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Dipossible de concevoir le développeirent de la maladie scrofuleuse; telle est, en effet, la s^eule manière d'expliquer la multiplicilé des phénomènes morbides et leurs caraclères communs. Quant aux hypothèses que l'on a émises sur le vice écrouelleux que l'on a fait consister tantôt dans une altération de la lymphe, tantôt dans une acrimonie acide, acre, ou de toute autre nature , tantôt dans une altération du sang, elc, nous les passerons entièrement sous silence, en faisant remarquer seulement que beaucoup d'auteurs se sont servis du mot vice scrofuleux, et qu'à tout prendre cette dénomination en vaut bieu une autre pour désigner la cause inconnue de la maladie. On a invoqué , à l'appui de l'existence du virus scrofuleux , la transmission héréditaire de la maladie, mais cet argument est sans valeur ; il y a tant d'autres maladies qui ne sont pas virulentes et qui se propagent par voie de génération, l'épilepsie et la folie par exemple. Du reste, ni la contagion , ni l'inoculation ne peuvent transmettre ce prétendu virus. On a comparé la diathèse scrofuleuse à la diathèse cancéreuse; ce rapprochement ne manque pas d'exactitude sous certains rapports; c'est ainsi que dans l'une et l'autre les lésions locales sont sous la dépendance d'une cause générale qui tend à les reproduire à chaque instant et agit sur toute la constitution.
La diathèse scrojuleuse est elle une altéra^ tioîi des humeurs ou du solide vii^antP — Cette question est aussi insoluble que les précédentes, et nous ne perdrons pas notre temps à rapporter ce que les humoristes et les solidistes ont écrit de part et d'autre pour faire triompher leur opinion; nous imiterons la sage réserve de Kortum, et nous adopterons sa doctrine peu compromettante; il fait dépendre la maladie d'une altération des humeurs et du solide vivant (part, i , p. 23 1 ).
Les auteurs qui admettent l'hérc^dité comme la cause la plus ordinaire des scrofules ne doutent pas qu'il existe une diathèse toute spéciale; et eu el'fet, il est bien difficile d'expliquer autrement les cas nombreux de scrofule héréditaire chez des enfants très-jeunes et placés dans les meilleures conditions hygiéniques, ainsi que cette cruelle mortalité qui frappe successivement tous les membres d'une famille issue de la même souche. Cependant il faut reconnaître que la scrofule peut se développer accidentellement et en dehors de toute prédisposition organique héréditaire; on peut en accuser certaines influences hygiéniques nuisibles, Tair confiné, l'humidité, la privation d'air, d'aliments réparateurs etsulfisamment azotés. M. Baudelocque fait consister la cause intime du mal dans une altération de l'hématose et du sang par suite (ouvr. cité, p. 181); mais cette opinion ne saurait être acceplée pas plus que celle qui fait provenir la maladie de la mauvaise qualité des
I aliments et des sucs alibiles qui vont se mêler au sang.
Historique et Inhliographie. — Les médecins grecs désignent sous le nom de x^>t?aç les engorgements glandulaires. On a prétendu qu'ils appelaient ainsi toutes sortes de tumeurs , mais cette assertion est inexacte. Hippocrate connaissait très-bien le principal caractère de la maladie, à savoir, la tuméfaction des glandes du cou , et la croyait produite par une humeur pituiteuse et froide qui se porte sur les glandes {de Glandulis, cap. 3). Galien, Hippocraie et d'autres médecins de l'antiquité désignent aussi sous le nom de tubercules les écrouel/es d'un petit volume. Galien donne pour caractère des tumeurs scrofuleuses d'être froides, de n'arriver que lentement et difficilement à suppuration et de ne s« résoudre qu'avec peine. «L'écrouelle, dit-il, est une chair sèche et peu capable d'entrer en voie de résolution» (in Définition, medic). 11 sait que chez les scrofuleux les tumeurs occupent le cou et le voisinage des oreilles et qu'il .se forme dans les mêmes parties des ulcérations {Method. medend., lib. xm, cap, 5\ Gelse (de Medicina, cap. 28, p. 323, édit. d'AImelooven), Aetius [Tetrah., iv, serm. m, cap. 5), Actuarius (Method. medend., p. 12), Oribase {Sfnops., vu, p. 29), Guy de Chauliac (Chirurgiœ), Mercurialis {de Morbo puerorum, lib. I, cap. 5), indiquent les principaux signes des scrofules. Cette maladie a toujours été très-commune en Europe, ainsi que l'atteste le pouvoir dont Glovis et ses successeurs ont joui de guérir les scrofules par le simple attouchement (Laurent-André, de Mirabili strumas sanandi vi solis Gallîœ regibus Christian, dii^initus concessa, etc.^ in-8*^; Paris, 1609). Les rois d'Angleterre prétendirent également guérir la maladie de la même manière; Edouard le Confesseur a essayé, dit-on, le premier de mettre en honneur cette pratique superstitieuse et ridicule. On raconte que Charles II, en unpetit nombre d'années, toucha 92,700 pei sonnes (Brown, y^r/c/iochoiradelogia, etc., in-S^'; Londres, 1684).
