‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 3)Chapitre 23 sur 32 · ROS · texte numérisé non relu

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3^ Roseola nnnulata de Willan. — Sur toutes les parties du corps et principalement sur le ventre, au bas des reins , sur les fesses et les cuisses, on voit apparaître des plaques en forme d'anneaux colorés en rose, avec des aires centrales où la peau reste saine; deux, trois ou quatre anneaux s'entourent ainsi réciproquement; les anneaux n'ont d'abord que 1 à 2 lignes de diamètre, mais ils s'agrandissent progressivement en laissant au centre un espace sain qui h quelquefois jusqu'à un demi-pouce de diamètre.

Les taches exanthématiques sont plus animées le matin, mais elles deviennent très-vives le soir ou pendant la nuit, et déterminent de la chaleur, du prurit ou même une douleur assez intense.

Lorsque la maladie est accompagnée d'un mouvement fébrile, elle n'a qu'une durée fort courte; lorsqu'elle est apyrélique, elle passe souvent à l'état chronique et se prolonge pendant un temps indéterminé.

M. Riyer pense que la roséole annulée n'est également qu'une variété d'érythème.

Traitement de la roséole simple. — Des boissons acidulés, des bains tièdes, quelques laxatifs, le repos, sont h?, seuls moyens auxquels il soit nécessaire de recourir; si la maladie revêt le caractère chronique, Bateman conseille d'employer les acides minéraux et les bains de mer.

B. Roséole secondaire, compliquée. — 1° Roseola variolosa de Willan. — Cette éruption se montre une fois sur quinze dans la variole inoculée, le second jour de la fiièvre éruptive; quelquefois elle précède la variole naturelle. C'est en faisant l'histoire de cette dernière affection que nous nous occuperons de la roséole variolique.

2° Roseola febrilis. — Willan et Bateman comprennent sous ce nom des éruptions, de formes et d'apparences diverses, qui accompagnent quelquefois la fièvre miliaire, la fièvre intermittente, les fièvres bilieuses , la fièvre typhoïde , etc.

Bateman dit que l'éruption ressemble à la roseola œsliva , mais que sa couleur se rapproche plus de celle de la rougeole ; plus loin il ajoute qu'il l'a vue sous forme de taches d'une couleur rose brillante, d'une forme ovale irrégulière, en quelque sorte élevées et unies sur leur surface et exemptes de prurit.

3*^ Roseola rhumatica de M. Rayer; pelliosis rhumaiica de Schônlein et de Fuchs. — Bateman, Fuchs [Rail, des sciences médicales de Férussac, t. XVIII, p. 274) , Hemming, Nicholson (London med. gazette, t. ni, p. 546), Cock (The Edinb. med. and surg. journal, t. xxxiii,p. 43), M. Rayer, ont observé cette espèce de roséole ; Fuchs en a donné la description suivante.

Des douleurs plus ou moins vives se manifestent

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dans les articulations et dans les membres ; elles changent de siège, offrent des rémissions, augmentent sous l'inlluence du froid et s'apaisent par la chaleur du lit; en même temps se manifestent des frissons suivis d'une réaction fébrile plus ou moins prononcée avec accélération du pouls et augmentation de la chaleur de la peau qui est sèche; la bouche est pâteuse, la langue est couverte d'un enduit muqueux blanchâtre ou jaunâtre, l'appétit est perdu. Au bout de vingt-quatre ou de quarante-huit heures, apparaît une éruption qui commence toujours par les jambes, ne dépasse quelquefois point les membres abdominaux, et le plus souvent se montre aussi sur les bras, les épaules et le tronc, en respectant constamment la face.

Cette éruption est caractérisée par des taches isolées, arrondies, de la dimension d'un grain de millet ou d'une lentille, d'un rouge foncé, quelquefois violettes ou noirâtres, rarement proéminentes.

Lorsque l'éruption est terminée, la fièvre cesse, et les douleurs articulaires diminuent ou disparaissent.

Au bout de quelques jours les taches exanlhématiques pâlissent et la maladie se termine par une desquamation furfuracée.

Si la marche de l'exanthème est troublée^ soit par l'influence du froid et de Thuraidité, soit par des applications répercussives , les taches disparaissent tout à coup, les douleurs se font sentir plus aiguës que jamais , les articulations se gonflent , les mouvements deviennent douloureux, impossibles, la fièvre se rallume.

Les diaphorétiques , le vin de colchique et le lartre stibié consiituent le traitement le plus efficace de la maladie (Fuchs , loc. cit.).

Nous avons récemment donné des soins à une malade qui présentait exactement tous les phénomènes assignés par Fuchs à la roséole arthritique, si ce n'est que la plupart des taches avaient la dimension d'une pièce de un franc, et qu'il existait du côlé du système nerveux des troubles très-graves; la marche, la terminaison de la maladie, furent telles que les indique le pathologiste allemand ; nous avions cru reconnaîcre, d'abord, un rhumatisme articulaire aigu accompagné d'un érythème; mais l'état des articulalions, le caractère des douleurs, nous amenèrent bientôt à modifier notre diagnoctic, et nous devons avouer qu'aujourd'hui encore nous serions très-embarrassés pour assigner une place, dans les cadres nosographiques, à cette singulière affection.

4" lioscola ckolcrica de M. Kayer. — Cette forme a élé décrite par MM. Duplay [Mcm. sur la roséole consécutive au choléra, in Gazelle de santé, p. 583; 1832), lîabington (Cufancous éruptions in choiera, in Lond. med. gaz.^ [.\,

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p. 578), et Rayer (loc. cit, , p. 238) ; nous l'avons indiquée en faisant l'histoire du-choléra épidémique (voy. le Conipend. de méd., t. ii, p. 256).

ROUGEOLE, s. f.

Dénominations françaises et étrangères. — Rougeole. Fr. — Rosolia, rossole , morùilli , rosette. Ital. — Sarampion. Esp. — Measles. Angl. Mirles. Ecoss. — Masern , Masseln, Masein, Urschlàgj Urspring, Fleken, Kinderjlekcy Rôtheln. Ail. — Mazelen j roode mazelcn. Holl. — Maslinger y rôde hunde. Dan. — Rôd masling. Suéd.

Synonymie suivant les auteurs. — Rubeola^ Sauvages, Linné, Sagar, Cullcn , Darwin, Swediaur, Willan ; morbilU, Sydenham, Morton, Juncker, Vogel , Grichtou, Vinel-, fehris morbillosa, Hoffmann; cauma ruùeola „ Youug ; cxanthesis rubeola j Good ; phœnicismus , Ploucquet ; .v v/zf?cJia morbillosa , Crichton ; rougeole, Alibert, Rayer, Gazenavc et Schedel , Gibert ; dermite morbilieuse, hcmo -dermite morbilleuse , Piorry.

Définition. — La plupart des palhologistes considèrent, encore aujourd'hui, la rougeole comme un exanthème, comme une affection locale de la peau et des muqueuses ; quelques-uns n'y voient qu'une dermite. «La rougeole, disent MM. Guersant et RIache ( Dict. de méd. , t. xxvii, p. 656 ) , est un exanthème caractérisé par de petites taches rouges, et par une affecdon simultanée du système muqueux.» Cette définition, plus ou moins développée, est celle que l'on retrouve dans presque tous les ouvrages de nosographie. Il est manifeste, cependant, qu'elle n'est en rapport ni avec la nature de la maladie, ni avec les doctrines médicales de notre époque.

Nous définirons la rougeole : une maladie générale, une pyrexie, épidén)iquc, spuradique et contagieuse, avec détermination morbide veis la peau et les membranes muqueuses , et spécialeineni caractérisée par des petites taches exanthématiques , isolées, distinctes, semi-lunaires , et par du coryza et de la bronchite.

Divi.Hon. — De nombreuses divisions ont été introduites dans l'histoire de la rougeole ; nous les conserverons parce qu'elles ont une grande importance pratique, mais nous tâcherons de les distribuer plus méthodiquement qu'on ne l'a fait jusqu'à présent. Notre article sera divisé de la manière suivante :

A. Rougeole bénigne j normale, simple, vulgaire ; ordinairement sporadique : a. rougeole régulière ; b. , rougeole sporadique ou épidémique irréguliére.

R. Rougeole anormale ; a. par suite de la prédominance des symptômes cutaués : rougeole sans

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catarrhe ; ruheola spuria ; b. par suite de la prédominance des symptômes muqueux: rougeole sans exanthème , fehris morhillosn.

G. Rougeole maligne , ordinairement épidémique et compliquée : a. d'une lésion locale; b. d'une lésion générale.

Comme variétés nous indiquerons la maladie décrite par les auteurs allemands sous le nom de Eôtheln.

Altérations anatomiques. — Les lésions qui appartiennent à la rougeole sont peu connues; il ne saurait en être autrement puisque la rougeole simple, normale, ne se termine que Irès-rarement par la mort, et que dans les rougeoles anormales ou malignes les altérations se rattachent à des complications. On sait d'ailleurs combien de difficultés présente l'élude anatomo-pathologique des liquides, et combien sont insuffisantes les notions que possède la science à cet égard.

Vogel a placé le siège des taches exanthématiques dans l'épiderme ;mais on admet, aujourd'hui, que ces taches sont constituées par une injection des vaisseaux qui se distribuent dans les couches profondes du corps muqueux.

« L'aspect des rougeurs, disent MM. Rilliet et Barthez ( Traité clinique et pratique des maladies des enfants, t. ii , p. 711; Paris, 1843), l'absence de la douleur locale, indiquent que l'affection est superficielle, et que le chorion ne participe en rien à l'inflammation ; le gonflement et la forme des taches semblent prouver que l'hyperémie sanguine se fait dans un tissu susceptible d'augmenter de volume et de limiter cette congestion; en outre, la rareté de la desquamation et des infiltrations consécutives semble, aussi bien que l'aspect de l'éruption , exclure l'idée que la maladie siège dans le réseau lymphatique. De cette sorte il est probable que l'inflammation réside dans le reseau vasculaire de la peau.»

Dans la bouche, le pharynx , les voies respiratoires et digestives, on rencontre quelquefois des rougeurs qui semblent également avoir leur siège dans le corps muqueux des membranes qui tapissent ces cavités.

Lieutaud et plusieurs pathologistes allemands assurent avoir rencontré des taches exanthématiques sur les viscères, et principalement sur les poumons , le foie, la rate et les reins; les recherches plus rigoureuses des ob.<iervateurs modernes n'ont point justifié cette a.ssertion , cl il est probable que des ecchymoses, des pétéchics , avaient été prises pour des tache.s exanihématiques.

Jahn, Ei.^enmann, prctcudcnt que les muqueuses sont le siège d'un ènaulhcme entièrement semblablcà l'exanthème qui occujjc la peau; Jahn et Sclion-

lein vont jusqu'à dire que Ténanthème peut s'étendre aux membranes du cerveau et à la tunique interne des vaisseaux sanguins. Mais ces auteurs n'ont pas produit de preuves anatomiques satisfaisantes à l'appui de leurs assertions ( voy. Exantdèmr , Conipendium, t. iH, p. 568 , 569 ) ; le docteur Helfft a également soutenu cette doctrine, mais il ne Ta établie que sur des phénomènes symploraatiques que nous ferons connaître plus loin.

Chez deux malades morts en l'absence de toute complication importante, MM. Rilliet et Barthez ont trouvé un ramollissement et une coloration rouge vineuse de tous les organes; le sang ne s'était pris nulle part en caillots; il était d'un rouge vineux et semblait avoir imbibé et pénétré tous les tissus ( loc. cit.). Presque constamment il existe un état de congestion plus ou moins caractérisé de tous les organes, et spécialement de la rate.

Les glandes de Brunner et de Peyer présentent parfois un développement analogue, quoique moins considérable, à celui que l'on rencontre dans la scarlatine et la variole.

MM. Andral et Gavarret ont examiné le sang chez sept malades affectés de rougeole et dans neuf saignées: constamment la fibrine s'est maintenue dans les limites de la quantité normale ou un peu audessous (3, 6- 2, 6); jamais, à moins d'une complication inflammatoire , il n'a existé de couenne ; dans quatre cas, les globules ont présenté une augmentation notable, et toujours leur chiffre a été d'autant moins considérable qu'on observait à une époque plus éloignée du début de la maladie (Andral et Gavarret, Becherches sur les modifications de proportions de quelques principes du sang, p. 70, 71; Paris, 1840. — Andral, Essai d'hématologie pathologique , p. 66, 67 ; Paris, 1 843).

Toutefois, ajoute M. Andral , puisque la diminution delà fibrine n'existe pas nécessairement, il est bien clair que ce n'est point dans cette altération du sang qu'il faut placer le point de départ de la maladie. Mais ce qui semble incontestable , c'est que la cause spécifique qui lui donne naissance agit sur le sang de telle façon qu'elle tend à y détruire la matière spontanément coagulable. Si cette cause agit avec peu d'énergie ou si l'économie lui résiste, la destruction de la fibrine ne s'accomplit pas; si, au contraire, la cause continue à agir avec toute .son iateosiié, et que les forces de l'organisme soient en défaut, la destruction de la fibrine commencera soit dès le début même de la maladie , ce qui est fort raie, soit un certain temps après qu'elle a pris naissance.

Il faut se rappeler que ces paroles de M. Andral s'appliquent non pas à la rougeole en parlicu^ lier, mais aux pytexies et aux fièvres éruptivej

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considérées en général ; nous insistons sur ce point parce que nous reconnaissons que les recherches sur le sang n'ont pas encore fourni de résultats bien positifs quant à la fièvre typhoïde et aux fièvres éruptivcs ; en ce qui concerne la rougeole , la fluidité du sang, déjà signalée par les anciens, est la seule altération dont l'existence ne puisse être mise en doute.

Symptômes. — A. Rougeole normale. — a.

rougeole régulière. — On partage généralement les symptômes de la rougeole en quatre périodes: une première, dite période d'incubation; une seconde, dite période d'invasion [sladium invasionis j stadium contagii de Rosen , apparatus effiorescentiœ de Morton ) ; une troisième, dite période d'éruption [stadium eruptionis , status morùi de Morton); une quatrième, à'ile période de desquamation. Quelques auteurs, et en particulier WM. Rilliet et Barthez, n'admettent point la première période, et considèrent les phénomènes qui caractérisent la seconde comme des prodromes; nous ne saurions adopter cette manière de voir : ces phénomènes appartiennent déjà à l'affection rubéolique; ils ne sont des prodromes que quant à l'exanthème cutané: or, ainsi que nous l'avons dit, celui-ci ne constitue pas à lui seul toute la maladie. Naumann subdivise la troisième période en période d'éruption et en période d'extension de l'exanthème (^Handbucli der medicinischen Klinik ^ t. ni, p. 665-670; Berlin, 1831 ); mais cette distinction, d'ailleurs admissible, n'a aucune importance soit pour le nosographe, soit pour le praticien. Nous maintiendrons, p;ir conséquent, les quatre périodes indiquées plus haut.

Période d'incubation. — On a vu la rougeole se manifester vingt-quatre heures après l'action du contagium ; mais ordinairement l'incubation a une durée plus longue qui a été fixée à six jours par Gaubius, à sept par Home, à quatorze par Vandenbosch; elle serait de six à seize jours suivant Willan, de huit à vingt et un suivant Gregory, de cinq à vingtcinq , trente ou même cinquante-huit jours suivant MM. Rilliet et Barthez. Sur sept enfants chez lesquels la maladie paraît inconiestablement s'être développée par voie de contagion, cinq ont été atteints au bout de douze jours, tandis que les ihxw derniers ne sont tombés malades qu'au bout de vingt-six jours , et M. Trousseau en conclut que «les conditions d'évolution des semences contagieuses sont variables et parfaitement inconnues» (Quelques mots sur la rougeole, in Journ. de niéd.., t. i, p. 258 ; 184.3). Nous le voulons bien : mais à quelle époque cette semence a-t elle été déposée dans le î5ein des cinq premiers enfants? L'action du contagium a-l-elle été ressentie simultanément par ceux-

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ci et par les deux derniers enfants? Comment déterminer pour les uns et pour les autres le moment où a commencé la période d'incubation? Les mêmes difficultés se présentent chaque fois que l'on cherche à fixer la durée de l'incubation , et elles ne sont pas aussi faciles à lever que semblent le croire MM. Trousseau (loc. cit.) et Bouchut {Manuel prat. des mal. des enfants, p. 490; Paris, 1845) ; les expériences d'inoculation sont, en définitive, le meilleur moyen pourarriver à un résultat positif; or, voici ce qu'elles apprennent à cet égard. Chez les sujets inoculés par Home, la rougeole s'est manifestée vers le soir du sixième jour; chez ceux inoculés par Michael de Katona, les premiers symptômes ont apparu dans le courant du septième jour (voy. Etiologic).

Vers les deux derniers jours de la période d'incubation les malades éprouvent quelquefois un léger malaise, de l'abattement, de la céphalalgie; mais ces accidents, les seuls qu'on puisse considérer comme des prodromes, sont toujours légers et souvent à peine sensibles.

Période d'invasion. — Soit que la rougeole se montre au milieu de la santé la plus florissante (rougeoie primitive), ainsi que cela a le plus souvent lieu , soit qu'elle se manifeste pendant le cours ou la convalescence d'une maladie (rougeole secondaire), son début est presque constamment brusque.

La rougeole, ditBorsieri, commence delà même manière que toutes les fièvres aiguës, et le premier jour de la maladie est occupt^, tout entier, par des frissons et des bouFfées de chaleur qui se succèdent alternativement.

hdi fièvre est, en effet, l'un des symptômes les plus constants; elle ne fait défaut que irès-rarenumt; ordinairement elle marque le début de la maladie; quelquefois elle ne se manifeste que leseiond jour, consécutivement aux phénomènes que nous allons indiquer plus bas; d'abord peu intense, elle augmente pendant toute la durée de la première période; MM. Rilliet et Barthez assurent que le frisson manque dans la plupart des cas; la chaleur est sèche ou bien, ce qui est plus rare, accompagnée de sueurs soit générales, soit localisées à la tête. En générall'intensilé du mouvement fébrile est en rapport direct avec celle que présentera la maladie. Souvent la fièvre augmente notablement vers le soir. Dès le second jour, et quelquefois des le premiei", apparaissent des symptômes que Ton peut considérer comme caractéristiques; les plus constants et les plus remarquables se montrent du côté des fosses nasales, des yeux et des orgaiies tiioraciqucs.

Li muqueuse nasale est congestionnée, boursouflée; elle est le siège d'un prurit fort incommode; les malades éternueut très-fréquemment; il s'écoule par les naiiues une quantité [)lusou moins

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considérable, et quelquefois très-abondante, d'un mucus limpide et acre; dans quelques cas on observe des épistaxis abondantes et répétées (Borsieri, Naumann).

he^/cux sont douloureux et larmoyants; la conjonctive est injectée et quelquefois uniforniémenl teinte en rose plus ou moins vif (Naumann); les paupières sont tuméfiées ; les malades ressentent un picotement très-incommode et parfois des douleurs lancinantes assez vives; ils ne peuvent supporter l'impression de la lumière; les yeux laissent écouler un liquide acre très-abondant.

Du côté des organes de la respiration on observe delà dyspnée; la respiration est courte, fréquente, laborieuse , suspirieuse; il existe une toux sèche, rude, ayant un timbre particulier; elle est rauque, laryngée, férine : « Ce caractère est tellement remarquable, disent MM. Gueri^ant etBlache, qu'on pourrait presque en l'entendant et sans voir le malade annoncer l'apparition prochaine de la rou- Ijeole»; tantôt la toux est rare et peu fatigante, tantôt elle est incessante et fort incommode; quelquefois elle se reproduit par accès, par quintes plus ou moins longues.

Aux symptômes que nous venons d'indiquer viennent quelquefois se joindre, surtout vers le troisième ou le quatrième jour, d'autres accidents.

