TUDE DES ALTERATIONS DU SANG
A. Modifications chimiques. — a. Modifications résultant d'un changement de proportion dans les éléments du sang.
Chacun des éléments du sang peut être augmenté' ou diminué d'une manière absolue ou relative. Ainsi, par exemple, la fibrine est augmentée d'une ma-| nière absolue lorsque son chiffre s'élève au-dessus! des limites physiologiques, qu'elles que soient d'ail-l leurs les proportions des autres éléments du sang;! elle est augmentée d'une manière relative lorsque,!, son chiffre se maintenant dans les limites physiolo-! giques, lés globules sont diminués.
Il nous faudra quelquefois tenir compte de cette distinction.
1" Eau. — La quantité de l'eau est en raison inverse de celle des globules; elle augmente notablement dans les cas où celle-ci diminue, et vice versa, sans toutefois qu'il existe un rapport constant entre les deux altérations.
Augmentation absolue. — En établissant des moyennes d'après les faits recueillis par MM. Andral et Gavarret ( Rech. sur les modifications de proportion de quelq. principes du sang^ p* 91 ; Paris, 1840), nous trouvons dans cinq cas de chlorose commençante une quantité moyenne d'eau représentée I par 799,2 , et dans neuf cas de chlorose confirmée une moyenne de 853,6. Chez une jeune fille chlorotique dont le sang ne contenait plus que 27,9 en globules, l'eau s'élevait au chiffre de 886 (p. 88)-^, enfin chez une femme épuisée par d'abondantes et continuelles hémorrhagies utérines, les globules étant réduits à 21,4, l'eau était représentée par 915, 7| (p. 13). Ce chiffre est le plus élevé qui ait été rencontré par MM. Andral et Gavarret (p. 4).
La quantité de l'eau est augmentée par la diète j par les saignées. Sous l'influence de ces dernières.! le rapport entre le chiffre des globules et celui de l'eau va sans cesse en croissant en faveur de celui- i
SAN
SAN
à mesure que le nombre des émissions de sang^ devient plus considérable.
Ainsi six saignées ayant été pratiquées à un rhumatisaût (voy. Andral et Gavanet, loc. cit., p- 21), nous trouvons :
Saignées.
Globules.
Eau.
Rapport.
jre
Sous l'influence des saignées, l'eau n'augmente point dans la même proportion chez tous les sujets et dans toutes les maladies; elle augmente davantage dans le rhumatisme que dans la pneumonie , sans qu'il soit possible d'assigner une cause à celte différence.
L'eau se produit, dans le sang, avec une grande rapidité, et l'on peut conclure de ce qui précède, contrairement à une opinion encore soutenue par quelques médecins, 1" que dans l'anémie qui succède à des pertes sanguines considérables il se produit une quantité d'eau telle, que la masse totale du sang n'est point notablement diminuée; 2° que dans l'anémie, comme dans la chlorose, l'altération du sang consiste en une quantité moindre de globules et une quantité plus considérable d'eau que dans le sang normal.
Diminution absolue. — Dans la pléthore , où le chiffre des globules s'élève de beaucoup au-dessus de la moyenne physiologique, la quantité de l'eau est beaucoup moindre (Andral , Hématologie, p. 44); six hommes pléthoriques ont fourni à MM. Becquerel et Rodier une moyenne de 780,4 pour la quantité de l'eau.
Ne peut-on point tirer de ce fait, sinon une preuve, du moins une présomption que , dans la pléthore , le sang n'est pas augmenté dans sa masse totale , mais seulement altéré dans sa composition (voy. Pléthore, t. VI, p. 585j?
Dans les pyrexies , où le chiffre des globules semble augmenter, celui de l'eau doit diminuer. Quatorze cas de fièvre typhoïde, de rougeole et de scarlatine recueillis par MM. Andral et Gavarret, nous donnent pour moyenne de Teau 768. Nous reviendrons sur ce sujet.
Dans la fièvre angioténique, que MM. Andral et Gavarret rapportent à une augmentation des globules, l'eau est descendue à 725, chiffre le plus bas qui ait été constaté.
L'eau ne diminue donc pas autant qu'elle peut augmenter (maximum de la différence eu moins : 75 ; maximum de la différence en plus : 125).
Dans la convalescence, à mesure que les globules
augmentent sous l'influence de ralimeatation, TeaU diminue.
2® Fibrine. — Augmentation absolue. — La fibrine augmente dans toute phlegmasie aiguë ou sub-aiguë, à moins que l'inflammation ne soit trcscirconscrile et peu intense. 11 faut aussi faire une exception en faveur du travail inflammatoire local de la variole et de l'ulcération des plaques de Peyer.
MM. Denis {Rech. expérim.^ p. 312) et Le Canu {loc. cit., p. 79) avaient assuré que le sang présentait dans les maladies inflammatoires et dans la pléthore la même altération , caractérisée par une diminution de l'eau et une augmentation des globules. Les recherches de MM. Andral et Gavarret ont démontré la fauss^eté de cette proposition, et définitivement établi la loi que nous avons formulée.
L'augmentation de la fibrine n'est pas la même dans toutes les phlegmasies; le chiffre le plus élevé constaté par MM. Audral et Gavarret est 10,5; le plus bas, 4. M. Andral pense que ce dernier constitue la limite, la plus inférieure possible et comme exceptionnelle, de la quantité de fibrine dans Tétat phlegmasique aigu ou sub-aigu ( Hématologie , p. 85 ). Voici, à cet égard, le tableau que nous fournit le travail de MM. Andral et Gavarret:
M'-'l'-'die- des cas
Pneumonie 20
Rhunialismeart.ajgu. 14
Bronch. capil. aiguë. . 5
Péritonite aiguë .... 4
Amygdalite 3
Érysipèle 5
Pleurésie aiguë 11
L'augmentation de la fibrine paraît ne point préexister au développement de la phlegmasie locale, mais elle se montre dès le début de celle-ci,et en suit exactement la marche; si l'inflammation présente des alternatives d'exacerbations et de rémissions , la fibrine augmente et diminue conjointement. L'augmentation de la fibrine n'est en rapport avec le mouvement fébrile qu'autant que celui-ci traduit l'étendue et l'intensité de l'inflammation. Ordinairement, la fibrine revient à son chiffre normal dès que la convalescence est établie; quelquefois elle conserve, pendant plusieurs jours, une légère élévation dans son chiffre. Les saignées ne diminuent la fibrine qu'autant qu'elles arrêtent les progrès de la maladie; tant que celle-ci n'est pas enrayée, la fibrine augmente malgré les émissions de sang. Un malade atteint de pneumonie offre, à la première saignée, 7,1 en fibrine ; à la .seconde 8, 2; à la troisième 9,0; à la quatrième 10,0 (Andral et Gavarret, loc. cit.., p. 26). M. Bouillaud a prouvé que la couenne se montre non-seulement sur le caillot obtenu par la phlébolomie, mais encore sur les petits caillots qui se for-
ombre
Moyenne
Maxi-
Mini-
aignées.
de «brine.
mum.
mum.
SAN
SAN
ment dans les verres à ventouses (Raciborski, Mém. sur l'état du sang dans les différentes maladies, in Gaz. méd., p. 82 ; 1839).
Les différences de constitution, de tempérament, d'âge, de sexe, n'apportent aucune modification notable dans les règles que nous venons de formuler.
Lorsqu'une phlegmasie intercurrente se développe chez un sujet affecté d'une maladie dans laquelle la fibrine reste normale ou diminue, l'augmentation n'en a pas moins lieu. Il en est ainsi pour la pneumonie des phthisiques , des malades atteints de fièvre typhoïde , etc. (voy. Phthisie pulmomaire et Typhoïde (Fièvre).
« Que si l'organisme, dit M. Andral, est épuisé par une maladie chronique, si une anémie plus ou moins profonde s'est établie, il n'en arrivera pas moins que la fibrine augmentera comme de coutume, sous l'influence de toute phlegmasie aiguë qui surviendra » (Hématologie^ p. 80).
L'augmentation de la fibrine du sang est un caractère constant, pathognomonique de l'inflammation, et il est aisé de comprendre combien de services il peut rendre au diagnostic et à la thérapeutique. « L'augmentation de la fibrine, dit M. Andral [Cours de path. génér.\ est un caractère tellement sûr de l'inflammation que si, dans une maladie, on rencontre plus de 5 en fibrine, on peut assurer hardiment qu'i y a, dans quelque organe, une phlegmasie. Un malade entre à l'hôpital avec des signes de congestion utérine ; une saignée montre plus de fibrine qu'à l'état normal ; on annonce une phlegmasie dont il ne se manifeste que des symptômes très- douteux jusqu'à la mort : on trouve alors un abcès entre le rectum et la matrice. Un sujet se présente avec une scarlatine; on le saigne, et son sang offre 9,5 en fibrine. La mort permet de constater l'existence d'une néphrite. » L'un de nous, à la Charité, s'est fondé sur l'analyse du sang pour rapporter à une méningite des symptômes que quelques personnes considéraient comme sympathiques d'une fièvre typhoïde ; l'autopsie lui a donné raison.
A toutes les époques de la phthisie pulmonaire, on constate une tendance à l'augmentation de la fibrine. Dans la période de crudité des tubercules, la moyenne est 4 ; au commencement du ramollissement 4,5; pendant la période d'excavation 5 ; maximum 5,9 (Andral et Gavarret, loc. cit.^ p. 43 et suiv. — Compend./âvt. Phthisie PLLM.).
Nous avons longuement développé les considérations précédentes dans notre travail sur l'inflammation (voy. t. V, p. 1 85 et suiv.) et dans les articles que nous avons consacrés à l'étude des diverses phlegmasies ( voy. Méningite, Pineumome, Pleurésie, Péritonite, Rhumatisme, etc. ).
L'augmentation relative de la fibrine se montre
Nombre
Nombre
Moyenne
Maxi-
Mini.
des cas.
des saignées.
de fibrine.
mum.
num.
dans tous les cas où il exi.<;te une diminution des §\o bules, et elle est produite, par conséquent, par la diète et les saignées (voy. Globules); elle exerce, ainsi que l'augmentation absolue, une influence importante sur la formation de la couenne dite inflammatoire ( voy. Modijica tions physiques) .
Diminution absolue. — La fibrine n'augmente jamais dans les pyrexies (fièvre typhoïde , fièvres éruptives, typhus, fiièvre puerpérale., peste, purpurajfiévrejaune,morve,e\c.), mais diminue-t-elle? Voici les chiffres que nous fournit, à cet égard , le travail de MM. Andral et Gavarret:
Maladie.
Fièvre intermittente
Scarlatine 2
Variole 5
Rougeole ....
Fièvre typhoïde
En tenant compte de ces chiffres et de quelques autres que nous ne reproduisons pas ici ; en considérant que ces minima de fibrine ont été constatés dans la dernière période des fièvres typhoïdes graves, dans des fièvres éruptives compliquées d'hémorrhagies ; j en un mot, dans des pyrexies accompagnées de cet | ensemble de symptômes qui a été appelé état pu- i tride, état adfnamique, état typhoïde, MM. Andral et Gavarret arrivent aux conclusions suivantes :
La fibrine n'est diminuée ni pendant l'état prodromique des pyrexies ni dans la fièvre intermittente.
La diminution de la fibrine n'existe nécessairement dans aucune pyrexie,mais il semble incon- i testable que les causes spécifiques qui donnent nais- ' sauce aux maladies de cet ordre agis.sent sur le sang de telle façon qu'elles tendent à y détruire la matière spontanément coagulable. Si la cause agit avec plus d'énergie ou si l'économie lui résiste , la destruction de la fibrine ne s'accomplit pas. Si, au contraire, la cause continue à agir avec toute son intensité et que les forces de l'organisme soient en défaut, la destruction de la fibrine commencera, soit dès le début même de la maladie, ce qui est fort rare, soit un certain temps après qu'elle a pris naissance.
Parmi les phénomènes qui paraissent avoir un rapport direct avec la diminution delà fibrine, il faut placer, au premier rang, ces hémorrhagies si communes dans les pyrexies où domine la forme adynamique ou putride , et les congestions sanguines qui s'opèrent dans les viscères, et spécialement dans la rate (Andral, Hématologie , p. 67-72).
Nous avons reproduit ces paroles de M. Andral , parce qu'on a prêté à cet observateur des opinions exagérées qu'il n'a jamais professées. Nous ajouterons, cependant, que si la. moyenne physiologique de la |, fibrine est réellement au dessous de 3, les chiffres que
SAN
SAN
nous avons produits perdent de leur signification.
La fibrine paraît être diminuée dans la fièvre jaune; mais on ne possède à cet égard aucune analyse rigoureuse (voy. t. v, p. 483 , 484) ; il en est de même pour le typhus (voy. ce mot) , pour la morve (voy. t. VI, p. 111). M. Rochet assure n'avoir trouvé que 0,6 de fibrine dans deux cas de peste (voy. t. vi , p. 421) ; dans un cas de purpura haemorrhagica fort grave , et dans un cas de scorbut, MM. Andral et Gavarret n'ont trouvé que 1 ,6 de fibrine (voy. le Compend. de méd., t. vu , p. 247. — Andral , Hématologie j p. 248).
M. Bouchut assure que dans la fièvre puerpérale il n'existe plus que de 1 à 2 de fibrine sur 1,000 de sang. Nous nous sommes expliqués sur la valeur de cette assertion (voy. le Compend. de mcd.^ t. vu, p. 221). Depuis la publication de notre article, M. Hersent s'est livré à des recherches sur la composition du sang dans les fièvres puerpérales (thèse de Paris, 1845. n^ 219); mais il n'a jeté aucune lumière sur la question.
MM. Andral et Gavarret , assimilant , suivant M. Hersent, la fièvre puerpérale à d'autres maladies de nature typhoïde ^ ont avancé qu'il y avait une diminution considérable dans la proportion de la fibrine (thèse citée, p. 7). Jamais une semblable proposition n'a été émise par MM. Andral et Gavarret; mais en admettant qu'il en soit ainsi, comment M. Hersent s'y prend-il pour prouver: 1" que la fibrine ne reçoit, en général, aucun accroissement dans la fièvre puerpérale, quelle que soit la forme de la maladie; 2^ que, par exception, elle peut cependant s'accroître considérablement, mais que ces cas se présentent aussi bien dans les variétés inflammatoires que dans les variétés typhoïdes ; 3^ qu'elle nediminue point dans la forme typhoïde ; 4" que son chiffre moyen reste à peu près le même dans les trois formes bilieuse, inflammatoire et typhoïde de la maladie (thèse citée, p. 38).
Pour justifier ces propositions , M. Hersent a recours à uu procédé assez, ingénieux. Il place au nombre des fièvres puerpérales bilieuses des cas de fièvre puerpérale inflammatoire ( voy. p. 17 etobs. 3, 4) ; il range parmi les cas de forme inflammatoire un exemple remarquable de fièvre puerpérale typhoïde (voy. p. 20 et obs. 12); enfin, il cite comme des exemples de forme typhoïde des faits manifestes de fièvre puerpérale inflammatoire (voy. p. 25 et obs. 15).
En considérant les choses sous leur véritable aspect, nous trouvons dans le travail de M. Hcrsenl:
9 cas de fièvre puerpérale inflammatoire (obs. 3, 1, G, 7, 9, 10, 11, 15 et 16), qui donnent pour moyenne de la fibrine 5,108; maximum, 7,142 (obs. 15, considérée par M, Hersent comme un
exepnple de forme typhoïde); minimum, 4,074 (obs. 7);
1 cas douteux de fièvre puerpérale bilieuse (obs. 5), dans lequel la fibrine est représentée par le chiffre 2,987;
1 cas bien évident de fièvre puerpérale typhoïde (obs. 12), dans lequel le chiffre de la fibrine n'est que de 1,560.
La diminution absolue de la fibrine doit être placée parmi les causes des hémorrhagies qui survienuent dans le cours des fièvres graves; mais en est-il de même pour la congestion et l'hémorrhagie cérébrales? Voici les chiffres que fournissent à cet égard les recherches de MM. Andral et Gavarret:
15 faits de congestion cérébrale et 21 saignées donnent pour moyenne de la fibrine, 2,676; maximum, 3,7 ; minimum, 1,6;
7 faits d'hémorrhagie cérébrale et 8 saignées donnent pour moyenne 2,925; maximum, 3,9; minimum, 1,9.
On peut, avec MM. Andral et Gavarret {lac, cit., p. 77 et suiv.), conclure de ces chiffres que la fibrine conserve souvent sa quantité normale, que jamais elle ne la dépasse notablement, et que souvent elle diminue considérablement ; mais il ne nous semble point possible d'en tirer une conclusion pathogénique de quelque valeur.
Les saignées ne diminuent que faiblement la quantité de la fibrine ; encore n'est-ce qu'au bout d'un temps assez long , après des émissions de sang abondantes, répétées, et lorsque les globules ont déjà subi une très-grande diminution.
Diminution relative. — Elle se montre dans tous les cas où le chiffre des globules est augmenté, c'est-à-dire dans la pléthore , dans toute une classe d'hémorrhagies et dans certaines pyrexies ;elle exerce une influence remarquable sur les caractères physiques du sang (voy. Modifications phfsiijues).
Nous ne nous étendrons pas davantage sur la diminution de la fibrine dans les maladies, puisque déjà, dans plusieurs articles, nous avons consacré de longs détails à cette importante question (voy. Fièvres, t. iv , p. 28 et suiv.; Hémorriiagie, t. iv , p. 475 et suiv.; voy. aussi Jaune (Fièvre), Morve, Peste, Pueuim-;r\le (Fièvre), Pirplua, Rougeole, Scarlatine, .Scorbut, Typhoïde (Fièvre), Typuus, Variole, etc.).
3" Globules ; augmentation absolue. — La quantité des globules augmente considérablement, dans la pléthore, les autres éléments du sang ne présentant aucune modification digne d'être prise en considération, à l'exception, toutefois, de l'eau qui est notablement diminuée. Celle loi, annoncée par MM. Danh {I^J ssai sur t a j)pl . de la chimie, de, p. 303) cl Le Cauu, a été définilivcmcut établie
SAN
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par les recherches de MM. Andral et Gavarret. Ces observateurs, dans 31 saignées pratiquées à des pléthoriques, ont trouvé pour moyenne des globules, 141; maximum, 154; minimum, 131 [Hématologie,
MM. Becquerel et Rodier ont cherché à prouver que, dans la pléthore, le chiffre des globules ne dépasse point la moyenne physiologique , et que la maladie est constituée par une augmentation de la masse totale du sang; nous avons démontré que cette double assertion repose sur des hypothèses et sur des appréciations erronées (L. Fleury, art. cité , in Gaz. des hôpit.^ n° 36, p. 142, 1845 ; Cornpendium de méd., art. Pléthore, t. vi, p. 583, 585).
C'est à l'augmentation des globules qu'il faut rapporter les hémorrhagies qui accompagnent si fréquemment l'état pléthorique (voy.HÉMORRHAGiE, t. iv, p. 469etsuiv.).
L'augmentation du nombre des globules, ont dit MM. Andral et Gavarret, est un des traits saillants qui ressortent de l'analyse du sang dans la fièvre typhoïde ; mais cette augmentation n'est pas constante, elle n'est pas une condition essentielle de la maladie , et ce qui le prouve , c'est que , même dans le cas où les globules sont très-abondants au début, ils ne tardent pas à le devenir de moins en moins, à retomber vers leur chiffre normal, ou à s'abaisser au-dessous, et cependant la maladie continue et s'aggrave Qoc. cit., p. 59).
Les saignées et la diète ayant pour effet, comme nous le dirons tout à l'heure, de diminuer les globules, il faut, lorsqu'on veut apprécier le chiffre de ceuxci, par rapport à une maladie donnée, ne tenir compte que des premières saignées; or, voici ce qu'apprennent, à l'égard de la fièvre typhoïde, les recherches de MM. Andral et Gavarret :
19 malades donnent pour moyenne 127,484; maximum, 149,6 ; minimum, 100,7.
Ces chiffres ne nous paraissent pas militer en faveur d'une augmentation des globules dans la fièvre typhoïde , surtout si l'on considère que cette maladie frappe, en général, des sujets jeunes; ils établissent seulement que la quantité des globules ne s'abaisse pas au-dessous de la moyenne physiologique. Encore ne faut- il pas oublier que dans deux cas de fièvre typhoïde, M. Le Ganu n'a trouvé en globules que 11 5,0 dans l'un , et 1 05,0 dans l'autre lac. cit., p. 109).
Les premières saignées pratiquées à 11 hommes atteints de fièvre typhoïde ont donné pour moyenne, à MM. Becquerel et Kodier, 127,4. Nous n'en concluerons point avec ces auteurs que « les globules, dans la fièvre typhoïde, diminuent en général d'une quantité trcs-notabicn [hc cit., p. 61,65); mais
nous ferons remarquer que ce chiffre vient encore à l'appui du doute que nous venons de formuler. Du reste , nous devons dire que xM. Andral lui-même a modifié son opinion première. «Dans mon mémoire sur les altérations du sang, dit cet observateur, j'avais incliné à penser que la quantité surabondante des globules était un des caractères du sang dans les pyrexies : depuis je me suis convaincu que, si, dans la fièvre typhoïde , on trouve souvent cette prédominance de l'élément globulaire du sang , cela dépend de ce que la fièvre typhoïde atteint très-fréquemment des individus qui, par leur âge et leur constitution, sont dans un état de pléthore plus ou moins considérable; mais la surabondance des globules tient si peu à la fièvre typhoïde elle-même que la maladie peut survenir chez des filles chlorotiques» [Hématologie, p. 66).
L'augmentation des globules paraît être mieux établie à l'égard de la rougeole et de la scarlatine (voy. ces mots) ; mais les faits observés ( 7 cas de rougeole , 2 de scarlatine) sont trop peu nombreux pour qu'on puisse accorder une grande valeur aux moyennes qu'ils ont fournies.
Augmentation relative. — Elle est fort rare et peu connue, puisqu'elle n'existe que dans les cas où la fibrine est diminuée d'une manière absolue. MM. Andral et Gavarret font constatée dans quelques cas de fièvje typhoïde très-grave.
Diminution absolue. — MM. Le Canu et Fœdisch ont vu , en analysant le sang de 3 femmes atteintes de chlorose , que dans cette maladie la quantité des globules est notablement diminuée (Le Canu, loc. cit., p. 1 1 3- 1 1 5) ; M. Denis a établi que les globules sont diminués dans l'anémie {Essai surTapplic. de la chimie, etc., p. 304-328) ; les travaux de MM. Andral et Gavarret ont transformé ces aperçus en loi.
Les premières saignées pratiquées à cinq femmes atteintes de chlorose commençante ont donné, pour moyenne des globules, 108,600 ; maximunp, 113,7; minimum , 99,7.
Les premières saignées pratiquées à 9 femmes atteintes de chlorose confirmée ont donné pour moyenne, 56,1 66 ; maximum, 77,5 ; minimum 38,7.
Constamment , ainsi qu'on le voit , les globules sont restés notablement au-dessous de la moyenne physiologique.
La misère , les privations , une alimentation insuffisante, malsaine, toutes les causes débilitantes, la diète, les hémorrhagies, les affections chroniques de longue durée, les différentes cachexies, amènent une grande diminution dans le chiffre des globules.
MM. Andral et Gavarret ont trouvé 68,8 en globules chez un individu qui , à la suite d'accès répétés de fièvre intermittente, était tombé dans cet état spécial d'étiolcment qui en est si souvent l'effet.
SAiN — 4
Chez un malade profondément épuisé par un diabète sucré, 86,3.
Chez des malades parvenus au dernier degré de la maladie de Brighl et profondément anémiés, 82 et61 .
Chez un individu devenu hydropique par suite d'une dilatation anévrysmale du cœur, 68,3.
Chez un sujet tombé dans la cachexie saturnine, 83,8.
Chez un homme affecté d'un cancer de Testomac,
Chez une femme atteinte d'un cancer de l'ulérus,
Dans les divers cas d'affection cancéreuse , dit M. Andral , les globules du sang offrent cette diminution progressive qu'ils éprouvent toutes les fois que l'organisme est sous l'influence d'une cause quelconque d'épuisement.
Dans la phthisie pulmonaire, les globules sont diminués dès le début ; dans aucun cas M. Andral ne les a vus atteindre la moyenne physiologique : ils oscillent généralement entre 120 et 100 (maximum, 122; minimum, 99 ). A mesure que la maladie fait des progrès, le chiffre des globules diminue de fius en plus, et il atteint son minimum lorsque les poumons sont creusés de cavernes (maximum, 100; minimum, 72).
La diminution des globules, dit M. Andral, n'est pas la cause de la tuberculisation ; mais elle est pour nous un signe certain que cette maladie prend naissance au miheu d'un notable affaiblissement de la constitution [Hématologie, p. 1 70 et suiv. — Cornpend, de méd.j art. Phtuisie, t. vi, p. 500).
M. Andral affirme que dans beaucoup de cas de névroses le sang est remarquablement pauvre en globules [Hématologie,^. 183).
