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herpès e<mo|Atvoç (Méth. mêd.> lib. iv). Pauld'Égine, Avicenne, Rhazès, n'admettent que deux espèces d'herpès : Y herpès millaris, et V herpès corrosivus. En lisant les descriptions, d'ailleurs courtes et obscures , tracées par les auteurs que nous venons de citer, il est difficile , ou pour mieux dire impossible , de déterminer celles des maladies cutanées, telles que nous les connaissons aujourd'hui, auxquelles elles s'appliquent. Plus tard, les médecins étendirent encore le sens du mot herpès, qui , ayant été traduit par le mot dartres, servit à désigner la plupart des maladies cutanées, principalement les affections chroniques, et devint un terme générique. Lorry, Plenck décrivent encore sous ce nom des maladies de la peau très- différentes les unes des autres. Willan et Bateman sont les premiers auteurs qui aient fait cesser cette confusion, en donnant au mot herpès la signification restreinte et précise qu'ont adoptée aujourd'hui les palhologistes, et que nous avons fait connaître dans notre définition, au commencement de cet article.
Pour présenter l'historique de l'herpès, il faut donc faire abstraction des dénominations, et rechercher dans les anciens les passages, peu nombreux, qui se rapportent plus ou moins manifestement à l'une ou à l'autre des variétésherpétiques que nous avons décrites.
On ne trouve dans les ouvrages hippocratiques que l'indication de l'herpès labialis : «febres in quibus «ulcerantur labia fortassis intermittentes.» Bateman pense que la description donnée par Galien de Y herpès mUiaire doit être appliquée à X herpès phlyctènode; mais, ainsi que le dit avec raison M. Rayer, cette description est trop vague pour qu'on puisse lui donner une interprétation rigoureuse , et rien n'indique qu'elle doive être rapportée à l'herpès phlycténoïde plutôt qu'à l'eczéma.
Sous le nom tfignis sacer, Celse a très-probablement décrit le zona : «Exasperatumque per pustulas «continuas , quarum nulla altéra major est, sed plu- «rimœ perexiguae. In his semper fere pus, et sa?pe «rubor cum calore est, serpitque id nonnunquam sa- «nescente eo qund primum vitiatum est, nonnunquam «etiam exulceratio, ubi ruptis pustulis ulcus conti- «nuatur, humorque exit qui esse inter saniem et pus «videri potest. Fit maxime in pectore aut lateribus» (de I{emcdica,]\b.v, cap. 28, § 4). Celse ajo* te : «Alterum autem est in summœ cutis exulceratione , «sed sine altitudine, latum , sublividum, inœqualiter «tameu, mediumque sanescit, extremis procedenti- «bus,ac sœpc id quod jam sanum videbatur, iterum «exulceratur.» Bateman croit que ce dernier passage doit être appliqué à l'herpès circinnatus; M. Rayer pense qu'il rappelle plutôt une variété de psoriasis palmaire : il est difficile de se prononcer sur le sens qu'on doit lui attribuer.
Hoffmann , de Haen , Plater, Lorry, ont donné du zona des descriptions assez exactes. Mais Borsieri est le premier qui l'ait décrit comme une maladie sui gcneris. Depuis, cette maladie a été étudiée avec soin par P. Franck, Reil , Albers. Cependant ce n'est que dans les ouvrages des dermatologistes modernes et contemporains que l'on en trouve une histoire complète; là aussi seulement on trouve la description des autres variétés herpétiques : nous citerons principalement Willan , Bateman , Alibert , MM. Cazenave et Schedel , et Rayer.
HOQUET , s. m. , mouvement rapide et convulsif d'inspiration déterminant une secousse subite du thorax et de l'abdomen, et accompagné d'un son rauque. En grec , Xsu-^, xu^oç ; en latin , singullus.
Nous ne pouvons , dans un article qui doit être Consacré à la pathologie générale, étudier le mécanisme du hoquet; nous rappellerons seulement que deux théories principales se trouvent en présence : l'une , adoptée par Boerhaave et par Mahon , fait dépendre le hoquet de la contraction convulsive de l'œsophage qui fait éprouver à l'estomac et au diaphragme un tiraillement vers le haut, tandis que le diaphragme s'abaisse subitement : « Convulsio «œsophagi ventriculum et diaphragma sursum tra- «hens, dum simul diaphragma subito deorsum con- «vellilur» (Comment, in aphoris. 3 t. n, p. 242, in-4°; Paris, 1771). Hippocrate l'attribuait à l'estomac, Hoffmann au diaphragme. Ce dernier définit le hoquet « une secousse convulsive, interrompue et pénible du diaphragme et de quelques-unes des parties qui y sont annexées , secousse convulsive ayant lieu pendant l'inspiration, et avec une bruyante explosion de l'air par la bouche : « Septi transversi et adnexarum «quarumdam partium concussio spasmodico-convul- «siva, interrupla , molesta, sub inspiratione facta, et «cum sônora aeris per os explosione stipata» (de Singultu, Thcs. patholog.; in Opéra omnla, t. n, p. 122 , in-fol.; Genev., 1 761). L'autre théorie, développée par Haller, fait consister le hoquet en un trouble fonctionnel des organes respiratoires. Le diaphragme se contracte d'une manière convulsive et involontaire, et en même temps l'air se précipite avec bruit dans le larynx pendant un effort d'inspiration qui est brève et avortée. Malgré l'autorité des physiologistes qui ont soutenu que le hoquet est plutôt un phénomène morbide des voies respiratoires, nous pensons qu'il est dû principalement à des secousses convulsives dont l'estomac est le point de départ, et qui se transmettent jusqu'au cardia et à l'œsophage , en s'accompagnant de la contraction spasmodique du diaphragme. Le siège et le mode de production de ces phénomènes seront facilement aperçus par ceux qui voudront bien observer sur eux-mêmes ce qui se passe dans le hoquet. Us reconnaîtront , à n'en pas
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douter, que le premier phénomène qui se produit est une sensation de constriction que l'on éprouve vers le cardia ; souvent aussi plusieurs secousses irrégulières impriment des mouvements rapides à tout l'estomac ; l'on sent bientôt comme une ondulation brusque et convulsive qui se communique de l'estomac à l'œsophage. Nous pourrions invoquer en faveur de la théorie émise par Boerhaave plus d'un fait pathologique; mais cette exposition nous entraînerait trop loin.
Le hoquet qui dure pendant quelque temps cause des secousses pénibles et fatigantes dans la poitrine et la partie supérieure de l'abdomen. Le patient éprouve une anxiété générale, qui se convertit en une véritable lassitude; le creux épigastrique, la base de la poitrine et les côtes , vers les points qui correspondent aux attaches du diaphragme , sont le siège de douleurs causées par la contraction convulsive de toutes ces parties; quelquefois enfin on observe des vomissements, des douleurs de tête, de l'insomnie provoquée par la dyspnée , et des troubles notables dans la circulation lorsque le hoquet se prolonge pendant plusieurs mois. Des symptômes nerveux de différente espèce peuvent accompagner ce phénomène : ils appartiennent alors le plus ordinairement aux affections qui ont occasionné le hoquet. L'un de nous a vu, chez une femme hystérique, ce phénomène être précédé du sentiment de constriction que l'on a appelé boule hystérique. Chez un en Faut de sept ans, il était annoncé par une sensation analogue à l'aura epileptica (Archiv. gènér. de méd. , t. xiv , p. 448).
On a distingué un hoquet aigu et un hoquet chronique : le premier est celui qui, étant lié à une maladie aiguë , se dissipe assez promplement; le second est celui qui revient pendant plusieurs mois et même plusieurs années. James rapporte l'histoire d'une femme qui était affectée de hoquet, tous les jours, depuis vingt ans. bartholin parle d'une femme qui fut tellement tourmentée par ce cruel symptôme pendant deux ans, qu'elle fut considérée comme possédée du démon (cent, m, epist. Gl). Il est plus ordinaire de voir le hoquet chronique revenir par accès dont la durée est variable, mais qui laissent entre eux des intervalles souvent fort longs. On a cité , dans les Annales de médecine d'Otnodci , le cas d'un jeune homme qui , à la suite d'une vive terreur, fut pris d'un hoquet qui, pendant treize mois, revint presque chaque jour dix, douze fois pendant une demi-heure environ , tantôt plus, tantôt moins, et ne laissait de repos que pendant la nuit ( art. Ho- Om.t par M. Raige-belorme, Dictionn. de médecine, p. 387;. On a encore distingué un hoquet idiopathique et un hoquet symptoin itique. On désigne, sous la première dénomination, le hoquet qui
ne reconnaît aucune lésion matérielle appréciable : ce phénomène est alors un simple trouble dynamique, et constitue toute la maladie. Le hoquet symptomatique tient à une lésion dont il est facile d'apprécier la nature et le siège.
Le hoquet idiopathique est une véritable convulsion clonique à laquelle prennent part les muscles de la vie organique et de la vie de relation. Elle peut être assimilée entièrement à ces convulsions irrégulières qui déterminent des palpitations ou des vomissements, suivant qu'elles ont leur siège dans le cœur ou dans l'estomac. Le hoquet étant un phénomène nerveux qui est, en partie, sous l'influence de l'innervation cérébrale , il en résulte que les troubles de cette innervation peuvent le produire. C'est ainsi que dans le cas rapporté dans les Annales d'Omodei (Arch. gén. de wiéd, t. iv,p. 614), une vive émotion morale fut la cause d'un hoquet idiopathique chez le jeune sujet dont nous avons parlé plus haut. A la suite d'une rixe violente à laquelle il assista , il fut pris d'une vive frayeur, et tomba à la renverse, privé de connaissance, et en proie à des convulsions. Ces symptômes se dissipèrent , mais les convulsions qui avaient affecté les muscles des autres parties du corps persistèrent dans le diaphragme et les autres parties qui concourent à la production du hoquet. La colère, la frayeur, l'imitation , sont des causes de hoquet idiopathique. Sauvages rapporte que quatre jeunes filles furent prises de hoquet après avoir été témoins du même symptôme chez une autre jeune fille. Il est rare que le hoquet ne soit pas lié à une affection nerveuse, ou à quelqu'une des lisions viscérales dont nous allons parler.
Hoquet symptomatique. — L'hystérie est de toutes les affections celle qui détermine le plus fréquemment le hoquet. Nous l'avons vu persister pendant deux mois, avec une déplorable fréquence, sur une jeune fille atteinte d'hystérie. Ordinairement il se dissipe avec les symptômes nerveux propres à celte affection. Le hoquet se montre principalement dans les affections du cerveau, ou dans les maladies qui agissent syrapathiquement sur cet organe , ou qui sont accompagnées d'uneperturbalionplusou moinsmarquée du système nerveux encéphalo-rachidien, dans l'hy pochondrie. C'est ainsi que l'on observe le hoquet dans l'héuiorrhagie et le ramollissement encéphaliques, où il est d'assez mauvais augure; dans l'encéphalite spontanée ou provoquée par les plaies de tête , dans les tubercules du cerveau et des méninges, dans la compression cérébrale causée par des epanchements de différente nature, dans les différentes formes de délire, dans l'hydrocéphale chronique. Dans toutes ces maladies, la portion du cerveau qui préside aux mouvements respiratoire*, et qui les coordonne, est influencée d'une manière anormale, et il en résulte
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une perturbation toute spéciale qui détermine le hoquet : « Ipsae cerebri ac meningum inflammationes, «gravesque vulnerationes , dit Hoffmann, vi con- «sensus quem hœ partes, per nervum vagum, cudî «seplo stomachoque habent, eminus hoc symptoma «producunt» (Joe. cit., p. 124). Hippocrate avait déjà fait cette remarque (sect. vu , aphor. 3).
Après les maladies cérébrales , celles qui occasionnent le plus fréquemment le hoquet sont les maladies des viscères contenus dans la cavité abdominale. Van Swietcn dit que le hoquet est souvent produit par l'ingestion d'une trop grande quantité d'aliments et de boissons, et par le développement des aphthes à l'intérieur de l'œsophage (toc, cit., p. 242, édit. cit.). Les affections du pharynx, les aphthes de la bouche, produisent le même effet chez les jeunes sujets. L'un de nous a observé sur un malade placé dans son service, et atteint de cancer du cardia et de l'œsophage, un hoquet qui dura douze jours presque sans interruption. La gastrite aiguë, les altérations et le cancer gastriques, donnent souvent lieu à ce symptôme. L'un de nous l'a vu persister pendant quatre jours chez un jeune homme qui s'était empoisonné avec le deutochlorure de mercure, et qui succomba. L'empoisonnement s'accompagne souvent d'un hoquet pénible, qui succède aux efforts de vomissements répétés, ou qui alterne avec eux. Au nombre des lésions qui déterminent encore ce symptôme, on doit placer l'inflammation du péritoine, et toutes les maladies dans lesquelles cette membrane est intéressée : tels sont les perforations de l'intestin, les étranglements herniaires, les plaies, les épanchemenls de différente nature qui ont lieu au sein de la xavité abdominale ; l'inflammation du diaphragme. Les anciens , qui avaient réuni sous le nom Aeparapft renés ie des affections assez diverses, considéraient le hoquet comme un des signes de la phlegmasie du diaphragme. Gelse , Forestus , et beaucoup d'autres, ont rangé ie hoquet parmi les signes de l'hépatite, et quelques-uns ont pensé que l'inflammation occupaitalorslafacesupérieuredufoie(#0j.HÉPATiTB). On a dit qu'il se manifestait dans les diarrhées et les dysenteries dont on avait arrêté trop brusquement la marche par les opiacés ou par les astringents. Les inflammations aiguës de l'utérus, de la vessie et des reins, peuvent s'accompagner de hoquet, et alors ce signe est, en général, assez fâcheux. La péritonite puerpérale, la suppression des menstrues, la grossesse dans les derniers mois , déterminent assez fréquemment le hoquet. 11 est rare dans les affections des organes thoraciques. Gorvisart, Laennec , et d'autres observateurs, l'ont observé dans les phlegmasies du péricarde. On n'a pas remarqué qu'il fût plus fréquent dans la phlegmasie de la plèvre diaphragmalique qua dans l'inflammation des autres portions de la séreuse.
On ne peut pas accepter sans de grandes restrictions ces aphorismes tant de fois répétés : «ilonvulsio «auta repletione aut a vacuatione aborilur, ita vero « etiam singultus » {Aphor., sect. vi, n°39), et plus loin, «effuso copioso sanguine convulsio aut singultus malum » (Aphor., sect.v, n° 4). On peut sans doute admettre, d'après les données fournies par la physiologie, que les désordres de l'innervation que déterminent la pléthore et l'anémie peuvent faire naître le hoquet, mais on a trop généralisé cette proposition , surtout pour la pléthore. Les hémorrhagies sont des causes bien autrement capables de produire ce symptôme. Le hoquet n'étant autre chose qu'une convulsion, il doit se manifester dans les cas où celle-ci est surtout fréquente. Aussi l'a-t-on noté, surtout dans les hémorrhagies utérines, nasales, pulmonaires, traumaliques. a Quibus in casibus universales plerumque «convulsiones, ac ipsum vitœfinem hœ concussiones « singultuosae , tanquam ultimi naturœ conatus ante- «cedere soient» (Fr. Hoffmann, loc. cit.j p. 12).
Le hoquet est un symptôme fréquent dans les maladies des nouveau-nés. Les affections intestinales y donnent souvent lieu chez lui. Il se manifeste aussi dans ces maladies générales dont le siège n'est pas encore connu, dans la fièvre intermittente pernicieuse que l'on a nommée, à cause de cela, fleure intermittente singultueuse ; dans la peste et la fièvre jaune, où il est , assez généralement, de sinistre présage. On l'observe dans les fièvres typhoïdes à formes ataxique ou adynamique , et dans tous les états morbides où l'économie entière est influencée par une cause morbitique; c'est ce qui a lieu dans ces cas où du pus se trouve disséminé dans les divers organes , comme dans la phlébite , la résorption purulente , la morve. On voit encore paraître le hoquet chez les individus dont un organe est frappé de gangrène ou entre en suppuration. Dans le choléra asiatique il apparaît comme un symptôme fréquent, pénible pour le malade : il est , en général , fâcheux.
La valeur séméiologique du hoquet est nulle, c'està-dire qu'il est impossible de se servir de ce symptôme pour découvrir la nature et le siège d'une maladie ; il annonce seulement une perturbation de l'innervation. On ne peut pas non plus établir d'après lui le pronostic d'une affection. En effet , comme tous les phénomènes sympathiques dont le système nerveux est le siège , il est trop variable pour que l'on puisse en déduire , avec quelque rigueur, des signes pronostiques. Sans doute, si l'on récapitule les diverses affections dans le cours desquelles on le voit paraître, il sera facile de lui donner quelque valeur pronostique; mais alors c'est moins d'après lui-même que d'après les conditions pathologiques au milieu desquelles il paraît. C'est ainsi que le hoquet devra être déclaré très-grave chez un sujet atteint de peste,
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de fièvre jaune, de fièvre ataxique, de péritonite suraiguë , de hernie, etc., tandis qu'il, sera très-léger chez une hystérique , ou chez un sujet nerveux qui aura été soumis à quelque émotion morale vive.
Le hoquet a été classé par Sauvages dans sa quatrième classe des spasmes (classe des anhélations, ordre des anhélations spasmodiques), à côté de l'éternùment, du ballonnement et de la toux ( Gênera morborum). Il est inutile de nous arrêter à ces classifications. Le hoquet est un symptôme de maladie , et dans quelque cas rares il constitue un accident nerveux qui ne se rattache à aucune lésion appréciable.
On peut être appelé pour combattre ce phénomène, qui est en général très-pénible pour les malades , et alors la première étude à faire est de rechercher la cause du mal, pour la combattre par des remèdes appropriés. Nous n'avons ici à envisager que le traitement du hoquet nerveux. Les narcotiques, les antispasmodiques et le froid sont les agents thérapeutiques qui réussissent le mieux contre le hoquet idiopathique. L'opium à doses minimes, mais rapprochées, l1usage de potions dans lesquelles on fait entrer cette substance , l'application de 1 à 5 centigrammes de sels de morphine sur l'épigaslre ou sur la base delà poitrine, l'administration de l'éther, et des teintures de castoréum,de musc, les pilules d'a?sa fœtida, de camphre, de succin, réussissent dans les cas où le hoquet est chronique et résiste aux moyens les plus simples. On peut encore appliquer sur l'épigaslre des compresses trempées dans l'eau très-froide , ou mieux encore une vessie renfermant de la glace pilée. Les bains froids , l'immersion par surprise , les irrigations d'eau froide sur l'épigastre ou la partie antérieure du tronc , ont fait cesser des hoquets rebelles. On a aussi conseillé l'emploi du cautère actuel sur l'épigastre, du vésicatoire, des ventouses sèches, des sinapismes ou des frictions irritantes.
Quelquefois il est nécessaire de recourir à une médication perturbatrice qui porte son action sur l'estomac. Les vomitifs peuvent être employés avec succès, et nous paraissent devoir être spécialemcntrecommandés dans le cas où le hoquet dépend (l'une simple pertinbation de l'innervation. On peut aussi tenter le quinquina qui réussit lorsque le hoquet est sous l'influence de la périodicité; l'acide sulfurfque en dissolution dans l>;iu [ acide suif urique , 4 grammes; eau, r>oo grammes); les boissons acidulées avec le vinaigre, le citron , l'orange ou l'acide carbonique; l'eau de Sellzet les eaux minérales alcalines, gazeuses OU non; l'ingestion d'une eau très- froide , d'une glace. On a recommandé aussi la sleintilalion «EJU8adem generis est slcrnut.itio , qi;;e Uti spont.inea , «docente id Hippoeralr ICCt. VI, aph. 1 .V . singul- «tum tollit , ita natur.T bene operantis minister ,
«medicus , arte eam provocare débet» ( Hoffmann , p. 127).
HYDATIDE, s. f., dérivé de uJcop, eau. On désigne sous ce nom , en pathologie , toute vessie pleine d'eau, isolée de toutes parts, nageant dans un liquide, et renfermée dans une capsule plus extérieure qui s'est développée au sein d'un tissu vivant. On s'est encore servi de cette expression pour désigner les différentes espèces de kystes remplis de liquide ou de toute autre matière que l'on trouve dans les viscères , et particulièrement les kystes de l'ovaire, du foie, des reins, etc.; mais un tel sens attribué au mot hydalide est trop peu scientifique pour qu'on ne doive pas le bannir du langage médical.
Luedersen , envisageant les hydatides sous le point de vue pathologique , a compris, sous ce nom, toutes les espèces de vésicules qui peuvent prendre naissance dans les tissus vivants ( voy. Comp., art. Acéphalocyste, 1. 1, p. 10). Rudolphi les divise en hydatides inanimées, et en hydatides contenant d'autres animaux. Le premier genre comprend trois genres, suivant que l'hydatide est solitaire, ou groupée, ou contenue dans un sac; le second genre comprend cinq espèces, suivant que l'animal contenu dans le sac est un strongle, un tricuspidaire, une fasciole, des échinocoques , ou des taenias. Plus tard il réunit toutes les hydatides en quatre genres, qui sont : l'anthocéphale, le cysticerque, le cœnure, l'échinocoque.
Partant de la définition que nous avons donnée de l'hydatide (poche remplie d'eau, isolée de toutes parts, et contenue dans une autre poche), nous la considérons comme un terme générique qui s'applique à plusieurs espèces d'entozoaires qui forment des genres particuliers dans la grande classe d^s entozoaires. Les vers vésiculaires auxquels on peut donner le nom fort vague fthydatide sont : A. les cystoïdes, cinquième ordre de la classification de Rudolphi (voy.EivrozoAiRE, Compcndium, t. m, p. 338). Les cystoïdes (mot dérivé de xuen;, vessie) renferment quatre genres, qui sont : l'anthocéphale (27e genre de Rudolphi) , le cysticerque (28e genre de Rud.), le cœnure ( 20° genre de Rud. ) , l'échinocoque ( 30e genre de Rud. ) ( voy. Entozoàire , p. 338 et suiv. ). L'acéphalocyste est un des vers vésiculaires auxquels on a donné le plus souvent le nom iïhydatidc. 11 constitue un genre important dans la grande classe des entozoaircs.
On a encore rangé parmi les hydatides , les polyeéphales, décrits par quelques hclminlhologues sous le nom ^échi nocoques (voy. ce mot , t. m, p. 140), et le ditrachyceros ( voy. ce mot, t. m, p. 64). L'existence de ce dernier a été regardée comme douteuse par Rudolphi , Rremser et d'autres. On a enfin désigné sous le nom ft hydatides toutes les collections de sérosité renfermées dans des membranes adhé-
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rentes aux tissus par des pédicules simples ou multiples. Les hydropisies enkystées de l'ovaire, du foie, sont décrites dans les ouvrages anciens sous le titre à'hydatides. Ce mot s'applique à toutes les cavités séreuses de nouvelle formation, renfermant un liquide plus ou moins semblable à la sérosité, et développées au sein d'un tissu.
On voit , d'après ce que nous venons d'établir, que le mot hydatidê est un terme fort vague, qui peut s'appliquer à un grand nombre de genres et d'espèces d'entozoaires, et qu'il suffît que l'on rencontre, dans un tissu, une vésicule emboîtant une ou plusieurs autres vésicules plus ou moins volumineuses , pour que l'on admette le développement d'une hydatidê. Celle-ci n'est donc autre chose qu'un animal vivant au sein d'un autre organisme; aussi rien n'est si variable que le siège qu'il affecte et les accidents qu'il provoque. Dès lors comment décrire les hydatides d'une manière générale? comment exposer les symptômes qui décèlent leur présence, et le traitement par lequel on peut les détruire? Quelques auteurs cependant ont cru devoir consacrer un article spécial à l'hydatide. M. Reynaud, pour éviter sans doute la confusion qui serait résultée nécessairement d'une description générale , a étudié plus spécialement les différentes espèces d'hydatides (art. Hydatidê, Dict. de méd.3 2e édit., p. 424). Cette méthode est encore vicieuse; le mot hydatidê ne peut représenter au pathologiste qu'une maladie causée par le développement d'une vésicule; mais le zoologiste lui apprend que cette vésicule renferme des animaux dont l'organisation est diverse, et qui ne peuvent être confondus ensemble, puisque chacun d'eux affecte un siège différent, des mœurs différentes. Bien convaincus qu'il est nuisible au progrès de la science de réunir des objets qu'elle nous apprend à distinguer , nous avons repoussé la dénomination ft hydatidê, et nous avons traité dans autant d'articles différents chaque espèce d'hydatide; nous renvoyons donc le lecteur aux articles suivants : Acéphalocyste , Cysticerque , Ditracuycère , ÉcniNOcoQUE , Ej\tozo\ires ; il y trouvera tous les détails zoologiques et pathologiques qui lui sont nécessaires pour prendre une juste idée des maladies que provoquent les entozoaires.
Les kystes qui résultent du développement des cavités normales ou anormales au sein de quelques viscères, se montrent plus particulièrement dans certains organes, comme dans l'ovaire, les reins, la pie mère. Ils peuvent acquérir un volume considérable dans le premier de ces viscères , et représentent souvent par leur organisation et leur fonction les membranes séreuses. Tapissées à leur intérieur d'une membrane lisse, et qui exhale une quantité souvent fort grande de sérosité , elles sont exposées , comme elles, à toutes leurs maladies.
On peut consulter sur le sujet dont nous venons de traiter, les remarquables dissertations que Haller a réunies dans sa collection ( Disput. ad morbor., t. iv; Lausan. , in-4 , 1758); nous citerons plus particulièrement celles de Brehm , où l'on trouve une figure fort exacte d'acéphalocysles contenues dans un kyste abdominal ( de Hydatidibus 3 Erf., 1745, collect. cit., p. 253 ); de Pohl {de Hydrope saccato ex hydatidibus 3 Leip., 1 747); de Scheffïer et Jacob, de Sébastien Steube (ouvr. cit., p. 281 et 291 ); de Nicolas Will ( Stupendus abdominis tumor3 Basil., 1731, p. 441).
HYDRARGYRIE, s. f., dérivé de u<?PaPWç, mercure, affection cutanée produite par l'absorption des préparations mercurielles ( voy. Mercure ( maladies produites par le ).
HYDROCÉPHALE , s. f., dérivé de u^wp , eau , et xe<paXyi, tête , c'est-à-dire eau accumulée dans la tête , hydropisie de la tête. Cette dénomination sert à désigner, en pathologie, tous les épanchements séreux qui peuvent se former dans la tête , quels que soient leur siège, leurs causes, et les symptômes auxquels ils donnent naissance.
Divisions. — On a distingué les hydrocéphales en externe et en interne, suivant'que le liquide est situé en dehors ou à l'intérieur de la boîte osseuse. On donne le nom A' hydrocéphale externe aux infiltrations de sang ou de sérosité qui ont leur siège sous le cuir chevelu et le péricrâne ; mais elles ne méritent pas le nom d'hydrocéphale. 11 ne sera question ici que des collections de liquide renfermé dans le crâne , c'est-à-dire des hydrocéphales internes.
Une autre distinction plus importante est celle de l'hydrocéphale en aiguë et en chronique. La première est celle qui se développe d'une manière aiguë, et donne lieu à cet ensemble de symptômes que l'on a désignés pendant longtemps sous le nom vague de fièvre cérébrale. L'hydrocéphale chronique est l'hydropisie du cerveau affectant une forme lente et chronique. Cette hydrocéphale peut être congénitale, et dépendre d'un défaut de développement du cerveau , ou bien survenir accidentellement , comme une conséquence d'une maladie de l'encéphale ou de ses enveloppes. Nous étudierons dans cet article 1° l'hydrocéphale aiguë ; 2° l'hydrocéphale chronique.
Hydrocéphale aiguë. — Quand on réfléchit à la disposition anatomique du cerveau et de ses membranes, on comprend que les liquides peuvent facilement s'épancher, 1° dans la grande cavité cérébrale; 2° dans les ventricules du cerveau ; 3° s'infiltrer entre la dure-mère et la face interne des os du crâne; 4° dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien , ou en d'autres termes dans la pie-mère ; 5° dans le tissu cérébral lui-même. On doit encore admettre comme assez commun le développement de kystes séreux au sein
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des membranes et de la pulpe cérébrale. Ce que l'anatomie normale peut faire supposer est démontré de la manière la plus évidente par l'étude des maladies du cerveau et de ses membranes , et par les lésions anatomiques qu'elles laissent après elles. On retrouve, en effet, dans le cerveau toutes les formes d'épanchement que nous venons d'indiquer, et toutes les espèces d'hydropisies que présentent les organes environnés d'uue membrane séreuse. Les plus communes sont celles qui ont leur siège dans la grande cavité cérébrale, et dans celle des ventricules ; elles dépendent d'un trouble survenu dans la fonction sécrétoire de la membrane. Viennent ensuite les hydropisies par infiltration de la sérosité dans la pie-mèio. Les hydropisies enkystées sont plus rares; elles siègent dans les plexus choroïdes ou la pie-mère externe. Il ne faut pas confondre avec ces trois espèces d'hydropisie les acéphalocystes qui se développent quelquefois dans le cerveau. La génération de ces animaux est sous l'influence de causes obscures, sans doute, mais toutefois bien différentes de celles qui président à la production des maladies dont l'hydrocéphale est l'effet.
Les qualités du liquide épanché ou infiltré ne varient pas moins que le lieu qu'il affecte : tantôt c'est une sérosité transparente et jaunâtre; tantôt, un liquide séro-sanguinolent; dans quelques cas il est trouble, et, dans d'autres, purulent. Quant aux quantités de liquide infiltré ou épanché, il n'y a rien de fixe à cet égard. Une à deux cuillerées de sérosité trouvées sur le cadavre ne suffisent pas pour établir qu'il y a hydrocéphale, à moins qu'il n'ait existé pendant la vie quelques-uns des symptômes dont nous parlerons plus loin.
Avant de rechercher dans quelles conditions morbides un liquide peut s'épancher, il convient d'abord de passer en revue les principales opinions qui ont été émises sur la nature de l'hydrocéphale ; nous pourrons alors indiquer plus nettement le véritable sens que l'on doit attribuer à ce mot. Nous verrons, en traitant de la méningite, qui comprend la plus grande partie des hydrocéphales aiguës , que Wepfer, Morgagni , et des auteurs plus anciens, ont trèsbien connu cette maladie et ses symptômes; nous voulons seulement rappeler que leur attention s'est portée presque exclusivement sur la collection séreuse, et que c'est là le fait qui a donné pendant longtemps le change aux médecins qui ont observé la maladie Nous avons cherché à prouver, dans notre article Apoplexie, que les auteurs anciens n'ont vu, d'abord, dans l'hémorrhagie cérébrale, qu'une affection entièrement liée au seul fait de l'épanchc-ment sanguin, et qu'il a fallu les longues et minutieuses investigations auxquelles se sont livrés les successeuis de Morgagni, pour arriver à découviir que l'épancliement sanguin n'est pas toujours toute la maladie, qu'elle peut dé-
pendre de plusieurs lésions, soit de la pulpe cérébrale, soit des membranes qui la revêtent (voy. les articles Apoplexie et Encéphalite, où se trouve discutée la question difficile des hémorrhagies capillaires). Nous pouvons en dire autant de l'hydrocéphale aiguë : les anciens croyaient que la sérosité qui s'épanche dans la cavité cérébrale résulte d'une apoplexie qu'ils ont. appelée séreuse , et qui se forme à la manière des apoplexies sanguines. Ce ne fut qu'après des recherches multipliées, et dans ces derniers temps seulement, que l'on parvint à saisir la véritable origine des collections séreuses de l'encéphale. Chaque auteur, suivant la direction particulière de ses études, se crut en droit de rapporter l'hydrocéphale à quelque lésion appréciable du cerveau ou de ses enveloppes. MM. Parent et Martinet citent un grand nombre de faits qui tendent à faire admettre que les inflammations aiguës et chroniques des méninges sont la source la plus ordinaire des collections séreuses et encéphaliques. M. Rostan soutient qu'elles sont consécutives aux maladies des membranes du cerveau ou de cet organe lui-même. MM. Lallemand et Abercrombie y voient une des suites fréquentes du ramollissement inflammatoire. Dauce les regarde comme dépendantes d'une inflammation siégeant primitivement ou consécutivement dans les ventricules du cerveau, sur la membrane qui les tapisse, ou la substance cérébrale subjacente. Enfin, les travaux entrepris par MM. Senn, Charpentier, Murdoch , Gerhard , Rufz , Piet, Constant, Guersant , Becquerel , etc., démontrent, d'une manière certaine , que l'hydrocéphale n'est souvent qu'une lésion secondaire de la séreuse qui se rattache elle-même à la présence de fausses membranes ou de granulations tuberculeuses développées dans les enveloppes du cerveau. Ce n'est pas ici le lieu d'exposer l'histoire de cette forme d'hydrocéphale, dont nous nous occuperons à l'article Méningite (voy. ce mot;, nous avons seulement voulu montrer sous quel point de vue il fallait maintenant envisager l'hydrocéphale aiguë , en raison des nombreux travaux que nous venons d'énumérer.
Disons d'abord que l'on ne doit donner aujourd'hui le nom d' hydrocéphale aiguë qu'à une maladie de l'encéphale, caractérisée anatomiquement par la présence d'une quantité anormale de liquide séreux ou séro-sanguinolent, dans la grande cayité cérébrale, dans un ou plusieurs de ses ventricules, daus les mailles de la pie-mère, ou entre la dure-mère et l'arachnoïde pariétale; celle dernière hydropisie est excessivement rare. On voit donc que l'hydrocéphale aiguë peut avoir lieu par épanchement ou par infiltration. Maintenant il nous serait impossible de joindre aux caractères anatomiques que nous venons de poser, les caractères séméiologiques à l'aide desquels on peut dire, à coup sur, s'il existe une hydrocéphale,
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si elle est par infiltration ou par épanchement, et enfin dans quel point du cerveau elle a son siège. C'est avec raison que MM. Guersant et Blache ont écrit : «Les caractères physiologiques nous manquent; nous sommes réduits, quant à présent, aux caractères fournis par l'an;itomie pathologique. Sous ce dernier point de vue , on doit admettre des hydrocéphales aiguës par infiltration dans le tissu sous-arachnoïdien, ou par épanchement dans la grande cavité de l'arachnoïde, ou dans les ventricules» (article Hydrocéphale aigle, Dict. deméd., 2e édit., p. 505-508).
On a souvent décrit sous le nom & hydrocéphale aiguë, d' hydropisie aiguëvetitriculaire .cérébrale, fe fièvre cérébrale, etc., l'épanchement de sérosité dans les ventricules ou dans la grande cavité cérébrale , qui résulte d'une inflammation aiguë ou chronique, ou de la présence des tubercules dans les méninges. Cette expression ne sert alors qu'à désigner une des nombreuses maladies qui produisent l'hydrocéphale aiguë, c'est-à-dire un épanchement séreux : elle doit être rejetée, et Test déjà par la plupart des pathologïstes modernes.
L'hydrocéphale aiguë n'est donc pas une maladie, mais une altération consécutive à un grand nombre de maladies encéphaliques. Cette altération consiste en une collection de sérosité dans le cerveau ou ses enveloppes. Exposons rapidemeut les diverses maladies qui peuvent lui donner naissance , soit que l'hydrocéphale se fasse par épanchement ou par infiltration.
Dans l'hémorrhagie cérébrale , il n'est point rare de rencontrer des collections séreuses qui entraînent la mort des sujets. Ce cas peut se présenter quand le foyer apoplectique est central , ou quand il occupe la périphérie du cerveau; l'irritation , transmise consécutivement aux membranes, détermine l'exhalation d'une plusgraude quantité de sérosité {xoy.Comp., art. Apoplexie, t. i, p. 262). Ce liquide s'épanche dans les cavités séreuses, ou s'infiltre dans la substance cérébrale, qui devient plus humide, ou enfin dans la pie-mère. Des faits nombreux permettent aussi d'établir que les ramollissements inflammatoires ou d'une autre nature sont souvent suivis d'épanchement de liquidedans les ventricules ou dans la grande cavité cérébrale. L'œdème de la substance blanche et grise est encore une lésion qui accompagne fréquemment l'encéphalite (voy. Cerveau {ramollissement du), p. 153 , t. ii, et Encéphalite, t. m passim). La méningite simple et celle qui est liée à l'existence de tubercules développés dans les membranes du cerveau sont la cause la plus ordinaire des épanchements hydrocéphaliques : aussi a-t-on rapporté pendant longtemps tous les phénomènes de la maladie à la présence du liquide contenu dans le cerveau; la véritable cause de l'hydropisie avait échappé à l'atten-
tion des observateurs. Nous avons énuméré toutes les lésions capables de donner naissance à l'hydrocéphale aiguë. Toutes les productions de nature diverse qui se développent dans la pulpe cérébrale et dans les enveloppes membraneuses et osseuses , les maladies de la dure-mère et des sinus (inflammations, caillots), amènent le même résultat (tubercules, cancer, tumeurs fibreuses, acéphalocystes, carie , nécrose , exostose, etc.).
Toutes les maladies que nous venons de passer en revue, et qui déterminent l'hydrocéphale, sont suivies des mêmes effets lorsqu'elles ont leur siège dans les organes qui sont, comme le cerveau, environnés d'une membrane séreuse. Les inflammations du poumon et de la plèvre, l'éruption de tubercules sous cette membrane, l'épanchement de sang, d'air, de matière tuberculeuse ou purulente, dans la cavité thoracique; la présence d'un acéphalocyste , le développement de la mélanose ou du cancer, ne sontce pas là les causes ordinaires de l'épanchement pleural? On voit donc que l'hydrocéphale suit h loi commune à toutes les hydropisies, et qu'elle est produite presque constamment par une lésion matérielle de la séreuse ou du viscère que celle-ci enveloppe (voy. Hydropisie).
Nous devons maintenant nous demander si l'hydrocéphale est toujours symptomatique d'une maladie caractérisée par quelque lésion du cerveau ou de ses enveloppes, et si elle ne peut pas, comme d'autres hydropisies , être liée à des conditions morbides plus générales? Là majorité des médecins de l'époque actuelle est disposée à admettre que l'épanchement séreux hydrocéphaiique accompagne toujours quelque altération appréciable aux sens, et que l'on doit le retrancher du nombre des hydropisies essentielles. On a objecté l'absence de toute lésion dans quelques cas rares, il est vrai , nuis bien observés, d'hydrocéphale aiguë , et l'on a soutenu que le ramollissement des parois ventriculaires trouvé sur quelques sujets était le résultat mécanique de l'épinchement même de la sérosité. Pour décider la question que nous venons de soulever, il est nécessaire d'examiner scrupuleusement les faits d'hydrocéphale aiguë es-' sentielle. Nous nous sommes déjà livrés à cette étude en traitant de l'apoplexie séreuse (art. Apoplexie, t. i, p. 293). «L'existence de cette maladie , disionsnous , ne saurait être révoquée eu doute , car elle est appuyée sur des observations assez nombreuses... Ce n'est qu'une simple irritation sécrétoire, qui ne laisse aucune trace» (p. 295). Elle s'est montrée dans quelques-unes des conditions pathologiques générales qui produisent des hydropisies par répétition , dans diverses membranes séreuses ( voy. Hydropisib ). MM. Guersant et Blache, qui ont fait des recherches sur ce sujet, après avoir rappelé l'opinion de divers
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auteurs qui affirment que , hors des lésions organiques cérébrales et chroniques , il n'existe point d'hydrocéphale aiguë, s'expriment de la manière suivante : «Il faut reconnaître quelques exceptions, et admettre des faits (le nombre en est, à la vérité, fort restreint) qui se présentent avec toute garantie d'authenticité , et dans lesquels l'épanchement séreux n'a paru accompagné d'aucune altération appréciable aux sens. Dans quatre observations rapportées par Abercrombie (obs. 62 , 63, 64, 65), dans une recueillie par M. Andral {Clin.mèd., t. v, obs. xx); dans une autre, publiée dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales (ann. 1836, n° 4); dans quatre dues à M. Bricheleau (et nous ajouterons celle plus concluante encore rapportée par M. Martin Solon, Journ. hcôdom., t. 4 , p. 353 ), on ne trouva à l'autopsie , pour toute lésion , qu'une quantité plus que normale de sérosité dans les ventricules ou les méninges» (art. Hydrocéphale déjà cité, p. 502). Nous dirons, avec les auteurs que nous venons de citer, que «le total des hydrocéphales essentielles aiguës sans lésion organique est extrêmement minime , et que les hydrocéphales essentielles aiguës du cerveau sont encore plus rares peut-être que les hydropisies essentielles des autres cavités séreuses; mais nous ne voyons pas non plus pourquoi les membranes séreuses de l'encéphale feraient exception à cet égard, et nousadmettonsl'hydrocéphale aiguë comme une maladie essentielle, mais comme une maladie très-rare.»
Les symptômes qui peuvent faire reconnaître les épauchements séreux essentiels du cerveau sont trop variables pour que l'on puisse en asseoir nettement le diagnostic pendant la vie des sujets. La dilatation et 1 immobilité des pupilles , l'insensibilité de la rétine, la fixité du regard, le coma, le ralentissement du pouls , sont les signes les plus constants de l'hydropisie cérébrale confirmée. Les symptômes précédents acquièrent une très-grande valeur aux yeux des médecins qui soutiennent qu'il y a suspension des facultés cérébrales, et de l'innervation plutôt qu'abolition de ces mêmes facultés. Ils insistent principalement sur l'absence de toute paralysie , et la considèrent comme un signe de compression exercée sur le cci veau par le liquide épanché dans l'iulérieur ou a la surface de l'organe. Les membres tombent dans une flaccidité plus ou moins complète , et une sorte de résolution qui pourrait en imposer pour une véritable paralysie; mais lorsqu'on vient à pincer la peau des membres, ceux-ci s'agitent aussitôt. La céphalalgie, l'injection des conjonctives, l'oscillation des pupilles, le strabisme, les convulsions, le grincement des dénis, la paralysie incomplète, ont été donomme autant désignes de l'hydrocéphale aiguë; mais ils manquent dans un si grand nombre de cas, qu'il est impossible de les faire servir à un diagnostic
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précis. Ceux que nous avons cités en premier lieu méritent plus de confiance, mais ne peuvent cependant faire distinguer les épanchements séreux essentiels du cerveau des autres affections aiguës du cerveau et de ses enveloppes (voy. Méningite).
