‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 3)Chapitre 2 sur 32 · EMPOISONNEMENT SATURNIN · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT SATURNIN

Le meurtre ou le suicide n'a que rarement recours aux préparations plombiques; l'empoisonnement saturnin est presque constamment involontaire et dû à une erreur, à l'administration imprudente des composes plombiques employés par la thérapeutique, à l'usage de substauces alimentaires dont la propriété délétère est restée inconnue : c'est ainsi que des empoisonnements ont été fréquemment produits par l'administration à l'intérieur de l'acétate , de l'azotate ou de l'iodure de plomb; par l'usage, sous forme de lavements, d'injections, de topiques, du sous-acétate de plomb; par l'injection d'eau ayant été transmise par des aqueducs de plomb, étant tombés sur un toit couvert de ce métal ; par du vin , du cidre, de l'eau-devie, du vinaigre, tenant en dissolution de la litharge (Fourcroy, Sur les vins lithargj-rés , in Méni, Je l'Jcad., p. 280; 1787; — Chevallier, Rech. sur les causes de la maladie dite colique de plomb, in Annales d'hjgiêne, t. xv, p. 7 ; — Chevallier et Ollivier (d'Angers), /jec/jerc//. chimiques et méd.-lég. sur plusieurs cas d'un empoisonnement délerminé par l'usage du cidre contenant un sel de plomb en dissolution, in même recueil, t. xxvu, p. 1 04 ; — Chevallier, Note sur le plomb et sur les accidents déterminés parce métal, ses oxydes et ses composés, in même recueil, t. xxviii, p. 224 ; — Bouligny, même recueil, t. xxiv, p. 78; Ghiistison, A ireatise on poisons, p. 477etsuiv.; Ediuburgh , 1 832 ; — Boudet , Journal général de méd., t. xLiv, p. 321); par des substances alimentaires préparées dans des vases de plomb; par des bonbons colorés avec le chromate de plomb (Chevallier et Habert, Sur la nécessité d'indiquer légalement aux confiseurs les matières colorantes qn'ds doivent employer, in Ann. d'hfgiêne, t.xxvui, p. G2-65).

M. Fouqiiier a vu un véritable empoisonnement être produit par quelques grains d'acétate de plomb administrés à l'intérieur {Dict. de méd. et de chir. prai., t. xni, p. 357); M. Otto, par du tabac en poudre contenant du minium {Gazette médicale, p. 08 ; 1843); une bouteille est rincée avec du plomb de chasse; dix grains restent enchalonnés au fond et suffisent pour rendre le vin délétère {Journal de chimie médicale, ïï"" de juillet 1843). On a encore cité des exemples d'empoisonnement dû à des sophistications par le plomb , du miel, du beurre, du fromage, du sucic en poudie, etc. (Ghrislison, loc. cit.,

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Altérations anatomiques. — Il n'existe dans la science que fort peu d'exemples de mort déterminée par un empoisonnement saturnin , et c'est principalement sur les animaux que les lésions anatomiques ont été étudiées.

Un tambour qui avait bu une grande quantité d'eau de Goulard mourut au bout de trois jours; à l'autopsie, on constata une violente inflammation de la partie inférieure de l'œsophage, de l'estomac, du duodénum, d'une partie du jéjunum, des colons ascendant et transverse ; la membrane villeuse gastrique était comme macérée; le ventricule contenait 6 onces d'un liquide rouge-brun, répandant une odeur de vinaigre évaporé, et ayant une saveur styptique, métai\\\([ue {Journal unii^ersel, t. xx, p. 353).

Chez les animaux, suivant M. Devergie, on trouve dans l'estomac une couche d'un gris blanchâtre provenant du poison décomposé, et renfermant de l'oxyde de plomb combiné probablement avec de la matière animale; sous celle couche se montre une coloration rouge plus ou moins intense qui est le résultat d'une phlegmasie, et qui s'étend plus ou moins loin dans le tube intestinal {Dict. de méd. et de chir. prat., loc. cit., p. 357).

«Dans l'empoisonnement aigu, disent MM. Flandia et Danger, la membrane muqueuse gastro-intestinale est comme tannée par une sorte d'enduit grisâtre. Dans l'empoisonnement lent, les membranes du tube digestif sont plus ou moins colorées en jaune, brun, noir, avec des teintes intermédiaires. Les matières contenues dans les intestins sont d'une couleur gris d'acier plus ou moins foncée. Le foie, la rate, participentquelquefois à ces colorations qui disparaissent, en totalité ou en partie, à l'air, par le lavage. Le plus souvent les poumons présentent des traces de congestion simulant les effets de la pneumonie ou de l'apoplexie pulmonaire. Cette dernière altération peut servira caractériser un empoisonnement par le plomb, si Ton ajoute qu'elle est produite par la présence de ce métal dans les poumons , où l'on ne rencontre pas d'une manière aussi tranchée d'autres poisons , et spécialement le cuivre et l'antimoine «-(Académie des sciences, séance du 29 janvier 1 844).

M. Rognetta dit également que dans les empoisonnements par le plomb la muqueuse gastrique est constamment comme tannée, épaissie, et qu'elle se laisse facilement déchirer et enlever par lambeaux (affaire Pouchon, voy. Arch. gêner, de méd., t. iv, p. 254; 1844).

M. Orfila a publié, sur les empoisonnements par le plomb, un travail fort important dont nous allons reproduire les principales conclusions ;

«1'' Il suffit de deux heures pour que l'acétate et l'azotate de plomb, donnés à petites doses, développent sur la membrane muqueuse de l'estomac des

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chiens, et quelquefois uiême sur celle des iotestius, une altération particulière consistant en une série de petits points d'un blanc mat, tantôt réunis dans le sens de la longueur, et formant des espèces de traînées sur les plis de la membrane, tantôt disséminés sur toute la surface du tissu. Ces points, évidemment composés de matière organique et d'une préparation de plomb , adhèrent intimement à la membrane muqueuse dont on ne peut pas les séparer, même en grattant pendant longtemps avec un scalpel; ils fournissent instantanément et à froid, par l'acide sulfhydrique , du sulfure noir de plomb ; ils sont insolubles dans l'eau distillée froide ou bouillante, décomposables à la température ordinaire par l'acide azotique faible avec production d'azotate de plomb. ' «2^ On remarque la même altération chez les chiens qui ont vécu quatre jours et qui n'avaient été sous l'influence des mêmes sels de plomb, aux mêmes doses, que pendant deux heures; mais les points sont moins nombreux et ne sont plus visibles qu'à la loupe : l'acide sulfhydrique les noircit à l'instant même.

«3^ En laissant vivre les chiens pendant dix-sept jours, on ne découvre plus la moindre trace de points blancs; l'immersion dans l'acide sulfhydrique ne développe plus de points noirs même au bout de quatre heures. En faisant bouillir les tissus pendant une demi -heure avec de l'acide azotique à trente degrés étendu de son volume d'eau, il se produit une assez grande quantité d'azotate de plomb» {Mémoire sur l'empoisonneinenl par les sels de plomb j in Aii' nales d'hygiène, t. xxi,p. 164 etsuiv.; 1839).

Symptômes. — «Les symptômes produits par l'empoisonnement saturnin, dit Gbristison , sont de trois ordres : 1" symptômes communs à tous les poisons irritants, et indiquant une inflammation du tube digestif; 2" symptômes produits par la contraction spasmodique des tuniques intestinales; 3" symptômes produits par une lésion spéciale du système nerveux» {loc. cit., p. 489).

Les symptômes inflammatoires se traduisent principalement par une douleur plus ou moins vive, ordinairement sourde, vague, irradiative, mais quelquefois très-vive (Chrislison , p. 491), qui se fait sentir à la région épigastrique, souvent au niveau de l'ombilic (Rognelta), parfois dans toute l'étendue de l'abdomen; par des nausées, des vomissements plus ou moins abondants, quelquefois bilieux, mais ordinairement de matières blanches, spumeuses, d'une saveur astringent»; (Orfila), dans lesquelles se trouvent disséminées des particules de carbonate de plomb (Flandin et Danger). Un homme avala , par erreur, environ 20 grammes de blanc de Kremnitz; quelques heures après, il éprouva une sensation de brûlure à l'épigaslrc et deti vomisscmcots violents qui

I persistèrent pendant plusieurs heures; la langue ( sèche, rouge, la soif inextinguible ; le ventre, 1

i lonné et dur, était le siège de douleurs violei

I {Caspers ff^'oc.henscfirift , \\ 36 ; 1 844) ; l'hal est quelquefois d'une fétidité remarquable.

Les symptômes spasmodiques se traduisent par constipation opiniâtre et un état du ventre qui

I diffèrent en rien de ce que l'on observe dans la

I lique de plomb (voy. ce mot).

Enfin, les phénomènes dus à la lésion du sysî nerveux sont ceux que l'on observe dans l'intox tion chronique, et que nous allons décrire bie avec soin : ainsi, débilité excessive, vertiges, déi aphonie, amaurose,arihralgie, paralysie partielle. Dans quelques cas, fort rares d'ailleurs, on a serve des convulsions violentes {Journal uniuer t. XX, p. 351) ou même une rigidité tétanique i prononcée [London med. repository, t. m, p. 1824).

La circulation n'est ordinairement point troub souvent le pouls diminue notablement de fréquei Baker l'a vu ne battre que quarante fois par min mais d'autres fois, au contraire, il s'accélère not. ment, et Chrislison a compté jusqu'à 1 00 pulsati le pouls étant plein et dur (/oc*, cit., p. 492).

Dans Tempoisonnement aigu , le plomb peut p( trer dans le torrent circulatoire; on observe aloi teinte noirâtre , bleuâtre des gencives , et l'urine ( tient une quantité plus ou moins considérable plomb.

Marche, durée , terminaison. — Le tanil dont il a été question plus haut, ayant bu d'un coup une grande quantité d'acétate de plomb liqu succomba au bout de trois jours après avoir pré>une débilité extrême, de l'aphonie, des convuls violentes, et tous les symptômes de la colique plomb.

11 n'existe guère que deux ou trois cas pareils » la science. Dans tous les autres faits connus d'em sounement saturnin , ou bien la dose de poison | en une seule fois n'a pas été assez forte pour de miner la mort, et les accidents se sont dissipés l'influence d'un traitement approprié; ou bien le son n'a été ingéré que successivement par pe. quantités {bonbons ^ vin, cidre, eau, etc.), et phénomènes morbides ont bientôt permis de con ter et de supprimer la cause de l'empoisonnemen Le diagnostic fourni par les symptômes rai nels ne diffère point de celui de l'intoxicalioii sa nine considérée eu général; mais il faut ici l grand compte de certaines circonstances accesso examiner avec soin, analyser les matières vou' l'urine; il faut faire porter une inv(;siigalion nulieuse sur les ustensiles de ménage, l'eau, vin, etc.

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ÏjC pronostic n'est pas grave : la guérison a ord."D lirement lieu au bout de quelques jours.

Traitement. — Il est utile, dans tous les cas, de vl 1er l'estomac soit au moyen de rémélique, soit p.if la pompe stomacale; il faut ensuite neutraliser le poiîon par un antidote, et à cet effet administrer un SiiHiite terreux, un bicarbonate alcalin ou du phospliaie de soude (Christibon , /oc. cit., p. 502). «Les expériences sur les animaux, dit M. Orfila {Archives f^rncr. dcmécL, t. xix,p. 328; 1829) , conduiraient à oonseiller l'emploi de l'acide hydrosulfurique liquide dans la première période de l'empoisonnement par les sels de plomb, s'il n'était pas plus rationnel «le f lire usage d'une dissolution aqueuse très-étendue (J'ini sulfate quelconque, qui joint à l'avantage de fortjer avec les sels de plomb un sulfate insoluble saai; action nuisible sur l'économie animale celui de be trouver à la portée de tout le monde.» M. Devergie recommande particulièrement l'eau albumineuse. Mais M. Wialhe refuse toute efficacité à ce moyen puisque , .'^e'o 1 lui, le chloroplombate alcalin n'est nullement pré. ipilé par l'eau albumineuse et que même le précipiîi blanc formé par l'albumine et les sels de plomb est instantanément redissout par les dissolutions des rhl( rures alcalins (raém. cité , p. 9).

En résumé le traitement de l'empoisonnement p!li:îbique ne diffère point de celui des intoxications puf les poisons irritants (voy. Empoisonnement).

INTOXICATION SATURNINE CHRONIQUE.

'1° Empoisonnement primitif. — M. Tanquerel a décrit sous ce nom les symptômes qui indiquent la pén ît ation du plomb dans l'économie, et qui précèdent, d its un grand nombre de cas, le développement des mi)..idie.s saturnines localisées.

Coloration saturnine des dents et de la muq:uuse buccale. — Celte altération existe chez presqu tous les individus qui respirent ou qui avalent des paùcules plombiques; elle se manifeste quelquefois au bout de quelques jours de contact (cérusiers), mais elle peut ne survenir qu'après plusieurs mois (pein- Ut en bâtiments) ou même plusieurs années (tail- Ica; s de cristaux). Elle est pathognomonique de i'iofoxicatiou saturnine, à laquelle elle appartient exe'.usivement. Burton l'a rencontrée chez tous les s!ij« ts affectés de maladie saturnine qui se sont prés( Diés à son observation, et il a pu la produire à voloo'é sur cinquante-deux malades par l'usage interne de lacétate de plomb {Effet remarquable produit sur les gencives par le plomb, in Gazette nbedicale, p. 470 ; 1 840 ).

Les gencives présentent une couleur rouge violet d'jhord, puis rouge bleu ou gris ardoisé, qui se perd itifcnsiblement avec la teinte rosée de la muqueuse biiLcale. (U'AUt coloration n'existe quelquefois que sur

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la portion des gencives qui avoisine les dents; d'autres fois elle se montre par plaques, par traînées dans dif^férents points de la muqueuse buccale; enfin elle peut être générale. M. Tanquerel a vu un cérusier qui avait la muqueuse de la bouche et de la langue totalement teinte en bleu ardoisé; à peine apercevaiton, çà et là, quelques points rosés. Suivant Burton, le liséré gingival peut exister en l'absence de tout autre symptôme saturnin, mais la réciproque n'a jamais lieu.

Bientôt le bord libre des gencives présente une couleur plus foncée, et les dents sont entourées par un liséré bleu ardoisé d'une à deux lignes de largeur. Cette altération est ordinairement plus marquée au niveau des incisives et des canines delà mâchoire inférieure ; quelquefois elle est hmitée à deux, trois ou quatre dents seulement.

Dans quelques cas, assez rares d'ailleurs, les gencives sont boursouflées et saignent au plus léger contact, comme si le malade était atteint de scorbut; M. Tanquerel a constaté une fois l'existence d'une ulcération du bord alvéolaire supérieur.

Fréquemment la portion de gencives occupée par le liséré bleu s'amincit considérablement , et finit par subir une véritable perte de substance. «Les languettes interdentaires disparaissent insensiblement, et la partie concave des gencives s'agrandit, par suite d'un travail de résorption moléculaire qui s'opère au milieu de ces tissus, sans solution de continuité apparente. Les dents sont alors déchaussées et les gencives ne présentent plus qu'un bourrelet plus ou moins saillant, comme taillé à pic , et n'offrant plus qu'une teinte légèrement bleuâtre» (Tanquerel, ouvr. cité, t. i,p. 4, 5).

Les dents, les incisives et surtout le s canines, présentent également une coloration morbide toute particulière; elles sont d'un brun très-foncé à leur base , tandis que leur sommet est d'un brun plus clair, tirant sur le jaune ou le vert ; au bout d'un certain temps elles s'allèrent dans leur structure, deviennent fragiles, se cassent, se carient, et tombent prématurément.

La matière colorante qui recouvre les gencives et les dents est due à la présence d'une certaine quantité de sulfate de plomb ; elle est très-adhérente et l'on ne parvient à la faire disparaître qu'à l'aide de frictions répétées pendant plusieurs jours, et faites avec de l'eau aiguisée d'acide sulfurique ou chlorhydrique. Voici comment M. Tanquerel explique la formation du .sulfate de plomb. «On sait, dit-il, que les aliments broyés par la mastication laissent quelques-unes de leurs parcelles dans la bouche, où elles s'interposent entre les dents. Au milieu de ces résidus de matières alimentaires qui contiennent toujours un peu de soufre et ne tardent pas à s'altérer, se forme du gaz hydrogène sulfuré. Or, ce gaz étant mis en conlact avec

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les particules plombiques, respirées ou avalées par les sujets, donne naissance à un sulfate de plomb qui se dépose sur les gencives et les dents, c'est-à-dire précisément là où le gaz hydrogène sulfuré est formé» {loc. cit., p. 7). Suivant Schebach , la coloration morbide serait duc à l'action que les sulfures contenus dans la salive exercent sur les molécules ploinbiques [Froriep's neue Notizen, n^ 246 ; 1 839).

