DES SOLIDES
- îl n'est pas toujours facile d'établir une ligne de démarcation tranchée entre les hémorrhagies de cette classe et celles qui ont leur cause dans une altération du sang. Lorsqu'une maladie est circonscrite dans un tissu, et qu'elle a amené d'abord dans sa structure et dans ses molécules une modification pathologique, elle peut très-bien, en agissant sur le sang contenu dans le tissu, modifier ce liquide de manière à rendre sa transsudation plus facile ; mais les changements qui se passent alors sont trop moléculaires pour tomber sous les sens, et comme nous ne possédons aucun document précis sur les hémorrhagies qui procèdent d'une semblable cause , nous ne pouvons nous y arrêter.
Les hémorrhagies qui constituent la deuxième classe ne peuvent s'expliquer que par une altération des tissus dont la structure est changée d'une manière appréciable à nos sens. Nous rangerons dans la classe suivante celles qui n'ont lieu que par suite d'un trouble fonctionnel ou dynamique; telles sont les hémorrhagies par exhalation qui se montrent dans différents organes, et qui ne peuvent se rattacher à aucun* lésion évidente. Le nombre de?' hémorrhagies
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par maladie du solide vivant est considérable ; cependant il est plus restreint depuis que l'on a reconnu que le véritable point de départ de certaines hémorrhagies pouvait être une des altérations du sang précédemment décrites.
1er ordre. — Hémorrhagie ayant sa cause dans l'organe même qui fournit le sang. — Nous commençons l'étude des hémorrhagies de la deuxième classe par celles qui ont leur point de départ dans une lésion locale évidente, pareeque leur mécanisme est facile à saisir, et qu'il nous sera plus facile ensuite de comprendre le mode d'action de plusieurs maladies dont rhémorrhagie est le symptôme fréquent.
A. Quelques maladies déterminent l'écoulement sanguin , en appelant dans les vaisseaux capillaires une quantité surabondante de sang; telles sont les phlegmasies et les congestions inflammatoires. Dans la stomatite, dans l'angine pharyngée, dans quelques gastrites suraiguës , dans la colite intense, le sang est exhalé par les tissus malades. Disons toutefois que les hémorrhagies ne se montrent que rarement dans les inflammations, à moins que celles-ci n'aient quelque chose de spécial: c'est ce qui a lieu dans la dysenterie, que l'on a considérée à tort comme une inflammation simple ; dans la diphthérite, et dans les angines malignes, si bien décrites par Huxham et Folhergill (voy. Diphthérite et Aucun). 11 suffit, pour mettre hors de doute l'assertion que nous venons d'émettre , de consulter l'observation ; elle nous montre tous lesjours des phlegmasies intenses, eteependant nous les voyons rarement accompagnées d'hémorrhagie. La pneumonie semble faire exception ;mais,si l'on réfléchi tau siège de l'inflammation, qui occupe, dans ce cas, les vésicules où le sang est mis au contact de l'air, et, par conséquent, toujours prêt à s'échapper, on ne sera pas étonné de la fréquence de l'exhalation sanglante dans cette maladie.
Dans l'inflammation, un graud nombre de vais- H MU -oui distendus par le sang qui stagne dans leur intérieur; dès lois l'imperméabilité d'un grand nombre de capillaires force le sang à traverser avec plus de rapidité le* vaisseaui voisins : c'est 11 une première cause d'hémorrhagie. Une autre, non moins réelle, suivant quelques auteurs, est l'erreur de lieu, c'està-dire le passage du sang dans des capillaires qui ne doivent pas l< recevoir. L'étude, de ces différents phéii 'in» ip - ne peu( trouver place ici, et appartient à l'histoire de l'inflammation roy. ce mol .
Une première cause locale d'hémorrhagie est 'donc l'irritation inflammatoire. Nous voyons parfois se développer sous nos yeui d< i infiltrations sanglantes, f di ■ i >!i i! itions de sang . qui nais- : enl de 1 1 socle : qu'un graia de sable, qu'un instrument \ icône ï ii i itei la i onjoni live, le sang ;i I Huera en abondance vers k point utile, s'infiltrera, dans le
tissu ambiant, ou s'écoulera au dehors. Un corps étran* ger, engagé dans les conduits ou développé dans les réservoirs naturels de l'économie, excite parfois l'écoulement sanguin par l'irritation qu'il y détermine : l'hémorrhagie des reins, des uretères, de la vessie, n'a souvent pas d'autre origine. Souvent aussi c'est la division traumatique des vaisseaux qui produit le même effet.
L'analyse du sang fait reconnaître, dans tous ces cas, la véritable cause de l'hémorrhagie. En effet, le sang offre alors une augmentation , souvent fort grande, de la quantité normale de fibrine : toutes les fois que l'on rencontre cette augmentation, et que l'on est dans le doute sur la cause de l'hémorrhagie , on doit la rapporter à une phlegmasie. Par contre, on est sûr que celle-ci n'existe pas, quaud on voit la fibrine rester normale ou descendre au-dessous de son état physiologique. Ce résultat est fécond en applications pratiques. En effet, si l'on voit l'hypérémie s'accompagner d'un flux sanguin , et si eu même temps la fibrine est en quantité plus grande, on ne doit pas hésiter à combattre l'hémorrhagie nar le traitement propre aux phlegmasies. Les émissions sanguines, et la médication antiphlogistique, sont formellement indiquées et sont les seuls agents thérapeutiques qui puissent réussir à enrayer cette hypérémie, à laquelle convient parfaitement la dénomination ftac~ tiix employée par les anciens. Le traitement doit avoir un succès d'autant plus certain que Uon peut l'instituer de très-bonne heure et à une époque où, sans l'analyse du sang, il serait impossible de dire si les saignées sont plus utiles que les toniques ou que fout autre médicament. Quant aux congestions hémorrhagiques , que j'appellerai non phlegmasiques , elles sont incomparablement plus fréquentes que celles que nous avons précédemment décrites, et marchent avec l'accroissement des globules, ou avec quelques autres états morbides du sang que nous avons étudiés dans notre première classe d'hémorrhagie.