Le* émissions de sang exercent une influence remarquable sur le chiffre des globules; celui-ci diminue après chaque saignée d'une quantité qui, jusqu'à une certaine limite, est d'autant plus considérable que le nombre des saignées antérieures est plus grand. Nous croyons utile de mettre quelques chiffres sous les yeux du lecteur.
1^" saignée. 2^ s. .J» s. 4*" s. 5* s. C s
Rhumat. art. aigu . 114,8 111,0 102,8 88,7 88,0 76,6
Jde/n 123,1 120,7 112.8 101,0 89,2 83,8
Idem 125,3 121,9 121,4 99,6 88,2 «
Pneumonie 137,8 125,5 117,4 111,5 » »
Idem 115,2 113,4 102,5 89,0 » .
Fièvre typhoïde. . . 145,3 135 8 126,2 116,2 91,7 .
Idem ,102,4 100,5 93,9 86,3 76,0 »
La chlorose et l'anémie, que celle-ci soit spontanée ou provoquée par des émissions de sang, sont essentiellement caractérisées par la diminution des globules et l'augmentation de Teau.
Les quantités absolues cl relatives des globules mo-
SAiN
difient singulièrement les caractères physiques du caillot (voy. Modifications physiques).
La diminution absolue des globules paraît être la cause des bruits de souffle que l'on rencontre dans la chlorose et l'anémie; voici ce que l'analyse de SS cas a montré sur ce point à M. Andral.
La diminution des globules est la seule altération du sang qui donne lieu aux bruits de souffle.
L'intensité et la constance du bruit de souffle sont eu général , subordonnées au degré d'abaissement du chiffre des globules.
Lorsque le chiffre des globules est tombé au-dessous de 80, le bruit de souffle existe dans les artères d'une manière constante.
Lorsque le chiffre des globules oscille entre 80 e^ 1 00, le bruit de souffle n'est pas constant , mais il se fait entendre souvent; au-dessus de 100, il est rare.
Quelle que soit la nature de la maladie dans laquelle existe une diminution des globules , le bruit de souffle ne s'en montre pas moins (Andral , Hématologie, p. 57-60).
M. Beau a publié récemment un travail dans lequel il cherche à établir que les bruits artériels sont dus, non à la diminution des globules, mais à une disposition inconnue du système artériel qui accompagne le plus ordinaiiement la diminution des globules dans les proportions observées par MM. Andral et Gavarret , ou bien à une augmentation de la masse totale du sang , à une polyémie [Nouvelles recherches sur les bruits des artères , in Jrch. génér. de méd., t. vin, p. 413 ; 1844, et t. ix , p. 2; 1845). Nous ne pouvons qu'indiquer cette théorie; ce n'est pas ici le lieu de la discuter.
A^ Matériaux solides du sérum. — à. Matériaux organiques, a. Albumine. — Jugmcntation absolue. — Le chiffre de l'albumine paraît être augmenté dans les phlegmasies (moyenne, 72; maximum, 92,6; minimum, 56,2); cependant MM. Andral et Gavarret n'attachent aucune importance à celte modification [loc. cit., p. 20-28-36). Dans la pneumonie , l'augmentation est moins considérable que dans le rhumatisme articulaire aigu.
Diminution absolue. — L'albumine diminue dans la maladie de Brighl , et cette diminution est en raison directe de la quantité de l'albumine que contient l'urine (voy. Compendium de médecine^^Eins (Mal. des), t. vu, p. 349 et suiv.). La diminution de l'albumine est une cause fréquente d'hydropisic; nous avons discuté ailleurs cette importante question avec tous les développements qu'elle comporte (voy. Hydhopisiiî , t. IV, p. 612 et suiv.).
Les saignées n'exercent sur l'albumine qu'une action peu marquée et fort irrégulière.
MM. Becquerel et Hodier [loc. cit., p. 127) assurent que l'albumine diminue dans les maladies; que
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celte diminution est plus forte dans les phlegmasies ; qu'elle est en rapport avec l'augmentation de la fibrine. Mais ces assertions sont complètement renversées par les faits que rapportent MM. Becquerel et Rodier eux-mêmes (voy. L.Fleury,art. cité, in Gaz. des hôpitaux, n" 40 , p. 1 60 ; 1 845).
p. Choie stérine. — MM. Becquerel et Rodier assurent que la cholestérine est augmentée dans les phlegmasies, tandis qu'elle reste à son chiffre normal dans la fièvre typhoïde. Rien ne justifie cette assertion, puisque 5 secondes saignées pratiquées à des sujets atteints de fièvre typhoïde ont donné une moyenne (0,156) de beaucoup supérieure à celle fournie par 5 saignées pratiquées à 5 femmes atteintes de pneumonie (voy. L. Fleury , art. cité, Gaz. lies hôpitaux , n° 36, p. 141 ; 1845).
b. Matériaux inorganiques. — M. Denis (loc. cit., p. 316 etsuiv.) s'est efforcé de déterminer les modifications pathologiques subies par le chlorure de sodium et l'alcali du sang ; mais il n'est arrivé à aucun résultat de quelque valeur. MM. Becquerel et Rodier ont été encore plus malheureux dans leurs efforts, puisqu'ils ont été conduits à émettre des assertions manifestement erronées. 11 suffit de citer celle où ils prétendent que le chlorure de sodium ne diminue pas d'une manière notable sous l'influence de Ja diète.
Dans l'élat actuel de la science , on ne sait rien de positif sur les modifications que subissent, dans les maladies, les matériaux inorganiques du sérum; on admet généralement, néanmoins, que les matériaux fixes sont augmentés dans le choléra (voy. le Compendium, t. ii, p. 239 etsuiv.).
Nous venons d'étudier les différentes altérations que peut présenter chacun des éléments du sang considéré isolément; nous devons ajouter que ces allérations se présentent tantôt seules, tantôt réunies au nombre de deux , trois ou quatre.
L'augmentation absolue de la fibrine (phlegma- ^/c.v), la diminution absolue de l'albumine (maladie de Bright). sont, à peu près, les seules modifications qui se présentent isolées, tous les autres éléments du sang conservant leur quantité normale.
Les modifications de l'eau et des globules sont toujours liées les unes aux autres dans un rapport inverse ; mais l'altération peut ne porter que sur ces deux éléments (pléthore : + glob. — eau ; chlorose :
— glob. -h eau), ou bien, au contraire, s'étendre à un ou à deux autres principes (phthisie pulmonaire: H- fibr. — glob. -h eau ; anémie grave; cachexies:
— fibr. — glob. -f- eau — albumine). Nous avons étudié ces altérations complexes du sang en faisant Thistoire des diverses maladies dans lesquelles on les
encontre.
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b. Modifications chimiques résultant de la présence, dans le sang, d'un élément anormal avec analogue dans l'organisme sain.
Quelques chimistes avaient cru constaterdansle sang normal les éléments des fluides sécrétés par l'organisme (picromel, urée), mais les recherches plus sévères de nos contemporains ont renversé cette doctrine. Ce n'estquedans certains états pathologiques que le sang présente des quantités plus ou moins considérables d'éléments appartenant à un produit de sécrétion.
Bile, — La bile n'a jamais été rencontrée eu nature dans le sang ; mais sa matière colorante verte a été trouvée en quantité plus ou moins considérable dans le sérum , et l'on a rattaché à sa présence Ticlère et les différents phénomènes dits bilieux qui accompagnent certaines maladies (voy. Ictère, t. v, p. 102, 103; Fièvre bilieuse, Liv, p. 40 , 41; Fièvre gastrique, ibiti., p. 290; Pneumonie bilieuse, t. VII, p . 70. Voy. aussi Le Cànu', loc. cit., p. 100).
Nous devons dire, toutefois, que M. Denis n'a jamais pu découvrir, dans le sang des ictériques, des substances étrangères à la constitution du liquide sanguin. «Il résulte de mes analyses, dit cet observateur, qu'il n'y a dans le sang des ictériques que de l'albumine en moins et de la substance jaune en plus» (Essai sur V application de lachimie^ etc., p. 309).
Urine. — Ainsi que la bile, l'urine n'existe jamais en nature dans le liquide .sanguin (voy. Fièvre uri- NEUSE, t. IV, p. 42) ; mais lorsque l'albumine du sang semble être transportée dans l'urine , l'urée passe à son tour dans le système circulatoire (voy. Maladie DE Bright, t. vu, p. 350).
Lait. — Les anciens ont souvent parlé de sang laiteux, et jusqu'au commencement de ce siècle, plU' sieurs auteurs ont rapporté la fièvre puerpérale à la présencede lait dans le sang (voy. Puerpérale (Fièvre), t. VII, p. 219 et suiv.).
L'observation clinique a porté une première atteinte à cette doctrine, en montrant du sang laiteux chez des femmes en dehors de la grossesse et de l'état puerpéral , et même chez des hommes ; l'analyse chimique et l'examen microscopique ont achevé sa ruine, puisque jamais ils n'ont permis de découvrir, dans le sang, du lait en nature ou du caséum (voy. Fièvre laiteuse, t. iv, p. 41, 42 ; voy. aussi Le Canu, /oc. cit., p. 115 et suiv.)
Des recherches rigoureuses ont montré que le sang doit son aspect laiteux à une matière grasse qui n'est point toujours la même ; M. Lassaigne l'a trouvée identique à la matière grasse du cerveau [Journ. de chimie, t. ii; 1829); MM. Christison et Le Canu l'ont trouvée formée d'oléine, de margarine et de stéarine; un sang laiteux analysé par MM. Personne et Deville contenait plus d'albumine que de coutume et
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une matière grasse semblable à la graisse humaine (Journ. de pharm., numéro de septembre 1842).
Dans un cas qui s'est présenté à M. Gaventou , il n'existait pas de matière grasse anormale; mais l'albumine était altérée et offrait de l'analogie avec la matière blanche du chyle (Le Ganu, loc. cit., p. 1 1 7).
Dans tous les cas observés par les chimistes que nous venons de nommer, les globules rouges avaient disparu ou n'existaient plus qu'en très-petite quantité.
Chyle. — Nous ne pourrions, à propos du san^ chyleux, que répéter ce que nous venons de dire du sang laiteux.
c. Modificaiioîis chimiques résultant de la présence ^ dans le sang , d'un élément anormal sans analogue dans l'organisme sain.
Du pus peut être mélangé au sang; nous avons longuement étudié les différentes voies suivant les quelles le pus pénètre dans le système circulatoire, les modifications qu'il imprime au liquide sanguin et les phénomènes morbides auxquels il donne lieu (voy. Pyouémie, t. vu, p. 254).
Des liquides scptiques peuvent être introduits par absorption dans le système circulatoire , mais l'analyse chimique n'a point permis, jusqu'à présent, de constater leur présence (voy. Septicohémie).
Yje\di matière cancéreuse, et spécialement encéphaloïde, peut exister dans les veines ; nous avons discuté avec soin tous les points anatomiques et pathologiques qui se rattachent à cette importante question (voy. GArscER, t. i, p. 40 et suiv.).
Des virus de différentes natures peuvent pénétrer dans le .système circulatoire et pioduire de redoutables accidents ; l'analyse chimique est impuissante à démontrer leur présence ( voy. Vnsus et Maladies vuiuleistes , Morve , Pustule maligne , Syphilis, Variole, etc.).
Du sucre de raisin circule avec le sang chez les diabétiques. Depuis que nous avons écrit notre article Diabète ( t. m, p. 30), les assertions d'Ambrosiani, de Gregor, de Rees, ont été justifiées par plusieurs observateurs , parmi lesquels nous citerons MM. Bouchardatet Mialhe, qui sont arrivés à dés résultats beaucoup plus décisifs que ne le pense M. Gontour ( du Diahclc sucré, th. de Paris, 1844, p. 54- 59 ). Si l'opalinité du sérum ne permet pas d'y constater la présence du sucre de raisin à l'aide du polarimèlre, les procédés de Frommer et de M. Bouchardat la dénotent, presque constamment, d'une manière certaine.
Desy/a/V/cî élastiques peuvent-ils se développer spontanément dans le système circulatoire? peuventils y pénétrer en l'absence de toute lésion du cœur et des vaisseaux? On ne saurait répondre d'une mn- Bière positive à ces questions. M. Ullivier (d'Angers)
s'est efforcé d'établir que le développement spontané d'un fluide gazeux dans le sang , et son accumulation dans le cœur droit est une cause de mort subite. Mais la démonstration de ce fait n'est point complète. En l'admettant, quelle est l'origine du gaz? Est-ce de l'air atmosphérique qui passe en nature des ramifications bronchiques dans les veines pulmonaires, et de là dans les artères? est-ce de l'acide carbonique qui s'est dégagé du sang avec lequel il était intimement combiné ? est-ce un gaz produit par une décomposition du sang? M. Ollivier a discuté toutes ces théories sans arriver à une solution {De la Mort subite qui résulte du développement spontané d'' un fluide gazeux dans le sang, etc., in Archiç', génér. de méd., t. i , p. 39 et suiv. ; 1838).
Les hématozoaires sont communs chez certains animaux, mais il n'en est pas de même chez l'homme. Brera, Treutler et plusieurs autres observateurs assurent avoir trouvé dans le sang de l'homme le polystoma ; M. Délie Ghiage a publié un intéressant mémoire sur ce sujet, et rapporté deux faits dans lesquels cet hématozoaire aurait été rencontre dans du sang rendu dans une hémoptysie, par des phthisiques. Avant de conclure avec l'auteur italien que le polystoma peut se développer par génération spontanée dans le système veineux de l'homme, il faut attendre de nouvelles preuves. Quoi qu'il en soit, voici la description tracée par M. Délie Ghiage.
Le polystoma paraît n'être, au premier aspect, qu'une goutte de sang concrète, grumeleuse, semblable à une semence de courge, qui semble plus rouge que le liquide au milieu duquel elle se trouve placée. A l'une des extrémités de son corps, il est effilé; à l'autre, il est arrondi ; lorsqu'il s'allonge, il a une longueur de 3 lignes et une largeur de 2 lignes; s'il se distend, il prend une longueur de 10 lignes, une largeur de 3, et l'on reconnaît alors que son corps est annelé. 11 se meut par un double mouvement. L'action du plus léger stimulant suffit pour le faire passer de l'état de repos à une agitation trèsprononcée. Voici le caractère zoologiquc de cet entozoaire : «Polystoma, corpus teretiusculum, vel «depressum: pori sex antici, ventralis et posticus «solitarii» {Annali di Omodei , t. lxxxiv, p. 5, 1837 ; ^rchiu. génér. de méd., t. i, p. 91, 1838).
Influence des modifications chimiques sur la coagulation du sang. — Lorsque le sang se coagule, la fibrine et les globules sont les seuls éléments qui exercent quelque influence sur les caractères du caillot.
L'augmentation absolue de la fibrine et, par conséquent , la diminution relalii^e des globule.i, donnent naissance à un caillot petit, consistant, rétracté, contenant peu de sérosité, à bords retroussés (caillot en champignon), et recouvert par une couche
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jaunâtre, épaisse, résistante, formée par de la fibrine coagulée. C'est à cette couche fibrineuse que l'on a donné le nom de couenne inflammatoire ^ de crusta phlogistica. Cette couenne parfaite se montre constamment dans les phiegmasies, puisque celles-ci sont toujours accompagnées d'une augmentation absolue de la fibrine. Nous avons étudié ailleurs (voy. Inflammation, t. v, p. 187 etsuiv.)les caraclères de la couenne inflammatoire, les conditions nécessaires et accessoires de sa formation, ainsi que les diverses circonstances pathologiques dans lesquelles on la rencontre (voy. aussi Piorry, Traité des altérations du sang ; Blém. sur l'hcmite , p. 3 et suiv.). Nous n'avons que quelques mots à ajouter.
Lorsqu'un sang riche en fibrine est tiré de la veine, on voit bientôt apparaître à sa surface une couche liquide, jaunâtre, qui n'est autre chose que la fibrine Don encore coagulée ( couenne liquide)^ laquelle surnage en raison de sa pesanteur spécifique, tandis que les globules tendent à gagner les parties les plus déclives du vase. Au moment où la fibrine se coagule, elle saisit tous les globules interposés, et les emprisonne dans un réseau fibiineux. Il résulte de ceci : 1° que la couenne est d'autant plus épaisse, abstraction faite de la quantité delà fibrine, que la coagulation s'est opérée plus lentement ; 2° que le réseau fibrineux est d'autant plus lâche, qu'il contient d'autant plus de globules, qu'on se rapproche de la surface inférieure du caillot ; 3^ que la couenne inflammatoire est due non-seulement à l'augmentation absolue de la fibrine, mais encore à la lenteur avec laquelle s'opère la coagulation, en raison de l'excès de la fibrine ( Babington, ^/xA. gén. de méd.,i. xxviii, p. 400; 1832).
de la fibrine, c'est-àdonne
également lieu à la formation d'une couenne parfaite. C'est ainsi qu'on rencontre celle-ci dans la chlorose et l'anémie , d'où il suit, contrairement à une opinion qui a été professée pendant longtemps, que la présence d'une couenne parfaite n'est point l'indice certain d'une phlegmasie( \oY'Compend.j loc. cit., p. 188).
La diminution relative de la fbrine , c'esii-^-dire y augmentation absolue des globules, donne naissance à un caillot ayant des caraclères entièrement opposés à ceux que nous venons d'indiquer.
Le sérum et le caillot sont incomplètement séparés l'un de l'autre, d'où il suit qu'il semble y avoir peu de sérum par rapjiort au caillot. Celui-ci est volumineux, il remplit souvent toute la largeur du vase où le sang a été reçu; il n'est jamais relevé sur ses bords; sa consistance est toujours peu considérable ; on le déchire , on le brise avec la plus grande facilité;
h' augmentation relative dire la diminution absolue des globules
il retient une quantité considérable de sérum (Andral, Hématologie, p. 65).
La diminution absolue de la fbrine, tant qu'elle n'est point poussée fort loin , agit de la même façon que la diminution relative; mais lorsqu'il n'existe plus qu'une très-petite quantité defibrinedans le sang, celui-ci ne se coagule plus , il reste fluide et présente cet état qui a été appelé par les anciens dissolution du sang. Il en est ainsi dans les cas les plus graves des grandes pyrexies ( voy. Typhoïde (Fièvre), Tyihls, Peste, etc.).
La coagulation n'a ordinairement pas lieu lorsque le sang est altéré par une quantité notable de pus (voy. Pyohémie), de matières septiques (voy. SepticouÉMiE),par un virus (voy. Morve); si l'élément étranger n'existe qu'eu très-petite quantité, la coagulation s'opère , mais le caillot est mou , d'un rouge vineux ou noirâtre. Entre ces deux limites on observe une foule de degrés intermédiaires.
M. Denis s'est occupé de déterminer les phénomènes moléculaires qui rendent le sang couenncux ou incoagulable, et il est arrivé aux conclusions suivantes :
Dans le sang couenneux , il existe plus de soude que dans l'état sain , et moins de chlorure de sodium. Les quantités de ces deux substances sont toujours en rapport inverse.
Lorsque la totalité du chlorure de sodium a disparu , le sang présente l'aspect lie de vin.
Deux analyses de sang incoagulable ont montré à M. Denis , l'une , une augmentation des sels et de l'alcali naturel par un sel et un alcali ammoniacaux; l'autre, une augmentation du chlorure de sodium {Essai sur l'application de la chimie, etc., p. 316-327).
De nouvelles et nombreuses expériences sont nécessaires pour éclairer ces questions si délicates; mais il est parfaitement démontré que si l'on mêle le sang, au moment où il sort de la veine , avec V? ^^ son volume d'une dissolution saturée de sulfate de soude, le mélange se sépare rapidement en deux parties : l'une inférieure , constituée par les globules parfaitement intacts ; l'autre supérieure , formée par un liquide opalin, où la fibrine tout entière est tenue en suspension sous forme de corpuscules blancs de V.,00 de millimètre de diamètre, comme dans la couenne liquide. La solidification de la fibrine ne se produit alors que très-lentement (Andral , Hématologie, p. 34 , 35). Cette expérience semble militer en faveur des opinions émises par M. Denis.
B. Modifications physiques. — V aspect du caillot indique , d'une manière assez exacte , les modifications absolues ou relatives de la fibrine et des globules ; la préseuce d'une couenne parfaite est l'indice certain de l'existence d'une phlegmasie ou de^
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la chloro-anémie ; la non-coagulation , la dissolution du sang, dénote soit une diminution considérable et absolue de la fibriue , soit raltération du sang par du pus, un liquide seplique ou un virus.
La couleur du sang qui sort de la veine est d'un rouge plus ou moins prononcé , selon la quantité des globules; lorsque ceux-ci sont en petit nombre, le sang est pâle , décoloré; il en est ainsi dans la chlorose et l'anémie. Le sang est , au contraire, très-coloré dans la pléthore. Dans le cas observé par M. Caventou , l'altération de l'albumine avait donné au sang une couleur blanchâtre. On a prétendu que le sang était noirâtre dans la fièvre jaune, le typhus, les fièvres intermittentes d'Amt^rique, les fièvres m;] lignes, les maladies charbonneuses. «Il faut soupçonner la vérité de toutes ces assertions, dit M. Andral, parce qu'elles sont en rapport avec des idées préconçues sur l'empoisonnement miasmatique.
La couleur du sérum est assez variable : elle est rougeâtre lorsqu'une quantité plfis ou moins considérable de globules a échappé au réseau fibrineux ; elle est verdâtre ou jaunâtre dans l'ictère ; elle est blanchâtre dans le sang laiteux.
Quelques auteurs prétendent avoir constaté que le sang répand une odeur fétide dans la variole, la fièvre typhoïde; une odeur acide dans la fièvre intermittente. Les recherches plus exactes de nos contemporains n'ont rien montré de semblable.
Les modifications de la saveur sont peu connues. Le sérum des cholériques ne présente point, suivant M. Le Canu, sa saveur salée normale; la saveur est acide dans le rachitisme , selon Lower; la saveur sucrée attribuée au sang des diabétiques par Gullen, Dobson, Richter, Michaelis, a été niée par Rollo, Horne, etc. (voy. Compendium de méd., t. m, p. 30) , et n'a pas été retrouvée par M. Contour ( thèse citée, p. 54).
On ne sait rien sur les modifications de la température du sang; on a dit qu'elle est abaissée dans le choléra. Nous avons rapporté ailleurs les opinions émises sur cette question (voy. Gholéra , t. ii , p. 239 et suiv.).
On sait que l'école de Boerhaave a fondé ses doctrines sur la consistance plus ou moins grande du sang, et que M. Magendie a déterminé des congestions, des hémorrhagies viscérales, en introduisant dans le système circulatoire des substances inertes par elle-mêmes, mais augmentant la viscosité du sang. Mais les doctrines de Boerhaave ne sont fondées que sur des hypothèses, et les expériences de M. Magendie ne démontrent point que la viscosité du sang puisse augmenter spontanément. « Peut-il y avoir dans quelques maladies augmentation spontanée de la consistance du sang? On peut le supposer, dit M. Andral, mais il c^t impossible de fournir la démonstra-
tion du fait; par conséquent, il ne faut accorder à ces idées que la valeur d'une hypothèse» (Monneret, art. cité in Gaz. méd., p. 295 ; 1 84 1 ). On s'accorde cependant à reconnaître que dans le choléra, la consistance du sang est très-considérable (voy. Compendium de méd., t. ii, p. 239).
Suivant Bellinghieri, Vélectricité du sang diminue dans les phlegmasies , cette diminution étant en rapport direct avec l'intensité de l'inflammation ; tandis que Télectricité est plus prononcée dans les maladies chroniques, asthéniques, de telle sorte que quand on trouve dans le sang tiré de la veine plus d'électricité que dans l'état normal, on peut, assurer que la coagulation n'aura pas lieu. Ces assertions ont besoin d'être confirmées (voy. Inflammation, t. v, p. 191).
Historique et bibliographie. — Nous n'avons pas l'intention, on le pense bien, de faire ici l'histoire de l'humorisme; certes, depuis Gaîien, les altérations du sang ont constamment occupé une place plus ou moins considérable dans l'étude de la pathologie; mais il n'entre nullement dans le plan de notre ouvrage d'exposer toutes les théories pathogéniques qui n'ont eu pour base que des hypothèses ou des erreurs grossières. Les humoristes ont rendu un immense service en combattant les doctrines exclusives du solidisme, et en maintenant l'existence des altérations des fluides; mais quel profit le praticien retire-t-il de l'élude des doctrines fondées sur l'alcalescence, la dépravation parfaite ou imparfaite, la putréfaction du sang, etc.
Huxham établit, à la vérité, que dans la pléthore les globules rouges sont en très-grande quantité , qu'ils sont peu abondants dans l'anémie, que dans la fièvre inflammatoire le sang se couvre d'une croûte épaisse; mais à côté de ces aperçus si remarquables il fait intervenir la densité des globules; il considère la couenne pleurétique comme une coagulation de toute la partie séreuse du sang produite par la chaleur fébrile; il attribue la chlorose, le scorbut, les hémorrhagies passives, à un état brisé et corrompu des globules rouges, et à l'effet d'une acrimonie (Essai sur les fièvres , édit. de XEncyclop. des sciences méd.., p. 376 et suiv.; Paris, 1835).