La langue est blanche mais humide ; les amygdales .sont rouges, tuméfiées et rendent la déglutition difficile et douloureuse ; la gorge est sèche, les malades y ressentent une chaleur très-vive, une sensation très-désagréable de chalouilleaient , de picotement; les ganglions lymphatiques de la partie supérieure du cou sont presque toujours engorgés et douloureux (Piorry) ; les glandes sous-maxillaires sont quelquefois augmentées de volume, et il en résulte un ptyalisme plus ou moins abondant (Naumann). La soif est très-vive, l'appétit complètement perdu ; quelques malades éprouvent des douleurs plus ou moins fortes dans la région épigastrique; les vomissements, alimentaires ou bilieux, sont rares; ils se manifestent ordinairement le premier jour et cessent le lendemain ou le surlendemain; quelquefois, au contraire, ils n'ont lieu que vers le troisième ou le quatrième jour.

Dans quelques cas il existe de la constipation ; mais beaucoup plus fréquemment, et surtout chez les enfants pendant le travail de la dentition , on observe, au contraire, une diarrhée bilieuse abondante, accompagnée quelquefois de sensibilité et de tuméfaction du ventre (Naumann).

L'urine est assez souvent rare, trouble, et présente les caraclères suivants : coloration foncée , acidité forte, densité augmentée; augmentation de ^a proportion d'uralc acide d'ammoniaque; sédiments

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spontanés ou déterminés par l'acide nitrique; augmentation de l'urée, des chlorures, des sulfates, et accidentellement une proportion minime d'albumine (Guersant et Biaehe, loc, cit. , p. 658). La miction est quelquefois douloureuse, accompagnée de ténesme vésical (Naumann).

M. Rayer indique des sueurs abondantes , d'une odeur particulière et douceâtre (Traité t/iéor. et prat. des mal. de la peau , t. i, p. 173; Paris, 1835).

Le système nerveux est souvent affecté; les malades accusent une courbature générale; ils ressentent des douleurs vives dans la tête, dans les lombes, dans les membres; ils sont maussades, tristes, abattus; très-fréquemment ils sont plongés, pendant le jour, dans un assoupissement plus ou moins profond, remplacé le soir et pendant la nuit par de l'agitation, de l'anxiété et quelquefois par du délire. Les convulsions sont rares, même chez les jeunes enfants; MM. Riliiet et Barlhez ne les ont contatées qu'une seule fois, et encore étaient-elles bornées au globe oculaire. Borsieri parle de mouvements convulsifs dans les mains, et Rosen assure avoir observé une véritable éclampsie.

Heim [Hufeland' s journal ^ n° de mars, p. 86; 1812) dit que pendant les six premiers jours de la maladie les sujets répandent une odeur particulière, analogue à celle des plumes d'oie récemment arrachées ; Heyfelder a constaté que cette odeur est plus forte le matin que le soir, et qu'elle existe surtout lorsque plusieurs malades sont agglomérés dans un petit espace. Meissner, Wiîdberg , MM. Guersant et Blache, Riliiet et Barthez, etc., n'ont jamais pu constater l'existence de ce caractère.

Mandt prétend que l'haleine des sujets atteints de rougeole répand une odeur aigre tellement intense, qu'elle impressionne péniblement les yeux et la gorge des personnnes voisines ( Naumann , loc. cit. , p. 669). Cette assertion n'a pas été mieux justifiée que celle de Heim.

Les différents phénomènes morbides que nous venons d'énumérer se combinent entre eux de plusieurs manières , de telle sorte que la période d'invasion est loin d'avoir toujours la même physionomie. Le coryza, Tophlbalmie, la toux, sont des symptômes à peu près constants, et d'ordinaire ils dominent tous les autres; mais quelquefois ils manquent, ou bien ils ne sont que peu caractérisés , et l'on voit prédominer soit l'angine et les accidents gastriques , soit les accidents nerveux. Dans l'épidémie décrite par M. Trousseau, le larmoiement, l'élernumenl,la toux férine, le mouvement fébrile, étaient à p(;iiie dessinés, tandis que les diarrhées et les vomissements étaient abondants et rebelles, de telle .sorte que le début de la iual:»di«> s'- rapprochait de celui de

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ia scarlatine beaucoup plus que de celui de la rougeole. Souvent la forme de la période d'invasion reste la même pendant toute la durée d'une épidémie, mais elle se modifie dans les épidémies suivantes, et varie dans chacune d'elles. Lesconstitutions médicales régnantes exercent une influence manifeste sur la forme de cette seconde période de la rougeole.

Dans l'épidémie de 1670, observée par Sydenham , la maladie fut d'une régularité remarquable ; les symptômes suivaient une marche croissante depuis le premier jour jusqu'au quatrième, et alors commençait la période d'éruption [Médecine pratique ^ édit. de VEncychp. des sciences médicales , p. 117; Paris, 1835). Dans l'épidémie qui régna à Genève en 1832, les phénomènes de la période d'invasion ont présenté , au contraire , une très-grande diversité: « un grand nombre d'enfants ne se sont mis au lit que la veille ou le jour même de l'éruption ; chez d'autres , les premiers symptômes ont précédé de quatre ou cinq jours , et même de huit à dix , l'apparition des plaques rouges ; il en est même plusieurs qui , après avoir présenté la toux , l'éternument et le larmoiement, se sont remis momentanément au point d'éloigner toute crainte de rougeole , et qui cependant au bout de trois ou quatre jours ont repris de la fièvre et ont été couverts de plaques rubéoliques » (Lombard, /Vo^c sur l'épidémie de rougeole qui a régné à Genéf^e en 1832 , in Gazette médicale, p. 89; 1833).

La durée de la période d'invasion varie singulièrement; ordinairement elle est de quatre ou plutôt de trois à cinq jours; mais elle peut ne point dépasser dix-huit ou vingt-quatre heures, ou bien, au contraire, s'élendre à sept, huit, dix et même quinze jours (Guersantet Blache, loc. cit., p. 659). Sur40 cas de rougeole normale observés par MM. Rilliet et Barthez ,

1 fois îa période d'incubation à manqué.

1 — elle a eu quelques heures de durée seulement. 8 — elle a duré 1 jour.

11 — — 2 jours.

7 — — 3 jours.

8 — — 4 jours.

2 — — 5 jours.

2 — — 7 jours.

Dans une épidémie décrite par MM. Trousseau et Bouchut, la période d'invasion eut tantôt sa physionomie et sa durée habituelles (trois à quatre jours), tantôt elle passa presque inaperçue et dura douze lieuies à peine. «Indiquée par du malaise et un peu d'agitation à l'approche de la nuit, par une légère rougeur des yeux et quelques élernumenls, elle avait le lendemain malin fait placeà la période d'éruption.» (Bouchut , ouvr. ^it»' . p. 49 1 . ) I

Dans la rougeole primitive les accidents sont constamment plus tranchés que dans la rougeole secondaire.

Période d'éruption. — Cette troisième période est essentiellement caractérisée par l'apparition et le développement de l'exanthème cutané.

On voit apparaître sur le front, le menton, les joues, autour des lèvres , des petites taches exauthématiques qui bientôt se montrent également sur la poitrine, le tronc et les membres. Ces taches, à peu près semblables à celles de la fièvre typhoïde ou d« la variole commençante, ressemblant également à des morsures de puces , ayant depuis 1 jusqu'à 8 millimètres de diamètre, distinctes les unes des autres ei séparées par des intervalles plus ou moins considérables de peau saine, sont en général arrondies, mais elles peuvent présenter des formes très-diverses; leurs bords sont inégaux, déchiquetés; leur surface proémine légèrement au-dessus de la peau; elle est dure et comme papuleuse; leur couleur est d'un rouge plus ou moins foncé qui disparaît momentanément sous la pression du doigt ou lorsqu'on tend la peau , pâlit quelquefois en fort peu de temps , et reparaît avec toute son intensité lorsque le malade se livre à des efforts musculaires, à des efforts de toux, de cris, etc. «La coloration, disent MBÏ. Guersant et Blache, offre plusieurs nuances diverses dans la même journée, et redevient plus vive dans les mouvements de redoublement fébrile; parfois même ce retour des rougeurs est si prononcé, qu'on croirait au développement de taches nouvelles.»

L'éruption a les mêmes caractères sur tous les points qu'elle occupe ; cependant les taches de la face sont en général plus proéminentes et plus rouges , et l'intensité de la coloration varie suivant le siège. «La rougeur est ordinairement plus vive sur la figure, d'autres fois sur l'abdomen et les cuisses. Ordinairement aussi l'éruption a une teinte plus terne et plus violacée sur le dos et sur toutes les parties les plus déclives pendant le décubitus ; toutefois la comparaison entre la coloration des diverses parties du corps ne doit pas êire toujours faite le même jour, car la rapidité de la marche de l'exanthème et les différences dans l'époque de l'éruption sur les diverses parties du corps font que la vivacité de la rougeur est facilement plus grande un jour sur un point et le lendemain sur un autre» (Killiet et Barthez, loc. cit., p. 685).

Quelquefois les taches forment une saillie assez coiisidéiable, et constituent de véritables papules (rougeole boutonneuse) : celles-ci sont parfois coniques et siuuilent des vésicules; mais dès le troisième jour elles s'affaissent pour revêtir la forme et l'aspect des plaques rubéoliques.

A mesure que l'éruption fait des progrès , le nom-

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bre des taches devient plus considérable; celles-ci finissent par se réunir par leurs bords pour former des croissants , des deaii-cercles , des surfaces irrégu- Jières et assez larges, sur lesquelles on distingue ordinairement encore les points isolés primitifs; quelquefois cependant les taches se confondent complètement et forment une surface rouge continue; cette disposition se montre surtout sur la figure, et n'occupe ordinairement qu'une étendue peu considérable; mais elle peut aussi être générale; dans une épidémie décrite par M. Gendron, Téruption était si abondante qu'il n'existait aucun intervalle entre les plaques morbilleuses (Acad. royale de méd., séance du 27 février 1827).

Dans une même épidémie de rougeole normale on peut obi^erver plusieurs variétés dans la forme et la disposition de l'éruption rubéolique. «Chez la plupari des enfants, dit M. Lombard en parlant de l'épidémie de Genève, l'éruption a présenté les plaques déchiquetées et anguleuses caractéristiques de la rougeole ; chez d'autres malades, les plaques rouges ont paru circulaires, arrondies et assez éloignées les unes des autres, comme dans la roséole; quelques enfants ont eu, dans les premiersjours de l'éruption, des papules ou cônes saillants exactement semblables aux pustules naissantes de la variole ; enfin , chez un de nos malades, l'existence de quelques vésicules a rendu le diagnostic si douteux, que j'ai cru pendant deux jours avoir sous les yeux une petite vérole» {loc. cil., p. 90).

Ainsi que nous l'avons dit, l'éruption commence ordinairement par la face; mais dans un petit nombre de cas elle se montre d'abord sur l'abdomen ou sur les membres, pour s'étendre ensuite sur toute la surface du corps.

L'éruption s'accomplit ordinairement dans l'espace de vingt-quatre ou de quarante- huit heures, et elle reste stationnaire pendant un temps à peu près égal, ou même encore moins considérable; mais quelquefois elle persiste beaucoup plus longtemps. En général , la durée de cette période est de trois à quatre jours, mais elle peut se prolonger jusqu'au sixième ou au huitième ; dans un cas observé par M. Réveillé- Parise, l'éruption se montrait encore dans toute sa vigueur dix jours après son apparition [Gazette médicale, p. 3f50 ; 1835).

Dans le tiers des cas de rougeole observés par M. Boudin, l'éruption était accompagnée desudamina au cou et au ventre, et dans un cas, ces sudamina étaient si abondants qu'ils couvraient toute la surface de la peau , sans laisser un espace vide de la grandeur d'une pièce de vin{jt sous (Boudin, [\cch. sur les comjtlica lions qui acconipaij^nenl la rougeole chez icnf'ani ; thèse de Taris, 1 835, p. 1 1 , n** 91 ).

I\I. Rufz fait remarquer avec raison que celle cir-

constance est peu importante, puisque l'on rencontre des sudamina dans presque toutes les affections fébriles des enfants.

En même temps que les taches rubéoliques se montrent sur la peau, ou même avant leur apparition (Heim, Guersant etBlache), on aperçoit quelquefois sur la voûte palatine Je voile du palais, les amygdales et le pharynx , un piqueté rose qui a été indiqué par plusieurs auteurs , mais surtout par MM. Heim, Marc d'Espine et Guersant. Cette coloration rouge, qui diffère notablement de celle que l'on rencontre dans la scarlatine, est constituée par des petites taches semblables à celles de l'exanthème cutané, et qui , distinctes et isolées d'abord, ne (ardent pas à devenir confluentes. Suivant M. Marc d'Espine l'éruption palatine est un symptôme constant.

Nous avons dit que, suivant plusieurs pathologistes allemands, l'éruption n'est point bornée à la muqueuse buccale et pharyngienne , et qu'elle envahit toute l'éfendue des muqueuses digeslive, respiratoire et génito-urinaire ,de manière à constituer un véritable énanfhêine. Le docteur Helfft a soutenu cette doctrine dans un travail récent , qui mérite de fixer l'attention des observateurs, et dont voici les principales conclusions:

11 existe constamment dans la rougeole, comme d'ailleurs dans la scarlatine, un énanthème qui occupe toutes les muqueuses de l'économie; cet énanthème précède l'exanthème, et l'éruption cutanée n'est que la propagation au tégument externe de l'éruption des téguments internes; c'est à la présence de l'énanthème qu'il faut rapporter les phénomènes morbides que l'on observe du côté des voies digestives et respiratoires, des fosses nasales, des yeux, etc. ; phénomènes qui sont à leur maximum d'intensité pendant la période d'invasion. L'exactitude de ces propositions est démontrée par l'examen microscopique de la salive , des crachats, des mucosités nasales , de l'urine, des matières rejetées par le vomissement ou par les selles. En effet, on découvre toujours dans ces produits d'excrétion un nombre considérable de corpuscules membraneux, qui ne sont autre chose que des lamelles d'épithélium détachées par la desquamation des taches rubéoliques muqueuses, et ces débris épithéliaques se montrent avant la desquamation des taches cutanées , et souvent même dès le début de la période d'éruption.

L'intensité de l'éruption muqueuse est en raison i[iverse de celle de l'exanthème cutané, et réciproquement.

Quanta la question de savoir si l'énanthème s'étend jusqu'à la membrane interne des vaisseaux sanguins, ajoute M. Helfft, parce que je n'ai jamais eu

je n'ai pu l'élucider , l'occasion d'examiner

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au microscope le sérum du sang ( ïJeher die Desquamation des EpitheJiums der Schleimhdute in den akuten Exantliemen, in Journal fur Kinderkranklieiten , t. i, p. 10; Berlin, 1843).

Tous les observateurs, et M, Gérardin eo particulier, avaient déjà constaté que la ré(jularité de l'éruption cutanée est ordinairement subordonnée à rëtal des voies dig^eslives et respiratoires; mais ce fait n'implique point nécessairement l'existence d'un énanthème, et les assertions de M. Helfftont besoin d'être justifiées par des observations plus nombreuses et plus détaillées.

Les symptômes que nous avons indiqués, en traçant le tableau de la période [irécédente, persistent ou s'aggravent jusqu'à ce que l'éruption ait atteint son maximum.

Le pouls conserve les caractères qu'il avait dans la période d'invasion : large et plein, ou bien mou et petit , il bat 1 1 6, 1 20 , et même i 32 fois par minute, tant que l'exanthème fait des progrès ; mais aussitôt que celui-ci est arrivé à son apogée, c'est-à-dire vers le troisième jour ordinairement, le nombre des pulsations artérielles tombe brusquement à 1 12, à 108 ou à 72. Quelquefois cependant le pouls reste accéléré, alors même que les taches commencent à pâlir, et en l'absence de toute complication (Guersant et Blache).

La chaleur est, en général, en rapport avec la fréquence du pouls; cependant il n'est pas rare de la voir persister penHant un jour, lorsque déj'^ le pouls est ralenti. Chez les très-jeune< enfants, on voit quelquefois le pouls rester élevé, bien que la chaleur disparaisse. La chaleui' est sèche, acre; les sueurs sont rares; lorsqu'elles existent, elles sont générales et abondantes, ou partielles et légères, se montrent à la fin de la fièvre , au moment de la décroissance de réruption, et durent à peine un jour ou deux (Rilliet et Barthez, loc, cit., p. 695).

La rougeole est celle des fièvres éruptives dans laquelle la température animale est le moins élevée; la moyenne constatée par M. Roger a été de 38°,47 ; le maximum 40"; le minimum 37",75. Sur onze adultes, M. Andral a noté neuf fois un degré intermédiaire à 38" et à SO'' et une fois 40®.

L'élévation de la température est en raison directe de l'intensitt de l'éruption et de la gravité de la maladie; elle est à son plus haut degré au début de l'éruption et diminue dans une proportion régulièrement décroissante jusqu'à la fin de la maladie; elle est en rapport direct avec la fréquence du pouls; son rapport avec la respiration est moins constant (Roger, De la Température chez les enfants à Cétat pliysiologiqne et pailioloi*i(jue, in yÉrc/nu. génér. de mcd., t. VI, p. 144-147; I844\

Le coryza est inten^e; parfois on observe une blépharile très-prononcée: les paupières sont rouges à

leur bord libre, et sécrètent un mucus épais; la conjonctive peut être enflammée et soulevée, au point de former un véritable chémosis.

La dyspnée devient quelquefois plus considérable pendant le premier et le second jour de l'exanthème, sans que l'auscultation renderaison de ce phénomène. Peut-être, disent MM. Rilliet et Barthez, faut-il attribuer celte oppression à la fluxion sanguine qui a lieu sur presque toute l'étendue des voies respiratoires.

La toux perd un peu de sa raucité et devient grasse, humide et moins fréquente. La voix est ordinairement en rapport avec la toux; cependant la première est quelquefois rauque, lorsque la seconde est claire ; tandis qu'ailleurs la voix est normale lor.^que la toux est résonnante. En général, l'altération du timbre de la toux précède celle du timbre de la voix.

L'auscultation fournit des résultats variables. Chez le cinquième environ de leurs malades, et toujours dans des cas où l'éruption était la plus simple et la plus discrète, MM. Rilliet et Barthez ont constaté une pureté parfaite des bruits respiratoires; chez tous les autres sujets, il a existé, eu arrière et des deux côtés, des râles indiquant l'existence d'une bronchite étendue; ces râles fugitifs et rares, ou intenses et permanents, étaient humides ou secs, et quelquefois ils revêtaient alternativement l'un et l'autre de ces caractères.

Les gencives sont parfois grosses, rouges, saignantes, couvertes de pseudomembranes, ulcérées à leur bord libre. La langue reste ordinairement naturelle: cependant elle peut devenir louge, volumineuse, enflammée , se couvrir d'aphthes, etc. etc.

La rougeur qui occupe la bouche et le pharynx rend plus vive la sensation de chaleur, de sécheresse, que le malade éprouvait pendant la période d'invasion ; une légère augmentation se manifeste dans le gonflement des amygdales, des glandes sousmaxillaires; parfois il survient un léger œdème de la luette. La soif, l'inappétence, persistent. La constipation est rare ; souvent il existe une diarrhée peu abondante dont la durée ne dépasse point deux ou trois jours. «Bien rarement, disent MM. Rilliet et Barthez, nous avons noté après l'éruption terminée une diarrhée abondante et subite d'un jour seulement de durée. » Suivant quelques auteurs, le dévoiement se montre d'une manière constante avant Tàge de cinq ans.

Période de desquamation. — Habituellement vers le quatrième jour de l'éruption, c'est-à-dire vers le septième ou le huitième de l'invasion, les taches rubéoliques pâlissent, diminuent d'étendue par la disparition de leur auréole rose ; elles s'affaissent et prennent une couleur terne, jaunâtre, comme cuivrée; leurs bords ne .sont plus déchiquetés, la saillie a disparu et la pression n'amène plus aucun changement

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dans la coloration morbide. Cette décroissance est ordinairement graduelle ; cependant MM. Guersant et Blache l'ont vue s'opérer rapidement^ans des cas de rougeole bénigne.

Habituellement les taches rubéoliques s'effacent dans l'ordre de leur apparition, mais quelquefois l'ordre est interverti : ainsi la face, au lieu de pâlir la première, conserve la vivacité de sa rougeur, pendant que l'abdomen et les membres pâlissent très-peu de temps après avoir atteint leur rougeur normale (Rilliet et Barthez, loc. cit., p. 688).