Les hémorrhagies sont précédées d'une hypérémie sanguine qui se traduit par des troubles locaux faciles à constater; niais au moment où paraît celle hypérémie, il est impossible de dire si elle sera hénionhagiparc ou phlegmasipare , en d'aulrcs termes, si elle aboutira à une hémorrhagie ou à une inflammation. Dans l'un et l'autre cas, les symptômes sont les mêmes; l'excitation locale augmente, et le gonflement, la turgescence, la rougeur se manifestent si lis parlées hypérémiées sont accessibles à nos sens; on voit enfin paraître tous les signes de ce travail pathologique que l'on appelle X hypérémie , sans I ouvoir encore en spécifier la nature. Sans doute- il esl permis de croire que les changements moléculaires <jui .'accomplissent au sein des tissus congestionnés
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scDt de nature très-différente, puisque, dans un cas, c'est du sang qui est fourni par l'organe, et, dans l'autre, des produits tout à fait nouveaux qui s'y forment : c'est le résultat final du travail pathologique qui nous porte à formuler cette opinion. L'analyse du sang a conduit MM. Andral etGavarretà des données bien autrement précises. Ils ont vu que constamment ce fluide était altéré dans sa composition, et la fibrine en quantité plus grande quand l'hypérémie étaitphlegmasipare.
B. Les hémorrhagies sont encore déterminées par le développement des tissus de nouvelle formation. Le tubercule, le cancer, lamélanose, quel que soit leur siège, s'accompagnent fréquemment d'hémorrhagie dès le principe. L'hémoptysie , la gastrorrhagie, sont les symptômes ordinaires de la phthisie pulmonaire, du cancer gastrique, etc. Leur cause doit être cherchée dans le travail pathologique local qui se développe au sein des viscères. Ce n'est pas ici le lieu de discuter les différentes opinions qui ont été émises sur la cause de la pneumorrhagie et de la gastrorrhagie symptomatiques des maladies du poumon et de l'estomac (voy. ces mots et Cancer de l'estomac). Que ce soit par rupture des petits vaisseaux, par simple exhalation , ou par tout autre mécanisme que l'hémorrhagie s'effectue, peu importe; on doit reconnaître que son origine est dans une lésion toute locale ; et c'est là précisément ce qui nous a engagé à les ranger dans le premier ordre. Une autre conséquence pratique fort essentielle , et qui découle de cette manière d'envisager rhémorrhagie , c'est qu'il est indispensable, si l'on veut la combattre avec quelque succès, d'instituer le traitement de l'affection locale , et non de l'hémorrhagie , qui n'en est que le résultat. Les produits de nouvelle formation , tels que le tubercule, le cancer, les concrétions, les kystes, les entozoaires, sont des productions qui peuvent amener l'hémorrhagie.
G. Dans une troisième division des hémorrhagies du premier ordre, se trouvent placées celles qui dépendent d'une altération locale qui modifie la consistance normale des tissus , ou les désorganise dans les points qui fournissent l'hémorrhagie. Quand les tissus anormaux, qui se sont développésîau sein des organes, passent de l'état de crudité à l'état de ramollissement , ou sont frappés de gangrène , les vaisseaux laissent souvent écouler une grande quantité de sang : c'est ainsi que naissent les pneumorrhagies dans le second et le troisième degré de la phthisie pulmonaire, les gastrorrhagies et les hémorrhagies intestinales liées à des affections cancéreuses de l'estomac et de l'intestin. Les mélrorrhagics continuelles et souvent si terribles, les hémorrhagies rénales, vésicales , s'expliquent aussi par la désorganisation des vaisseaux de l'utérus , des reins,
de la vessie: aussi sont-elles toujours, dans ce cas* symptomatiques d'une lésion assez avancée.
Les hémorrhagies , qui dépendent d'un produit de nouvelle formation, ont leur source : 1° dans les vaisseaux mêmes du tissu qui sert de support au nouveau produit pathologique ; 2° ou dans le produit pathologique lui-même. Il peut arriver, par exemple, que dans un cancer gastrique ce soient les vaisseaux mêmes de l'estomac qui donnent le sang , ou exclusivement ceux du tissu cancéreux. On voit aussi, dans d'autres cas , un tissu érectile , formé au sein d'un viscère, devenir la véritable source des hémorrhagies qui reparaissent à des intervalles plus ou moins rapprochés.
La distinction que nous venons d'établir au sujet des hémorrhagies est fondée en théorie et en pratique ; quelques exemples serviront à le prouver. Des tubercules se développent dans le sommet du poumon ; une pneumorrhagie survient. Au début, le travail pathologique qui donne naissance au produit morbide , en modifiant l'arrangement des molécules, détermine une sécrétion sanglante; plus tard, le tubercule se ramollit et se sépare du poumon : le sang alors peut être fourni par les vaisseaux ulcérés. Supposons maintenant qn'une hématémèse se produise au début d'un cancer de l'estomac , ici encore le sang est sécrété par suite d'un travail morbide qui n'a encore occasionné aucune désorganisation; mais plus tard un système vasculaire se forme au sein du tissu morbide , et peut fournir le sang; celui-ci enfin provient quelquefois du ramollissement du tissu cancéreux , de ses vaisseaux, ou enfin des tissus ambiants.
On voit donc combien de causes différentes et toutes locales peuvent provoquer les hémorrhagies. II importe de les avoir toutes présentes à l'esprit, pour bien comprendre que le mécanisme suivant lequel elles se produisent est très-variable.
Il nous reste à mentionner, parmi les causes fréquentes des hémorrhagies , le ramollissement , l'ulcération et la gangrène. Que le travail pathologique qui détermine ces altérations soit l'effet de l'inflamr mation , ou de toute autre cause connue ou inconnue (voy. Gangrène), il n'en est pas moins vrai que l'on voit souvent l'hémorrhagie produite uniquement par ce travail morbide. Dans les membranes , comme dans les parenchymes, dans les organes creux, tout aussi bien que dans le tissu cellulaire général, le sang se fait jour à travers les parois des vaisseaux , par les pertes de substance qu'entraînent nécessairement l'ulcération, le ramollissement, la gangrène. Les hémorrhagies qui se produisent de la sorte doivent être rapprochées des hémorrhagies traumaliques; elles tiennent, comme ces dernières, à une solution de continuité; seulement les unes sont causées par une cause extérieure, les autres, par une maladie déve-
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loppce sans l'intervention d'une semblable cause.
IIe ordre. — Hémorrhagie ri ayant plus sa cause dans une maladie de l'organe même qui fournit le sang> mais dans la lésion d'un organe plus ou moins éloigné qui agit plus ou moins im~ médiaiement sur la circulation du tissu par lequel a lieu V hémorrhagie. — C'est ainsi que surviennent les gastrorrhagies, les pneumorrhagies, chez les sujets qui sont atteints de maladie du cœur. Sans doute on peut prétendre que, dans ces cas , l'organe qui fournit le sang est lésé dans ses fonctions, puisque les capillaires livrent passage au fluide sanguin ; mais il n'en est pas moins vrai que l'exhalation sanglante a son organe plus haut, qu'elle est commandée par la maladie du cœur, et que c'est contre elle que doit être dirigé le traitement, si l'on veut faire cesser l'hémorrhagie.
