lesquels on observe les symptômes indiqués, sans lésion à laquelle on puisse les rapporter : tels sont la fièvre typhoïde, et les différents typhus , la pesle et la fièvre intermittente; elles forment le premier ordre de ses fièvres ou maladies fébriles. Les inflammations, les maladies
— FIÉ
éruptives, les hémorrhagies et les flux, sont des pyrexiesou maladies fébriles, mais non des fièvres dans le sens que Gullen attache avec raison à ce mot.
Pour Sauvages, les fièvres sont des maladies dans lesquelles on observe un pouls fort et fréquent, le froid au début, la chaleur dans la période d'état, la sueur vers le déclin , l'abattement des forces. Cette acception, qui s'écarte beaucoup de la définition de Cullen, et qui est loin d'en avoir toute la justesse, ne s'applique qu'à un certain nombre d'états fébriles. Vogel définit les fièvres des maladies avec augmentation contre nature de la température normale , sécheresse de la bouche , et sentiment de torpeur.
Sagar ne voit dans les fièvres que des affections caractérisées par le froid, la chaleur, la fréquence du pouls, l'accélération de la respiration , la faiblesse des membres, la torpeur ou quelque autre trouble des forces ; la seule faiblesse des membres, sans changement dans le pouls, s-ans évacuation sensible, constitue encore les signes de la fièvre (Systema morborum symptomaticum; Vienn., 1 771 , p. 253 ; in Apparaius de Gullen).
Pinel dit que les fièvres sont des maladies caractérisées par la fréquence du pouls, l'augmentation de la chaleur, la lésion de la plupart des fonctions, et l'absence d'une lésion locale et primitive. Cette définition est encore parfaitement acceptable aujourd'hui.
Véritable sens du mot fièvre. — Nous avons cité les définitions empruntées aux plus célèbres nosographes, afin de montrer combien sont vagues les caractères qu'ils ont assignés aux fièvres qui , pour la plupart d'entre eux , ne sont que des maladies avec phénomènes fébriles. Nous croyons inutile d'énumérer celles que l'on retrouve çà et là dans les ouvrages : déjà nous les avons indiquées implicitement lorsqu'il s'est agi de la fièvre ; nous devons seulement revenir ici sur la distinction essentielle qui existe entre ces deux mots : la fièvre et les fièvres. La fièvre , nous ne saurions trop le redire, afin d'éviter dans les mots l'équivoque qui a régné trop longtemps dans les idées, la fièvre n'est qu'une modalité, une manière d'être de ces maladies, que nous désignerons, avec Gullen, sous le nom de pyrexie , c'est-à-dire maladies avec feu ou maladies fébriles : les inflammations , les maladies éruptives, les hémorrhagies , et les fièvres, sont des pyrexies , c'est-à-dire, des maladies donnant lieu, entre autres symptômes, à la fièvre. Tel est le sens que Stahl a assigné à l'expression de fièvre , qui est pour lui toute espèce de mouvement fébrile , depuis la fièvre symptomatique jusqu'aux fièvres continues. Stahl ne voit donc dans la fièvre qu'un symptôme de maladies, un effort de la nature se traduisant toujours par des phénomènes que l'on est convenu d'appeler la fièvre. 11 serait à désirer que, pour l'exactitude de la langue médicale , on- ne se servît du mot
FJE
FIE
fièvre (\u h la manière de l'illustre vitaliste, et qu'on créât des dénominations différentes pour désigner chaque espèce de fièvres. Il nous sera facile de démontrer les vices de cette dernière dénomination.
Les anciens, dont l'attention était surtout appelée par les symptômes des maladies , avaient remarqué que les unes s'accompagnent de fièvre , les autres parcourent toutes leurs phases sans donner lieu à ce symptôme. Les médecins grecs et les sectateurs d*Hippocrate considéraient l'accroissement de la chaleur comme un élémentgénéral qui se montre dansles maladies : quand il existait seul, indépendamment de toute autre lésion, ils donnaient à l'état pathologique qui en résultait le nom de fièvre. On ne peut s'empêcher d'admirer les vues profondes des médecins grecs, qui avaient déjà nettement aperçu, et inscrit dans leurs ouvrages, une distinction qui se trouve dans la nature : les phlegmasies, par exemple, sont des maladies dans lesquelles la chaleur et les autres signes de la fièvre se montrent comme un des éléments principaux de la maladie; mais, daus la fièvre intermittente, ces symptômes sont les seuls que nous apercevions d'une manière distincte : dans ce cas, i\y aune fièvre, comme le disaient les anciens , c'est-à-dire une maladie dont l'élément essentiel, le seul appréciable, est l'état fébrile.
Celse connaissait aussi très-bien cette signification dumot fièvre. 11 place parmi les maladies qui résident dans le corps entier les fièvres, qui sont pour lui l'éphémère , la quotidienne , la tierce , la quarte , l'hémitritée, la fièvre lente, les pestilentielles, et les intermittentes complexes (De medicina , chap. 1 , liv. in). Ces maladies ont été appelées fièvres essentielles par la plupart des auteurs qui l'ont suivi.
Galien formule avec une grande précision toutes les différences qui séparent les fièvres et la fièvre : «Les unes, dit-il, dépendent de phlegmasies, les autres des humeurs; les premières ne sont eu quelque sorte que des symptômes liés aux parties enflammées et le mal reçoit son nom de l'organe lésé, comme la péripneumonie , la pleurésie. Les maladies qui dérivent des humeurs sont appelées fièvres ; elles ne sont pas des symptômes , mais des maladies. »
Lorsqu'on médite ces différents passages, on est dispensé de recourir à d'autres sources : l'on possède tous lei élément! nécessaire* pour donner une idée nette du mol fièvres. On peut même affirmer que si les médecins, au lieu d'obscurcir le langage des an- . et d'y ajoutei les subtilités scolastiques qui ont rendu l'étu lé de la médecine si longtemps stérile , s'étaienl borné* à une interprétation rigoureuse des id t ém ; el I .tins, plus
d'une doctrine m idicale aurai été reconnue Fau ■<■ dès N:s premiei a apparition , el Ton
aurait épargné a la science bien des discussions inu (îles, et 1 1 m \\ é( ! plus r
On doit aujourd'hui considérer la fièvre comme un symptôme lié à l'existence d'une foule de maladies : nous les avons toutes indiquées en traitant des causes de la fièvre ; c'est en quelque sorte une forme commune à un grand nombre de maladies , qui n'a pas toute l'importance qu'on lui a longtemps attribuée, surtout dans certaines doctrines médicales , dans l'école physiologique, par exemple. Nous dirons que la fièvre est un élément général qui n'annonce pas toujours cet autre élément morbide auquel on a voulu le rattacher invariablement , l'inflammation. Ne se retrouve-t-il pas dans les maladies générales où l'irritation inflammatoire ne paraît pas , ou ne joue qu'un rôle secondaire. C'est donc à tort que des médecins ont voulu établir une corrélation intime entre la fièvre et l'inflammation, et conclure que l'une existait, parce qu'ils avaient trouvé l'autre.
On ne doit désigner aujourd'hui sous le nom de fièvres que les pyrexies ou maladies fébriles sans aucune altération locale appréciable essentielle primitive. La définition des fièvres renfermée dans ces termes a besoin de quelques commentaires. Et, d'abord, que doit-on entendre par ces mots sans aucune altération locale essentielle et primitive P La fièvre typhoïde, par exemple, est-elle une fièvre prise dans cette acception ? Mais , pour les uns , la gastro-entérite, caractérisée par l'ulcération des plaques de Peyer et par l'inflammation ambiante, est une altération locale essentielle et primitive , qui détermine tous les accidents pathologiques observés dans la maladie. Pour les autres, la lésion des glandes agminées est indépendante detouteinflammalion;elleest de nature spécifique , mais elle n'en est pas moins pour eux la cause des symptômes propres à la maladie. Ainsi, donc, pour les médecins qui soutiennent l'une ou l'autre de ces opinions, la fièvre typhoïde ne doit pas recevoir le nom de fièvre. Pour ceux , au contraire , qui ne voient dans les ulcérations des follicules, dans les érup tions diverses qui ont lieu à la surface de la peau , dans les hémorrhagies , la stupeur, Tataxie , etc., que des effets d'une cause générale dont le siège et la nature nous échappent , la fièvre typhoïde reste une fièvre. Nous adoptons entièrement cette manière de voir, et nous la soutiendrons dans tout le cours de cet article. Ce n'est pas ici le lieu d'énumérer les preuves qui militent en faveur de cette doctrine; nous admettons même, pour un instant, que les symptômes des fièvres typhoïdes dépendent manifestement de la gaslro entérite ou de telle autre altération que l'on voudra ; mais il est d'autres maladies pour la désignation desquelles le mol fièvre demeure d'une nécessité absolue, et ne peut exciter aucune réclamation : le typhus, la peste, la fièvre jaune, la morve, la \ariole, la rougeole , et les aulres exanthèmes, ne
sont -fis pas incontestablement des fiivrest c'est-à-
FIÉ
dire des maladies fébriles , des pyrexies sans aucune affection locale primitive. Personne, de nos jours, n'est tenté d'attribuer la fièvre de la variole à l'éruption des pustules, le mouvement fébrile de la scarlatine, de la rougeole, à l'exanthème cutané. La difficulté de la localisation est encore plus grande dans la peste, la fièvre jaune, dans la morve aiguë , dans la fièvre intermittente simple : dans toutes ces maladies, la lésion essentielle et primitive nous échappe , car nous ne devons pas considérer comme les causes matérielles des phénomènes morbides les altérations que nous présentent les viscères et les membranes tégumentaires , muqueuses, etc.
S'il peut y avoir doute pour quelques-unes d'entre elles , si Ton peut leur contester leur titre de fièvre parce que l'on se croit suffisamment éclairé sur le siège primitif de l'altération, il n'en est plus de même pour un grand nombre de fièvres que nous avons nommées : telles sont , par exemple , celles où il n'y a aucune altération : ainsi donc , si Ton veut bien ne pas discuter sur les mots et ne s'en tenir qu'aux choses sensibles , matérielles , on ne peut hésiter à conserver le mot fièvre pour désigner les états morbides fébriles dans lesquels la lésion locale , essentielle et primitive, n'a pas encore été aperçue ; on peut tout au plus conserver du doute sur les maladies auxquelles ce nom doit être appliqué.
Nous sommes étonnés de lire dans un article récent de M. Littré les lignes suivantes : «Si quelques fièvres n'offrent que des altérations peu considérables , il est certain que d'autres ont des lésions très-caractérisées , par exemple, la variole ou la fièvre typhoïde : ainsi se trouve écartée la question générale de savoir si les fièvres sont ou ne sont pas de simples troubles des propriétés vitales. Le problème est donc ramené à d'autres termes ; et ce qu'il importe de constater maintenant , c'est le caractère spécial qui distingue les fièvres des autres affections. Les anciens médecins avaient cru le trouver dans l'absence de toute lésion locale ; mais le fait est faux , et la base manque : c'est ailleurs qu'il faut chercher une détermination» ( art. Fièvre du Dictionnaire de médecine , 2e édit. , p. 136 ).
