PUSTULE ET MALADIES PUSTULEUSES
On ne donne aujourd'hui le nom de pustule qu'à une petite tumeur cutanée, formée par du pus épanché sous répiderme ; et suivant certaines circonstances que nous allons faire connaître, les pustules ont été distinguées en phlfzacia , en psydracia , en favi , en pustules ombiliquéeset en pustules acuminées.
Les phlfzacia , on pustules phlyzaciées, sont larges et entourées d'une auréole rouge, inflammatoire : telles sont les pustules de Tecthyma.
Les psydracia, ou pustules psydraciées, sont en général petites; la peau qui les entoure n'est ni rouge, ni enflammée : telles sont les pustules de rimpetigo.
Lcf'fai'i^, ou pustules faveuses, sont très-petites, pjofon dénient enchâssées dans l'épidémie, et présentent une petite dépression centrale visible à la loupe. Les pustules de celte espèce appartiennent exclusivement au porrigo favosa ou lupinosa (voy.
PORRIGO).
Les pustules sont dites ombiliquées lorsqu'elles présentent une dépression centrale , comme dans la vaccine, la variole, le porrigo et quelquefois dans Tecthyma.
Les pustules sont dites acuminées lorsqu'elles sont proéminentes et terminées en pointe, comme dans l'acné.
Au bout d'un temps plus ou moins long, Tépidcrme qui recouvre Il's pustules se roinpt , la matière purulente s'écoule à Textéricur, se concrète , et forme des croates dont les caractères doivent être pris en considération.
Tantôt les croûtes sont larges, épaisses, proéminentes, ir.olîcs, jaunes ou vcrdàlres, sialacti formes ou {granulées (voy. Imi'ktigo); tantôt elles sont rugueuses, brunes ou noires, eu raison d'une quantité plus ou moins considérable de sang mélangé au pus (voyez Er.Tii<,MA, Yauioli:); enfin elles sontarrondics eldépri
mées en godets lorsqu'elles sont produites par des pustules faveuses (voy. Porrigo).
Quelquefois la base des pustules s'indure et il se développe consécutivement un tubercule (voy. Acné).
La portion du derme sur laquelle s'est développée la pustule et que recouvre la croûte se présente sous différents aspects. Tantôt l'épiderme est seul détruit, et la maladie ne laisse pas de cicatrice après elle {impétigo^ acné)', tantôt il existe au-dessous de la croûte une ulcération superficielle, suivie d'une cicatrice plane, mais indélébile {variole, porrigo) ',tdiUl6t enfin on observe une ulcération profonde qui se termine par une cicatrice irrégulière, très-apparente, difforme, analogue aux cicatrices des brûlures graves (variole). Dans quelques cas, il se forme un véritable ulcère [ecthyma).
Willan avait placé dans l'ordre des maladies pustuleuses (ordre y) Y impétigo, \g porrigo, Vecthyma, la variole et la gale ; Biett (ordre iv) en a distrait la gale, qui est une affection vésiculeuse, et y a joint la imccin-e, Vacné et la mentagre ou sycosis.
Si, pour constituer la classe des maladies pustuleuses , on ne tient compte que de l'existence des pustules, il faut conserver la classification de Biett, mais alors il faut renoncer à rapprocher ces affections l'une de l'autre. Qu'y a-t-il de commun , au point de vue de la pathologie générale , entre la variole et l'acné? entre une maladie générale avec détermination vers la peau et une affection locale, bornée aux glandes sébacées? quel rapprochement établir entre l'impétigo et le porrigo ? entre la mentagre et la vac-
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11 ne faut entendre aujourd'hui par maladies pustuleuses que les affections cutanées produites par une lésion des follicules sébacés ou pileux, et à ce titre il ne faut conserver dans le cadre des dermatoses que Vacné, la mentagre, Vecthyma, et peutêtre Vimpetigo (voy. le Compendium, art. Peau (Maladies de la), t. vi, p. 324). Nous ajouterions le porrigo j si la non-contagion et le siège anatomique de cette affection étaient définitivement établis.