La Nosologie de Sauvages (t. lu, part. 2) renferme quelques documents qui ne doisent pas être négligés. V Essai théorique et pratique sur les écrouclles j par Charmctton, est un exposé assez complet, pour le temps, de tous les symptômes de la maladie, et des différents remèdes que l'on a essayés pour la guérir (ouvrage qui a remporté le prix proposé pai l'Acad. roy. dechir.,in-12 ; Lyon, 1 7o2,etdans Prix de l'Jcad. roy. de chir., t. m, in-8"; 1 757). Bordeu n'a rien ajouté à ce que l'on savait avant lui sur les écrouelles; il a seulement étudié avec soin les effets des bains sulfureux et des mercuriaux. Ce livre n'est point à la hauteur des autres productions de Bordeu (/'f/.v«j£,'iî des eaux de Bnrégcs et du
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mercure pour les écrouelles ; il a remporté ua prix à l'Acad. roy. de chir., en 1752; in-12; Paris, 1 767). Les autres opuscules envoyés au concourssont ceux de Faure, Goursaud, Majault et un anonyme (lu Prix de l'Jcad. roy. de chir., t. m, in-4° ; 1 75 7). La Société royale de médecine ayant mis au concours la question suivante : Déterminer quelles sont les circonstances les plus favorables au déi^eloppement du vice scrofuleux , etc., Baumes , pour y répondre, fit paraître un mémoire qui remporta le prix en 1 788 (^De V Influence et des effets du vice scrofuleux sur l'économie vivante; 1 789). in OEuvres médicinales, in-8*^, 1. 1 ; Nîmes, 1 789. 11 renferme une description complète des scrofules, et doit être considéré encore aujourd'hui comme le travail le plus important qui ait été publié sur cette maladie; il nous a été très-utile dans la rédaction de notre article , et nous sommes surpris de ne pas le voir cité plus souvent dans des ouvrages récents où l'on n'a fait que reproduire les remarques judicieuses que l'auteur a publiées sur les symptômes , les causes et le traitement de la maladie.