Répétons d'abord que les fièvres qui n'ont que «des altérations peu considérables», et à plus forte raison celles qui n'en offrent pas. du tout, doivent conserver le nom de fièvres y ou prendre un tout autre nom, ce qui nous semblerait préférable. Mais là n'est pas la question : si l'on retient le nom de fièvre , il faut le donner à ces maladies.
« D'autres ont des lésions t rès-caractérisées, par exemple, la variole et la fièvre typhoïde. » Gela est incontestable ; mais il s'agit de savoir si elles ne sont pas un des effets de la cause inconnue qui produit la fièvre appelée variole, etc .Or, c'est préjuger uue question qui est
FIÉ
pendante, et sur laquelle la pathologie humorale peut seule jeter quelque jour. D'ailleurs, on pense généralement que les lésions dont M. Littré parle ne sont pas la cause de la fièvre : c'est ainsi que, dans les varioles,dans les exanthèmes cutanés, et dans les fièvres typhoïdes, ainsi que M. Littré le fait remarquer lui-même ( art. cité, p. 136), les lésions regardées comme caractéristiques peuvent manquer. On ne cherche plus aujourd'hui «si les fièvres sont ou ne sont pas de simples troubles des propriétés vitales», mais si elles dépendent de lésions que l'on n'a pu encore découvrir, telles que des altérations humorales, celles du sang , par exemple. M. Littré a tort de blâmer les anciens médecins d'avoir placé le caractère essentiel des fièvres dans l'absence de toute lésion locale , car aujourd'hui même ce caractère est encore le meilleur, et nous n'en connaissons pas d'autres. Si , grâce à nos méthodes rigoureuses d'investigation, et si, à l'aide de recherches minutieuses d'anatomie pathologique, nous sommes parvenus à exclure du nombre des fièvres beaucoup d'états morbides qu'ils considéraient comme tels , par cela même aussi nous avons compris qu'il n'est pas possible d'effacer entièrement ce mot fièvre, puisqu'il existe encore des états morbides fébriles où la lésion locale et primitive appréciable fait défaut. Est-ce avancer beaucoup la science que de voir dans la variole , dans la fièvre typhoïde, et dans beaucoup de maladies que nous aurons occasion de nommer plus loin , des maladies à siège et à lésion déterminés, plutôt que d'en faire des fièvres? Nous ne le pensons pas ; nous croyons , au contraire, qu'il y a avantage à dire qu'il existe des maladies appelées fièvres où la lésion matérielle, essentielle et primitive n'a pas encore été aperçue. C'est un état morbide, non déterminé, auquel on applique une dénomination que l'on peut regarder comme provisoire si Ton veut , mais qui doit rester jusqu'à cequel'on ait comblé cette lacune qui existe encore dans la pyrétologie. Ge que nous venons de dire nous conduit naturellement à la définition du mot fièvre essentielle.
Qu est-ce qu'une fièvre essentielle? Pour les anciens auteurs , la fièvre essentielle est une maladie fébrile caractérisée par de simples troubles fonctionnels , sans lésion matérielle et appréciable des organes.Cette acception donnée au mot fièvre essentielle est presque entièrement abandonnée aujourd'hui. On a reconnu très-positivement que les prétendues fièvres essentielles des anciens n'étaient, pour la plupart, que des états fébriles symptomatiques.Gaffin, Prost, et surtout Pinel , ont restreint successivement à un petit nombre de fièvres essentielles les maladie : que l'on avait réunies sousce titre. Broussais les aentièrement effacées du cadre nosologique , en les rame nant toutes à des altérations déterminées. Tous 1rs médecins qui embrassèrent les opinions de l'illustre
FIE
réformateur n'admettaient pas de fièvres sans lésion d'organes ou de fonctions, et comme ils croyaient avoir trouvé toutes ces lésions , ils effacèrent le mot fièvre ; pour eux, il n'existait plus qu'un mouvement fébrile, une fièvre symplomalique, et non plus des fièvres.
Les vives discussions qu'avaient suscitées les doctrines physiologiques ont été bientôt suivies d'une réaction non moins énergique, qui a ramené les médecins vers les doctrines médicales, naguère si critiquées. On comprit que tous les états fébriles n'avaient pas leur origine première dans les altérations , soit constantes, soit variables, que l'on rencontre sur les cadavres , que ce n'est là qu'un des éléments de la maladie, qu'il y en a un autre essentiel et primitif qui nous échappe. Dès lors les médecins qui soutenaient ces doctrines conservèrent le mot fièvre , et s'en servirent pour désigner les maladies fébriles, les pyrexies sans altération locale, essentielle et primitive, ne regardant les lésions qu'ils trouvaient que comme des dépendances de la maladie.
Tel est aussi pour nous le sens que nous attachons au mai fièvre essentielle. Nous croyons nécessaire d'ajouter que les fièvres essentielles ne sont pas pour nous des maladies sans lésions , des maladies sine matenâ , dans lesquelles le principe vital, pour nous servir de l'expression de quelques auteurs, serait seul altéré; l'esseniialité comprise de la sorte nous paraît un non-sens; une maladie sans lésion des instruments nous semble impossible à admettre. Nous cToy< ns que c'est un des instruments de la vie, en d'auties termes , un tissu, un organe , une molécule \ivante , soit solide , soit liquide, qui sont primitivement altérés; niais comme nous n'avons pu jusqu'ici surprendre cette lésion, ni en déterminer la nature et h siège, nous donnons à l'état morbide qui en résulte !e nom de fièvre, parce que le mouvement fébrile, les symptômes pyréliques, constituent .le trouble le plus évident. Mais nous reconnaissons hautemetot les Vices de cette dénomination, et il nous sembler,! it préférable fte désigner par un nom insignifiant, ou composé de toute autre manière, les différents états morbides que Ton a qualifiés du nom de fièvre. doute h- mouvement Fébrile en est un élément essentiel ; m iK nuire qu'il est commun à des maladies liffërentes par leur nature et par leur siège , comme a toutes les pnlegmasies , soit simples, soit
fiques. il r>\ d\oitiv> 'I lueuts dans ces maladies qui ont euro c pltH d importance Ainsi , dans la rougeole . la \ iri"le , etc., l'exanthème cutané , les pus-
. sont des d |» odancei toul aussi essentielles de la mala -lie . que le mouvement Fébrile. Les dénomination.s de variole, d<- rougeole, nous paraissent préférante* \ toute aune, parce qu'elles sont insignifiantes, el dès Ion ne donnent lacune Idée
— FIE
fausse de la nature ou du siège de la maladie. L'état pyrétique est un de leurs caractères; mais, comme il se présente dans un grand nombre de maladies qui diffèrent beaucoup les unes des autres, pourquoi les réunir toutes par une dénomination commune. Dans la fièvre typhoïde , les ulcérations intestinales , les taches lenticulaires, les hémorrhagies, constituent des éléments tout aussi essentiels de la maladie, que l'état fébrile. Disons plus, les expressions variées dont les auteurs se sont servis pour rendre cette fièvre, telles que dothinentérie, entérite folliculeuse , prouvent que Ton sent depuis longtemps l'insuffisance du mot fièvre ; c'est là ce qui a forcé les auteurs à y ajouter quelque qualification pour mieux en déterminer la nature et le siège. Souvent ils ont choisi les phénomènes les plus ordinaires et les plus tranchés : tel a été le but de ces mots ataxique , adynamique, putride, comateuse, etc., ajoutés à la dénomination générique de fièvre, et qui sont, à bien prendre , des éléments morbides aussi importants que l'état fébrile lui - même. Nous emploierons de préférence les mots de fièvres primitives, pour désigner les maladies pyrétiques dans lesquelles le mouvement fébrile , comme les autres symptômes que nous observons , ne peuvent être rapportés bien positivement à aucun organe , à aucune lésion déterminée. La fièvre secondaire ou symptomatique est celle qui se Lie à une lésion appréciable, soit locale, soit générale. Cette expression achève de faire comprendre celle de primitive, que nous emploierons, à l'exemple de plusieurs auteurs.
L'expression de fièvre essentielle a suscité de trop longues et subtiles querelles , pour que l'on doive la conserver dans la langue médicale. Nous en avons expliqué les différents sens; rappelons seulement que si l'on veut entendre par là une maladie fébrile constituée par un simple trouble fonctionnel, sans lésion primitive de la fibre vivante , ou des différentes humeurs de l'économie, on emploie une expression qui ne doit plus figurer dans la pathologie actuelle; que si, au contraire, on désigne ainsi des maladies fébriles, sans aucune lésion essentielle et primitive, locale appréciable, on exprime une vérité incontestable; mais on ne dit en aucune manière que les m mptouies pyrétiques sont l'effet d'une simple perturbation delà vie. Du reste, nous croyons inutile, après la déclaration de principe que nous venons de faire, de nous arrêter plus longuement sur une définition dont nous awms spécifié nettement le sens. Les principaux caractères des fièvres que nous allons faire ressortir maintenant achèveront de lever les doutes qui pourraient rester dans l'esprit du lecteur*
Caractères générante des fièvres primitives. Suivant M. LUtré, IfelS Caractères principaux peinent
I servir à distinguer les fièvres continues: i° elles
FIÉ
sont susceptibles de produire leurs effets les plus considérables et les plus funestes, tout en se réduisant à une lésion anatomique excessivement légère; 2° elles sont engendrées par des causes spéciales : la contagion est évidente pour la plupart; une influence particulière , une sorte d'infection , l'est pour les autres ; 3° elles ont dans leurs symptômes une généralité qui empêche de rattacher chaque phénomène particulier à la lésion locale qui existe» fart. Fièvre, Diction, de méd.} 2e édit., p. 1 36). Ces trois caractères méritent sans doute toute l'attention que leur accorde M. Littré ; mais nous verrons qu'il en existe d'autres encore plus importants.