Le cadre des maladies pustuleuses étant ainsi restreint , nous n'aurons à présenter que des considérations générales fort courtes et peu importantes.
jdnaiomie pathologique. — «L'acné et la mentagre, dit M. Cazenave, ont évidemment leur siège dans les follicules; il en est probablement de même pour l'ecthyma ; mais une observation attentive m'a porté à considérer l'impctigo comme ayant son siège dans le réseau lymphatique de la peau, et comme constitué par une inflammation avec hypersécrétion de ce réseau. En efl'ct, l'impétigo est surtout une maladie de l'enfance et de la jeunesse; on l'observe chez les individus à tissus blancs, à peau fine , d'un tempérament lymphatique j on la guérit à l'aide des
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moyens usités pour combattre tout autre symptôme traduisant une exagération du tempérament lymphatique» {Quelques considérations sur le siège anaiomique des maladies de la peau, in y^nn. des maladies de la peau, t. i, p. 35).
Les arguments invoqués par M.Gazenavé ne nous paraissent pas être de nature à décider une question d'anatomie pathologique ; mais nous devons avouer que nous ne sommes pas en mesure de nous prononcer pour ou contre l'opinion de cet habile dermatographe.
Symptômes, — Indépendamment des pustules et des croûtes caractéristiques, on n'observe que des phénomènes morbides peu marqués. La lésion est ordinairement partielle , limitée à quelques points isolés ou à une surface d'une petite étendue , les fonctions perspiratoires de la peau ne sont point troublées, et la maladie ne donne lieu qu'à des symptômes locaux ; tout au plus existe-t-il un peu de fièvre au début des impétigo qui recouvrent une grande partie de la face.
Chez les enfants très-jeunes, l'impétigo de la face et du cuir chevelu est cependant accompagné quelquefois de fièvre, d'insomnie, d'agitation, d'accidents gastro-intestinaux, d'amaigrissement, etc. (voy. le Compendiunij art. Impétigo).
Marche, durée, terminaison. — Les maladies pustuleuses sont en général aiguës et de courte durée; quelquefois cependant elles revêtent la forme chronique ; l'acné , la mentagre peuvent se prolonger pendant plusieurs années.
La terminaison est toujours heureuse , mais il y a parfois de l'inconvénient à faire disparaître rapidement un impétigo très-éteudu, développé chez un jeune enfant (voyez le Compendium, t. v, p. 159, 160).
Le diagnostic est toujours facile , et le pronostic n'a jamais de gravité. Que le lecteur n'oublie point que nous ne comprenons dans le groupe des maladies pustuleuses que l'acné , la mentagre , lecthyma et l'impétigo.
Causes. — On a prétendu que Tacné se manifestait souvent sous l'influence de la masturbation , d'une affection hépatique ou gastro-intestinale, d'un trouble de la menstruation; que l'impétigo était souvent lié à une disposition organique générale (voy. le Compendium, t. i, p. 24 ; t. v, p. 157 ; t. vi, p. ;^14 et suiv.); ces assertions sont loin d'être démontrées, et nous pensons que c'est principalement sous l'influence de causes lociles, externes, accidentelles, que se développent le plus ordinairement les nuiladies pustuleuses, ainsi que la plupart des affections de la peau (voy. Pi;\iJ Miil.dela), I. vi, p. 315-319). L'acné, le sycosis sont fréquemment produits par l'action du rasoir ou par le travail physiologique qui préside à l'évolutiou des ffl^vori^^ de la moustache, de la
barbe ; l'impétigo se montre à la suite de l'insolation , du contact de substances irritantes, de l'emploi intempestif de lotions , de frictions , de topiques de même nature.
De l'aveu de la plupart des dermatologistes , le traitement doit être essentiellement externe, local, et reposer en grande partie sur l'emploi des émissions sanguines et des topiques émollienls. Les purgatifs produisent ordinairement une dérivation utile.
PUSTULE MALIGNE, puce maligne de Bourgogne, bouton malin.
On donne le nom àt pustule maligne kune affection virulente, caractérisée par le développement d'une gangrène de la peau, et produite par l'inoculation ou l'absorption d'un virus provenant d'animaux qui ont succombé à des maladies charbonneuses.
Les altérations cadavériques que présentent les sujets qui succombent à la pustule maligne sont peu connues. Dans un cas rapporté par M. Siansky, le tube digestif présentait plusieurs ecchymoses, et les ganglions mésentériques étaient infiltrés de sang; ce liquide avait conservé toute sa fluidité [Bullet. de la Société ana(o?n.,\i. 324; 1837). Dans un casobserve' par l'un de nous à l'hôpital de la Charité , la même altération existait dans le tube digestif; le sang était infiltré, sous forme d'ecchymoses assez petites , sous la tunique muqueuse de l'estomac et de l'inlestin; plusieurs taches étaient situées sous le feuillet viscéral du péritoine , et on les apercevait facilement à l'extérieur ; il s'en trouvait de semblables sous la plèvre pulmonaire. M. Bonnet a constaté sur l'estomac d'un sujet mort de pustule maligne six plaques gangreneuses.