A. Les maladies du cœur sont fréquemment suivies d'hémorrhagies par différentes voies , et Ton ne peut les attribuer qu'à la gêne extrême qu'elles apportent à la libre circulation du sang. L'hypertrophie a été considérée comme une cause capable de favoriser, sinon de produire l'hémorrhagie cérébrale, l'apoplexie pulmonaire, l'épistaxis, l'hématémèse. Les uns ont pensé que le cœur , ainsi hypertrophié , lançait le sang avec plus d'énergie vers les vaisseaux du cerveau ; d'autres ayant fait remarquer, avec juste raison, que les orifices du cœur sont presque toujours rétrécis ou déformés par les maladies des valvules , dans les cas d'hypertrophie, ont soutenu que c'était plutôt la gêne de la circulation qui amenait un pareil résultat. Quelle que soit l'opinion que Ton embrasse, on ne peut se refuser à admettre que la circulation des organes dans lesquels se produit l'hémorrhagie est fortement gênée par l'affection du cœur. Corvisart et tous ceux qui ont écrit, depuis cet illustre médecin, parlent de la fréquence des hémorrhagies pulmonaires dans le cours des affections du cœur (voy. Apoplexie , t. i , p. 209 , où l'on trouve exposée l'opinion de M. Bouillaud et des autres auteurs; et Maladies nu co i t., GinémlHéSj t. n, p. 307). Beaucoup d'autres hémorrhagies qui ont été rangées pendant longtemps dans les hémorrhagies passives sont ducs à des affections du cœur et de ses orifices. Ce fait , clairement démontré aujourd'hui , n'a pas empêché quelques auteurs de lei considérer eommedeibénerihigie> passives.
Dgestions que l'on voit se produire si fréquemment dans I- cours des affections du cœur ont pour ûége li ■•■• mêmes organes que l'hémorrhagie . el dépendenl de la même c use, la gène de la circulation. Les parties ou l'oo observe plus spécialement ces hémostases tout à rail mécaniques sont la face, les mains el les pied . ou ■<■ dessinent dos colorations ailes, rouge-brique, bleuâtres. Sourent la ftee
présente une turgescence marquée (face vultucuse), ou des marbrures et des lividités qui attestent la gêne qu'éprouve la circulation capillaire. 11 est rare que le sang s'extravase sous la peau ou sous 1'épiderme, et produise des ecchymoses ou des taches , à moins qu'il n'existe quelque maladie des vaisseaux artériels. La congestion pulmonaire , la maladie décrite sous le nom d'œdème du poumon , et qui n'est qu'une hypérémie mécanique de la membrane muqueuse des bronches , et les stases cadavériques que l'on trouve chez les sujets atteints d'affection du cœur, dépendent de la difficulté qu'éprouve le sang à circuler dans les capillaires des parenchymes. Les hémorrhagies n'ont pas , non plus , d'autre cause.
B. Nous plaçons immédiatement après les hémorrhagies produites par les maladies du cœur celles qui dépendent de la gêne qu'apportent à la grande circulation les maladies du poumon. Nous n'hésitons pas à attribuer à cette cause un certain nombre de pneumorrhagies.
C. Quelquefois , c'est dans une maladie des artères qu'il faut chercher la cause des hémorrhagies. Une phlegmasie, une ossification , ou toute autre lésion , se développe dans l'artère principale d'unmemhre, et bientôt l'on voit paraître des ecchymoses et des infiltrations de sang dans les membres. Le plus ordinairement , toutefois , il n'existe que des congestions sanguines capillaires, qui ne tardent pas à être suivies de gangrène.
D. Les maladies des veines ont rarement pour effet de produire des hémorrhagies. On a dit cependant qu'une ligature ou une forte compression apposée sur la veine principale d'un membre occasionnait des ruptures dans les capillaires, et, par suite, des hémorrhagies. Mais, dans ce cas, toute la circulation est profondément modifiée, et plusieurs causes concourent à amener l'extravasation du sang.
On a prétendu que la gêne apportée à la circulation du sang, dans la veine porte, par des maladies du foie, occasionnait l'hématémèse, l'hémorrhagie intestinale, et surtout des hémorrhoïdes. On a expliqué la production de ces hémorrhagies par la difficulté qu'éprouve le sang contenu dans ce vaisseau et ses dit {crentes branches à traverser le foie devenu imperméable. Les anciens attachaient beaucoup d'importance à ce fait , qui mériterait d'être étudie de nouveau. Nous avons vu , dans deux cas d'hypertrophie avec induration du foie, et dans un cas de cancer du même organe, l'épistaxis se manifester el i «venir assez fréquemment. 11 existait , il est vrai, un état cachectique bien prononcé, mais qui était lui-même déterminé par l'affection hépatique. Dans un autre cas de cancer du loir , le sang fut rejeté par le vomissement , sans qu'il existât aucune maladie de l'estomac , ni d'autre affection.
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Toutes les hémorrhagies qui appartiennent au deuxième ordre reconnaissent pour cause une maladie qui change le mode de distribution du sang dans les capillaires de l'organe et des tissus qui sont le siège de l'hémorrhagie. Les lois d'hydrodynamique qui règlent le cours du sang ne peuvent être troublées sans que ce fluide ne tende aussitôt à sortir des conduits qui doivent le renfermer, ou à stagner dans leur intérieur. Il importe de bien saisir le mécanisme de ces sortes d'hémorrhagies , si l'on veut leur opposer un traitement convenable. Un grand nombre de ces hémorrhagies sont regardées comme passives, et combattues par une médication locale , ou par des remèdes dirigés contre des causes chimériques; mieux instruit de leur véritable origine , le praticien s'adressera, tantôt à l'affection du cœur ou de ses enveloppes , tantôt à la maladie des artères et des veines, tantôt enfin à la circulation pulmonaire ou hépatique.
Peut-être devrions-nous ranger, dans la classe suivante, les hémorrhagies que Ton observe dans les fièvres intermittentes pernicieuses. Cependant, comme il existe une cause morbide évidente dont nous ne connaissons pas, il est vrai , la nature intime, l'intermittence , nous les mettons à la fin des hémorrhagies symplomatique d'une maladie du solide.