Une monographie bien supérieure, et qui doit tenir, sans contredit, le premier rang parmi tous les travaux publiés sur la maladie scrofuleuse, est l'ouvrage de Kortum (Commentarius de vitio scrofuloso quique inde pendent morhis secundariis, 2 vol. in-8''; Lemgoviae, 1789-90); il fut envoyé pour le concours institué par l'Académie royale de médecine et obtint une mention honorable; l'impression du mémoire fut votée [Prœfmnen, p. 18). Le Commentaire de Kortum, placé sous les auspices de Murray , de Richter et de Blumenbach , est un de ces livres rares qui brillent autant par la vaste érudition dont l'auteur nous donne à chaque instant des preuves que par la sagacité remarquable avec laquelle les faits sont rapportés et les opinions des auteurs exposées et critiquées. Parmi les ouvrages les plus récents, il n'en est pas un seul que l'on puisse comparer à celui de Kortum,
Nous accordons aussi une place importante à la relation que Cullen a donnée des scrofules dans ses Éléments de médecine pratique (t. m, p. 326, in- 8«; Paris, 1819) ; il est difficile de tracer en quelques pages un tableau plus exact et plus fidèle de la diatbèse scrofuleuse. Le Traité de la maladie scrofuleuse, par llufeland (traduit sur la 3^ édition de 1819 par M. Bousquet, publié en Allemagne sous ce titre Ueber die Naïur, etc., in-8° ; Berlin, 1 785), est bien inférieur à celui de Baumes et de Kortum; quoique écrit avec une grande méthode et beaucoup de clarté il ne jette aucune lumière sur les scrofules, et l'on regrette de voir réunies à ces dernières un grand nombre d'affections qui leur sont tout à fait étrangères. Nous ne devons accorder
qu'une simple mention au travail de M. Lepellelier {Traité complet sur la maladie scrofuleuse , in-8"; Paris, 1818). L'auteur a consacré la plus grande partie de son livre à la description de maladies dont l'analomie pathologique avait déjà fait connaître la véritable nature et qu'elle avait appris à distinguer des scrofules. La monographie publiée par M. Joseph de Vering sous ce litre: Manière de guérir la maladie scrofuleuse (in-8" ; Vienne, 1832), renferme plus d'une opinion surannée et n'est point à la hauteur des idées qui avaient déjà cours dans la science à l'époque où ce livre a été publié: il ne peut être que d'un médiocre secours pour l'étude des scrofules.
Nous ne ôevons point passer sous silence le nom des auteurs qui , par leurs recherches sur la phthisie pulmonaire, le carreau , les autres maladies tuberculeuses, les affections des glandes lymphatiques et des os, ont contiibué pour une très-grande part à faire sortir l'histoire des scrofules de l'obscurité qui la couvrait. Réduite à peu près au véritable rôle qu'elle doit jouer dans la pathologie, l'affection scrofuleuse a été mieux cimiprise et mieux étudiée. Plusieurs travaux recommandables ont paru dans ces dernières années; nous citerons, d'une manière toute spéciale, \ei^ Éludes sur les causes, la nature et le traitement de la maladie scrofuleuse, par M. Baudelocque (in-8", Paris, 1834); on peut reprocher à l'auteur d'avoir fait trop bon marché de l'hérédité et de bien d'autres causes des scrofules pour attribuer aux altérations de l'air une influence exagérée dans la production de la maladie , mais cette tache est effacée par d'excellentes observations faites par l'auteur sur les effets de l'iode et de quelques autres médicaments qui ont été préconisés. M. Lugol est le médecin qui s'est le plus occupé du traitement de la scrofule par les préparations iodurées ; il a consigné le résultat de ses éludes cliniques et thérapeutiques dans les mémoires suivants: Mémoire sur l'emploi de l'iode dans les maladies scrofuleuses, in-8" ; Paris, 1 829. — Sur i Emploi des bains iodures, in-8''; Paris, 1 830.— Sur l'Emploi de l'iode dans les maladies scrofuleuse s , in-8° ; mai 1831. Personne n'a contribué plus que M. Lugol à faire ressortir les bons effets de l'iode; mais en exagérant les vertus de ce médicament, il en est venu à faire regarder comme fort contestables, ou tout au moins comme bien moins fréquentes qu'il ne l'a dit, les guérisons produites par l'iode. Le dernier ouvrage qu'il vient de publier {Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleuscs, in-8"; Paris, 1844), et qui n'est que la première partie d'un traité complet qui doit paraître plus tard , est plein de documents précieux sur les causes des scrofules; nous l'avons mis à contribu-
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tion pour réliologie ; il sera lu a\ec fruit par ceux qui sauront faire la part de l'exag^ération et de la léçèrelé avec lesquelles M. Lugol apprécie très-souvent certains faits.
Il nous resle à mentionner Tarlicle Scrofules que Ton doit à iM. Guersant , où l'on trouvera des remarques fort judicieuses et fort exactes sur la nature, les symptômes et le traitement de la maladie {Dictionnaire de médecine, t. xxvin ; 1844}, et celui du Dictionnaire de chirurgie pratique de Samuel Cooper (in-8°; Paris, 1826).
