‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 3)Chapitre 25 sur 32 · DES CAS · texte numérisé non relu

DES CAS

Hanche.

Cuisse ou jambe , ou l'une et l'autre.

Hanche et cuisse.

Jambe.

Cuisse.

Hanche et jambe.

Cuisse.

Jambe.

Jambe.

Cuisse et hanche.

Cuisse et jambe.

Hanche.

Hanche.

Jarret.

Tous les points à la fois.

Total.

foii

Il résulte de ce tableau que, sur 3G cas, la névralgie a été

Générale d'emblée 4

Localisée dans un seul point 3

Descendante 20

Ascendante 6

Ascendante et descendante 3

— 487 SCI

Sur 33 cas suffisamment détaillés, on voit que le début a été caractérisé 21 fois par une douleur plus ou moins vive, déterminée par le mouvement et la marche; 11 fois par des élancements; 1 fois par de l'engourdissement.

Arrivée plus ou moins rapidement à son maximum d'intensité, la maladie présente des exacerba lions, des accès irréguliers, dont les causes déterminantes échappent à nos investigations. Les accès se manifestent souvent le soir ou la nuit, et ils sont d'autant plus fréquents que la température s'abaisse. Ces faits, dit M. Valleix, tendent à renverser l'opinion de Cotugno et à prouver que les exaspérations nocturnes sont dues, non à la chaleur du lit, mais à l'abaissement de la température extérieure. L'état hygrométrique de l'atmosphère, les variations barométriques, n'exercent pas une influence appréciable (Valleix, loc. cit., p. 549 et suiv.).

Sur 82 cas , 6 fois seulement les paroxysmes ont présenté une certaine régularité, et trois fois ils ont été accompagnés d'un mouvement fébrile qui a pu faire croire à l'existence d'une fièvre périodique. Cependant la guérison eut toujours lieu sans le secours du .sulfate de quinine.

On ne saurait rien établir de général quant à la durée de la maladie :, chez les ! 5 malades observés par M. Valleix , elle a varié entre seize jours et neuf mois ; chez les 21 sujets de M. Louis, entre vingt et un jours et dix-sept mois; chez les malades dont les observations ont été publiées par différents auteurs et réunis par M. Valleix , entre huit jours et six ans. Cotugno parle d'un malade chez lequel la névralgie avait trente ans d'existence (voy. pour plus de détails notre article Névralgie, t. vi , p. 1 78 et suiv.).

La terminaison ntit jamais funeste, à moins de complications. Sur 107 malades observés par différents auteurs, 78 ont été guéris, 12 soulagés, 5 étaient en voie de guérison , 12 n'avaient éprouvé aucun soulagement.

Les récidii'es se montrent environ chez le sixième des malades; leur nombre est variable : M. Valleix parle d'un individu qui en était à sa dix-huitième récidive.

Complications. — Sur les 15 .sujets observés par M. Valleix, 1 3 ont éprouvé des douleurs névralgiques dans d'autres parties du corps : 5 dans la tête , 6 dans la poitrine, 2 dans les lombes et l'abdomen.

Dans la sciatique unilatérale, les douleiiis concomitantes se .sont toujours monti ces du même roté; dans la sciatique double , elles se sont manifestées du côté le plus violemment affecté, ou indifleremment à droite ou à gauche.

Diagnostic, — Jos. Frank a établi avec soin le diapjioslic dilférenliel de la névralgie sciatique et des abcès du psoas, de la eoxaithrocace (coxaI{;ie) , de

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abcès du fascia lata, des anévrysmes de l'artère crurale [Paih. méd., édit. de VEncjclop. des sciences méd.ji. m, p. 302 etsuiv.; Paris, 1838); il faut encore distinguer la sciatiquedu rhumatisme articulaii-e et musculaire, de la paraplégie, de la névrite (voy. Valleix . loc. cit., p. 584-605'. Nous ne reviendrons pas ici sur des détails que nous avons longuement exposés en nous occupant de la névralgie considérée en général [Compcndium de méd., t. vi, p. 180 et suiv.); rappelons seulement que le début, la marche de la maladie, la nature, la diiection des douleurs, l'existence àç,?, poinls douloureux, l'absence de fièvre, de troubles fonctionnels, etc., rendent presque toujours le diagnostic très-facile.

Ce n'est que dans des cas compliqués ou exceptionnels que le praticien pourra être embarrassé, pendant quelques jours, pour décider s'il a affaire à une sciatique ou bien à un rhumatisme, à une coxalgie commençante (voy. Valleix, /oc. cit., p. 585, obs. 51; p. 591 , obs. 52). L'un de nous a observé récemment une femme chez laquelle un abcès développé dans la cloison recto-vaginale a simulé , pendant deux jours , une névralgie sciatique bornée à la hanche.

Pronostic. — «Si ou ne traite pas la maladie à son origine, dit Jos. Frank, elle devient eu quelque sorte chronique et quelquefois incurable. » Cette proposition est fort exacte : le pronostic de la sciatique n'est fâcheux qu'en prévision de la longue durée de l'affection et de ses récidives ; or, plus le traitement est tardif, plus on doit concevoir de craintes. «Presque toutes lessciatiques longues, rebelles, douloureuses, s'accompagnant de secousses dans le membre et de semi-paralysie , ont été négligées à leur début et n'ont acquis leur haut degré d'intensité qu'après un long espace de temps » (Valleix , loc. cit., p. 605).

Étiologie. — Causes prédisposantes. — ^ge. 1 24 faits réunis par M. Valleix (/oc. cit., p. 566) ont fourni les chiffres suivants :

De 17 à 20 ans, 4

60 à 70 6 Plus de 70 ans, 1

Sexe. —Sur 124 malades, on compte 72 hommes et 52 femmes. Sur 22 sujets ayant éprouvé une ou plusieurs récidives, on compte 17 hommes. Ces chiffres justifient la proposition de Jos. Frank, qui déclare que la névralgie sciatique est plus fréquente chez le sexe masculin.

En comparant l'âge et le sexe , M. Valleix a conclu que , depuis un âge inférieur à vingt ans jusqu'à

trente ans, le nombre des scialiques est supérieur chez les femmes (16 femmes contre 10 hommes); mais il reconnaît lui-même que les chiffres sur lesquels il s'appuie sont insuffisants.

L'étude de la constitution, du tempérament, Àq V habitation, ôitV alimenta lion , des saisons, etc., a fourni des résultats analogues à ceux que nous avons indiqués ailleurs (art. Névralgie, loc. cit., p. 181 et suiv.) ; nous allons reproduire les chiffres obtenus par M. Valleix.

Const. forte, robuste ,

41 fois.

Constitution : 59 faits.

Const. médiocre , Const. mauvaise,

Const. nerveuse,

Temp. nerveux,

Temp. .sanguin,

Tempérament : 35 faits. ^

ïemp. bilieux, biliososanguin ,

ïemp. nerv. bil.-sang.

\ Temp. lymphatique ,

habitation : 27 faits.

Hab. sèche, bien chauf-

fée et éclairée, Hab. humide, froide,

obscure,

Aliment, abond., saine,

Jlimentation: 21 faits.

Aliment, insuffisante,

mauvaise.

/Menstr. régulière, non

douloureu.se.

— régulière, maisdou-

loureuse,

Menstruation : 24 faits.

— irrégulière et dimi-

nuée,

— suppr. anlérieure-

ment, mais rétablie,

^ — supprimée,

Janvier,

Février,

IMars ,

Avril, mai, juin, 5cba-

Saisons : 79 faits. {

cun.

Juillet,

Août ,

Octobre,

Novembre ,

Décembre ,

Causes déterminantes. — Lefroid et \esviolences extérieures sont les seules causes dont Faction soit bien établie ; quant aux modificateurs indiqués par Jos. Frank (/oc. cit., p. 302), tels que la métastase morbilleuse , la suppression des hémorrhoïdes, des lochies, du lait, les maladies de Futérus, rien ne démontre la réalité de leur influence.

Traitement. — Le traitement de la névralgie sciatique ne diffère point, quant au fond, de celui de toutes les autres névralgies : nous ne reviendrons point , par conséquent, sur ce que nous avons dit ailleurs (Nïsvkalgu:, loc. cit., p. 182 et suiv.), et nous nous bornerons à consigner ici les quelques détails qui s'appliquent plus spécialement à la névralgie sciatique.

C'est contre la névralgie sciatique que l'huile essentielle de térébenthine a surtout été préconisée;

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cependant si l'on soumet à une analyse sévère les faits produits par M. Martinet (ouvr. cité), on n'arrive pas à des conclusions aussi favorables que celles qu'a émises cet observateur. En effet, sur 58 malades dont l'histoire a été recueillie d'une manière satisfaisante, 34 ont été guéris, 6 ont éprouvé un soulagement plus ou moins marqué, et 13 n'ont présenté aucune modification; 5 cas sont douteux. Ces résultats ne sont point extraordinaires, surtout si l'on considère : 1" que , dans les cas de guérison , l'ancienneté de la maladie n'a jamais dépassé dix-huit mois, et que plusieurs fois elle n'était que de huit ou quinze jours; 2" que 6 fois la maladie, rebelle à la térébenthine, a cédé à l'application de vésicatoires; 3° que M. Martinet n'a point pu enregistrer dans une égale proportion les faits qui sont favorables à l'action de la térébenthine et ceux qui ne le sont pas (voy. Raige- Delorme, Sur l'emploi de V huile de térébenthine dans la sciaUque, in Jrch. génér. de méd.^ t. iv, p. 400; 1824. — Valleix, ouvr. cité, p. 632-637).

Quoi qu'il en soit, la térébenthine a manifestement réussi dans plusieurs cas, et il ne faut pas négliger l'emploi de ce médicament. Voici les principales formules qui ont été mises en usage : ^ essence de térébenthine, 12 gram.; jaune d'œuf, n" 1 ; sirop de menthe, sirop de fleurs d'oranger, 64 gram.; trois cuillerées par jour. — "if huile de térébenthine, 8 gram. ; miel rosat, 128 gram. ; deux à six cuillerées par jour. — ^ huile de térébenthine, 8 gram.; jomme arab. en poudre, 48 gram.; sucre pulvérisé, 16gram.; sirop de fleurs d'oranger, 32 gram.; à prenne dans les vingt-quatre heures, en trois prises, dans du pain à chanter. — '^ huile de térébenthine, 4 gram.; magnésie calcinée, 3*'"-3; huile de menthe, gouttes VMJ ; faites des bols de la grosseur d'une noisette; en prendre 3 dans les vingt-quatre heures.

La térébenthine détermineordinairement quelques troubles fonctionnels. Voici à cet égard le relevé présenté par M. Valleix.

Chaleur ou pesanteur d'estomac, inappétence, rapports désagréables, ardeur de

la gorge 15 fois.

Vomissements, coliques ou dévoiement. . 8

Chaleur générale 3

Chaleur dans le membre malade 13

Sueurs 10

Augmentation des urines 4

Strangurie ou dysurie 2

\jG% vésicatoires oj\\. été surtout préconisés par Coiugnoetpar M. Réveillé-Parise(/J/^m. .wfr/« ^r^-m//- •]ue, in Jrch.gén. de méd., t. ix, p. 471 ; 1825), ïui veulent que l'on applique les vésican ts au niveau de .a tête du péroné, du jarret et du tibia. Voici d'aileurs comment s'exprime Gotugno à propos d'un ma-

lade chez lequel la maladie durait depuis quatre

mois.

«Pastam vesicantis communi methodo paratam «in formam planam, sex longam transversos digitos, «quatuor latam , extendi jussimus. Hsec transversim «capiti fibulae applicata est, sic ut médium emplaslri «totum fibulse caput occuparet, susque deque super- «esset, sed maxime deorsum : hinc vero, et illinc «cxtrema longitudinis emplastri, alterum ad popli- « tem ascenderet , alterum descenderet ad tibiam » {loc, cit., p. 105).

Toutefois Golugno savait aussi, lorsque les circonstances l'exigeaient, faire des applications vésicantes sur la hanche, au-dessus de la malléole externe, sur le dos du pied {loc. cit. , p. 1 1 2), et par un heureux hasard, dit M. Valleix, sa théorie le conduisait à faire ces applications sur les centres de douleur les plus constants qui occupent la partie inférieure du membre.

Gotugno pansait le vésicatoire avec du beurre frais, l'entretenait pendant neuf ou dix jours {loc. cit., p. 106), le renouvelait trois ou quatre fois jusqu'à parfaite guérison (p. 1 08), et provoquait, en même temps, la liberté du ventre par des lavements (p. 72 et suiv.). A l'aide de cette médication, il assure avoir obtenu des succès extraordinaires.

L'anatomie pathologique a fait justice de la théorie de Gotugno, qui n'appliquait des vésicatoires que dans le but d'évacuer l'humeur morbide dont, selon lui, le nerf était entouré; mais l'observation a confirmé l'efficacité de sa thérapeutique.

Sur 26 malades chez lesquels des vésicatoires entretenus (un à cinq vésicatoires) ont fait la base du traitement, 22 ont complètement guéri; des 4 autres, 2 n'eurent qu'un seul vésicatoire. La maladie était 24 fois très-violente; son ancienneté Otait souvent de plusieurs mois (quatre, dix, quinze) ou même de plusieurs années; dans 6 cas, elle avait résisté à plusieurs médications. La durée du traitement a varié entre sept et soixante et dix jours (Valleix, loc. cit., p. 607-609).

M. Valleix a substitué aux vésicatoires entrete^ nus des vésicatoires volants appliqués successivement sur les divers points douloureux du membre, et il pense que l'on doit accorder la préférence à celte dernière méthode.

La morphine , employée par la méthode endermique, n'a été mise en usage que 5 fois dans les 1 25 faits réunis par M. Valleix, et, dans aucun cas, elle n'a procuré une guérison parfaite (Valleix, loc. cit., p. 627); des faits concluants cités par M. Mondière {Jrch.gén.de méd., t.vi, p. 193 et suiv.; 1835) ont échappé à M. Valleix , et nous pouvons ajouter que plusieurs fois nous avons obtenu par celte médicatioa des succès rapides et complets.

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Les moxas ont réussi parfois (Paillard, Nouvelle biblioth. méd., t. ii , 1828), mais nous leur préférons de beaucoup !a cautérisation transcurrente^à l'aide de laquelle nous avons vu M. Jobert obtenir la guérison de sciatiques anciennes et rebelles «^ toutes les autres médications (Jobert, Études sur le sfstème nert^eux, p. 662 et suiv.; Paris, 1838. — Valleix , ouvr. cité, p. 620).

V acupuncture a été préconisée par Earle (The med.-chir. review, numéro de juillet 1827; — Arch. gén. de méd., t. xvi , p. 450; 1828), les frictions avec l'huile de croton par M. Joret (thèse de Paris, p. 17, n^ 177; 1833).

M. James a cité plusieurs observations remarquables de guérison obtenue, dans les services de MM. Récamier et Andral, au moyen de l'électricité (James, mém. cité, p. 711 et suiv.).

Historique et bibliographie. — Hippocrate, Fernel, Riolan, connaissaient certainement la névralgie sciatique, mais ils l'ont à peine indiquée , et c'est à Cotugno qu'appartient l'honneur d'avoir le premier établi l'histoire de celte affection. Son travail [de Ischiade nervosa commentarius ; Vienne, 1770) renferme une bonne description des symptômes ; le diagnostic est bien établi, et la thérapeutique est encore celle à laquelle on accorde aujourd'hui la préférence. Il est à regretter qu'un grand nombre de chapitres soient consacres à des dissertations hypothétiques et erronées sur la nature de la maladie.

Chaussier {Table synoptique de la névralgie; Paris , an XI) n'a rien ajouté aux recherches de Cotugno.

Les thèses de MM. Rousset {Dissert, sur la sciatique nerveuse, thèse de Paris, 1804), Tournillac- Béringier {Dissert, sur la névralgie jémoro-poplitée ou sciatique, thèse de Paris, 1814), Peyrade {Diss. sur la névralgie fémoro-poplitée, thèse de Paris, 1817), renferment des faits et des détails intéressants.

Une mention spéciale est due aux recherches de MM. Arloing {Observ. sur l'efficacité de la méthode de Cotugno dans le traitement des névralgies des membres abdominaux, in Journ. génér. de méd., t. i.xxxxvni, p. 293; 1827) et Martinet {du Traitement de la sciatique et de quelques névralgies par l'huile de térébenthine ; Paris, 1829).

Le travail de M. Valleix {Traité des névralgies, p. 480-64 7 ; Paris, 1841 )cst une monographie compK'le qui a véritablement comblé une lacune de la science; nous lui avons fait de continuels emprunts pour la rédaction de cet article.

SGLÉRÈME,s. m.

S) nonymie suivant les auteurs. — Endurcissement du tissu cellulaire , œddme des nouveau-

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nés, œdème compacte, induration du tissu cellulaire, asphyxie lente des nouveau-nés (Valleix), squirrhosarque (Baumes), œdème algide.

Définition. — Malgré les laborieuses recherches d'un grand nombre d'observateurs contemporains , il est encore impossible de se prononcer, avec certitude, sur les caractères et la nature du sclérème. Les uns ne veulent comprendre sous ce nom qu'un œdème, qu'une hydropisie symptomatique d'une affection du cœur, du poumon, d'une lésion générale, etc., accompagnée quelquefois d'un épaississement, d'un endurcissement cadavérique du derme et du tissu adipeux ; les autres , au contraire, considèrent l'endurcissement du derme comme constituant la maladie, et ne voient dans l'œdème qu'un épiphénomène; d'autres encore assurent que l'endurcissement n'est point du à une lésion spéciale, mais tout simplement à la distension mécanique que fait subir au tégument la sérosité infiltrée dans le tissu cellulaire sous cutané.

Il faut reconnaître avec MM. Bouchut {Manuel prat. des mal. des nouveau-nés, p. 535; Paris, 1845) et Thirial {du Sclérème chez les adultes comparé au sclérème chez les nouveau-nés, in Journ, de méd., p. 1 37 ; 1 845) qu'il est impossible, après avoir lu ce que les médecins ont écrit sur l'endurcissement du tissu cellulaire des nouveau-nés, de se faire une idée précise de cette maladie; qu'il n'est pas un seul point de Thistoire de cette affection qui ne soit controversé, et que non-seulement tout est à faire sous le rapport de la doctrine, mais qu'il reste même beaucoup à recueillir ou à vérifier sous le rapport de l'observation.

Nous n'avons pas la prétention de dissiper l'obscurité qui environne ce point important de la pathologie du nouveau-né, et nous devons nous borner à exposer fidèlement les opinions diverses qui ont été professées à ce sujet. Afin de pouvoir donner une place à chacune d'elles, nous définirons le sclérème : une maladie propre aux nouveau-nés, constituée par un gonflement léger du corps et des membres, qui présentent, au toucher, une dureté spéciale et caracréristique. Nous devons par conséquent prévenir le lecteur que nous ne rattachons, ici, aucune idée d'anatomie pathologique au mot sclérème : pour nous, cette dénomination est en rapport non avec une lésion du tissu cellulaire, mais avec une sensation perçue par le médecin.

^altérations anatomiques. — Aspect cadavérique. L'altération est générale ou partielle, étendue à toute la surface du corps, ou bornée aux membres supérieurs ou inférieurs, à la face, etc. La rigidité est toujours très-grande; les parties molles sont ré- •sistanles et conservent difficilement l'impression du doigt; elles donnent au toucher la .sensation produite par un morceau de cire ou un cadavre congelé; la

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dureté occupe particulièrement la partie externe des jambes, la face dorsale du pied elles parties analogues dans les extrémités supérieures, ce qui donne aux niembres l'apparence d'une torsion particulière ; les joues sont souvent le point le plus dur. Au niveau du tronc , la dureté n'existe pas ou ne présente qu'un degré beaucoup moins considérable (Léger, Rech. sur l'œdème compacte des noiweau-nés^ in Arch. génér. de méd., t. vu, p. 20; 1825).

La coloration est très-variable : tantôt le sujet est d'un rouge violet marbré de taches jaunes ou rougeâ- (res; tantôt il est plus franchement jaune, surtout au visage, au pubis et à la partie supérieure des cuisses; quelquefois les membres sont violets et le visage d'un rouge jaunâtre. En général, lorsque la couleur s'éloigne du jaune, elle est plus foncée qu'à l'ordinaire, très-rarement pale ou rosée , et la pression du doigt fait apparaître sous la couleur foncée une teinte jaunâtre constante (Léger, loc. cit.).

Très-fréquemment, on constate une coloration ictérique franche, plus ou moins intense (30 fois sur 77 ; Billard, Traité des maladies des enfants nouveau-nés^ etc. ,p. 189; Paris, 1833 , mais on sait, dit M. Valleix, que la teinte jaune de la peau survient, chez tous les enfants, quelques jours après la naissance; chez les enfants œdémateux, les choses ne sont pas différentes de ce qu'elles sont chez les autres sujets ; peut-être seulement la coloration jaune se montre-t-elle plus tard et est-elle plus intense (Valleix, Clinique des maladies des enfants nouçeaunés, p. 633; Paris, 1838;.

Peau et tissu cellulaire. — M. Thirial (mém. cité) a décrit une rigidité spéciale de la peau et l'a rapportée à un sdérème développé chez un adulte; mais les deux malades observés par ce médecin ayant guéri, aucune recherche anatomique n'a pu être faite, et nous ne pensons point qu'il s'agisse, ici, d'une affection semblable à celle qui se montre chez le nouveauné. Nous reviendrons sur ce sujet.

Tous les auteurs qui ont étudié l'œdème des nouveau-nés s'accordent à reconnaître que la peau n'est nullement altérée dans sa texture. M.Bouchut (ouvr. cité, p. 338) a cru constater, dans un cas, l'oblitération des capillaires cutanés, mais il n'attache aucune importance à ce fait isolé. M. Valleix assure que le derme est mou et qu'il contient une très-grande quantité de sang, qui sort des vaisseaux en grosses gouttes noires.

Le pannicule graisseux offre un aspect (jranuleux très-prononcé; il est divisé en petits grains, séparés par des interstices œdémateux; lorsque l'inKllration est très-considérable, ces corpuscules sont éloignés les uns des autres, et ne paraissent plus faire partie de la mêm(! mcinbraue.

Lorsque l'on pratique des incisions sur les parties

tuméfiées, il s'écoule une quantité plus ou moins considérable d'un liquide séreux, légèrement visqueux, d'un jaune vif et quelquefois rougeâtre ; la pression le fait suinter sous forme de gouttelettes abondantes et liquides. Il résulte positivement des recherches de Billard que cette sérosité n'offre rien de particulier dans sa composition chimique, et qu'elle ne se coagule point spontanément dans le tissu cellulaire ; elle ne peut donc rendre compte , ainsi que le pensait Breschet, de l'endurcissement des parties malades (voy. Billard, Mémoire sur l'œdème ou l'induration du tissu cellulaire des noui^eau-nés, in Jrch. génér, de méd. ..i.nm, p. 210-215; 1827. —Ouvr. cité, p. 181-185).

«Quant toute la sérosité s'est écoulée, le tissu qu'elle engorgeait, dont elle distendait les cellules, et qu'elle rendait dur en apparence, reprend sa mollesse et sa laxité , et les membres dégorgés cessent d'être durs. Le tissu cellulaire conserve toute son élasticité, sa souplesse , sa cellulosité ; ses fibres n'ont subi aucune transformation organique, elles ont encore leur disposition en réseau et en lames entrecroisées. Lorsque ces cellules sont considérablement distendues par la sérosité, il en résulte que le tissu cellulaire est dur au toucher : mais celte dureté n'existe réellement pas dans ce tissu, qui n'a subi d'autre modification qu'une distension mécanique; cette dureté n'existe que pour nos sens » (Billard, mém. cité, p. 2 1 4, 207).

Lorsqu'on se rapproche des aponévroses, on trouve une masse gélatineuse transparente de laquelle la pression exprime beaucoup de sérosité, et dont l'épaisseur varie de 2 à 5 lignes ; elle est formée par du tissu lamelleux énormément distendu par du liquide (Valleix, ouvr. cité, p. 604).

Contrairement aux assertions d'Auvity et de Billard , M. Valleix assure que l'infiltration est toujours bornée au tissu cellulaire sous-cutané, et qu'elle ne s'étend jamais jusqu'au tissu cellulaire inlermusculaire.

On a souvent confondu avec l'altération que nous venons de décrire l'endurcissement du tissu adipeux; voici les caractères anatomiques distinclifs indiqués par Billard et M. Valleix.

«L'endurcissement du tissu adipeux se présente avec ou sans infiltration générale du tissu cellulaire sous-cutané; les joues , les fesses, les mollets, le dos, sont le siège le plus ordinaire de cet endurcissement. Si l'on dissèque le tissu adipeux , on le trouve ferme, dur comme du suif et véritablement figé; il offre, en un mot, la consistance qu'a toujours la graisse des animaux immolés dans nos boucheries» (Billard, mém. cité, p. 209). La couche lamelleusc qui avoisine les aponévroses est mince, blanche, trèssèche et prend la forme de filaments quand on la dé-

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hire ; le pannicule graisseux ne paraît pas aminci ; il est d'un blanc mat, et ses interstices ne s'aperçoivent qu'à la partie inférieure ; le derme est consistant et ne laisse paraître, à des distances assez grandes, que de petites gouttelettes de sang (Valleix, /oc. cit.j p. 644).

appareil respiratoire. — Sur 77 enfants observés par Billard, 43 ont présenté les poumons dans un état parfaitement sain; chez 12, il existait une congestion ou engouement pulmonaire ; sur 6 , on a trouvé une hépatisation complète; chez 3, il y avait une pleuro-pneumonie, et chez les autres, une simple congestion passive au bord postérieur des poumons (mém. cité, p. 223).

M. Valleix a constaté 3 fois l'engouement , et 6 fois la pneumonie; constamment il a trouvé le larynx et les bronches violacés et assez fortement injectés ; chez 3 sujets, une partie considérable de l'un ou des deux poumons n'avait pas été pénétrée par l'air, et 1 fois les deux poumons présentaient le même état dans toute leur étendue, excepté à leur partie antérieure dans une bande d'un demi-pouce de largeur. Dans les trois quarts des cas, les plèvres contenaient une quantité notable de séros-ité cilrine ou sanguinolente. Dans 2 cas, la conformation de la poitrine était vicieuse. Chez l'un des sujets , il existait au point d'union du sternum avec l'appendice xyphoïde un enfoncement d'un demi-pouce de profondeur, ayant 1 pouce de diamètre à son entrée, et seulement 2 à 3 lignes au fond ; chez l'autre, les côtes étaient trèspeu arquées , et faisaient un angle saillant en dehors avec l'origine de leurs cartilages (ouvr. cité, p. 605-608).

M. Léger (mém. cité, p. 21) assure que le pharynx , la glotte et l'épiglotle sont souvent infiltrés de sérosité, et que souvent aussi la trachée-artère est peu développée. Rien de semblable n'a été vu par Billard et M. Valleix.

Paletta prétend que les poumons présentent, presque dans tous les cas, un défaut de développement ou des altérations très-prononcées {Mech. sur l'endure, du tissu cell. des nouueau-nés, in Arcli. génér. de méd., t. v, p. 107 et suiv.; 1824); cette assertion est évidemment erronée.

M. Roger a justement établi que les altérations que l'on rencontre dans les poumons des enfants affectés de sclérème doivent être rapportées plutôt à une congestion , à une apoplexie pulmonaire, qu'à une inflammation; cette opinion repose sur Tétude des symptômes et des lésions analomiques (Roger, De la Température chez les enfants ^ p. 1 30-132 ; Paris, 1844-1845).

appareil circulatoire. — Dans plus des trois quarts des cas (Valleix), il existe dans le péricarde une quantité plus ou moins considérable de sérosité rougeàtrc; deux fois M. Valleix a trouve une cuille-

rée de sang pur. Rarement la membrane séreuse est assez rouge pour faire présumer qu'elle a été le siège d'une inflammation pendant la vie.

Le cœur est constamment plus gros que dans l'état normal; ses parois sont souvent épaissies et fermes; souvent, au contraire, molles et plus minces (Léger, lac. cit., p. 22).

Les cavités gauches et droites , mais surtout ces dernières, contiennent presque toujours une quantité considérable de sang fluide ou coagulé. M. Valleix a rencontré deux fois des concrétions polypiformes; M. Léger a trouvé trois fois une substance particulière d'un beau jaune-safran, très-consistante et offrant une structure organique bien prononcée.

M. Léger assure que le trou de Botal est le plus souvent encore ouvert et que le canal artériel n'est jamais oblitéré {loc. cit., p. 22); cette assertion est renversée par les recherches de Billard et de M. Valleix. Sur 77 enfants observés par le premier, 40 ont présenté une occlusion complète du trou de Botal, et chez 28 d'entre eux le canal artériel était considérablement rétréci et ne permettait plus le passage du .sang (ouvr. cité, p. 191); sur 20 cas recueillis par le second, 3 fois le trou de Botal était largement ouvert, mais 1 7 fois il était fermé par la valvule, non adhérente, mais ne permettant pas le passage du sang; le canal artériel n'était pas oblitéré, mais dans la plupart des cas les parois se touchaient de manière à ne plus livrer passage au sang (ouvr. cité, p. 609).

Il faut dire avec Billard que si l'où rencontre assez souvent le trou de Botal encore ouvert chez les enfants affectés de sclérème , cela tient tout simplement à ce que la maladie affecte particulièrement les enfants fort jeunes, chez lesquels les changements qui survieunent dans le trou de Botal et le canal artériel, après rétablissement de la circulation indépendante , n'ont pas eu le temps de s'effectuer.

Les artères et les veines renferment presque constamment une quantité de sang noir, liquide ou coagulé (Paletta, Léger, Valleix); « On se figure difficilement, dit M. Valleix (ouvr. cité, p. 610), combien les enfants durs contiennent de sang; la moindre ouverture faite à une veine en inonde la table de dissection. J'ai vu, pour pouvoir pousser une injection dans les veines de l'œil par la jugulaire interne, faire écouler préalablement près de 6 onces de sang des veines du crâne, de la face et des sinus de la dure-mère. »

appareil digestif. — M. Léger dit avoir constamment trouvé dans le péritoine une quantité notable de liquide séreux, entièrement semblable à celui que contenaient la plèvre, le péricardeet le tissu cellulaire. M. Valleix n'a constaté cet épanchement

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f ue dans la moitié des cas ; la quantité du liquide, très- variable, n'a jamais dépassé trois cuillerées.

M. Denis a rencontré très- fréquemment, dans reslomac et les intestins, des traces d'inflammation et de nombreuses ulcérations [De l'Endurcissement du tissu ce/i. des noui^eau-nés ; th. de Paris, 1 824) ; 50 fois sur 7, Billard a constaté une inflammation , plus ou moins vive et plus ou moins étendue, des voies digestives (loc. cit., p. 192); M. Léger ne mentionne point ces lésions.

M. Valleix a vu 5 fois sur 23 une rougeur par plaques de différents points de l'estomac et de l'intestin ; la muqueuse était épaissie et couverte de petits points d'un rouge vif, séparés par des intervalles plus clairs. Deux fois sur ces cinq cas , les follicules de Brunner étaient développés. Chez presque tous les autres sujets, l'intestin était partout d'une rougeur uniforme, sans lésion de la muqueuse. Dans cinq cas, il n'existait aucune altération de tissu ni dans l'estomac, ni dans l'intestin {loc. cit., p. 611).

M. Léger assure que la longueur du canal digestif est en général moins considérable {loc. cit., p. 23). Les recherches de Billard et de M. Valleix n'ont pas confirmé cette assertion.

La plupart des observateurs (Andry, Auvity, Paletta, M. Valleix) ont constamment trouvé le foie volumineux et contenant une grande quantité desang noir et fluide ; cependant Billard n'a vu cet organe présenter un état pathologique que 20 fois sur 98 (ouvr. cité, p. 190).

y^ppareil cérébro-spinal. — Les sinus de la dure-mère, les vaisseaux méningés, sont toujours distendus par une grande quantité de sang. « Lorsque Ton enlève les téguments du crâne, dit Paletta {loc. cit., p. 107), on voit quelquefois les os du bregma pénétrés de sang ; les membranes sous-jacentes sont injectées dans toute leur étendue, ainsi que la face externe du cerveau. »

La substance cérébrale n'est pas toujours injectée en proportion de l'engorgement des vaisseaux méningés, mais elle présente ordinairement un pointillé rouge plus ou moins marqué.

Les ventricules et le caual rachidiens renferment ordinairement une certaine quantité de sérosité.