Souvent, dit M. Trousseau, quand la rougeole a été très-vivement colorée, elle laisse à la peau, et surtout aux bras et auxjambes,de8 marques qui persistent pendant un, deux, et jusqu'à quatre septénaires. Ces marques occupent les points où les rougeurs morbilieuses avaient le plus d'intensité : peu apparentes quand l'enfant est calme , elles prennent une teinte beaucoup plus foncée quand la peau se colore durant les cris et l'agitation.

La disparition des taches est assez fréquemment accompagnée d'une desquamation furfuracée ; l'épiderme se détache par petites écailles , sous forme d'une poussière farineuse; ce n'est que dans les cas fort rares où la rougeur a occupé de larges surfaces, que l'on voit l'épidermc se soulever par plaques (Gendron, loc. cit.) ; souvent il n'est que fendillé; dans le plus grand nombre des cas, il n'existe aucune espèce de desquamation (Sydenham, J. Frank, Rilliet et Barthez). «La desquamation a été indiquée par presque tous ceux qui ont écrit sur la rougeole comme un phénomène essentiel, et qui était en quelque sorte la conséquence nécessaire de l'éruption. Or, il n'en est pas ainsi chez les jeunes enfants. La desquamation .s'opère sur la face , et il faut une grande attention pour en découvrir les traces; mais sur le corps, on ne la voit que dans des cas extrêmement rares» (Trousseau , loc. cit., p. 826).

L'exfoliation n'a guère lieu avant le septième jour, mais elle peut être beaucoup plus tardive : tantôt elle est manifeste sur toutes les parties où ont existé des taches, tantôt elle est bornée à la face, à la poitrine, ou même aux paupières seulement (Guersant et Blache) ; souvent elle est accompagnée d'une démangeaison très-désagréable qui se fait sentir jusqu'au dixième ou douzième jour (Rayer).

Pendant cette dernière période, tous les accidents diminuent graduellement d'intensité: la fièvre, le coryza, l'oplithalmie, l'angine, disparaissent; les nausées et les vomissements cessent dès le quatrième jour; la chaleur, l'oppression, l'insomnie, cessent vers le sixième (Rayer).

La toux survit à tous les autres symptômes et se prolonge souvent pendant toute la convalescence; fréquemment elle est accompagnée d'une expectora-

tion caractéristique. Les malades rejettent des crachats épais, d'un jaune verdàtre, arrondis, nummulaires, parfaitement isolés les uns des autres, nageant dans une grandequantité de mucus glaireux et transparent ; offrant, en un mot , une ressemblance parfaite avec les crachats des phthisiques, ou plutôt avec ceux que l'on observe dans la laryngite. Celte expectoration, qui a été particulièrement décrite par MM. Andral {Becherclies sur ^expectoration,^. 27; Paris, 1821), Louis (Journ. hebdomad., t. vm, p. 439), Chomel, etc., a, comme nous le verrons plus loin , une grande importance pour le diagnostic.

Marche de la maladie. — La régularité de la rougeole est constituée par l'harmonie et l'ordre de succession que présentent les différents phénomènes ci-dessus décrits.

Une période d'invasion de deux à quatre jours de durée, principalement caractérisée par de la fièvre, du coryza, de l'ophthalmie et de la bronchite, lesquels suivent une marche régulièrement croissante;

Une période d'éruption pendant laquelle on voit l'exanthème se développer en vingt-quatre ou quarante-huit heures, en même temps que les symptômes de la période d'invasion vont encore en augmentant, puis rester stationnaire pendant trente-six ou quarante-huit heures, les phénomènes concomitants commençant à décroître ;

Enfin une période de desquamation qui se prolonge pendant six ou huit jours, et pendant laquelle les taches rubéoliques et tous les autres accidents morbides disparaissent graduellement:

Tel est en résumé le tableau de la rougeole régulière.

La durée de la maladie varie entre huit et seize jours.

La terminaison est presque constamment heureuse; MM. Rilliet et Barthez n'ont pas observé un seul cas de mort parmi tous les enfants qu'ils ont vus atteints de rougeole normale primitive simple [loc. cit., p. 744). La convalescence est de courte durée, et il suffit de quelques jours pour que le malade revienne à son état de santé primitif.

Récidives. — Rosen affirme que, pendant une pratique de quarante ans , il n'a pas vu un seul individu ayant été atteint deux fois de la rougeole, et M. Baron fait une déclaration semblable ; cependant la possibilité des récidives ne saurait être mise en doute. Genovesi, de iïaen {loc. cit.), ont vu la rougeole se montrer jusqu'à trois fois chez le même individu (Borsieri, loc. cit.,ip. 10-5- 107); des cas assez nombreux de récidives ont été observés par Baillie, Duboscq de la ^ohcràïtve (Journal de m^^/., t. xlviu, p. 253), MM. Cazenave {Journal hchdom., t. iv, p. 301), Rayer, Guersant, Lombard, Behr, etc. Le docteur Moore a constaté une rçcidivo six semaines après une

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ougeole régulière , parfaitement caractérisée (Journ. t ^es connaissances médico-chirurg., n" de noembre,p. 212; 1839); MM. Guersantet Blacheont bservé sur un enfant, dans l'espace de six semaines, ieux éruptions très-régulières de rougeole , séparées lar l'apparition d'une varioloïde.

b. Rougeole irrégnlière. — Avec Sydenham et iorsieri , nous appelons rougeole irrégnlière celle ui , sans cesser d'être simple , bénigne , présente , ans la physionomie et l'ordre des symptômes , des irconstances qui s'écartent notablement de ce que 'on observe dans la rougeole régulière. Nous disons wtablement, parce que la marche de la maladie n'est imais exactement la même, et qu'il ne faut point onsidérer la rougeole comme irrégulière dès que ou constate la moindre dérogation aux formes ha- ►ituellesde l'affection.

La rougeole irrégulière est ordinairement secondaire; irrégularité se manifeste dès la période d'invasion, la fièvre est plus intense que de coutume, ou bien elle st peu marquée; quelquefois elle ne se montre que le econd jour; au lieu de suivre une marche croissante, ;lle va quelquefois en diminuant; MM. Guersant et ^lache l'on vue se suspendre presque complètement i veille de l'éruption, pour reparaître avec une grande intensité lors de Tapparilion des premières aches; elle peut manquer complètement; il y a prélominance exagérée des troubles digestifs et nerveux; angine est très-prononcée ; les amygdales sont fortenent tuméfiées; il existe des vomissements répétés lU une diarrhée abondante ; enfin, il survient du déire, des convulsions. Le coryza est moins intense; nais plus fréquemment que dans la rougeole irréfulièreil existe des épistaxis; souvent il existe une lyspnée considérable, dont l'examen de la poitrine ne end nullement compte. En général le coryza , l'ophhalmie, la bronchite, sont peu marqués ou nuls.

On a vu des douleurs très-vives se faire sentir dans les parois pectorales, les épaules, le cou, la hanche.

Les accidents ne suivent pas une marche unifornément croissante ; on observe des inlermissions et ies exacerbations irrégnlières.

Lorsque la rougeole irrégulière est secondaire, la période d'invasion n'a guère plus de deux jours de lurée, et les symptômes qui la caractérisent sont peu marqués ; souvent elle n'existe pas, et l'éruption se montre sans avoir été précédée d'aucun phénomène morbide (14 fois sur 28). Dans la rougeole irrégulière primitive, la période d'invasion a .souvent, au contraire, de deux à cinq jours de durée^ (Rillietet Barthez, /<>c cit., p. G8 1-084).

Souvent la maladie reprend sa marche habituelle au.ssitôt que les taches rubéoliques apparaissent sur la peau; d'autres fois, la période d'éruption présente des anomalies non moins caractérisées que celles de la

période précédente; dans d'autres cas enfin, l'irrégularité ne se montre que pendant l'éruption , la période d'invasion ayant été parfaitement régulière.

L'éruption ne commence point par la face; les premières taches se montrent sur les épaules et les autres parties du tronc (Sydenham); tantôt l'exanthème s'étend progressivement à toute la surface du corps, tantôt il est partiel et limité à une partie du tronc, à un ou plusieurs membres, aux fesses, à la poitrine, etc. Dans un cas observé par M. Gendron, l'exanthème n'occupait que la face ; MM. Rilliet et Barthez n'ont jamais vu, au contraire, la face être le siège exclusif de l'exanthème, tandis que souvent celui-ci a manqué sur cette région, bien qu'il existât partout ailleurs.

Les taches sont d'un rose pâle et n'acquièrent point la nuance d'un rose vif que l'on observe dans la rougeole régulière; l'éruption reste terne et blafarde. Quelquefois les taches présentent la couleur habituelle, mais elles s'éteignent peu à peu sans se ternir , et sans présenter la teinte cuivrée. Enfin , dans quelques cas , les taches sont d'un rouge foncé , lie de vin.

Les symptômes concomitants de l'éruption sont également modifiés; la fièvre persiste, le pouls devient petit ; les sueurs sont encore plus rares que dans la rougeole régulière; elles sont tardives et ne consistent qu'en une simple moiteur. Les lèvres sont gonflées, rouges, saignantes; la langue est rouge; la rougeur du voile du palais est moins prononcée, et cependant l'angine est plus intense; le dévoiement est plus fréquent , plus prolongé ; le ventre est tendu, douloureux.

La période de desquamation présente également quelques anomalies; l'éruption disparaît souvent brusquement , avant l'époque habituelle, soit pour ne plus revenir, soit pour reparaître un ou deux jours après. MM. Rilliet et Barthez assurent que la desquamation est plus fréquente que dans la rougeole régulière; Sydenham a constaté le contraire. «Dans les rougeoles irrégulières de 1674, dit-il {loc. cit., p. 138), on ne voyait que très-rarement l'épiderme s'en aller par de petites écailles farineuses, à la fin de la maladie, au lieu que dans les rougeoles régulières de 1 670 cela était aussi ordinaire qu'à la fin de la fièvre rouge.»

La marche et la durée de la rougeole irrégulière offrent des modifications qui sont en rapport avec celles que l'on observe dans les symptômes.

La durée de l'exanthème est rarement plus longue que dans la rougeole régulière; souvent elle est plus courte. Du reste, ainsi que le font remarquer avec raison MM. Rilliet et Barthez, c'est moins la durée totale de la maladie qui est modifiée que celle de l'une ou l'autre des périodes.

La terminaison est presque toujours heureuse; cepeudant la mort peut survenir, etdans ces cas funestes

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on ne rencontre à l'autopsie que les alléralions peu caractérisées que nous avons indiquées au commencement de cet article.

B. Rougeole anomale. — a. Rougeole sans catarrhe. — Cette forme de rougeole a été décrite par Willan. «La marche et les phénomènes extérieurs de l'éruption sont les mêmes que dans la rougeole ordinaire , mais elle n'est point accompagnée de catarrhe, d'ophthalmie ou de fièvre. Un intervalle de plusieurs mois, même de deux années, a été observé entre cette variété et la rougeole, accompagnée d'un état fébrile, qui s'est manifestée ensuite; mais cette espèce de rougeole disparaît le plus souvent au bout de trois ou quatre jours après l'éruption non fébrile» (Bateman , Abrégé pratique des maladies de la peauj p. 96,trad. de Bertrand; Paris, 1820).

M. Rayer dit avoir vu plusieurs enfants d'une même famille, habitant le même appartement, couchant souvent dans la même chambre, être atteints d'une rougeole catarrhale fortement dessinée, hors un seul d'entre eux , dont la maladie offrait les symptômes du premier stade de la rougeole et ceux de l'éruption, moins les phénomènes de la bronchite.

« Les rougeoles sans catarrhe , considérées comme effet d'une cause épidémique, ajoute M. Rayer, sont elles les analogues des varicelles observées dans les épidémies de variole ? Il est difficile de les distinguer de certaines roséoles autrement que par leur cause : toute distinction entre elles est impossible^ lorsqu'elles sont sporadiques » ( Rayer, loc. cit. , p. 175).

MM. Guersant et Blache assurent, au contraire, avec Willan, que dans la rougeole sans catarrhe, l'éruption est la même que dans la rougeole vulgaire; seulement, disent-ils, la première période se passe sans catarrhe, ni fièvre, ni ophlhalmie.

Nous avons dit que dans certaines rougeoles irrégulières, la fièvre, la bronchite, le coryza, l'ophthalmie, sont quelquefois très-peu marqués; mais ces phénomènes morbides peuvent-ils faire complètement défaut, et n'a-t on pas appliqué le nom de rougeole sans catarrhe à des roséoles, à des érythèmes , c'e>t-à-dire à des affections complètement étrangères à la rougeole ? On pourrait le croire, au moins à l'égard de M. Rayer.

b. Rougeole sans exantliême. — La plupart des palhologisies modernes attribuent la description de cette forme de la rougeole à Sydenhan : c'est une erreur. Sydenham a constaté l'existence de l'éruption rubéolique pendant l'épidémie de 1674; seulement celle éruption se faisait soit prématurément , soit tardivement, et clle.se montrait en premier sur les épaules et sur les autres parties du tronc

De Haen, Bang,Gregory , MM. Guersant et Blache, disent avoir vu, pendant des épidémies rubéo-

liques , des individus qui présentaient tous les symptômes de la rougeole, l'éruption exceptée. M. Rayer a observé plusieurs fois des rougeoles dont l'éruption était incomplète, mais il n'a jamais vu celle-ci manquer entièrement.

11 est difficile de se prononcer sur la nature de la maladie lorsqu'il n'existe aucune éruption sur la peau , le voile du palais, le pharynx, etc. La toux férine n'est pas un phénomène pathognomonique , et pour élucider cette question encore obscure, il faudrait avoir constaté l'existence d'un énanthèmc à l'aide des signes indiqués par le docteur Helfft. G. Rougeole compliquée. — La rougeole compliquée est souvent secondaire; mais la complication peut aussi apparaître pendant le cours d'une rougeole primitive , surtout lorsque l'exanthème est confluent ou irrégulier. Il faut prendre garde , toutefois , dans ce dernier cas , de confondre l'effet avec la cause. Quelquefois la rougeoie est irrégulière avant qu'aucune complication soit survenue; mais souvent l'irrégularité ne se manifeste que consécutivement à la maladie intercurrente, et alors elle est produite par celle-ci, et ne doit pas être rattachée à l'affection rubéolique considérée en ellemême.

a. Rougeole compliquée d'une lésion locale. — 1° Stomatite. MM. Rilliet et Barthez la considèrent comme rare, car ils ne l'ont observée que deux fois; "mais elle s'est , au contraire, présentée très-fréquemment à M. Ka peler ( Journal générai des hôpitaux j p. 81 ; 1829 ) et à plusieurs autres observateurs; elle est caractérisée par le gonflement et le ramollissement des gencives avec suintement sanguin et ulcérations , fétidité de l'haleine , etc. ; la langue participe quelquefois à l'inflammation ; elîe est rouge, épaisse, et ne sort qu'avec peine de la bouche. Celte complication ne présente ordinairement aucune gravité, et cède facilement à un traitement approprié.

2° Pliarj ngo-laryngite, — La rougeur érythémateuse du pharynx et du larynx appartient aux lésions propres à la rougeole normale ; ce n'est donc que lorsque cette altération a dépassé ses limiles ordinaires qu'elle doit être considérée comme une complication. En se plaçant à ce point de vue, MM. Riiliet et Barthez ont compté, sur leurs 167 malades, 24 pharyngites, 19 laryngites et 16 pharyngo-laryngites ; mais ils font remarquer que si les phlegmasies de la gorge dominent, il faut l'attribuer à l'influence de la scarlatine qui régnait en même temps que la rougeole. «Nous restons convaincus, discutées auteuis, que la laryngite est plus spéciale ;li la rougeole que la pharyngite. » Dans une épidémie qui a régné à l'hôpital des Enfants, en 1809 , l'angine laryngée a existé chez les deux tiers

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des malades (Garapaignac, Dissertation sur la rougeole ,ih. àeVms,^. 10,0^45; 1812);daDsrépidémie observée par RL Lombard, l'inflammation du larynx s'est montrée avec beaucoup de violence chez tous les malades ( loc. cit. , p. 91 ).

La pharyngite est ordinairement légère et caractérisée par la rougeur de la muqueuse , le gonflement des amygdales et du voile du palais; quelquefois, cependant, Tinflammation est plus intense; une exsudation sanguine a lieu , la muqueuse se ramollit et présente des érosions , des ulcérations superficielles.

La laryngite est souvent intense; Tinflammation était simple dans lo sixième des cas observés par MM. Rilîiet et Barthez; des ulcérations ou des érosions existaient dans un peu moins de la moitié; des fausses membranes dans le cinquième; une fois la laryngite était œdémateuse.

La laryngite spasmodique est assez fréquente ; MM. Rilliet et Barthez l'ont constatée dans le cinquième des cas ; les malades présentèrent des symptômes très-prononcés , tels que douleurs , raucité de la voix ou aphonie, toux métallique, etc. , et cependant l'autopsie ne révéla aucune lésion {loc. cit. , p. 718 et suiv. ).

La pharyogo-laryngite n'exerce pas une influence notable sur les caractères et la marche de la maladie; elle se montre dans toutes les espèces de rougeole. M. Dechaut a vu la diphtérite débuter par les amygdales pour s'étendre plus ou moins loin; l'exsudatiou pseudo-membraneuse s'opérait incessamment et se renouvelait à des intervalles très-rapprochés; ordinairement les ganglions s'engorgeaieniet des abcès se formaient sous la mâchoire (/>e la Rougeole irréguliêre et compliquée, th. de Paris, p. 25; 1842). Dans l'épidémie qui a régné à Londres, vers la fin de 1842 , le docteur West a trouvé souvent des plaques pseudomembraneuses sur le voile du palais, les amygdales , le pharynx ou même toute l'étendue de l'œsophage ; des fausses membranes et des ulcérations occupaient répiglotte et le larynx ( Journal der Kinderkankheiten, avril 1844). Des cas nombreux de croup ont été observés pendant l'épidémie qui a régné en 1837 et 1838, dans le district de Bisigheim ; le croup se manifestait pendant la période de desquamation ( Hauff , Medicin. Abhandlungen; Stuttgard , 1839).

3° Eroncho- pneumonie. — Sur 147 enfants atteints de rougeole, MM. Rilliet et Barthez ont compté 24 bronchites , 7 pneumonies et 58 broncho-pneumonies. Sur 20 cas de mort recueilles par M. Lombard, 1 3 ont été dus à des phlegmasies. M. Dechaut a reuconlré la pneumonie chez presque lous les sujets dont il a fait l'autopsie (thèse citée, p. 10).

La compliculion peut survenir h trois époques dif-

férentes : 1° pendant la période d'invasion ou les premiers jours de l'éruption : elle exerce alors une grande influence sur la rougeole, et modifie profondément ses caractères et sa marche ; 2° pendant la décroissance de l'éiuption : elle ne modifie alors nullement la rougeole; 3" pendant la convalescence, c'est-à-dire du douzième au vingtième jour : alors elle n'a aucune influence sur la rougeoie et n'est point sous la dépendance de l'affection rubéolique. M. Léger a presque toujours vu la pneumonie se montrer entre le quatrième et le huitième jour (Essai sur la pneumonie des enfants,, th. de Paris , 1823, n" 46, p. 26-29.

La bronchite occupe ordinairement la base des poumons et les petites bronches qui subissent parfois une dilatation plus ou moins considérable; elle est quelquefois pseudomembraneuse, « mais il ne nous est jamais arrivé, disent MM. Rilliet et Barthiz , de trouver une fausse membrane dans les bronches passé le sixième jour de la bronchite rubéolique.»

La pneumonie est ordinairement double (7 fois sur 9, Boudin), bornée aux lobes inférieurs, ou générale ; elle est presque constamment lobulaire. mamelonnée ou généralisée; elle arrive rapidement au troisième degré et à la suppuration ; elle se prolonge parfois pendant un temps assez long, prend l'apparence chronique, et n'entraîne la mort qu'après vingt-cinq ou trente jours ( Rufz, loc. cit. ; Rilliet et Barthez, loc. cit.j p. 712 et suiv.; voy. le Compendium, Pneumonie des enfants j t. vu, p. 107 ).

