Ï1EP
par le mouvement et la marche. Naumann dit que la douleur de l'épaule droite est fréquente, parfois passagère, et ne se manifestant que lorsque l'on comprime l'articulation. 0 Brien a observé des sujets qui accusaient une douleur vive dans la jambe droite. Quelquefois ce sont des douleurs erratiques dans les membres , qui alternent avec celles de la région hépatique. Une dyspnée et une toux habituelle ont été notées par quelques auteurs. La percussion et la palpation sont une ressource précieuse encore dans l'hépatite chronique : elles apprennent à constater le degré d'augmentation subie par le foie, et font découvrir les abcès qui peuvent se former en différents points de sa surface.
Les fonctions digeslives sont fortement troublées. On observe de la dyspepsie, des variations trèsgrandes dans l'appétit, qui est diminué, plus rarement augmenté, des nausées, des rapports acides, et l'éructation de gaz qui se forment souvent en grande quantité. Les digestions se font péniblement, et les matières ingérées sont souvent vomies. La langue est blanche, sèche; ses bords sont animés, la soif est diminuée. L'amertume et le goût désagréable que les malades ont à la bouche les tourmentent beaucoup , et ils appellent sans cesse l'attention du médecin sur ce phénomène. Les auteurs ne s'accordent pas sur la fréquence et la nature des selles : les uns disent qu'il y a constipation , les autres des alternatives de constipation et de diarrhée (fluxus hepaticus). Schœulein dit que la matière des déjections est d'abord noire, puis blanche, grisâtre et décolorée, et que le vomissement est fréquent. Le pouls est accéléré principalement le soir, la peau grisâtre ou d'un blanc jaune, safranée; cependant il est plus commun de voir l'ictère manquer. Les yeux sont ternes, les sclérotiques jaunâtres. Annesley, de qui on aurait droit d'attendre une description de l'hépatite chronique, n'en donne aucune. 11 dit vaguement que les symptômes sont très-ob cjrs, qu'ils ne diffèrent pas de ceux qui sont propres à l'hépatite aiguë, qu'ils sont seulement moins intenses, et portent surtout sur la sécrétion biliaire, qui est viciée et souvent diminuée (p. 474).
Les autres symptômes sont variables. Quelques auteurs ont parlé de pustules sur le visage, de rhinorrhagie quelquefois très-abondante, ayant lieu du côté droit seulement. La morosité, l'irascibilité, tous les symptômes de l'hypochondrie, ont pu se montrer dans l'hépatite chronique : on conçoit, en effet, que les sympathies puissantes qui viennent du foie peuvent produite les symptômes de l'hypochondrie. et nous sommes tout disposés à l'admettre; mais, comme on a souvent attribué à l'hépatite ce qui appartient à des lésions chroniques du foie, de nature tout à fait différente, il faudrait de nouvelles observations pour
HÉP
HÉP
mettre hors de doute l'influence de l'hépatite sur la production de l'hypochondrie. Le sommeil est agité, ou même nul. Quelques sujets, enfin, au dire des auteurs, présentent un marasme prononcé, les symptômes de la fièvre hectique, l'infiltration des membres, Tliydropisie ascite, etc. On voit que les auteurs attribuent à l'hépatite chronique des symptômes qui appartiennent à la cirrhose, à la dégénérescence cancéreuse du foie, et à des altérations très-diverses. Il ne peut en être autrement, puisque, aujourd'hui encore, on n'est point fixé sur les lésions anatomiques qui doivent représenter l'hépatite chronique : aussi le lecteur ne doit- il voir, dans le tableau que nous venons de mettre sous ses yeux , qu'une ébauche, dont une observation ultérieure est appelée à mieux déterminer les formes.
Nous ne pouvons rien dire de précis sur la marche et la durée de l'hépatite chronique. M. Roche dit «que Ton en obtient quelquefois la résolution, et que la rapidité avec laquelle on voit des foies énormes revenir à leur état normal sous l'influence d'un traitement convenable, a quelque chose vraiment de remarquable» (art. Hématite, p. 488, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques). Nous ne connaissons que la simple congestion chronique dont M. Andral a rapporté un exemple (Clin, méd., loc. cit., p. 50), qui puisse disparaître ainsi par voie de résolution. Dès que la texture de l'organe est modifiée, il nous semblé1 impossible qu'elle revienne à son état normal. On peut faire une seconde exception pour l'induration rouge , qui est un résultat fréquent de l'hépatite chronique.