Saveur et odeur saturnines. — Les sujets dont les gencives et les deuts pressentent la coloration morbide décrite ci-dessus, accusent ordinairement une saveur (ouïe spéciale qui est sucrée, astringente, .slyplique, félidc. L'haleine a une odeur repoussante qu'il suffit d'avoir senti une fois pour ne plus la méconnaître.

Ictère saturnin ; teinte plombée. — Si l'on considère la présence de la matière colorante de la bile dans le sang comme le caractère essentiel de l'ictère , il ne faut point donner ce nom à la coloration morbide que présentent certains malades affectés de maladie saturnine, et il ne faut pas confondre cette coloration avec la jaunisse véritable que l'on rencontre souvent chez ces mêmes malades (voy. Ictère , t. v , p. 1 1 5). Pour éviter toute erreur, nous appellerons coloration plombique l'altération dont il va être question.

La coloration plombique se montre quelquefois au bout de dix à vingt-cinq jours de travail chez les ouvriers qui sont plongés dans une atmosphère trèschargée de particules falurnines (cérusiers); dans les conditions opposées elle peut, au contraire, n'apparaître qu'au bout de plusieurs mois ou de plusieurs années.

Cette coloration est générale; on la retrouve dans tous les .solides et dans tous les liquides de l'économie. Pendant la vie, elle se montre sur tout le tégument externe qui est d'un jaune pâle cendré, ou même d'un jaune sale et terreux; elle est surtout très-apparente sur la face et la conjonctive. Le sérum du .sang, l'urine, .sont colorés de la même manière, quoique l'acide nitrique et Tiodure de potassium n'y démontrent point la présence de la matière colorante de la bile. Les matières ont une couleur jaune fauve plus ou moins prononcée.

Après la mort, on retrouve la même coloration morbide dans la presque totalité des organes : le cerveau, les poumons, le cœur, les intestins, l'estomac, le foie, les reins, la vessie, etc.

On ne peut guère expliquer la coloration plombique que par l'introduction dans le sang d'une certaine quantité de molécules saturnines, et l'analyse vient à l'appui de cette explication . puisque M. Devergie a constaté la présence du plomb dans le sang et dans différents organes (estomac, intestins, matière» fécales, vésicule biliaire, reins, vessie, poumons, une livre de ceiveau , une livre de chair musculaire.

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2 grains de matière noire dentaire, 7 onces de sang) provenant d'un malade qui avait été attiiit de colique, d'arthralgie et d'encéphalopathie sati»nines (Tanquerel, ouvr. cité, t. i, p. 325; t. ii, p. 405, 406).

Il est facile de distinguer à la vue la coloraïkn plombique de la teinte ictérique; elle est plus fau?c, moins vive, et ne tire point sur le vert.

Amaigrissement. — Il se manifeste en mêu e temps que la coloration plombique ou après elle; il n'a ordinairement lieu que chez les sujets très- (J3.posés aux émanations saturnines.

L'amaigrissement présente différents degrés et peut être porté à l'extrême; mais le plus souveat , avant qu'il ait fait de grands progrès, l'ouvrier e^t atteint d'une affection saturnine localisée. La foo'e du tissu adipeux est générale , mais elle est plus prcnoncée à la face qui offre des rides, à tel point c[fe les sujets paraissent être vieillis avant Tàge. Ûes rides donnent quelquefois à la figure une expression de tristesse très-remarquable (Tanquerel, ouvr. cite, 1. 1, p. 17).

Etat de la circulation. — Assez fréquemmort le pouls est petit , mou , f.icilement dépressible ; qiclquefois le nombre des pulsations artérielles est diminué; le pouls ne bat plus que 50, 45 ou 40 ibis par minute. Il n'existe aucun bruit anormal dans les artères.

«Tels sont, dit M. Tanquerel, les effets primitifs que le plomb peut exercer sur l'économie indépendamment des maladies qu'il occasionne. La coloration des gencives et des dents est le plus commun et cclti qui se développe le plus promplement ; viennent cosuite, par ordre de fréquence, le goût sucré, l'haie ne fétide, la teinte jaune, l'amaigrissement et les al'érations de la circulation. Toutes les fonctions del'tconomie s'exécutent d'ailleurs parfaitement bien.)»

2*^ Encépiialopathie saturnine. — M. Tanquerel a donné ce nom à l'ensemble des accidents cérébr. a>: que peut déterminer l'intoxication saturnine chronique.

Altérai ions anaiomiques. — C'est surtout à l'épilepsie saturnine que se rapportent les recberclirs anatomo-pathologiques qui ont été faites à propo.^ do l'encéphalopathie. Or, l'épilepsie devant être dcciito séparément dans notre travail , nous n'aurons ici que peu de mots à dire.

M. Thomas assure que chez les individus morts après avoir présenté des symptômes d'encéphalopathie saturnine, on trouve des altérations très-niiirqiices des méninges, de la substance cérébrale et raehidienne, des épanchements sér(!ux et sanguiB", dans les membraiies encéphaliques et dans les vrxtricules latéraux; les os du crâne eux-mêmes .serauït ;i0uvent allcclcs {Dissert, sur la thoracosco^HC

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•ie de quelques propositions médicales sur la ■que de plomb ^ thèse de Paris, 1825 , n° 68 , ,19).

, M. Canuet a trouvé les méninges gorgées de sang, épanchements séro-sanguinoients dans la piee et les ventricules, des taches rouges sur la Uance grise, un piqueté delà substance blanche; re fois il existait un ramollissement partiel des lisphères, deux fois un ramollissement de la lie [Essai sur le plomb , considéré dans ses ts sur l'économie animale, etc. ^ thèse de Paris, >3,n'^ 202).

es assertions de ces auteurs ne sont point apées de pièces justificatives suffisantes. I. de Bouteville a trouvé un ramollissement de la lie depuis la troisième vertèbre dorsale jusqu'à eptième; la consistance de Torgane était celle ie bouillie épaisse, jaunâtre et rougeâtre par [ues. M. Gorbin a rencontré une altération sem- )le; chez un malade ayant présenté du délire et coma , les vaisseaux de la pie-mère rachidieune ent injectés, et la moelle était ramollie au point ro presque diffluente dans la portion dorsale rbin , mém. cité , obs. 1 1 ).

Chez un malade qui avait eu du délire et des cousions épileptiformes , M. Andral a rencontré les rations suivantes : sérosité en assez grande abonice à la partie inférieure du canal rachidien ; lée injection des vaisseaux veineux de la face antéu'ede la moelle; diminution de consistance de la tion dorsale de la moelle ; léger ramollissement nerfs optiques, des éminences mamillaires et des longements antérieurs de la moelle allongée; stance cérébrale légèrement pointillée de rouge. "Mais, ajoute M. Andral, je dois observer que .sieurs personnes qui assistaient à cette autopsie :sidérèrent comme effets de la putréfaction les ons observées dans le système nerveux » [Clin. die, t. u, p. 220, 221; Paris, 1834).

vM. Nivet a trouvé, dans l'épaisseur de la pie-mère ébrale et de la substance grise , dix kystes dissélés renfermant des cysticerques ladriques (mém. ';,obs. 5); mais il ne peut évidemment exister aune relation entre cette altération et l'intoxication urnine. L'affjction cérébrale à laquelle a suc- .jibé le malade de M. Nivet ne nous paraît point, illeurs, devoir èlre considérée comme une. encépha- Mlhie .saturnine : celle affection n'avait aucun )porl avec les coliques de plomb qu'avait éprouis antérieurement le sujet.

• M. Tanquerel a vu chez quelques malades un aplassement, un tassement Irès-marqué de la masse rébrale; les circonvolutions étaient fortement seres les unes contre les autres et presque effacées, ime lorsqu'on avait enlevé les méninges ; le cer-

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veau était hypertrophié et ramolli; les ventricules contenaient une certaine quantité de sérosité cilrine (p. 354); chez d'autres malades , l'encéphale semblait avoir subi un commencement d'atrophie, et présentait une surface presque unie ; les circonvolutions étaient effacées.

D'un autre côté, MM. Méral (Traité de la colique métallique, obs. 25, 26, 28, 29; Paris, 1814), Andral (/oc. cit., p. 214, 222 , 224), Gorbin (mém. cité, obs. 1, 3), Nivet (mém. cité, obs. 5), Louis (Becli. anatomico-pathologiques sur diverses maladies, p. 483), Rufz, Tanquerel, n'ont découvert aucune lésion appréciable dans le système encéphalo-rachidien d'un assez grand nombre de malades morts après avoir présenté des symptômes d'encéphalopathie saturnine.

11 résulte de ces recherches que le plus ordinairement l'encéphalopathie saturnine ne laisse après elle aucune lésion appréciable du système nerveux ; que dans quelques cas on rencontre des altérations variables, mais que celles-ci sont consécutives et, de plus, insuffisantes pour rendre raison des phénomènes observés pendant la vie.

M. Tanquerel dit cependant avoir observé dans toutes ses autopsies une coloration morbide particulière du parenchyme cérébral. «Lorsqu'on coupait par tranches le cerveau , on s'apercevait que la substance grise la plus voisine de la substance blanche avait perdu sa légère teinte rosée , et que celle-ci était remplacée par une teinte d'un gris jaunâtre ou sale; cette coloration atlait en diminuant de l'intérieur à l'extérieur. La substance blanche elle-même n'avait plus son aspect d'un blanc transparent: elle était devenue d'un jaune sale ou terreux très-prononcé. Le cervelet, comme le cerveau, présentait cette coloration particulière ; l'encéphale paraissait même un peu jaunâtre à l'extérieur» [loc. cit., p. 356).

Suivant M. Tanquerel, cette coloration dénote la présence du plomb dans le cerveau , présence qui a été constatée par MM. Devergie et Guibourt [loc. C77., p. 360-362).

Ge n'est pas sans réserve qu'il faut accepter ces assertions de M. Tanquerel.

Symptômes. — Prodromes. — L'encéphalopathie saturnine est quelquefois annoncée par des prodromes qui sont communs aux différentes formes de la maladie, et qire M. Tanquerel des Planches a décrits de la manière suivante :

«La maladie cérébrale saturnine peut surprendre brusquement et d'une manière imprévue l'ouvrier au milieu de ses occupations, ou s'annoncer par quelques troubles fonctionnels du côté du cerveau. D'autres fois , enfin , divers dérangements ont lieu vers des points plus ou moins éloignés de l'organe qui va être profondément lésé.»

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Du côté du système nerveux cérébro-spinal, des phénomènes morbides variés indiquent l'invasion plus ou moins prochaine de l'encéphalopathie.

On a observé une céphalalgie générale ou partielle , et dans ce dernier cas le plus souvent frontale; les douleurs de tête, variables dans leur ualure et leur intensité, sont ordinairement accompagnées de vertiges et de témulence. Dans un cas le malade accusait un sentiment de plénitude, de pesanteur, et des douleurs atroces dans les orbites. Le sommeil est agité, interrompu par des rêves, des hallucinations; il peut y avoir insomnie complète.

Des troubles passagers se montrent du côté des organes de la vue et de l'ouïe. Les malades ont des éblouissements, de la diplopie, du strabisme; ils présentent une dilatation ou, au contraire, une contraction des pupilles. Le regard est insolite, étonné, hébété, et ce phénomène est celui qui annonce le plus fréquemment l'encéphalopathie saturnine. Quelquefois il se mani;este une amaurose complète; les tintements d'oreille sont fréquents; souvent aussi l'ouïe devient dure, et elle peut être entièrement abolie.

Chez quelques malades, la sensibilité morale est augmentée ou diminuée; les uns sont en proie à une tristesse et à une inquiétude extraordinaires et sans sujet; ils sont silencieux, indifférents aux choses extcrieures, moroses, ils pleurent sans motifs. Quelques-uns sont agités et changent sans cesse de place pour se distraire et éloigner des craintes, des terreurs soudaines et profondes qui les assiègent.

On a observé de la stupeur, un malaise indéfinissable, de la lenteur, de l'embarras dans les idées et les mouvements, de la dysphagie, un sentiment de constriction au pharynx (Tanquerel, Traité des maladies de plomb , t. ii, p. 279 et suiv. ; Paris, 1839).

M. Grisolle a observé, chez trois malades, de l'engourdissement, des fourmillements, des crampes ou un tremblement, soit dans tous les membres, soit dans les supérieurs seulement ('Grisolle, Mém. sur quelques-uns des acci dents cérébraux produits par les préparafions saturnines , in Journal hebdomadaire, t. IV, p. 315; 1836).

Tous ces proflromes surviennent un jour ou quelques heures seulement avant l'invasion des symptùnies propres à l'encéph.ilopalhie; ils ont été notés dixneuf fois sur soixante et douze cas recueillis par M. Tanquerel.

Souvent l'encéphalopathie survient pendant le cours de la colique de plomb : il en a été ainsi quarante-deux fois sur les .soixante et douze cas cités plus haut. «L'encéphalopathie n'apparaît le plus ordioairemeat que lorsque déjà l'affection abdominale

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diminue d'intensité, après uu ou plusieurs jours de traitement , lorsque le malade semble complètement guéri de l'empoisonnement saturnin. D'autres fois, mais plus rarement , les accidents cérébraux se déclarent presque immédiatement après la guérison de la colique ou pendant la convalescence. On doit craindre leur développement lorsque le malade, tourmenté par de violentes coliques, se trouve tout à coup débarrassé de ses douleurs, et que les signes précurseurs signalés plus haut viennent à apparaître. »

La paralysie (1 fois sur 4), l'arthralgie, précèdent quelquefois l'encéphalopathie. En général, les accidents cérébraux apparaissent au milieu du cours de l'arthralgie, qui cesse alors plus ou moins brusquement; quelquefois cependant il y a des prédominances d'arlhralgie et d'encéphalopathie.

Ce n'est que dans un petit nombre de cas que l'encéphalopathie saturnine n'est annoncée par aucun prodrome, et qu'elle débute brusquement, sans être précédée ni d'aucun accident cérébral ni d'aucune autre maladie saturnine ( Tanquerel , lac. cil.).

Lorsqu'une fois l'affection cérébrale est caractérisée, elle peut présenter plusieurs variétés dans ses manifestations symptomatiques, et l'on a établi plusieurs formes d'encéphalopathie en rapport avec la prédominance de tel ou tel ordre de phénomènes. Nous adopterons la division de M. Tanquerel, qui distingue : a. une forme délirante, b. une forme comatcusejC. une forme convulsive , d. une forme mixte.

a. Encéphalopathie délirante; délire satur^ nin. — Sur 72 cas d'encéphalopathie, M. Tanquerel a observé 18 fois la forme délirante. Celle-ci est, beaucoup plus fréquemment que les autres formes, annoncée par des troubles cérébraux.

Le délire saturnin est très-variable dms ses manifestations : il est léger ou profond, partiel ou général, continu ou rémittent, tranquille ou fuiieux, etc.; ordinairement il revêt alternativement ces t'ivers caractères chez le même individu, et suit une marche très-irrégulière.

«Aussitôt que ce délire est complètement développé, dit M. Tanquerel [loc. cit., p. 292), il marche avec une incroyable irrégularité; il s'exalte, s'exaspère, diminue d'intensité d'un moment à l'autre, sans aucun ordre.» M. Grisolle {loc. cit., p. 359) assure cependant que dans 1(!S deux tiers des cas le di'lire est furieux, frénétique, et que dans les trois quarts des cas il est continu avec des exaceibalions irregulières.

Délire tranquille. — La face offre les expressions les plus diverses et les plus bizarres. Certains malades rient sans cesse et sans niolif, leur ligunt exprime la joie , le contentement; d'autres, au contraire, sont plongés dans une tristesse profonde, dans

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gards , et marmotte quelques mots ou bien répète sans cesse la même phrase. Ces deux variétés de coma se montrent isolées ou alternent l'une avec Tautre, sans présenter d'ailleurs aucun ordre dans leur apparition et leur disparition.

c. Encéphalopathie convulsive. — MM. Nivet et Grisolle ont confondu l'encéphalopathie convulsive avec répilepsie saturnine, et M. Tanquerel n'a considéré celle-ci que comme une variété de celle là. Nous pensons qu'il est utile d'établir une séparation plus profonde entre ces deux formes de l'intoxication saturnine.

Les convulsions se montrent rarement isolées ; M. Tanquerel ne les a observées seules que cinq fois; elles accompagnent le délire, le coma, la colique plombiques , et elles constituent, parmi les accidents cérébraux, celui que l'on rencontre le plus fréquemment.