4° Pleurésie. — Elle a été observée plusieurs fois par M. Dechaut et par M. Baron (voy. Plelrésie, Compendium ). Tantôt elle survient dans les premiers jours isolément ou conjointement avec la pneumonie, tantôt elle ne se montre que quinze, vingt ou trente jours après la rougeole; elle est subaiguë, insidieuse, et souvent elle n'est reconnue que lorsque déjà un épanchement considéiable s'est opéré (Dechaut, thèse citée, p. 18 ). M. Boudin a vu la pleurésie ou la pleuro-pneumonie compliquer la rougeole six fois sur dix (thèse citée, p. 1 9).

5" Phlegmasie gastro-intestinale. — Elle est la plus fréquente après la broncho-pneumonie, suivant MM. Rilliet et Barthez, qui l'ont rencontrée 46 fois sur 167. MM. Guersant et Blache pensent que cette proportion si élevée est due à ce que l'observation a porté sur des sujets cachectiques, épuisés par un long séjour à l'hôpital.

On observe des vomissements répétés et rebelles; une diarrhée abondante qui jette en peu de temps les malades dans l'amaigrissement; à l'autopsie on trouve la muqueuse gislro-inlestinale enflammée et ramollie. M. Dechaut dit avoir rencontré j»lusde vingt lois le rarnollis.semcjitgélatiniformedc l'estomac ; le même observateur a décrit les altérations suivantes:

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«Les follicules intestinaux sont presque toujours développés, formant une élevure de 1 à 2 ligues, offrant une coloration livide, hémorrhagique; ils affectent une forme framboisée, sans ulcérations. Les ganglions mésentériques sont développés, rouges, tuméfiés... Le gros intestin est presque constamment enflammé , principalement dans le cœcum, rS iliaque du colon et le rectum; la muqueuse est rouge, ridée et légèrement tuméfiée. Les follicules sont ordinairement plus développés et apparaissent épais comme des grains de millet ou de chènevis » (thèse citée, p. 20, 22).

Dans trois cas, M. Boudin a rencontré dans la grande courbure de l'estomac des ulcérations au nombre de cinq à douze, ayant de 2 à 3 lignes de diamètre, à bords affaissés; la muqueuse était aux trois quarts détruite dans son épaisseur et ramollie (thèse citée, p. 26).

La muqueuse des gros intestins est souvent altérée. MM. Boudin etRuFz l'ont trouvée rouge, épaissie et ramollie dans presque toute son étendue, quelquefois criblée d'un grand nombre de petites ulcérations d'une demi-ligne à 1 ligne de diamètre, irrégulièrement arrondies , à bords taillés à pic , à fond gri.sàtre. Dans quelques cas il existait sur toute la surface de l'intestin des fausses membranes disposées en forme d'îlots, d'une étendue de 3 à 4 lignes de diamètre et plus ou moins irrégulièrement arrondies. Les fausses membranes avaient environ un quart de ligne d'épaisseur, et n'adhéraient presque pas à la muqueuse sous-jacente.

11 faut se rappeler toutefois, avec MM. Rilliet et Barthez , que souvent des enfants qui ont eu un dévoiement abondant ne présentent après la mort aucune lésion appréciable du tube digestif, tandis que d'autres qui portent des lésions graves n'ont présenté que des symptômes peu marqués. Dans tous les cas de mort qui ont été observés par M. Rufz, la diarrhée eut constamment lieu pendant les deux tiers de la maladie, et dans plus de la moitié des guérisons la diarrhée, beaucoup moins abondante et moins opiniâtre, eut encore lieu pendant la convalescence. Huxham et Sydenham avaient déjà indiqué la fréquence de la diarrhée dans la rougeole.

L'entérite se montre assez souvent pendant la période d'invasion ou le jour même de l'éruption, et alors elle est ordinairement légère; d'autres fois elle ne se manifeste que pendant la période de desquamation , et alors elle est d'habitude assez grave.

Cette complication est plus fréquente dans la rougeole irréguiière que dans la rougeole régulière; mais elle ne modifie point par elle-même la marche de l'éruption; souvent elle est associée à la bronchopneumonie (Rilliet et Barthez , /oc. cit., p. 721 cl suiv.).

M. Lombard dit qu'un très-grand nombre d'enfants ont évacué des ascarides lombricoïdes pendant la première période de h rougeole; M. Dechaut a rencontré souvent dans les intestins, des lombrics réunis en pelotons et en quantité de quinze à vingt; le même auteur a rencontré des invaginations qu'il considère comme liées à une entérite grave. Toutes siégeaient dans la première portion de l'intestin grêle, comprenaient de 8 à 60 centimètres d'intestin, et présentaient diverses dispositions; le calibre de l'intestin était considérablement rétréci , mais il n'existait pas d'oblitération complète {loc. cit., p. 21 ).

6° Mcningo - encéphalite. — MM. Rilliet et Barthez assurent (loc. cit. , p. 736) que les accidents cérébraux ne constituent que bien rarement une complication réelle ; ils ne les ont rencontrés que cinq fois (convulsions, 2 fois; contracture, 1 fois; délire intense, 2 fois), et ils ne les ont pas vus s'accompagner d'une lésion cérébrale.

M. Dechaut déclare [loc. cit. , p. 15) que l'encéphalite, existant comme lésion principale, isolément ou simultanément avec la pneumonie et l'entérite, est une complication fréquente et qu'on la rencontre chez les trois quarts des sujets qui succombent. M. Lombard l'a notée un assez grand nombre de fois.

Gbez les enfants elle est principalement caractérisée par de l'assoupissement, des soubresauts dans les tendons, des mouvements convulsifs dans la face ou les membres, et quelquefois de véritables convulsions. Chez les adultes on observe le plus souvent le délire, l'agitation, etc.

A l'autopsie , on rencontre presque constamment une congestion sanguine de tous les vaisseaux intracrâniens, un épanchement de sérosité dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien , et l'état sablé de la substance cérébrale avec teinte rosée de la partie corticale, .sans ramollissement (Dechaut).

Sur treize sujets ayant eu des convulsions , M. Dechaut en a vu mourir neuf. Les accidents cérébraux sont graves; ils se montrent principalement chez les enfants âgés de moins de cinq ans; ils apparaissent soit dès le début, soit du douzième au quinzième jour de la rougeole.

Il faut prendre garde d'attribuer à une méningeencéphalite le délire sympathique qui accompagne si fréquemment la rougeole (Lombard); on évitera l'erreur en se rappelant que celui-ci .se manifeste le soir pour cesser le matin, qu'il n'est accompagné ni d'assoupi.ssement ni de convulsions.

7" Rliiriile, ophthalmie, otite. — Les phénomènes que Ton ob.serve du côté des yeux et des fo.sses nasales peuvent être a.ssez intenses pour constituer une véritable complication.

Diins deux cas M. Dechaut a trouvé les fosses na-

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sales pleines de matière purulente concrète ; la muqueuse était altérée, ramollie, décollée; les os euxmêmes étaient ramollis.

Dans une épidémie observée par Heyfelder, la rougeole a été souvent accompagnée d'ophlhalmie purulente; tous les auteurs ont observé des cas analogues (Boudin, Rufz, etc.). La phlegmasie oculaire peut se montrer dès le début, mais souvent elle ne se manifeste que pendant ou après la période de desquamation, au dizième ou douzième jour de la maladie.

Pendant ou après la période d'éruption on observe quelquefois tous les symptômes de l'otite, et spécialement un écoulement purulent et fétide qui s'opère par l'oreille. Dans deux cas M. Dechaut a constaté la présence du pus dans les cavités de l'oreille interne, avec altération de la membrane muqueuse et perforation du tympan {loc. c/f. ,p. 24).

8° Abcès. — Quelquefois, quoique moins fréquemment que dans la variole , des abcès plus ou moins nombreux se forment dans le tissu cellulaire sous-cutané; on les rencontre surtout au cou, à la région sous-maxillaire, aux membres; ils se forment avec une grande rapidité. M. Dechaut a vu les doigts s'excorier et devenir le siège de petits phlegmons entraînant en peu de temps la perte d'une ou de deux phalanges.

11 ne faut point confondre les abcès multiples avec les a^ce'^ méiastaliques ; ceux-là ne résultent point du mélange de pus avec le sang, et ils ne constituent pas, en général , une complication grave.

MM. Rilliet et Barthez ont vu la rougeole être suivie d'une éruption furonculeuse très-abondante.

9° Anasarque. — Cette complication est beaucoup moins fréquente que dans la scarlatine; MM. Rilliet ,et Barihez ne l'ont observée que 6 fois sur 1 07 cas de rougeole, et M. Rufz ne l'a rencontrée qu'une seule fois sur 84 cas {loc. cit.., p. 322). Tantôt l'œdème est peu considérable, limité aux jambes et à la face; tantôt il est général et parvient rapidement à un degré extrême.

L'anasarque est accompagnée d'albuminurie dans la moitié des cas à peu près, suivant MM.Guersant et Blache , et l'affection rénale se présente alors à l'état aigu (voy. Rein (Mal. du).

L'hydropisie se montre ordinairement pendant la convalescence; MM. Rilliet etBarthez l'ont vue se développer du douzième au trente-et-unième jour de la rougeole; tantôt elle disparaît au bout de quelques jours, tantôt elle se prolonge pendant plusieurs mois et finit par amener une terminaison funeste.

b. liougeole compliquée d'une lésion générale.

— 1° liougeole hémorrhagique ; rougeole noire,

rubeola nigra. — Dès le début, ou vers le septième

ou le huitième jour de l'éruption (Willan) , les taches

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rubéoliques présentent une couleur lie de vin , violette ou noire, ne disparaissent plus sous la pression du doigt et?e convertissent en véritables ecchymoses analogues à celles du purpura simplex ; .souvent il survient en même temps des hémorrhagies par le nez, la bouche, les gencives, l'estomac, les intestins, les veines, la vessie.

Cette forme est très-grave : après la mort, on trouve dans la plupart des organes des ecchymoses et des infiltrations sanguines qui indiquent une altération du sang.

Kn général, la rougeole hémorrhagique se montre chez des individus faibles, d'une mauvaise constitution, épuisés par la misère ou par des maladies antérieures. M. Rayer l'a observée plusieurs fois chez des enfantsatteints de tubercules pulmonaires, de cœco-colites chroniques, et épuisés par la diarrhée et la fièvre hectique (/oc. cit., p» 176). Quelquefois cependant la rougeole noire se développe chez des sujets forts, pléthoriques. Dans le premier cas, disent MM. Rilliet et Barthez, la rougeole est primitive et ataxique; dans le second, elle est secondaire etadynamique.

11 ne faut pas confondre la rougeole hémorrhagique avec la teinte jaune que présentent quelquefois, dans la période de desquamation, les taches de la rougeole régulière et bénigne.

2*^ Gangrène. — MM. Rilliet et Barthez ont observé la gangrène rubéolique 1 1 fois sur 1 67 ; M. Rufz ne l'a vue que 2 fois .sur 84.

La gangrène ne se montre guère que dans les rougeoles déjà compliquées d'une autre affection , et elle ne se développe que lorsque l'éruption a d(\jà disparu, du treizième au trentième jour, et quelquefois plus tard. «Il résulte de ce fait, disent MM. Rilliet et Barthez {loc. cit., p. 729) , que l'on pourrait regarderies gangrènes comme la conséquence des autres maladies survenues dans le cours de l'exanthème et non comme la suite de la fièvre éruptive elle-même; mais si l'on veut remarquer que ces gangrènes surviennent fréquemment dans le cours des complications de la rougeole et très-rarement à la suite de ces mêmes maladies quand elles sont primitives, on restera convaincu que la rougeole est au moins, dans ces cas, la cau.se prédisposante de la gangrène. Une dernière preuve, enfin, que la mortification ne doit pas être attribuée seulement aux complications rubéoliques est qu'on la voit quelquefois se développer à la suite de la rougeole chez des enfants qui ne sont atteints d'aucune autre complication importante.»

Le siège le plus ordinaire de la gangrène rubéolique est la bouche (8 fois sur 11); elle occupe soit les gencives et le repli gengivo-labial correspondant, soit les commissures , soit un point quelconque de la face interne des joues; elle peut aussi s'étendre jusqu'à la peau et envahir une étendue plus ou moins

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considérable de la face; d'autres fols elle se propage vers le pharynx (3 fois sur 1 1 ).

La marche de la mortification est rapide ; les gencives se ramollissent et s'ulcèrent; les bords alvéolaires sont détruits; les dents tombent; quelquefois les os eux-mêmes sont attaqués; des communications s'ouvrent dans les fosses nasales, et une grande partie de la voûte palatine est détruite; t!ès-souveut la lésion s'étend aux parties latérales de ia langue (Dechaut, thèse citée, p. 28). «Plus semel, dit Huxham, «notavi faucium et oris gangrœnam, maxiilae, porro «et vomeiis ossis caricm.»

Après la gangrène de la bouche , celle du poumon (4 fois sur 1 1) est la plus fréquente; elle se manifeste quelquefois d'emblée, mais ordinairement elle se développe dans des noyaux de pneumonie lobulaire.

il exiî^le plusieurs exemples de gangrène du larynx (Nouv. bihlioth. mécL, t. iv, p. 63 ; Journ. genér. des hôpli.,\). 101; 1828).

M. Dechaut a observé, chez des petites filles, plusieurs cas de gangrène de l'anus et de la vulve qu'il a rattachés, avec raison, à l'influence de la rougeole (/oc. cit.); souvent la gangrène occupe simultanément plusieurs organes.

3" Fiêi^re érupt'we. — MM. Riiliet et Barthez ont vu 7 fuis la scarlatine et 1 2 fois la variole se réunir à la rougeole. Vogel, Macbride , de Haen, Roux, ont cité des faits semblables. M. Rufz considère comme des exemples à^ complications rubéoliques cinq cas dans lesquels la variole s'est montrée quinze ou vingt jours après la disparition de la rougeoie; nous ne saurions partager cette manière de voir : il s'agit ici d'une maladie ultérieure qui peut n'avoir aucun rapport avec Taffection antécédente, et pour admettre la complication , il faut que la fièvre éruptive se manifeste en même temps que la rougeole ou pendant le cours de celle-ci.

Lorsque les deux maladies se développent simultanément, la rougeole est presque toujours modifiée; elle est anomale, irrégulière, tandis que la scarlatine ou la variole suit sa marche habituelle. Quelquefois cependant les deux affections, réagissant l'une sur l'autre, sont modifiées toutes deux. Enfin, Macbride et M. Rufz disent avoir vu la variole et la rougeole parcourir régidièremenl leurs périodes.

Ordinairement l'une des deux affections est plus prononcée que l'autre; MM. Rillict et Barthez ont cité un fait dans lequel les deux éruptions furent tour à tour plus intenses. 11 est rare, toutefois, de vnir la lougeole dominer la scarlatine. «Dans le plus grand nombre des cas . dit Montfalcon [Dic.l. des scicnc. méd., t. XLix, p. 1 35), loisque la rougeole et la variole sont contractées en même temps, la marche de la variole est suspendue, et lorsque celte pljlc{jmasie, la rougeole /ern)iuée, repicnd son cotrs, elle est oïdinairement

bénigne. » Il n'est point rare cependant de voir la variole suspendre la marche de la rougeole.

Les symptômes , généraux et autres , sont en rapport avec l'intensité relative de chacune des éruptions, mais il arrive, dans la grande majorité des cas, que l'intensité des complications est en raison inverse do celle des éruptions. Ainsi lorsque la scarlatine domine, la bronchite est plus grave; si, au contraire, c'est l'éruption rubéolique qui est plus marquée, l'angine sera plus intense (Riiliet et Barthez, loc. cit., p. 733).

A^' Rougeole putride j maligne^ adyiiamique. — Sous ce nom, on a souvent décrit les différentes espèces de rougeoles compliquées que nous venons d'énumérer, et Borsieri a donné le nom de rougeole maligne à la rougeole irrégulière.

Quant à nous, nous n'entendons parler ici que de cette espèce de rougeole dans laquelle, en présence de symptômes généraux très-graves , on ne constate, après la moit, aucune lésion localisée.

La période d'invasion a une durée plus longue ou plus courte; elle est accompagnée d'abattement, de courbature , de douleurs dans les membres , de vomissements, de diarrhée, de troubles cérébraux; l'éruption, qui se montre quelquefois dès le second jour, est incomplète, pâle, ou d'un rouge très-foncé, parsemée de pétéchies, de sudamina; elle est irrégulière, disparaît au bout de peu de temps ; la langue est sèche, noirâtre, fendillée ; les dents sont couvertes de fuliginosités; des aphthes se développent dans la bouche; le malade tombe dans une grande prostration ; on voit se manifester, en un mot, un véritable état typhoïde, et la mort ne tarde pas à survenir après avoir été annoncée par des selles involontaires et un coma plus ou moins prononcé; souvent on observe des gangrènes de la peau, de la bouche, du poumon, etc. (Naumann, loc, cit. , p. 678-C80). A l'autopsie, on ne constate, pour expliquer celte forme delà maladie, qu'une grande fluidité du sang et un ramoHissement général de tous les organes.

5" Rougeole compliquée de tuberculisation. — Des opinions contradictoires sont soutenues relativement aux rapports qui peuvent exister entre la rougeole et la tuberculisation. Les uns prétendent que la rougeole est une cause de tubercules, qu'elle produit par elle-même le développement de ceux-ci; les autres assurent que la maladie fébrile ne peut, tout au plus, que donner lieu au ramollissement de tubercules préexistants; d'autres encore ne voient entre la rougeole et les tubercules qu'un simple rapport de coïncidence.

«Pour nous, disent MM. Riiliet et Barthez {loc. cit., p. 729), il est incontestable que la rougeole favorkse le développement des tubercules, et, d'après nos observations, sur 1 1 rougeoles primitives envi-

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ron , il y en aurait 1 à Ja suite de laquelle se développeraient des tubercules.»

Mais dans un autre endroit de leur ouvrage les mêmes auteurs reconnaissent que le développement de la tuberculifatioti n'a aucun rapport avec la durée ou la marche de l'exanthème, et que la rougeole ne détermine guère le dépôt tuberculeux que chez des enfants qui ont été soumis à d'autres causes de luberculisalion (voy. le Compendium, Puthisie puLMOPfAiRE, t. VI, p. 556).

M. Rufz croit qu'il n'existe dans la science aucune proposition plus hasardée que la prétendue influence de la rougeole sur le développement des tubercules, et il appuie cette opinion sur les considérations suivantes.

Sur 38 cas de rougeole suivie de mort, 8 fois seulement ont existé des tubercules; ce qui assurément ne dépasse point la proportion dans laquelle on trouve des tubercules sur n'importe quelle série d'enfants ayant succombé à d'autres maladies.

Dans les cas où il exi.stait des tubercules, ces productions morbides n'étaient pas plus ramollies que dans d'autres circonstances; elles n'étaient pas plus nombreuses, et lelissu pulmonaire environnant n'était pas plus malade (Rufz, loc.'cil., p. 320).

Nous ne pensons pas que la rougeole puisse être une cause de tubercules , mais nous croyons , avec M. Andral et la plupart des pathologistes, qu'elle détermine assez souvent le ramollissement de tubercules préexistants , ramollissement qui , sans la fièvre éruptive, n'aurait peut-être eu lieu que beaucoup plus tard.

Quoi qu'il en soit, il faut admettre avec MM. Rilliet et Barthez que la tuberculisalion accompagne la rougeole de deux manières différentes.

1^ L'enfant contracte la fièvre éruplive au milieu de la bonne santé; l'exanthème est normal ou anormal ; la fièvre persiste intense et violente aussi bien que la toux ; il survient des signes de pneumonie, ou ces signes manquent presque complètement , ou bien il se développe un état typhoïde. Le malade meurt au bout de quarante ou cinquantejours, et l'autopsie démontre une tuberculisation à forme aiguë et le plus souvent générale.

2^ L'enfant est pris de la rougeole au milieu de la bonne santé ; l'exanthème est normal ou anormal; la fièvre tombe, ou plutôt diminue à réj)oque ordinaire, mais la toux persiste; le malade guéiit incomplètement; il reste faible, ne reprend point son embonpoint; des accès fébriles se manifestent le soir; enfin la phthisie est évidente, et la mort arrive au bout de plu.sieurs mois, ou même d'une année.