Quesnay se livre aux mêmes errements, et après avoir établi qu'on ne peut expliquer ni la nature ni l'action des causes humorales, il disserte longuement sur la fermentation , la putréfaction qu'il ne faut pas confondre avec la pourriture et qui est parfaite, imparfaite, sourde, etc. , la malignité, l'acrimonie rance , la dissolution , les causes humorales acides et alcalines, etc.
Quesnay déclare que les saignées diminuent la quantité des globules, mais il croit que la coagulation du sang est due à l'agglulinement des globules
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les uns avec les autres , et que c'est en agissant sur ces corpuscules que les dissolvants empêchent le sang de se coaguler.
Notons en passant que Quesnay assure que des couennes dures et épaisses peuvent se former sur le sang de personnes chez lesquelles on n'observe aucun dérangement dans la circulation , et que cette matière racornie forme des polypes dans le cœur, lorsqu'il reste dans les ventricules de ce viscère une portion de sang qui ne suit pas le torrent de la circulation (Quesnay, Mém. sur les vices des humeurs, in Mém. de l'Jcad. roy. de chir. , édit. de YEncfclop. des sciences méd., t. i, p. 97; Paris, 1836).
Nous ne devons pas , dans celte rapide esquisse historique et bibliographique , remonter au delà de l'époque où la constitution élémentaire du sang a été rigoureusement établie parles chimisteset par les physiologistes , et si Lœwenhoeck ( Microscopic observations of t/ic blood ), Hewson ( Expérimental inquiries into tlie properties ofthe blood; Londres, 1771) ont rendu quelques services à cet égard , c'est en définitive àBerzelius ( Mém. sur la composition des fluides animaux, mJnn.de c/iimie,t. Lxxxviii, p. 26), à MM. Prévost et dumàs {Examen du sang, et de son action dans les divers phénomènes de la vie, ia Ann. de chimie et de physique , t. xxui, p. 50 , 90), à Scudamore [Jn essaya on the blood ; Londres, 1824), à M. Ghevreul {Mém. sur plusieurs points de chimie organ.^\w Journ. de physiol. de Magendie, t. iv, p. 11 9 ; 1 826), que l'on doit les premières notions précises sur la matière.
En 1830 , M. Denis fit paraître ses Recherches expérimentales sur le sang humain , et il eut le le mérite, non-seulement de déterminer les quantités moyennes des principaux éléments du sang, mais encore de rappeler l'attention des observateurs sur les altérations des liquides. II est fort à regretter que M. Denis n'ait point suivi, dans ses travaux ultérieurs, la marche qu'il avait d'abord adoptée , et qu'il ait perdu de vue le côté médical de son sujet pour se plonger dans des recherches de chimie organique (Essai sur l'application de la chimie à l'étude phys. du sang de ihomw.e sain; Paris, 1838 ; — Etudes chimiques , physiol. et médicales sur les matières albumineuses, etc. ; Paris, 1842).
MM. Le Canu et Félix Boudet ont présenté un excellent résumé de tous les travaux de leurs prédéces.seurs, et ils ont ajouté aux connaissances acquises, le premier, par des recherches originales sur le sang à l'état normal , sur les modifications exercées par l'âge, le .sexe, l'alimentation {Nouvelles recherches sur le sang, in Journ. de pharm., t. xvii, p. 485, 545 ; 1831 ; — Etudes chimiques sur le sang humain, th. de Paris, 1837, \f 395); le second, par
ses travaux sur les matières grasses, telles que la cholestérine , la séroline , le savon ( Essai critique et expérimental sur le sang, th. de l'Ecole de pharm.;
C'est à M. Donné que l'on doit les recherches les plus complètes et les plus précises sur les caractères microscopiques du sang ( Cours de microscopic ; Paris, 1844).
On trouve un exposé fort complet de tous les travaux qui ont eu pour objet l'étude physiologique du sang dans Hunter {OEuur. compl.^ édit. de Palmer, trad. de Richeiot , t. m ; Paris, 1 840), dans Burggraeve {Histologie ou analomie de texture; Gand,l 843), et surtout dans Burdach ( Traité de physiologie , trad. de Jourdan, t. vi; Paris, 1837).
L'étude pathologique du sang est de date récente, surtout si l'on en distrait celle de l'ictère et de la pyohémie (voy. ces mots).
L'existence de la couenne dite inflammatoire a dû nécessairement fixer l'attention des praticiens; mais l'analyse chimique du sang pouvait seule en montrer la véritable signification pathologique. En 1827, M. Rochoux établissait déjà que la couenne « se montre constamment dans toute saignée pratiquée après les premiers jours du développement d'une phlegmasie tant soit peu aiguë. » Mais il déclarait ignorer complètement de quelle manière les phlegmasies modifiaient les qualités du sang ( des Maladies avec ou par altération du sang , in ydrch.génér. de méd., t. xiii^ p. 168-170; 1827).
M. Piorry, qui occupe une place si distinguée dans l'histoire de l'humorisme moderne, fut conduit par l'observation clinique à établir l'existence de la couenne dans les phlegmasies et surtout dans la pneunionite et l'arthrite spontanée aiguë; mafs n'étant point guidé par l'analyse chimique, il ne put découvrir la nature de cette couenne, son mode de formation, expliquer sa présence dans la chlorose et l'anémie, établir positivement si l'augmentation de la fibrine ( hémite ) préexiste à la phlegmasie locale, etc. {Mém. sur l' hémite, in Traité des allé' rations du sang; Paris, 1840).
M. Magendie a été conduit, par de nombreuses et intéressantes expériences faites sur les animaux, à attribuer un grand rôle à la diminution de la fibrine dans les fièvres graves et certaines congestions et hémorrhagies ; mais cet habile physiologisle n'a point analysé d'une manière rigoureuse le sang de l'homme dans l'état de maladie ( Recherches sur tes phénomènes physiques de la vie, t. m).
MM. Denis et Le Canu ont à peine abordé l'élude des altérations du sang. Us ont établi le rapport inverse qui existe entre les quantités de l'eau et des globules; ils ont montré que les globules sont augmentés dans la pléthore diminués dans l'anémie,
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mais ils ne se sont nullement occupés de la fibrine. M. Denis, pour expliquer rincoagulabililé du sang-, ne se préoccupe que des sels et de falcali ; M. Le Canu admet une augmentation des globules dans les phlegmasies et une diminution dans la fièvre typhoïde.
En 1839, M. Stannius a publié sur la fibrine, considérée dans le sang veineux de l'homme, un travail fort remarquable dans lequel il a établi :
1° Que chez Jes individus dont Tétat se rapproche le plus de celui de la santé, la quantité de fibrine, sur 1 ,000 parties de sang, varie entre 1 ,340 et 1 ,546;
2® Que la plus grande quantité de fibrine se trouve chez les individus affectés de pneumonie ( minimum , 5,585 ; maxim., 7,083).
3°Que chez les phthisiques, la fibrine est augmentée et varie entre 3,070 et 4,917;
4*^ Que chez les femmes enceintes, la fibrine paraît être augmentée, deux analyses ayant donné 2,942 et 4,305 ( Gazette médicale, p. 1 82 et suiv.;l 839).
C'est à MM. Andral et Gavarret que l'on doit les recherches les plus complètes et les plus exactes que nous possédions sur les modifications de la fibrine et des globules du sang dans l'état de maladie. Les résultats les plus remarquables obtenus ou confirmés par. ces observateurs sont : l '^ la loi de l'augmentation de la fibrine pendant la grossesse; 2^ la loi de Taugmen-talion de la fibrine dans les phlegmasies ; 3^^ la détermination exacte des quantités dont les globules augmentent ou diminuent dans la pléthore, la chlorose, sous l'influence de Talimentation, des martiaux et sous celle de la diète, des saignées ; 4® le maintien ou l'abaissement de la fibrine dans les pyrexies.
Les travaux de MM. Andral et Gavarret ont ouvert une voie nouvelle aux observateurs, et ont montré ce que doit être désormais Thumorisme ( Andral et Gavarret, Rech. sur les modifications de proportion de quelques principes du sang ; Paris, 1840; — Réponse aux principales objections dirigées contre les procédés suivis dans les analyses du sang; Paris, 1 842. — Andral, Gavarret et Deiafond, Rech. sur la composit. du sang de quelques animaux domestiques : Paris, 1842. — Andral, Cours de pathologie générale ; compte rendu par E. Monneret in Gaz. mé^/.^ 1840-1841. — k^àTà\y Essai d'hématologie pathologique ; Paris, 1843).
SATYRIASIS, s. m., aidoïomanie.
Définiiion. — Nous avons déjà indiqué ailleurs les caractères différentiels qui séparent le satyriasis de l'érotomanie et du priapisme ( voy. ces mots); on peut les résumer ainsi avec le docteur Rony : Térection sans désirs appartient au priapisme; les désirs amoureux sans érection constituent l'érotomanie; la réunion d'érections continuelles, de désirs immodé-
rés du coït et de délire erotique caractérise le priapisme ( Dict. des se. méd., t. iv," p. 55 ).
De même qu'il est souvent fort difficile de déterminer avec précision , avec certitude, les limites où finit la raison et où commence la folie, il est souvent très-difficile de déterminer le point où le tempérament erotique, libidineux, cesse d'être une disposition physiologique pour devenir un état pathologique, et constituer la maladie appelée satyriasis.
« Un grand appétit des plaisirs de l'amour avec la puissance de le satisfaire, dit Rony, ne peut être regardé comme une maladie, quand il ne porte pas atteinte à la santé générale et n'en dérange pas l'harmonie. « M. Raige-Delorme reconnaît également que le penchant irrésistible à répéter fréquemment l'acte vénérien tient souvent à une disposition organique naturelle; que cet élat ne doit pas être considéré comme morbide, et qu'il peut aller jusqu'à la lubricité la plus dégoûtante sans mériter le nom de satyriasis {Dict. de méd., t. xxvui, p. 137).
Nous croyons qu'il ne faut admettre l'existence du satyriasis que lorsque la lubricité se montre accidentellement, qu'elle entraîne le sujet à des actes vénériens très-fréquemment renouvelés, qu'elle le fait notablement déroger à ses habitudes, à ses principes, et qu'elle est, accompagnée de délire erotique, d'hallucinations et de différents troubles de l'innervation.
Il faut encore distinguer du satyriaque l'individu qui, adonné à la masturbation , pousse à l'excès l'amour des plaisirs solitaires : le premier ne satisfait ses désirs que par l'approche de la femme : le second, au contraire, fuit ordinairement le beau sexe, n'éprouve aucun désir auprès de lui , et ne ressent l'ardeur vénérienne que lorsqu'il est isolé.
Symptômes. — La maladie se développe graduellement ou se montre tout à coup ; elle débute par des érections intenses, se reproduisant sans cesse; par un désir lascif immodéré, que le coït ne fait pour ainsi dire qu'accroître. La vue d'une femme jette le malade dans des transports frénétiques; il se masturbe, s'il ne peut la posséder; souvent il a recours à la violence, il ne tient compte ni de l'âge ni des qualités physiques: on a vu des satyriaques abuser de petites filles presque au berceau, ou violer des vieilles femmes repoussantes de laideur, de malpropreté, etc. Parfois le satyriaque ne se contente plus des plaisirs naturels, et il se livre à tous les excès du libertinage le plus effréné; plus fréquemment, cependant, ceux-ci sont commis par des hommes dont l'imagination et les sens sont, au contraire, éteints, et qui cherchent à les réveiller par des excitants extraordinaires.
Pendant la nuit, le satyriaque est poursuivi par des rêves voluptueux qui amènent de fréquentes pollutions; pendant le jour, il recherche les gravures,
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les livres lascifs; sa face est rouge, ses yeux sont vifs, ardents; son pouls bat avec force.
Cet état est continu ou se reproduit par accès ; s'il se prolonge, si le malade ne peut pas renouveler le coït aussi fréquemment qu'il le veut , les facultés intellectuelles ne tardent pas à se troubler; le malade a des hallucinations voluptueuses , tous les sens lui transmettent les impressions les plus bizares. « Dans cette singulière névrose, dit Rony eu parlant d'un satyriaque , tous les organes des sens furent portés à un tel degré de sensibilité .qu'ils lui firent éprouver les tourments les plus affreux et les plaisirs les plus doux. La lumière affectait certaines fois la rétine avec tant d'éclat et de vivacité qu'il ne pouvait en soutenir la présence; d'autres fois les points de vue les plus agréables , les perspectives les plus variées, s'offraient à sa vue et réjouissaient son âme. Le son le plus léger, les moindres vibrations de l'air, causaient une douleur intolérable, ou bien l'oreille mieux disposée lui procurait les sensations les plus délicieuses. Le goût, l'odorat, le tact lui-même, eurent aussi leurs vicissitudes de peines et de plaisirs » ( loc. cit. , p. 51). Souvent il sui vient un véritable délire maniaque, continu ou intermittent, tranquille ou furieux. La tentation de saint Antoine offre un exemple remarquable de tous les désordres nerveux qui peuvent assaillir le satyriaque.
Différentes névroses se manifestent souvent dans les organes de la respiration , de la circulation et de la digestion.
Le satyriasis n'est pas en général une maladie grave, à moius qu'elle ne devienne la cauNcd'uLC aliénation mentale incurable; on a vu cependant, dit-on , la mort être occasionnée par la fréquence du coït, la violence du délire et la gangrène de la verge.
Causes. — Le satyriasis est beaucoup moins fréquent que la nymphomanie, ce qu'il faut attribuer, avec M. Louyer-Viliermay, à la vie active de l'homme et au privilège de pouvoir satisfaire ses besoins vénériens. La continence absolue, prolongée, est, en effet, la cause la plus fréqueute de la maladie; après elle viennent se placei l'abus des aphrodisiaques, des cantharides, la vie claustrale, les lectures erotiques, les contemplations lascives, les excès de coït, ou, plus rarement, de masturbation ; on a encore indiqué les affections du cervelet, les coups portés sur la tête {yérclt. genér. de mcd., t. xix, p. 203), la présence de vers intestinaux.
Traitement. — La thérapeutique doit varier avec l'âge, la constitution, les habitudes du sujet, la cause de la maladie, etc. Si le malade est jeune, robuste, pléthorique , s'il observe une continence absolue ou relative, il faudra lui prescrire l'usage modéré du coït, distraire son imagination et fatiguer son corps par uu exercice régulier; en même temps on aura
recours aux émissions sanguines générales et locales, aux bains tièdes, aux applications émollientes, aux topiques réfrigérants, au camphre. Si la maladie, au contraire, se montre chez un sujet faible, débilité, si elle est déterminée par des excès de coït ou de masturbation, on prescrira une continence absolue longtemps continuée, les toniques, les fortifiants, les bains froids, etc.
La castration est un moyen extrêrric auquel il n'est point permis de recourir, bien qu'au diie d'Aetius quelques satyriaques aient eu le courage de se la pratiquer de leurs mains: « Novimus quosc< dam audaciores qui sibi ipsis testes ferro resecarunt. »
SCARLATINE, s. f.
Dénominations françaises et étrangères. — Scarlatine , fièvre pour j^rée .fièvre rouge. Fr. — Scarlattina, rossolia . rossania , jebre rossa. Ital. — Escarlatina, escarlata , mal Colorado , alj'romhilla. Esp. — Scarlet , scarlet fever, scarlalina. Angl. — Scharlach, Scharlachfîeber , Scliarlachausscidag , S<diarlachkranklieil. Ail. — Purpurkoorts , scharlaakekoorts. Holl. — Skarlagensfeber , norisle , narisle. narild. Dan. — Karlakansfeber ^ halssjuka. Suéd. — Szkarlat. Polon.
Sjnon/mie suivant les auteurs. — Febris miliaris rubra , Huxham; scarlalina^ Sauvages, Vogel, Sagar, Juncker,Culien, Frank, Swediaur; .Ç6•«:^- /«///my^^m, Sydenham; rossolia, Hoffmann; purpura j Juncker; purpura scarlatina^ Borsieri ; porp/ifrisma , Ploucquet; exanthesis rosolia , Good-, febris rubra . Heberdeu; typhus scarlalinus j Crichton ; typhus scarlatina , Young ; febris scarlatino-mUiari anginosa, Brunning ; mor^//// confluenles ^ rubeola confiuens , au t. div.
Définition et division. — La scarlatine est une maladie générale, une pyrexie épidémique, sporadique et contagieuse, avec détermination morbide vers la peau et les membranes muqueuses, et spécialement caractérisée par de l'angine et une coloration d'un rouge foncé, soit uniformément répandue sur la surface cutanée, soit disposée par larges plaques.
La scarlatine est la moins fréquente des fièvres éruptives: sur 427 faits réunis par MW. Guersant et Blache , on compte 21 3 cas de variole ou varioloïdo , 267 de rougeole, et 157 de scarlatine {Dict. de méd., t. xxviii, p. 1 73).
Nous transporterons dans l'histoire de la scarlatine la division que nous avons adoptée pour la rougeole.
A. Scarlatine bénigne, normale j simple ^ vulgaire, ordinaiiement sporadique. a. Scarlatine régulière; b. scarlatine irrégulière.
B. Scarlatine anormale : a. par suite de la pié-
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dominance des symptômes cutanés : scarlatine aans angine ; b. par suite de la prédominance des symptômes muqueux : scarlatine sans exanthème , angine scarlatincuse.
G. Scarlatine maligne ^ ordinairement épidémique et compliquée : a. d'une lésion locale; b. d'une lésion générale.
Altérations anatomiques. — Comme la rougeole, la scarlatine simple ne se termine que trèsrarement par la mort , et ne laisse après elle que des lésions peu caractérisées et difficilement appréciables ; la plupart des altérations que Ton rencontre sur le cadavre appartiennent à des complications , et ne doivent point nous occuper ici.
La décomposition putride est, dit-on, plus prompte sur les cadavres des individus qui ont succombé à la scarlatine; plusieurs jours après la mort, l'épiderme se détache très- facilement, surtout au niveau du coccyx et des trochanters.
Lorsque la mort survient dès le début de l'éruption, il ne reste ordinairement aucune trace de l'exanthème après la mort; mais si le malade ne succombe que vers le troisième ou le quatrième jour, on voit sur la surface cutanée des tâches livides, violacées, plus ou moins étendues et plus ou moins nombreuses. Ces tache?, qui remplacent les plaques exanthématiques observées pendant la vie, sont dues, suivant plusieurs auteurs, à une injection du tissu réticulaire. IPitschaft, Ester, Biehl , en placent le siège dans le réseau vasculaire de la peau, dans lé réseau de Malpighi. MM. Rilliet et Barthez sont portés à croire, au contraire, que la lésion occupe le système lymphatique, et ils s'appuient sur les considérations suivantes
« L'éruption scarlatineuse s'étend avec rapidité sur une large surface; sa rougeur est tout à fait superficielle et sous-épidermique; par conséquent elle siège entre le chorion et l'épiderme; la chute si générale, si constante, de cette dernière membrane semble indiquer que la rougeur a affecté le li«su qui est en contact avec elle : or, tout le monde sait qu'immédiatement sous l'épiderme existe un vaste ré.«;eau lymphatique qui s'injecte facilement, et qui est plus superficiel que le réseau capillaire sanguin qui constitue le corps muqueux de la peau. Rien ne répugne à croire, par conséquent, que l'exanthème scarlalineux affecte de préférence le système lymphatique superficiel» {Traité clinique et prades enfants; Paris, 1843,
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tique des maladies l. li, p. 598,599).
Cette hypothèse, ajoutent MM. Rilliet et Barthez, a l'avaulage de fiire c )mprendre lexistence si fréquente des anasarques et des épanchements séreux à la suite de la scarlatine, car on conçoit l'union in- i time qui doit exister entre ces iufildaliuQS sous-cuta- \
nées et un obstacle aux fonctions exhalantes et absorbantes de la peau. D'autre "part, la scarlatine étant une maladie générale, il est probable qu'elle s'étend à tous les lymphatiques de l'économie; or, toutes les membranes séreuses étant doublées d'un réseau lymphatique abondant, elles devront aussi présenter des modifications de fonctions : de là la possibilité d'un épanchement dans les cavités séreuses. Enfin, en suivant l'aoaiogie, on arriverait à penser que l'inflammation buccale et pharyngée de la scarlatine siège spécialement dans le réseau lymphatique de ces muqueuses, et que là, peut-être, se trouve la cause pour laquelle ces phlegmasies sont pseudomembraneuses.
Quelle que soit la valeur des arguments produits par MM. Rilliet et Barthez, leur opinion restera à l'état d'hypothèse, tant qu'elle n'aura pas été justifiée par des recherches anatomo-pathologiques rigoureuses.
La muqueuse buccale et pharyngienne présente des altérations analogues à celles que l'on rencontre sur la peau. Plusieurs pathologistes allemands, et en particulier Jahn, Eisenmann, Schœnlein , assurent qu'il existe des taches exan thématiques sur toutes les muqueuses et surtout sur la muqueuse intestinale ; mais cette assertion n'est point suffisamment justifiée (voy. ExA.>iTDÈME, t. Hi , p. 568 et suiv.; voy. aussi Rougeole). MM. Rilliet et Barthez ont presque toujours trouvé la muqueuse respiratoire à l'état sain; rarement sa couleur rose était exagérée {loc. cit., p. 597). M. Rayer dit, au contraire, qu'elle présente une rougeur uniforme dans tous les cas; le même auteur a vu la muqueuse gastrique rouge et parsemée de petites ecchymoses {Traité théor. et prat, des mal. de la peau, t. 1 , p. 209 ; Paris, 1835).
Les membranes séreuses, et spécialement la piemère , sont souvent injectées. « La coloration en rouge des méninges, dit Jahn {Quelques réjiexions sur les caractères de la scarlatine et sur les traces quelle laisse dans les cadavres, in Journ. complém. des se. méd., t. xxxvf. p. 393), a le même aspect que celle de l'exanthème externe, ce qui la distingue fort bien de celle que produit l'inflammation.» Le pathologisie allemand assure, en outre, que l'on rencontre ordinairement des plaques rouges sur la membrane interne des artères et des veines.
La plupart des organes sont congestionnés : le cerveau présente un piqueté rouge plus ou moins intense ; la rate est ordinairement augmentée de volume et ramollie; les poumons, le foie, les reins, sont assez souvent gorgés de sang et d'une consistance moindre qu'à l'état normal.
Les principales lésions que laisse après elle la scarlatine, dit Dance, sont de simples congestions sanguines, mais des congestions dont le nombre et Té-
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tendue remplacent, en quelque sorte, la profondeur; des cong^estions qui s'étalent largement, qui pénètrent dans l'intérieur des muqueuses et s'épanchent sur les viscères de la même manière qu'elles le font sur la peau. Ainsi on trouve les muqueuses gaslrique et pulmonaire d'un rouge livide et unil'orme; des pétéchies répandues dans presque toute la longeur du canal digestif; le cerveau congestionné; des suffusions sanguines dans le réseau de la pie-mère; des fluxions hémorrhagiques dans l'intérieur du canal intestinal, des épanchements sanguinolents dans les plèvres (Dance, Recli. sur les altérations que présentent les viscères dans la scarlatine et la variole, in Arch. gén. de méd., t. xxui, p. 320- 349; 1830).
Les glandes de Brunner sont assez fréquemment développées , et il n'est pas rare de voir les plaques de Poyer saillantes, rouges et un peu ramollies; dans quelques cas les ganglions mésentériques sont plus volumineux et moins consistants.
Il n'existe, d'ailleurs, aucune relation entre ces altérations intestinales et les symptômes observés pendant la vie. «Ceux de nos malades qui, atteints de scarlatine, nous ont offert les altérations réunies des plaques de Peyer, des ganglions mésentériques et de la rate, n'avaient pas présenté, pendant la vie, de symptômes typhoïdes; tandis que ceux dont la scarlatine avait revêtu cette forme ne nous ont présenté les altérations typhoïdes que très-légères et incomplètes ou même nulles» (Rilliet et Barthez, loc. cit., p. 598).
Le sang, dit-on, se montre sous des aspects trèsvariés : tantôt ce liquide et très-fluide, assez noir; ou bien séreux et clair; il ne présente nulle part des caillots abondants et solides; tantôt, au contraire, il est coagulé en caillots nombreux , fermes, en parlie fibrineux( Rilliet et Barthez, loc. cit., p. 577; Guersant et Blache, Dict. de méd., t. xxvin, p. 1 92). Il faut se demander si pour établir, en se fondant sur ces caractères variables, que la scarlatine et la rougeole ne sont pas accompagnées d'une même altération du sang, on a tenu un compte suffisant des complications; on est tenté d'en douter lorsque Ton considère que l'analyse a fourni à MM. Andral et Gavarret des résultats à peu près semblables dans les deux exanthèmes; c'est-à-dire le maintien de la fibrine dans les limites de sa quantité normale, et une augmentation notable du chiffre des globules qui se sont élevés, dans la scarlatine, à 1 36 et à 1 46 {Rech. sur les modifications de proportion de quelques principes du sang dans les maladies , p. 73 ; Paris, 1840).