Les convulsions saturnines sont partielles ou générales , toniques ou cloniques ; elles peuvent être épileptiformes ou caialepti/ormes.

Les convulsions partielles accompagnent le dé- Jire, les hallucinations, le coma subdélirant , la colique ; elles se montrent dans la face ou dans l'un de ses côtés, dans un ou plusieurs membres , quelquefois dans un ou plusieurs muscles seulement. Lorsqu'elles sont f:lo ni que s ^eWes sont csiràciénsé^is par des mouvements brusques, saccadés, analogues à des secousses électriques, et se reproduisent pendant un temps variable, à des intervalles plus ou moins rapprochés. Dans les compulsions toniques, il y a resserrement des mâchoires , grincement des dents , contracture d'uu ou de plusieurs membres qui sont fléchis ou dans l'extension.

Les compulsions générales se montrent surtout dans les coliques (rès-intenses ; elles sont quelquefois précédées de violentes douleurs dans l'abdomen ou dans les membres. L'accès débute pur un tremblement analogue à celui qui accompagne le frisson des fièvres intermittentes, et les symptômes varient ensuite suivant la nature des convulsions.

Dans les convulsions cloniques, les membres, tout le corps, sont agités par des mouvements saccadés, désordonnés, consistant plutôt en des secousses rapides qu'en des mouvements alternatifs de flexion cl d'extension ; les mâchoires s'entre-choquent avec violence. Les convulsions toniques déterminent au contraire un véritable état tétanique; le corps est roide, la tête penchée en arrière (Nivet, loc. cit. , p. lîi).

Dans ces différentes espèces de convulsions, la connaissance n'est point complètement abolie; les malades ont la figure égarée, les yeux ouverts, fixes, hagards; ils comprennent en partie les questions qu'on leur adresse , bien qu'ils ne puis.^^ent souvent pas y répondre.

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Les convulsions épileptiformes sont accompagnées de la perte du sentiment , et caractérisées par des convulsions cloniques dans les membres et le tronc, revenant par accès tellement rapprochés, qu'il existe à peine un intervalle entre les mouvements convulsifs qui sont presque continus. Les membres sont portés alternativement dans la flexion et dans l'extension par des secousses spasmodiques, brusques et générales.

Les convulsions calalepliforines n'ont été décrites que par M. Tanquerel, qui d'ailleurs ne les a observées que deux fois.

«Les malades, calmes dans leur lit et les yeux fermés, représentent un individu dormant d'un paisible sommeil. Lorsqu'on pince, tiraille ou brûle la peau dans quelque point que ce soit, le malade ne donne aucun signe de sensibilité. Le réveiller, fixer son attention , sont choses impossibles. Si l'on vient à suspendre sans appui les doigts , les mains , les avant- bras et les bras, les jambes et les cuisses, dans n'importe quelle position, les plus gênantes comme les plus faciles, ils restent fixes dans cette situation pendant quelques secondes, et même une ou deux minutes, puis ils oscillent un peu et retombent enfin.»

Lorsque cet état a duré un quart d'heure ou plusieurs heures, la scène change complètement; le malade, les yeux fermés, commence par exécuter divers mouvements très-expressifs avec ses membres, sa tête , sa face et son tronc. Les mouvements se coordonnent et semblent se rapporter à l'expression d'une même idée; mais d'un moment à l'autre l'exprcssion de cet état mimique change. Lorsque ces mouvements ont duré quelques minutes, le malade retombe dans le calme le plus complet et dans l'état cataleptique. Ces alternatives se succèdent ainsi pen* dant un temps plus ou moins long.

Après quelques heures ou plusieurs jours, le malade ouvre tout à coup les yeux et demande à boire, à manger, etc.; il parle souvent seul, et exprime avec une grande volubilité une foule d'idées incohérentes, et quelquefois le délire furieux se manifeste (Tanquerel, loc. cit., p. 307-309).

d. Encéphalopathie mixte. — Cette forme de l'encéphalopathie saturnine, la plus fréquente de toutes, est constituée par la réunion du délire, du coma et des convulsions, c'est-à-dire des trois formes précédentes, qui s'associent, se succèdent de diverses façons, de manière à produire des combinaisons variées.

« Pendant toute la durée de la maladie, le délire, le coma, les convulsions, apparaissent subitement, d'un moment à l'autre, sans suivre aucune régularité dans leur maiche. Aujourd'hui , dans ce moment le délire existe ; dans un autre c'est le coma , qui luimême va être remplacé bientôt par des convulsions ;

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demain ces formes apparaîtront dans un sens inverse ; souvent Tépilepsie vient s'ajouter à elles.

((Le cas le plus ordinaire et le plus régulier est celui-ci : le malade est d'abord pris d'un délire quelquefois si léger que le médecin ne| le reconnaît pas; au bout de quelques heures, et même quelquefois d'un ou deux jours , une attaque d'épilepsie survient , à la suite de laquelle le malade tombe assoupi quelques minutes, puis il semble se réveiller pour babiller à tort et à travers toute la journée ; le délire, tranquille ou furieux, est alors plus prononcé qu'avant l'accès de convulsions. Le même jour, la nuit suivante ou le lendemain, une ou plusieurs attaques d'épilepsie surviennent de nouveau. Après chaque accès l'assoupissement est plus profond et plus long; il n'est interrompu , par instants, que par un demi-réveil de quelques minutes pendant lequel le malade marmotte quelques mots. Si les accès d'épilepsie se renouvellent fréquemment , le coma devient très-profond et la mort arrive. Dans le cas contraire, le malade semble sortir tout à coup de son assoupissement au bout d'un temps plus ou moins long, et les accidents ne reparaissent plus» (Tanquercl, loc. cit., p. 309-31 1).

M. Montault a rapporté un exemple remarquable d'encéphalopathie mixte caractérisée par du hoquet , un tremblement général, des crampes douloureuses dans les mollets, de l'embarras dans la prononciation, la perte de la mémoire, le délire, des palpitations, des accès épileptiformes , des convulsions des bras, et enfin par des symptômes hydrophobiques {l'Expérience, p. 217, n'' 14; 1838).

Marche j durée, terminaison de l'encéphalopatliie saturnine. — 11 est nécessaire ici de tenircompte de la forme symptomalique que revêt la maladie.

Le délire tranquille ou furieux parvient ordinairement en peu de lemps à son summum d'intensité; quelquefois cependant il n'y airive que graduellement, et resie incomplet pendant quelque temps, plusieurs heures ou même plusieurs jours.

Ces deux variétés de délire alternent presque constamment pendant tout le cours de la maladie, brusquement et sans ordie. Ouelquefoi.s il existe une intermiitence franche, et les malades, après avoir déliré, recouvrent toute l'intégrité de leur intelligence et la conservent jusqu'à ce qu'une nouvelle attaque survienne; le plus ordinairement le délire est rémittent. Dans ce dernier cas, les exacerbations sont irrégulières, ne se montrent point de préférence vers le soir ou pendant la nuit; pendant la rémission, l'intelligence reste troublée, mais cependant en fixant fortement fattenlion du malade, en insistant sur les mêmes questions, on parvient souvent à obtenir des réponses à peu près justes.

Pendant les paroxysmes le pouls est souvent dur, plein, accéléré, la respiration haute, fréquente, la

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sensibilité exaltée. L'accès se termine presque constamment par un état de somnolence tout particulier qui a surtout été observé et décrit par M. Tanquerel.

«La somnolence ne se déclare, en général , qu'un ou plusieurs jours après le développement complet du délire. Les yeux sont fermés ou demi-clos seulement, et quelquefois inégalement ouverts; mais à peine les paupières sont-elles rapprochées pendant une seconde, une ou plusieurs minutes, qu'elles s'ouvrent plus ou moins pour se rapprocher de nouveau. Cependant on peut entendre pendant tout ce temps un ronflement analogue à celui d'un véritable sommeil. Les malades sont calmes; quelquefois ils se retournent en divers sens dans leur lit, ou marmottent quelque mots sans suite.

«Cet état somnolent n'est point de longue durée : habituellement, au bout de quelques minutes, d'une ou plusieurs heures au plus, le genre du délire qui précédait cet état revient , puis l'assoupissement se déclare de nouveau, de sorte que la physionomie de la maladie se représente par cette alternative de délire et d'assoupis.sement.

«Les instants de somnolence sont beaucoup moins longs que les accès de délire; cependant, dans quelques cas rares, il y a plusieurs heures d'intervalle entre les accès , et pendant tout ce temps le malade est somnolent.»

La somnolence se montre également après le dé- Hre furieux et le délire tranquille; elle a lieu à toutes les époques de la journée, mais plus rarement la nuit. Lorsqu'elle succède à un accès de délire furieux, le malade peut , à son réveil , être pris d'un accès de même nature, mais le plus ordinairement c'est un accès de délire tranquille qui survient.

Suivant M. Tanquercl, la marche la plus ordinaiie de la maladie est celle-ci :

« La maladie cérébrale commence par le délire tranquille; au bout d'un certain temps des accès de fureur se déclarent. Plus tard, la somnolence arrive: alors le délire tranquille se montre seul, à intervalles plus ou moins rapprochés» (Tanquercl, toc. cit., p. 292-294).

La durée de l'encéphalopathie délirante varie beaucoup , et l'on ne peut rien établir de général à cet égard ; M. Nivet l'a vue ne point dépasser quatre jours, ou bien, au contraire, en atteindre soixantehuit {/oc. cit., p. 23). M. Grisolle dit que lorsque le délire est intermittent , il peut se prolonger depuis quatre jusqu'à dix-sept jours (/oc. cit., p. 366).

Lorsque le coma est d'emblée très-profond , qu'il n'est pas bientôt accompagné de délire , qu'il subsiste sans interruption , la maladie suit ordinairement une marche progressive et ne tarde pas à se terminer par la mort. U en est de même lorsque le coma se montre

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après des convulsions ou des attaques dépilepsie Irèsvioleates.

Quand le coma n'est point complet, qu'il est accompagné de subdclirium. quil est intermittent , il peut exister pendant un temps qui, selon les observations de iM. Grisolle, varie de deux à dix jours , et alors on peut espérer la guérison.

« La cessation des accidents se fait progressivement ; Tamaurose cesse peu à peu ; les malades fixent les personnes qui leur parlent sans leur répondre , puis ils répondent à certaines questions faciles d une manière incomplète, mais prouvant du moins qu'ils ont saisi en partie le sens des paroles qu'on leur a adressées. Peu à peu ilsreconnais>eDt leurs parents, leurs amis; leurs facultés intellectuelles reprennent leur empire, mais néanmoins il n'existe aucun souvenir de tout ce qui a eu lieu pendant l'attaque. Le malade croit se réveiller d'un sommeil profond: il e>t fatigué, et la première sensation pénible qu'il éprouve est celle de la faim)^ Grisolle, loc. cit., p. 365, 366).

L'état convuîsif peut durer depuis une jusqu'à vingt-quatre heures.

Dans l'encéphalopatbie mixte, la terminaison a lieu quelquefois suivant la marche qui appartient à la dernière forme revêtue par la maladie, mais le plus souvent on observe une marche toute spéciale. Les malades, après avoir passé par les étals les plus violents de perturbation du système nerveux, tombent dans une position absolument semblable à ce qu'on appelle la démence , et cette démence saturnine dure depuis un jusqu'à vingt jours. Pendant tout ce temps, on remarque des variations singulières de bien et de mal dans I état du malade. Aujourd'hui vous le croyez presque guéri, demain vous le trouvez retombé dans un affaissement général, et Ton voit reparaître des accès de délire ou de convulsions , et ce n'est qu'après plusieurs alternatives que la maladie marche enfin vers la guérison ou vers la mort (Tanquerel, loccit., p. 323).

Quelle qu'ait été la forme de l'encéphalopalhie, le malade, lorsqu'il est guéri, conserve pendant quelque temps un air d'hébétude tout particulier et une altération profonde des traits de la face.

Diagnostic. — Il n'est pas toujours aisé, à un pnmier examen, de distinguer le délire saturnin du délire symptomatique ou sympathique des maladies aiguës, de l'aliénation mentale et du delirium tremens, en ne tenant compte que du caractère que présentent les troubles Intellectuels; mais la connaissance des causes de la maladie et l'existence des phénomènes morbides qui accompagnent ordinairement l'encéphalopalhie ou qui l'ont précédée (colique de plomb, paralysie, arthralgie, etc.), l'absence d'une affection aiguc, d'un \iolt'ot tremblement des mains, etc.,

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viennent en aide au diagnostic et le rendent presque

toujours facile.

Les alternatives de délire furieux et de délire tranquille, l'état de somnolence que nous avons décrit, sont aussi des caractères qui appartiennent presque exclusivement au délire saturnin.

Le coma saturnin ne peut guère être confondu qu'avec le coma de l'hémorrhagie cérébrale, mais il est plus profond . ou bien . au contraire . plus léger et alors accompagné de délire, de convulsions ; il n'existe jamais d'hémiplégie faciale ; la paralysie ne se montre que dans quelques muscles d'un ou des deux côtés du corps. Dans la commotion cérébrale, il existe une immobilité et une insensibilité complètes, tandis que dans le coma saturnin le malade exécute quelques mouvements . ouvre parfois les yeux, délire, etc. L'amaurose est un signe précieux des affections cérébrales produites p^r le plom.b.

Malgré ces signes différentiels , c'est néanmoins surtout par la connaissance des causes et par les accidents antécédents et concomitants que Ion arrive au diagnostic. '«Dans tous les accidents cérébraux produits par le plomb, dit avec raison M. Grisolle Joe. cit., p. 389 , il est impossible, en les voyant, et si l'on n'a pas recours aux commémoralifs, de dire si ces phénomènes reconnaissent pour point de départ une cause spécifique.

«On puisera les éléments du diagnostic bien moins dans la forme et la nature des accidents cérébraux que dans l'existence des .symptômes caractérisant une colique saturnine. »

Le diagnostic des convulsions repose également sur la cou naissance des causes et des symptômes concomitants.

Les convulsions épileptiformes pourraient être confondues avec l'épi lepsie , mais Ie5 contractions sont moins énergiques, il n'y a point d'écume à la bouche, point de slerleur. et la face ne devient pas vultueuse (Tanquerel).

Le plus communément plusieurs formes d'encéphalopathie sont réunies (encéphalopalhie mixte), et alors le diagnostic est beaucoup plus facile; dans aucune autre affection, en effet, on ne voit tour à tour, à plusieurs reprises et dans un petit nombre de jours, du délire, du coma, des convulsions.

Pronostic, — Le pronostic du délire est grave. La guérison , lorsqu'elle doit avoir lieu, est ordinairement annoncée par une longue durée de la somnolence que remplace bientôt un véritable sommeil long et profond , au sortir duquel le malade prese^ilc une amélioration consid<Table, ou même un retour complet à la raison. Quelquefois cependant , après plusieurs jours d'un état satisfai,<ant, les accidents se monlrenlde nouveau sans cause nou\elle appréciable.

La mort est à craindre lorsqu'il survient des cou-

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vulsions générales violentes ou un étal comateux trèsprofond.

Pour le coma , la gravité du pronostic est en rapport avec l'intensité et la continuité de ce phénomène. Les convulsions légères et le subdelirium survenant après la perte du sentiment, sont en général d'un favorable augure. Un coma profond se montrant, au contraire, à la suite d'accidents cérébraux violents, est presque toujours mortels.

Les convulsions épileptiformes sont toujours un signe fâcheux, à moins qu'elles ne surviennent après une violente attaque d'épilepsie. Elles sont moins graves lorsqu'elles ne sont pas continues, et que pendant les intervalles qui les sépare il se manifeste du délire ou du coma.

En résumé et quant au pronostic, on peut, suivant M. Tanquerel, ranger les différentes formes d'encéphalopathie dans Tordre suivant , en procédant des moins graves aux plus funestes :

Forme convulsive non épilepliforme, forme délirante, forme comateuse, forme convulsive épilepliforme, forme mixte.

3° Épilepsie saturnine (voy. notre article Épi- LEPSiE, t. m , p. 414).

4® Paralysie satu .nine. — A. Paralysie du mouvcmcni. — La paralysie saturnine est fréquente, car M. Tanquerel Ta observée sur 102 malades; elle est générale ou partielle, complète ou incomplète : après l'avoir étudiée dans son ensemble , nous décrirons , à titre de variétés : «.la paralysie des membres supérieurs ; h. la paralysie des membres inférieurs ; c. la paralysie du ironc ; d. la paralysie des organes de la voix et de la parole. Chacune de ces variétés présentera un certain nombre de sous-divisions. Voici comment se sont distribués, quant aux différents sièges que peut occuper la maladie, les faits recueillis par M. Tanquerel :

Paralysie des membres supérieurs, 97 ; paralysie des membres inférieurs, 15 ; paralysie du tronc, 3; paralysie de l'appareil vocal, 3.