On est porté aujourd'hui à attribuer les symptômes des maladies aux altérations que l'on rencontre sur les cadavres. Cependant les meilleurs observateurs ont reconnu que, dans les fièvres primitives, on ne peut pasopérer cette localisation: ainsi, dans la fièvre typhoïde, dans la variole, les pustules, l'exanthème, l'ulcération des plaques de Peyer, ne peuvent être regardés comme la source d'où procèdent les symptômes, 1° parce que ces lésions peuvent manquer, les symptômes de la maladie se développant comme si elles existaient; 2° parce que la fièvre et les symptômes e-sentiels surgissent en même temps, et souvent avant que la lésion n'existe , ce qui prouve que cette lésion n'est pas la cause des symptômes, mais qu'elle est comme eux une provenance d'une cause que nous n'avons pas encore découverte; 3° parce que, enfin , l'étendue et la généralisation des symptômes comparées à la localisation restreinte et bornée de la lésion, ne peuvent s'expliquer uniquement par celle-ci. On doit doneconelure que, dans certaines fièvres'la lésion n'est que secondaire; qu'elle n'est pas la cause du mouvement fébrile, ni de la plupart des symptômes observés; qu'il existe une cause plus générale qui les domine tous. Toutefois , il faut ajouter qu parmi les symptômes, il en est un grand nombre qa: l'ont pas d'autre origine que les lésions trouvées sur le cadavre. 11 faut s ivoir, dans l'éi ude des fièvres, distinguer ces deux oidres de phénomènes ; les derniers s'expliquent trèsbien par les lois ordinaires de la physiologie pathologique. La lésion anatomique que ion rencontre dans certainesfièvres, dans la fièvre typhoïde, par exemple, est assez constante pour que l'on ait rapporté toute la maladie à cette lésion. Sans discuter ici cette opinion , contre laquelle nous nous sommes déjà prononcés, non.; accorderons seulement qu'elle est un des faits les plus saillants de la maladie, mais qu'elle n'est point une altération primitive. Elle manque dans des maladies à symptômes aussi caractérisés, telles que la peste, la fièvre jaune; enfin elle peut être aussi constante encore que l'est, par exemple , l'ulcération des plaques de Peyer dans la fièvre typhoïde, sans que l'on soit en droit d'y rattacher les accidents de la maladie et le
FIÉ
mouvement fébrile. C'est ainsi que, dans les exanthèmes , dans la variole , l'affection de la peau est caractéristique, sans que pour cela l'on admette qu'elle est le point de départ des phénomènes morbides.
Ainsi donc , 1° l'absence de lésion , 2° le développement simultané des symptômes et de la lésion, ou le développement consécutif de celle-ci, lorsque les accidents existent déjà , doivent faire considérer les fièvres comme des maladies à part , et non susceptibles d'être localisées.
2° La généralité des phénomènes est un autre trait non moins caractéristique des fièvres : toutes les fonctions de l'économie sont troublées , et il en résulte des désordres nombreux, dont le siège, quoique variable, est assez ordinairement le système nerveux et locomoteur.
Un autre caractère de ces maladies est d'offrir dès le début un ensemble de symptômes généraux que l'on ne retrouve pas , du moins à un degré aussi tranché, dans les autres affections. Les fièvres éruptives, le typhus, la peste, la morve, en un mot, toutes les pyrexie: primitives , s'annoncent, dès le principe , par des troubles fonctionnels occupant presque tous les organes. Nous considérons cette généralité des phénomènes morbides , leur apparition dès les premiers instants de la maladie, et leur persistance avec ce caractère pendant toute sa durée, comme un des meilleurs caractères des maladies auxquelles nous avons conservé le nom de fièvres primitives.
3° Une circonstance pathologique bien digne de remarque, et qui appartient aux fièvres , c'est l'existence des phénomènes avant-coureurs. Pendant un temps variable , et parfois assez prolongé , on observe avant le début delà maladie des symptômes qui en constituent le prodrome, et qui, à cette époque, annoncent déjà, et par leur généralité, et par une sorte de consensus morbide , qu'un travail pathogénique se prépare , et agit sur l'économie entière. Qu'on se rappelle les symptômes de début desexanihèmes, du typhus, de toutes les maladies générales déforme pyrétique , et l'on demeurera convaincu qu'avant que le mal n'éclate , et ne donne lieu à des accidents tranchés, il existe déjà une altération générale , que l'on est tenté aujourd'hui de placer dans les humeurs, et particulièrement dans le fluide en circulation.
4° Les fièvres reconnaissent pour cause un agent spécifique qui se transmet, soit par contagion, soit par infection. La première cause n'est pas douteuse pour la rougeole, la scarlatine , la variole, le typhus; elle est démontrée aux yeux de beaucoup de personnes pour la peste et la fièvre jaune; il n'y a que dans les fièvres typhoïdes où cette cause pourrait être contestée. Les médecins qui ont eu occasion de l'observer dans des localités circonscrites où elle règne
FIE
sous forme épidémique et avec une remarquable intensité, n'hésitent pas à lui attribuerunenatureémiuemment contagieuse. Tandis que les maladies locales reconnaissent ordinairement pour cause l'influence nuisible exercée par un des nombreux modificateurs qui font partie de la matière de l'hygiène ; les fièvres, au contraire , semblent se développer sous l'influence d'un agent spécifique qui empoisonne toute l'économie. Cette sorte d'intoxication est démontrée 1° par la nature même de l'agent qui pénètre, soit par voie de contagion ou d'infection, et reproduit une maladie semblable à celle qui l'a engendrée ; 2° par la généralité des symptômes qui ont ce caractère dès le début de la maladie , et le conservent jusqu'à la fin. Doit-on hésiter à considérer comme un véritable empoisonnement par virus septique, la variole , les exanthèmes, la morve aiguë , le charbon , les pustules malignes , et toutes ces maladies qui résultent de la pénétration dans le sang d'un agent chimique dont l'action ne se localise pas et reste générale ?
5° Enfin, nous ne craignons pas d'affirmer qu'en dernière analyse l'altération du sang peut fournir d'excellents caractères pour distinguer des autres états morbides l'état fébrile qui constitue à lui seul toute la maladie.
Gn a cru assez généralement, et à une époque assez éloignée de nous , qu'une altération générale et primitive des humeurs pouvait seule expliquer la production des fièvres. Cette opinion, qui est devenue aujourd'hui plus probable que jamais, à cause des recherches récentes que l'on a publiées sur ce sujet, exercera une grande influence sur la pyrétologie. S'il est permis de conserver quelque doule sur la part que prennent ces altérations clans la production des fièvres, il n'en est plus de même quant à l'existence etàlanaturedecesallérations, qui sont tout à fait démontrées par les analyses auxquelles MM. Andral et Gavarret se sont livrés. Leurs recherches Fournissent un moyen précieux d'établir le caractère fondamental des fièvres primitives simples, el de les différencier de tous les autres états morbides avec lesquels on les a souvent confondues.
Tous les détails dans lesquels nous allons entrer soni empruntes aus mémoires que les deux auteurs que nous venons de nommer onl publiés sur ee sujet. Ils ont bien voulu nous donner toutes les explication! nécessaires pour éclairer les difficultés inhérentes k un sujel aussi nouveau. Nous Qous servirons des résultats auxquels ils sont parvenus pour étudier la question des fièvres bous le point de vin- des altération* du sang. L'on verra plus loin que les consid rations auxquelles cette étude m 1 1 ji ! ii pas sans importance pour la
pyrétologie mo MM. andral el G ni; des
58 — FJE
sujets en' proie] à différentes pyrexies , et voici les résultats auxquels ils ont été conduits :
1° Dans le prodrome des fièvres continues, et de l'affection typhoïde plus particulièrement , la quantité de fibrine reste normale ( 3 sur 1 ,000 parties de sang), ou diminue, mais jamais elle n'augmente. Les globules sanguins , dont le chiffre normal est 127, augmentent, et s'élèvent quelquefois à 140; dans un cas ils allèrent à 157.
2° Dans les fièvres continues simples ( et par là MM. Andral et Gavarret entendent ces états morbides dans lesquels le mouvement fébrile ne peut être rattaché à aucune lésion ) , la fibrine reste normale (3) , et les globules s'élèvent.
3° Dans la fièvre typhoïde, sur vingt-un malades chez lesquels on pratiqua 52 saignées , constamment la fibrine resta à son chiffre normal, ou diminua d'une manière notable; dans aucun cas , on ne la vit s'élever au-dessus ; en même temps, les globules restèrent à leur état physiologique ou augmentèrent. 11 est né-^ cessaire de distinguer plusieurs cas avant de tirer les conclusions qui ressortent de ce travail , et s'appliquent à l'étude des fièvres. Au début , la fibrine conserve sou chiffre normal , ou descend très-peu ; mais la diminution est considérable lorsque le mal revêt dès le début la forme ataxo adynamique ; elle est moins marquée dans la forme inflammatoire ; dans d'autres cas , la fibrine reste normale. Elle tomba au-dessous de 1 millième (0,9) dans un cas trèsgrave, et c'est là le plus grand abaissement que l'on ail observé dans la fièvre typhoïde et dans toutes les maladies.
Lorsqu'on examine le sang chez un sujet atteint de fièvre typhoïde dans le premier septénaire, et avant toute émission sanguine , on trouve généralement le chiffre des globules élevés au-dessus de leur quantité normale d'une manière d'autant plus marquée qu'on l'observe à une époque plus rapprochée du début. Plus lard , sous l'influence d'une dièle prolongée , et surtout des émissions sanguines , les globules suivent la loi générale, qui est de s'abaisser au-dessous du chiffre où i]s étaient avant l'intervention de ces deux grandes influences.
On doit donc établir que le car acier a fond a mental du sanii dans la fièvre typhoïde est, la diminution de la fibrine , qui est d'autant plus marquée, que la fièvre typhoïde est elle-même plus grave , et revêt une forme ataxo-adynamique plus tranchée. Il y a aussi excès de globules par rapport à la fibrine, qui, au début, est encore peu diminuée, tandis qu'à une époque plus avancée, il y a diminution quelquefois considérable de fibrine : d'où mainlien de l'excès relatif des globules. 11 suit aussi de Ces analyses que le caractère fondamental de l'allcra-
I lion du sang, <•> it-à-dire, l'abaissement de la fibrine,
FIE
le se développe que dans la forme grave de la maidie , et que , dans les cas légers , la fibrine reste à 'état normal, ce qui constitue alors un caractère négatif , précieux pour distinguer la fièvre typhoïde des >hlegmasies (non-augmentation de la fibrine) (Compes rendus des séances de l'Académie des sciences , i° 4, juillet 1840, 2e mémoire, p. 198). Ces caactères ressortiront encore mieux tout à l'heure, de a comparaison que nous allons établir entre le sang les phlegmasies et celui des fièvres.
4° Le sang, dans les fièvres éruptives ( variole , ^arioloïde, rougeole, scarlatine), présente des alérations tout à fait semblables à celles que l'on trouve lans les fièvres. Jamais il n'y a augmentation de Fibrine comme dans les phlegmasies; le plus ordinairement la fibrine reste normale ; parfois elle diminue très-sensiblement. Les globules augmentent ou conservent leur chiffre normal. Il faut distinguer plusieurs circonstances qui font mieux comprendre la véritable signification de la lésion.
Au début, les quantités de fibrine restent normales; tandis que , dans la période d'éruption, elles baissent d'une manière très-sensible. M. Andral a fait remarquer, avec juste raison, combien ce résultat est important et en rapport avec les symptômes observés. On sait, en effet, que, dans la période d'éruption, les symptômes de la variole présentent souvent une grande analogie avec ceux de la fièvre typhoïde; les hémorrhagies , les accidents ataxo-adynamiques se montrent dans l'un et l'autre cas. L'analyse du sang conduit aussi à un résultat semblable dans les deux maladies (état normal ou diminution de la fibrine).
Dans la fièvre intermittente, les résultats obtenus sont tout à fait négatifs , mais d'une haute importance, puisqu'ils prouvent que la fièvre seule, indépendante de toute phlegmasie , n'a pas le pouvoir d'augmenter la quantité de fibrine.