Les terminaisons les plus fréquentes de l'inflammation chronique sont, suivant Annesley, l'hypertrophie qui dépend d'un dépôt de lymphe dans les mailles du parenchyme (ouvr. cité, p. 475). Lorsque l'organisation de la lymphe est accompagnée d'une plus grande densité de l'organe, l'altération prend le nom de tquirrhe, et cette lésion doit être attribuée à l'inflammation chronique. On voit qu'Annesley est peu embarrassé pour caractériser l'état chronique. 11 n'hérite pas davantage à y rapporter les tubercules enkystés ou non enkystés, l'atrophie avec ou sans cicatrice, le ramollissement, l'état spongieux et vasculairc du parenchyme, ses adhérences aux parties voisines, les abcès (p. 478). Ces citations suffisent pour montrer combien sont vagues et même erronés les documents fournis par un médecin qui a observé L'hépatite sous toutes ses formes, et de qui on a droit d'exiger des documents plus complets que ne le sont ceux renfermés dans les divers ouvrages. L'hépatite chronique peut repasser à l'étal aigu.
Diagnostic. — Les maladies que l'on peuteonfondre avecrhépalilechronique sont d'abord toutes relies dont le foie est le siège , et qui appartiennent à l'état chro-
nique : de ce nombre sont, l'hypertrophie, les congestions sanguines, le cancer, les hydatides et la cirrhose. Dans l'hypertrophie simple, il n'y a pas de douleur : les troubles fonctionnels des viscères voisins sont peu marqués, et même nuls pendant longtemps. Dans les congestions sanguines non inflammatoires, le volume de l'organe est accru, et les sujets éprouvent un sentiment de pesanteur dans l'hypochondre droit; l'examen des autres organes, et du cœur en particulier, fait découvrir que la congestion chronique est provoquée par la maladie d'un de ces viscères ; et l'on arrive ainsi , par voie d'exclusion , à en spécifier la véritable nature. Le cancer de cet organe affecte une marche essentiellement chronique : l'ictère devient plus intense par intervalles , et si la percussion révèle une augmentation de volume comme dans l'hépatite, la main qui explore le foie sent à sa surface des tumeurs inégales et bosselées qui caractérisent assez bien la maladie. Les acèphalocystcs pourraient être prises pour des abcès devenus proéminents à la surface du foie : le diagnostic ne saurait être incertain en pareil cas. En effet , ces entozoaires ne se développent que très-lentement, et sans produire la douleur ni les autres symptômes de l'hépatite. D'ailleurs la percussion et la recherche du frémissement et du bruit hydatique serviraient à établir le diagnostic différentiel (voy. Foie (hydatides du), t. it, p. 1 1 1).
Pronostic. — L'hépatite chronique est une affection très-grave, qui se termine presque constamment par la mort. La congestion et l'induration rouge pouvant se résoudre, on peut, sans doute , espérer que l'hépatite pourra guérir ainsi; mais cette espérance est rarement fondée, et il faut se souvenir que la terminaison de l'hépatite chronique est la suppuration ou le ramollissement ; dès lors il est à craindre que le sujet ne succombe à cette période de la maladie.
Êtiologie de l'hépatite. — Nous avons déjà tracé d'une manière générale l'étiologie des affections du foie (t. iv, p. 72); il ne nous reste plus qu'à faire connaître les causes qui agissent spécialement dans la production de l'hépatite. Tout ce que l'on a écrit sur ce sujet, jusque dans ces derniers temps, est fort vague, et ne peut servir que médiocrement à faire connaître les causes de l'hépatite , parce que l'on a confondu avec cette phlegmasie les lésions très-différentes dont le foie peut être le siège. P. Franck a dit : «Post pulmones ac cerebrum nullum fere viscus est, «quod hereditario magis , quam hepar, jure a'grotct» (Epitom. de curand. hom. morb., lib. Il, S 245). Cet aphorisme peut s'appliquer aux affections organiques du foie ; mais la phlegmasie de ce viscère paraît être indépendante de l'hérédité. Naumann ne partage pas cette opinion.
Suivant quelques auteurs, l'hépatite est très -rare avaut la puberté, et dans la vieillesse, fréquente à
HÉP — 553 -
partir de trente ans. Elle se montre plus souvent chez l'homme que chez la femme; l'âge critique en favorise le développement (Naumanu,ouvr. cité, bd. vu, §94).
On s'accorde à reconnaître que la température élevée et les climats chauds sont les conditions qui concourent le plus au développement de l'hépatite. Aussi la voit-on sévir dans l'Inde, au Sénégal, aux Antilles , et, en général, dans tous les pays équatoriaux. Elle est plus fréquente dans certaines localités : la côte de Goromandel est malheureusement célèbre sous ce rapport. Annesley dit qu'on l'observe souvent dans certaines contrées de l'Inde où la température est trèsélevée : elle y serait aussi commune que la pneumonie l'est dans les pays froids et tempérés. Naumann prétend que, dans les climats tempérés, elle se montre surtout dans les saisons chaudes. P. Franck ne l'a pas observée plus fréquemment en Italie qu'en Allemagne. L'hépatite tropicale règne surtout dans les pays qui avoisinent la mer, et dans les vallées. Cependant les Anglais, pendant leurs guerres dans l'Inde, l'ont rencontrée sur de hautes montagnes; et dans l'Indostan elle se complique souvent de fièvre intermittente. En Europe , elle serait plus commune dans les pays humides , suivant Schœnlein. Irvine remarque qu'elle se voit très souvent en Sicile.