Daus les fièvres intermittentes pernicieuses , il se forme des hémorrhagies et des congestions dont le siège est variable : c'est, tantôt la substance cérébrale, tantôt le poumon , les membranes de l'intestin , la rate, plus rarement le foie , qui en sont affectés. La cause intime de ces accidents nous échappe; elle consiste , suivant plusieurs auteurs . en une intoxication miasmatique.
L'hypertrophie de la rate, qui est souvent considérable et persiste encore après la disparition de la fièvre intermittente, peut expliquer certaines hémorrhagies intestinales. On conçoit, en effet, qu'un organe aussi éminemment vasculaire que la rate , dont les fonctions paraissent liées plus ou moins directement à celles de la circulation, doit prendre quelque part à la production des hémorrhagies. Faisons remarquer d'ailleurs que la cause de l'intermittence pathologique , qui apporte dans toutes les fonctions des troubles profonds, est bien capable aussi de perturber la circulation capillaire ; et c'est sans doute à une influence de cette nature qu'il faut attribuer les congestions et les hémorrhagies des pyrexies intermittentes.
IIIe CLASSE. — HÉMORRHAGIES PAR LÉSION DYNAMIQUE.
Cette classe comprend toutes les hémorrhagies qu'aucune altération appréciable des liquides ou des
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solides ne peut expliquer. Nous ne voulons pas dire qu'elles sont indépendantes d'un trouble de l'organisme 9 mais seulement qu'on ne peut en déterminer la nature : il est seulement permis de supposer qu'elles tiennent à une modification toute vitale des capillaires. Pour faire mieux comprendre notre pensée, nous citerons d'abord une hémorrhagie qui est, à coup sûr, indépendante de toute lésion appréciable : nous voulons palier de l'hémorrhagie menstruelle des femmes. L'écoulement sanguin, dans ce cas, est tout à fait physiologique , et ne peut être attribué qu'à une modification vitale, intermittente, des organes génitaux : ce sont les capillaires sanguins qui , modifiés d'uue certaine manière, laissent écouler le sang à des intervalles parfaitement réguliers. Cet écoulement tient sans doute à un changement moléculaire matériel dans les tissus, mais ce changement nous échappe ; et c'est pour faire entendre qu'il n'y a, dans quelques hémorrhagies , qu'un simple trouble fonctionnel analogue, que nous les avons appelées hémorrhagies par lésion dynamique.
Hémorrhagies supplémentaires. — La nature nous prouve , par l'hémorrhagie menstruelle, qu'elle peut produire des hémorrhagies morbides à l'aide d'un mécanisme semblable : c'est ce qui a lieu précisément dans les hémorrhagies supplémentaires, qui méritent réellement ce nom , et qui sont peut-être plus nombreuses qu'on ne le croit généralement aujourd'hui. Nous avons dit ailleurs comment il fallait les envisager , et démontré que la suppression des règles , des hémorrhoïdes , ou de tout autre flux sanguin, n'était, le plus ordinairement, que l'effet d'une maladie commençante, qui donnait lieu à une hémorrhagie considérée à tort comme supplémentaire ou succédanée de l'autre. Personne n'ignore que les pneumorrhagies ont souvent passé pour des hémorrhagies supplémentaires , tant que la phthisie ne se révélait pas par des symptômes tranchés ; mais l'auscultation de la poitrine et les autres modes d'exploration ont singulièrement diminué le nombre de ces sortes d'hémorrhagies. Plusieurs médecins soutiennent que quand elles ont leur source dans le poumon, il existe toujours des tubercules ou quelque lésion que l'on ne saurait encore découvrir. Toutefois cette opinion est trop exclusive : les ouvrages modernes renferment des observations d'hémorrhagies par le poumon , l'estomac, l'intestin, la vessie, etc. , qui ne dépendaient évidemment d'aucune maladie viscérale. On trouve surtout un grand nombre d'exemples de flux menstruel s'effectuant par le nez , les gencives, le mamelon, les doigts, le nombril, et par d'autres parties du corps qui , étant accessibles aux yeux, ont pu être examinées avec soin, et n'ont offert aucune lésion appréciable. Les cas de ce genre sont d'une haute importance , car ils prouvent , de la manière la
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plus certaine, que le sang peut sortir d'un organe sans qu'il y ait autre chose de troublé que l'action vitale des capillaires sanguins. 11 faut donc admettre que les tissus qui sont le siège de ces hémorrhagies sont simplement modifies dans leur fonction , de la même manière que l'est l'utérus au moment des règles.
On peut se demander si , dans les hémorrhagies succédanées, l'altération du sang ne pourrait pas être la cause du flux sanguin: quelques analogies peuvent être invoquées en faveur de cette opinion. Le flux supplémentaire se montre souvent chez des femmes qui étaient dans leurs règles, au moment où une cause est venu brusquement les supprimer ou en ralentir le cours ; d'autres fois la menstruation ne s'établit pas dans l'organe qui doit en être le siège, et alors le sang prend son cours par une autre voie. Les auteurs qui ont rapporté des observations de ce genre disent que les malades sont souvent fortement constituées, présentent tous les signes de la pléthore, et que les hémorrhagies supplémentaires dissipent tous les accidents qu'elles éprouvaient auparavant; ils ajoutent enfin que , si l'on vient à les supprimer par un traitement inopportun, ou s'il intervient une cause quelconque qui en diminue la quantité, des accidents de toute espèce se développent, et l'on doit se hâter de rappeler le flux sanguin anormal dans son premier siège. Nous sommes portés à penser que, dans ce cas, la cause des hémorrhagies supplémentaires est l'altération du sang, et que celle-ci consiste dans une augmentation des globules , comme dans les hémorrhagies du premier ordre et de la première classe. Les symptômes de pléthore , les signes du mo/imen hemorrhagicum 3 se présentent dans l'un et l'autre cas, se dissipent et doivent être combattus de la même manière. En effet, nous avons dit que la pléthore se guérissait spontanément par des hémorrhagies abondantes ; les hémorrhagies supplémentaires sont également l'effet de la prédominance des globules, et se guérissent aussi par l'apparition du flux sanguin. On conçoit aisément, du reste, le mode suivant lequel doit survenir l'altération du Sang qui amène l'hémorrhagie. Si, par exemple , ce sont les règles qui se suppriment subitement . ou qui ne peuvent s'établir, le sang qui doit être perdu reste dans le torrent circulatoire ; OT , la quantité de sang qui s'accumule ainsi, chaque mois, finit par occasionner la pléthore, c'est-è-dire l'augmentation de: globules. Quand celleci esl portée ;'< un assez haut degré, l'hémorrhagie fanée arrive . et si elle est abondante, elle mel fin aux accident! éprouvés par les malades. Bientôt la pléthore revient sous [Influence du régime, ou parce que le sang n'a p.is été perdu en quantité assez conidéi able . et alors rhémon hagie reparaît. </< si donc, en définitive, la surabondauce du principe stimulant
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du sang qui occasionne l'hémorrhagie, et celle-ci n'a lieu que parce que ce fluide ne pouvant trouver une issue au dehors, s'ajoute continuellement à luimême.