11 convient maintenant de faire ressortir les principaux caractères distînetifs qui séparent les phlegmasies, c'est-à-dire, les maladies locales, des pyrexies, qui sont les maladies générales par excellence. Pendant longtemps cette distinction n'a pas été facile , parce que les doctrinesmédicales , que Broussais avait répandues,tendaient à faire confondre trop souvent ces deux états pathologiques, qui sont cependant si différents. Aujourd'hui cette séparation peut être établie avec la plus grande rigueur, au moyen des altérations connues du sang; elle se présente même d'une manière si nette, si tranchée, et en même temps si constante , qu'il est permis de formuler la loi suivante : dans toutes les maladies oiila fibrine dépasse le limites physiologiques , c est-à-dire s'élève au-dessus de 53 constamment il existe une phlegmasie. Elle s'élève jusqu'à dix parties sur mille
— 29 — Fit
dans le rhumatisme, dans la pneumonie. Dans les pyrexies, et particulièrement dans la fièvre typhoïde, elle peut descendre à un peu moins d'une partie sur mille ( 0,9 ). C'est le chiffre le plus bas que l'on ait observé dans les maladies. Ainsi donc il existe un état inverse de la fibrine dans les phlegmasies et les fièvres. Elle s'accroît constamment dans la première ; elle reste normale, ou diminue considérablement dans la seconde; seulement les résultats en sens inverse ne sont pas aussi tranchés à toutes les époques de la fièvre typhoïde. Au début de celle-ci la fibrine reste normale, et ne baisse que quand l'état typhoïde se prononce; cette diminution de la fibrine est trèsmarquée dès le principe , dans beaucoup de cas : on peut même, avec une certaine habitude, prévoir de quelle quantité la fibrine est diminuée , par la considération seule des symptômes et des accidents propres à la maladie.
On peut formuler les deux lois qui établissent la séparation des phlegmasies et des maladies générales delà manière suivante: 1° dans toute phlegmasie, il y a augmentation de fibrine; 2° la persistance de la fibrine à son chiffre normal, ou sa diminution, telle est la loi d'un simple état pyrétique.
Ajoutons maintenant, pour rendre plus claire cette formule générale, que la fièvre est le symptôme fréquent d'une phlegmasie locale, et qu'alors l'état du sang est commandé par la phlegmasie , et la fibrine augmente; mais si la fièvre n'est pas l'effet d'une inflammation , et dépend de la cause inconnue qui produit les autres symptômes , alors l'état du sang reste une altération à part, et qui est tout à fait différente de ce qu'elle est dans la phlegmasie. Ajoutons encore qu'il faut s'entendre sur le mot inflammation; ainsi dans la variole ," dans la rougeole , la scarlatine , il y a une phlogose bien évidente de la peau, et qui semblerait devoir amener l'augmentation de la fibrine , en vertu de la loi que nous avons posée : eh bien ! il n'en est point ainsi. Dans la fièvre typhoïde, l'ulcération des plaques de Peyer , et l'inflammation qui se manifeste au pourtour, ne sont pas non plus capables d'altérer le sang à la manière des inflammations ordinaires , c'est-à-dire d'augmenter la fibrine. Dans la phthisie tuberculeuse , il n'en est plus de même ; la fibrine s'élève au-dessus de son chiffre physiologique , à cause des phlegmasies qui se développent dans le parenchyme pulmonaire, autour des masses tuberculeuses. 11 faut donc établir que la fièvre peut marcher avec deux sortes de phlegmasies: 1° avec une phlegmasie qui est l'effet de la même cause qui produit la fièvre ; exemple , variole, scarlatine, rougeole et ulcérations des plaques de Peyer : dans ce cas il n'y a pas augmentation de fibrine; 2° il peut se développer des phlegmasies dans le cours des fièvres, quoique moins fréquemment qu'on ne Ta
FIE
dit ; mais alors elles se montrent à titre de complication , et non plus comme simple élément de l'état gérai : aussi a-t-on une augmentation de fibrine dans ce cas seulement.
On pouvait croire que, dans les phlegmasies, le mouvement fébrile étant très-marqué, l'augmentation de la fibrine avait quelque rapport avec l'intensité et la durée de ce mouvement; mais un simple rapprochement suffit pour éloigner cette idée. En effet, dans les pyrexies, telles que la fièvre typhoïde, la scarlatine, la variole, la rougeole, la fièvre est souvent très-violente, et a une durée fort longue ; et cependant la fibrine , loin d'être augmentée, est diminuée.ou tout au moins normale. La fièvre n'a donc par elle-même aucune influence sur la quantité de la fibrine: elle est un des éléments delà maladie, un des effets d'une cause plus générale. Nous ferons remarquer en outre que la lésion du sang , daus les pyrexies et les phlegmasies , ne peut expliquer à elle seule les symptômes que l'on observe. Ainsi, dans la variole, la rougeole, la scarlatine, les symptômes sont très-différents entre eux , et ne se ressemblent en aucune manière; cependant la lésion du sang est la même dans tous les cas. Les phénomènes morbides sont encore très-différents dans la fièvre typhoïde , et le^sang est altéré de la même manière que dans les maladies nommées plus haut. 11 faut donc admettre que ces altérations du sang ne sont qu'un des éléments de la maladie, et qu'en dehors de celui-là , il y a une autre cause pathogénique qui joue le principal rôle. L'altération du sang qui est la cause de plusieurs symptômes n'est-elle que secondaire, et subo! donnée à une autre cause? C'est ce qu'il appartient de dérider à l'analyse chimique aidée de r<)l>Mrv.ilinn.
Nous avons abrégé beaucoup l'exposition de ces recherches importantes de MM. Audral et Gavai ret sur lYt;it du sang dans les pyrexies; nous avons dû rapprocher des altérations qui existent pans ce cas celles qui sont propres aux phlegmasies. Nous revendrons .sur celle élude dans les différents articles de noir»' litre moii mvIIsmi:, ivivo.mi- , TYPHOÏDE , (fièvre , etc., el surtout BAHfi altération du ). Ce que nou> avons \oulu montrer. eYst le trait CaractéristKjiie qui appartient aill hVvres continues et aux
phlegnasies. Ce résultai peut s'énoncer dans les termes lutvaoti : dans 1rs phlegmasies t rupture ({'(■(juilil'ic , entre les globule* el la fibrine, nu profil <lc celle-ci , qui augmente; (huis les ics, rupture d'équilibre entre la fibrine et les gtobules , %mau au profit de ces derniers. Il reste maintenante chercher quelles sont Ici maladie* ou l'on trouve cet lotissement , et , falots. quelles sont (elles qui doivent obtenir le nom de Bèvrt. Nous avons dit que cell* étude ai ait été
3 — FIE
faite pour la fièvre continue primitive (et nous nous sommes expliqués sur ce mot), la fièvre txphoïde, la rougeole , la scarlatine , la variole , la fièvre intermittente simple; mais il y a encore un grand nombre de maladies que nous sommes portés à considérer comme des fièvres, en nous fondant sur les analogies nombreuses el intimes qu'elles ont avec les pyrexies déjà étudiées, soit sous le rapport des symptômes, soit sous le rapport des lésions. C'est ainsi que l'on est porté à admettre qu'il y a altération du sang, dans le typhus, la peste, la fièvre jaune, dans les épidémies de fièvres graves avec pétéchies , hémorrhagies, prostration, dans la morve aiguë, peut-être dans la diphthéiite, dans la suette miliaire dans les affeetions charbonneuses, gangreneuses,, dans toutes les fièvres pernicieuses, dans tous les empoisonnements miasmatiques , dans toutes les maladies où la généralité des symptômes, la similitude qu'ils offrent entre eux, l'absence de la lésion et sa faible intensité comparée aux accidents formidables qui se développent , enfin dans tous les cas où se présente l'ensemble des caractères que nous avons assignés aux fièvres , moins les altérations du sang qui sont encore inconnues. Quand nous dirons un mot de la nature des fièvres , nous ferons ressortir de nouveau ces caractères communs à toutes les pyrexies.
Les détails dans lesquels nous venons d'entrer sur les altérations qu'éprouve le sang dans les pyrexies continues, simples, ou intermittentes, méritent d'occuper une place importante dans l'histoire de ces maladie?, parce qu'ils éclairent plusieurs points restés obscurs jusqu'à ce jour. Pour n'en citer qu'un seul exemple, et des plus tranchés, elle ne laisse aucun doute sur la séparation desfièvreset des phlegmasies. Nous avons donc dû leur accorder une grande attention , d'autant plus que ces recherches sont encore trop récentes pour que Ton en connaisse déjà toute la portée et toutes les applications. Elles paraîtront peut-être contestables aux yeux des personnes qui ne sont pas familiarisés avec l'étude des altérations humorales : c'est encore là une raison qui nous a décidé à les offrir avec quelques développements, et dans toute leur clarté. Ces recherches ne sont encore, il faut le dire et le proclamer avec leurs ailleurs, MM. Audral et Gavarret, que les premiers pas faits dans une route nouvellement frayée, mais elles n'en sont pas moins décisives, et laissent peu de chose à désirer en ce qui louche les résultats tranchés dont il a été question au sujet des phlegmasies el <^'^ lièvres.
Si les nouveaux laits que nous annonçons paraissent encore à certaines per.'onnes contestables, parce qu'île n'ont pas encore été soumis au contrôle d'un grand nombre de médecins, nous leur ferons remarquer que le devoir d'un auteur qui traite aujour-
FIE
d'hui des fièvres n'est pas seulement de montrer ce qui a élé fait, mais aussi de signaler les lacunes qui restent à remplir, et d'indiquer la route qu'il convient de suivre si l'on veut arriver à quelques découvertes importantes. Proclamons bien haut, avant de quitter cette matière , que si l'on veut s'en tenir exclusivement aux données fournies par un solidisme pur, il est presque certain que l'on ne pourra arriver à quelques résultats importants. Le temps est venu de chercher dans les liquides de l'économie , et particulièrement dans le sang , les éléments des maladies que l'on n'a pu trouver dans Je solide vivant; celle recherche, qui peut être faite aujourd'hui avec quelque succès, grâce au perfectionnement de l'analyse chimique, peut seule conduire à des découvertes nouvelles et capitales sur la nature et la cause des fièvres. S'il est en pathologie un groupe de maladies qui peuvent tirer quelque lumière de l'analyse chimique et d'un humorisme sévère , c'est sans contredit le groupe des fièvres. Aussi ne doit -on pas craindre d'affirmer que le succès attend ceux qui s'engageront dans cetle voie, qui n'a encore été parcourue que par un petit nombre d'observateurs , qui ont eu déjà de nombreuses occasions de s'y distinguer. S'il existait encore chez quelques médecins une certaine répugnance à chercher dans les différentes humeurs de l'économie les altérations qu'elles peuvent subir, nous leur dirions que c'est là, cependant, une conséquence naturelle de l'anatomie pathologique. L'un de nous l'a fait voir dans un mémoire consacré à l'étude des altérations du sang (Monneret, Recherches sur les altérations du sang; in Gazette médicale, 1840). En effet, l'humorisme moderne fondé sur l'analyse chimique et sur l'expérimentation a pris naissance dans le solidisme , lorsque l'on eut reconnu que celui-ci était incapable d'expliquer une foule de maladies, et qu'il était temps d'en chercher l'origine dans les liquides.