L'usage des boissons spiritueuses et glacées, les excès de table, un régime trop azoté, la mauvaise qualité des eaux, et particulièrement celles qui sont stagnantes et saumâtres , passent pour contribuer à faire naître l'hépatite.
Les causes que l'on a assignées à cette maladie sont tellement incertaines que nous allons nous contenter de les énumérer toutes, en priant le lecteur de n'y attacher qu'une faible confiance. Au nombre de ces causes figurent : le tempérament sanguin et bilieux, la pléthore, la diathèse scrofuleuse, l'exposition au froid le corpsélant en sueur , les passions tristes, l'abus du calomel et des purgatifs, les exercices outrés et la fatigue. Vient ensuite la longue liste de toutes les affections qui passent pour déterminer l'hépatite, depuis l'indigestion jusqu'à l'hypertrophie du cœur.
Les seules maladies dont l'influence sur la production de l'hépatite ne puisse être contestée sont les irritations gastro-intestinales, la gastro-duodénite, la dysenterie, les diarrhées, les fièvres bilieuses et intermittentes. Broussais a exagéré l'influence de la phlegmasie gastro-intestinale sur le développement de l'hépatite : suivant lui, elle est toujours, excepté dans les cas de violence extérieure, l'effet d'une phlegmasie qui s'est étendue de l'intestin au foie, en remontant par la muqueuse des voies biliaires. Celle opinion , fondée dans quelques cas , ne saurait être adoptée d'une manière exclusive. La pneumonie, l'érysipèle, le rhumatisme, et le développement au sein du tissu hépatique de corps organisés , tels que
HÉP
le dystôme ; l'échinocoque , l'acéphalocyste , ont été considérés comme des causes d'hépatite. Les altérations de qualité de la bile en ont été regardées, par un grand nombre d'auteurs, comme la cause principale, et Annesley n'hésite pas à admettre que la sécrétion de la bile est augmentée , et que l'afflux de ce liquide dans le foie y détermine l'inflammation. Nous avons dit que ces altérations avaient été imaginées et nullement démontrées ; et d'ailleurs, en supposant même qu'elles existassent, il faudrait encore prouver qu'elles ne sont pas plutôt l'effet de l'hépatite, que sa cause.
L'inflammation du foie peut être favorisée dans son développement par quelques-unes de ces influences que l'on désigne sous le nom d'épidémiques. Nous avons dit qu'en certaines contrées elle se montrait avec une fréquence extrême. Peut-elle régner épidémiquement ? Nous avons parlé de l'épidémie observée par Fischer et Kulbel, et nous avons dit que rien ne prouve qu'il ait existé une hépatite, 11 faut prendre garde de s'en laisser imposer par les phénomènes bilieux qui se montrent si fréquemment dans un grand nombre de maladies épidémiques.
Traitement de l'hépatite. — Le traitement de l'hépatite comprend l'ensemble des agents thérapeutiques que l'on emploie pour combattre l'inflammation et les accidents qu'elle entraîne à sa suite. Nous avons déjà indiqué le traitement médical et chirurgical des abcès du foie (voy. Foie (maladie du), t. iv, p. 81).