SEPTIGOHÉMIË, s. f. Septicémie (Piorry), infection putride.
Définition. — L'infection putride est une affection générale, un empoisouoement qui résulte de la pénétration, dans le torrent circulatoire, d'un liquide septique provenant de la décomposition de matières animales ou végétales.
L'existence de Tinfection putride n'est point rigoureusement démontrée chez l'homme; elle est admise par induction, par analogie, et pour en faire l'histoire nous serons souvent obligés de nous appuyer sur les résultats qu'ont fournis les expériences faites sur des animaux. Tout est encore à faire sur ce sujet en pathologie humaine.
Altérations anatomiques. — La putréfaction s'empare très-promptement des cadavres; le sang est noir, couleur lie de vin ; i! est fluide ou ne forme que des caillots peu volumineux, mous; quelquefois il est fétide {Noui^, éléments de patliol. méd.-chirurg., par Roche, Sanson et Lcnoir, t. v, p. 447; Paris, 1844).
On ne rencontre aucune autre altération chez l'homme; il n'en est pas de même chez les animaux auxquels on a injecté dans les veines une quantité plus ou moins considéiable d'un liquide septique ; chez eux, des péléchies, des ecchymoses nombreuses sont répandues à la surface et dans la profondeur de h plupart des viscères, et spécialement du poumon, du cœur, de la rate, du cerveau; M. Gaspaid en a trouvé dans la vésicule biliaire, les glandes mésenlériques et le tissu cellulaire sous-cul ané (Gaspard, Méni. phfsiolog. sur les maladies purulentes et putrides, in Journal de physioL, t. ii,p. 14; 1822). MM. Trousseau et Dupuy ont vu le tissu cellulaire, placé entre les poumons et la plèvre, contenir, en certains points, des petites collections de .sérosité ci trine qui, recouvertes par la membrane séreuse non altérée, ressemblaient aux phlyctèncs que produit sur la peau l'application des cantharides(^'rry>>. et obs. sur les allcralions du sang , etc., in Arcli. génér. de niéd.^ t. XI, p. 380-381; 1826). Les cavités séreuses renferment une sérosité rougeàtre plus ou moins abondante; les muqueuses .sont d'uni; couleur liviilc, parsemées d'ecchymoses qui ont leur siège dans le
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tissu cellulaire sous-jaeent; la surface interne de l'intestin est recouverte d'une couche mucoso-sanguinolente semblable à de la lie de vin, à la matière du mélœna.
Ces différentes lésions se montreraient d'ailleurs également chez l'homme si l'on admettait, avec M. Gaspard (/oc. cit., p. 37 et suiv.), que la pustule maligne, le charbon , le scorbut, le typhus , la fièvre typhoïde, ne sont que des variétés de l'infection putride.
Symptômes. — Le début de la maladie est ordinairement caractérisé par des frissons qui alternent avec des sueurs grasses et visqueuses ; bientôt surviennent des contractions spasmodiques du diaphragme, du hoquet, des nausées, des vomissements, une diarrhée opiniâtre; l'haleine et les matières excrétées sont fétides; les selles sont sanguinolentes; les malades ont dans la bouche un goût douceâtre et nauséeux; des aphthesse développent sur les gencives, l'intérieur des joues, dans le pharynx; le pouls est fréquent, petit, misérable, irrégulier, la respiration courte, faible, gênée, ralentie; la peau est pâle ou jaunâtre, froide; les malades sont plongés dans un abattement extrême; ils ont de fréquentes lipothymies, leur face est livide, leurs yeux ternes, sans expression, leur langue sèche, racornie; les facultés intellectuelles se troublent, et la mort est précédée de rêvasseries , de subdelirium (Roche, Sanson et Lenoir, loc. cit.)
L'infection putride n'étant jamais chez l'homme une affection primitive, simple, telle que la produisent les expériences faites sur des animaux, on conçoit que ses symptômes sont toujours accompagnés de divers phénomènes morbides , locaux ou généraux, appartenant à la maladie dont l'altération du sang est le résultat (voyez Causes).