Altérations anatomi(jues. — Nous pouvons répéter pour la paralysie saturnine ce que nous avons dit à propos de l'encéphalopathie : ordinairement il n'existe aucune lésion appréciable dans le système nerveux; parfois on y rencontre quelques altérations, mais celles-ci sont variables , consécutives , et ne rendent nullement compte des phénomènes morbides observés pendant la vie.

On a trouvé dans quelques cas des épanchements séreux ou séro-sanguinolenls dans les membranes de la moelle, des injections de la pie-mère rachidiennc, les sinus cérébraux gorgés de sang; mais dans des cas beaucoup plus nombreux Tinvestigation la plus minutieuse n'a fourni que des résultats complètement négatifs.

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Symptomatologie. — Prodromes. — H est rare que la paralysie saturnine se montre brusquement; presque toujours elle est annoncée pendant quelques jours par des prodromes plus ou moins caractérisés.

Le malade éprouve , dans les parties qui doivent être affectées, des lassitudes, un sentiment de pesanteur ou de froid, un engourdissement accompagné de faiblesse , ou une espèce de brisure, une stupeur insolite, une certaine inaptitude aux mouvements, quelquefois un tremblement plus ou moins intense. Tantôt ces phénomènes ne se font sentir que vers le soir après la fatigue de la journée; tantôt ils sont, au contraire, provoqués et augmentés par Texercice ; les jambes ne peuvent plus supporter le poids du corps, les mains laissent échapper les objets (Tanquerel, t. n, p. 26, 27).

Cet état prodromique peut n'avoir que quelques jours de durée, ou bien se prolonger pendant un temps assez long.

La paralysie n'est pas toujours primitive; dans la majorité des cas elle se montre après l'arthralgie, l'encéphalopathie, et surtout la colique.

Symptômes. — La paralysie saturnine commence par une espèce d'engourdissement bientôt suivi d'un tremblement particulier, que l'on doit considérer comme un premier degré de paralysie, car il est manifestement produit par une diminution de l'actioD musculaire.

Le tremblement saturnin consiste en une légère agitation des muscles accompagnée d'un sentiment de faiblesse; les contractions musculaires sont courtes, irrégulières, mais elles ne présentent point le caractère spasmodique que l'on voit dans le tremblement mercuriel. «Presque toujours, dit M. Tanquerel ( p. 32 ), le tremblement est circonscrit à une parlie d'un membre, à toute l'étendue d'un et rarement de deux membres. Il peut cependant envahir les extrémités supérieures et inférieures, les lèvres, la langue et l'appareil vocal, mais nous ne l'avons jamais vu occuper toutes ces parties en même temps, à moins de paralysie siégeant dans ces organes.»

Lorsque la paralysie se manifeste, elle donne lieu presque immédiatement à la perte totale, complète, de la motilité; il est très-rare que les muscles paralysés conservent la faculté d'exécuter quelques mouvements circonscrits, obscurs et incertains. C'est contrairement à ce fait d'observation que plusieurs auteurs ont avancé que dans la paralysie saturnine la perte de la conlraclilité n'est jamais entière. « U est facile, dit M. Tanquerel {loc cit., p. 28), de trouver la cause de cette erreur générale; la paralysie de plomb n'occupant ordinairement qu'un ou plu.sieurs muscles, ou bien un système de muscles d'un membre, les aulies muscles non paralysés de

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l'organe doivent nécessairement continuer à impri- f mer à cet organe les mouvements dont ils sont les agents. Ainsi , le membre dont certains muscles sont paralysés exécute encore quelques mouvements dus à la conlractilité des muscles restés sains, mais les mouvements qui devraient être produits par les muscles paralysés sont entièrement abolis. Il y a donc diminution du mouvement général du membre , et abolition complète de certains mouvements partiels; il ne faut pas confondre ces deux phénomènes morbides, et on évitera cette erreur en décomposant les divers mouvements qui se passent dans un membre; de cette manière, il devient facile de constater les mouvements conservés, les mouvements détruits, et d'apprécier le siège exact, retendue et le degré de la paralysie.»

La disposition que nons venons d'indiquer donne quelquefois lieu à des phénomènes très -remarquables et très-apparents. Ainsi, dans les paralysies des membres, certains muscles étant paralysés, tandis que les muscles congénères ou antagonistes ont conservé leur puissance contractile, on voit le membre être entraîné dans le sens du muscle contracté, et prendre une position anormale et difforme.

La paralysie saturnine présente, relativement à son siège , un caractère particulier qui est pour ainsi dire palhognomonique ; elle occupe presque constamment et exclusivement les muscles extenseurs. C'est ainsi qu'aux membres supérieurs elle existe dans les muscles de la partie postérieure des membres, tandis qu'aux membres inférieurs elle se montre dans les muscles de la région antérieure. Singulière prédilection qu'il est impossible d'expliquer d'une manière satisfaisante , et qui donne un cachet tout spécial à la paralysie saturnine en imposant aux membres affectés la position fléchie.

Les paralysies des membres supérieurs, des membres inférieurs, de l'appareil vocal et du tronc, sont souvent réunies sur le même individu, mais cependant ces variétés de siège peuvent se combiner entre elles de différentes manières. On a vu toutefois, par les chiffres précédents, que la paralysie des membres supérieurs est de beaucoup la forme la plus fréquente; après elle vient la paralysie de l'appareil vocal.

La paralysie n'occupe quelquefois qu'Un seul membre ou même qu'un seul muscle : sur 1 5 cas de paralysie des membres inférieurs observés par M. Tanquerel , 5 fois celle-ci existait seule.

«Tantôt la paralysie existe au même degré dans deux membres similaires et affecte les mêmes muscles; tantôt les deux membres sont affectés de paralysie à des degrés divers, et l'abolition de la motilité occupe des muscles différents ou en nombre inégal de chaque côté » (Tanquerel , p. 31).

La sensibilité est ordinairement conservée dans les

parties paralysées quant au mouvement ; cependant elle peut être affaiblie , abolie (aneslhésie) ou exaltée (arthralgie, hyperesthésie). Sur 102 malades affectés d'une paralysie du mouvement, l'anesthésie a existé 5 fois et l'hyperesthésie 8 fois. Sur les 5 cas d'anesthésie, la sensibilité a été 3 fois complètement abolie dans toute l'épaisseur du membre ; les masses musculaires, comme la peau, étaient insensibles à toute espèce d'excitation. Dans les 2 autres cas, la peau seule avait perdu sa sensibilité, car les malades accusaient de violentes douleurs dans la profondeur des membres; chez ces deux malades, la paralysie du mouvement, l'anesthésie et l'hyperesthésie se trouvaient par conséquent réunies.

6 fois seulement sur 102, la paralysie du mouvement a été compliquée d'amaurose et de surdité (Tanquerel, loc. cit., p. 32 , 33).

Alors même que la sensibilité reste intacte, les malades éprouvent constamment dans les membres paralysés, et surtout au niveau des articulations, un sentiment de fatigue et de pesanteur; il leur semble qu'un poids très-lourd s'oppose aux mouvements.

1 2 fois sur 1 02, un froid glacial continu, extérieur et intérieur, se faisait sentir dans les membres paralysés , et surtout à leurs extrémités.

Lorsque la paralysie a eu une longue durée, il se manifeste dans la température, la circulation et la nutrition des parties affectées, des troubles graves que nous avons décrits ailleurs (voy. Paralysie, t. vi, p. 298 et suiv.), et qui ne présentent ici que quelques particularités peu importantes.

M. Tanquerel dit que les parties paralysées sont assez souvent baignées, le matin, de sueurs extrêmement abondantes et visqueuses; ordinairement la sécrétion n'est point modifiée, jamais elle n'est supprimée.

Lorsque la paralysie est générale dans un membre, celui-ci finit par s'atrophier dans sa totalité, ainsi que cela a lieu dans la paralysie ordinaire; mais comme la paralysie saturnine est souvent bornée à quelques muscles, il en résulte que l'altération de la nutrition n'est que partielle, et que les masses atrophiées tranchent singulièrement avec les muscles voisins qui ont conservé l'intégrité de leurs fonctions et tout leur relief.

Suivant M. Tanquerel , l'atrophie et l'émaciation générale surviennent avec beaucoup plus de promptitude dans la paralysie saturnine; on voit aussi plus fréquemment l'infiltration des parties affectées et le développement de plaques gangreneuses.

Il n'existe pas d'exemple de paralysie de la vessie sous l'influence de l'intoxication saturnine.

Quelquefois les sécrétions muqueuses deviennent plus abondantes; la sécrétion lacrymale est parfois très -notablement augmentée sans qu'il existe aucun

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autre phénomène morbide du côté de Torgane de la vue.

Indiquons maintenant en peu de mots les particularités qui se rattachent aux différentes variétés que nous avons établies quant au siège de la paralysie saturnine; nous puiserons les éléments de notre description dans l'ouvrage de M. Tanquerel.

a. Paraljrsie des membres supérieurs. — Sur 97 cas, la paralysie était double 51 Fois: elle occupait le membre gauche seulement 23 fois, et le membre droit 24 fois.

La paralysie est constamment partielle d'abord , et peut affecter isolément toutes les parties du membre thoracique.

\^ Paralysie de l'épaule. — Elle est rare ( 7 fois sur 97), et ne survient en général que lorsque déjà plusieurs muscles du bras sont paralysés. Elle occupe le deltoïde, qui est affaissé, déprimé, comme détruit. 11 est facile de constater l'immobilité de ses fibres musculaires au milieu des contractions en sens divers des muscles environnants. Le bras est appliqué contre la poitrine ; il ne peut être élevé. L'atrophie du muscle peut donner lieu à la luxation de l'humérus. Stoll et de Haen ont bien décrit cette paralysie; le dernier raconte qu'il a vu le deltoïde réduit à une espèce de membrane.

2^ Paralysie du bras. — Le bras est écarté de la poitrine; l'avant-bras fléchi sur le bras ne peut être étendu, puisque la paralysie occupe le muscle brachial-postérieur. Cette variété est très- rare (1 sur 97).

3"" Paralysie du bras, de l'avant-bras , du poignet et des doigts. — M. Tanquerel Ta constatée 4 fois sur 97 cas. A la flexion de l'avant-bras sur le bras se joignent les symptômes de la forme suivante.

4<» Paralysie de l' aidant-bras , du poignet et des doigis (14 fois sur 97). — La paralysie occupe les muscles supinateurs de l'avant-bras; extenseur, abducteur et adducteur du poignet; extenseurs, abducteurs et adducteurs des doigts; il en résulte la disposition suivante :

Le coude est un peu éloigné du corps par suite d'un mouvement de torsion éprouvé par l'avant-bras et la main, qui sont dans une pronation permanente; la partie supérieure du bord radial de l'avant-bras n'est plus sur la même ligne que la partie inférieure; celle-ci est contournée en dedans, dételle sorte que la face dorsale de la main regarde en dedans et la face palmaire en dehors. Le mouvement de supination est impossible.

Le poignet, fléchi presque à angle droit sur l'avant-bras, est dans une position intermédiaire à l'abduciion et à i'adducliou.

Les doigis sont fléchis sur le métacarpe à peu

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près au même degré que le poignet sur l'avant-bras; les dernières phalanges sont légèrement inclinées sur les secondes ; le malade ne peut écarter les doigts qu'imparfaitement. Le redressement de ces parties est impossible.

Le pouce, à moitié fléchi, est porté en dedans; il a perdu ses mouvements d'abduction et d'opposition. Ordinairement le mouvement d'opposition du petit doigt est conservé.

Le malade ne peut réunir l'extrémité de ses doigts de manière à former une pyramide, en raison de la paralysie des muscles abducteurs, adducteurs et opposants.

Lorsque le malade veut fermer la main , le poignet subit une flexion un peu plus forte, l'extrémité des doigts vient répondre à la partie moyenne des régions thénar et hypothénar, les dernières phalanges sont à peine inclinées sur les secondes : elles ne se fléchissent jamais assez pour que les doigts viennent s'appliquer dans le creux de la main -^ il en résulte que celle-ci n'est qu'incomplètement fermée, et qu'elle ne peut serrer et maintenir des objels d'un petit volume.

Cette disposition , dont on a lieu de s'étonner au premier abord , puisque les muscles fléchisseurs ont conservé toute leur puissance de contraction, est due à ce que les muscles extenseurs, ayant perdu de leur élasticité , ne peuvent plus s'allonger assez pour suivre le mouvement d'inclinaison que les fléchisseurs impriment aux phalanges.

Si après avoir fermé la main , le malade veut l'ouvrir, il n'a qu'à cesser toute espèce de contraction volontaire des muscles fléchisseurs : le poignet et les doigts reprennent leur état habituel de demi-flexion par un mouvement pour ainsi dire passif, auquel les muscles extenseurs ne prennent aucune part.

Par suite de la contraction permanente des muscles pronateurs et surtout des fléchisseurs , la face . palmaire de la main est très-excavée , tandis que la face dorsale s'arrondit et devient convexe , cette disposition étant plus marquée au niveau de la partie moyenne de la région carpo-métacarpienne que sur les côtés qui vont en s'aplatissant. Au bout de quelque temps, on voit constamment apparaître sur la région carpo-métacarpienne une ou deux saillies d'une étendue d'environ 6 à 7 lignes : la première inférieure, conique, moins volumineuse; la seconde supérieure, plus aplatie et plus large (Tanquerel, ouvr. cité, t. ii, p. 39-44).

Les auteurs ne sont point d'accord sur l'existence et sur la nature des tumeurs dont nous venons de parler. Plaler, de Haen, Bonté, Desbois, assurent que des nodosités se montrent constamment soit dans la région carpo-métacarpienne, soit sur les tendons des muscles paralysés, soit enfin dans les articula-

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lions ; les uns considéraient ces tumeurs comme produites par une métastase de la matière morbifiquc , les autres par une accumulation de synovie épaissie ; ceux-là enfin par une altération de la gaîne qui enveloppe les tendons des muscles extenseurs (DeHaen, de Colicapictonum, p. 51 et suiv., in Ratio medendi, t. II, in-12, 1761). MM. Mérat et Chomel mettent en doute l'existence de ces tumeurs.

M. Tauquerel assure que la présence des tumeurs est constante , et que celles-ci sont dues à la distension des ligaments qui unissent le carpe au métacarpe et à la saillie des extrémités osseuses. «Ces éminences, dit M. Tanquerel , sont le plus souvent formées par la tête des deuxième et troisième os métacarpiens , qui donnent précisément attache aux muscles radiaux frappés de paralysie ; quelquefois ce sont les os scaphoide et semi-lunaire qui constituent ces prétendues nodosités »( p. 44 j.

Lorsque la paralysie a duré quelque temps , les faces postérieure et externe de l'avant-bras s'atrophient, tandis que la face antérieure conserve son aspect normal ou acquiert même un volume plus considérable par suite de la contraction permanente de ses muscles. Cependant le repos auquel le membre est condamné finit souvent par amener l'atrophie des muscles sains eux-mêmes, sans toutefois qu'elle égale jamais celle des muscles paralysés.

5^ Parai f sic du poignet et des doigts (26 fois sur 97). — Les muscles supinateurs n'étant point paralysés , l'avant-bras et la main sont dans une position intermédiaire à la pronation et à la supination ; il n'existe point de torsion en dehors.

Le poignet et la main sont dans l'abduction par suite de la paralysie du muscle cubital postérieur ; la concavité qui existe au bord cubital du poignet est remplacée par une convexité; la convexité du bord radial est au contraire transformée en une concavité.

6° Paralysie du poignet (10 fois sur 97 ). — La paralysie occupe les muscles radiaux et cubital postérieur; le poignet est fléchi à angle droit ou obtus sur l'avant-bras; Textension est impossible; l'adduction et l'abduction du poignet et de la main ne se font qu'incomplètement.

Quelquefois la paralysie est limitée au seul muscle cubital postérieur ; alors le poignet est porté en dehors , et la concavité du bord cubital est remplacée par une convexité. D'autres fois , les muscles radiaux sont seuls affectés; alors le poignet est dévié en dedans, et la concavité cubitale est exagérée. Dans l'un et l'autre cas , le poignet est à demi fléchi ; le malade peut le ramener au parallélisme avec l'avant-bras, mais non le renverser; pendant ce mouvement, le poignet est porté dans l'adduction si la paralysie occupe les radiaux, daus l'abduction si elle occupe le cubital postérieur.

Que la paralysie du poignet soit partielle ou générale, les doigts conservent toute l'intégrité de leurs mouvements; la main peut être complètement fermée. Le deuxième et le troisième os du métacarpe font une légère saillie; les côtés interne et externe de l'avant-bras sont affaissés.

