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maintenant pourquoi l'on a imaginé les états bilieux, inflammatoire, gastrique, et autres.
Nous insistons fortement sur ces remarques, parce qu'elles nous montrent avec toute la netteté désirable le sens que l'on doit attacher au mot fièvres , et nous éclairent sur leur nature. En effet, si la fièvre n'est qu'une modalité, ainsi que nous croyons l'avoir démontré dans la première partie de cet article, il faut en conclure que, dans les maladies qui doivent encore retenir aujourd'hui le nom de fièvre, l'état fébrile n'étant qu'une manifestation de l'organisme souffrant, il y au fond quelque chose de plus important , et que nous ne découvrons pas encore. Cette conclusion rigoureuse, que nous adoptons entièrement, est destinée à mettre la question des fièvres sur son véritable terrain. Voyons donc quelles sont les maladies dans lesquelles l'état fébrile reste encore ce que nous avons de plus caractéristique.
La fièvre inflammatoire dont les symptômes sont uniquement constitués par ceux de l'état fébrile, qu'on ne sait à quel organe, ni à quelle cause attribuer, nous paraît devoir conserver le nom de fièvre. Les analyses du sang la rapprochent des fièvres primitives. L'excitation passagère d'une ou de plusieurs fonctions allume parfois un mouvement fébrile qui a la plus grande ressemblance avec un accès de fièvre intermittente, dont les stades de chaleur et de sueur seraient prolongés. On a aussi rapproché de la fièvre simple le mouvement fébrile qui s'allume lorsque la menstruation s'établit pour la première fois, ou à l'époque de ses retours périodiques chez quelques femmes. Dans ce dernier cas , le trouble fonctionne! , et quelques accidents nerveux , ou d'autre nature , expliquent très-bien le développement de la fièvre. La fièvre de kit est encore une fièvre simple pour beaucoup de médecins, qui n'y voient qu'une opération salutaire delà nature, qui travaillée l'établissement du nouvel état physiologique dans lequel se trouve la femme récemment accouchée. Rien ne ressemble plus à la description de la fièvre éphémère , donnée par les auteurs, que celle de la fièvre de lait : frisson, malaise, céphalalgie, force, fréquence du pouls, excitation générale du système vasculaire, coloration delà face, céphalalgie, mouvement sudoral à la peau.
La fièvre inflammatoire nous semble donc être une fièvre primitive. En est-il de même de la fièvre bi-» lieuse? Les développements dans lesquels nous sommes entrés à ce sujet nous dispensent du soin d'agiter de nouveau cette question: ce que l'on peut affirmer, c'est qu'il n'existe pas encore d'analyse qui prouve l'altération du sang par la bile dans les fièvres dites bilieuses. Dans les faits rapportés par M. Martin Soîon, il y avait des lésions bien caractérisées ( pleuro-pueumonie, affection cancéreuse daus
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ie voisinage des conduits biliaires) : elles étaient sans doute la cause directe des phénomènes bilieux. Mais doit-on conclure qu'il n'y a pas de maladie qui mérite le nom àejïéirc bilieuse , c'est-à-dire, de fièvre produite par la sortie de la bile hors de ses voies naturelles, et mêlée au sang et aux autres liquides de l'économie? Nous ne sommes point disposés à répondre par la négative ; les descriptions qui nous sont fournies par les médecins anglais , et par tous ceux qui ont exercé la médecine dans l'Inde et dans une grande partie de l'Asie et de l'Amérique du sud , nous portent, au contraire, à admettre l'existence de fièvres bilieuses. Quant aux fièvres putrides, dans lesquelles le sang est dissous, altéré, suivant l'expression des auteurs, plusieurs sont de véritables fièvres primitives par altération du sang; d'autres sont des maladies bien constatées de l'intestin ou d'autres viscères.
Les maladies que nous maintenons au nombre des fièvres sont celles dont nous allons donner l'indication rapide; nous les avons classées dans un ordre qui peut être sans doute critiqué , mais qui offre l'avantage de montrer sur-le-champ les principaux traits de la maladie.
Fièvre intermittente, simple et pernicieuse. Fièvre inflammatoire.
Fièvre avec détermination vers la peau, où se montrent les lésions caractéristiques de la maladie , mais qui ne sont pas toute la maladie : variole, rougeole, scarlatine, suette miliaire, purpura simplex, hemorrhagica.
Fièvre avec déterminations principales vers la membrane muqueuse gastro-intestinale, et secondairement vers la peau : typhus, fièvre typhoïde.
Fièvre avec détermination vers le tissu cellulaire et les glandes : peste.
Fièvre avec flux sanguin abondant vers l'intestin : fièvre jaune.
Fièvre avec tendance à la mortification : morve aigue cl maladies charbonneuses.
Fièvre lente nerveuse, consistant dans un état d'éréthisme du système nerveux.