Hydrocéphale chronique. — Pour donner à cette expression médicale quelque précision , il faut ne consulter que son étymologie, et désigner ainsi toutes les collections séreuses qui se forment dans les ventricules ou dans la grande cavité cérébrale , et qui tiennent à une affection chronique du cerveau ou de ses membranes, soit congénitale, soit acquise.
J. Frank et plusieurs auteurs ne décrivent sous le nom à' hydrocéphale chronique que «celle qui se déclare dans les premiers temps qui suivent la naissance, avec augmentation du volume de la tête, et à la suite d'une prédisposition congénitale plus ou moins évidente» {Praxeos, etc., trad., t. n, p. 531; Encyclopédie des scienc. méd.)
Avant de parler de celte maladie, établissons d'abord quelques divisions. La première , qui nous paraît essentielle, est fondée sur la cause de l'épanchement. L'hydrocéphale peut survenir plusieurs mois ou plusieurs années après la naissance , par suite d'une affection chronique du cerveau ou de ses enveloppes. C'est ainsi qu'un tubercule , un kyste , un acéphalocyste.une tumeur fibreuse ou cancéreuse, peuvent se développer en un point de l'encéphale et de ses membranes, et causer l'épanchement d'une certaine quantité de sérosité. Cette hydrocéphale , évidemment symptomatique de la maladie concomitante, détermine presque toujours promptement la mort des sujets. On peut trouver une observation suffisamment détaillée d'hydrocéphale chronique symptomatique dans les archives générales de médecine (p. 73, janv. 1842). Le sujet, âgé de neuf ans, n'avait présenté au moment de sa naissance aucun signe d'hydrocéphalie. Les principaux symptômes de celte forme d'hydrocéphale , bien que différents sous plus d'un rapport de ceux propres à l'hydrocéphalie congénitale s'en rapprochaient par plusieurs points. Du reste, la lésion trouvée sur le cadavre ne permit pas de confondre ces deux maladies : en effet, le ramollissement de tout un lobe cérébelleux, le développement de petites tumeurs dans ce lobe et sur la portion cervicale de la moelle, étaient des lésions bien capables de déterminer un épauchement de sérosité dans les ventricules. Quant à l'hydrocéphale chronique qui succéderait à l'hydrocéphale aiguë, c'est-àdire à une de ces lésions aiguës dont celte dernière n'est que le .symptôme, elle est excessivement rare.
On doit se demander s'il n'est pas possible d'admettre des hydrocéphales chroniques essentielles, de même que nous avons admis des hydrocéphales aiguës. La sérosité ne peut-elle s'épancher dans le cerveau sous
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js. silence de quelques-unes des lésions qui produisent les hydropisies , comme pourrait le faire une maladie des sinus de la dure -mère (M. Tonnelle)? Nous ne connaissons aucune observation qui mette hors de doute l'existence de l'hydrocéphale chronique essentielle. Les faits qui ont été publiés avant les travaux récents sur la méningite , ne peuvent servir à décider cette question. D'ailleurs on conçoit difficilement qu'une collection séreuse puisse exister quelque temps sans amener la mort, et l'histoire de la méningite tuberculeuse le prouve de la manière la plus évidente.
L'hydrocéphalie affecte différents sièges. La sérosité peut s'accumuler: 1° entre la dure-mère et les os du crâne; 2° entre la dure-mère et le feuillet pariétal de l'arachnoïde ; 3° dans la grande cavité cérébrale; 4° dans la pie-mère; 5° dans le ventricule antérieur et médian , ou le ventricule du septum lucidum. M. Breschet , qui a étudié avec soin le sujet qui nous occupe, et publié sur lui plusieurs mémoires importants, dit avoir vu quatre fois la sérosité accumulée entre la méninge crânienne et le feuillet arachnoïdien qui tapisse la face interne. Blancard rapporte qu'il a constaté , sur un fœtus de sept mois , l'existence d'un épanchement de deux livres d'eau entre la dure-mère et la pie-mère, outre une poche contenant trente livres de sérosité. Camper et Morgagni refusent d'admettre ces collections séreuses. M. Breschet a observé chez des fœtus, des enfants à terme , ou de six mois à un an , une hydrocéphalie véritable dans le ventricule du septum. «Cette cavité ventriculaire , si bien décrite par les frères Wenzel et Tiedemann , est d'autant plus grande qu'on l'examine à une époque plus voisine de la formation de l'encéphale, et contient toujours de la sérosité. Une structure anatomique constante ne doit pas être considérée comme une maladie, mais seulement comme pouvant disposer plus ou moins à un état pathologique » (art. Hydrocéphale chkomque, Dict. de méd.j2c édit., p. 510).
Hydrocéphale chronique congénitale. — Nous désignons ainsi l'hydropisie in Ira -crânienne qui existe chez le fœtus , chez l'enfant qui vient de naître ou peu de temps après sa naissance. Elle paraît dépendre d'une prédisposition congénitale.
Altérations anatotniques. — Le volume de la tête est ordinairement considérable. Dixon , Willan , Freind, Malacarne, Buttncr, ont vu des malades ik^és de trois et vingt mois , de deux ans, de quinze et de trente-un ans , dont la tête avait dix-huit pouces , un pied et demi, vingt-cinq, vingt-six et trente pouces de circonférence. Un homme de vingt -neuf ans, observé par Michaelis , avait une tête dont la circonférence était de trente -deux pouces; elle était de trente-un pouces sur un enfant de six ans ( Goebel ), de trente -trois pouces et demi chez un homme de
vingt ans ( the Lancet, t. n, p. 19), de trente-cinq pouces chez un enfant de douze ans. J. Frank dit que les dimensions les plus grandes qu'il ait observées furent constatées par lui , dans le musée de Cruikshank, sur la tête d'un enfant de seize mois, chez lequel la maladie s'était déclarée huit mois après la naissance; la circonférence de la tête était de cinquante-deux pouces (art. Hydrocéphale, in Praxeos, loc. cit. p. 532). 11 ne faut pas regarder l'augmentation de volume de la tête comme un caractère constant de l'hydrocéphale. Goelis a vu une fille de dix-huit mois dont la tête n'égalait pas en volume celle d'un nouveau-né. MM. Baron et Breschet ont observé des enfants nouveau- nés chez lesquels on n'avait pas soupçonné l'existence d'une hydrocéphalie congénitale; et cependant leur cerveau, imparfaitement développé, contenait une quantité très-grande de sérosité. Gall , Goelis et d'autres auteurs ont été témoins de faits semblables.
L'agrandissement de la tête porte presque exclusivement sur le cerveau. Il en résulte des altérations remarquables dans la boîte osseuse. La base du crâne conserve ses dimensions ordinaires; cependant la nutrition y est plus aciive, et quelquefois les os acquièrent la même étendue que chez l'adulte ; mais c'est particulièrement la voûte du crâne qui augmente d'étendue. Les os conservent quelquefois leur épaisseur naturelle; le plus ordinairement ils s'amincissent. Buttner, Wrisberg , Meckel , Breschet , ont trouvé les os du crâne et de la face presque au -si minces qu'une feuille de papier, transparents et flexibles comme un morceau de cartilage. Cet amincissement porte sur tous les os du crâne , ou seulement sur le pariétal, le frontal, l'occipital. Ces os semblent parfois réduits à une lame fibreuse ou cartilagineuse. Dans d'autres cas leur épaisseur normale est accrue. Riedlin , P. Franck les ont vus deux ou trois fois plus épais que dans l'état normal. Ils peuvent acquérir neuf à dix lignes, et devenir en même temps spongieux , ainsi que l'a observé Schneider. Cette hypertrophie de la substance osseuse est le cas le plus rare ; dans la plupart des cas leur nutrition est évidemment diminuée. Les os ont une texture radiée,leurs angles sont arrondis, leurs bords restent écartés, et séparés les uns des autres par des membranes. Hartell et Aurivill ont vu les os se rapprocher jusqu'au contact, sans se réunir ( J. Frank, loc. cit., p. 533). Dans les points où existent ces séparations, il se développe plus tard de os wormiens. On les trouve particulièrement dans le trajet de la suture lambdoïde et à son sommet, quelquefois dansla fontanelle antérieure. On a constaté chez quelques sujets que les sutures tendaient toutes à se pourvoir d'os wormiens (Rudolphi). Murray a rencontré sur un sujet les pariétaux divisés en travers. Un cas très-
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rare est celui observé par Malacarne. Toutes les sutures du vertex et les articulations des temporaux avaient disparu, et la boîte crânienne n'offrait qu'un tout continu sans pièces distinctes. Le cas le plus ordinaire est celui où les sutures ne se réunissent pas, et restent très-écartées les unes des autres.
L'agrandissement de la cavité crânienne ne se fait pas toujours régulièrement : tantôt c'est toute une moitié du crâne qui acquiert plus de volume; tantôt c'est l'os frontal d'un côté qui est prédominant; on a vu aussi l'occiput s'allonger en une sorte de besace , et le sinciput prendre la forme d'un pain de sucre. « Lorsque l'hydrocéphalie devient considérable, la partie orbitaire de l'os frontal est déprimée, et le diamètre longitudinal de l'orbite se trouve ainsi raccourci ; le bord antérieur et supérieur de cette cavité est porté en avant, et dépasse de beaucoup la partie inférieure» (Breschet , art. cit., p. 515).
La conformation que présente la tète des hydrocéphales est commandée par le mode suivant lequel s'effectue l'ossification. 11 est évident que la tête doit s'élargir, surtout dans les points où les os ne sont pas encore réunis, et dans ceux où l'ossification est moins avancée. La face est petite, triangulaire; sa base correspond aux sourcils , et son sommet , au meuton. Elle est surmontée par la saillie plus ou moins considérable que forme le cerveau.
Les auteurs ne sont pas d'accord sur la nature des altérations de l'encéphale. Les uns prétendent que la sérosité, en s'accumulant dans les ventricules, ne fait que distendre et déplisser tout l'organe , qui conserve sa texture normale; d'autres assurent que les substances blanche et grise n'existent plus. Pour mettre le lecteur au courautdes altérations variées que présente le cerveau, nous ne pouvons mieux faire que de rapporter le passage remarquable et plein d'érudition que Frank a consacré à l'étude de ces lésions. «On a trouvé le cerveau remplacé par une poche renfermant cinquante livres d'eau , un cerveau petit , réduit en une membrane, comprimé dans un espace étroit (les hémisphères , de convexes , deviennent alors planes); la pulpe cérébrale d'une consistance normale, trop molle, trop dure, remplie de tubercules, légère; les membranes des ventricules antérieurs plus épaisses que de coutume ; leurs circonvolutions et leurs sillons semblent détruits, et leurs parois amincies, mais rarement assez pour que la distinction entre la substance corticale et médullaire soit détruite ( Malacarne) : dans ce dernier cas, on a vu tout le cerveau présenter l'apparence d'une masse blanche (Wrisbergj. On a trouvé le corps calleux touchant à la voûte du crâne, la faux de la dure-mère étant presque détruite (Home); les corps striés déprimés (Aurivill); les couches optiques presque imperceptibles (Bultoer); les ventricules latéraux dilatés
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(Friend); le septum lucidum perforé (Home); le J'eu velet, sauf très -peu d'exceptions, à l'état normal (Dixon); les nerfs comme canaliculés (Osiander et Meckel); les nerfs olfactifs très-petits (Friend); les nerfs optiques très-grands (Harlell) , privés de pulpe médullaire (Home); les vaisseaux sanguins, excepté ceux de la pie mère , contenant peu de sang, et plutôt de la sérosité (Wrisberg); les carotides et les vertébrales plus minces, plus faibles que de coutume (Bultner); des artères doubles pour une seule veine (Friend), et les vaisseaux lymphatiques distendus (Wrisberg) » (ouvr. cité, p. 534).
Parmi les altérations que nous venons de citer d'après J. Frank, il en est quelques-unes qui doivent nous arrêter un instant. Celles que l'on observe le plus ordinairement portent sur la contexture du cerveau , et consistent dans l'effacement des circonvolutions et des substances blanche et grise. Leur densité augmente ou diminue, mais reste rarement normale. Sur une malade observée par Klein, la moitié gauche du cerveau était réduite en une membraue mince et assez résistante, laquelle était formée par deux tiers de substance grise et un tiers de substance blanche.
M. Breschet a observé , avec M. Baron , des sujets chez lesquels le cerveau et les pédoncules cérébraux n'existaient pas, et étaient remplacés par une sérosité abondante; le cervelet, la protubérance annulaire*, le bulbe et le cordon rachidien étaient dans l'état naturel (ouvr. cité, p. 522). Sur un autre, M. Breschet ne découvrit que des vestiges du cerveau (anencéphalie). Sur un troisième enfant, âgé de trois ans et demi , le cerveau était mal conformé ; tout l'hémisphère gauche était imparfaitement développé, et sa partie externe manquait en partie , et était remplacée par une membrane transparente qui s'opposait à l'écoulement d'un liquide séreux abondant, renfermé dans le ventricule latéral. Cette membrane était constituée par l'adossement de l'arachnoïde venlriculaire et de celle qui couvre la face externe du cerveau... ; le reste de cet hémisphère, et celui du côté gauche, la partie médiane du cerveau, la protubérance annulaire, les prolongements antérieurs , ainsi que les postérieurs , le bulbe et le cordon rachidien, avaient une disposition régulière. 11 n'y avait donc que les parties externes de l'hémisphère gauche, le corps strié et la couche du nerf optique du même côté, dont le développement était imparfait (ouvr. cité, p. 525).
Les autres dispositions que l'on a encore constatées sont les suivantes : A. absence de cerveau; hémisphères formés par des parois membraneuses sans substance cérébrale proprement dite ; B. cerveau n'ayant qu'une seule cavité, formée par la réunion des deux hémisphères (Bianchi , Carlisle). On a cru à tort , suivant M. Breschet, que le cerveau n'était con-
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Vinff- - dans ce ce cas que par un seul hémisphère. C. L.a simple distension des ventricules qui, poussée très-loin, déplisse le cerveau, et le réduit en une membrane mince et résistante. Cette altération n'est pas incompatible avec la vie, et même avec un certain degré d'intelligence.
Les altérations dont nous avons parlé en dernier lieu, sauf la dernière, sont des causes d'hydrocéphalie congénitale. Dans ces cas,l'épanchement coïncide avec un arrêt de développement du cerveau. On avait prétendu, et Gai! était du nombre de ceux qui soutenaient cette opinion , que le crâne ne peut pas se former quand il ne renferme pas de cerveau; or, c'est là une erreur qui a été détruite par les observations de MM. Delpech, Béclard et Breschet; elles prouvent que le crâne peut se développer , et même les trois membranes qui enveloppent le cerveau, sans que celui-ci se forme.
Les membranes du cerveau sont plus rarement altérées que les autres parties. Elles sont d'ordinaire fortement distendues; la pie-mère est amincie ; l'arachnoïde perd de sa transparence, et devient plus dense et plus épaisse; la dure-mère est quelquefois blanche et amincie; la grande faux cérébrale manque dans quelques cas.
Sérosité. — Monro pense que la sérosité se forme toujours dans les ventricules, et que , quand elle dépasse cinq livres, elle se fraye une route vers les autres parties. La quantité de liquide épanché est variable ; elle a été trouvée, dans un cas, égale à sept livres (Dixon ); à neuf livres deux onces et demie , dans un autre (Hurtell); à dix-huit et vingt livres (Aurivill et Buttner); à vingt-sept livres dans l'hydrocéphale du musée de Gruikshank dont parle J. Frank.
La composition du liquide renfermé dans le crâne est assez variable. Analysé par Marcet , il a fourni , sur (,000 parties : mucus avec trace d'albumine, 0,112; soude, 0,124; hydrochlorate de soude, 0,664; hydrochlorate et sulfate de potasse, quantité à peine appréciable ; phosphate de chaux , de magnésie et de fer, 0,02; eau, 99,08. Bostock a obtenu de l'eau d'une autre hydrocéphale , de l'albumine, une substance incoagulable, des sels, et particulièrement de l'hydrochlorate de soude et de l'eau. Berzelius et John y ont constaté de l'albumine , de l'osmazome avec lactate de soude , de la soude , de l'hydrochlorate de potasse et de soude; une matière salivaire avec une trace de phosphate de soude : Barruel y avait trouvé les mêmes substances.
D'autres vices de conformation accompagnent fré-
^quemment l'hydrocéphale : la division congénitale de la lèvre et du voile du palais , l'hydrorachis, l'absence de quelques viscères, du pénis , des organes génitaux , par exemple; le développement incomplet et une sorte d'atrophie de quelques autres , telles
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sont les altérations coïncidentes qui ?e sont présentées à un grand nombre d'observateurs.
Symptômes de l'hydrocéphale. — Nous avons déjà indiqué ceux qui caractérisent plus particulièrement la maladie en parlant de la configuration du crâne. On rencontre plus de difficultés dans le diagnostic de l'hydrocéphale chronique lorsqu'il y a diminution du volume de la tête. Voici ses symptômes tels qu'ils sont donnés par M. Breschet, qui a eu de nombreuses occasions d'observer cette forme d'hydrocéphale. «La plupart des enfants, dit -il, meurent en quittant le sein maternel , ou périssent dans les convulsions très-peu de temps après leur naissance; car le petit nombre qui échappe à la mort finit par succomber au bout de quelques semaines , de quelques mois, ou au plus d'une année ; ils sont absolument privés de facultés intellectuelles, et leurs sens sont oblitérés. La tête de ces petits sujets est constamment pointue vers son sommet, déprimée sur les parties latérales vers les régions auriculaires ; le front est aussi aplati , et la tête couverte de cheveux épais. Les yeux sont dans une rotation convulsive continuelle, insensibles à la lumière; la pupille est trèsdilatée,et,dans quelques cas, l'iris a paru adhérera la cornée. La figure , sans aucune expression, est l'image de la stupidité. La voracité des sujets est grande , et cependant la nutrition se fait mal ; la déglutition des liquides est difficile; ils perdent haleine et quelquefois font craindre la suffocation. Les excrétions alvines et urinaires sont involontaires; la voix n'est qu'un son faible et enroué ; les pieds sont croisés , collés l'un sur l'autre , les cuisses fléchies sur l'abdomen. Ces malheureux ne peuvent rester debout ou marcher. Les orteils sont fréquemment fléchis spasmodiquement sous la plante des pieds. J'en ai vu qui exécutaient continuellement un mouvement de flexion et d'extension de la tête , ou un mouvement de droite à gauche. Ces hydrocéphales à petite tête tombent dans une espèce de coma ou d'étourdissement lorsqu'on les secoue , lorsqu'ils font un mouvement fort et brusque de la tête. Alors la figure devient colorée, violette ; la respiration s'embarrasse ; les veines du cou et de la tête sont gonflées et distendues; le cœur et les artères n'ont que des battements lents et faibles; les extrémités sont froides. Ces malheureux enfants ne paraissent avoir qu'une vie végétative; ils ne donnent aucune étincelle de raison, et sont un des plus tristes tableaux des misères humaines » (loc. cit., p. 533).
Goclis et la plupart des auteurs affirment qu'il est impossible de soupçonner l'existence d'une hydrocéphale sur un enfant qui est encore dans le sein dosa mère. C'est à tort que Feiler a soutenu une opinion tout opposée. On peut tout au plus redouter celte affection lorsque la mère a eu déjà plusieurs enfants
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hydrocéphales, ou lorsque la grossesse est accompagnée des accidents qui se sont manifestés dans les précédentes grossesses terminées par la naissance d'un enfant atteint de cette maladie. On peut encore établir quelques présomptions si le père est vieux, s'il abuse des liqueurs fortes , et s'il est dans un état de faiblesse prononcé.
L'hydrocéphalie n'est pas toujours congénitale : nous avons dit qu'elle pouvait se développer un temps plus ou moins long après la naissance. Ceux qui naissent seulement avec la prédisposition à la maladie ont déjà dans la configuration du crâne quelque chose qui les distingue des autres enfants: leur tête est volumineuse, «les yeux sont saillants, les arcades sourcilières élevées, les caroncules lacrymales enfoncées , les veines du front et celles des tempes augmentées de diamètre ; leurs fontanelles restent longtemps ouvertes; l'intelligence, la parole, la marche se développent tardivement chez eux; leur colonne vertébrale s'incurve; ils sont dormeurs, Ien!s, aisément fatigués; même dans un âge plus avancé, ils ne marchent encore qu'avec peine, tombent facilement, et, pour élever la jambe , font décrire au membre un mouvement de circumduction» ( J. Frank, ouvr. cit., p. 532).
Quand l'hydrocéphale est congénitale, et qu'elle consiste dans cette forme de la maladie où la tête prend un accroissement anormal, la parturition est souvent impossible, et Ton est obligé de recourir au céphalotribe ou de vider le crâne; quelquefois l'accouchement a lieu parce que la tête n'a pas encore pris un grand volume; mais bientôt elle augmente avec rapidité, et l'on constate les signes caractéristiques de la maladie.
Au début de l'hydrocéphalie qui se développe après la naissance, les symptômes sont encore peu marqués, et procèdent surtout des fonctions du système nerveux plus ou moins troublées. Us sont bientôt suivis de l'amplialion du crâne, qui devient visible et ne laisse alors aucun doute sur le siège et la nature de la maladie; souvent aussi ce sont les seuls qui* l'on observe , comme dans les cas d'hydrocéphalie avec diminution de volume de la tête. Pour donner sur-le-champ un ensemble complet de tons les symptômes de la maladie , nous supposerons le r.is le plus ordinaire, celui où il y a accroissement de Ja tète.
On voit les parties supérieures des os frontal, occipital et des pariétaux, se porter en dehors et donner ;ui crâne une forme évasée el un volume qui contraste singulièrement avec la petitesse de la Face. Les
ratures ne peuvent se souder; elles s' écartent tellement qu'on peul sentir la fluctuation à travers les
téguments qui les rCCOUVI cul. Quelques auteurs parlent d'une douleur dans les globes oculaires , et de
l'état brillant des yeux lorsque le mal commence (Vogel, Monro , Frank , Michaelis). Les yeux sont humides et en grande partie recouverts par les paupières ; l'ouverture pupillaire , de grandeur normale d'abord, s'élargit à mesure que l'hydrocéphale augmente, et la vue se perd entièrement. Les globes oculaires , affectés de strabisme, sont ordinairement dirigés en haut; ils sont en outre animés d'une oscillation perpétuelle, et se meuvent d'une commissure palpébrale à l'autre, comme une espèce de balancier. J. Frank considère l'abolition de la vue comme un des symptômes les plus constants. Les autres sens sont également altérés ; ils semblent , dans la plupart des cas, jouir d'une grande activité , qui cesse entièrement à une époque plus avancée de la maladie. L'ouïe, très-fine d'abord, avertit les malades du moindre bruit qui se passe au dehors; elle s'affaiblit ensuite chaque jour, et s'oblitère enfin totalement. Quelques enfants sont distraits par les bruits divers que l'on détermine; d'autres, au contraire, poussent des cris et tombent dans les convulsions. Les symptômes que l'on observe du côté des autres sens ne méritent pas moins l'attention du médecin. L'odorat se perd, et les malades semblent ne plus ressentir l'impression des odeurs les plus fétides et les plus pénétrantes; parfois des chatouillements douloureux se font sentir sur la membrane de Schneider. Les mêmes symptômes ont été observés dans l'organe du goût. La figure est sans expression ou peint la stupidité. Les artères temporales et les carotides vibrent avec force, et Lentiiï dit avoir vu les veines du cou variqueuses.
Les facultés de l'intelligence diminuent graduellement. Frank soutient que ces facultés, ainsi que la mémoire , le jugement, la conscience et l'imagination persistent assez fréquemment, même lorsque tous les points du cerveau sont noyés dans la sérosité (loc. cit., p. 5 32); mais celte proposition est contraire à ce que l'on observe tous les jours, et l'on peut affirmer que si les fonctions cérébrales ne sont pas anéanties dès le commencement , elles sont déjà bien affaiblies et ne lardent pas à se perdre entièrement. Les malades alors tombent dans l'assoupissement. Le coma , la cécité, la Surdité et l'anéantissement des fonctions de l'intelligence et de la sensibilité s'élablissent ainsi après un temps plus ou moins long.
Wepfer pense aussi que l'accumulation d'une trèsgrande quantité de sérosité dans les ventricules ne produit ni abolition de sens, ni paralysie, ni convulsions, ni épilepsie, encore moins le coma ou l'apoplexie, et J. Frank appuie cette opinion en établissant la restriction suivante : pourvu que l'ossification du crâne ne soit pas encore achevée, car autrement quelques onces de sérosité suffisent pour anéantir le sentiment (loc, cil., p. 533).
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La parole est lente, difficile; la voix nasillarde ou rauque et sourde ressemble à un grognement; la paralysie de la langue finit enfin par s'opposer à l'artiticulation des mots. Les lèvres sont entr'ouvertes , et il s'en écoule continuellement une grande quantité de salive. Les dents frottent les unes sur les autres avec bruit, se carient, s'usent et tombent; les mâchoires sont animées d'un mouvement continuel, et il en résulte une sorte de mastication automatique. La déglutition est souvent gênée ou impossible.
Lorsqu'on imprime à la tête des mouvements un peu brusques, quand on appuie sur les sutures, il survient des vertiges, du coma et même des convulsions. Ces effets dépendent de la compression plus forte exercée alors sur la substance cérébrale par le liquide épanché. C'est sans doute aussi pour diminuer les effets de celte compression que certains malades cherchent à placer la tête plus bas que le reste du corps. Le décubitus offre quelque chose de spécial chez plusieurs d'entre eux, ils cachent leur visage dans l'oreiller qui les soutient. On les voit aussi fléchir le rachis, porter la tête en arrière, ou la mouvoir alternativement de droite à gauche. Ils étendent les bras sur le ventre et réunissent leurs mains entre les cuisses, qui sont elles mêmes fléchies sur le tronc.
La locomotion est déjà lésée dès le début de la,maladie. «Le diagnostic du commencement de l'hydrocéphale interne chronique, dit M. Breschet, n'a peutêtre pas de signes plus certains que la vacillation des muscles volontaires et l'impuissance de tenir le corps en équilibre. Lorsque l'affection fait des progrès et qu'elle marche vers la désorganisation de l'encéphale, la faculté de marcher ou de se tenir debout se perd, et les malades, placés sur leurs pieds, tombent bientôt lorsqu'ils sont privés de secours. Plus tard encore les mouvements volontaires sont impossibles, les membres pelviens sont paralysés et les pieds se gonflent vers la fin de la dernière période, peu de temps avant la mort.» Les convulsions sont assez rares , ce qui se conçoit facilement d'après la nature de la maladie. En effet, !a présence d'une grande quantité de sérosité doit diminuer et abolir les fonctions cérébrales , mais n'est pas capable de produire la convulsion , qui suppose un certain degré d'irritation des membranes et de la pulpe nerveuse. Cette irritation a lieu dans la méningite tuberculeuse; aussi les convulsions sont-elles le symptôme presque constant de cette maladie.
L'appétit est en général bien conservé et la digestion s'accomplit régulièrement. On a encore noté comme symptôme très-ordinaire de l'hydrocéphale congénitale le vomissement répété, les nausées fréquentes, la constipation habituelle, la rareté des urines. Les selles sont dures; l'urine est pâle et décolorée, excepté dans les derniers temps lorsque la maladie
s'accompagne d'état fébrile. Dans la dernière phase , les urines et la matière fécale sont rendues involontairement. Le ventre est volumineux chez quelques sujets et présente la configuration qu'il affecte dans le carreau. La respiration est ordinairement irrégulière, souvent fréquente et gênée; il arrive même dans quelques cas des accès de suffocation , pendant lesquels la face devient bleue et gonflée; il y a menace d'asphyxie, et l'on a vu même des sujets succomber dans cet état. Le pouls est irrégulier , intermittent , faible, quelquefois petit mais dur. La nutrition se fait mal quoique les malades mangent souvent avec avidité une grande quantité d'aliments. Les membres inférieurs sont moins développés que les supérieurs; on les a trouvés difformes. Camper parle d'un enfant hydrocéphale dont la taille était trèsélevée. Chez une fille de quatre ans, le système pileux s'était développé aux parties génitales.
Marche et terminaison. — L'hydrocéphale , soit congénitale soit acquise, entraîne presque toujours la mort des sujets; ils succombent le plus ordinairement dans le sein maternel , au moment de l'accouchement ou peu de temps après la naissance. Toutefois les auteurs ont rapporté des exemples d'hydrocéphale qui n'ont amené que très-lard la mort des malades. L'un mourut à dix-sept ans (Malacarne), un second à vingt-deux (Loder), d'autres à vingt-quatre (Frank), à trente (Michaelis), à Irenle-un (Buttner), à trente-cinq (Braun), à quarante-trois (Schneider), à quarante-cinq (Aurivill) , à quarante-huit (Schombert), à cinquante-quatre ans (Gall) (voy. Frank, à qui ces citations sont empruntées, loc. cit., p. 539). Goëlis parle de deux hommes qui moururent, l'un à soixante-dix-neuf ans, l'autre à soixante-onze ans.
La maladie, avant d'arriver à une terminaison funeste, parcourt différentes phases. Quand le liquide ne s'épanche pas avec rapidité et que les os du crâne ne sont pas soudés et se prêtent à l'ampliation du cerveau, les symptômes ne se développent que lentement; les paralysies du mouvement et du sentiment ne surviennent que d'une manière graduelle, de telle sorte que les sens elles mouvements, d'abord affaiblis, ne s'abolissent parfois que peu de temps avant la mort.
La terminaison par le retour à la santé est trèsrare et laisse dans les fonctions cérébrales des troubles qui persistent longtemps , même pendant la vie entière. On peut admettre , d'après quelques faits rares , que la guérison est possible lorsque la quantité d'eau épanchée est très-minime, lorsqu'il n'exisle dans le cerveau aucune lésion grave, et enfin quand la constitution du sujet et les viscères ne présentent aucune espèce de désordre. J. Frank dit que l'éruption des scrofules a fait disparaître quelquefois une hydrocéphale chronique (Joe. cit.7 p. 539). 11 faut regarder
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ces cas heureux connue excessivement rares. Lorsque le diagnostic a été bien établi et que l'hydrocéphale se montre avec ses signes caractéristiques, il n'est pas permis d'en espérer la guérison. On a dit, il est vrai, qu'elle pouvait disparaître à la suite de mouvements critiques salutaires, après une diarrhée ou des sueurs abondantes, mais les faits de ce genre demandent à être observés de nouveau avant d'être acceptés. Tous les auteurs anciens et modernes s'accordent à considérer l'hydrocéphale comme une de ces maladies qui sont au-dessus des ressources de l'art. La mort a lieu , le plus ordinairement , par l'effet de l'augmentation et de l'épanchement; la somnolence, le coma, la paralysie complète des membres qui paraît aussi gagner le diaphragme et les muscles inspirateurs , amènent la terminaison fatale.
Nous avons signalé les complications de l'hydrocéphale en traitant de l'anatomie pathologique; nous rappellerons seulement qu'elles consistent presque toujours en des vices de conformation de la face ou des viscères splanchuiques.
Diagnostic. — Les auteurs qui ont écrit sur l'hydrocéphale chronique idiopathique ont eu tort de ne pis insister sur les moyens à l'aide desquels on peut distinguer cette maladie d'avec les hydropisies ventriculaires liées à une lésion du cerveau ou de ses enveloppes. Cependant ce point de diagnostic est assez difficile pour qu'on s'y arrête. Citons de suite un exemple propre à faire ressortir cette vérité. Un enfant de neuf ans est pris de la plupart des symptômes de l'hydrocéphale : la tête augmente du volume, les sens et les mouvements sont frappés de paralysie, et par intervalles, le siège de convulsions, etc. Il succombe après seize mois de maladie. On trouve une hydropisie ventriculaire énorme, les circonvolutions cérébrales aplaties, les deux substances amincies, les os du crâne secs et cassants, et ayant l'épaisseur d'une feuille de papier ; mais, outre ces lésions propres à l'encéphale , on constate un ramollissement de presque tout le lobe droit du cervelet, quatre ou cinq petites tumeurs dans ce lobe, sur le renflement cervical, etc. (Obs. d'hydrocéphale chronique ; in Arehiy.gén. de mèd., p. 72; janvier 1842). Il est évident que l'on a dû observer pendant la vie du sujet deux ordres de symptômes : les uns propres à l'hydropisie ventriculaire, les autres à la lésion du cervelet et de la moelle; et c'est en effet ce qui a eu lieu. Les douleurs à la nuque, le tremblement des extrémité* supérieures, dont les mouvements et la sensibilité Furent conservés, tandis qu'ils furent abolis dans les inférieurs ,el la marche des autres symptômes, constituent autant de différences qui pourraient faire soupçonner , outre l'hydrocéphale en question, quelque maladie spéciale de la masse nerveuse et de .<e.< tuniques. Nous avons rapporté ce fait
pour montrer combien il importe de rechercher si l'hydrocéphale est simple , ou si elle ne consiste pas en une lésion de sécrétion de la séreuse, qui serait elle-même liée à une lésion matérielle. Nous répéterons encore que , dans ce dernier cas , outre les symptômes de l'hydropisie ventriculaire, on doit retrouver ceux qui appartiennent à d'autres lésions dont l'hydropisie ventriculaire est l'effet. Du reste, pour asseoir ie diagnostic d'une manière plus certaine , on se rappellera que l'hydropisie ventriculaire étant le plus souvent sous la dépendance d'une imperfection de développement du cerveau , ou de l'absence de quelques-unes de ses parties, elle doit être alors congénitale. Elle coïncide souvent aussi avec des vices de conformation de la lèvre, du voile du palais, et d'autres organes, ce qui n'a point lieu dans l'hydropisie développée longtemps après la naissance, et liée à une lésion acquise du cerveau et de ses membranes.
Il ne suffit pas d'avoir reconnu l'existence de l'hydrocéphale, il faut encore en déterminer nettement le siège. Le liquide séreux peut être renfermé dans les ventricules ou dans la cavité arachnoïdienne. Quand l'hydrocéphale est congénitale, on peut établir presqu'à coup sûr que le liquide occupe les ventricules; quand elle s'est développée peu de temps après la naissance , on a de fortes présomptions pour admettre encore ce siège. On est plus embarrassé lorsque l'hydropisie se montre à une époque plus avancée de la vie. La saillie de la poche à travers les os du crâne, et la fluctuation sont insuffisantes pour décider la question; car souvent la sérosité est contenue dans les ventricules, quoiqu'on la sente à travers des membranes minces, que l'on serait tenté de prendre pour la dure-mère seulement. «L'hydrocéphale interne, dit M. Breschet, appartiendrait toujours à un vice de conformation originelle , et l'hydrocéphalie chronique arachnoïdienne extérieure, c'est-à-dire, celle dans laquelle la sérosité est renfermée dans la membrane séreuse qui va de la dure-mère sur les circonvolutions de l'encéphale, serait un des phénomènes de l'arachnite chronique , et dépendrait de cette inflammation» (art. cité, p. 540). Cette proposition établie par M. Breschet est vraie dans la plupart des cas; cependant nous avons cité une observation , et nous aurions pu en citer d'autres , qui prouve que la lésion de la substance nerveuse , et même des enveloppes encéphaliques , ce qui est plus digne encore de remarque, pouvait agir sympathiquement sur la séreuse ventriculaire, forcer celle-ci à une sécrétion anormale, dont le produit s'épanche dans les ventricules. Il y avait, dans le cas dont nous avons parlé , trois quarts de litre de sérosité dans les ventricules, pas une goutte dans la grande cavité cérébrale, et toutes les membranes étaient saines. «L'arachnoïde, disent les auteurs, est lisse, polie, ne
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présente pas de granulations de Pacchioni , et ne contient aucun liquide. La pie-mère, non injectée, très-mince , et appliquée sur les circonvolutions, s'en détache cependant avec facilité » (loc. cit., p. 76).
Nous croyons inutile de chercher à différencier de Thydrocéphale l'œdème du cuir chevelu que Ton a nommé fort improprement hydrocéphale externe ou sous -cutanée. J. Frank dit qu'une tête affectée d'hydrocéphale congénitale ou chronique se dislingue aisément d'une tête de géant, en ce que la proportion qui existe entre la face et le crâne est détruite au profit de ce dernier, qui acquiert un énorme développement.
L'hydrocéphale peut simuler l'hypertrophie du cerveau. Dance et M. Dubuc en ont établi avec quelque soin les caractères distinctifs : une douleur vive au front , la dilatation des pupilles , des accès épileptiformes, l'intégrité de l'intelligence, sont des symptômes propres à l'hypertrophie (voy., pour plus de détails , l'article Cerveau (hypertrophie du) t. n, p. 175).
Étiologie. — Les causes de l'hydrocéphale congénitale et de la plupart de celles qui se développent peu de temps après la naissance, consistent en un défaut d'organisation de l'encéphale. En faisant l'étude des altérations cadavériques , nous avons indiqué celles qui sont les plus communes : tantôt ce sont de simples imperfections dans le développement du cerveau, tantôt quelques-unes de ses parties manquent entièrement. Lorsque ces vices d'organisation existent, des liquides s'épanchent dans les cavités ventriculaires. On ignore la cause de cette hydropisie , qui peut se développer dès le deuxième mois de la grossesse. On a fait bien des hypothèses à ce sujet. J. Frank les a presque toutes indiquées dans les lignes suivantes : «Peut-être est-il permis d'attribuer cette lésion , soit à un excès de cet acte inflammatoire lui-même , auquel la vie humaine paraît deroir son origine, soit à l'inflammation de l'encéphale de l'embryon, produite par des excès vénériens durant la grossesse, par des violences extérieures dont Jesfœlus renfermés dans l'utérus ne sont nullement exempts, ou par des émotions; soit à un vice du nisus formativus,à l'état scrofuleux ou rachitique des parents, ou enfin à d'autres causes encore plus cachées. » On a encore placé au nombre des causes de l'hydrocéphale , les maladies de la mère, l'âge avancé du père , certaines dispositions individuelles , l'ivrognerie, l'entortillement du cordon ombilical autour du cou de l'enfant, la constriction des vêtements portés par la mère pendant sa grossesse. On a prétendu que l'usage d'un corset trop serré, à l'aide duquel les femmes cherchent à dissimuler leur grossesse, pouvait produire l'hydrocéphale. On a cité à l'appui ce fait , savoir : que les filles-mères donnent
plus fréquemment naissance que les femmes mariées à des enfants atteints d'hydrocéphale ou d'autre vice de conformation. 11 faut , en outre, tenir compte des impressions morales pénibles qui accablent les femmes qui se trouvent dans cette triste situation.
Nous ne ferons qu'énumérer les autres causes, parce qu'elles nous semblent n'avoir qu'une bien faible part dans la détermination de la maladie : ces causes , qui proviennent du sujet lui-même , ne peuvent agir que dans la production de lhydrocéphale acquise ; ce sont : le travail de la dentition , les scrofules, les affections intestinales, la présence de vers dans le tube digestif, les maladies du cuir chevelu, une mauvaise alimentation, l'usage des excitants, des spiritueux. Les causes qui portent leur action directe ou éloignée sur le crâne peuvent concourir plus certainement à la maladie; tels sont : l'ébranlement du cerveau par des chutes , des coups , des secousses ; le bercement immodéré sur un plancher inégal ou sur les bras , par lequel on étourdit les enfants, et on les jette dans un état soporeux; enfin tous les excitants des organes digestifs peuvent produire, par un effet sympathique, l'hydrocéphalie » (Breschet, art. cité, p. 542). On a dit aussi que la compression exercée sur la tête par le forceps ou par les autres manœuvres nécessaires pour mettre fin à un accouchement laborieux, n'était pas sans influence sur le développement de l'hydrocéphalie ; il en est de même de certaines pièces d'habillement que l'on serre avec trop de force autour du crâne des jeunes sujets. Disons, en terminant, que toutes ces causes peuvent bien ne pas être sans influence sur la maladie ; mais celle qui peut, à elle seule, la provoquer, nous échappe entièrement. Pourquoi celte femme , dont parle Goëlis, eut-elle six grossesses qui amenèrent toutes, au sixième mois, un enfant mort et hydrocéphale? Trois autres grossesses se terminèrent par l'accouchement de trois enfants nés à terme, mais hydrocéphales. Pierre et Joseph Frank rapportent des exemples semblables. 11 est impossible de pénétrer les ténèbres qui couvrent l'étiologie de l'hydrocéphale.