7° Paralysie des doigts ( 30 fois sur 97 ). — La paralysie est générale ou partielle.

Dans la paralysie générale , tous les doigts sont affectés au même degré, tous les muscles extenseurs, abducteurs et adducteurs sont paralysés, et l'on constate la disposition que nous avons décrite plus haut ( n° 4 ).

Le poignet est légèrement fléchi sur l'avant-bras , mais il peut être porté dans l'extension , lorsque la main a été préalablement fermée , et alors les mouvements d'abduction et d'adduction sont complets et faciles. Aussitôt que le malade ouvre la main, le poids des doigts demi-fléchis imprime de nouveau au poignet une légère flexion.

«On pourrait donc, dit M. Tanquerel {loc. cit., p. 51), facilement croire qu'il y a toujours paralysie du poignet chez les individus affectés de paralysie des doigts, si on ne cherchait pas, après avoir fait fermer la main, à découvrir si le mouvement d'extension du poignet peut s'effectuer dans cette position.»

Dans \à paralysie partielle , les doigts ne sont pas tous paralysés, ou ils le sont à des degrés différents.

Le plus ordinairement, le médius et l'annulaire sont complètement paralysés et fléchis à angle droit sur le métacarpe , tandis que l'indicateur et l'auriculaire , paralysés incomplètement , ne sont que légèrement fléchis, et sont placés bien au-dessus des, précédents. Lorsque le malade ferme la main , le médius et l'annulaire ne parviennent que jusqu'aux éminences thénar et hypolhénar, tandis que l'indicateur et l'auriculaire touchent presque le creux de la main. Dans cette variété, la paralysie occupe l'extenseur commun des doigts et ses interosseux, les muscles extenseurs propres de l'indicateur et de l'annulaire ayant conservé leur contractilité.

La paralysie peut n'exister que dans les doigts médius et annulaire, ou dans l'un d'eux seulement, suivant qu'elle occupe les deux faisceaux de l'extenseur commun ou un seul. La paralysie , dans les cas de ce genre , est toujours complète.

Lorsque la paralysie existe dans l'indicateur et l'auriculaire ou dans l'un d'eux seulement, elle est complète ou incomplète suivant qu'elleoccupe les faisceaux de l'extenseur commun et les extenseurs propres, ou seulement l'un ou l'autre de ces muscles.

Lorsque les doigts sont inégalement paralysés, on rencontre des nuances qu'il est facile d'entrevoir. «Nous avons observé des cas, dit M. Tanquerel, où ie»

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doigts tombaient dans une flexion formée d'une manière si bien graduée depuisl'indicateur jusqu'à l'auriculaire, que l'homme en élat de santé ne pourrait pas les placer dans une flexion progressive mieux ménagée. »

Dans un cas observé par l'auteur que nous venons de citer (p. 54), la paralysie était bornée aux dernières phalanges qui étaient immobiles sur les secondes et constamment dans \ extension; la paralysie avait donc probablement son siège dans le muscle fléchisseur profond, et peut-être aussi dans le fléchisseur superflciel. Ce fait est une exception remarquable à la règle que nous avons établie relativement au siège anatomique de la paralysie saturnine.

Lorsqu'un seul doigt est paralysé , il n'est pas aussi fléchi que dans la paralysie générale, parce qu'il est encore soutenu par les faisceaux sains de l'extenseur commun. D'un autre côté, lorsque deux doigts seulement sont paralysés, les doigts restés sains sont un peu entraînés par le poids des premiers, et par conséquent légèrement fléchis ; mais pour se convaincre qu'ils ne sont nullement affectés, il suffit de soutenir les doigts privés de mouvement.

M. Tanquerel n'a jamais vu la paralysie bornée au pouce; mais il arrive quelquefois que ce doigt conserve seul ses mouvements , les autres les ayant perdus.

Souvent la paralysie n'occupe que les muscles grand extenseur et grand abducteur du pouce ou l'un d'eux seulement.

8^ Paralysie générale des membres supérieurs (5 sur 97). — Les membres sont pendants et comme collés au tronc ; l'épaule est déprimée , le coude , le poignet et les doigts sont légèrement fléchis; l'avantbras et la main sont placés de champ dans une position intermédiaire à la pronation et h la supination.

Lorsque le trapèze, les grands dorsaux et les pectoraux ne sont point paralysés , les malades peuvent exécuter un mouvement obscur d'élévation qui se passe dans l'épaule, et rapprocher les membres et surtout les mains en avant ou en arrière.

Lorsqu'on soulève le membre et qu'on le laisse retomber, le malade éprouve de vives douleurs qui se font surtout sentir dans le creux de l'aisselle, le triangle sus-claviculaire et la région de l'omoplate.

Un sentiment de pesanteur affecte les épaules , les coudes , et surtout le poignet. La température des membres est diminuée ; le pouls est faible, irrégulier ; le membre, et surtout le moignon de l'épaule, est réduit au dernier degré de Tatrophie, de l'émaciatiou ; les mains deviennent souvent douloureuses, œdématiées, livides.

<( Les malheureux qui ont leurs membres supérieurs paralysés sont privés de la préhension ; ils ne peuvent

$e suffire à eux-mêmes pour traîner leur pénible existence. Manger, boire , se lever, s'habiller, s'asseoir sur son séant dans le lit, etc., sont autant d'actes qu'ils ne peuvent plus remplir, heureux encore quand ils ne sont pas privés du toucher. Leurs bras, loin de leur servir de banlanciers dans la marche, la course et les autres mouvements de progression , ne servent qu'à embarrasser leurs mouvements de locomotion, ri

M. Tanquerel a toujours vu l'aphonie et la difficulté de la prononciation coïncider avec la paralysie générale des membres supérieurs. Sur 5 cas de paralysie générale, 3 fois la sensibilité était intacte, 1 fois abolie et 1 fois exaltée (ouvr. cité , p. 38).

b. Paralysie des membres inférieurs. — M. Tanquerel a observé la paralysie des membres inférieurs 15 fois, sur 102 malades atteints de paralysie saturnine; 8 fois elle était double, 4 fois elle n'occupait que le membre droit, 3 fois que le membre gauche; 10 fois elle était accompagnée de la paralysie des membres supérieurs.

1^ Paralysie de la cuisse. — La jambe est à demi fléchie sur la cuisse , les muscles triceps et crural antérieur ayant perdu leur contractilité. Le malade, lorsqu'il est couché, étend la jambe mécaniquement, mais il ne peut la soulever dans l'extension ; la station est vacillante, la marche pénible, chancelante; lorsqu'il est à genoux, il ne peut point se relever ; il monte assez facilement un escalier, mais il lui est presque impossible de le descendre.

L'atrophie consécutive occupe la partie antérieure de la cuisse.

2° Paralysie de la cuisse, de la jambe et du pied. — La jambe est demi-fléchie sur la cuisse, et lorsque le malade veut la fléchir davantage le mouvement n'est pas aussi étendu que dans l'état normal. La cuisse est un peu fléchie sur le bassin.

Le pied est fléchi sur la jambe dans une position intermédiaire à l'adduction et à l'abduction ; les orteils sont fortement fléchis sur la plante du pied.

Il existe une saillie osseuse à la partie moyenne de la région tarso-métatarsienne ; la station et la marche sont complètement impossibles.

La paralysie occupe les muscles triceps, crural antérieur, jambier antérieur, petit péronier et extenseur des orteils.

3** Paralysie du pied. — Le pied ne peut être fléchi sur la jambe , il a perdu dans le sens de la flexion les mouvements d'abduction et d'adduction; la pointe du pied est dirigée en bas et en avant ; la face plantaire est fortement concave ; les orteils sont fortement fléchis.

La paralysie occupe les muscles jambier antérieur, petit péronier, extenseur commun , extenseur propre du gros orteil et les interosseux.

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4° Paralysie des orteils. — Oa trouve ici les mêmes variétés que dans la paralysie des doig^ts. Les orteils peuvent être tous paralysés également ou à différents degrés; la paralysie peut n'exister que dans quelques-uns d'entre eux ou dans un seul; M. Tanquerel a vu un fait dans lequel elle était bornée à l'extenseur propre du gros orteil.

5° Parai) sic s^cnérale des membres inférieurs. — On constate la réuniou des symptômes que nous avons décrits dans les variétés précédentes. Le malade est condamné à une immobilité complète; l'atrophie survient rapidement et atteint un degré extrême.

c. Paralysie du tronc. — Elle a été observée 3 fois par M. Tanquerel.

Dans un cas, la paralysie occupait les muscles grand dorsal, pectoraux et sterno-cléido-mastoïdien gauche; elle était accompagnée de paralysie générale des membres supérieurs, de paralysie de l'appareil vocal , d'anesthésie qui fut suivie d'arthralgie ( Tanquerel , ouvr. cité, t. ii, p. 113).

Dans les deux autres cas, la paralysie avait son siège dans les muscles intercostaux , et voici quels sont alors, suivant M. Tanquerel, les phénomènes qui se présentent.

Tout à coup , sans lésion physique préalable des poumons, la respiration costale devient très-difficile; les côtes sont presque immobiles. Dans les grands efforts d'inspiration, les clavicules sont soulevées, les parois thoraciques s'élèvent en totalité, mais les côtes ne se soulèvent ni ne s'écartent séparément. Les parois thoraciques sont considérablement affaissées; l'action du diaphragme est exagérée ; la respiration est bruyante, l'expectoration difficile; les liquides sécrétés s'accumulent dans les bronches; l'hématose cesse de s'effectuer ; les poumons se congestionnent et la mort survient (/oc. cit., p. 61, 62}.

d. Paraljrsie de l'appareil vocal. — Elle se traduit par des bégaiements ou par des altérations de la voix.

Bégaiement. — La formation des sons est trèsdifficile ; les mots sont prononcés avec agitation et incomplètement; la salive s'écoule au dehors; la déglutition buccale est irrégulière, incertaine; la déglutition pharyngienne et œsophagienne est au contraire parfaitement normale. Les lèvres et la langue sont agitées d'un tremblement plus ou moins violent; les mouvements de ces parties ne sont pas abolis, mais ils sont moins étendus.

Altérations de la voix. — La lésion porte sur les muscles intrinsèques du larynx : la voix présente alors diverses modifications ; elle est rauque, voilée, et bientôt survient une aphonie complète.

Ces deux formes de paralysie peuvent être réunies.

Nous terminerons cette description par un tableau que nous empruntons à M. Tanquerel, et qui montre

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la fréquence relative de la paralysie du mouvemeût

et de ses différentes formes.

Sur 14 malades atteints de maladies saturnines,

2 sont affectés de paralysie.

Sur 102 malades paralysés ,. on a compté : 97 fois la paralysie des membres supérieurs, 31 fois la paralysie de l'appareil vocal, 15 fois la paralysie des membres inférieurs, 3 fois la paralysie des muscles du tronc. Voici comment se sont distribuées les différentes

variétés de paralysie :

Paralysie des membres supérieurs, 97.

Paralysie des doigts 30

— du poignet et des doigts 26

— de l'avant-bras, du poignet et des

doigts 14

— du poignet 10

— de l'épaule 7

— générale 5

— du bras, de l'avant-bras, du poi-

gnet et des doigts 4

— du bras 1

Paralysie de V appareil vocal, 31.

Aphonie 16

Bégaiement 15

Paralysie des membres inférieurs j 15.

Paralysie de la cuisse 5

— du pied et des orteils 3

— du pied 2

— des orteils 2

de la cuisse, de la jambe, du pied

et des orteils 2

— générale 1

Paralysie du tronc, 3.

Paralysie des muscles intercostaux 2

— du grand dorsal , des pectoraux

et du sterno-cléido-mastoïdien . i

B. Paralysie du sentiment. — Anesthésle. — La paralysie du sentiment peut affecter la peau, les muscles ou les organes des sens.

Anesthésie cutanée, superficielle. — La paralysie est quelquefois annoncée par un léger engourdissement, mais le plus ordinairement elle se montre tout à coup ; on l'observe le plus souvent à la suite de la paralysie du mouvement, mais elle peut accompagner la colique de plomb ou succéder à l'arthralgie.

L'anesthésie est toujours partielle, c'est-à-dire limitée à une portion du tronc ou des membres. Elle peut occuper quelques points du ventre, de la poitrine, du col, un muscle des membres, un doigt.

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La paralysie du sentiment et celle du mouvement peuvent occuper les mêmes parties, mais elles se montrent aussi dans des points différents ou opposés. M. Tanquerel a vu, dans un cas , l'anesthésie cutanée de la moitié de la main, les muscles ayant conservé leurs mouvements; dans un autre, le triceps brachial était paralysé du mouvement, et l'anesthésie occupait la face dorsale des doigts auriculaire et médius, ainsi que les parties correspondantes du carpe et du métacarpe : elle se terminait à la moitié interne du médius ; chez un troisième malade, il existait une paralysie du mouvement du poignet, et le sentiment, conservé sur la face dorsale de la main et des doigts, était complètement aboli sur la face palmaire (ouvr. cité, t. n, p. 204-206).

L'anesthésie est complète ou incomplète; elle est limitée à la peau, ainsi que l'on peut s'en convaincre en enfonçant des aiguilles dans les tissus, ou en exerçant sur les membres des tractions , une pression énergique, etc.

Anesthcsie profonde. — Les muscles sont privés de sensibilité aussi bien que la peau ; l'anesthésie occupe toute l'épaisseur du membre qui reste insensible à toutes les excitations extérieures.

Les parties insensibles peuvent avoir perdu ou conservé le mouvement; chez un malade observé par M. Tanquerel la paralysie du mouvement siégeait à la cuisse, et l'anesthésie à la jambe.

Paralysie des organes des sens. — Amaurose. — L'amaurose peut constituer la première et la seule manifestation symptomalique de l'intoxication saturnine (5 fois sur 19), mais plus souvent elle est consécutive (14 sur 19), et se montre pendant le cours de la colique, de l'arlhralgie, de la paralysie du mouvement ou de Tencéphalopathie; dans la majoi ité des cas, cependant, elle est liée à l'affection cérébrale et indistinclement à Tune ou à l'autre de ses fermes. Suivant M. Duplay, elle succéderait le plus .souvent aux accès épileptiformes et au délire (Duplay, De i Amaurose de plomb suite de la colique, in Arch.gén.de méd., t. y, p. 30; 1834).

Jamais l'amaurose saturnine n'a été accompagnée de la paralysie du mouvement ou du sentiment de la face , ni d'aneslhésie des muqueuses oculaire et olfactive.

Lorsque l'amaurose accompagne la colique ou l'arlhralgie, on voit quelquefois ces affections disparaître brusquement ou perdre de leur intensité lorsque la cécité se manifeste. 11 n'en est pas de même pour les paralysies qui survivent presque constamment à l'amaurose.

Ordinairement (14 fois sur 10} l'amaurose n'est annoncée par aucun prodrome .spécial; quelquefoi.s elle est précédée de céphalalgie, de troubles de Tinnervation , ou même de la vision.

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La cécité est complète ou incomplète, mais le plus ordinairement au bout de quelques heures les malades ne peuvent plus distinguer le jour d'avec la nuit. Dans un cas, cependant, la vue n'a été perdue qu'au bout de huit jours. L'amaurose se développe moins rapidement lorsqu'elle est primitive, isolée (Tanquerel, p. 215). Le nombre des récidives de la colique ne paraît pas influer sur la gravité de l'amaurose (Duplay, mém. cité, p. 31).

Dans l'amaurose incomplète, les malades distinguent la lumière des ténèbres; les objets leur apparaissent à travers un nuage épais; la pupille, médiocrement dilatée, est encore un peu contractile.

Dans l'amaurose complète la cécité est entière; la pupille, très-dilatée, resserrée ou irrégulière, est parfaitement immobile ; le regard est fixe, terne. MM. Duplay, Grisolle, Tanquerel, n'ont jamais constaté la turgescence des vaisseaux sanguins de la conjonctive et de la sclérotique avec sentiment de plénitude que Wel- 1er considère comme pathognomonique de l'amaurose saturnine.

L'amaurose est constamment double ; assez souvent cependant la lésion n'existe pas au même degré dans les deux yeux , et alors il existe parfois un léger strabisme.

La surdité a été constatée par M. Tanquerel ; elle succède constamment à Tarthralgie.

Marche, durée, terminaison de la paralysie saturnine. — Dan« les membres. Va paralysie du mouvement suit en général une marche progressive, graduelle et assez lente ; il existe cependant à cet égard des différences notables, car tantôt la paralysie est complète au bout de quelques heures, et tantôt seulement au bout de huit ou quinze jours.