Nature des fièvres. — Nous croyons devoir abuser l'exposition des théories nombreuses qui ont été émises sur la cause intime des fièvres: elles sont toutes si obscures, ou empreintes d'erreurs si manifestes, que nous avons du renoncer à en offrir la longue et Fastidieuse énumération. Nous avons préféré donner place i toutes les théories imaginées sur la nature des fièvres en en traçant l'historique et la bibliographie ; c'e I la seule m inière <!•• jeter quelque intérêt lurun travail qui, rail isolément, et en dehors des données Fournies par l'histoire, ne serait qu'une compilation sèche el sans profil pour !<• lecteur. Historique et bibliographie. L'histoire des
fièvres est une partie si vaste et si importante de la médecine, que presque tous les auteurs qui ont écrit sur l'art de guérir en ont traité fort longuement dans leur pyrétologie. Toutes les théories médicales qui ont joui de quelque éclat ont été appliquées par leurs auteurs à l'étude des fièvres : aussi l'histoire de cette classe nombreuse de maladies est elle comprise presque nécessairement dans l'histoire des doctrines médicales qui ont régné tour à tour. Nous aurons soin, dans le cours de ce chapitre, de nous occuper exclusivement de l'histoire des fièvres, en ne faisant intervenir l'exposé critique des doctrines qu'autant qu'il sera indispensable pour éclairer certains points difficiles, et encore remis en question aujourd'hui.
L'histoire des fièvres a été partagée, par Pinel, en quatre époques : 1° le siècle d'Hippocrate, qui paraît avoir jeté seul les fondements solides de tout l'édifice; 2° la deuxième époque s'étend depuis les temps anciens jusqu'au xvuie siècle; 3° la troisième est marquée par les fondateurs des trois écoles les plus célèbres , Stahl , Hoffmann , Boerhaave , et s'étend jusqu'à Pinel. A ces trois époques, qui nous semblent marquer assez bien les progrès de la pyrétologie , nous en joindrons une quatrième , qui comprendra tout le temps qui s'est écoulé depuis la publication de la Nosographie de Pinel jusqu'à Broussais : c'est là une des plus brillantes phases de l'histoire des fièvres.
Première époque. —On a adressé aux auteurs qui ont publié la collection hippocratique trop d'éloges , pour le soin avec lequel ils ont observé et décrit le cours des fièvres , la succession de leurs symptômes, leur terminaison, etc., pour qu'il soit nécessaire de reproduire encore les phrases laudatives dont on s'est servi. Disons d'ailleurs que cette admiration s'est un peu refroidie de nos jours, ce qui ne nous empêche pas d'apprécier à leur juste valeur les services rendus par l'école de Cos. L'exactitude avec laquelle les faits ont été observés par Hippocraie , et les déductions importantes qu'il en a tirées , et qu'il a formulées en aphorismes, attestent une observation sagace et étendue. 11 s'est beaucoup plus occupé de l'étude des maladies , que de créer une théorie générale des fièvres. « 11 serait difficile, dit M. Littré , de trouver une théorie complète et systématique des fièvres dans les fragments hippocratiques ; ce qu'on y voit , c'est que les fièvres sont divisées en intermittentes et en continues, mais toutes rattachées, non pas tant aux altérations des humeurs, bien qu'il soit çà et là question de la bile corrompue, qu'à la prédominance de l'une d'elles »( art. FiÉYiis du Dict. de méd., 2* édit.,p. 112). Nous avons déjà dit que les médecins hippocratiques avaient de la fièvre une lirs-justc idée, et qu'ils la
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i (jarcUiciit comme un élément général des maladies , qui se joint aux phlegmasies, dont elle est le perpétuel compagnon. Quand cet élément existe seul, ils donnent à la maladie le nom de fièvre.
Nous empruntons à un article de M. Littré le résumé général qu'il y donne des doctrines d'Hippocrate sur les fièvres. Nous ne pouvons puiser à une meilleure source les documents qui nous sont nécessaires pour faire connaître les idées que le médecin grec a émises sur ce sujet. Les fièvres naissent en grande partie de la bile. Quand la bile ou la pituite s'échauffent, le corps s'échauife également, et il en résulte la fièvre. Outre la bile et la pituite, il est une autre humeur : le sang qui peut engendrer la fièvre ; tandis que l'eau n'est pas capable d'en produire une ni longue ni intense. Dans ces différents passages, il est évident que les médecins hippocraliques attribuent la fièvre à des altérations humorales. La fièvre quotidienne est causée par la bile; la tierce, par la bile en moindre quantité, la quarte, par l'atrabile. Les fièvres continues doivent leur origine à une bile pure et beaucoup plus abondante que pour les intermittentes. « Il serait difficile, dit M. Littré, de trouver une théorie complète et systématique des fièvres dans ces fragments hippocratiques ; ce que l'on y voit, c'est que les fièvres sont divisées en intermittentes et en continues, mais toutes rattachées, non pas tant aux altérations des humeurs, bien qu'il soit çà et là question de bile corrompue , qu'à la prédominance de Tune d'elles. »
Hippocrate a connu toutes les circonstances les plus importantes des fièvres, et les a désignées par des expressions propres à caractériser quelques particularités propres à chaque fièvre. On a reproché au médecin grec et à ses imitateurs d'avoir multiplié les dénominations qui leur servaient à qualifier les fièvres ; mais ce reproche n'est point fondé. Quand on lit avec attention les écrits d'Hippocrate , on ne tarde pas à se convaincre qu'il n'a voulu indiquer que les symptômes qui accompagnent les fièvres, et qui sont propres à les distinguer des autres espèces ; tel est le sens qu'il faut donner aux expressions suivantes : fièvre phricode, lingode, leypirienne, ardente, épiale, inconstante, errante, avec vertiges, rouge, livide, mordante, douce, humide au toucher,, etc. Laennec pense qu'Hippocrate n'avait qu'une idée très-simple de la fièvre , et qu'il la considérait comme une affection particulière, toujours de même nature. Les différentes dénominations que nous venons de citer, loin de servir au médecin grec à créer autant d'espèces de fièvres que l'ont fait ses successeurs , n'étaient considérées par lui que comme des épiphénomènes , ou comme des complications ( Laennec , Propositions sur la doctrine d'Hippocrate , relativement à la
médecine pratique; présentées et soumises à l'École de médecine de Paris, 1804).