Symptômes. — A. Scarlatine normale, a. Scarlatine régulière. — Gomme pour la rougeole, nous
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tique de la scarlatine: V' période d'Inculpation; 2° période d'invasion ; 3*^ période d'éruption ; 4° période de desquamation. Naumann subdivise la troisième période en période d'éruption et en période d'efflorescence, mais cette distinction n'a aucune importance et entraîne à de fastidieuses répétitions.
Période d'inculpation. — On pense généralement que la période d'incubation de la scarlatine est plus courte que celle de la rougeole; cependant les auteurs ne sont point d'accord sur sa durée; Bateman dit qu'elle est de trois à cinq jours (Abrégé prat. des maladies de la peau, trad. de Bertrand, p. 1 06 ; Paris , 1820), MM. Gazenave et Schedel pensent qu'elle est de trois à six jours {^Abrégé prat, des maladies de la peau , p. 46 ; Paris, 1838); MM. Guersant et Blache, de trois à sept jours {loc, cit. , p. 173); M. Gendron pense qu'elle ne dépasse pas ordinairement quatre jours {Journ. des conn. méd.-chir. , numéro de janvier 1 835) ; M. Guéretin assure qu'elle peut se prolonger pendant douze ou quinze jours {Archiv. génér. de médec. , t. xiv , p. 284 ; 1842). Mondière a vu la scarlatine se développer quatre jours après qu'un enfant sain eut communiqué avec un sujet atteint de scarlatine; mais cet auteur déclare, avec raison, que l'on est encore dans une incertitude complète relativement au temps pendant lequel le miasme producteur de la scarlatine peut demeurer inactif dans l'économie qui l'a absorbé ( Rapport sur une épidémie de scarla^ tinej etc. , in Revue média., 1. 1 , p. 1 74, 1 75 ; 1 842).
Période d'invasion. — Que la scarlatine soit primitive ou secondaire, elle se déclare ordinairement d'une manière brusque , et le plus souvent le soir ou pendant la nuit (Gazenave et Schedel).
La fièvre est le symptôme qui , le plus communément, ouvre la scène ; 4 fois seulement sur 87 cas - MM. RilHet et Barthez l'ont vue manquer entièrement ou ne se montrer qu'au moment de l'éruption. Le frisson est rare; ordinairement le mouvement fébrile n'est caractérisé que par la chaleur et l'accélération du pouls, lequel bat 100, 110, 120 et jusqu'à 140 fois par minute. Dans quelques cas, cependant» il existe des frissons passagers alternant avec une sensation de vive chaleur (Mondière).
La fièvre persiste, et va même en augmentant, pendant toute la durée de la période d'invasion.
Le mouvement fébrile est accompagné de malaise, de lassitude générale, d'inappétence, de soif, de douleurs dans les lombes et dans les membres inférieurs. Quelquefois , mais assez rarement (Rilliet et Barthez), les malades se plaignent d'une céphalalgie frontale plus ou moins intense.
Souvent on observe des nausées, des Tomisseétablirons quatre périodes dans l'étude symptoma- j ments alimentaires ou bilieux, et ceux-ci peuvent
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même constituer à eux seuls le début de la maladie. «Quelquefois, dit M. Mondière(/or;. c'i/.,p. 1 75), tous les prodromes manquaient , et au milieu de la santé la plus pai faite en apparence, au milieu des occupations du ménage ou des travaux des champs, les malades étaient tout à coup pris de nausées, promptement suivies de vomissements bilieux plus ou moins abondants. Dans l'épidémie que j'ai observée, les vomissements ont été constants.
La langue, couverte d'un léger enduit blanc ou jaunâtre à sa base, est rouge à sa pointe et sur ses bords.
Quelques heures après le début, la déglutition commencée devenir douloureuse; les amygdales se tuméfient et présentent, ainsi que le pharynx, le voile du palais et ses piliers, une teinte rouge plus ou moins prononcée.
Le picotement douloureux qui se fait sentir à la gorge se propage quelquefois jusqu'à la trompe d'Eustache, et détermine des bourdonnements d'oreille et uue espèce de surdité (Mondière, loc. cit.)
Deux fois seulement sur quatre-vingt-sept, MM. Rilliet et Barthez ont noté un dévoiement peu abondant; très-rarement il existe de la constipation ou dos douleurs de ventre peu intenses et générales.
Les fonctions respiratoires sont rarement troublées. « Intérim , dit Bersieri , quaedam pectoris op- « pressio, respirationem difGcilem atque insequalem « reddens, supervenit, et quandoque tussicula sicca, « sed non ila molesta nec constans, ut in morbillis» (Borsieri, Jnstit. medic. prat. Fenedis , t. m, p. 57,in-12; 1817).
Des phénomènes plus ou moins graves peuvent se manifester du côté du système nerveux. Tantôt les malades sont plongés dans l'accablement, l'assoupissement , dans une espèce de coma ; tantôt, au contraire, il existe de l'agitation, de l'insomnie, une exaltation notable de la sensibilité, du délire, lequel est intermittent ou continu; dans ce dernier cas, le trouble de l'intelligence constitue un symptôme de fâcheux augure.
Chez les enfants, on observe quelquefois des convulsions , des attaques épileptiformes ou l'éclampsie (Borsieri , loc. cit.).
La durée de la période d'invasion varie entre douze heures et quatre jours ; ordinairement elle ne se prolonge point au delà de vingt-quatre ou de quarante-huit heures. Assez souvent MM. Rilliet et Barthez ont vu l'éruption apparaître au bout de douze , de dix-huit ou de vingt-quatre heures , et jamais ils ne l'ont vue se l'aire aliendre plus de deux jours {loc. cit., \i. 574).
Les symptômes qui caractérisent la période d'invasion varient souvent d'épidémie à épidémie, ou d'individu à individu dans la même épidémie. Us
peuvent manquer complètement; il en a été ainsi 1 fois sur 24 cas de scarlatine régulière observés par MM. Rilliet et Barthez {loc. cit. , p. 575).
Période d'éruption. — La troisième période est caractérisée par la présence de l'exanthème cutané. Celui-ci n'a point un siège initial aussi fixe que dans h rougeole; ordinairement il se montre d'abord sur le cou et la face pour s'étendre ensuite à toute la surface du corps , mais souvent il débute par le tronc ou même par les membres.
Jahn assure que l'éruption scarlatineuse proprement dite est précédée par l'apparition de petits points rougeâtres, presque couleur de chair, plus ou moins écartés les uns des autres, qui ne sont pas plus gros que des pointes d'aiguille, et qu'on ne peut mieux comparer qu'à des piqûres de puces qui sont sur le point de disparaître.
Ces points, ajoute Jahn, sont les premiers germes de l'exanthème scarlatineux: c'est pourquoi lorsqu'on examine la peau avec soin à la loupe, pendant les prodromes de la maladie , on peut non-seulement dire avec certitude si cette dernière sera ou non la scarlatine, mais encore prévoir, d'après le nombre des points, si elle sera forte ou légère {loc. cit., p. 387).
L'exanthème scarlatineux est caractérisé par des taches de dimension variable, à bords inégaux et dentelés, ne formant aucune saillie au-dessus de la surface de la peau , disparaissant sous la pression du doigt pour reparaître aussitôt {scarlatina plana, maculosa , lœvigata de Vogel et de Naumann.
Au début, les taches sont isolées et séparées par des intervalles de peau saine, mais bientôt ces intervalles présentent une teinte rose, qui se confond peu à peu avec la coloration des taches; celles-ci s'étendent, se réunissent et finissent par donner aux téguments une couleur écarlate générale.
Les taches scarlatineuses se composent d'une coloration uniforme, d'un rose vif, d'un fond sur lequel sont parsemés des petits points d'un rouge plus foncé, qui forment un pointillé très-remarquable, et donnent aux taches un a.spect granitique assez régulier. Ces points ont des dimensions qui varient depuis celles d'une tête d'épingle jusqu'à celles d'une lentille (Naumann , Ilandbuck der med. Klinik, t. ni, p. 741).
La coloration scarlatineuse varie singulièrement. «Parfois la peau n'offre qu'une légère teinte de rouge semblable à l'incarnat des roses ; quelquefois elle est rouge comme une écrevisse cuite; souvent elle présente la vraie rougeur scarlatineuse {color flamme us , puniceus); àWkuru une feinte cramoisie ou celle de la cochenille; souvent la rougeur tourne au nacarat ou au coquelicot, ou même à la nuance du minium, comme si elle résultait d'un
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mélange de rouge et de jaune. Souvent le rouge passe au pourpre, comme si du vin rouge avait été répandu sous l'épiderme, ou au violet. J'ai vu des cas où il y avait une blancheur égale à celle de la chaux, épanchée eu quelque sorte au-dessous des taches rouges (scarlatina variegala de Reil). 11 n'est pas rare que plusieurs de ces différents tons de rougeur existent simultanément, ou qu'ils se succèdent d'une manière soit lente , soit rapide. Souvent l'exanthème parcourt une série régulière de colorations, étant, par exemple, le premier jour, couleur de chair ; le second, rouge ; le troisième, rouge foncé ; le quatrième, pourpre. Dans certains cas, la même tache est plus claire, presque blanchâtre, sur un point; d'un rouge clair sur un autre ; d'un rouge fonce sur un tioisième; d'un rouge bleuâtre sur un quatrième» (Jahu , Béjlexions critiques sur la scarlaline , in Journ. coinplétn. des se. méd., t. xxxvn, p. 150, 151).
MM. Rilliet et Barihez font remarquer que ces variétés de coloration dépendent de rinlensité relative du fond et des points qui constituent les taches: si les petits points foncés manquent ou sont peu nombreux, l'éruption, quoique vive, est plus claire et moins chaude de ton; dominent-ils, au contraire, réruption est plus foncée et prend une teinte rouge framboisée des plus intenses {foc. cit.^ p. 576).
La coloration morbide, ordinairement moins vive le malin que pendant la nuit, est toujours plus foncée le soir, surtout le 3® et le 4® jour (Rayer, loc. cit., p. 202); elle augmente d'intensité pendant les paroxysmes fébriles, loi-sque le malade crie ou s'agite. « Fréquemment , dit Jahn , on remarque pendant toute la durée de l'exanthème ou dans certaines de ses périodes, soit au début, soit durant l'état ou vers la fin, une alternative continuelle d'augmentation et de diminution de la rougeur, de telle sorte que pendant quelques heures celle-ci est à peine sensible ou presque nulle, et qu'ensuite elle devient très-forte et très-vive pendant un temps plus ou moins long. Celle fluctuation est parfois presque régulière, typique, et assujettie à des époques fixes; mais le plus souvent on ne lui voit suivre aucune règle. Souvent la rougeur n'est mobile et passagère que sur certains points du corps, tandis que sur d'autres elle se montre fixe et peisistante. Fréquemment une portion de l'exanthème qui avait été mobile dans le principe perd ce caractère. Enfin , dans beaucoup de cas , la coloration n'éprouve aucun changement pendant tout le cours de la maladie.»
Eu général la coloration morbide est très-inteusc sur la l'ace; elle y forme des taches foncées <î*;oQe oulcur uniforaie; souvent la couleur est très-vrfe sur l'abdomen et les cuisses, aux aines, aux ais-
selles; à la partie postérieure du tronc , l'exanthème prend une couleur foncée plus terne : le pointillé est parfaitement marqué , la couleur générale de la peau n'est plus rose vif, mais violette. M. Mondière (Joe. cit., p. 1 7%) a presque toujours vu la coloration beaucoup plus foncée aux reins, aux fesses et au niveau des articulations. Ce fait a été constaté par plusieurs observateurs. Lorsqu'une portion de la peau est envahie de préférence et présente une coloration trèsfoncée, les autres parties n'offrent souvent qu'une éruption rosée et pâle (Rilliet et Barthez, loc. cit., p. 576,577).
Du reste, rien de général ne peut être établi à cet égard. «Plusieurs exanthèmes, dit Jahn (/oc. cit. y p. 153), reconnaissent des régions déterminées de la peau comme points de concentration, comme autant d'espèces de foyers, comme des endroits qu'ils affectionnent de préférence, et où ils se manifestent le plus abondamment. Rien de semblable n'existe dans la scarlatine : c'est tantôt sur une partie du corps et tantôt sur une autre qu'elle se rencontre la plus violente et la plus prononcée.»
Ordinairement l'éruption scarlalineuse est générale, occupe toute la surface du corps; mais quelquefois elle est partielle et hmitée à uue certaine partie seulement.
La forme des taches soarlatineuses est très-variable; ordinairement celles-ci sont arrondies ou ovalaires et de la grandeur de la paume de la maiu, ou plus étendues ; mais souvent elles sont irrégulières , petites , diversement découpées , à bords inégaux, déchiquetées, sans limites bien nettes. Ces diverses formes sont souvent entremêlées; souvent la même tache les revêt alternativement les unes après les autres; souvent aussi l'exanthème conserve la même forme pendant toute la durée de la maladie (Jahn).
La peau est tendue, sèche, sensible au toucher; sa surface, généralement unie, est rugueu.se comme la peau d'oie sur quelques points , et en particulier âl la partie externe et postérieure des bras et des cuisseà (Rayer).
Quelquefois la scarlatine est accompagnée d'ufl|i prurit très-intense, soit général, soit partiel, et n'occupant alors que quelques régions; tantôt la déman- ( geaison se fait sentir pendant toute la durée de la maladie; tantôt elle n'existe que pendant certaine! périodes, au début, par exemple, ou bien, au contraire, vers la fin. Chez un grand nombre de malades, le prurit manque complètement (Jahn , loc. cit., p. 152).
Qu( Iquefois des papules se montrent sur les mains, la poitrine et les membres {scarlatina granulala , papillosa , morùillosa de Vogel et de Naumann). Des faiis de ce genre ont été observes par M. Rayef
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(loc. cit. ,1p. 202) et par Slrecker(/?M>st'^ Magasin^ t. xxviii, cah. 3).
Presque conslamment des vésicules miliaires se dé- Teloppent sur différentes régions du corps [scarlatina plilyctœnosa^ miliarisj milijormis de P. Frank et de Naumann).
Un ou deux jours après l'apparition des taches, on voit un certain nombre de points scarlafineux pVendre une teinte plus foncée et augmenter de volume; au toucher on reconnaît qu'ils forment une légère saillie au-dessus de la peau, et bientôt ils donnent naissance à une très-petite vésicule qui , en raison de la persistance du point rouge primitif, est entourée d'une étroite auréole difficile à distinguer de la tache proprement dite, par sa couleur rouge plus foncée. Toujours dans le principe la vésicule est transparente; mais plus tard son aspect varie. Tantôt la vésicule conserve la forme qui vient d'être décrite jusqu'à sa disparition; tantôt elle acquiert du développement sans que son auréole y participe, et alors elle se transforme quelquefois en pustule. Il peut arriver que l'auréole s'étende tandis que la vésicule reste stalionnaire. La marche normale paraît être celle dans laquelle la vésicule et l'auréole grandissent à la fois. Les vésicules scarlatineuses ne sont jamais confluentes. Le liquide contenu dans la vésicule disparaît constamment après le premier jour ; alors la vésicule se flétrit, et, dans certains cas, elle ne tarde pas à tomber, tandis que dans d'autres elle persiste •usqu'à la desquamation, laquelle commence alors par ^es points(Jahn, Journ. complém.,1. xxxvi, p. 388- 589).
On a cru, dit Jahn, que ces vésicules appartenaient \ la miliaire et qu'elles résultaient d'une complicaion de celle-ci avec la scarlatine: cette opinion est îrronée ; l'existence et le développement des vési- ;ules scarlatineuses sont inséparables du travail exanhémalique.
Les vésicules scarlatineuses se montrent surtout en jrand nombre autour du col, aux aines, aux aislelles , aux plis des bras; elles fournissent, suivant l. Ghomel , un élément précieux au diagnostic dif- "érentiel de la scarlatine et de la rougeole [\oy. Roueole).
Reuss, Slôrk, Vogel, Hildenbrand ont vu la scaraline être accompagnée du développement de bulles, le phlyclènes considérables, semblables à celles de érysipèle ou du pemphigus (srarlalina vesicuans, variolosa, pcnif/higoula)', dans un cas obervé par Reuss, plus de vingt bulles étaient répanues sur la face , le col , la poitrine et les extrémités voy. Naumann, loc. cit., p. 745,740).
En mêiiie temps que l'éruption se développe, une ,iaiéfaction plus ou moins considérable se montre •rdinairement aux pieds et aux mains, dont les arti-
culations ne peuvent plus être iri fléchies ni étendues (Vogel, de Cognosc. et curand. morb., § 1 51. Borsieri , p. 57 et suiv.); souvent la tuméfaction envahit la face et spécialement les paupières, qui ne peuvent plus s'écarter Tune de l'autre (Mondière, p. 178. Jahn, Journ. compl., t. xxxvu, p. 152); enfin Lorry assure que dans quelques cas la tuméfaction s'étend à tout le tissu cellulaire du corps. Cette tuméfaction ne doit pas être confondue avec l'œdème scarlatineux (voy. Complications).
Quelques auteurs prétendent que la transpiration cesse d'avoir lieu au niveau des plaques scarlatineuses; d'autres assurent le contraire.
L'éruption scarlatineuse augmente d'étendue et d'intensité pendant trois ou quatre jours; quelquefois elle atteint son maximum dès le second , mais le plus ordinairement elle n'y arrive que le quatrième. Elle reste ensuite stationnaire pendant un ou deux jours. La durée de la période d'éruption est donc de quatre à six jours, c'est-à-dire beaucoup plus longue que dans la rougeole. Ces limites ne sont d'ailleurs point fixes : «d'habitude, disent MM. RilHet et Barthez (p. 578), il ne reste plus de traces de la rougeur scarlatineuse le sixième jour; cependant nous avons vu l'éruption ne durer que cinq jours, ou bien s'étendre jusqu'au septième , huitième et même dixième; mais jamais la rougeur scarlatineuse n'a persisté au delà de ce terme.» Jahn dit qu'il a vu l'éruption envahir toute la peau en quelques heures, ou même se montrer subitement et dans un instant sur toute la surface des téguments. Le même auteur assure que la durée de la période d'éruption peut ne point dépasser une heure, tandis que de Haen et Borsieri prétendent qu'elle peut s'étendre à quarante jours. Ces assertions ont besoin d'être vérifiées, et dans tous les cas, elles ne s'appliquent qu'à des faits exceptionnels.
Dès le début de la période d'éruption et pendant toute sa durée, on aperçoit dans Tarrière-goige, le voile du palais, les tonsilles, le pharynx, et quelquefois sur les gencives , la muqueuse buccale , la langue, les lèvres, des taches rouges semblables aux taches cutanées, et comme celles-ci variables pour leur forme , leur dimension, leur coloration. Tantôt la rougeur est générale , tantôt elle est partielle ; les amygdales, la luette sont tuméfiées, recouvertes de plaques molles, minces, blanchâtres, pullacécs; quelquefois de pseudo-membranes grisâtres, jaunes ou blanches, petites, minces, foliacées, se détachant facilcmeut,ou, au contraire, très-adhérentes. Ouelquefois le dépôt p.seudo-mcmbraneux couvre toute la portion visible du pJiarjnx d'une couche mince, pellucide, transparente, ou bien d'une couche épai.^se de 1 à 2 millimètres.
Les fausses membranes ne se montrent point dès le
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début de l'angine scarlatineuse; elles apparaissent vers le deuxième ou le troisième jour , et quelquefois seulement vers le cinquième, le sixième, le dixième ou même le onzième.
L'anginescarlalineuse'estpresqueconstammenl accompagnée d'une douleur plus ou moins vive, qu'augmentent la pression au niveau des angles des mâchoires et les efforts de déglutition ; celle-ci est pénible; la parole est embarrassée, gênée ; la voix rauque. Les ganglions sous-maxillaires sont ordinairement tuméfiés et douloureux.
«De même que Texanlhème, l'angine présente de grandes diversités,» dit Jahn, qu'il faut sans cesse citer lorsque l'on écrit l'histoire de la scarlatine.
«Communément l'angine précède l'exanthème; fréquemment elle se déclare en même temps que lui; parfois elle paraît après qu'il s'est déjà manifesté, ou quand il est sur son déclin; dans les cas rares elle ne survient que pendant la desquamation. Souvent elle marche du même pas que l'éruption , en sorte que son plus haut degré de violence correspond à celui de 1 efflorescence, mais elle peut aussi être en rapport inverse avec l'intensité de l'exanlhème. Gomme celui-ci , elle peut disparaître et revenir en totalité ou partiellement, pour un temps plus ou moins long» {loc.cit., p. 155).
MM. Rilliel et Barthez ont constaté cette irrégularité dans la marche de l'angine et même dans le développement des fausses membranes :
«L'anginescarlatineuse est sujette à une sorte d'intermittence; c'est-à-dire qu'après avoir marché pendant quelques jours, les symptômes diminuent pour s'accroître bientôt et reprendre leur première intensité... Les fausses membranes disparais.sent quelquefois dès le lendemain pour ne plus se montrer, mais le plus souvent il arrive ou qu'elles persistent pendant trois, quatre jours, quelquefois beaucoup plus, ou bien que, si elles disparaissent promptement, c'est pour reparaître de même» (loc. cit.^ p. 603).
Pfeufer prétend que l'angine est plus inlen.se chez les enfants âgés de six à douze ans; Naumann assure qu'elle est plus violente chez les adultes (loc cit., p. 147).
La plupait des auteurs considèrent l'angine comme un phénomène essentiel et constant de la scarlatine : nous verrons plus loin qu'il n'en est pas ainsi, et que, d'une part, l'angine peut manquer complètement, tandis que, d'autre part, elle peut soit se montrer seule, soit revêtir une intensité qui la transforme en une véritable complication.
Quelques médecins allemands, et en particulier le docteur Heifft, affirment que la rougeur scarlatineuse n'est jioint bornée au pharynx , mais qu'elle occupe toute l'étendue des muqueuses digestive, respiratoire et génilo-urinaire, de manière à constituer
un exanthème interne ou énanlhème. Nous avons ! exposé ailleurs les arguments sur lesquels celte doctrine a été appuyée (voy. Exanthème et Rougeole).
La période d'éruption présente, en outre de l'exanthème cutané et de l'angine , un ensemble de symptômes que nous allons étudier rapidement.
La fièvre se maintient aussi violente que dans la période d'invasion pendant tout le temps que l'exan- ; thème acquiert de l'étendue et de l'intensité; elle diminue en.suite peu à peu pour disparaître complément au moment où la rougeur scarlatineuse commence à pâlir.
La température animale est plus élevée que dans toute autre fièvre éruptive. Sur sept adultes, M. Audral a trouvé pour maximum 40°, 75, et pour minimum 39». M. Roger a constaté sur sept enfants 40°, 75 pour maximum, 38o pour minimum, et 39**, 39 pour moyenne. Nasse et Currie prétendent que le thermomètre peut s'élever jusqu'à 43°; Torrenci, au dire d'Ozanam, aurait compté 52"; mais, dit M. Roger, il est impossible qu'il n'y ait pas là quelque grosse erreur.
L'élévation de la température est en raison directe de l'intensité de l'éruption et de la gravité de la ma ladie; elle n'est pas toujours en rapport avec la fré quence du pouls et de la respiration ( Roger, De la Température chez les enfants, etc. , in Archives génér.demâdec, t. vi , p. 141-143; 1844).
11 est indispensable , pour apprécier la tempéra ture , de faire usage du thermomètre , « car, dit Jahn Qoc. cit.j p. 156), souvent le médecin et le malade croient à l'existence d'une très-grande chaleur que le thermomètre n'indique point. »Le même auteur assure que souvent la chaleur ne s'élève que peu audessus du degré ordinaire, ou qu'elle n'augmente que dans quelques régions de la peau, et là même où il n'y a point d'exanthème.
La peau est sèche; les sueurs sont nulles ou pe abondantes ; on ne les observe guère que pendant un jour ou deux, et pendant la période croissante de l'é ruption. La perspiralion cutanée est importante à étudier, puisque MM. Rilliet et Barthez ont constate que les malades qui transpirent sont ordinairement à l'abri de l'anasarque.
Les forces se maintiennent; le malade se couche; indifiéremraent sur le dos ou sur l'un ou l'autre côté ; le faciès ne présente rien de particulier.
Les yeux sont brillants, animés, quelquefoii| rouges et larmoyants. « Ces symptômes , disen MM. Rilliet et Barthez, bien que plus particulier! à la rougeole, se retrouvent dans bon nombre de scar J latines; on les constate le premier ou le second jour ? d'habitude ils ne persistent que pendant l'époque d( croissance , rarement pendant toute la durée de l'é ruption ou au delà »(/oc. cit., p. 585).
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^ Les narines sont tantôt sèches, pulvérulentes ; tantôt elles laissent écouler un mucus plus ou moins abondant; il peutexister un véritable coryza. MM. Rilliet et Barlhez ont observé une fois une épistaxis abondante survenue au quatrième jour d'éruption d'une scarlatine simple.
Les lèvres et les gencives sont gonflées, sèches, rouges, quelquefois saignantes ; la langue se dépouille peu à peu de l'enduit blanchâtre qui la recouvrait; elle a une teinte rouge foncée; sa surface est tellement lisse qu'on la dirait couverte d'un vernis; d'autres fois la saillie des papilles la fait ressembler à une fraise (Guer.sant el Blache). As.^ez souvent des aphthes, en nombre plus ou moins considérable, se développeutdans la bouche; l'haleine est fétide ; il existe un ptyalisme plus ou moins abondant (Naumanu).