«Le plus ordinairement, ajoutent WM. Rilliet et Barthez, la phthisie tuberculeuse suite de rougeole est générale, mais il existe presque constamment

une prédominance de la tuberculisation ganglionaire et surtout bronchique.»

Marche j durée, terminaison de la rougeole compliquée. — Ainsi que nous l'avons dit, la marche de l'exanthème est presque constamment irrégulière ; la terminaison est souvent funeste , surtout chez les jeunes enfants. Sur 104 cas de rougeole compliquée recueillis par MM. Rilliet et Barthez, on compte 57 morts {/oc. cit., p. 744), et sur 38 cas de mort notés par M. Ruiz , 26 appartiennent à des enfants âgés de deux à cinq ans, et 1 1 à des enfants âgés de cinq à dix ans; après dix ans, on ne compte plus qu'une seule terminaison funeste.

On ne saurait d'ailleurs établir aucune généralité, car toutes les circonstances delà maladie varient avec la nature de la complication.

Espèces et variétés. — Plusieurs auteurs allemands, et en particulier Reil, Hufeland, Hildcnbrandt, ont décrit sous le nom de Rôthetn, de Buheola, un exanthème dont l'existence est encore problématique pour les pathologistes français , et dont la nature est encore fort obscure pour nos confrères d'outre-Rhin eux-mêmes. Voici les caractères qui ont été assignés à celte affection.

La période d'invasion est constituée par la réunion des phénomènes qui appartiennent à la rougeole et à la scarlatine. L'angine tonsillaire est assez intense; la toux eiTophlbalmie sont, au contraire, moins prononcées que dans la rougeole. Souvent il existe des douleurs articulaires.

L'éruption a lieu du second au quatrième jour ; elle commence ordinairement par le tronc, mais elle ne suit aucun ordre dans son développement; elle est constituée par des plaques irrégulièies, anguleuses, proéminentes, dépassant souvent l'étendue d'une pièce de 5 francs, offrant une rougeur et une altération plus prononcées au ceûtre que vers les bords ; souvent des phlyclènes se développent entre les taches exanthématiques. L'éruption disparaît ordinairement vers le quatrième jour; jamais elle ne persiste au de!;\ du septième jour, selon les uns; du dixième, selon les autres.

La desquamation a lieu comme dans la rougeole , suivant ceux-ci ; elle s'opère sous forme de larges fiagments cpidermiques , suivant ceux-là (Naumaun , loc. cit., p. 711. — Paterson, Tlie Edinhurgh med. and. surg. journal, numéro d'avril 1840).

Tantôt la rubéole règne en même temps que la rougeole , tantôt elle succède à celle-ci, tantôt enfin elle se montre seule et constitue des épidémies meurtrières.

La rubéole n'est-elle, comme le pensent quelques pathologistes, qu'une rougeole modiliée, anomale, ou qu'une scarlatine ii régulière? Est-elle, connue le veulent Heim, Naumann, Palerson , une individualité

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morbide devant occuper, dans les cadres nosog^raphiques, une place distincte entre la rougeole et la scarlatine? Ne représente-t-elle pas l'exanthèine que les derraatologistes décrivent sous le nom de roséole P Les descriptions que l'on trouve dans les auteurs sont trop incomplètes pour que nous puissions nous prononcer sur ces questions.

Diagnostic de la rougeole. — Rougeole régulière, simple. — Lorsque la maladie est primitive, il est quelquefois possible de la reconnaître dès le début, c'est-à-dire dès le premier ou le second jour de la période d'invasion. La toux, le coryza, l'ophthalmie, qu'accompagne un mouvement fébrile, sont des symptômes presque pathognomoniques, surtout s'ils se manifestent pendant une épidémie rubéolique, chez un enfant ayant été en contact avec des malades affectés de rougeole , etc.

Souvent, toutefois, et principalement lorsque les phénomènes morbides sont peu tranchés, le diagnostic ne devient certain qu'à l'époque de l'éruption; les nuances qui séparent les premiers symptômes de la rougeole des prodromes de la fièvre typhoïde , de la méningite , de la grippe, de la coqueluche, etc., sont légères, inconstantes , variables , et le diagnostic ne peut reposer que sur des probabilités (voy. Rilliet et Barthez, loc. cit., p. 704 et suiv.).

Lorsque la rougeole est secondaire, il est ordinairement impossible de la prévoir; «ses symptômes précurseurs se confondent avec ceux de la maladie primitive, ou ne se manifestent que par un mouvement fébrile qui n'a rien de caractéristique. »

Dès l'apparition des taches exanthématiques, que la rougeole soit primitive ou secondaire, le diagnostic devient facile et certain; la forme, la disposition des taches (taches peu étendues, déchiquetées, isolées, en croissant , légèrement saillantes), présentent des caractères pathognomoniques qu'il est impossible de méconnaître , et nous ne croyons pas qu'à l'exemple de quelques auteurs (J. Frank, Naumann , etc.), il soit nécessaire d'établir ici le diagnostic différentiel de la rougeole et de la roséole, de la scarlatine, de l'urticaire, de la miliaire, de l'éruption typhoïde, du purpura, etc.

Au début de l'éruption, surtout lorsque la rougeole est boutonneuse, on peut prendre la maladie pour une variole , mais dans celle-ci les symptômes de la période d'invasion sont di fférents ; les taches sont ordinairement moins nombreuses, moins rapprochées, et bientôt, d'ailleurs, on voit apparaître des pustules rudimentaires caractéristiques.

Rougeole irrégulière. — Le diagnostic est en général plus difficile , et ses éléments varient suivant la nature des anomalies que présente la maladie.

Souvent il est impossible de reconnaître la rougeole avant l'éruption, et souvent encore celle-ci ne dissipe pas entièrement l'incertitude. Dans les cas de ce genre,

la scarlatine est l'affection avec laquelle on risque de confondre la rougeole, et l'erreur est d'autant plus difficile à éviter que la scarlatine peut elle-même être irrégulière, et présenter des anomalies qui la rapprochent delà rougeole, «il n'est pas rare, dit M. Chôme! [Gazette des hôpitaux, p. 342, numéro du 22 juillet 1845), de trouver, soit dans les hôpitaux, soit dans la pratique civile, des malades atteints d'une affection que les uns prennent pour une rougeole , les autres pour une scarlatine. »

Voici quels sont les caractères différentiels dont il faut tenir compte et sur lesquels insiste particulièrement 1\I. Chomel.

Dans la rougeole, même irrégulière, la toux, le coryza, lophthalmie, sont ordinairement plus prononcés, tandis que l'angine est moins intense; les symptômes cérébraux sont plus rares , plus tardifs, moins violents; la période d'invasion est plus longue; les taches rubéoliquessont toujours irrégulières, insymétriques ; elles offrent entre elles des différences de forme, de grandeur, de nuance, d'élévation; la coloration scarlatineuse est uniforme, ou bien si elle est pointillée, les taches sont parfaitement régulières. Jamais dans la scarlatine il n'existe de pétéchies, d'ecchymoses. On ne rencontre pas dans la rougeole le gonflement des mains que l'on observe dans la scarlatine. La scarlatine n'est jamais accompagnée de crachats semblables à ceux que nous avons décrits comme très- fréquents dans la rougeole.

«Dans la scarlatine, dit M. Ghomel, on rencontre assez fréquemment une éruption miliaire dans certaines parties du corps , près des aisselles, des aines, dans les régions voisines des articulations : cette éruption n'a jamais lieu dans la rougeole.» Cette assertion paraît être trop absolue ; nous avons dit que plusieurs observateurs ont vu la rougeole être accompagnée d'une éruption miliaire plus ou moins abondante.

Dans la scarlatine la desquamation s'opère sur de larges surfaces; le rhumatisme, l'anasarque, sont des complications beaucoup plus fréquentes.

Rougeole anomale. — La rougeole sans catarrhe ne peut être reconnue que lorsque l'éruption se présente avec ses caractères pathognomoniques. La rougeole sans exanthème est toujours douteuse ; les crachats ont ici une grande valeur; la desquamation épithéliaque, si elle était constatée, fournirait au diagnostic un élémeni précieux.

Rougeole compliquée. — Quant à la fièvre éruptive , le diagnostic est ordinairement celui de la rougeole irrégulière; quanta la complication, le diagnostic varie suivant la nature de celle-ci.

11 est important pour le praticien de reconnaître le plus tôt possible si la maladie sera régulière et simple, ou irrégulière et compliquée.

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Une roug^eole grave sera à craindre si la période d'invasion s'étend au delà de quatre jours, si on observe des accidents cérébraux, de l'oppression, des épistaxis; si l'éruption ne débute point par la face; si elle est accompagnée de péléchies.

Le pronostic de la rougeole primitive , régulière, simple, est favorable :MM. Rilliet etBarthez n'ont pas vu succomber un seul enfant à cette forme de la maladie.

«Il est un préjugé répandu parmi les médecins et surtout dans les familles, dit M. Trousseau [loc. cit., p. 259): c'est que la rougeole est d'autant moins meurtrière que l'exanthème est plus confluent. 11 importe de proclamer que c'est là une grave erreur, car la confluence de l'éruption est mauvaise aussi bien dans la rougeole que dans la variole.»

En général, la rapide disparition de l'exanthème est un signe fâcheux , parce que le plus souvent elle indique le développement d'une complication , d'une phlegmasie viscérale; mais cette règle comporte d'assez nombreuses exceptions. «Chez quelques malades dont la rougeole est bénigne, la décroissance de l'exanthème est rapide et les taches ont disparu dès le second jour, sans qu'on doive s'en inquiéter ni craindre aucun accident, si d'ailleurs cette disparition ne coïncide avec aucun désordre fonctionnel grave » (Guersant et Blache , loc. cit., p. 66 1>

En consultant les tables de mortalité de MM. Rilliet et Barthez, on voit que la rougeole irrégulière primitive simple se termine par la guérison 5 fois sur 6; que la rougeole régulière primitive et compliquée, la rougeole irrégulière primitive et compliquée, la rougeole irrégulière secondaire simple, sont mortelles dans la moitié des cas; que la rougeole irrégulière secondaire et compliquée est mortelle dans la presque totalité des cas (27 fois .sur 30).

Parmi les complications, la pneumonie et la gangrène sont les plus graves de toutes , surtout chez les jeunes enfants.

Lorsque la rougeole règne épidémiquement, il faut tenir compte, pour le pronostic, du caractère général et de l'âge de l'épidémie. Telle épidémie est très-meurtrière , tandis que telle autre est très-bénigne; en général, les épidémies sont peu graves au début, augmentent rapidement d'intensité au bout de quelque temps, et décroissent ensuite après être restées stationnaires pendant un temps plus ou moins long; mais dans quelques cas, c'est à l'époque de leur terminaison qu'elles sont le plus funestes : telle a été répidémie qui a régné à l'hôpital des Enfants en 1810 (Guersant et Blache, /oc. 67r^ p. 007).

Toutes choses égales d'ailleurs, le pronostic est plus grave lorsque la maladie se monire chez une femme enceinte ou nouvellement accouchée, chez un nouveau-né ou un enfant très-jeune, chez un vieillard.

Considérée en général , la mortalité de la rougeole serait à celle de la variole, suivant Black, comme 1 esta 10 ou 12.

En réunissant plusieurs statistiques , nous avons trouvé 1 86 morts pour 1654 malades , ou environ 1 sur 9,4 ; mais ce résultat devient douteux si l'on considère que MM. Rufz, Rilliet et Barthez ont compté 128 morts pour 251 malades, c'est-à-dire plus de t sur 2.

Étiologie. — Causes prédisposantes. — ^gc. Billard avait déjà constaté que la rougeole est plus fréquente après qu'avant la première dentition; c'est de trois à cinq ans et de six à dix ans que MM. Rilliet et Barthez ont observé le plus souvent la maladie. Voici d'ailleurs le tableau qui résulte de leurs observations :

Sur 167 sujets atteints de rougeole,

25 étaient âgés de 1 à 2 ans.

72 — de 3 à 5 ans.

50 — de 6 à 10 ans.

20 — de 11 à 15 ans.

Lorsque la maladie se développe chez une femme enceinte, l'enfant peut venir au monde atteint d'une rougeole congénitale. Hildanus, Girtanner, Ro.sen , Vogel, Mi\l. Guersant et Blache, etc., ont cité des exemples de ce genre.

Vogel et Sydenham ont constaté que la maladie est plus rare chez les enfants à la mamelle que chez ceux qui sont nouvellement sevrés.

Après quinze ans la rougeole devient rare ; cependant elle peut se développer chez des sujets de l'âge le plus avancé ; Weisenberg l'a observée chez un homme de cinquante ans; Heim, chez une femme de soixante et seize ans(Naumann, loc. cit., p. 689).

Sexe. — Percival assure que la rougeole attaque de préférence les garçons; MM. Rilliet et Barthez ont compté 92 enfants du sexe masculin, et 75 du sexe féminin; mais d'autres observateurs ontconslaté un rapport inverse, ou tout au moins une fréquence égale chez les deux sexes.

Des épidémies rubéoliques ont été observées dans toutes les saisons, et il n'est nullement démontré qu'elles soient plus fréquentes à la fin de fhiver.

Maladies antérieures. — Sur 160 cas de rougeole observée par MM. Rilliet et Barthez, la maladie a été primitive 1 16 fois; dans les 44 cas de rougeole secondaire, il n'a pas été possible d'attribuer la moindre influence plutôt à telle affection qu'à telle autre.

Causes déterminantes. — Contagion. La rougeole est contagieuse par infection , et les sujels contractent d'autant plus facilement la maladie qu'ils sont plus rapprochés du foyer d'infection et que celui-ci est plus iuleuse. M. Gendrou assure que

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la maladie peut être transmise par l'intermédiaire d'un individu sain, c'est-à-dire à la suite de relations indirectes. Ces propositions sont acceptées par la plupart des pathologistes, mais il n'est point aussi généralement admis que la rougeole soit contagieuse par inoculation ; cependant Home en 1758 , Speraoza en 1822,et Michael, de Katona,en 1842, ont institué des expériences qui paraissent être concluantes.

Speranza a fait avec une lancette une légère incision sur une des plaques rubéoiiques les plus larges et les plus enflammées , de manière que la pointe de l'instrument fut teinte de sang , et il a pratiqué ensuite des piqûres sur le bras d'un individu sain : au bout de quelques jours il a vu se développer une rougeole régulière et bénigne. Cette expérience a été répétée plusieurs fois avec le même succès (Biblioteca italiana , numéro d'août 1825).

Michael, de Katona , a inoculé du sang puisé dans des.p'.aques rubéoiiques au moment de Pefflorescence; il a inoculé l'humeur lacrymale, et 93 fois sur 1 00 expériences, il a vu l'inoculation être suivie, au bout de sept jours ,du développement d'une rougeole trèsbénigne (voy. Gazette médicale ^ p. 401 ; 1843).

11 est fâcheux que des expériences suivies et nombreuses n'aient pas été instituées dans nos hôpitaux, pour établir définitivement un point de science sur lequel les opinions sont encore très-partagées.

En raison de conditions individuelles qui échappent complètement à notre appréciation, certains individus paraissent être, pendant toute leur vie ou à une certaine époque de leur existence , inaptes à contracter la rougeole.

Epidémie. — La rougeole peut se développer sporadiquement, mais le plus ordinairement elle est épidémique , et elle revêt alors un caractère particulier qui prédomine pendant toute la durée de l'épidémie. Les conditions atmosphériques qui président à ces phénomènes nous sont entièrement inconnues. Souvent les épidémies niorbilleuses succèdent à des épidémies de coqueluche , de grippe, de variole.

Traitement. — PropJiylaxie. — L'éloiguement des iV)\ers d'infection , des lieux où sévit une épidémie moi bilieuse, l'isolement, sont les seuls moyens prophylactiques d'une efficacité incontestable. On a préconisé le camphre (Toit), le soufre (Torlual, //m- Jcland's journal, numéro de février 1823}, les fumigations chlorurées (Berndt), la belladone (Mandt), un mélange de vin antimonié d'Huxhani et d'oxymel scillitiquc, les purgatifs, etc.; mais l'expérience n'a nullement démontré l'action préservatrice de ces médicaments.

L'inoculation a été préconisée non pour prévenir le développement de la maladie , mais pour substituer une rougeole b:!iiigne h une rougeole peut être grave.

Traitement curatif. — Le traitement de la rougeole simple, régulière ou irrégulière, primitive ou secondaire, est presque exclusivement hygiénique. Le séjour au lit, des boissons tièdes, émoUientes ou diaphorétiques (infusion de violette, de bouillon blanc, de mauve, de bourrache, de fleurs pectorales , etc.), la diète , une température égale (1 3 à 1 5 '^ R.) , une lumière douce, Téloignement de toute cause de refroidissement : tels sont les seuls moyens auxquels il soit nécessaire de recourir. Une médication active serait plus nuisible qu'utile. F. Hoffmann, de Haen, et plusieurs autres médecins, ont proposé de pratiquer constamment, au début de la maladie, une ou plusieurs saignées , dans le but de favoriser l'éruption, de la rendre régulière et de prévenir les complications; cette méthode est repoussée avec d'autant plus de raison que les émissions de sang sont en général dangereuses dans le traitement de la rougeole , et qu'elles ne doivent être mises en usage que dans les cas où elles sont impérieusement réclamées par des complications phlegmasiques intenses et graves. «Non-seulement, dit M. Ghomel {loc. cit.), on ne doit point abuser des émissions sanguines, mais il faut même en user avec beaucoup de modération et de prudence. On ne devra saigner que dans le cas où il se développerait des accidents inflammatoires susceptibles de mettre la vie en danger.»

Si le coryza , l'ophthalmie, la toux, sont très-intenses , on prescrira des fumigations émollientes, des collyres de même nature, un looch blanc, quelques pastilles d'ipécacuanha.

La convalescence exige quelques précautions. Il ne faut point permettre au malade de quitter le lit et de s'exposer à l'air avant que la desquamation soit entièrement terminée; l'alimentation ne doit être reprise que graduellement, et lorsque les premiers aliments n'ont déteiminé ni diarrhée, ni vomissement, ni aucun autre trouble des fonctions digestives.

Un préjugé trop répandu veut que l'on administre des purgatifs pendant la convalescence de la rougeole; MM. Guersant et Blache repoussent cette pratique. Quelques miuoratifs peuvent néanmoins être administrés avec avantage pour combattre la constipation ou la toux, laquelle, souvent, persiste longtemps après la disparition de l'exanthème. Dans ce dernier cas, M. Rayer conseille l'application d'un vésicatoire volant sur la poitrine, ou celle d'un vésicatoire en- Irenu sur le bras.

La rougeole compliquée exige une médication beaucoup plus active que celle que nous venons d'indiquer ; mais ici il importe d'établir une distinction.

Lorsque la complication se montre pendant la période d'invasion ou au commencement de la période d'éruption, il arrive ordinairement que l'exanthème est pâle, peu abondant, ou bien qu'il disparaît brus-

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queinent dès le premier ou le second jour. Dans tous les cas de ce genre, la première et la plus sérieuse des indications est de déterminer ou de rappeler Texanthème. Acet effet, on a proposé le^ boissons chaudes et sudorifiques,racétated'ammoniaque. les bains chauds, les bains de vapeurs, les bains froids, les affusions, les lotions de même nature (Bateman , loc. cit. — Thaer, Revue médicale, 1. 1, p. 127; 1 832). M. Ghomel préconise les rubéfiants promenés sur toute la surface du corps : «sous leur influence , dit ce praticien éminent, nous avons vu revenir, presque miraculeusement, à la vie des sujets qui semblaient voués à une mort inévitable.»

M. Trousseau repousse énergiquement les excitants généraux. «Si l'on se rappelle, dit il, que l'éruption n'est discrète qu'à cause des phlegmasies qui compliquent la maladie , on comprendia aisément que les excitants généraux , sous quelque forme qu'on les administre, agissent bien plutôt dans le sens des phlegmasies accidentelles que dans celui de l'exanthème.» Les excitants locaux sont au contraire très-utiles, et parmi ceux-ci , c'est à Turtication que M. Trousseau accorde la préférence.