Praxagore rapportait toutes les fièvres à la putridité des humeurs. Erasistrate , qui admettait que les artères sont remplies d'air et les veines de sang, supposait que la fièvre était due au choc du sang contre l'air qui vient du cœur, et que l'inflammation naissait quand le sang poussé plus loin s'engageait dans les artères. Ce qu'il y a de remarquable dans son opinion consiste à rapporter la fièvre au mouvement des artères, tandis que la médecine de l'école de Gos attribuait le principal rôle à la chaleur. Du reste, les opinions d'Erasistrate ne nous sont connues que par les différents passages où Galien en fait mention.
Celse n'a bien décrit que les principaux types de fièvres intermittentes, tels que la quotidienne, la tierce, la quarte, l'hémitritée; les notions qu'il possède sur les fièvres lentes, pestilentielles, et sur les continues, sont assez vagues. Cependant nous avons eu déjà occasion de faire voir que l'idée de fièvre était nettement tracée dans son esprit, puisqu'il en a discuté les principaux caractères avec un soin digne d'éloge ( De medicina , lib. ni, cap. 1). « Il est facile de juger, dit Pinel , que Celse n'a jamais pris des idées bien exactes sur les fièvres au lit des malades , qu'il ne s'est nullement exercé à en tracer lui-même des histoires particulières, suivies jour par jour durant leurs cours entier, et que dès lors sa doctrine sur ce point est remplie de vacillations et d'incertitude. »
CœliusAurelianus a décrit sous les noms de phrenitis et de lethargus deux sortes de fièvres où l'on a voulu retrouver les formes ataxique et somnolente de la fièvre typhoïde; mais cette désignation est très- vague.
Galien , dans son traité De dijferentiis febrium ( iXept ^tacpopà? Trupsrwv , édition de Kuhn, t. vu ; Lips., 1824), discute avec une sagacité remarquable presque tous les points les plus difficiles de l'histoire des fièvres : les principaux caractères de l'état fébrile, les différences qui les séparent de certaines conditions physiologiques , leurs causes , tout est étudié avec une netteté que Galien possède souvent au plus haut degré , lorsqu'il ne s'égare pas dans des discussions subtiles et scolastiques. Il emprunte à Hippocrate et à l'école de Cos l'idée de chaleur : «Esseutia quidem febrium est in génère caloris prae- «ter naturam »; mais il l'associe à ses doctrines sur les altérations humorales.
Il fonde ses principales divisions des fièvres sur le siège même de la chaleur fébrile. Premièrement, elle s'allume primitivement dans le cœur ; secondement, dans les humeurs; troisièmement, dans les
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esprits : « Aut enim in ipso corpore cordis, aut in hu- «moiïbus primam ipsam accendi dieebamus, aut in «spiritu»(/?rf////rre«/.Jou\r.cit.,pyg.28l).Lachaleur fébrile donne lieu , quand elle se fixe dans le cœur, à la fièvre hectique , qui doit précisément sa durée et sa persistance à ce que la chaleur affecte des parties solides. La fièvre éphémère, en raison de sa faible durée, doit son origine à une chaleur anormale placée dans les esprits. Les fièvres putrides tiennent à la putridité qu'engendre la chaleur morbide lorsqu'elle envahit les humeurs. Les fièvres putrides sont continues ou intermittentes; celles-ci sont quotidiennes, tierces ou quartes : la quotidienne dépend de la putréfaction de la pituite; la tierce, de celle de la bile ; et la quarte est produite par la corru tion de l'atrabile. Laennec est porté à croire que l'on trouve dans Galien les traces de la fameuse division des fièvres en inflammatoire, bilieuse, muqueuse ou pituiteuse, putride et maligne, sorte de Pentateuque pyrétologique . qui n'a toutefois régné dans les écoles qu'après avoir été sanctionné par l'autorité de Selle et de Pinel (Dissert. cit.).
Les fièvres continues , qui ont leur source dans une bile jaune, se présentent sous deux formes principales : les unes, que l'on appelle fièvres synoques continentes, qui sont constiluées par un seul accès depuis le commencement jusqu'à la fiu de la maladie; les autres offrent des r missions : «Multis particula- «ribus circuitibus continentur » (p. 336).
Dans les fièvres synoques contineutes (cOvcy/,;), Galien établit encore trois différences qui lui paraissent fondamentales. Les unes marchent d'une manière égale et continue depuis le commencement jusqu'à la fin : «vEquali tenore ac vigore incedent.»Ce sont les fièvres qu'il appelle homolones et armastiques. Les secondes vont en augmentant d'intensité: ce sont lesanabatiques et les épacmasiiques. Les troisièmes décroissent dans leur cours {fièvres paracmasliqucs) ( pag. 337 ). 11 est inutile de poursuivre l'analyse de toutes les discussions auxquelles se livre Galien sur la nature et la cause de ces fièvres. La rémittente quotidienne est causée par la pituite; la tierce, par la bile; la fièvre (ontinue avec exacerbation le quatrième jour est due à l'atrabile; et la fièvre demi-tierce avec une double exacerbation , l'une quotidienne, l'autre tierce, est l'effet d'un mélange de pituite et de bile.