Traitement.— Nous avons dit, avec les auteurs le* plus recommandables,que l'hydropisie cérébrale était au-dessus des ressources de l'art. Cependant une foule de remèdes ont été dirigés contre elle. J.Frank veut, pour prévenir la maladie, qu'on augmente la quantité de l'urine; qu'on tienne le ventre libre; qu'on cherche à obtenir la résorption du liquide; qu'on excite la transpiration et l'éternument; qu'on soutienne les forces par un régime convenable; que l'on combatte le vice scrofuleux et rachitique; qu'on prévienne l'afflux du sang vers la tête; qu'on préserve le crâne des violences extérieures. Nous ne saurions, sans doute, blâmer le soin avec lequel le méde-
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cin allemand a posé toutes ces indications; seulement nous devons avertir le praticien qu'il ne doit pas fonder sur ce traitement de grandes espérances. Les prescriptions hygiéniques ne doivent pas être négligées; elles sont utiles, surtout pour prévenir la maladie chez des enfants nés d'une mère qui a déjà mis au monde d'autres enfants atteints d'hydrocéphale ou de quelque autre maladie du cerveau. Les règles que nous pourrions tracer s'appliquant plus spécialement à l'hydrocéphale aiguë , nous en traiterons dans un autre lieu (voy. Méxixgite).
On a proposé la ponction du crâne pour donner issue au liquide cérébral. Hippocrate, Aetius et Celse ont recommandé celte opération. Elle a été pratiquée sans succès par Lecal, par Remmet, par Monro. lis se sont servis d'une lancette ou d'un trocart. Au rapport de J. Frank, Tulpius, Fabrice de Hilden, Wepfer, de La Motte, Petit, Ferdinand, Fabricius et Panarolius, ont fait cette opération , et la mort en a été constamment le résultat Elle a été rejetée par Boyer, Delpech , et plus anciennement par Heister, Morgagni et Camper. Dupuylren l'a pratiquée trois fois et sans succès. M. Breschet l'a faite plusieurs fois à l'hospice des Enfants-Trouvés , et constamment avec des résultats défavorables. Nous devons d'abord faire remarquer qu'il n'est pas toujours facile de préciser le diagnostic, et de dire si le liquide est épanché dans les ventricules ou dans la grande cavité cérébrale; qu'il ejst impossible que la guérison puisse avoir lieu lorsque Thydropisie ventriculaire est liée à un arrêt de développement et à un vice de conformation du cerveau. Dans ces cas, en effet, l'épanchement se reproduit, et d'ailleurs la vie ne pourrait se soutenir que très-imparfaitement , puisqu'il manque souvent au cerveau des parties nécessaires à l'intégrité des fonctions. Il est donc beaucoup plus sage de ne pas tenter une opération tout au moins inutile; et d'ailleurs, il est d'observation qu'elle abrège de beaucoup la vie des sujets. Il vaut mieux compter jusqu'aux derniers moments sur les ressources imprévues que peut développer la nature.
La compression a aussi été conseillée dans le but de favoriser la résorption du liquide et de s'opposer à ce qu'il s'en épanche de nouvelles quantités. Rivière prétend avoir guéri un nouveau- né de l'hydrocéphale dont il était atteint, en comprimant la tête à l'aide d'un b-m lage ( Obscrvalioncs communie, obs. vi ). Van Swietcn conseille de faire porter un bonnet en cuir, afin de raffermir la tête. 11 est inutile de dire que ce traitement serait dangereux et même mortel , si l'on cherchait à l'appliquer avec quelque rigueur aux sujets affectés d'hydrocéphale. On sait que l'on détermine des accidents graves lorsque l'on vient à comprimer pendant quelques minutes le cerveau des malades. L'application de pom-
made, d'emplâtre, de sachets renfermant de la chaux vive et des sels, les solutions alcalines de chaux , les fomentations avec des huiles balsamiques , avec la myrrhe, l'huile rosat, avec le vinaigre scillilique , l'essence de térébenthine, le vin aromatique , ont été préconisés comme autant de remèdes fort avantageux. Ce que Ton peut seulement dire à leur avantage, c'est qu'ils ne sont pas nuisibles.
Quelques auteurs ont recommandé l'emploi des vésicatoires, des cautères établis avec le feu, des incisions faites sur le cuir chevelu, en un mot, de tout ce qui est capable de déterminer une révulsion forte et soutenue sur le cerveau. On a aussi employé dans le même but les irritants portés sur les extrémités inférieures , les bains de vapeur, les bains alcalins. Goëlis est un de ceux qui ont eu le plus souvent recours à ce genre de traitement. En même temps qu'il donne le calomélas à l'intérieur, et fait frictionner la tête avec l'onguent napolitain et les bains de genièvre, il prescrit de raser les cheveux , et d'appliquer un bonnet de laine qui , par l'excitation continuelle qu'il provoque sur le cuir chevelu , exerce une révulsion salutaire. Les bains alcalins, l'application de cautères dont on entretient activement la suppuration, l'usage du quinquina et des toniques fixes complètent le traitement proposé parXjoëlis. Il mérite la préférence sur tous les autres, parce qu'il compte quelques succès et qu'il est d'ailleurs conforme , en tous points , aux indications que nous trace une saine thérapeutique. Il échoue , comme du reste tous les autres , contre l'hydrocéphale congénitale liée à un vice de développement du cerveau.
On a combattu cette maladie par des applications de sangsues à la base du crâne et au cou ; elles ne peuvent qu'êtres nuisibles dans la majorité des cas et surtout lorsque les sujets sont affaiblis, rachiliques et scrofuleux. Les toniques paraissent bien mieux indiqués. Si l'on observait des signes de congestion, il faudrait sans retard enlever une certaine quantité de sang par les sangsues.
Les médicaments qui ont été le plus vantés sont les préparations mercuriclles. Outre les frictions avec l'onguent napolitain dont nous avons déjà parlé, on a souvent administré le calomélas à haute dose, et plusieurs médecins disent avoir rciurqué, à la suite de son administration, une diminution notable de quantité du liquide épanché. La digitale, la teinture de cantharides, le sulfure de potasse, les diurétiques sont les remèdes qui ont joui, après le calomélas, de la plus grande vogue. Dirons-nous, pour termiuer , que les poudres slcrnulatoircs, les sialagogues, les sudorifiques, les narcotiques, les amers, les drastiques , ont encore été mis en usage? On a essayé tout l'arsenal de la pharmacie contre une maladie qui est presque constamment incurable.
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Nature et classification dans les cadres nosologiqucs. — L'hydrocéphale n'est pas une maladie qui puisse avoir une seule place dans le cadre nosologique. En effet, tantôt elle se rattache à un vice de conformation de l'encéphale et rentre dans la classe des monstruosités; tantôt elle consiste en un simple vice de sécrétion de la membrane séreuse ventriculaire , sécrétion qui est augmentée d'une manière tout anormale; elle doit alors être classée parmi les flux idiopathiques. Souvent ce flux n'est qu'un effet de la lésion accidentelle du cerveau , des méninges ou du développement d'un produit de nouvelle foimation. Dans ce derniers cas , l'hydrocéphale n'est plus qu'une lésion consécutive dont la place est marquée dans l'étuJe des diverses maladies du cerveau et de ses enveloppes.
Bibliographie. — Cette hydrocéphale , dit J. Frank, a été signalée par Gelse {de Medicina , lib. iv, cap. 2), Aelius (lib. iv, cap. 1), Stalpart Van der Wiel [Observât, rariores, t. n, p. 123-127), Tulpius [Observ. medic, lib. i), Riedlin {Ephcmer. nat. curios., cent, i, c. 2, obs. 29) , Ruysch {Disquisitio physica duorum puerorum, etc., 1 674), Pison, Tylkouski , Littre, Wepfer, Ritschel , Betbeder , Aurivill {de Hydrocephalo interno; in Sandifort, T/iesaur.j t. u), Pohl (Programma de effusis in cerebro aquis (ouv. cit., p. 53). Nous passons sous silence une foule d'autres monographies indiquées par J. Frank, pour ne nous arrêter qu'aux ouvrages dans lesquels l'hydrocéphale a été envisagée spécialement sous un point de vue médical. Nous citerons d'abord le traité de J. Frank, où l'on trouvera une bibliographie très-étendue {Encyclop. des scierie, mèd., t. ii, p. 531 et suiv.); le travail de Goélis, qui a été mis à contribution par tous les auteurs qui ont écrit sur le même sujet {Praktische Abhandlungen tiber die vorzùgiichcn Kranhheiten des hindlichen Alters , von 1818), Meckel {Handbuch der pathologischen Analomie, 1812), Breschet {Observations sur l'hydrocéphalie; in Journal de physiologie de Magendie), et l'art. Hydrocéplule du Dictionnaire de médecine, 2e édit., un des plus complets que Ton puisse consulter et qui résume les meilleurs travaux publiés eu Allemagne , et spécialement ceux de Goëlis, de Klein, de Buttner, de Feiler, etc.
HYDROPÉRICARDE, s. m., de u£w? , eau, et ro TTjpi/.a^iov, le péricarde.
Dénominations françaises et étrangères. — Hydropisic du péricarde , hydrppéricarde^ Fr. — H y drops pericardii. Lat. — Idropc di pericardio. ltal. — Hidropesia de pericardio. Esp. — Dropsy oflhe pericardium, hydropericardium. Angl. — Ilcrzbcut clivas sersucht. Ail.
Synonymie suivant les auteurs. — Hydroperi-
cardium , Pinel; hy drops pericardii , Crichton, Young ; hydrocardia, Hildanus ; hydrothorax pericardii , Sauvages; hy drops thoracis, Swediaur; hydropericardion, Ploucquel; hydropéricarde , Corvisart , Laennec , Bouillaud ; hydropéricardie, Piorry ; hydropericardia , hydrothorax , urina cordis, aut. div.
Définition, division et disposition de cet article.— Laennec n'applique la dénomination à' hydropéricarde qu'à Yhydropisic idiopathique, essentielle du péricarde { Traité de l'auscultation médiate, 3e édit., t. m, p. 370). Cette définition est trop restreinte : elle n'est pas en rapport avec la signification étymologique du mot , et elle rendrait nécessaire la création d'une dénomination nouvelle pour désigner la présence , dans le péricarde , d'une quantité plus ou moins considérable de sérosité, considérée abstraction faite des causes qui l'ont produite. Nous appellerons hydropéricarde tout épanchement morbide, et assez abondant de sérosité, formé pendant la vie, et primitivement, dans le péricarde, quelle que soit sa cause. Nous disons : morbide, assez abondant et formé pendant la vie , parce que le nom d'hydropéricarde devant désigner une maladie , il faut distinguer de celle-ci les collections séreuses qui peuvent se former dans le péricarde à l'état normal, pendant l'agonie ou après la mort. Nous disons : formé primitivement dans le péricarde , parce que nous ne voulons point comprendre dans cet article les cas dans lesquels la sérosité, épanchée d'abord dans la poitrine ou l'abdomen {hydrothorax , ascile, kyste hy datif ère du foie, etc.), pénètre de dehors en dedans dans le péricarde , à travers une solution de continuité de ses parois.
M. Bouillaud divise l'hydropéricarde en actif et en passif {Traité clinique des maladies du cœur, t. u, p. 334 et 475; Paris, 1 835); mais cette division, reproduite dans les articles de dictionnaires, ne comprend point tous les cas dans lesquels de la sérosité peut s'épancher dans !e péricarde : elle soulève, d'ailleurs , de nombreuses objections (voy. le Compendium , art. Hydropisie), et ne saurait être admise aujourd'hui. Les auteurs qui l'ont adoptée avouent euxmêmes qu'elle est arbitraire, et ne repose point sur des bases fixes. «L'hydropéricarde actif et le passif, dit M. Reynaud ( Die t. de méd., 2e édit., t. xv , p. 577 ) , ont une foule de caractères communs qui permettent de les comprendre dans la même hUtoire.» A ce compte , la division est inutile. M. Bouillaud déclare , d'un autre côté, que, dans l'état actuel de la science, on serait fort embarrassé de ciîer un seul cas d'hydropéricarde actif, non précédé d'une péricardite {loc. cit., p. 333).
D'autres auteurs ont divisé Thydropéricardc en idiopathique, en symplomaliquc et en métasla*
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tique. Nous nous sommes expliqués sur cette division qui a e'té appliquée aux hydropisies considérées en général.
Dans cet article, nous considérerons l'hydropéricardesous deux points de vue: nous l'étudierons principalement en lui-même, abstraction faite de ses causes, comme symptôme, en un mot, du point de vue séméiologique; nous indiquerons ensuite les modifications qui se présentent dans l'anatomie pathologique et lasymptomatologie suivant que la présence du liquide est ou n'est pas liée à une inflammation du péricarde ; enfin, en parlant des causes de l'hydropéricarde, nous reproduirons, autant que le comportera le sujet, la division que nous avons appliquée aux hydropisies considérées en général (voy. l'art. Hydropisie ).
altérations anatomiques. — 1° Altérations indépendantes des causes qui ont produit Vhydropèricardc. — La présence , dans le péricarde , d'une certaine quantité de sérosité, constitue le caractère anatomique essentiel de l'hydropéricarde. Mais ici se présente une question importante. La dénomination à.' hydropéricarde doit désigner une maladie : il faut donc déterminer avant toutes choses si de la sérosité ne peut pas exister dans le péricarde en l'absence de tout état morbide.
Vésale, Lower,Haller, Littre, assurent que le péricarde contient toujours, à Yétat normal, une certaine quantité de sérosité : on peut s'en convaincre , disentils , sur les cadavres des criminels décapités, et sur ceux des animaux que Ton frappe d'une mort instantanée. Hoffmann, Sénac, soutiennent l'opinion contraire. On admet généralement aujourd'hui que la face libre du péricarde est lubrifiée par une sérosité qui en entretient le poli, et qui amortit les frottements produits par les mouvements du cœur; mais les auteurs ne s'expliquent point sur la quantité à laquelle peut s'élever cette sérosité normale. Faut -il admettre, avec Haller , qu'elle puisse atteindre cinq drachmes?
D'un autre côté , de la sérosité s'épanche souvent dans le péricarde pendant l'agonie, ou même après la mort; et il faut distinguer cet épanchemenl d# celui qui constitue l'hydropéricarde , c'est-à-dire de celui qui est le résultat d'un état morbide ayant existé pendant la vie. Or, cette distinction n'est point toujours facile ; et, dans l'état actuel de la science, elle ne peut être basée que sur la quantité du liquide épanché. «En l'absence de données positives à cet égard, dit M. Reynaud (art. cit.), il devient raisonnable, lorsque- surtout aucun signe propre à l'hydropéricarde n'a été aperçu pendant la vie , de prendre un moyen proportionnel entre les diverses quantités de liquide que de nombreuses autopsies cadavériques ont fait reconnaître, et de ne regarder comme patho-
logiques que les cas dans lesquels la quantité de sérosité épanchée dépasse notablement celle que le calcul, quelque arbitraire qu'il puisse paraître , a fait reconnaître comme appartenant à l'état cadavérique purement et simplement... Sans avoir été formulée de la même manière, la question relative à l'hydrolhorax , à l'hydrocéphale, à l'ascite , ne repose que sur la même base : il faut, pour que ces états pathologiques soient admis, que la quantité de liquide épanchée, soit dans les plèvres, soitdansle péritoine, soit dans l'arachnoïde, dépasse plus ou moins la quantité moyenne de liquide aqueux que l'on y rencontre dans presque l'universalité des sujets , quel qu'ait été leur genre de mort. »
Corvisart considérait l'épanchement comme un hydropéricarde lorsqu'il dépassait six ou sept onces (Essai sur les maladies organiques du cœur, p. 39; Paris, 1806). M. Bouillaud pense qu'il suffit d'une moindre quantité de liquide pour constituer un hydropéricarde , attendu que la sérosité qui peut s'épancher par le seul effet d'une longue agonie ne dépasse point ordinairement une à deux onces. M. Reynaud croit qu'au delà de quatre à cinq onces l'épanchement cesse d'être cadavérique.
Au-dessus de ce minimum, l'hydropéricarde présente des différences de quantité nombreuses : la présence de huit onces de sérosité ne constitue qu'un épanchement peu considérable ; presque toujours celui -ci s'élève au-dessus de cette quantité , et souvent on trouve une , deux , trois ou quatre livres de liquide. Corvisart a vu le péricarde contenir huit livres de sérosité. M. Bouillaud n'a jamais rencontré d'épanchement aussi abondant, et Corvisart pense que cet exemple offre le maximum de quantité de l'hydropéricarde : «Rarement, dit-il, on observera des épanchements plus considérables; car, d'une part, l'extensibilité du péricarde est naturellement très-bornée ; et , de l'autre, quand la distension est considérable, la compression du poumon et des bronches , du cœur et des gros vaisseaux , permet rarement au malade de pousser plus loin sa pénible carrière» {loc. cit.).
M. Bouillaud n'ose affirmer qu'un simple épanchement de sérosité dans le péricarde puisse amener à la longue un état d'atrophie du cœur : ce résultat semble cependant être nécessaire. Le même auteur a constaté ordinairement une dilatation des veines du cœur.
Lorsque l'épanchement est très-considérable, la tumeur qui en résulte agit mécaniquement sur les organes voisins , et leur fait subir des déplacements plus ou moins marqués : les lames du médiaslin antérieur sont écartées, le poumon gauche est repoussé en haut et en arrière , le diaphragme est abaissé ; l'estomac , la rate , le foie , sont également plus ou moins abaissés. Dans un cas d'hydropériearde considérable observé par M. Cas. Broussais, le bord infé-
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rieur du foie dépassait de deux pouces le rebord cartilagineux des fausses côtes droites.
2° Altérations anatomiques variables suivant la cause qui a produit l'hydro péricarde. — a. Hydropéricarde suite de péricardite. — Lorsque l'épanchement se fait rapidement, et que le malade succombe au bout de peu de temps , la sérosité peut être limpide, incolore; mais le plus ordinairement il n1en est pas ainsi, elle est jaunâtre, verdâtre, trouble, séro-purulente ; elle contient des flocons albumineux , des franges membraniformes; les deux feuillets séreux du péricarde sont recouverts de fausses membranes dont les caractères varient aux diverses époques de leur formation. Une quantité de sang plus ou moins considérable peut être mélangée à la sérosité, qui est alors rougeâtre,ou même noirâtre (voy. Péricardite ). — b. Hydropéricarde sans péricardite.— Ici le liquide est toujours limpide , incolore , ou offrant la teinte jaune que l'on remarque dans les dissolutions d'or ( Bouillaud ). Le péricarde est distendu proportionnellement à la quantité du liquide épanché , mais il ne présente aucune altération , si ce "n'est quelquefois un léger épaississement. Souvent il est plus blanc que dans l'état normal , et comme macéré. Cette blancheur est plus prononcée sur le feuillet viscéral.
Symptomatologie. — 1° Symptômes de V 'hydropéricarde considérés abstraction faite de ses causes. — La symptomatologie de l'hydropéricarde, qui , quant aux signes physiques , est toujours essentiellement la même, quelle que soit l'espèce de l'hydropéricarde (Bouillaud), n'a été constituée que dans ces dernières années. Gorvisart , Laennec lui-même , n'avaient pu l'établir sur des bases solides (voy. Diagnostic).
Suivant Lancisi , le principal symptôme est la sensation d'un poids énorme dans la région précordiale. Reimann et Saxonia assurent que les malades sentent leur cœur nager dans un liquide. Suivant Morgagni ( epist. xvi, n° 44) et Corvisart , le pouls est petit , fréquent et irrégulier; suivant Sénac, il est dur et lent; suivant Kreysig, il n'est point modifié. Les lèvres sont gonflées , noires et livides ; la face , pâle ou violette, est bouffie, anxieuse ; les extrémités inférieures sont froides ; un œdème plus ou moins considérable se manifeste dans les extrémités et dans tout le corps (Testa); quelquefois l'infiltration séreuse est bornée à la face ( Testa ) , ou à la région précordiale ( Gorvisart , Laennec ). Il existe une dyspnée dont l'intensité est ordinairement en raison directe de l'abondance de l'épanchement; cette dyspnée augmente par la position horizontale et par les mouvements (Albertini, Kreysig). Les malades sont assis, penchés en avant , les pieds pendants hors du lit ; ils ont des syncopes fréquentes , des congestions
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vers la tête, annoncées par des étourdissements , des tintements d'oreilles , des pulsations violentes dans les carotides (Naumann, Handb. der med. Klinik , t. i, p. 245).
Certes, si la symptomatologie de l'hydropéricarde n'offrait à l'observateur que les phénomènes morbides que nous venons d'énumérer, on devrait encore dire, avec Laennec : «On peut les rencontrer réunis en plus ou moins grand nombre, avec ou sans hydropéricarde »( loc. cit., p. 272 ). Mais heureusement que la palpalion t la mensuration , la percussion et Y auscultation viennent fournir des signes qui , ainsi que nous le verrons, permettent aujourd'hui d'établir presque avec certitude le diagnostic de l'hydropéricarde. C'est dans les symptômes fournis par ces moyens d'exploration qu'il faut chercher les signes de l'épanchement, car les autres peuvent dépendre de toutes les altérations variées dont le cœur est le siège, et qui amènent l'hydropisie : rétrécissement, insuffisance des orifices déterminés par les nombreuses maladies qui affectent les valvules du cœur; abcès, atrophie, telles sont les diverses altérations qui produisent fréquemment l'hydropéricarde et un grand nombre de symptômes qui se mêlent à ceux fournis par l'épanchement. On a pris souvent les premiers pour les signes de l'épanchement , jusqu'à l'époque où furent connues les diverses méthodes d'exploration que possède le diagnostic moderne.
Palpalion. — «Sénac , dit Corvisart ,a vu dans les intervalles des troisième, quatrième et cinquième côtes les flotsr du liquide épanché dans le péricarde. Je ne peux pas dire avoir vu le même phénomène , mais j'ai pu me convaincre de son existence par le toucher : ma main, appliquée sur la région du cœur, sentait distinctement des ondulations »(loc.cit.,y. 42). L'expérience n'a point confirmé l'existence de ce signe. Gorvisart avait pensé lui-même qu'il était peut-être dû aux battements du cœur, et M. Bouillaud rapporte un exemple qui semble confirmer cette explication : «Nous avions cru, au premier abord , dit ce médecin , avoir constaté l'existence de la fluctuation, chez un de nos malades , dans la région précordiale; mais un examen plus attentif nous convainquit bientôt que le phénomène pris pour la fluctuation n'était autre chose que la contraction du cœur» (loc. cit., p. 336). Cette question nous semble demander de nouvelles observations : dans certains cas d'hydrothorax considérable , on sent manifestement la fluctuation dans les espaces intercostaux; pourquoi n'en serait-il pas de même dans l'hydropéricarde très-abondant? Sundelin prétend que lorsqu'on*appliqùe la main sur la région précordiale, on sent une espèce de vibration (fremor cordis) analogue à celle que fait éprouver une cloche en branle, ou la table de résonnance d'un instrument à cordes (Pathologie und Thérapie der
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Krankheiten mit mater. Grundl. , t. i, p. 323).
Corvisart a observé deux fois que les battemenis du cœur se faisaient sentir tantôt à droite, tantôt à gauche, ou plutôt dans différents points d'un cercle assez étendu. « Gomment concevoir , dit-il , que ces battements vagues puissent s'exécuter si le cœur est encore retenu, comme il Test naturellement, par le péricarde, poche immobile dont la cavité, proportionnée au volume de ce viscère , fixe l'étendue et la direction de ses mouvements? Si ces battements se prononcent dans divers points éloignés, il faut donc que le péricarde soit dilaté. Or , il ne peut l'être que par deux causes différentes : 1° par l'augmentation du volume du cœur même ; mais alors il y a nécessairement ampliation de part et d'autre , les rapports restent les mêmes et les battements peuvent augmenter de force , mais toujours ils doivent se faire sentir dans le même point de la poitrine, ou à peu près; 2° par l'accumulation d'un liquide quelconque dans sa cavité ; et c'est alors que le cœur, dont le volume ne s'est pas accru en proportion, nage librement dans ce liquide et va frapper des points d'autant plus éloignés les uns des autres , que i'épanchement et la dilatation sont plus considérables» (ouvr. cit., p. 44). La théorie de Corvisart, adoptée par M. Pigeaux, n'est point à l'abri de toute objection : le cœur est un organe trop pesant pour nager librement dans le liquide qui distend le péricarde, et sa direction reste, au contraire, probablement la même. L'observation n'a d'ailleurs point confirmé l'existence du signe annoncé par Corvisart, bien que M. Pigeaux paraisse l'avoir reconnue, et qu'il la regarde comme pathognomonique : «L'eetopie des bruits et des battements du cœur, dit-il, est importante à constater; car elle ne s'observe que dans le cas d'épanchement de liquide dans le péricarde » ( Traité prat. des niai, du cœur ; Paris, 1839, p. 174).
Voici le signe qui , de l'aveu de tous les médecins contemporains, est fourni par la palpation, dans l'hydropéricarde. Lorsque l'on applique la main sur la région précordiale et que l'épinchemeul est assez abondant , l'on sent moins distinctement que dans l'état sain les battements du cœur: l'impulsion est plus faible. Ce signe négatif est en raison directe de la quantité de liquide épanché. Lorsque l'hydropericardo esJ très-considérahle , comme dans le e;.sobsejrvé par M. C.is. jîrm :s. .lis. par exemple, les contractions «lu cœur ne produisent plus aucune impulsion sensible à la main*
Mensuration. — I)ans I<: cas d'épanchement trèsconsidérable, la iégio« précordiale présente une voussure plus ou moins marquée., qui, lorsqu'elle existe , est un des symptômes les plus précieux que l'on puisse constater. Corvisart avait déjà noté ce signe : «Dans quelques cas, dil-il , le côté gauche de
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la poitrine est plus élevé, plus arrondi , plus bombé que le droit. » Depuis , cette voussure a été observée par MM. Piorry , Louis, etc. ; dans un cas rapporté par ce dernier auteur, la région précordiale présentait une saillie très-marquée, bornée en arrière par une verticale abaissée du creux de l'aisselle, étendue iriférieurement jusqu'au rebord des côtes , et en haut jusqu'à trois pouces de la clavicule (Mém. sur lapéricardite j in Mém. ou Bech. anat.path. sur diverses maladies; Paris, 1826, p. 255). M. Woillez dit que «sur trente-deux faits de péricardite avec épanchement, observés par M. Louis dans l'espace de quatre ans , il n'a vu manquer la saillie précordiale que dans un seul cas. Je puis affirmer, ajoute le même auteur, avoir observé un certain nombre de ces faits pendant un an que j'ai passé à la Pitié, et que , dans tous, la saillie précordiale a existé avec les signes dislinctifs qui lui sont propres» [Recherches pratiques sur V inspection et la mensuration de la poitrine, p. 47, in-8° ; Paris, 1 838). Il faut prendre garde de confondre la voussure morbide avec la sailliesterno-mamelonaire gauche, qui peutêlre l'effet d'une conformation congénitale qu'il n'est point rare de rencontrer. 11 faut aussi la distinguer de celle qui est produite par l'hypertrophie du cœur M. Pigeaux a étudié avec soin ce symptôme important. Lorsque l'épanchement est très-considérable, il tend à écarter les espaces intercostaux , il leur donne une tension sensible pour une main exercée. Si le sujet est maigre, on voit de la manière la plus distincte les espaces intercostaux se combler progressivement, puis faire saillie à l'extérieur. Dans certains cas, les côtes ellesmêmes semblent céder à l'effort du liquide; elles se courbent au niveau de la région cardiaque. La voussure est plus manifeste au niveau des ventricules que dans la région des oreillettes; néanmoins elle s'y étend quelquefois : elle peut avoir trois pouces, et au delà , d'étendue transversale; verticalement, elle est moins considérable ; dans quelques cas , elle reste circonscrite à un ou deux espaces intercostaux, entre la quatrième et la sixième côtes (Pigeaux, ouvr. cit., p. 170).
Percussion. — C'est à la percussion que l'on doit le signe le plus certain de l'hydropéricarde (voyez Diagnostic). «Quand on pratique la percussion de la poitrine, dit Corvisart (ouvr. cité, p. 41), soit que le malade rc>tc à son séant, soit qu'il se place horizontalement dans son lit, le son que rend cette cavité est obscur, et même nul antérieurement ci à gauche, dans une étendue proportionnée à la dilatation que le liquide a fait éprouver au péricarde.» 11 est fort remarquable que Lacnnee, qui d'ailleurs se borne à rapporter les signes assignés par Corvisart à l'hydropéricarde, n'insiste nullement sur celui-ci, bien qu'il dise, à propos de la péricardite chronique : y La
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percussion seule peut , dans les cas où l'épanchement est considérable , donner quelques lumières.»
«Dans un épancheraent médiocre, dit M. Piorry (Traité de diagnostic et de séméiologie, 1. 1, p. 1 79- 180; Paris, 1837), la percussion pléssimétrique fait trouver de la matité plutôt de haut en bas que d'un côté à l'autre ; celte matité se déplace lors des changements de position du malade. » Suivant M. Pigeaux, aussitôt que l'épanchement se forme, on constate, le malade étant placé horizontalement, une matité sensible au niveau de la base du cœur, et surtout transversalement. Pour l'apprécier, il faut percuter avec force, et ne pas s'en laisser imposer par la sonoréité superficielle produite par la languette pulmonaire qui recouvre la base du péricarde, et qui n'a pas encore été refoulée.
A mesure que l'épanchement augmente, la matité s'étend de la base au sommet, et transversalement : dans ce dernier sens, elle peut atteindre quatre ou cinq pouces d'étendue , dépassant en dedans le bord du sternum, et en dehors , l'insertion des côtes sur leurs cartilages slernaux; elle en acquiert jusqu'à six et sept dans le sens vertical. Dans le cas rapporté par M. Cas. Broussais, un son mat très-prononcé existait à partir de deux pouces au-dessous du bord supérieur du sternum jusqu'à l'appendice xiphoïde , et même au-dessous, et transversalement, du sein droit au sein gauche. Dans quelques cas, elle peut même dépasser ces points , et se confondre , à droite , avec la matité du foie , à gauche avec celle de la rate. A mesure que la matité s'accroît , la sonoréité du voisinage des oreillettes , qui est due à la languette pulmonaire , diminue insensiblement; elle disparaît quand le liquide a atteint le sommet du cœur. Lorsque l'épanchement est très-considérable, le liquide n'est pour ainsi dire plus déplacé dans les différentes positions du malade : la matité occupe alors toujours les mêmes points, à très-peu de chose près.
Lorsque l'épanchement est peu abondant, on ne perçoit point de matité quand le sujet est en supination; mais s'il est assis, et légèrement incliné en avant, on la constate au niveau de la jointe du cœur.
Nous verrons plus loin les modifications que la marche de la maladie apporte dans les signes fournis par la percussion (voy. Terminaison).
auscultation. — Laeunee n'a point appliqué l'auscultation au diagnostic de l'hydropéricarde. M. Louis paraît être le premier auteur qui ait annoncé que lorsque l'épanchement est considérable , les battements du cœur sont sourds, lointains et souvent, douteux (mém. cité). Depuis, ce signe a été reconnu comme constant.
Lorsque l'épanchement n'est point très-considérable, l'oreille perçoit encore les bruits du cœur, mais elle les perçoit moins distinctement: ils parais-
sent être plus faibles, et ils tendent généralement à se mettre à l'unisson ; à mesure que l'épanchement augmente, ils deviennent de plus en plus sourds et faibles; ils paraissent être lointains; on sent qu'un corps étranger est interposé entre le cœur et l'oreille. Ordinairement le rhythme n'est point modifié ; cependant, lorsque l'hydropéricarde est très-abondant , les bruits deviennent tumultueux et irréguliers par suite du désordre qu'apporte, dans les contractions du cœur, la compression exercée sur cet organe par le liquide épanché. Dansles cas extrêmes, la perception des bruits cesse complètement. Chez le malade observé par M. Cas. Broussais, on n'entendait que des contractions ( bruits ) faibles et obscures du cœur, et d'autant plus obscures que l'on s'écartait davantage de la région correspondant à la base du cœur; de sorte qu'en ce point les deux contractions étaient distinctes, tandis qu'aux extrémités de la région occupée par le son mat, on n'entendait plus qu'une sorte de murmure assez analogue à celui que perçoit l'oreille lorsqu'on en approche un coquillage.
2° Symptômes de l'hydropéricarde en rapport avec les causes qui Vont produit. — 11 est extrêmement rare de rencontrer un hydropéricarde simple (voy. Étiologie) ; les symptômes de l'épanchement sont donc presque toujours accompagnés des symptômes qui appartiennent aux maladies primitives dont cet épanchement est l'effet, et auxquelles il est parfois intimement lié. Il est fort important de bien séparer les deux ordres de symptômes que nous avons établis; mais. comme nous serons obligés de revenir avec détails sur le dernierà propos des complications, du diagnostic et de X étiologie, nous ne ferons que l'indiquer ici.
Marche j durée. —La marche de l'hydropéricarde est déterminée par la cause qui produit l'épanchement. Une quantité considérable de liquide se forme quelquefois tout à coup , ou du moins en fort peu de temps (quelques heures) , dans l'hydropéricarde qui reconnaît pour cause l'inflammation aiguë du péricarde (hydropéricardite aiguë), dans celui qui se manifeste après la disparition d'une affection cutanée (hydropericarde métastatique. Voy. Etiologie)-, mais le plus ordinairement, dans ces mêmes circonstances , l'épanchement n'atteint son maximum de quantité qu'au bout d'un, deux ou trois septénaires (hydropéricarde aigu des auteurs). Lorsque l'hydropéiicarde se développe concomitamment avec d'autres hydropisies (hydro thorax , ascile , anasarque, etc.), sous l'influence de causes dont l'influence est plus générale (voy. Étiologie), sa marche est beaucoup {Jus lente ;l'épauchemet n'augmente que graduellement, et il s'écoule souvent plusieurs mois avant qu'il soit devenu considérable (hydropéricarde chronique des auteurs). Dans tous les
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cas , la marche de la maladie est continue et régulière.
La durée de la maladie , considérée indépendamment des complications, varie suivant la marche. Lorsque répanchement se forme brusquement, le cœur, opprimé tout à coup par la compression à laquelle il est soumis , cesse bientôt de se contracter, et la mort ne tarde pas à avoir lieu sous l'influence d'une véritable paralysie du cœur. Les choses se passent ici comme dans les cas où une blessure du cœur détermine tout à coup un épanchement de sang considérable dans le péricarde, et l'on peut appliquer à l'hydropéricarde ce que M. Jobert a dit en parlant des plaies du cœur [Réflexion sur les plaies pénétrantes du cœur; mJrch. génêr. de méd. , 3e sér., t. vi, p. 1 1). Lorsque, au contraire , l'épanchement, d'abord très-peu considérable, n'augmente que peu à peu , la durée peut être assez longue : le cœur s'accoutume, pour ainsi dire, graduellement à la compression qui est exercée sur lui ; il continue à se contracter régulièrement, et la mort n'arrive que lorsque la quantité de liquide est devenue énorme. Des différences extrêmement remarquables ont lieu sous ce point de vue : ainsi l'épanchement brusque d'une ou deux livres de sérosité entraîne presque certainement une mort rapide, tandis que l'épanchement, lorsqu'il ne s'opère que graduellement , peut s'élever jusqu'à huit livres (Corvisart).
Terminaisons. — La mort est la terminaison ordinaire de l'hydropéricarde : elle n'est déterminée, abstraction faite des complications primitives ou consécutives, que par la compression que le liquide épanché exerce sur le cœur, et par les désordres que celleci amène dans la circulation et la respiration.
La guérison , bien qu'assez rare , surtout lorsque l'épanchement est considérable, peut néanmoins avoir lieu : ordinairement elle est due à la résorption graduelle du liquide épanché , qui se manifeste par les signes suivants d'après M. Pigeaux :
«Aussitôt que la résorption du liquide épanché commence à s'effectuer, l'étendue de la matité diminue aussi, mais d'abord lentement, en raison du peu d'activité des membranes séreuses à revenir sur elles-mêmes après avoir été distendues ; on sent seulement alors un peu moins de résistance sous le doigt qui percute: la vibration est moins franche. Bientôt après, la matité se concentre transversalement au voisinage de la pointe du cœur; le niveau du liquide se circonscrit et se rapproche des oreillettes ( le malade étant supposé couché en supination ). Si l'affection marche vers une entière résolution , la percussion fait sentir que le liquide se concentre vers la base du cœur; les ventricules, à leur partie antérieure, cessent d'être immergés, en sorte que le niveau du liquide, loin de baisser, comme on aurait pu le croire
de prime abord, semble remonter; i! baisse cependant en réalité, en se rapprochant de la racine des gros vaisseaux, et de la colonne vertébrale, qui est la partie la plus déclive du péricarde.
«Dès que la collection du liquide est réduite à quelques onces, elle cesse d'être perceptible à nos moyens d'investigation lorsque le sujet est en supination ; mais si on fait asseoir le malade le corps légèrement incliné en avant, la matité reparaît à la pointe du cœur. Il ne faudrait donc pas croire la résorption complète , parce que , dans la position qu'occupe habituellement le malade, lasonoréité de la région précordiale est revenue à l'état normal. La contre-épreuve indiquée ci-dessus doit être faite au préalable... On doit regarder la résorption complète comme très-prochaine lorsque la sonoréité superficielle du voisinage des oreillettes commence à redevenir perceptible; lorsqu'elle est redevenue normale, on doit en augurer le retour définitif du péricarde sur lui-même, et celui du poumon à la place qu'il occupait au-devant du cœur» (Pigeaux, ouvr. cit., p. 171-172). Nous avons reproduit ce passage textuellement et in. extenso, parce que M. Pigeaux est le seul qui indique avec autant de précision les signes par lesquels la percussion décèle la marche de la résorption , et parce que ses assertions sont parfaitement justes, au point de vue de la théorie. En effet , chez un sujet étendu horizontalement, la base du cœur et les oreillettes sont sur un plan inférieur à celui de la pointe du cœur et de la paroi antérieure du ventricule gauche. Lorsque l'épanchement se forme, il doit donc immerger d'abord la base du cœur, puis la pointe, puis enfin la paroi antérieure du ventricule gauche, et la résorption doit s'opérer en sens inverse. Cependant nous n'oserions déclarer que les signes annoncés par M. Pigeaux soient toujours justifiésparl'observation; la percussion ne nous a point constamment fourni des données aussi précises, et nous n'avons constaté ordinairement que le retrait concentrique de la matité dans la partie thoracique gauche, où elle s'était d'abord manifestée : en marquant à chaque exploration, avec un crayon de nitrate d'argent, les limites de la matité, on détermine pour ainsi dire mathématiquement la décroissance graduelle de cette matité, et, par conséquent, les progrès de la résorption.
L'auscultation donne également des signes en rapport avec les phénomènes de résorption : à mesure que l'épanchement diminue, les bruits du cœur deviennent plus forts, plus distincts, ils se rapprochent de l'oreille; si, en l'absence de toute complication, et par le fait seul de répanchement , les battements du cœur ont été tumultueux , irréguliers , on voit le rhythme redevenir normal aussitôt qu'une certaine portion du liquide a été résorbée.
Lorsqu'il a existé une voussure de la région pré-
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cordiale , la mensuration montre que la saillie s'affaisse au fur et à mesure que le liquide est résorbé; cependant il est rare qu'elle disparaisse entièrement , même lorsque la résorption est complète.
Enfin, on aperçoit dans tous les symptômes, et principalement dans la dyspnée , la bouffissure et la coloration de la face , la coloration des lèvres, l'infiltration générale ou partielle, l'état du pouls, etc., d'heureuses modifications qui indiquent également que les fonctions de la circulation et de la respiration se rétablissent peu à peu dans leur intégrité.
La guérison peut encore avoir lieu d'une autre manière : le liquide épanché se trouble , des fausses membranes se forment , des adhérences s'établissent entre les feuillets du péricarde, et, au bout de quelque temps il n'existe plus de liquide dans ce sac membraneux (voy. Péricardite). Ici la guérison n'est que relative; l'hydropéricarde a disparu , mais c'est par suite de sa transformation en une altération différente.
Enfin la guérison peut être due à l'évacuation artificielle du liquide à l'extérieur, au moyen d'une opération chirurgicale (voy. Traitement).
Complications. — Tous les auteurs s'accordent à dire que c'est à peine si la science possède quelques exemples d'hydropéricarde simple ( essentiel, idiopathique , par .irritation sécrétoire) : en effet, l'épanchement de la sérosité est presque constamment accompagné , sur le cadavre , d'autres altérations; mais aucune des affections auxquelles celles-ci appartiennent ne peut être considérée comme une complication de l'hydropéricarde, car ces affections sont généralement primitives, et doivent être considérées comme les causes de l'épanchement ; celles mêmes qui sont consécutives, et le nombre en est très-reslreint, sont des effets, non de l'épanchement, mais des causes pathologiques qui ont produit celui-ci. Quelques exemples vont expliquer notre pensée.
Un homme est pris d'une pleurésie : au bout de quelquesjours l'inflammation s'étend au péricarde, et la péricardite produit un épanchement de sérosité : la pleurésie et la péricardite ne sauraient être envisagées comme des complications de l'hydropéricarde. Un sujet est affecté de cirrhose ou de la maladie de Bright: l'altération du foie ou des reins détermine des épanchements dans différentes cavités séreuses (ascite, hydrothorax, etc.), dans le tissu cellulaire : s'il survient un hydropéricarde , celui - ci viendra compliquer les phénomènes morbides antérieurs, mais on ne peut dire qu'il en est compliqué. Un malade porte une affection organique du cœur qui amène un épanchement dans le péricarde , et plus tard d'autres désordres se manifestent; mais ceux-ci sont produits par l'affection organique , et non par
l'hydropéricarde, dont ils ne sont point, par conséquent, des complications.
En résumé , les sujets affectés d'hydropéricarde présentent presque constamment d'autres phénomènes pathologiques qu'il importe de constater et de bien apprécier; mais ces phénomènes, ordinairement primitifs, ne peuvent être considérés comme des complications, et se rattachent à l'étiologie de l'hydropéricarde.