Marche, durée, terminaison. — La marche varie suivant la manière dont s'opère l'intoxication sepiique : « Quand la résorption putride est lente , qu'elle s'opère chaque jour par fractions , les symptômes ont le moins dintensité possible et constituent une des formes de la fièvre hectique des auteurs; lorsqu'au contraire la résorption est rapide, les phénomènes morbides, sans cesser d'être les mêmes, se montrent dans toute leur intensité, et les malades ne tardent pas à succomber » (Roche , Sanson et Lenoir, /oc. cit.).
Les expériences tentées sur les animaux prouvent que la guérison est possible lorsqu'il n'a été introduit, dans le système circulatoire, qu'une très-petite quantité de matière putride ; chez l'homme, les preuves directes manquent, niais l'observation cliuiijiie est suffisante pour établir le fait.
Diagnostic. — La fièvre typhoïde est accompagnée de symptômes caractéristiques qui ne per-
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mettent point de la confondre avec l'infection putride; il n'en est point de même pour l'affection qui a été appelée état typhoïde et pour la ^eVrt? hectique; la distinction ne saurait être établie sur des bases solides dans l'état actuel de la science, et il est d'ailleurs probable que ces deux dernières maladies ne sont souvent que des formes de la septicémie.
Viii/ection purulente a été et sera probablement encore souvent confondue avec l'infection putride; MM. de Gasteinau et Ducrest se sont cependant efforcés d'établir le diagnostic différentiel. « Il n'est pas de symptôme isolé provoqué par l'intoxication purulente, disent ces observateurs, qui ne puisse se produire dans l'infection putride, mais il n'en est pas de même de l'ensemble des symptômes {Bech, sur les cas dans lesquels on observe les abcès multiples , etc., in Mém. de l'Âcad. roy.de méd.j t. XII, p. 1 1 3 ; 1 845). En effet, une étude comparative attentive montre que dans Tinfection purulente les frissons sont plus fréquents, plus intenses; les vomissements, et surtout la diarrhée, plus rares, moins opiniâtres; la prostration moins considérable et plus tardive ;il n'existe point d'aphtes, point d'hémorrhagies, point d'ecchymoses sous-muqueuses, de taches scorbutiques.
Le diagnostic post mortem est encore plus facile, puisque MM. de Castelnau et Ducrest ont montré que l'infection putride ne donne jamais lieu à des abcès multiples (mém. cit.).
Le pronostic est toujours grave.
Causes. — Chez les animaux, MM. Gaspard (/oc. cii.)^ Trous.seau etDupuy {lac. cit.)., ont déterminé l'infection putride en injectant dans les veines du pus putréfié, corrompu au coutact de l'air ; M. F. d'Arcet est arrivé au même résultat en n'injectant que la partie séreuse d'un pus putréfié [Hech. sur les ab" CCS multiples, etc., th. de Paris, p. 29 et suiv.; 1842). Chez l'homme, la septicémie se produit d'une manière analogue par la résorption opérée à la surface d'une plaie , d'un ulcère , d'un abcès par congestion ouvert, d'une caverne pulmonaire, d'une surface gangreneuse ; les accidents de la piqûre anatomique sont souvent dus à l'introduction dans l'économie d'une matière septique.