Galien connaissait, et a discuté dans plusieurs pasii ts, la distinction de la fièvre et des fièvres : "Les une», dit-il, dérivent des phlegmasies, et ne sont que comme des symptômes tenant aux parties enflammées. Celles qui proviennent des humeurs sont appelées fièvres . et elle sont, non pas des symptômes, m;ns des maladie*. » Il recommande de distinguer chez le malade si la fièvre existe
avec une affection locale , ou si elle est due à la putréfaction des humeurs (De crisibus, lib. w).
11 eût été à désirer, pour l'avancement de la science, que cette grande et utile distinction , faite par Galien, entre le mouvement fébrile de la fièvre et les fièvres, ne se perdît pas. Elle n'a, pour ainsi dire, été retrouvée que par le fondateur de la doctrine physiologique.
Les traités de Synesius et de Palladius reproduisent, à peu de choses près, les doctrines que Galien a émises sur la nature des fièvres. Palladius, médecin grec, qui a vécu après Alexandre de Tralles et Aétius, a emprunté à celui-ci tout ce qui ne se trouve pas dans la collection hippocratique ou dans Galien (Synesius, Defebribus ; Amst. et Leyde, in-8°, 1769 ; Palladius : Defebribus concisa synopsis, grsece et latine, cum notis, J. Steph. Bernard , etc. ; Leyde et Utrecht, in-8°, 1745).
Deuxième époque; de la doctrine des fièvres, pendant le moyen âge et jusqu'au commencement du xviue siècle. — Les écrits de Galien , qui exercèrent tant d'influence sur la médecine du moyen âge, en eurent une des plus grandes et en même temps des plus fâcheuses sur la pyrétologie. Les Arabes, d'abord , s'emparèrent des idées galéniques , renchérirent sur elles, et loin d'ajouter quelque chose de plus net à ce que Galien avait écrit, ne firent qu'obscurcir ses doctrines humorales. Avicenne, cependant, fait justice de plusieurs subtilités contenues dans ces doctrines, quoiqu'il rattache l'étude des fièvres à l'altération des solfdes, des humeurs et de l'esprit. Il croyait aussi aux altérations du sang, contrairement à Galien, et admettait la putridité de ce liquide.
Fernel , qui eut un des premiers le mérite de coordonner les principaux matériaux que l'on possédait de son temps sur les fièvres , ne fit que reproduire à peu de choses près les théories de Galien et des Arabes. 11 traite successivement de la fièvre éphémère , de la synoque simple et putride, de l'hectique, de l'intermittente (quotidienne, tierce , quarte), des fièvres composées (fièvre maligne, charbonneuse, pestilentielle). Son dernier chapitre, intitulé Sur les symptômes de la fièvre , renferme une exposition fort bien faite des principaux phénomènes qui peuvent se présenter dans cet état morbide. En résumé, on peut dire que le travail de Fernel, malgré quelques observations qui lui sont propres, et qui attestent un esprit distingué, n'a pas servi à l'avancement de la pyrétologie KDc febribus , lib. iv, in / niyersa medicina).
Forçai us s'écarta de la route que ses prédécesseurs avaient suivie, et remplaça, par des observations nombreuses et détaillées qu'il avait recueillies sur chaque fièvre, les descriptions générales que l'on se
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bornait à copier dans les autres ouvrages , et que Ton adaptait aux théories galéniques généralement reçues. Nous avons parcouru un grand nombre de ses j observations, racontées souvent d'une manière trop j diffuse, et entremêlées d'explications quelque peu ! humorales ; mais nous avons aussi trouvé que la ; nature y était souvent observée avec la plus scrupu- j leuse exactitude. 11 a été parfaitement jugé par Pinel, lorsqu'il dit : « Forestus ne s'était pas borné, comme la foule des médecins , à répéter servilement, et comme autant de sentences immuables , les aphorismes et les pronostics d'Hippoerate; mais il était remonté à une des sources fécondes où ce dernier les avait puisés, c'est-à-dire qu'il avait médité profondément les histoires individuelles que le père de la médecine avait tracées lui-même au lit des malades , et qu'il avait prises pour modèles» 'vouvr. cit., p. 225). Les sept premiers livres de l'ouvrage de Forestus sont consacrés à l'étude des fièvres, et dans cet immense travail sont accumulés des matériaux précieux sur les fièvres intermittentes, et particulièrement sur les pernicieuses, qu'il combattait souvent avec succès par divers moyens empruntés à une thérapeutique perturbatrice. Cependant l'influence qu'eurent les écrits de Forestus ne fut pas très-grande, et l'on s'étonne que les écrivains qui l'ont suivi n'aient pas mieux profité des observations utiles qu'il avait recueillies, ce qui prouve qu'à cette époque (xvie siècle) les médecins étaient plus occupés à commenter les écrits de Galien et des Arabes, qu'à étudier la nature (Forestus , Observationum ac curât ionum medicinalium sive medicinœ theoricœ et praclicœ, lib. de Febribus y in-f°. ; Francfort , 1 602).