Diagnostic. — C'est à peine si , dans les traités spéciaux, l'on s'est occupé d'établir le diagnostic de l'hydropéricarde : quant au diagnostic différentiel , il n'y en est point question. Nous allons essayer de combler celte lacune.
Corvisart pensait que l'hydropéricarde était, dans le plus grand nombre des cas, d'une obscurité trèsgrande , mais que cependant on pouvait toujours le reconnaître à l'aide d'un tact exercé (ouvr. cit., p. 48). «Je crois pouvoir assurer, dit Laennec {loc. cit., p. 272), que les épanchements peu abondants dans le péricarde (au-dessous d'une livre, par exemple) ne donneront jamais aucun signe, et que probablement on ne pourra jamais reconnaître que ceux qui sont beaucoup plus considérables; mais je pense que ceux qui passent deux ou trois livres pourront être quelquefois reconnus à l'aide des signes donnés par la percussion , l'auscultation et la percussion.» Depuis Laennec, le diagnostic de l'hydropéricarde est devenu beaucoup plus facile et plus certain , mais nous allons voir qu'il offre souvent encore d'assez grandes difficultés.
Dans son Traité des maladies du cœur (1835) M. Bouillaud s'exprime ainsi : « Notre expérience personnelle nous autorise à poser en fait , que tout observateur exercé qui fera un usage attentif des méthodes d'exploration indiquées plus haut parviendra presque toujours à reconnaître l'existence d'un abondant épanchement dans le péricarde. » M. Bouillaud, comme on le voit, reste dans le vague, et ne s'explique point sur la quantité au-dessous de laquelle l'hydropéricarde échappe à nos moyens d'investigation. Il est impossible, en effet, dans l'état actuel de la science, de fixer un chiffre précis; mais nous pensons, toutefois, qu'il est possible, dans certaines circonstances, de constater des épanchements de 360, 300 et même de 248 grammes (1 2, 1 0 et 8 onces).
La voussure de la région précordiale peut être considérée, avec M. Pigeaux, comme le signe pathognomonique de l'hydropéricarde. Nous verrous qu'il est cependant un cas dans lequel il perd sa valeur: d'ailleurs il n'existe pas toujours , et ensuite il n'apparaît que lorsque l'épanchement est très-considérable, alors par conséquent que le diagnostic peut facilement être établi sur d'autres données.
Lorsque l'épanchement dans le péricarde se fait
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de la peau (3e ordre de notre lre classe), soit à une altération des reins, soit à une irritation inflammatoire de la séreuse , trop souvent méconnue par les observateurs (voy. le Compend. , art. Hydropisie et art. Peau (maladies de la).
L'hydropéricarde par suppression de quelque sécrétion normale ou anormale (hydrop. du 4e ordre de notre 1 re classe), ou d'un flux habituel, de la transpiration, des règles, du flux hémorrhoïdal, aurait été observé quelquefois.
«Il n'est pas rare , dit M. Reynaud (art. cit.) , de voir des malades, affectés d'ascile et de leucophlegmatie générale, arriver à la fin de leur carrière sans qu'aucun épanchement séreux ait lieu sensiblement dans la cavité des plèvres et du péricarde. Tout à coup, sans aucune cause appréciable , on voit l'infiltration disparaître plus ou moins complètement dans les parties extérieures, et l'épanchement diminuer sensiblement dans le ventre : alors aussi, comme s'il s'était fait un transport tout mécanique de sérosité de ces parties daûs d'autres, on voit apparaître des signes d'hydrothorax ou d'hydropéricarde. Ce phénomène, que l'on peut observer quelquefois un, deux, ou trois jours avant la mort , et sans qu'on puisse le regarder comme un effet de l'agonie , me paraît devoir être rapporté à une cause toute physique, sans qu'il soit d'ailleurs possible d'en donner complètement la raison.» Nous nous sommes expliqués ailleurs sur ces épanchements liés à la suppression d'une sécrétion séreuse déjà établie (voy. Hydropisie).
L'hydropéricarde peut-il être produit par une modification pathologique survenue dans les fondions ou la structure du rein (hydrop. du 4e ordre de notre fe classe), par une altération du sang (hydrop. de notre 2e classe) , se produit-il sous l'influence de causes qui demeurent inappréciables (hydrop. de notre 3e classe)? Théoriquement, on ne voit point pourquoi l'hydropéricarde ne serait point soumis à la puissance des modificateurs capables de produire Tascile, par exemple; mais l'observation prouve, nous le répétons , que la presque totalité des faits d'hydropéricarde connus dans la science doivent être rapportés à la pél ieardite.
Traitement. — Le traitement de lhydropéricarde est celui de toutes les hydropisies , et nous ne reviendrons pas ici sur des considérations que nous avous longuement établies ailleurs (voy. Hydropisib); nous n'insisterons que sur les moyens qui se rattachent spécialement à l'épanchement du péricarde.
Toutes les indications thérapeutiques peuvent être ramenées à trois principales : 1° combattre la cause de l'hydropéricarde ; 2° provoquer la résorption du liquide épanché; 3° évacuer ce liquide à l'extérieur lorsque l'absorption ne peut être obtenue.
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Combattre la cause de l'hydropéricarde. — La péricardite est heureusement la plus fréquente des causes de l'hydropéricarde , car elle est pour ainsi dire la seule sur laquelle le médecin puisse agir avec efficacité : nous ne devons pa* nous occuper ici de son traitement. Si, par exception, l'hydropéricarde paraissait lié à la suppression d'un flux habituel , à la disparition d'une dartre, il faudrait s'efforcer de rappeler l'affection disparue; s'il se rattachait à une maladie du cœur, du foie , des vaisseaux , etc., il faudrait combattre celle-ci par tous les remèdes appropriés. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ces banalités.
Provoquer la résorption du liquide épanché. — Ici encore nous ne pourrions qu'énumérer les moyens que nous avons déjà indiqués à propos des hydropisies considérées en général : la phlébotomie (chez .les sujets forts et robustes), les purgatifs, les diurétiques, lessudorifiques, etc.; les vésicatoires volants appliqués en grand nombre, et successivement, sur la région précordiale, constituent une médicatioiupuissamment efficace.
Donner issue au liquide épanché. — Sénac avait proposé la paracentèse du péricarde. Corvisart rejette cette opération , «dont les avantages qu'on peut en retirer contre-balancent rarement le danger auquel elle expose le malade » (ouvr. cité , p. 50). Laennec pense , au contraire (ouvr. cité, 273) , que l'opération est rationnelle, qu'elle peut être efficace, et que, pratiquée suivant un certain procédé opératoire (la trépanation du sternum), elle ne présente, par elle-même, presque aucun danger. M. Bouillaud déclare qu'il ne peut se prononcer formellement ni pour ni contre l'opération : «La pratique dont il s'agit est un de ces problèmes, dit-il, dont l'expérience n'a pas encore donné la solution» (ouvr. cité, p. 343).
M. Pigeaux se prononce avec force en faveur de l'opération. Pour lui, c'est un moyen éminemment efficace, si l'on n'attend pas, pour y avoir recours, que le malade soit au plus bas , et au-dessus des ressources de l'art: Les traités les plus modernes, dit M. Pigeaux, ne parlent de cette opération que pour faire connaître ses difficultés, pour indiquer les cas où elle a été mal employée, et pour dissuader d'y avoir recours, si ce n'est dans les derniers instants, alors qu'elle est inutile , et ne saurait pas réussir ; alors que , pratiquée à temps , elle ne serait pas moins efficace, à mon avis, que la soustraction d'une esquille d'os enfoncée dans la substance cérébrale» (ouvr. cit.
Pour être justes, nous devons dire que M. Bouillaud n'est point aussi opposé à la ponction du péricarde qu'on pourrait le croire, après avoir lu ce passage de M. Pigeaux , dont nous partageons d'ailleurs complètement l'opinion. Les médecins ont, en gêné-
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rai , de fâcheuses préventions contre les opérations qui ont été introduites dans le traitement de certaines affections appartenant à la pathologie interne : ils se persuadent qu'il est de leur devoir de résister aux hardiesses de la chirurgie contemporaine, et de leur interdire le domaine médical ; il en est qui s'adresseraient de vifs reproches s'ils voyaient succomber un de leurs malades soumis , par leur consentement , aux chances d'une opération , mais qui verraient avec une parfaite tranquillité de conscience ce même malade périr d'une mort prévue , et pour ainsi dire certaine, pourvu qu'il n'ait subi le contact d'aucun instrument. Cette résistance a eu un effet déplorable ; les opérations dont nous parlons n'ont été tentées qu'un petit nombre de fois; elles ont été pratiquées à une époque de la maladie où elles n'avaient presque plus aucune chance de succès, et elles ont été jugées d'après les résultats obtenus au milieu de circonstances semblables ! Quelle opposition n'a point rencontrée , et ne rencontre pas encore la trachéotomie appliquée au traitement du croup? La thoracentèse appliquée au traitement de la pleurésie n'est-elle point pour ainsi dire proscrite en France? et cependant , en Allemagne et en Angleterre, les faits abondent en faveur de son efficacité (voy. Pleurésie).
Voici le relevé de quelques-unes des opérations de paracentèse du péricarde que M. Bourgery a relevées dans son ouvrage. «Riolan, après plusieurs autres, avait pensé que l'on pouvait ponctionner le péricarde par un orifice pratiqué au sternum, à un pouce audessus de l'appendice xyphoïde.
Un fait rapporté à Senac,par Sprengel , est considéré comme n'ayant eu pour objet qu'un hydrothorax.
C'est un kyste séreux du médiastin qu'avait ouvert Desault, en croyant ponctionner le péricarde. Un second fait , de même nature, est attribué à M. Larrey. On ne sait ce qu'il faut penser de deux cas anciens rapportés par Yan Swieten et Welse, et de trois observations récentes de M. Romero. Le même doute plane sur l'opération pratiquée par M.Jowet (1827); enfin M. Velpeau ne fait exception que pour un fait qui lui a été communiqué par M. Warren. Que résulte-t-il de tout cela ? que depuis deux siècles les chirurgiens se sont transmis cette opération comme un vœu traditionnel plutôt que comme un fait constitué (Bourgery, Paracentèse du péricarde, p. 94; in Traité complet de l'anatomic de l'homme^ liv. 59).
Il est impossible de fixer d'une manière générale et précise le moment où il convient de recourir à l'ouverture du péricarde : le praticien reste juge de son opportunité dans chaque cas particulier. 11 -faut se rappeler seulement , et nous ne saurions trop insister sur ce point, que l'opération doit être faite avant que l'état général du malade, l'épuisement, le
désordre des fontions , ne lui aient enlevé presque toutes les chances de succès : «Il vaut mieux, dit avec raison M. Pigeaux, la pratiquer trop tôt que trop tard. » Cependant ce médecin ne nous semble pas obéir à son précepte en ajoutant : «Dès que les jours du malade sont en danger, et qu'il y a péril en la demeure, on doit la pratiquer» (ouvr. cité , p. 208). 11 est bien tard, alors que le malade est pour ainsi dire à l'agonie ! Nous ne pensons pas être téméraires en disant qu'il faut ouvrir le péricarde lorsque , après avoir convenablement employé tous les moyens propres à amener la résorption de l'épanchement, celui-ci reste stationnaire ou devient plus considérable. 11 est plus important qu'on ne le pense de prévenir la transformation purulente d'un épanchement jusqu'alors séreux. Nous devons ajouter que l'épanchement produit par l'inflammation de la séreuse est, pour ainsi dire, le seul auquel l'opération soit applicable.
Quatre procédés opératoires ont été proposés pour l'ouverture du péricarde.
La trépanation du sternum, à laquelle Laennec et Boyer donnent la préférence. On applique une couronne de trépan sur la moitié gauche du sternum, immédiatement au-dessus de l'appendice xiphoïde : la portion d'os étant enlevée, le doigt indicateur porté au fond de la plaie s'assure de la fluctuation , et sert de conducteur au bistouri. Le péricarde étant incisé, ou tourne le malade sur le côté gauche , en donnant à la poitrine une position presque verticale ( Velpeau, Nouveaux -éléments de médecine opératoire; 1832, t. il, p. 270).
Ponction.— Senac proposait de faire une incision dans le cinquième ou le sixième espace intercostal , un peu à gauche du sternum , et de plonger ensuite un trois-quarts obliquement en bas et à droite. Desault veut qu'on fasse l'incision plus en dehors , afin d'éviter l'artère mammaire. M. Larrey conseille de traverser de bas en haut l'espace qui sépare le bord gauche de l'appendice xiphoïde du cartilage de la dernière vraie côte.
« Nous avouons ne rien comprendre à ce procédé , dit M. Bourgery, il expose à blesser l'artère mammaire interne et les attaches chondro-xiphoïdiennes du diaphragme , sans aucune garantie de pénétrer dans le péricarde et de ne point léser le cœur (ouvr. cité, p. 90).
M. Pigeaux place le lieu de l'opération entre la quatrième et la cinquième côte , à un pouce et demi en dehors du sternum. Si le sujet a encore quelque embonpoint, on pratique d'abord une incision transversale le plus près possible du bord supérieur de la côte inférieure; s'il est maigre, on peut s'en dispenser, et, après avoir dérangé le parallélisme de la peau, on plonge dans le péricarde un trois-quarts (le troisquarts explorateur de M. Récamier) ayant de dix-huit
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lignes à deux pouces de longueur, dont la canule est en tissu serré de caoutchouc. La ponction faite, on retire promptement le mandrin , et, à moins qu'il ne survienne une syncope , on laisse s'écouler la plus grande partie du liquide , avec la précaution toutefois de boucher de temps en temps l'orifice de la canule. La canule étant retirée , la peau revenant à sa position, ferme l'orifice. Si une incision préalable a été pratiquée, on applique un emplâtre agglutinatif (ouvr. cit., p. 210).
Ponction cl injection. — Richerand a proposé d'appliquer à l'hydropéricarde le traitement de l'hydrocèle, c'est-à-dire, de pratiquer dans le sac séreux, après en avoir fait la ponction , une injection irritante destinée à produire une inflammation adhésive, sans laquelle une guérison complète ne saurait être obtenue. Laennec, M. Velpeau , M. Bouillaud se sont rangés à cette opinion. «La cure radicale de l'hydropéricarde , sans oblitération du sac altéré, dit M. Velpeau (ouvr. cit., p. 271), n'est pas plus possible que celle de l'hydrocèle : si jamais ou l'a obtenue, c'est que , sans le vouloir, le praticien a rempli le but proposé par M. Richerand. » M. Bouillaud établit également que l'adhérence réciproque des feuillets séreux opposés du péricarde, est le seul moyen de prévenir le retour de l'épanchement , et il pense qu'on s'est exagéré les dangers de la péricardite, aussi simple que possible, à laquelle il faut donner lieu pour arriver à ce résultat (ouvr. cit., p. 342-343).
La méthode de Richerand est, en effet, rationnelle, et il est étonnant que M. Pigeaux , qui est un partisan déclaré de la ponction du péricarde, ne la mentionne même pas dans son ouvrage : il aurait d'autant plus dû discuter ce procédé , qu'il reconnaît lui-même que les résultats que l'on obtient par la seule ponction ne sont pas très-avantageux. «Si la sérosité se reforme, dit-il, ce qui est presque inévitable, il peut se présenter trois cas : ou l'inflammation plastique limitera l'épanchement et préparera sa résorption... ; ou bien l'inflammation ne produit pas de fausses membranes : alors la sérosité distend de nouveau le péricarde et ramène les accidents...; ou bien enfin l'orifice de l'ouverture faite au péricarde reste fisluleux» (ouvr. cit., p. 210-211).
huision. — M. Velpeau s'est demandé si l'on ne pourrait pas obtenir l'oblitération du péricarde en évitant l'épanchement qui suit l'injection, et il a proposé d'appliquer à l'hydropéricarde le traitement de l'hydrocèle par incision , c'est-à-dire de pratiquer une large ouverture, et de la laisser béante jusqu'à Ja fin iouvr. cit. , p. 272).
L'expérience n'a pas encore démontré quel est le meilleur des quatre procédé! que nous venons d'énumérer; nous nous abstiendrons , par conséquent , d'accorder à l'un d'eux une préférence exclusive.
Mais nous devons dire qu'à en juger par analogie , et en se fondant sur ce que l'on observe dans l'hydrocèle et l'hydrothorax , la méthode proposée par M. Velpeau paraît devoir être la plus simple et la meilleure.
Historique et bibliographie. — On sait que les anciens ne distinguaient point les altérations du péricarde de celles du cœur, et, bien que Galien indique déjà les collections séreuses de la cavité péricardique, il faut néanmoins arriver jusqu'à notre époque pour trouver sur l'hydropéricarde des documents de quelque valeur. On a vu que Gorvisart , que Laennec, n'ont pu en établir le diagnostic, qui n'a été définitivement constitué que depuis les travaux de MM. Louis, Piorry , Bouillaud, etc. Toutefois , dans presque tous les ouvrages récents consacrés aux maladies du cœur, il n'est question que de l'épanchement produit par la péricardite : nous avons cru devoir envisager l'hydropéricarde d'une manière plus générale.
HYDROPHOBIE, s. f. , de u<£w?~ eau, et?o6oç, crainte.
Définition. — Il n'est plus permis aujourd'hui d'employer le mot h/drophobie comme synonyme de rage. Nous envisagerons la crainte, l'horreur des liquides, comme un symptôme qui se manifeste dans des circonstances très- diverses, et nous ne nous en occuperons que du point de vue de la séméiologie.
L'on n'est point d'accord sur ce qu'il faut entendre par hydrophobie. La plupart des auteurs appellent ainsi un phénomène purement cérébral, un acte mental, une sensation morbide, si nous pouvons nous exprimer ainsi, par suite de laquelle l'aspect, ou même l'idée d'un liquide, produit sur l'homme malade un effet analogue à celui que détermine, chez l'homme sain, la vue d'un objet effrayant, hideux; analogue encore à l'horreur invincible et non motivée qu'éprouvent quelques personnes pour certains animaux, tels qu'une araignée, un crapaud , etc. D'autres pensent que la vue des liquides ne devient odieuse que lorsque , la déglutition étant douloureuse, cette vue fait supposer au malade qu'il va être obligé d'avaler le liquide qu'il aperçoit, ou du moins qu'elle lui rappelle les douleurs qu'il a éprouvées en buvant. «La prétendue horreur pour les liquides existe si peu en réalité, dit M. Jolly (Dicl. de tnéd. cl de chir. prat., t. x, p. 104), que dans la rage , où ce symptôme est porté au plus haut degré, on a vu maintes fois des hommes et même des animaux traverser des rivières à la nage. »
On ne saurait se prononcer positivement pour l'une ou l'autre de ces opinions, qui sont peut-être vraies toutes deux. 11 est certain que souvent, que dans la majorité des cas peut- être, l'hydrophobie est liée à une dysphagïc plus ou moins violente; mais
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nous verrons plus loin qu'il est d'autres cas où l'existence de celle-ci ne saurait être admise, et où cependant l'horreur pour les liquides est très-prononcée (voy. Causes et Nature).
Quoi qu'il en soit, nous donnerons au mot hydrophobie son sens le plus large, et nous appellerons ainsi : l°le refus non motivé par un malade d'opérer la déglutition d'un liquide, soit que la vue de celui-ci détermine ou ne détermine pas une sensation désagréable; 2° l'horreur inspirée par la vue d'un liquide , alors même que le malade parvient à la surmonter, et à opérer la déglutition de ce liquide.
Division. — M. Ghomel (Dict. de méd. , t. xv , p. 584) distingue les trois espèces d'hydrophobie suivantes : 1° \ hydrophobie simple consistant en une simple horreur des boissons, se manifestant chez un individu qui , sous tous les autres rapports, paraît jouir d'une santé parfaite; 2° Y hydrophobie sympiomatique ; 3° Y hydrophobie rabiforme ou rage spontanée. Nous ne suivrons point cette division. M. Ghomel reconnaît que la rage communiquée «est une affection sui generis , qui a un nom spécial, et qui exige une description à part»; il déclare , d'un autre côté, que l'hydrophobie rabiforme est l'horreur des liquides accompagnée des autres symptômes île la rage : dès lors il n'existe entre la rage spontanée et la rage communiquée qu'une question d'étiologie , et il ne nous semble pas qu'on doive séparer ces deux formes d'une même maladie. 11 faudrait alors scinder l'histoire de toutes les maladies contagieuses, décrire à part la variole qui se manifeste spontanément chez un enfant, et la variole dont le développement est dû à l'inoculation du virus variolique. Pour nous, l'hydrophobie est constamment symptomatique.
Symptômes. — L'hydrophobie présente différents degrés : tantôt les malades ne craignent point la vue des liquides, ils en subissent volontiers le contact , ils se laissent mettre sans résistance ou même se plongent volontairement dans un bain; mais ils ne boivent qu'avec répugnance: bientôt celle-ci augmente , et on l'a vue devenir telle que les tortures d'une soif ardente ne pouvaient la faire surmonter. Si alors on veut forcer les malades à boire , on les jette souvent dans de violentes convulsions ou dans des accès de fureur. Dans quelques cas exceptionnels, on a observé l'état opposé à celui que nous venons de décrire , c'est-à-dire que les malades ne peuvent supporter la vue d'un liquide, tandis qu'en fermant les yeux, par exemple , ils en opèrent la déglutition sans obstacle et sans efforts.
Le plus ordinairement les deux phénomènes sont réunis: les malades ne peuvent ni opérer la déglutition d'un liquide, ni en supporter la vue ; toutefois il faut remarquer que l'horreur produite par la vue est presque toujours consécutive , et qu'elle ne sur-
vient que lorsque les sujets ont été soumis à quelques violences ayant pour but de les forcer à boire. Dans ce degré le plus élevé de la maladie , l'hydrophobie peut être poussée à un point extrême. L'aspect , le bruit d'un liquide , la vue d'une personne qui boit , l'idée même de l'eau, occasionnent aux malades un frémissement général , les font tomber en défaillance, les font entrer en fureur ou déterminent des convulsions violentes {convulsions hydro phobiques), du délire. Souvent la vue d'un corps brillant et poli, la seule agitation de l'air, produit les mêmes effets*
L'hydrophobie n'est presque jamais simple, ainsi que l'entend M. Ghomel: survenant ordinairement pendant le cours de certaines maladies, que nous indiquerons bientôt, elle est accompagnée des symptômes qui caractérisent ces affections et se rattache à eux plus ou moins intimement.
Diagnostic. — Marc assure qu'on a souvent confondu l'hydrophobie avec la dysphagie. Une pareille méprise est difficile à concevoir, et ne pourra être commise, si l'on se rappelle que, dans la dysphagie , les liquides sont avalés beaucoup plus facilement que les solides; que si les malades éprouvent une douleur, une gêne, une difficulté plus ou moins considérables lorsqu'ils font des efforts de déglutition , ils n'ont aucune horreur pour la vue des liquides; que la dysphagie n'est jamais accompagnée de mouvements convulsifs.
Pronostic. — « Quelle que soit la maladie dans laquelle l'hydrophobie se déclare , dit Marc ( Dict. des scicnc. méd., loc. cit., p. 355 ), ce symptôme doit toujours êlre considéré comme un des plus dangereux , puisqu'il est rare de ne pas le voir se terminer par la mort ; on peut même regarder celle-ci comme assurée, lorsque, api es quelques heures d'uiv, traitement approprié, on n'obtient aucun changement favorable. » Ces propositions nous paraissent être beaucoup trop générales : l'hydrophobie est sans doute par elle-même un symptôme fâcheux, parce qu'elle dénote ordinairement un trouble nerveux considérable; mais, en définitive, sa valeur pronostique dépend de l'affection qu'elle accompagne. En étudiant les causes de l'hydrophobie, nous verrons que ce symptôme se produit souvent dans des névroses , dans des affections légères et passagères dont il n'augmente pas la gravité.
Causes. — 1° Jlydrophobie produite par une névrose spéciale. — Hydrophobie simple de M. Chomel; hydrophobie idiopalhiquc , hydrophobie essentielle , hydrophobie spontanée des auteurs. — Nous avons dit que l'hydrophobie n'était jamais qu'un symptôme ; mais nous devons ajouter que quelquefois l'altération à laquelle se rattache ce symptôme nous échappe complètement. Ici se placent les cas , assez rares d'ailleurs , dans lesquels Thydro-
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phobie s'est manifestée à la suite d'une émotion morale vive, d'une frayeur, d'un accès de colère, de la crainte inspirée par la vue d'un malade atteint de la rage, par la morsure d'un animal présumé à tort être enragé, etc., sans être accompagnée d'aucun autre phénomène morbide. Des faits authentiques ne laissent aucun doute sur cette espèce d'hydrophobie, dont l'existence a été niée par quelques auteurs.
2° Hydrophobie produite par la rage spontanée ou communiquée. — L'hydrophobie n'est point un symptôme constant et nécessaire de la rage; cependant il existe dans la plupart des cas : il annonce souvent le début de la maladie , et acquiert pendant sa durée le plus haut degré d'iutensité auquel il puisse atteindre. L'hydrophobie rabique est accompagnée d'accès convulsifs , d'une sputation continuelle, etc. (voy. Rage).
3° Hydrophobie produite par une névrose. — L'hydrophobie peut accompagner l'hystérie, l'hypochondrie ( voy. ces mois ) , l'épilepsie , l'aliénation mentale. A l'égard de cette dernière affection, plusieurs remarques doivent être faites. L'hydrophobie a été observée chez les maniaques et chez les monomaniaques : elle peut constituer une forme spéciale de folie partielle {monomanie hydrophobique) ; elle est instinctive ou raisonnée: dans le premier cas, les malades s'efforcent de combattre l'horreur qu'ils éprouvent pour les liquides, et parviennent quelquefois à la surmonter ; dans le second , rien ne peut vaincre leur répugnance , qu'ils regardent comme légitimement motivée; témoin ce monomaniaque qui croyait que chaque fois qu'il urinait , il donnait lieu à une inondation considérable , et qui refusait obstinément déboire, bien que mourant de soif, dans la crainte de déterminer un second déluge universel. On a vu l'hydrophobie accompagner la monomanie erotique (Journ. des connais s. méd.-chir., t. iv, p. 21 7).
4° Hydrophobie produite par une affection du pharynx ou de l'œsophage. — Hydrophobie symptomatique de quelques auteurs. — L'œsophagite est quelquefois accompagnée d'hydrophobie (Arch. génér. de méd., lr<> sér., t. xi , p. 126): celle-ci peut également se manifester lorsque l'œsophage est atteint de cancer, lorsqu'il est comprimé , déplacé par une tumeur. Plusieurs faits tendent à établir l'existence d'une hydrophobie déterminée par une névralgie de L'œsophage (Marcel Donat, Historia mcd. mirab.,\ih. vi, p. 599), Jones rapporte l'histoire d'une angine compliquée d'hydrophobie.
5° Hydrophobie produite par les maladies de l'encéphale. — L'hydrophobie peut être le résultat d'une méningite, d'une encéphalite, d'un épanchement de sang ou de léroiilé dans le eiàne (fJict. des scienc. méd,, t. xitl, p. 341), d'une commotion
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cérébrale , d'une altération organique du cerveau (cancer, tubercule), de la présence d'une tumeur de la dure-mère , de concrétions osseuses, etc.
6° Hydrophobie produite par certaines affections des organes abdominaux et thoraciques. — Hydrophobie sympathique de quelques auteurs. — La gastrite ( Jones , Médical essaya of Edinburg, t. i , art. 29 ) , la gastralgie, le cancer de l'estomac , l'hépatite ( Portai , Cours d'anat. médic, t. v , p. 300 ), la pneumonie ( Journal encyclopédique, t. xiu, p. 170), peuvent être accompagnés d'hydrophobie : les cas de ce genre sont très-rares.
7° Hydrophobie produite par certaines fièvres. — Les fièvres dites nerveuses, ataxiques, putrides, malignes, etc., sont quelquefois accompagnées d'hydrophobie (Selmuth, Observ. med., cent. 2 , obs. 32 ; — Borellus de Castro , cent. 3 , obs. 38; — Lentin, Obs. med., fasc. 1, p. 57). Salius Diversus a vu une femme atteinte de la peste , qui avait pour les liquides une aversion extrême (de Febris pestil., cap. 19, p. 362 ); Sarcone a noté l'hydrophobie parmi les symptômes de la fièvre épi— démique observée par lui à Naples; Selig a constaté l'hydrophobie chez une femme atteinte d'une fièvre typhoïde , et chez plusieurs malades affectés d'une fièvre nerveuse qui sévit en 1802 dans la chaîne de montagnes appelées Erzgcbirge ( Dict. des scienc. méd , loc. cit., p. 339). Les malades atteints de fièvres intermittentes pernicieuses deviennent quelquefois hydrophobes ( Fièvre interm. pernicieuse hydrophobique d'Alibert ).
L'hydrophobie peut compliquer la fièvre miliaire (Gesner, Hoffmann, Fischer, Allioni) , la variole (Robert, Jones, Hufeland), la rougeole, la scarlatine (Brogiani).
8° Hydrophobie produite par une affection rhumatismale. — On trouve dans les auteurs un nombre considérable de faits qui établissent que l'hydrophobie peut accompagner le rhumatisme aigu articulaire ou musculaire. Marcel Donat (loc. cit., lib. vi, p. 599), Selig (Ann. de méd. d'Altenbourg ; septembre 1811), en rapportent des exemples remarquables.
9° Hydrophobie produite par les affections de l'utérus. — Gapelles a vu une femme qui devenait hydrophobe pendant les quatre premiers mois de chacune de ses grossesses , dont le nombre fut de onze : «Aussitôt après la conception , elle ne buvait que très-peu; petit à petit l'horreur des liquides augmentait au point que, non-seulement l'infortunée s'abstenait de toute boisson ou de tout aliment liquide , mais qu'elle ne pouvait même supporter que d'autres bussent en sa présence. L'aspect et le bruit de l'eau lui étaient également insupportables, et produisaient un frisson général avec syncope; aussi
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était-on obligé de cacher les vases qui contenaient des liquides , et de transvaser ceux-ci sans que la malade en entendît la chute. Cette femme était consumée par la soif, et il n'est pas de moyen qu'elle n'ait tenté pour vaincre sa répugnance. Lorsque des motifs impérieux l'obligeaient de traverser une rivière , elle se bouchait les oreilles , couvrait ses yeux d'un bandeau , et chargeait deux hommes de la conduire de force» (Journal de Vandermonde, t. xv ). Sagar a vu l'hydrophobie accompagner une métrile.
1 0° Hydrophobie produite par une modification pathologique dans le tissu de la peau. — Nous pensons qu'il faut attribuer à une altération survenue dans les fonctions perspiratoires de la peau l'hydrophobie produite par les brusques alternatives de température , par l'ingestion d'un liquide glacé , le corps étant en sueur {Comment. , t. m, § 1 1 30 ; Kœhler, Commerc. litter. /Norimb. ; 1740 , hebdom. xxxyi; 1743, hebdom. v). L'observation suivante est trop remarquable pour que nous ne la rapportions pas. «M. W*** avait habituellement une sueur très-abondante aux pieds ; il prend un bain de pieds pour se débarrasser d'un cor, et pendant ce temps , les pieds deviennent très-froids. Une heure après , M. W*** fut pris d'accès convulsifs accompagnés d' hydrophobie. Ces accidents disparurent après une sueur générale et très-abondante, surtout aux pieds» (The London med. and. phy s. journal , janvier 1830).
11° Hydro phobie produite par la suppression d'un flux habituel. — Les auteurs rapportent des observations assez nombreuses, dans lesquelles l'hydrophobie aurait été produite par la suppression subite du flux hémorrhoïdal , du flux menstruel (Mém. deïAcad. de Dijon, t. i; Encyclop. méth.y t. vi, part, i, p. 306 ; Act. nat. curios., vol. vi , obs. 47 ; Journal de méd., t. liy , p. 1 72 ; et t. lvi, p. 83).
12° Hydrophobie produite par certains poisons. — L'hydrophobie peut accompagner l'empoisonnement par r«5«r«m(Louyer-Yillermay, Traité des maladies nerveuses, 1. 1 , p. 90) , par le datura stramonium (Dict. des se. méd., loc. cit., p. 348), par les préparations arsenicales, par l'huile rance de certains fruits (Éphém. des curieux de la nature, cent, ix, obs. xxvu; Schwiedel, Dissert, de hydrophobia ex usu fructuum /agi ; Erlangen , 1762).
1 3° Hydrophobie produite par certaines plaies.
— Hydrophobie traumatique de quelques auteurs.
— Enfin, on a vu l'hydrophobie accompagner certaines plaies par armes à feu, principalement celles qui donnent lieu à des accidents tétaniques.
Traitement. — ■ 11 est évident que le médecin doit avant tout combattre , par les moyens appropriés , l'affection dont l'hydrophobie est un des symptômes, faire cesser la cause qui a produit l'horreur des liqui-
des , et nous ne devons pas nous occuper ici des indications qui se présentent sous ce point de vue ; mais l'hydrophobie peut réclamer par elle-même une médication spéciale dans les circonstances suivantes : 1° lorsqu'elle est simple; 2° lorsqu'elle est liée à un état morbide dont la nature nous échappe ; 3° lorsque, quelle que soit la maladie qu'elle accompagne, elle acquiert un degré extrême , et détermine des accidents convulsifs pouvant amener une terminaison funeste.
Dans ces différents cas, l'hydrophobie doit être combattue par les antispasmodiques (musc, assa fœtida, castorèum, etc.), par les opiacés, administrés en pilules lorsque la déglutition des solides n'est point empêchée; en suspension dans des lavements, dans le cas contraire , ou incorporés à des cataplasmes qu'on applique autour du cou. Les révulsifs, appliqués sur la peau (sinapismes, vésicatoires), les sudorifiques, les purgatifs, produisent quelquefois de bons effets , ainsi que les bains tièdes , lorsqu'ils sont possibles. M. Jolly recommande de ne point tourmenter le malade pour le faire boire , et de laisser les organes de la déglutition dans un repos absolu. Les moyens moraux sont souvent les plus efficaces auxquels on puisse avoir recours.
Nature et siège. — La cause prochaine de l'hydrophobie a été le sujet de nombreuses hypothèses sur lesquelles nous devrons nous expliquer à propos de la rage; nous nous bornerons ici à quelques mots.
«L'accident même qui constitue l'hydrophobie, dit Marc, dépend évidemment d'une névrose... Cette assertion n'exclut pas toutefois la possibilité d'une action mentale dans la production des paroxysmes d'hydrophobie; mais nous regardons cette action comme secondaire, et nous pensons qu'elle ne s'établit bien complètement que lorsque le malade a déjà éprouvé plusieurs accès. Alors chaque fois qu'il aperçoit un liquide ou qu'il en sent l'impression , son imagination peut en effet lui retracer vivement l'idée de souffrances qu'il a éprouvées et qu'il éprouverait encore s'il s'efforçait de boire; et quoique celte image vive ne suffise pas constamment pour reproduire l'accès, elle peut au moins contribuer à' le provoquer » (loc. cit., p. 358).
En faisant abstraction des cas où l'hydrophobie est liée à la folie (monomanie hydrophobique, etc.) et de ceux où elle dépend d'une dysphagie bien évidente (œsophagite, etc.), cas dans lesquels l'action mentale joue le premier rôle, nous regardons la théorie de Marc comme la seule admissible. L'hydrophobie a tous les caractères des névroses (voy. ce mot).
Les nerfs qui se distribuent aux organes de la déglutition sont manifestement le siège de la névrose
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hydrophobique, et «lorsque Ton considère, dit encore Marc, que ces nerfs naissent presque tous des nerfs cérébraux , des premières paires de nerfs cervicaux, du nerf intercostal et de la paire vague, l'on conçoit que la névrose des organes de la déglutition doit pouvoir irradier vers les nerfs de la vue et de l'ouïe , de sorte que le seul aspect des liquides ou le bruit de leur chute détermine une exacerbalion , sans que celle-ci parte de l'imagination. »
HYDROPISIE, s. f., dérivé de »£©p, eau, et de o<j/, vue, aspect , c'est-à-dire collection d'eau que la vue fait aisément reconnaître. Elle constitue rarement toute la maladie, et presque toujours elle est produite par quelque lésion viscérale.
Dénominations françaises et étrangères. — u<Jpc^, u&op, U(hpc;,77ape>c>t'jaiç. Gr. — Hydrops, aqua inter culenij tympanitis, anasarca 3 katasarca, hyposarca , leucophlegmatia. Lat. — Idrope , idropsia. Ital. — Dropsy. Angl. — J-f^assersucIit, waser. Ail. — lFaterzujt} water. Holl. — TVattcrsot. Dan. — ÏVattensot , vatensjuka. Suéd.
Définition. — La dénomination d'hydropisie est une de ces expressions créées par la vieille médecine, mais tellement usée par les découvertes successives dont s'est enrichi l'art de guérir , qu'il serait convenable de l'effacer entièrement delà langue médicale. Il est souvent utile, dans une science aussi progressive que la nôtre, non-seulement d'inventer de nouvelles dénominations, mais d'eu effacer d'autres qui ne sont plus eu harmonie avec l'état de la science, et qui donnent même une fausse idée des choses qu'elles représentent. Le mol d'hydropisie offre précisément les inconvénients que nous venons de signaler. Cependant,commenous sommes forcés d'accepter cette dénomination , nous chercherons d'abord à en préciser le sens.
Le mot hydropisie est une expression générique qui doit servir à désigner un groupe de maladies caractérisées par l'épanchement d'un liquide séreux dans les membranes séreuses et synoviales ou dans le tissu cellulaire dont chaque vacuole représente très -exactement une ca\ité séreuse, au sein de laquelle un liquide ténu est exhalé et résorbé sans cesse. Quand le liquide s'accumule dans les mailles du tissu 'cellulaire des membres ou de tout le corps , l'hydropisie prend le nom à' œdème, d'«na.uinjue , de l euro phi cgmalie (voy. t. i , p. 80). D'autres dénominations sont réservée* aux épanchcments de liquide dans les différentes séreuses (llvimociimiuk, IIu>i:oiiioka\, Fhni.orniur.Aïuti;, ASCITB (voy. ces mots).
Nous excluons du nombre des hydropisies les éj»anchements qui se font dans les cavités de nouvelle formation, telles que les kystes de l'ovaire, de l'utérus, du foie. Ces kystes se rapprochent , il est vrai , par leur structure et leurs fonctions , des membranes
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séreuses normales; comme ces dernières , elles sécrètent un liquide qui , par son accumulation, détermine des hydropisies; mais leurs causes, leurs symptômes, leur traitement diffèrent tellement des mêmes circonstances étudiées dans les maladies auxquelles doit être réservé le nom d'hydropisie , qu'il serait peu convenable de les confondre dans une même description. Il faut encore retrancher du nombre des hydropisies ces épanchements d'humeurs , de diverse nature, qui ont lieu dans des organes et des cavités revêtus de membrane muqueuse, tels que l'utérus, les sinus maxillaire et frontal, le globe oculaire, etc. Leur conserver le nom d'hydropisie , serait vouloir rompre les affinités pathologiques qui réunissent , en un groupe naturel, toutes les hydropisies. Hâtons-nous d'ajouter qu'elles ont été étudiées d'après les vues générales que nous venons d'émettre, par les auteurs les plus modernes.
Divisions anciennes. — L'hydropisie n'étant en réalité qu'un phénomène commun à des maladies très -nombreuses et variables par leur siège et la nature des causes qui leur donnent naissance, ona compris de tout temps la nécessité d'établir, dans son étude, un certain nombre de divisions. Les pins anciennes ont été fondées sur le siège et la nature de l'épanchement. Les Grecs appelaient 7rape3«cu(7i; l'hydropisie ascile, et u^epo; l'infiltration séreuse générale. Ils attribuaient la première aux indurations du foie, et la seconde, aux affections des reins. Nous reviendrons sur cette importante division , en faisant l'historique des hydropisies , et nous montrerons que les anciens n'ignoraient aucune des choses que les auteurs modernes croient avoir découvertes.
On peut rattacher à la division précédente celle d'Hippocrate , qui admet des hydropisies provenant des flancs et des lombes , et d'autres déterminées par le foie. Ces idées étaient généralement répandues parmi les Grecs, et quoique exprimées d'une manière un peu vague , elles sont cependant fondées sur une connaissance exacte de la nature.
La division la plus ancienne et la plus gén.'Ta'ement adoptée consiste à reconnaître: 1° une hydropisie par infiltration ou par sulfusionde la s'rosité dans tout le corps ; 2° une hydropisie ascite formée par l'épanchement du liquide dans la cavité du péritoine; 3° la tympaniteou épanchemenl d'air. Les Grecs désignaient la première espèce d'hydropisie par Icj
noms de x.a.7a<7ap/.a, OU avaaapxo., OU U77Caap/.x, et les
deux autres par ceux de awxittiî et de tu|mwivityjc ( Cœlius Aurelianus, Morbor. chronicor., lib. m, cap. S, tn,p. 251,in-8;Lausau., 17 74).
Cœlius Aurelianus adopte à peu près cette division : il parle d'une hydropisie dans laquelle la sérosité se répand dans tout le corps : « Tanquam in papyro vcl
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«spoogia inter viarum raritatem inscrtum». Il l'appelle Icucophlegmalic ; l'ascile est une collection de sérosité qui s'effectue entre le péritoine et les intestins ; dans la tympanite, des gaz existent en même temps que le liquide. Nous n'avons pas besoin de faire ressortir l'erreur grave que commettent Cœlius Aurelianus, et avec lui plusieurs auteurs grecs et latins, en plaçant la tympanite au nombre des hydropisies (Cœlius Aurelianus, loc. cit., p. 253). Celse est tombé dans la même faute ; il admet la tympanite, la leucophlegmatieouranasarque et l'ascile ; et, pour ne laisser aucun doute sur sa manière de voir, il ajoute : Corn - «munis tamen omnium est humoris nimis abundan- «tia» (de Medicina, lib. m, cap. 21, p. 161, in-8°, édit. d'Almelov, 1750).