En résumé, l'altération la plus constante, la plus prononcée, est une congestion sanguine générale qui, suivant Billard, est due plutôt à une surabondance de liquide sanguin dans l'écoDomie , qu'à un obstacle mécanique dans un point des vaisseaux destinés au cours du sang.

S/mptômes. — Plusieurs auteurs, parmi lesquels se trouvent iMM. Trousseau et Bouchut, assurent que la peau et le tissu cellulaire peuvent être indurés en l'absence de toute infiltration séreuse. Billard et

M. Valleix s'élèvent contre cette assertion : le premier dit qu'on a pris l'endurcissement du tissu adipeux pour un endurcissement du tissu cellulaire sans œdème. « L'œdème, dit M. Valleix, est le symptôme caractéristique de la maladie ; il ne manque dans aucun cas; lorsqu'il n'existe pas, l'induration est due à un état pathologique ou cadavérique particulier, qui en a imposé à des observateurs peu attentifs» {loc. cit., p. 614,015).

M. Thirial (mém. cité) a rapporté deux observations qu'il considère comme des exemples de sclérème développé chez l'adulte. La maladie a été exclusivement caractérisée par une rigidité de la peau qui opposait un obstacle considérable à la contraction musculaire; il n'existait pas trace d'œdème; le tégument ne présentait ni gonflement ni tuméfaction; il avait conservé la coloration, la sensibilité, la perspirabilité, la température qu'il offre dans l'état normal.

Malgré les rapprochements ingénieux que M. Thirial s'est efforcé d'établir entre celte affection et le sclérème des nouveau-nés , nous ne pouvons admettre une identité que deux faits, incomplets, ne sont d'ailleurs pas suffisants pour mettre en évidence.

Le sclérème se développe depuis la naissance jusqu'au cinquième (Auvity) , au huitième (Billard) ou au douzième jour (Gardien); quelquefois il est congénital. La maladie se déclare tout à coup, sans avoir été annoncée par des signes précurseurs. Si quelque chose, dit Gardien , pouvait faire prévoir que l'endurcissement du tissu cellulaire doit survenir, ce serait une gêne dans la respiration et la circulation, la faiblesse de la voix, du pouls et des battements du cœur {Traité complet d'accouchements , etc., t. IV, p. 93; Paris, 1824). Dans la grande majorité des cas (29 fois sur 31, Valleix), l'infiltration commence par les pieds, s'étend aux cuisses, et se montre ensuite aux membres supérieurs , à la face et au tronc; quelquefois, cependant, la maladie débute sur l'une ou l'autre de ces dernières parties. Tantôt elle reste partielle, tantôt elle devient générale; dans ce dernier cas, c'est toujours dans les parties envahies les premières que l'œdème est le plus considérable. L'infiltration est toujours plus marquée du côté sur lequel repose l'enfant. J'ai plusieurs fois expérimenté, dit M. Valleix, qu'en plaçant l'enfant sur le côté opposé, l'infiltration était, le lendemain , plus considérable dans les parties devenues les plus déclives.

La peau, au niveau des parties malades, présente d'abord une coloration violacée qui finit par être remplacée par une teinte d'un jaune vif ou terne, si ce n'est aux pieds et aux mains, qui conservent souvent leur couleur violette sans aucun mélange (Valleix, loc. cit., p. 617). Plusieurs auteurs prétendent

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que la peau perd sa mobilité ; M. Valleix a montré le contraire. Lorsque l'œdème commence, dit ce médecin, on peut faire de grands plis à la peau ; lorsqu'il est considérable, les plis se produisent difficilement; mais en imprimant des mouvements à l'enveloppe cutanée , on parvient à la faire glisser sur les parties sous-jacentes de manière à acquérir la certitude qu'elle est encore mobile. C'est pour avoir confondu l'œdème avec Tendurcissetnent du tissu adipeux qu'on est tombé dans cette erreur.

Auvity prétend que les parties tuméfiées ne conservent pas l'empreinte du doigt; M. Denis dit que pour produire une empreinte la pression doit être très-forte; d'autres assurent seulement que l'empreinte disparaît très-promptement. M. Valleix, dans tous les cas d'œdème considérable, a pu produire sur les membres un enfoncement profond , disparaissant avec lenteur.

Circulation. — Le pouls est faible, lent (72, 68, 66, 60), difficile à compter; les battements du cœur présentent les mêmes caractères.

La température est toujours abaissée; d'abord aux pieds, puis au niveau du corps entier, et même dans l'intérieur de la bouche. M. Roger a fait sur ce sujet des recherches fort intéressantes que nous allons analyser succinctement.

Chez 29 enfants atteints de sclérème, le thermomètre, placé dans le creux axillaire, a donné un chiffre inférieur à la moyenne normale (37",08); la moyenne pathologique a été de 31° (maximum, environ 33°; minimum, 22^j. Le thermomètre a marqué moins de 33° chez 19 enfants; moins de 26° chez 7. Ainsi, dit M. Roger, le sclérème a l'étrange puissance de transformer, pour ainsi dire, le nouveau-né en un animal à sang froid, dont la température dépasse à peine celle du milieu ambiant.

Le refroidissement est général, intérieur et extérieur; il persiste ou augmente en dépit d'influences contraires; rien ne peut s'opposera cette force mystérieuse qui abaisse la chaleur.

Le refroidissement existe dès que l'endurcissement commence , et parfois il constitue le premier phénomène morbide appréciable. La température baisse de plus en plus à mesure que la maladie fait des progiès ; le thermomètre indique, pas à pas, la marche de la maladie, et fournit des indications précises au pronostic (/o^'. cit,, p. 124-142).

Respiration. — L'inspiiation se fait brusquement, elle est liés courte, et la poitrine se dilate difficilement; l'expiration est très-lente. La respiration est ralentie même lorsqu'il existe une pneumonie, à moins toutefois que celle-ci ne soit très-éteodue (Valleix\ M. Roger a vu 13 fois sur, 39 le nombre des inspiratious dépas.ser la moyenne physiologique (39); il était au-dessous dans les 20 autres cas ,

et il descendit jusqu'aux chiffres 20, 16 et même 14 (mém. cité, 141).

Les résultats fournis par l'auscultation et la percussion sont en rapport avec l'état des poumons, et n'offrent rien de spécial. La toux accompagne l'induration pulmonaire et souvent le simple engouement.

Le cri est très-remarquable et pour ainsi dire caractéristique; il est aigu, isolé, entrecoupé, extrêmement faible, souvent étouffé ou voilé , et trèsfréquent ; il offre de l'analogie avec le cri hydrencéphalique, mais celui-ci est plus fort et plus rare (Rouchut, loc.cit., p. o43).

Digestion. — La muqueuse buccale est ordinairement violacée, la langue est froide, quelquefois rouge et sèche; la succion est difficile ou impossible , surtout lorsque l'œdème occupe la face , parce qu'alors les mouvements des muscles et de la mâchoire soQt pour ainsi dire entièrement abolis (Bouchut). 11 existe une inappétence très- remarquable; dans les cas graves, dit M. Valleix, on aurait pu abandonncil'enfant des jours entiers sans lui donner à boire, qu'il n'aurait pas manifesté la moindre impatience par ses cris.

M. Denis dit avoir observé des vomissements, mais ce symptôme n'a pas été constaté par les observateurs plus rapprochés de nous; la diarrhée est rare; ordinairement les garde-robes sont presque nulles (Bouchut); le ventre est souple, quelquefois tendu, toujours indolent.

Innervation. — Les enfants sont plongés dans un assoupissement profond , dans un état de stupeur très-remarquable; si on les abandonnait à eux-mêmes, dit M. Valleix, ils mourraient sans se plaindre, sans paraître éprouver le moindre besoin. La sensibilité esf obtuse ; pour faire pousser des cris au petit malade, il faut le secouer rudement , lui causer de la douleur.

Les paupières sont constamment fermées alors même qu'elles ne sont pas œdématiées. Si on laisse Iti malade dans son berceau, on le trouve toujourijavec les yeux fermés; lorsqu'on l'expose à une vive lumière, il fait quelques faibles efforts pour ouvrir les yeux , les enir'ouvre à peine , puis les ferme pour recommencer bientôt de nouveaux efforts tout aussi infructueux (Valleix, loc. cit., p. 629).

Andry, Auvity, Dugès, rapportent qu'ilsont souvent observé des mouvements spasmodiques ou convulsifs, du trismus, de l'opistolhonos; WM. Léger et Valleix n'ont rien vu de semblable ; tout au plus existe-t-il un peu d'agitation (Blanche, Bouchut). «Je suis certain, dit M. Valleix, que quandDugès a avancé que les enfants étaient quelquefois assez roides pour qu'on pût les enlever tout d'une pièce en les prenant par la tUe, il avait en vue l'endurcissement du tissu adipeux.»

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Tant qu'il est emmailloté, l'enfant reste paisible et immobile; si on le déshabille, il reste d'abord quelques instants sans remuer et sans se plaindre; ses membres sont fléchis, et il est, pour ainsi dire, accroupi. Si on retire l'enfant de son assoupissement, il agite ses membres et reprend bientôt sa position première (Valleix, loc. cit., p. 626, 627).

Marche, durée, terminaison. — On a voulu introduire plusieurs degrés dans l'élude du sclérème, mais M. Valleix établit, avec raison , que les phénomènes morbides augmentent graduellement de manière à rendre impossible une ligne de démarcation entre plusieurs périodes de la maladie. «Dès le début, tous les signes existent ; en peu de temps ils prennent de l'accroissement; la propagation de Tœdème coïncide avec un assoupissement plus profond, une respiration plus ralentie, une circulation plus faible, un cri plus étouffé , un refroidissement plus grand. Ces symptômes finissent par être portés à leur comble; une sérosité sanguinolente s'écoule par la bouche, le nez, elle sort quelquefois d'entre les paupières; enfin, la mort arrive sans agitation, sans soupirs et sans convulsions. »

La durée de la maladie varie, en général , entre deux et six jours.

La terminaison est presque toujours funeste; le sclérème est une des maladies les plus fréquentes et les plus meurtrières que l'on rencontre à l'hospice des Enfants trouvés de Paris ; elle paraîc être plus rare à Londres , et on ne l'observe que fort peu dans la pratique civile.

Lorsque la guérison doit avoir lieu, la respiration devient plus facile, la circulation se relève, l'enfant se réveille, fait des efforts pour ouvrir les yeux quand les paupières sont œdématiées, les ouvre dans le cas contraire, mais d'abord à de longs intervalles et pour très-peu de temps chaque fois; il commence à boire, à teler avec plus d'avidité, son cri prend de la force, et bientôt l'œdème disparaît graduellement. Ce sont les paupières et les avant-bras qui se dégorgent en premier lieu ; puis les cuisses et l'hypogasire, enfin , les mains; les jambes et les pieds restent souvent tendus et infiltrés longtemps après que les autres parties sont revenues à leur état normal.

Si l'infiltration des extrémités inférieures persiste longtemps, on voit souvent le petit malade rester dans l'affaissement et s'éteindre au bout de quinze ou vingt jours (Valleix , ouvr. cité, p. 031).

Complications. — L'ictère accompagne très-fréquemment le sclérème (30 fois sur 77, Billard), et Billard n'a trouvé aucune lésion d'organe qui pût servir à expliquer la présence ou l'absence de celte complication; tout ce qu'il est permis d'affirmer, dit cet observateur, c'est que Tune de ces maladies peut exister sans l'antre , cl qu'elles ne sont ni la cause.

ni l'effet Tune de l'autre (ouvr. cité, p. 185-190).

h'à gastro-entérite j Ventéro-coliie, ne se montrent pas aussi fréquemment que l'ont prétendu MM. Denis et Blanche; M. Valleix ne les a pas rencontrées une seule fois au début , et ne les a vues que très-rarement survenir pendant le cours de la maladie.

Lorsqu'il se développe une phlegmasie du canal intestinal, la diarrhée succède à la constipation , l'œdème disparaît, la peau se décolore et ne présente plus que des taches bleuâtres semblables à des ecchymoses, à des taches scorbutiques; l'enfant devient du jour au lendemain d'une maigreur effrayante, les membres présentent la dureté adipeuse, et la mort ne tarde pas à survenir (Valleix, loc. cit.., p. 633, 634).

Ldi pneumonie, loin d'être constante, comme le prétend Hulme, ou très-fréquente, comme le veulent MM. Troccon et Dugès, est très-rare. M. Valleix ne l'a rencontrée que 3 fois sur 25, et M. Roger a montré que la plupart des auteurs ont confondu la congestion sanguine passive avec la congestion inflammatoire.

Diagnostic. — Le sclérème a été confondu avec ïérjrsipèle œdémateux ; la distinction estcependant facile. L'érysipèle survient ordinairement dans le cours de la pneumonie et du muguet ; il est le plus souvent borné à la face ; les parties affectées sont rouges, chaudes, douloureuses; le pouls est développé , accéléré ; il y a de la soif, de la diarrhée.

Un grand nombre d'observateurs, et particulièrement les pathologistes anglais (voy. Underwood, Traité des maladies des enfants, p. 630 et suiv., trad. par de Salle; Paris, 1823), ont confondu le sclérème avec Y endurcissement adipeux; Billard est le premier qui ait établi une Hgne de démarcation bien tranchée entre ces deux affections.

L'endurcissement adipeux, lorsqu'il n'est point un effet cadavérique , n'est jamais primitif; il se montre aux approches de l'agonie et peut succéder à toutes les maladies des nouveau-nés; la peau f^û blanche ou jaunâtre; elle n'est pas mobile ; le siège de la maladie est différent.

Le pronostic du sclérème est toujours grave; il l'est d'autant plus que la maladie est plus étendue , plus prononcée, et que l'affaissement est plus considérable. La température fournit , suivant M. Roger, des indications précieuses. Si le thermomètre s'abaisse de plus en plus , la maladie sera certainement et prochainement mortelle; s'il remonte d'un ou de plusieurs degrés , la guérison n'est pas impossible et on est , jusqu'à un certain point, fondé à l'espérer. Il paraît que la guérison ne peut plus avoir lieu lorsque le thermomètre est descendu au-dessous de 32®(Rnger, loc. cit., p. 134-136).

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Causes. — L^ faiblesse congénitale est évidemment la principale cause prédisposante du sclérème ; dans l'immense majorité des cas , en eFfet , la maladie se montre «hez des enfants nés avant terme, faibles, chélifs , provenant de femmes malades ou ayant subi les atteintes de la misère.

V action du froid est la seule cause déterminante appréciable; elle produit le sclérème direclement, et non pas, comme le pensaient HuIme,Troccon et Dugès, en donnant lieu à une pneumonie.

Sur 515 faits recueillis par Billard et M. Valleix, 339 appartiennent aux six mois les plus froids de l'année (octobre, novembre, décembre, janvier, février, mars).

«Sur 100 enfants affectés d'œdème, dit M. Valleix , il n'y en a pas 15 qui viennent de l'hospice de la Maternité , et encore la plupart de ces derniers sont-ils de véritables avortons. Or, il faut savoir que, dans le trajet de la Maternité à l'hospice des En Fants trouvés, les nouveau-nés sont parfaitement couverts et entièrement à l'abri du froid; tout le monde sait combien les enfants qui viennent de l'intérieur de Paris sont dans des conditions différentes. On ne peut donc en douter : le trouble de la respiration et de la circulation , cause première de l'œdème, est occasionné lui-même par l'action du froid, lorsque la faiblesse congénitale n'a pas suffi pour le produire. »

Traitement. — S'opposer à l'abaissement progressif de la température , retirer les malades de l'état d'affaissement dans lequel ils sont plongés , diminuer la congestion générale du .système circulatoire, telles sont les indications que le praticien doit s'efforcer de remplir.

Dans le but de relever la température, on conseille d'envelopper les enfants dans des langes de laine (Billard , Roger), de les entourer de sachets de sable chaud, de les soumettre à des frictions excitantes, faites avec de l'eau-de-vie , des solutions de sel, de savon ; de les placer dans un lieu bien échauffé , de les plonger dans un bain chaud ou dans un bain de vapeurs (Breschet , Baron). M. Roger pense que, dans les cas où la réfrigération n'est pas encore trèsconsidérable, on pourrait donner la préférence aux af fusions avec de l'eau fraîche, ou même aux frictions sur les extrémités avec de la glace.

Pour remplir la seconde indication, il faut avoir recours aux cordiaux, aux excitants; on prescrit des potions cordiales et aromatiques, du vin , etc.

Les évacuations sanguines, destinées à combattre l'état congestif, paraissent être le moyen le plus efficace et le plus sûr ; elles sont préconisées par Troccon, Dugès, M. Léger, Billard, M. Valleix, et surtout par Palelta (mém. cité). Deux sangsues appliquées derrière les oreilles ou à la base de la poitrine amènent

souvent, en peu de temps, une grande et durable amélioration.

Nature et siège. — Les détails anatomo-pathologiques dans lesquels nous sommes entrés, au commencement de cet article, nous dispensent de réfuter longuement les doctrines qui attribuent le sclérème à une pneumonie (Hulme, Troccon , Dugès) , à la persistance du trou de Botal (Breschet), à une gastro- . entérite (Denis), à la brièveté du canal intestinal (Léger), à un état de flaccidité des poumons (Paletta). ^

Billard est le premier qui ait émis sur la cause pro- i chaine du sclérème des idées en rapport avec les faits et avec les saines doctrines physiologiques et pathologiques. Chez les enfants œdémateux, dit cet excellent observateur, ii existe une congestion générale, et la peau est remarquable par son extrême sécheresse ; il en résulte que le tissu cellulaire éprouve des entraves à l'exercice régulier de ses fondions. En effet, d'une part , les matériaux de sa sécrétion lui arrivent en plus grande abondance, puisque le sang engorge tous les tissus; de l'autre, la sécheresse de la peau, la suspension de la transpiration cutanée, et peut-être celle de la transpiration pulmonaire, s'opposent au libre écoulement de cette humeur sécrétée, laquelle séjourne dans les cellules du tissu même qui l'a produite, et détermine Pœdème qu'on a cru devoir désigner sous le nom à' endurcissement du tissu cellalaire (ouvr. cité , p. 193, 194).

M. Valleix se range complètement à cette manière de voir et ajoute, avec raison, que la faiblesse congénitale du sujet, la gêne de la respiration et de la circulation, l'action du froid sur l'enveloppe tégumentaire, sont autant de circonstances qui viennent encore favoriser et expliquer le développement de l'hydropisie (ouvr. cité , p. 652). ' •

Nous avons voulu consigner dans notre travail les opinions différentes qui sont encore professées sur la maladie qui nous occupe, mais nous devons avouer que nous adoptons entièrement la doctrine de Billard. Il est manifeste, d'une part, que Hulme, Denman, Underwood, M. Troccon, ont confondu l'œdème des nouveau-nés avec l'endurcissement adipeux, et, d'autre part, nous avons montré que MM. Trousseau, Bouchut, Thirial, ne fournissent aucune preuve anatomique en faveur de l'endurcissement du derme.

Historique et bibliographie. — Uzembezius passe pour avoir décrit le premier, en 1718, l'œdème des nouveau-nés; mais l'observation qu'il rapporte est fort incomplète et paraît se rattacher à l'endurcissement adipeux (Ephémér. des curieux de la nature, ch. 9,obs. 30,p. G2; 1718).

C'est à Andry {Bcch. sur l'endure, du tissu cellulaire, etc., in Mém. de la Soc. ro/. de méd., p. 207; 1785) et à Auvity qu'appartient l'honneur d'avoir tracé l'histoire du sclérème; le travail de ce

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dernier est encore aujourd'hui une bonne description des symptômes de la maladie {Mém. sur l'endiirr.. du lissa cellulaire, etc., in Mém. de la Société rof. de méd., p. 328; 1788).

Le mémoire tant vanlé de Hiilme est au-dessous de sa réputation; il se rattache, d'ailleurs, non pas à l'œdème, mais à l'endurcissement adipeux {de Induratione ielœ cellulnris , etc. , in Mém. itc la Soc. rof. de méd., p. 403; 1788).

MM. Troccon [Essai sur une maladie des €?ifants noui^eau-nés j, eic, thèse de Paris, n° 39; 1814), Denis (De l'Iclère et de l'endure, du tissu cellulaire chez les enfanls nouueau-nés , thèse de Paris, n° 159; 1824), Léger {Rcck. sur l'œdème compacte des nouveau-nés, in Arcli. génér. de méd., t. VII, p. 16; 1825), Blanche {Essai sur l'endure, du tissu cellulaire, etc., thèse de Paris; 1 834), se sont surtout appliqués à rechercher la cause prochaine de la maladie, et nous avons vu que leurs efforts n'ont pas été heureux.

Paletla , le premier, a mis en relief Tétat de congestion générale qui forme le principal caractère anatomique du sclérème; il a entrevu la véritable nature de la maladie , et préconisé une méthode de traitement dont l'expérience a confirmé l'efficacité {Beoh. sur l'endure, du tissu cellulaire, etc., in Jrch. génér. de médecine, t. v, p. 105; 1824. T. ix, p. 275; 1825).

Billard a apporté dans l'étude du sclérème la rigoureuse observation et la saine critique qu'on lui connaît; il a étudié avec soin les lésions anatomiques, séparé l'œdème des nouveau-nés de l'endurcissement adipeux , renversé les doctrines palhogéniques émises par ses devanciers, et indiqué la véritable nature de la maladie {Mém. sur l'œdème ou l'endurcissement du tissu cellulaire des nouveau-nés, in Arch.gén. deméd., t. xni, p. 204 ; 1827. — Traité des maladies des en/ants , elc, p. 179; Paris, 1833).

Le travail de M. Valleix est une excellente monographie qui renferme une bonne appréciation historique et critique , et une élude complète de la maladie reposant sur un grand nombre d'observations. Nous lui avons fait de nombreux emprunts [Clinique des malad. des enfants nouveau-nés , p. 601 ; Paris, f838).

SCORBUT, s. m., dérivé, suivant Lind, du mot esclavon scorb, qui signifie maladie, le scorbut étant endémique en Russie et dans les pays septentrionaux. On le fait aussi provenir du mot danois schorhect ou du hollandais scorbeck, qui signifient ulcères de la bouche (Lind, Traité du scorbut , t. u, p. 1, in-12; Paris, 175G).

Dénominations françaises et étrangères. — Stomace, pourriture, maladie des gencives; affection scorbutique ; maladie hollandaise. Fr. —

Scorbuto. Ital. — Escorbuto, berben, mal de loanda. Esp. — Scurvy. Angl. — Scharbock, Skorbal. Ail. — Schcurbitik , Blaawesr.liint, Schimmelziekte, Blaawzugt. Holi. — Skôrhurg, sciorbug. Dan. — Skorbjug , gastkramod. Suéd.

Sj-nonjmie suivant les auteurs. — EtXcwç atu.a- Tw^/;;, (7-À-/;v u-s^a;, Hippocratc ; stomacace^ scelotyrbe ., Pline; scorbut us, Sauvages, Linné, Vogel, Sagar, Boerhaave, Hoffmann, Culien, Swediaur; scorbutus nauticus, Young; porphfra nautica, Good; morbus poljrizzos et polymorphos, auteurs divers.

Définition. — Le scorbut est une maladie générale , non fébrile, endémique, rarement sporadique, affectant une marche lente, produite par une altération du sang et donnant lieu à des hémorrhagies multiples, soit interstitielles (péLéchies, ecchymoses, apoplexie) , soit par exhalation (épistaxis , hémorrhagie buccale, intestinale, etc.), ainsi qu'au ramollissement des gencives, à la fétidité de l'haleine, à des syncopes et à la faiblesse musculaire. Lind, dont nous aurons souvent occasion de citer l'ouvrage, considère la putridité des gencives, l'enflure des jambes, les taches hémorrhagiques, la roideur de l'articulation du genou , les lipothymies et les syncopes, comme les symptômes qui doivent servir à caractériser le scorbut (ouvr. cité, t. i,p. 8).

Divisions. — Un grand nombre d'auteurs anciens, confondant le scorbut avec d'autres maladies, ont rassemblé, sous un titre commun, des phénomènes morbides qui n'ont aucune espèce de rapport avec l'affection scorbutique. D'autres, s'abandonnant à toutes sortes d'hypothèses sur les causes présumées du mal, ont fondé sur elles des distinctions qu'il nous suffira de rappeler succinctement. Willis décrit un scorbut chaud et un scorbut froid , que l'on a désignés ensuite sous les noms de scorbuts alcalin et acide (Willis, Tractatus de scorbuto; 1667. — Boerhaave, Comment, in aphor., aph. 1153, t. m, in-4''; Paris, 1771).

On a décrit à part un scorbut de terre et un scorbut de mer; il est démontré aujourd'hui que la maladie est identique, lorsqu'elle sévit sur terre ou sur mer; elle ne varie que par les degrés (Kéraudren , Réflexions sommaires sur le scorbut , thèse, p. 5, in-4"; Paris, 1804). Les scorbuts héréditaires, contagieux , ne sauraient être admis ; rien ne prouve que la maladie puisse être transmise par voie de génération ou de contagion.

De nos jours , le scorbut ne se manifeste guère que sous forme sporadique ou endémique: cette dislincliou mérite d'être conservée; mais, comme les symptômes, le traitement et les causes de ces deux formes sont identiques, il est inutile de leur aiccrdcr une description séparée.

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Le scorbut doit être coosidéié comme une affection toujours une de sa nature, toujours la même quelles que soient les conditions hygiéniques au n ilieu desquelles elle se développe; elle ne diffère que par l'intensité des symptômes et par les complications qui s'ajoutent à l'affection principale (Lind, Kéraudren, et la plupart des auteurs modernes).

Anatomie pathologique. — Les désordres cadavériques que Ton rencontre constamment et parTétude desquels nous commencerons l'élude analomo-pathologique du scorbut, sont : A. les altérations du sang; B. les hémorrhagies; G. le ramollissement des tissus.

A. Altérations du sang. — Un grand nombre d'auteurs ont parlé des altérations que présente ce fluide. Eugalenus fait remarquer que la couleur dusang tiré de la veine est grise et verdâtre {de Morbo scorhuto, p. 70, in-12; Hagae-Gomitis, 1658). Boerhaave, qui place la cause prochaine de la maladie dans une altération du sang, dit qu'une des parties de ce liquide est trop épaisse et trop grossière, et l'autre ténue et chargée d'une acrimonie salée, alcaline ou acide {loc. cit., aphor. 1153). Le commentaire ajouté par Van Swieten ne jette pas une grande clarté sur l'idée émise parBoerhaave; il croit que c'est la partie concrescible du sang qui s'épaissit dans le scorbut, et même qu'une partie du sérum se change en une mucosité verdâtre {loc. cit.^ t. m, p. 619). Cependant, il fait trèî.-bien remarquer que le sang forme une masse noirâtre, conciète, grumeleuse, inégale, se résolvant, pour peu qu'on y touche, en une espèce de gelée brune, et nageant dans une sérosité verdâtre et visqueuse. 11 dit en outre que ce sang peut être constitué par une sérosité rutilante, sans qu'il y ait au fond du vase aucune substance plus grossière. C'est là, en effet, un des aspects que peut prendre le sang en état de dissolution. Hoffmann avait noté ces différents aspects du sang {Medidnœ rationalis systemalicœ, t. iv, part. V, ch. 1, de Scorlmto).

Lind décrit avec la plus grande exactilude l'état du sang : il fait remarquer que ce liquide est dissous et aussi noir que de l'encre , («et que sa partie fibri- Deuse ressemble précisément à de la laine ou à des cheveux flottants dans une substance bourbeuse. Après la mort, le sang est entièrement dissous dans les veines; cette dissolution était siconsidi'rable, dans un cas, qu'en coupant quelque rameau de veine un peu plus gros, on pouvait vider toutes les branches voisines avec lesquelles il communiquait, de la liqueur noire et jaunâtre qu'elles contenaient» (ouvr. cit., t.f, p. 431).

Celle fluidité du sang a été parfaitement étudiée par Iluxh.im sous le nom d'état de dissolution et de uuli'éJacUon du son ch. 5, p. 57, in 12; Pa

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.f, {Essai sur les fièvres, •is, 17G5). Ce liquide, dit le

médecin anglais, ne se partage pas en caillots et en sérosité , mais reste en une masse uniforme , à demi figée; en général, d'une couleur livide ou plus foncée qu'à l'ordinaire » (p. 59). Il suppose aussi que le tissu des globules rouges est trop lâche , et que ceux-ci, en se brisant, peuvent pénétrer dans des vaisseaux qui ne les reçoivent pas à l'état normal, transsuderpardiapédèse, et déterminer ainsi les hémorrhagies qui sont si communes dans le scorbut (p. 61). Vétat brisé et corrompu des globules rouges est loin d'être prouvé; les deux faits principaux qui résultent des observations faites par les auteurs que nous venons de citer, et que l'on n'a fait que confirmer depuis, sont la fluidité du sang et sa tendance à sortir des tissus. Les médecins qui ont décrit, dans ces derniers temps, les altérations déformes des globules, n'ont fait que reproduire l'aperçu théorique d'Huxham sur les globules brisés. Us ont cru les trouver altérés de la même manière dans la fièvre puerpérale , dans la morve , dans la pyohémie; on sait que ces changements de forme se montrent dans les globules du sang le plus sain et qui vient d'être extrait de la veine.

M. Magendie a prouvé, par des expériences aussi ingénieuses que décisives , que le sang des scorbutiques est moins coagulable, parce qu'il contient moins de fibrine, et que c'est à cette défibrination que l'on doit rapporter les hémorrhagies {Leçons sur les phénomènes physiques de la vie, t. il, p. 316; 1837). Il a produit une espèce de scorbut en injectant dans les veines des animaux du .sang privé de fibrine , ou bien une solution de sous-carbonate de soude ou de potasse. Les phénomènes morbides qui se montrent alors sont semblables à ceux offerts par les scorbutiques; on trouve des congestions dans Iç poumon, dans la rate, et l'on provoque des hémorrhagies. M. James n'a fait que reproduire et développer les importantes recherches de M. Magendie {Considérât, physiolog. et patholog. sur les altérations du sang dans le scorbut; voy. Gazette médic, t. 11, juin 1838). On n'a que de très-rares occasions de rencontrer aujourd'hui, dans nos villes^ ces affections scorbutiques graves qui sévissaieot naguère dans Paris, à l'hôpital Saint-Louis et à k Salpêtrière. C'est à peine si les médecins de la marine peuvent en trouver quelques exemples.

AI. Andral a fait récemment, avec M. Gavarret, l'analyse du sang d'un scorbutique, et il a trouvé 1,6 en fibrine, 1 19 en globules, et 86 en matériau! solides du sérum ; dans une seconde saignée, le san^ offrait la même quantité de fibrine, 1 1 1 en globules, 8f; en matériaux solides du sérum {L'ssai d'hématO" logic, p. 131 ; 1843). La diminution absolue de la fibrine est, suivant M. Andral, la cause des hémorrhagies scorbutiques; les globules sont au.^si dioii-

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nues, mais ce n'est pas cette diminution qui détermine les hémonhagies. M. Andral a démontré que daus la chlorose la plus marquée, où l'abaissement des globules est considérable et la fibrine non altérée, il n'y a pas d'hémorrhagie. 11 fait d'ailleurs remarquer que le sang peut être tellement épuisé, qu'après avoir perdu ses globules, il arrive à perdre de sa fibrine {Hématologie , p. 134). Nous sommes porlés à croire que celte dernière altération doit avoir lieu assez promptement chez les scorbutiques , lorsque le mal est parvenu à cette période où des hémorrhagies se produisent par un grand nombre de voies.

M. le docteur Rodes a publié récemment les résultats de plusieurs analyses de sang recueilli chez trois malades atteints de pourpre hémorrhagique ; dans un premier cas de pourpre chronique datant de six mois et accompagné de pétéchies, d'ecchymoses, d'épistaxis et d'hémorihagies des gencives et de l'intestin. Une première saignée fut faite et donna les chiffres suivants : fibrine, 1,315. Seconde saignée : fibrine, 1,146 ; globules, 121,280; matériaux organiques du sérum, 79,778; inorganiques, 8,864 ; eau, 788,931; perte, 1. Troisième saignée : fibrine, 1,286; globules,! 26,372 ; matériaux organiques, 75, 284 ; inorganiques, 9,160; eau, 787,896: perte, 2. Le sang du deuxième malade atteint de varicelle, de pourpre hémorrhagique fébrile et d'épistaxis n'offrit aucune altération bien tranchée (fibrine. 2,7659; globules, 112,0528; matériaux inorganiques, 9,533; organiques, 85,793; eau, 789,855); il en fut de même dans un troisième cas de pourpre fébrile sans hémorrhagie (fibrine, 1,923; globules, 142; matériaux inorganiques du sérum, 7; organiques, 74; eau, 733 (^Analfses du sang et ohsen^ations de maladies dans lesquelles la diminution de la Jibrine, par rapport aux globule s, Jai^orise la production des hémorrhagies; Mém, de méd., chir.et pharm. milil., p. 179, t. lix; 1845). La fibrine n'a que faiblement oscillé autour de son chiffre physiologique si ce n'est chez le premier malade dont l'affection se rapprochait du scorbut des gens de mer. Du reste, on conçoit que pour que les analyses chimiques du sang aient toute leur valeur, il (aut que le scorbut ne soit pas lié à l'existence d'une affection aiguë fébrile ou inflammatoire.