Sennert, dont la réputation fut si grande , n'a publié qu'un travail fort incomplet sur la pyrétologie. Galien et Avicenne sont les autorités qu'il invoque à chaque page, et dont il s'attache à présenter les opinions, en les accompagnant de commentaires. Il définit la fièvre dans les mêmes termes qu' Avicenne :«Fe- « bris calida intempéries totius corporis, à calore praeler « naturam in corde accenso , et mediantibus spiritibus «et sanguine per venas et arterias in lotum corpus, «nisi impediatur, effuso orta, actiones que natu- « raies lœdens » ( Epitome insiitutionum medicinœ, et libri de febribus , in-12; Wiltebergae, ann. 1664): Je considère cette chaleur naturelle, allumée dans le cœur, comme la cause prochaine de la fièvre : en effet , dit-il , de même que le cœur dans l'état naturel est la source de la chaleur et l'envoie dans tout le corps, de même aussi, quand une chaleur morbide prend naissance dans le cœur, elle ne tarde pas à se distribuer à toutes les parties. Lorsque l'inflammation s'allume dans un organe, la fièvre ne se développe que quand la chaleur se propage jusqu'au cœur, d'où elle se répand ensuite dans tout le corps:
aussi , toute fièvre est-elle accompagnée de changement dans le pouls. Sennert se lance ensuite dans les subtilités , pour prouver que la fièvre diffère de la chaleur fébrile : la fièvre est la condition morbide qui existe dans le corps et en trouble les fonctions , tandis que la chaleur fébrile se trouve dans les humeurs et les esprits , et est la cause de la fièvre (ouvr. cit., lib. I, cap. 2).
Dans la période de temps que nous venons de parcourir, nous ne pouvons citer qu'un seul homme dont les travaux méritent une attention toute particulière : c'est Forestus; les autres n'ont été que les copistes obscurs des Arabes, de Galien, ou d'Hippocrate. Les premiers temps de l'époque historique à laquelle on a donné le nom de renaissance n'ont pas été très-féconds en résultats pour la pyrétologie. mais il n'en est plus de même de la fin du xvue et du xvmesièele. — Cette époque comprend une des phases les plus brillantes de l'histoire des fièvres. Les noms les plus célèbres figurent parmi les auteurs qui ont écrit sur ce sujet ; ce sont ceux de Boerhaave, Stahl, Hoffmann, Bellini , Cullen , Selle, Borsieri, etc.
Troisième époque. — Parmi les hommes qui ont rendu service à labranche importante de la médecine que nous étudions, il en est un dont nous devons d'abord signalei • l'influence; nous voulons parler de Van Helmont. A l'époque où il fit connaître sa doctrine , les théories humorales étaient prédominantes ; l'on parlait beaucoup de putridité des humeurs et du sang ; Van Helmont refusa d'admettre cette doctrine : « Le sang, dit il , ne se putréfie jamais dans les veine^ , à moins que les veines elles-mêmes ne se putréfient, comme dans la gangrène et les mortifications ; mais supposez que le sang se putréfie dans les veines , à quel signe jugera-t-on qu'il est putréfié? Est-ce à une couleur blanche, noire, jaune , verdàtre ou brune? est-ce à une matière visqueuse épaisse , aqueuse et ténue? ou enfin , à une consistance non fibreuse , peu cohérente? Je déclare, ajoute- t-il, sous peine d'être convaincu de mensonge, si quelqu'un veut en faire l'expérience, que j'ai examiné le même jour le sang de deux cents campagnards robustes et sains; il y en avait un grand nombre qui différaient par l'aspect, la couleur, la matière et laconsistance... Quoique plusieurs parussent putrides, d'autres érugineux ou atrabilaires , cependant ceux à qui ils appartenaient étaient tous sains» (Ortus medicinœ : De febribus , cap. 2, nos 21 , 24, 25 ; Amsterdam). A part ce qu'a d'exagéré cette assertion ducé'èbre vitaliste, qui dit avoir examiné aie même jour le sang de deux cents campagnards», il est curieux de le voir chercher à prouver que les prétendues altérations put. ides du sang ont été admises par hypothèse, et sur de simples apparences trompeuses, ou d'après des . considérations sans valeur, telles que la couleur ou la consistance.
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Le; autres idées de Van Helmont sur la lièvre ne pont pas très-heureuses. 11 la regarde comme une indignation de l'archée , contre une substance étrangère et non vitale, introduite dans l'économie ; il en place le siège dans le duodénum , dans le pylore , les veines du mésentère, la rate et le foie(ouvr. cit., cap'. 10).
Glisson , qui a été le précurseur des doctrines médicales modernes sur l'irritabilité, peut revendiquer une part dans les doctrines d'Hoffmann et de Cullen et dans celles de plusieurs nervisles non moins célèbres.
Sydenham et Willis représentent d'autres doctrines , dont nous allons voir les sectateurs assez nombreux pendant la période que nous examinons. Willis considère la fièvre comme un mouvement déréglé du sang et une effervescence extrême de ce liquide , accompagnée de chaleur, de soif, et d'autres phénomènes morbides. Il rejette les théories humorales anciennes, et, s'appuyant sur la grande découverte de Ilarvey, il soutient que la pituite, la bile et l'atrabile ne peuvent faire effervescence, par suite d'un excès de chaleur : le sang seul peut subir ce mouvement. Mais comme ce liquide renferme , suivant le médecin anglais, cinq principes, qui sont : l'esprit, le soufre, le sel , la terre et l'eau , il suppose que l'effervescence a lieu entre ces principes, et que telle est la véritable cause des fièvres continues et intermittentes. Willis a placé parmi les fièvres, et à coté des malignes et des pestilentielles, la variole et la rougeole ; il admet aussi une fièvre puerpérale. A travers les doctrines humorales fondées sur une chimie encore bien imparfaite , et appliquée faussement à l'homme malade, il est facile de découvrir des idées vraiment remarquables pour l'époque à laquelle Willis écrivait. C'est ainsi que le rapprochement qu'il opère entre les lièvres éruptives, d'une part, et la fièvre maligne, ou ce que nous appelons fièvre typhoïde , de l'autre , ne manque pas de justesse, et annonce un esprit sagace et observateur (Th. Willis, Diatribe de jebribus; in Opéra omnia).