Les vomitifs, et spécialement l'ipécacuanha , ont souvent rendu d'utiles services.

Lorsque la complication se manifeste pendant ou après la décroissance de l'éruption , le praticien n'a plus à se préoccuper de l'exanthème, et il doit alors combattre énergiquement la maladie consécutive par des moyens appropriés et connus que nous n'avons pas à énumérer ici ; mais il doit en même temps se rappeler que «les phlegmasies consécutives à la rougeole , étant d'une nature spécifique, s'amendent moins sûrement et cèdent avec moins de facilité à l'influence de la méthode antiphlogistique.» II faut donc que les émissions sanguines soient moins abondantes et moins rapidement répétées que dans les inflammations ordinaires (Guersant et Blache, loc. cit. y p. 682). Ce précepte est généralement adopté aujourd'hui , bien qu'il soit contraire à celui que donnent Sydenham et J. Frank. «Dans aucun exanthème, dit ce dernier auteur, la saignée ne peut être pratiquée avec plus de sûreté dans un stade quelconque delà maladie, sans en excepter celui de l'invasion, que dans la rougeole vraiment inflammatoire, surtout si elle est accompagnée de la phlogose du larynx, de la trachée, des bronches, du cœur, du tube alimentaire. Ni la diarrhée , ni l'enfance ne s'oftpo^enf à la saignée. Une toux un peu forte avec gêne de la respiration et du décubilus indique par elle-même la saignée lorsque le malade est prédisposé à la phlhisie.»

Nous le répétons : ces doctrines sont complélement abandonnées par les praticiens de notre époque.

Dans la roai^eolc ady namiquc, on obtient de bons résultats des excitants généraux , des toniques,

des aromatiques, du quinquina, des vésicatoires.

Nature et siège. • — Classification dans les cadres nosologiqucs. — Pinel a placé la rougeole parmi les phlegmasies cutanées. «L'état morbide primilif et essenîiel delà rougeole, disait Bourgeois (Journ. gén. de méd., t. lxwh, p. 22), est une lésion phlegmasique du système muqueux, qui a pu d'abord n'être fixée que sur un point, qui s'étend ensuite à toute la contiguïté de ce sysième dermoïde. » Plusieurs auteurs ont considéré la rougeole comme une inflammation simultanée des systèmes dermoïde et muqueux. Aucun pathologiste ne soutiendrait aujourd'hui que la rougeole est uneaffecJionlocdle; Fodéré avait déjà compris que «les éléments rubéoliques , quels qu'ils soient, sont formés dansle sang;» malheureusement il avait ajouté que ces éléments produisent la sécrétion d'une vapeur très-âcre et trèschaude.

La rougeole est une maladie générale, liée à une altération primitive du sang, se traduisant principalement par des lésions des systèmes muqueux et cutané; elle appartient à la grande classe des pyrexies, et spécialement à l'ordre des fièvres dites cruptives.

Historique et bibliographie. — Ferneî, Sennert, Wedel, Triller, Saumaise, Willan, Bateman , soutiennent que la rougeole était connue des médecins grecs et qu'elle à été décrite par eux sous les noms d^érj-sipêlcj d'exanthème, d'ecthfma, de phlfsacia^ etc. Willan [Miscellaneous works^ comprising an inquiry into the antiquitj of measles; Londres, 1 821) et Bateman {loc. cit., p. 98 et suiv.) se sont longuement efforcés de réunir des preuves à l'appui de cette doctrine; mais les savants commentaires de Gruner ont démontré que c'est à Rhazès qu'il faut rapporter la première connaissance de la rougeole. Il faut ajouter que le médecin arabe n'a donné qu'une description incomplète, et qu'il n'a point suffisamment distingué la rougeole delà scarlatine et de la variole. Celte confusion a d'ailleurs régné pendant fort longtemps dans la science. Sennert [Med. prat., lib. IV, cap. 1 2 ), Diemerbroeck ( Tractatus de variolis et morbillis, cap. 114), et beaucoup d'autres, considéraient la rougeole et la variole comme deux degrés de la même maladie ; Morlon (Op. medica : t. I, de Febribus injlammatoriis ; cap. 3, de Morbillis et Jebre scarlatina, in-4°; Lugduni, 1737) réunissait la rougeole à la scarlatine et n'y voyait que deux variétés d'une même afieclion.

F. Hoffmann (r/c Febribus, sect. i, cap. 8), de Ilaeu [Jiat. med., t. iv, p. 87), Roscn {Traité des maladies des enfants, chap. 14), Stork [Instrum. mcd.pralic, t. i), furent à peu près les premiers qui s'efforcèrent d'établii- l'individualilé de la rougeole, laquelle fut définitivement constituée par Sydenham et par Borsiéri.

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Sydenham(0/;cmmc^.^l. I, p. 120-143, in-4°; Genève , 1 769) a décrit les épidémies de rougeole régulière et irréguiière qui régnèrent à Londres en 1 760 et 1 764 ; sa description ne laisse rien à désirer quant à l'étude de l'exanthème rubéolique. Le travail de Borsieri {Inst. med. pract. Fenetiis, t. ui, p. 104; 1817) est encore aujourd'hui l'un des plus complets et des plus utiles que l'on puisse consulter; la maladie est divisée en bénigne et en maligne , et toutes les questions qui se rattachent à son histoire sont étudiées avec les plus grands délails. Borsieri met d'ailleurs à profit les recherches de ses devanciers, et il résume tout ce qui, jusqu'à lui, a été écrit sur la matière. L'exanthème rubéolique étant décrit , l'anatomie pathologique pouvait seule fournir de nouveaux éléments à l'étude de la rougeole, et spécialement à celle de la rougeole compliquée; aussi faut-il arriver jusqu'à notre époque pour rencontrer des travaux de quelque prix. Le traité de Roux (Traité sur la rougeole; Paris, 1 807) n'a de valeur que par la relation de quelques observations intéressantes.

Parmi les auteurs modeines qui ont jeté la plus vive lumière sur l'histoire de la rougeole compliquée, nous citerons en première ligne MM. Boudin [Rech. sur les complications qui accompagnent la rougeole chez l'enjant^thèit de Paris,! 835, n^ 91 ), Rufz [Journ. des conn. méd.-chir. , numéro de février 1836) et Dechaut {De la Rougeole irrégu- Hère et compliquée, thèse de Paris, 1842); mais nous devons ajouter que l'on rencontre des documents précieux dans les observateurs qui se sont occupés de la pneumonie et de la pleurésie des enlants, du croup, et qu'un grand nombre d'observations isolées sont disséminées dans les différents recueils périodiques (voy. MM. Rayer, Rilliet et Barlhez).

Nous accorderons enfin une mention toute spéciale à MM. Rilliet et Barthez; leur travail est certainement le meilleur que l'on possède; nous lui avons fait de fréquents emprunts {Traité clinique et pratique des maladies des enfants, t. ii, p. 673 ;

Les dermatologistes n'ont guère envisagé la rougeole qu'au point de vue de l'exanthème ; en ne consultant que leurs ouvrages, on n'aurait qu'une connaissance fausse et incomplète de la maladie.

Il est utile d'étudier les caractères différents que revêt la maladie dans chacune des épidémies; nous ne pouvons pas énumérer les nombreuses relations qui ont été publiées, mais nous citerons comme particulièrement intéressantes celles de MM. Gendron {Rev. méd., t. xiii, p. 536), Dufau {Ann. de la méd. phjrs., numéro d'avril 1828), Lombard (Ccts. md^/., p. 89; 1 833), et celles de Joaritsma {Gucrson und Julius Magnz.,CA\\. 1; 1830), Wolff (/>/^.ç. de morbillorum rpidcmia ann. 1829 et 1830 Bonnœ gras-

sata; Bonn, 1831), Heyfelder (Studien im Gehiele der Heilivissenschaft, t.n; Stuttgard, 1839), Hauff {Medic. Abhandlungen ; Stuttgard , 1 839). RUBÉOLE. — Voy. Roséole et Rougeole.

RUPIA,s. m.

Définition et dn'ision, — L'existence et les caractères du rupia ne sont point établis d'une manière très -satisfaisante par les auteurs: les uns pensent que le rupia n'est autre chose qu'une syphilide ulcéreuse et croùteuse; les autres le considèrent tantôt comme un pemphygus, tantôt comme un ecthyma. MM. Cazenave et Schedel reconnaissent que le rupia proéminant se rapproche beaucoup de l'ecthyma chronique {ecthyma cacheciicum de Willan), et que le rupia escharotica paraît être la même affection que le pemphygus gangrenosus { Abrégé prat. des mal. de la peau, p. 167, 168; Paris, 1838). « Le rupia de Baleman, dit Alibert, ne me paraît pas différer assez de ce qu'il désigne, lui-même, sous le nom d'ecthyma, pour constituer un genre à part; ce serait un genre purement factice, fondé sur des considérations accidentelles et de peu d'importance » {Monographie des dermatoses , in-4^, p. 69; Paris, 1832).

11 est certain que le rupia tel qu'il a été décrit par Bateman, par MM. Rayer, Cazenave et Schedel, Gibert, etc., n'est point une affection vénérienne, mais nous avouons ne pas être très-édifiés sur la valeur des caractères qui, selon ces auteurs, distinguent le rupia du pemphygus ou de l'ecthyma. Quoi qu'il en soit, nous reproduirons la description et les divisions tracées par les dermatologistes.

Le rupia est constitué par le développement de bulles plus ou moins étendues, isolées, aplaties, remplies d'un liquide tantôt séreux , tantôt purulent ,' quelquefois sanguinolent , auxquelles succèdent des croûtes épaisses et des ulcérations plus ou moins profondes.

On a distingué trois variétés de rupia : le rupia simplex, le rupia proeminens et le rupia escharotica ; mais, de l'aveu de MM. Cazenave et Schedel, ces variétés ne représentent que trois degrés différents de l'éruption {loc. cit.., p. 166).

Symptômes. — Rupia simplex. — Sans inflammation préalable, des bulles arrondies, de la dimension d'uue pièce de 1 franc, aplaties, se montrent sur les jambes , quelquefois sur les lombes et les cuisses , plus rarement sur d'autres régions du corps; elles sont isolées, peu nombreuses, et contiennent un fluide séreux, jaunâtre et transparent. Bientôt le liquide se trouble, s'épaissit, devient opaque, puriforme, et donne naissance à des croules brunâtres, rugueuses, plus épaisses au centre qu'à la circonférence où elles se continuent avec l'épiderme que soulève, dans une petite étendue, un liquide puriforme.

iRUP — 441 —

Au bout de quelques jours, les croûtes se soulèvent, tombent et mettent à nu une ulcéralion superficielle du derme; celle-ci se cicatrise proniptement ou persiste pendant quelque temps; des croûtes de plus en plus minces se reproduisent et tombent alternativement.

Après la cicatrisation, la peau conserve longtemps une teinte rouge livide ou même presque noire (Bateman).

Bupia proeminens. — Les bulles sont précédées d'une inflammation circonscrite de la peau, et se développent sur une surface rouge, chaude, comme érythémateuse; elles sont plus larges que dans la forme précédente.

L'épiderme est soulevé lentement par un liquide noirâtre, lequel, dans l'espace de quelques heures, se transforme en une croûte épaisse et noire (Baieman, Abrégé prat. des mal. de la peau, trad. de Bertrand, p. 294; Paris, 1820).

« La circonférence de la croûte est entourée d'une auréole rougeâtre, large de quelques lignes, sur laquelle l'épiderme est encore soulevé; une nouvelle inscrutalion s'y établit et ajoute à l'étendue de la première. L'auréole rouge se propage de nouveau et d'une manière lente à la circonférence, l'épiderme se soulève, etc., et ainsi, par des additions successives, la croûte primilive croît en étendue et en épaisseur pendant un espace de temps qui varie depuis deux jours jusqu'à une semaine «(Gazenave et Schedel, loc. cit.^ p. 167).

Lorsque la croûte est arrivée à son entier développement, elle forme une éminence conique, qui offre quelque ressemblance avec une écaille d'huître, ie moule, ou avec le mollusque qui porte le nom de îépas ou patelle.

Tantôt la croûte est très-adhérente et persiste pendant très-longtemps, à moins qu'on ne détermine sa îhute à l'aide d'applications émoUientes; tantôt elle [l'est que peu unie au derme et se détache par l'effet l'un léger frottement; lorsqu'elle tombe, elle met à au une ulcération d'autant plus profonde que la maladie est plus ancienne, et sur laquelle une nouvelle :roûte se reforme dans l'espace de quelques heures. Ce n'est que lorsque plusieurs croûtes se sont linsi successivement reproduites que la cicatrisation i'opère.

Dans quelques cas la croûte primitive n'est point emplacée, et laisse après elle une ulcération étendue, rcs- profonde, livide, saignante, rebelle, et offrant ous les caractères de l'ulcère atonique.

La cicatrisation n'a guère lieu avant deux ou trois lepténaires : quelquefois elle se fait attendre beau- ;oup plus longtemps. M. Gibert a rapporté l'observation d'une femme chez laquelle un rupia procmiicns durait depuis deux ans sans avoir subi aucun

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I amendement; des croûtes énormes, d'un vert brunâtre, inégales, bosselées et irrégulièrement arrondies, égalant dans plusieurs points le volume de petites noix, recouvraient toute l'étendue des téguments depuis le front jusqu'aux pieds, laissant entre elles de faibles intervalles de peau tantôt saine, tantôt occupée par des cicatrices superficielles (obs. de rupia proéminent, in Bei^ue médicale j, p. 161 ; numéro de février 1843).

Bupia escharotica. — La maladie commence par des taches livides au niveau desquelles l'épiderme ne tarde pas à être soulevé par un liquide séro-sanguinolent, noirâtre; les bulles sont petites, irrégulières et entourées d'une auréole d'un rouge violacé; elles ne tardent pas à se rompre, et elles sont alors remplacées par des ulcérations livides , à bords rouges et enflammés, laissant écouler un fluide fétide composé de pus et de sang.

Le rupia escharotica occupe les lombes, les cuis.ses, les jambes, le cou, la partie supérieure de la poitrine, l'abdomen, le scrotum ; chez les enfants, qu'elle frappe le plus ordinairement , la maladie est accompagnée de fièvre, de douleurs plus ou moins vives, et elle peut amener la mort dans l'espace de deux septénaires. La guérison, lorsqu'elle a lieu, se fait toujours attendre très-longtemps.

Diagnostic. — Les bulles du pemphigus sont plus larges, plus proéminentes; elles renferment un liquide transparent; elles ne donnent point naissance à des croûtes épaisses et rugueuses ; elles ne sont pas suivies d'une ulcération du derme. « Cependant, dit M. Rayer, le pemphigus infantilis, dans lequel la peau est quelquefois ulcérée au centre des bulles, semble faire une sorte de transition entre le pemphigus et le rupia» [Traité tliéor. et prat. des mal. de la peau, t. i, p. 305 ; Paris , 1835).

Vecthfma, dans sa forme la plus simple, lorsqu'il est primitivement constitué par des pustules de petite dimension, ne peut être confondu avec le rupia; mais quelquefois il donne lieu au développement de véritables bulles purulentes, et alors le diagnostic différentiel devient très-difficile, sinon impossible. Les croûtes du rupia sont, dit-on, plus épaisses, moins adhérentes , entourées d'une auréole moins enflammée, suivies d'ulcérations plus profondes et plus rebelles.

Le pronostic n'est pas ordinairement grave; cependant la maladie peut avoir une très-longue durée lorsqu'elle frappe un vieillard, un sujet débilité, d'une mauvaise constitution, et nous avons dit que le rupia escharotica est quelquefois suivi de mort chez les enfants.

Ktiologie. — Les cau.ses du rupia sont inconnues; la maladie se développe presque exclusivement sur des enfants ou des vieillards débilités par la misère, par

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le séjour dans des lieux bas et humides , par une mauvaise alimentation, par des maladies; elle succède quelquefois à la variole, à la rougeole, à la scarlatine; elle se montre chez des sujets affectés de pourpre simple ou hémorrhagique ; elle est plus fréquente pendant l'hiver.

Traitement. — Le rupia simplex ne réclame ordinairement qu'un traitement local; après avoir amené la chute des croûtes au moyen de cataplasmes émollients, de lotions de même nature, on hâte la cicatrisation du derme ulcéré à l'aide de bains alcalins , de lotions avec le vin aromatique , de légères cautérisations avec le nitrate d'argent. «Souvent, dit M. Rayer, j'ai fait saupoudrer les ulcères du rupia avec la crème de tartre, et c'est de tous les topiques celui que j'ai vu réussir le plus constamment. »

Le rupia proeminens et surtout le rupia escharolica exigent presque constamment un traitement à la fois général et local.

Le lait d'une bonne nourrice pour les enfants épuisés par la faim , un mauvais lait ou l'usage du biberon ; des viandes de bœuf et de mouton , un vin généreux pour les adolesiieuts, les adultes et les vieillards: tels sont, dit M. Rayer, les premiers soins et les plus importants. 11 faut quelquefois ajouter à ce régime l'administration des amers, des toniques, du quinquina , des martiaux.

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Les surfaces ulcérées doivent être profondément modifiées au moyen du nitrate d'argent, des acides [| nitrique et hydrochlorique, du nitrate acide de mercure, de la teinture caustique d'iode, des bains alca- t lins ou sulfureux. Biett, MM. Gazenave et Schedel, recommandent la pommade de proto-iodure ou de deuto-iodure de mercure ; mais Plumbe a vu les mercuriaux aggraver la maladie [A practical ivcat. on diseases of the skin ; Lond., p. 1 56 ; 1 824 ).

L'effet de ces remèdes externes doit être attentivement surveillé; quelquefois, dans le rupia escharotica des enfants , on est obligé de donner la préférence aux émollients.

Lorsque la maladie occupe les membres inférieurs, le repos et la position horizontale sont de rigueur; les bandelettes agglulinatives sont quelquefois utiles.

Classification. — BiblicgrapJiie. — Willan et Bateman ont rangé le rupia parmi les affections vésiculeuses (ordre vi); Biett l'a placé dans l'ordre des bulles (ordre m); Alibert, le confondant avec le phlyzacia, l'a mis au nombre des dermatoses eczémateuses (groupe 1, genre v).

Willan et Bateman sont les premiers qui aient décrit le rupia ; depuis eux la maladie été étudiée par MM. Cazenave et Schedel, Rayer, Gibert, mais elle n'a fait l'objet d'aucune monographie, d'aucun travail spécial.

SALIVATION. — Voy. Ptyalisme.

SANG (Altérations du).

Nous voulons étudier, dans cet article, les altérations que peut présenter le sang, abstraction faite des phénomènes symptomatiques auxquels ces altérations donnent lieu. Nous ne devons pas recommencer la description des différentes individualités morbides constituées par telle ou telle altération du sang (Chlorose, Pléthore, Scorbut, etc.), et nous ne devons pas davantage repioduire les considérations de pathologie générale que nous avons exposées dans nos articles Inflammation, Hydroimsie, Fièvre, etc.

Nous n'avons pas besoin de dire que nous insisterons principalement sur les altérations de composition , sur les modifications des éléments chimiques du liquide sanguin, dont l'existence a été démontrée par l'analyse. «Dieu me garde, a dit M. Andral, de ne pas prendre en sérieuse coni.idération les altérati'):.s des propriétés physiques du sang; mais je prétends que si l'on se borne à leur unique étude, non-seulement on n'acquiert que des lumières complètement insuffisantes, mais on s'expose à commettre de graves erreurs, car les difftîrences d'aspect du sang sont loin de produire toujours des différences

semblables dans sa composition. Je ne comprends pas plus la possibilité de quelque notion précise et véritablement utile sur les modifications du sang, sans l'intervention de l'analyse, que je ne comprends la possibilité de reconnaître, sans les dissections, les modifications des organes ))(yi(^/>(^/i.vc de M. Andral à la lettre qui lui a été adressée par M. Forgct, in Gaz. méd., p. 372; 1841).