M. Andrew Henderson , qui a observé le scorbut à la terre de Van-Diemen et daus la Nouvelle-Galles, croit à la diminution et même à l'absence de la fibrine {du Scorbut et de son traitem. préserval, et curatij\ extrait du Edinb. medic. and surg.journ.^ juill. 1 839). 11 a vu le sang tiré de la veine tantôt se coaguler et tantôt lesler fluide; dans ce dernier cas, il ressemble à une gel(';e peu épaisse et coule comme de l'eau; s'il se coagule, le caillot est d'une couleur

noire, très-mou , friable , plutôt convexe que relevé sur ses bords, et couvert d'une couche dure, striée, de couleur veidâtre. Lind avait déjà observé sur le sang tiré de la veine un mélange de raies obscures et vermeilles {loc. cit., p. 431). Les stries verdâ- Ires dont parle M. Henderson ne sont probablement que des rudiments de couenne imparfaite. Le sérum est fort abondant et jaunâtre.

M. Magendie pense que le sang renferme plus de sels alcalins que dans l'état normal, et que c'est à cette cause que tiennent les altérations de consistance du sang et les hémorrhagies. MM. Andral et Gavarret ont trouvé que le sang qui contenait le maximum d'alcali libre appartenait au sang du scorbutique dont nous avons donné plus haut l'analyse {Hématologie , p. 138). M. Fremy avait déjà fait une remarque semblable. Des analyses chimiques plus nombreuses pourraient seules établir l'exactitude de ce fait. Jusqu'à présent, on ne connaît que très-imparfailement les changements de proportion des sels du sang dans les maladies. M. Denis a fait de louables efforts pour déterminer ces proportions dans les phlegmasies, où il admet que les sels alcalins sont en pius grande quantité, et que c'est à leur action que l'albumine doit d'être transformée en fibrine. Si l'augmentation des sels du sang dans les phlegmasies était prouvée, on devrait admettre que ce n'est pas cette cause qui produit l'état de dissolution du sang dans le scorbut où l'alcalinité est augmentée. Quoi qu'il en soit , le sang se présente avec des propriétés physiques tout à fait opposées dans les inflammations et dans le scorbut; il est plastique, éminemment coagulable et couenneux dans les premières; mou, fluide, sans cohésion, dissous et non couenneux dans le second; cette différence tient aux quantités diverses de fibrine qui existent dans l'un et l'autre sang.

L'alcalinité plus grande du sang des scorbutiques avait été admise par Huxham, qui lui a attribué, bien avant les observateurs modernes, les altérations que l'on remarque ,dans ses propriétés physiques et chimiques. « On sait, dit-il, que les alcalis volatils mêlés au sang qu'on vient de tirer ou tandis qu'il sort de la veine, l'empêchent de .se figer et de se décomposer en caillot et eu sérosité comme il a coutume de faire : l'expérience est aisée, et tout le monde peut la répcHer. Ce sang ressemble parfaitement à celui qu'on tire des scorbutiques et de la plupart de ceux qui sont attaqués de fièvre pétéchiale, surtout lorsqu'on les saigne de bonne heiue » {loc. cit., p. 70). Le remarquable rapprochement fait p.'ir lluxham, entre le .'^ang des scoibuliques et le sang rendu alcalin par l'expérimentation, mérite l'attention des hommes qui s'occupent de pathologie humorale. Les expériences de M. Magendie .sont venues

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prêter un nouvel appui aux idées émises par lillustre médecin anglais.

Un chimiste anglais, M. Busk, dit avoir trouvé, en analysant le sang de plusieurs scorbutiques, Tliématosine cousidérablement diminuée, et, au contraire, la fibrine, l'albumine et les sels augmentés. M. Budd, qui rapporte cette analyse, croit que l'altération essentielle consiste dans la nature des sels (cit. extr. de la thèse de concours de M. Victor Stoeber : De V Influence que l' analyse cJiimique et la micrographie ont exercée sur la pathologie et sur la thérapeutique, p. 29, in-4^; Strasb., 1845).

B. Ilémorrhagies. — Une lésion qui frappe tout d'abord et qui se montre, d'une manière constante, chez les sujets qui succombent au scorbut, est Tépanchement sanguin que l'on rencontre dans la plupart des organes, et dont Lind nous a laissé une description si complète.

La peau présente en plusieurs points, et principalement sur les jambes, les cuisses et les bras, des ecchymoses de diffi^renles dimensions, des taches bleues, noires, rouges ou jaunes qui proviennent du sang infiltré dans le tissu cellulaire, en quantité variable (voy. Symptômes). On trouve aussi des foyers sanguins sous la peau et dans les interstices des muscles, dont les fibres sont infiltrées de sang, noirâtres, friables, ramollies et quelquefois rompues. Souvent les muscles sont tellement gorgés de sang qu'ils en sont indurés, parsemés de foyers hémorrhagiques, et comparables à une espèce de marbre noir.

D'autres organes sont également affectés d'hémorrhagies : il en existe dans les poumons, qui sont noirâtres, friables, et le siège de foyers et d'indurations hémorrhagiques, ou d'une simple congestion atonique. La cavité des plèvres contient parfois une sérosité rougeâtre très-abondante (Lind, t. i, p. 432). M. Papavoine a constaté l'existence d'hémorrhagies dans la cavité du péritoine et du péricarde [Bechcrch. sur les altérations du sang dans diverses maladies ; Journ. hebdom.j t. ix, p. 303; 1833). D'autres observateurs ont aussi retrouvé des épanchements séro-sanguinolenls dans une ou plusieurs cavités séreuses. Les hémorrhagies se font à la surface de toutes les membranes et dans l'intérieur de tous les viscères. Buerhaave dit que les poumons, le foie, la rate, le pancréas, les intestins, les reins, l'utérus, etc. , en sont le siège {loc. cit., p. 006; voy. aussi Camille Versari, du Scorbut, extr. des journ. ital. , in Journ. des progrès , t. ni, p. 1 4G ; 1 827 ). M. Andrew Henderson a trouvé dans trois cas du sang très-fluide épanché dans le thorax, en très-grande quantité; chez un autre malade, la cavité des plèvres et de l'abdonicn était remplie d'une sérosité sanguinolente {loc. cit.).

G. liamolU s sèment. — La diminution de consis-

tance d'un très-grand nombre de tissus a fait admettre par beaucoup d'auteurs une disposition de tout le solide vivant à la putréfaction. Le ramollissement se remarque surtout dans le cœur, qui est noirâtre, et se laisse déchirer par la moindre pression. Lorsque la maladie est portée à un degré extrême, le système osseux lui-même est ramolli et infiltré de sang. Lind nous apprend que les côtes sont quelquefois séparées de leurs cartilages, la partie spongieuse des os ramollie et les ligaments des articulations corrodés et détachés. « Au lieu de trouver dans les jointures le doux mucilage huileux qui les lubrifie, elles ne contiennent qu'une liqueur verdâtre... Tous les jeunes gens au-dessous de dix-huit ans avaient, en partie, leurs épiphyses séparées du corps de l'os. »

Lorsque les malades succombent aux progrès du scorbut endémique, presque tous les viscères sont altérés à différents degrés. Les gencives sont gonflées et saignantes (voy. 6ym/7Mmc5); la langue est hypertrophiée, ramollie, ulcérée ainsi que les joues. On trouve la membrane muqueuse de l'intestin ramollie et ecchymosée en un grand nombre de points; les glandes du mésentère volumineuses. Le foie est gorgé d'un sang noir et souvent volumineux et hypertrophié comme dans les plus fortes congestions. La rate est trois à quatre fois plus grosse que dans l'état naturel; elle est tellement ramollie a qu'elle tombe en pièce lorsqu'on la manie, absolument comme si elle n'était composée que de sang coagulé » (Lind, p. 438). La cavité abdominale est souvent pleine de sérosité. Lind dit qu'on en trouve aussi dans la poitrine et dans d'autres endroits, et comme il parle ailleurs de l'enflure des jambes, on peut se demander si les hydropisies doivent être rattachées à l'affection scorbutique ou si elles ne sont qu'une complication. Peut-on croire que l'altération du sang, qui fait les hémorrhagies, peut produire l'épanchement de sérosité ? Nous nous garderons bien de faire une réponse à ces questions, qu'il nous suffit d'avoir posées. M. Kéraudren explique la production de l'œdème et des collections séreuses par la gêne de la circulation, qu'il compare à celle causée par une maladie du cœur (thèse cit., p. 27 ).

Le cœur est parfois distendu par du sang noir liquide ou coagulé; on a vu les oreillettes aussi grosses que le poing et remplies de sang coagulé (Lind, p. 434); dans d'autres cas son tissu est ramolli et décoloré. Les auteurs ont souvent désigné sous le nom de gangrène celte altération du tissu cardiaque. On trouve dans le poumon des noyaux d'apoplexie et des congestions sanguines vers les parties déclives. Les muscles sont comme gangrenés,» infiltrés de sang noir et tombent en pièces dès qu'on les manie » (Lind, p. 434). Le cerveau est toujours sain.

On peut ranger parmi les lésions indépendantes

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lu scorbut les abcès rencontrés par Lind dans les lines et les aisselles, l'hypertrophie des glandes de ;es régions, les adhérences des plèvres et du péricarde , les ulcérations de la membrane muqueuse de l'intestin, et un grand nombre d'altérations dont le Foie, le mésentère, la raie et le péritoine sont le siège, et que les auteurs ont rapportées à tort au scorbut (voy. Hoffmann, loc. cit., p. 372). Du reste, il faut être prévenu que les altérations tendent ï se généraliser , et qu'il n'est presque aucun org^ane, si ce n'est le cerveau, qui ne puisse offrir quelque lésion, lorsque le scorbut a pris une grande intensité et lorsqu'il sévit d'une manière cndémi- [{ue.

Sj-mplomatologic. — Lind décrit les symptômes suivant leur ordre d'apparition ; il dislingue parmi eux les symptômes constants et ceux qui sont variables ou accidentels, et les comprend dans trois périodes , qui ne sont, en définitive, que des degrés plus ou moins avancés des mêmes symptômes. Les périodes d'imminence, d'invasion, d'accroissement et de progression mortelle admises par le docteur Versari, .sont communes à loules les maladies et empruntées d'ailleurs à la description de Lind. Nous étudierons chaque symptôme dans toutes ses phases, en commençant toutefois par ceux qui ont le plus d'importance et qui se manifestent les premiers; nous les disposerons ensuite suivant leur ordre naturel d'évolution , quand nous décrirons la marche et la durée de l'affection scorbutique.

Lessignes avant-coureurs que l'on observe d'abord sont la décoloration de la peau du visage qui devient bouffi, parfois jaunâtre et livide, la débilité, le besoin de garder le repos le plus absolu, la teinte livide des lèvres et de la membrane muqueuse des paupières, la tristesse et le découragement (Murray). Les symptômes qui succèdent à ceux que nous venons de citer, et qui marquent le début de la maladie, sont la lassitude , la faiblesse des membres et la dyspnée après le moindre exercice.

Péléchics ; ecchymoses ; héinorrhngîes souscutanées. — La peau est sèche, rude, comme chagrinée, ou luisante et lisse au toucher ; elle se couvre de taches rouges, bleuâtres, livides ou njiires, formées par le sang cxtravasé entre le derme et l'épiderme, comme dans les contusions. Les jambes, les cuisses, les bras , la poitrine et le tronc sont, par ordre , les parties sur lesquelles se développent les péléchies; on les voit plus rarement apparaître sur le visage; leur nombre et leurs dimensions sont très-variables : il est rare qu'il n'en existe pas plusieurs sur les différentes régions que nous venons d'indiquer; tantôt elles constituent de petites taches imitant celles qui sont produites par l(;s piqûres de puces, tantôt elles ont la largeur d'une lentille, de la paume de la main,

ou occupent presque toute la longueur d'un membre. Leur contour est ordinairement irrégulier et de couleur jaunâtre. Du reste, rien n'est si variable que la couleur des ecchymoses scorbutiques; elles sont noires, violacées, en un point, jaunes, rougeâtres et pourprées dans un autre, suivant les quantités de la matière colorante du sang épanché et .suivant l'activité de l'absorption et l'âge de la tache hémorrhagique. La peau qui est le siège de ces diverses colorations ressemble àcertains marbres, dont elle possède souvent la dureté, parce que l'infiltration sanglante s'étend jusqu'au tissu cellulaire sous-cutané, et dans l'intervalle des muscles. Lorsque le sang est ainsi combiné avec le tissu de la peau et les parties subjacentes, la peau acquiert la durelé du cuir, et nous ne pouvons donner une idée plus juste de la sensation éprouvée par le doigt qui explore, qu'en la comparant à celle fournie par certains œdèmes durs des membres inférieurs, La peau adhérente aux tissus environnants a perdu toute mobilité, elle est sèche, rude et tres-sensible à la moindre pression, dans les lieux qui correspondent aux hémorrhagies sous-cutanées et épidermiques ; dans des cas assez rares, on observe des squames ou de petites éruptions miliaires (Lind, p. 217). Dans la convalescence, les taches hémorrhagiques disparaissent, mais lentement, et l'on conçoit qu'il s'écoule un temps assez long avant que les tissus pénétrés d'une grande quantité de sang reprennent leur couleur et leur texture normales.

Ramollissement et hémorrhagie des gencii^es. — La plupart des scorbutiques ont, dès le début de la maladie, les gencives tuméfiées, d'un rouge livide, spongieuses, très-molles, faiblement adhérentes aux dents et saignantes pour peu qu'on les touche avec les doigts; si le mal fait de nouveaux progrès, les gencives sont ulcérées , se couvrent de petites tumeurs rougeâtres semblables â des grains de cassis qui se rompent et fournissent une petite quantité de sang. Il s'écoule .sans cesse des gencives un liquide sanguinolent qui donne à l'haleine des malades une horrible fétidité; une matière purulente est fournie quelquefois par les gencives ulcérées, quelques-uns disent gangrenées. On a observé aussi un flux salivaire abondant chez un grand nombre de malades; il existait chez deux scorbutiques gravement affectés, que l'un de nous a eu occasion de traiter. Les dents, n'étant retenues qu'imparfaitement dans leurs alvéoles , à cause du ramollissement des gencives et du périoste, vacillent et finissent par tomber. Les douleurs que les malheureux scorbutiques éprouvent dans les gencives sont souvent très-fortes cl les empêchent de manger des substances alimentaires solides. 11 est rare que la membrane muqueuse du voile du palais et de l'arrière-bouche soit ramollie ou ulcérée, et que la mâchoire se carie ; les lèvres ne

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participent pas non plus au travail pathologique dont les gencives sont le siège (Lind, p. 220). Van Swieten dit avoir vu des hémorrhagies se faire par les gencives et par les lèvres {loc. cit., p. 608) ; M. Papavoiiie par les yeux et le nez [Recher. sur les aitér. du sang ; Journ. hebdom., t. ix, p. 352 ; 1832).

Symptômes fournis parles appareils de locomotilité et de sensibilité.— oL'inaclivité, l'amour du repos, se montrent des le début; les malades ne peuvent surmonter la répugnance qu'ils ont à se mouvoir. Ils ressentent des douleurs générales dans tous les os, mais surtout dans les jointures des membres inférieurs , dans les genoux , et dans les lombes. Les douleurs scorbutiques, en général, sont trèssujetles à changer de place, et toute espèce de mouvement les augmente toujours. Le mouvement augmente principalement la douleur du dos et la rend très -fâcheuse» (Lind, p. 207). Les douleurs résident dans les muscles et tiennent souvent aux hémorrhagies qui se font entre les fibres musculaires ainsi qu'au gonflement des membres.

On observe aussi chez les scorbutiques, et dès les premiers temps de la maladie^ un œdème qui, d'abord limitéaux malléoles et ne se montrant que le son, gagne bientôt tout le membre. Suivant Lind, le gonflement ne cède pas aussi aisément à la pression du doigt et en conserve plus longtemps Tempreinle que l'œdème ordinaire. Il est étendu uniformément à tout le membre, et devient quelquefois énorme; souvent, on observe sur la peau distendue de larges ecchymoses. 11 ne faut pas confondre l'induration causée dans les tissus par l'infiltration séreuse avec celle qui dépend de Tinfillralion sanglante ; celle-ci est rarement aussi considérable et aussi uniforme. Nous sommes portés à croire que l'œdème lorsqu'il est limité aux tissus qui viennent d'être le siège d'infiltrations sanglantes est le résultat de cet afflux de sérosité qui concourt à la résorption du sang épanché. S'il est considérable, et s'il occupe les deux membres inférieurs ou tout le corps, il existe certainement quelque complication. Les tumeurs que forme l'extravasation du sang, quoique très-étendues dans certains cas, occupent des points plus circonscrits, comme la partie postérieure ou interne de la jambe, ou de la cuisse. L'un de nous a eu occasion d'observer une de ces infiltrations dans toute l'épaisseur des muscles de la région postérieure de la cuisse. Lind a vu le gras de la jambe entièrement durci et sans aucune enflure (p. 2 1 8). Le mouvement est impossible dans les mu,scles ainsi altérés; «dans lii seccmde période de la maladie, les tendons des muscles fléchisseurs de la jambe sur la cuis\se se retirent, le genou devient enflé et douloureux, et le malade perd l'u-sage de ces parties. On observe d'assez bonne heure une roideur dans les (cndms, et une faib!e;.oe de geuoux, qui se terminent

généralement par le retirement de la jambe et par l'enflure de l'articulation» (Lind, p. 218).

S'il existe aux membres inférieurs un ulcère ou une plaie, comme il est fréquent de le voir chez les marins, la surface de la plaie prend une couleur livide et bleuâtre, se tuméfie, se couvre de f on go.si tés molles- saignantes; en même temps les chairs sont baveuses, très-sensibles , végètent avec grande rapidité , et fournissent souvent une très-grande quantité de sang qu'il est difficile d'arrêter. Les plaies scorbutiques sont aussi disposées à se gangrener. Les moindres blessures, les contusions, présentent les caractères que nous venons de signaler ainsi que toutes les plaies scorbutiques. Les cicatrices se rouvrent quelquefois par suite du ramollissement du tissu cicatriciel. «La peau se crève surtout dans les endroits où il a paru d'abord des tumeurs mollasses , douloureuses et livides. Ces crevasses dégénèrent en des ulcères fongueux , sanguinolents» (Lind, p. 224). C'est dans la dernière période de la maladie qu'on observe ces graves désordres ainsi que ceux dont le système osseux est le siège. Lind assure qu'il a entendu sur plusieurs malades un cliquetis d'os lorsqu'ils se remuaient ; en pareil cas, les cartilages du sternum sont ramollis et en partie détachés des côtes. Il dit aussi que les lames des os s'écartent , et même se carient dans la forme la plus grave du scorbut {loc. cit., p. 221).

La plupart des malades jouissent du plein exercice de leur intelligence et de leurs sens. Ils sont abattus, découragés , mais se trouvent bien lorsqu'ils gardent le repos : au moment où ils se réveillent , ils éprouvent un sentiment de courbature et de fatigue générales (Boerhaave , aph. 1151, loc. cit., p. 600), très-rarement de la céphalalgie : on observe de fréquentes hémorrhagies par les narines; l'écoulement sanguin reparaît à chaque instant.

Jppareil respiratoire. — Au moindre mouvement que fait le scorbutique, et surtout quand il marche sur un terrain difficile, il se manifeste de l'essoulflement et de la dyspnée. Ce symptôme est un des plus constants de la maladie, et a lieu dès le début : «Difficilis, anhelosa, ad motus vel parvos fere defî- « ciens respiratio »(Boerhaave, p. 602). « La poitrine est le siège le plus ordinaire des douleurs scorbutiques; la conslriction et l'oppression de cette partie, avec des douleurs de côté, qiii se font sentir lorsqu'on tous.se, sont ordinaires dans cette maladie» (Lind, p. 207). Les troubles de la respiration tiennent-ils à une lésion bien déterminée du poumon, du cœur ou de leurs enveloppes ? Lind nous apprend qu'il a toujours trouvé des épanchements , ou quelques affections du poumon ou du péricarde, lorsque la respiration avait été très-gênée (p. 433). Il peut en être ainsi chez un certain nombre tic scoibuliqucs; mais souvent aussi , ces

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troubles dépendent de l'appauvrissement du sang, de la faible contraction du cœur, et on ne peut mieux les comparer, il nous semble, qu'à cette difficulté de respirer dout se plaignent les chlorotiques et les anémiques. Il est très-probable que telle est la cause la plus ordinaire de la dyspnée chez les scorbutiques, surtout dans les premiers temps de la maladie. On est presque sûr que la dyspnée a une pareilli; origine lorsqu'elle n'est point continue, et se montre au moment où les malades font quelques mouvements, ou se tiennent debout. La constriction et l'oppression de poitrine, avec des douleurs de côtés et de la toux, ont été observées par Lind : il est probable qu'il existait dans ce cas quelque complication thoracique. Eugalenus établit avec le plus grand soin la distinction dont nous venons de parler; il savait très-bien que la dyspnée peut tenir à une affection thoracique (ouvr. cité, p. 11).

Appareil circulatoire. — Le scorbut est une maladie essentiellement apyrétique; les meilleurs auteurs s'accordent tous sur ce point, et quand on voit le pouls s'accélérer et la température de la peau s'élever, on peut être sûr qu'il se développe quelque complication; tantôt c'est une pleurésie ou une pneumonie et tantôt une autre affection viscérale qui détermine la fièvre. C'est donc avec raison que Lind déclare mortelle toute espèce de fièvre qui se montre i^ers la fin du scorbut, parce qu'elle se rattache à quelques maladies concomitantes. 11 dit qu'on peut avec raison mettre la fièvre au rang des symptômes accidentels (p. 212). Van S\^ieten assure qu'elle survient dans les dernières périodes de la maladie [loc. cit.^ p. 613). Il peut se faire que le trouble général de toutes les fonctions, causé par l'altération profonde des liquides, provoque une sorte de fièvre hectique symptomatique de la maladie du sang. Le pouls est ordinairement ralenti et plus faible que dans l'état de santé. M. Andral nous a dit avoir constaté trois fois dans les artères de malades atteints de scorbut des bruits de souffle pareils à ceux de la chlorose et de l'anémie; celte observation a une grande valeur, car elle nous permet de rapporter à l'altération du sang un certain nombre de phénomènes morbides qui ont la plus grande analogie avec ceux que nous offrent les chloro-anémiques.

Les scorbutiques ont des palpitations et sont disposés à tomber en syncope lorsqu'ils se livrent à quelque mouvement. Quelques-uns d'entre eux, parvenus à une période avancée de leur mal, meurent ainsi au moment où ils font des efforts pour marcher. «S'il leur arrive quelquefois d'essayer seulement de se mettre sur leur séant , dit Forestus, ils se trouvent mal aussitôt et tombent en syncope, comme si la respiration leur manquait; et dès qu ils se recouchent, ils revieunenl à eux et respirent plus

librement (t. ii, lib. xx, obs. 11, p. 418). On ne peut s'empêcher de comparer ces accidents à ceux que l'on observe chez les malades anémiés par des hémorrhagies considérables : on sait que la position verticale ou assise les fait tomber en syncope, et que si l'on place la tête sur un plan horizontal, ou mieux encore sur un plan plus déclive que celui occupé par les pieds , on appelle une quantité suffisante de sang vers l'extrémité céphalique pour stimuler et ranimer l'innervation cérébro-spinale. Daus iachloroanémie spontanée , les symptômes sont les mêmes et produits par la diminution des globules et les qualités moins stimulantes du sang. Faut-il attribuer à la même cause les défaillances des scorbutiques? Nous .sommes tentés de croire que telle e^t bien la cause des accidents que Ton observe; la diminution de la fibrine seule ne les produit pas le plus ordinairement. Elle amène cet état adynamique et de prostration qui est si prononcé dans la fièvre typhoïde; mais cet état diffère essentiellement de ladynamie de la chlorose.

Appareil digestif. — Les lèvres font pâles et décolorées, quelquefois bleuâtres. On observe chez quelques malades une salivation abondante. L'appétit est conservé pendant longtemps; mais vers la fin de la maladie, les sujets ne mangent qu'avec répugnance, et les douleurs que leur cause le ramollissement des gencives ne font qu'accroître encore celte répugnance. La digestion n'est pénible et difficile à se faire qu'à l'époque où le solide vivant est affaibli et où il existe un trouble général de toutes les fonctions.

Un certain nombre de malades éprouvent des douleurs vagues dans l'hypochondre droit et gauche. La constipation n'est pas rare dans les premières périodes du scorbut ; elle e^t remplacée vers la fin par une diarrhée abondante; les selles contiennent assez souvent du sang en assez grande quantité, liquide ou en caillots noirâtres; les matières des évacuations alvines sont en général très- fétides.

V urine n'offreaucun caractère particulier: tantôt elle est tout à fait normale et tantôt pâle, anémique, ou colorée par du sang qui provient des voies urinaires.

Marche; durée; terminaison. — Nous avons dit avec Lind que les symptômes du scoibut ne se montraient pas dans un ordre constant et invariiible; ils acquièrent chaque jour une nouvelle intensité si l'on ne parvient pas à maîtriser le mal. Boerhaave a résumé avec son talent habituel les principaux symptômes du scorbut; nous ne croyons pas qu'il soit possible d'en offrir une desciiplion plus exacte cl qui fasse mieux connaître la marche que suif la maladie : «Une paresse extraordinaire; un engourdissement; une envie insurmontable de rester assis ou couché; une lasiitud« spontanée par tout le corps; une pe-

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santeur dans tous les muscles comme on en ressent après de grandes fatigues, surtout dans les jambes et dans les lombes ; une difficulté extrême de marcher principalement quand il faut monter ou descendre ; le matin, en .s'éveiliant, un sentiment doulouieux comme si on avait tous les muscles fatigués et rompus (aph. 1151). La respiration devient courte, difficile et manque presque tout à fait aux moindres mouvements; les jambes enflent et désenflent, et on y éprouve un seniiment de pesanteur qui les rend immobiles; on aperçoit des taches rouges, brunes, jaunes, violettes; le teint devient plombé; la bouche commence à sentir mauvais; les gencives sont gonflées, douloureuses; on y sent de la chaleur et de la démangeaison, et elles saignent pour peu qu'on les presse ; les dents sont à découvert par Técartement des gencives et elles branlent dans leurs alvéoles; différentes douleurs vagues causent des tourments inexprimables dans toutes les parties du corps, tant intérieures qu'extérieures, dans la plèvre, dans l'estomac, dans l'intestin, dans le foie, dans la rate; il y a enfin différentes hémorrhagies, mais peu considérables dans cette période. Les gencives se putréfient, sentent une odeur cadavéreuse, s'enflamment, saignent et se gangrènent; les dents s'ébranlent, jaunissent, noircissent, se carient; il se forme des anneaux variqueux aux veines ranines; il survient des hémorrhagies souvent mortelles par la peau même, sans apparence de plaies, par les lèvres, les gencives, la b(mche, le nez, les poumons, Testomac, le foie, la rate, le pancréas, les intestins, la matrice, les reins, etc. ; il se forme par tout le corps, surtout aux jambes, des ulcères de très-mauvais caractère, opiniâtres, qui ne cèdent à aucun remède, qui dégénèrent facilement en gangrène, qui passent d'un endroit à un autre et qui répandent une odeur trèsfétide. On observe quelquefois aussi , dans cette période, des écailles sur la peau, une espèce de gale, une petite lèpresèche.Le sang tiré des veines a sa partie fibreuse noire, grumeleuse, grossière et cependant dissoute; sa partie séreuse est salée, acre, couverte à sa surface d'une mucosité jaune , verdâtre; on sent des douleurs vives, lancinantes , rongeantes, qui passent vite d'un endroit dans un autre , qui augmentent pendant la nuit, dans tous les membres, dans les jointures, dans les os, dans les viscères; il paraît sur la peau des taches livides» {Commentaire sur les nphon'smcs, loc. cit.).

Le scorbut affecte ordinairement une marche chronique et reste apyrétique, à moins qu'il ne se développe quelque lésion viscérale profonde, ou quelque ép;inchcment dans les cavités séreuses. C'est alors que l'on voit cesser Tétat apyrétique et le scorbut devenir c/initfi; le pouls s'accélère, la (empérature de la peau s'élève, et pour peu que l'on porte son in-

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vestigation sur les organes intérieurs, on ne tarde pas à découvrir quelques-unes des lésions concomitantes que nous indiquerons plus loin.

Si l'on n'a pu parvenir à entraver la marche des accidents scorbutiques, les hémorrhagies qui ont Heu par différentes voies (nez, poumon, estomac, intestin, rectum, reins, ulcères, plaies) amènent une terminaison funeste ; le malade succombe alors au milieu d'une syncope, par l'effet de l'altération du sang et d'une sorte de chloro-anémie. D'autres fois , la durée de l'existence est raccourcie par le développement d'une maladie intercurrente, d'un épanchement dans la plèvre, d'une dysenterie, d'une diarrhée incoercible par exemple. Si la convalescence s'établit , soit par l'effet d'un traitement convenable, soit parce que l'on est parvenu à soustraire le malade aux causes qui avaient déterminé le développement du scorbut, on voit alors disparaître d'abord les symptômes les plus graves; les hémorrhagies cessent; les pétéchies, les douleurs musculaires t;e dissipent; les forces reviennent, et les gencives se raffermissent. La convalescence est assez ordinairement rapide, mais les rechutes sont à craindre si les causes qui ont prodilit le mal continuent à agir.

Espèces et variétés. — On peut tout au plus indiquer sous ce titre le scorbut sporadique et le scorbut endémique \ ils peuvent se déclarer l'un et l'autre sur terre. Le scorbut de mer n'est différent de celui qui se manifeste ù terre, dans certaines parties du globe, que par son intensité (voy. Étiologie),

Complications. — On connaît mal la nature et le siège des complications que produit l'affection scorbutique; on ne doit pas ranger sous ce titre les désorganisations viscérales, qui sont l'effet de l'altération croissante du sang ; le ramollissement du cœur, les apoplexies et les diverses congestions non inflammatoires des parenchymes, l'hémaiémèse, le ramollissement des os, la rupture des muscles, etc., ne doivent pas être considérés comme des complications.

Broussais pense que toutes les désorganisations que l'on rencontre chez les scorbutiques résultent de la phlegmasiedes viscères [Examen des doctrines, t. IV, p. 18). Cette assertion ne repose sur aucun fait bien établi. Les ramollissements de l'estomac, de l'intestin et des gencives , auxquels Broussais attribue cette origine, sont le résultat d'un ramollissement tout à fait étranger à l'inflammation. Celle-ci a-t-elle de la tendance à compliquer le scorbut? On est tenté de répondre par la négative lorsqu'on se rappelle que la défibrination du sang doit s'opposer au facile développement des inflammations. Cependant, comme les données fournies par la théorie ne valent jamais celles que l'on puise dans l'observation clinique, il faut attendre de nouveaux faits avant de se prononcer sur une pareille question. Les auteurs parlent d'cpanche-

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ments séreux et séro-sanguinolents de la plèvre, du péritoine, du péricarde : ces épanchemenls sont étrangers au travail phlegmasique ; toutefois, nous ne refusons en aucune manière de croire que le développement des phlegmasies est encore possible dans le scorbut , malgré la défibrination du sang. Nous appelons sur ce point de pathologie raliention des médecins qui sont en position d'observer le scorbut. Lind a noté fréquemment des douleurs de côté, de la gêne de la respiration et de la toux, et il croit que la poilrineest souvent affectée {foc. cit.^ p. 210 et 225). Ces symptômes se rapportent-ils à une pleurésie ou à une pneumonie? Fréd. Hoffmann a insisté avec soin sur les symptômes qui distinguent hjausse pleurésie scorbutique de la véritable (loc. cit., cap. I, p. 370).