La soif reste vive, l'appétit nul; les vomissements sont très-rares; quelquefois il existe un dévoiement peu abondant et de courte durée, ou une légère constipation; le ventre peut être tendu et douloureux. Ces symptômes coïncident ordinairement avec la diarrhée, ou avec une augmentation dans le volume du foie ou de la rate.
Les fonctions respiratoires ne sont pas troublées; tout au plus remarque- t-on un peu d'accélération pendant les premiers jours de Térupiion.
Les troubles nerveux que nous avons énumérés plus haut peuvent encore se montrer ici; MiM. Rilliet etBarthez ont presque constamment noté, pendant la période de croissance, une céphalalgie, une agitation ou un délire plus ou moins intenses. Ces phénomènes, à moins qu'ils ne cessent d'être sympatiiiques ou qu'ils ne soient primitivement dus à une complication, disparaissent à mesure que s'opère la décroissance de l'exanthème.
Période de desquamation. — La décroissance de l'éruption est annoncée par les modifications que subit la rougeur scarlatineuse; celle-ci prend d'abord une teinte d'un rouge terne , puis elle pàliL peu à peu, devient rose, et enfin s'efface complètement.
La desquamation commence ordinairement après la disparition de la rougeur ; quelquefois cependant, lorsque la fièvre a été intense et l'éruption abondante, elle se montre pendant la période d'état ; dans quelques cas, enfin, l'épiderme ne se détache que deux ou trois semaines après la terminaison de la maladie (Vieusiieux, De iAiiasaïqueàla suite de lajicurc scarlatine , in Journ. de nicd., cliir. et pliarin. ^ t. m, p. 12; an X).
Jahn , M. Mondière , assurent que la desquamation peut manquer complètement; ce dernier l'a vue aussi n'apparaître qu'au vingtième ou même au vingt-cinquionie jour, et se reiioii vêler deux fois d.ins l'cspaco d'un \\M)\<>(l()c. rit., p. 187). « Il n'est p;is r.ire, dit Jdhn , que la desquauiation se répète deux fois ou
davantage, et la desquamation secondaire tantôt ressemble, tantôt ne ressemble pas à la première » {loc, cil. y p. 154).
La desquamation suit, en général, l'ordre d'apparition des taches exanthématiques; elle commence par le cou et le dos, se montre ensuite aux bras et aux mains et finit par les pieds (Vieusseux); cependant il existe de nombreuses exceptions à celte règle. Lorsque la maladie a été légère, l'exfoliation épidermique est souvent peu abondante, de courte durée, et elle peut passer presque inaperçue; dans le cas contraire, elle est très-prononcée et se prolonge pendant dix, quinze, vingt ou trente jours et même davantage (Rilliet etBarthez). Jahn déclare qu'il n'existe pas de rapport constant entre l'intensité de l'éruption et celle de la desquamation ; souvent, dans la scarlatine partielle, dit-il , ce sont des parties de la peau où il il n'y avait pas d'exanthème qui se dépouillent le plus.
Quelquefois la desquamation est accompagnée d'un violent prurit (Borsieri).
Si l'angine a été légère , on voit se détacher des lambeaux épithéliaques, parfoi.s étendus, souvent trèspetits, de la langue et du pharynx; dans les cas d'angine violente, la desquamation de l'arrière-gorge est tantôt très-sensible, tantôt faible (Jahn).
L'exfoliation de l'épiderme peut s'opérer de différentes manières qu'il est important de connaître, ne fût-ce, disent MM. Rilliet et Barthez, que dans le but de s'assurer si une éruption qu'on n'a pas eu sous les yeux a été réellement une scarlatine.
Nous emprunlons aux auteurs que nous venons de nommer la description minutieuse qu'ils ont donnée de ce phénomène. .
«Quelquefois on voit l'épiderme se .«soulever sur une petite élevure arrondie, non acuminée, ayant d'abord le volume d'une pointe d'épingle; ces petites élevures prennent bientôt la dimension d'un sudamina, mais elles en diffèrent toujours par l'absence de liquide, par la flaccidité de l'épiderme, par sa sécheresse et son opalinité.
«Arrivée à ce point, quelquefois même avant, la saillie se rompt à son centre, et il ne reste plus qu'un cercle épidermique, qui va en s'agrandissanl par le dccf)llcment successif de la membrane, jusqu'à ce qu'il se joigne aux cercles voisins et se confonde avec eux. Alors il en résulte que la surface de la peau présente une multitude d'ilols irréguliers, formés par des portions d'épiderme en partie détachées sur. leurs bords, d'étendue variable; sortes d'écaillés ou de sfjuames minces qui bientôt se détachent complètement et tombent à des époques variables.
«(jhc/. quelques (Mif.mts , les soulèvements d'épidertni; conservent leur appaiciici; de sudaiiiin.i flétris ; le décollement épidermique n'en continue pas
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moins, s'étend de proche en proche, conservant son même aspect; en sorte que la réunion des pseudo-sudamina forme une suiface plus ou moins vaste sur laquelle l'épiderme, inég^alemenl soulevé, maintenu par places, toujours opalin et sec, donne à la peau une apparence toute spéciale. Tôt ou tard, cependant, l'épiderme soulevé se rompt, et alors il tombe en écailles bien plus larges, en lambeaux étendus, minces et irréguliers.
«Dans quelques cas rares, l'épiderme tombe en petites écailles furfuracées semblables à celles de la rougeole. »
La chute de l'épiderme présente quelques variétés, suivant l'épaisseur de cette membrane dans les différentes régions du corps. La desquamation telle qu'elle vient d'être décrite en dernier lieu s'opère sur le cou, la poitrine, l'abdomen; sur la face, il est rare d'observer des pseudo-sudamina ; l'épiderme s'exfolie par petites écailles; sur les extrémités des membres, l'épiderme se détache par larges lambeaux en conservant sa forme et son apparence ; il semble seulement plus blanc et plus épais ; on a vu des lambeaux ayant jusqu'à 7 pouces de longueur sur 3 de largeur (Jos. Frank); quelquefois l'épiderme détaché constitue une enveloppe complète à un doigt , à un orteil, à la main, au pied. Dans quelques cas, qui paraissent d'ailleurs être fort rares, les ongles euxmêmes se détachent et tombent (Withering, Navier; voy. Jos. Frank , t. ii , p. 112; Graves, Gaz. méd.» p. 326; 1837).
MM. Rilliet et Barlhez ont constaté un rapport assez constant entre la vivacité de l'éruptiou et l'abondance de la desquamation , ainsi qu'entre la forme des deux phénomènes. A l'éruption avec pointillé succède la desquamation par pseudo-sudamina se détachant avant de former des écailles considérables; à l'éruption sans pointillé succède la desquamation en larges plaques. Les mêmes auteurs ont également remarqué qu'une desquamation abondante et générale empêche souvent le développement de l'anasarque.
Au moment où l'éruption commence à pâlir, tous les phénomènes morbides s'amendent; ils décroissent graduellement et disparaissent ordinairement complètement dès le début de la desquamation.
Marche et durée de la maladie. — Nous dirons, ainsi que nous l'avons fait pour la rougeole : « la régularité de la maladie est constituée par l'harmonie et l'ordre de succession que présentent les différents symptômes morbides,» mais nous devons ajouter que la régularité est beaucoup moins commune et moins tranchée dans la scarlatine que dans la rougeole.
La scarlatine est une afPection essentiellement variable d ins ses caractères symptomaiiques et daus
sa marche; les limites de la période d'invasion oscillent entre 1 2 heures et 4 jours ; la durée de la période d'éruption est ordinairement de 6 jours , mais elle peut être, suivant plusieurs auteurs, de quelques I heures ou de 40 jours; la période de desquamation ne dépasse quelquefois point 3 ou 4 jours, mais elle peut se prolonger pendant un mois. Enfin la durée totale de la maladie varie entre 10 et 40 jours.
En général, cependant, on peut dire que la scarlatine doit être considérée comme régulière , lorsque l'on constate l'existence de ses trois périodes d'invasion , d'éruption et de desquamation , quelle que soit la durée de chacune de ces périodes ; lorsque l'exanthème est général, d'une couleur rouge framboise, qu'il augmente et diminue graduellement; lorsqu'il existe une angine dont l'intensité est en rapport avec celle de l'exanthème, sans toutefois dépasser jamais une certaine limite, ni déterminer des accidents graves.
Terminaison. — Si l'on considère la scarlatine en général, abstraction faite de sa forme, il faut dire avec M. Bretonneau : « Plus qu'aucune autre phlegmasieexanthématique, la scarlatine varie dans son intensité. Tantôt extrêmement bénigne, cette maladie se réduit à une légère indisposition; tantôt extrêmement grave, elle n'est pas moins meurtrière que la peste. Non-seulement sous ce rapport les différences les plus frappantes peuvent être remarquées dans les diverses épidémies qui se succèdent dans le même lieu , mais on les observe encore pendant le cours d'une même épidémie, dans le même temps, dans la même saison, la même localité, la même famille.» [Jphorismes cliniques sur la scarlatine, in Journal des connaissances médico-chirurg., numéro de mai 1834, p. 267).
Dans une épidémie dont parle Bateman, il ne succomba que 1 malade sur 36. tandis que Lehmann a vu la mortalité s'élever à 1 sur 8 , et Gilbert Blane à 1 sur 4. Une proportion bien plus forte à été constatée à l'hôpital des Enfants malades par MM. Rilliet etBarthez, puisque sur 87 individus atteints de scarlaline, 46 ont succombé !
11 en est tout autrement si l'on n'envisage que la scarlatine régulière et simple , car alors la terminaison est presque constamment heureuse ; MM. Rilliet et Barlhez n'ont pas vu succomber un seul malade à cette forme de la maladie, et dans ce cas l'on peut dire avec Sydenham et M. Bretonneau que la scarlatine n'est ordinairement qu'une légère indisposition. Mondière dit avoir observé des terminaisons promptes et franches survenues à la suite de sueurs abondantes.
lUcidives. — La plupart des auteurs assurent que la scarlatine n'altaqne jamais deux fois le même individu ; Willau, sur 2,000 malades, n'a pas constaté
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une seule exception à cette loi; cependant des exemples authentiques de récidive ont été rapportés par Jos. Frank {loc. cit., p. 127), Laodeutle [Journ. de méd., 1763, t. xvui, p. 409), Bicker, Neumann, Cramer ( Bustes Magaz. , t. xxv ), Elwert {ibid.y t.xxxi), Hamilton {Gaz. méd., 1833, p. 810),Heyfelder (i'/MC^/e/i im Gebieie der Heilwissenschaft, t. [I, p. 60), Wood, MM. Rayer {loc. cit., p. 210), Rilliet et Barthez {loc. cit., p. 583). Jahn assure avoir connu une femme de quarante-deux ans qui avait été atteinte 7 fois de scarlatine, et Henrici prétend avoir constaté jusqu'à 17 récidives (Naumann, loc. cit., p. 783).
b. Scarlatine irrégulière. — Nous appelons scarlatine irrégulière celle qui, sans cesser d'être simple, s'éloigne notablement de l'ensemble syraptomatique et de la marche que nous avons indiqués.
La période d' invasion peut manquer complètement, et l'on voit alors la maladie se manifester par la brusque apparition de l'exanthème ( Mondière, p. 186).
Assez fréquemment la période d'invasion est trèscourte, et n'a que quelques heures de durée, mais dans la majorité des cas elle est plus longue que dans la scarlatine régulière; l'éruption se montre entre le deuxième et le troisième jour, c'est-à-dire un jour plus tard que la scarlatine légitime.
Les phénomènes morbides ne diffèrent pas, ordinairement, de ceux de la scarlatine régulière; cependant la fièvre ne se montre pas aussi souvent dès le premier jour (Rilliet et Barthez); elle peut manquer complètement, de telle sorte , dit Jahn, que les enfants continuent leurs jeux sans se plaindre.
Les symptômes de la période d'invai^ion sont tantôt très-légers, presque nuls; tantôt exagérés; dans ce dernier cas la fièvre est très-vive dès le début, accompagnée de vomissements opiniâtres (Mondière), de diarrhée, d'accidents cérébraux; quelquefois on observe des phénomènes insolites, de la toux, du coryza , du larmoiement , c'est-à-dire les symptômes qui précèdent ordinairement Téruption rubéolique.
Souvent l'éruption est partielle, bornée au cou, aux genoux , aux plis des bras, aux aines , au tronc, aux pieds, aux mains (Mondière); ou bien, si elle est générale, elle ne débute puint par la face, ou même ne s'y montre à aucune époque de la maladie.
Dans certains cas l'exanthème est Irès-pàle ; il n'existe qu'une teinte rosée générale qui ne diffère que peu de la couleur normale de la peau et qui disparaît au bout de deux ou trois jours.
« Cette forme, disent MM. Rilliet et Barthez [loc. cit., p. 570) se terminele plus habituellement par une guérison aussi complète que rapide, mais il n'en est pas toujours ainsi , et il faut se défier de la marciic trop prompte de celle éruption incomplète; des acci-
dents mortels peuvent lui succéder. Quelquefois aussi cette scarlatine pâle se développe chez des enfants déjà anémiques et détériorés par des maladies antérieures, et en particulier l'entéro-colite ; alors elle aggrave l'état du malade en ajoutant une nouvelle maladie à une plus ancienne , mais aussi dans ce cas elle est moins sujette à se compliquer d'accidents graves et instantanés. »
Dans d'autres cas la coloration morbide est trèsfoncée, violette , uniforme, sans piqueté; quelquefois une multitude de petits points violacés, d'un rouge vineux, sont répandus sur le tégument. «Cette variété, que l'on pourrait, par analogie avec la même variété que présente quelquefois la rougeole, appeler scarlatine noire ou hémorrhagique, n'a pas été plus grave que les autres » (Mondière , loc. cit., p. 186.)
La fièvre , les symptômes généraux, ne sont pas en rapport avec l'intensité et retendue de l'éruption; l'angine est très -violente, l'exanthème étant fort léjjer, ou vice versa.
En général, la scarlatine irrégulière a une marche plus rapide, une durée plus courte que la scarlatine légitime. La terminaison est ordinairement heureuse lorsque la maladie est primitive et simple, mais il n'en est plus de même lorsque la scarlatine irrégulière simple est secondaire (5 morts sur 7 cas; Rilliet et Barthez , loc. cit., p. 635).
^.Scarlatine anomale. — à. Scarlatine sansnngine. — Souvent, même en présence d'une «ruption scarlatineuse très-prononcée, l'angine est fort légère; on ne constate qu'une rougeur à peine appréciable de Tanière-gorge , la déglutition n'est point gênée, les ganglions sous- maxillaires ne sont point tuméfiés; mais il est extrêmement rare que laugiue fasse complètement défaut. Quelques exemples de ce genre ont néanmoins été cités, et il faut remarquer que toujours alors l'éruption a été irréguiièie.
b. Scarlatine sans exanthème. — Admise par Fothergill, Huxham, Stoll, Rosen , Ramsey, Baieman, Aascow, Bang; niée par un grand nombre de pathologistes ; l'existence de la scarlatine sans exanthème a été définitivement établie par les travaux modernes de Dance {loc. cit.)., de MM. Bretonneau, Trousseau, Taupin {Essai sur la scarlatine sans exanthème, in Journ. des conn. méd.-chirurg.., p. 151; numéro d'octobre 1839), Gérardin (même recueil, p. 106; numéro de mars 1840), Graves {Gaz. méd., p. 326; 1837), Carrière (même recueil, p. 694 ; 1843, etc.,
MM. Bretonneau et ïrousj-eau ont montré, en effet, que Tangine .scarlatineuse ne peut être confondue ni avec l'angine simple, ni avec l'angine diphthéritiquefvoy. Diagnostic), cl M. Mondière a rapporté des faits qui ne pcrmetleul plus le doute. «J'ai
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vu , dit-il (/oc. cit., p. 186), toute trace d'éruption manquer, sans que pour cela il me fût possible de mécoonaîire le caractère de Taffection épidémique, et comme si ce n'eût pas été assez de renseiiible de tous les autres symptômes pour bien faire diagnostiquer la maladie, j'ai vu quelques-uns de ces cas être suivis d'anasarque , comme chez les malades qui avaient eu une éruption abondante.»
La scarlatine sans exanthème se montre surtout pendant les épidémies scarlatineuses, et souvent alors elle est très-commune : sur 13 malades observés par M. Trousseau, 8 furent affectés d'exanthème et d'angine simultanés, et 5 d'angine sans exanthème {Mém. sur une épidémie d'angine scarlatineuse, in Jrch. génér. de méd., t. xxi, p. 552; 1829); dans l'épidémie observée par M. Guérétin , l'éruption cutanée n'a existe que chez un très-petit nombre de malades {Mém. sur une épidémie d'angine scarlatincuse, etc., in ^rc/i. génér. de méd., t. XIV, p. 285; 1842).
La période d'invasion ne présente ordinairement rien de particulier, et le médecin s'attend à voir paraître l'exanthème; mais l'angine seule fait des progrès , tandis que la peau reste intacte , bien qu'elle .soit quelquefois le siège d'une vive démangeaison, et plus tard d'une desquamation très-prononcée.
L'angine peut être légère et ne pas différer de celle que nous avons décrite plus haut; la terminai- ,son est alors presque toujours heureuse. Dans la majorité des cas, au contraire, l'angine est très-grave, et présente tous les caractères de l'angine que nous allons étudier tout à l'heure à titre de complication ; la mortalité est alors beaucoup plus élevée.
c. Scarlatine compliquée. — Les complications de la scarlatine se montrent dans des circonstances très-diverses : les unes ne se développent guère que pendant les périodes d'invasion et d'éruption; les autres, au contraire, ne surviennent d'habitude que pendant la période de desquamation; celles-ci n'accompagnent ordinairement que la scarlatine irrégugulière; celles-là se montrent indifféremment dans toutes les formes de la maladie. 11 est impossible de présenter k cet égard des considérations générales de quelque valeur.
A. Scarlatine compliquée d'une lésion locale. 1° Pharyngile. — Ce n'e.st guère que pendant les épidémies que l'angine revêt son maximum d'intensité et qu'elle mérite le nom de complication. Quelquefois elle accompagne un exanthème scarlatitiueux régulier; ordinairement elle est liée à une éiuption irrégulière; souvent enfin, elle se montre seule (scarlatine sans exaruhcnie). Tantôt elle précède l'éruption, tantôt elle est concomitante; d'autres fois elle ne se manifeste que pendant ou mèuie après la desquamation.
Dès le début , les symptômes généraux sont ordinairement très- prononcés (fièvre, céphalalgie, agitation , délire, etc.); la gorge est le siège d'une W douleur vive, la déglutition est gênée, le pharynx présente une coloration violacée qui s'étend rapidement à toute la muqueuse buccale et à la langue ; les amygdales sont tuméBées ainsi que les piliers du voile du palais et la luette; le gonflement, qui paraît résulter en partie d'une infiltration sous-muqueuse, peut devenir considérable et obstruer presque complètement l'isthme du gosier; latrespiration est alors embarrassée, sifflante, la déglutition presque impossible, les boissons refluent en partie par le nez; la voix est enrouée , rauque , presque abolie.
Dès le second ou le troisième jour, on aperçoit une couche purulente grise ou sanieuse étendue sur toute la muqueuse pharyngienne qui est ramollie; les tonsilles .sont infiltrées de pus et très-molles, ou bien elles sont dures et volumineuses; leurs follicules sont remplis d'une matière gri.sâtre et solide, tandis que les cloisons sont formées par un tissu blanc, rosé, dur et résistant (Rilliet et Barlhez , loc. cit., p. 606). D'autres fois, on voit apparaître sur les amygdales d'abord, mais bientôt sur toutes les parties phlogosées, des flocons pseudo-membraneux caséiformes, pulpeux , peu adhérents, blanchâtres. Les amygdales sont comme déchiquetées, et les fausses membranes qui les tapissent semblent comme enfoncées dans l'organe, lequel paraît avoir perdu une partie de sa substance (Guérétin, loc. cit., p. 286, 287).
Bientôt les flocons caséiformes se transforment en véritables fausses membranes qui se présentent sous forme de plaques jaunâtres , épaisses , adhérentes , et souvent très-étendues. Dans les cas les plus graves, ces fausses membranes se montrent d'emblée dès lé premier jour (Guérétin).
Lorsque l'on enlève une plaque pseudo-membraneuse, on trouve au-dessous d'elle une surface excoriée et saignante.
Au bout de vingt-quatre heures ou de quarante-huit heures, les fausses membranes deviennent grisâtres et semblables à des eschares; elles se détachent et mettent à nu des cxcorations, des ulcérations pius ou moins étendues. Quelquefois ces dernières se montrent en l'absence de tout produit pseudo-membraneux.
Les altérations sont quelquefois superficielles et ne constituent que de simples érosions serpigineuses ; d'autres fois elles sont, au contraire, profondes et s'étendent jusqu'au tissu sous-muqueux, ou même jusqu'aux fibres mut^culaires; elles ont alors de quelques millimèires à 2 centimètres de diamètre , elles sont irrégulières, inégales, à bords taillés à pic et bien niar(iués; habituelleuieut situées dans le pharynx, elles sont communes sur les amygdales, et se montrent aussi sur la face antérieure du pharynx, der-
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rière le larynx et dans la gouttière pharyngo-laryngée (Rilliet et Barlhez, loc. cit., p. 607).
Coryza. — Lorsque l'angine est intense, Tinflammalion se prolonge souvent jusque dans les fosses nasales, qui deviennent chaudes, sèches, douloureuses ; la respiration est alors très-embarrassée et ne devient plus libre que lorsque les malades expulsent, par les narines, un liquide puriforme, ou des lambeaux pseudo-membraneux. Huxham,qui a donné une excellente description de l'angine scarlatineuse {^Nouvel essai sur les différentes espèces de fièvres, p. 442 ; Paris, 1 784), a souvent observé cette complication; elle a été fréquente également dans les épidémies étudiées par Wilhering {On t/te scar^ lat fever and sore lliroat ; London , 1779), et par M. Guérétin. Plus rarement, la plegmasie envahit la trompe d'Eustache etTorganede l'audition (Hamilton, loc. cit., p. 812). Kennedy a vu des abcès se former dans l'oreille interne, et les osselets de l'ouïe &' t\h\\tY {London med.-chir.rei'iew, numéro d'octobre 1 843; exlr. in Arch. gén. deméd., t. iv, p. 89, 1844). Heyfelder (/oc. cit., p. 58-63), MM. Rilliet et Barthez {loc. cit., p. 627) ont noté plusieurs cas d'otorrhée survenue à la suite de la scarlatine.
Laryngo-tracliéile. — Dans l'épidémie observée par Hamilton, l'inflammation pharyngienne s'est toujours étendue à l'épiglotle , au larynx , à la trachée et souvent aux bronches {loc. cit., p. 811). M. Guérétin a noté plusieurs faits de ce genre; MM. Rilliet et Barlhez ont trouvé la muqueuse cpigloltique, laryngée et trachéale rouge, ramollie et couverte de fausses membranes semblables à celles qui existaient dans le pharynx {loc. cit., p. 608, 609). Cette complication s'est présentée fréquemment à Goden et à Berndt (Naumann, loc. cit., p. 759).
M. Barrier a vu une scarlatine simple se terminer brusquement par la mort au neuvième jour, par asphyxie foudroyante produite par un œdème de la glotte {Journ. des conn. médico-chir., numéro de juillet, p. 3; 1842).
Parotides. — Sous ce nom on a décrit, comme le fait remarquer M. Bretonneau, moins l'inflammation des glandes salivaires que celle des ganglions sous-maxillaires et du tissu cellulaire cervical.
Toutes les fois qu'il existe une angine scarlatineuse d'une intensité moyenne, les ganglions sousmaxillaires se tuméfient, mais dans certains cas celte tuméfaction est portée très-loin et étendue à tout le tissu cellulaire du cou.
Les régions sous-maxillaires sont tendues , rouges, chaudes, douloureuses à la pression; les ganglions acquièrent un volume considérable; les mâchoires ne peuvent plus cire écarlécs, la déglutition, la respiration sont tic.-dilli< ik's ; Moudièrea vu péril as-
phyxié un jeune enfant dont les ganglions formaient de chaque côté du cou des tumeurs ayant le volume du poing {loc. cit., p. 182-183). Assez fréquemment, du pus se forme dans les ganglions et donne lieu , après s'être ouvert une issue à l'extérieur, à des suppurations très-longues , à des ulcères offrant tous les caractères des ulcères scroFuleux (Rilliet et Barthez, Mondière).
Dans quelques cas, le gonflement envahit rapidement tout le tissu cellulaire cervical; le cou est volumineux, roide; de vastes collections purulentes ne (ardent pas à se former. Cette complication a été fréquente dans les épidémies observées par Lemercier dans le département de la Mayenne {Journ. complémentaire des se. méd., t. xxi, p. 97) , et par Vose à Liverpool(C^az. méd., p. 164; 1832).