Cette manière toute nouvelle d'envisager les hémorrhagies qui méritent réellement le nom de supplémentaires , et que l'on ne peut attribuer à aucune maladie viscérale, est confirmée par l'étude de leurs symptômes , de leur marche et de leurs causes; mais nous n'avons pas voulu mettre noire opinion au rang des vérités définitivement établies : nous avons donc continué à ranger dans une classe à part les hémorrhagies que beaucoup d'auteurs considèrent comme des flux essentiels ; seulement nous déclarons que nous sommes tout disposés à les placer au rang des hémorrhagies liées à une altération du sang.
Les hémorrhagies supplémentaires se font par toutes les parties du corps , et souvent par les voies les plus insolites , telles que l'extrémité des doigts , le mamelon, l'aisselle, l'ombilic, la joue, etc. Boerhaavc a dit:... «Mirœsœpe paranlur via?, raris secretionibus «notœ, dum per oculos , aures, nares, gingivas , vias «salivœ, œsophagum, alvum , vesicam, mammas, «cutis vulnera, ulcéra, exire viderint medici»(<7omment. in aphoris., t. iv , p. 371 ; in-4°). Cependant les organes qui en sont, le plus ordinairement, le siège , sont la membrane interne de l'extrémité inférieure du rectum , les fosses nasales , les poumons , l'estomac, la vessie; le sang s'écoule par exhalation , quelquefois il s'infiltre dans les tissus, où il forme des apoplexies , des ecchymoses , des taches , etc. Van Swieten a cité un grand nombre d'observations de déviations des menstrues (ouvr. cit., p. 371 etsuiv.).
L'hémorrhagie supplémentaire tend à se reproduire plusieurs fois lorsque l'hémorrhagie supprimée ne reparaît pas, ou lorsque la quantité de sang habituellement perdu a diminué. Si l'on parvient à rappeler l'hémorrhagie primitive, ordinairement la seconde disparaît. Cependant, lorsque l'économie a contracté l'habitude de perdre ainsi, périodiquement, une certaine quantité de sang, il est très-difficile de la changer : c'est ce qui arrive chez les femmes dout les règles se sont supprimées; le flux sanguin supplémentaire affecte la même périodicité que le flux menstruel. La suppression des hémorrhoïdes flucnles, ou, pour parler plus exactement, du flux sanguin qui se produit par l'extrémité inférieure de la membrane muqueuse du rectum , est, après les règles, la cause la plus Fréquente des hémorrhagies supplémentaires. Celles-ci ne se font pas toujours par le même point chez le même sujet. Van Swieten rapporte l'histoire d'une fille qui avait à chaque période menstruelle des ecchymoses et des apoplexies sous-eiilances en différents points du corps : un malin, elle eut nue hémori hagie par les extrémités des doigts ; peu d'instants après, il
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survint une sueur de sang à la partie antérieure du cou ; les autres jours , on observa une épistaxis ; un mois après, l'œil gauche enfla, et des larmes de sang s'en échappèrent. Bientôt Ton vit paraître successivement une transsudation sanguine à travers la peau qui couvre le sac lacrymal gauche, une héraorrhagie nasale, une hémoptysie, et un écoulement sanguin par les ongles de la main. 11 résulte de ce fait singulier, dit Van Swielen, la preuve évidente que le sang des règles peut trouver une issue par des voies trèsdiverses et tout à fait insolites (ouvr. cit., t. iv, p. 3 7 7). On trouve dans les ouvrages quelques observations aussi extraordinaires que celle rapportée par Van Swieten (voy. Latour, ouvr. cité, t. n, p. 36). Sans les révoquer en doute, nous devons dire, cependant, qu'elles ont quelque chose de si insolite , qu'on ne peut les accepter qu'avec réserve.
Les femmes sont plus sujettes que les hommes à ces déviations hémorrhagiques; cette disposition ne cesse pas toujours avec le retour d'âge. Chez l'homme, elle existe surtout de vingt à quarante ans, et diminue passé ce temps.
Tous les auteurs conseillent de ne pas supprimer l'hémorrhagie supplémentaire, et de chercher, avant tout, à rétablir le flux sanguin primitif. 11 est souvent nécessaire , pour remplir cette première indication, de pratiquer une ou plusieurs saignées générales , si la constitution du sujet le permet , et surtout si l'on observe des signes de pléthore. On doit ensuite chercher à imiter la nature , et à produire une fluxion sanguine vers l'organe où siégeait d'abord l'écoulement sanguin. On réussit à provoquer cette congéslion en plaçant sur l'organe, ou dans sou voisinage, des sangsues en petit nombre et à des intervalles assez rapprochés , ou bien on use des ventouses sèches, des sinapismes. Si l'on ne réussit point à causer une hypérémie capable de favoriser la production de l'hémorrhagie, il faut alors recourir à d'autres moyens. Supposons, par exemple , qu'il faille combattre une hématémèse succédanée du flux menstruel ; dans ce cas, après avoir appelé le sang vers l'utérus par des ventouses, des cataplasmes et des lavements chauds, ou légèrement irritants, etc., on applique deux sangsues à chaque aine, et l'on entretient pendant plusieurs jours un écoulement sanguin vers ces parties : de cette manière , on provoque un afflux de sang, et on lui donne issue; c'est ce que l'on appelle, en thérapeutique, faire une dérivation spoliative , c'est-à-dire que l'on appelle le sang vers un'point, et qu'après l'avoir ainsi détourné de la route qu'il suivait, on l'enlève définitivement de l'économie.
L'action des saignées générales et locales, qui sont les deux agents thérapeutiques par excellence dans ce cas, doit être secondée par des irritants locaux appliqués sur l'organe vers lequel on appelle le sang.