Ordinairement, dans les paralysies générales, la lésion marche de haut en bas et envahit successivement les épaules, les bras, les avant-bras, etc., ou bien les cuisses, les jambes, les pieds, etc. Rarement elle frappe d'emblée un membre tout entier. La paralysie des doigts commence as.sez souvent par le médius et l'annulaire. Les membres inférieurs sont ordinairement paraly.sés avant les supérieurs, et la maladie n'envahit que successivement les membres correspondants.

L'A durée de l'affection varie depuis quelques jours jusqu'à plusieurs années, ou même toute la vie du malade; elle estenrapportavecl'élendue, l'ancienneté de la lésion , l'âge, la constitution , l'état général du sujet, etc.

Lorsque le malade est dans de bonnes conditions, que la maladie n'est ni très-étendue ni très-ancienne, qu'elle existe pour la première fois , la guérison a ordinairement lieu ; elle s'opère lentement, par degrés insensibles, et marche également de haut en bas; cependant les doigts recouvrent assez souvent le mou-

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vement avant les poignets. Dans la paralysie générale des membres supérieurs , la guérison commence par les muscles fléchisseurs, elle s'étend ensuite aux pronaleurs, aux supinateurs, et enfin aux extenseurs. A mesure que les mouvements se rétablissent, l'atrophie disparaît avec une très-grande rapidité. Les paralysies bornées à un seul ou à plusieurs muscles guérissent quelquefois en fort peu de temps. Le printemps favorise singulièrement la guérison.

Lorsque la paralysie est très-ancienne, et que les muscles sont complètement atrophiés, la guérison est très-rare et se fait attendre très-longtemps; souvent la maladie se prolonge autant que la vie du sujet.

La paralysie des membres ne produit point la mort par elle-même; celle-ci est toujours due à une complication.

Tout ce que nous venons de dire est applicable à la paralysie de l'appareil vocal.

La paralysie des muscles intercostaux peut devenir en peu de temps une cause de mort.

La paralysie du sentiment a une marche trèsrapide; elle atteint son summum d'intensité en un seul jour ou en quelques heures; elle est mobile, change de place et d'étendue d'un moment à l'autre, disparaît subitement pour reparaître bientôt après. L'anesthésie profonde est toutefois moins mobile que l'anesthésie cutanée. Dans l'anesthésie profonde , la peau et les tissus sous-jacents paraissent recouvrer leur sensibihté simultanément; quelquefois cependant le retour de la sensibilité s'opère en dernier lieu dans la peau.

La durée de la maladie dépasse rarement huit à quinze jours.

Vamaurose dure de quelques heures à quelques jours : le terme moyen est de quatre à six jours. Ordinairement la guérison s'opère brusquement; quelquefois cependant elle a lieu graduellement, et alors la maladie peut se prolonger pendant un mois ou même davantage.

«Nous n'avons jamais vu d'amaurose saturnine ne pas guérir complètement,» dit M. Tanquerel.

Diagnostic. — Pronostic. — Le diagnostic de la paralysie du mouvement est ordinairement facile. Les circonstances étiologiques , les symptômes concomitants, la circonscription de la lésion, son siège dans les muscles extenseurs, l'absence d'une affection de l'encéphale ou de la moelle, rendent l'erreur presque impossible.

11 est cependant quelques cas exceptionnels dans lesquels le diagnostic ne peut reposer que sur l'appréciation des causes de la maladie. C'est ainsi que M. Tanquerel rapporte l'observation d'un tailleur qui, ayant été se coucher sur l'herbe, à l'ombre , pendant six heures, s'aperçut à son réveil qu'il ne pouvait plus étendre le poignet et les doigts ; la paralysie était

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entièrement semblable à celle que produit le plomb, et était accompagnée d'aneslhésie (Tanquerel , loc. cit., p. 70).

Vanesthésie saturnine se fait reconnaître aux mêmes caractères que la paralysie du mouvement; sa marche présente , de plus, des circonstances presque pathognomoniques.

On a dit que ïamaurose saturnine peut être reconnue uniquement par ses symptômes : les mouvements de l'iris sont incomplets, la pupille est inégalement dilatée ou resserrée, le fond de l'œil est noir, il n'existe point de douleur, point de complication; la maladie est toujours double , elle a une durée trèscourte , guérit constamment et le plus souvent tout à coup ; ces caractères ont certainement quelque valeur, mais il faut avouer que le diagnostic repose surtout sur la coïncidence de l'amaurose avec l'une des formes de l'intoxication saturnine.

ht pronostic de la paralysie saturnine est toujours grave, mais il l'est d'autant plus que l'affection est plus ancienne, plus étendue, qu'elle a récidivé un plus grand nombre de fois, que le sujet est plus âgé, d'une constitution plus détériorée.

Lorsque l'affection est bornée à un ou à quelques muscles, la guérison a toujours lieu, mais il n'en est plus de même lorsque la paralysie est générale ; il faut se rappeler toutefois que la paralysie ne compromet point la vie par elle-même, la paralysie des muscles intercostaux exceptée, laquelle est constamment et promptement mortelle.

L'aphonie et l'amaurose n'ajoutent rien à la gravité du pronostic.

5*^ Arthr\lgie. — Hyperesthésie, rhumatisme métallique, rachialgie saturnine.

Définition. — L'arlhralgie saturnine est une affection de nature névralgique, caractérisée par des douleurs vives, sans rougeur ni gonflement, ne suivant point le trajet des nerfs, rémittentes, diminuées par la pression, accompagnées de divers troubles de la motililé, et pouvant occuper le tronc et la plupart des organes de la vie de relation (Tanquerel, ouvr. cité, t. I, p. 493).

Vanatomie pathologique n'a fourni que des lésultats négatifs; aucune altération n'a pu être constatée ni dans les centres ni dans les rameaux nerveux.

Symptomatologie — Prodromes. — Les symptômes de l'intoxication primitive précèdent pre.«;que toujours l'arthralgie; celle-ci est annoncée le plus souvent par de l'engourdissement, de la lassitude; quelquefois elle se montre brusquement et parvient rapidement à son degré le plus (ilevé.

L'état prodromique dure ordinairement quelques jours , mais il peut se prolonger pendant plusieurs mois.

Symptômes. — Les douleurs qui caractérisent

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l'arlhralgie se mauifesleot fiéquemnient pendant la nuit ; elles peuvent occuper toutes les régions du corps , mais elles affecleut cependant une prédilection marquée pour certaines parties.

Sur 755 faits recueillis par M. Tanquerel , les douleurs ont occupé :

485 fois les membres inférieurs, S8 fois les membres supérieurs, 1 8 fois les lombes ,

5 fois les parois thoraciques,

4 fois le dos ou le cou ,

8 fois la tête , 108 fois les membres supérieurs et inférieurs,

35 fois les membres et le tronc,

9 fois les membres, le tronc et la tête.

Sur les 152 cas où les douleurs occupaient simultanément plusieurs parties, elles ont été plus vives dans les membres inférieurs que partout ailleurs, 76 fois.

Les douleurs offrent de nombreuses variétés dans leur nature, leur intensité, leur type, leur étendue, leur marche.

La douleur est dilacéranle, contusive, perforante, lancinante, brûlante, ou composée d'élancements brusques et rapides comme des secousses électriques ; quelques malades n'éprouvent que du picotement, de l'engourdissement, un sentiment de fatigue, de brisement, de constriction , de frémissement , de fourmillement, de morsure, etc.

Tantôt il n'existe qu'un simple malaise, une sensation incommode; tantôt les douleurs sont atroces; entre ces deux points extrêmes on observe une foule de nuances. Sur les 755 malades de M. Tanquerel , le quart éprouvait des douleurs violentes, la moitié eu ressentait de modérées, et le dernier quart n'en avait que de légères.

La douleur est rémittente; les accès sont irréguliers , séparés les uns des autres par un intervalle qui varie de quelques minutes à quelques heures; souvent ils sont déterminés par un mouvement, l'impression du froid, etc. Ordinairement ils ont lieu pendant la nuit ; leur durée ne dépasse guère quelques minutes.

La pression diminue fréquemment Tintensilé de la douleur; quelquefois elle ne la modifie point; plus rarement elle l'augmente; certains malades redoutent la chaleur, d'autres la recherchent.

La douleur n'est accompagnée ni de chaleur, ni de rougeur, ni de gonflement; tantôt elle se fait sentir dans toute la profondeur de la partie qu'elle occupe : la pciu, les muscles, les os; tantôt elle est superficielle et semble avoir exclusivement son siège dans la peau ; jamais elle ne suit exactement la distribution analomique d'un nerf.

L'arlhralgic saturnine donne lieu à quelques trou-

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bles fonctionnels qui varient suivant le siège de la maladie.

Dans les membres inférieurs , les douleurs sont souvent accompagnées de crampes , de contractions spasmodiques très-douloureuses se renouvelant pour la moindre cause, et pendant lesquelles les membres sont fléchis dans leurs diverses articulations, et les mouvements incomplets, irréguliers; quelquefois oq constate pendant le paroxysme une rigidité comme tétanique.

Dans les membres supérieurs , les crampes sont ordinairement moins fortes, et il est rare que les articulations soient fléchies.

Quelquefois la douleur ne se fait sentir que dans plusieurs points circonscrits d'un membre, et elle n'a pas les mêmes caractères partout.

Tantôt les douleurs sont plus vives au niveau des articulations, tantôt c'est le contraire qui a lieu.

En général, les douleurs des membres se font surtout sentir dans le sens de la flexion: ainsi elles occupent l'aine, le jarret, le mollet , la plante du pied , l'aisselle, la partie antérieure du bras, le pli du coude, la face antérieure de l'avant-bras et la paume de la main; elles siègent plus fréquemment dans les articulations, et surtout dans les grandes.

Dans les trois quarts des cas, suivant M. Tanquerel, la maladie occupe simultanément , mais à des degrés différents, les deux membres congénères.

La douleur peut occuper le dos et les lombes (rachialgie saturnine); les malades ne peuvent alors ni se baisser ni exécuter aucun mouvement avec le tronc. L'arthralgie du cou est accompagnée de torticolis; celle des parois thoraciques détermine une gêne plus ou moins considérable dans la respiration ; le malade , dans la crainte d'exaspérer la douleur, dilate le moins possible sa poitrine. «Peut-être, dit M. Tanquerel, devrait-on rapporter ces accès de dyspnée simulant une angine de poitrine, que l'on observe quelquefois, plutôt à l'arthralgie thoracique qu'à la colique de plomb. » L'arthralgie peut occuper le cuir chevelu ou la face. Dans ce dernier cas, les contractions spasmodiques qui agitent les muscles produisent des grimaces semblables à celles que Ton observe dans certains tics douloureux. La sécrétion du mucus nasal se supprime, et M. Tanquerel a vu une fois l'olalgie accompagner l'arthralgie faciale.

Lorsque l'affection est très-violente , le sommeil est interrompu ou supprimé, mais toutes les fonctions de l'économie s'accomplissent régulièrement ; cependant le pouls peut être dur, lent, vibrant, et même irrégulier.

Marche, durée, terminaison. — La marche de l'arthralgie est ordinairement irrégulière; dans quelques cas la maladie , après avoir graduellement atteint son maximum d'intensité, décroît de la même

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manière ; mais le plus fréquemment elle revient par accès brusques dans lesquels, sans cause appréciable, les douleurs changent de siège , de nature , de violence , etc.; quelquefois ces accès alternent avec ceux de la colique de plomb.

Ce matin l'arthralgie est violente, dit M. Tanquerel; ce soir, demain , elle sera modérée ou légère... Lorsque toute l'étendue d'un membre est le siège de la douleur , d'un moment à l'autre celle-ci disparaît dans une des parties du membre, de sorte qu'il n'existe plus que deux portions endolories séparées par un espace intermédiaire entièrement sain... La transition de la période d'augmentou d'état à la période de déclin s'effectue en général avec rapidité, brusquement ; du jour au lendemain . du matin au soir, la maladie cesse complètement ou presque complètement; mais dans d'autres cas, la période de déclin est longue et caractérisée par des douleurs peu intenses, mais rebelles, et ne disparaissant que lentement et difficilement... Il n'est pas rare, au moment où les accidents semblent toucher à leur fin , de les voir reparaître avec toute leur intensité.

La durée varie de quelques jours à plusieurs mois. L'arthralgie n'est jamais, par elle-même , une cause de mort.

Diagnostic ^ pronostic. — L'absence de rougeur, de chaleur, de gonflement, de fièvre, ne permet pas de confondre l'arthralgie avec le rhumatisme aigu; il existe, d'ailleurs, d'autres signes différentiels qui séparent également l'affection saturnine du rhumatisme chronique : le début, la marche de la maladie; le caractère de la douleur qui , loin d'être exaspérée par la pression, est souvent diminuée; son siège, qui se montre dans le sens de la flexion.

11 serait plus difficile, si l'on ne tenait point compte des accidents saturnins concomitants, de distinguer l'arthralgie d'une simple névralgie. '(Dans l'affection saturnine, dit M. Tanquerel, la douleur occupe des surfaces assez étendues, elle ne se propage point dans une direction prévue, en rapport avec la distribution anatomique d'un nerf; elle avoisine surtout les articulations, elle disparaît partiellement» (loc. cit., p. 519).

Ces distinctions ne sont point parfaitement établies; l'arthralgie n'est en définitive qu'une névrose douloureuse spécifique, c'est-à-dire une névralgie; il serait nécessaire de rechercher si elle ne présente pas les points douloureux circonscrits qui constituent l'un des principaux caractères des névralgies (voy. le Compendium de médecine, t. vi , p. 176).

Le pronostic n'est jamais grave.

6^ Colique de plomb. Voyez le Compendium de médecine , t. ii, p. 409.

7" Cachexie saturfiinb. — Nous désignons sous

ce nom un état morbide général, qui se montre assez souvent chez les sujets qui ont éprouvé à plusieurs reprises des accidents saturnins plus ou moins graves, et qui continuent à subir l'action délétère du plomb. Par opposition au nom à! empoisonnement chro- Tiique primitifs on pourrait appeler la cachexie saturnine empoisonnement chronique consécutif; mais nous devons dire que la cachexie se montre quelquefois primitivement, avant toute maladie saturnine localisée, et que chez certains individus elle apparaît après une durée de travail assez courte; nous devons ajouter également qu'il n'existe pas de rapport constant entre le degré delà cachexie et l'intensité de l'affection saturnine localisée, que celle-ci soit primitive ou consécutive.

La cachexie saturnine est caractérisée par des symptômes de deux ordres : les uns, directement produits par l'introduction du plomb dans le sang, sont ceux de l'empoisonnement primitif; les autres, qui se rattachent moins immédiatement à l'intoxication saturnine, sont ceux de l'anémie, et ces derniers peuvent être considérés comme propres à la cachexie, car M. Tanquerel assure ne les avoir jamais observés dans l'empoisonnement primitif (ouvrage cité, t. i,p. 18).

On retrouve dans la cachexie saturnine la coloration des dents et des gencives que nous avons décrite, l'état fongueux de ces dernières, la fétidité de l'haleine, la coloration plombique de la peau, l'amaigrissement, et tous ces symptômes se présentent avec leur plus haut degré d'intensité. La coloration plombique est des plus prononcées ; la peau , dans toute son étendue, est d'un jaune pâle, elle est terreuse, sèche, aride; l'amaigrissement est considérable et va souvent jusqu'à Témaciation.

Les symptômes de l'anémie sont caractérisés par la pâleur des tissus, la petitesse, l'irrégularité du pouls, les bruits anormaux des artères, etc. « Lorsque Tinfluence du plomb a longtemps agi sur l'homme, dit M. Andral , il peut en résulter la production d'un état cachectique dans lequel les globules du sang subissent une diminution aussi grande que dans l'anémie toute spontanée; et, comme dans celle-ci , la fibrine et les autres éléments du sang conservent leur quantité normale. Cet effet de l'intoxication saturnine répétée ou prolongée est très-remarquable » (Essai d'hématologie pathologique, p. ô2 ; Paris, 18 43). Dans un cas où la cachexie saturnine constituait seule la maladie, il n'y avait que 83,8 en globules, et cependant l'individu .se nourrissait bien (Andral et Gavarret, /Recherches sur les modifications de proportion de quelques principes du sang, etc., p. 85 et 86; Paris. 1840).

Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet , puisqu'en définitive la cachexie saturnine n'est

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autre chose qu'une anémie accompagnée des phénomènes qui caractérisent Tempoisonnement saturnin primitif.

DE l'empoisonnement SATURNIN CHRONIQlsE EN GÉNÉKiL.