Le traitement préventif de l'hépatite consiste dans l'observation des règles de l'hygiène. Il faut éviter l'action trop vive ou trop prolongée de la chaleur sèche, et surtout humide, restreindre la dose des stimulants confiés au tube digestif. Celte dernière prescription doit être rigoureusement observée par les Européens qui émigrent dans les pays chauds , et qui continuent souvent à se nourrir avec des aliments trop excitants. On doit aussi chercher à prévenir ou à guérir le plus rapidement possible les indigestions, les irritations gastro-intestinales, les dysenteries, la diarrhée, en un mot, toutes les maladies qui portent sur l'intestin. Les congestions viscérales liées à de? fièvres intermittentes simples ou pernicieuses déterminent souvent, dans les contrées équatoriales, le développement de l'hépatite. On devra donc s'attacher aies combattre de bonne heure, et à détruire les moindres congestions qui en sont la suite. Les médecins anglais accordent une grande importance à la sécrétion biliaire; ils s'efforcent d'entretenir l'écoulement de ce fluide, et d'empêcher sa stagnation dans les voies qu'il traverse. Sans mettre au rang des vérités solidement établies de pareilles assertions, nous ne devons pas méconnaître l'influence que doit avoir, sur l'accomplissement des fonctions digestives , le
HÉP
libre écoulement de la bile. 11 est donc utile de prévenir la constipation , et d'administrer quelques faibles doses de calomélas quand on la voit survenir, ou quand les tissus commencent à se colorer en jaune. L'hépatite aiguë réclame un traitement antiphlogistique fort actif. La saignée générale doit être prescrite avant tout autre remède. Arétée ne voulait pas que l'on tirât trop de sang dans l'hépatite; il donnait la préférence aux applications de sangsues et de ventouses par-dessus. Les anciens ont établi que les saignées ne doivent pas être aussi fortes dans l'hépatite que dans la pneumonie, ce qui est vrai d'une manière générale. Cependant il ne faut pas hésiter à pratiquer des saignées copieuses , car c'est le meilleur moyeu d'enlever la congestion sauguine, et de prévenir la suppuration. Vogel prescrit de saigner toutes les trois ou six heures, tant que dure l'inflammation. Dans l'Inde, les médecins anglais préfèrent 1a saignée générale (Annesley), et quelques-uns retirent, dit-ou, trois à quatre livres de sang en une fois, ce que nous avons peine à croire. Il est utile de régler le nombre des saignées sur les effets obtenus par la première déplétion sanguine. La percussion fera apprécier la diminution de volume du foie, et conduira le médecin à revenir sur la saignée ou à s'abstenir de ce moyen thérapeutique. Quand l'hépatite occupe tout le foie, comme dans l'inflammation phlegmoneuse, quand les douleurs sont profondes et lancinantes, il faut agir avec plus d'énergie que dans les circonstances opposées.
Après les saignées générales, il est utile de recourir à des émissions sanguines locales. On place quarante à soixante sangsues ou des ventouses scarifiées sur l'hypochondre , et dans les points où la douleur se fait plus particulièrement sentir. Ces applications concourent puissamment à amener la résolution de l'hépatite. Elles sont très-utiles pour enlever les douleurs qui paraissent dépendre de la phlegmasie du péritoine et des adhérences pseudomembraueuses établies entre le foie et les viscères voisins. Quelquefois c'est vers les attaches du diaphragme, l'épigastrc ou l'hypochondre gauche, qu'il faut placer les ventouses scarifiées ou les sangsues. Celles-ci peuvent être mises, avec avantage, à l'anus, surtout lorsqu'il existe quelques conciliions habituelle» vers ce point. On les mettrait dans d'autres régions si l'on avait pour but de rempLiei'i on de rappeler un (lux sanguin supprimé. La région du Foie d >ii être «ouverte de topiques émollicnis , de cataplasmes ou de ronenl liions. En même temps l'on administre aui malades des boissons délayantes et acidulés: la décoction d'orge, l'orangeade, la limonade, les solutions de sirop de groseille, de vinaigre, la décoction de chiendent, de réglisse, ou des tisanes laxatives préparées avec le petit-lait , la pulpe de tamarin, la manne.
HÉP
On a vanté un grand nombre de médicaments auxquels on a attribués la vertu de guérir les affections hépatique. On a décoré ces médicaments du nom à' hépatiques. Nous n'avons pas besoin de dire qu'il n'en existe aucun qui mérite cette dénomination. Les préparations mercurielles, et en particulier le protochlorure ou calomélas , ont été préconisés par la plupart des médecins anglais. Liud, Hamilton, Chisholm , Scott, Clarke , Annesley, ont célébré les vertus de ce médicament. Lind ne le donne qu'à petite dose dans l'hépatite. Annesley est dans l'habitude de prescrire après la saignée un gramme de calomélas , cinq à dix centigrammes d'opium , et un purgatif doux sept à huit heures après. On continue l'administration du purgatif jusqu'à ce que la matière des évacuations alvines ait repris sa couleur normale. Quelques médecins anglais portent le calomel à des doses très-élevées , et le donnent jusqu'à la dose de quatre à six grammes en vingt-quatre heures. Nonseulement ils ne redoutent pas la salivation , mais ils cherchent à la provoquer, et une fols qu'elle est produite , ils l'entretiennent par des frictions mercurielles sur l'hypochondre droit. Cette médication a été blâmée , même par les partisans des mercuriaux, et entre autres par Currie ( Examina tions of die préjudices commonlf enlertained agoinst mercury as béni ficialljr applicable lo the gréa the rnumber ofliver complaints; Lond., 1810). Quelques médecins administrent le calomélas à la dose d'un à deux décigrammes toutes les quatre heures. Naumann conseille cinq à dix centigrammes trois à quatre fois par jour , et ajoute deux à trois centigrammes d'opium aux prises du soir et du malin (loc. cit., p, 153). Basedow préfère employer le mercure en frictions sur la partie interne des cuisses, à la dose de soixante grammes en six heures. Annesley, en administrant le calomélas ainsi que nous l'avons dit plus haut, cherche à provoquer la salivation.