Les caractères des pyrexies que nous c nsidérons comme les plus essentiels, et qui sont ceux que nous venons d'examiner avec détails, peuvent donc se résumer dans la formule suivante : pyrexies, fièvres simples , sans altération locale essentielle et primitive : 1° Elles s'accompagnent d'une altération dans la proportion des divers éléments constitutifs du sang (globules et fibrine ) , altérations qui sont tout à fait différentes de celles qui caractérisent les phlegmasies, et sont suffisantes pour établir entre elles une séparation tranchée. 2° Elles sont primitivement générales , c'est-à-dire que la cause morbifique ne peut être placée dans un tissu ou un organe limité , mais paraît résider dans le fluide en circulation. 3° Il peut exister une lésion pathologique constante dans un organe; mais elle n'est pas la cause de la maladie , pas plus que l'exanthème cutané et les pustules ne sont
— FIE
la cause des fièvres appelées rougeole , scarlatine , variole. 4° C'est surtout dans les pyrexies que les altérations organiques font le plus souvent défaut. 5° Quand elles existent , elles occupent un grand nombre d'organes à la fois, ce qui prouve que la cause morbide qui agit est très-générale ( exemples : fièvre typhoïde, variole , etc. ). 6° Elles sont engendrées par un agent spécifique qui pénètre par inoculation, contagion ou infection ,et reproduit une maladie semblable à celle qui l'a produite. 7° Dans les fièvres, le mal s'annonce par des symptômes précurseurs. 8° Les phénomènes morbides sont généralement répandus , c'est-à-dire que presque toutes les fonctions de l économie sont troublées, quoiqu'à des degrés différents. 9° Ces symptômes, ainsi que les altérations pathologiques, indiquent une lésion du sang , qui , du reste , a été démontrée par l'analyse chimique, ainsi que nous l'avons dit.
Ces caractères , communs à toutes les fièvres, constituent ce que l'on sait de plus précis et de moins obscur sur la nature des fièvres. Nous aurons occasion de revenir plus loin sur ce sujet si longtemps controversé , et qui doit aujourd'hui plus que jamais être étudié avec une grande réserve.
Division des fièvres. — On a établi dans l'histoire des fièvres une foule de divisions, parfois utiles, le plus ordinairement vagues et sans importance. Tantôt on les a fait reposer sur la considération des causes , des symptômes , de la durée , et tantôt sur le siège et la nature présumée de la fièvre , etc. Ces divisions n'offrent aujourd'hui qu'un médiocre intérêt pour le pathologiste qui veut s'en tenir uniquement aux faits pratiques; cependant, comme leur étude peut lui apprendre quelques faits curieux , et comme, au milfeu de toutes ces divisions, le plus souvent arbitraires et obscures, il en est qui sont fondées sur la nature , et qui restent encore aujourd'hui dans la science, il nous semble indispensable d'indiquer sommairement les divisions les plus usitées , nous réservant de revenir plus loin sur la description des principales espèces.
C'est d'après le type des fièvres que l'on a établi la distinction très-ancienne de ces maladies, suivant que le mouvement fébrile persiste sans interruption, revient à des intervalles réguliers, ou seulement s'exaspère: d'où les fièvres continues, intermittentes, rémittentes.
La prédominance des symptômes est la condition pathologique qui a servi à fonder le plus grand nombre de divisons. C'est d'après cette considération qu'ont été créées les dénominations suivantes : fièvre typhoïde (avec stupeur), ataxique (symptômes désordonnés), ad) nautique, astliénique ( avec prostration ) , sudorale ou èlode (faiblesse et sueur), épiale ( accompagnée d'un frisson vif et de trem-
FîÈ
bi ments ) , lipyriennc fièvre dans laquelle les ex- ■ t; t les parties extérieures sont froides, tandis
qu'un feu intérieur semble consumer le malade ) , asode ( fièvre caractérisée par des nausées ), firicode ( chaleur remplacée tout à coup par un froid vif), ardente, comateuse ( avec assoupissement), pétèchiale , miliairc , iclcrode (avec coloration jaune, fièvre jaune , algide (fièvre intermittente composée presque uniquement du stade de froid ).
La connaissance vraie ou supposée des causes qui produisent les fièvres a donné naissance à d'autres distinctions. Les expressions suivantes en font foi : fièvres inflammatoire , bilieuse, putride, muqueu.se y pituiteuse , vermîneuse, adéno-méningée vuidladie des glandes de la membrane muqueuse) , adéno-nerveuse (affection des glandes et du système nerveux ). Ces dénominations avaient été créées dans le but de faire connaître la cause intime de la pyrexie ; tantôt une cause plus évidente a servi à les dénommer , exemple : fièvres pneumonique , pleurétique, cérébrale , dysentérique, hèmorrhagiquCj érysipélaleusc , varioleuse , morbilleuse , scarlatineuse, ophlheilmique, angineuse, phrénétique.
Un a attaché , dès les temps les plus anciens , une grande importance à la séparation des fièvres, suivant qu'elles sont le résultat d'une cause appréciable , ou que cette cause fait défaut. Delà est née la division antique des fièvres en symptomatique ou secondaire, et en essentielle , primitive , ou primaire.
D'autres divisions reposent sur la considération des conditions hygiéniques au sein desquelles elles prennent naissance : telles sont les fièvres sporadique , é pi demi que , stationnairc , saisonnière hièmale , remette , estivale , automnale , contagieuse , infectieuse, endémique, des marais , des hôpitaux t des prisons , des camps , etc.
D'autres fois ou s'est arrêté à distinguer les fièvres
mt leur durée : les fièvres aiguë, chronique ,
hectique , éphémère , sont des pyrexies qui affectent
une marche aiguë ou chronique. On a aussi emprunté
i entes dénominations au pronostic de la maladie,
i i mpli : Sevra bénigne , maligne.
n'avons pai besoin de nous arrêter à faire une longue critique de tontes ces divisions. La plupart (I mire eUes reposent sur des circonstances pathologiques qui sont loin d'offrir toutes un égal intérêt ; il en est plusieurs dont l'interprétation, toute hypothétique a eu une influence malheureuse sur l'étude des fièvres: telles Furent, par exemple, les dénominations de fièvres bilieuse , pituiteuse, muqueuse, nerveuse , adjrnamique. On doit encore plus fortement critiquer les divisions assises uniquement sur rmptômes. Que pouvaient apprendre aui méde cins ces mots de- fièvres ataxique . ad) namique ,
3l> — FiE
comateuse j %ud orale 3 etc.? Nous reconnaissons toutefois que l'étude minutieuse des symptômes a dû fixer l'attention des médecins à une époque où les connaissances anatomiques étaient nulles ou peu avancées : ils devaient s'attacher à saisir les traits distinclifs qui séparent les maladies. Laissons donc de côté toutes ces divisions , qui n'ont plus d'autre intérêt pour nous que de nous représenter trèsexactement les phases diverses par lesquelles a passé la pyrétologie. Il en est , toutefois , plusieurs qui méritent de rester dans la science : c'est ainsi qu'il faut maintenir ces quatre grandes classes des fièvres , savoir : les fièvres continues , intermittentes , rémittentes , exanthématiques ; celle non moins importante des fièvres essentielles (nous nous sommes expliqués sur le véritable sens que Ton doit attacher à ce mot) et des symptomatiques. Quant aux autres dénominations, telles que celles de fièvres sporadique, épidémique, pestilentielle, maligne, putride, grave, etc., comme elles sont communes à beaucoup de maladies, elles ne peuvent rien apprendre de spécial sur les fièvres.
Des différentes espèces de fièvres , et de quelques classifications. — Pour donner une idée générale des différentes espèces de fièvres , nous avons été forcés d'adopter un certain ordre systématique , et nous avons choisi l'ordre proposé par Selle , non pas que nous le considérions comme étant plus que les autres à l'abri de la critique : loin de là, il en a tous les défauts ; mais comme nous voulions mettre sous les yeux du lecteur un exposé succinct des diverses espèces de fièvres, et qu'une bonne classification de ces maladies est encore à faire, nous avons préféré celle que l'on doit à un auteur qui avait une connaissance approfondie de l'histoire des fièvres. L'énumération des diverses fièvres nous a paru exiger une place dans un ouvrage consacré à l'exposé des travaux anciens et de l'état actuel de notre art ;il nous a semblé indispensable de mettre sous les yeux du lecteur quelques classifications, parce que c'est le moyen de lui donner une idée complète de la pyrétologie, et de faire connaître le sens que l'on a attaché à différentes dénominations dont on se sert encore quelquefois aujourd'hui. Du reste , nous prévenons que l'on doit s'attendre à trouver un désaccord complet entre les espèces admises par Selle et par les autres auteurs. Une énumération pure et simple , et parfois quelques remarques critiques, suffiront pour en donner une idée.
/■'lèvre continue, continente, des auteurs; synoqitc,n-rrc/ï;, desGrccs. Caractères: mouvement fébrile continu depuis le commencement de la maladie jusqu'à la fin, sans aucune exacerbation , et représentant en quelque sorte un seul accès de fièvre.
ltM genre. — Fièvre continente , inflammatoire.
Caractères : turgescence du système vasculaire , langue et peau sèche , urines rouges de coction , sang recouvert d'une couenne épaisse.
1re espèce. Fièvre continente inflammatoire simple. Synonym. : Sjrnochus imputris , Galien ; continua non putris, Boerhaave; synocha simplex, Hoffmann; synochus simplex , Fernel; febris inflammatoria simplex, Huxham; febris inflammatoria , Stoll febris inflala, Heurnius ; synocha sanguinea , Sennert ; febris septenaria , Plater ; febris continua inflammatoria, Frank; fièvre an* gioténique , Pinel ; angéioténique de quelques auteurs ; angiopyrie , Alibert.
Caractères : pyrexie continue, sans rémission, accompagnée de frisson , chaleur douce , halitueuse, générale, gonflement du visage , rougeur des yeux ; force et fréquence des battements artériels ; aucune inflammation locale , terminaison fréquente par l'épistaxis , ou des sueurs abondantes.
2e espèce. Fièvre continente inflammatoire compliquée : 1° d'une inflammation locale , des yeux, des oreilles, du larynx , du pharynx, de la langue, de la trachée- artère, des bronches, de la plèvre, du médiastin , du péricarde, du diaphragme, du poumon, de la plèvre et du poumon , du foie , de la rate , du cœur, des reins, de la vessie, de l'utérus, de l'estomac, des intestins, du mésentère, de l'épiploon, du cerveau-, 2° compliquée d'érysipèle; 3° de rhumatisme; 4° de catarrhe du nez, des poumons; 5° de dysenterie (F. dysentérique); 6° d'exanthème (F. exanthémalique), peste, variole légitime, fausse, rougeole, scarlatine (F. scarlatineuse), d'urticaire (F. ortiée, Vogel; scarlatine ortiée de Sauvages), de porcelaine, d'érysipèle (F. érysipélateuse),de miliaire (F. miliaire, Sydenham , Hoffmann), de bulles (F. bulleuse), d'aphthes (aphthafebrdis, Sauvages), de pétéchies (F.pétéchiale).