Nous adoptons complètement celle manière de voir, et nous ne croyons pas , en vérité , avoir besoin de défendre la méthode analytique contre les objections qu'a dirigées contre elle M. Forget {Lettre sur les rcch. relatii^es aux altérations du sang dans les maladies ; même recueil, p. 343), et qui ont été si victorieusement réfutées par M. Andral.

Les résultats que nous consignerons dans notre travail ont été obtenus, pour la plupart, à l'aide d'un procédé d'analyse qui, indiqué par M. Dumas, a été adopté par MM. Andral et Gavarret. La bonté de ce procédé et la valeur de ces résultats ont été attaqués par M. Mandl ( lléflexions sur tes analyses chimiques du sang dans les maladies, in Arcli. gêner, de méd., t. IX, p. 173-271, 1840; t. X, p. 198, 1841) ; mais, ici encore, nous ne pensons pas devoir

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remettre en discussion une question que tout le monde sait avoir été définitivement résolue par MM. Andral et Gavarrct {Réponse aux principales ol>jections dirigées contre les procédés suii^is dans les analfses du sang et contre V exactitude de leurs résultats; Paris, 1842).

Pour étudier au point de vue de la clinique les altérations du sang, il est nécessaire de bien connaître la constitution normale de ce liquide; mais, comme nous ne voulons point sortir du domaine de la médecine pratique pour entrer dans celui de la physiologie et de la chimie organique, nous laisserons de côté, ou nous nous contenterons d'indiquer, les questions qui se rattachent aux différents procédés d'analyse, à la vitalité du sang, à la nature intime de quelques-uns de ses éléments, aux causes de son mouvement dans les capillaires, aux différences qui séparent le sang artériel du sang veineux , è l'action qu'exercent sur ce dernier les phénomènes de la respiration, à la composition du sang foetal , du sang des règles, des lochies, etc.

Notre article, spécialement consacré à Tétude du sang veineux de l'homme, sera divisé de la manière suivante: § f. Étude du san^^' normal. A. Composition chimique ; B. Caractères physiques, g u. Etude des altérations du sang. A. Modifications chimiques résultant: a. d'unchangement de proportion dans les éléments du sang ; b. de la présence , dans le sang , d'un élément anormal avec analogue dans l'organisme sain ; c. de la présence , dans le sang ^ d'un élément anormal sans analogue dans l'organisme sain. B. Modi' Jications physiques. Cet ordre est d'ailleurs celui qui a été suivi par M. Andral, dans le cours de pathologie générale qu'il a professé à la Faculté de médecine en 1840, 1841 (voyez le compte rendu de ce cours, publié par E. Monneret, in Gazette méd., p. 66, 129, 289; 1841).

§ I. Étude du sang normal.

A. Composition chimique. — Le Si(ng est un liquide alcalin, dont la pesanteur spécifique a été évaluée à 1,041 par Boyie, à 1,045 par Martine, à 1,054 par Juriue, à 1,056 par Musschenbroek, à 1,059 par M. Denis, à 1,082 par Senac; elle varie entre 1,052 el 1,057 suivant Bcrzelius (Burdach, Traité de physiologie , trad. de Jourdan, t. vi , p. 16; Paris, 1837).

D'après MM. Becquerel el Rodier, ladensité moyenne du sang défibriué est de 1,060,2; celle du sérum, de 1 ,028 (JHech. sur la composition du sang dans l'état de santé et de maladie, p. 22 ; Paris, 1 844).

Quelques chimistes assurent avoir constaté dans le sang la présence de 45 éléments différents (voyez

LeCanu, Études chimiques sur le sang humain^ th. de Paris, n*' 395, p. 9-12 ; 1837); mais il n'en est guère que 26 dont Texistence soit à peu près généralement reconnue , à savoir :

1^ L'oxygène, 2^ L'azote, 3^ L'acide carbonique , 4" Le fer,

5" L'hydrochlorate de soude , 6*^ L'hydrochlorate de potasse , 7" L'hydrochlorate d'ammoniaque , 8° Le sulfate de potasse , 9° Le sous-carbonate de soude, 1 0° Le sous-carbonate de chaux , 11" Le sous-carbonate de magnésie, 1 2^ Le phosphate de soude , 13° Le phosphate de chaux, 14° Le phosphate de magnésie, ^

15° Le lactate de soude, 16^ Le savon à acide gras fixe et à base de soude.

17° Le sel à acide gras volatil odorant, 18*^ La matière grasse phosphorée analogue à celle du cerveau.

1 9° La cholestérine , 20"" La séroline , La fibrine , L'albumine,

La matière colorante jaune , La matière colorante rouge, Les matières extractives ,

21° 22° 24° 25« 26^ L'eau.

Si l'existence de chacune de ces substances a pu être démontrée, il n'en a pas été de même pour leur quantité ; la plupart d'entre elles n'entrent que pour une si minime proportion dans la composition du sang, qu'elles échappent à nos moyens de pondération , et que les chimistes n'ont pas même essayé de les doser.

Au point de vue de la clinique, le sang, jusqu'à présent^ doit être considéré comme un liquide constitué par de Veau contenant de \Afihrine, des corpuscules rouges appelés globules sanguins, ùt l'albumine et des matières organiques et inorganiques de différentes natures, considérées en masse sous le nom de matériaux solides du sérum. Tels sont en effet, à peu près, les seuls éléments dont les modifications de quantité ont pu être déterminées avec précision et certitude.

Eau. — Mille parties de sang contiennent , en moyenne, 790 parties d'eau; ce chiffie est fourni par les analyses combinées de Bc?zcliiis , Marcet , MM. PrévosletDumas, LeCauu (voy. Le Ganu, loc.cil.,

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p. 56-59); il ne diffère que peu de ceux qui ont été obtenus par M. Denis (767, Recherches expérimentales sur le sang humain j considéré à l'état sain ; Gommercy, 1830) et par MM. Becquerel et Rodier (7 79 Joe. cit.,^. 23).

Fibrine. — La quantité de la fibrine a été trèsdiversement évaluée par les chimistes ( voy. Le Ganu, toc. cit., p. 62 et suiv. — Burdach,/oc. cit.^ p. 69. — Andral et Gavarret , Réponse aux principales objections, etc., p. 17 et suiv. — Burggrseve, /^/^^ologie, p. 76 ;Gand, 1843 ). Elle a été fixée à 0,75 par Berzelius, à 1,20 par M. Lassaigne , à 1,5 par Sigwart, à 1 ,9 par Berlhold ; elle varie suivant Stannius entre 1,340 et 1,546 {Gaz. méd., p. 183, 1839); la moyenne est de 2,5 suivant Nasse, de 2,7 suivant M. Denis, de 2,8 suivant Fourcroy, de 2,9 suivant M. Le Ganu MM. Dumas , Andral et Gavarret ont adopté le chiffre 3.

Gependant , si l'on considère que M. Le Ganu a rangé dans l'état physiologique une analyse où le chiffre de la fibrine s'est élevé à 5,789 , on est en droit de se demander si le chiffre 3 n'est point trop considérable.

MM. Becquerel et Rodier ont obtenu pour moyenne 2,2 (maximum 3,5 ; minimum 1,5).

Globules. — M. Denis évalue la quantité moyenne des globules à 152 ; mais parmi les éléments de cette moyenne, on voit figurer le sang placentaire d'une femme nouvellement accouchée et le sang d'un enfant de quatre à cinq mois. MM. Dumas, Prévost etLc Ganu, n'ayant analysé que du sang d'homme adulte , sont arrivés au chiffre 127, qui a été adopté par MM. Andral et Gavarret.

MM. Becquerel et Rodier ont porté le chiffre moyeu des globules à 141,1 (maximum 152,minimum 131), mais on ne peut accepter cette évaluation 1° parce que le procédé d'analyse employé par ces observateurs n'est pas à l'abri de toute objection, 2® parceque des cas de pléthore manifeste ont été considérés comme représentant l'état sain (voy. L. Fleury , ^rrame/i des rech.de MM. Becquerel etRodier sur la composition du sang, in Gazette des hôpitaux, 1845, t. vu, p. 130).

albumine. — La quantité moyenne de l'albumine a été évaluée à 67,8 par M. Le Ganu; à 69,4 par MM. Becquerel et Rodier; MM. Andral et Gavarret ont adopté le chiffre 68.

Matériaux solides organiques. — Leur moyenne est représentée par le chiffre 4.

Matériaux solides inorganiques. — Leur quantité moyenne est représentée par le chiffre 8.

11 résulte de ce que nous venons de dire qu'à l'exemple de MM. Prévost et Dumas, Le Ganu, Andral et Gavarret, on peut considérer lesang comme formé, sur 1 ,000 parties, de :

Eau 790

Fibrine 3

Globules 127

Albumine 68

Matériaux solides du sérum 12

C'est presque exclusivement à ces chiffres que se rapporteront les faits consignés dans le second paragraphe de notre travail ; mais nous croyons cependant devoir reproduire les résultats fournis à plusieurs chimistes par une analyse plus détaillée du sang.

1 ,000 parties de sérum renferment d'après BerzeUus :

Eau 905

Albumine 80

Hydrochlorate de potasse et de soude 6

Lactate de soude et matière animale soluble

dans l'alcool 4

Carbonate de soude j

Phosphate de soude J 4

Matière animale soluble dans l'eau. )

Perte 1

D'après Marcel :

Eau 900

Albumine 86, 80

Hydrochl. de potasse et de soude 6, 60

Matières muco-extractives 4

Sous-carbon. de soude 1 , 65

Sulfate de potasse 0, 35

Phosphate terreux 0, 60

1000,00 D'après M. Le Ganu :

Eau 906

Albumine 78

Matières extractives 3,79

— grasses 2,20

Hydrochl. de potasse et de soude 6

Sous-carbonate, j

Phosphate [ alcalins 2,10

Sulfate )

Sous-carb. de chaux et de magnésie. ) Phosph. de chaux et de magnésie. . . j ' Perte 1

1000,00 MM. Becquerel et Rodier ont établi la composition suivante :

Composition tf^e 1,000 grammes de sang.

Eau 779

Globules 141,1

Albumine 69,4

Fibrine 2,2

Matières extractives et sels libres 6,8

Séroline 0,020

Matière grasse phosphorée 0,488

Gholestérinc 0,088

Savon t,004

SAN Sur 1,000 grammes de sanç calciné :

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Chlorure de sodium 3,1

Selssolubles 2,5

Phosphates 0,334

Fer 0,365

Le procédé d'analyse employé par MM. Becquerel et Rodier, le petit nombre de leurs expériences , leur manière d'évaluer les moyennes, etc., ne permettent point d'accorder une entière confiance aux chiffres qu'ils ont produits (voy. L. Fleury, art. cit., in Gaz. des hôpitaux, 1845, n^^ 33, 36, 40).

MM. Becquerel et Rodier assurent que le poids du fer est égal à celui des globules ( loc cit., p- 1 7 ), et cependant il résulte de leurs propres recherches que le rapport varie dans la proportion de 211 à 269 ou de 3 à 4 {Gaz. deshôp., n° 40, p. 1 60, 1845). M. Le Canu , lui aussi, a voulu déterminer la quantité du fer contenu dans le sang; mais il a reconnu bientôt qu'il existe , à cet égard , un tel désaccord entre les expérimentateurs, qu'on ne peut attacher aucune importance à des calculs dont les données sont entourées d'incertitudes de tout genre ( loc. cit., p. 84 ). Quel est, d'ailleurs, le chimiste qui admettra, par exemple, que MM. Becquerel et Rodier ont pu isoler et peser quelques centièmes de milligramme de séroline !

Plusieurs auteurs ont contesté l'exactitude et la valeur des analyses du sang en se fondant sur cette opinion émise par Berzelius (Mém. sur la composition des fluides animaux /m Annales de chimie, t. Lxxxviu, p. 26) , par Mulder, MM. Denis , Liebig , Scherer (voy. Denis , Etudes chimiques , physiques et médicales sur les matières albumineuses, etc. , p. 90 et suiv.; Paris, 1842), que la fibrine et l'albumine ne sont que des modifications d'une .seule et même substance, que deux oxydes différents de protéine (Mulder, Annalen der Chemie und Pharm., t. XLVii, p. 300; Journ. de pharm. et de chimie, t. v, p. 1; 1844); mais MM. Dumas et Gahours ont renversé cette doctrine en démontrant que la fibrine contient constamment plus d'azote et moins de carbone que l'albumine [Mém. sur les matières azotées neutres de l'organisation , in Ann. de chimie et de physique ^ t. VI , p. 392 et suiv. ; 1842). En admettant, d'ailleurs , qu'il y ait identité de composition élémentaire entre l'albumine et la fibrine, il n'en reste pas moins vrai que cette dernière possède exclusivement la propriété de se coaguler spontanément , et que ce caractère suffit pour satisfaire à toutes les exigences de l'analyse et de l'observation clinique. «Quelle que soit l'opinion des chimistes , dit M. Andral {Réponse à M. Forgct , loc. cit. y p. 373), il n'en restera pas moins toujours vrai qu'en battant le sang on en sépare une matière de forme toute particulière , qui peut être au fond de mémo nature que celle qui reste

en dissolution ou en .suspension dans le reste du liquide, mais qui, au point de vue physiologique et médical , doit en être soigneusement distinguée ; car cette matière, qu'on appelle fibrine, a un rôle spécial comme sa forme, et par son augmentation ou sa diminution de quantité , elle caractérise merveilleusement certaines classes de maladies.»

Coagulation du sang; arrangement de ses divers éléments. — Nous n'avons pas à nous occuper ici de l'état du sang qui circule dans l'organisme, et de sa coagulation dans les vaisseaux; cette étude appartient à la physiologie ou à des questions de pathologie que nous avons déjà traitées (voy. Phlébite, Phlegmatia alba dolens, Phthisie pulmonaire, etc.). Nous devons, au contraire, indiquer avec soin les phénomènes qui surviennent dans le sang qui a été retiré de ses vaisseaux, parce que ces phénomènes fournissent à la clinique des données d'une grande importance.

Lorsque le sang sort de la veine, il se présente sous Taspect d'un liquide légèrement visqueux, d'un rouge noirâtre, d'apparence homogène; mais si on l'abandonne à lui-même, sans l'agiter, dans le vase qui le contient , on le voit au bout de trois ou quatre minutes se prendre en une masse semi-solide, d'un volume égal à celui du sang tiré, et dans laquelle sont confondus tous les principes élémentaires de celui-ci. Cette transformation, qui est complète au bout de dix minutes environ, constitue ce qu'on appelle la coa~ gulation du sang.

«Bientôt, dit Burggraeve(/oc*. 67^., p. 7 4), la masse dont nous venons de parler éprouve un obscur mouvement de concentration sur elle-même ; quelques gouttes d'un liquide jaunâtre apparaissent à sa surface libre, ses l)ords se resserrent et quittent les parois du vase, en même temps que l'on voit s'échapper de tous ses points un liquide identique à celui de la surface. Ce mouvement de retrait se continue pendant plusieurs heures. »

Thackrah assure que la contraction du caillot, mesurée par la quantité de sérum expulsé, se continue pendant trois jours, reste slationnaire pendant le quatrième, et fait place ensuite à un relâchement toujours croissant accompagné de la résorption d'une partie du sérum {Dict. de méd. , t. xxviii, p. 79).

Lorsque la coagulation est achevée, le sang est divisé en deux parties distinctes : l'une liquide, appelée sérum ; l'autre solide, appelée caillot {cruor, insuln, placenta , hepar sanguinis). Celle-ci , d'une pesanteur spécifique considérable (1078, Davy ; 1 084 , Musschcnbroek; 1093, Martine ; 11 26, Jurine. Voy. Burdach, loc. cit., p. 34), occupe le fond du vase.

On a émis de nombreuses théories pour expliquer la coagulation du sang soit au dedans , soit au dehors de l'organisme (voy. Le Canu, loc. cit., p. 41; Bur-

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dach, loc. cit., 36etsuiv. ; — Burggraeve, loc. cit.., p. 8ô-87).Nous n'avons pas à les examiner, et il nous importe seulement de rappeler : 1° que les globules et l'albumine ne prennent aucune part active au phénomène de la coagulation ; 2° que le seul agent de cette coagulation est la fibrine, dont le caractère essentiel, ainsi que nous l'avons dit, est d'être spontanément coagulable. Nous verrons plus loin que c'est en effet dans les diverses proportions de celte substance que résident les principales causes des vai'iétés nombreuses que présentent, dans l'état morbide, les caractères physiques du caillot et de la couenne.

Nous avons dit qu'après la coagulation le sang est divisé en sérum et en caillot; voici quelle est la distribution des éléments sanguins relativement à ces deux parties.

Le caillot contient toute la fibrine, tous les globules (voy. Andral et Gavarret, Réponse aux p ri ne. object., etc., p. 26 et suiv.), et une quantité plus ou moins considérable, suivant le degré actuel de la concentration, d'un liquide identique au sérum.

Le sérum est formé d'eau contenant des matières grasses et colorantes , des sels organiques et inorganiques , et enfin de l'albumine.

Si Ton admet que tout le liquide se soit écoulé du caillot , on trouvera pour 1 ,000 parties de sang :

Caillot sec=130=fibrine 3 + globules 127. Sérum =:870=eau 790 -{-matériaux solides 80.

La composition élémentaire des globules a été l'objet de nombreuses controverses que nous nous garderons bien de reproduire (voy. LeGanu,/oc. c/?.,p.41 et suiv.); disons seulement que ces corpuscules contiennent tout le fer du sang et la matière colorante (hématosine j hématine , cruorine , globuline).

On a étudié avec soin les diverses circonstances capables d'exercer une influence plus ou moins marquée sur le phénomène de la coagulation du sang (voy. Hunter, OEinres compl., trad. de Richelot, t. ni, p. 36 et suiv.; Paris, 1840): voici ce que l'on peut établir à cet égard.

Jet du sang. — Lorsque le sang s'écoule par un jet continu et de grosseur moyenne, la coagulation s'opère ainsi que nous venons de l'indiquer, et le caillot présente à sa surface une couleur rouge uniforme.

Lorsque le sang s'écoule extrêmement vite par un jet continu très- gros, la coagulation s'opère plus lentement, les globules gagnent les pai tics déclives, abandonnent quelquefois la surface du caillot, et la surface libre de celui-ci présente alors quelques irisations miroitantes répandues cà et là. Dans quelques cas , le caillot se couvre même d'une pellicule trèsmince d'une matière gélaliniforme, transparente , ressemblant à une pelure d'oignon. On a donne à

cette pellicule Je nom de/ausse couenne, de coucnne\ imparfaite (Audràl et Gavarret, Hép. aux princ. abject. , etc., p. 33).

11 importe de se rappeler que les nuances de coloration que nous venons d'assigner à la surface du caillot n'ont aucune espèce de rapports avec la composition du sang lui-même, et dépendent uniquement de la rapidité d'écoulement de la saignée.

Forme et nature du vase. — Le docteur Babington assure avoir expérimentalement constaté que plus le vase se rapproche de la forme sphérique ou cubique, plus la concentration du caillot est ra pide et intense. Le sang d'une saignée ayant été paitagé en deux parties égales , une moitié fut plac e dans un vase piriforme : elle donna 915 de caillot contre 1,000 de sérum; l'autre moitié, placée dans un bassin, donna 1716 de caillot contre la même quantité de sérum.

Trackrah a observé que 1 ,000 parties de sang se coagulent en 2 minutes, dans un vase de cuivre, et fournissent 345,7 de sérum pour 654,3 de coagiilum ; tandis que dans un vase d'étain , elles se coagulent en ï lO", et fournissent 54,1 de sérum contre 945,9 de caillot {Dict. de méd,, loc. cit.,

Température ambiante. — Scudamore a montré que le froid relarde la coagulation et que la chaleur l'accélère. A 4°, du sang a conservé sa fluidité pendant 21', et n'a été complètement coagulé qu'.iu bout de plus d'une heure; à 16°, il s'est coagulé en moins de 5'; à 38°, il s'est coagulé en 4',5; à 50", en 1 '. M. Gendrin assure que la coagulation commence plus tôt en hiver qu'en été; mais que cependant elle ne s'opère plus à 0°. Davy avait dit qu'à 0 le sang demeure liquide pendant plus d'une heure. Burdach pense qu'une température égale à celle du corps vivant favorise plus que toute autre la coagulation du sang (loc. cit., p. 45).