Asclépiade a introduit dans l'histoire des hydropisies une division très-importante : il les distingue d'après la rapidité suivant laquelle s'effectue l'épanchcment , en aiguë et en chronique; il fait aussi remarquer que les unes s'accompagnent de fièvre , et que les autres sont parfaitement apyrétiques. Cette distinction atteste un grand talent d'observation (Cœlius Aurelianus, loc. cit., p. 252). La lecture attentive des passages où Cœlius Aurelianus indique les doctrines de ses prédécesseurs , prouve que les anciens ont connu ce qu'il y a de plus important dans l'étude des hydropisies. Ils savaient très-bien que îes causes de cette maladie sont très-variées , et consistent en des lésions du foie, des intestins, de la rate, des reins , de la matrice et du péritoine ( loc. cil., p. 257). Galien insiste sur la diversité des causes de l'hydropisie, et admet qu'elle est produite par une altération du sang.
De tout ce qui précède nous devons conclure que les anciens avaient déjà saisi plusieurs caractères essentiels des hydropisies. La division de ces maladies en aiguë et en chronique , en fébrile et en non fébrile, appartient à Asclépiade. Lazare Rivière est donc considéré à tort, par M. Bouillaud , comme le fondateur de cette distinction importante (art. Hydropisie, Dictionn. de méd. et de chir. prat., p. 1 76).
La division qui a été le plus généralement adoptée depuis les anciens, dans les ouvrages desquels on en trouve la première origine, consiste à reconnaître: 1° une hydropisie aiguë, chaude, fébrile, pléthorique, sthénique, active ; 2° une hydropisie chronique, froide, non fébrile, lymphatique,, as thénique, passive. Nous dirons plus loin en quoi elles consistent l'une et l'autre.
On a encore distingué une hydropisie idiopathique ou essentielle, c'est-à dire sans altération appréciable d'organes, et une hydropisie consécutive, secondaire , symptomatique d'une altération, et laissant des vestiges de son passage. Lorsque nous aurons donné une exacte description de ces prin-
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cipales espèces, lorsque nous en aurons institué la critique, nous tracerons les divisions qui doivent nous guider dans le cours de cet article. L'élude préliminaire des diverses hydropisies nous sera d'un grand secours dans l'examen des nombreuses questions que nous serons contraint d'agiter.
L' hydropisie chaude a été appelée hydropisie fébrile, par Boerhaave; pléthorique , par Stoll ; sthénique, hy per sthénique , par les partisans de Brown ; inflammatoire, aiguë, active, par M. Breschet. Voici les caractères auxquels on reconnaît cette hydropisie, qui a été plus complètement décrite par Stoll, Boerhaave, Fauchier, Poilroux, et par MM. Breschetetltard.
Elle attaque ordinairement des sujets jeunes , robustes, et présentant tous les symptômes de la pléthore, c'est-à-dire cette excitation générale que produit la surabondance des globules sanguins ( voy. l'art. Hémorrhacie par pléthore, p. 471). Elle débute avec rapidité, et s'accompagne de phénomènes inflammatoires , les uns généraux, les autres se rapportant à la cavité séreuse dans laquelle s'accumule le liquide. Parmi les premiers on observe la chaleur de la peau, la rougeur du visage , la force , la dureté et la fréquence du pouls, l'agitation, l'insomnie, le brisement des membres, la soif, l'anorexie, quelquefois de l'excitation cérébrale au début. Les symptômes locaux sont très-variables: si c'est le tissu cellulaire général qui est le siège de l'hydropisie,la peau est tendue, rouge, lisse , rénilenle, et sensible au toucher; si c'est une cavité séreuse, l'ampliaiion en est souvent rapide; il y survient de la douleur, et les fonctions des viscères que couvre la membrane séreuse sont troublées.
. Voici l'idée que Stoll se forme de l'hydropisie par pléthore :«De même, en effet, que dans les derniers temps de la grossesse la compression des veines iliaques occasionne une surabondance d'humeurs dans les extrémités inférieures ou une pléthore locale, d'où résulte une hydropisie des jambes , des cuisses et des parties externes de la génération; de même, chez les pléthoriques , la colonne de sang, trop considérable pour être contenue dans les vaisseaux et ramenée facilement vers !e cœur, produit l'hydropisie ( Méd. prat., t. m, p. 263, trad. de Mahon ). Ses causes sont la pléthore , l'embarras dans la circulation des fluides, d'où il résulte que les vaisseaux trop distendus laissent échapper la partie aqueuse qu'ils ont ensuite peine à reprendre. Il estimpossible,avec une pareille description, de savoir précisément quelles sont les hydropisies que Stoll a voulu désigner. 11 y a plus, les observations qu'il cite comme des exemples d'hydropisies pléthoriques ne sont que des hydropisies symptomatiques d'une affection de la plèvre, des poumons, ou d'une hypertrophie du cœur, comme dans le premier exemple qu'il rapporte ( p. 265 ). Du reste, les carac-
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tères de l'hydropisie par pléthore sont si peu tranchés, pour Stoll lui-même , qu'il dit : « Il est difficile de distinguer l'hydrothorax par pléthore des autres espèces d'hydrolhorax qui proviennent d'autres causes, et qui exigent un traitement différent. » Nous avons vu d'ailleurs qu'un de ces prétendus hydrothorax par pléthore, dont il rapporte l'exemple, n'est précisément qu'un hydro thorax symptomatique d'une affection du cœur, c'est-à-dire passif, mécanique, pour la plupart des auteurs.
M. Breschet, qui a divisé les hydropisies en actives et en passives, a pris pour base de ses divisions les diverses modifications des forces vitales, à l'exemple d'Hippocrate, d'Hoffmann, de Stoll, de Stahl , deCullen, de Frank, dans d'autres maladies. «On regarde trop souvent, dit-il, les hydropisies comme des maladies accompagnées de faiblesse dans les divers systèmes... 11 n'est peut-être pas de genre de maladies qui admette plus naturellement que les flux séreux la distinction de l'état passif et de l'état actif. Le diagnostic en est bien plus facile que dans les hémorrhagies, et les conséquences qu'on peut en tirer pour le traitement sont de la plus grande importance. «Plus loin, pour ne laisser aucun doute sur le sens qu'il attribue au mot actif, M. Breschet ajoute : «Ce mot, dans son acception la plus vaste en médecine, exprime une grande énergie dans notre économie. Les personnes sujettes aux maladies actives sont, en général , jeunes, d'une constitution robuste, presque toujours d'un tempérament sanguin ou musculaire. Je crois, cependant, qu'on doit spécialement faire dépendre l'état actif, dans une maladie, du degré de développement des propriétés vitales, qui ne sont point immédiatement sous l'influence du cerveau, c'est-à-dire de la contractilité et de la sensibilité organiques qu'on nomme communément forces toniques. r> L'exaltation des forces peut exister dans la plupart des systèmes, ou dans un seul, comme dans les membranes séreuses. «L'état actif d'une maladie peut tenir à l'idiosyncrasie du sujet, ou dépendre de son origine, de l'usage habituel qu'il fera de certains excitants intérieurs, ou survenir par l'action d'un de ces excitants, qui aura agi accidentellement sur une partie. Qu'arrivera-t-il alors? Des phénomènes analogues à ceux qui surviennent dans l'inflammation...» (M. Breschet, dissert, citée, p. 8 et y ). Cet auteur regarde les hydropisies aiguës comme produites par une exhalation augmentée, précédée d'un dérangement dans les propriétés vitales des vaisseaux exhalants. Cette augmentation d'exhalation est le résultat de l'aeliou d un stimulant direct : «Omnis enim inflammalio modiea, si organon secer- « nensoccupat,funclioucm auget » Grapengiesser, Diss. inaug. Medic. de hydrope plclliorica ; Gotting., 1795). Elle peut être aussi un effet sympathique,
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comme dans les hydropisies actives déterminées subitement par une affection très- vive , ou dépendre de l'exercice outré d'un organe , et de la pléthore locale. Le même auteur ajoute, comme preuve à l'appui de ces idées, que l'hydrocéphale aiguë ou fièvre hydrocéphalique des enfants est une exhalation séreuse active, essentielle. M. Breschet reconnaît que la plupart de ces idées appartiennent à Dupuytren et à Marandel , qui les avait développées dans sa dissertation sur les irritations. En voilà assez pour prouver que deux caractères servent à distinguer l'hydropisie active, l'état général , sthénique , pléthorique, inflammatoire même du sujet et une sécrétion séreuse augmentée. On a vu par le dernier exemple que ces hydropisies ne sont que des flux dépendant d'une maladie nettement caractérisée , puisque l'hydrocéphale aiguë n'est 'qu'une collection séreuse déterminée par des tubercules des méninges, ou par quelque lésion du cerveau ou de ses enveloppes (voyez Hydrocéphale).
Cette division des hydropisies, convenable pour le temps où elle a été proposée , n'est plus acceptable aujourd'hui , et ne représente qu'un état fort imparfait de la science. M. Bouillaud a, cependant, adopté ces idées : «Elles doivent être considérées encore aujourd'hui , dit-il , commme l'expression la plus fidèle, la représentation la plus exacte du mécanisme des hydropisies ascites» (art.HYDROPisiB du Dict. de méd. et de cliir. prat. , ann. 1833). «11 est évident, ajoute-t-il, que les collections séreuses proprement dites ne peuvent avoir lieu que de l'une des manières suivantes : 1° ou parce que l'exhalation, la perspiration séreuse est augmentée, l'absorption restant la même; 2° ou parce que l'absorption est diminuée, sans changement dans l'exhalation; 3° ou bien, enfin , parce que l'exhalation est augmentée en même temps que l'absorption est diminuée... Je conserverai le nom de passives aux hydropisies du second mode, et celui d'activés aux hydropisies du premier mode. On pourrait appeler mixtes les hydropisies qui dépendent à la fois et d'un excès d'exhalation et d'une diminution de l'absorption» (art. cit., p. 180 et 181). Sans doute il est très-facile d'établir avec l'esprit des divisions semblables, qui paraissent très-simples; mais elles n'ont aucune valeur. Où ranger, par exemple, une pleurésie lente et sub-inflammatoire avec épanchement considérable? Est-ce parmi les hydropisies actives? Mais l'inflammation perturbe non-seulement la perspiration séreuse , mais aussi l'absorption , et votre distinction n'est plus qu'une pure hypothèse; et d'ailleurs pourriez-vous prouver que dans une pleurésie, dans une péricardite , il n'y a , comme vous le dites, qu'accroissement de l'exhalation. Un tubercule caché derrière la plèvre détermine un hydrolhorax symptomatique; il aurait le pouvoir d'augmenter
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Pexhalalion sans modifier l'absorption qui resterait normale; sans doute cette dernière n'est pas augmentée , autrement la collection séreuse disparaîtrait ; mais qu'est-ce qui prouve qu'elle n'est pas altérée d'une tout autre manière... Et d'ailleurs, est-ce qu'il ne se passe pas dans les membranes séreuses d'autres phénomènes que ceux de transsudation , ft endosmose et d' ' exosmose ? Il y a une élaboration toute particulière qui s'effectue au sein des capillaires sanguins, et qui permet à certains matériaux, à la fibrine et à l'albumine , par exemple, de passer en quantité plus ou moins grande que dans l'état normal.
Nous savons très-bien que M. Bouillaud ne met pas au nombre des hydropisies actives celles qui suivent les inflammations des membranes séreuses , puisqu'il reproche à Baraillon de les avoir confondues avec ces dernières ; mais alors dans quelle classe les met-il? Est-ce dans les hydropisies passives ou dans les mixles? 11 ne peut en être ainsi. Il distingue les irritations sécrétoires des irritations par inflammation. Nous montrerons, en étudiant les hydropisies du premier ordre , qu'elles se réunissent à chaque instant dans la nature , et qu'il est impossible d'établir une ligne de démarcation tranchée entre les hydropisies par irritation sécrétoire et celles par inflammation des séreuses. Nous avons vu que les hydropisies actives, dont Stoll, M. Breschet et les autres ont rapporté des exemples, ne sont, presque toutes, que des hydropisies consécutives aune phlogose des membranes, ou à quelque autre lésion de tissu ou de liquide. Cependant nous admettons qu'il y a des hydropisies dans lesquelles le flux séreux constitue toute la maladie; mais comme elles dépendent toujours d'une lésion de sécrétion de la séreuse , nous les avons rangées dans notre premier ordre ( H/dr. sjrmptomat. d'une maladie de la séreuse). Du reste, faisons remarquer que le sens-assigné par M. Bouillaud à l'hydropisie active est arbitraire, et n'est plus celui que lui ont donné la plupart des auteurs. En effet, ils ont pris en considération, non-seulement le phénomène local, c'est-à-dire l'accroissement de la perspiration, mais l'état des forces, de la constitution, en un mot, l'ensemble des phénomènes qui les accompagnent. Ce point de vue est excellent pour la pratique; mais il faut avouer qu'il est dénué de justesse ; car l'irritation sécrétoire, qui forme le caractère essentiel de l'hydropisie active, peut se montrer chez des sujets affaiblis. Telle hydropisie est active pour l'un , tandis que, pour d'autres , elle sera passive , c'est-à-dire accompagnée de circonstances opposées aux précédentes. On voit quelle confusion déplorable introduiraient dans la science de pareilles dénominations , si on ne les effaçait pas entièrement du vocabulaire médical. L'hydropisie pléthorique admise par beaucoup d'auteurs est simple-
ment une hydropisie survenant chez un sujet robuste, et capable de développer un mouvement fébrile, que Bâchera appelé fort singulièrement^eVre hydropique ; or, une hypertrophie du cœur , une pleurésie ou une péricardite qui attaquerait un individu lymphatique et débilité, produirait une hydropisie que l'on ne pourrait plus placer sur la même ligne, et que l'on devrait transporter dans la classe des hydropisies asthéniques ou passives. Cette manière de séparer des affections identiques rompt toutes les affinités pathologiques: la pleurésie de l'homme sanguin est placée à une grande distance de la pleurésie de l'homme affaibli, et uniquement parce que la première donne lieu à une fièvre vive , à une forte douleur de côté, à une réaction sympathique vers les autres viscères; tandis que la seconde peut rester latente, marcher avec lenteur , et ne point provoquer les symptômes qui procèdent de la pléthore. Dans les deux cas, c'est une irritation sécrétoire seulement, la constitution des sujets, c'est-àdire le substratum , le support de la maladie, étant différent, les symptômes ont dû nécessairement varier dans leur intensité et dans leur marche : mais voilà tout, le fond de la maladie reste le même.
Les qualifications de sthéniques, d'inflammatoires, d'aiguës , de fébriles , de pléthoriques , ne sont pas plus justes que celles d'activés, appliquées aux hydropisies. En effet, l'état fébrile , la rapidité de la marche du mal et la violence des symptômes inflammatoires , la constitution forte et pléthorique du sujet , l'état sthéniqueoùil est, sont autant de circonstances qui, sans doute, doivent être prises en sérieuse considération lorsqu'il s'agit d'instituer le traitement des hydropisies; mais, nous le répétons, ces circonstances ne changent en aucune manière la nature intime de l'hydropisie. Qui ne saitque le stimulus inflammaloire n'est pas capable de produire , chez un sujet exténué par des hémorrhagies ou par une affection chronique ,' une réaction aussi forte que chez un homme frappé de maladie au milieu de la santé la plus florissante? et cependant la nature du mal ne change pas. Celui qui pourrait en douter, n'a qu'à ouvrir le Traité des phlegmasies chroniques de Broussais : il pourra se convaincre que la forme des hydrophîegmasies u comme des autres maladies, peut se modifier, mais que le fond reste le même.
On réclamera peut-être en faveur des mots hydropisie active ou aiguë comme exprimant un fait incontestable , savoir, la rapidité de la sécrétion morbide dans certains cas , sans qu'il y ait encore inflammation appréciable. Nous n'avons pas l'intention de contester ce fait; mais il ne doit pas primer les autres. Le point important, sans contredit, c'est de rechercher la véritable cause de l'hydropisie. D'ailleurs, qu'on n'aille pas croire que les mots hydropisie inflammatoire t jébrilc > pléthorique , aiguë,
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active, soient synonymes : une hypercrinie chez un sujet affaibli peut se faire avec la même rapidité que chez un homme robuste , et quelquefois beaucoup plus rapidement. Une anasarque , par exemple , survient en quelques heures sur un malheureux enfant convalescent de scarlatine, et affaibli parla misère ou par quelque affection antécédente. Une ascite liée à une affection chronique du foie peut s'accompagner d'une fièvre ardente : nous en avons encore, dans l'instant où nous écrivons, un exemple remarquable sous nos yeux. Qu'on cesse donc d'employer cette expression de pléthorique, d'activé 3 de passive , que l'on est surpris de voir adoptée dans des articles publiés depuis peu de temps. Disons maintenant quelques mots des hydropisies passives dont la critique a été implicitement faite dans les lignes qui précèdent; nous reviendrons, d'ailleurs, encore sur ce sujet, en parlant de la nature des hydropisies (voy. ce mot).
Hydropisies passives, astliéniques, froides. — Ces hydropisies se montrent fréquemment chez dessujetsqui présentent les attributs de cet état général que les auteurs ont nommé dia thèse séreuse. Les signes qui l'annoncent sont la pâleur et la décoloration de tous les tissus , et particulièrement des muqueuses ; la faiblesse musculaire, l'essoufflement au moindre mouvement, la fluidité du sang, en un mot, tous les signes que nous attribuons aujourd'hui à la chlorose ou à l'anémie. Nous sommes, en vérité, fort en peine de compléter le tableau des symptômes propres aux hydropisies de cette classe. L'opinion la plus générale, chez les auteurs, est que ces hydropisies dépendent de la faiblesse. «Je crois, dit Gullen, qu'une des causes les plus fréquentes de l'augmentation d'exhalation est le relâchement des vaisseaux exhalants. 11 est probable qu'une semblable cause peut avoir lieu ; car les membres paralytiques, où l'on doit soupçonner un pareil relâchement, sont fréquemment affectés de tumeurs séreuses et œdémateuses, comme on a coutume de les appeler. Mais un exemple plus remarquable et beaucoup plus fréquent , qui prouve l'action de cette cause, est la faiblesse générale du système, qui accompagne si souvent l'hydropisie. Il est évident que !a faiblesse générale produit l'hydropisie, par ce qu'elle est très-communément la suite de causes qui affaiblissent puissamment : telles sont les fièvres continues ou intermittentes longtemps prolongées, les re
évacuations de toute espèce qui ont subsisté longet qui étaient en quelque sorte excessives; presque toutes les maladies qui ont été Ion-
temps enfin
gués, et qui ont en même temps donné lieu aux autres symptômes de faiblesse générale» (Étém. de méd. prat., t. m , p. 266 , in-8", 1819). Les arguments que rapporte Cullen. dans le passage que nous venons de transcrire, ont paru tellement pcreinp-
toires aux auteurs qui l'ont suivi , qu'ils ont placé le plus grand nombre de collections séreuses parmi Jes hydropisies passives, asthéniques. M. Bouillaud a détourné l'acception première de celte dénomination en ne l'appliquant qu'aux hydropisies par obstacle à la circulation. Nous n'avons pas besoin de dire que les hydropisies passives des auteurs ne sont que des flux séreux , le plus ordinairement symptomatiques d'une lésion organique qui amène dans la constitution cet état de cachexie, de faiblesse, que Gullen a appelé diathèse hydropique, et qui ne tient elle-même qu'à la désorganisation de quelque viscère , ou à quelque maladie chronique d'une autre nature.
Un malade perd par hémorrhagie une très-grande quantité de sang; il tombe dans l'anémie, et il se déclare de l'œdème aux membres ou de l' anasarque. Les auteurs anciens rattachaient, dans ce cas, tous les symptômes de l'anémie à l'hydropisie. Rapprocherat-on maintenant cette hydropisie froide, asthénique, de celle qui est produite par la grossesse ou par la compression ou l'oblitération de la veine porte ou cave , ou enfin par la dégénérescence chronique des reins. En vérité, nous croyons inutile de nous attachera une critique qui ressort, naturellement, du rapprochement des faits que nous venons de mettre sous les yeux du lecteur.
Répétons donc que la dichotomie que l'on veut appliquer aux hydropisies est inacceptable, parce qu'elle rapproche des faits qui n'ont pas le moindre rapport, et parce qu'elle éloigne des phénomènes pathologiques qui procèdent des mêmes causes. Nous n'avons pas besoin de revenir sur les vices de la dénomination critiquée plus haut; mais il est indispensable maintenant de prouver que la division des hydropisies en actives et en passives, en la supposant admissible pourun instant, ne peut pas embrasser tous les faits actuellement consignés dans les annales de la science. Où ranger , par exemple , ces hydropisies qui se développent chez des sujets soumis à une mauvaise ali-
mentation ou à des priv
étions de tout
genre
? où
mettre ces hydropisies par piqûres d'animaux , par interruption de l'influx nerveux , par altération du sang , par débilité générale , suite d'affections chroniques (cancer de kl'estomac); ces hydropisies symptomatiques d'une hypertrophie de la rate , de la scarlatine, et celles qui surviennent sans lésion appréciable des reins, où les rangerez-vous? D'ailleurs, il est démontré aujourd'hui que, dans quelques cas, c'est parce que le sang est altéré dans sa composition, que les sécrétions des séreuses s'effectuent d'une manière anormale. En présence de ces faits, il nous semble impossible d'admettre l'opinion de M. Bouillaud, qui veut faire entrer, de force, dans les hydropisies actives et passives tous les faits connus. Il a sans doute entièrement renoncé à
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cette singulière doctrine depuis que l'étude des maladies des reins a jeté une vive lumière sur la grande classe des hydropisies qui s'y rattachent. Les faits que nous avons cités précédemment, et qui étaient déjà connus de M. Bouillaud , étaient plus que suffisants pour renverser la doctrine ancienne à laquelle il a prêté l'autorité de son nom.
L'étude des hémorrhagies nous offre quelques rapprochements curieux à faire entre ces affections et les hydropisies. Nous trouvons dans l'une et l'autre 1a division de ces maladies en actives et en passives. L'hémorrhagie et l'hydropisie actives s'accompagnent de l'état pléthorique et de ses symptômes, d'un mouvement fébrile, d'une réaction générale fort intenses; elles se montrent tou'es les deux dans des circonstances individuelles et hygiéniques semblables, elles marchent d'une manière aiguë, annoncent la force (état sthénique) , sont combattues de la même manière. Qu'en conclure? C'est qu'il y a un élément morbide commun, et cet élément qui constitue le fond des deux maladies, qui leur imprime des traits communs, c'est l'état pléthorique. Qu'on le fasse consister dans une augmentation de globules, avec MM. Andral et Gavarret, ou que l'on refuse de reconnaître cette altération du sang qu'ils ont si bien démontrée , il n'en reste pas moins prouvé qu'il existe un état constitutionnel de l'organisme, qui influe sur l'élément morbide qui vient se superposer à lui. Il entre comme partie constituante du substratum, ou support de la maladie, et dès lors il faut s'attendre à le voir modifier celle-ci d'une certaine façon : les hémorrhagies et les hydropisies actives nous en fournissent une preuve irréfragable. En effet , elles revêtent une physionomie commune, et cependant ce sont deux affections d'une nature bien différente. Du reste, on retrouve encore dans d'autres maladies celte influence exercée par l'état constitutionnel dont nous parlons, et, sous ce point de vue, on pourrait appliquer à un grand nombre d'affections l'épithète ^active et de passive. N'est-ce pas cet état constitutionnel qui crée, dans la fièvre typhoïde, cette forme que Ton a nommée inflammatoire , et qui se reconnaît au début du mal par l'augmentation de l'état physiologique des globules qui existent dans le sang? Attendez quelque temps, et lorsque , sous l'influence de la maladie, de la diète, du traitement, la constitution pléthorique aura cessé d'exister, alors éclatera dans tout son jour l'altération caractéristique du sang, c'est-à-dire la diminution de la fibrine. L'état pléthorique n'est pas le seul qui entre comme élément dans toutes les maladies : il faut y joindre la constitution anémique et nerveuse. Nous ne pouvons entrer dans de plus longs détails à ce sujet ; il importait , toutefois , de bien établir que, dans les hydropisies comme dans les hémorrhagies , si l'on observe des signes de force et
de faiblesse, des symptômes inflammatoires et de réaction sympathique , énergiques, faibles ou nuls , c'est tout à la fois et en vertu de la constitution des sujets, et en vertu de la maladie qui est venue s'y ajouter.
Nous avons dit que l'on avait divisé les hydropisies en idiopathiques et en symplomatiques : les premières sont indépendantes de toute lésion organique des viscères ou des membranes; les secondes sont le résultat de quelqu'une de ces lésions. Si l'on ouvre les livres où se trouvent ainsi distribuées les hydropisies , on voit sur-le-champ que celles qui ont reçu le nom $ idiopathiques sont loin de le mériter, que la plupart sont l'effet de maladies qui n'étaient pas encore bien connues au commencement de ce siècle et qui ont été mieux étudiées depuis : comme preuve, nous citerons les hydropisies avec urine coagulable , celles qui suivent l'hypertrophie de la rate dans la fièvre intermittente, l'oblitération des veines, et d'autres maladies. Dans tous ces cas, la nature et le siège des altérations productrices des hydropisies ayant été nettement déterminés, ou les a transportées dans la classe des hydropisies symptomatiques. On peut donc se demander si cette division des hydropisies , devenue plus rigoureuse aujourd'hui , ne pourrait pas suffire aux exigences de la science. En se plaçant au point de vue de l'action des causes, on peut très-bien l'admettre. Toutes les fois qu'une hydropisie se présente à un médecin, la première chose qu'il doit chercher c'est le point de départ de l'épanchemeut , et sa thérapeutiques ressent des résultats de l'investigation à laquelle il s'est livré. En effet , s'il n'a découvert aucune lésion , il ne peut diriger son traitement que contre la collection séreuse ; il prescrit alors les hydragogues, et fait ainsi une thérapeutique fort incertaine. Au contraire , le siège et la nature du mal sont-ils bien déterminés , il s'attaque à la lésion, et le traitement alors est plus souvent couronné de succès. Ainsi donc cette division , aussi ancienne que la médecine, des maladies en idiopathiques et en symptomatiques ne doit pas êlre négligée dans l'étude des hydropisies. Nous nous y sommes astreint dans noire article Anasarque ( t. n, p. 86 ); nous avons admis : 1°uneanasarqueidiopathique;2°uneanasarquesymptomatique d'une modification clans le tissu de la peau, d'un obstacle à la circulation veineuse, d'une distribution imparfaite de l'afflux nerveux , enfin d'une altération du sang. Ces divisions, qui nous paraissent encore aujourd'hui comprendre toutes les espèces d'anasarques qui ont été décrites depuis la publication de notre travail, doivent être un peu modifiées quand on veut y faire rentrer les hydropisies en général.
On a encore divisé les hydropisies en celles qui se font dans des cavités naturelles, et celles qui s'effec-
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tuent dans des cavités anormales. Les premières renferment les hydropisies des séreuses et des muqueuses : nous avons dit que ces dernières n'étaient pas de véritables hydropisies, et nedevaientpas être comprises dans Thistoire de ces dernières maladies. Les hydropisies accidentelles ont reçu le nom à! hydropisies enkystées 3 parce qu'elles sont toutes formées par un liquide séreux épanché dans une membrane séreuse nouvellement constituée.
Divisions des hydropisies proposées par les auteurs de ce livre. — Pour exposer d'une manière méthodique l'histoire des hydropisies, il est indispensable de les partager en un certain nombre de groupes, afin de ne pas réunir dans de vagues généralités des circonstances pathologiques qui sont souvent placées à une assez grande distance les unes des autres. Aussi voyons-nous presque tous les auteurs anciens les distribuer dans des classes distinctes, et leur imposer des noms qui expriment les différences qu'ils ont cru y reconnaître. Delà sont nées les divisions que nous avons décrites , et parmi lesquelles nous avons surtout distingué celle des hydropisies en actives et en passives, qui a régné jusque dans ces derniers temps. Nous avons prouvé que cette division ainsi que toutes les autres étaient erronéeset insuffisantes; il ne nous reste plus maintenant qu'à exposer la classification qui nous paraît commandée par l'état actuel de la science.
lre CLASSE. — Hydropisies par altération des solides.
1er Ordre. — Hydropisies déterminées par une affection aiguë ou chronique de la membrane séreuse qui est le siège de l'épanchcmcnt. — Exemples : toutes les hydropisies symptomatiques d'une inflammation des séreuses (de la plèvre, du péricarde, de l'arachnoïde , du péritoine, etc.).
IIe Ordre. — Hydropisies par obstacle à la circulation veineuse. — Nous trouvons dans cet ordre, le plus nombreux de tous, les collections séreuses détermiuées par les oblitérations des veines, et par toutes les affections qui gênent ou empêchent la circulation plumonairc , cardiaque ou hépatique (maladies du poumon, du cœur, du foie, tumeurs du ventre, grossesse, etc.).
IIIe O&DRB. — Hydropisies produites par une modification pathologique survenue dans la structure de la peau. — Dans cet ordre se trouvent rangées les hydropisies du tissu cellulaire, que l'on voit naître après la rougeole, la scarlatine.
IVe Ordre. — Hydropisies supplémentaires produites par la suppression d'une sécrétion normale ou anormale. — Telles sont les hydropisies qui succèdent à la suppression subite de la sueur, ou
de quelques flux qui ont leur siège dans les membranes séreuses ou dans d'autres organes.
Ve Ordre. — Hydropisies par répétition sympathique de l'irritation.
IIe CLASSE. — Hémorrhagies par altération du sang.
Nous verrons s'il est possible d'établir des subdivisions dans cette classe, ainsi que nous l'avons fait pour les hémorrhagies. Disons par avance que les états pathologiques qui semblent, devoir être rattachés à une altération du sang, et qui déterminent des épauchements séreux, sont les hydropisies qui surviennent chez des sujets atteints de la maladie de Bright, ou qui ont été soumis à une alimentation mauvaise et peu réparatrice.
IIIe CLASSE. — Elle renferme les hydropisies qui n'ont pu trouve? place dans les classes précédenlcsj parce que leur mode de production est encore très-obscur.
Le nombre de ces hydropisies est assez considérable; cependant les recherches analomo-pathologiques l'ont beaucoup restreint depuis le commencement de ce siècle.
Dans la classification que nous venons de proposer nous avons pris pour base de nos divisions les causes appréciables des hydropisies. Nous avons tenu compte des altérations des humeurs et des solides; seul moyen d'expliquer les différentes espèces d'hydropisies. Nous avons déjà indiqué les principales divisions de notre article lorsque nous avons traité de l'anasarque (t. i, p. 86); nous y avons seulement introduit les modifications que rendaient nécessaires les travaux qui ont paru depuis celte époque. Déjà nous avions réservé une place toute spéciale aux hydropisies par altération du sang ; aujourd'hui plus que jamais nous maintenons cette classe.
Sans nous exagérer l'importance de ces classifications, nous les regardons toutefois comme indispensables en pathologie générale. Sans elles, il est impossible d'écrire, avec quelque clarté, l'histoire de ces grands phénomènes morbides qui , comme les collections séreuses , se rattachent à des lésions et à des maladies très-différentes. En suivant une autre marche, on court le risque de s'égarer dans des considérations insignifiantes ou erronées, parce qu'elles s'appliquent à des conditions pathologiques trop nombreuses. Dans un aussi vaste sujet que celui-ci, les divisions sont nécessaires, lors même qu'elles ne seraient pas à l'abri de la critique. Elles nous apprennent toujours à saisir les différences, ce qui est capital sous le point de vue du traitement. Toutefois, nous déclarons que l'histoire des hydropisies n'est pas assez avancée pour que l'ou puisse les réunir toutes dans
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des classes distinctes; nous avons été contraint de placer, dans un ordre à part, toutes ces hydropisies incertœ sedis , dont la vraie cause nous échappe, et le nombre en est assez considérable. Aussi ne faut-il regarder ces divisions que comme provisoires, et il n'est pas hors de propos de rappeler ce que disait à ce sujet un célèbre chimiste. Il assistait à une réunion où les hommes les plus éminents de la science discutaient avec chaleur, et presque avec emportement, sur le mérite respectif des classifications que chacun d'eux venait de proposer; chacun faisait ressortir les avantages attachés à la sienne , et la discussion devenait fort animée, lorsque le chimiste en question se leva et dit: «Moi, je divise tous les métaux en deux grandes classes ; dans la première , je range tous les métaux qui sentent l'ail, et j'y place l'arsenic; la seconde classe comprend tous les autres.» Cette critique fit cesser la discussion , et inspira à chacun des idées plus justes sur la véritable valeur des classifications.
Nous ferons remarquer, avant d'entrer en matière , que notre article étant spécialement consacré à une histoire générale et synthétique de toutes les espèces d'hydiopisies, nous ne produirons aucun détail particulier sur l'anasarque et l'ascite : nous avons accordé à ces maladies de grands développements , et nous y renverrons souvent le lecteur. Quant aux autres hydropisies, elles sont traitées dans des articles spéciaux.
lre CLASSE. — Hydropisies par altération des solides.
Ier Ordre. — Hydropisies déterminées par une affection aiguë ou chronique de la séreuse } ou par une simple lésion fonctionnelle. — Nous commençons par les hydropisies de cet ordre, parce qu'il est facile d'en saisir le mode de production. En effet, elles se manifestent dans le lieu même où s'est développée la cause qui les provoque , et suivent de Irès-près l'intervention de cette cause.
L'irritation inflammatoire des membranes séreuses est une des causes les plus ordinaires des hydropisies. L'effet constant de la phlegmasie aiguë est de modifier la sécrétion des liquides exhalés à la surface de la membrane séreuse , et d'en changer la nature. Tantôt le liquide épanché est transparent , jaunâtre , et en quantité considérable; tantôt il est trouble, et tient en suspension une foule de flocons fibrineux , blanchâtres; souvent il n'exisle qu'une faible quantité de liquide qui s'organise promplement, et fait adhérer plus ou moins immédiatement les feuillets viscéral et pariétal de la séreuse. On voit donc que si la phlogose a pour effet le plus ordinaire de donner naissance à une hydropisie, son intensité , sa durée,
l'état du sujet , peuvent aussi supposer à la production d'une hydropisie. Si la phlogose débute avec violence, si rien n'eu arrête la marche, si le sujet est pléthorique , et dans un état de sthénie qui imprime aux maladies un caractère particulier, elle donne lieu à l'exhalation d'une petite quantité de liquide, et plus ordinairement d'un sérum plus ou moins chargé de nouveaux principes , tels que la fibrine et les globules de pus. L'albumine devient peut-être aussi plus abondante. Nous reviendrons sur ce sujet en parlaut de la composition des sérosités.
Si, au contraire, l'irritation est moins intense, et s'effectue suivant un mode voisin de l'état physiologique, il n'en résulte qu'une exhalation plus abondante de sérosité. Cette forme d'irritation a été appelée irritation sécrétoire par M. Breschet, et hypercrinie par M. Andral. Elle consiste en un accroissement morbide de la sécrétion.
L'irritation sécrétoire et l'irritation inflammatoire aiguë et chronique ont pour caractère commun de provoquer un flux anormal. La texture du tissu séreux reste intacte dans la première; il n'y a qu'accroissement de la sécrétion, et le liquide exhalé s'éloigne moins de ce qu'il est à l'état normal que dans l'irritation inflammatoire. Dans ce cas , il y a lésion de texture, et non pas simple trouble fonctionnel; en même temps aussi le liquide sécrété est modifié dans sa composition et dans sa quantité. Cette quantité est parfois diminuée : c'est ainsi que l'on voit l'arachnoïde, la plèvre, le péritoine, offrir une sécheresse remarquable au début des phlegmasies. Mais le plus ordinairement la sérosité est exhalée en plus grande abondance. Les hydropisies par irritation sécrétoire sont sur les limites des hydropisies par irritation inflammatoire.
L'excitation anormale des séreuses est bien la cause commune de l'exhalation qui s'établit à leur surface; mais les phénomènes intimes sont différents. Dans un premier degré qui forme le passage de l'état physiologique à létal morbide, l'irritation sécrétoire s'effectue sous l'influence d'une excitation plus grande du tissu : cette irritation n'est pas encore l'irritation inflammatoire. L'irritation peut franchir ce premier degré, et alors se développe un flux séreux par inflammation ou par irritation inflammatoire. Ici encore il faut distinguer plusieurs degrés. La phlogose est-elle violente, la sérosité qui s'écoule des surfaces enflammées devient, comme le sang lui-même, riche en fibrine. Celle-ci, en s'organisant avec promptitude, entraîne de l'albumine; les principes aqueux, au contraire, sont peu abondants. Ceux-ci prédominent dans les hydrophlcgmasics sub- aiguës et chronique; quelquefois même des globules sanguins transsudent avec la sérosité , et il en résulte des épanchements séro-sanguins qui tiennent sans doute à un mode
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tuent dans des cavités anormales. Les premières renferment les hy dropisies des séreuses et des muqueuses : nous avons dit que ces dernières n'étaient pas de véritables hydropisies, et ne devaient pas être comprises dans l'histoire de ces dernières maladies. Les hydropisies accidentelles ont reçu le nom à" hydropisies enkystées 3 parce qu'elles sont toutes formées par un liquide séreux épanché dans une membrane séreuse nouvellement constituée.
Divisions des hydropisies proposées par les auteurs de ce livre. — Pour exposer d'une manière méthodique l'histoire des hydropisies, il est indispensable de les partager en un certain nombre de groupes, afin de ne pas réunir dans de vagues généralités des circonstances pathologiques qui sont souvent placées à une assez grande distance les unes des autres. Aussi voyons-nous presque tous les auteurs anciens les distribuer dans des classes distinctes, et leur imposer des noms qui expriment les différences qu'ils onteru y reconnaître. Delà sont nées les divisions que nous avons décrites , et parmi lesquelles nous avons surtout distingué celle des hydropisies en actives et en passives, qui a régné jusque dans ces derniers temps. Nous avons prouvé que cette division ainsi que toutes les autres étaient erronces^et insuffisantes; il ne nous reste plus maintenant qu'à exposer la classification qui nous paraît commandée par l'état actuel de la science.
lre CLASSE. — Hydropisies par altération des solides.
1er Ordre. — Hydropisies déterminées par une affection aiguë ou chronique de la membrane séreuse qui est le siège de l'épanchemcnt. — Exemples : toutes les hydropisies symptomatiques d'une inflammation des séreuses (de la plèvre, du péricarde , de l'arachnoïde , du péritoine , etc.).
IIe Ordre. — Hydropisies par obstacle à la circulation veineuse. — Nous trouvons dans cet ordre, le plus nombreux de tous, les collections séreuses déterminées par les oblitérations des veines, et par toutes les affections qui gênent ou empêchent la circulation plumonairc, cardiaque ou hépatique (maladies du poumon, du cœur, du foie, tumeurs du ventre, grossesse, etc.).
IIIe Ordre. — Hydropisies produites par une modification pathologique survenue dans la structure de la peau. — Dans cet ordre se trouvent rangées les hydropisies du tissu cellulaire, que l'on voit naître après la rougeole, la scarlatine.
IVe Ordre. — Hydropisies supplémentaires produites par la suppression d'une sécrétion normale ou anormale. — Telles .sont les hydropisies qui succèdent à la suppression subite de la sueur, ou
de quelques flux qui ont leur siège dans les membranes séreuses ou dans d'autres organes.
Ve Ordre. — Hydropisies par répétition sympathique de l'irritation.
11e CLASSE. — Hémorrhagies par altération du sang.
Nous verrons s'il est possible d'établir des subdivisions dans cette classe, ainsi que nous l'avons fait pour les hémorrhagies. Disons par avance que les états pathologiques qui semblent, devoir être rattachés à une altération du sang, et qui déterminent des épanchements séreux, sont les hydropisies qui surviennent chez des sujets atteints de la maladie de Bright, ou qui ont été soumis à une alimentation mauvaise et peu réparatrice.
IIIe CLASSE. — Elle renferme les hydropisies qui n'ont pu trouve? place dans les classes précédentes, parce que leur mode de production est encore très-obscur.
Le nombre de ces hydropisies est assez considérable; cependant les recherches anatomo-pathologiques l'ont beaucoup restreint depuis le commencement de ce siècle.
Dans la classification que nous venons de proposer nous avons pris pour base de nos divisions les causes appréciables des hydropisies. Nous avons tenu compte des altérations des humeurs et des solides ; seul moyen d'expliquer les différentes espèces d'hydropisies. Nous avons déjà indiqué les principales divisions de notre article lorsque nous avons traité de l'anasarque (t. i, p. 86); nous y avons seulement introduit les modifications que rendaient, nécessaires les travaux qui ont paru depuis celte époque. Déjà nous avions réservé une place toute spéciale aux hydropisies par altération du sang ; aujourd'hui plus que jamais nous maintenons cette classe.