Sydenham prête à l'économie un principe intelligent; mais il ajoute, aces idées pathologiques sur 1 autocratie de la nature , quelque chose d'humoral. Ainsi , pour lui , la fièvre est une opération de la nature, au moyen de laquelle les parties impures et nuisibles du sang sont séparées des parties pures et l unes , et rejetées par les divers émonctoires du corps. La matière Fébrile, devenue inutile, et même ennemie
b nature, rirrite, l'attaque, et excite dans tout le <orps un tremblement et un frisson qui sont le signe i fureur [Opéra medica , sect m, cap. 3, Ici), contin., annor.; 1667, fi<s, 69, p. lOO;Genev., i : 19 , in-4°. — /<!., p. 4<; ). Sydenham compare la fièvre a l'apoitème. Voilà a peu près les principales i lées théoriques que l'on rencontre dlM les ouvres île Sydenham. qui s'est attaché, avec raison, bien
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plus à l'observation attentive de la nature qu'à la création de théories médicales. Si nous l'avons cité dans cet historique de la fièvre, c'est parce que ses ouvrages , sans traiter spécialement des fièvres , renferment des descriptions bien faites d'un grand nombre de maladies fébriles.
Stahl a émis, sur la nature et la destination de la fièvre, plusieurs idées que nous retrouvons déjà dans les auteurs que nous avons précédemment cités. Pour Stahl, la fièvre est une opération destinée à chasser la matière morbifique par le moyen de sécrétions successives et d'excrétions plus abondantes que d'ordinaire, mais cependant réglées, venant à propos, et tendantes à une fin salutaire et conservatrice de la vie. Ces sécrétions ne peuvent s'établir qu'à la condition que la circulation générale devienne plus active: c'est là ce qui cause l'accélération du pouls et l'accroissement de la chaleur. Tous les phénomènes de l'état fébrile ont un but déterminé, et s'accomplissent suivant l'intention de la nature. Ainsi les sécrétions et les excrétions n'arrivent qu'à certaines époques , et dans certaines conditions d'espèce, de temps, de siège, proportionnées à la nature et à la consistance de la matière morbifique. Pour ne laisser aucun doute dans l'esprit de ses lecteurs, Stahl les prévient que tous les phénomènes morbides , considérés par quelques médecins comme des effets mécaniques déterminés par le passage de la matière morbide , sont des actes particuliers auxquels la nature intelligente prend une part très-active ( Theoria medica vera ; éd. Juncker ; Halle , 1 738 , t. H, De febribus in génère. — Voyez aussi Dissertatio defebrium therapia in génère, in-4°; Halle, 1704; et Dissert. de melhodo febres secundum ralionem et experientiam rite tractandi ; Halle, in-4°, 1708). Ce n'est pas, à coup sûr, cette théorie vitaliste qui a valu à Stahl son immense réputation , du moins en ce qui concerne la pyrétologie; mais c'est le talent admirable dont il a fait preuve dans le choix des histoires particulières de fièvres, où tous les phénomènes morbides, leur succession, l'influence que les mouvements critiques ont sur la solution heureuse ou malheureuse de la maladie, sont rapportés avec une grande exactitude. Le recueil où Stahl a consigné ses observations renferme des descriptions fort exactes de fièvres continues, soit aiguës, soit chroniques; de fièvres synoque, éphémère, ardente, hectique, pétéchiale; de fièvre intermittente ( Collegium casualc sic dictum minus dccomplcclens ccnlum et duos casus, in-4°, 1734). Stahl, ainsi que l'ont fait remarquer ses plus dignes commentateurs, s'est rapproché des écoles grecques, dont il rappelle plusieurs des grandes qualités, par l'attention scrupuleuse qu'il apporte sans cesse à étudier les phases diverses des maladies, les phénomène* qu'elle* amènent ave« «Iles, et à tracer
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les règles de l'expeclation. Ses écrits sur ce point n'ont pas été dépassés par ses successeurs (voy. Dissertât, universa de medicina sine medico; Halle, 1707, in-4y; — Dcjudicio dijficili; Hal., 1707, in-4°; — De syncretismo medico ; Hal., 1 707, in-4° ; — De acrisia in febribus , 1 707 ; — De periodis acutarum sine criseos eventu exquisitj 1708; etc.).
Hoffmann, adaptant sa doctrine favorite à l'explication de la fièvre , en a donné une définition que nous avons rapportée avec détail , et qui est conçue dans les termes conformes à ses principes physicomécaniques. L'affection spasmodique du système nerveux et vasculaire procédant de la périphérie au centre , et refoulant ensuite les liquides de l'intérieur vers l'extérieur, tel est pour Hoffmann la cause prochaine du mouvement fébrile. Hoffmann s'attache à décrire les phénomènes de l'état fébrile , et il le fait avec cette connaissance exacte de la nature , dont il fait preuve , surtout dans les histoires particulières dont il donne un choix fort bien fait ( Dis sert, praxis clinica et compendiosa febrium cum cauielis ; Halle, 1 705; in supplément. Voy. aussi in Opéra omnia, De febribus, passim ). Les traits d'érudition qu'Hoffmann sait entremêler à son discours jettent un grand intérêt sur ses différents écrits.