Les auteurs parlent de fièvres colSiquatives, accompagnées de sueurs, de convulsions (Poupart), de paralysie (Eugalenus, Willis, Gharleton, Boerhaave), de rétraction des membres; ces accidents tenaient sans aucun doute à quelque complication (voy. aussi Fréd. Hoffmann, loc. r?/L,p. 370). Quant au ramollissement du foie, de la rate, du pancréas, du mésentère, cité par Boerhaave (loc. cit., p. 612), il dépend du scorbut; il en est de même de la diarrhée et des selles sanguinolentes. La véritable dysenterie nous paraît être une complication.

Fréd. Hoffmann dit que la gangrène des pieds est commune chez les scorbutiques [de Scorbut o, loc. cit.^ p. 371). 11 peut exister aussi chez eux une affection vénérienne comme affection primitive, et alors !e scorbut est beaucoup plus grave.

Diagnostic. — Le scorbut a été confondu avec presque toutes les maladies, et spécialement avec celles qui s'accompagnent, entre autres phénomènes, d'hémorrhagies, de taches pourprées, de ramollissement des gencives, de douleurs rhumatismales, etc. H est inutile aujourd'hui de s'attacher à décrire les signes qui empêchent de confondre le scorbut avec d'autres affections. La chlorose et l'anémie donnent lieu à des syncopes, à des palpitations, à de l'essouflement et à une faiblesse très-grande; mais il n'y a d'hémorrhagies par aucune voie, ou du moins cellesci sont très-rares; on n'observe ni hydropisie, ni œdème, ni taches hémorrhagiques. Le purpura hœmorrhagica n'est qu'une forme de scorbut que nous confondons volontairement avec celui-ci. ht pourpre peut être aigu ou chronique et non fébrile. Le pourpre aigu fébrile est le symptôme de maladies générales dont l'altération du sang est un des éléments morbides les plus importants (voy. Nature). Le ramollissement des gencives , la chute des dents , les hémorrhagies sous-cutanées, intramusculaires et par d'autres voies, s'observent rarement dans le purpura ; m-iis cette différence tient uniquement à ce que le

le purpura n'est qu'un degré fort léger du scorbut endémique sur mer. L'un de nous a observé deux cas de scorbut intense qui ont été précédés pendant plusieurs mois de tous les signes d'un pourpre hémorrhagique simple et non fébrile. Toutes les fois que le purpura se rattache à une pyrexie, il ne peut plus être considéré comme un scorbut.

Pronostic. — Nous faisons reposer le pronostic 1^ Fur l'intensité des symptômes, 2*^ sur les complications, 3*^ sur la cause de la maladie.

1° Lorsque le sang s'infiltre dans un grand nombre de tissus ou s'écoule par différentes ouvertures naturelles, et par les plaies simples ou ulcéreuses qui existent à la peau, on a beaucoup de peine à guérir les malades; à plus forte raison, doit-on désespérer de leur vie quand l'altération profonde du sang donne lieu à des désordres graves dans les principaux viscères, à l'hydropisie, à la diarrhée et à des épanchements séreux ou sanguinolents. Les signes heureux sont la diminution des taches hémorrhagiques, le raffermissement des gencives, le retour de l'appétit, des forces, et le besoin d'exei cice.

2'' On doit regarder comme des complications dangereuses et souvent mortelles la dysenterie, l'hydropisie générale, les affections thoraciques, les vomissements, les convulsions, les paralysies, etc.

3° Le scorbut de mer est beaucoup plus grave que le scorbut de terre, à cause de la violence de ses symptômes. La maladie est toujours grave chez les hommes qui continuent à vivre sous l'influence des agents hygiéniques qui ont amené le scorbut : il faudrait pouvoir les soustraire entièrement à cette influence pour être sur que le mal, une fois guéri, ne reviendra pas. Si le scorbut est si grave à la mer, c'est précisément parce que les causes nuisibles ne cessent d'agir sur la santé des matelots.

Ètiologie. — Hoffmann et Boerhaave ont admis que le scorbut pouvait être transmis des pères aux enfants; cette opinion ne soutient pas le moindre examen (Lind, /oc. cit., p. 101). Quelques auteurs ont cru à la contagion du scorbut; mais ce mode de transmission est rejeté même parles médecins qui ont observé le scorbut de mer : les soldats et les matelots continuent à se servir des mêmes vases que leurs camarades affectés, vivent avec eux , et cependant ne contractent pas leur maladie. Elle ne se communique pas davantage par la dissection des cadavres (Lind, p. 104).

Endémie. — La maladie se développe manifestement sous l'influence de certaines causes locales qui peuvent agir sur une partie plus ou moins considérable de pays, sans cesser pour cela d'être endémiques. C'est à tort, suivant nous, que Lind appelle épidémique le scorbut qui se montre dans les armées, dans les villes étroitement assiégées, sur les vaisseaux

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(p. 108). La cause est locale, permanente et constitue rendémie. Nous devons nous demander si le scorbut n'a pas régné, à certaines époques, sur une ou plusieurs contrées, passagèrement et à la manière des épidémies accidentelles, des grandes épidémies dont la cause doit être cherchée dans une altération cachée et inconnue de l'air. A en juger par la fréquence du scorbut en Europe dans les deux derniers siècles, on peut croire qu'une influence tout épidémique a pu le produire. Ne sait-on pas en effet que des maladies endémiques et confinées dans certains lieux peuvent en sortir pour aller se répandre au loin, et indépendamment de toute contagion, sous l'empire du génie épidémique, comme Ta fait le choléra-morbus? Le scorbut ne s'est montré que trèsrarement sous forme d'épidémie.

Les causes les plus constantes du scorbut tiennent aux conditions hygiéniques permanentes dont l'homme est entouré. 11 faut chercher ces causes: 1** dans les circumfusa, 2*' les ingesta, 3° dans les autres agents de l'hygiène. L'ensemble de ces influences produit le scorbut endémique. Un seul de ces agents peut le déterminer, suivant quelques auteurs dont nous exposerons plus loin les opinions.

Circumfusa. — Walther croit que l'air de la mer renferme quelques exhalaisons subtiles et imperceptibles qui lui donnent des quaUtés nuisibles et toutes différentes de celles qui appartiennent à l'air que l'on respire à terre. Lind a réfuté l'assertion de Walther, qui ne repose sur aucun fait probant; on sait aujourd'hui que la couche d'air qui entoure la mer est chargée de vapeurs d'eau dont les quantités sont variables, et que c'est à la présence de ce dernier agent qu'il Faut attribuer les effets que l'on observe. Dailleurs, le scorbut règne d'une façon endémique dans un grand nombre de pays plus ou moins éloignés des bords de la mer.

Rouppe regarde ï air froid comme la cause déterminante du scorbut. Lind et Poissonnier-Desperrières, qui ont étudié avec soin les effets de ce puissant modificateur, lui refusent, contrairement k l'opinion de Rouppe, le rôle de cause déterminante. Lind fait remarquer que les marins qui naviguent entre les tropiques, et même sous la ligne, sont presque aussi exposés à la maladie que ceux qui voyagent dans les mers du Nord. Ou vit régner le scorbut sur la flotte de l'amiral Anson, après qu'elle eut quitté les côtes du Mexique. « Les matelots, mal équipés, qui couchent sur le tillac, qui n'ont pas de linge pour changer et laissent sécher sur eux leurs habillements mouillés , deviennent très-promptement scorbutiques » ( Poissonnier, Traité des maladies des i^cns de mer, p. 45. in-8°; Paris, 17G7). Au contraire, les officiers, qui sont bi«;n vêtus et n'essuient que plus rarement les mauvais temps, sont moins

exposés à contracter la maladie. Le froid doit donc être considéré comme un agent qui, à lui seul, ne peut produire la maladie, mais qui peut concourir à son développement et ajouter à l'action plus certaine et plus évidente qu'exerce l'humidité.

Vhumidité, unie au froid , est considérée par Lind comme la cause par excellence de l'affection scorbutique. L'auteur anglais montre, dans une description pleine d'intérêt, que si les marins sont si exposés au scorbut, ils le doivent à l'humidité continuelle qui environne leurs corps; l'air non renouvelé et toujours humide qu'ils respirent dans les entreponts , et la vapeur d'eau qui pénètre leurs vêtements etleurslits, exercent une action débilitante et nuisible sur tout l'organisme et finissent par triompher des meilleures constitutions. Nous verrons que d'autres causes concourent à développer la maladie et agissent à titre de causes prédisposantes.

Dans toutes les conditions hygiéniques où l'homme se trouve soumis d'une manière durable à l'influence d'un air humide et froid, il peut être atteint du scorbut. A une époque encore peu éloignée de nous, oti les lois de l'hygiène n'étaient point observées par les peuples, on voyait cette affection sévir d'une manière endémique dans toutes les grandes villes, dans les prisons, dans la demeure des artisans condamnés à vivre au milieu d'une atmosphère humide, non renouvelée et privée en grande partie de lumière solaire ( tisserands , potiers de terre , etc. ); on l'observe aussi chez les peuples qui habitent les bords de la mer Baltique, sur les côtes du Groenland, eu Norvège , etc. Les épidémies de scorbuts étaient trèscommunes pendant le moyen âge; l'une d'elles fit de grands ravages à Paris en 1669. On a souvent con^ fondu avec le scorbut le typhus des prisons, des camps, des hôpitaux, ainsi que les pyrexies accompagnées de taches hémorrhagiques. La maladie dont Lepecq de la Clôture a laissé une bonne relation était une pyrexie maligne (apud Ozanam , Histoire médicale des maladies épidémiques, t. iv, p. 109; Paris, 1835 ). Pouparl et Thibaut ont décrit le véritable scorbut épidémique observé sur les malades transportés à l'Hôtel-Dieu et à Saint-Louis.

La chaleur diminue les effets désastreux de l'humidité ; c'est à cette influence qu'il faut attribuer, suivant Lind, la fréquence et l'intensité moindres du scorbut chez les marins qui naviguent sous la ligne. L'humidité y est souvent très-grande, mais la chaleur extrême de l'atmosphère en contre-balance les funestes effets.

Pringle avait pensé que les émanations nuisibles qui se dégagent de l'eau croupissante renfermée dans la cale des vaisseaux pourraient bien être la cause du scorbut : les charpentiers et les hommes qui travaillent sans cesse dans les parties basses du navire

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ne sont pas plus exposés que d'autres à contracter la maladie. On sait d'ailleurs que l'air vicié par de pareilles émanations produit surtout des pyrexies de mauvaise nature.

Jngesta. — La qualité des aliments concourt à produire et à augmenter le scorbut. Lind considère « la nourriture dont on est obligé de se servir sur mer comme une cause occasionnelle du scorbut , parce qu'elle détermine, d'une façon particulière, les effets des causes prédisposantes à la production de cette maladie » {loc. cit., p. 1 50 ). Il attribue une influence nuisible à l'u âge des légumes secs, du biscuit de mer et surtout des viandes séchées et salées, de porc, de bœuf et de poissons. Les marins, obligés de vivre pendant longtemps de ces substances alimentaires, finissent par contracter le scorbut, s'ils ne peuvent y mêler de la viande et des légumes frais. Le chlorure de sodium, qui sert à conserver la plus grande partie des provisions dont on use dans la ra;irine,et qui entre, en grande proportion , dans les aliments qu'emploient les matelots, a été regardé comme la principale cause du scorbut; on a cru même qu'il pouvait agir en modifiant la composition du sang. Rien ne prouve que cet agent chimique puisse engendrer le scorbut. On a vu celte maladie se déclarer à bord de navires qui étaient abondamment pourvus de viandes et de légumes frais, et qui venaient de quitter le port. Lind a donné du chlorure de sodium à plusieurs scorbutiques sans voir leur mal s'aggraver. 11 fait remarquer que les viandes salées sont nuisibles, mais uniquement parce qu'elles sont durcies et plus difficilement attaquées par l'estomac.

La privation des végétaux frais est encore une cause très-puissante du scorbut de mer, dit Lind; lorsqu'elle est jointe à l'air humide et froid, elle manque rarement de le produire (p. 149). Il est probable que les végétaux frais , les fruits mûrs, acides et sucrés, ne sont si utiles pour prévenir le scorbut que parce qu'ils sont facilement digérés, assimilés, par l'estomac déjà affaibli. Nous sommes portés à croire que l'alimentation, lorsqu'elle est insuffisante et composée de substances en partie réfractaires au travail de la digestion, doit favoriser singulièrement la production de la maladie.

Les vêlements sans cesse mouillés qui couvrent habituellement le corps des marins peuvent-ils en empêchant la transpiration agir comme cau.se déterminante du scorbut? Les auteurs ont longuement discuté sur la manière d'agir du froid et de l'humidité : les uns ont soutenu que c'était en suspendant ou en diminuant la transpiration cutanée et pulmonaire, et en forçant le produit de ces sécrétions à rester dans le torrent circulaloire; d'autres attribuent à cet agent la propriété d'affaiblir tout le solide vivant.

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Nous plaçons parmi les causjîs occasionnelles du scorbut les émotions morales , le chagrin, la crainte, le désir de revoir son pays ou de toucher la terre après une longue et pénible navigation. Un de nous a vu, chez deux malades, le scorbut se déclarer sous l'influence de chagrins vifs et prolongés; aucune autre cause n'avait pu agir sur eux , car ils étaient dans l'aisance. Il en était de même dans deux cas observés par M. Papavoine ; un autre sujet était épuisé par la ma.sturbatiou (mémoire cité, p. 301). Chez les marins, le découragement et les fatigues continuelles qu'ils sont souvent contraints d'endurer lorsque leur navire est battu par la tempête ou désemparé après un combat meurtrier, sont des ciuses déterminantes du scorbut. Ce sont elles encore qui agissent sur les soldats assiégés dans une ville ou réduits à fuir devant un ennemi victorieux , sur les hommes détenus dans les prisons et sur les malades des hôpitaux. M. Papavoine fait observer avec raison que les causes morales, en affaiblissant le système nerveux , s'opposent à l'élaboration des aliments, et que dès lors les solides et les liquides doivent subir une profonde altération (mém. cité, p. 30 1 ). La tristesse, le découragement que l'on voit paraître dès le début de l'affection scorbutique, sont souvent les effets de la maladie, etne doivent pas être confondus avec les causes morales que nous venons d'indiquer.

La fatigue et les exercices pénibles et forcés auxquels sont astreints les hommes qui exercent certaines professions peuvent donner lieu au scorbut en altérant à la longue la nutrition. On a dit que l'inaction pouvait agir de la même manière ; peut-être a- t-oa pris la paresse et la torpeur que l'on observe dans l'affection scorbutique commençante pour la cause même de la maladie.

On voit qu'en résumé, le scorbut reconnaît pour causes principales l'humidité et le froid, la mauvaise qualité et l'insuffisance des aliments, enfin, le trouble de l'innervation cérébro-spinale qui finit par altérer la nutrition et particulièrement le sang.

Traitement. — Prophylaxie. Les peuples de l'Europe sont parvenus à arrêter presque entièrement les progrès de l'affection scorbutique en observant avec rigueur les préceptes dictés par l'hygiène; nous indiquerons en peu de mots les moyens à l'aide desquels on peut prévenir les funestes effets des causes que nous venons d'étudier précédemment, et auxquels l'homme de mer est plus exposé que tout autre : 1" air chaud et sec, fréquemment renouvelé au moyen d'appareils destinés à l'aérage; bains d'air chaud, de sable chaud, vapeurs aromatiques ou vinaigrées; 2" vêtements secs, formés avec des tissus mauvais conducteurs du calorique et faciles à j<écher; 3" substances alimentaires de nature végétale et animale en proportion à peu près égale; diminution des quantités

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de viandes salées, distribution de légumes frais et de plantes chargées de sucs aqueux, aromatiques (choux, ail, moutarde, oignons, ciboule, cresson , céleri , poireau), ou acidulés comme l'oseille; fruits acides et sucrés, tels que les groseilles, les framboises, les cerises, les citrons, les oranges, qui ont rendu tant de services aux navigateurs, et opéré souvent la guérison des matelots ; 4^ pour boissons , le cidre et surtout la bière, ainsi que les liqueurs préparées avec les décoctions fermentées de jeunes branches de sapin (bière appelée ^fl^/^me/fc), de pi DUS sylvestris, avec les écorces d'oranges douces ou amères, le citron, avec Peau-de-vie , le rhum , le genièvre , mêlés à une certaine quantité d'eau ; à défaut de limonades faites avec les fruits acidulés, celles que l'on prépare avec les acides acétique, citrique, sulfurique, nitrique, hydrochlorique; elles conviennent moins à l'estomac que les acides contenus dans un grand nombre de fruits; 5" la cessation d'un travail trop fatigant et des exercices capables d'affaiblir le système musculaire; les distractions et tout ce qui est capable d'agir favorablement sur le moral des hommes soumis aux influences malfaisantes qui font naître le scorbut.

En faisant observer rigoureusement les préceptes hygiéniques que nous venons de tracer, on prévient presque à coup sûr le développement de l'affection scorbutique chez les marins, chez les soldats renfermés dans des villes assiégées et habitant des casernes insalubres, enfin chez les ouvriers placés dans des conditions hygiéniques à peu près semblables. Grâce au savoir et à l'habileté des médecins de la marine royale, le scorbut est aujourd'hui une affection qui se montre rarement sur les vaisseaux de l'État, même pendant les expéditions lointaines et les voyages de circumnavigation. H faut dire aussi que les médecins sont admirablement secondés par les officiers qui commandent les navires, et qui savent pourvoir à tout, veiller à ce que la propreté la plus grande règne à bord , à ce que les lits et les vêtements soient séchés et convenablement entretenus, à ce que les vivres soient de bonne qualité et les provisions .souvent renouvelées, à ce que les matelots n'aient pas à subir des fatigu(îs qui excèdent leurs forces, enfin, à ce que le découragement ne pénètre pas dans l'esprit d'hommes éloignés de leurs pays. Du reste, le courage rinsouciancc et la gaieté qui accompagnent toujours le soldat français, sont des préservatifs qui lui ont été souvent utiles et qui en valent bien d'autres.

On a con,seillé, à litre de préservatif, l'emploi de certains médicaments réputés anliscorbuliques, tels que le tabac. Un grand nombre d'auteurs sont convaincus que l'action exercée par le tabac fumé ou incessamment appliqué sur la membrane muqueuse de la bouche est Irès-salutaire. Malgré l'usage qu'en font tous les marins , on peut affirmer qu'il ne jouit

d'aucune propriété préservative contre le scorbut. Parmi les preuves nombreuses que l'on peut alléguer, il en est une décisive : le ramollissement des gencives, lorsqu'il est réellement scorbutique, n'est point toute la maladie; il n'est qu'un des effets de l'altération plus générale dont le sang et tout le solide vivant sont le siège ; le tabac ne pourrait raffermir les gencives saignantes et ramollies, que dans le cas où cet état serait purement local et subsisterait après la guérison du scorbut. Le thé, leslimonades minérales, les préparations de quinquina , ont été considérés comme des préservatifs; mais leurs vertus ne sont pas mieux établies que celles de tant d'autres médicaments que l'on a considérés comme anticorbutiques.

Traitement pharmaceutique. — Lorsque le scorbut est constitué, par quelle médication peu(-on espérer en arrêter les progrès? Avant de nous engager dans la stérile énumération de tous les médicaments dits antiscorbutiques, commençons d'abord par poser quelques indications thérapeutiques qui peuvent guider le médecin. 11 en est une principale et qui doit dominer tout le traitement, elle résulte delà connaissance que l'on possède aujourd'hui de la nature du scorbut. 11 est démontré pour tout le monde que ce mal consiste en une altération du sang, marquée principalement par la diminution de la fibrine; il faut donc s'attacher à combattre celte altération, en donnant des médicaments capables de rendre au sang sa constitution normale, et à toute la fibre vivante une force qui l'a abandonnée en grande partie. La seconde indication thérapeutique consiste à combattre les accidents graves qu'entraîne avec elle la maladie , tels que les héraorrhagies , les hydropisies, les syncopes , etc. La troisième repose sur la coexistence de complications qui ajoutent encore au danger que courent les scorbutiques.

Médication reconstituante du san^ : antiscorbutiques. — Sous le titre de remèdes antiscorbutiques, les auteurs ont compris presque toutes les substances végétales chargées d'un principe amer et résineux, ou d'une huile essentielle volatile ou fixe aromatique ou acre et irritante. On trouve dans hMatière médicale de Boerhaave (SS 11C0-1164) une énumération de tous les antiscorbutiques. Parmi les végétaux qui appartiennent à cette classe de médicaments , se font remarquer des plantes dans lesquelles la chimie a démontré l'existence tantôt d'un principe amer et astringent (absinthe , eupatoire, aigremoine, bardane, véronique, rhubarbe, gentiane, trèfle d'eau , buis,sedum), tantôt d'un principe aromatique ( fenouil, livèche, cumin, sauge, mélisse, menthe, lierre terrestre , galéga , cardamome , etc.); ou bien les antiscorbutiques acres ( capucine , ail , arum , raifort, oignons, chélidoine, cochléaria, enula campana , erysimum, poireau, moutarde); ces planies

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fournisseut une grande quantité de sucs, dans les quels réside la partie active , et que l'on prescrivait fréquemment sous le titre de sucs anliscorbutiques; les plus usités étaient ceux préparés avec le raifort sauvage , les feuilles de cochléaria , de uummulaire et d'orlie. On donnait aussi une sorte de teinture que l'on chargeait des parties excitantes contenues dans le sinapis, le raifort, la roquette, Terysimum, le cresson alénois, le cochléaria, le passerage. 11 y avait, en outre, les antiscorbutiques modérément aslriogents (fleurs de genêt, frêne, houblon, polypodium , rhubarbe, tamarisc); les antiscorbutiques froids (oranges, citrons, grenades, épine- vinette . cerises, fraises, groseilles, muros, tamarins, airelle, etc.). Aujourd'hui l'on a renoncé complètement à l'emploi de toutes ces drogues, qui ont pour résultat d'irriter la membrane muqueuse gastro-intestinale , toujours plus ou moins affectée pour peu que le scorbut ait quelque intensité. M. Kéraudren fait remarquer avec beaucoup de raison que tous les végétaux sont anliscorbutiques lorsqu'ils contiennent en abondance de l'eau de végétation. C'est par là qu'ils exercent une action salutaire sur toute l'économie. Le médecin distingué que nous venons de citer rapporte, à l'appui de celte opinion, un fait qui semble décisif :« Pendant, dit-il, que j'étais chargé de l'hôpital destiné aux canonniers de la côte du sud du goulet de Brest , je faisais chercher dans la campagne de la presqu'île de Roscanvel les végétaux qui pouvaient entrer dans la composition des sucs anliscorbutiques. Leur petit nombre me forçait à ne rejeter que ceux que je devais croire malfaisants, et mes malades s'en trouvèrent si bien que je cessai de regretter d'être privé des herbes potagères que nous devions recevoir de Brest » (dissert. cit., p. 30).

On doit considérer comme de véritables agents thérapeutiques , dont les bons effets sont le mieux démontrés, les fruits acides et sucrés, et spécialement les oranges et les citrons. Les ouvrages des auteurs qui ont eu occasion d'observer le scorbut de mer sont pleins d'exemples de guérisons obtenues par le seul usage de ces fruits. Mead et Murray rapportent l'histoire de navires dont les matelots scorbutiques ne durent leur prompt rétablissement qu'à la grande quantité d'oranges qu'ils mangeaient chaque jour. Lind, qui a fait ressortir mieux que personne les propriétés curalives des fruits acides, dit que sur quatre vaisseaux de la compagnie des Indes, (rois furent tellement maltraités par le scorbut , que les passagers et les marchands furent obligés de prendre part aux manœuvres, tandis que le quatrième n'eut que peu de malades, à cause de la précaution prise par le commandant de faire distribuer du jus de citron à chaque matelot. L'uo de nous a vu

deux scorbutiques, chez lesquels toutes les médications avaient échoué , se rétablir d'une manière inespérée par le seul usage des oranges, qu'ils mangeaient en grande quantité. Les autres fruits ne paraissent pas exercer, à beaucoup près , une action aussi salutaire. On ne peut pas remplacer l'acide citrique par les acides acétique, sulfurique et nitrique; ceux-ci fatiguent bientôt l'estomac, et l'on est contraint d'y renoncer assez promptement.

Les substances qui ont le mieux réussi à Huxham, dans les cas où il a observé la défibrination du sang ou l'état morbide qu'il appelle état de dissolution , sont les préparations de quinquina, une mixture composée de teinture de roses et d'eau de cannelle acidulée, la décoction d'écorce d'oranges douces , de roses rouges, de cachou, elles vins de France et d'Oporto [Essai sur les jièvres , déjà cit., p. 93). Les préparations martiales et les eaux minérales ferrugineuses ont été recommandées par Hoffmann {loc. cit., de ScorbuiOj p. 378) et par d'autres; celles de Pyrmont, de Spa, jouissent d'une certaine vogue. Elles doivent constituer la partie essentielle du traitement avec les préparations de quinquina. Nous répéterons encore que sans un régime alimentaire convenable, on ne parviendrait pas à guérir les malades.

Les boissons les plus salutaires que l'on puisse donner sont la bière, le cidre, la sapinette, les limonades vég<itales, l'eau de quinquina additionnée d'acide nitrique alcoolisé , de jus de citron, de vinaigre, l'eau coupée avec du rhum, de l'eau-de-vie , de la teinture d'absinthe, etc.

Saignée. — Quelques auteurs se sont laissés entraîner, soit par esprit de système, soit par de fausses indications thérapeutiques, jusqu'à prescrire la saignée contre le scorbut. Les uns la croient utile pour combattre les obstructions des viscères, les étouffemenls et les palpitations, dont ils méconnaissent ainsi la véritable nature; d'autres ne vont-ils pas jusqu'à penser que le scorbut n'élant qu'une angioïte (Tommasini), celle-ci doit être traitée par la saignée, comme les autres inflammations. Nous ne nous arrêtons pas à de pareilles hypothèses ; nous devons recommander expressément de ne saigner les scorbutiques que dans les cas où il existe une complication de nature phlegmasique qui exige impérieusement les émissions sanguines. Celles-ci ne pourraient pas déterminer le scorbut lors même qu'on les porterait à un degré extrême, car elles ne produisent que l'anémie, qui est un état morbide tout à fait différent ; cependant il serait imprudent de toucher ainsi à la constitution du sang qui est déjà altéré dans un de ses éléments les plus essentiels, la fibrine.

Purgatifs. — On a vanté les bons effets des sels alcalins, du sulfate de soude et de magnésie, du

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calomélas, de la rhubarbe, des purg^atifs acidulés, du tamarin, de la crème de tartre ou bien de la manne; on ne trouve que bien rarement à les employer. Ils doivent être bannis de la thérapeutique lorsque le scorbut est arrivé à sa seconde période; la diarrhée, le flux dysentérique et les hémorrhagies intestinales, que l'on doit craindre de voir paraître à chaque instant, contre-indiquent formellement l'emploi des purgatifs ; ils ont d'ailleurs l'inconvénient d'enlever au sang, par l'intermédiaire de la sécrétion intestinale, une assez grande quantité de sérosité et d'affaiblir encore l'organisme.

Le calomélas et les mercuriaux sont nuisibles et ne doivent pas être employés. M. Andrew Anderson vante les bons effets du nitrate de potasse administré à la dose de 8 à 16 grammes (mém. cité, p. 81). Des vésicatoires ne seront jamais appliqués que dans les cas où il est absolument nécessaire d'y recourir; le derme mis à nu sécrète du sang , s'ulcère ou tombe en gangrène. Poissonnier-Desperrières soutient qu'ils sont utiles (loc. cit., p. 1 1 7).

On a aussi conseillé les médicaments qui ont pour effet de produire la diaphorèse, tels que le gayac, le sassafras, la salsepareille. Les agents auxquels on accorde l'influence la plus salutaire sont la chaleur d'un foyer ou l'insolation, le bain de sable trèschaud, la vapeur de vinaigre (voy. Kéraudren, diss. cit. , p. 39). On peut encore environner les membres avec des sacs remplis de sable très-chaud , ou repasser plusieurs fois par jour toute la surface du corps avec un fer chaud , enfin pratiquer de douces frictions avec la brosse et la flanelle dont on entoure ensuite tout le corps.

11 ne faut pas non plus négliger certaines lésions locales qui pourraient compromettre l'existence des sujets. 11 importe par exemple de réprimer les hémorrhagies abondantes qui se font par plusieurs voies; de raffermir les gencives en faisant mettre sur elles des tranches d'orange, de citron, de la poudre de quinquina, en conseillant l'usage de gargarismes dans la composition desquels entrent les acides minéraux, les astringents, le sulfate d'alumine, l'acide tannique , etc. Les plaies et ulcères scorbutiques seront pansés suivant les règles de l'art chirurgical; les poudres tannantes, les décoctions faites avec les bois qui fournissent ces poudres (quinquina, écorce de chêne, fraisiers, bistorte, rose de Provins); l'eau d'alun, de Kabel , etc. , conviennent pour arrêter les hémorrhagies et les fongosités qui s'élèvent des ulcères; la cautérisation avec le fer rouge est souvent nécessaire. Le médecin se rappellera que la médication locale qu'il dirige contre les principaux phénomènes du scorbut ne peut avoir de succès qu'autiint qu'il combat en même temps l'altération humorale; par le quinquina, les ferrugineux, et surtout par une

hygiène convenable. L'œdème et l'hydropisie de.s cavités splanchniques, étant entièremoit subordonnés à des complications, réclament un traitement

Les scorbutiques dont les jointures sont gonflées, douloureuses, et les membres infiltrés de sang et ecchymoses, qui sont .sujets à tomber en défaillance au moindre mouvement, ne doivent être astreints à aucun exercice, quelque modéré qu'il soit; il est d'ailleurs très-douloureux , expose les malades à tomber en syncope ou leur cause un étouffemeut pénible. Il doivent être transportés en plein air, exposés au soleil lorsqu'on le peut, ou à la flamme d'un feu dont on dirige le calorique sur les membres principalement.

Nature et siège. — Suivant Willis, le sang, le système nerveux et souvent même tous les deux à la fois sont affectés dans le scorbut ; l'altération du sang est sulfuro-saline ou salino-^ulfureuse; c'est-à-dire que dans le premier cas les soufres abondent et les sels dans le second {Tractatus de scorbuto, 1667). Le fluide nerveux peut être aussi altéré. GharletOQ ajoute, aux deux étals morbides du sang imaginés par Willis , une troisième espèce qu'il appelle scorbut acide [de Scorbuto^ 1672). Fréd. Hoffmann voit dans le scorbut une maladie générale par altération du sang et de tous les sucs vitaux {loc. cit., p. 369 et 371). Boerhaave suppose qu'il résulte de la séparation de la sérosité du sang d'avec la partie rouge ; et en même temps , la cohésion des parties solides est tellement affaiblie, que la cause la plus légère est capable de la rompre (aph. 1152 et 1153, ouvr. cité, p. 618). Lind croit «que l'état des scorbutiques est une faiblesse et'un relâchement des solides avec uae tendance du sang à cette putréfaction spontanée , quivient du défaut d'un chyle propre à corriger l'acrimonie des sucs , et d'une suppression considérable de la transpiration» (ouvr. cité, 1. 1, p. 396).

Il est facile de voir que dans toutes ces théories plus ou moins chargées d'hypothèses, l'idée principale est que le scorbut consiste dans une altération du sang et le ramollissement de tout le solide vivant. Huxham est celui qui a le mieux étudié les altérations du sang dans le scorbut, et indiqué les causes des principaux accidents qui s'y manifestent. Quelquesunes de ses opinions ont été confirmées par les auteurs modernes, et ne sont pas très-éloignées des doctrines qui ont cours actuellement dans la science. Il considère l'état de dissolution et de putréfaction du sang, comme servant si bien à caractériser le sang des scorbutiques, qu'il prend celui-ci comme le type des maladies où existe une altération semblable. Il l'explique par la texture trop lâche des globules qui se brisent, et perdent leur forme lorsqu'ils traversent les petits vaisseaux. «Ces parties brisées étant d'un beaucoup plus

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petit diamètre que les globules primitiFs, elles peuvent entrer facilement et même passer par les tuyaux excréteurs ))(i5'^5fl/*Mr/6*/?eVr^5j loc.cit.j^. 61). Les hémorrhagies lui paraissent tenir à cette transsudation. La dissolution du sang peut avoir lieu sans aucune cause appréciable; mais le plus ordinairement elle est produite par certaines substances «qui paraissent détruire l'union des globules rouges et accélérer la séparation des six globules qui entrent dans leur composition» (p. 64) ; de ce nombre sont l'eau de laurier-cerise, certains venins, les sels alcalins. «On observe, dit Huxham, que le sel et les provisions à demi pourries des navigateurs, produisent, dans les voyages de long cours, une telle acrimonie et une telle corruption dans les humeurs, qu'elles cessent d'être propres aux usages de l'économie animale. » Le rapprochement qu'il fait entre le sang des scorbutiques et le sang fluide et non coagulable qui a été traité par une solution alcaline ne manque pas d'exactitude (p. 70).