En terminant l'étude chimique du sang normal , nous devons dire que, malgré les nombreux travaux dont elle a été l'objet, la composition physiologique de ce liquide n'est pas encore parfaitement établie. Nous connaissons toutes les difficultés, toutes les causes d'incertitudes et d'erreurs qui environnent celte étude; mais nous pensons, cependant, qu'à l'aiue d'expériences bien faites , nombreuses, et portant sur des faits comparables , il serait possible de gcterminer d'une manière définitive les quantilcs moyennes des principaux éléments du sang, tels que la fibrine et les globules, par exemple. Il est f{;it regreltabie que, sur ce point, la science ail encore à enregistrer des opinions contradictoires.

Caractères plijsiques. — Le sang, lorsqu'il sort de la veine, se présente. sous X aspect d'un liquide vi.squeux , un peu mousseux, doux et savonneux au

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toucher , d'une couleur roug^e , plus ou moins foncée; il a une odeur tààe particulière, sui generis , une saueur qui esl à la fois salée et douceâtre ; sa température est, terme moyen, de +36^.

Vassali-Eandi et Beliinghieri ont établi expérimentalement que le sang développe de l'électricité positive (voy. expériences sur l'électricité du sang , in Journ. des progrès^ t. V, p. 83; Î827).

On a voulu évaluer la quantité de sang que conlieut le corps d'un homme adulte; mais comme on ne peut baser cet le évaluation que sur des hypothèses , les auteurs ont produit des chiffres qui varient entre 8 livres et 100 livres. Burdach croit n'être pas éloigné de la vérité en évaluant à 20 livres la masse totale du sang d'un homme bien portant, et en admettant que cette masse est au poids du corps : : 1 : 8. {toc. cit., p. 119 et suiv.). Suivant Valenlin, le poids du sang est à celui du corps : : 1 : 4,25. En se fondant sur des recherches faites sur les animaux, M. Wanner établit que 1 kilogr. de sang suffit à l'entretien de 20 à 25 kilogr. de tissus de toutes sortes [Expér. sur la quantité du sang relatii^ement à la masse du corps j in Journ. de chirurgie, p. 232 ; 1844).

Après la coagulation , le sérum constitue un liquide jaunâtre, transparent, d'une saveur salée. Le caillot forme une espèce de gâteau, mou, élastique, formé par un reseau fibrineux, dont les cellules tiennent emprisonnés les globules et une quantité plus ou moins abondante de sérum. Le volume et la mollesse du caillot sont en raison directe de la quantité de ce sérum.

Examen microscopique. — Le microscope n'intervient utilement pour la clinique qu'à l'égard d'un seul des éléments du sang : les globules.

Pour examiner convenablement le sang au microscope, il faut déposer une très-petite gouttelette de ce liquide sur une lame de verre bien propre et la recouvrir ensuite d'une seconde lame de verre mince, de manière à l'étendre en une couche très-ténue; on peut encore, après avoir déposé la gouttelette sanguine sur la lame de verre , souffler dessus avec force de manière à l'étaler. Burggrœve conseille, lorsqu'on veut examiner les globules à l'état isolé, d'étendre le liquide d'une grande quantité d'une solution de sel ou de sucre {loc. cit., p. 72). Cette précaution est en effet indispensable; car l'eau modifie la forme des globules sanguins, et les rend sphériqucs.

Lorsque, après avoir pris les précautions que nous venons dindiquer, on examine le sang avec un grosi sissement de 300 à 400, on aperçoit un liquide Irans- ! parent, incolore (le sérum), dans lequel nagent trois espèces de corpuscules : 1° des globules rouges ou ' globules sanguins pioprement dits, 2 des globules I blancs, S'^ des globulins.

Globules rouges. — Ce sont des corpuscules circulaires, aplatis , renflés vers leur contour, et légèrement déprimés dans leur centre , qui se montre clair ou obscur suivant que l'on approche plus ou moins le porte -objet du microscope. Ces corpuscules ont de y\2o^ l/i20^^ millimètre de diamètre, leur surface est unie, leurs bords sont réguliers et trèsnettement coupés.

Nous avons dit que la matière colorante est contenue tout entière dans les globules , et que le sang privé de ses globules est incolore ou légèrement jaunâtre; cependant, lorsque l'on examine au microscope un globule sanguin isolé, on n'y aperçoit qu'une légère teinte jaune clair. On se rendra facilement compte de cette circonstance si l'on se rappelle que la couleur des corps disparaît lorsque ceux-ci sont réduits à une extrême minceur, et qu'on les regarde par transparance ou par réfraction. « 11 arrive pour les globules sanguins, dit M. Donné, ce qui se présenterait pour une lame de verre rouge réduite à une pellicule très-mince, et que l'on placerait entre l'œil et la lumière : la couleur serait à peine sensible, et, pour l'apercevoir, il faudrait mettre plusieurs de ces lamelles les unes sur les autres , ou bien les examiner, non par transparence, mais en laissant tomber là lumière à leur surface par réflexion. Il suffit, en effet, d'examiner les globules sanguins réunis, confondus ensemble dans une couche épaisse, ou réunis en petites masses, pour voir apparaître leur belle couleur rouge ))(^0Mr5 de microscopie^ p. 62; Paris, 1 844). Du reste , à la lumière directe ou réfléchie , les globules isolés paraissent rouges.

Les globules sanguins des mammifères, et de l'homme en particulier, aussitôt qu'on a étendu une gouttelette de sang entre deux lames de verre, se réunissent pour la plupart face à face en séries régulières , et forment des chapelets semblables à des piles de pièces d'or renversées sur une table. Cette singulière propriété ne se retrouve point dans les trois autres classes d'animaux vertébrés : chez eux, les globules se groupent par masses irrégulières et dans tous les sens (Donné, loc. cit., p. 69).

Les globules rouges conservent leur forme et leurs caractères extérieurs dans l'eau sucrée, l'eau salée, l'urine et la solution de sulfate de soude; dans celleci , ils conservent même pendant plusieurs jours leur propriété de rougir au contact de l'air. Ils se gonflenlet deviennent sphériqucs dans l'eau; ils se dissolvent dans l'eau, l'acide acétique et l'ammoniaque ; ils se condensent sous l'influence de l'acide nitrique. Les globules sanguins subissent, sous l'influence de certaines circonstances accidentelles, de la putréfaction, de la mort, des modifications qu'il importe de bien connaître.

Souvent vers les bords des lames de verre entre

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lesquelles le sang est emprisonné, sur les limites de la goutte qui s'est étendue en couche mince, les globules se présentent sous la forme de petites sphères peu transparentes, crispées, ridées, frangées à leur contour. «Celte modification dans la forme et les caractères des globules sanguins, dit M. Donné {loc. cit.j p. 74), se rencontre dans le sang le plus sain , le plus normal ; elle ne dépend nullement de l'état du sang ni de sa composition, mais tout simplement du défaut de sérum , qui ne baigne pas suffisamment les globules, d'un commencement de dessèchement de la matière. Il suffit de rendre un peu de sérum, de le faire arriver plus librement en contact avec les globules, pour voir ceux-ci reprendre leur forme et leur aspect normal. »

Lorsque le saug a elé abandonné à lui-même, les globules subissent au bout de fort peu de temps des modifications très-remarquables : les uns se flétrissent, leur surface se plisse , devient irrégulière sur ses bords, et présente des petites saillies mamelonnées qui donnent au globule l'aspect d'une petite frambroise (globule framboise); les autres deviennent semblables à des roues d'engrenage, leurs bords étant irrégulièrement festonnés et découpés (globules en roue). Le nombre des globules ainsi déformés augmente à mesure qu on s'éloigne davantage du moment où le sang a été extrait de ses vaisseaux.

Plus tard, les globules se renflent dans un sens , et constituent des sphères pâles, sans aucune nuance à leur ceiître; la matière colorante s'échappe pour se répandre dans le liquide. Au bout de dix à vingt jours , on n'aperçoit presque plus de traces des globules, qui finissent enfin par disparaître complètement.

Sur le cadavre, les globules sont toujours altérés dans leur forme, et chez les individus qui succombent à une maladie chronique de longue durée, cette altération se montre presque immédiatement après le dernier soupir (Donné, loc. cit., p. 76, 77).

Jusqu'à ces derniers temps, les modifications que nous venons de signaler avaient été considérées comme pathologiques. C'est surtout à Hodgkin, h Lister {Froricp's Notizen, t. xviii, p. 245) , à MM. Andral et Donné, que l'on doit d'avoir fait cesser celte erreur.

«C'est faute de s'être livré à l'examen préalable de l'état physiologique, dit M. Andral, que tant d'assertions erronées ont été émises sur le changement que l'état de maladie peut produire dans les globules. Je ne crains pas d'affirmer que, jusqu'à présent, l'on n'a saisi d'une manière certaine dans ces petits corps aucune altération de forme ou de texture qui puisse être considérée comme le résultat d'une influence de maladie, et que toutes leurs modi- Bcations d'aspect qu'on a décrites , et d'autres qui

ont été moins signalées, résultent, les unes de la destruction successive qu'ils éprouvent à mesure qu'ils sont soustraits depuis un temps plus long à l'influence de la vie, et les autres de quelques circonstances toutes particulières qui agissent sur eux , mais qui ne sont point des circonstances de maladie» (i?5.ç«i et hématologie pathologique y p. 31 ; Paris, 1843).

Suivant quel mécanisme s'opèrent les premières altérations de forme subies par les globules? M. Andral, en s'appuyant sur des faits qui semblent è(re concluants, pense que l'aspect framboise et festonné des globules n'est pas le résultat d'une altération que ces corps auraient subie, mais qu'il dépend de la précipitation, autour d'eux , des molécules de fibrine suspendues dans le sérum {Hématologie , p. 32- 36).

La structure intime des globules sanguins divise encore les micrographes. Le plus grand nombre des observateurs pense que chaque globule est constitué par une cellule aplatie des deux côtés , se compo.sant d'une membrane cellulaire très-mince et d'un noy^au solide, fibrincux, central ou attaché sur un point de la paroi de la membrane d'enveloppe. MM. Le Canu {loc. cit., p. 53) et Donné n'ont jamais pu découvrir de noyau dans les globules du sang de l'homme; ils admettent que ceux-ci sont formés par une vésicule de nature albumineuse (Donné) ou fibrineuse (Le Canu), éminemment flexible, contenant une matière semi -liquide (albumine et hématosine, Le Canu).

Globules blancs. — Les globules blancs ont été, sinon découverts, du moins décrits par MM. Millier, Mandl et Donné: beaucoup moins nombreux que les globules rouges , ils sont sphériques ; leur surface présente un aspect granuleux ; leurs bords sont légèrement frangés; leur diamètre est d'environ Vioo de millimètre. Ils sont constitués par une vésicule chagrinée contenant trois ou quatre granulations solides.

L'eau n'altère point la forme des globules blancs et ne les dissout qu'à la longue; l'acide acétique les contracte et les condense; l'ammoniaque les dissout moins vite que les globules rouges.

En raison de l'intérêt qui se rattache à l'étude des globules blancs (voy. PvonÉMiE), nous allons indiquer, d'après M. Donné, les procédés à l'aide desquels on peut les isoler et les mettre en évidence en grand nombre.

Les globules blancs ont la propriété d'adhérer au verre, au lieu de glisser à sa surface , comme font les globules rouges; cette circonstance permet de les séparer par une espèce de filtration que l'on peut opérer sous le microscope même. Si on dispose une gouttelette de sang tirée d'une piqûre sur une lame de verre , et que l'on approche jusqu'au contact de celte gouttelette une autre lame de verre plus petite et superposée à la

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première, le sang s'introduit rapidement par la capillarité entre les deux lames; les globules rouges se répandent facilement entre les deux surfaces, tandis que les globules blancs adhérents au verre s'arrêtent bientôt , et s'amassent tout près du point par où le sang pénètre entre les deux lames; ils forment de petites îles parfaitement distinctes au milieu de celte espèce de courant artificiel des globules rouges entraînés par la capillarité ; puis , quand le mouvement est terminé, si on ajoute un peu d'eau ou d'acide acétique , ces liquides entraînent et dissolvent les globules rouges , en laissant en place une partie des globules blancs, sur lesquels feau et l'acide agissent de la manière que nous avons dit. Ce moyen permet d'observer très-distinctement l'espèce de globules dont il est question.

Le second procédé agit plus en grand et d'une manière plus palpable; il exige que l'on défibrine le sang sortant de la veine; quand le sang est ainsi privé de sa partie coagulable , il reste liquide , et si on l'abandonne au repos dans une éprouvette, il ne tarde pas à se séparer , en deux couches principales, l'une rouge, considérable et occupant le fond du vase ; l'autre incolore ou jaunâtre, formée par le sérum, et placée au-dessus de la première.

Mais entre ces deux couches il en existe une troisième, extrêmement mince, qui n'a pas été remarquée jusqu'ici , et que l'on n'aperçoit en effet qu'en y apportant une attention particulière. Celle troisième couche forme une sorte de pellicule grisâtre très-mince qui repose à la surface de la couche rouge. Quelle est la nature de cette couche ? On peut s'assurer qu'elle est composée des globules blancs du sang; le poids spécifique de ces globules étant précisément intermédiaire à celui du sérum et a celui des globules rouges, ils se réunissent dans le point que je viens d'indiquer ; il est facile de les saisir pour les placer sous le microscope, en enlevant la couche de sérum au moyen d'une pipette, jusqu'à ce que l'on arrive à la couche grise sans la troubler : une gouttelette prise dans celle couche et observée au microscope présente une multitude de globules blancs mêlés d'un grand nombre de globules rouges , que l'on ne peut guère s'empêcher d'enlever avec eux (Donné, ouvr. cité, p. 83-85).

GlobuUns. — Ils se présentent sous forme de petites particules blanches, de petits grains arrondis, isolés ou agglomérés irrégulièrement , et n'ayant pas plus de V3QQ de millimètre environ. On les met en évidence à l'aide des procédés ci-dessus indiqués.

Sans entrer dans les questions qui se rattachent à la formation du sang , nous dirons seulement que les globulins ne sont autre chose que des granulations chyleuses incessamment versées dans le système circulatoire; que ces granulations se réunissent trois à trois ou quatre à quatre, s'enveloppent d'une couche

albumincuse, et forment ainsi les globules blancs; que les globules blancs , enfin , ne tardent pas à subir des modifications qui les transforment en globules rouges, ou globules sanguins proprement dits (voy. Donné, ouvr. cité , p. 86 et suiv.).

Variélés physioloi^iques du sang. — Modlfi" cation du sang veineux : a. suii^ant le sexe. — MM. Becquerel et Rodier [loc.cit., p. 126) revendiquent l'honneur d'avoir signalé, les premiers, l'influence de sexe sur la composition du sang : c'est une grave erreur; MM. Denis {Rech.expériment., etc.) et Le Canu [Analyses comparatiues du sang d'individus de sexe, d'âge et de tempérament différents, in Journal de pharmacie, t. xvu, p. 54.5, 1831; — ouvr. cité, p. 65) se sont occupés de cette question , et ont établi que le sang de la femme contient plus d'eau (787 au lieu de 767, Denis; 821 au lieu de 791, Le Canu) et moins de globules (94 au lieu de 127, Le Canu).

MM. Becquerel et Rodier n'ont fait que confirmer cette assertion (eau, 791 au lieu de 779 ; globules, 127 au lieu de 141).

Nous ne prétendons point contestester d'une manière absolue l'abaissement du chiffre des globules chez la femme , mais nous croyons devoir faire remarquer :

l^Que dans ses tableaux relatifs à la femme, M. Le Canu fait figurer des chiffres tellement bas (68,3), que l'on est conduit à pen.ser que du sang appartenant à des femmes chlorotiques a été considéré comme représentant l'état physiologique.

2° Que MM. Becquerel et Rodier n'ont opéré que 8 analyses de sang de femme, et que le chiffre assigné par ces expérimentateurs aux globules du sang de l'homme est manifestement trop élevé.

3" Que. chez les animaux, le chiffre des globules tend à s'élever chez les femelles plutôt qu'à s'abaisser (voy. Andral , Gavarret et Delafond, Rech. sur la composition du sang de quelques animaux domestiques, p. 30-33; Paris, 1842).

b. Suivant l'âge. — D'après M. Denis, le sang des enfants et des vieillards contient plus d'eau et moins de globules.

c. Suivant la constitution. — Chez les individus d'une forte constitution, d'un tempérament sanguin , on trouve moins d'eau et plus de globules que chez les sujets faibles, débilités, d'un tempérament lymphatique.

d. Suivant l'alimentation. — L'alimentation exerce sur les quantités d'eau et de globules une influence très- remarquable; une alimentation abondante, animale, diminue le chiffre de l'eau, et augmente celui des globules; une alimentation insuffisante, végétale, la diète, produisent un effet opposé.

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M. Denis a constaté dans le sang d'une jeune fille en parfaite santé 787 parties d'eau, et 132,3 de globules, tandis qu'après quinze jours d'une diète rigoureuse, le sang de la même jeune fllie a donné 829 d'eau et 87,9 de globules [liech. expérini., p. 162, 197, 294).

MM. Prévost et Dumas sont arrivés à des résultats semblables, et ils ont constaté, en outre, que le sang des carnivores renferme plus de globules que celui des herbivores [Examen du san^- et de son action dans les divers pliénomènes de la vicj in y4nn. de (diimie et de physique , t. xxiii, p. 68; 1823).

Modifications du sang i^eincux de la femme suivant l'état de vacuité ou de grossesse. — MM. Andral et Gavarret ont constaté, en analysant le sang de 34 femmes enceintes : 1° que du premier mois de la grossesse à la fin du sixième, le sang offre une moyenne inférieure à la moyenne physiologique (moyeiine, 2,5; max., 2,9; minim., 1,9); 2° que pendant les trois derniers mois, la moyenne de la fibrine devient supérieure à la moyenne physiologique (moyenne, 4; max., 4,8) ; 3'* que cet accroissement de la fibrine devient le plus grand possible vers le dernier mois de la grossesse (moy., 4,3); qu'il atteint son maximum au moment de l'accouchement, et que ce maximum se soutient, si même il n'augmente pas, pendant les premiers temps qui suivent l'expulsion du foetus ; 4° que le chiffre des globules tend à diminuer pendant la grossesse (sur 34 femmes , 1 fois glob.= 1 45 (femme pléthorique); 1 fois glob.=:127; 6 fois glob. variant entre 125 et 120; 26 fois, glob. variant entre 120 et 95).

Il résulte de ces faits qu'il existe peut-être un rapport intiuie entre celte augmentation de fibrine après l'accouchement, et les accidents d'apparence phlegmasique qui atteignent si souvent les femmes récemment accouchées , et que l'état de grossesse qu'on a souvent considéré comme moyen de faire disparaître une chlorose, y dispose plusieurs femmes pendant sou existence ( Andral , Hématologie,

Sang artériel. — Ce n'est guère que sur des animaux que le sang artériel a été analysé; en concluant par analogie et en se fondant sur quelques expériences faites sur le sang humain par Scudamore, Krimer, M. Denis , on peut établir néanmoins :

1® Que le sang artériel contient plus d'oxygène et moins d'acide carbonique que le sang veineux.

2" Qu'il contient moins d'eau, plus de fibrine et plus de globules.

3" Que l'albumine, les matières extraclives, salines ei grasses, ne présentent pas une différence de quantité appréciable.

'^ 4" Que le sang artériel contient proportionnellement moins d'eau et plus de matières fixes.

5« Qu'il se coagule plus rapidement, et forme un; caillot plus ferme et plus volumineux.

6" Qu'il a une couleur plus vermeille [rutilante), une odeur plus prononcée (voy. Le Ganu , loc. cit.,, p. 74-86).

Sang de la veine porte. — Une analyse faite pari MM. Prévost et Dumas semble établir que le sang de la veine porte contient plus d'eau et moins de globules, i

M. Schultz a fait de nombreuses expériences sur les; chevaux, mais elles n'ont qu'un intérêt physiologique, et ne conduisent à aucun résultat important pour la pathologie humaine (voy. RusVs Magasin, t. xliv; Gaz. médic, p. 519; 1835).

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