Kennedy {loc. cit.) a vu les engorgements du cou s'étendre jusqu'aux clavicules et jusqu'aux muscles pectoraux. Tantôt il n'existait qu'un épanchement de lymphe dans le tissu cellulaire du cou sans formation d'abcès , tantôt on y rencontrait une suppuration diffuse en foyer. Dans plusieurs cas, les collections purulentes de la région cervicale postérieure ont déierminé la carie des vertèbres.
La suppuration peut amener l'érosion d'un vaisseau important du cou et une hémorrhagie promptement mortelle (Kennedy); M. Mondière (/ce. cit., p. 182) a observé Tulccration d'une branche de l'artère maxillaire interne (voy. aussi Arcli. génér. de méd., t. X , p. 493; 1841). Enfin, dans quelques cas on observe de véritable parotides {Kvc'mg , Bufeland's journal, t. xn, p. 43).
Ce n'est ordinairement que lorsqu'il existe une complication générale (voy. Scarlatine maligne) que l'on observe les accidents si graves que nous venons d'indiquer; quand l'angine, quelque intense qu'elle soit, reste à l'état de lésion locale , la terminaison n'est que rarement funeste. M. Guérétin n'a pas compté un seul cas de mort en dehors de la forme maligne {loc. cit., p. 289) ; il en a été de même dans l'épidémie décrite par M. Trousseau , bien qu'elle ait frappé un grand uombie d'individus {loc. cit., p. 542).
2° Broncho-pneumonie. — La bronchite est rare ; MM. Rilliet et Barlhez n'ont vu qu'un seul enfant mourir au cinquième jour d'une scarlatine compliquée d'angine , et d'une bronchite très-étendue et suffocante.
La pncumonieesl plus commune sans être fréquente. Hamilton assure qu'elle est presque conslaïnment la cause de la mort chez les malades qui succombent avec une anasarque. MM. Rilliet et Barthez n'ont observé la pneumonie qu'un petit nombre de fois; elle a dcbnlé vers le douzième ou le quinzième jour de la maladie , cl l{;s malades oui succombe alors qu'il
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n'exislait encore que quelques noyaux lobulaires disséminés (Joe. cit. y p. 625 \
3° EntérO'Colite, — 18 fois sur 87 malades, MM. Rilliet et Barthez ont observé, du côté de l'inleslin , des phénomènes pouvant être envisagés comme dus à une complication. A l'autopsie, ils ont constaté des entéro-colites folliculeuses, des inflammations érythémateuses légères et peu étendues, ou un ramollissement simple de la muqueuse.
Ces entérites légères n'exercent aucune influence sur la marche et la terminaison de la maladie.
4" Accidents cérébraux. — «Plus que toute autre fièvre éruptive, la scarlatine se complique, pendant son cours, d'accidents cérébraux graves qui rendent la maladie promptement mortelle.»
Les symptômes cérébraux se manifestent tantôt avant, tantôt pcodant l'éruption; ils diffèrent peu de ceux qui caractérisent la méningite (vomissements, constipation , céphalalgie, convulsions , cris hydrencéphaliques , délire, perte de connaissance, coma, diminution de la sensibilité, refroidissement , etc.); mais néanmoins ils sont trop variables pour se prêter à une description générale.
Une circonstance fort remarquable, c'est que les accidents cérébraux, quelque graves qu'il soient , ne sont presque jamais accompagnés d'altérations trèsmarquées du cerveau ou de ses membranes; une congestion plus ou moins vive est la seule lésion que l'on rencontre le plus souvent; l'hypérémie occcupe soit les grosses veines et les sinus, soit le réseau de la pie-mère, soit la substance cérébrale. Très-rarement il existe un léger épanchement de sérosité dans les mailles de la pie-mère ou dans les ventricules latéraux. Dans un cas où les accidents cérébraux furent très-violents, MM. Rilliet et Barthez ne purent découvrir aucune altération appréciable {loc. cit.^ p. 620-624).
C'est dans la scarlatine maligne que les symptômes cérébraux se montrent avec le plus de fréquence et de gravité. Willan a vu la manie succéder à des accidents cérébraux survenus dans le cours d'une scarlatine.
5° Inflammations séreuses. — La pleurésie, la péricardite, la péritonite, sont des complications trèsrares; les épanchements que l'on rencontre souvent dans les cavités séreuses ne sont pas de nature inflammatoire et se rattachent à l'hydropisie , que nous étudierons plus loin.
Weissemberg a observé une méningite rachidienne devenue mortelle en quinze heures ( Naumann, loc. cit., p. 761).
6" rhumatisme. — Roesche (Medic. correspondcnz Blalt, t. xiv, n° 07),Wood( Gaz. méd.^ p. 118; 1837) , Reid {Hfidem , p. 554), disent avoir constaté souvent , pendant le cours ou à la suite de
la scarlatine , des douleurs articulaires accompagnées de rougeur, de tuméfaction. Kennedy a rencontré du pus dans plusieurs grandes articulations et dans les articulations sterno-claviculaires ; la synoviale était rouge, les cartilages étaient érodés et les épiphyses détachées {loc. cit.).
Kreyssig a vu un rhumatisme général; on ne pouvait effleurer la peau sans faire pousser des cris au malade {loc. cit.).
7" Hydropisie^ anarsarque. — L'anasarque est une complication très- fréquente de la scarlatine, surtout chez les enfants; MM. Rilliet et Barthez l'ont constatée chez le cinquième de leurs malades; elle survient ordinairement, selon Vieusseux, deux ou trois semaines après l'éruption; Wells dit qu'elle paraît habituellement vingt-deux ou vingt-trois jours après la fièvre éruptive; Hamilton l'a vue ne survenir qu'au bout de cinq semaines, mais il l'a observée plusieurs fois dès le commencement de la période de desquamation {loc. cit., p. 813) ; suivant MM. Guersant et Blache , elle ne se montre jamais passé la dixième semaine, et quand elle se développe après cette époque elle doit ne plus être regardée comme dépendante de la fièvre éruptive {loc. cit.., p. 164).
L'anasarque peut succéder à chacune des formes de la maladie. Rosen , Willan affirment qu'elle se développe surtout dans les cas où l'éruption a été trèsintense, et qu'elle est d'autant plus considérable que la desquamation a été plus abondante. Frank assure, au contraire, que l'anasarque se rencontre principalement à la suite des éruptions très-bénignes. Les recherches de Vieusseux, de Méglin et des auteurs contemporains prouvent qu'elle se manifeste aussi bien quand la scarlatine a été bénigne et régulière , que lorsqu'elle a été grave et anormale.
L'anasarque se présente avec tous les caractères que nous lui avons assignés en étudiant la maladie de Bright; plus fréquemment et plus rapidement que dans celle-ci, néanmoins, l'hydropisie du tissu cellulaire est accompagnée d'épanchements dans les cavités séreuses (plèvres, péricarde, péritoine, arachnoïde); tantôt il n'existe qu'un seul épanchement, tantôt on en trouve dans presque toutes les cavités séreuses. Dans ce dernier cas, les différentes hydropisies se font toutes en même temps, ou n'apparaissent que successivement (Rilliet et Bailhez, loc. cit.^ p. 614 ); l'ascite et l'hydrothorax sont les plus fréquentes d'entre elles.
L'œdème du poumon , l'œdème de la glotte, surviennent assez fréquemment.
L'hydropisie est chaude, fébrile, active, aiguë, ou froide, apyrétique, passive, froide. Nous avons indiqué ailleurs les différences symptomatiques qui séparent ces deux formes (voy. Maladie de Bright). Rappelons seulemcul que les hydropisiesscarlatiueu-
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ses , dans leur forme la plus aiguë , peuvent amener des accidents mortels dans l'espace de quarante-huit ou même de douze heures (Rilliet et Barlhez).
L'hydropisie scarlatineuse n'est point aussi fréquemment qu'on le pense en général accompagnée d'albuminurie. MM. Guersant et Blache , en réunissant leurs observations à celles de MM. Gh. Baron, Becquerel, Rilliet et, Barthez ont constaté que l'albumine a manqué dans le tiers des cas environ ( loc. cit., p. 164).
Lorsque l'hydropisie n'est point accompagnée d'albuminurie, les reins ne présentent aucune lésion appréciable ; dans le cas contraire, on constate ordinairement l'altération granuleuse de ces organes, mais celle-ci n'est pas constante. Kennedy (/ce. cit.) a trouvé les reins parfaitement sains dans plusieurs cas d'hydropisie scarlatineuse avec albuminurie.
D'un autre côté, M. Rayer a montré que la néphrite albumineuse peut se développer à la suite de la scarlatineuse sans produire d'hydropisie.
Lorsque l'altération granuleuse des reins existe, elle ne se rencontre jamais dans ses degrés les plus avancés ; jamais la lésion n'est étendue jusqu'à la substance tubuleuse. La mort n'est que rarement produite par l'hydropisie ou la maladie de Bright ; elle est ordinairement due à une nouvelle complication secondaire, et spécialement à la pneumonie (Hamiilon, loc. cit.). Gette dernière assertion est surtout applicable aux hydropisies à forme chronique.
Tous les observateurs, à lexception de Heim et de quelques autres, considèrent le froid et le refroidissement comme la cause la plus ordinaire de l'hydropisie scarlatineuse. Vieusseux (/oc. cit.,T^. 9) et Méglin ( Mém. sur l'anasarquc , à la suite de la scarlatine j in Journ. de méd.,cliir. et pharm., 1811, t. XXI, p. 36) assurent n'avoir pas vu un seul exemple d'anasarque où l'on ne put découvrir que la cause du mal avait été l'exposition prématurée à l'air ou au froid. Quant à la manière dont cette cause agit, elle nous est encore inconnue. « Dans la majorité des cas, disent MM. Guersant et Blache, il y a coïncidencede néphrite albumineuse ; mais on ne sait pas si, dans ses effets morbides, le froid agit sur la peau directement, ou s'il produit l'infiltration séreuse par l'intermédiaire de l'affection des reins.»
Nous n'entrerons pas ici dans de plus longs détails, puisque nous avons traité ailleurs ces importantes questions avec tous les développements convenables ( voy.A.>A8ARQUE, t. I, p. 94-98 ; Reins (Mal. des), t. vu, p. 341).
b. Scarlatine compliquée d'une lésion générale. — 1^ Scarlatine malif^ne. Scarlatina maligna, trphosa, nervosa, patrida, seplica, cfnancluco-ga iii^rcnosa . — Il est une première forme très- remarquable de scarlatine maiiguc, daus laquelle
l'examen cadavérique ne révèle aucune lésion capable de rendre compte de la gravité des phénomènes symptomatiques et de la rapidité avec laquelle survient la terminaison funeste ( scarlatina nervosa).
Dès le début, le malade a une fièvre très- violente, des frissons fréquents , une soif inextinguible , une céphalalgie très-intense , des douleurs articulaires vives , une prostration extrême , de la diarrhée , des vomissements bilieux opiniâtres et très-abondants, énormes , suivant l'expression de M. Bretonneau ; la respiration est laborieuse, très-fréquente, sans que l'auscultation et la percussion dénotent la moindre altération des organes ihoraciques; la peau , d'une sécheresse acre et brûlante dans certains endroits, est froide et comme glacée dans d'autres, principalement aux joues et aux pieds ; les yeux sont injectés; le faciès est alternativement viF, enflammé, et prostré, hébété; il survient un délire, d'abord intermittent, mais bientôt continu, et accompagné de convulsions ou d'un état presque comateux.
L'éruption est tantôt partielle, incomplète, pâle, tantôt, au contraire, générale et très-intense ; une coloration d'un rouge livide, violacée, est répandue sur toute la peau, qui est turgescente, douloureuse au plus léger contact et qui semble être le siège d'un erysipèle (^scarlatina er/sipelatosa ) ; l'angine est quelquefois très-peu prononcée ; d'autres fois , elle est d'une intensité moyenne, accompagnée du développement de fausses membranes dans le pharynx et les fosses nasales (scarlatine inflammatoire).
Les accidents généraux s'accroissent encore pendant la période d'éruption ; le pouls, d'une fréquence excessive , est misérable , inégal , irrégulier , intermittent ; l'haleine est fétide ; la respiration précipitée et incomplète ; les selles deviennent involontaires en même temps que le ventre se météorise ; les taches scarlatineuses prennent une teinte bleuâtre, la peau se couvre d'une teinte ictérique générale, et la mort vient bientôt terminer la scène. A l'autopsie, on ne rencontre que quelques altérations peu caractérisées que nous avons indiquées au commencement de cet article (Navier, Dissertation sur plusieurs maladies populaires; Paris, 1 753. — Borsieri, loc. cit.., p. 65 etsuiv. — Dance, /or.c/f., p. 323-336. — Guérétin, loc. cit., p. 289 et suiv.).
Dans la seconde forme de la scarlatine maligne ( scarlatine ad/nami<pie), on rencontre des phénomènes symptomatiques et anatomo-pathologiques qui indiquent une altération grave, et qui sont plus que suffisants pour expliquer la mort. Ou peut encore distinguer ici deux variétés principales.
Scarlatine liémorrhagiquc. — I^a maladie se présenteavec les caractères delà scarlatine bénigne, mais pendant la période d'éruplion l'on voit se produire des hémorrhagics interstitielles ei par exhalation,
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La coloratioa exanlhématique devient livide, violacée , noirâtre ; la peau se couvre de pétéchies , de points noirs semblables à des piqûres de puces, de marbrures sous-épi dermiques, de verge lures , comparables à celles que présente la peau des cadavres qui ont reposé sur un plan inégal ; quelquefois , on rencontre de véritables ecchymoses , des extravasations sanguines semblables à celles du pourpre hémorrhagique. Souvent les mêmes phénomènes se montrent sur la muqueuse du voile du palais , des amygdales, du pharynx ; quelquefois l'épiderme est soulevé par de la sérosité sanguinolente , et l'on aperçoit alors des bulles noirâtres semblables à celles de certains pemphigus.
A l'autopsie , on rencontre une infiltration sanguine ou des petits foyers sanguins circonscrits dans l'épaisseur du derme , dans le tissu cellulaire souscutané et inter-musculaire (Broussais, Ozanam, Naumann ) ; des pétéchies Hvides , sous-épithéliaques, existent dans l'œsophage , l'estomac , les intestins (Dance, loc. cit., p. 332 j; les poumons renferment des noyaux apoplectiques ( Rilliet et Barthez , p. 628).
Dans des cas assez nombreux, on a vu survenir des hémorrhagies abondantes , répétées et rapidement mortelles , par le nez , par la bouche, par l'intestin, par les voies urinaires.
A raulopsie, on trouve des épanchements sanguinolents dans les plèvres, le péricarde, le péritoine, dans la cavité intestinale, la vessie.
Scarlatine gangreneuse. — Dans l'angine scarlalineuseépidémique, la gangrène frappe quelquefois le pharynx et la bouche; mais cette complication n'est pas aussi fréquente que l'ont dit quelques auteurs qui ont pris des plaques pseudo-membraneuses pour des eschares, et il est remarquable que, sous ce point de vue, la scarlatine diffère essentiellement de la rougeole. MM. Rilliet et Barthez n'ont observé que trois cas de gangrène (deux gangrènes de la bouche , une gangrène du pharynx et du poumon); MM. Guersant et Blache en ont observé plusieurs {loc. cit.., p. 160); Navier parle de gangrène de Tœsophage et de la trachée.
Heyfelder a rencontré deux gangrènes de la face : l'une d'elles avait succédé à une parotide terminée par suppuration.
La scarlatine maligne est ordinairement épidémique,et le plus ordinairement l'augine prédomine ( scarlatine angincuse ), l'éruption étant irrégulière, partielle ou hémorrhagiqne ; souvent l'angine se montre seule ( angine scarlafineuse, scarlatine sans exanthème). La marche de la maladie est rapide, et la terminaison si fréquemment funeste, que la scarlatine a pu èlrc c()inparé(; à la peste. La mort survient ordinairemcaldu troi^cipe ai| septième
jour, mais souvent beaucoup plus tôt (Breton neau , Trousseau) ; Bateman , dans l'épidémie de Paris de 1 743, a vu des malades succomber au bout de neuf heures de fièvre.
2° Scarlatine compliquée d'une fièure éruptive. — La scarlatine peut être compliquée de rou- ^ geôle, de variole , et nous avons indiqué ailleurs l'influence réciproque que ces fièvres éruptives exercent les unes sur les autres (voy. Rougeole).
M. Beaudelocque a observé une scarlatine et une variole simultanées chez un malade affecté , depuis trois semaines, d'un purpura siraplex {Gaz. méd., p. 312; 1834) ; le docteur Spadafora a recueilli plusieurs faits semblables (Gaz. méd., p. 234; 1836).
3" Scarlatine compliquée de tubercuUsation, — Les tubercules sont une complication tellement rare, que MM. Rilliet et Barthez ont été conduits à penser «que la scarlatine est contraire au génie tuberculeux» (/oc. c/^^ p. 628). Nous nous .sommes expliqués ailleurs sur cette opinion (voy. Compendium, Phthisie, t. vu, p. 556).
Espèces et variétés. — Scarlatine puerpérale. — Dance a rapporté deux exemples de scarlatine puerpérale. Dans le premier, la maladie s'est manifestée au sixième mois de la grossesse ; l'avortementeut lieu le deuxième jour de la fièvre éruptive, et la malade succomba brusquement pendant la nuit. A l'autopsie, on ne constata aucune altération capable d'expliquer la mort. Dans le second , la scarlatine s'est déclarée le lendemain d'un accouchement naturel, et la mort est survenue au bout de quatre-vingtquatre heures. Mêmes résultats de l'examen cadavérique (Dance, mém. cité, obs. 1 et 11).
Malfatti a donné la description d'une épidémie de scarlatine puerpérale : la coloration exanthématique était très-foncée, parsemée de taches violacées; les malades éprouvaient une vive sensation de froid, déliraient, étaient agitées par des convulsions, et succombaient presque toutes en fort peu de temps {Hufeland's journ., t. xn, p. 120).
Le docteur Senn a observé à la Maternité une épidémie scarlatineuse qui a frappé le vingt-cinquième des femmes en couches. La maladie s'est montrée le deuxième ou le troisième jour de l'accouchement, au moment de la fièvre de lait; la période d'invasion a été, en général, très-courte, souvent presque nulle; l'éruption tantôt générale, trèsintense, violacée, tantôt partielle, fugace, non suivie de desquamation. Dès le début, pendant toute la durée delà maladie, fièvre violente, douleurs dans les membres et dans la région lombaire, frissons irréguliers, vomissements bilieux abondants et répétés, diarrhée , délire , dyspnée. Dans les cas qui se sont l' terminés d'une manière funeste, la marche de la ma- j ladiç a été très- rapide ; la mort est survenue au bout
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de deux à quatre jours, et a été annoncée par Tirrégularité du pouls, la gêne de la respiration. A l'autopsie, aucune trace de métrite ou de péritonite ; simple congestion de la plupart des viscères (Seun, Essai sur la scarlatine puerpérale , thèse de Paris, 1825, n° 155).
Diagnostic de la scarlatine. — Scarlatine ré' guliére. — Un diagnostic certain ne peut êlre posé avant l'éruption , les phénomènes qui caractérisent la période d'invasion ne différant point sensiblement de ceux qui précèdent les autres fièvres éruptives et la plupart des affections aiguës. La variole, dit-on , est annoncée par des vomissements et par une douleur lombaire intense: la rougeole est précédée de coryza, de toux, de larmoiement : mais ces prodromes ne sont pas constants dans les maladies dont il s'agit, et d'un autre côté ils peuvent exister dans la scarlatine.
Lorsque la scarlatine s'annonce par de la fièvre , de l'abattement, de la céphalalgie, du dévoiement, ou ne saurait la distinguer de la fièvre typhoïde. «Si la scarlatine, disent MM. Guersant et Blache, commence avec du délire ou des convulsions, rien ne la différencie de la première période de la méningite.»
La certitude est donc impossible pendant l'invasion, mais le médecin peut néanmoins recueillir quelques probabilités ; il doit croire de préférence à la scarlatine , si le sujet est placé dans un lieu ou règne une épidémie scarlatineuse, s'il est jeune, s'il a été en contact avec un scarlatineux; le diagnostic devient encore plus assuré s'il existe une angine offrant certains caractères spéciaux que nous résumerons tout à l'heure.
L'éruption lève tous les doutes; la forme, la disposition , la couleur des taches scarlatineuses , la présence de l'angine, sont des signes pathognomoniques qu'on ne saurait méconnaître.
Scarlatine irrégulière. — Ici l'incertitude n'est point entièrement dissipée par l'éruption, puisque celle-ci est ordinairement partit^lle, pâle, fugitive, accompagnée d'une angine peu intense, etc. Il est souvent très-difficile de distinguer la maladie de la rougeole irrégulière, de la roséole , de Péry thème; nous avons indiqué ailleurs les circonstances capables de jeter quelque lumière sur ces cas embarrassants qui ont conduit certains pathologistes allemands à établir, sous le nom de mheola, de Bôtheln , l'existence d'une fièvre éruplive intermédiaire à la rougeole et à la scarlatine (voy. Roséole et Rougeole), ou constituée , selon d'autres, par la réunion de ces deux dernières maladies (Stoeber, Clinique des mal. des enfants ; Strasbourg, 1841).
Scarlatine anomale. — Scarlatine sans angine. — Lorsque l'exanthème est bien marqué, lorsqu'il présente tous les caractères de l'éruption scarla-
tineuse, le diagnostic n'offre aucune difficulté; dans le cas contraire, le praticien est presque toujours forcé de rester dans le doute.
Scarlatine sans exanthème. — L'angine scarlatineuse ne peut être confondue qu'avec lapharyngoamygdalite simple et avec l'angine diphthéritique; voici les considérations qui serviront à établir le diagnostic différentiel.
Il est probable que l'on a affaire à une angine scarlatineuse si la maladie se rencontre dans une localité où règne une épidémie scarlatineuse, chez un sujet jeune, n'ayant pas eu la scarlatine, ayant été en contact avec un individu affecté de cette maladie.
Dans l'angine simple, il n'existe point une coloration morbide aussi foncée, aussi généralement répandue sur les tonsilles, le voile du palais, le pharynx; souvent une seule amygdale est affectée; les ganglions sous-maxillaires ne sont point gonflés; jamais on n'observe de parotides , de tuméfaction du tissu cellulaire cervical.
La distinction entre l'angine scarlatineuse et l'angine diphthéritique est plus délicate. MM. Trousseau {loc. cit.,^. 557)etBretonneau {Notice sur l'emploi de l'alun dans la diphthérite , in Arch.génér. de méd., t. xni, p. 29; 1827) ont étudié avec soin cette importante question de diagnostic, et ils ont indiqué les caractères différentiels suivants.
Angine scarlatineuse. Angine diphthéritique.
Trouble extrême de la circulation et de la respiration dès le début ; diarrhée, vomissements, céphalalgie, souvent délire.
Tuméfaction considérable et rougeur très-vive des deux amygdales , du voile du palais et de la pointe de la langue.
Une sécrétion d'un blanc de lait recouvre simuliauément les deux amygdales, la langue, le voile du palais, la face interne des joues; l'inllamiiiation scarlatineuse envahit simultanément fous les points des surfaces muqueuses qu'elle doit occuper; on pourrait même dire sans erreur qu'elle les envahit au même instant , une différence manifeste de texture suffisant pour rendre compte du retard
Mouvement fébrile éphémère, à peine sensible. Les fonctions organiques et celles qui appartiennent à la vie de relation sont si peu troublées que le plus souvent les enfants, qui sont déjà dangereusement atteints, conservent leur apf)étit habiiuel et continuent eursjeux.
Tuméfaction peu considérable de l'urje des amygdales, rougeur vive seulement autour de la concrétion p(^llicnlaire; la langue, le voile du palais, conservent leur couleur nai urelle.
La fausse membrane ne rerouvre d'abord que l'une des amygdales ; elle gagne de pioche en proche , s'étend à la manière d'un liquide, et passe d'une amygdale sur l'autre en envahissant auparavant le voile du palais et la partie postérieure du pharynx et des fosses nasales;énnnemment locale, c'est d'un seul point que l'intlammationdiphlhéritique se propage avec plus ou moins de rapidité aux
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de l'apparition de la phloyose et dR la nuance particulière de son aspect. En même temps la fièvre persiste ou augmente; souvent le pouls est irréi^ulier, et il se manifeste du délire.
La marche de la maladie est très-aiguë : chacune de ses phases s'accomplit dans les termes d'une durée limitée.
La maladie n'a aucune tendance à envahir les voies aériennes; les coFicrétions blanches disparaissent peu à peu, et la voix , qui était nasonnée tant que la luméfaciion des amygdales était considérable , reprend son timbre naturel des qu'elle a cessé.
La maladie est souvent accompagnée de vésicules occupant les parties latérales du cou, les poignets, les cous-de-pieds; presque toujours il existe une desquamation cutanée, soit générale, soit partielle ; quelquelois la maladie est suivie d'anasarque.
Le traitement topique, en modifiant de la manière la plus satisfaisanle l'iiiflammation couenneuse, n'abi ége pas la maladie, n'en dimmue point les dangers, et ne met point les malades à l'abri d'accidents consécutifs plus ou moins graves, et dune convalescence plus uu moins pénible.