M. Magendie a montré par des expéricncesingénieuses que le scorbut n'est qu'une sorle de défibrination du sang. Ce fait a été mis hors de doute par MM. Andral et Gavarret, dont les analyses chimiques ont jeté une vive lumière sur la nature du scorbut. M. Andral,en établissant un parallèle entre cette affection et la chlorose a été conduit à des considérations d'un ordre très- élevé sur l'appauvrissement du sang par diminution de fibrine ou par diminution des globules {Hématologie, p. 128). 11 a remarqué avec Huxham que la fluidité du sang pouvait se rattacher à des états morbides autres que le scorbut, se montrer, par exemple, dans le cours de la variole , de la scarlatine et de ces grandes pyrexies mahgnes et putrides qui s'accompagnent si souvent d'hémorrhagies.

Le scorbut est donc une altération du sang; mais est-elle primitive et antérieure à toute maladie des solides; ou bien dépend-elle de ce que, les parenchymes étant primitivement altérés, l'élaboralion que doit subir le sang ne peut plus avoir lieu , et que sa composition normale est ainsi changée ? Nous ne saurions répondre à ces questions. Nous ne pouvons pas assurer non plus que la diminution de la fibrine soit la seule altération du sang , et qu'il n'existe pas d'autre élément morbide dans cette maladie.

Le scorbut a été placé par Sauvages, Vogel et Cullen , dans les cachexies. Dans les nosographies actuelles, on Ta décrit comme une maladie du sang.

Historique et bibliographie. — Hippocrate a , dit-on, connu et décrit le scorbut, .sous le nom de eiAîo; aiaaTwrÎTi? OU de (j77>.riv p.E-ya;. Van Swieten pense que les anciens n'avaient qu'une notion trèsimparfjMte de la maladie {Comment, in Henn. Bocrhaavii aphor.,^ 1148, t. m), et Lind croit quelle élaif presque inconnue des auteurs grecs,

romains et arabes {Traité du scorbut^ t. ii, p. 11 et 12; Paris, 1766). Pline parle d'une maladie appelée siomacace et scélotyrbe, qui ravagea l'armée deGermanicus, campée au delà du Rhin, prèsdes bords de \aimQv{Hislor.naturaUs.^\\\). xxv, cap. 3). On a lieu de croire que cette maladie n'était point le scorbut. L'armée de saint Louis en aurait été, dit-on, attaquée en Egypte (voy. Jnnot., dans la trad. de Lind, déjà citée, t. ii , p. 16).

On trouve la première relation du scorbut dans le voyage que Vasco de Gama fit aux Indes orientales par le cap de Bonne-Espérance, en 1497; de cent soixante hommes dont l'équipage était composé , plus de cent moururent de la maladie. Jacques Cartier, dans son voyage à la Nouvelle-Finlande, sur la rivière du Canada (1 535), vit périr un grand nombre de ses matelots.

Le premier ouvrage qui traite d'une manière spéciale du scorbut est celui de Jean Echtius (Joann. Echtii, de Scorbuto vel scorbutica passione epi" tome; 1541). Il fait provenir le mal d'une nourriture mal saine et grossière , et d'un sang altéré ; tous les symptômes y sont relatés avec une grande exactitude.

Wier, qui avait beaucoup voyagé et observé la maladie, en décrit fort exactement les symptômes; les règles hygiéniques à l'aide desquelles il veut que l'on combatte le mal ont été reproduites par presque tous les auteurs qui l'ont suivi; il avait remarqué que les plantes anliscorbu tiques ne jouissent d'aucune propriété spéciale [Medicarum obseruationum liacte* nus incognitarum liber unus de scorbuto^ in-1 2; Amsterd., 1557).

Balduin Ronssoeus en donne aussi une bonne description; s'il commet la faute de conseiller l'emploi de la saignée , parce qu'il croit à l'existence d'une maladie de la rate, il a du moins le mérite de tracer un traitement simple et duquel il bannit les composés pharmaceutiques innombrables dont ses successeurs ont vanté les merveilleux effets (Balduini Bonssei Ganflensis, de Magnis Hippocraiis lienibus, etc., in-8°; Anvers , 1564).

Eugalenus a donné du scorbut une description qui diffère sous un grand nombre de rapports de celle qui a été présentée par d'autres auteurs ; ce qui tient à ce qu'il a confondu l'affection scorbutique avec des maladies très-diverses. 11 la voyait partout et croyait qu'elle peut subir les transformations les plus nombreuses. Les médecins qui se sont servis plus tard des observations faites par Eugalenus n'ont pas toujours reconnu l'erreur dans laquelle il est tombé, et ont reproduit des assertions tout à fait inexactes (Eugalenus, de Scorbuto morbo liber j in-H"; Brem., 1588).

Echtius, Wier, Ronssceus et Eugalenus sont les

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quatre auteurs dont les traités, devenus classiques,

ont été le plus î^ouvent consultés et même copiés par les auteurs qui ont écrit après eus. Daniel Sennert a réuni les ouvrages des trois premiers, et y a ajouté les traités de Langius 'de Scorbuto ej,islolœ duœ; Baie. 1554 . de Sdlomon Aîberti Scorbuli historia ; Willemb., 1593, de }i.àTl\m Matthœi Martini de scorbuto commentatio; Witt., \(y2\ . Les opuscules de Henri Brucœus [de Scorbuto propositiones ; 1589^ et de Balthazar Bruner Vc Scorbuto tractatus duo ne sont que des reproductions du livre de Wierus.

Nous ne ferons qu'indiquer les travaux de Willis de Scorbuto j in Opéra omnia ; 1 667 . de CharlelOD , de Gédeon Harvey. de Hartmann , de Dodoaœus et de Kramer. On trouvera dans le Traité du scorbut de Lind '\. w une bibliographie complète et l'analyse de tous les ouvrages qui ont paru avant le sien ,1752^. Cet auteur n'a point rendu suffisamment justice à Fré. Hoffmann, ni à Boerhaave ni à sou commentateur Van Swieien. Hoffmann a donné une description fort exacte , et l'exposé qu'il fait des causes de la maladie et det agents thérapeutiques à l'aide desquels on doit la c/)mbattre est rempli de remarques fort judicieuses in Opéra omnia , t. iv, part, v, chap. 1 . in-fol. ; Genève, 1761^. Boerhaavc résume admirablement, dans ses .Iphorismes^ toutes les particularités essentielles de la maladie, et Van ijwieten ajoute par ses Commentaires, pleins de remarques utiles et savantes, aux richesses déjà contenues dans le tableau que Botrhaave a su tracer si habilement d'après les observations faites par les auteurs Commentaria in Herm. Boerhaave aphorisnws j t. ui, p. 590, in-4^ Paris, 1771).

Le Traité du scorbut, par Lind 'A t réalise on scun/, in-8"; Edimb., 1752. — Traduction française intitulée : Traité du scorbut, divisé en trois parties, etc., auquel on ajoint la trad. du Traité du scorbut de Boerhaa^^e, et des Commentaires de Fan Si^ieten, 2 vol. in-1 2; Paris , 1 756; , est ua de ces livres rares que les progrès incessants de la | méde:ine n'ont point fait vieillir: écrit depuis un ; siècle environ, ce traité renferme encore les docu- i meots tes plus œmplets que nous possédions aujourd'hui. H ne laisse à désirer quelque chose que sous le . rapport del'anatomie pathologique et de l'appréciation ' de certains phénomènes morbides dont les appareils ] respiratoire et circulatoire sont le siège, et dont les véritables causes nous sont peu connues ; les emprunts . coutinuels faits à cet auteur par nous et par tous i ceux qui ont décrit le scorbut montrent combien «on livre est riche en document* précieux. On trouvera cependant quelques parties de 1 histoire du scorbut, aîsez bien traitées, dans l'ouvrage de Rouppe ^de Morbis navigantium, in-4° ; Leyde, 1 7G4 , le

mémoire de Pouparl {Mémoire de l'Académie des sciences , p. 237 ; 1699 , dans le Traité des maladies des gens de mer, par Poissonnier-Desperrières (in-8''; Paris, 1767), dans la dissertation de M. Kéraudren [Réflex. sommair. sur le scorb., thèse, n° 155; Paris. 1804}.

Les recherches faites dans ces derniers temps sur le sang des scorbutiques ont beaucoup contribué à faire connaître la véritable nature de l'altération humorale qui produit la maladie et les causes de la plupart des phénomènes morbides; nous ne ferons que rappeler le mémoire de M. Panavoiue , les expériences de M. Magendie et les analyses de MM. Andral et Gavarret, que nous avons cités dans le cours de cet article.

SCROFULES ou SCROPHULES, s. f. pî. moins usité au singulier: dérivé du latin scrofa ou scrop/ia, truie, parce que la tuméfaction du cou produite par le gonflemeut des ganglions lymphatiques se retrouve chez le porc atteint de la même maladie.

Dénominations françaises et étrangères. — Strume, de struma, Jirao, j'amasse, c'est-à-dire agglomération des glandes ; écrouelles, vieux mot dont l'élymologie est fort obscure; nouures, humeurs froides, rachitisme, affection scrofuleuse. Fr. — Xc.pz:, x-.pz^E,', qui tient du porc. Gr. — Scrofa, scropha, slruma , scrophulœ. Lat. — Scrofula, scrofole, scrofe.MdX. — Lamparones, escrofulas, Fsp. — Scrofula, the king's evil, the et il. Angl. — The cruels. Ecoss. — ^fopf, Scropheln, Skrofelkrankheit. Ail. — Klieren, kropzweeren, kliergezwellen. Holl. — Shrofer, kiertelknuder. Dan. — Kôrtehulster, krofcr. krilllar. Suéd.

Synonymie suivant les auteurs. — X^ipx;, y.oifscî^;, Hippocrate; struma, Celse, Pline, Linné, Good ; scrophala. Sauvages, Vogel, Sagar. Cullen, Darwin , Young ; scrophulœ, Pinel ; choiras, Swediaur.

Définition. — « On regarde ordinairement comme écrouelleux, ditBordeu, ceux qui sont sujets à des fluxions aux yeux , à des maux aux oreilles; qui ont la lèvre supérieure gonflée, le nez morveux, rouge et douloureux, les joues élargies, les glandes du cou engorgées et toutes les autres plus ou moins tuméfiées, le ventre bouffi, les extrémités amaigries, les os recourbés , etc. Tous ces symptômes venant à se développer, les glandes du cou suppurent, les yeux deviennent chassieux et s'éraillent, les lèvres se gercent, les extrémités des os grossissent; il se forme des ulcères aux articulations et ailleurs ; la toux et la fièvre se mettent de la partie ; la maigreur, le marasme et le dévoiement précèdent la mort de ceux qui succombent. Ceux qui résistent vivent avec des glandes engorgées au cou, sous les aisselles et aux aine$. avec des ulcères et des

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cai ies aux os, avec des toux, des fièvres passagères, des indigestions plus ou moins fréquentes, et des tumeurs aux viscères du bas-ventre » [Dissert, sur les tumeurs scropliuleuses ^ p. 8, in-12;Paris, 1757). Ce tableau offert par Bordej résume assez bien les caractères de Tétat morbide général auquel on s'accorde aujourd'hui à donner le nom de conslilution scrofuleuse.

L'anatomie pathologique est venue, dans ces derniers temps , jeter une vivelumière sur l'état morbide complexe dont nous avons indiqué succinctement les principaux phénomènes. Elle nous apprend d'abord à distraire du nombre des maladies scrofuleuses celles qui sont produites par le développement des tubercules: c'est ainsi qu'un grand nombre d'engorgements tuberculeux des glandes du mésentère (carreau), des bronches et des ganglions lymphatiques situés extérieurement, ont dû être rattachés à une maladie spéciale différente des scrofules (tuberculisation). On ne doit pas compreudre davantage parmi ces dernières la phlhisie pulmonaire, la carie des os, et les courbures rachitiques produites par le tubercule. Nous verrons plus loin (Nature) ({ue plusieurs auteurs ont soutenu l'identité de la tuberculisation et des scrofules , mais nous ne voulons, en ce moment , qu'établir la séparation pratique qui existe entre les scrofules et les maladies tuberculeuses : or, nous soutenons que cette distinction doit être maintenue. En effet, tant que l'on n'aura pas prouvé que des tubercules existent constamment dans les os, les glandes lymphatiques et les autres organes affectés, les maladies scrofuleuses resteront des maladies à part et distinctes des tubercules. On peut soutenir, avec beaucoup de raison, qu'il y a entre les deux diathèses qui les produisent de grandes affinités; mais elles n'en ont pas moins une existence bien séparée dans un grand nombre de cas. D'ailleurs, il est impossible de rapporter toutes les scrofules à la tuberculisation ; la forme chronique des inflammations , les flux muqueux qui s'établissent eu un grand nombre de points (otorrhée, ozène), les maladies de la peau, les abcès froids, et tant d'autres accidents locaux des scrofules, sont étrangers aux tubercules.

Après ce que nous venons de dire, il nous semble que l'on peut définir les scrofules un ensemble de phénomènes morbides dus à une altération générale primitive et le plus souvent héréditaire de tout l'organisme, et qui ont leur siège dans les ganglions lymphatiques, les membranes muqueuses et le système osseux, qu'ils affectent soit isolément, soit simultanément , et à dijjérents degrés. Les phénomènes morbides qui servent de sympiômes locaux à l'affection scrofuleuse varient autant par leur nature que par leur siège: tantôt ce sont des inflammations des yeux, du nez, (ophlhalmie, coryza), des

flux muqueux (leucorrhée, diarrhée) , et tantôt le ramollissement, la carie des os, et des maladies de la peau (teigne faveuse, eczéma). Ces phénomènes locaux sont rattachés par les médecins à la cachexie scrofuleuse , c'est-à-dire à une cause générale toute spéciale, parce qu'ils les voient coïncider ensemble, se reproduire un grand nombre de fois , et résister aux traitements qui guérissent d'ordinaire ces maladies lorsqu'elles sont locales et indépendantes d'un vice de la constitution. C'est donc seulement par les effets que l'on peut remonter jusqu'à la cause générale de la maladie. Le traitement vient aussi confirmer l'exactitude des données séméiologiques.

Division. — L'ordre que nous suivrons dans l'élude des scrofules nous est dicté par le degré d'importance que présentent les phénomènes morbides; nous décrirons successivement : 1® les symptômes généraux ou les signes de la diathèse scrojuleuse ; 2" les symptômes locaux ou accidents scrofuleux ; ceux-ci ont leur siège i'* dans le système lymphatique , 2° sur la peau , 3° sur les membranes muqueuses , 4° dans le système osseux.

On ne doit pas s'attendre à trouver dans cet article la description de toutes les maladies dites scrofuleuses (ophthalmie, coryza, carie); nous n'imiterons pas certains auteurs qui ont compris sous ce titre la phthisie, le carreau, l'hydrocéphale, les tumeurs blanches, la cataracte, l'hydropisie, etc. Nous nous attacherons surtout à faire ressortir les caractères communs aux maladies scrofuleuses partout où elles se développent , en ayant soin de passer sous silence toutes les particularités étrangères à notre sujet.

insignes de la diathèse scrofuleuse (cachexie, complexion, diathèse, constitution strumeuses, scrofuleuses ; habitus scrofulosus). — Les scrofules, dit Kortum, ne sont pas une maladie locale, et les manifestations morbides qui se déclarent en diverses parties du corps prouvent de la manière la plus évidente qu'il existe une cause générale (Carol. Georg. Theod. Kortum, medici tremoniensis , Commentarius de vitio scrofuloso quique inde pendent morbis secundariis, t. i, p. 89, in-8°; Lemgoviae, 1789; et t. II, 1790). Celte cause générale détermine un ensemble de phénomènes morbides dont nous devons chercher à saisir les principaux traits. L'influence du vice scrofuleux sur le corps vivant, dit Baumes, donne à l'individu une tournure spécifique et se fait reconnaître plus ou moins clairement dans les principaux développements de la machine (De l'Influence et des effets du vice scrofuleux sur l'économie vivante, in OEuvres médicinales, l. i, p. 3,iu-8^';Nîmes, 1789).

On donne le nom de physionomie scrofuleuse (habitus scrofulosus)^ l'ensemble des sympiômescx*

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térieurs qui dépendent de la diathèse scrofuleuse, et dont voici les caractères dont il ne faut pas s'exagérer la valeur: la tète est volumineuse, surtout à sa partie postérieure, et hors de proportion avec les autres parties du corps (Kortum, ouvr. cité, p. 96); le visaçe bouffi, recouvert d'une peau fine, douce, blanche, légèrement rosée , quelquefois rouge ; amœne ro^ sens qu'ui rubicundus, dit Kortum, à qui on doit une remarquable description de la cachexie scrofuieuse (ouvr. cité, p. 98). Les yeux sont assez ordinairement grands , beaux et brillants , d'autres fois languissants , privés d'éclat, larmoyants et entourés d'un demicercle bleuâtre; les sclérotiques bleues, les pupilles dilatées, suivant Warner, Kortum (ouvr. cité, p. 103); les paupières tuméfiées , rouges surtout lorsqu'ilexiste eu même temps une ophthalmie; les cils souvent clairsemés ou agglutinés par du mucus, à cause des ophthalmies palpébrales , qui .sont très-communes. Les mâchoires un peu plus fortes et plus larges qu'elles ne le sont en général ; le nez lui-même est souvent gonflé, rouge, luisant (Hufeland, Traité de la maladie scrofuleuse , trad. par Bousquet, p. 87, in-S»; Paris, 1821).

Les deux lèvres sont volumineuses; la supérieure surtout, qui fait saillie au-dessus de l'autre, et vient souvent toucher la partie inférieure de la cloison et des ailes du nez , tandis qu'elle présente au milieu une fossette assez profonde à sa partie moyenne. Macbride, Cullen, Kortum et presque tous les auteurs après eux, accordent une grande valeur à cette tuméfaction scrofuleuse des lèvres, qui se manifeste souvent de très-bonne heure et avant le gonflement des glandes (Kortum, ouvr. cité, p. 99). Chez les enfants, elle tient souvent à l'irritation causée par le contact des mucosités acres qui s'écoulent sans cesse de l'orifice nasal. La bouche est grande ; les angles delà mâchoire inférieme sont plus saillants et carrés que de coutume (Baumes, p. 4), les dents blanches et très-belles (Kortum, p. 117), ou jaunâtres, cariées et mal rangées, séparées les unes des autres; la tête est 01 née de cheveux blonds ou châtains, le front court et étroit ; les tempes sont comprimées , le cou est gros et court (Kortum , p. 94).

La peau du corps est comme celle du visage , fine, douce, blanchâtre ; elle a quelque chose de transparent, et laisse apercevoir les veines bleuâtres; quelquefois elle est terne, sèche, terreuse, souvent humide et couverte de sueurs qui répandent une odeur fade et nauséabonde ou aigrelette qui rappelle celle du pétillait aigri. La stature est au-dessous de la moyenne ou bien le corps est très-élancé; les meuibres inf-rieurs sont grêles et faibles , les jointures volumineuses; les chairs asscîz aboudanles, m.iis fla;qi!es, mollasses; «ce n'est |!as celle résistance et celle élasticité qui indiquent la force cl la sanlé» (Hufeland, p. 87).

Sans même qu'il y ait eu de signes très-marqués de rachitisme , on voit que le système osseux ne s'est pas développé avec une légularité parfaite: tantôt la croissance a été très-rapide et le corps a pris un développement extrême; tantôt, au contraire, il est resté petit , et l'on ne retrouve plus entre les différentes régions ces proportions qui existent chez l'homme bien constitué; le ventre est volumineux et gonfle facilement après le repas; il est tendu , parfois douloureux sans qu'il y ait d'engorgement des glandes mésentériques. Cet état du ventre contraste souvent avec le faible développement des jambes qui sont gfêles et menues. Les sujets scrofuleux se tiennent mal; ils penchent le corpsen avant; leur^dosest voûté; leur marche chancelante et mal assurée, et promptement suivie de fatigue. Les glandes situées dans le pli des jointures, et spécialement aux environs de la mâchoire inférieure et du cou, sont plus développées et plus nombreuses que dans l'état sain.

Un des traits les plus saillants de l'habitude extérieure est l'état de décoloration et d'étiolement que présente la peau et qui rappelle l'état chloro-anémique. Les jeunes malades, dit M. Guersant , se décolorent et maigrissent sans que l'exploration la plus attentive de tous les organes puisse mettre sur la voie d'aucune altération appréciable aux sens (art. Scrofule, Dictionnaire de médec, 2^ édit., p. 208).

Ou peut encore regarder comme un signe de complexion scrofuleuse un embonpoint qui n'est pas en rapport avec l'âge et le genre de vie des sujets. Souvent même la blancheur de la peau et les fausses apparences d'une belle santé n'excluent pas le vice scrofuleux. Les auteurs ont décrit un embonpoint propre aux scrofuleux (pol/sarcia scrofulosa). Les médecins qui ont eu occasion d'observer un certain nombre de malades ont rencontré cet état pathologique qui caractérise très-bien les scrofules; nous l'avons vu, pour notre part, chez huit malades dont la cachexie strumeuse donna lieu, plus tard, à d'autres accidents. Si les sujets sont jeunes,on s'étonne de leur voir prendre en un an ou deux un embonpoint vraiment monstrueux , et qui n'appartient pas à leur âge. Les adultes et les femmes sont plus exposés que d'autres à contracter cette polysarcie scrofuleuse; les joues sont grosses et épaisses ainsi que toutes les autre» parties du visage; les membres sont potelés et même déformés par la grande quantité de graisse qui s'y dépose; le ventre est volumineux, très-développé. 11 lésulle de cette hypertrophie générale du tissu cellulo-adipeux une physionomie scrofuleuse à laquelle Brieude [Mém. de la Soc. roy. de méd., t. v, p. 307), Baumes (loc. cit., p. 97), et la plupart des modernes, attribuent une grande valeur séméiologique.

Le gonflement habituel de la membrane muqueuse

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des fosses nasales , et l'étroitesse congénitale de louverlurc antérieure forcent les malades à respirer exclusivement par la bouche pendant le .sommeil et même dans le jour; il en résulte une expression faciale toute particulière dont le médecin sait reconnaître la véritable cause. En pareil cas aussi , la voix est nasonnée; quant à la dyspnée et aux aulres troubles des fonctions respiratoires, il faut les rattacher à des maladies du parenchyme pulmonaire et surtout aux tubercules qui compliquent si souvent les scrofules. Le pouls offre une assez grande mollesse, mais il est régulier et sans fréquence, à moins qu'il n'existe une de ces maladies scrofuleuses dont nous présenterons plus loin l'histoire. Hufeland parle à'unejiêi^re scrofuleuse qu'il regarde comme le symptôme précurseur ou le signe actuel de la dialhèse scrofuleuse (ouvr. cité, p. 92). Elle n'est autre chose qu'une fièvre symptomatique d'une affection encore latente ou qui s'est déjà révélée par des symptômes appréciables. Toutes les fois que le médecin constate Texistence de cette fièvre, il peut être sûr que s'il examine avec soin chaque organe, il trouvera la cause du mouvement fébrile; la cachexie strumeuse seule ne peut pas le produire.

Le sang présente des altérations qui ont été bien connues et décrites par différents auteurs. Kortum dit que le sang des scrof uleux se prend difficilement en caillot, qu'il est aqueux et prompt à entrer en dissolution (ouvr. cité,p. 146). Bordeu fait remarquer qu'il est aqueux, moins rutilant, moins vif que celui des gens qui se portent bien ; « il a beaucoup de rapport avec le sang des filles qui ont les pâles couleurs et quelque ressemblance avec le sang des hydropiques, c'est-à-dire qu'il est moins travaillé » (ouvr. cité, p. 52). Suivant Baumes, «le sang est moins animalisé, ses diverses parties sont moins intimement mixtionnées, et l'union plus faible des différents molécules qui le composent lui donne une apparence de ténuité, d'aquosité, de moindre consistance » (ouvr. cité, p. 5 ). Les auteurs modernes n'ont fait que reproduire les remarques que nous venons d'emprunter à Kortum, Bordeu et Baumes dont nous aurons souvent à invoquer la savante autorité. Le sang des scrofuleux a été étudié avec le microscope par M. Dubois, d'Amiens. 11 dit avoir aussi constaté que le caillot est petit, sans consistance, lent à se former, et qu'il nage dans une sérosité abondante. Celle-ci est pauvre en albumine et en sels et la proportion d'eau considérable (in journ. L'Expérience , n° 87, février 1839). On voit que le sang des scrofuleux se rapproche du sang des sujets affectés de chloro-anémie, et qu'il a subi un appauvrissement très-marqué. Quant aux altérations de forme des globules sanguins cl à la séparation de la matière colorante rouge dont parle m. Dubois, elles sont plus que douteuses; on saitau-

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jourd'hui qu'elles dépendent de la mort du sang et non de son état pathologique. Il est à désirer que l'on fasse une analyse chimique du sang lorsque la cachexie scrofuleuse n'est accompagnt'e d'aucune maladie locale: ce qui changerait indubitablement la composition du liquide .^aoguin. Les hémorrhagies nasales sont fréquentes chez les scrofuleux (Hufeland, p. 90); tiennent-elles à l'altération du sang ou à celle du solide qui hvre passage à ce dernier fluide? C'est ce qu'il ne nous appartient pas de décider ; cependant on peut supposer que la maladie des solides en est la cause, sans quoi les hémorrhagies seraient beaucoup plus fréquentes qu'elles ne le sont dans les scrofules. Le docteur Joseph de Vering parle delà quahté glaireuse et séreuse du sang, et ne donne pas d'autres détails {Manière de guérir la maladie scrofuleuse, p. i , in-8°; Vien. , 1832.)

Digestion. — On observe souvent des troubles de la digestion; l'appétit est ordinairement irrégulier, tantôt nul, tantôt très-vif; beaucoup de malades ont des symptômes dyspeptiques , de l'appétence pour certains aliments, des rapports aigres, des éructations. Kortum dit que les enfants scrofuleux sont disposé.s aux acides des premières voies et à des flux salivaires copieux (ouvr. cité, p. 114); il ajoute , il est vrai, que ces accidents se manifestent surtout lorsque les malades ont des engorgements mésentériques (carreau). «Les selles sont variables, tantôt trop solides, tantôt trop liquides, rarement d'une consistance et d'une couleur convenables» (Hufeland , p. 91 ). Il y a de fréquentes indigestions suivies de diarrhées, avec ou sans colique , des borborygmes , des flatuosités et des sécrétions gazeuses , qui produisent le météorisme et augmentent par intervalle la tension et le volume du ventre.

Sécrétion urinaire. — L'urine ne s'écarte pas de l'état normal dans un certain nombre de cas; elle contient, suivant Fourcroy, une grande quantité de phosphate de chaux , de matière muqueuse et peu d'urée. Baumes a trouvé la même composition chimique [loc. cit. , p. 6 ); Kortum dit qu'elle est parfois crue, aqueuse et qu'elle laisse déposer des sédiments (p. 1 39). L'urine doit offrir et offre en effet d'assez grandes différences, suivant les altérations complexes et variées auxquelles donne lieu la cachexie strumeuse. M. Becquerel, qui a examiné, avec le plus grand soin, l'urine chez 72 jeunes filles scrofuleuses , a trouvé des caractères différents, suivant que les scrofules étaient avec ou sans fièvre; toutes les malades avaient ou des lésions du tissu osseux (carie, nécrose, tubercules) ou des ganglions lymphatiques su^pur^'s. 1° Lorsque l'affection scrofuleuse était sans fièvre, l'urine était pâle, d'une faible densité, transparente, acide, et tenant en suspension un nuage muijueux, et parfois disposée à devenir promptemeut alcaline; ne

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déposant pas d'acide urique , soit spoDlanément, soit par l'addition d'une petite quantité d'acide; dans 2 cas, elle contenait une petite proportion d'albumine, sans qu'il y eût maladie de Bright. Cette urine anémique s'est présentée chez les enfants pâles, faibles, amaigris; l'urine était tout à fait normale quand les sujets avait conservé leurs forces. 2<* Lorsque l'affection scrofuleuse s'accompagnait de fièvre, quelle que fût la cause de celle-ci, l'urine était diminuée de quantité, dense, colorée, très-acide et laissait déposer de l'acide urique , soit spontanément , soit par l'addition d'acide ; en un mot l'urine était fébrile (Séméiotique des urines, p. 302 , in-8"; Paris, 1841).

Fonctions génitales, — Les auteurs ont remarqué chez les scrofuleux un penchant très-marqué pour les plaisirs vénériens ; il éclate souvent de trèsbonne heure chez de jeunes enfants, qui s'adonnent alors avec fureur à la masturbation (Kortum, p. 1 1 8). M. Lugol soutient que l'évolution des organes génitaux est retardée dans les deux sexes ; que leurs fonctions sont peu actives; que les testicules sont peu développés, tandis que le pénis est volumineux {lieiherches et observations sur les causes des maladies scrofuleuses, p. 21,in-8°; Paris, 1844). Les menstrues ne s'établissent souvent qu'avec peine, ou sont retardées par le vice scrofuleux. « Je puis assurer, d'après un grand nombre d'observations , dit M. Lepelletier , que la constitution strumeuse est ordinairement le principal obstacle à l'établissement libre et facile des premières menstrues » ( Traité complet sur la maladie scrofuleuse, p. 69, in-8° ; Paris, 1818). Les femmes scrofuleuses sont plus sujettes que d'autres à l'avortement. Les écoulements muqueux et blanchâtres du vagin s'observent aussi plus fréquemment chez les jeunes filles scrofuleuses que chez d'autres. Nous les avons rencontrés sur des enfants de six à huit ans, qui n'avaient pas d'autre maladie que la dialhèse strumeuse.

Facultés intellectuelles, — Les enfants scrofuleux , dit Kortum , sont remarquables par la vivacité de leur esprit et leur aptitude pour les travaux intellectuels (p. 110). Us se font remarquer de bonne heure par la facilité qu'ils ont à apprendre tout ce qu'on leur enseigne ; quelques-uns sont gais et aiment le plaisir; d'autres sont moroses, réfléchis, et présentent une maturité de raisonnement qu'on n'attend pas d enfants de cet âge ; ceux-ci sont toujours en mouvement, ceux-là recherchent le repos et la tranquillité parfaite de corps et d'esprit. 11 ne faut, du reste , attacher qu'uoe minime importance aux caractères fournis par l'innervation. En effet, ces brillantes qualités de l'intelligence sont souvent remplacées chez les scrofuleux par la bêtise ou une aullilé plus ou moins complète : nec raro tamen

et stupidiores sunt taies infantes (Kortum, p. 111).

Tels sont d'après les auteurs les signes de la cachexie scrofuleuse; hâtons-nous d'ajouter qu'il ne faut y voir qu'un état général de l'organisme qui n'est facile à reconnaître que lorsque les symptômes précédemment décrits se trouvent groupés ensemble, sont très-tranchés ou lorsqu'une maladie qui se développe accidentellement en fait ressortir les caractères spéciaux. Les signes de la cachexie scrofuleuse n'ont qu'une faible valeur quand on les examine séparément ; nous avons vu qu'il n'en est pas un seul auquel on n'en puisse opposer un autre tout à fait contraire et qui en détruit toute l'importance. Cependant il ne faut pas aller jusqu'à nier l'existence de la diathèse scrofuleuse ni soutenir qu'elle n'est point reconnaissable. Elle constitue malheureusement un élément morbide qui se montre souvent avec des carac- j tères aussi tranchés que les éléments nerveux , bilieux inflammatoire, etc.