Avant d'aller plus loin , faisons remarquer que la fièvre continente inflammatoire simple (F. angéioténique ) était pour les anciens, comme elle est encore pour quelques auteurs modernes , une vraie pyrexie essentielle, c'est-à-dire un état fébrile non symptomatique (nulla inflammatio localis, Selle). Dans toutes les opinions émises sur la nature et le siège de cette fièvre éclate le désir de localiser. Les uns pensent qu'elle occupe la totalité du corps ; d'autres , le système vasculaire , ou seulement une de ses portions , comme le cœur, les artères, ou le système capillaire. P. Frank, le premier, en place le siège dans les vaisseaux , et spécialement dans une phlegmasie de la membrane interne des artères. Pinel embrasse cette opinion, et donne à la fièvre qui en dépend le nom de fièvrc\angioténique (àfyeïov, vaissseau, et-ravo, je tends). Broussais la fait dépendre de l'irritation gastrique. M. Bouillaud n'y voit qu'une phlogose 1Y
FÎÈ
plus ou moins vive de l'appareil circulatoire, consécutive à une phlegmasie des organes digestifs (F. bilieuse ou méningo-gastrique). Cette phlegmasie est tantôt simple et primitive, tantôt compliquée d'une phlegmasie locale à laquelle elle est consécutive [Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentielles, p. 548 et 549, in-8°; Paris, 1826). Depuis l'époque où ces diverses opinions ont été émises, les théories médicales se sont bien modifiées, et de même que cette localisation atteste à la fois et les progrès de notre art , et les tendances qui ont entraîné presque tous les esprits , à une époque encore peu éloignée de nous, de même aussi les idées médicales actuelles , quoique bien différentes, prouvent peutêtre mieux encore que la doctrine dont nous parlons la révolution importante qu'a subie la médecine. En effet, on est porté aujourd'hui à croire que h fièvre inflammatoire simple est une pyrexie essentielle , parce que, malgré les méthodes précises d'exploration que l'on possède, l'on n'est pas parvenu à en trouver toujours la cause et le siège. On est forcé de revenir aux idées anciennes, et de la considérer comme une fièvre. Personne aujourd'hui n'admet qu'elle consiste en une inflammation des vaisseaux, du cœur ou d# tout autre organe; mais plusieurs médecins recommandâmes considèrent la fièvre éphémère, variété de l'inflammatoire , comme pouvant se rattacher à la pléthore , et à une excitation momentanée des fonctions dévolues au système circulatoire général et capillaire, sous l'influence de quelque cause physiologique, ou, plus ordinairement encore, de quelque maladie souvent difficile à déterminer. Les analyses du sang faites par MM. Andral et Gavarret ne per~ mettent pas d'adopter cette opinion. En effet, dans un cas où ces auteurs rencontrèrent tous les symptômes qui caractérisent la fièvre inflammatoire , la quantité de fibrine était restée normale , mais les globules avaient atteint le chiffre énorme de 1 85 (le chiffre normal est 1 27).ll faut se rappeler que, dans les inflammations, la fibrine est constamment augmentée, et qu'elle peut aller parfois jusqu'à 10 millièmes (la quantité normale étant 3 mill.) : or, si la fièvre dite inflammatoire tenait à une phlegmasie du système vasculaire, du cœur, ou de tout autre organe, à coup sûr la fibrine ne resterait pas normale, et aug^menteraiten proportion, puisque Jusqu'ici, on n'a pas^ trouvé d'exception à cette règle ; c'est ce qui n'arrive pas : la seule altération que l'on trouve est une augmentation de globules. Ainsi donc , si ces analyses du sang ne nous éclairent pas sur la véritable cause de la fièvre inflammatoire, elles nous apprennent du moins qu'elle n'est pas une phlegmasie, et qu'elle doit reprendre parmi les pyrexies la place qu'elle occupait anciennement. Nous n'avons pas besoin de dire que n®us parlons seulement de la fièvre angéioténique
FIL
FIK
simple, que les cas où elle se présente sont rares , et qu'il faut être bien sûr, avant d'en admettre l'existence , que le diagnostic a été bien porté.
Outre la fièvre inflammatoire ou synoque, Galien, Fernel,et d'autres distinguent la fièvre éphémère, dont les symptômes sont les mêmes que ceux de la fièvre inflammatoire, et dont la durée n'est que de vingt-quatre heures; =771 fy.é'pa, d'un jour) , aussi onïils désigné quelquefois la fièvre inflammatoire sous le nom de fièvre éphémère prolongée (ephemera extenso}. La fièvre éphémère qui durait huit jours avait reçu le nom de fièvre inflammatoire hebdomadaire. Ces fièvre> sont de; affections fugitives et légères, qui tendent d'elles-mêmes à se dissiper. Gullen a réuni, sous le nom .te fébrile srnoena, l'éphémère et l'inflammatoire. Huxham, Stoll et Selle les avaient déjà comprises sous le nom de fièvres inflammatoires.
On a distingué l'éphémère en autant d'espècesqu'il y a de causes évidentes : ainsi il y avait l'éphémère produite parla tristesse, l'espoir, la crainte, etc. (Avicenne, Forestus).
11e genre. V Fièvre continue putride. — Caractères : Langue blanche d'abord, puis sèche et noire; chaleur mordante; excrétion fétide; pouls d'abord accéléré, un peu dur, puis obscur et inégal ; prostration ; yeux ternes; stupeur et tremblement, quelquefois hémori hiigies et excrétions sanglantes; pétéchies livides; yeux, dents, et lèvres couveits de saletés, avec respiration fétide; météorisme.
Ve espèce. Fièvre continente putride , continue, fièvre putride simple.
\) notij mjc. — Sjnochus put ri s ^ Galien, Fernel, Fortis. Sennert, Bellini; Febris critica simplet Qufisnœi; Fièvre ad) namique de Pinel ; fièvre nerveuse; Fièvre compliquée d'inflammation, d'en sipéle, de rhumatisme , de catarrhe , de dysenterie, d exanthèmes.
Oburb \r. — Fièvre rémittente ; fièvre continue, dans le coins de laquelle on observe l'intermissiod el l'exacerbation des symptômes.
La fièvre rémittente gastrique {fièvre bilieuse t gastrique , mèsentêrique de i'.illou, bilieuse) donne lieu'à un ensemble de phénomènes morbides / \ niables , que les auteurs ont réunis en groupe, el rattachés à différentes conditions de la maladie. Quand nue bile pure s'écoule dans l'estomac et daus le* intestins, on observe les symptômes suivants: langue ortie . nu milieux nt recouverte de quelques mucosités, n la bile est mêlée à la mucosité, la langue e t >.ile , enduite de UlUCOSités lin.ucs, et plus
ou moi n g j. m u<i iir , suivant la quantité de bile; amertume «ai save r létide de la bouche , anorexie, 'iani aue les humeurs n'onl pas éli expulsées de 1 économie, elie.s cause.nl des symptômes as ez nombreux, parmi lesquels on a noté le? privants : pouls intermit-
tent, soif, tremblement des lèvres et des joues, insomnie , stupeur et assoupissement , convulsions , prostration des forces, délire, ictère, hémorrhagie, sérosité du sang verdâtre, urines jumenteuses.
La bile prend-elle son cours vers l'intestin, les phénomènes auxquels elle donne lieu sont différents, suivant qu'elle a tendance à gagner les parties supérieures ou inférieures. Dans le premier cas , la langue est enduite de saletés qui s'enlèvent avec le doigt; respiration fétide, nausées, vomiturilions, vomissement de matières bilieuses ou muqueuses, sentiment de plénitude vers la région précordiale, refroidissement des extrémités , inquiétude et anxiété, douleurs des membres, céphalalgie, bourdonnement d'oreilles, yeux chassieux, vertiges. Lorsque la matière bilieuse gagne les intestins ou les parties inférieures , les genoux s'allourdissent , les lombes deviennent douloureuses, le ventre se distend , et il y a des borborygraes et des selles liquides et acres.
1er genre de fièvre rémittente gastrique.
Fièvre bilieuse inflammatoire. Les signes de celte fièvre se composent de ceux qui caractérisent la diathèse inflammatoire et la pléthore bilieuse. L'énumération des espèces suivantes montrera de quelle manière les anciens pathologistts les ont constituées.
A. Fièvre bilieuse inflammatoire simple : fièvre putride avec iliathèse phlogistique, fièvre synoque non putride, Grant \ fièvre cholérique, Hoffmann ; fièvre rémittente des camps, Pringle ; fiè~ vre ardente ou causus.
B. Fièvre bilieuse inflammatoire compliquée : — 1° d'une inflammation locale, des yeux, du pharynx (fièvre angineuse d'Huxham), des plèvres, des plèvres et des poumons , du poumon (pneumonie bilieuse de Forestus, de Tissot, de Stoll; amphimerina peripneumonica, Sauvages ; peripneiimonia ardens;) du foie, des intestins, des intestins et du péritoine, des reins (fièvre néphrétique bilieuse), de l'utérus.
2° Fièvre bilieuse inflammatoire compliquée d'érjsipèlc (fièvre érysipélateuse).
3° Compliquée de rhumatisme ;
4° Compliquée de catarrhe : des fosses nasales, du poumon (peripneumonia catarrhalis, Sauvages ; peripneumoniâ not/ia, Sydeuham; febris catarrhalis epidemica, Huxham).
5" de dysenterie : symptômes de dysenterie et d'embarras des premières voies, diathèse inflammatoire, selles bilieuses, el contenant moins de sang qu'à l'ordinaire.
6° <f exanthème : a. peste, b. variole , rougeole, scarlatine, urticaire, esscra , éryûpèlé (fièvre érysipélateuse , er) sipèle bi lieux , lièvre miliaii e , aphthes [febris aphlhosq), licwc petcdiiale Jebris pe'e-
FIE
chialis), fièvre bulleusc (febris bullo sa, pemphigus cum colluvie bdiosa).
Les diverses espèces de fièvres bilieuses que nous venons d'énumérer ne sont que des maladies à sièges bien déterminés, des maladies avec mouvement fébrile, et apparition de symptômes que les auteurs ont considérés comme annonçant d'une manière positive la présence de la bile ou de ses principes. Nous venons plus loin jusqu'à quel point cette opinion est fondée, et s'il est possible aujourd'hui de l'admettre quand on ne veut pas se contenter des assertions vagues, et le plus souvent fausses, émises par les auteurs sur ce sujet.
IIe genre de fièvre rémittente gastrique.
1° Fièvre bilieuse putride. — Les auteurs se contentent d'affirmer que les symptômes de celte classe de maladies ont leur point de départ dans une bile putride, adhérente aux premières voies, et dans un sang qui est aussi putride.