S/mptômes. — Enaux et Chaussier , dans leur remarquable description à laquelle nous empruntons les principaux détails dans lesquels nous allons entrer, établissent quatre périodes (Méthode de traiter les morsures des animaux enragés, etc., in-12; Dijon, 1785).
Première période. — Les malades éprouvent en un point de la peau une démangeaison incommode mais légère , un picotement vif et passager ; on y découvre une petite tâche rouge-brun , semblable à une piqûre de puce ; l'épiderme, soulevé par un peu de sérosité, forme une vésicule de la grosseur d'un grain de millet. La démangeaison augmente, et le malade, en se grattant, déchire la vésicule sans s'en apercevoir; il s'en échappe quelques gouttes de sérosité rousseàtre, et la démangeaison cesse pour quelques heures. La première période, ainsi caractérisée par l'apparition d'une vésicule pleine de liquide séro-sanguinolent, dure vingt-quatre à trente-six heures.
Deuxième période. — 11 se forme dans l'épaisseur de la peau une petite tumeur mobile, dure, circonscrite , ayant le volume et la configuration d'une lentille, et se sentant mieux sous le doigt qu'elle
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n'est visible à l'œil. La peau n'est point altérée dans sa couleur, si ce n'est au centre de la vésicule, où elle est jaunâtre et livide.
Les démangeaisons reviennent plus vives et plus incommodes qu'auparavant ^ accompagnées de chaleur brûlante; autour de la vésicule la peau se gonfle et forme une tumenr molle, superficielle que l'on nomme aréole (Enaux et Ghaussier, loc. cit,, p. 186); elle entoure le point noir d'un cercle Touge , livide ou orangé , et nuancé de différentes couleurs, et se couvre de petites phlyctènes remplies de sérosité rousse et acre. Ces phlyctènes se réunissent de telle sorte, que la tumeur est recouverte dans une grande partie de son étendue par Tépiderme soulevé. Le point central noircit de plus en plus, et à la fin de cette période il constitue une véritable eschare gangreneuse. La deuxième période peut durer quelques heures ou plusieurs jours.
Troisième période. — La gangrène fait de nouveaux progrès en largeur et en profondeur, et tous les symplômes locaux que nous allons indiquer sont produits par l'extension de la gangrène qui gagne , de proche en proche, les différents tissus.
Le bourrelet circulaire qui entoure la plaque gangreneuse centrale s'agrandit, s'élève au-dessus de la surface de la peau, et s'enfonce au-dessous d'elle; la portion de peau qui couvre la plaque est rouge, grisâtre, et toute la tumeur est élastique et crépite sous le doigt. Enaux et Ghaussier ont fort bien signalé le caractère de cette tuméfaction lorsqu'ils disent qu'elle n'est ni inflammatoire ni œdémateuse, mais qu'elle tient plus du météorisme et de l'érysipèle; que le tissu cellulaire paraît distendu par de l'air et des humeurs visqueuses. Le malade ressent dans la tumeur une chaleur modérée et plus souvent une sorte d'engourdissement, de stupeur, d'étranglement; le centre est entièrement sphacélé lorsque les parties environnantes sont encore saines. «La mortification glisse sourdement dans le tissu cellulaire et détruit tout ce qui se trouve sur son passage» {loc. cil., p. 189).
Il est facile de reconnaître àces traits les altérations anatomiqucs de la gangrène commençante et confirmée : tandis que dans la première et la seconde période le travail de mortification s'établit, dans la troisième il est complet sur les points primitivement frappés, et tend à se propager encore vers les parties environnantes. Arrivé à ce degré le mal peut cesser, et alors les symptômes qui annoncent un trai^ail d'élimination,?>q manifestent : un cercle d'un rouge moins livide borde la turiicur; le malade y sent de la chaleur et des battements; bientôt une suppuration abondante s'établit , l'eschare se détache et tombe. La cicatrisation marche avec rapidité si les forces du malade sont bien conservées, si la gangrène n'est pas étendue et n'a point frappé de parties essentielles.
Lorsque la gangrène continue à faire des progrès, aux symplômes locaux que nous; venons de décrire sejoignent des symptômes généraux qui annoncent une altération du sang. La troisième période dure quatre à cinq jours.