2° Manifestations morbides locales de la cachexie scrofuleuse ; maladies scrofuleuses , symptômes scrofuleux. — Kortum place au nombre des symptômes des scrofules la cachexie et les affections glandulaires, et parmi les affections secondaires la phthisie tuberculeuse, la maladie des os, des jointures, des yeux et les différentes éruptions du cuir chevelu (part, i et ii). Hufeland décrit 1° la cachexie scrofuleuse qu'il considère comme le premier degré de la maladie ; 2° les symptômes des scrofules arrivées à leur seconde période : ce sont la tuméfaction des glandes lymphatiques , les éruptions cutanées de différentes formes, et particulièrement celles de la tête , les phlegmasies des organes qui contiennent beaucoup de glandes (oph-thalmie) , les flux muqueux des membranes qui tapissent les voies respiratoires et digeslives , la tuméfaction des glandes mésentériques , les ulcères scrofuleux, les tumeurs lymphatiques du tissu cellulaire, le goitre; 3^ les maladies de la période de désorganisation sont le carreau, les tumeurs blanches, la luxation spontanée, les hydropisies, la phthisie, les altérations des os , le cancer , la consomption abdominale, le rachitisme, des affections nerveuses fort mal déterminées, enfin le crétinisme (ouvr. cit., p. 84 et suiv.)

M. Lepelletier regarde comme maladies scrofuleuses, l'engorgement du cou, le carreau, la phthisie pulmonaire, les tumeurs blanches, la luxation spontanée, le mal vertébral de Pott, le goitre, les abcès froids, les hydropisies, les hyda rth roses , le catarrhe et les ulcères (loc. cit., p. 99 et suiv.). M. Lugol ajoute à cette liste déjà bien longue d'accidents scrofuleux , la fièvre muqueuse , la fièvre de croissance, la dentition laborieuse, les affectious

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vermineuses (ouvr. cit., p. 219). On peut attribuer à la scrofule une grande influence sur le travail de la dentition et sur la grossesse; mais quant aux autres maladies dont parle M. Lugoi, leur corrélation avec la scrofule est loin d'être démontrée.

M. Guersant considère comme des altérations caractéristiques de la scrofule, les abcès, les adénites, arthrites, périostites et ostéites scrofuleuses , les altérations du sang et de la lymphe. D'autres altérations secondaires, telles que certaines ophthalmies et otorrhées, certains ozènes scrofuleux,ne sont pour cet auteur que des épiphénomènes de la maladie (art. cit., p. 211). Nous allons revenir sur celte opinion qui tend à restreindre dans des limites bien déterminées les affections scrofuleuses.

Commençons d'abord par effacer du nombre des maladies scrofuleuses celles qu'une étude analomopathologique plus approfondie a reléguées dans d'autres classes du cadre nosographique : \° toutes les affections produites par le développement du tubercule dans un tissu ou dans un organe quelconque et qui sont considérées aujourd'hui comme distinctes des scrofules; la phthisie pulmonaire, les caries tuberculeuses des os, le mal vertébral de Pott lié à des tubercules, les affections de même nature qui affectent le péritoine (hydropisie, certains carreaux) ou les membranes muqueuses (flux muqueux , diarrhée consomptive). Nous discuterons plus loin la question de savoir si les tubercules et les scrofules font identiques, et nous répondions par la négative tout en reconnaissant les corrélations nombreuses qui existent entre les deux diathèscs (voy. Nature). La luberculisation des glandes cervicales à laquelle on a donné à tort le nom à' adénite scro/hleiise et ceWe des glandes mésentériques (carreau) ne sont pas non plus des scrofules (voy. Diagnostic). M. Guersant reconnaît que l'adénite scrofuleuse n'est qu'une forme de la luberculisalion et ne doit pas trouver place dans les altérations morbides scrofuleuses (art. cit., p. 225).

2® Le crétinisme et le goitre, dont l'origine est encore environnée de ténèbres, ne sont plus considérés aujourd'hui comme un modalité pathologique des scrofules ; l'histoire en a été présentée dans une autre partie de notre livre (voy. Idiotie, t. v, p. 136).

On conserve plus de doute sur le rachitisme ou ramollissement des os qui a été placé par Kortum parmi les affections secondaires de la maladie scrofuleuse (ouvr. cit., t. u, p. 292); un grand nombre d'auteurs ont adopte cette opinion. Cependant on a remarqué que les engorgements glandulaires sont assez rares chez les rachitiques et on a été jusqu'à dire qu'il y a antagonisme entre cette affection et les scrofules : celte dernière opinion est trop exclusive et insoutenable; nous pensons que des causes

à peu près semblables peuvent en favoriser le développement , et que le rachitisme peut se développer chez un sujet scrofuleux plus fréquemment que chez tout autre , en raison même de la diathèse qui agit à titre de cause prédisposante.

Les maladies auxquelles on accorde assez généralement aujourd'hui la dénomination de maladies scrofuleuses sont les suivantes : les premières onl leur siège dans les glandes lymphatiques extérieures ou intérieures (A. adénite strumeuse ; B. adénite, mésentérique ou carreau); les secondes sur la peau et dans le tissu cellulaire {abcès scrofuleux; ul' ccrations y lupus, teignes, gourmes); les troisièmes, sur les membranes muqueuses (A. ophthal mie ; B. oiorrhée; C. coryza ; D. leucorrhée vaginale); les quatrièmes, dans le système osseux (A. gonflement du périoste ; B. des os ; C. carie ; D. nécrose ; E. rachitisme).

Périodes de la maladie. — Les symptômes de la scrofule se succèdent-ils dans un ordre déterminé P La plupart des auteurs décrivent d'abord Tétat général, auquel ils donnent le nom de constitution, de diathèse, à^ habitude scrofu^ leuses. Les scrofules étant pour eux les symptômes d'une maladie générale , ils ont cherché à les grouper suivant leur mode d'évolution , et ont cru qu'ils pourraient les distinguer, en quelque sorte comme ceux de la syphilis , en symptômes primaires , secondaires et tertiaires; toutes les tentatives qu'ils out faites pour arriver à ce but ont échoué. On n'est pas d'accord sur les maladies auxquelles doit être réservé le nom de maladies scrofuleuses ; à plus forte raison est-il impossible de décrire les périodes des scrofules. M. Guersant croit qu'on peut en admettre quatre assez distinctes : 1° Yincubation , marquée par des symptômes généraux très- vagues, l'amaigrissement, l'affaiblissement, etc.; 2" une seconde période , dite par lui de localisation , dans laquelle on observe des engorgements glandulaires, le gonflement des jointures et du corps des os; 3" la période de dépuration, qui est constituée par le développement des altérations morbides, locales et surtout par les ramollissements, les suppurations, les ulcérations des glandes ou des autres tissus ; 4® dans la quatrième période ou de terminaison figurent la cicatrisation des parties molles, la cessation du gonflement des os et des jointures, et des glandes ; si le mal a une issue funeste, des symptômes de colliqualiou amenée par des maladies viscérales, ou par la seule altération de toute la conslilulion , se manifestent. M. Guersant divise les altérations morbides scrofuleuses en primitives et en secondaires; les abcès scn»fiileux,les adénites slrumeuses, les arthrites, périostites et ostéites scrofuleuses, les ulcérations consécutives à ces diverses maladies , et enfin les altérations

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morbides du sang et de la lymphe appartiennent à la première division et sont caractéristiques de la maladie. Les maladies secondaires sont les ophthalmies, les olorrhées, certains ozènes ( art. cité, p. 211).

H serait, sans doute, à désirer que l'on pût décrire les symptômes scrofaleux aux différentes époques de leur évolution ; mais les descriptions fournies par les auteurs sont contradictoires. Les périodes auxquelles M. Guersant s'est efforcé de rattacher les symptômes des scrofules ne se retrouvent pas toujours dans le cours de la maladie ; la période de localisation , par exemple, est loin d'être toujours précédée de la période d'incubation ; elle peut se montrer rapidement sous l'influence d'une maladie intercurrente, comme une variole , une scarlatine. Il est bien plus difficile encore de comprendre sous le nom de phénomènes primaires ou secondaires les accidents scrofuleux. Les altérations morbides du sang, que M. Guersant place parmi les lésions primitives, sont d'une date bien antérieure à la formation des abcès scrofuleux et des adénites , qui sont également pour lui des lésions primitives , puisqu'elles sont la cause même de la dialhèse scrofuleuse. Les maladies dites secondaires, telles que les ophthalmies, les otorrhées, constituent souvent les premiers symptômes appréciables de la maladie scrofuleuse et servent à la faire reconnaître dans le cas où elle avait été jusqu'alors complètement latente. D'autres fois les signes de la diathèse scrofuleuse sont tellement nombreux et tellement tranchés, que le diagnostic peut être établi à l'instant même, quoiqu'il n'y ait encore aucune altération locale ; nous sommes donc portés à croire que toutes les divisions proposées ne représentent pas et ne peuvent pas représenter le tableau variable et continuellement changeant des accidents scrofuleux ; nous en dirons plus loin la cause lorsque nous rechercherons la véritable nature des maladies scrofuleuses. La seule distinction qui nous paraisse possible est fondée sur ce point d'étiologie , savoir, que le seul état morbide qui précède les autres est une altération générale de toute la constitution, une diathèse cachectique, et que les maladies scrofuleuses ne sont que des maladies sur lesquelles se superpose l'élément morbide spécial qui existait dans la constitution au moment où elles se sont d(;veloppces ou qui en a provoqué l'apparition. Il n'y a donc pour nous que deux ordres de phénomènes scrofuleux : 1" ceux qui appartiennent à la cachexie scrofuleuse , et qui peuvent n'éclater qu'à l'occasion d'une maladie accidentelle ; 2" ceux qui appartiennent à ces maladies accidentelles dont la nature et le siège varient singulièrement. Les premiers sont toute la maladie ou la scrofule, les secondes sont les maladies scrofuleuses.

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1° Maladies strumeuses dont le siège est danis les glandes lymphatiques (écrouelles; tumeurs scrofuleuses). Une des manifestations morbides les plus communes de la cachexie scrofuleuse est l'affection des glandes lymphatiques.

Siège. — Les ganglions lymphatiques du cou, de l'aisselle, des aines et de la région mammaire sont ceux qui deviennent le siège le plus ordinaire du travail morbide scrofuleux. C'est particulièrement sur les parties latérales et postérieures du cou , et dans les régions sous-maxillaires que se développent d'abord les engorgements glandulaires: sur 67 malades observés par M. Baudelocque, 17 en avaient un ou plusieurs, soit au cou, au-dessous et derrière les angles de la mâchoire , soit au bras (Études sur les causes^ la nature et le traitement de la maladie scrofuleuse^ p. 288 ; Paris, 1834). Ils se montrent depuis le pourtour des oreilles et les tempes jusqu'au niveau des clavicules (Guersant, loc. cit., p. 213). Il y en a de superficiels, placés sous la peau, et d'autres qui pénètrent entre les muscles , les soulèvent et s'enfoncent dans les parties profondes. On les voit, par exemple , occuper l'intervalle qui existe entre l'omoplate et les muscles de la poitrine, entourer les vaisseaux et nerfs axillaires, et se continuer avec d'autres chapelets de ganglions derrière la clavicule. On en trouve aussi dans le pli des jointures, partout, enfin, où il existe des glandes lymphatiques ; tout le corps peut être couvert de ces scrofules (Hufeland, loc. cit.j p. 97).

L'appareil lymphatique glandulaire extérieur est-il le seul qui soit affecté , et les glandes situées dans la poitrine et l'abdomen ne peuvent-elles pas être le siège des scrofules? Les glandes bronchiques et mér sentériques sont souvent affectées chez les scrofuleux, et il en résulte deux maladies que nous avons décrites ailleurs (voy. Puthisie et Carreau). Nous nous sommes efforcés de montrer qu'elles dépendent du développement de la matière tuberculeuse dans les ganglions (voy. surtout notre article Carreau, t. ii, p. 80 et 96) ; et comme pour nous l'affection tuberculeuse est tout à fait distincte des scrofules (voy. Nature), mus ne pouvons considérer comme un engorgement scrofuleux la tuberculisation des glandes lymphatiques viscérales. Maintenant il faudrait savoir si on ne trouve pas celles-ci hypertrophiées , suppurées ou altérées d'une façon quelconque; nous ne sommes pas en mesure de répondre catégoriquement à cette question ; il paraît que les auteurs n'ont pas constaté de lésions autres que celles qui résultent de la présence des tubercules. A. Cooper prétend que les glandes du cou, du mésentère, les poumons, le cerveau , les yeux, peuvent être affectés de scrofule, mais jamais le cœur; celte assertion très-vague ne peu! s'appliquer qu'aux productions tuberculeuses.

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Il s'agit évidemment de celte affection ou du cancer, lorsque Sam. Gooper parle d'engorgements scrofuleux du testicule et de la mameile {Dictionn. de cliir. prat., t. n, p. 394, in-8°; Paris, 1826). Les tumeurs scrofuleuses internes indiquées par les auteurs ne sont que des tuberculisations glandulaires. Peut-être pourrait-on considérer comme étant de nature scrofuleuse certaines hypertrophies rebelles, et certaines indurations des amygdales qui persistent chez plusieurs scrofuleux : ce fait rentre dans la catégorie des maladies de nature très-diverse qui peuvent avoir un fond scrofuleux. Un grand nombre d'auteurs disent, il est vrai , que l'engorgement des glandes du cou doit faire soupçonner la présence de tumeurs semblables dans les viscères, et que la multiplicité des scrofules externes est un indice des scrofules internes; c'est, en effet, ce qui a lieu quand la maladie des glandes cervicales est déterminée par la tuberculisalion de leur tissu, on retrouve ces mêmes tubercules dans les glandes bronchiques, le poumon et le mésentère.

Les maladies strumeuses dont les ganglions lymphatiques externes peuvent être affectés sont: 1*' l'inflammation , 2** la suppuration , 3** l'hypertrophie , 4» l'induration.

Adénite scrofuleuse. — Les glandes du cou étant celles qui s'engorgent les premières et où les phénomènes morbides sont les plus marqués, nous devons nous attacher à décrireles changements qui s'y passent et qui ne diffèrent pas de ceux que présentent les autres glandes affectées. On sent d'abord sous la peau une petite tumeur du volume d'une noisette ou plus grosse encore, roulant sous le doigt, distincte des parties environnantes, élastique, sans changement de couleur à la peau, sans douleur, et formée manifestement par une glande lymphatique engorgée. Bientôt le volume et la consistance de la tumeur augmentent; le tissu cellulaire ambiant est lui-même affecté; la tumeur adhère aux tissus qui l'environnent, et perd la mobilité dont elle jouissait jusque-là. L'élasticité particulière qu'on y trouvait est remplacée par un empâtement considérable, a On peut sentir autour de la base de la tumeur de la fluctuation et un bord solide, dur et circonscrit; la peau est légèrement rouge; si à cette époque on fait une incision ou une piqûre à la tumeur, il n'en sort point ou presque point de matière » (S. Gooper, art- cité, p. 394). Le docteur Thompson soutient que des signes d'inflammation accompagnent toutes les périodes de l'adénite 'strumeuse , et que dès le début, il y a de la rougeur, de Ja chaleur et de la douleur, que la pression fait paraître (cit. extr. de l'ouvr. cité de S. Gooper). L'opinion du médecin anglais n'est vraie que pour un certain nombre d'adénites qui ont une marche rapide et tendent à la suppuration. Ordinairemeut, l'inflammation

parcourt ses périodes avec une lenteur extrême, et reste souvent station naire pendant plusieurs mois et même plusieurs années.

Il est rare qu'une seule glande s'affecte; «elles se groupent en masses plus ou moins considérables, inégalement bosselées et accolées entre elles. Ces tumeurs sont souvent développées des deux côtes à la f(jis et s'étendent jusque près des oreilles et des joues; mais toujours plus d'un» coté que de l'aulre, ccqui donne un aspect hideux et tout particulier à la physionomie» (Guersant, p. 2t 3). Quelquefois les glandes qui constituent la tumeur restent séparées de manière à figurer une espèce de chaîne (a c7-t>//</«? c-o/tcatcnalœ). Souvent le volume que prennent les glandes engorgées est considérable, et lorsqu'elles ont leur siège sous la mâchoire inférieure, le cou se trouve de niveau a\ec la face. On voit d'énormes tumeurs formées par les glandes cervicales agglomérées , hypertrophiées, suppurées, etc. , qui pè^ent 3 à 4 kilogr.

Avant d'aller plus loin et de décrire les différentes phases de l'adénite , nous devons dire que nous ne considérons pas toutes les tumeurs scrofuleuses comme des adénites; nous montrerons plus loin que sous l'influence du vice scrofuleux les glandes peuvent s'altérer de différentes manières.

L'adénite scrofuleuse peut affecter une marche aiguë et une marche chronique. Dans le premier cas, les glandes grossissent très-vite, en raison de la congestion vasculaire du tissu de la glande et de l'extension du travail phlegmasique au tissu cellulaire et aux autres glandes situées dans les environs. La tumeur est très-promplement sensible à la moindre pression ; la peau qui la recouvre est rouge et chaude. Le malade ressent parfois , dans le tissu même de la glande , une douleur as.sez vive, et des élancements, qui sont souvent l'indice de la suppuration. Quand les phénomènes précédenis se sont manifestés, l'adénite se termine par suppuration, et un mouvement fébrile accompagne le travail pathologique qui s'accomplit dans la glande.

Si l'adénite est chronique, les symptômes sont un peu différents. L'augmentation de volume et une douleur obtuse en sont les signes les plus ordinaires; dans la plupart des cas, la suppuration s'y établit d'une manière tellement latente que la fluctuation y esl déjà très-manifesic avant dêire annoncée par la rougeur et la douleui";ou bien celles-ci, à peine marquées, se dissipent, et sont remplacées par l'état indolent et stalionnaire de la tumeur. Il faut alors un traitement externe pour résoudre l'iiyjjertrophie glandulaire.

La suppuration des glandes donne lieu à des tumeurs Huctuantes de la grosseur d'un œuf, ou du poing. La peau qui les recouvre est chaude , à peine

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colorée en rouge ; parfois elle conserve sa teinte naturelle , ou bien offre une couleur légèrement violette. «On voit de petites veines se ramifier à sa surface ; quelque temps après la peau devient plus mince dans un point, et sa couleur y devient généralement plus foncée; elle s'ouvre spontanément et rend un liquide clair comme du pelit-lait , mêlé de matières casécuses ou de flocons blancs assez épais» (S. Cooper, art. cit., p. 394). Dans des cas assez rares le liquide purulent disparaîipar résorption, et il n'est pas nécessaire de recourir à une opération chirurgicale pour livrer passage au pus ; les auteurs rapportent plus d'un exemple de celte heureuse terminaison, qui n'est cependant pas très-commune.

Une fois l'abcès scrofuleux ouvert spontanément ou par l'art, le peau amincie et dénudée ne se recolle pas aisément. Souvent elle se perce de plusieurs trous petits et fistuleux qui laissent échapper une sérosité blanchâtre ou floconneuse. La tumeur scrofuleuse diminue beaucoup, mais les ouvertures de l'abcès ne se cicatrisent pas ; il se forme à leur extrémité cutanée des mamelons fongueux et rougeâtres, dont le rapprochement ferme exactement les ouvertures; quelquefois ce sont des croûtes épaisses d'un jaune doré et d'une odeur acide ou fade, provenant d'une substance muqueuse qui se durcit à sa sortie , et qui bouche ces mêmes ouvertures. La matière purulente qui se ramasse au-dessous fuse dans le tissu cellulaire, produit des démangeaisons assez fortes et forme des clapiers (Baumes, ouvr. cité, p. 48).

Les ulcères qui proviennent des tumeurs glandulaires abcédées prennent souvent une forme irrégulière. «Bientôt ils se circonscrivent et se creusent; leurs bords ,qui en premier lieu étaient plats, souples, évasés, sans végétation, quoique croùteux, se rapprochent , deviennent calleux , et quelquefois prennent l'apparence d'une vraie fistule. S'il arrive que ces ulcères viennent à se cicatriser en tout ou en partie, ce n'est que pour un temps , et plus tôt ou plus tard ils se rouvrent de nouveau , à moins qu'il ne se forme dans le voisinage quelque autre tumeur ou quelque ulcère nouveau; car il est assez commun de voir cette alternative de tumeurs, d'ulcères, de cicatrices et de nouvelles ulcérations, jusqu'à ce que la nature victorieuse ait détruit, par résolution ou par la suppuration, tout ce qui reste de la tumeur scrofuleuse et rendu, par une ferme cicatrice , la guérison durable» (Baumes, ouvr. cité, p. 49).

Cicatrices. — M.Baude!ocque,qui a étudié avec soin les cicatrices qui résultent des engorgements glanduleux abcédés, en a donné une excellente description. La peau qui couvre les glandes suppurées, étant amincie et peu disposée à adhérer aux tissus avec lesquels elle se trouve en contact, se cicatrise isolément, c'està-dire que le fond de l'ulcère et la peau elle-même,

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au bout d'un temps plus ou moins long , se recouvrent d'un tissu cicatriciel ; « il y a dans ce cas deux cicatrices superposées. » Lorsque la cicatrisation commence par la peau, celle-ci s'applique fortement sur la surface ulcérée , et des végétations s'élèvent de toutes parts. Il arrive assez fréquemment, après les adénites cervicales, que des portions de derme cicatrisées un peu plus loin que parleurs bords, flottent ouse relèvent, et constituent des végétations triangulaires, longitudinales, anguleuses, affectant, en un mot, des formes assez variées ; dans d'autres cas, les bords de l'ulcération sont roulés en ourlets et adhèrent au fond des cicatrices (Guersant, p. 119). La surface ulcérée se couvre parfois d'une cicatrice unie et constituée par une peau fine, bleuâtre ou violacée, qui se déchire facilement. Dans d'autres cas, il y a une cicatrice aveccoMiurcj c'est-à-dire que la peau présente une saillie indurée, longitudinale ou irrégulière, blanchâtre, qui est due à ce que les végétations qui se forment si souvent sur les trajets fistuleux des scrofules se sont cicatrisées. Une couche épaisse de matière épidermique se remarque souvent à leur partie moyenne et leur donne de la dureté (Baudelocque, p. 326). On voit aussi, après la guérison des abcès scrofuleux, des cicatrices constituées par des brides blanchâtres , comme si la peau avait été le siège d'une brûlure ; d'autres fois ce sont de petits tubercules cutanés, blanchâtres; ou de petite dépressions rappelant la cicatrice des pustules d'une variole confluente.

Les causes qui nous paraissent expliquer les variétés nombreuses de forme et d'aspect des ulcérations et des cicatrices scrofuleuses sont elles-mêmes très-variables; parmi ces causes les unes sont générales, les autres sont locales. La première est l'état général de la constitution, qui indépendamment de la cachexie scrofuleuse peut être considérablement débilitée, soit par l'effet d'une alimentation mauvaise et insuffisante, de l'habitation de lieux mal aérés et insalubres etc., soit par la longue durée du mal et des accidents successifs qui ont altéré la constitution. C'est à ces causes générales qu'il faut attribuer l'absence de vitalité des tissus, qui doivent cependant fournir à la cicatrisation. Pour que celle-ci puisse s'effectuer, il faut que la peau, le tissu cellulaire et les organes subjacents deviennent le siège d'une sécrétion fibriueuse au moyen de laquelle s'établissent les adhérences et la cicatrisation. D'autres causes locales retardent ou empêchent le travail de réparation : tantôt les tissus sont privés en grande partie de vaisseaux sanguins et de tissu cellulaire, ou deviennent le siège d'une irritation .sécréloire incessante qui nuit à la cicatrisation ; tantôt enfin, et c'est là une cause très-commune des ulcères .scrofuleux, les tissus ne peuvent pas se cicatriser parce qu'ils livrent passage à la matière tuberculeuse ramollie dont se. débarrasse le ganglion lymphatique.

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Enfin les tissus glandulaires sont mal disposés, en raison de leur texture peu vasculaire et de leur faible vitalité , à faire les frais d'une cicatrisation rapide. Le développement chronique des adénites scrofuleuses, la nature séreuse du pus qui s'échappe des glandes, et tous les symptômes locaux qui précèdent et suivent la suppuration, prouvent combien l'inflammation réparatrice doit éprouver de peine avant de s'établir dans de pareils tissus : aussi est-il nécessaire de l'exciter par un traitement local. On sait que les cautérisations, les topiques et tous les modes de pansement institués pour guérir les fistules et les ulcères scrofuleux n'ont pas d'autre but que de modifier la vitalité du tissu que l'on cherche à faire cicatriser. Un pareil résultat ne peut être obtenu tant que l'on n'a pas réussi à améliorer la constitution par un traitement général convenable ; et c'est parce qu'on oublie trop souvent de remplir celte indication , ou parce que la thérapeutique reste impuissante dans un grand nombre de cas, que l'on échoue si fréquemment.

Si la résolution des engorgements s'effectue , le tissu cellulaire qui relie entre elles les glandes qui forment par leur agglomération la tumeur scrofuleuse revient à son état normal; le gonflement, l'hypertrophie y cessent bien avant que l'inflammation ait entièrement abandonné le tissu glandulaire ; c'est là ce qui explique l'apparition de petites tumeurs mobiles dans le lieu occupé par la tumeur scrofuieuse. Elle î,q fragmente ainsi jusqu'à ce qu'elle ait complètement disparu. Si l'on n'était prévenu de cette circonstance propre à la résolution des engorgements glandulaires, on pourrait croire , au premier abord , qu'il se forme de nouvelles tumeurs et que le mal augmente. Les glandes deviennent aussi plus superficielles parce que les tissus ambiants, plus rapidement dégorgés qu'elles, s'affaissent.

Uanatomie pathologique ne révèle aucune altération qui soit propre à l'affection scrofuleuse. On retrouve dans les glandes les différentes lésions que la phlegmasie simple entraîne ordinairement (voy. Lymphatiques (Maladies des), t. v, p. 586). Leur tissu offre une teinte rougeâtre claire que l'on a comparée assez exactement à celle de la chair de Tcau cuite et lavée; il est en même temps plus humide, mou, friable, et infiltré du pus si l'on examine la glande dans la période de suppuration. Le tissu cellulaire qui relie les diverses parties constituantes de la glande est hypertrophié , très-visible et fortement injecté. On voit aussi dans quelques cas des vaisseaux lymphatiques enflammés, et qui se dessinent sous la forme d'une corde noueuse qui aboutit aux ganglions (voy. Lympiia^citr, t. v).

On trouve chez d'autres sujets, lorsque l'affection scrofuleuse a duré longtemps , des indurations et des hypertrophies glandulaires. Dans le premier cas,

le tissu de ces organes reste granulé ou mafmelonné; ail devient ensuite très-dur à la pression, résistant et presque criant sous le scalpel, comme le squirrhe au premier degré; cependant, dit M. Guersant , ce tissu n'est pas nacré et aussi dur et aussi lisse que le squirrhe; il se rapproche davantage de la transformation grise que l'on observe si fréquemment dans les poumons des phthisiques, et qui précède très-souvent le développement des tubercules et marche concurremment avec eux» (art. cité, p. 215). Celte altération tient sans doute à l'infiltration tuberculeuse; nous n'avons pas à nous en occuper ici, non plus que de la présence des granulations tuberculeuses dans le tissu glandulaire, qui peut être détruit, atrophié. Il peut aussi renfermer des concrétions calcaires ou une matière semblable à du plâtre mouillé. On trouve aussi dans l'épaisseur Jes glandes ou à leur place des kystes à parois solides et épaisses, qui contiennent du pus, des tubercules ou quelques-unes des substances que nous venons d'indiquer. M. Baudelocque cite un exemple remarquable d'une altération de ce genre (p. 307). Enfin il n'est point rare de constater dans les glandes plusieurs lésions à la fois, du pus, des tubercules, des parties indurées et lardacées , d'autres simplement hypertrophiées.

Le gonflement des glandes qui, après avoir été le siège d'inflammations aiguës ou chroniques, restent volumineuses et indurées , tient à deux causes différentes qu'il importe beaucoup au médecin de connaître parce qu'elles expliquent l'inefficacité des médications que l'on a préconisées en pareille circonstance. Il peut dépendre du développement de la matière tuberculeuse dans le tissu glandulaire; tant qu'elle n'a pas été expulsée par un travail éliminatoire semblable à celui que l'on observe dans la phthisie, la glande conserve son volume malgré tous les traitements mis en usage. Il peut arriver que le tubercule s'enkyste ou se transforme en substance calcaire; la guérison complète n'est pas plus possible dans ce cas que dans l'autre.

L'hypertrophie d'une glande qui a été pendant plusieurs mois et même plusieurs années le siège d'un travail morbide est un effet assez rare de l'affection scrofuleuse. La maladie des ganglions lymphatiques se termine ordinairement par suppuration, résolution ou induration; cependant on voit chez quelques sujets une ou plusieurs glandes conserver un volume plus considérable que celui qu'elles ont dans l'étal naturel. Quelques chirurgiens ont eu occasion d'enlever des tumeurs cervicales ou pectorales qui étaient ainsi constituées et dépendaient probablement de la constitution scrofuleuse des sujets.

Diagnostic des tumeurs scrofulcuses. — L'rtdenitc non scrofuleuse ne peut être diagnostiquée,

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suivant nous, que lorsque l'on peut retrouver les signes de la diathèse scrofuleuse ou les vestiges d'une affection de même nature qui existe actuellement ou qui a sévi à une autre époque (cicatrices, fistules, ulcères scrofuleux). On a dit que dans l'adénite simple la douleur était plus vive, la dureté et la pesanteur du ganglion moindre, la suppuration ou la résolution plus rapides; ces données séméiotiques seraient tout à fait insuffisantes dans un grand nombre de cas, si l'on n'avait pas pour se guider l'ensemble des symptômes fournis par la cachexie scrofuleuse. Les engorgements lymphatiques Hés à des maladies du cuir chevelu et de la peau, à des piqûres ou à des lésions traumatiques, ne peuvent en imposer au praticien le moins exercé.

Il faut savoir reconnaître la véritable nature des cicatrices que l'on rencontre sur le cou, près des oreilles, à la poitrine, chez des sujets qui n'ont pas actuellement de maladie scrofuleuse. Nous les avons décrites avec trop de détails pour y revenir. Il n'y a guère que les brûlures et les adénites simples ou consécutives à une maladie du cuir chevelu qui pourraient jeter le praticien dans l'inceititude. Il est presque toujours facile de remonter à la source du mal dans le premier cas ; et d'ailleurs les végétations, les tubercules cutanés , blanchâtres et les brides qui dépendent des scrofules ne ressemblent pas complètement aux lésions de texture que la brûlure laisse à sa suite. Quant aux cicatrices des adénites simples, leur siège et les commémoralifs peuvent les faire distinguer des cicatrices scrofuleuses.

Un point de diagnostic bien essentiel dans l'histoire de l'adénite consiste à distinguer l'adénite simple de celle qui est provoquée par le tubercule. Tant que le pus ne s'est pas failjour au dehors, ilest impossible de rétablir d'une façon certaine; on peut bien supposer que la présence de ce produit morbide est la cause des engorgements glandulaires persistants, opiniâtres, que rien n'a pu dissiper, maisfincertitude necesse que lorsqu'on voit sortir de la tumeur un pus séreux auquel est mêlée la matière tuberculeuse, et lorsque l'inflammation ne peut se résoudre malgré les médications antiphlogistiques et antiscrofuleuses; et encore ne faut-il attache)- qu'une importance fort secondaire à ce dernier signe diagnostique. Si l'on retrouvaitdans le poumon des symptômes de tubercule, on ne pourrait pas conclure à l'existence de ce même produit dans les ganglions lymphatiques, à moins que le sujet n'ait dépassé quinze ans.

La dégénérescence cancéreuse des ganglions lymphatiques peut en imposer pour une tumeur scrofuleuse, et il n'est pas facile de poser le diagnostic chez un certain nombre de malades. La marche du squirrhe est beaucoup plus lente que celle de Tadénitc ; la suppuration y est très- rare. Quand le cancer se ramol-

lit, les signes de cachexie cancéreuse se manifestent. Il est rare que d'autres symptômes scrofuleux ne viennent pas jeter quelque lumière sur la nature de la tumeur ; on rencontre presque toujours d'autres glandes engorgées, des cicatrices d'abcès, des gonflements articulaires, des déformations osseuses. Si les deux cachexies se compliquent , le diagnostic est presque impossible, et l'inefficacité des agents réputés antiscrofuleux ne suffit pas. Les engorgements cancéreux des glandes se montrent ordinairement dans le voisinage des indurations et des ulcères cancéreux; des douleurs plus ou moins vives, quelquefois lancinantes, s'y manifestent (Thompson, in art. cit. de S. Gooper, p. 394).

Les adénites syphilitiques se reconnaissent à la cause qui les a engendrées; elles affectent plus spécialement les glandes de l'aine et marchent d'une manière assez rapide vers la suppuration. W. Hunter pense que la maladie vénérienne peut mettre enjeu la disposition scrofuleuse et produire le gonflement des glandes qui participe alors de la nature des deux affections.