La révulsion s'opère , tantôt par des purgatifs , des drastiques, tantôt par des vésîcatoires, ou des frictions irritantes ; en même temps on place dans le repos le plus complet possible l'organe qui est le siège de l'hémorrhagie; on a même conseillé d'y porter le froid, les opiacés, les astringents, toutes les substances , en un mot, qui passent pour exercer une action répercussive ou sédative. Mais avant de recourir à cette seconde partie de la médication , il faut avoir rempli la première indication.
Un dernier ordre d'hémorrhagies se compose : 1° de celles qui résultent de la suppression d'une sécrétion anormale , d'une sueur abondante des pieds ou de la tête, par exemple : ces cas sont rares; 2° de celles qui sont provoquées par des émotions vives, par des commotions morales qui agissent subitement. Nous ferons remarquer que les influences morales, en agissant d'une manière continue et prolongée , déterminent aussi des hémorrhagies ; mais alors leur manière d'agir est différente. L'innervation , qui a une si grande influence sur la circulation du sang dans les capillaires , perd de son énergie; l'hématose elle-même devient incomplète, et la crase du sang est profondément altérée.
Le3 exemples d'hémorrhagies produites par une émotion morale vive sont nombreux. Haller dit que la terreur et la colère peuvent déterminer des ecchymoses , des hémorrhagies sous- cutanées et des sueurs de sang (Élém. physiol., liv. xvii, sect. n, § 6). Une femme de mauvaise vie fut prise par la police et conduite dans une maison d'arrêt. Elle entra dans une telle colère, qu'il curvint une hémorrhagie parle nez et par la bouche , et une éruption de taches pourprées qui lui couvraient tout le corps, et dont les plus grandes avaient un pouce de diamètre (Lordat , ouvr. cit.). Une nouvelle fâcheuse est annoncée à un homme bien portant , tout à coup il est pris d'une hémorrhagie nasale; un autre vomit le sang, etc. Dans tous ces cas , il est impossible de méconnaître l'influence de l'innervation; mais on ne peut dire, au juste, comment elle agit pour produire l'hémorrhagie. Celle-ci est donc, à proprement parler ,une hémorrhagie essentielle; car, bien que nous puissions saisir la cause qui a amené l'hémorrhagie , nous ne savons pas quelle sorte de modification est survenue dans la circulation, et quelle est la véritable lésion qui a déterminé l'extravasation du sang. Une émotion morale provoque un ictère chez un individu , et chez un autre une hémorrhagie sous-épidermique , une épistaxis, etc. Nous sommes bien convaincus qu'il est arrivé, dans tous ces cas, un trouble fonctionnel; mais quelle en est la nature, c'est ce que nous ne pouvons dire. On désigne sous le nom dV.çscnlicl l'un et l'autre phénomène, qui constitue alor* toute la maladie.
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Quelquefois les influences morales prolongées oc- «j casionnent des hémorrhagies; niais celles-ci dépendent des altérations du sang que nous avous fait connaître. Nous avons eu occasion d'observer deux cas de scorbut sur des hommes qui avaient été exposés, pendant plusieurs mois, à des chagrins continuels; ils vivaient dans l'aisance, et aucune autre cause ne pouvait avoir donné lieu à leur maladie.
L'exhalation sanglante peut s'effectuer encore sous l'influence d'une irritation établie dans un tissu ou dans un organe de l'économie. L'hémorrhagie est alors sympathique dune irritation évidente, mais n'en est pas moins une hémonhagie par lésion dynamique ; car l'observation la plus attentive et la nécropsie ne peuvent faire découvrir aucune lésion appréciable dans le tissu qui est le siège de l'écoulement sanguin. C'est eu raison de ce rapport sympathique qui unit les organes les uns aux autres que l'on voit paraître chez quelques femmes des métrorrhagies provoquées par une affection de l'estomac , ou de quelque autre viscère.
IVe CLASSE. — HÊM0RRHAG1ES TRAUMATIQUES.
Nous ne voulons pas traiter des hémorrhagies de cette classe , mais seulement en marquer la place. Nous devons cepeudaut rappeler que les divisions que nous ayons établies peuvent jeter le plus grand, jour sur beaucoup dhémorrhagies (raumatiques dont ks chirurgiens n'ont pas toujours saisi les véritables causes. On sait, par exemple, que des hémorrhagies souvent mortelles se reproduisent chez quelques amputés, ou chez des sujets qui ont subi quelque autre opération. 11 est permis de supposer que la résorption purulente est parfois la cause deces hémorrhagies, lorsqu'on ne peut les expliquer par la maladie des tuniques artérielles divisées trop promptement par la ligature. La pénétration du pus dans le sang altère profondément <■<: fluide, ainsi que nous l'avons précédemment établi ; il uranssuda alors avec une grande Facilité I travers la trame des organes. Le mélange do pus avec le sang i lieu dans no aasec grand nombre d'affections quisonl «lu domaine de la chirurgie. La pléthore, la diminution de la fibrine,
et tOUtei I pu nous avons passées en revue
interviennent ég dément dans le cours des hémonhi-
giee traumauques , al toutes nos divisions leur sont applicables.
cherches de Kaltenbrenner ont jeté quelque lumière sur le. phénomènes qui se produisent 1 trsejue les petits raisteaui sont la siège de l'hémorrhagie. 11 a vu que. quand on divise un certain nombre de rai cfa ippc que quelques glohul ig* ta i r< ulation continue par les capillaires divisés , OU par ceux qui les avoi-
sinent. Lorsque la lésion porte sur des artères , les phénomènes sont différents. Si le vaisseau est peu considérable et très-petit, l'hémorrhagie est nulle, et le sang passe aussitôt dans l'artériole placée immédiatement au-dessus, sans pénétrer dans le vaisseau blessé. Si l'artère blessée est d'un certain volume , le sang contenu dans les deux branches voisines se dirige vers la plaie , qui devient alors un véritable centre de fluxion. Au bout de quelque temps , il se manifeste un mouvement d'oscillation, en vertu duquel le sang est poussé alternativement vers l'ouverture accidentelle du vaisseau qui lui donne issue, et les branches voisines. Enfin , ce dernier parvient à l'emporter, et tout le sang étant détourné de la plaie, l'hémorrhagie s'arrête , et la circulation se continue par l'artère collatérale. Les mêmes phénomènes se produisent dans les capillaires veineux divisés ; seulement riiémorrhagie s'arrête plus difficilement , parce que le sang est poussé moins fortement dans les veines voisines (Kaltenbrenner, Expériences po tr constater l'état du sang et des vaisseaux dais l'inflammation ; in liech, expér. sur iinflamm , Bcpcrloirc général d'anat. et de physiologie , t. iv, 1827).