Quatrième période. — Le pouls est très-accéléré, petit, rapide et dur; souvent inégal ; la peau est sèche, la langue aride et brunâtre; la chaleur de la peau est très-grande , quelquefois modérée, la soif vive et inextinguible. Le malade tombe dans la prostration et dans un état ataxo-adynamique. Il délire; la respiration estaccélérée,suspirieuse; les urines sont rares et briquetées ; on observe de la diarrhée , des sueurs colliquatives ou des hémorrhagies (Enaux et Ghaussier, p. 192).
Les symptômes de la pustule maligne, d'abord locaux et bornés à la partie qui a été en contact avec la matière virulente, ne sont remplacés parles symptômes généraux, qui sont ceux de la quatrième période, qu'à partir de l'instant où l'absorption du virus a eu lieu. L'infection virulente se traduit alors par des symptômes ataxo-adynamiques, et l'on ne peut plus douter que la maladie ne soit devenue générale : aussi faut-il chercher par tous les moyens possibles à empêcher l'extension du mal, et l'attaquer lorsqu'il ne consiste encore que dans un travail morbide circonscrit.
La marche de la pustule maligne est assez variable. On peut cependant estimer sa durée moyenne à 12 ou 1 5 jours ; si le mal fait des progrès rapides, la mort peut arriver dans un espace de temps assez court , en vingt-quatre heures par exemple (Enaux et Ghaussier, op. cit., p. 197). Lorsque les forces sont suffisantes pour qu'un travail d'élimination puisse séparer les parties vivantes, le cercle rouge que nous avons décrit se prononce de plus en plus, une suppuration s'établit, et la partie gangrenée tombe sans autre accident. La suppuration est quelquefois si abondante autour des sphacèles qui ont une grande dimension, que les forces, déjà profondément affaiblies, ne peuvent suffire : les sujets meurent alors dans un état ataxo-adynamique. Les symptômes généraux qui annoncent la résorption de la matière virulente se développent à des époques variables et qu'il n'est pas possible de déterminer, parce que l'intensité de l'absorption diffère chez chaque malade.
Diagnostic. — • On a prétendu que la pustule maligne et le charbon n'étaient qu'une seule et même maladie ; ceux qui ont embrassé cette opinion font remarquer : 1® qu'il n'y a entre la tumeur charbonneuse et celle de la pustule que des variétés de couleur, de forme, de volume, et rien de plus; 2" que les symptômes généraux sont identiques, et se montrent de prime abord ou peu de temps après les symplômes locaux ; 3" que les causes générales
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tant aussi }es mêmes (chaleurs humides, localités marécageuses malsaiDes,elc.); que les deux maladies sont produites par inoculation ou absorption d'un virus par les voies respiratoires, digestives, ou par le simple contact avec la peau. On a opposé aux arguments qui viennent d'être rapportés d'autres preuves, fondées sur les différences que présentent les deux maladies. M3I. A. Bérardet Dcnonvilliers ont fort bien établi ces différences : «La pustule maligne est toujours le résultat de l'action externe, locale, et primitivement peu étendue 'lu virus charbonneux sur la peau, et sur la peau seule. Le charbon peut quelquefois se développer de la même façon ; mais dans le plus grand nombre des cas, il survient spontanément, ou par suite de l'introduction du virus septique dans les voies respiratoires ou digestives. La pustule maligne attaque surtout les parties du corps qui sont habituellement découvertes ; le charbon se montre indifféremment sur toutes les parties du corps. La pustule maligne marche du dehors au dedans et comme une affection qui s'étend d'un point circonscrit du corps à toute l'économie. Ainsi point de prodromes; petites vésicules et légère démangeaison, mal borné à la couche superficielle de la peau; tubercule grenu, aréole vésiculaire, démangeaison plus vive, extension du mal en profondeur et en largeur, formation d'une cschare, apparition d'un gonflement très -étendu encore sans réaction ni troubles généraux , c'est-à-dire propagation d'un mal encore local ; enfin seulement au bout d'un grand nombre d'heures , le plus souvent de quelques jours, apparition de phénomènes généraux qui indiquent que l'action du virus s'exerce sur toute l'économie.
«Le charbon procède du dedans au dehors; dès le début, symptômes généraux: ceux-ci précèdent la tumeur ou paraissent en même temps qu'elle; son apparition est marquée par une douleur brûlante; à peine s'est-elle montrée et déj à elle est très-étendue. Les progrès ultérieurs se font avec une extrême rapidité , en même temps que les troubles généraux augmentent. Toute cette marche du mal semble indiquer que le virus a de suite produit son impression sur l'ensemble de l'organisme, et l'éruption gangreneuse ne semble être que l'effet de la dépravation des humeurs, que la manifestation locale et symptomatique d'une maladie générale n(Compendiumde chirurgie pratique, t. I, p. 281).