Après avoir décrit séparément les différents accidents que peut déterminer l'introduction du plomb dans l'économie, il est indispensable démontrer que ces accidents ne sont tous que des effets d'une même altération générale, qu'ils se lient tous les uns aux autres , qu'ils se manifestent sous l'influence d'un même ordre de causes, qu'ils réclament un même traitement général. Ce n'est que par l'étude synthétique des affections saturnines localisées que l'on peut se former une idée juste et philosophique de l'intoxication par le plomb.

altérations anatomîques. — Nous avons montré , dans les divers paragraphes précédents , que les solides ne présentent point d'altération que l'on puisse rattacher d'une manière certaine à l'action du plomb sur l'économie. L'intoxication saturnine , quelle que soit la forme symptomatique qu'elle revête, est essentiellement constituée par la pénétration de particules plombiques dans le torrent circulatoire , et l'analyse a pu démontrer la présence de celles-ci dans le sang; mais nous n'en savons point davantage quant à l'anatomie pathologique. Ajoutons, cependant, que dans le degré le plus élevé de l'empoisonnement saturnin le sang présente une modification entièrement semblable à celle que l'on rencontre dans l'anémie spontanée , c'est-à-dire une diminution plus ou moins considérable du chiffre des globules.

Sjrmptômes. — En se plaçant au point de vue le plus général , on peut dire que tantôt l'altération du sang produite par l'intoxication saturnine ne détermine point de trouble dans les fonctions de la circulation et de l'hématose, mais qu'elle réagit sur les systèmes nerveux encéphalo-rachidien (encéphalopalhie, épilepsie, arthralgie, paralysie) et trisplanchnique ( colique), et donne lieu à de véritables névroses , seules manifestations symptomatiques de l'intoxication (voyez Colique de plomb, t. ii,p. 429 et suiv.); que d'autres fois, aux phénomènes nerveux viennent se joindre des symptômes qui traduisent Taltéralion du liquide et indiquent soit la présence des particules plombiques (coloration plombique des dents, des gencives, de la peau, etc.), soit une modification plus profonde : la diminution des globules sanguins (symptômes d'anémie).

Voyons maintenant dans quels rapports sont entre eux ces deux ordres de phénomènes et les différentes formes delà névrose saturnine.

Les symptômes qui annoncent la présence de particules plombiques dans le sang (empoisonnement

primitif) se montrent ordinairement en premier lieu, quelle que soit la forme de l'affection nerveuse qui doit survenir plus tard, et on les observe surtout chez les sujets qui sont plongés dans une atmosphère trèschargée de molécules saturnines ; ils ne sont ni aussi fréquents, ni aussi caractérisés, ni aussi complets chez les ouvriers qui sont moins exposés à l'influence toxique , et ils n'apparaissent jamais chez les individus qui manient le plomb à l'état fixe.

La règle que nous venons d'établir comporte toutefois d'assez nombreuses exceptions; ainsi chez les cérusiers, chez les fabricants de minium, de litharge, il n'est pas rare de voir une première colique se développer au bout de quelques jours seulement de travail, en l'absence de tout symptôme général, tandis que la coloration des gencives et de la peau ne se montre qu'après plusieurs récidives de colique; d'un autre côté, l'empoisonnement primitif peut apparaître après plusieurs années de travail chez des peintres en bâtiments , des fondeurs en caractère , etc., et n'être suivi de la colique qu'au bout d'un temps quelquefois assez long.

Il résulte de ce qui précède que M. Tanquerel a eu tort d'appeler empoisonnement primitif V ensemble des symptômes qui décèlent la présence du plomb dans le sang, puisque ces symptômes peuvent n'apparaître que consécutivement à une affection saturnine localisée.

L'empoisonnement primitif précède très-souvent la colique; il s'est montré 1185 fois sur 1217 cas de colique observés par M. Tanquerel (ouvr. cité, 1. 1, p. 190). Lorsque l'on rencontre tous les symptômes qui le caractérisent, on peut prédire, presque avec certitude, le développement prochain de l'affection abdominale; la coloration morbide de la peau et la saveur sucrée ne se montrent souvent que quelques jours avant la colique.

L'empoisonnement primitif précède ordinairement aussi l'arthralgie; il s'est montré dans tous les cas d'anesthésie observés par M. Tanquerel ( t. ii , p. 206).

Les affections saturnines localisées sont unies entre elles par des liens qui sont loin d'être toujours les mêmes , mais qui présentent, toutefois, quelques circonstances qu'on peut considérer comme appartenant à une règle générale.

La colique est la forme la plus fréquente : elle existe 12 fois sur 14 cas d'intoxication saturnine, et voici quels sont les rapports qu'à pu établir M. Tanquerel entre elle et les autres maladies plombiques.

M. Tanquerel assure que la colique se montre assez rarement seule , isolée de toute autre affection saturnine; il résulterait cependant des chiffres produits par ce médecin qu'il en a été ainsi 61 3 fois sur 1217 cas (t. I, p. 243).

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Sur les 604 cas de colique compliquée, raffection abdominale a été unie 525 fois à l'arthralgie , 44 fois à la paralysie , et 35 fois à l'encéphalopatie.

Dans les cas compliqués,la colique se montre avant, après ou en même temps qu'une autre affection saturnine. Sur les 525 cas cités plus haut , elle a précédé 205 fois l'arthralgie, a été précédée par celle-ci 152 fois, et les deux affections se sont développées simultanément 128 fois.

Sur les 35 cas de colique et d'encéphalopathie , 2 fois seulement l'affection cérébrale s'est montrée avant la maladie abdominale.

L'arthralgie est la forme que l'on rencontre le plus fréquemment après la colique; sur 14 malades elle existe 8 fois; M. Tanquerel l'a observée 755 fois, et il l'a vue 201 fois constituer à elle seule toute la maladie; surles 554 cas compliqués, elles'est montrée ia première 215 fois, a été précédée de la colique 205 fois,de la paralysie 5 fois, et de l'encéphalopalhie 1 fois.

La paralysie se montre 2 fois sur 1 4 malades ; M. Tanquerel l'a observée 102 fois; sur ce nombre, elle a été associée 63 fois à la colique , 8 fois à l'encéphalopalhie, 8 fois à l'arthralgie; 39 fois elle a été l'unique accident déterminé par le plomb.

Lorsque la paralysie est unie à une autre affection saturnine elle est presque toujours secondaire ; l'encéphalopathie et l'arthralgie l'ont constamment précédée; la coHque s'est montrée avant elle 60 fois sur 63.

Il existe entre la paralysie et la colique un rapport fort singulier qui établit que la paralysie secondaire se développe d'autant plus fréquemment que le nombre des coliques antérieures est moins considérable.

Sur 88 malades ayant été atteints de colique avant d'être affectés de paralysie, on a compté (Tanquerel, t..i, p.21):

25 malades ayant eu 1 colique,

15 — — 2 coliques,

L'encépljalopalhie , en y comprenant l'épilepsie, ne se montre que 1 fois sur 14 malades. M. Tanquerel en a observé 72 cas; sur ce nombre, 0 fois l'af-

fection cérébrale a été isolée. La colique et l'arthralgie la précèdent souvent; la paralysie apparaît avant elle 1 fois sur 4.

Après avoir établi ces rapports qui nous ont été fournis par les recherches de- M. Tanquerel , nous devons ajouter que le développement des affections secondaires de l'intoxication saturnine n'est point en rapport avec l'intensité de l'affection primitive; que la nature de celle-ci ne fournit aucune donnée quant à la forme que présentera l'affection qui doit suivre, et que la fréquence relative des différentes formes de la maladie varie suivant des conditions individuelles qu'il n'a pas encore été possible de déterminer.

On ne peut rien établir de général quant à la marche j à la durée ^ à la terminaison de l'intoxication saturnine; il faut tenir compte de l'âge, de la constitution du sujet, de la forme de la maladie, des récidives, des causes, etc. Tel individu est atteint vingt ou trente fois pendant sa vie de la cohque de plomb , sans que sa santé en éprouve une altération profonde ; tel autre tombe dans la cachexie saturnine dès la première affection plombique qu'il ressent; celui-ci résiste à plusieurs récidives d'encéphalopathie, de paralysie; celui-là succombe à une première attaque d'épilepsie ou de coma.

Le diagnostic, quelle que soit la forme sous laquelle se présente l'intoxication saturnine, repose principalement sur la connaissance de la profession exercée par le malade ; nous avons dit, toutefois, que la présence du plomb dans le sang se décèle presque constamment par des phénomènes qu'on peut considérer comme pathognomoniques ( voy. Empoisonnement primitif)', nous avons montré aussi que la colique et la paralysie saturnines ont, abstraction faite de l'appréciation des causes et des symptômes de l'altération du sang, un caractère propre qui permet ordinairement de les reconnaître ; il n'en est pas de même pour l'encéphalopalhie et pour l'arthralgie, dont le diagnostic repose presque exclusivement sur la connaissance des causes et sur la coexistence d'une autre affection saturnine.

Le pronostic est souvent incertain; il est facile de le comprendre d'après ce que nous avons dit plus haut. Toutes choses égales d'ailleurs , l'aithralgie est la forme la plus favorable ; la colique est également une affection peu dangereuse; la paralysie vient ensuite, car si elle ne compromet que rarement la vie par elle-même, elle a souvent une durée et des conséquences très-fâcheuses ; rencéphalopathie est toujours redoutable , et la mort termine piesque constamment l'épilepsie saturnine. Mais si l'on envisage Tinioxication saturnine d'un point de vue plus général, il devient très-difficile, un malade étant donné, de se prononcer sur l'issue de l'affection. Il arrive souvent qu'ua individu qui a été soumis à une inHucnœ

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toxique très-énergique guérit après avoir présenté d'emblée des accidents très-graves, tandis qu'un autre, qui n'a absorbé qu'une petite quantité de poison, succombe tout à coup, pendant la convalescence d'une colique très-légère.

Étiologic. — Les causes de l'intoxication saturnine sont celles que nous avons étudiées en faisant l'histoire de la colique de plomb (voy. t. u, p. 418). Nous n'aurons par conséquent, ici, qu'à rechercher s'il existe une relation particulière entre la nature des causes et la forme de la maladie saturnine produite.

L'âge, le régime j les saisons, exercent une influence semblable sur le développement de toutes les formes de l'intoxication saturnine. La colique comme l'arthralgie , la paralysie comme l'encéphalopathie , se montrent surtout chez les individus âgés de vingt à cinquante ans, et principalement de trente à quarante ans; elles sont plus fréquentes pendant la saison chaude (juin, juillet et août), et sont favorisées par l'intempérance, les excès de vin ou de coït. Les expériences de M. Mialhe tendent à établir que , toutes choses égales d'ailleurs , les grands mangeurs de sel marin sont plus exposés aux accidents produits par l'ingestion des préparations saturnines (Mialhe , loc. cit., p. U).

Exisle-t-il un rapport entre le composé plombique et la forme de la maladie saturnine? Rien ne le prouve. Les cérusiers, les peintres en bâtiments et les fabricants de minium se classent de la même manière dans la colique , l'arthralgie, la paralysie et l'encéphalopathie ; ainsi nous trouvons ;

j Cérusiers ,

Colique ) Peintres en bâtiments.

( Fabricants de minium.

Î Cérusiers , Peintres en bâtiments.

Fabricants de minium,

/ Cérusiers

Paralysie ' Peintres en bâtiments.

(Fabricants de minium.

( Cérusiers

Encéphalopathie . '.Peintres en bâtiments. Fabricants de minium.

Tout au plus pourrait-on conclure de ces tableaux que le minium donne plus fréquemment naissance à l'arthralgie qu'à toute autre forme d'intoxication saturnine (Tanquerel, t. 1, p. 499); mais on voit que, contrairement à l'assertion qui a été émise par quelques auieurs, ce composé n'est point une cause spéciale d'encéphalopalhie.

Pour toutes les formes de l'intoxication saturnine, 1° la cause la plus énergique est la présence de poussières plombiques répandues dans l'atmosphère et introduites dans l'économie par la double voie des or-

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ganes digestifs et des organes respiratoires; 2" sui" vant M. Tanquerel, il n'existe pas de fait qui démontre, d'une manière certaine, que le plomb peut être introduit dans l'économie par l'absorption cutanée, la peau étant recouverte de son épiderme; 3° la céruse est la préparation plombique dont l'influence est la plus active; 4° // est très-probable, ainsi que l'assure M. Gendrin, que les peintures plombiques n'exercent une influence toxique que lorsque les composés saturnins sont unis à des huiles volatiles, mais il faut prendre garde d'attribuer aux émanations gazeuses plombiques des accidents produits par l'évaporation des essences elles-mêmes (Mialhe, mém, cité, p.7); 5° il n'existe aucun rapport constaté entre le mode de pénétration du plomb dans l'économie et la forme de la maladie saturnine; l'absorption opérée par la peau dépouillée de son épiderme ne paraît point donner naissance plutôt à l'arthralgie ouàl'anesthésiequ'à la colique ou à l'encéphalopathie; 6^ le temps pendant lequel les individus restent exposés à l'action de l'agent toxique n'exerce pas une influence appréciable sur la forme de la maladie, ou même sur le développement de l'intoxication con.sidérée en général; M. Tanquerel pense, cependant, que certaines formes se développent plutôt après une courte qu'après une longue durée du travail ; mais les tableaux suivants que nous empruntons à l'ouvrage de cet auteur ne nous sem> blent pas suffisamment justifier cette opinion.

Durée du travail.

de 8 jours à 1 mois. . . 9

45 jours à 1 an. . . . 13

18 mois 10

2 ans 4

3 ans 8

Paralysie / 4 ans 6

6 ans 6

7 ans 4

10 ans 10

1 1 à 18 ans 18

20 ans 6

l 22 à 52 ans 8

de 8 à 30 jours 10

1 à 9 mois 34

1 à 6 ans 15

8 à 52 ans 13

cas

Encéphalopathie.

Traitement— Prophylaxie. — Nous n'avons que peu de mots à ajouter aux paroles que nous avons écrites à propos de la colique de plomb (voy. t. ii , p. 422).

Depuis la publication de notre article, l'observation a de plus en plus démontré l'inefficacité de l'acide sulfurique préconisé par M. Gendrin, et les recherches chimiques de M. Mialhe tendent également vers cette infirmation : «Si mes expériences sont exactes, dit cet observateur habile , il est constant que tous les

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sels de plomb, et le sulfate lui-même , sont transformés, en tout ou partie , en chlorure par les chlorures alcalins contenus dans les liquides de l'économie animale, et dès-lors la spécificité de l'acide sulfurique devient pour le moins très-douteuse» (mémoire cité, p. 9).

Suivant M. Mialhe (loc. cit., p. 1 1) , les moyens prophylactiques qu'on doit placer en première ligne sont : 1° l'administralion de boissons hydiosulfureuses à l'intérieur ; 2"" des lotions fréquentes à Textérieur avec une préparation sulfureuse; 3^ l'abstension, aussi rigoureuse que possible, de l'usage du sel de cuisine.

M. Tanquerel (ouvr. cité, t. ii, p. 481 et suiv.) a indiqué avec le plus grand soin les moyens prophylactiques généraux, et ceux qui sont particuliers à chacune des professions qui peuvent donner lieu à Fintoxication saturnine; nous ne le suivrons point dans des détails qui appartiennent plus spécialement à l'hygiène publique, et nous renvoyons à son ouvrage, ainsi qu'à un mémoire de M. Chevallier {Recherches sur les causes de la maladie dite colique de plomb, in Ann. d'hygiène, t. xv, p. 5-67; 1836), et à un rapport adressé par ce chimiste et par M. Adelon au préfet de police, au nom du conseil de salubrité publique {Rapport sur les maladies que contractent les ouvriers qui travaillent dans les/abriques de céruse, in Annales d'hjgiéne, t. xix , p. 5-37; 1838; — voyez aussi notre article Goliqle de plomb).

Traitement curatij. — Le traitement de la colique de [»Iomb doit être appliqué à toutes les formes de l'intoxication saturnine; nous ne reviendrons pas sur des questions que nous avons déjà traitées (voy. t. II , p. 424), et nous nous contenterons de répéter que la médication généralement employée aujourd'hui est celle qui consiste dans l'administration des purgatifs drastiques, et spécialement de l'huile de croton tiglium, dont les bons effets ont été constatés par MM. Kinglake, Andral, Rayer, Tanquerel et la plupart des praticiens. M. Gruveilhier prescrit souvent la gomme-gutte , la coloquinte , ou tout autre drastique d'une grande énergie.