Ire espèce. Fièvre bilieuse putride simple ; febris pulrida , Huxham ; febris flava putrida, Bruce ; typhus icterodes ; febris Indice occidentalis , flava, maligna ; mal de Siam \ febris maligna biliosâ Amerie.œ; fièvre jaune des auteurs modernes.
11e espèce compliquée : 1° d'inflammation du pharynx , de la plèvre , du poumon et de la plèvre , du poumon (peripneumonia typhoida de Sauvages) , du foie; 2° de l'estomac, de l'intestin, de l'utérus; 3° compliquée de rhumatisme ; 4° de catarrhe ; 5° de dysenterie {febris dysenterica pulrida, Zimmermann; bilioso-conlagiosa , Degner); 6° d'exanthème, peste, variole, rougeole, scarlatine érysipèle, miliaire, pétéchies [febris petechialis nautica d'Huxham); aphthes {febris apktlwsa).
IIIe genre défièvre rémittente gastrique. — Fièvre avec amas de mucosités dans les premières voies ; caractères : la langue, et souvent la bouche et le gosier , sont enduits d'une matière blanche, glutineuse ; le sang se recouvre d'une couenne lamelleuse pénétrée de sérosité; le caillot est mou et dissous; fièvre lente, pouls faible, intermittent , urine ténue , limpide.
1 re espèce. Fièvre glutineuse gastrique , sans affection locale de Sarcone.
2e espèce compliquée : 1° d'inflammation locale du pharynx, du poumon, du foie, de l'estomac; 2° de catarrhe [péri pneumonie fausse atrabilaire de Grant); 3° de dysenterie; 4° d'exanthème.
3e espèce. Fièvre pituitaire , avec présence de vers dans les premières voies ; caractères : forte céphalalgie sus-orbi taire, et occupant la racine du nez et les parties voisines du front, vertiges, yeux cernés , larmoyants , gonflés ; pupilles dilatées ; prurit des narines, et épislaxis; bourdonnement d'oreille et surdité ; langue sèche, couverte d'un léger enduit
— 35 — FIE
jaunâtre et d'aphthes ; bouche mauvaise, avec goût amer et acide; salivation; agacement et grincement de dents; rire sardonique; insomnie, assoupissement, délire, convulsion, anorexie, trouble de la respiration et des battements du cœur; pouls variable, souvent intermittent; anxiété précordiale , douleur vague des membres; slrangurie; urine ténue, limpide, un peu jumenleuse; déjections alvines putrides, mêlées à des débris de vers; fièvre lente.
1° fièvre vermineuse inflammatoire : A. espèce: fièvre vermineuse inflammatoire simple (fièvre hectique vermineuse de Van -den -Bosch); B. compliquée d'une inflammation locale, des yeux, de la plèvre et des poumons, des poumons; G. de rhumatisme (rheumalismus verminosus de Sauvages); D. de catarrhe; E. d'exanthème.
2° Fièvre vermineuse putride : A. simple; B. compliquée.
F. Fièvre rémittente gastrique , avec métastase laiteuse vers les viscères abdominaux : fièvre puerpérale des auteurs; métro-péritonite et phlébite puerpérale des modernes. Caractères: tension et sensibilité extrême du ventre; douleurs vagues et lancinantes dans tout l'abdomen; pouls petit, serré, nerveux; Iochie blanche, puriforme, parfois fétide.
lre espèce. Fièvre puerpérale : 1° avec constitution bilieuse inflammatoire; 2° avec ulcère intérieur du poumon , avec empyème, avec ulcère du foie, de la rate, du pancréas , des reins, de l'utérus, du péritoine , du mésentère , de l'estomac et des intestins ; 3° avec obstruction des viscères (hectica, hepaiica, mesenterica).
Ordre IIIe. Fièvres nerveuses ou ataxiques.
Symptômes : Sensibilité et irritabilité extrêmes et anormales de toutes les parties, fièvre déréglée, non continue, ni régulièrement rémittente; symptômes nerveux.
Ier Genre. Fièvre nerveuse aiguë. — Caractères : Frissons irréguliers , sueur légère , pouls petit, assez dur, tantôt accéléré, tantôt ralenti, douleurs des jointures et de la région précordiale, sentiment de pulsation en ce point et vers l'ombilic , voix altérée, aiguë etrauque par intervalle, langue rude, sèche, blanche, tremblante, vomituritions et vomissements érugineux, remplacés vers la fin parun crachotement, épreintes vésicales, urine ténue % limpide; œil fixe, brillant, rouge et sale; bourdonnement d'oreilles ; ouïe dure ou plus aiguë que d'ordinaire ; fièvre intense.
Espèces : l°phrénésie ; 2° fièvre soporeuse ; 3° hydrophobie ; 4° fièvre nerveuse aiguë des femmes en couches.
11e Genre. Fièvre afaxique. — Fièvres nerveuses aiguës , produites par la contagion.-
Espèces : 1° suette anglaise, 2°pe. (e aiguë , 3° fié-
fie
vrc uerveuéë putride [febris pcstilentialis, forant ) ; peste.
IIIe Genre des ataxiques ; fièvre lente vermineuse. — Caractères : Douleur et pesanteur de tête , vertiges, nausées, douleur, oppression à la région précordiale , vomituritions, vomissements d'une humeur acide , sanglots , langue blanche d'abord , puis sèche et aride, à peine de soif, langue tremblante, sorte de torpeur, somnolence , et, malgré cela, insomnie ou sommeil léger, fugace , lourd , interrompu par des rêves effrayants , et n'apportant au malade aucun soulagement ; œil languissant , sordide, fuyant la lumière ; répartition inégale de la chaleur et du froid à la surface du corps ; la tête est ardente , et les extrémités inférieures sont froides; la chaleur que l'on ressent par le toucher ne dépasse pas la température normale du corps , tandis que le malade dit éprouver une chaleur ardente à l'intérieur ; sueurs vagues, froides; urine ténue, limpide , parfois troublée ; convulsions, délire rarement furieux, plutôt tranquille , avec mouvement des lèvres et des mains; le regard est fixe , comme si le malade regardait quelque chose avec attention; les forces décroissent à tel point que, sous l'influence d'un simple travail intellectuel, les syncopes et les sueurs froides surviennent; les extrémités se refroidissent; le pouls est tremblant , intermittent; les malades sont d'une irritabilité extrême au début; plus tard, ils deviennent Sourds et stupides ; aux approches de la mort, le délire est remplacé par le coma , les excrétions se font involontairement , et les convulsions de l'apoplexie mettent fin à la vie du patient.
1° Fièvre nerveuse simple {febris hectica de Willis; fièvre lente nerveuse , Huxhani; fièvre lente maligne , Vogel ).
2° Fièvre nerveuse compliquée d'exanthème , de variole , de rougeole , de miliaire , de scarlatine , de l'inflammation d'un parenchyme.
3" Fièvre nerveuse compliquée de dysenterie.
Ordkb IV. Fièvres intermittentes. — Caractères : Frisson , suivi de chaleur et de sueurs constitu mtuu accès de fièvre ; dans l'intervalle, apyrexie complète.
r1 Genre. Fièvres intermittentes inflammatoires. Kllcs consistent en une fièvre intermittente, dans laquelle h peau est chaude, rouge, habi tueuse, le pouls large et plein pendant le deuxième stade.
rt intermittente inflammatoire ntermitlente inflammafaire, compliquée d'inflammation des yeux, delà ■lèvre ci du poumon.
Il(> Genre. Fièvre intermittente inflammatoire
bilieuse , intermittente gastrique.
Symptômes \oinissrmnilr <1» matière bilieuse.
1 ÎÈ
et signes de polycholie et de pléthore sanguine ; accès ordinairement tierces.
lre espèce '.fièvre intermittente simple; 2e espèce : compliquée d' 'inflammation de la plèvre et du poumon.
IIIe Genre. Fièvre intermittente bilieuse putride , fièvre intermittente ataxique et adjnamique de Pinel , maligne des auteurs. — On observe dans cette forme les signes de la turgescence bilieuse , ceux de l'altération putride du sang , et différents symptômes nerveux très-graves; apyrexie à une très-courte durée.
IVe Genre. Fièvre intermittente muqueuse.
Symptômes : stade de froid , tantôt léger et très-long, tantôt violent et convulsif , accompagné souvent de nausées , de vomissements , de céphalalgie , de tuméfaction abdominale , et de déjections : elle est ordinairement quotidienne ou quarte , souvent erratique.
Ve Genre. Fièvre intermittente vermineuse.
Symptômes : ceux qui résultent de la présence des vers intestinaux,
VIe Genre. Fièvre intermittente nerveuse.
Nous avons exposé csucinctement les principales divisions admises par Selle dans la pyrétologie, afin que le lecteur puisse saisir d'un seul coup d'oeil les priucipaux ordres , genres et espèces de fièvres , qui ont été généralement établis par les auteurs. Selle est, parmi les auteurs qui ont écrit sur les fièvres, un de ceux qui connaissaient le mieux la littérature ancienne et les ouvrages publiés par ses contemporains, dont il ne manque jamais de citer le passage et l'écrit. Enjetant les yeux sur les caractères qui appartiennent à chaque espèce , on peut prendre une idée assez précise des formes innombrables qu'affectent les maladies décorées, à tort, du nom fa fièvres. Avant de faire ressortir les remarques importantes que fait naître l'établissement des divisions multiples que les auteurs ont fondées en pyrétologie , il est indispensable de présenter le tableau des principales classes de fièvres admises par les nosographes les plus célèbres. Une fois ce travail terminé, nous montrerons les vices radicaux de toutes ces divisions . les erreurs nombreuses qu'elles renferment presque toutes , et nous serons ainsi naturellement amenés à dire quelles sont les maladies fébriles qui doivent retenir le nom de fièvre, et la doctrine que les pathologisles ont essivemenl proposée sur la nature intime de la fièvre et des fièvres.
Linné adopte une division des fièvres qui est assez singulière. 11 range dans celte classe de maladies:
1. Lés fièvres exanthématiques , qui comprennent : 1" les fièvres contagieuses , comme la peste, i la variole , la rougeole , les pétéchics , la syphilis ;
FIE
2* les fièvres sporadiques : ce sont la miliaire et les uphthes -, 3° les fièvres solitaires : l'érysipèle.
II. Les fièvres critiques : 1° continentes , à savoir, l'éphémère, le synoque , la fièvre lente; 2° les fièvres critiques intermittentes , la quotidienne , la tierce , la quarte, la double , l'irrégulière ; 3° ks fièvres critiques et exacerbantes ; l'amphémérine , (dérivé de &py\f autour, et ripipa, jour), dont les accès reviennent tous les jours sans iutermission complète ( fièvre continente et quotidienne réunies ) ; la tritœophie (derpiraioç, troisième, et «pûwjc nais, fièvre continente unie à une tierce ; tétartophie ( de TsrapToç, quatrième , et yùtù,je nais ; fièvre continente unie à une quarte) , hémitritée ( de %«jo,-, moitié , et rpiraîo?, troisième) fièvre tritœophie et amphémérine réunies. Suivant d'autres, c'est une combinaison de la fièvre quotidienne avec la fièvre tierce : il y chaque jour un accès , et un accès plus intense de deux jours l'un ; — l'hectique.