Les épidémies les plus meurtrières d'angine scarlatineu.se moi.ssumient à peine un tiers ou un cinquième de ceux qui en .sont atteints, (juelle que soit la médication employée; le plus souvent la mortalité est beaucoup moindre.
surfaces qu'elle envahit graduellement. En même temps la fièvre cesse , et toutes les fonctions se rétablissent.
Aucun terme fixe ne limite les progrès successifs deladiphlhériteqiii tend à la chronicité, si l'occlusiou des voies aériennes n'apporte pas un terme à sa durée.
La maladie a une tendance extrême à se propager dans les canaux aérifères. Les premiers sympiômes se dissipent presque entièrement; la déglutition est facile, non douloureuse:
mais tout d'un coup il survient de la toux et la voix se voile; la toux est sèche, rare, courte, rauque, et enfin éteinte ; la voix, qui était devenue rauque, ne semble plus qu'un filet d'air qui passe à travers un tuyau de mêlai. La respiration s'embarrasse; la dyspnée se manifeste par accès de plus en plus rapprochés, et le malade périt asphyxié.
On n'observe jamais ni vésicule.s,ni desquamation, ni anasarque.
Si un traitement topique modifie l'inllammation diphihéritique, le retour à la santé est obienu aussitôt que la maladie locale est terminée.
Il est à peu près prouvé que tous ceux qui sont affectés d'angine diphthéritique périssent si la maladie est abandonnée à elleméiue.
Scarlatine compliquée, —r Lorsque la scarlatine estsecondaire, elle est presque toujours irrégulière et souvent fort difficile à reconnaître; quand, au contraire, la complication survient pendant le cours de la fièvre éruplive , le diagnostic de celle-ci rentre dans
l'une des conditions que nous avons ënumérées plus haut.
Pronostic. — Le pronostic varie suivant la forme de la maladie; la scarlatine régulière .simple, primitive ou secondaire, se termine presque toujours heureusement; la scarlatine irrégulière simple est peu grave lorsqu'elle est primitive, tandis qu'elle se termine assez fréquemment par la mort lorsqu'elle est secondaire (5 morts sur 7 cas, Rilliet et Barlhez); enfin la scarlatine compliquée, qu'elle soit régulière ou irrégulière, primitive ou secondaire, entraîne toujours un pronostic fâcheux qui, toutefois, est en rapport avec la nature de la complication. Sur 57 cas de scarlatine compliquée, MM. Rilliet et Barthez ont compté 40 morts {lac. cit.j, p. 635).
Il résulte de ce que nous venons de dire que le pronostic est favorable si la fièvre est modérée, l'angine peu intense, les symptômes cérébraux et les vomissements peu violents ou nuls , si l'éruption se montre au bout de vingt-quatre ou de quarantehuit heures et marche régulièrement ; que le pronostic est douteux lorsque, les phénomènes de la période d'invasion ayant été très-prononcés, l'éruption ne se montre qu'au bout de quatre ou cinq jours et suit une marche irrégulière.
On doit redouter une terminaison funeste si la coloration exanthématique est pâle, blafarde, fugace, ou bien , au contraire , très-intense , violacée ; si l'angine revêt le caractère pseudo-membraneux et surtout gangreneux ; si de vastes collections purulentes se forment dans le tissu cellulaire cervical; si des fausses membranes se développent dans les fosses nasales.
La forme ataxique est plus grave que la forme adynamique ; les convulsions , la contracture , la paralysie, sont des symptômes d'un très-fâcheux augure. La scarlatine puerpérale est presque constamment mortelle.
Le praticien doit être réservé dans son pronostic même après la disparition de l'exanthème , en raison des collections séreuses qui peuvent encore survenir.
Enfin, il faut encore tenir compte de la forme générale de l'épidémie pendant laquelle on observe.
Etiologie. — Causes prédisposantes. — ^"^gc. — Les 87 cas de scarlatine observés par MM. Rilliet et Barlhez ont été distribués de la manière suivante quant à l'âge :
là 2 ans.
8 à 5 ans,
6 à 10 ans,
1 à 15 ans,
La maladie est surfont fréquente de trois à dtx ans, mais cependant elle ne respecte aucun âge; on
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l'a vue être congénitale (Baillou , Toriual , Ferrario), se montrer chez des nouveau-nés, chez des adultes, et enfin, quoique plus rarement, chez des vieillards. MM. Guersaot et Blache n'eu ont pas observé d'exemple au-dessus de cinquante ans.
Le génie épidémique exerce quelquefois, suivant plusieurs auleurs , une influence remarquable quant à l'âge. Certaines épidémies sévissent presque exclusivement sur les enfants, tandis que d'autres ne frappentguèrequelesadultes(Naumann,/<?c.c7>.jp.781).
Sexe. — Quelques auteurs prétendent que le sexe féminin est plus fréquemment atteint; les faits recueillis par MM. Riiliet et Barthez sont contraires à cette opinion (52 garçons et 35 filles). MM. Guersant et Blache pensent que la scarlatine, comme la plupart des maladies contagieuses, n'a aucune préférence de cette espèce. Jus. Frank assure que jusqu'à l'âge de vingt ans les deux sexes sont également exposés, mais qu'après cet âge les femmes le sont plus que les hommes , surtout celles qui sont délicates et qui sont en couches.
Maladies antérieures. — MM. Riiliet et Barthez ont compté 33 scarlatines secondaires contre 52 scarlatines primitives, et jamais ils n'ont vu telle maladie plutôt que telle autre être suivie de scarlatine.
Causes déterminantes. — Contagion. — Malgré les dénégations de Dewies , de Reich , de Goede , de Tortual, la nature conlagieuse de la scarlatine est admise par la presque totahté des pathologistes. «Scarlatina, dit Borsieri, oritur a miasmate exte- «liore, quod in aerevolitat, aut contagione et con- «tactu suscipitur.»
«A quelle époque, se demandent MM. Guersant et Blache, la contagion est-elle le plus à craindre, et jusqu'à quelle époque la maladie est-elle susceptible de communication ? C'est ce qu'on ne sait point d'une manière positive; toutefois nous croyons que la propriété contagieuse de la scarlatine n'est pas toujours éteinte après plus d'un mois.»
La contagion par infection s'opère aii moyen du contact immédiat ou médiat ; quelquefois elle est transmise par une tierce personne qui elle-même n'est point affectée.
Il est douteux que la scarlatine soit contagieuse par inoculation, malgré les assertions de MM. Miquel d'Amboise et Mandt.
Épidémie. — La scarlatine est sporadique ou épidémique; le miasme qui détermine son développement nous est complètement inconnu.
Les épidémies scarlatineuses se montrent dans toutes les saisons, cependant elles se manifestent plus fréquemment au priiiteuïps et pendant l'été.
Le génie épidémique imprime souvent à la maladie un caractère particulier qu'elle conserve pendant
toute la durée de son règne; telle épidémie est trîîsbénigne, telle autre est meurtrière; dans celle-ci c'est l'angine qui prédomine, dans celle-là c'est l'exanthème ; ici ce sont les symptômes gastriques et intestinaux qui présentent le plus d'intensité, lace sont les symptômes cérébraux, etc.
Traitement. — Prophylaxie. — La belladone a été préconisée comme un préservatif spécifique par un grand nombre d'observateurs, et spécialement par iMasius [HufeJand's journal, n° de mai 1813), Berndt, ( ihid. n» d'août 1820) Muhrbeck {ibid., n" de février 1821), Méglin {Journ. de méd., n° de novembre 1821), Dusterberg ( Hu/e^ land's journ.y n** d'octobre 1822), Behr {ibid., n° n'août 1823. — Voy. Notice sur l'emploi de la belladone contre la scarlatine , par Ern. Martini; in ydlrch. gén. de méd., t. v, p. 264, 1824), MM. Lemercier, Godelle ( 7?e('Me médicale, t. li, p. 366; 1843), etc.
Il résulterait des chiffres produits par Schenck (Hufeland's journal , n° de mai 1812), Berndt (loc. cit.) etHillenkamp {Ârch. gén. de méd.^ t. i, p. 4251; 1833), que sur 840 individus ayant pris de la belladone pendant diverses épidémies scarlatineuses 22 seulement ont été atteints.
D'un autre côté, l'efficacité préservatrice de la belladone a été niée par Jos. Frank, Wagner [Horns, Arch., n^'de mars et avril 1824), Lehmann {Jrch, gén. de méd., t. xvi, p. 136; 1828), Kreysig, Puchelt, Wildberg et beaucoup d'autres observateurs d'un grand mérite (voy. Jos. Frank, édit. de VEnc/clop.des se. méd.; t. ii, p. 128 etsuiv.; Paris, 1837).
Il est difficile de se prononcer entre ces opinions contradictoires qui toutes ont la prétention de s'appuyer sur des faits décisifs, et l'on doit désirer avec MM. Guersant et Blache, Riiliet et Barthez, que la question soit soumise à l'épreuve de nouvelles expériences. Cependant, si l'on réfléchit que la réputation delà belladone a eu pour point de départ les rêveries homœopathiques et l'expérimentation absurde ou mensongère de Hahnemann, on est irrésistiblement porté à partager l'incrédulité si sagement motivée de Jos. Frank.
Voici les différentes formules d'après lesquelles la belladone a été administrée : R. extr. de belladone, 0,1 5 ; eau distillée, 30 ; esprit-de-vin rectifié, 1 . Deux fois par jour, autant de gouttes que le sujet a d'années (Hufeland). R. extr. de belladone, 0,05; eau de canelle, 15. Aux enfants d'un an, 2 à 3 gouttes matin et .soir; 1 goutte de plus par chaque année (Berndt). R. extr. de belladone, 0,05; eau de fleurs d'oranger, 120; esprit-de-vin rectifié, 4; sirop simple, 15. D'une demi-cuillcréc à Ihé à une cuilerée matin etsoir (Pitschafl, Gumpert).
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On a encore vanté l'eau de goudron, le souFi e doré d'antimoine et le calorael {ffufeland's journal , t. XVI, p. 175. — Journal de Boyer , Gorvisart et Leroux , t. xxi, p. 1 52 ; 1311 ), les acides minéraux, soit à l'extérieur, soit à l'intérieur sous forme de gargarisme (Sims, Neumann, M. Godelle), les fumigations d'acide murialique , nitrique, d'acide pyroligneux, etc. etc. L'action de ces prétendus préservatifs est encore plus problématique que celle de la belladone.
Après Frilze et Lehmann , M. Miquel d'Amboise (Acad. roy. de méd., séance du 7 octobre 1834) dit avoir prévenu le développement de la scarlatine au moyen de l'inoculation pratiquée avec le liquide puisé, à l'aide d'une lancette, sur les plaques scarlatineuses en état d'efflorescencc ; cette assertion a besoin d'être vérifiée.
• En résumé, il faut dire avec Jos. Frank que, dans Tétat actuel de la science, l'éloignement est le moyen le plus sur d'échapper à la scarlatine.
Traitement curntif. — Scarlatine simple , bénigne, régulière. — « Personne ne meurt de la scarlatine, si ce n'est par les soins du médecin, » a dit Sydenham; et Jos. Frank déclare que si l'on veut traiter heureusement la maladie, il faut la confier à la nature. Ces propositions sont, en effet, très-justes, si on les applique à la scarlatine simple.
Une opinion encore très-répandue prescrit d'abreuver les malades de boissons chaudes, diaphorétiques, sudorifiques; Sydenham, Zimmermann, Gullen, Quarin, Boehm, Jos. Frank, se sont élevés avec raison contre elle.» Un ancien préjugé, dit M. Mondière (/oc. cit. y p. 191 et suiv.), veut que Ton écrase de lourdes couvertures, et que l'on gorge de boissons chaudes tous les scarlatineux; j'ai vu bien des fois cette mauvaise routine augmenter la fièvre et rendre plus intense une soif déjà insupportable; plusieurs fois aussi j'ai vu s'aggraver des symptômes cérébraux qui se seraient bien certainement dissipés sans médication active. »
Le malade sera placé dans une chambre dont la température sera maintenue à 14^ R.; il ne sera que modérément couvert; on lui donnera, à sa soif, des boissons acidulés au degré de la température ambiante, ou même froides (Bateman); on le soumettra à une diète complète, et l'on se contentera de surveiller la marche de la maladie, afin de prévenir ou de combattre les complications. S'il existe de la constipation , on la combattra par des lavements ou quelques laxatifs doux ; si l'angine est intense, on prescrira un gargarisme émollient. Tels sont les seuls soins que réclame la scarlatine simple.
Un précepte important, qu'il faut suivre rigoureusement pendant toute la durée de la maladie et longtemps encore après sa disparition, veut que l'on
mette les malades à l'abri des courants d'air, du froid, de l'humidité, des brusques alternatives de température, des causes, en un mot, que nous avons vues produire souvent l'anasarque après la scarlatine la plus simple et la plus régulière. Borsieri, yieusseux, Mégiin , ont insisté avec raison sur ce point.
«Nihil vero perniciosius est, dit Borsieri, purpura «scarlatina laborantibus, quam ea praesente corpus adetegere, aut e lecto surgere, et diu extra morari, «aut in caute aeri paullo frigidiori sese exponere.»
Yieusseux impose des précautions exagérées peutêtre, mais d'une trop grande importance pratique pour que nous ne les reproduisions pas ici.
« Les moyens de prévenir l'anasarque sont de tenir le malade au lit à un degré de chaleur modérée pendant la durée de la maladie, et dans la chambre quand elle est finie. Le terme de la réclusion des malades dépend de la saison , de la durée de la maladie et surtout de la durée de la desquamation. Dans les temps froids ou seulement frais, on ne doit pas permettre de sortir avant six semaines à compter depuis la fin de la fièvre. Les premières sorties doivent se borner à de courtes promenades pendant le temps chaud du jour, en évitant les endroits froids ou frais exposés au vent. En hiver, il faut non-seulement garder la chambre pendant six semaines, mais même ne point passer dans une chambre plus froide. On a vu l'anasarque survenir parce que des enfants s'étaient tenus un peu longtemps auprès d'une fenêtre fermée où l'air était plus froid que dans le reste de la chambre» {loc. cit., p. 7, 22-24).
Mégiin reproduit ces préceptes dont il a maintes fois constaté l'exactitude ; il ajoute que l'impression d'un air très-chaud produit quelquefois l'anasarque aussi bien que celle d'un air froid. «Je me rappelle*, dit-il, avoir vu des enfants tomber dans l'anasarque pour être sortis contre mes ordres dans la quatrième semaine après la scarlatine, pendant les chaleurs brûlantes du mois d'aoîit))(/oc. cit., p. 36).
Scarlatine maligne, graine, anomale. — Différentes médications ont été proposées contre la scarlatine grave : nous allons les apprécier successivement en laissant de côté une foule de médicaments dont rien ne justifie l'emploi, et dont on trouvera la fastidieuse énumération dans Frank et dans Naumann.
Les émissions de sang ont été préconisées par Andrew Dewar, comme devant être employées dans tous les cas de scarlatine au moment de l'éruption (saignée de 500 grammes), et ce médecin assure que pendant une épidémie très-meurtrière il ne perdit que 3 malades sur 1 83 , grâce à l'emploi de cette médication {The Edinb. med. and surg, journ., t. xLiv, p. 56. — Arch.génér. de méd., t. x, p. 240; 1836). D'autres praticiens rejettent, au con-
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traire , d'une manière absolue les saignées, soit générales, soit locales (GIark,Wilhering). Il faut se garder également de. l'une et de l'autre de ces opinions extrêmes et systématiques.
Lorsque la fièvre est modérée, la respiration libre, que les accidents cérébraux sont légers ou nuls , que réruption suit une marche régulière , qu'aucune complication n'est imminente, les émissions de sang ont pour effet de déranger la marche naturelle de la maladie, et de prédisposer le malade à des complications. Dans les circonstances opposées, il est presque toujours utile, au contraire, de pratiquer une ou plusieurs saignées générales ou locales, suivant l'âge, la force des sujets, la gravité des accidents, etc.
Plenciz, Borsieri, Vogel, P. Frank, Kreysig, MM. Mondière,RiUiet et Barthez, CazenaveetSchedel, Guersant et Blache , Senn et une foule d'autres observateurs distingués, ont constaté les avantages des émissions de sang dans la forme inflammatoire de la scarlatine; mais ils recommandent, avec raison, de n'y avoir recours que dans les cas où la force et la fréquence du pouls, la température du corps, indiquent clairement l'existence d'une réaction générale vive. Il ne faut pas, en effet, confondre avec la forme inflammatoire \^ forme adynamiquey car dans cette dernière les saignées augmentent la prostration et précipitent la marche funeste de la maladie.
Les affusions froides ont été mises en usage par Gurrie ( Médical reports on thc effects of watcr cold and warm as a rcmedy infecter and other diseases ; Liverpool, t. i, p. 31, t. ii, p. 122; 1814), et après lui par Gregory, Reid {Médical and phfsical journ., t. ix, p. 27), Kolbany {Beobachtungen iXbcr den Nutzen des lauen und kalten fVaschens im Scliarlaclifieber ; Presburg, 1808), Nasse {Hufeland's journ., n" d'octobre 1811), Pfeufer, Harder, Henke, Giannini,et beaucoup d'autres praticiens anglais et allemands.
Gœden,Lodge, veulent quon ait recours aux affusions froides dans tous les cas; Gurrie les employait même comme moyen prophylactique.
« L'efficacité constante et l'innocuité de l'eau froide dans la scarlatine ont été constatées pendant vingt années d'une manière très-manileste, dit Bateman. 11 est très-malheureux que quelques praticiens veuillent encore s'obstiner à regarder celte pratique comme un essai, et qu'ils répèlent toujours ces ridicules hypothèses sur la répercussion de la matière morbide... Quant à moi, j'ai employé constamment cette pratique dans la scarlatine; j'ai suivi les principes thérapeutiques établis par le docleur Gurrie; je n'ai été témoin d'aucun inconvénient, et bien loin de retirer de cette pratique de mauvais effets, je lui
ai toujours vu produire une efficacité si grande i\\\ aucun autre remède ne pouvait lui être cornparé » ( Bateman , loc. cit., p. 118,119).
Pendant son séjour à Grœfenberg et à Freiwaldau, M. Schedel a vu traiter des cas assez nombreux de scarlatine par l'hydrothérapie, et il assure que cetle médication facilite l'éruplion, modère les accidents nerveux et la fièvre ; tous les malades ont guéri et pas un seul n'a été atteint d'anasarque. «En comparant le traitement hydrolhérapique de la scarlatine et de la rougeole à celui qui est généralement adopté, il est impossible, dit M. Schedel, de ne pas être frappé des avantages que présente le i^remier n{ Examen clini(pie de ilijrdrothérapie^ p. 160-180; Paris, 1845).
Sur plus de 300 malades traités au moyen des affusions froides par Gurrie, Kolbany, Nasse, Petz, etc., pas un seul n'a succombé.
Bien que Bateman assure que dans la scarlatine la plus bénigne on retire beaucoup d'avantages du soin de laver les mains et les bras ou la face et le cou, nous pensons que dans la scarlatine simple, régulière, bénigne, il n'est pas sinon utile, du moins, nécessaire d'avoir recours aux affusions froides ; mais nous croyons, au contraire, avec Henke, Biett, MM. Rilliet et Barthez, Guersant et Blache, Schedel, que l'eau froide intra et extra est de beaucoup préférable aux émissions de sang dans la forme inflammatoire, et qu'elle constitue le seul remède vraiment efficace dans la forme adynamique , lorsque le pouls est petit, que des symptômes cérébraux, caractérisés par de l'agitation alternant avec de l'assoupissement, se montrent dès le début, tandis que l'exanthème est partiel, pâle, fugace. C'est dans les cas de ce genre qu'on voit, dans l'espace de quelques minutes, le pouls diminuer de fréquence, la soif s'affaiblir, la langue s'humecter, une transpiration générale s'établir, la peau devenir douce et moi le, les yeux se ranimer, et ces signes manifestes d'amélioration être suivis de calme et d'un sommeil réparateur (Bateman, loc. cit.., p. 118).
Il est bien regrettable que des craintes préconçues aient empêché, jusqu'à présent, les médecins français de soumettre à une expérimentation large et régulière la médication proposée par Gurrie, et employée avec succès par tant de praticiens étrangers.
L'eau froide a été employée de différentes manières. Gurrie plaçait le malade dans une baignoire et versait sur lui cinq ou six seaux d'eau froide; Nasse, Pelz, Belitz {Gaz. méd., p. 7^2 ; 1834), pratiquent de simples lotions d'eau froide pure ou vinaigrée; Horn place le malade dans un bain tiède, tandis que de l'eau froide est versée sur la tèle.
Il ne faut pas oublier que la sédalion produite par le froid n'a souvent que quelques heuies de durée et
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qu'il faut reaouveler les affusions toutes les fois que les accidents se reproduisent, sous peine de rendre la médication inefficace ou même dang^ereuse.
Sudorifiques. — Nous nous sommes prononcés contre les sudorifiques envisagés au point de vue d'une méthode générale de traitement; nous les repoussons également dans les cas où ils ne sont destinés qu'à activer ou qu'à rappeler l'éruption. Ainsi queTélablit avec raison M. Trousseau (voy. Rougeole), les excitants locaux, dans les cas de ce genre, sont bien préférables aux excitants généraux; aux boissons chaudes, à l'acétate d'ammoniaque, nous substituons les rubéfiants promenés sur toute la surface du corps (Ghomel) , les bains de vapeur, l'urticatioa (Trousseau) , et surtout l'eau froide, qui , suivant la remarque de Bateman , est en même temps un fébrifuge , un sudorifique et un calmant.
Purgatifs et vomitifs. — Stieglitz, Fodéré, Stoll, Tissot, veulent que l'on administre l'émétique dès Je début de la maladie , et qu'ensuite on prescrive, pendant trois ou quatre jours, des purgatifs doux, de manière à provoquer 3 ou 4 selles dans les vingtquatre heures. Les médecins anglais et américains préconisent le calomel seul ou associé à la rhubarbe, au jalap; et Henke donne aux enfants âgés de moins de dix ans 10 à 15 centigrammes de calomel deux ou trois fois par jour. Hamilton, Binns, Bateman, assurent que les purgatifs modèrent l'angine, régularisent l'éruption et préviennent la diarrhée. M. Guéretin a toujours vu les vomitifs fatiguer les malades et hâter leur affaissement; il pense, au contraire, avec M.Bretonneau, que les purgatifs à doses fractionnées, administrés pendant toute la durée de la période fébrile (calomel, 10 centigrammes; jalap, 15 à 25 cengiammes; 3, 4 ou 5 fois par jour), constituent la thérapeutique la plus efficace de la scarlatine maligne {loc. cit., p. 300).
La médication purgative n'est point dangereuse, ainsi que l'ont pensé quelques auteurs ; mais elle ne paraît être réellement utile que lorsque la scarlatine est accompagnée d'un état saburral des premières voies, d'embarras gastrique, d'une constipation opiniâtre: eu dehors de ces circonstances, il faut se contenter d'entretenir la liberté du ventre. Dans certaines épidémies, les purgatifs ont néanmoins été employés avec grand succès comme médication générale (Bretonneau, Guéretin).
Stimulants. — Le quinquina , les acides minéraux , le cainphn;, le nmsc, le chlore , le carbonate d'anmioniaque (Journ. des conn. méd.-c/iirurg., jiuméro de juillet, p. 32 ; 1 843) , ont été préconisés contre la forme adynamique , contre la scarlatine accompagnée de symptômes cérébraux graves, et ces médiiramentssont , en effet, quelqueiois utiles; mais souvent ils sont inefficarcs: PIcuciz cl Stieglitz pré-
tendent même qu'ils sont le plus ordinairement nuisibles (Naumann, loc. cit., p. 873). Nous croyons qu'on doit leur préférer les affusions froides.
Scarlatine compliquée. — Angine. — Lorsque l'angine est modérée , on doit se contenter de prescrire des gargarismes émollients {eau d'orge miellée) ou légèrement astringents [décoction de pointes de ronces miellée; eau d'orge aiguisée de sirop de mûres)', lorsqu'elle est très-intense, accompagnée d'une vivephlogose du pharynx > d'une tuméfaction considérable des amygdales, des ganglions sousmaxillaires, d'une grande gêne de la respiration, une saignée générale ou des sangsues appHquées autour du cou, derrière les apophyses mastoides, amènent souvent un soulagement notable. MM. Rillietet Barthez veulent qu'on applique de 8 à 12 sangsues chez un enfant de sept à quinze ans , et qu'on laisse couler les piqûres pendant quatre à cinq heures : «Si le malade, disent-ils, n'a pas assez de force pour supporter cette émission sanguine, il vaut mieux s'en abstenir, car les annélides appliquées en nombre insuffisant peuvent augmenter les accidents locaux.» M. Mondière faisait plusieurs applications successives de 2 à 4 sangsues chacune, de manière à entretenir un écoulement sanguin continu.
Avant de recourir aux émissions de sang , il faut examiner avec soin si elles ne sont pas contre-indiquées par -l'état des forces et du pouls.