Sans nous exagérer l'importance de ces classifications, nous les regardons toutefois comme indispensables en pathologie générale. Sans elles, il est impossible d'écrire, avec quelque clarté, l'histoire de ces grands phénomènes morbides qui , comme les collections séreuses , se rattachent à des lésions et à des maladies très-différentes. En suivant une autre marche, on court le risque de s'égarer dans des considérations insignifiantes ou erronées, parce qu'elles s'appliquent à des conditions pathologiques trop nombreuses. Dans un aussi vaste sujet que celui-ci, les divisions sont nécessaires, lors même qu'elles ne seraient pas à l'abri de la critique. Elles nous apprennent toujours à saisir les différences, ce qui est capital sous le point de vue du traitement. Toutefois, nous déclarons que l'histoire des hydropisies n'est pas assez avancée pour que l'on puisse les réunir toutes dans
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des classes distinctes; nous avons été contraint de placer, dans un ordre à part, toutes ces hydropisies incertœ sedis , dont la vraie cause nous échappe, et le nombre en est assez considérable. Aussi ne faut-il regarder ces divisions que comme provisoires, et il n'est pas hors de propos de rappeler ce que disait à ce sujet un célèbre chimiste. Il assistait à une réunion où les hommes les plus éminents de la science discutaient avec chaleur, et presque avec emportement, sur le mérite respectif des classifications que chacun d'eux venait de proposer; chacun faisait ressortir les avantages attachés à la sienne , et la discussion devenait fort animée, lorsque le chimiste en question se leva et dit: «Moi, je divise tous les métaux en deux grandes classes ; dans la première , je range tous les métaux qui sentent l'ail, et j'y place l'arsenic; la seconde classe comprend tous les autres.» Gette critique fit cesser la discussion , et inspira à chacun des idées plus justes sur la véritable valeur des classifications.
Nous ferons remarquer, avant d'entrer en matière , que notre article étant spécialement consacré à une histoire générale et synthétique de toutes les espèces d'hydropisies, nous ne produirons aucun détail particulier sur l'anasarque et l'ascite : nous avons accordé à ces maladies de grands développements , et nous y renverrons souvent le lecteur. Quant aux autres hydropisies, elles sont traitées dans des articles spéciaux.
lre CLASSE. — Hydropisies par altération des solides.
Ier Ordre. — Hydropisies déterminées par une affection aiguë ou chronique de la séreuse, ou par une simple lésion fonctionnelle. — Nous commençons par les hydropisies de cet ordre , parce qu'il est facile d'en saisir le mode de production. En effet, elles se manifestent dans le lieu même où s'est développée la cause qui les provoque , et suivent de Irès-près l'intervention de cette cause.
L'irritation inflammatoire des membranes séreuses est une des causes les plus ordinaires des hydropisies. L'effet constant de la phlegmasie aiguë est de modifier la sécrétion des liquides exhalés à la surface de la membrane séreuse, et d'en changer la nature. Tantôt le liquide épanché est transparent , jaunâtre , et en quantité considérable; tantôt il est trouble, et lient en suspension une foule de flocons fibrineux , blanchâtres; souvent il n'existe qu'une faible quantité de liquide qui s'organise promplement, et fait adhérer plus ou moins immédiatement les feuillets viscéral et pariétal de la séreuse. On voit donc que si la phlogose a pour effet le plus ordinaire de donner naissance à une hydropisie, son intensité , sa durée,
l'état du sujet , peuvent aussi s'opposer à la production d'une hydropisie. Si la phlogose débute avec violence, si rien n'eu arrête la marche, si le sujet est pléthorique , et dans un état de sthénie qui imprime aux maladies un caractère particulier, elle donne lieu à l'exhalation d'une petite quantité de liquide, et plus ordinairement d'un sérum plus ou moins chargé de nouveaux principes , tels que la fibrine et les globules de pus. L'albumine devient peut-être aussi plus abondante. Nous reviendrons sur ce sujet en parlaut de la composition des sérosités.
Si, au contraire, l'irritation est moins intense , et s'effectue suivant un mode voisin de l'état physiologique, il n'en résulte qu'une exhalation plus abondante de sérosité. Cette forme d'irritation a été appelée irritation sécrétoire par M. Breschet, et hypercrinie par M. Andral. Elle consiste en un accroissement morbide de la sécrétion.
L'irritation sécrétoire et l'irritation inflammatoire aiguë et chronique ont pour caractère commun de provoquer un flux anormal. La texture du tissu séreux reste intacte dans la première; il n'y a qu'accroissement de la sécrétion, et le liquide exhalé s'éloigne moins de ce qu'il est à l'état normal que dans l'irritation inflammatoire. Dans ce cas, il y a lésion de texture, et non pas simple trouble fonctionnel; en même temps aussi le liquide sécrété est modifié dans sa composition et dans sa quantité. Cette quantité est parfois diminuée : c'est ainsi que l'on voit l'arachnoïde, la plèvre, le péritoine, offrir une sécheresse remarquable au début des phlegmasies. Mais le plus ordinairement la sérosité est exhalée en plus grande abondance. Les hydropisies par irritation sécrétoire sont sur les limites des hydropisies par irritation inflammatoire.
L'excitation anormale des séreuses est bien la cause commune de l'exhalation qui s'établit à leur surface; mais les phénomènes intimes sont différents. Dans un premier degré qui forme le passage de l'état physiologique à l'état morbide, l'irritation sécrétoire s'effectue sous l'influence d'une excitation plus grande du tissu : cette irritation n'est pas encore l'irritation inflammatoire. L'irritation peut franchir ce premier degré, et alors se développe un flux séreux par inflammation ou par irritation inflammatoire. Ici encore il faut distinguer plusieurs degrés. La phlogose est-elle violente, la sérosité qui s'écoule des surfaces enflammées devient, comme le sang lui-même, riche en fibrine. Celle-ci, en s'organisant avec promptitude, entraîne de l'albumine; les principes aqueux, au contraire, sont peu abondants. Ceux-ci prédominent dans les hydrophlcgmasics sub- aiguës et chronique; quelquefois même des globules sanguins transsudent avec la sérosité , et il en résulte des épanchements séro-sanguins qui tiennent sans doute à un mode
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particulier d'irritation dont la nature intime nous échappe. Enfin, dans quelques cas, c'est du sang pur qui est exhalé sous l'influence de l'irritation inflammatoire. Tous les hommes qui ont l'habitude d'observer des malades ont eu occasion, plus d'une fois, de réfléchir sur la corrélation qui existe entre ces diverses sortes d'exhalations.
M. Breschet insiste sur ce point dans son excellente dissertation sur les hydropisies : « Les hydropisies actives, les exhalations sanguines, l'inflammation, peuvent arriver partout où il y aura des vaisseaux exhalants. Il ne sera pas nécessaire d'y admettre des nerfs de la vie animale; ceux des ganglions qui accompagnent constamment les vaisseaux, et leur forment des espèces de gaines plexiformes , suffisent pour rendre compte de la sensibilité organique et de la tonicité, aux différents états desquels nous rapportons les exhalations séreuses , les exhalations sanguines , l'inflammation et la suppuration. Je regarde en quelque sorte toutes ces maladies comme provenant de la même source, de l'irritation. L'irritation est-elle faible, l'exaltation des forces toniques, l'afflux humoral , ont lieu, mais à un moindre degré que pour l'hémorrhagic active , et dans ce premier cas l'exhalation séreuse en est seule le résultat. A une irritation plus vive succèdent les exhalations sanguines, l'inflammation, et, si cette dernière est intense, le stimulus continuant à agir, la suppuration, autre genre d'exhalation, en sera la conséquence. La pratique, et surtout l'ouverture des cadavres, ont fréquemment démontré que ces différents phénomènes avaient existé dans une maladie , et gardé entre eux un ordre de succession» {Recherches sur les hydropisies actives en général, et sur l'hydropisie active du tissu cellulaire en particulier 3 par Gilbert Breschet, p. 9, thèse n° 1 73, Paris, 1812). Nous avons transcrit ce passage , parce qu'il renferme une juste appréciation des principales causes des hydropisies par irritation. II en est cependant d'autres non moins importantes, et qui n'ont pas été signalées.
Ce n'est pas seulement de L'irrilalk>a qu'il faut faire provenir les différentes formes d'exhalations dout nous venons de parler; d'autre* causes interviennent, et parmi elles nous devons mentionner spécialement les différents états constitutionnels du sang. S'il existe, par exemple, un état du sang caractérisé par la prédominance des globules., l'inflammation delà séreuse se montrera avec une réaction générale fort intense; elle sera , au contraire, plus languissante si le sujet est affaibli, anémique ou chlorolique; non pas que la composition du sang, dans ces cas, s'oppose à la production d'une phlegma.sie, mais la réaction sympathique ne se montre pas d'une manière aussi tranchée; et d'ailleurs la phlogose elle-même ne revêt souvent alors qu'une forme sub-aiguë,ou même
chronique. Il peut encore arriver qu'un sujet chez lequel existe une de ces maladies qui amènent la diminution des quantités normales de fibrine, soit pris d'une phlegmasie d'une membrane séreuse. Souvent alors le liquide épanché entraîne avec lui une certaine quantité de globules de sang, et l'hémorrhagie se combine à l'hydropisie. Deux éléments morbides se trouvent ainsi rassemblés chez le même sujet, et produisent un ensemble de phénomènes morbides dans lesquels il faut savoir distinguer ce qui appartient en propre à l'hydropisie et à l'hémorrhagie. Nous insistons fortement sur ce point , parce qu'il n'a pas encore fait l'objet d'un sérieux examen depuis la publication des travaux de MM. Andral et Gavarret sur le sang. Nous aurons occasion plus d'une fois de mettre à profit ces remarques pour expliquer plusieurs phénomènes qui apparaissent dans le cours des hydropisies, et auxquels on avait assigné d'autres causes que celles qui les produisent réellement.
Les symptômes des hydrophlegmasies sont locaux ou généraux. Les premiers dépendent: l°de l'inflammation développée dans la membrane séreuse; 2° de la présence du liquide épanché. La douleur, la gêne apportée à l'accomplissement des fonctions de l'organe par l'inflammation et par l'épanchement , sont le point de départ des phénomènes morbides. Ils varient, du reste, suivant le siège de la phlogose , l'organe autour duquel se développe la séreuse; on ne peut rien établir de général à cet égard.
Les symptômes généraux annoncent assez souvent une vive réaction : la peau est chaude, la face fortement animée, le pouls fréquent et dur, la bouche sèche , la soif vive, les urines rares et fortement colorées ; en un mot, l'on voit paraître tous les signes de l'état morbide que l'on appelle état sthénique 3 pléthorique, inflammatoire. 11 n'en a pas fallu davantage aux auteurs pour appliquer ces diverses dénominations aux hydropisies qui s'accompagnent des symptômes que nous venons d'indiquer. Voilà donc toute une grande classe d'hydropisies actives qui n'est formée que des hydropisies symplomatiques , d'une phlogose aiguë et chronique des membranes séreuses. La forme sthénique, pléthorique , qu'elles revêtent, elles la doivent, soit à la constitution du sujet, soit à la violence de l'inflammation et à ses irradiations symplomatiques : il n'y a rien dans tout cela qui appartienne à l'hydropisie; les phénomènes résultent de la maladie phlogislique et de l'étal du sujet. Celte même hydropisie active sera passive, aslhénique, si la réaction fébrile est difficile à émouvoir chez le sujet , parce qu'il esl prostré par quelque maladie antérieure, ou par d'autres causes. On voit donc combien une pareille division des hydropisies est mauvaise; nous aurons souvent occasion d'en montrer les vices?
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à mesure que nous avancerons dans l'étude de ces maladies.
On a conseillé généralement de traiter par des émissions sanguines les hydropisies comprises dans notre premier ordre. L'observation attentive des symptômes, qui avait conduit les anciens à établir une classe d'hydropisies sthénique , inflammatoire , etc. . leur avait appris qu'on doit les combattre par un traitement antiphlogistique souvent fort actif; aussi doit-on reconnaître que , sous le point de vue du traitement, 'institution de la classe des hydropisies actives avait son utilité.
L'étude récente des altérations du sang dans la phlegmasie des séreuses a montré un accroissement considérable de fibrine. La pleurésie , le rhumatisme articulaire, sont, avec la pneumonie, les inflammations qui font monter le plus haut le chiffre de la fibrine; les autres inflammations des membranes séreuses fournissent des résultats analogues ; seulement la fibrine n'atteint pas un chiffre aussi élevé. L'augmentation de cet élément est un trait caractéristique des hydropisies liées à la phlogose des séreuses : aussi, en admettant que les symptômes locaux fournis par les troubles fonctionnels n'aient pu faire découvrir la véritable nature d'une collection séreuse, on ne pourra plus conserver de doute dès que l'on aura trouvé , par l'analyse du sang, une augmentation dans les quantités de fibrine.
La dernière observation qu'il nous reste à faire sur les hydropisies du premier ordre, c'est que, bien qu'elles soient toutes symplomatiques d'une lésion parfaitement déterminée , elles ne peuvent être placées sur la même ligne , sous le point de vue de leur mode de développement. En effet, les unes sont le résultat de l'inflammation primitivement développée dans la membrane séreuse, les autres dépendent encore de cette même inflammation ; mais celle-ci ne s'est étendue que consécutivement jusqu'à la membrane; son premier siège était dans l'organe qu'environne la séreuse. C'est ainsi que l'on voit tous les jours l'épanchement pleurétique déterminé par une pneumonie , un tubercule sous-pleural ; l'hydropisie naître sous l'influence d'un ramollissement, d'une hémorrhagie, d'un tubercule du cerveau; l'hydropéricarde succéder à une phlegmasie du tissu charnu du cœur, ou à quelque autre maladie de ce viscère ; l'ascife à une foule de lésions viscérales, telles que le cancer gastrique, l'inflammation aiguë et chronique du foie, les affections de l'utérus et de ses annexes, de la vessie. Il est bien entendu que nous mettons de côté les maladies qui agissent en comprimant les vaisseaux.
Dans tous les cas que nous venons d'énumérer, l'irritation transmise à la membrane séreuse par le viscère qu'elle recouvre , peut ne revêtir que cette forme que l'on a nommée irritation sécrétoire. Elle
a pour effet de provoquer Tépanchement d'une grande quantité de liquide, et de le reproduire sans cesse, lors même que l'on a institué le meilleur traitement pour le faire cesser. L'hydrothorax, l'ascile, qui sont l'effet de tubercules ou de désorganisation chronique de quelque viscère , persistent aussi longtemps que les causes mêmes qui les déterminent. Gomment pourrait-il en être autrement? L'irritation sécrétoire a sa cause dans une lésion qui se cache derrière elle. Seulement il faut que cette fatale épine , qui est en quelque sorte enfoncée dans la membrane , n'agisse qu'avec une certaine intensité , et seulement avec le degré convenable , pour produire un simple accroissement dans l'exhalation ; car si la stimulation est plus forte , si la lésion organique irrite trop fortement la séreuse, l'irritation devient inflammatoire, et la nature ainsi que la quantité du liquide exhalé changent. Il s'agit alors d'une de ces hydropisies qui sont consécutives à une phlegmasie caractérisée : c'est donc entre une simple irritation sécrétoire et une inflammation franche, que se balance souvent l'hydropisie symptomatique d'une affection des séreuses.
Nous aurions pu faire une classe distincte pour les hydropisies par irritation sécrétoire; mais trop de causes variées les produisent pour que nous ayons voulu morceler ainsi notre sujet; d'ailleurs, c'eût été prendre pour point de départ le mystère des sécrétions, qui est un phénomène trop intime et trop obscur dans son essence pour que l'on puisse le faire servir à^des divisions pathologiques. Nous préférons nous arrêter aux phénomènes morbides plus saillants, et que l'on peut attaquer par une thérapeutique efficace.
Traitement. — La distinction que nous venons d'établir est d'une haute importance pour la pratique : en effet, le traitement ne saurait être le même dans les deux sortes d'hydropisies. Dépend-elle5 de la phlogose primitive du tissu séreux , il n'y a d'autre parti à prendre que de combattre énergiquement , et par les moyens usités en pareillecirconstance, l'inflammation de la membrane , et alors l'hydropisie ne tardera pas à se dissiper. Il n'en sera pas de même si le. point de départ de l'inflammation ou de la simple irritation sécrétoire se trouve être dans le viscère subjacent (hydropisie symplomatiqne consécutive): c'est contre la lésion dont il est affecté que l'on doit diriger le traitement. Si celte lésion est au-dessus des ressources de l'art, c'est en vain que vous combattrez l'épanchement par des hydragogues, ou d'autres agents thérapeutiques ; toujours il reparaîtra tant que sa cause n'aura pas cessé : aussi l'hydrothorax symplomalique de tubercules développés sous la plèvre, l'ascite symptomilique de l'hypertrophie des ganglions mésentériques (voy. Carreau, t. n), ou d'une affection de l'ovaire, de la matrice, l'hydarthrose?
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liée à une maladie des ligaments ou des surfaces articulaires, ne guérissent que dans les cas rares où l'on est parvenu à dissiper la lésion dont l'hydropisie n'était que l'effet. C'est à ces préceptes généraux que se réduit ce que nous voulons dire du traitement des hydropisies renfermées dans notre premier ordre.
IIe Ordre. — Hydropisies par obstacle à la circulation veineuse. — Nous ne pouvons examiner en détail toutes les causes de ces hydropisies , car nous ne ferions que reproduire la description que nous en avons déjà donnée en parlant de l'anasarque (t. i, p. 104). 11 résulte de l'historique complet que nous avons présenté dans cet article , que les hydropisies par obstacle au cours du sang sont celles dont les anciens ont le mieux connu le véritable mécanisme; ils n'ont ignoré aucune des lésions qui peuvent les produire ( loc. cit. , p. 104 et 105 ).
Une des causes dont le mode d'action est le plus facile à saisir, est l'oblitération de la veine principale d'un membre à la suite d'une phlegmasie qui détermine la formation d'un caillot. La phlébite, dans ce cas, donne lieu à l'œdème de3 parties auxquelles se distribue le rameau veineux. L'obstruction peut aussi tenir à la coagulation toute spontanée du sang dans le vaisseau, et sans inflammation préalable. Les cas de ce genre sont rares ; l'un de nous en a rapporté un remarquable exemple; la coagulation s'était effectuée dans la veine basilique ( Cas rare de coagulation du sang dans les vaisseaux; in Gazette des hôpitaux , n° 12 , janv. 1839). 11 n'y eut pas d'œdème au membre thoracique , probablement parce que la circulation collatérale continuait. Chez un autre malade , atteint de phthisie pulmonaire parvenue au dernier degré, et que l'un de nous a eu occasion d'observer dans son service , les deux membres abdominaux étaient le siège d'un œdème très-marqué, quoique peu considérable ; les deux saphènes internes et les crurales étaient remplies d'un caillot solide dont nous pûmes reconnaître la nature et le siège pendant la vie du sujet ; la veine cave inférieure était parfaitement libre ; mais la veine iliaque primitive externe et interne, la crurale et la saphène du côté droit étaient obturées par un caillot adhérent aux parois des veines , dont la séreuse avait perdu son poli , et était recouverte d'une fausse membrane rougeàlre. Une fistule borgne externe , de quelques lignes de profondeur, et dont le malade ne soupçonnait même pas l'existence à son entrée à l'hôpital , avait-elle été le point de départ de cette phlébite interne? Cela n'est point impossible; mais il faut avouer alors que la marche de cette inflammation avait été bien sourde , puisque le malade n'avait pas pris le lit un seul jour, et qu'au moment où il fut soumis pour la première fois à notre observation il n'offrait aucun signe de phlébite. Ce n'est pas ici le lieu de soulever les graves questions
que font naître les deux faits que nous venons de rapporter ; nous avons voulu seulement montrer que l'obstruction d'une veine par un caillot n'est pas toujours une preuve suffisante de phlébite, lorsqu'il n'y a pas eu d'autre symptôme. Les caillots du cœur n'indiquent pas davantage une inflammation de l'endocarde.
L'hydropisie peut encore tenir à la compression d'un tronc veineux par une tumeur située dans son voisinage; quelquefois cette compression n'est que momentanée , comme dans la grossesse. Quelques auteurs font intervenir plusieurs causes dans la production de l'œdème des femmes enceintes ( voy. Anàsarque, p. 106). Les oblitérations des veines provoquent des œdèmes partiels dans les différentes parties du corps ; on peut en voir plusieurs exemples curieux dans le mémoire de M. Bouillaud ( de VOblitér. des veines , et de son influence sur la formation des hydropisies partielles t etc.; Arch. gén. de méd.} t. n , p. 188 et suiv.). C'est encore ainsi que se forment des œdèmes d'un côté du cou , d'un membre thoracique, d'un ou de plusieurs membres abdominaux. «Un rapport rigoureux , dit M. Andral , peut être établi entre l'étendue de l'hydropisie et le point où existe un obstacle à la circulation veineuse : ainsi, l'oblitération de la veine fémorale ou axillaire coïncide avec l'œdème du membre pelvien ou thoracique correspondant; si l'oblitération a lieu dans la veine cave inférieure , les deux membres abdominaux sont le siège d'une infiltration séreuse» ( Précis d'anat. path., t. i,p. 328).
La phlegtnatia alba dolcns, ouYœdême des nouvelles accouchées ; a été rapportée, par les uns, à une inflammation des veines, par d'autres , à une phlegmasie des lymphatiques. La première opinion est la seule qui compte aujourd'hui des partisans. Les observations nombreuses dues à MM. Velpeau , Bouillaud, Robert Lee , Boudant, etc. , ne permettent plus de douter que l'inflammation des veines ne soit la cause de la maladie.
La compression exercée par un lien sur les vaisseaux d'un membre peut y déterminer l'œdème. C'est encore par suite du ralentissement survenu dans le cours du sang veineux , que les pieds et le bas des jambes s'infiltrent de sérosité chez les sujets atteints de varices considérables. Aussi cet œdème disparaît-il quand on a diminué la stase du sang à l'aide d'une compression méthodique pratiquée sur le membre avec un bas lacé ou un bandage convenable. 11 survient quelquefois de l'œdème aux pieds chez les personnes affaiblies par quelque affection chronique, ou convalescentes : la faible conlractilité des vaisseaux, et le ralentissement du sang , paraissent être la cause de cette hydropisie , et agir à la manière des varices. Quand les tissus reprennent leur activité normale, la sérosité cesse d'être exhalée.
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L'ascite se produit très-souvent sous l'influence de lésions diverses , qui ont pour effet d'apporter une grande gêne au cours du sang , soit dans la veine cave inférieure , soit(dans le système de la veine porte (voy. art. Ascite, t. i , p. 361 et suiv.). Parmi les altérations qui doivent être plus particulièrement signalées , figurent les affections du foie dans lesquelles il y a induration de sa substance et imperméabilité des vaisseaux hépatiques (cirrhose, cancer, induration), les maladies du pancréas , les indurations cancéreuses de l'estomac, qui constituent, par leur adhérence avec le foie et les organes voisins , des masses considérables au-dessous desquelles la veine cave, et surtout la veine porte , sont fortement comprimées, et quelquefois oblitérées ( art. cit. , p. 363 ). Du reste, il ne faut pas croire que le seul fait d'une compression suffise pour expliquer les hydropisies , car l'on rencontre souvent toutes les altérations précédemment indiquées , sans qu'il y ait épanchement. C'est ainsi que , dans un cas rapporté par Copland , la veine cave était entièrement obstruée , et il n'y avait cependant aucune suffusion séreuse. 11 faut donc admettre l'intervention de quelque autre condition pathologique que nous ne connaissons pas (Ascite, page 362). Les seuls cas où la compression de la veine cave peut être regardée , à coup sûr , comme la cause de l'hydropisie, sont ceux où l'on voit se développer une circulation collatérale sous les téguments du ventre : on est certain alors que l'obstruction des vaisseaux existe , et que c'est d'elle seule que dépend l'hydropisie. 11 est important de rechercher cette circulation collatérale , parce qu'elle ne laisse aucun doute sur la nature et le siège de la maladie. M. Reynaud est un de ceux qui ont le plus insisté sur les faits de ce genre ( Journal hebdomadaire , n° 51 , 1829).
Les maladies des vaisseaux lymphatiques, l'obstruction, la destruction, l'extirpation de leurs glandes, ont tour à tour été indiquées comme cause de l'anasarque. Nous avons rapporté toutes les raisons qui ont été produites en faveur de cette doctrine. Assalini , Morgagni , Sœmmering , Mascagni , attribuent l'auasarque à l'état variqueux des lymphatiques; SaviardetScheib, à des concrétions formées dans leurs principaux troncs; Loos et Greitzinger, à un trouble dans la circulation de la lymphe (voyez pour plus de détails l'art. Anasarque, t. i, p. 106). Des faits et des expériences qui renversent celte doctrine ont été consignés dans les annales de la science. M. Andral, qui a porté spécialement son attention sur ce point, et recherché la part que les vaisseaux lymphatiques prennent dans la production de l'anasarque (Précis d'anat. pathol.j t. i, p. 330), arrive à cette conclusion : «Aucun fait ne démontre jusqu'à présent qu'un obstacle à la circulation lymphatique ait jamais été cause d'hydropisie.»Nous sommes déjà bien éloi-
gnés de l'époque où l'on croyait généralement que la rupture du canal thoracique et des vaisseaux lactés peut causer une hydropisie de poitrine ou du ventre, par suite de l'épanchement des liquides contenus dans ces canaux. Cullen admettait cette théorie (Élem. de méd. prat.> t. m, p. 269 ; Paris, in-8°, édit. de 1819).
Il se forme autour des parties atteintes ou menacées de gangrène par artérite, un empâtement douloureux qui nous paraît provenir de la gêne qu'éprouve la circulation veineuse, ou de l'inflammation transmise au tissu cellulaire voisin. On conçoit que la suspension du cours du sang, ou tout au moins la gêne extrême qu'il éprouve dans l'artère , ralentit également la circulation veineuse, qui, privée du vis à tergo qui l'active, devient languissante. On voit aussi l'œdème se montrer dans les membres dont on a lié l'artère principale pour arrêter une hémorrhagie ou pour guérir un anévrysme.
Les causes que nous venons de passer en revue étant toutes locales, l'hydropisie, par conséquent, doit être partielle. Il n'en est plus de même de celles qui sont l'effet d'une maladie du cœur : elles ont leur siège dans les différentes parties du corps. Les lésions des orifices du cœur qui amènent le rétrécissement ou l'insuffisance des ouvertures par lesquelles s'échappe le sang, sont des causes d'hydropisie tellement connues de tous les médecins qu'il nous paraît inutile d'y insister. Les trois formes d'hypertrophie admises par M. Bouillaud, la dilatation anévrysmale du cœur, avec ou sans lésion des orifices, ce qui est rare , déterminent également l'hydropisie. Dans tous ces cas, l'épanchement commence vers l'extrémité de l'arbre circulatoire, d'abord aux membres inférieurs, puis il s'étend de proche en proche jusqu'aux cavités séreuses, aux membres supérieurs et à la face; le poumon lui-même n'en est pas exempt : il s'y manifeste de l'œdème proprement dit, ou une exhalation bronchique séreuse provoquée par l'engouement dont la membrane muqueuse est devenue le siège (voyez pour plus de détails Anasarque, p. 105). Pour savoir avec précision si les maladies du cœur droit causent' plus rarement les congestions séreuses que celles du gauche, il faudrait des relevés exacts où se trouveraient mises en regard les lésions constatées sur le cadavre, et les symptômes observés pendant la vie. L'on peut, cependant, affirmer que les affections des cavités gauches, qui sont beaucoup plus communes que celles des cavités droites, provoquent aussi fréquemment des hydropisies que ces dernières (voyez Ascite, p. 362).
Nous ne voulons pas reproduire ici des généralités qui manqueraient totalement d'exactitude, s'appliquant à des maladies aussi différentes que celles dont les hydropisies du second ordre ne sont qu'un des
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effets. Que peut-il y avoir de commua entre deux hydropisies dont l'une tient à une cirrhose, et l'autre à une tumeur cancéreuse de l'utérus comprimant la veine cave? La présence du liquide épanché, voilà tout. Le pronoslic, le traitement, ne peuvent pas être compris dans une description générale.
IIIe Ordre. — Hydropisies déterminées par une modification pathologique survenue dans la structure de la peau. — Avant de chercher à expliquer le mode de production de ces hydropisies, il faut d'abord en établir l'existence par des faits incontestables. Guilen admet une anasarque exanthématique. Rien, en effet, de si fréquent que de voir, à la terminaison de l'érysipèle de la face, ou de toute autre partie du corps, les téguments s'infiltrer dans le point même occupé par la phlegmasie, ou dans les parties environnantes. L'altération de la peau est évidente dans ce cas, et il est impossible d'attribuer l'œdème à une autre cause. Les hydropisies ont été observées surtout dans le déclin de la rougeole, de la scarlatine, rarement dans la variole. De Haen, Stoik, Vieusseux , Frank, Borsieri, et, dans ces derniers temps, MM. Andral, Hamilton , Bi ight , Gregory , Ghristison , DarwaI , Rayer, etc., ont éclairé de leurs recherches la cause des hydropisies exanlhématiques,et il résulte de leurs travaux que nous avons déjà exposés avec les plus grands détails (art. Anasarque, p. 94 et 98, 1. 1), que ces hydropisies sont le plus ordinairement déterminées par une de ces altérations organiques du rein, que l'on a réunies trop à la légère sous le nom de nép/irite albumineuse , ou par un trouble fonctionnel et passager des reins. Sur plus de soixante malades atteints de scarlatine , M. Hamilton n'a vu que deux fois les urines ne pas être albumineuscs. Cependant il est des cas bien observés dans lesquels il n'est pas possible d'admetlre que le rein est malade; l'on est alors contraint de penser que l'hydropisie s'est produite sous l'influence d'une altération des couches superficielles de la peau , dont les fondions perspiratoires ont été modifiées à la suite de l'irritation dont elle a été le siège pendant la durée de l'exanthème; cette irritation se transmettrait de la peau au tissu cellulaire sous-jacent. M. Andral fait remarquer, avec juste raison, que cette cause est loin de pouvoir expliquer l'œdème, car il se développe dans des points où l'irritation cutanée a eu peu d'intensité, et à une époque où elle s'est dissipée presque entièrement. L'irritation du système lymphatique, l'éréthisme de la peau, l'embarras gastrique, la suppression de la transpiration, l'altération du sang, ont été invoqués tour à tour pour expliquer l'an isarque , et quelquefois les collections séreuses qui suivent les exanthèmes fébriles.
Les observations qui ont été faites avant les derniers travaux sur les milidies des reins ne peu\ent »ervir à résoudre la ques'ion qui nous occupe. Mais
il existe un petit nombre de faits qui nous portent à croire que le liquide qui doit être éliminé par la peau étant retenu dans l'économie, le tissu cellulaire ou une membrane séreuse deviennent le siège d'un flux supplémentaire, de même qu'après la brusque suspension du mouvement sudoral ,on voit une anasarque générale ou toute autre hydropisiese développer. Ce qui milite en faveur de cette opinion, c'est que beaucoup de malades affectés de scarlatine , et qui contractent de l'œdème, se sont exposés au froid avant d'être entièrement guéris, ou vivaient dans une habitation froide et humide. Du reste , nous n'attachons qu'une importance très-secondaire à cette théorie; nous tenons seulement au fait, et c'est parce qu'il nous a paru incontestable, que nous avons cru nécessaire de maintenir, dans un ordre à part , les hydropisies par lésion de la peau.
L'érysipèle, l'érythème, l'eczéma , les affections chroniques de la peau , les frictions faites avec une graisse rance ou avec des pommades capables de produire un certain degré d'irritation, déterminent dans Je tissu cellulaire sous-cutané un œdème assez ordinairement circonscrit.
C'est encore ainsi qu'agissent un vésicatoire, un sinapisme, un cautère, un ulcère chronique, surtout lorsque ces diverses irritations surviennent chez des malades affaiblis par une maladie chronique : la débilite, dans ce cas, favorise l'influence de l'autre cause. L'érysipèle des paupières, et l'irritation produite par des sangsues appliquées sur des régions où le tissu cellulaire sous-cutané est fin et se laisse facilement remplir par la sérosité , sont encore des causes d'hydropisie. Le phénomène de l'hydropisie s'observe parfois au pourtour d'un phlegmon; et dans ce cas, comme dans ceux que nous venons de citer, il est permis de croire qu'il dépend de l'irritation qui s'est propagée de la peau et des points envahis par l'inflammation au tissu cellulaire ambiant. Toutes les inflammations, dit Broussais, produisent, à une certaine distance autour d'elles, un état hyperdrique, en faisant partager aux tissus voisins l'excès de congestion des foyers inflammatoires {Traité de thérapeutique et de pathologie générales ,t. v,p. 383, in-8°; Paris, 1835). L'influence exercée par l'irritation inflammatoire sur l'exhalation séreuse du tissu cellulaire, se montred'une manière évidente au pourtour du phlegmon, et dans cette forme d'érysipèle désignée sous le nomd'érysipèle œdémateux, qu'il ne faut pas confondre avec cet œdème qui détermine consécutivement l'érysipèle (œil. érysipél.). La résolution des inflammations s'accompagne aussi d'un certain degré d'exhalation séreuse dans la maille des tissus. Cctteexhalation a pour but d'amener dans les parties les liquides qui sont nécessaires à la résorption du sang ei des produits qui se sont epanehis. 11 en est de même des con-
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gestions inflammatoires; elles provoquent parfois, dans les environs des points enflammés , des infiltrations séreuses.
Nous renvoyons, pour la marche et les symptômes de ces hydropisies , à notre article Anasarque, (p. 94).Elles se distinguent des autres par un caractère négatif qu'il importe de noter : l'urine ne doit pas contenir d'albumine, et il ne doit exister aucune lésion viscérale appréciable.
IVe ordre. — Hydropisie par suppression de quelque sécrétion normale ou anormale. — Les expériences physiologiques ont nettement établi que le corps doit perdre journellement une certaine quantité de liquide. Ces perles ont lieu par deux grandes surfaces , le tégument externe et la muqueuse gaslro-pulmonaire ; la sécrétion urinaire y concourt pour une grande part. Les expériences de Sanctorius, de Lavoisier, et celles plus récentes et plus décisives de M.Edwards, prouvent que les perspirations cutanée et pulmonaire peuvent être réduites à n'être plus qu'une transsudation très-minime; l'exhalation rénale devient alors le vicaire de la peau {de l'Influence des agents physiques sur la vie). Que Ton suppose maintenant que celle loi de balancement ne puisse suivre son cours, ou qu'elle soit subitement et profondément troublée, l'on verra alors paraître des hydropisies;. c'est précisément ce qui a lieu dans un certain nombre de faits bien observés. M. Andral a cité, dans son cours de pathologie générale, l'observation curieuse d'un malade qui entra dans son service pour se faire traiter d'une anasarque. Ce malade , plongé dans un profond sommeil, avait été réveillé subitement, au milieu de la nuit, par un vif sentiment de froid, occasionné par une grande quantité d'eau froide que plusieurs personnes jetaient sur son corps; sa santé était parfaite avant l'accident. Le lendemain, il fut pris d'une anasarque qui ne tarda pas à se dissiper : les urines continrent, pendant quelques jours, de l'albumine. Des observations analogues ont été rapportées par les auteurs anciens; mais il manquait l'examen physique et chimique des urines, et le résultat fourui par une exploration éclairée du cœur et des reins.
L'immersion dans l'eau froide lorsque le corps est mouillé par la sueur, l'ingestion d'une grande quantité d'eau froide ou de boissons glacées , sont suivies quelquefois du même résultai. Un homme en sueur se couche sur la terre froide et humide et, à son réveil, il est atteint d'hydropisie ascite et d'anasarque. Cet accident n'est point rare dans les contrées ioterlropicales. Dans quelle classe ranger les hydropisies qui se développent de cette manière? Le phénomène le plus évident est la cessation subite des fonctions sécrétoires , et spécialement de la peau et des reins. Pourquoi les éliminateurs ha-
bituels sont-ils restés fermés en pareille circon* stance? C'est ce qu'il est impossible de décider. On peut aussi expliquer autrement la production du phénomène, dire, par exemple, que les sécrétions ne peuvent être supprimées, ou notablement diminuées, sans que le sang ne s'altère par suite de son mélange avec les matières diverses qui devaient être rejetées au dehors par voie d'élimination. Il est impossible de ne pas admettre, par le raisonnement, que le sang n'a plus ses qualités normales lorsque les produits de sécrétion, qui devaient échapper au dehors, restent mêlés au sang ; mais il faudrait des preuves plus rigoureuses que celles-là pour démontrer que les hydropisies, produites de cette manière, sont dues à des altérations de sang. Nous avons cru utile de soulever cette question, et de montrer sous quel point de vue elle peut être envisagée.
Ces causes agissent d'une manière évidente : lorsque le liquide est à température basse, et entre en contact avec la peau ou l'intestin , on conçoit qu'une membrane séreuse ou le tissu cellulaire devienne le siège d'une hydropisie pour suppléer au flux normal momentanément diminué ou supprimé.
Les ouvrages renferment des observations assez multipliées dhydropisies causées par la diminution ou la suppression des règles. Portai a pris soin d'en rassembler un grand nombre dans son traité {Observations sur la nature et le traitem. de l'hydrop,3 t. i, p. 229, in-8°; Paris, 1824). Nous les avons lues toutes avec attention, et nous nous sommes convaincus qu'il n'en est pas une seule qui prouve la réalité de celle cause. Elles doivent être rapportées à des maladies dont la nature et le siège sont tout à fait différents , et l'on s'étonne que Portai ne se soit pas aperçu de l'erreur dans laquelle il tombait. Quant à nous, sans refuser entièrement d'admettre qu'un flux séreux ne puisse suppléer un flux sanguin, nous déclarous ne connaître aucun fait qui mette hors de doute l'influence de cette cause.
Ve Ordre. — Hydropisie par répétition sympathique de l'irritation. — Les auteurs ont admis des hydropisies metasta tiques , c'est-à-dire détermi-* nées par la disparition plus ou moins rapide d'une maladie ou d'un épanchement séreux : cette expression peut être acceptée, pourvu qu'on lui rende le seul sens qu'elle doit avoir aujourd'hui. Les travaux de l'illustre Bichat sur les sympathies des tissus ont prouvé, d'une manière positive, que les inflammations secrétaires, irritatives ou non , qui ont leur siège dans les séreuses , tendent à se reproduire par sympathie dans les autres séreuses. Les faits pathologiques ne laissent aucun doute à cet égard. M. Bouillaud a démontré que l'inflammation des membranes articulaires tendait ainsi à se répéter sur la séreuse du cœur, de la plèvre , et que celte influence réciproque s'observait pareil-
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lement dans les autres membranes. Ge fait incontestable est désormais acquis à la science. Il ne faut donc voir, dans les observations d'hydropisies métastatiques consécutives à un rhumatisme, qu'une extension de la phlegmasie rhumatismale aux tissus séreux. Les choses se passent de la même manière dans la plupart des cas où une maladie inflammatoire, ou de toute autre nature, venant à disparaître en un point, une hydropisie se manifeste dans un autre. Dans plusieurs cas, la maladie primitive perd seulement de son intensité , et ses symptômes s'affaiblissent au point de faire croire que le mal n'existe plus dans son siège primitif; l'hydropisie alors n'est qu'une extension du mal qui, diminuant en un point, a été révulsé, en quelque sorte, dans un autre par quelque cause, mais sans abandonner entièrement son premier siége.ll est d'autres cas où elle disparaît entièrement de son premier siège , et en même temps une autre cavité séreuse se remplit de liquide ; la métastase est alors complète, et nous verrons que ces cas ne sont pas très-rares. Elle constitue donc un fait réel dans l'histoire des hydropisies.
Les observateurs disent avoir vu la sérosité du ventre disparaître, et la cavité pectorale se remplir de liquide dans le même instant. Quelquefois c'est un flux, non pas de sérosité, mais d'une autre nature, qui s'effectue sur une membrane ouverte à l'extérieur. Un flux intestinal ou urinaire , des sueurs copieuses, une exhalation bronchique abondante, mettent fin à un hydrothorax ou à une ascite. On peut lire , dans la Clinique médicale, l'histoire d'un jeune homme atteint d'ascite et d'anasarque, qui en fut entièrement délivré après des sueurs abondantes et l'évacuation d'une grande quantité d'urine (t. m, p. 130,3e édit.). Mais le plus ordinairement la brusque disparition de l'hydropisie donne lieu à des accidents graves , parce que le flux secondaire s'effectue au sein d'une cavité importante. Dans uu cas cité par M. Andral, il existait une ascile dont le liquide fut résorbé ; en même temps les deux ventricules cérébraux se remplirent, et la mort survint : la cause de l'hydropisie du ventre était une affection organique du cœur. Plus rarement la collection séreuse quitte le péritoine pour remplir la cavité des plèvres. L'on a donné le nom & hydropisies mé tas tait que s aux épanchcments séreux qui se forment de cette manière.
Le flux hémorrhoïdal est une autre sécrétion accidentelle dont la disparition a été considérée par quelques auteurs comme pouvant amener des hydropisies : nous n'avons trouvé nulle part des faits propres à démontrer la vérité de cette assertion. Lieutaud, Portai, parlent d'une hydropisie par excès d 'évacuation .- les saignées, les hémorrhagies^ le flux intestinal, la dysenterie, l'hémoptysie, sont les eauses de cette espèce d'hydropisie. Il est presque
y inutile d'ajouter que ces divers accidents se rattachent tous à des lésions profondes , dont le flux séreux n'est lui-même qu'un des effets.
11e CLASSE. — Hydropisies par altération du sang.
Depuis Galien on a fait jouer aux altérations du sang un rôle important dans la production des hydropisies. Cette opinion, qui repose sur un grand nombre de faits dont nous discuterons, dans un instant , la valeur , doit être examinée avec d'autant plus de soin qu elle a été adoptée assez généralement dans l'ancienne médecine. Mais avant d'étudier les faits qui paraissent militer en faveur de cette doctrine, il faut , pour procéder avec quelque rigueur , interroger les résultats fournis par l'analyse du sang : cette voie nous paraît la plus sûre , et la seule que nous puissions suivre sans courir risque de nous égarer.