Après le calomélas, les médicaments qui ont été le plus souvent dirigés contre l'hépatite sont les purgatifs. L'aloès, le jalap, la scammonée, la rhubarbe, les sels alcalins, ont été plus particulièrement employés. Ils ont été repoussés comme très-nuisibles par les médecins qui font jouer à la gaslro-duodénite un grand rô.'e dans la production de l'hépatite : ils ont craint que l'irritation provoquée par les drastiques n'augmentât encore celle de l'intestin et du foie. 11 serait peu convenable, sans doute, de recourir à la médicali m purgative lorsqu'il existe quelque complication phlegmasique dans l'intestin; mais , sauf ces cas, les agents propres à provoquer la sécrétion biliaire ou l'afflux de liquides d'une autre nature dans l'intestin sont éminemment utiles : ils concourent à diminuer la congestion sanguine. Disons cependant que cette médication est bien mieux indiquée dans l'hépatite
HÉP
chronique, et que l'on doit, autant que faire se peut , laisser reposer la sécrétion biliaire pendant les premières périodes de l'hépatite : c'est uniquement d'après des vues théoriques nullement prouvées que l'on a cru nécessaire de faire couler la bile , que l'on suppose s'altérer et stagner dans les voies biliaires. Sans admettre de pareilles hypothèses , on est contraint de reconnaître l'efficacité des purgatifs dans cette maladie, et surtout celle du calomélas. On a pensé qu'il avait surtout pour effet de modifier la sécrétion biliaire et d'agir d'une manière toute spéciale sur elle; mais cette opinion est loin d'être démontrée.
Dans le traitement de l'hépatite aiguë, il faut aussi s'attacher à combattre les complications ; car elles empêchent souvent la guérison d'avoir lieu, surtout quand elles ont été le point de départ de l'hépatite. Le praticien recherchera donc soigneusement l'état des viscères qui sont en connexion sympathique avec le foie, et il modifiera son traitement suivant chaque cas particulier. La périodicité sera combattue avec le sulfate de quinine, comme si l'hépatite n'existait pas. On a souvent la satisfaction devoir celle-ci diminuer lorsque le miasme palétuvien semble avoir agi sur toute la constitution. 11 suffit de rappeler que les dysenteries , les diarrhées chroniques, compliquent souvent la phlegmasie du foie , pour que l'on entrevoie de quelle manière le traitement devra être modifié.
Dans Yhépatite chronique , on peut recourir à l'emploi de la saignée générale quand on suppose que l'hypérémie ne s'est pas encore entièrement dissipée. Nous avons vu qu'elle avait persisté pendant un an chez un sujet atteint d'hépatite; on peut, d'ailleurs , tenter ce moyen sans inconvénient , pourvu que le sujet ne soit pas trop affaibli. Les ventouses doivent être préférées aux sangsues , parce qu'elles déterminent une révulsion plus vive que celle-ci. Mais , pour qu'elles soient suivies de succès, il faut en rapprocher les applications , et ne pas tarder à en soutenir les effets par l'emploi du vésicatoire. Lorsqu'il aura suppuré pendant quelque temps, on en placera un second, puis un troisième. Une suppuration profonde et prolongée, comme celle que l'on obtient à l'aide des cautères ou du selon , nous semble devoir être préférée à tous les autres moyens de révulsion. On place le cautère ou le séton au-dessous du rebord des côtes, ou vers l'épigastre quand l'inflammation paraît surtout affecter le lobe gauche , la fin de l'estomac et le commencement de l'intestin. On craint trop de recourir à ces agents énergiques, à cause de la répugnance qu'ils excitent chez les malades; et cependant celte considération peut-elle arrêter le médecin en présence des dangers que court le malade, s'il ne parvient pas à dissiper une affection qui conduit sûrement à la mort?
On doit avoir peu de confiance dans les divers cm-
plâtres résolutifs , tels que celui de Vigo cum mercurio, et ceux dans lesquels entrent les gommes résines, quelques sels astringents, et les narcotiques. Les frictions avec l'onguent mercuriel , combinées avec l'emploi du calomélas à haute dose , constituent une médication souvent employée : elle compte plus d'un succès. Les bains prolongés , les bains de vapeur , d'eau de mer, les frictions irritantes, le massage, ont été recommandés contre l'hépatite chronique. Les eaux thermales alcalines de Vichy , de Garlsbad , de Néris, de Plombières, de Pougues , de BourbonrArchambault, conviennent dans le traitement de cette maladie. Toutefois, elles seraient formellement contre-indiquées s'il y avait dans le foie quelque foyer purulent, ou si un mouvement fébrile intense existait.