III. Fièvres phlogistiques : 1° Membraneuse , phrénésie, paraphrénésie , pleurésie, gastrite, inflammation du rectum , de la vessie ; 2° parenchymateuse , inflammation du cerveau , du gosier, du poumon , du foie , de la rate , des reins , de l'utérus (hystérite); 3° 'musculaire , phlegmon; 4° accompagnée de douleurs internes , céphalalgie , hémicrânie , pesanteur de tête , ophthalmie , otalgie , odontalgie , angine , soda , cardialgie , gastralgie , eutéralgie , colique intestinale, hépatique, splénique pleurétique, pneumonique , néphrétique, utérine, douleur de la vessie, des parties génitales, de l'anus; 5° fièvre accompagnée de douleurs externes : rhumatisme articulaire et musculaire , douleurs ostéocopes , etc.
Nous avons cité cette classification pour faire voir comment l'illustre botaniste entendait la distribution des genres et espèces de maladies. 11 est facile de se convaincre que les caractères extérieurs des maladies ont un peu trop frappé son attention , sans toutefois l'empêcher de saisir quelques traits essentiels dérivés de leur nature intime.
Sauvages établit d'abord un premier ordre de fièvres, qui sont : 1° les continues. Elles renferment: l'éphémère , la synoque ( synocha ) , le synoque ( synochus ), le typhus, l'hectique.
2° Les rémittentes : Yamphimérine , dont les rémissions sont quotidiennes , et les paroxysmes accompagnés de froid ( horror); la iritéophie , dans laquelle la rémission a lieu le troisième jour, et le frisson est à peine marqué; dans la tétartophie, la rémission ne vient que le quatrième jour.
IIe Ordre. — Fièvres intermittentes 9 quotidienne , tierce , quarte , erratique.
Les inflammations et les exanthèmes ne sont pas ranges dans la elasse des pyrexies.
Vogel admet une classe de fièvres qui sont , 1rs intermittentes : 1° simples , quotidienne , tierce, quarte , quinlane , sextane , seplane, octane, nonane, décimane, vague , liée à la menstruation ; 2° doublées .- tierce et quarte doublées ; 3° triplées : quarte triplée.
1° Fièvres continues, simple, quotidienne , synoque, produite par les désirs vénériens ; la fièvre phrénétique, l'épiale, dans laquelle les malades éprouven tun vifsentimentdefroidetune contraction musculaire involontaire; le causus , fièvre ardente , s'exaspérant le troisième jour, et accompagnée de soif vive , de sécheresse extrême , de coloration noire de la langue ; la fièvre élode , fièvre caractérisée par une sueur abondante et continuelle, se manifestant dès le premier jour, et suivie de prostration considérable des forces; léthargie, fièvre où l'assoupissement et le délire se succèdent ; la typhomanie , fièvre dont les symptômes sont un mélange de phénomènes morbides appartenant à la phrénésie et à la léthargie ;la leipyrie : les extrémités sont froides , les parties intérieures brûlantes, le pouls petit et obscur ; fièvre phricode : dans le déclin , surviennent des frissons , accompagnés de spasme musculaire ; fièvre lingode: le malade est pris de sanglots continuels depuis le commencement jusqu'à la solution de la maladie ; fièvre assode : un sentiment continuel d'inquiétude et de dégoût s'empare du patient ; fièvres cholérique , syncopale ; hydrophobie ; une fièvre que Sauvages nomme oscitans ; fièvre ictéricode, qui détermine une couleur jaune sur toute la $c;iu; fièvre pestilentielle ( peste ) ; siriase , affection particulière aux enfants , et dans laquelle la peau est sèche, pâle , l'appétit perdu , les yeux caves , les fontanelles affaissées.
2° Fièvres continues complexes : exanthématiques; fièvre varioleuse , morbileuse , miliaire , pétéchiale, scarlalineuse , ortiée , huileuse , varieelleuse, pemphy guide , aphtheuse.
III. Fièvre inflammatoire : phrénésie , chémosis, ophthalmie, otite, angine, pleurésie, péripneumon e, inflammation du médiastin , du péricarde, du cœur; paraphrénésie, gastrite, entérite, hépatite , splénite, mésentente, épiploïte, péritonite, phlegmasie des muscles abdominaux, pancréatite, néphrite, cystite, métrite, fièvre érysipélateuse, goutteuse, du panaris; cyssotite (inflammation de l'anus).
IV. Fièvres symptomatiques .-apoplectique, catarrhale, rhumatique, hémorrhoïdale , de lait, traumatique, suppurative, lente, hectique.
Sagar n'établit dans les fièvres que trois ordres : 1° Les fièvres continues .-l'éphémère, l'hebdomadaire, la fièvre appelée décales sera, (\m parcourt ses périodes en quatorze ou vingt et un jours ; le typhus ; I hectique. 2° Dans le second ordre *•« trouvent les
rémittentes : l'amphimérine , la triteophie, la tétartrophie. 3° Le troisième ordre renferme les quotidiennes, les tierces, les quartes, et les erratiques.
La classification de Cullen mérite de nous arrêter plus longtemps que celles des nosographes dont nous venons de parler. Cullen est, de tous les auteurs qui ont écrit sur les fièvres, celui dont les idées sont le plus en harmonie avec plusieurs opinions médicales actuellement en faveur, et qui a contribué le plus à élucider l'étude des fièvres.
La première classe de sanosographie est consacrée à l'histoire des pyrexies {pyrexiœ), c'est-à-dire des maladies avec fièvre (post horrorem,, pulsus frequens} calor major,, viribus artuum imminitiis). Cette classe comprend cinq ordres, qui sont : 1° les fièvres ; 2° les phlcgmasies ; 3° les exanthèmes ; 4° les hémorrliagies ; 5° les flux. Les fièvres seules doivent nous occuper. Elles se divisent en deux sections : 1° Les fièvres intermittentes ; 2° les continues.
1° Fièvres intermittentes : 1° tierce avec apyrexie complète, ou avec simple rémission; double tierce; tierce doublée, triple tierce, hémitritée : celleci revient tous les jours, mais il y a une rémission qui est plus sensible entre le jour impair et le jouipair qu'entre ce dernier et le premier; 2° fièvre quarte avec apyrexie complète, ou avec simple rémission; 3° fièvres erratiques; ce sont des tierces d.t ns lesquelles un a<eès manque, ou des fièvres quartes dont un accès anticipe" sur l'antre; 4° fièvre quoffdîcnne.
2" Ficvrerconi innés : 1° fie. re inflammatoire proprement dite, d^nt les espèces sont la fièvre continue non putride de Boerhaavc, l'éphémère et la synoque simple; 2 les fièvres inflammatoires symptomatiques sont l'éphémère d'indigestion , celle qui précède les règles, la synoque catarrhale, scorbutique, etc.
2° Typhus, ou fièvre lente nerveuse d'Huxham. Cullen a rangé sous le titre de typhus modéré les fièvres lentes nerveuses des modernes, etsouslenom de typhus grave les fièvres que Ton appelle coinmunémenl putrides. Il y a deux espèces de typhus : 1° le lyplm.» rétécbïal; 2° le typhus iclérode, ou fièvre jaune.
Le typhus pètécftial modéré de Cullen comprend les maladies suivantes : fièvre maligne hectique, ou fièvre betveuse coovuîsive de Willis; fièvre pestilentielle de Fracastor et de Forestus; fièvre nouvelle de l'année 1685 [ fydénham ) ; fHJvré putride nerveuse de Winlririjjh.im ; fièvre N'iitc rirnnise d'ifa%h&m ;
fièvre contagieuse de Lind; fifcvfe maligne avec assoupissement ; fièvre nerveuse rémittente de ftïanget. Le typhus grave comprend 1° là BèVre maligne pestilentielle; 2° la fièvre des prisons ou d'hôpital;
FIÉ
3° la fièvre des camps et des armées; 4° la miliaire scorbutique; 5° les fièvres pétéchiales maligne-.. 11 y a enfin le typhus iclérode , ou fièvre jaune; la suette des anglais et la suette des Picards. La fièvre putride résulte de la combinaison de la fièvre lente nerveuse et de la fièvre inflammatoire ( fièvre continue putride de Boerhaave). Ses variétés sont : 1° la synoque sanguine, ou la fièvre dépuratoire, observée par Sydenham; 2° lafièvre continue épidémique du même auteur; 3° la fièvre ardente de Rivière.
Le nombre des espèces admises par Cullen est assez restreint, ainsi que l'on peut s'en convaincre. Les fièvres intermittentes dont il a si habilement démêlé les formes délicates; les fièvres continues, parmi lesquelles il distingue la fièvre inflammatoire et les grands typhus : voilà , en quelques mots , ce que Cullen considère comme des fièvres proprement dites. Nous verrons combien cette manière de voir est rapprochée de la vérité. Immédiatement après les fièvres, il place les exanthèmes, ou fièvres éruptives, dont il forme un groupe parfaitement naturel.
Nous voici arrivé à Pinel, dont la classification, précise et philosophique, a tant contribué à soulever le chaos qui couvrait encore la pyrétologie. Il reconnaît six ordres de fièvres essentielles : 1° la fièvre angioténique, ou inflammatoire; 2° la fièvre méningo-gastrique, ou bilieuse; 3° la fièvre adénoméningée, ou muqueuse; 4° la fièvre adynamique , ou putride; 5° la fièvre ataxique, ou maligne; 6° enfin la fièvre adéno-nerveu e, ou pestilentielle.
La fièvre angioténique (inflammatoire, synoque simple , éphémère , des auteurs ) est une pyrexie continue , sans rémission, caractérisée par une invasion subite, et tous les signes de l'excitation du système vasculaire : chaleur, rougeur et gonflement des yeux, du visage, force, fréquence du pouls. Cette fièvre ressemble, par ses symptômes, à un accès de fièvre intermittente; mais elle n'a pas de redoublement. Pinel place le siège et la cause de cette maladie avec P. Frank dans une inflammation de la face interne des vaisseaux , et particulièrement des artères : elle comprend la fièvre éphémère et l'inflammatoire proprement dite. Cette division, très-ancienne, est fondée sur la durée de la maladie. P. Frank y distinguait aussi une forme aiguè et une chronique (Epitomc decuran 'is hominum morhis).
La fièvre méningo-gastrique, ainsi dénommée parce que Pinel pense que la maladie est le produit d'une irritation particulière qui a son siège dans les membranes de l'intestin ( v.r.vr.'E, membrane), et surtout de l'eslom ie et du duodénum, ainsi que dans les organes sécréteurs de la bile et du suc pancréatique t Nosogrâpliic philosophique, 1. 1 , p. i), 5é édit. ). Elle constitue la lièvre bilieuse, gastrique, la synoque putride des