Nous venons de voir deux médecins , célèbres tous deux par leur doctrine, et fondateurs d'écoles qui ont joui d'une grande réputation , émettre sur les fièvres des idées bien différentes. Un autre médecin , non moins illustre , fondateur aussi d'une école en renom, Boerhaave , a consacré tout un vaste chapitre de ses aphorismes à l'étude des fièvres en général. Ce médecin , dont l'esprit était dégagé de toute théorie exclusive , ne s'était arrêté à aucune , ce qui l'a fait considérer comme un éclectique. Cependant les théories mécaniques, l'obstruction, le spasme, jouent un grand rôle pour lui. Nous avons mis souvent à contribution les aphorismes de Boerhaave et les savants commentaires de Van Swieten, pour rédiger cet article, nous croyons donc devoir rappeler que, pour ce médecin, la fièvre consiste dans une contraction plus rapide du cœur , irrité par une cause morbifique. Celle-ci consiste dans un influx trop considérable des fluides nerveux et cérébelleux sur les muscles , et du sang sur les parois des vaisseaux et des cavités du cœur (aphor. 574, t. h, in-4°; Paris, 1771). Voilà pour la cause prochaine ; mais Boerhaave a donné une théorie complète de la cause de la fièvre, et l'a fondée sur l'épaississement du sang. 11 croyait que ce liquide, dans quelques circonstances pathologiques , devient trop consistant, trop visqueux, finit par s'arrêter dans les vaisseaux , c'est de là que naît l'obstruction. Cette augmentation de consistance est souvent toute spontanée. 11 supposeque dans les maladies il peut se former
des principes chimiques qui travaillent à l'épaissis?ement du sang , souvent il est l'effet de la fièvre, qui fait perdre au sang une partie de sa consistance par la déperdition des parties les plus liquides qui s'écoulent par les organes de sécrétions. La fièvre remplit encore un autre rôle suivant' Boerhaave; elle peut" défaire les obstructions qui se sont formées spontanément et alors dans ce cas elle est salutaire. Mais elle occasionne aussi très-souvent des phlegmasies, parce qu'elle épaissit le sang et altère les vaisseaux. On voit que toute la théorie de Boerhaave et de son école , qui a eu cependant un grand éclat , est fondée sur un fait imaginé à plaisir, et qui est démenti par les connaissances plus précises que l'on possède aujourd'hui. On peut considérer ses aphorismes et les commentaires qui y sont ajoutés sur les fièvres comme un chef-d'œuvre de précision , de netteté et d'érudition. Sans doute de graves erreurs sont renfermées dans l'ouvrage de Boerhaave, mais il est impoîjsible aussi de formuler avec plus de concision les principaux caractères de la fièvre en général, leurs symptômes , leurs causes appréciables , les différences qui séparent les fièvres. Du reste, il ne s'est attaché à en décrire qu'un certain nombre , l'éphémère , la putride, l'ardente, et les fièvres intermittentes , dont il n'indique que les principaux traits.
Malgré les services rendus par les trois médecins dont nous venons d'exposer les travaux , on doit dire que la pyrétologie n'a fait encore que des progrès peu rapides. Cependant on s'habitue déjà à séparer des fièvres, les pitegmasies, certaines maladies locales auxquelles on $tire la qualification fausse de fièvres; en même temps aussi les rapports qui existent entre les fièvres et certaines affections , comme les exanthèmes , sont mieux déterminés.
Un homme , dont l'écrit nous paraît mériter une mention toute particulière , est Chirac ( Traité des fièvres malignes et des fièvres pestilentielles qui ont régné à Rochefort en 1694 ). On y trouve un exposé fort complet des observations et des ouvertures cadavériques qui furent recueillies par ce médecin. Il fut conduit à penser que les fièvres malignes qu'il observait étaient le résultat d'une inflammation du cerveau et des organes de la digestion : « Quand les raisons que nous avons alléguées jusqu'ici, dit-il, pour démontrer que le cerveau est enflammé dans la fièvre maligne, ne pourraient être regardées , chacune en particulier, que comme de simples conjectures, l'ouverture du cadavre nous instruit d'une manière plus sûre : elle fait voir que le cerveau de ceux qui meurent de la fièvre maligne est rouge, gorgé de sang, enflammé. » 11 ne doute pas que la fièvre maligne ne dépende de la phlogose et de l'inflammation du cerveau. Chirac, en arrivant à cette conclusion si remarquable, fit preuve d'une
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sagacité extrême; mais celle découverte n'eut fas le résultat que l'on était en droit d'eu attendre. Elle passa presque inaperçue; et eependaut elle doit marquer dans l'histoire de la médecine et de la pyrétologieparticulièrement,comme une heureuse tentativede localisation. Ce n'était pas la première. Fr. Hoffmann, dit M. Rayer, dans un article rempli d'une saine érudition, reconuHÎt que tous les individus qu'il avait vus périr des suites de la fièvre succombent à des inflammations de l'estomac , de l'intestin ou des méninges; mais, loin de regarder lajfièvre comme le symptôme de ces lésions , il aime mieux l'attribuer à un spasme de la périphérie, qui chasse le sang vers les parties internes (art. Fièvre , Dictionn. de méd. , 1reédiL, p. 12 }. A mesure que nous avancerons vers la fin du xYine siècle les tendances à la localisation deviendront de plus en plus marquées.