C'est surtout dans l'hépatite chronique qu'il est nécessaire d'entretenir la liberté du ventre à l'aide de purgatifs salins , ou même de drastiques administrés avec mercure. Le calomélas , le jalap et l'aloès, le tartrate de potasse, l'huile de castor, ont été conseillés dans des cas semblables.
Historique et bibliographie. — On trouve dans la collection hippocratique un grand nombre de passages relatifs aux maladies du foie , et , dans le nombre, il en est quelques-uns dont on peut faire l'application à l'hépatite ; mais il faut avouer que ces indications sont ,en général, vagues et peuvent être rapportées à des affections d'une tout autre nature. Voici comment Hippocrate caractérise la maladie hépatique : «Morbus hepaticus : dolor gravis ad hepar «irruit, et sub ultimas costas, et in humerum, et in «claviculam, et sub mammam, et suffocatio fortis «tenet,et aliquando lividam bilem revomit, et ri- « goret febris primis diebus debilior habet, et dura «tractalur hepar dîdet. jEgri color est sublividus , «eumque cibi , quos antea comedit , strangulant , et «in ventrem irruenlesincedunt, et tormina excitant» (de Internis ajfeclionibus). Les commentaleurs d'Hippocrate ont vu dans ce passage une description de l'hépatite chaude. En voici une autre qui s'applique à une autre sorte d'hépatite moins chaude : «Dolores «quidem eodem modo premunt in hepar, et color dif- «fert a priore : interdum vomitus bilis pallidae cum «ructu ; si vero non vomuerit, bilis ad oculos perte venit, et fiunt valde pallidi, et pedes intumescunt.» Il est évident que de pareils signes appartiennent tout aussi bien à une maladie quelconque du foie qu'à l'hépatite. On voit à chaque instant l'hydropisie figurer au nombre des symptômes observés , ce qui prouve qu'il n'est pas question de l'hépatite; car l'hydropisie n'en est pas le symptôme. Hippocrate connaissait les signes des abcès du foie , et en a parlé avec une grande exactitude: «Dum pus conficitur, «dolores et febres accidunt , quam in confecto »
HÉP
HÉP
(prognos.) ; et plus loin : « Si dixerit pro dolore sibi « inesse pondus in loco, quo dolore afficiebatur : haec «enim fiunt inter initia suppurationum. »
Galien a signalé assez exactement la marche et les symptômes de l'hépatite (de Lacis ajfectis , lib. y, cap. 7 et 8). Le siège, la nature, les causes supposées de la douleur , le caractère de la fièvre , les signes de la suppuration et des abcès (cap. 7), la marche souvent rapide de l'inflammation , son siège limité à la face supérieure ou inférieure du foie , la distinction de l'hépatite en phegmoneuse et en érysipélateuse : tels sont les divers points que Galien a traités avec un talent remarquable d'observation. Il dislingue l'inflammation du foie d'avec les autres maladies de ce viscère, mais il établit des distinctions subtiles, et s'abandonne à ses rêveries favorites sur les qualités de la bile, et le rôle qu'elles jouent dans la production de la maladie.
Caelius Aurelianus , dans le chapitre intitulé de Jccorosis 3 quos Grœci hepaticos vocant {Mb. m, cap. 4), indique vaguement quelques-uns des signes de l'hépatite. Gelse désigne sous le nom de «iwnxw une affection aiguë du foie. Cette expression était usitée chez les Grecs pour indiquer toutes les affections chroniques du foie. Plus tard on donna le nom à1 hépatite aux maladies aiguës de ce viscère. Les symptômes indiqués par Gelse sont peu précis; il range le sanglot parmi les signes de l'inflammation du foie, ainsi que l'œdème des pieds (de Mcdicina, lib. iv, cap. 8). Le précepte donné par les anciens, de saigner le bras droit, provient d'une opinion d'Aristote, qui prétendait qu'une artère venant du foie se prolongeait dans le bras droit.
On trouve encore quelques documents sur l'hépatite dans Alexan Ire deTralles (lib. vin, cap. 1), Avenzoar (lib. i, tr. xiu , cap. 4), Forestus (lib. xix, de Hepat. affcct. , obs. vu), Sennert (de Hepat. in~ jlammationc), Rivière (de Ifcpat. injlamm., lib. xi, cap. 2), Coïter ( Observât, anatom.-chir., dec. n, obs. n), Capivaccius (lib. ni, cap. 23), Barlholin (cent, it, hist. 18 , cent, m et îv, obs. cxliv, dec. u , an ix).