Lorsque des pseudo-membranes se montrent dans le pharynx, la plupart des pathologistes recommandent de cautériser immédiatement les parties phlogosées avec un pinceau trempé dans de l'acide hydrochlorique ou une solution de nitrate d'argent. M. Mondière cherchait à obtenir une cautérisation plus profonde en portant sur ces organes l'extrémité d'un petit rouleau de papier résistant, trempé dans de l'eau et roulé dans du nitrate d'argent réduit eh poudre.
M. Guéretin, dans l'épidémie qu'il a observée, renonça entièrement aux cautérisations après avoir constaté qu'elles ne faisaient qu'entretenir la phlogose de la gorge , augmenter la fétidité de l'haleine et le gonflement ganglionnaire du cou. « J'en étais venu, dit ce médecin, à ne m'occuper de la gorge que très-secondairement, même quand le pharynx, les piliers, etc., étaient tapissés partout de pseudomembranes. Je me bornais à des gargarismes émollients ou légèrement astringents. J'y joignais comme moyens détersifs et résolutifs un gargarisme alumine (4 à 6 grara. d'alun dans 2 1 0 gram. de liquide 5 ou 6 fois par jour), et plus rarement quelques insufflations d'alun de roche porphyrisé» {loc. cit., p. 301).
M. Brctonneau fait souvent usage du gargarisme .suivant : R. eau, 120 gram.; alcool, 15 gram.; vi-
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Daigre, 8 grammes; acétate de plomb, 50 centigr.
Lorsque l'angine revêt le caractère gangreneux, les auteurs conseillent les gargarismes toniques et détersifs (R. décocl. de quinquina, 500 gram.; acide hydrochlorique étendu, 120 centigr.; miel rosat, 30 gram. — R. décoct. de quinq. , 50 gram.; alcool camphré, 15 gram.; solution de chlorure d oxyde de sodium , 40 gram.), et Wendt veut que Ton donne en même temps à l'intérieur la serpentaire de Virginie (R. racine de serpentaire, 4 k 8 gram.; eau bouillante, 180 gram. Faites infuser pendant une demi-heure et ajoutez à la colature : eau de canelle simple, sirop de fleurs d'oranger , .Ta 15 gram.) , et le camphre ( R. camphre pulvérisé , 2 à 5 centigr.; poudre de gomme , sucre blanc, âa 30 centigr. Une poudre toutes les deux heures).
Accidents cérébraux. — Si l'on se rappelle que les accidents cérébraux ne sont presque jamais produits par la phlegmasie du cerveau ou de ses membranes , on comprendra l'inefficacité des émissions sanguines générales ou locales.w Les sangsues appliquées au cou ou derrière les oreilles pour combattre les symptômes cérébraux, n'ont jamais eu d'effet marqué, dit M. Guéretin , et parfois elles ont amené une prostration rapide et inquiétante.» Les révulsifs sur le canal intestinal et sur la peau sont pliis efficaces; cependant il faut se défier des vésicatoires dont la surface devient souvent pseudomembraneuse et gangreneuse (Guéretin).
Les aff usions froides constituent certainement la meilleure médication, surtout lorsque les accidents cérébraux se montrent dès le début, et accompagnent la forme ataxique.
La diarrhée cède très-souvent à l'administration d'un purgatif salin. Les vomissements sont ordinairement rebelles et résistent à l'opium, à l'éther, aux sangsues placées à Tépigastre; quelquefois ils sont calmés par les boissons froides. V anasarque est souvent combattu avec avantage par les émissions de sang {forme aiguc)^ les purgatifs et les diurétiques (voy. A?iASAKQLE , Reins (Malad. des), Maladie de liright).
Nature et siège. — Classification. — H serait futile de reproduire toutes les hypothèses, toutes les théories absurdes qui ont été émises relativement à la nature de la scarlatine (voy. Naumaun, loc. cit.^ p. 794 et sui V. — Jos. Frank, loc. cit., p. 1 1 3 et .suiv.); rappelons beuleinent que Sydenham rapportait la maladie à une effervescence du sang ; IVIorton à une fièvre inflammatoire générale ; que Wendt , Pfeufer, GôJen, Pitschaft, Fuchs, Pincl, la considèrent comme une phlegmasie culan<;e analogue à celle qui constitue l'érysipèle; que Sundelin la rattache à une lésion du système nerveux.
Tout le monde s'accorde, aujourd'hui, à recon-
I naître que la scarlatine est une maladie générale, une pyrexie, dont la cause prochaine nous est encore entièrement inconnue.
Historique et bibliographie. — Il est impossible de décider, avec certitude, si certains passages des médecins grecs se rapportent à la scarlatine, et l'on s'accorde à considérer Ingrassias comme le premier auteur qui ait clairement indiqué cette maladie ( de Tumoribus prœter naturam, tract. i,cap. l;Naples, 1552).
Sennerta énuméré les principaux symptômes de la scarlatine; les taches exanthématiques larges et foncées; la desquamation sous forme de squames ; l'angine, le délire, la tuméfaction des pieds, et des mains; la maladie est grave , dit-il, et souvent funeste (Med. pract. , Wittemberg, t. ii,cap. 12; 1654).
Morton confondit la rougeole et la scarlatine, qui, pour lui, n'étaient que deux degrés de la même maladie ( 0/>er. med., t. \\de Febrib. inflam., cap. 111); mais la distinc lion fut définitivement établie par Fr. Hoffmann {de Febrib., sect. i, cap. 8, § ni), de Haen {Rat. medendi, part, i, cap. 7), Juncker, Vogel , etc.
Sydenham a décrit des épidémies scarlatineuses très-bénignes qui régnèrent à Londres de 1661 à 1675 {Oper., secf. 6, cap. 2).
Borsieri a donné de la scarlatine une description aussi exacte que complète, à laquelle les auteurs les plus récents ont fait de nombreux emprunts (//i5^/7«t. med. pract., in-12, t. m, p. 55; Venetiis, 1817).
Nous ne voulons pas énumérer toutes les monographies qui ont été publiées sur la scarlatine depuis le commencement du xvin'^ siècle ; on en trouvera la longue liste dans Jos. Frank; nous indiquerons néanmoins, comme devant être spécialement consultés, les excellents travaux de Storch {Prakt. und theoret. Tractât von Scharlachfieber ; Gotha, 1 742), de V\twQM{Tractatus de scarlatina, in Op. ph/s. mc^/.; Vienne, 1762), de Kreyssig (^/;/mriiinng iihcr den ScharlacJiJleber ; Leipzig, 1802), de Siieglitz (^e/-.yMC'/t einer Prtifnng und Verbcsserung der jetz gewôhnllchcn Behandlung des Scharlachs ; Hanovre, 1807), de Pfeufer {Der Scharlach,elc.; Wiirzburg, 1819), et de Gôden {Fan dem pycscn des ScharlachJ.; Berlin, 1822).
ià\\n{llufeland's journ., 1829, st. 1 1, p. 85; s-t. 1 2 , p. 19. — Journ. compléni. des se. médic., t. XXXVI , p. 387 ; t. xxxvu , p. 149) a décrit toutes les variétés de l'éruption et de la desquamation scarlatineuses. Nous avons fait Av. nombreux emprunts.^ son travail, ainsi qu'au mémoire de M. Alondièrc {lievuc médicale, {. i, p. 191 ;I811), ctà l'excellent article de MM. Rillictct Baithez {Traité clin, et pral. des mal. des enfants, t. n, p. 5C7; Paris, 1813).
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L'angine scarlatineuse a été particulièrement étudiée par Brunning {Hist.jebr. scarlalino miliaris anginosœ ; Wesel, 1 792), Withering (^ccoim^ of the scarlatiiiajever and sore t/troat;hond.^ 1 779), Huxham [Nouvel essai sur les différ. espèces de fièvres; Paris, 1784), Sims {On the scarlatina anginosa, in Mem, oj the med. Soc. ofLondon^ 1. 1), Trousseau ( Mém. sur une épidémie d'angine couenneuse scarlatineuse, in Arch. gén. de méd.f 1829,t. XXXI, p. 541) et Guéretin ( Mém. sur une épid. d'angine scarlatineuse, in Arçh. gén. de mcW., 1842, t. XIV, p. 280).
Heister [Compend. med. pract., cap. 4, p. 82), $>\.o\\{Aph. de cognosc. et cur.feb., p. 206), Rosen {Traité des mal. des enfants, ch. 16, p. 293), Vogel {Medicinisches Handbuchj t. lu, p. 233), Borsieri, ont indiqué ïanasarque scarlatineuse; mais cette complication a été surtout étudiée par Vieusseux (^De l'Anasarque à la suite de la fièvre scarlatineuse, in Journ. de Leroux , Boyer et Gorvisart, t. m, p. 3 ; an. X) et par Méglin {Mém. sur lanasarque, à la suite de la fièvre scarl., même journal, t. xxi, p. 18; 1811).
En 1831 , Peschier constata dans l'urine d'un malade affecté d'anasarque scarlatineuse la présence de sang, d'urée et d'une quantité considérable d'albumine {Journ. de chimie méd., de pharm. et de toxicoL,t. vu, p. 410;t831);maisc'est aux Anglais et particulièrement à Hamilton ( Caz. méd., 1833, p. 810 ) qu'appartient l'honneur d'avoir nettement indiqué la cause organique la plus ordinaire de cette hydropisie (voy. Aisasarque et Reins ( Mal. des), Maladie de Bright).
SCHERLIEVO, s. m. — Voy. SYpmus.
SGIATIQUE (Névralgie).
Synonymie. — Dolor ischialicus , ischiagra , malum ischiadicum, dolor coxendicus, coxalgia, morbus coxavicus, ischias tiervosa, Gotugno; névralgie fémoro - poplitée , Ghaussier ; sciatique nerveuse.
Altérations analomiques. — Nous avons indiqué ailleurs les lésions qui ont été constatées dans quelques cas de névralgie , et nous nous sommes expliqués sur la valeur que l'on doit attribuer à ces lésions (voy. Nhyiiaixie, t. vi, p. 174); nous n'avons rien à ajouter qui soit particulier à la névralgie sciatique.
Symptômes. — Ainsi que nous l'avons fait dans l'étude des différentes névralgies, à l'exemple de M. Valleix, nous rappellerons brièvement la distribution anatomique des branches nerveuses dont nous devons étudier l'affection douloureuse.
Le plexus sacré communique avec le plexus lombaire par la ù^ paire lombaire et un rameau de la 4''; les branches postérieures des nerfs sacrés se portent
à la superficie du corps en sortant par les trous sacrés postérieurs pour aller se jeter dans le faisceau charnu qui recouvre la partie supérieure du sacrum , et dans les attaches postérieures du grand fessier, qu'elles traversent pour gagner la peau. «Ainsi, dit M. Valleix» dans une ligne qui, de la partie inférieure du sacrum» remonterait vers k crête iliaque en passant un peu en avant de l'épine iliaque postérieure et supérieure, il y a une série de ramifications nerveuses dues à l'épanouissement des branches postérieures des nerfs sacrés. »
Les nerfs fessiers supérieur et inférieur, sortant du bassin par l'échancrure sciatique , l'un au-dessus, l'autre au-dessous du muscle pyramidal , deviennent superficiels au milieu d'une ligne qui se porterait de l'épine iliaque postérieure et supérieure vers le grand trochanter. Le fessier supérieur se perd dans les muscles moyen et petit fessiers; le fessier inférieur fournit : 1** des rameaux ascendants , qui se portent jusque dans les attaches du muscle grand fessier vers la crête iliaque : 2** le rameau crural, dont la distribution est suffisamment connue, et qui fournit un grand nombre de filets cutanés.
Le nerf sciatique, arpès avoir parcouru la cuisse, vient se placer dans le jarret, entre le biceps et le demi-tendineux; à deux ou trois travers de doigt au-dessus du genou, il se divise en deux branches: 1° le nerf sciatique poplité externe ou péronier, 2° le nerf sciatique poplité interne ou tibial. La première branche contourne le col du péroné et se divise en nerf musculo-cutané, qui donne de nombreux rameaux au dos du pied , et en nerf tibial antérieur ou interosseux. La seconde branche est superficielle sur le côté interne du tendon d'Achille et derrière la malléole interne, où elle se divise eu nerfs plantaire interne et plantaire externe.
Il résulte de cette disposition anatomique que Ton peut établir, pour l'étude de la névralgie sciatique, plusieurs points douloureux (voy. Névralgie, loc. cit.., p. 176, 177) qui sont les suivants : l**jua point lombaire; 2*^ un point sacro-iliaque siégeant un peu au devant de l'épine iliaque postérieure et supérieure; 3^ un point iliaque placé vers le milieu de la crête de l'os des iles; 4** un point fessier situé au sommet de l'échancrure sciatique; 5"" un point trochautérien ; 6"* trois points fémoraux , supérieur, moyen et inférieur ; 7® un point poplité; 8*^ un point rolulien ; 9° un point péronéotibial; 10" un point péronier; 11** un point malléolairc; 12" un point dorsal du pied (Valleix, Traité des névralgies, p. 491-497; Paris, 1841).
Douleur. — Elle est spontanée ou provoquée; la première est continue ou intermittente (voy. le Cornpendiumdeméd., loc. cit., ^. 175).
Douleur spontanée continue. — Sourde , con-
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tusive, très -incommode, elle se fait sentir dans toute la direction des branches nerveuses, mais elle est plus intense dans les points que nous avons énumérés. Sans jamais disparaître complètement, elle varie d'intensité et présente des exacerbalions ; en général , elle est en raison directe de la violence des élancements.
Douleur spontanée intermittente ; élance^ ments , picotements. — M. Valleix, ayant fait le relevé d'un grand nombre d'observations rapportées par différents auteurs, a constaté que l'existence d'élancements n'a été notée que 36 fois sur 89 cas; mais il l'a rencontrée 32 fois sur 35 malades observés par lui et par M. Louis.
Les élancements ne se montrent que rarement dès le début (4 fois sur 15) ; ils apparaissent vers le milieu du cours de la maladie, et se font souvent encore sentir lorsque déjà la douleur spontanée continue et la douleur provoquée sont devenues presque nulles (8 sur 15).
Le point de départ des élancements est toujours dans un ou dans plusieurs des points indiques plus haut ; jamais dans les intervalles qui séparent ceux-ci.
Les élancements restent quelquefois concentrés dans les points où ils ont pris naissance, mais le plus ordinairement ils se propagent suivant la direction des branches nerveuses, dans une étendue plus ou moins considérable.
Les élancements fixes commencent par une douleur légère qui augmente rapidement, et cesse tout à coup lorsqu'elle est devenue très-vive.
Le sens de propagation des élancements n'est point toujours le même. «In coxa nalum antea dolorem «sensim saepe vidi ad pedem descendisse , vel in pede « natum peti visse coxam » , a dit Cotugno(c/c Iscliiadc neruosa commentarius ; Wenne ., p. 53; 1770).
Trente-deux faits ont fourni à cet égard les chiffres suivants à M. Valleix ;
Élancements marchant de haut en bas, ou névralgie descendante 16
Élancements fixes et disséminés 11
Élancements tantôt ascendants, tantôt descendants 3
Élancements ascendants et descendants 2
L'étendue des élancements est variable: 4 fois sur 36, elle comprenait l'espace compris entre l'épine iliaque postérieure et supérieure et le grand trochanter; 5 fois elle allait de la hanche au genou ; 2 fois les élancements ne se faisaient sentir que le long du bord postérieur du péroné et vers la malléole externe. Dans tous les autres cas, la totalité des nerfs était envahie.
Ainsi , dit M. Valleix , la névralgie sciatique
affecte , dans la majorité des casL, toute l'étendue du nerf, mais elle peut aussi être limitée à une trèspetite partie de son trajet , et ce qu'il y a de remarquable , c'est qu'il n'existe pas de rapport constant entre l'étendue de la douleur et la violence de la maladie. Sur 4 cas de névralgie très-violente , 2 fois la douleur était bornée à la hanche et 2 fois aux environs de la malléole; dans plusieurs cas de névralgie, elle partait , au contraire, des lombes pour se rendre aux orteils (Valleix, /o<?. cit., p. 531).
Les élancements et les exacerbations de la douleur continue se reproduisent par intervalles plus ou moins éloignés, sans toutefois que l'intermittence soit jamais complète; plusieurs accès peuvent avoir lieu dans une minute ; leur fréquence et leur intensité sont en rapport avec la violence de la maladie ; ils sont toujours plus rapprochés et plus douloureux pendant la nuit , suivant Cotugoo. Mais M. Valleix n'a point confirmé l'exactitude de cette assertion , car chez 1 7 malades sur 35 , les douleurs ont été à peu près aussi fortes le jour que la nuit (loc cit., p. 526); quelquefois les accès sont provoqués par la chaleur du lit (1 5 fois sur 89) (voy. le Compendiuni de méd. , loc cit. , p. 175 et suiv.).
Sur 91 cis, M. Valleix a trouvé des douleurs très-vives, 39 fois; des douleurs d'intensité moyenne, 43 fois, et des douleurs faibles, 7 fois. Ollivier (d'Angers) a vu un malade chez lequel l'acuité des douleurs était portée à un tel degré, qu'il fallut prendre des précautions pour prévenir un suicide [Dict. de méd., t. xxviii, p. 186).
La douleur n'occupe pas avec une fréquence et une intensité égales les différents points que nous avons indiqués. Sur 36 cas ,
hç. point lombaire a été douloureux 10 fois.
Le point sacro-iliaque , 35 fois; il constitue par conséquent un symptôme presque constant et fort précieux pour le diagnostic ; son étendue varie en hauteur de 1 à 8 centim., tandis que sa largeur n'est guère que de 1 centimètre.
Le point iliaque, 8 fois; son étendue est de 1 à 6 centim. en largeur, et de 1 à 3 centim. en hauteur.
Le point fessier, 1 0 fois ; il a de 1 à 6 centim. de largeur, et de 2 à 6 centim. de hauteur.
Le point trochantérien , 26 fois; il a de 2 à 8 centim. de hauteur et de largeur.
Les points fémoraux sont ordinairement peu distincts; 30 fois la douleur a existé dans (ouïe la longueur de la cuisse, mais 6 fois elle était beaucoup plus vive dans les trois points fémoraux ; 4 fois elle ne s'est fait .sentir que dans ces derniers. La hauteur des points fémoraux est de 6 à 9 centim. ; la largeur est pou considérable.
Au genou , une douleur générale s'est fait sentir
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1 7 fois sur 36, mais elle était beaucoup plus vive vers la partie externe du jarret {point poplilé)^ la tête du péroné ( point péronéo-tibial) et le bord externe de la rotule [point rotidien)-, chez 9 sujets, la douleur n'existait que dans ces points.
A la jambe, on a constaté 28 fois sur 36 une douleur plus ou moins vive, le long du bord postérieur du péroné ; 9 fois cette douleur était beaucoup plus vive à la partie moyenne du péroné et à sa partie inférieure, un peu au-dessus de la malléole. Ces points avaient de 2 à 8 centimètres de hauteur et 5 millimètres à 1 centimètre de largeur.
Une douleur bien distincte s'est fait sentir 15 fois dans le mollet, au niveau de la cloison fibreuse qui sépare les muscles jumeaux ; elle avait de 2 à 9 centimètres de diamètre.
La douleur s'est montré 5 fois le long de la crête du tibia, un peu en dehors.
Le pied a été envahi 25 fois ; la douleur a été générale 8 fois, mais avec prédominance du point malléolaire^ 7 fois ; 1 7 fois la douleur n'a occupé que ce point ou le dos du pied et des orteils {point dorsal). Ces divers points ont une hauteur de 2 à 8 centimètres et une largeur beaucoup moindre (Val- Jeix, loc. cit., p. 504-517).
TroisfoisM.Valleixa constaté dans la plante du pied une douleur diffuse qui a été fréquemment observée par M. Martinet {du Trait, de la sciatique et de quelq. nêi^ralg. par l'huile de térébenthine ; Paris, 1829).
La douleur est quelquefois accompagnée d'une sensation de froid , d'un frisson partiel, ou bien , au contraire, d'une sensation de chaleur brûlante ; quelques malades éprouvent de la démangeaison. Parfois, au moment des paroxysmes, le membre est affecté de tremblements, de crampes, de contractions trèsdouloureuses ( 7 fois sur 36) ; ces accident ont ordinairement lieu au sortir du bain , à l'entrée dans le lit ( Gotugno, loc. cit., p. 4 ; — Valleix, /oc, cit., p. 532 ). Ils ne se manifestent que lorsque la maladie est très-intense et parvenue à son apogée.
Douleur provoquée. — La douleur, kh pression, a existé chez tous les malades observés par M. Valleix. Si elle n'a été que rarement notée par les auteurs ( 4 fois sur 60 , Martinet), il faut l'attribuer à ce que l'attention des observateurs n'avait point été fixée sur les points douloureux névralgiques.
Tantôt une pression très-légère suffit pour déterminer une douleur très-vive, tantôt il faut appuyer avec force sur le point névralgique ; l'intensité de la douleur est d'ailleurs très-variable ( Compendium, loc. cit., p. 176).
Dans la grande majorité des cas, la douleur spontanée et la douleur prov(»q!iée occupent les mêmes
points; mais il n'en est pas toujours ainsi. Voici les résultats obtenus à cet égard par M. Valleix :
Douleur spontanée et douleur à la pression
réunies dans les mêmes points 61 fois.
Douleur à la pression, sans douleur spontanée 15
Douleur spontanée, sans douleur à la pression 13
Le mouvement ^ même le plus léger , provoque quelquefois des douleurs plus ou moins vives dans un ou plusieurs des points indiqués, et particulièrement dans les points de la hanche et de la fesse ( 19 fois sur 36). « Dans 4 cas, dit M. Valleix, les malades étaient forcés de rester constamment au lit, le membre demi-fléchi ; la moindre tentative pour étendre la jambe sur la cuisse, ou celle-ci sur le bassin, occasionnait les plus vives souffrances » ( loc. cit.^ p. 521).
La marche fait constamment naître la douleur lorsque celle-ci est produite par le mouvement au lit, mais souvent les malades peuvent exécuter de trèsgrands mouvements dans le lit sans souffrir , tandis qu'ils ne peuvent faire un pas sans éprouver immédiatement une douleur très-vive (29 fois sur 36).
La douleur se fait sentir avec le plus de violence au moment où le membre s'appuie sur le sol pour soutenir le -poids du corps ; il en résulte une claudication plus ou moins marquée.
Le décubitus sur le côté malade (10 fois sur 16), la station assise, provoquent quelquefois la douleur.
Les grandes inspirations j la toux , le rire , ïétcrnument, les efforts de défécation, font parfois naître la douleur ( 6 fois sur 36), ce qu'il faut attribuer, suivant MM. Beau et Maissiat, à la pression exercée par les viscères abdominaux sur les plexus nerveux {Rech. sur le mécanisme des mouvements respiratoires, \ii Jrch. gén. de méd., 1843, t.xiv, p. 281).
Etat du membre malade. — Cotugno a beaucoup insisté sur la demi-paralysie qui peut accompagner la névralgie sciatique et dont les signes sont l'atrophie , la faiblesse du membre , la claudication [loc. cit., p. 7 et suiv.). 11 résulte des recherches de M. Valleix l" que l'atrophie ne se montre que rarement (5 fois sur 36), qu'elle n'est pas constamment en rapport direct avec l'intensité et la durée de la maladie ; qu'elle doit être attribuée à l'inaction imposée au membre par la douleur ; qu'elle disparaît en peu de temps , sous l'influence de l'exercice ; 2" que la demi-paralysie est beaucoup plus rare que l'atrophie; qu'elle n'apparait qu'au bout de plusieurs mois ou de plusieurs au nées, lors même que la maladie est très-inlense ; qu'elle persiste quelquefois longtemps après la
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4isparition de la douleur ( Yalleix, loc. cit.^ p. 537- 539).
M. James assure que la sciatique est souvent accompagnée d'une demi-paralysie du sentiment. « On dirait que c'est aux dépens de la sensibilité générale du membre que la sensibilité du nerf s'accroît dans les points où s.'est fixée la névralgie. Cette paralysie du sentiment persiste souvent après que toute trace de douleur a disparu ( Recli. théor. et prnt. sur les névralgies et leur traitement, in Gaz. médicale, 1840, p. 711).
La névralgie sciatique n'est que rarement accompagnée de quelques troubles fonctionnels ( voy. le Compend., loc. cit., p. 1 78 ) ; les symptômes que M. Yalleix a quelquefois observés du côté de la circulation, de la respiration, des digestions et des voies urinaires, ont toujours été produits par le traitement.
Marche, durée, terminaison. — Sur 27 faits recueillis par MM. Valleix et Louis, le début de la maladie a été brusque 1 fois, rapide 11 fois, lent et graduel 15 fois. Quant au siège de la maladie et à la propagation des douleurs , voici ce qu'il résulte des recherches de M. Valleix.
Sur 103 cas, la maladie a occupé le côté gauche 46 fois, le côté droit 43 fois; elle a été double 14 fois. La prédominance en faveur du côté gauche n'est donc pas aussi marquée que l'ont prétendu la plupart des auteurs.