Baglivi connaissait les inflammations gastro-intestinales , et leur attribuait certaines fièvres. 11 dit que Spigel regardait rhémitrilée comme étant produite par l'ervsipèle du petit intestin : « Ab erysipelate intesti- « norum tenuium orilur » ( Baglivi, Opéra omnia medico-practica , t. i , p. 71, in-8° ; Paris , 1 788 ). Dodonœus était porté à croire que c'était l'estomac qui était malade dans cette fièvre , et Baglivi penche vers celte opinion, lorsqu'il dit plus loin, en parlant de la fièvre hémitritée: « Maxime lelhalis est ob ven- «triculi,potissimum nervosœsia? partis, tosionem v7oc. cit., p. 74). 11 rapporte encore à une inflammation de cet organe la fièvre lypirien ne, ardente , et à des inflammitions viscérales , les fièvres assode, élode , épialc, tiitéoihie et typhode. Enfin , ce qui est plus k niti quablc encore, c'est la manière dont il. s'exprime au sujet des fièvres maligne! : « Qua? nobis vi- « denturmaligna?, a viscerum phlegmoneaut erysipe- « latode fiunl, id est à causa évidente et manifesta; « unde ergo ista malignitas? » (foc. cit., p. 69). Pourquoi faui-il qu'un ouvrage aussi remarquable |Ue celui <!e Baglivi n'ait pas eu le privilège d'exciter r.iiteiiiion deses contemporains et de ses successeurs. Nous avons déjà parlé de la définition de Bellini , qui considère les fièvies comme une altération du mouvement , «les quantités , des q.iJilés du sang, ou 4e quelques-unes, ou de toutes ces conditions à la fois De ft Imbus, p. 317, in Opéra omnia, t. i, in-i": Vtnit.. 1732 11 divise les fièvres en conti- . i h intermittentes, fit en rémittente (ouvr. cit., p. \H2 . il place parmi les continues l'éphémère, |c lynochiM simple, le synoohus putride, la fièvre
nie . outiuiie. \u noiuhie des lièvres rémittentes figmeiit . la Unir rémittente, U quotidienne, la
quarte rânili enta, I» Miellé anglaise, la lièvre de Hongrie, la peste Bellini, dfipl le travail renferme d'excellentes descriptions, accorde cependant une grande place aux troncs humorale* sur les altéra-
tions du sang. Il admet, à chaque instant, que ce liquide est devenu plus épais, plus visqueux, ce qui l'empêche de parcourir librement les vaisseaux pour arriver aux parties qu'il doit vivifier ; il va même jusqu'à supposer que les différents degrés de viscosité du sang sont les cau-es des différentes espèces de fièvres.
Le traité d'Huxham sur les fièvres peut être considéré comme un recueil précieux, où sont cependant contenues des idées tout à fait hypothétiques sur les altérations humorales, que l'auteur anglais suppose exister dans la fièvre maligne et putride. Nous devons sigualer le chapitre où il traite de la dissolution du sang, et où l'on trouve des remarques fort exactes sur les qualités physiques du sang dans les fièvres graves (Essai sur les fièvres).
Antoine de Haen , dans le vaste ouvrage où il a consigné le résultat de sa longue pratique ( Ratio medendi), traite séparémeut de la plupart des fièvres , mais plus spécialement des fièvres graves (Defebribus vere malignis ; — de jebre pestilentiali;de m'diaribus et petechiis ,'m Opéra omnia, t. ix, in-12; Paris, 1774 , et passim). Nous avons dit qu'on lui était redevable d'études iherniométiïques sur la température des sujets atteints de fièvres graves. 11 a publié aussi des observations assez exactes sur les exanthèmes, comme la scarlatine, la rougeole, la variole.
Rœderer et Wagler , par la publication de la fièvre muqueuse qu'ils observèrent à Gœttingue , en 1760 et 17 61, habituèrent les médecins à considérer un certain nombre de fièvres comme produites par d.'s maladies locales. Le siège de celle qu'ils étudiaient était l'intestin (De morbo mucoso ; in-4°. Gœttinga?, 1762.) Nous avons vu déjà plusieurs tentatives de localisation non moins importantes quecelle des médecins allemands passer inaperçues. Leurs travaux n'apportèrent aucun changement à la doctrine des fièvres. Ceux de Michel Sarcone ne furent pas suivis de plus de succès ( Histoire raisonnée des maladies observées à Xaplcs pendant le cours entier de l'année 1 764 ; trad. de l'italien , par Bellay. 2 vol. in-8°;Lyon , 1805).
les Mémoires de Lind sur les fièvres et sur la contagion (trad. par Henri Fouquet , in-1 2 ; Montp., 1780) renferment une histoire de différentes espèce* de fièvres, et particulièrement des fièvres pétéehiales scorbutiques „ de la fièvre jaune, etc.; mais ce livre n'offre aucun intérêt pour celui qui socrqne des fièvres d'une manière générale. Nous pourrions en due autant d'une (ouïe d'autres ouvrages que npUS a\ons passés suis silence, soit parce qu'ils n'ont exercé aucune influence sur les progrès de la pvietologie, soit pane qu'ils ne traitent que des difh miles espèce* de fièvres dont la description doit