Nature des maladies glandulaires produites par la scrofule. — Les différentes lésions qui ont leur siège dans les ganglions lymphatiques sont-elles de même nature que celles qui sont offertes par des malades exempts du vice scrofuleux? sont-elles tantôt des adénites suppurées ou indurées, tantôt des hypertrophies développées dans le tissu glandulaire? Nous avons déjà répondu par l'affirmative dans le courant de cet article ; nous ajouterons seulement que la cachexie scrofuleuse imprime à ces différentes maladies une marche plus chronique et à leurs symptômes des caractères propres dont nous avons cherché à tracer les principaux traits. La preuve que ces suppurations glandulaires n'ont rien de spécifique, c'est que le pus qui en provient ne produit ni l'adénite, ni l'ulcère, ni aucun autre accident scrofuleux; ce qui, pour l'avouer en passant, n'est pas favorable à l'idée d'un virus scrofuleux.

Il nous resterait à discuter une grave question de pathogénie soulevée dans ces derniers temps : les scrofules et les tubercules sont-ils identiques ? Nous discuterons ailleurs les arguments apportés eu faveur de cette identité; disons seulement, pour ce qui concerne les maladies des ganglions, qu'une cause assez fréquente de l'adénite suppurée ou indurée est le développement de la matière tuberculeuse dans l'épaisseur de la glande ; mais on s'écarterait de la vérité si l'on soutenait que des phénomènes morbides d'une tout autre nature ne peuvent prendre naissance dans les tissus glandulaires des scrofuleux. Les hommes les plus capables de traiter cette question repoussent l'identité de nature des scrofules et des tubercules (voy. Nature).

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2^ Maladies strumeuses dont le siège est à la peau et dans le tissu cellulaire. — Cette classe de maladie comprend les abcès, les ulcéralions, les fistules, et quelques autres affectious cutanées réputées scrofuleuses.

A. Abcès. Les causes des collections purulentes varient dans l'affection scrofuleuse comme dans les autres maladies ; l'inflammation qui leur donne lieu réside tantôt dans les ganglions lymphatiques ou ie tissu cellulaire, et tantôt dans les os et les jointures ; quelquefois elle ne se rattache à la présence d'aucun produit morbide; souvent aussi le développement du tubercule en est la cause. L'abcès qui se forme dans ces conditions pathologiques diverses occupe le lieu même où se trouve le tissu altéré, ou bien se manifeste dans une partie plus éloignée (abcès par congestion). Ces abcès ont été appelés souvent par les chirurgiens abcès froids. Ceux qui sont placés superficiellement donnent lieu à des tumeurs de petite dimension, dans lesquelles la fluctuation est évidente et qui restent souvent ainsi plusieurs mois avant que la peau s'enflamme, se colore en rouge et livre passage à un liquide séreux et jaunâtre qui est contenu dans le foyer. Le liquide est formé dans d'autres cas par une matière caséeuse blanchâtre , ou par une sorte de bouillie que l'on a comparée pour la couleur et la consistance à la frangipane ^Guersant, art. cité, p. 212), et qui ne sort qu'avec peine et lentement par les ouvertures spontanées ou accidentelles qui existent à la peau. Les parois des collections purulentes sont formées par le tissu cellulaire condensé, si l'abcès est venu à maturité, et souvent par des portions de glandes lymphatiques qui restent volumineuses et engorgées: cet état local dépend de la lenteur avec laquelle procède l'inflammation glandulaire chez les scrofuleux et souvent de la présence des tubercules qui empêchent le travail de cicatrisation. La peau qui recouvre l'abcès et qui en constitue une des parois est décollée, amincie, d'un rouge bleuâtre ou tout à fait livide; quand on introduit un stylet par l'ouverture externe on soulève facilement la peau dans une étendue souvent considérable et on pénètre par des sinus plus ou moins étroits dans plusieurs foyers qui proviennent de la fonte de plusieurs adénites scrofuleuses simples ou tuberculeu.ses. Des portions de peau amincies et décollées sont jetées en guise de pont sur ces différentes ouvertures qui ne communiquent pas toujours entre elles.

C'est surtout dans les abcès scrofuleux qui tiennent à la carie des os et à des suppurations plus ou moins profondes que l'on observe les trajets sinueux par lesquels le stylet finit par arriver jusque sur l'os ou le périoste affectés. Ces abcès peuvent se développer loin du siège occupé par la maladie et pren-

nent le nom d'abcès par congestion ; le tubercule, la carie, la nécrose, la périostite, en sont les causes ordinaires. Leur étude est du domaine de la chirurgie.

Quelquefois les abcès scrofuleux se développent dans l'épaisseur même du derme; on les reconnaît à de petites tumeurs superficielles, molles et colorées en un rouge livide. Celles-ci , souvent au nombre de trois ou quatre, ont leur siège sur le visage ou sur le cou, et accompagnent les engorgements glandulaires.

B. Ulcères scrofuleux. Les ulcérations scrofuleuses sont comme les abcès le résultat de lésions trèsdifférentes ; elles dépendent tantôt d'une adénite simple, aiguë ou chronique, tantôt d'un abcès froid , d'un tubercule ramolli, ou d'une maladie des os et de leur périoste. Nous avons décrit les ulcères qui succèdent aux suppurations glandulaires, il nous reste à indiquer les caractères communs à tous ces ulcères, quelle qu'en soit la cause.

Les ulcères scrofuleux présentent-ils des caractères spécifiques qui les font immédiatement reconnaître , ou sont-ils de simples ulcères atoniques, en tout semblables à ceux que l'on rencontre chez des sujets dont la constitution est altérée et affaiblie par une cause non spécifique ? Boyer dit que, « lorsque Tulcère est le seul phénomène par lequel la dialhèse scrofuleuse s'est annoncée, on doit tirer le diagnostic de certains caractères qui indiquent l'existence de la constitution scrofuleuse, des circonstances commémoratives et de celles qui sont propres à la maladie locale» ( Traité des maladies chirurg.^ t. ii, p. 48, in-8®; Paris, 1822). On voit par la lecture du chapitre con.sacré aux ulcères scrofuleux, qu'il est nécessaire de consulter d'autres symptômes que ceux fournis par l'ulcère lui-même, pour arriver à un diagnostic précis; et, en effet, la difficulté est souvent tellement grande, que l'on resterait dans le doute si l'on n'avait pour se guider que les altérations locales dont l'ulcération n'est que le dernier terme. Cependant on reconnaît assez bien ces ulcères à leurs bords minces, décollés, arrondis, ou irréguliers et sinueux, à leur fond grisâtre ou rouge, fongueux, luisant, et à ce qu'ils laissent échapper un pus ténu et séreux. Souvent on aperçoit au fond de l'ulcère le tissu celluleux rougeâtre ou les fibres cliarnues, dénudées. 11 semble , comme l'a remarqué Ev. Home pour les ulcères atoniques , qu'on a enlevé la peau et les parties sous-jacenles dans une certaine étendue, sans qu'il se soit établi sur la surface mise à nu aucun travail réparateur.

M. Gucrsant décrit sous le nom de pourriture scrofuleuse une mortification qui se développe de temps à autre, à l'hôpital des Enfants, dans les salles consacrées au traitement des scrofuleux. Les fistules,

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liées à des affections articulaires et les ulcères superficiels en sont, souvent affectés. Dans ce cas , la plaie devient très-douloureuse et brûlante, s'agrandit avec rapidité, et laisse couler du sang. Si la cicatrice s'était déjà fermée , elle se rouvre, et bientôt le tégument et le tissu cellulaire, frappés de gangrène dans une étendue assez grande, tombent en lambeaux et fournissent une suppuration ichoreuse, fétide et sanguinolente. On obi>erve en même temps de la fièvre, de la diarrhée et des symptômes ataxo-adynamiques, qui prouvent que la pourriture est produite par un état général grave. Cependant elle n'est point mortelle lorsqu'elle n'a envahi qu'une partie de la peau ; souvent l'ulcère se déterge et se couvre de bourgeons charnus et d'une cicatrice solide (art. cité, p. 219). Si plusieurs points du corps sont affectés de gangrène, le malade ne tarde pas à succomber.

ht^ fistules et les cicatrices scrofuleases ont été étudiées ailleurs (voy. Maladies strumeuses affectant les glandes lymphatiques).

G. Scrofules cutanées. — Lupus, Ou a rangé au nombre des scrofules cutanées le lupus et les teignes. Nous avons montré ailleurs que le lupus est souvent héréditaire et soumis aux mêmes causes prédisposantes que la scrofule, et qu'il se développe très-souvent chez les sujets qui sont actuellement en proie aux symptômes de cette maladie générale; tout nous fait croire que le lupus n'est souvent qu'une des manifestations les plus redoutables de la scrofule (voy. Lupus, t. v du Compend., p. 569 et 574) ; cependant M. Gazenave assure l'avoir observé chez des sujeis parfaitement sains. M. Baudelocque en fait un des symptômes de l'affection scrofuleuse (ouvr. cité, p. 410). Sur 12 malades atteintes de cette affection, 9 soumises à l'usage de l'iode n'en ont retiré aucun avantage.

Les teignes dont on a rattaché le développement à la constitution scrofuleuse sont la teigne faveuse (porrigofauosa), l'impétigo et l'eczéma du cuir chevelu (voy. ces mots). De nouvelles recherches sont nécessaires pour que l'on puisse se former une opinion certaine sur le degré d'influence qu'exerce la diathèse scrofuleuse dans la production de ces maladies. Peut-être agit-elle comme cause prédisposante? Un de nous a examiné avec soin un grand nombre d'enfants atteints des différentes formes de teignes que nous venons d'indiquer, et il n'a trouvé que trèsrarement des signes de scrofules : il faut prendre garde de confondre avec les maladies strumeuses des af- ) fections qui n'en sont peut-être que des complications plus ou moins communes. La science n'est pas encore assez avancée pour que Ton puisse établir cette distinction quand il s'agit des maladies que l'on a considérées comme scrofuleuses. Quelques médecins seront surpris de nous entendre tenir un pareil langage,

s'ils pensent que les nombreuses maladies cutanées que l'on désignait anciennement sous le nom de gourmes sont plus communes chez les enfants scrofuleux que chez tout autre malade. Il n'est pas rare d'observer chez eux l'impétigo, l'eczéma, l'intertrigo, l'ecthyma, et de voir une de ces irruptions remplacer une ophthalmie, et la disparition de celle-ci être suivie, à son tour, de la réapparition de la maladie cutanée; ce fait important , surtout au point de vue de la thérapeutique, ne saurait être méconnu par le praticien , et nous en proclamons toute l'exactitude; mais il ne prouve, pas d'une façon irrécusable, l'existence delà diathèse scrofuleuse , puisqu'on l'observe chez des sujets qui n'ont jamais offert les signes de cette diathèse. Nous sommes seulement disposés à admettre que ces maladies se compliquent fréquemment , surtout chez les nouveau-nés et dans la première enfance. A cette époque de la vie , en raison de certaines conditions d'hérédité ou hygiéniques, la peau devient le siège fréquent d'efflorescences et des maladies appelées gourmes (voy. un mémoire intéressant de M. Trousseau : des Cas dans lesquels il convient de guérir les gourmes ; Journal de médecine, octobre 1845 et numéros suiv.).

3** Maladies strumeuses dont le siège est dans les membranes muqueuses, — Il semble qu'en vertu de la quantité considérable de glandules dont les membranes muqueuses sont pourvues, et sans doute aussi à cause des sympathies étroites qui unissent ces membranes avec la peau , elles doivent être souvent affectées de maladies scrofuleuses. lien est ainsi dans un grand nombre de cas. Les déterminations morbides que l'on y observe le plus ordinairement sont l'ophthalmie et les flux muqueux.

A. affections de la conjonctive, W ophthalmie scrofuleuse se montre souvent au début des scrofules, dont elle est le premier symptôme. Nous n'avons pas à décrire ici les symptômes de cette ophthalmie, nous rappellerons seulement que les auteurs ont donné de cette inflammation les descriptions les plus contradictoires : pour celui-ci , la conjonctive scléroticale en est le siège; la rougeur formée par des vaisseaux réunis en faiscaux et cessant brusquement à la cornée , l'absence de sécrétion muqueuse, de larmoiement, de douleur, de photophobie, la terminaison par pustule et par ulcération de la conjonctivite, sont les symptômes de cette ophthalmie ; celuilà dit qu'elle est caractérisée par l'inflammation de la conjonctive palpébrale , la tuméfaction, la cuisson, le larmoiement, la photophobie, etc. M. Velpeau nous paraît être l'auleur qui a le mieux compris les causes et la vraie nalure de l'ophthalmie dite scrofuleuse. 11 a remarqué que les symptômes varient suivant qu'il y a conjonctivite oculaire et palpébrale et kératite ; seulement ces deux inflammations se voient plus fré-

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quemment dans l'enfance sous forme de kéralite ulcéreuse et avec exsudation plastique, ou de conjonctivite partielle avec production de papules : «cela s'explique tout naturellement par la disposition générale des fluides et des solides communs à cet âge ; si bien que les mêmes formes se reproduisent encore dans l'âge adulte chez les êtres dont la constitution conserve longtemps une partie des qualités qu'elle avait dans l'enfance. » L'ophthalmie que l'on a appelée scrofuleuse est presque la seule que l'on observe à cet âge (art. Ophthalmie, Diclionn.de méd. , 2^ édit., p. 167). Aussi M. Velpeau, qui n'admet pas l'existence de la maladie scrofuleuse eu tant que maladie spéciale ou spécifique, refuse-t-il de voir dans l'ophthalmie dont nous venons de parler un effet de la diathèse strumeuse. Nous ne pouvons croire avec lui que cette inflammation ne se montre avec aucun caractère spécial ; nous soutenons même qu'elle est plus fréquente chez les enfants scrofuleux que chez d'autres sujets parfaitement sains.

On ne peut pas non plus se refuser à reconnaître qu'ils sont plus exposés que d'autres à des ophthalmies qui donnent lieu à l'ulcération de la cornée, à la perforation de cette membrane, à Ja procidence de Firis, à l'albugo, aux taies , à des inflammations chroniques du bord palpébral , à l'orgelet , à la chute des cils, à l'épiphora et à un larmoiement opiniâtre, etc.

B. Maladies de la membrane interne de l'oreille. L'otorrhéc scrofuleuse [otorrhœa scrofulosa) a son principe tantôt dans une inflammation aiguë ou chronique , tantôt dans un simple flux muqueux qui n'est lié à aucune lésion appréciable; ce cas est assez rare ; le plus ordinairement elle provient d'une carie du rocher. L'otite n'est jamais une maladie légère et qu'on doive négliger ; elle peut occasionner la perforation , le ramollissement ou l'induration de la membrane du tympan , la sortie des osselets , l'oblitération de la trompe d'Euslache, et dans tous ces cas une surdité incurable ou de longue durée. L'écoulement purulent qui se fait par le conduit auditif externe est observé aussi dans les cas où les cellules mastoïdiennes et l'os maxillaire cariés produisent une suppuration qui se fait jour dans le conduit auditif. Le même effet peut être le résultat d'un abcès développé dans la glande parotide.

L'otorrhéc scrofuleuse est assez commune chez les scrofuleux ; presque toujours il existe en même temps d'autres symptômes tels que des engorgements glandulaires et des caries. Cependant on voit la surdité apparaître chez quelques malades comme le seul signe de la maladie scrofuleuse ; plus tard il survient une otorrhée abondante, et après des retours plus ou moins fréquents de la surdité,celle-ci finit par persister jusqu'à la fin delà vie. Chez quelques sourdsmuets, telle est l'origiuc de leur cruelle iufirraitc.

G. Maladies de la membrane muqueuse des fosses nasales» On a donné le nom de coryza scrofuleux ( rhinorrœa scrof. ) à un flux habituel dont la nature est différente; dans quelques cas, l'ouverture nasale est obstruée par des croûtes que forme le mucus desséché, ce qui force les malades à respirer par la bouche; l'air ne pouvant plus pénétrer par le conduit nasal, le timbre delà voix s'altère notablement et il en résulte des intonations vocales qui font reconnaître sur-le-champ la cause du phénomène ; chez d'autres sujets ce n'est plus un mucus , mais bien un véritable pus , qui est sécrété par la membrane pituitaire. Ce flux est accompagné d'une odeur fétide {ozêne scrof.) , de gonflement des ailes du nez et de la lèvre supérieure, et quelquefois de la joue, d'une inflammation érysipélateuse qui s'étend à toutes ces parties, de céphalalgie et d'un peu de fièvre; quelquefois les malades se plaignent d'une sécheresse extrême des narines; dans d'autres cas, il s'en écoule sans cesse un pus séreux et fétide, qui doit faire songer immédiatement à la carie d'un des os propres du nez ou de quelque portion de l'os maxillaire supérieur.

Le flux scrofuleux du nez avec gonflement du nez et de la lèvre supérieure est un symptôme qui apparaît de bonne heure, et fait partie de cet ensemble de phénomènes auquel nous avons donné le nom de physionomie scrofuleuse.

D. Maladies de la membrane interne du tube digestif Hun ter signale le gonflement scrofuleux des amygdales, qui sont grisâtres et couvertes d'une matière blanche , rassemblée dans les lacunes de la glande. On a parlé de coliques scrofulcuses et de diarrhée de même nature ; mais aucun fait ne prouve l'exislehce de ces maladies. La diarrhée est , il est vrai, très-commune chez les scrofuleux, mais elle tient ou à des colites simples ouà des colites ulcéreuses, qui n'ont rien de spécial.

K. Maladies de la membrane vaginale. Les femmes et les jeunes filles scrofulcuses présentent quelquefois des leucorrhées qu'on ne peut rapporter à aucune maladie du vagin ou de l'utérus. Elles peuvent être entretenues ou même produites par la masturbation, par des ascarides contenues dans la dernière partie du gros intestin , mais souvent aussi elles sont indépendante de ces causes et ont pour point de départ la constitution scrofuleuse. Du reste, elles sont un symptôme assez fréquent de la scrofule chez les femmes mariées.

4" Maladies scrofulcuses ayant leur siège dans le système osseux. — Le système osseux est très-souvent affecté dans la scrofule, surtout quand celle-ci est ancienne et grave. M. Beaugrand a trouvé que sur 196 malades 82 présentaient des lésions des os, consistant spccialemcat en carie des ariiculatioos

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et des os courts; ce qui prouve la fréquence de la scrofule osseuse ( Remarq. et propos, sur diff. points de médecine et de chirurgie; thèse n° 11, 1837).

A. Périosiite; gonflement des os; carie. Tous les os peuvent être attaqués de gonflement et de carie; cependant ceux qui présentent le plus ordinairement ces deux altérations sont les os spongieux , les extrémités des os longs, les phalanges des doigts, le calcaneum et les autres os du métatarse et du métacarpe, les vertèbres, l'os malaire, les maxillaires, le sternum. Les extrémités articulaires des os les plus volumineux, tels que le fémur et l'humérus, sont souvent affectées de gonflement et de carie. Une douleur sourde s'établit d'abord dans le lieu malade; bientôt elle est suivie de gonflement, d'empâtement des tissus voisins ; il s'y forme une collection purulente qui s'avance vers la peau ou les couches musculaires les plus superficielles ; la fluctuation y devient évidente, et une ouverture spontanée ou artificielle donne issue à un pus séreux, floconneux, et qui entraîne quelquefois des parcelles d'os carié. L'introduction d'un stylet dans la fistule, qui continue à livrer passage pendant longtemps à un liquide de même nature que le précédent, permet de sentir une portion plus ou moins étendue de l'os dénudé de son périoste. Telle est l'histoire succincte de ces caries,qu'il ne nous appartient pas de décrire et qui se présentent à peu près de la même manière chez tous les scrof uleux. Les tubercules sont la cause fréquente de ces altérations, mais elles dépendent souvent aussi de la périostite et de l'ostéite simples. On ne peut pas s'empêcher de reconnaître que le système osseux est celui vers lequel la diathèse scrofuleuse excite de fréquentes déierminaisons morbides. Un coup, une chute, une violence extérieure , ne sont que les causes occasionnelles de la maladie, qu'il faut faire remonter, en définitive, à la diathèse.

B. Nécrose. Les phalanges des doigts de la main, les os du tarse, du métatarse et de l'avant-bras, sont le siège fréquent de la nécrose. M. Baudelocque l'a vue se développer dans le carpe et le tarse, lorsque la carie avait déjà altéré les cartilages et la superficie des os; « à mesure que celte dernière fait des progrès , elle détruit les moyens d'union des os entre eux et avec les parties voisines, et par conséquent les vaisseaux qui fournissent à leur nutrition» (ouvr. cité, p. 399), La nécrose n'est point précédée de carie, du moins le plus ordinairement , quand elle attaque les phalanges. La peau se gonfle , rougit , et l'on pourrait croire au développement d'une engelure , si l'on n'y portait pas une certaine attention. La tuméfaction augmente, et, si elle a son siège au niveau de la seconde phalange, elle peut s'étendre à la troisième , ce qui donne au doigt la forme d'un fuseau. La peau prend une

teinte livide, puis s'amincit et s'ulcère en un point, et il s'écoule un pus séreux, très-fétide. L'ouverture reste fistuleuse et laisse passer un liquide séreux, jaunâtre, des portions d'os et souvent de tendons exfoliés. Une grande partie de la phalange peut être ainsi détruite, et, après la guérison, le doigt reste raccourci, difforme et ne peut remplir les fonctions qui lui sont dévolues.

G. /arthrite scrofuleuse ; tumeurs blanches. Les inflammations aiguës et chroniques des jointures, et toutes les altérations qu'elles provoquent dans les cartilages ou dans les extrémités osseuses, peuvent se rencontrer chez les scrofuleux plus souvent que chez d'autres sujets. Il en résulte des tumeurs blanches, des ankyloses et diverses déformations qui sont, du reste, semblables en tous points à celles que l'on observe chez des sujets exempts de vice scrofuleux.

D. La maladie vertébrale dePott a été considérée comme un des effets de la constitution strumeuse; il faut reconnaître qu'un grand nombre de sujets qui en sont affectés présentent l'ensemble des signes auxquels on reconnaît la cachexie scrofuleuse. Baumes croit que la maladie vertébrale , chez un grand nombre de sujets , dépend de cette cause (p. 80). Beaucoup d'auteurs modernes soutiennent encore cette opinion, qui est appuyée sur l'observation.

E. Rachitisme. Le ramollissement et la déformation des os , qui constituent le principal caractère du rachitisme , ont été considérés par un grand nombre d'auteurs comme intimement liés à la constitution scrofuleuse. Kortum fait ressortir les analogies qui existent entre ces deux maladies sans toutefois négliger les différences essentielles qui les séparent (ouvr. cité, p. 240). Il est assez fréquent d'observer chez les scrofuleux une tête volumineuse," le gonflement des extrémités des os longs, de l'avant-bras, et des jambes plus particulièrement, la faiblesse croissante des membres qui finissent par ne plus pouvoir soutenir le poids du corps, la courbure et la déformation des os, etc.; mais il s'agit de savoir si cette maladie est un effet de la scrofule ou une simple complication. « La scrofule, dit Cullcn, est quelquefois réunie au rachitis, ou lui succède: elle attaque néanmoins fréquemment ceux qui n'ont été nullement affectés de rachitis; mais alors le front saillant , les jointures tuméfiées et le gonflement de l'abdomen indiquent qu'il y a une disposition au rachitis » {Eléments de méd. prat., t. m, p. 330, in-S^; Paris, 1819). Il semble donc d'après ce passage de Cullen que pour lui la scrofule et le rachitisme sont deux affections distinctes. Telle est l'opinion qui prédomine aujourd'hui et qui a été soutenue par Dugès (art. Rachitis du Dict. de médec. et de chirurg. prat., p. 87) et par M. Guersant. « H n'est plus permis maintenant, dit

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ce dernier auteur, d'assimiler comme on l'a fait pendant longtemps les affections scrofuleuses et les tubercules des os au rachitisme; la marche de ces altérations est entièrement différente » (art. Rachitisme du />/c^. de médec, 2^ édit., p. 171). Baumes attribue le mal vertébral que l'on observe chez un grand nombre d'enfants à la maladie scrofuleuse. 11 a vu les signes de cetle dernière maladie se développer bien avant ceux du rachitisme. « Si l'enfant avait l'usage de ses jambes, dit-il, il commence à le perdre peu à peu , et s'il n'avait pas encore commencé à marcher il ne lui est pas possible de le faire. Peu à peu les extrémités inférieures s'affaiblissent dans l'enfant qui marchait ; il ne peut plus les mouvoir à sa volonté ; les jambes se croisent de temps en temps dans une marche un peu précipitée; et quelquefois l'enfant tombe sur le terrain le plus uni, et sans que cette chute ait été occasionnée. Cependant, les extrémités inférieures maigrissent et leurs muscles mollissent de plus en plus; le ventre grossit, sans devenir dur. Bientôt ils évitent de se tenir dans une situation verticale, et à mesure qup le mal fait des progrès , l'impotence des extrémités inférieures devient de plus en plus sensible, et la forme de la colonne épinière s'altère plus ou moins profondément » (Baumes, ouvr. cité, p. 82). La carie d'une ou de plusieurs vertèbres est la cause fréquente de ces symptômes comme Baumes l'avait très-bien observé, mais elle n'en est pas la seule, et le rachitisme peut aussi les produire. Hufeland dit que celte dernière affection tire son origine du vice scrofuleux , « paraît sous l'influence des mêmes causes chez les individus entachés de ce vice, et pour ainsi dire à ses dépens » (ouvr. cité, p. 111). On voit que les auteurs sont loin d'être d'accord sur la part que prend la scrofule dans le développement du rachitisme ; de nouvelles recherches sont nécessaires pour que ce point d'étiologie soit nettement déterminé.

Le crétinisme est considéré par quelques auteurs comme un des effets les plus graves et les plus évidents de la constitution scrofuleuse ; nous nous sommes expliqués ailleurs sur cette question de pathogénie (voy. Crktiîmsme).

Étiologie des scrofules. — Hérédité. L'opinion la plus généralement professée par les auteurs et qui compte encore aujourd'hui un très-grand nombre de partisans consiste à regarder la scrofule comme une des maladies qui se transmettent le plus sûrement par voie d'hérédité. 11 est presque inutile de dire que les enfants n'apportent pas en naissant la maladie scrofuleuse , mais une prédisposition qui éclate plus ou moins promptement, et sous l'influence de certaines causes hygiéniques de natures très-diverses. Il peut se faire que ih> tubercules existent déjà au moment

de la naissance dans un ou plusieurs organes, mai3 alors il s'agit de la maladie tuberculeuse qui est pour nous toute différente de la scrofule.

Laurenlius, Bonnet, Mead, Macbride, Charmetton, se déclarent en faveur de l'hérédité. Cullen dit que cette cause est la plus fréquente de toutes celles qui produisent la scrofule; que la maladie peut sauter une génération et qu'elle tire plus souvent son origine du père que de la mère (ouvr. cité, p. 328). Kortum qui a étudié avec tant de sagacité les causes de la scrofule n'hésite pas à accorder une large part à l'hérédité dans la production de cette maladie, tout en reconnaissant qu'elle peut naître en dehors de cette prédisposition (ouvr. cité, p. 290).

Une première question qu'il convient d'agiter et qu'il serait de la plus haute importance de pouvoir résoudre est celle-ci : la scrofule est-elle constamment héréditaire, c'est-à-dire le résultat d'une forte prédisposition transmise des pères aux enfants ? M. Lugol a consacré la plus grande partie de son dernier ouvrage à l'étude de cette question [Recherches et obseruations sur les causes des ma^ lad les scrofuleuses, 1 ^^ partie, in- 8" ; Paris, 1 844) ; pour lui « la cause la plus commune , la plus évidente de la maladie est l'hérédité; cette dernière cause est si générale, dit-il ,'qu'on peut aller jusqu'à dire qu'elle existe alors même qu'elle ne peut être formellement reconnue ; car, dans les cas de cette espèce , il est encore plus difficile de trouver une autre cause productrice dans les agents extérieurs que de leur assigner une origine héréditaire (ouvr. cité, p. 2). On conçoit qu'avec une pareille manière de raisonner M. Lugol a dû tomber dans de singulières erreurs. Ce qui contribue encore à diminuer la valeur de ses assertions, c'est qu'il regarde le tubercule et la scrofule comme identiques.

Cullen , Kortum, Van Swieten et d'autres reconnaissent que la maladie n'est pas toujours héréditaire. Toutefois il faut savoir que les parents peuvent n'offrir des symptômes scrofuleux que très-tard et longtemps après que ceux-ci se sont manifestés chez leurs enfants : cela tient à ce qu'ils ont vécu au milieu de conditions hygiéniques excellentes qui ont empêché le développement de la scrofule tandis que leurs enfants ont été moins heureux ; enfin il peut arriver que la prédisposition que le père et la mère transmettent et qu'ils ont reçue de leurs parents ne se développe pas chez eux et saule une génération. M. Lugol repousse cette dernière opinion: « un père qui est né de parents scroluleux et qui a des entants qui le sont, l'est lui-même. » Nous voulons bien admettre avec cet auteur que l'on a méconnu souvent les signes des scrofules lorsqu'ils étaient peu marqués, chez les parents que l'on a considérés comme n'étant point scrofuleux, mais il y a des fails parfaitement

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observés qui déiiionlrent , non-seuleinent pour les scrofules , mais aussi pour d'aulres maladies réputées héréditaires, une interruption dans le développement des phénomènes morbides, u Par rapport à l'hérédité, dit M. Baudelocque , il n'en est pas de la maladie scrofuleuse comme de la syphilis. Celle ci se développera inévitablement par cela seul qu'on .sera né de parents infectés au moment de la fécondation , sans qu'il soit besoin d'aucune autre circonstance. Les écrouelles, au contraire, ne se manifesteront chez l'individu né de parents scrofuleux qu'autant qu'il aura été soumis à l'influence d'une autre cause,d'une cause spéciale ))(ouvr.cité, p. 11). Nous croyons que l'intervention de celte dernière cause n'est nullement nécessaire; l'évolution de la maladie peut être spontanée chez les sujets placés dans les meilleures conditions hygiéniques et qui n'ont été soumis à aucune cause morbifique. Cependant nous n'allons pas jusqu'à dire avec Reid que le développement des maladies héréditaires n'est presque jamais arrêté même par le traitement prophylactique le mieux dirigé.

Les enfants de différents lits peuvent être scrofuleux lorsqu'un des parents ascendants est affecté de la maladie. On a vu des hommes se marier trois fois et n'avoir d'enfants scrofuleux que du second lit. Du reste, si le médecin ne veut pas être trompé sur la santé des enfants, il faut qu'il ne s'en rapporte jamais aux affirmations des parents qui, en montrant l'enfant pour lequel ils consultent, assurent que c'est le seul qui est scrofuleux, et ne soupçonnent pas l'existence de la maladie chez les autres.

Si nous recherchons maintenant les conditions qui peuvent faire naître chez les pères et mères la funeste propriété de transmettre la scrofule à leurs enfants, nous trouvons qu'on a accusé certaines causes inhérentes à la génération et à la santé originaire ou acquise des parents.

Lalouette et M. Lepelletier (ouvr. cité, p. 57) disent que la fécondation pendant la durée de l'écoulement menstruel est une cause de scrofule ; il en serait de même des excès vénériens pendant la gestation , des coups, des chutes, des frayeurs : il suffit de signaler ces assertions qui ne sont appuyées sur aucun fait probant. On a aussi regardé comme cause de la scrofule la disproportion d'âge qui existe entre l'homme et la femme, ou leur trop grande jeunesse. Kortum pense que les mariages prématurés ou disproportionnés peuvent, en effet, donner naissance à des enfants scrofuleux (ouvr.cilé,p.294). L'influence de ces deux causes ne saurait être contestée, soit qu'elle dépende de ce que la puissance de reproduction n'est pas encore suffisamment développée ou de ce qu'elle est épuisée, soit qu'elle tienne simplement à la faiblesse de la constitution des deux individus. On

trouve parfois dans les familles plusieurs enfants robustes et un scrofuleux ;quelques auteurs attribuent le développement de la maladie en pareille circonstance à ce que le scrofuleux a été procréé par des parents qui sont arrivés à un âge trop avancé, ou chez lesquels les maladies, les excès vénériens ou toute autre cause ont déterminé une faiblesse qui n'existait pas à l'époque où les premiers enfants ont été engendrés. Du reste, on comprend qu'il n'est pas possible d'établir quelque chose de fixe à cet égard ; c'est au médecin sagace qu'il appartient de décider si un homme de soixante ans, par exemple, n'est pas plus apte à reproduire des enfants robustes et sains qu'un homme de quarante ans épuisé par des plaisirs vénériens, par la masturbation, et qui est vieux bien avant le temps fixé par la nature.