MM. Nat. Guillot et Melsens (Acad. des sciences, séance du 25 mars 1844) disent avoir employé avec grand succès, dans le traitement des affections saturnines, l'iodure de potassium, mais ces médecins ne produisent aucun fait à l'appui de leur assertion, et nous .savons que celle-ci n'a pas été confirmée par M. Gilette, qui a expérimenté sans résultats, à l'Hôtel- Dieu, le médicament préconisé par MM. Guillot et Melsens. Dans tous les cas il faut, suivant la remarque de M. Mialhe, un grand excès d'iodure de potassium pour décomposer le chioro-plombate alcalin.

Dans Yarthralgie saturnine, les bains sulfureux

agissent avec beaucoup d'efficacité, et M. Tanquerel pense qu'il n'est pas nécessaire de leur adjoindre les purgatifs lorsque Tarthralgie n'est point compliquée de colique. Les baios doivent être quotidiens, et il faut que les malades en prennent au moins sept ou huit. Les bains simples , aromatiques ou de vapeurs, n'exercent aucune influence salutaire.

La paralysie saturnine réclame également l'administration des purgatifs , mais la principale indication est d'exciter la contractilité animale des muscles paralysés. A cet effet , on a recours aux moyens que nous avons étudiés en faisant l'histoire de la paralysie (voy. Compendium, t. vi, p. 304), et spécialement aux excitants locaux et généraux, à la strychnine, et enfin à l'électricité.

Les préparations de quinquina , les martiaux , les eaux minérales ferrugineuses et sulfureuses, ont été préconisés , et sont au moins des adjuvants utiles.

La strychnine mérite une mention toute spéciale et constitue l'un des remèdes les plus efficaces que l'on puisse opposer à la paralysie saturnine; elle a été expérimentée avec soin par M. Andral {Clinique médicale, t. Il, p. 237, 3^ édit.). Ce médicament énergique doit être manié avec prudence ; il faut graduer les doses, en commençant par 6 milligrammes, et ne point dépasser 1 0 ou 1 5 centigrammes ; aussitôt que des contractions vives ont lieu, il faut s'arrêter; si, pour une raison quelconque, on est obligé de suspendre le traitement, il faut recommencer par des doses très-faibles ; quelquefois le médicament semble s'accumuler dans l'économie, et Ton voit survenir tout à coup des accidents graves, bien que l'on n'ait pas augmenté la dose.

C'est ordinairement deux à trois heures après l'ingestion de la strychnine que l'action thérapeutique commence à se faire sentir. Un engourdissement particulier, des contractions spasmodiques, se manifestent en différents points, et souvent fort loin des muscles paralysés ; mais bientôt les effets se concentrent dans les parties malades , et celles-ci deviennent le siège presque exclusif des phénomènes, sans toutefois qu'il existe un rapport entre l'action du remède et le degré de la paralysie. Au bout de peu de temps, les contractions spasmodiques prennent tous les caractères d'un véritable tétanos. Les membres thoraciques sont alors dans la flexion et les membres abdominaux dans l'extension ; tant que la convulsion ne dépasse point une certaine limite, elle n'est point douloureuse ; mais si elle la franchit, il se produit des exacerbations trèspénibles caractérisées par des contractions violentes , des espèces de secousses, survenant tout à coup sans cause appréciable, ou bien à l'occasion d'un mouvement. Ces secousses annoncent que le médicament exerce une action favorable. « Jamais, dit M. Tanquerel, aucun avantage marque n'a été obtenu à moins

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que ces phénomènes ne se soient montrés et niaient duré pendant quelque temps, o

Parfois , la strychnine détermine des douleurs lancinantes vives , un point de côté , de la dyspnée , de la céphalalgie , une exaltation considérable de la sensibilité dans les parties malades. « Presque constamment les mâchoires deviennent le siège d'un engourdissement, d'une constriction très-incommodes et souvent très-douloureux; elles viennent quelquefois à se fermer convulsivement : alors ou observe des grincements de dents qui alternent avec le claquement des mâchoires; les dents sont elles-mêmes irès-douleureuses. Une roideur qui met obstacle à toute espèce de mouvement se montre assez souvent à la nuque et à la partie postérieure du cou. Une sorte d'ivresse accompagnée de somnolence s'empare de quelques malades.

Lorsque l'action du médicament est portée trop loin , les malades sont saisis de convulsions extrêmement violentes, la respiration est suspendue, la face devient livide, la connaissance est abolie, et l'asphyxie devient imminente. La mort peut être la suite de ces redoutables attaques (Tanquerel, ouvr. cité, t. ii, p. 94-100).

M. Audral {loc. cit., p. 24 1 ) a expérimenté la brucine ; M. Fouquier a eu beaucoup à se louer de l'extrait alcoolique de noix vomique; mais la strychnine est aujourd'hui généralement préférée à ces médicaments.

Les bains sulfureux exercent , en général, une influence très-salutaire sur la paralysie saturnine; ils doivent contenir 150 à 180 grammes de sulfure de potasse et être prolongés pendant au moins une heure.

Les frictions stimulantes avec l'alcool camphré, l'ammoniaque, l'huile de romarin, la teinture de cantharides, la térébenthine; les douches, les vésicatoires volants appliqués en grand nombre, peuvent être employés avec avantage.

L'électro-puncture ne doit pas être négligée, surtout lorsque la paralysie est bornée à quelques muscles. Sur 1 5 malades traités par cette méthode, 8 ont guéri complètement après un temps qui a varié entre un et trois mois; chez les 7 autres, ou bien il .s'est développé des accidents inflammatoires qui n'ont pas permis de continuer le traitement, ou bien les malades, fatigués de la douleur qu'ils éprouvaient à chaque séance , ont refusé de se soumettre plus longtemps à l'action du courant (Tanquerel, loc. cit., p. 93j.

MM. Lembert et Rayer ont employé la strychnine par la méthode cndermique, et celte médication est préférable à Tadminislration à Tintéiieur, surtout lorsque la paralysie est peu étendue. «Ici, dit M. Tanquerel , les effets du médicament se bornent d'une manière presque absolue à exciter les parties paralysées.»

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Les moyens que nous venons d'indiquer sont éga. lement applicables à la paralysie du mouvement et à l'anesthésie ; M. Tanquerel a vu combattre avec avantage l'amaurose saturnine au moyen de la strychnine par la méthode cndermique et de l'électro-punclure.

Il est une des formes de l'intoxication saturnine dans laquelle la thérapeutique est non-seulement impuissante, mais encore nuisible, à ce qu'il semblerait. «Le meilleur mode de traitement que l'on puisse opposer à Tencéphalopaihie saturnine , dit M. Tanquerel (p. 370), est la méthode expectante dont la diète et les boissons délayantes font la base. »

En effet, des observations assez nombreuses ont montré que l'opium, le sulfate de quinine, la valériane, les purgatifs, les saignées, les révulsifs externes, les affusions froides, n'exercent qu'une action douteuse, sinon défavorable. Sur 34 malades chez lesquels M. Rayer n'a opposé aucun traitement actif à l'affection cérébrale, 33 ont guéri ; tandis que sur 39 malades ayant été soumis à diverses médications 16 ont succombé, sans que chez les 23 autres le traitement ait paru exercer une influence heureuse sur la marche ou l'intensité des phénomènes morbides.

Nature et siège. — L'empoisonnement saturnin aigu n'est quelquefois qu'une affection locale , une phlegmasie gastro-intestinale. En effet , lorsqu'une quantité considérable d'un composé plombique est portée en une seule fois dans l'estomac, elle peut agir comme un véritable escharotique et produire une altération de tissu capable de produire la mort par elle-même, sans qu'aucune partie du poison ait été absorbée.

Il n'en est jamais ainsi dans l'intoxication saturnine chronique; ici le poison est introduit dans le torrent de la circulation et il en résulte une affection générale, une altération du sang qui peut être uniquement caractérisée par la présence de particules plombiques dans le liquide nourricier, mais qui peut aussi présenter, en même temps, une diminution plus ou moins considérable des globules sanguins.

Un effet presque constant de l'altération générale que nous appellerions volontiers la plombohémie est de donner lieu au développement d'une ou de plusieurs névroses qui peuvent également avoir leur siège dans le système nerveux de la vie de relation et dans celui de la vie de nutrition, et affecter isolément ou simultanément l'intelligence, le mouvement et le sentiment.

Nous n'avons plus besoin d'exposer tous les arguments qui démontrent que les affections saturnines localisées doivent être considérées comme de véritables névroses; nous nous sommes expliqués à cet égard ailleurs (voy. Colique de plomb, t. ii, p. 429), et nous avons fait voir dans les différents paragraphes du présent article que l'analomie pathologique ne

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permet point de rapporter ces affections à une altération appréciable du tissu nerveux.

Historique et bibliographie. — Les anciens ont connu les effets toxiques du plomb sur l'économie humaine, mais ils n'ont guère étudié que Tune des formes de l'intoxication saturnine : la colique (voy. t. H, p. 431); c'est tout au plus si Dioscoride et Avicennes indiquent le délire, l'épilepsie et la paralysie plombiques. Ce n'est que dans le xviii^ siècle que les maladies saturnines sont devenues l'objet d'une étude sérieuse, et Ton trouve dans les auteurs qui, à cette époque, ont écrit sur la matière , sinon une description complète, au moins une indication assez satisfaisante de tous les phénomènes morbides que peut produire le plomb.

Stockhusen a parlé des convulsions, de l'épilepsie, de la paralysie comme de symptômes assez fréquents chez les individus atteints de colique saturnine , et il avait déjà remarqué que la paralysie affecte principalement les membres supérieurs et les muscles extenseurs {\0Y.Coinpendium^ t. ii, p. 432).

De Haen {Diss. de colica picionum ; La Haye, 1 745. Ratio mcdendi ; Paris, 1761) énumère parmi les symptômes de la colique de plomb les convulsions, la paralysie du mouvement, l'aphonie, Tamaurose; il dit que la paralysie est complète ou incomplète, qu'elle peut affecter les membres thoraciques seulement ou bien ceux-ci et les membres abdominaux, qu'elle a son siège dans les muscles qui servent à l'extension, etc.

« Posthac multis accidit , praegressis ut plurimum «validis artuum doloribus, paralysis incompleta, vcum perfecta motus abolitione , vel imperfecta , ar- «tuum supernorum solummodo, vel et supernorum f<et infernorum. Quibusdam oborta paralysi , saevus ocolicae dolor remittitur; nonnullis autem omnino «exulat... Incompletam dixi paralysin, quiasensus, «necnon modicus tepor plerumque adsunt, imo ob- «scurior nonnumquam motus superest; licet hic «intègre saepe perierit. Sicontingerit uonnullum suce peresse motum , observalur labes ut plurimum hae- «rere ad extensores digitorum communes, ad supi- «natores, ad pollicum abductores, adductores. Sin «et pedes occuparit paralysis cum superstite tantillo «motu, advertiturpotissimum in musculiscrurumexoteosoribus; ita quidem ut aigri decumbentes varios aquidem motus dexlrorsum, sinistrorsum, sursum- «que, genua movendo , peragant, at extendantaeger- «rime; insistent vero iisdem, lave saltem movere «erecti nequeant; et, ni suffulseris, genuflectant , «natibusque humi concidant. Ubi autem perfecta in «artubus abolilio motus, miserando hercle! specta- «culo, arlus, veluti emortuae partes, trunco hserent» {de Colica pictonum, in liatio medendij in-12, t. II, p. 39-4 lî Paris, 17G1).

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Plusieurs auteurs contemporains nous semblent avoir fait trop bon marché de cette description , à laquelle ils n'ont cependant ajouté que quelques détails.

Astruc ( Ergo morbo ^ colicd picionum dicto ^ venœ sectio in cubito ; Paris, 1752. Collection de thèses de Haller, t. m, p. 259; Venise, 1757) parle des convulsions, du délire furieux , de l'épilepsie , de la paralysie qui peut être complète ou incomplète, occuper les membres inférieurs ou les bras et les mains; il décrit avec détails l'arthralgie, et ne se trompe que sur la nature de la cause qu'il assigne à ce phénomène (collection de thèses, loc. c//.,p. 272 et suiv.).

Dubois a mentionné l'amaurose et la surdité saturnines [Non ergo colicis figulis venœ sectio, in collection de thèses de Haller, t. ni, p. 277).

Segner et Ilsmann {de Colica saiurnina me" tallurgorum ; Gôttingae, 1 752. Collection de thèses de Haller, t. m, p. 293) ont donné une description plus détaillée des convulsions, de la paralysie, de l'amaurose; ils ont indiqué l'ictère saturnin et la cachexie. « La paralysie , disent-ils , peut affecter isolément le mouvement et le sentiment, ou s'étendre à ces deux fonctions. Elle se montre quelquefois primitivement, mais le plus souvent elle succède à la colique et à l'arthralgie (collections de thèses de Haller; toc. cit., p. 306).

Malgré les travaux importants que nous venons de rappeler , M. Mérat ( Traité de la colique métallique ; Paris, 1812) ne consacra que quelques lignes à l'élude des phénomènes saturnins qui s'adjoignent si souvent aux symptômes de la colique de plomb. L'arthralgie, l'ictère, les convulsions, l'épilepsie, l'amaurose, sont à peine indiqués, et seulement comme des complications rares, comme des épiphénomènes qui cèdent aux premiers efforts d'un traitement méthodique (ouvr. cité, p. 48, 49, 78, 79). La paralysie est considérée comme une terminaison de la colique, et comme «une terminaison fort rare et peut-être sans exemple si on a employé à temps le traitement qui convient à la colique» (p. 73).

«La paralysie, disait M. Mérat, affecte presque exclusivement les membres supérieurs : je ne connais même aucun exemple d'une paralysie des extrémités inférieures, et les auteurs ne m'en fournissent pas qui puissent contredire ce que j'avance» (p. 74). On a peine à comprendre une semblable assertion après les paroles si nettes et si précises de de Haen, d'Astruc, etc.

Ce n'est guère que depuis une vingtaine d'années que les différentes formes de l'intoxication saturnine ont été étudiées isoléiiient et avec tout le foin désirable.

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M. Andral a donné une description excellente de l'arthralgie et de la paralysie saturnines ( Clinique médicale ^ t. ii), et postérieurement les lésions de ]a motilité et de la sensibilité furent étudiées par MlU. Tanquerel {Essai sur la paralysie de plomb ou saturnine, thèse de Paris, 1 834 ; — Mémoire sur Vanesthésie saturnine, in l'Expérience, n° 9, 1838) et Duplay {De i'Amaurose suite de la colique de plomb ^ in Archives générales de médecine ^ t. V, p. 5; 1834).

M. Montanceix en 1828 {du Traitement delà colique métallique par l'alun , in Archives générales de médecine, t. xvni, p. 370; 1828), M. Corbin en 1830 {Recherches sur la colique de plomb, in Gazette médicale,^. 288; 1830) publièrent plusieurs observations de colique de plomb compliquée d'accidents cérébraux , mais il ne fixèrent point leur attention sur ces derniers. En 1836, l'encéphalopalhie saturnine a été étudiée d'une manière frès-satisfaisante par MBI. Tanquerel {Journal hebdomadaire, n° d'octobre 1836), Grisolle {Mémoire sur quelques-uns des accidents cérébraux prO' duits parles préparations saturnines, in Journal hebdomadaire , t. iv, p. 309; 1836) et Nivet ( Mémoire pour servir à l'histoire du. délire , des convulsions et de l'épi le psie déterminés par le plomb et ses préparations , in Gazette médicale, p. 753, 1836; p. 17 et 97, 1837) qui publièrent presque simultanément d'excellents travaux que nous avons souvent cités. L'épilepsie saturnine a été l'objet de quelques mémoires spéciaux que nous avons indiqués ailleurs (voy. Épilepsie, t. m, p. 4 1 4).

En 1839, M. Tanquerel a fait paraître un ouvrage que nous avons sans cesse consulté pour la rédaction de notre travail, et qui unit à des recherches bibliographiques très- complètes les résultats fournis à l'auteur par l'observation d'un nombre considérable de faits. M. Tanquerel, mettant à profit les travaux de ses devanciers et ses propres recherches, a tracé la description la plus détaillée que l'on puisse désirer de toutes les formes de l'intoxication saturnine. Le chapitre consacré à la colique fournit à la symptomatologie et à Téliologie des relevés statistiques trèsintéressants; la paralysie est étudiée avec un soin extrême, et poursuivie jusque dans les différents muscles qu'elle peut occuper isolément; le chapitre consacré à Tanesthésie est entièrement original.

Nous adresserons cependant quelques reproches à l'auteur du Traité des maladies de plomb ; nous aurions voulu trouver dans son livre une étude plus générale, plus synihétique de l'intoxication saturnine; il fallait faire ressortir les liens intimes qui unissent entre eux les différents ordres de phénomènes morbides produits par une même cause : l'introduction dîi plomb dans réconomie. M Tanquerel ,

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