Les altérations du sang portent sur la quantité ou sur la qualité de ce liquide. Nous devons donc nous demander d'abord si l'augmentation des quantités normales du sang ne peut modifier les sécrétions, de telle manière que des hydropisies puissent prendre naissance. Les anciens avaient résolu cette question dans un sens affirmatif , et ils n'hésitaient pas à ranger la pléthore parmi les causes de l'hydropisie. Suivant eux, la rétention des règles ou du sang des hémorrhoïdes produisait la pléthore, et par suite des hydropisies. Le raisonnement physiologique a pu les conduire à cette doctrine, qui n'est appuyée sur aucune observation décisive. On a prouvé, dans ces derniers temps, que la pléthore ne consiste pas dans une augmentation des quantités du sang, mais dans l'accroissement d'un de ses principes, l'élément globulaire. On comprend, d'ailleurs, que pour soutenir que la pléthore ou tel autre état morbide sont dus à la surabondance du sang , il faudrait connaître les quantités précises de ce liquide qui doivent exister chez chaque individu; or, il est impossible d'établir cette moyenne, et par conséquent de dire s'il y a pléthore ou anémie dans ce sens. 11 y a cependant une expérience qui pourrait être invoquée en faveur de l'influence exercée sur la production des hydropisies par l'augmentation des quantités du sang; l'expérience dont nous voulons parler a été faite, pour la première fois, par Haies, et reproduite par M. Magendie. On injecte avec force une grande quantité d'eau dans une artère, et toutes les surfaces où le vaisseau se distribue laissent transsuder le liquide injecté avec d'autant plus d'abondance que l'injection est poussée avec plus de force. On produit le même effet en injectant dans les veines d'un animal assez d'eau pour doubler et même tripler le volume naturel de son sang. M. Magendie a observé que, dans ces circonstances, l'absorption était
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complètement suspendue, en plaçant, dans la cavité de la plèvre, un poison extrêmement actif, et qu'au contraire on rendait l'absorption très-rapide en enlevant une grande quantité de sang. 11 a vu enfin que, si l'on saignait l'animal avant d'injecter l'eau, les phénomènes d'absorption n'étaient point modifiés. De toutes ces expériences, il faut conclure que l'accroissement des quantités du sang, produite par l'injection d'eau, change de la manière la plus évidente les conditions physiologiques de l'exhalation et de l'absorption. La pression que le sang éprouve dans le système circulatoire, dit M. Magendie, contribue puissamment à faire passer la partie la plus aqueuse du liquide à travers les parois des vaisseaux (Précis élémentaire de physiologie j t. h, p. 453).
Ainsi, d'après ces expériences , on pourrait croire que les proportions normales du liquide circulatoire ne peuvent augmenter sans que des hydropisies ne prennent naissance. Que l'on soutienne que c'est en ralentissant la circulation ou en l'activant, comme lorsqu'on pousse l'injection par l'artère, qu'on provoque l'hydropisie, le fait capital et qui domine tous les autres n'en est pas moins l'augmentation du liquide sanguin. Les remarques que fait à ce sujet M. Littré nous semblent dignes d'attention : « U résulte de ces faits que la distension des artères, comme la distension des veines, par une surabondance de liquide, détermine une exhalation plus copieuse,et par conséquent une hydropisie; il en résulte encore qu'en même temps que l'exhalation est augmentée, l'absorption cesse. Ge sont deux choses qui, dans ce cas, vont ensemble. 11 ne faudrait pas s'imaginer que l'hydropisie pourrait être due à la diminution de l'absorption, l'exhalation restant la même; ou à l'accroissement de l'exhalation, l'absorption restant la même de son côté. Cette remarque s'applique à la gêne du cours du sang dans les veines, aux maladies organiques du cœur, à toutes les circonstances , en un mot , qui causent dans les vaisseaux une plénitude. Alors il y a, à la fois, surabondance de l'exhalation et suspension de l'absorption» (art. cit., p. 22). Nous avons vu M. Bouillaud soutenir une opinion tout à fait différente, et prétendre que , dans l'hydropisie passive, l'absorption est diminuée , l'exhalation restant normale; tandis que, suivant M. Littré , c'est l'exhalation qui devient plus copieuse, et l'absorption qui cesse; enfin, suivant M. Bouillaud, daus l'hydropisie mixte, il y aurait exhalation augmentée et absorption diminuée ; ce qui est précisément le caractère des hydropisies par obstacle à la circulation, ou passives, suivant M. Littré. Que conclure de ces contradictions? ce que nous avons déjà répété bien souvent, savoir : que nous ignorons complètement le mécanisme intime des hydropisies, tt que ces mots d'exhalation, d'absorption, augmentées, diminuées , ne sont que des jeux de notre esprit
créés pour nous rendre compte des phénomènes; mais qu'il ne faut pas se payer de mots , et croire que l'on a découvert la vraie nature des exhalations physiologiques et morbides. Disons même que cette manière de présenter les phénomènes a quelque chose qui est en opposition avec les faits pathologiques. Elle porterait à croire que, dans les hydropisies, il n'y a qu'un simple passage des sérosités à travers les membranes. C'est faire bon marché des sécrétions que de les représenter ainsi, et de ne point faire intervenir le travail moléculaire qui se passe aux extrémités des vaisseaux; et cependant, sans cette action importante, comment se produiraient ces altérations dans les qualités du liquide exhalé, qui tantôt contient de l'albumine en assez grande proportion, et tantôt quelques traces de ce principe; tantôt du sang, et tantôt une matière séro-purulente? Qu'on cesse donc de vouloir ramener les hydropisies à ces lois ingénieuses de balancement entre l'exhalation et l'absorption.
Les expériences de M. Magendie sont extrêmement précieuses pour démontrer que la quantité du liquide sanguin exerce une grande influence sur la production des hydropisies. Mais il resterait à chercher si le sang n'est point altéré par son mélange avec l'eau : on sait que les globules s'allèrent quand on les place dans l'eau distillée. 11 serait donc utile de reprendre ces expériences sous ce point de vue, et d'examiner si c'est impunément que l'on iniroduit une certaine quantité d'eau dans le torrent circulatoire chez un animal, et jusqu'àquel point le changement de composition qui en résulte momentanément dans *Ie sang, reste étranger à la production des phénomènes morbides que l'on observe. M. Magendie, ayant injecté de l'eau dans les veines, après les avoir préalablement vidées par une saignée copieuse, n'a aperçu aucun changement dans l'absorption , d'où il a conclu que celle-ci ne dépendait pas toujours de la composition du sang. Il faut se garder de croire que cette expérience a une grande valeur ; elle prouve, tout au plus, que le mélange d'eau et de sang ne produit aucun effet. Mais, est-ce à dire pour cela que les autres altérations du sang sont sans influence ? Celui qui répondrait par l'affirmative commettrait une grande erreur. En^effet , nous voyons, dans la maladie de Bright, la diminution des produits organiques du sérum du sang causer des hydropisies. Si on vient nous dire que , dans ce cas, l'absorption n'est pas altérée, que c'est l'exhalation seule qui l'est, nous demanderons qu'on le prouve, et qu'on nous montre ainsi isolées, et comme deux propriétés différentes d'un même tissu et d'un même organe, l'exhalation et l'absorption. Tant que l'on ne nous aura pas fourni la démonstration de ce fait, nous continuerons à dire que le rôle assigné à l'absorption et à l'exhalation, pour expliquer les hydropisies, ne peut être place au nombre des vérités solidement établies.
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Examinons, maintenant, s'il existe dans la pathologie des faits qui démontrent que l'augmentation des quantités du sang est une cause d'hydropisie. Il en est quelques-uns que l'on pourrait interpréter dans ce sens.
«Un homme, attaqué d'une légère uréthrite, se figure qu'il doit boire une grande quantité de tisane; il achète la ration de douze de ses camarades , et la boit : le lendemain il est hydropique. Un autre, qui était en convalescence d'une maladie différente, et auquel on avait permis de boire du bouillon pour prendre des forces, fit le même commerce et en usa de même ; il acheta les rations de bouillon de tout son rang, et les but pour se fortifier : le lendemain, il était hydropique. 11 avait de l'eaudans le péritoine et le tissu cellulaire» (Broussais, Leçons de pathologie et. de thérapeutique générales , t. v, p. 389, in-8°; Paris, 1 835). Les cas que nous venons de rapporter sont très-rares, et manquent, pour la plupart, des détails qui pourraient seuls leur donner quelque valeur. Nous avons dû, cependant, les rapporter dans ce lieu pour qu'on pût se demander si ces hydropisies ne tiendraient pas à la pénétration rapide dans les vaisseaux d'une quantité insolite de liquide. Nous n'attachons, du reste, qu'une faible importance à cette hypolbèse.
Nous n'avons examiné jusqu'ici que les altérations de quantité de sang, et recherché leur influence sur la production- des hydropisies, et nous avons été conduits à un résultat négatif, ou du moins à des douîcs qui ne pounont être dissipés que par des recherches ultérieures. Voyons, maintenant, si les altérations de qualité du sang ont quelque part dans la formation des suffisions séreuses. En nous plaçant à ce point de vue, nous trouvons que l'analyse du sang , dans les hydropisies , n'a révélé, jusqu'à présent , qu'une seule altération bien positive : elle consiste dans une diminution notable des quantités d'albumine, c'est-à-dire de* parties organiques des matériaux solides du sérum. Elle n'a été constatée, jusqu'à présent, que dans la maladie de Bright.
Hydropisic par diminution de l'albumine dans le sang. — Établissons d'abord qu'il y a des casoù la séiosilé s'infiltre dans les mailles du tissu eellulairegénéral , sans qu'il y ail dans le rein autre chose qu'un simple trouble fonctionnel. Peut-être existe-l-il pendant la vie, et au moment où l'on observe de l'œdème et des mines allmminenses , un certain degré d'hypérémie rénale '.'i.rs altérations. plus profondes que l'on trouve plus laid d.ns le, lein ont été précédées sans doute de celle bypérémie active : les observations que l'un de nous a recueillies, et qui sont en atseï grand nombre, lui donnent lieu de croire que la simple hémostase rénale, étrangère i toul travail plilegwasique, que l'on rencontre chei quelques sujets af-
fectés de maladie du cœur, ou de fièvre typhoïde, suffit pour rendre momentanément les urines albumineuses. Nous admettons enfin qu'un simple trouble fonctionnel peut également donner naissance au même phénomène, et à une hydropisie générale qui peut se dissiper, dans ce dernier cas, comme dans les trois autres , par un traitement convenable. Ces symptômes sont les mêmes , mais ils se montrent d'une manière plus tranchée dans ces altérations organiques du rein que M. Rayer attribue improprement à la néphrite.
Le caractère essentiel des hydropisies par altéralion du rein doit être cherché , non pas seulement dans l'altération de cet organe, mais dans la présence de l'albumine au sein des urines, et dans la composition du sang, qui est profondément altéré. Christison et d'aulres auteurs anglais y ont constaté une diminution sensible des quantités normales d'albumine. MM. Andral et Gavarret ont analysé le sang dans cette maladie : «Nous avons trouvé, disent-ils, que les parties organiques des matériaux solides du sérum, essentiellement formées d'albumine, avaient notablement diminué; et celte diminution nous a paru d'autant plus considérable que nous constations dans l'urine la présence d'une plus grande quantité d'albumine : ainsi , dans trois cas de ce genre, les matériaux organiques du sérum descendirent de leur chiffre moyen 72, aux chiffres 61 ,5 , 60,8, 57,9; or , dans aucune autre maladie nous n'avons trouvé une pareille diminution. Chez l'individu qui présenta le chiffre si bas de 57,9 , il arriva qu'au bout d'un certain temps l'urine cessa de contenir autant d'albumine : nous fîmes alors pratiquer une seconde saignée, les matériaux organiques remontèrent de 57,9 à 66, et, dans une troisième, à 72 : l'albumine avait disparu des urines» (Recherches sur les modifications de proportion de quelques principes du sang , p. 93, in-8°; Paris , 1 840). On voit donc qu'il y a un rapport intime entre les quantités d'albumine contenue dans le sang et celles de l'albumine sécrétée par les reins. La fibrine ne subit aucune altération. Ainsi donc voilà une altération évidente du sang qui se trouve liée d'une manière intime à l'existence des hydropisies. Maintenant nous devons nous demander si c'est bien cette altération du sang, ou la maladie du rein, qui provoque l'hydropisie : la réponse est facile. Sans doute, il est impossible de ne pas reconnaître que la lésion dont le rein est affecté est le véritable point de départ de tous les accidents observés; mais ce que nous saisissons surtout, c'est la relation qui existe entre l'aHération du sang et la production de l'bydropisie. On ne voit pas sur-le-champ de quelle manière la dégénérescence du rein peut provoquer* des épauchemenls séreux , tandis que l'on s'en rend facilement compte
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lorsqu'on sait que le principal effet de celte affection des reins est d'appauvrir le sang en lui enlevant une grande quantité d'albumine, et en augmentant la proportion d'eau. Les analyses faites par MM. Andral et Gavarret ne laissent aucun doute à cet égard. En voici quelques-unes bien dignes d'intérêt: 1er cas: fibrine, 1,6; globules, 127,6 ; matériaux solides du sérum : matériaux organiques, 61,5; matériaux inorganiques, 7,6; eau, 801,7 , total 1000. 2e cas : fibrine, 2,3; globules, 61,6 ; matériaux solides du sérum : organiques, 60,8; inorganiques, 7,6 ; eau, 867,5 , total 1000. 3e cas : fibrine, 3,1 ; globules , 82,5 ; matériaux solides du sérum : organiques, 5 7,9 ; inorganiques, 6,9 ; eau, 849,6, total 1000.
Ces analyses démontrent de la manière la plus évidente une altération portant sur la quantité de deux éléments du sang : 1° celle altération consiste en une diminution des matériaux solides du sérum , et de l'albumine spécialement ; 2° dans l'accroissement de la quantité d'eau : son chiffre physiologique est 790, et, dans les trois cas cités, elle fut représentée par les chiffres 801 , 867, 849.
Nous devons enco;e noter la diminution assez grande des globules, qui se sont abaissés à 61 et à 82 dans les deux derniers cas que nous avons cités. Il y a, sous ce rapport, un rapprochement à faire entre l'albuminurieet les chloroses, dans lesquelles, en même temps qu'il existe :;nc diminution considérable de globules, l'eau est toujours très-abondante, et offre pmr minimum 810,1 , et pour nnximum868 8 (iïccUrches sur 'es modifie de proporl. de quelques principes du sang, par Mil. Andral el Gavanet,p. 89, in-8"; Paris. 1840). On voit doLc que la diminution des globules et l'augmentation des quantités normales d'eau Sisnt deux lésions communes à la chlorose et à Pan 'mie, d'uue part, e; de l'autre à la maladie de Biight lorsqu'elle c>t parvenu'.» à un degré avancé; car au début de cette affection il y a seulement diminution des matériaux solides du sérum. !e> globules ne sont pas eucoie modifiés dais leur quantité normale. Si main huant nous cherchons les symptômes qui sont en rapport avec la diminution des globuits, nous retrouvons quelques uns de ceux qui appartiennent à l'anémie et à la chlorate (faiblesse, pâleur, décoloration), mais à aucune hydropisie ; d'où il faut conclure que la seule lésion du sang à laquelle on soit en droit de rattacher les infiltrations séreuses du tissu cellulaire est l'appauvrissement du sang par diminution des matériaux solides du sérum. Cet autre appauvrissement qui résulte de la simple diminution des globules et de l'augmentation de quantité normale d'eau se dessine par d'autres caractères que par la production des hydropisies. Nous devons toutefois reconnaître que, dans un degré avancé de la maladie de Biight, il y a un état de cachexie dont
on retrouve quelques traits dans la chlorose ; mais il n'y a pas ces symptômes tranchés qui , comme les accidents nerveux, les bruitsanormaux des artères, et parfois du cœur, etc., caractérisent cette dernière maladie.
11 n'existe donc qu'une seule altération de sang à laquelle on puisse attribuer les épanchements séreux : cette altération est la diminution des matériaux solides du sérum. Maintenant on ne saurait dire pourquoi la diminution d'albumine produit l'hydropisie; toutefois M. Andral fait remarquer à ce sujet qu'on peut admettre une diminution de la viscosité propre au sang, ce qui doit faciliter le passage de la sérosité à travers les mailles des tissus. On peut encore rappeler l'expérience de M. Dutrochet, qui a toujours vu le liquide le moins dense traverser le liquide le plus dense renfermé dans une vessie : tels sont les seuls faits qu'il est permis d'établir aujourd'hui. Des recherches ultérieures viendront peutêtre confirmer ou modifier ces résultats; mais nous ne craignons pas de dire qu'ils représentent en ce moment l'état actr.el de nos connaissances. Ce serait sortir du vrai , et nous lancer dans des opiuions hypothétiques, que de leur donner une autre signification. Nous verrons plus loin, dans un travail inédit de MM. Audral et Gavarret, sur les sérosités, que celles qui se forment indépendamment de la phlo- ^e des membranes séreuses, renferment des quantités assez variables d'albumine, et que ce dernier principe est en moindre quantilé chez les sujets affaiblis que chez les hommes robustes.
On dmt conclure de tout ce qni précède que les hydropisies par altération du sang forment un groupe paifaitement distinct de tous les auties : l'alietaliop du rein , la sécrétion de 1" .11 umiiic ; ar ces organes , le passage de ce principe sans l'urine, sa dim.nu.ion considérable dans le sa;: , enfin l'hydi.>pis;e , sont quatre circonstances qui mu client consomment les u: e* avec lc< autres. I! es permis de cr.»ire que l'altération du sang pioiuit, uni les phénomène BJOlim\ ires qui (XWÇpUffM à rùicm.plkemeni .les fonctions de sécrtulou, À % çj^ogemgii^ a-e considérables pour modifier cette sécrétion. La lésion de sécréiion nous paraît avoir indubit«*blemeutvson point de départ dans les liquides, et l'on ne peut invoquer que secondairement l'influence des solides. Sans connaître en aucune façon la nature intime de l'hydropisie , nous pouvons affirmer qu'elle ne dépend pas de l'irritation augmentée ou diminuée des membranes exhalantes ; il y a là toute autre chose. Ce n'est probablement pas la seule hydropisie dans la production de laquelle le solide n'entre pour rien, ou du moins, ne prend qu'une part secondaire : c'est aux analyses chimiques seules qu'il appartient d'augmenter le nombre des hydropisies de celle
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classe. Nous y avons placé les hydropisies qui se développent dans la maladie de Bright , parce que l'altération du rein n'est pas, en définitive , la vraie cause des épanchemeuts séreux , et que c'est l'altération du sang. On peut soutenir, il est vrai , que cette dernière ne s'effectue que parce que le rein est malade ; mais nous n'en pensons pas moins que le principal rôle revient de droit à l'altération du sang. Étudions maintenant les autres hydropisies que Ton a attribuées à des altératious humorales.
On lit dans les ouvrages consacrés à l'élude des hydropisies que les affections chrouiques et les états morbides qui correspondent aux maladies que Ton désigne aujourd'hui par les noms de chlorose et d'anémie, que les perles de sang , enfin , sont la cause fréquente des épanchements séreux.
Gullen ayantobservé, ainsi que ses prédécesseurs, que, dans certains cas, les collections séreuses s'effectuent en même temps dans un grand nombre de parties du corps , fut conduit à admettre que cette hjdropisic "universelle devait être rapportée à une cause générale, qu'il fait consister dans un relâchement des vaisseaux exhalants, et qu'il appelle diathese hydropique. Examinons en détail les différentes causes qui engendrent cette diathèse. Gullen n'a fait que reproduire les opinions professées avant lui sur ce sujet.
Un excès de sérosité dans le sang peut provoquer l'hydropisie. Cette surabondance de sérosité est déterminée par l'ingestion d'une trop grande quantité de boissons aqueuses, ou parce que la peau, baignée par une atmosphère humide, absorbe une grande quantité d'eau. On a vu le même effet se produire à la suite des injections d'eau dans la veine jugulaire d'un chien (expérience de Haies). La seconde cause de la surabondance des fluides aqueux dans les vaisseaux sanguins est la cessation des excrétions séreuses habituelles. L'interruption ou la diminution considérable de l'urine est citée par Gullen comme une de ces causes.
Leshémorrhagies spoutanées ou accidentelles sont la troisième cause qui peut produire dans le sang un excès de lérosité , et par suite des hydropisies. Cullcn et d'autres auteurs peinent que ces évacuations excessives, «en enlevant une grande quantité de globules rouges et de gluten , qui sont les principaux agents qui retiennent le sérum dans les vaisseaux rouges, permettent, au sérum de s'échapper plus facilement par les conduits exhalants.» Gullen D'attribut pas seulement la surabondance des parties séreuses du sang à la spoliation du gluten ; mais il accorde une certaine part au vice des puissances digestives et assimilatrices de l'estomac et des autres organes, «qui, en conséquent *, ne peuvent préparer et convertir les aliments dont oa fait usage , de ma-
nière qu'il en résulte une proportion convenable de globules rouges et de gluten; mais ces puissances continuant à fournir les parties aqueuses, donnent lieu à la surabondance de ces dernières , et les disposent en conséquence à s'échapper en trop grande quantité par les vaisseaux exhalants. C'est de cette manière que l'on peut expliquer l'hydropisie qui accompagne si fréquemment la chlorose, maladie qui se manifeste toujours par une pâleur de tout le corps , et dans laquelle il est évident qu'il y a un défaut des globules rouges. Or, c'est à ce défaut seul que doit être attribuée la manière imparfaite dont se font la digestion et l'assimilation des substances nutritives» {loc. cit., p. 268 et 269). Le passage que nous venons de citer prouve le génie observateur de Cullen , qui a nettement signalé les véritables causes de la chlorose. 11 fait dépendre cette maladie d'une altération du sang seulement; il fait aussi intervenir dans sa production le trouble des puissances digestives et assimilatrices. Il avait entrevu, ainsi que Huxham, dont nous avons rapporté la doctrine en traitant des altérations du sang, la véritable lésion du sang, c'est-à-dire la diminution des globules. 11 croyait , à tort , que le gluten, c'est-à-dire la fibrine, était altéré : les analyses de MM. Andral et Gavarret ont prouvé que cet élément ne subit aucune altération.
On pourrait croire, d'après ce qui précède, que la surabondance de la sérosité est une cause de l'hydropisie : il importe de réfuter cette erreur, qui a été généralement adoptée jusque dans ces derniers temps. Commençons d'abord par rappeler que, dans la chlorose et dans l'anémie, les quantités de fibrine sont normales , et que la lésion caractéristique du sang est la diminution considérable des globules, qui, de 127, tombent à 104, 90, 77, et même à 27. La quantité d'eau augmente aussi d'une manière fort notable; il y a surabondance de sérosité , comme le disaient les anciens. Ils avaient admis cette altération d'après la nature des symptômes observés sur les sujets profondément débilités par les hémoi rhagies ou par la chlorose. Ils en ont seulement conclu à tort que celte surabondance de sérosité , cette hydroémie , pouvait engendrer des hydropisies. Eu effet, si nous consultons les résultats fournis par l'observation des malades atteints de chlorose ou d'hémorrhagie, nous trouvons que ces deux maladies ne s'accompagnent jamais de suffisions séreuses, à moins qu'il n'existe quelque complication. Dans la période laplusavaucéedel'anémie et delà chlorose, on voit quelques sujets offrir un peu de bouffissure aux paupières, sur les joues, à la face, au pourtour des malléoles, et au bas de la jambe; mais ces infiltrations séreuses sont si légères, si peu étendues, qu'elles ne méritent réellement pas le nom <\' hjdropisic. Les tissus infiltrés sont seulement î éuilents,et offrent une soi le de turgescence qui diffère
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entièrement de celle qui est propre à l'anasarque. Ces infiltrations séreuses nous paraissent tenir à la modification profonde qu'éprouve tout le système circulatoire sous l'influence de l'altération du sang. En effet , il est difficile de ne pas croire que la faible stimulation qu'excite le sang privé d'une grande partie de ses globules, n'entre pas, pour une certaine part, dans la production des effets que nous étudions; le cœur lui-même n'accomplit plus ses mouvements avec la même énergie et la même régularité que dans l'état normal : dès lors la circulation s'embarrasse , et les vaisseaux laissent échapper une faible proportion de sérosité. Ce n'est donc pas dans une lésion de composition du sang qu'il faut placer l'origine de ces suff usions séreuses, qui ne peuvent être assimilées aux hydropisies sous le rapport ni de leur étendue ni de leur mode de production.
Nous venons de voir que l'hydroémie, c'est-à-dire l'augmentation de l'eau du sang , et que l'abaissement des globules ne pouvaient produire les flux séreux. Nous ferons remarquer à cette occasion que , les cas où les globules et les matériaux solides du sérum diminuent, et où en même temps augmente la proportion de l'eau , sont ceux où l'on observe quelques infiltrations légères des tissus, de telle sorte que l'on pourrait établir un certain rapprochement entre la production des hydropisies et la diminution de densité du sérum. Celle-ci existe dans la chlorose, l'anémie, dans la maladie de Bright, dans tous les états morbides où MM. Andral et Gavarret ont constaté une diminution des globules et des matériaux solides du sérum (mém. cité, p. 97). Ils font remarquer, à ce sujet, que toute diminution de densité du sérum n'est pas le résultat de la diminution de l'albumine, mais aussi des autres conditions morbides que nous avons mentionnées précédemment. C'est ce qui a lieu dans l'affection désignée par les vétérinaires sous le nomtf hy cl roémie des moutons, maladie dans laquelle le foie devient le siège d'enlozoaires. MM. Andral et Gavarret ont constaté que le sang contient alors moins de globules, de matériaux solides et d'albumine eu particulier ; en même temps la quantité d'eau augmente : de ces altérations résulte la faible densité du sérum. On sait que, dans cette affection, la douve se développe dans les conduits biliaires, et qu'entre autres symptômes ou observe uue légère infiltration séreuse dans la peau du cou, qui est dans une situation déclive à cause de la position que prennent les animaux quand ils mangent.
Les hémorrhagies accidentelles ou provoquées ne sont pas accompagnées de flux séreux quand la perte de sang, bien que considérable, s'est effectuée graduellement; mais si elle a été subite, si en peu de temps une forte proportion de sang a été soustraite à l'économie, on les voit quelquefois se produire, chez
l les enfants, par exemple. Dans ce cas, ce n'est pas la diminution rapide des globules, mais la diminution des matériaux solides du sérum qui paraît produire ce résultat. Dans les exemples d'hydropisies que nous mentionnerons plus ioin, on ne peut pas non plus en accuser la diminution des globules, puisque nous savons qu'elle amène tous les symptômes de la chlorose, et jamais ceux de Thydropisie.
11 y aune altération du sang qui, sans produire, en aucune manière, l'hydropisie, modifie cependant la composition de la sérosité épanchée ; nous voulons parler de la diminution des quantités normales de fibrine. Nous avons déjà dit que, dans quelques circonstances, la sérosité épanchée renfermait une certaine quantité de sang; c'est ce qui arrive dans les épanchements qui se forment au sein de la plèvre, du péricarde, du péritoine, et des autres séreuses. Souvent l'exhalation de la sérosité mêlée au sang est uniquement produite par la vive irritation dont la membrane enflammée est devenue le siège, et encore faut-il qu'il y ait, dans celte irritation, quelque chose de spécial, puisqu'elle modifie les phénomènes intimes de l'exhalation , à ce point que les capillaires , au lieu de laisser passer de la sérosité pure, permettent aux globules sanguins de venir s'y mêler. Dans ce cas, la sécrétion sanglante peut s'expliquer par la seule altération des solides; mais, dans la majorité des cas, c'est dans une altération du sang qu'il faut en chercher la véritable cause. La diminution de la fibrine , qui provoque les hémorrhagies^que nous avons placées dans la seconde classe (art. Hémorrhagies) , change la nature de la sécrétion et des liquides exhalants. On comprend trèsbien qu'une irritation sécrétoire venant à se développer chez un sujet dont le sang a subi la modification que nous avons indiquée plus haut, il puisse en résulter une hydropisie et en même temps une hémon hagie. La phlegmasiede la séreuse, ou simplement l'irritation sécrétoire, joue le rôle de l'épine, et attire à elle le sang, c'est-à-dire les matériaux qui forment la sérosité; or, ce sang a perdu ses qualités normales; il est altéré de telle manière que , sans aucune cause locale, les globules sanguins se frayent un chemin à travers les différents tissus pour produire des hémorrhagies ;* à plus forte raison celles-ci auront-elles de la tendance à naître sous l'influence d'une irritation locale de la nature de celle qui amène des hydropisies. Ainsi s'expliquent ces collections de sérosité sanglante , dont le mode de production ne pouvait être facilement saisi avant les recherches de MM. Andral et Gavarret. Elles participent, tout à la fois, de la nature.des hydropisies et des hémorrhagies; quelquefois même il s'y joint un troisième élément, qui est l'inflammation. Chacun de ces éléments morbides peut prédominer, et alors on a une hydropisie par simple irritation sécrétoire ,
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par irritation inflammatoire, ou enfin une simple hémorrhagie: il peut se faire, en effet, qu'une membrane séreuse ne laisse cou'erque du sang pur. Nous insistons sur ces faits parce qu'ils n'ont pas encore été développés dans les ouvrages , et que nous croyons rendre quelque service en montrant les affinités et les différences qui existent entre les diverses conditions pathologiques que nous venons d'iodiquer.
Concluons donc, de tout ce qui précède , qu'il n'y a qu'une seule maladie du sang qui produise les hydropisies : savoir, la diminution des matériaux solides du sérum. Les autres maladies du sang que nous avons signalées ne peuvent, en aucune manière, leur donner •naissance; ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe pas d'autres altérations du sang capables de les provoquer; il arrivera peut-être une époque où quelques-unes des hydropisies dont la cause est encore entièrement inconnue aujourd'hui, seront rattachées à une maladie humorale.
On a admis des hydropisies par pléthore. Nous devons mainten .nt nous demander si la pléthore, en tant qu'altération du sang produite par l'augmentation des {fJobuIes, ne pourrait pa« engendrer la fluxion séreuse. D'après les idées anciennement reçues, qui faisaient dépendre la pléthore d'une surabondance de sang, on expliquait l'hydropisie par l'augmentation de l'exhalation, qui mettait ainsi fin à la distension du système circulatoire. Nous n'avons trouvé dans aucun livre récent, et nous n'avons jamais observé par r.ousmême un seul cas de pléthore avec hydropisie, sans qu'il n'y eût en même temps quelque lésion bien déterminée. L'un de nous rendant compte des leçons de pathologie générale faites par M. Andral , émettait déjà cette opinion. «Sans rejeter entièrement l'existence des hydropisies qui reconnaissent pour cause la pléthore, ou doit se montrer Irès-r6ervé sur ce sujet , et attendre que des faits récents aient été recueillis par des hommes qui ont l'habitude d'interroger tous les organes, et spécial ment ceux charges de la sécrétion urinaire» (in Gazette médicale, p. 580, n° 87, 1841).
Peut- on admettre qu'une altération du sang est la cause (ie ces œdèmes partiels ou de l'anasarque qui se manifestent chez des sujets qui ont été mordus par la vipère ou d'autres animaux venimeux?
IIIe CLASSE. — Hydropisies que l'on ne peut ranger dans les classes précédentes.
Nous commençons l'élude des hydropisies de celle classe par celles où Ton a supposé , mais nullement démontré l'existence d'une altération du sang.
Les anciens ont attribué aux vices de la nutrition un certain nombre dhydropisies. Hippocrate fait provenir quelques anasarques des crudités de l'estomac. Lnos voit dans le* alternions de quantité de la bile
une cause d'oedème (de Langore lymphatico, Loos et Geitzinger; Dissertât., p. 226; m Disputai, ad morbor.y de Haller, t. îv ). Aucun fait ne prouve que les troubles résultant d'une maladie de l'estomac et de l'intestin puissent produire les suffusions séreuses, à moins qu'elles ne se compliquent de quelques autres affections capables , à elles seules, de les produire.
Le docteur Peddie rapporte des observations fort curieuses de gangrènes et d'hydropisies déterminées par l'usage exclusif de pommes de terre de mauvaise qualité. Ces faits empruntent quelque valeur du rapprochement que l'auteur établit entre eux et ce qui se passe chez les chevaux, qui deviennent hydropiques lorsqu'ils ont été nourris avec des pommes de terre gelées ( extrait des journaux anglais ; in Arclïw. génér. demédec.., t. n , nouv. sér., p. 83, 1833). Il nous serait difficile d'assigner la véritable cause de ces hydropisies , que nous avons été contraint de ranger dans cette classe.
Les historiens disent qu'à plusieurs époques, les disettes et la misère ayant sévi avec fureur dans plusieurs contrées , on vit paraître des hydropisies chez un grand nombre d'individus. Gaspard a été témoin d'un fait de ce genre sur des habitants de la campagne qui avaient été privés d'aliments solides et contraints de se nourrir, comme les animaux, de plantes herbacées et de racines qu'ils arrachaient du sein de la terre. P. Franck est porté à croire que la cause de ces hydropisies fut la privation d'aliments substantiels (Praxeos uniu.mc.l. prœc, liaducl., t. n, p. 395, Encyclopèd. des se. média. ) Broussais a observé un fait qui est en faveur de celle opinion. «Nous trouvant, dit-il, en Andalousie a une époque où le blé était rare, sans doute à cause de la consommation qu'en faisait l'armée française, et de la difficulté d'en faire venir d'Afrique; nous autres Français nous ne souffrions pas, mais les pauvres de la ville et presque tous les malheureux qui avaient pendant longtemps supporté la faim, devenaient hydropique* dés eut remit es inFérieures. On les voyait se traîner dans les coins <\e^ ruct, manger des trognons de choux et des délais impurs. 11 en mourait plusieurs jpar jour, et la mortalité alla même jusqu'à dix-sept dans les vingt-quatre heures. J'en ouvris quelques-uns, et je leur trouvai de la sérosité dans toutes les cavités. 11 y avait là une modification scorbul'upie» [Trait, de pal h. et th. génér., loc. cit., p. 302). On voit aussi se développer des hydropisies chez les prisonniers lorsque leur nourriture est malsaine ou insuffisante. Un exemple de ce genre a été observé récemment dans une maison de détention. Plusieurs causes doivent concourir à déterminer ces hydropisies; l'humidité, les punitions trop sévères, la réclusion solitaire, débilitent profondément tout l'organisme. Les hydropisies que nous venons de ci-
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1er onl-elles leur point de départ dans le saùg et dans une altération générale des solides ? Cette opinion paraît probable, mais ne peut être acceptée comme vraie, jusqu'à ce que des observations nouvelles aient permis de décomposer les faits complexes dont il vient d'être question.
On voit quelquefois des œdèmes ou des épanchements séreux se manifester dans le cours des affections chroniques qui entraînent une cachexie profonde , comme le cancer de l'estomac, de l'utérus, la dysenterie, la phthisie pulmonaire, etc., les diarrhées et les sueurs colliquatives, les suppurations et le ramollissement cancéreux des viscères intérieurs. Faut-il en conclure que les maladies précédentes produisent les hydropisies en altérant profondément toute l'économie? cette conclusion serait contraire à ce que nous enseigne une bonne observation. En effet , elle nous montre que , parmi ces affections , il n'en est pas une seule qui puisse amener un pareil résultat. Maintenant si nous recherchons les vraies causes de ces hydropisies , nous les trouverons facilement dans quelques unes de ces lésions dont nous avons déjà indiqué la manière d'agir. Le cancer gastrique ne donne lieu à aucun épanchement séreux par lui-même; mais si la masse cancéreuse, formée par l'estomac et les organes environnants, confondus en une seule tumeur, comprime la veine cave ou renferme dans son épaisseur la veine porte, et gêne ainsi la circulation du sang dans ces vais* eaux; si le foie lui-même est altéré et participe à la dégénérescence de l'estomac; si le péritoine enfin est le siège d'une inflammation chronique , la sérosité s'épanche dans la cavité du •ventre, quelquefois même s'infiltre dans le tissu cellulaire des membres inférieurs. Nous en dirons autant ducancerutérin, que l'on a regardé, à tort, comme une cause d'hydropisie. Quand on a observé ce dernier phénomène, c'est que l'organe malade comprimait les vaisseaux du bassin et des membres inférieurs, ou bien les veines étaient entièrement oblitérées à la suite d'une phlegmasie aiguë ou chronique qui s'était emparée de leurs parois. Quelques phthisiques sont atteints d'anasarque ou d'un œdème considcrab'e des membres inférieurs. On peut être sur, dans tous ces cas , qu'il existe une lésion autre que la maladie tuberculeuse. Nous avons parlé d'un malade chez lequel l'œdème des deux membres inférieurs tenait à une oblitération des veines des deux membres. Nous avons également observé une anasarque sur deux autres phthisiques couchés dans les salles qui étaient confiées à l'un de nous, et nous avons affirmé , du vivant des sujets , et avant même d'avoir examiné les urines , que la lésion du poumon, bien que parvenue à un degré extrême, était incapable de déterminer un semblable effet; l'exploration des urines, et plus tard l'autopsie, noux révélèrent une affection granuleuse des reins.
Nous pourrions ainsi examiner chaque cas particulier, et toujours nous trouverions la vraie cause des hydropisies dans une lésion autre que celle qui constitue l'affection chronique , à laquelle on les a rapportées pendant très-longtemps. L'appauvrissement du sang que l'on a admis , dans tous ces cas, pour expliquer la production du flux séreux, consiste dans la diminution des globules; or, nous avons vu que cette altération seule ne pouvait conduire à l'hydropisie. Répétons donc encore que , pour que ce dernier effet ait lieu, il faut non pas la diminution des globules, mais la diminution des matériaux solides du sérum : c'est là le seul état cachectique qui est capable de piovoquer des hydropisies , et encore ont-elles plus particulièrement leur siège dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Les sujets qui ont été soumis pendant longtemps à l'usage des mercuriaux deviennent parfois hydropiques. On a pensé qne l'action du mercure était la cause de cet accident : sans contester d'une manière absolue que la débilitalion profonde produite par les préparations hydrargyrique , et plus encore par l'empoisonnement qu'elles sont destinées à combattre, ne puisse prédisposer au développement des hydropisies, nous sommes portés à croire qu'elles dépendent, le plus ordinairement, de la lésion des reins ou de quelque autre viscère.
Nous plaçons dans les hydropisies inceriœ sedis celles qui se forment à la suite des fièvres intermittentes prolongées. Sans doute l'altération dont la rate est le siège permet facilement d'assigner le véritable point de départ de ces hydropisies. Mais de quelle manière agissent l'hypertrophie et l'induration de cet organe ? est-ce en mettant obstacle à la circulation veineuse abdominale? On ne comprend pas quel genre d'obstacle l'hypertrophie splénique pourrait apporter, même quand elle serait considérable : ce n'est pas sur la veinecave ni sur la veine porte que la compression peut avoir lieu, et d'ailleurs, on observe, tous les jours, des fièvres intermittentes qui ne soûl ac compagnées d'aucune hyiropifcie, bien que la rate ait acquis un volume énorme. Enfin, il y a des cas où cette hypertrophie est considérable, comme dans la fièvre typhoïde, et cependant l'on ne remarque aucun flux séreux. On observe assez souvent dans le pays marécageux, des hydropisies générales après un ou deux accès de fièvre intermittente , et chez des sujets bien constitués. C'est donc d'une tout autre manière, et par une influence dont il ne nous e t pas encore permis de pénétrer le mystère, que la fièvre intermittente agit dans la production des hydropisies. On a prétendu qu'elles dépendaient de l'intoxication du sang par le miasme palétuvien; mais pourquoi ne se montrentelles pas dans tous les cas où cette intoxication est manifeste : il y a donc là quelque condition patholo-
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gique dont nous ne connaissons ni la nature ni le siège ; nous savons seulement que l'hydropisie est liée, d'une manière si intime, à l'intermittence elle-même, qu'elle cède presque toujours aux doses un peu considérables de sulfate de quinine, lors même qu'il n'existe plus de mouvement fébrile intermittent. Il est encore une autre cause que l'on pourrait faire intervenir dans la production des hydropisies qui succèdent aux fièvres intermittentes prolongées : c'est l'état cachectique et de débilitation profonde dont toute l'économie est frappée ; mais cette cause ne saurait les produire.
A quel ordre d'hydropisies faut-il rapporter l'œdème pulmonaire que l'on observe chez certains sujets qui succombent à des maladies chroniques de quelques viscères autres que le cœur et le poumon ? L'affaiblissement de la circulation cardio-pulmonaire nous semble être la cause de cette infiltration séreuse. Nous sommes donc tentés de les faire dépendre d'un obstacle à la circulation. Cependaut nous avons préféré les mettre dans la troisième classe, parce que leur véritable mode de production est encore entouré de ténèbres. Si la gêne apportée à la circulation par la faiblesse du cœur et de l'hématose était bien réelle, pourquoi de semblables œdèmes ne surviendraient-ils pas dans la chlorose , dans l'anémie, et dans toutes les affections où l'adynamie est très-grande ? L'observation nous apprend que l'œdème peut naître dans de pareilles conditions, mais que cela n'est point constant.