L'ouvrage de Bianchi a été loué plus qu'il ne le mérite : il ne renferme rien sur l'anatomie pathologique du foie, et ne peut servir que médiocrement à l'histoire de l'hépatite en particulier. Cependant il contient des développements précieux sur les opinions anciennes, et sur celle d'Hippocrate et de Galien en particulier (Jean.-Bnpt. Bianchi, Jlistoria hepatica , vol. Il, in-4°; Genev., 1725, 3n édit.). 11 s'est complu à commenter longuement les théories galéniques sur les causes de l'hépatite. 11 ne croit pas que la vérité poisse exister ailleurs, et il n'hésite pas à déverser quelques paroles de blâme sur ceux qui s'occupent de la circulation du sang, et qui négligent
d'étudier les altérations humorales, comme il le faisait lui-même, c'est-à-dire en substituant l'hypothèse à la discussion des faits bien observés qui existaient en si grand nombre dans la science. On trouve dans l'ouvrage de ce médecin de bons documents sur l'histoire des abcès hépatiques : c'est encore la symptomatologie qui offre le moins à désirer.
Hoffmann a cherché à établir que l'hépatite vraie, c'est-à-dire l'inflammation du parenchyme du foie est très-rare, et que celle que les anciens ont décrite attaque seulement l'extérieur, la superficie du foie ; elle ne pénètre pas dans son intérieur, et reste limitée à la face convexe, aux membranes et aux ligaments qui entourent le viscère et servent à le fixer aux côtes et au diaphragme (de Febre hepatica, 1. 1, p. 143 , in- fol.; Genev. , 1761 , et Dissertatio de hepatis inflammatione vera rarissima, spuria frequentissima ; Halae , 1721). Ces deux dissertations reproduisent les faits déjà connus, et n'ajoutent rien à l'histoire de l'hépatite.
On trouve dans la lettre xxxvie de l'ouvrage de Morgagni des documents précieux sur les altérations dont le foie est le siège : l'hypertrophie, l'induration, le ramollissement, les abcès, y sont étudiés avec soin; mais il y a peu de chose sur l'hépatite. Ce que le médecin italien en dit, dans un autre lieu, s'applique à des lésions différentes; d'ailleurs il se borne à dire que le foie était enflammé (de Sedibus et causis morborum, epist. lxv, § 8 et 9). Le chapitre intitulé Hepatilis et icterus multiplex est consacré par Boerhaave et son commentateur Van Swieten à l'étude de toutes les affections du foie; quelques passages concernent plus spécialement l'inflammation de ce viscère; mais, en général, tout est confondu dans les descriptions que nous donnent ces auteurs, et l'on comprend dès lors quel faible intérêt doit inspirer à un pathologiste moderne la lecture d'un livre où le cancer, la cirrhose , les tubercules , les hydalides, les concrétions biliaires , sont réunis dans une commune symptomatologie, et examinés sous le point de vue du diagnostic ,du pronostic et du traitement (Comment. in aphorism. 914, t. in , p. 81,in-4°; Paris, 1771). Ce que nous venons de dire peut s'appliquer à une foule d'autres ouvrages, à celui de Saunders (Traité sur la structure, lesfonelions et les maladies du foie, avec l'examen des propriétés et des parties constituantes de la bile et des concrétions biliaires, trad. de l'angl. par Thomas, in-8°; Paris, 1804), et de Portai ( Observations sur la nature et le traitement des maladies du joie , in-8°; Paris, 1813). Ce dernier ouvrage, d'une médiocrité notoire, offre de si faibles secours à celui qui le consulte que nous n'avons pu en extraire un seul passage un peu important.