Cette appréciation des principaux caractères pathologiques est faite avec une grande exactitude, et tend à faire admettre des différences essentielles entre les deux maladies. Cependant il faut reconnaître que celles-là s'effacent dans un grand nombre de cas ; la plus essentielle, sans contredit, consiste dans le mode de développement des accidents locaux par rapport aux symptômes généraux. Il est fort re-
marquable, en effet, de voir la pustule maligne consister uniquement pendant quelques jours en une lésion circonscrite , tandis que le charbon revêt dès le début la forme et les symptômes des grandes py rexies et annonce une altération générale et primitive du sang. D'un autre côté, on ne peut s'empêcher de reconnaître que la pustule maligne se confond par ses caractères les plus essentiels avec le charbon ; mais de nouvelles observations .sont nécessaires pour établir l'identité des deux maladies.
Dans i'anthrax, le tissu cellulaire est d'abord envahi ; la peau forme une pointe dure et rouge dans laquelle le malade éprouve de la douleur et de la chaleur, mais qui n'est jamais surmontée de vésicules pleines de sérosité roussâtre. La tumeur ne s'étend pas de proche en proche et sous la peau, comme la pustule maligne. La piqûre du cousin ou de l'abeille pourrait encore simuler cette dernière maladie. Cette piqûre donne lieu ordinairement à une vive démangeaison et aune tumeur luisante, rouge et sans limites bien distinctes, qui n'est jamais accompagnée d'un cercle ou aréole vésiculaire (Enaux et Chaussier, loc\ cit., p. 206). L'érysipèle huileux oumiliaire occupe toujours un trop grand espace pour simuler la tumeur de la pustule maligne.
Pronostic. — La pustule maligne expose les sujets qui en sont affectés à de grands dangers. « Elle est rapidement mortelle lorsque le travail de mortification s'étend de proche en proche', et que les symptômes généraux alaxo-adynamiques débutent presque en même temps que les accidents locaux. On l'a vue parcourir rapidement ses quatre périodes et faire périr en dix-huit ou vingt-quatre heures ceux qui en étaient affectés» (Enaux et Chaussier, p. 196). Les sujets robustes résistent mieux, et Teschare s'entoure d'un cercle éliminatoire. Le siège doit être pris en considération pour le pronostic : les pustules qui affectent la face, le cou, sont accompagnées de beaucoup de gonflement, de d(Hire et de désordres trèsélendus, qui font périr les sujets; lorsque ceux-ci échappent, des cicatrices hideuses les défigurent presque entièrement. Les pustules qui ont leur siège dans les membres sont moins dangereuses, parce qu'elles peuvent être attaquées plus facilement et à de plus grandes profondeurs par les escharoliques.
Causes. — Si l'on admet que la pustule maligne est différente du charbon , la cause de la première de ces deux maladies est toujours la transmission dos animaux à l'homme d'un virus particulier; c'est une maladie accidentelle et communiquée. Avant d'examiner quel est son mode de transmission , nous devons rechercher les sources de ce virus , et s'il est toujours identique à lui-même. Si nous parcourons les observations faites parles auteurs sur ce sujet, nous trouvons que ce virus provient le plus ordinai-
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rement d'animaux qui ont vécu dans des pâturages humides, marécageux et malsains, et contracté des maladies charbonneuses; et dans quelques cas d'animaux qui ont été seulement surmenés (Morand, Opusc. pai/wL, ]f part., p. 236). On peut se convaincre, par une élude approfondie des faits cités par les auteurs, que les maladies dans lesquelles la gangrène se produit chez les animaux , ou qui s'accompagnent de ces désordres généraux qui attestent l'existence d'une altération du sang , peuvent donner lieu à la pustule maligne chez l'homme, lorsqu'un liquide provenant de ces animaux vient à être absorbé. On est donc conduit d'abord à cette première conclusion, que les animaux en proie à des maladies gangreneuses et malignes ou à des charbons, fournissent un virus capable de déterminer la pustule; que par conséquent la pustule et le charbon communiqué ne diffèrent eu aucune manière l'un de l'autre. Nous sommes portés à croire que toute la différence consiste dans l'intensité et le mode de succession des symptômes. Dans la pustule, la lésion locale est la première à se manifester et prédomine pendant un temps assez court; dans le charbon, les accidents généraux d'infection l'emportent sur la lésion locale et se montrent les premiers. Enfin , pour exprimer toute notre pensée, nous dirons que la maladie qui a reçu le nom de pustule, et le charbon, quand il est communiqué à 1 homme et non l'effet d'une maladie spontanée avec détermination gangreneuse, nous paraissent être l'effet de l'absorption d'un virus qui a pour propriétéspécialede déterminer des gangrènes, de la même manière que le virus morveux reproduit une série d'accidents pathologiques constamment les mêmes. Nous ferons remarquer que, pour mettre l'opinion que nous avançons hors de doute, il faudrait que les vétérinaires établissent une ligne de démarcation bien tranchée entre les diverses espèces de maladies auxquelles on a prodigué le nom de charbon essentiel et sfmptomatique, et qui ont été confondues avec la morve, le farcin, la maladie de ratent bien d'autres affections. Il est curieux de voir deux maladies communiquées à l'homme par les animaux, la pustule maligne et la morve, donner lieu , dès le principe, à des accidents locaux, à des gangrènes ou à des collections purulentes, avant de se traduire par des symptômes généraux.