Dès l'année 1836, nous avons appelé les premiers l'attention des médecins sur des hydropisies dont la véritable origine nous paraît fort incertaine, et que les auteurs anglais ont rapportée à une maladie du poumon et des bronches. Abercrombie a vu survenir chez des sujets vigoureux, et qui s'étaient exposés au froid , le corps étant en sueur , de l'oppression , de la dyspnée, de la toux, et une infiltration séreuse, qui occupe ordinairement la face d'abord, et de là s'étend au tronc et aux jambes. Quelquefois ces dernières sont affectées avant les autres parties du corps. L'urine est quelquefois albumineuse , le pouls peu fréquent, petit, parfoisirrégulier. Lessymplômesquenous venons d'en umérer ne peuvent en aucune manière révéler la vraie cause de l'aiiasarque; aucune autopsie n'a été faite, bien que la maladie se terminal quelquefois d'une manière fatale et en peu de jours. Les urines étaient coagulables; ce qui jette encore plus d'incertitude sur la nature de l'hydropisiequ'Abercrombie attribue à un étal de dcmi-phlogose des poumons (Ob- .scii allons on certains dropsical affections which are succès tf ulljr ireated by bloodlctling ;'\n Edinb. medic. and surg. journal, p. 1 03, in-8®, t. \iv ;voy. ausM l'art. Diohn dans The C) clopedia ofpraciical med.j par M. Darwal). Ce [dernier médecin considère cci laines bronchites chroniques comme capables d'oc-
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casionner aussi l'anasarque. Les symptômes sont les mêmes que ceux indiqués par Abercrombie : la face et les extrémités s'infiltrent; cet œdème peut persister plusieurs mois et même des années; les cavités séreuses se remplissent, et la mort survient par l'effet de ces épanchements, de la dyspnée, ou des accidents cérébraux. Nous répéterons pour cette cause d'hydropisie ce que nous avons déjà dit plus haut ; la description fournie par l'auteur est trop vague , et le diagnostic ne repose pas sur une étude assez approfondie des symptômes et de la lésion , pour que l'on puisse considérer les maladies aiguës ou subaiguës du poumon et des bronches comme des causes d'hydropisies. Nous ne saunons indiquer la vraie cause de l'hydropisie du tissu cellulaire" , que l'on observe dans les membres paralysés depuis longtemps. Cet œdème a été très-anciennement signalé par Willis, Plisson, Mayou, et par Portai {loc. cit., p. 162), parltard (Dicl. des se. méd., loc. cit., p. 162, t. i), par M. Chambcret (mêm. rec, p. 249, xxxix).Dans cette hydropisie , la quantité de sérosité épanchée est peu considérable. Plisson et Mayou en placent la cause dans le trouble que subit alors la distribution de l'influx nerveux : «Le cerveau et les nerfs, disent-ils, servent non-seulement à la sensibilité et au mouvement des parties, mais encore à leur nulrilion, eu entretenant principalement en elles une libre et convenable circulation des humeurs, ainsi qu'une bonne distribution de la matière nutritive dans toutes les parties du corps. G'est parce que nous avions pris en sérieuse considération cette influence du système nerveux, que nous avions rangé dans une classe à part les œdèmes qui nous paraissaient en dépendre (voyez Anasarquc par interception incomplète ou entière dans la distribution de l'influx nerveux , in article Anasarqle); après avoir longtemps médité sur ce point, nous ne nous croyons pas assez édifiés pour faire dépendre ces hydropisies uniquement d'une pareille cause. En effet, la ligature ou l'excision du nerf principal d'un membre ont été pratiquées plusieurs fois par des expérimentateurs , et jamais ils n'ont vu l'œdème du membre en être la suite, à moius qu'il n'y ait eu quelques vaisseaux compris dans la ligature. Nous serions plutôt portés à admettre que la cause réside dans un trouble de la circulation, qui dépendrait de l'immobilité dans laquelle est placé le membre atteint de paralysie. La contraction musculaire imprime aux fluides, cl spécialement au liquide sanguin, une impulsion qui favorise beaucoup la circulation ; celle-ci peut donc devenir languissante lorsque la contraction musculaire est anéantie depuis longtemps. Du reste, on ne peut affirmer que cette absence de contraction soit la seule cause des infiltrations que l'on observe chez les vieux paralytiques; l'altération profonde que subit la nutrition générale, la compression
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toute mécanique que subissent parfois les membres abandonnés à leur propre poids, sont encore des causes dont il faut tenir compte.
Le docteur Mateer attribue certaines hydropisies à l'anémie du rein, sans altération de structure de cet organe, et sans albumine dans l'urine {The Edinb. mcd. and. surg. journ. , ann. 1836,etext. dans la Gaz. médmJ p. 117, ann. 1837). Les observations qu'il rapporte sont trop incomplètes pour que l'on puisse accepter définitivement cette nouvelle cause d'hydropisie.
Les auteurs parlent d'hydropisies consécutives au scorbut, à l'entérite chronique , à la dysenterie , à la débilité occasionnée par ces maladies , ainsi que par des hémorrhagies ou des flux excessifs, etc. Ces faits ne sauraient être mis en doute, trop d'observateurs dignes de foi en ont été témoins; mais il reste toujours à décider si les hydropisies de ce genre dépendent bien d'une altération locale ou d'une lésion de tout le solide vivant , qui consisterait dans l'abaissement de l'excitabilité au-dessous de son type normal, ou d'une altération du sang; nous avons montré que cette dernière n'avait été constatée que dans des circonstances très-rares; reste donc l'asthénie générale pour expliquer ces hydropisies , que l'on pourrait alors appeler ajuste titre des hydropisies a s théniques j c'est-à-dire par diminution de l'excitabilité. Nous sommes très-disposés à croire qu'il en est quelques-unes qui peuvent être attribuées à cette cause; mais ce sujet exige de nouvelles recherches.
Du liquide des hydropisies. — On a dit d'une manière générale que le liquide infiltré ou épanché des hydropisies ressemble au sérum du sang. Cette comparaison est fausse sous le point de vue de sa composition, car jamais il ne contient autant d'albumine que le sérum du sang. Ses propriétés physiques changent beaucoup suivant l'altération dont la membrane exhalante est le siège. S'il existe une simple irritation sécréloire, le liquide est ordinairement incolore, transparent, comme de l'eau , plus souvent d'une couleur citrine; il est blanchâtre, trouble, et renferme une quantité parfois très-grande de flocons blancs ou verdàtresou des fausses membranes , quand la phlegmasie s'est emparée de la tunique séreuse. La sérosité contient encore, dans quelques circonstances pathologiques, la matière jaune de la bile, des globules sanguins.
Marcet, qui a analysé avec soin le liquide des hydropisies, y a trouvé une matière animale mucoextractive , soluble dans l'eau , incoagulable par la chaleur. La matière animale prédominante est l'albumine, dont les proportions sont variables : voici un tableau dans lequel sont indiquées les proportions des matières animales et salines.
Pc'ant s Part, solides Matière Matièr»
spécif.
grains. animale, saline.
Sérosité de l'hydrorachis, 1064 14,4 2,2 9,2
Hydrocéphale, 1006,7 9,2 1,12 8,08
Ascite, 1015, 33,5 25,1 8,4
Hydrothorax, 1012,1 26,6 18,8 7,8
Hydropéricarde, 1014,3 33, 25,5 7,5
Hydrocèle, 1026,3 80, 71,5 8,5
Sérum du sang,
Les matières salines sont moins sujettes à varier que l'albumine; elles sont formées d'hydrochlorate de soude et de potasse, de sulfate de potasse, de soude et de phosphates de chaux , de fer, et de magnésie. Sur 100 grains de matières solides, il y a 72 gr. d'hydrochlorate de soude mélangés avec un peu d'hydrochlorate de potasse, 18 à 20 gr. de souscarbonate de soude , et 8 à 10 gr. de sulfate de potasse, de phosphate de chaux, de phosphate de fer, et de phosphate de magnésie. Nous avons rapporté avec détail ces analyses et celles faites par quelques autres chimistes, dans notre article Anasarque (p. 88).
Elles ont sans doute un grand intérêt pour le pathologisle, puisqu'elles tendent à démontrer que les matériaux solides des sérosités éprouvent d'assez grandes variations dans les diverses hydropisies. Cependant comme ces analyses chimiques ne sont accompagnées d'aucun détail propre à faire connaître la cause et la nature des épanchements qui ont fourni les sérositésr elles perdent une partie de leur valeur. De quel intérêt peut être pour le palhologiste l'analyse du liquide recueilli dans la cavité du ventre, s'il ignore quelle était la cause de l'ascite, les symptômes déterminés par la lésion dont l'ascite n'est qu'un des effets, la constitution du sujet, la complication, le traitement, etc.; en un mot quel peut être l'importance d'une analyse chimique si l'on n'y joint l'histoire pathologique de la maladie. C'est cependant ce que l'on a fait pour le sang et pour d'autres humeurs; nous devons toutefois en excepter les travaux publiés sur l'urine. L'examen microscopique n'a luimême fourni si peu de données à la pathologie, que parce que les hommes qui se sont livrés à ce mode d'exploration étaient étrangers a cette science ou en faisaient bon marché. Cette association intime des sciences chimiques et médicales est nécessaire pour l'étude des hydropisies. Quelques recherches entreprises dans la direction que nous venons d'indiquer, ont déjà conduit MM. Andral et Gavarret à quelques résultats importants, et peuvent mettre sur la voie de nouvelles découvertes. Nous transcrivons ici une note qu'ils ont bien voulu nous remettre; elle est extraite d'un travail inédit, et qui a pour sujet l'étude de plusieurs altérations humorales.
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«11 résulte des recherches auxquelles je me suis livré avec M. Gavarret sur la composition des sérosités , que ces liquides sont toujours constitués par des principes de même nature, qui varient seulement sous le rapport de leurs proportions. En quelque lieu qu'on les recueille, dans la cavité d'une membrane séreuse, dans les aréoles du tissu cellulaire, dans la poche d'un kyste, ou à la surface du derme préliminaireinent irrité par une application de canlharides, ou par un corps en ignilion, toujours on trouve les sérosités composées d'eau, d'albumine associée à quelques autres matières organiques, d'un alcali libre, et de sels. Parmi ces principes, il en est deux surtout, l'eau et l'albumine, qui peuvent subir, dans leur quantité relative, des changements remarquables, Ainsi, sur 1,000 parties de sérum , nous avons vu l'eau varier de 906 à 986, et l'albumine osciller entre les chiffres 4 et 76.
«Les faits que j'ai rassemblés m'autorisent à établir, en règle générale , que la proportion d'eau des sérosités augmente, et celle de leur albumine diminue , en raison directe de l'affaiblissement des malades et de l'appauvrissement de leur sang. En examinant le sérum extrait du péritoine dans plusieurs ponctions successivement pratiquées à un même individu, on trouve que le liquide des dernières ponctions est moins riche en albumine et autres matériaux organiques que celui des premières. C'est sans doute parce qu'à mesure que les ponctions se répèlent, les malades tombent dans une débilitalion de plus en plus grande. Des diverses membranes séreuses, la tunique vaginale est celle qui nous a offert la sérosité la plus riche en albumine ; cela nous a paru dépendre de ce que, dans les cas d'hydrocèles qui ont fait le sujet de nos analyses, les sujets n'étaient ni affaiblis, ni anémiés comme ceux qui avaient des épanchements dans d'autres séreuses ou dans le tissu cellairc; mais, de toutes les sérosités, c'est celle renfermée dans l'ampoule des vésicatoires qui nous a généralement présenté la plus grande proportion d'albumine. Toutefois , pour ce genre de sérosités , notre règle se reproduit encore : nous avons trouvé, en effet, quelques sérosités de vésicatoires plus pauvres en albumine, et ceux-là appartenaient à des individus que de longues maladies avaient affaiblis. Ferons-nous ici intervenir, comme pouvant contribuer à augmenter la proportion de l'albumine, le travail phlcgmasiquc qui pré. ède, dans la peau irritée par les canlharides, l'exhalation de sérosité ? II n'est pas impossible que ce soit là une des causes de l'augmentation de la quantité de l'albumine; mais le travail phlegmasique a une autre influence : il jette dans la sérosité des principes nouveaux , soit de la fibriue , soit des globules de pus , ou d'autres maté-
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riaux qui changent l'aspect physiologique des sérosités ; car, quelque considérable que fut l'accroissement de l'albumine, le sérum n'en garderait pas moins sa transparence et son aspect normal.
«J'ai donné, au commencement de cette note, le maximum et le minimum d'albumine que nous avons trouvés, M. Gavarret et moi, dans les sérosités que nous avons eu occasion d'analyser; mais ces deux chiffres extrêmes ne se rencontrent que très-rarement : ainsi nous n'avons trouvé l'uu et l'autre qu'une seule fois. Dans tous les autres cas, l'albumine ne s'est que très-rarement élevée au-dessus de 60 , et très-souvent nous ne constations pour 1,000 parties , que 50 , 40 , 30 , 20, et même 1 2 seulement en albumine. Si donc l'on compare , relativement à la proportion de ce principe immédiat qu'ils contiennent, le sérum du sang et celui des vieux épanchements, on trouve que, dans le premier de ces sérums, la proportion d'albumine est généralement plus considérable; en effet, dans de très-nombreuses analyses du sérum du sang, faites au milieu des conditions les plus variées de l'économie, nous n'avons jamais vu l'albumine s'abaisser au-dessous du chiffre 55, et encore pour l'albumine du sérum du sang, un pareil abaissement de la quantité de ce principe est-il très-rare. De là on doit tirer cette conséquence importante que , dans la formation des hydropisies , le sérum ne se sépare pas de la masse sanguine , tel qu'il existait dans celle-ci ; mais qu'en cas pareil le sang perd, relativement , plus d'eau que d'albumine : il en est ainsi dans le cas même de maladie de Bright, où nous avons trouvé le sérum du sang moins chargé d'albumine que dans tout autre état morbide.
«Ces faits étant connus, on comprendra facilement comment il a puarriver que,dans plusieurs cas où nous analysions comparativement des sérosités recueillies dans diverses cavités d'un même sujet , nous ne trouvions pas dans toutes la même proportion de principes. C'est ainsi que, chez une femme morte de maladie organique du cœur, fa sérosité du péricarde contenait, sur 1,000 parties, 30 en albumine, tandis que celle du tissu cellulaire des membres inférieurs n'en avait que 4.»
11 n'est plus permis de considérer l'hydropisie comme une maladie toujours identique à clle-mènïe, et de décrire d'une manière générale sa marche, ses symptômes, sa gravité, ses terminaisons. Une pareille élude pouvait être faite lorsqu'on ignorait les différences essentielles qui séparent les hydropisies; ce serait revenir à des errements réprouvés par les progiès de la science, que de procéder, aulicment que nous l'avons fait, à l'élude de l'hydropisie. Que peutil y avoir de commun, excepté i'épanchement séreux.
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entre les hydropisies par maladie du cœur, et les * hydropisies par affection du foie ou du rein, par phlébite? si nous faisions une étude détaillée de chacune d'elles, ce serait rentrer dans l'histoire de ces maladies auxquelles sont réservées des dénominations et des articles spéciaux (voy. Maladies du coeur, Hydrotuorax, Pleurésie , etc.). Nous rappellerons seulement, sous le point de vue des symptômes, la distinction établie par les auteurs anglais entre les hydropisies avec urine coagulable, et celles où les urines restent normales sous ce dernier rapport. Cette distinction est importante en pratique , parce qu'elle met prompteinent le médecin sur la voie du diagnostic. En effet , les urines coagulables annoncent, en général, un trouble fonctionnel, sinon une lésion des reins. 11 faut se rappeler que l'albumine peut se montrer en quantité notable et pendant un certain temps sans qu'il existe de lésion matérielle dans le rein.
Traitement. — Le temps est déjà loin de nous où Ton consacrait de nombreux volumes au traitement des hydropisies , et où chaque auteur s'évertuait à montrer l'efficaci é de quelque hydragogue qu'il avait administré dans des cas identiques pour lui , et qui n'avaient de commun que l'épanchement séreux. Nous rendrions un mauvais service au praticien et nous perpétuerions des erreurs qui sont malheureusement encore trop répandues pour ne pas chercher à les dissiper, si nous voulions instituer, en bloc, le traitement général des hydropisies. Il ne faut pas se faire illusion sur la valeur des remèdes et des recettes que Ton présente sous le titre menteur de traitement, ni croire que Ton fait de la médecine pratique parce que , dans un chapitre consacré au traitement, on accumule une série d'ordonnances ou de formules : ce n'est pas dans ce droguier que gît la vraie thérapeutique , pas plus que le traitement chirurgical ne consiste dan > l'énumérationdes instruments à l'aide desquels on fait l'opération. Nous croyons beaucoup plus utile et plus rationnel d'établir les indications thérapeutiques que le praticien doit chercher avant tout. Nous renvoyons pour l'indication des remèdes les plus utiles contre l'hydropisie aux articles Anasarqub et Ascite.
Sydenham reconnaît deux indications curatives , dont l'une a le malheur d'être fondée sur une pure hypothèse. La première prescrit d'évacuer le liquide, la seconde de reconstituer et de rétablir la force du sang, afin de prévenir un nouvel épanchement de sérosité (Tractatus dchydrope , in Opéra, omnia, p. 492; Genève, 1723). Malgré la grave autorité du médecin anglais, personne aujourd'hui n'établirait les mêmes indications thérapeutiques.
M. Liltré dit, avec juste raison, que le traitement des hydropisies comprend trois indications principales :
combattre, quand elles sont symptomatiques, les affections primitives qui y donnent lieu; attaquer la condition générale sthénique ou asthénique de l'organisme, condition avec laquelle s'est fait répanchement de sérosité; procurer par une voie ou par une autre l'écoulement des liquides accumulés. La première et la dernière indication ont été formellement reconnues par tous les auteurs qui ont écrit sur les flux séreux, et leur exactitude est au-dessus de toute contestation. Quant aux conditions de sthénie et d'asthénie qui accompagnent les hydropisies, elles n'offrent rien de spécial à ces dernières affections. On les retrouve dans toutes les maladies , et ce sont elles précisément que le médecin éclairé sait faire entrer en ligne de compte dans le traitement.
Voici de quelle manière les indications thérapeutiques nous paraissent devoir être formulées : 1° combattre la cause de l'hydropisie qui consiste dans la lésion d'un organe ou du sang; 2° s'adresser à l'état général qui résulte de la maladie primitive , et qui souvent reproduit et perpétue les collections séreuses; 3° une fois ces deux premières indications remplies, on s'occupera d'obéir à la troisième, qui consiste à établir sur une seule surface exhalante ou sécrétoire un flux artificiel qui remplace ou tarisse le premier; 4° enfin quand le liquide ne peut être ainsi soustrait à l'économie , on doit lui donner issue par quelque opération chirurgicale.
Ire Indication. — Combattre la cause de Vhydropisie. — Il n'entre pas dans notre sujet d'examiner les affections locales qui engendrent les flux séreux, et les moyens les plus propres à faire disparaître ces, derniers. Nous rappellerons toutefois que le plus ordinairement l'hydropisie est liée à une inflammation aiguë, subaiguë ou chronique de la membrane séreuse , et que la voie la plus sûre pour guérir le flux est d'attaquer par un traitement général, et surtout local, cette inflammation. Les vésicants offrent une ressource précieuse pour arriver à ce résultat , parce qu'ils déplacent l'irritation en même temps qu'ils excitent une sécrétion dérivative sur le tégument externe. Les purgatifs agissent de la même manière, quoique moins sûrement. La saignée locale est utile, parce qu'elle combat directement l'inflammation membraneuse; la saignée générale remplit le même but, et a, en outre , pour effet de favoriser la résorption des liquides épanchés : c'est seulement sur les sujets robustes qu'elle peut agir de celte manière. Ces divers agents ont l'avantage de satisfaire à la première et à la troisième indications que nous avons établies.
Nous avons vu, en énonçant les causes des hydropisies du premier ordre, que les affections aiguës et chroniques de la poitrine, du ventre, de la rate, en sont les causes les plus ordinaires. On leur opposera
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donc en premier lieu les agents thérapeutiques dont on a reconnu l'efficacité dans les maladies du cœur, des gros vaisseaux , du poumon , du foie , de l'estomac, de la rate ,elc. On recherchera d'abord à quel degré sont parvenues ces diverses affections, et s'il est encore possible de les arrêter dans leur marche, ou si l'on doit seulement s'occuper de combattre les désordres qui en sont le résultat, et au nombre desquels il faut ranger les hydropisies : c'est le praticien seul qui peut décider celte question. En règle générale , il doit toujours commencer par traiter la maladie locale lors même qu'elle semble être au-dessus des ressources de l'art. En effet , il peut trèsbien se faire que l'affection ait été méconnue ou mal traitée , et qu'une médication mieux appropriée soit suivie de succès.
IIe Indication. — Prendre en considération l'état du sujet. — Dans les hydropisies , comme, du reste , dans toutes les maladies générales , il est nécessaire , pour instituer une thérapeutique convenable , de consulter ces trois grandes modalités de l'état pathologique, et que l'on appelle i' 'hypers thénie, Yhyposthénie et la nèvrosihénic. Quels que soient les noms qu'on leur donne et les hypothèses à l'aide desquelles on cherche à les expliquer, le fait subsiste , et il a été consacré dès la plus haute antiquité. Nous l'avons retrouvé dans les divisions des hémorrhagies en actives et en passives ; il se montre également à travers les expressions à' hydropisies actives et passives , de sthéniques et aslhéniques , de pléthoriques et par débilité, etc. Nous avons prouvé , et il est nécessaire de le rappeler ici, que les hydropisies actives ne sont autre chose que des flux séreux liés à une phlegmasie ou à quelque autre lésion locale, et se développant chez des sujets robustes dont l'organisme est disposé à réagir énergiquement. L'hydropisie alors emprunte sa forme de la constitution du sujet, mais ne change nullement de nature; la manifestation symptomatologique seule varie. Supposons, par exemple, qu'un épancliement pleurétique s'effectue sans douleur , sans symptômes de phlegmasie du côté du thorax, qu'il n'y ail qu'un simple flux séreux à la surface de la plèvre ; dans une certaine condition de l'organisme cette hydropi.^ie s'accompagnera d'une réaction fébrile, et de cette modalité moi bide que l'on appelle état s thé ni que. La saignée générale et lesantiphlogistiquesSOnt prescrits, dansce cas, par tous les médecins quelles que soient leurs doctrines, (ju'une pareille affection se développe, au contraire, chez un sujet débilité par une maladie chronique, d'une constitution détériorée ou naturellement faible, les symptômes seront 1res -différents de ceux que nous venons d'indiquer; quelquefois l'épaneheinent sera latent, c'est-à-dire qu'on ne pourra en constater la présence que par la percussion et l'auscultation.
Le traitement ne saurait être le même dans tous ces cas : l'asthénie, la débilité, l'état passif, ont paru aux auteurs une contre-indication à l'emploi des émissions sanguines. Cette proscription est légitimée dans un grand nombre de cas; cependant nous croyons qu'il est plus exact de dire qu'il faut proportionner l'emploi des antiphlogistiques à l'état de faiblesse du sujet : une phlegmasie reste identique à elle-même sur un homme affaibli comme sur un homme robuste; et c'est même un fait mis hors de doute aujourd'hui , que les phlegmasies ont une funeste tendance à se reproduire, à se perpétuer chez les individus frappés d'asthénie : dans ce cas , quelques sangsues agiront aussi efficacement chez eux qu'une large saignée sur les autres. 11 faut donc savoir, en quelque sorte, doser la médication.
La troisième condition organique, est la névrosthénie, c'est-à-dire un état d'éréthisme du système nerveux, dont les troubles variés se mêlent aux accidents propres de la maladie. Nous n'avons rien à en dire, parce que cet élément intervient plus rarement que les deux autres dans la production des phénomènes de l'hydropisie.
IIIe Indication. — Établir sur une surface exhalante ou sécrétoire un flux qui remplace ou ta-' risse le flux séreux. — Avant de satisfaire à cette indication, il est nécessaire de remplir celles que nous avons déjà posées; ce n'est que dans quelques cas rares que, les causes de l'hydropisie ne pouvant être reconnues, on s'occupe uniquement de faire disparaître la sérosité épanchée. Une médication assise sur une base aussi incertaine est bien souvent inutile; et cependant il faut s'en contenter lorsque, après des recherches attentives et habilement dirigées, on n'a pu remonter jusqu'à la véritable cause du flux séreux. Les anciens ne voyaient souvent que cette indication curative, parce qu'ils ne pouvaient parvenir à un diagnostic précis, et que, d'ailleurs, la cause du flux séreux leur paraissant être la faiblesse générale des exhalants ou leur trop grande activité, ils se croyaient fondés à combattre l'épanchement en luimême, pendant qu'ils administraient quelques remèdes contre l'étal asthénique général.
11 est un second cas où le médecin n'a d'autre but, dans son traitement, que de diminuer le flux séreux, et d'empêcher qu'il n'augmente avec trop de rapidité ; c'est celui où il est impossible d'espérer guérir l'épanchement. Cette indication , toute symptomatologique, est d'ailleurs urgente dans les cas où la vie du sujet est menacée par la collection séreuse.
Les remèdes qui ont pour effet de diminuer ou de guérir les Hux séreux ontreçu le nom d' hydrologues, c'est-à-dire de médicaments propres à donner issueau liquide épanché (u^op, eau, a^uv, conduire). Parmi ces hydragogues fig nient les agents thérapeutiques les
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plus divers; cependant, pour prétendre à ce litre, il faut qu'ils aient pour effet de déterminer, sur l'une ou l'autre grande surface de rapport, un appel assez considérable des fluides et que l'exhalation diminue ou cesse de s'effectuer dans son siège primitif. Nous affirmons positivement qu'il n'y a pas d'autres hydragogues que ceux qui agissent de cette manière : il suffit, du reste, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur la liste des médicaments qui ont acquis une certaine réputation dans le traitement des hydropisies. On voit figurer parmi eux, en première ligne , les substances qui agissent en provoquant de copieuses évacutions alvines : tels sont les drastiques et les purgatifs de toute espèce; en second lieu viennent les substances qui passent pour exciter la sécrétion urinaire; en troisième lieu, les sudorifiques. Indiquons rapidement le mode d'action et le degré d'activité de chacune de ces substances.
Les substances qui ont pour effet d'améliorer l'état des hydropiques en agissant sur l'intestin, sont les drastiques , et, en particulier, la scammonée , l'aloès,lejalap, la gomme-gutte , la coloquinte, l'huile de croton tiglium, l'élatérium , la gratiole , le genêt à balais, le tabac, etc. L'administration de ces substances , qu'il ne faut donner qu'avec précaution et à des personnes dont l'intestin est en bon état, est souvent suivie d'une fluxion abondante de liquides séreux plutôt que de mucus. Elle excite tout à la fois une forte révulsion, et une irritation sécrétoire active qui dépouille le sang d'une partie de son sérum. Le mécanisme de ces sortes d'irritations secrétaires révulsives est étudié avec soin dans les traités de thérapeutique, et nous ne pouvons nous y arrêter dans ce moment. Nous rappellerons que, pour que l'irritation sécrétoire soit produite et suivie de quelque succès , il faut d'abord que l'intestin ne soit pas malade; en second lieu , que le sujet ne soit pas trop affaibli; enfin , il faut répéter l'administration du remède à des intervalles assez rapprochés pour que l'exhalation intestinale ne cesse pas d'avoir lieu. On comprend que , pour que le praticien ne nuise pas au malade, il est nécessaire qu'il consulte l'état du .sujet, et suive avec un soin extrême les effets des médicaments prescrits. Souvent il faut donner, avec une certaine hardiesse, les drastiques, et produire de nombreuses évacuations alvines pendant plusieurs semaines, avant d'observer quelque amélioration. Cette hardiesse n'est que de la témérité et de l'ignorance chez les charlatans, qui débitent une foule d'hydragogues dans lesquels il est facile de reconnaître une ou plusieurs des substances drastiques que nous avons énumérées. Le succès qu'ils obtiennent quelquefois s'explique par la violence des remèdes et les effets énergiques qu'ils ne craignent pas de provoquer. Le
lecteur comprendra facilement pourquoi nous ne reproduisons pas ici toutes les recettes préconisées contre ï'hydropisie. Elles ne doivent leur action parfois salutaire qu'à des médicaments purgatifs ou drastiques connus de tout le monde : ce serait donner un funeste exemple que d'en conseiller l'emploi. Non pas que nous les rejetions entièrement de la thérapeutique : nous avons dit qu'il pouvait se présenter des cas où il était indispensable d'y recourir; mais dans des cas semblables , le praticien choisira les substances dont il connaît la manière d'agir. S'il veut produire une irritation sécrétoire sur l'intestin, il choisira la gomme-gutte, la coloquinte, le jalap, le calomel , etc. , et il laissera à d'obscurs empiriques tous ces poisons dont l'autorité permet le débit avec une négligence si coupable.
Parmi les diurétiques les plus employés contre Ï'hydropisie, nous citerons l'oseille, vantée par Cullen, le nitrate de potasse, la térébenthine, les cantharides , quelques plantes , telles que la pariétaire , i'uva ursi, les baies de genièvre, la pyrole en ombelle, etc. Cette classe de médicaments est beaucoup moins certaine dans ses effets thérapeutiques que la précédente , et le médecin ne doit lui accorder qu'une faible confiance.
On a été conduit à prescrire les sudorifiques dans le traitement de Ï'hydropisie bien plus par le raisonnement que par les succès incontestables qu'ils ont amenés. On a supposé qu'ils devaient être utiles en provoquant l'absorption qui sert à remplacer la partie aqueuse que' perd le sang. Nous ne nous arrêterons pas à discuter celte opinion qui nous paraît fort contestable ; nous reconnaissons seulement que les sudorifiques sont utiles dans l'anasarque et dans les hydropisies qui paraissent tenir à une lésion de sécrétion des reins, ou à une diminution de l'exhalation pulmonaire (voy. Traitement de Vanasarque, t. i, p. 1 12 et 113).
Pour montrer avec quelle légèreté on a établi l'action hydragogue de certains remèdes, examinons quelques-uns d'entre eux. La digitale , outre ses vertus diurétiques fort contestables, jouit surtout d'une action sédative sur la circulation , et spécialement sur le cœur ; on comprend dès lors que, dans toutes les hydropisies où cette circulation est gênée, elle pourra déterminer des effets très-salutaires, et amener la diminution momentanée de Ï'hydropisie. Le soufre doré d'antimoine, le tartre slibié,ripécacuanha, n'ont-ils pas été placés également au rang des hydragogues? Si le diagnostic local des hydropisies dans lesquelles on les a administrés avec succès avait été nettement établi , on verrait, sans aucun doute, qu'ils ont agi contre la lésion même qui avait provoqué le flux séreux, et non contre ce dernier. On ne sera donc pas surpris de voir le quinquina , le fer , les extraits
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amers et les toniques de toute espèce prendre place parmi les agents capables de guérir l'hydropisie. Cette manière d'établir l'efficacité des agents thérapeutiques était tolérable quand on n'était pas encore parvenu à un diagnostic rigoureux des affections internes; elle n'est plus admissible aujourd'hui. Nous croyons que ce serait nous fourvoyer et induire le praticien dans de graves erreurs , que de lui présenter, sous le vain titre de traitement des hydropisies , une collection informe de médicaments de toute espèce.
La dernière indication consiste à donner issue par une opération chirurgicale au liquide épanché dans la cavité séreuse. L'on est souvent contraint de recourir à ce dernier moyen lorsque les divers remèdes dont on s'est servi n'ont pu déterminer la résorption du liquide séreux. 11 est nécessaire que nous rappelions encore ici que l'opération de la paracentèse n'offre quelque chance de succès que dans le cas où l'on est parvenu à faire disparaître la lésion qui a provoqué l'épanchement. Ces cas sont assez rares, et c'est ce qui explique la fréquence des récidives lorsqu'on a pratiqué cette opération.
Nature et classification dans les cadres nosologiques. — Dès les temps les plus anciens, on a assigné aux hydropisies des causes très -différentes. Les maladiesdu foie, de la rate (Rivière, Schenkius, Forest), du pancréas (Rondelet et Peyer) , de l'estomac, de l'utérus (Salmîith, Pechlin , Tulpius , Rolfinck (de Organ. génital. , cap. 20 ) , Sydenham ( de Hydroffe ) et du cœur , ont été signalées par tous les médecins comme autant de causes d'hydropisies. Plus tard, les affections des vaisseaux sanguins et lymphatiques, du cœur et du sang lui-même, interviennent dans la production des flux séreux; en un mot, la plupart des altérations que nous considérons aujourd'hui comme le point de départ des flux séreux fixèrent l'attention des médecins anciens. Aussi n'est-ce pas sur ce sujet qu'ils s'abandonnèrent à toutes sortes d'explications hypothétiques, ce fut quand ils cherchèrent à pénétrer la nature inlime des hydropisies.
Une opinion très ancienne , puisqu'elle remonte à Galien, attribue aux altérations du sang une grande part dans la formation des hydropisies. Willis , qui du reste confond sous le titre d'hydropisies les épanchements de lymphe et de chyle, fait dépendre ces maladies d'une altération du sang, et intervenir la fermentation et une sorte de combustion dans le développement des hydropisies. Etlmuller et Lister soutiennent en partie cette opinion. L'on continua pendant longtemps à regarder l'altération du sang comme la cau^e des ilux séreux. Celte altération du sang , dont les causes et la nature sont fort vaguement indiquées , est appelée par quelques-uns rcjri-
geratio sanguînis ou intempéries frigida. Suivant d'autres, la mauvaise crase du sang (ai(i*TO(iswç, vitia) est la cause des hydropisies (in Loss , de Languore lymphatico , loc. cit., p. 224 4 suiv.). Nous ne devons pas nous arrêter à ces doctrines qui ne reposent que sur de simples spéculations.
Huxham place la cause d'un certain nombre d'hydropisies dans l'altération des globules sanguins. « Les globules rouges du sang , qui sont le grand principe de la vie et de la chaleur, dit-il, n'acquièrent ni la densité, ni la rotondité, ni la consistance nécessaires, ce qui produit les concrétions irrégulières dans les vaisseaux ; la ténacité et la viscosité de la partie séreuse ou de la lymphe diminuent la quantité des esprits, et dérange toutes les sécrétions : de là découlent la cachexie , la leucophlegmatie , et les différentes espèces d'hydropisies, les fièvres intermittentes et rémittentes régulières, ou les fièvres lentes nerveuses» (Essai sur les fièvres , chap 3 , de l'état des solides). Les globules du sang paraissent bien être le grand principe de la vie et de la chaleur, comme le dit Huxham; mais, dans l'état actuel de la science, on ne connaît aucune altération de qualité des globules à laquelle on puisse rapporter l'hydropisie ou toute autre affection. Quanta la diminution de quantité de ces mêmes globules, nous avons vu qu'elle était sans influence sur la production des hydropisies. Les idées d'Huxham sur la constitution du sang altéré n'en sont pas moins dignes d'intérêt , et annoncent, dans l'auteur qui les a émises, des doctrines bien autrement avancées que celles de nos prédécesseurs. Nous avons montré , et il est inutile de revenir sur ce sujet, que les seules altérations du sang auxquelles on est en droit de rapporter les hydropisies consistent en une diminution des matériaux organiques du sérum. Des recherches ultérieures ajouteront peut-être à ces données fournies par l'état actuel de nos connaissances.
Deux grandes découvertes ont exercé une influence immense sur les doctrines émises au sujet de la nature des hydropisies : l'une est la découverte de la circulation ; l'autre, celle des vaisseaux 1\ m pha tiques. Les obstacles au cours du sang avaient été soupçonnés plutôt que démontrés avant les belles expériences de Lower (de Corde, item de motu et calorc sanguînis, etc., cap. 2, p. 123 et suiv.). La ligature de la veine cave et des jugulaires qu'il effectua sur des animaux vivants ne laissèrent plus aucun doute louchant le rôle essentiel des vaisseaux sanguins dans la production des hydropisies. A partir de cette époque, la véritable cause d'un grand nombre d'hydropisies fut parfaitement connue. Bocrhaavc n'hésite pas à les rapporter à une telle origine : «Observai uni « fuit, hos omnes morbos (hydropes), produei ab omni «causa, qua; valet liquidum serosum ila coercerc, ut
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«redire nequeat in venas, sed extensisin vasis sta- « gnet , vel ipsa vasa rumpat , ita ut intra membranu- «las effundatur, aut vasa reducentia a cavitatibus «deposita tam parum moveat,ut non exhalent, nec «resorbanlur» ( Comment, in aphor. 1228, t. iv, p. 163; Paris, 1773). A part quelques explications hypothétiques , on trouve , dans cet aphorisme, une indication précise des principales causes des hydropisies. Van Swieten a développé , avec beaucoup de science, la proposition de Boerhaave , et l'a appuyée sur des faits empruntés à la pathologie (fiomm., p. 163 et suiv.).
Hoffmann adopte entièrement la théorie des hydropisies par obstacle à la circulation : «Vix autem «melior lumoris hydropici causa, me judice, poterit «allegari quam circularis sanguinis per venas motus «et progressus valde difficilis, tardus et variis ex «causis praepeditus» (de Hydrope, cap. 1 4 ; in Med. rat. y t. ii, p. 325, in-fol.; Genève, 1761). La prédilection marquée d'Hoffmann pour les doctrines mécaniques le porta naturellement à embrasser la théorie que nous venons d'émettre : il Ta développée avec un grand talent d'observation , et appliquée aux hydropisies liées à des affections du foie. Le mode de production des ascites déterminées par ces dernières affections lui est parfaitement connu, et ce serait se rendre coupable d'une grande injustice envers lui, que de ne pas reconnaître combien les notions qu'il possédait sur cette matière étaient exactes et conformes à ce que nous savons aujourd'hui. 11 s'efforce de prouver que la cause la plus fréquente de l'ascite est une maladie du foie : «Praecipuam itaque ascitidis « sedem esse hepar, cadaverura sectiones supra ad- «ductae satisfaciunt demonstrationem»; qu'elle consiste eu une induration de ses membranes ou de son parenchyme ( induralio magis inlimiora occupât ), et que la stase du sang qui en résulte ne tarde pas à amener l'hydropisie , qui est favorisée par l'absence de valvules dans les veines porte et cave : «unde «haud levis ad stagnationem et infarctum fit disposition (loc. cit., p. 325). Il explique aussi les flux séreux par la gêne qu'éprouve le sang à traverser le poumon et le cœur dans quelques maladies. Les concrétions du cœur, qui coïncident si souvent, comme nous le savons aujourd'hui, avec les affections des orifices et des valvules du cœur, lui paraissent être une cause d'hydropisie : «Il résulte de cette altération, dit-il, que le sang ne traverse plus qu'avec une grande difficulté le cœur et les poumons, et qu'il finit par stagner de proche en proche dans la veine cave et dans les autres veines qui s'y rendent , ce qui ne tarde pas à amener de grandes collections séreuses. » Nous ne disons pas autrement de nos jours. Il était nécessaire de montrer par quelques citations, que nous aurions pu multiplier davantage, jusqu'où
allaient les connaissances d'Hoffmann sur la nature des hydropisies; le lecteur aura pu se convaincre que nous ne sommes pas plus avancés que lui sur ce sujet. Toutefois, en soutenant d'une manière exclusive la théorie toute mécanique dont il est question , Hoffmann n'a pu embrasser toutes les hydropisies; il en est un grand nombre qui sont totalement étrangères à des causes de cette nature. Tous les auteurs qui ont écrit sur les flux séreux ont développé ou confirmé par leurs recherches les faits dont nous venons de parler. M. Bouillaud , qui a publié un mémoire sur ce sujet , désigne par le nom à" hydropisies passives toutes celles qui s'engendrent sous l'influence d'un obstacle quelconque à la circulation veineuse. Nous avons déjà montré que cette dénomination est purement arbitraire, et qu'elle ne rend pas l'idée qu'y attachaient les anciens , et même les modernes (voyez Divisions et Hydropisies actives)»
Une autre découverte qui modifia également les doctrines émises sur les hydropisies fut celle des vaisseaux lymphatiques par Aselli , qui eut le mérite d'en démontrer l'existence , car ils avaient été entrevus par Hérophile, Érasistrate, Massa, Fallope, Eustache. Nous avons déjà examiné l'influence que peuvent avoir les maladies du système lymphatique sur le développement des hydropisies. Nous avons dit qu'elle est fort restreinte, et qu'on ne connaît peut-être pas un seul fait capable de la mettre hors de doute. Mascagni , Sœmmering ont embrassé et soutenu cette doctrine avec toutes les ressources de leur talent ; mais ils n'ont pas eu la satisfaction de la voir généralement adoptée.
IJne doctrine dont il faut chercher la première origine dans le strictum et le laxum de Thémison, et qui a été reproduite, depuis cette époque, sous des dénominations différentes, consiste à rapporter le flux séreux, tantôt à la force exagérée, tantôt à la faiblesse des vaisseaux chargés d'accomplir la sécrétion des fluides séreux. Sous quelque nom qu'on les ait déguisés, il est facile de retrouver cette double dichotomie dans les dénominations fthydropU sies aiguës, actives, pléthoriques, sthéniques, irritatives, inflammatoires } opposées à celles ^'hydropisies chroniques , passives^ asthéniques, ou par débilité. Nous avons déjà montré le véritable sens que doivent avoir pour le médecin physiologiste ces diverses dénominations; voyons maintenant si elles s'adaptent exactement à toutes les hydropisies, et si l'on est en droit de rapporter celles-ci à l'excitement ou à l'asthénie.
Bro.vn, qui s'inquiétait peu de ce qu'enseigne l'observation clinique, et qui était opprimé lui-même par la logique de son système , ne pouvait rapporter les hydropisies qu'à l'une ou l'autre classe de maladies qu'il avait fondées. Or, d'après la nature apparente