Étiologic générale des hémorrhagies. — Nous nous proposons, dans ce chapitre, d'indiquer le mode d'action de chacune des causes que les auteurs ont assignées aux hémorrhagies ; on verra qu'elles se rapportent, en définitive, à toutes celles que nous avons établies.
La température élevée de certains climats , les brusques variations atmosphériques qui amènent de grands changements dans la hauteur de la colonne barométrique, peuvent exciter des hémorrhagies chez les sujets prédisposés. Nous avons rapporté, dans notre article Apoplexie, des faits où l'hémorrhagie fut produite sous l'influence de la raréfaction subite de l'atmosphère, et plus souvent sous l'influence d'une augmentation dans sa pesauleur. Méad dit qu'au mois de février 1G87, il fut pris d épistaxis, et qu'uu professeur de philosophie, Cockburn, succomba à une grava hémoptysie au même instant; cinq ou six personnes furent prises (le différentes hémorrhagies : le baromètre s'était abaissé rapidement au-dessous d'un degré qu'il n'avait jamais atteint. Ira-ton conclure de ce fait, et de beaucoup d'autres analogues que nous pourrions encore citer, que ces hémorrhagies sont essentielles et réellement produites par la pression de l'air? Mais à qui peisuaderail-on aujourd'hui
que Gockburn n'a dû son hémoptysie mortel'e qu'à
l'intervention d'une semblable cause? M'existait-il ehe/. lui aucune affection pulmonaire? On est porté à croire que, dans tous les eas cites par Méad, il y avail des lésions viscérales plus ou moins avancées,
et que telle lut la véritable cause des hémorrhagies.
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Nul doute qu'il ne faille admettre que les causes précitées ont concouru à leur production, mais seulement à titre de causes occasionnelles ou déterminantes.
La raréfaction de l'air a été considérée comme une cause d'hémorrhagie. Les voyageurs qui se sont élevés sur les hautes montagnes de l'Europe et de l'Amérique méridionale disent avoir observé sur euxmêmes , ou sur les hommes qui habitent ces hautes régions , des hémorrhagies pulmonaires , nasales et buccales. Us racontent que, sur les hauteurs du Chimboraço, de l'Antisaua , les hommes et les animaux sont disposés aux hémorrhagies, et que souvent on voit, chez ces derniers , le sang sortir par différentes voies. L'un de nous a eu occasion de discuter ce point important d'étiologie, dans sa thèse de concours pour l'agrégation. «Lord Bacon et d'Acosta éprouvèrent divers accidents sur le pic de Ténériffe , dont la hauteur est bien inférieure à celle des Gordilières et du mont Blanc. M. de Humboldt , dans son excursion dans les plaines qui entourent le volcan d'Antisana, étant parvenu à 2,773 toises de hauteur, jeta du sang par les lèvres, les gencives, et même par les yeux. Bouguer est le seul qui parle d'hémoptysie, et encore furent-elles peu abondantes, et ne survinrent que parmi ceux de ses compagnons qui avaient la poitrine délicate (M. Guérard, art. cit., p. 342). MM. de Luc et Saussure n'observèrent rien de semblable. Plus récemment MM. Roulin , Boussingault, d'Orbigny, dans la relation imprimée de leurs voyages , ne parlent en aucune manière de crachements de sang. M. Boussingault (Mém. de l'Âcad. des se, 24 déc. 1834) dit que l'on a évidemment exagéré les effets produits par l'élévation des lieux. Cependant il faut reconnaître que la respiration s'y accélère, et que la circulation y devient plus précipitée. En effet, on conçoit que la raréfaction de l'air doit exiger un plus grand nombre d'inspirations, pour que l'hématose puisse s'effectuer convenablement; «mais en pareil cas , dit M. Andral , la production de «l'hémoptysie a été plutôt imaginée que réellement ob- «servée» (Annotât, à l'ouv. de Laennec; p. 126). (Monneret , Déterminer la part des causes occasionn. dans la product. des mal. Th. deconc. Juin, in-4°; Paris, 1838). On voit donc que l'influence de la raréfaction de l'air sur la production des hémorrhagies ne saurait être admise comme un fait incontestable. Il faut d'ailleurs se rappeler que les effets déterminés par l'ascension sur des montagnes très-hautes sont complexes : la respiration est accélérée et souvent très-gênée, le froid vif, l'évaporation cutanée et pulmonaire très-grande; ajoutez encore les effets produits par la fatigue extrême que cause l'action de gravir des lieux escarpés , d'uu difficile accès, ou bordes de précipices, etc. : toutes ces causes doivent modifier l'hématose et la circulation.
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On a prétendu que la raréfaction de Pair agissait à la manière d'une ventouse appliquée sur une partie quelconque du corps , et que , dans les deux cas , la pression exercée sur les orifices des petits vaisseaux venant à diminuer, le sang n'était plus retenu à leur intérieur et s'épanchait au dehors. Mais il faut remarquer que la raréfaction de l'air n'agit que graduellement sur les voyageurs qui gravissent de hautes montagnes , et que ceux qui les habitent constamment doivent y être accoutumés. Ainsi donc, sans rejeter aucune des raisons données pour expliquer ces hémorrhagies , nous croyons que ce sujet exige de nouvelles recherches.