Les animaux qui fournissent le virus charbonneux sont les herbivores et les carnivores sauvages et domestiques. La bave, le sang, tous les liquides, la peau, les poils, sont les agents de la transmission. Celle-ci a lieu: 1" par inoculation: ce premier mode est mis hors de doute par les observations les plus nombreuses ; 2*^ par l'absoiption qui s'effectue à la surface de la peau, principalement daris les parties du corps ou elle est fine et perméable, comme au vi-
sage. Les malades contractent souvent la pustule maligne en dépouillant les animaux , en plongeant leurs mains dans les viscères et les différents liquides qui découlent des cadavres , ou bien encore en faisant subir aux tissus les préparations usitées dans certaines professions. 3^ La pustule peut-elle se développer chez des hommes qui ont mangé de la chair provenant d'animaux morts de maladies charbonneuses? Aucun fait ne prouve que celte maladie puisse être déterminée par l'ingestion d'aliments préparés avec des viandes d'animaux infectés. Il survient des accidents graves et souvent mortels, mais ils dépendent d'une autre cause, et n'ont aucun rapport avec les symptômes de la pustule maligne. Le contact du virus charbonneux sur une membrane muqueuse peut provoquer le développement de la pustule ; témoin le fait rapporté par Morand , d'un garçon boucher qui mourut avec des gangrènes et tous les symptômes du charbon , pour avoir tenu entre ses dents un couteau tout sanglant dont il venait de se servir pour dépecer un bœuf malade (Opusc. de chir. , ii^ part., p. 243). La pustule peut être transmise par le contact médiat comme les autres maladies contagieuses; un insecte, des peaux ou d'autres objets qui ont été en contact avec les animaux infectés, peuvent transmettre la maladie; du reste ce mode de propagation est excessivement rare.
La pustule maligne ne naît pas spontanément chez l'homme : ceux qui en sont le plus fréquemment affectés sont les bergers, les mégissiers, les équarrisseurs , les vétérinaires, les matelassiers, les fermiers : tous ceux , en un mot, qui sont obligés par leur profession à avoir des rapports fréquents avec les animaux malades. La pustule maligne est plus commune dans les endroits bas et marécageux , « le long du Doubs , de la Saône , de l'Ouche , dans les endroits où l'on élève beaucoup de bétail ; mais elle n'est point particulière à la Bourgogne, comme le croient quelques-uns de nos praticiens : on l'observe dans la Franche-Comté, la Lorraine, le Luxembourg, la Champagne, la Brie, le Câlinais, etc.; on la retrouve encore dans le Lyonnais, le Dauphiné , la Provence, le Languedoc; mais dans les contrées septentrionales de la France, elle est plus rare et à peine connue. » (Enaux et Chaussier, p. 163).
Traitement. — Pour prévenir le développement de cette maladie, il faut porter à la connaissance des habitants des lieux où elle règne endémiquement les règles du traitement prophylactique qu'ils doivent observer avec rigueur, s'ils ne veulent pas être affectés de pustule maligne. 11 faut livrer aux flammes les divers objets qui ont été en contact avec les animaux atteints de charbon: faire abandonner les bergeries iuiccltes jusqu'à ce qu'elles aient été assai-
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