Les ouvrages publiés sur l'hépatite par les auteurs
HER
HER
anglais contienneat en général des documents utiles. Nous citerons plus spécialement ceux de Girdelslone (Essay on the hepatitis ; Lond., 1 787) , de Bovel (de Hepatitide; Edimb., 1 797), de Brondfort (Dissert, dehepatitide acuta; Edimb., 1813), de Wilson (On hepatitis ; Lond., 1817), de Griffiths (An essay on the common cause and prévention of hepatitis; Lond., 1817), d'Annesley (On inflammations ofthe liver, t. n, p. 404, in-fol. ; Lond.). On a beaucoup célébré ce dernier ouvrage , et cependant nous sommes contraints de déclarer , après en avoir pris une ample connaissance, que notre attente a été trompée. Les descriptions y sont d'une remarquable faiblesse et remplies de répétitions qui en rendent la lecture fatigante et peu fructueuse; l'anatomie pathologique y est fort négligée. On trouve seulement quelques planches dessinées avec soin , et qui représentent assez exactement quelques lésions hépatiques , les abcès en particulier. On chercherait vainement dans ce livre une histoire de l'hépatite : elle n'y est que très-imparfaitement ébauchée. L'ouvrage de M. Auguste Bonnet (Traité des maladies du foie, in- 8°; Paris , 1828) , dont il vient de paraître une toute récente édition, a été écrit sous l'influence de préoccupations exclusivement inspirées par les doctrines physiologiques. Nous n'avons pu y puiser aucune donnée précise sur l'anatomie pathologique ; il renferme, en outre, des assertions évidemment erronées et contraires à ce qu'enseigne l'observation de tous les jours. Nous avons fait très-peu d'emprunts aux articles des Dictionnaires récemment publiés : ceux de M. Jourdan (Hépatite, Dictionn. des se. médical., t. xxi, p. 10) et de M. Mérat (Malad. du foie, p. 16) offrent encore aujourd'hui plus d'intérêt que d'autres articles plus récemment publiés. La Clinique médicale de M. Andral contieatplusieurs observations d'hépatite dans lesquelles les lésions cadavériques et les symptômes ont été notés avec le plus grand soin. On y trouve aussi un exposé critique de tous les symptômes propres aux affections du foie, et le diagnostic différentiel de ceux qui caractérisent laphlegmasie de ce viscère.
HERPÈS, s. m., de sp7r»tv, ramper, s'étendre en rampant.
Dénominations françaises et étrangères. — Epwnç, epxyi^œv, Çw<JTr,p. Gr. — Herpès zona, ignis sacer. Lat. — Dartre herpès, ceinture dartreuse, la jarretière. Fr. — Erpete. liai. — Herpès, sarpullido. Esp. — Herpès, the shingles, the serpigo, vesicular tetter. Angl. — Zittermal, fléchie, Fcuergiirtel, der Giïrlel. Ail. — Springend vuur, zeker zeer. Holl.
Synonymie suivant les auteurs. — EPttyiç, Galien , Dioscoride , Celse ; formica , Avicenne; cystima herpès , Toung ; lepidosis herpès , ccphly-
sis herpès, Good ; herpès, Sauvages, Linné, Willan , Cazenave et Schedel , Rayer , Gibert ; dartre phlycténoide\ olophlyetide , Alibert ; dartre miliaire, ignis volaticus sylvestris , aut., div.
Définition. — Sans nous occuper ici (voy. Historique et bibliographie) des différentes acceptions qui ont été données au mot epmn; par les anciens et par quelques modernes, nous dirons qu'avec Willan, la plupart des dermatologistes n'appellent aujourd'hui herpès qu'une affection de la peau ordinairement aiguë, caractérisée par une éruption de vésicules d'un volume assez considérable , développées sur une base enflammée, constamment réunies en groupes, de manière à former une ou plusieurs plaques vésiculeuses déforme variable, séparées les unes des autres par des intervalles dans lesquels la peau reste saine.
Divisions.— Willan et Bateman , MM. Cazenave , et Schedel, Gibert, ont établi les six espèces herpétiques suivantes : 1° herpès phlyetenoïdes; 2° herpès zosler; 3° herpès circinnatus; 4° herpès labialis; 5° herpès prœputialis ; 6° herpès iris. M. Rayer a ajouté à celte division les trois espèces suivantes? 7° herpès vulvaris; 8° herpès auricularis; 9° herpès pal pebralis.
Alibert, dont le genre olophlyetide correspond au genre herpès de Willan, a réuni des affections qui n'ont entre elles aucune analogie. Il a établi les divisions suivantes : \° olophlyetide miliaire (herpès phlyetenoïdes, circinnatus et iris); 2° olophlyetide volatile ou feu de dents , feu yolage des enfants ; 3° olophyetide prolabiale (herpès labialis) ; 4° olophlyetide progéniale ( herpès prœputialis et vulvaris ) ; 5° olophlyetide hydroïque ou sudamina. Le herpès zoster forme pour Alibert un genre distinct.
Le feu de dents des enfants et les sudamina ne doivent pas être compris sous la dénomination de herpès : nous les rejetterons par conséquent de cet article , tandis que nous y ferons entrer le zona , qu'on ne saurait envisager comme une affection spéciale , et qui n'est, en réalité, qu'une variété de l'herpès. La division de Willan est donc celle que nous adopterons , en y apportant toutefois quelques modifications. Nous décrirons d'abord X herpès phlyetenoïdes, qui est la variété qui se présente avec les caractères les plus généraux , et qui constitue pour ainsi dire la forme typique de la maladie. Nous étudierons ensuite les herpès labialis, prœputialis et vulvaris, qui constituent autant de variétés en raison du siège particulier que chacun d'eux occupe; puis nous décrirons comme variétés, quant à la configuration des plaques vésiculeuses, X herpès circinnatus et Yherpes zoster ; enfin nous termine-