On a prétendu que le développement de la scrofule par voie d'hérédité était souvent lié à la santé, soit originaire, soit acquise, des parents. M. Lugol considère comme pouvant transmettre la maladie : 1° les parents scrofuleux; 2® ceux qui sont atteints de tubercules pulmonaires ; 3" ceux qui ont été scrofuleux pendant leur enfance, bien qu'ils jouissent actuellement d'une bonne santé; 4^ ceux qui ne paraissent pas être scrofuleux , mais qui ont des frères et des sœurs qui le sont (ouvr. cité, chap. 2). H n'est point encore prouvé que les phthisiques engendrent plus souvent des scrofuleux que d'autres hommes ; cependant l'opinion soutenue par M. Lugol et déjà émise par d'autres auteurs , mérite d'être prise en grande considération et soumise à de nouvelles recherches. On voit la scrofule se manifester chez des enfants nés de père ou de mère qui étaient atteints d'une phthisie pulmonaire déjà parvenue à un degré avancé au moment où la conception a eu lieu ; des observations de cette nature se sont présentées en grand nombre à tous les médecins. H n'est pas rare non plus de rencontrer des scrofuleux issus de parents dont les tubercules pulmonaires sont encore crus, ou qui ne se développent que beaucoup plus tard et longtemps après la naissance des enfants scrofuleux. Nous ne pensons pas que les tuberculeux puissent toujours procréer des enfants scrofuleux et réciproquement; les deux maladies ne sont point identiques pour nous; seulement, nous sommes prêts à reconnaître que la diathèse scrofuleuse complique souvent la tuberculeuse , et que les causes débilitantes qui favorisent le développement de l'une de ces deux affections peuvent aussi produire l'autre.

M. Lugol met au nombre des causes inhérentes à la constitution des parents , et qui peuvent rendre ceux-ci aptes à engendrer des enfants scrofuleux, 1" la syphilis dont le père ou la mère sont infectés; 2° l'abus des plaisirs vénériens; 3** la trop grande jeunesse; 4" la trop grande vieillesse; 5" la dispro-

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portion d'âge ; 6° la faiblesse de Thomme; 7** la paralysie, l'épilepsie, raliénalion mentale. Nous avons déjà étudié plusieurs de ces causes; nous rechercherons ailleurs si l'infection syphilitique dont les parents sont atteints peut déterminer chez les enfants le développement de la scrofule; bornons-nous à établir en ce moment que les individus atteints de vérole sont plus aptes que d'autres à engendrer des enfants d'une constitution mauva.se, mais non des scrofuleux (voy. Nature). De nouveaux faits sont nécessaires pour démontrer que les épîleptiques , les paralytiques et les fous peuvent donner naissance à des enfants scrofuleux.

Tempérament. — Beaucoup d'auteurs considèrent le tempérament lymphatique comme une forte prédisposition à la scrofule. Richerand va même jusqu'à dire que celle-ci n'est que l'exagération du tempérament lymphatique. Il faut reconnaître que dans ces deux états il y a plusieurs caractères communs: la molles.se des tissus , la finesse et la blancheur de la peau, la prédominance du tissu cellulo-adipeux qui donne aux membres et au visage de l'embonpoint et une certaine rondeur, la vivacité des couleurs, etc., peuvent se rencontrer également chez les lymphatiques et les scrofuleux. Gullen, en décrivant l'habitude du corps qui dispose particulièrement aux scrofules, indique quelques-uns des traits du tempérament lymphatique (/<>c. cit. , p. 329). Mais ces traits sont variables et bien incertains, puisque les auteurs ne s'accordent plus lorsqu'il s'agit de les retracer. Withe soutient que les cheveux châtains clairs et la peau blanche ne sont pas les signes de la prédisposition aux scrofules {On the struma of scrophula, p. .38 ; Lond., 1774). Thomson dit aussi avoir rencontré soHvent, parmi les scrofuleux, des sujets dont le teint et les cheveux étaient très-foncés en couleur; les nègres sont très-souvent affectés de la maladie. En France, il y a peut-être plus d'enfants faibles et blonds atteints de scrofule que d'enfants bruns et forts; mais on comprend que, pour apprécier la valeur de ces différents symptômes, il faudrait savoir auparavant dans quelle proportion se trouvent les blonds par rapport aux bruns, aux différentes époques de la vie.

Les auteurs qui se sont efforcés de décrire les signes de la prédisposition scrofuleuse ont souvent réuni, dans le tableau un peu arbitraire qu'ils en ont présenté, des symptômes qui appartiennent déjà au premier degré de la cachexie .scrofuleuse. C'est ainsi qu'Alibert parle de la tuméfaction du nez et de la lèvre supérieure. M. Guersant, qui fait remarquer que la majorité des enfants scrofuleux n'offre pas les caractères que l'on accorde ordinairement au tempérament lymphatique, admet cependant Texisteuce d'une constitution particulière qui prédispose à

la maladie, et dont voici les principaux caractère<5: peau fine, satinée, transparente-, blafarde, rosée; face large, mâchoire inférieure carrée, lèvres épaisses, gonflées, crevassées, souvent enflammées pendant les froids; yeux grands, cils longs, sclérotique nacrée. Les enfants sont souvent affectés, dès leur naissance, d'ophthalmie, d'éruptions pustuleuses ou vésiculeuses sur le cuir chevelu, la face, derrière les oreilles; «cette disposition constitutionnelle scrofuleuse n'est pas seulement le résultat du développement particulier du système lymphatique , ni de la prépondérance ou de la faiblesse de ce système par rapport aux autres , elle dépend aussi d'une altération notable des liquides qui se manifeste souvent par la fétidité des excrétions et des sueurs en particulier, et par la fréquence des éruptions cutanées qui précèdent ou accompagnent le développement de la scrofule» (art. cité, p. 207). On peut se convaincre, par la lecture de ce passage, qu'il est presque impossible de ne pas prendre au tempérament lymphatique et à la diathèse scrofuleuse quelques-uns de leurs signes, lorsqu'on veut créer une prédisposition particulière à la scrofule. Ces remarques suffisent pour montrer que le tempérament lymphatique peut être considéré comme une cause prédisposante de la scrofule; mais là s'arrête tout à fait son influence. Les scrofules se développent peut-être plus facilement et avec plus d'intensité chez les lymphatiques que chez les autres , en raison de la faible résistance qu'ils opposent aux agents capables de déterminer la maladie.

.^ge. — C'est ordinairement dans l'enfance que se manifeste la disposition écrouelleuse. AHbert dit qu'elle éclate surtout pendant la première enfance; ce sont presque toujours les effets de la dentition qui la font éclore. « M. Guer.sant assure qu'elle commence à paraître le plus souvent vers le temps de la première dentition, ou entre la première et la seconde. « C'est de cinq à quinze, ajoute cet auteur, que nous observons le plus de scrofuleux. La fréquence de la maladie va en augmentant à mesure que l'on approche de l'époque de la puberté. Les adultes chez lesquels nous avons rencontré cette maladie l'avaient presque toujours contractée dans leur enfance» (art. cit., p. 206). Cooper indique l'époque de l'accroissement du corps comme étant aussi celle du développement des scrofules (cit. empr. à S. Cooper, art. cit. , p. 391 ). Cullen les croit très-rares dans la première et la seconde année, et plus communes de trois à sept (ouvr. cit., p. 329). On voit des enfants âgés de trois mois offrir des signes de scrofules, de même qu'on en a observé chez des sujets qui avaient plus de cinquante ans; mais ces cas se présentent rarement et ne doivent pas nous empêcher d'établir que la scrofule est une maladie plus roui-

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inune de sept à vingt ans qu'à tout autre âge. Baumes assure très-posilivenient que l'apparition de la maladie est rare avant deux ans et après dix-huit ou vingt ans (ouvr. cit., p. 1 35 ).

M. Lloyd pense que la susceptibilité des différents tissus à contracter la maladie n'est pas la même à tous les âges; que chez les enfants ce son' les glandes du cou, du mésentère, la lèvre supérieure et les yeux qui sont affectés les premiers , et plus tard les poumons, les os et les autres parties ( On ihe nature and ireatment of scrophula, p. 5, in-8°;Lond. , 1 822 ). On a expliqué la fréquence des scrofules dans l'enfance par Ja constitution lymphatique, si commune à cet âge, par l'activité du système glandulaire et de la sécrétion cutanée, et par la faiblesse de la constitution, qui résiste moins, à cet âge qu'à tou[ autre, aux causes nuisibles qui agissent, en si grand nombre, sur l'homme, dans les premières années de sa vie. On comprend ainsi comment il se fait que la scrofule héréditaire ait une si grande disposition à se montrer au milieu de tant de causes hygiéniques et organiques. L'allaitement, la dentition , les maladies de l'enfance, et plus tard la menstruation, l'établissement de la puberté, ne sont-ils pas autant de causes qui agissent fortement sur la santé des Sujets prédisposés à la scrofule?

Sexe. — Les auteurs s'accordent à dire que les femmes sont plus particulièrement disposées à la maladie. M. Guersant a fait cette observation chez les enfants qui sont admis à l'hôpital {loc. cit., p. 206). M. Lepellelier établit, d'après des tableaux dont il a puisé les éléments dans les hôpitaux de Paris , que les scrofuleux du sexe féminin sont à ceux du sexe masculin dans le rapport de 5 à 3 (ouvr. cit., p. 55). Avant d'accepter ce résultat, il faudrait savoir de quelle manière il a été obtenu.

Contagion. — Bordeu ne croit pas la scrofule très-contagieuse, à moins que le sujet ne soit disposé à contractera maladie; il admet cependant «qu'elle peut se communiquer quelquefois comme la vérole et la gale » ( ouvr. cit., p. 72 ). CuUen dit que la maladie ne lui a jamais paru contagieuse (ouvr. cit., p. 335). Celte dernière opinion est aujourd'hui si universellement professée par tous les médecins, qu'il est inutile de rapporter les preuves à l'aide desquelles on a établi la non-contagion de la i^crofule.

Inoculation. — Hébréard a essayé , sans le moindre succès, d'inoruler les écrouelles à des animaux. Korlum a répété ces essais sur l'homme; il a frotté le cou d'un enfant avec la matière fournie par un ulcère scrofuleux, et inoculé sur un autre sujet cette même malière, sans qu'il en soit résulté le moindre effet appréciable {loc. cit., p. 218)^. M. Lepellelier (ouvr. cit., p. 20; , et M. Goodlad , en Angleterre, se .ont inoculés du pus provenant d'ulcères scrofuleux,

et ils n'ont observé aucun symptôme qui pût faire croire à la transmission possible de la maladie par cette voie. De la sérosité recueillie sur un vésicatoire ne produisit pas davantage de phénomènes scrofuleux (Lepelletier, ouvr. cit., p. 20). DeHaen, ennemi de l'inoculation delà variole, assure que les écrouelles peuvent être communiquées par cette opération; mais Kortum (ouvr. cit., p. 2 1 6) et Cullen (ouvr. cit., p. 330) repoussent victorieusement cette opinion de de Haen, qui a été plus tard dirigée contre la vacciné par les adversaires ignorants de cette grande découverte. 11 n'y a guère que les gens du monde qui accusent encore la vaccine de déterminer le développement de la scrofule chez leurs enfants.

Allaitement par une nourrice scrofuleuse. — Il est un autre mode de transmission de la maladie qu'il convient d'examiner ici. Une nourrice scrofuleuse peut-elle donner son mal à l'enfant qu'elle allaite? Bordeu dit qu'il est ordinaire de voir ce mode de transmission (ouvr. cit., p. 72). Un grand nombre d'auteurs se sont rangés de son avis , et ont supposé qu'il était impossible que le lait n'entraînât pas avec lui le virus scrofuleux. Kortum croit à ce mode de communication (ouvr. cit., p. 217), qui est rejeté par Faure et White. M. Lugol dit que cette cause lui a paru manifeste dans plusieurs faits qu'il a recueitlis (ouvr. cit., p. 207). S'il en était ainsi, une mère scrofuleuse devrait, à plus forte raison, s'abstenir de nourrir ses enfants. On est loin d'attribuer généralement au lait des scrofuleuses des propriétés cotitagieuses : il faudrait des observations nombreuses et recueillies avec les plus grandes précautions, pour admettre que le lait est ainsi altéré ; mais ce que tous les médecins n'hésitent pas à reconnaître, c'est qu'ij est dangereux de laisser allaiter un enfant par une nourrice scrofuleuse, parce que son lait ne contient que des matériaux imparfaits et nuisibles à là nutrition. M. Guersant a très-bien exprimé cette idée lorsqu'il dit: « Les scrofules altèrent les solides et les liquides de celles qui en sont infectées : il e^t donc vraisemblable que le lait d'une nourrice actuellement scrofuleuse est plus ou moins vicié, et en admettant qu'il ne puisse pas transmettre directement le germe de la maladie, il est à craindre, au moins, qu'il n'ait quelque influence nuisible sur le nourrisson. »

Croisement des races. — M. Lugol a étudié avec soin l'influence du croisement des races sur la production des scrofules ; il trouve que si celle maladie est endémique dans certaines localités, cela tient à uà défaut de croisement des races; en voici quelques exemples: « Dans l'île de Jersey, les familles nobles ne s'allient qu'entre elles , et l'on a remarqué qu'elles s'élcigueut par les progrès de la maladie scrofuleuse, et de même en Espagne, la grandesse se mésallie

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rarement, et l'on sait que les grands d'Espagne sont très-sujets au rachitisme... La noblesse de tous les pays a beaucoup souffert, dans sa constitution physique, de ces alliances formées dans un cercle trop restreint... Les juifs, épars dans l'univers, ne se marient qu'entre eux : c'est pour cette raison que leur race , primitivement si belle , a évidemment dégénéré , et qu'elle est aujourd'hui moissonnée par les maladies scrofuleuses » (ouvr. cit., art. 4, p. 314).

On observe très-fréquemment les scrofules chez les enfants trouvés, qui sont engendrés et naissent au milieu des conditions les plus funestes : les mères sont des filles trompées, ou vivant dans le libertinage et la misère, souvent infectées par la syphilis, et qui cherchent souvent à se faire avorter ; les pères de ces malheureux enfants sont également placés dans les mêmes conditions. Les orphelins sont aussi affectés très-souvent de scrofule, parce que leur père et leur mère sont morts prématurément de scrofule, de misère ou de quelques-unes de ces maladies qui moissonnent avant le temps les populations des villes.

Causes hygiéniques. — Circumfusa. — L'air humide et froid a été généralement considéré comme une cause prédisposante des scrofules. On n'a pas manqué d'invoquer à l'appui de cette opinion la fréquence de la maladie dans les contrées froides et humides. C'est ainsi qu'elle règne d'une manière endémique en Angleterre, dans les comtés de Suffolk et de Lancashire (S. Gooper, ouv. cit., p. 393); en Hollande, en Pologne, dans presque toute la France, en Suisse, en Piémont, etc. On conçoit que l'influence exercée par l'humidité et le froid n'est pas la seule qui règne dans les lieux que nous venons de citer; d'ailleurs ne peut-on pas opposer à ces observations d'autres faits non moins contradictoires? N'est-il pas démontré, par exemple, que les parties hautes et monlueuses de certains pays fourmillent d'écrouelleux ? Us sont très-communs, dit Baumes, dans le Gévaudan, dans le Dauphiné, le Vivarais, en Auvergne, dans lesGcvennes, dans les montagnes du Languedoc (ouvr. cit., p. 133). Si l'humidité était la seule cause des scrofules, on devrait trouver celles-ci très-fréquentes dans les contrées marécageuses, et il est loin d'eu être ainsi. Les auteurs qui regardent la scrofule comme identique au tubercule ne manqueront pas d'alléguer eu leur faveur une opinion que l'on a cherché à faire prévaloir dans ces derniers temps, et qui veut que la phthisie ne règne pas dans les pays marécageux. Nous ne croyons pas, du reste, que cette question d'étiologie soit décidée; ce que nous voulons montrer seulement, c'est que l'obscurité la plus grande couvre encore les causes assignées par les auteurs à la maladie scrofuleuse.

Les affections strumeuses ne restent pas limitées I

aux pays tempérés, et Whilc a tort de dire qu'ellçs sont rares dans les contrées chaudes et froides. Ne sait-on pas qu'il y a un nombre considérable de scrofuleux en Espagne, en Italie, dans l'Amérique méridionale, au Brésil, au Pérou, dans l'Inde, et parmi les nègres indigènes ? On en trouve aussi dans le nord de l'Europe, en Russie, en Norvège et en Suède. En un mot, il n'y a aucune contrée tempérée, froide ou chaude , humide ou sèche , qui soit exempte de la maladie scrofuleuse; ce qui force à conclure qiîe les qualités de l'air qui règne habituellement dans les lieux indiqués n'ont qu'une influence très-secondaire sur le développement delà scrofule.

Nous devons mentionner l'opinion de M. de Humboldt, qui croit qu'une diminution dans la quantité du fluide électrique concourt pour beaucoup au développement et au progrès de la disposition scrofuleuse. On a aussi prétendu que l'insolation n'était pas saus agir sur les sujets prédiposés à la maladie, et, en effet, on ne peut se refuser à admettre que la privation de la lumière solaire pendant une grande partie de la journée ne puisse occasionner la scrofule chez un sujet prédisposé. Cette cause intervient, sans doute, dans certaines conditions hygiéniques comme chez les ouvriers qui travaillent dans les mines, ou dans des endroits obscurs chez les prisonniers et les hommes qui habitent des vallées profondes entourées de hautes montagnes. II est difficile, en pareil cas, Je faire la part de chacun des agents qui concourent à modifier toute la constitution. L'affaiblissement général, qui ne manque pas d'arriver chez les sujets qui sont privés de la lumière solaire, doit prédispo;ser fortement à la scrofule, dit M. Lepelletier (p. 35). Nous avons vu qu'elle n'était point rare dans les pa^s vivement éclairés par un soleil ardent. On la trouve en Egypte, en Espagne et en Italie chez lés gens du peuple, qui vivent continuellement au grand air, et qui n'ont d'autre habitation que les rues et les places publiques ; il faut donc qu'il y ait, indépendamment de cette condition hygiénique, quelque autre cause qui modifie la constitution.

Air confine. — On a dit que si les affections scrofuleuses sont si communes et presque endémiques dans toutes les grandes villes, cela tient à ce que l'air, nécessairement vicié par les habitants, n'est pas suffisamment renouvelé. Kortum considère cette cause, jointe à l'humidité et â la malpropreté, comme ayant une grande part à la production du mal chez les paysans et les citadins, surtout pendant l'hiver [loc. cit., p. 323). M. Baudelocque s'est attaché à prouver que la viciation de l'air « est la véritable cause, la seule peut-être de la maladie scrofuleuse »(/or'.c/^^ p. 121). Les aigunu;nts' qu'il a apportés en faveur de sa manière de voir sont loin d'être décisifs. 11 trouve que les habitants des villes, et parfois les plus aisés, re.<-

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pirent un air altéré et non renouvelé , et que l'on doit attribuer la maladie à celte cause chez un certain nombre d'enfants élevés dans leur famille ou dans les pensions ; chez les ouvrières qui travaillent la laine dans des maisons très-humides, plus basses que le sol, à peine éclairées par des petites croisées que l'on n'ouvre jamais (p. 140); dans les pays de fabrique, de manufacture , dans les prisons, dans les gorges étroites fermées par le rapprochement des hautes montages, etc. etc. M. Guersant regarde, avec juste raison, l'opinion de M. Baudelocque comme exagérée (art. cité, p. 229). M. Jolly, qui ne la partage pas non plus, fait remarquer que l'on voit tous les jours des individus scrofuleux qui sont nés et qui ont vécu au milieu des conditions atmosphériques les plus heureuses ( art. Scrofule , Dict. de méd. et de chir. prat., p. 586). Il y a longtemps que Dionis a remarqué «que de cent écrouelleux qui se présentent, les trois quarts sont paysans (ap. Bordeu, p. 23). Sans aller aussi loin que lui , on peut affirmer que la scrofule n'est point rare parmi les habitants de la campagne. Ainsi, sans mettre en doute l'action nuisible que peut exercer l'air confiné, on peut affirmer qu'il ne joue tout au plus que le rôle de cause occasionnelle comme l'humidité , la privation de fluide lumineux, de chaleur. «La moitié au moins des scrofuleux, dit M. Lugol , le sont spontanément et sans qu'on puisse en accuser aucune cause extérieure. La seconde moitié supporte , il est vrai , presque toutes les causes de maladie; mais ces causes ne produisent des affections scrofuleuses que lorsqu'il existe pour cela quelque raison organique dans le tempérament individuel [loc. cit., p. 344).

Le changement de genre de vie et surtout de lien peut occasionner le développement de la scrofule ; on voit , par exemple , de jeunes paysans qui jouissaient d'une santé parfaite à la campagne devenir scrofuleux à la ville, lors même que leur nourriture est meilleure et leur profession nouvelle moins fatigante. On a aussi remarqué que les habitants des pays chauds, les nègres, par exemple, contractent la maladie lorsqu'ils émigrent de leur contrée natale pour se fixer dans les parties froides ou tempérées de l'Europe. Chez les honunes qui viennent des régions inlerlropicales avec la prédisposition scrofuleuse, ce mal se manifeste rapidement et avec une grande intensité. On a comparé ce qui se passe alors chez l'homme à la tuberculisation pulmonaire qui fait périr les animaux transportés des pays chauds dans nos ménageries; mais l'esclavage, le changement de nourriture, et bien d'autres causes encore, rendent cette comparaison suspecte. Bordeu a vu la scrofule se déclarer chez des montagnards devenus habitants des plaines et chez les cadets des familles montagnardes que l'on avait envoyés faire leurs études

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dans des villes; il a même remarqué que ceux-ci étaient les seuls écroulleux de la famille ou du moins les plus gravement affectés.

Les vicissitudes des saisons peuvent être placées parmi les causes occasionnelles de la maladie : elles paraissent surtout agir en raison de la quantité de calorique et de l'humidité que renferme l'air atmosphérique. Kortum dit que le passage rapide du chaud au froid est favorable au développement de la maladie, et qu'il en est de même lorsque les nuits froides suivent des journées très chaudes (ouvr. cité, p. 322). Gullen croit que le mal se déclare , le plus ordinairement, dans une saison particulière de l'année, savoir, entre le solstice d'hiver et celui d'été , mais communément avant la dernière époque ; que les adénites et les ulcérations strumeuses paraissent d'abord au printemps et se guérissent fréquemment dans le cours de l'été suivant; elles ne reparaissent de nouveau qu'au retour du printemps (ouvr. cité, p. 331). Baumes a fait la même observation et regarde l'hiver comme la saison la plus favorable au développement du mal; les temps humides et froids agissent d'une manière nuisible sur les accidents scrofuleux et leur donnent plus d'intensité (p. 134). M. Lugol dit que la première invasion de la scrofule a lieu au printemps et que les maladies strumeuses offrent ensuite des recrudescences spontanées à cette époque de l'année; les cicatrices se rouvrent, les abcès restent fistuleux , suppurent beaucoup depuis la fin de l'hiver jusqu'au milieu de l'été; il, en est de même de toutes les maladies scrofuleuses en général ; leur marche spontanée redouble d'activité, et cet accroissement qui commence depuis les premiers jours de janvier a son apogée dans le mois de mars , puis le mal décroît jusqu'au mois de juin inclusivement. « Les neuf dixièmes des scrofuleux, dit M. Lugol, offrent des recrudescences spontanées pendant le cours de cette période semestrielle qui enibrasse toute l'époque de l'année pendant laquelle le soleil reste le plus longtemps sur notre horizon » (p. 323). Kortum fait remarquer que toutes les maladies scrofuleuses perdent de leur intensité au milieu des grandes chaleurs de l'été (p. 319). Les tumeurs et les ulcères se rouvrent au printemps pour se fermer encore vers la canicule, dit Alibert {Nosol. natur., p. 449). On voit que toutes ces observations concordent entre elles et qu'elles prouvent l'influence des saisons sur le développement et la marche des scrofules; il est bien entendu qu'il faut avant tout, pour que cet effet se produise, qu'il existe une forte prédisposition.

Jngesta. — Une nourriture grossière qui se compose de pain fait avec la farine de seigle, d'orge ou de jarrazin, de pommes de terre, de laitage cl de mauvais fruits, ne concourt que faiblement à pro-

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duire les affections strumeuses. Un grand nombre d'habitants de la France vivent avec les aliments que nous venons de nommer, et cependant ils ne présentent pas plus souvent que d'autres les signes de la constitution scrofuleuse. Dans plusieurs contrées, la'iarine de maïs , de millet , le riz , les paiumes de terre, les châtaignes, sont, pendant une grande partie de l'année, la principale nourriture des habitants, qui y mêlent à de longs intervalles une petite quantité de viande, et cependant on n'a pas remarqué que la scrofule y soit plus fréquente que dans les villes populeuses où le mal règne d'une manière endémique, et où les artisans mangent une certaine quantité de viande et boivent du vm. Hufeland dit que les scrofules sont très-communes dans les pays où l'on nourrit les enfants avec des pommes de terre (p. 28). Haller attribue aussi à cet aliment la fréquence de la maladie ehez les habitants de Gœttingue {Elem. physiolog.^ t. ii, p. 193). On a encore prétendu que l'usage des pois, des haricots et de tous les féculents peut produire le même effet. Nous croyons que ce serait s'écarter de la vérité que de soutenir que les divers aliments dont nous venons de parler rendent .les enfants scrofuleux, mais ils doivent à coup sûr exercer une action nuisible sur ceux qui sont prédisposés à la maladie; que ce soit en affaiblissant la constitution ou de toute autre manière, l'effet n'en est pas moins évident. Kaempf, Weikard et Kortuui font ressortir avec juste raison les inconvénients qui doivent résulter d'une alimentation purement végétale pour les enfants qui sont disposés à devenir scrofuleux (p. 299). 11 ne faut pas non plus, embrassant une opinion contraire, supposer que l'usage des viandes et une nourriture succulente empêchent le développement de la maladie ; s'il en était ainsi , les gens riches seraient plus rarement que d'autres affectés de scrofule, ce qui est loin d'êire vrai. Kortum a tort d'écrire que la nature des aliments dont usent les pauvres explique la fréquence plus grande du mal que l'on observe chez eux; nous répéterons encore que l'alimentation insuffisante, mauvaise , formée de substances peu réparatrices et difficiles à assimiler, favorise le développement de la scrofule comme elle concourt à la pioduction des tubercules pulmonaires et de toutes les maladies qui se montrent de préférence chez les hommes dont la constitution est débilitée. Hufeland signale l'allaitement artificiel comme une cause d'écrouelles (p. 23). M. Baudelocque rapporte que dans la Normandie et le Maine, où la plupart des enfants sont nourris au biberon, la population est forte, robuste, et qu'on n'y rencontre pas plus de scrofules que dans d'autres contrées (p. (>8).

On a dit que les eaux scléuiteuscs et celles qui pro-

viennent de la foule des neiges où des glaces donnent la maladie : elles sont plus lourdes , moins favorables au travail de la digestion, mais incapables de favoriser la production des scrofules. La santé robuste des montagnards et des habitants d'un grand nombre de contrées dans lesquelles on ne boit que de l'eau de puits suffirait seule pour faire repousser cette opinion, qui est entièrement abandonnée aujourd'hui.

Nous ne ferons que mentionner quelques causes hypothétiques dont parlent les auteurs, et qui doivent être rapportées aux ingesta : les boissons spiritueuses, l'usage immodéré du thé, du café, des purgatifs, et les préparations saturnines et mercurielles, ont été considérés comme des causes de scrofule.

La malpropreté ne joue tout au plus que le rôle d'un irritant cutané , qui peut hâter le développement de certains accidents scrofuleux, des adénites, des ophlhalmies et de quelques affections du cuir chevelu,dont la nature scrofuleuse est d'ailleurs fort contestable. Que penser de l'opinion émise par Hufeland : «Avec la malpropreté, une mauvaise nourriture, un air malsain et le défaut d'exercice, il n'est point d'enfant, quelque bien portant qu'on le suppose, qu'on ne puisse rendre scrofuleux» (p. 39)?

Nous avons dit que les affections écroucUeuses diminuent ou cessent tout à fait au moment où s'établit la puberté : la sécrétion spermatique considérée en elle-même n'est pour rien dans cette amélioration ; c'est au changement important que cette révolution amène dans tout l'organisme qu'il faut la rapporter, ainsi que le pense Kortum (ouvr. cité, p. 330). L'établissement de la menstruation ^est souvent accompagné de troubles dans la santé et devient la cause occasionnelle des scrofules. L'exercice trop précoce des organes sexuels, les excès vénériens, la masturbation , agissent comme cause occasionnelle en débilitant l'économie.

On voit chez plus d'une femme la scrofule se déclarer pendant le cours d'une première grossesse. On a placé l'avoriement au nombre des causes de la maladie ; mais, comme le fait remarquer avec juste raison M. Lugol, cet accident est souvent l'effet et non la cause de la scrofule : si la femme avorte et si les premiers symptômes de la maladie, qui n'attendaient qu'une occasion pour se manifester, se montrent en ce moment, c'est que la constitution scrofuleuse existait déjà. Du reste, il faut se rappeler que l'avoriement peut tenir à la santé du père, qui est scrofuleux, épuisé par des excès vénériens, ou enfin parvenu à un âge trop avancé : le fluide spermatique n'est plus alors dans les conditions normales , il est impropre â fournir un germe viable (Lugol, ouvr. cité, p. 255). Des a(^coucliemeuts trop nombreux et trop rapprochés peuvent aussi provoquer l'apparition des scrofules; le plus ordinairement ils ne foulque causer

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des récidives. L'avorlement est une cause pathologique, que nous indiquons ici pour ne pas la séparer de celles qui tiennent à l'exercice des fonctions génitales.

Nous osons à peine rappeler que les chagrins , la contention d'esprit trop précoce et trop continue, le défaut d'exercice, ont été mis au nombre des causes de scrofule.

Causes pathologiques. — Les causes qu'il nous reste à examiner, et qui ne jouent que le rôle de causes occasionnelles dans la production de la maladie, sont la syphilis, les fièvres exanthématiques , la dentition, les maladies vermineuses.

La syphilis peut se déclarer chez des sujets qui sont simplement prédisposés aux scrofules , chez ceux iqui présentent déjà tous les symptômes de ces maladies, ou bien elle ne fait qu'amener la récidive des écrouelles ( Lugol , p. 286). Dans le premier cas, quoique les signes de la constitution strumeuse soient déjà manifestes, ils ne présentent quelque intensité et les caractères qui leur sont propres qu'à la suite de l'infection syphilitique. D'autres fois, celle-ci imprime une marche plus aiguë aux accidents scrofuleux, et leur donne plus de gravité. 11 résulte de cette complication un état morbide mixte qui peut être combattu avantageusement par les préparations mercurielles et iodurées. Souvent le médecin est fort embarrassé pour dire quelle est celle des deux affections qui imprime son caractère spécifique à la tuméfaction des ganglions, du périoste , des os, et aux ulcères cutanés. Nous rechercherons plus loin si des parents syphilitiques peuvent transmettre la scrofule constitutionnelle à leurs enfants (voy. Nature)-, disons seulement qu'il est très-douteux que l'état syphilitique soit cause de la scrofule héréditaire.

« Plus d'une fois,dit Baumes, nous avons été frappé de la connexion qu'il y a entre l'érection du vice scrofuleux et les grands développements de la machine, en particulier le travail de la dentition; plusieurs enfants très-sains en apparence, et dans lesquels on n'avait pas aperçu les traits caractéristiques de la constitution écrouelleuse, ont fortement présenté les signes précurseurs des scrofules après la première dentition, et cette maladie s'est développée complètement au sevrage, et un peu plus tard, à l'époque de la seconde dentition » (p. 146). Chez les sujets prédisposés, tout travail physiologique qui tend à s'établir dans l'organisme est l'occasion du développement des scrofules , de même que nous avons vu la puberté chez l'homme, la menstruation, la grossesse et l'accouchement faire déclarer raffeclion itrumeuse ou donner une nouvelle impulsion aux symptômes qui s'étaient déjà produits.

Les affections internes qui se manifestent chez les sujets prédisposés à la scrofule agissent de la même

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