Kirckhoff , et la plupart des médecins militaires qui ont assisté aux désastres de la campagne de Russie, parlent de la fréquence des hémorrhagies qui s'effectuaient par la conjonctive, les fosses nasales, le poumon et les lèvres. « Un phénomène digne de remarque que j'ai observé maintes fois, et dont le souvenir me fait frissonner, dit Kirckhoff, c'est que des gens, tombés sur la route par l'impression du froid , rendaient beaucoup de sang par le nez et par la bouche , ou des gouttes de sang s'écoulaient de la conjonctive , et se répandaient en larmes; ou ils étaient saisis d'hémorrhagies qui se manifestaient sur différentes parties du corps , par suite de la grande faiblesse et de la dilatation vasculaire ; et ils semblaient, par cette mort épouvantable , réaliser la fable de la sueur de sang» (Observations médicales, etc., p. 75, in-8°; Anv., 1822). Il serait imprudent de se prononcer sur la manière d'agir de ces agents ; cependant il est permis de croire que la faim , les fatigues , les privations, et les émotions morales de toute espèce auxquelles se trouvaient exposés les malheureux soldats, étaient des causes bien capables d'altérer la composition du sang. N'est-ce pas, en effet, sous l'influence de pareilles causes que naissent le scorbut et les affections dans lesquelles le sang est évidemment altéré? Le froid n'agissait alors dans la production de ces hémorrhagies qu'à titre de cause déterminante. Quelques auteurs pensent qu'elles doivent être attribuées à la suspension de l'exhalation cutanée, à la congestion pulmonaire, et à" la gêne de la circulation, que doit nécessairement amener le refoulement du sang de la périphérie au centre. Il existe , à coup sur, des modifications fonctionnelles d'une autre nature que celle-là. Le froid modifie profondément les fonctions du système nerveux. Les curieuses expériences faites par M. Saissy sur les animaux hivernants et sur la cause de leur sommeil léthargique, nous paraissent démontrer que les systèmes nerveux, circulatoire et respiratoire sont frappés d'hyposlhénie par un froid vif et prolongé. Nous ne pouvons accorder de plus grands développements à celte opinion ; nous avons voulu seulement
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démontrer que les causes des hémorrhagies sont souvent très-complexes, et qu'il faut, pour en montrer le véritable mode d'action, fairelapart des influences multiples qui agissent souvent à la fois. C'est faute de s'être livrés à ce genre d'analyse que les auteurs ont été conduits à attribuer à certaines causes des effets qu'elles ne produisent réellement pas. Ajoutons qu'il en est un grand nombre dont nous ignorons la manière d'agir, et sur lesquelles il est nécessaire de faire de nouvelles études.
On a dit que les habitants des pays chauds étaient plus exposés que d'autres aux hémorrhagies; on a cité pour preuve l'abondance des règles chez les femmes de l'Asie et de l'Egypte, et la fréquence des métrorrhagies , de l'hématurie dans ces contrées, etc. Mais que signifient de pareilles affirmations, et quelle peut être leur valeur aux yeux des médecins qui ne se contentent pas de vagues généralités? Quelle est la nature de ces hémorrhagies , leur cause intime? Ne sont-elles pas le symptôme de maladies endémiques, ou du moins fréquentes dans les pays où on les a observées? La chaleur n'agit le plus ordinairement qu'à titre de cause déterminante dans la production des hémorrhagies. 11 faut donc, pour que celles-ci se manifestent, qu'il existe quelque lésion dans les solides ou dans les liquides.
Les hémorrhagies se montrent quelquefois avec une fréquence assez grande pour que les auteurs se soient ci us en droit de les attribuer à une cause épidemique répandue dans l'air. A certaines époques, les apoplexies et les congestions cérébrales deviennent communes dans la campagne de Rome, à Naples , et dans plusieurs villes d'Italie qui reçoivent l'influence du vent d'Afrique, connu, dans la première de ces contrées, sous le nom de sirocco (Lancisi ). Or, c'est uniquement à la sécheresse et à la chaleur extrêmes de l'air qu'il faut rapporter de semblables accidents. D'autres fois, les mêmes effets sont produits par les variations brusques survenues dans la pression atmosphérique; dans ce cas encore, il est possible de découvrir la cause des hémorrhagies. L'intervention d'une cause épidémique n'est donc pas admissible dans les exemples d'hémorrhagies que nous venons de rapporter. 11 en est de même de beaucoup d'autrej que nous pourrions citer. Les cas dans lesquels cette cause ta telle sont très-restreints , el rédanenl de nouvelle* étudej avant d'être définiti- \<.ii''iii acceptés royei taopuxni ctatiaALi, t. i, p. 233, ou pe trouvent examinées avec détail les in- Suences atmosphérique! dont nous venoni de parler : froid, chaleur, pression de l'air). Du-reste , elles n'ani le plus ordinairement qui titre de causes déterminantes mu des sujets prédisposés. Un homme pléthorique, par « temple, soumis à nue température 1 1' \<e, ou à un Froid tri vif, esl atteint, tantôt
d'une apoplexie cérébrale , tantôt d'une hémorrhagie nasale , parce qu'il est prédisposé à l'une ou à l'autre de ces hémorrhagies par l'état de son sang.
Les vêtements qui exercent une trop forte constriction sur les organes renfermés dans le ventre et dans la poitrine, peuvent causer des hémorrhagies en gênant la circulation pulmonaire et cardiaque, et même hépatique (hémorrh. du n" ordre , ne classe); c'est de cette manière qu'agissent le corset , les ceintures, les cravates et les habits trop serrés, dans la production des hémorrhagies pulmonaires et cérébrales. Les ligatures apposées sur les membres inférieurs , et sur d'autres parties du corps , favorisent les congestions sanguines, surtout dans les veines; ordinairement elles ne vont pas jusqu'à provoquer des hémorrhagies.
Les bains de vapeur humide , ou sèche , lorsqu'ils sont souvent répétés, ou lorsque leur température est trop élevée , excitent des hémorrhagies par différentes voies. Les injections fréquentes d'eau chaude dans le rectum, ou dans le vagin , déterminent des hémorrhoïdes , ou un flux sanguin en congestionnant ces parties. On prescrit souvent les injections chaudes dans le but de provoquer les règles, ou de rendre plus facile et plus abondante leur éruption. Les hémorrhagies dépendent alors de l'afflux sanguin qui suit l'application des topiques irritants. C'est encore de celte manière qu'agissent les sinapismes, les vésicatoires et les irritants de toute espèce qui entrent en contact avec la peau et les membranes muqueuses (caustiques, poudres irritantes, drastiques, corps étrangers, calcul vésical , etc.). Les hémorrhagies qui reconnaissent une semblable cause appartiennent à notre dernier ordre (classe n ). Les topiques émollients sont parfois suivis des mêmes effets, et agissent probablement en modifiant les fonctions des capillaires (ordre n, classe n ).
Une nourriture substantielle , et composée plus ou moins exclusivement d'aliments azotes , l'usage de boissons vineuses, alcooliques, du thé, du café, sont regardés par tous les auteurs comme des causes prédisposantes des hémorrhagies; elles ne deviennent causes déterminantes que lorsqu'elles trouvent la constitution du sujet déjà prédisposée. Dans le premier cas , elles amènent la pléthore , et dans le second , elles déterminent l'écoulement sanguin , soit en vertu de la modification survenue dans la composition du sang (augraent. des glob.), soit en vertu d'une altération des solides, ou d'un simple trouble fonctionnel, las médicaments qui ont pour effet de tonifier, comme le quinquina , le fer, ou qui impriment une stimulation , comme les excitants diiïusiblcs , et toutes les substances ridies 60 principes aromatiques,
agissent de l'une ou l'autre manière dans la production dei hémorrhagies. On voit que les causes que