« C'est à une résorption putride , dit M. Lenoir {loc. cit., p. 448 et suiv.), qu'est due, dans beaucoup de cas, la fièvre puerpérale des auteurs, quand elle n'est pas la conséquence d'une métrite, d'une métro-péritonite ou d'une suppuration du tissu cellulaire du bassin, car on a confondu toutes ces maladies sous une même dénomination. Elle se développe peu de jours ordinairement après l'accouchemfmt et dans les circonstances suivanles: lorsqu'une portion du placenta ou des débris de membranes sont reMîS dans l'utérus cl sV putréfient; lorsque, par
une cause quelconque, et principalement par le défaut de soins de propreté , des caillots sanguins, du sang ou des produits de sécrétion lochiale séjournent dans le vagin ou la matrice et s'y altèrent ; lorsque, par une hygiène mal entendue, on étouffe les accouchées sous des couvertures épaisses et qu'on évite de renouveler le linge qui les entoure et se trouve imprégné de sang et de lochies qui entrent nécessairement en fermentation putride , et provoquent par suite , comme un ferment , la corruption des mêmes matières contenues dans le vagin et l'utérus; enfin, lorsque des accouchées se trouvent rasseinblées en grand nombre dans des salles trop étroites comme dans les hôpitaux , échauffées par la température ou par des poêles, dont l'air n'est pas suffisamment renouvelé, et respirent continuellement un air vicié, à odeur fade et nauséabonde, qui entoure le lit de toute femme qui vient d'accoucher. Ces matières corrompues, cet air vicié, incessammerit absorbés ou respires, infectent le sang et portent leur influence sur tous les organes. L'état électrique de l'atmosphère paraît favoriser leur altération; l'état de tristesse des accouchées contribue puissamment à leur résorption; la diète trop sévère, en activant l'absorption , produit aussi le même effet. »
Nous avons reproduit in extenso ce passage, parce que nous lui avons trouvé une grande importance pratique , et parce que nous sommes heureux de pouvoir, aujourd'hui, appuyer de l'autorité de M. Lenoir les idées que nous avons émises précédemment sur le même sujet (voy. Essai sur l'infec' tion purulente, par L. Fleury, p. 177 et suiv.; Paris, 1844. — Compendium de méd., art. Puerpérale (Fièvre), Pyouémie).
M. Gaspard {loc cit., p. 37 et suiv.) regarde comme une cause d'infection putride l'ingestion de matières alimentaires ayant subi un commencement de putréfaction (gibier faisandé, fromage trèsavancé, etc.); pour cet auteur et pour M. Piorry, le scorbut et la fièvre typhoïde ne sont , ainsi que nous l'avons dit, que des formes de septicémie.
Traitement. — La première indication est de tarir le foyer putride; si l'on n'a pas ce soin, dit avec raison M. Lenoir, tous les autres moyens resteront inefficaces. Le traitement ne diffère point d'ailleurs de celui de l'infection purulente; les purgatifs sont fort utiles, mais il faut leur ajouter le quinquina, le camphre, la serpentaire de Virginie, les boissons amères, aromatiques, la limonade sulfuriquc , le vin , les toniques. Pour diminuer l'activité de l'absorption et pour maintenir ou relever les forces du malade, il faut, chaque fois que faire .se peut, prescrire une nourriture analeptique et suffisamuïcnt abond;tn(<^.
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SOIF, s. f. (pathologie générale et spéciale). La soif ou la sensation interne qui fait désirer les boissons peut être troublée, dans l'état de maladie, de trois manières différentes : elle est augmentée , diminuée ou dépravée. Nous allons étudier successivement ces trois ordres de phénomènes pathologiques.
1° augmentation de la soif. — Elle est tantôt le symptôme d'une maladie bien déterminée et tantôt constitue à elle seule toute la maladie qu'il est impossible de rattacher à aucune lésion ; elle est dite symptomatique dans le premier cas, idiopathiqiie dans le second.
La soif est le symptôme d'un très-grand nombre de maladies fébriles , de toutes les phlegmasies aiguës soit des parenchymes, soit des tissus membraneux. On l'observe très-souvent au début et pendant la période d'accroissement des inflammations aiguës et fébriles, de la pneumonie, du rhumaisme, de la pleurésie, de la gastrite, de la dysenterie. Lorsque la fièvre s'allume pendant le cours d une maladie chronique , quelle qu'en soit la nature, la soif devient souvent très-vive. Elle est ordinairement nulle dans les névroses; elle accompagne aussi les affections marquées surtout par une déperdition grande et rapide des liquides de l'économie ; elle se montre, par exemple , dans les cas où des sueurs profuses existent pendant plusieurs jours ou reviennent chaque nuit, dans les dysenteries graves, dans les hémorrhagies traumatiques ou de cause interne, dans l'anémie qui en résulte, dans le choléra asiatique, etc. Quand les surfaces cutanées ou pulmonaires exhalent une grande quantité de liquide, la soif devient très-vive ; c'est ce qui a lieu par l'effet des bains de vapeurs, par l'exposition du corps à une température élevée , par l'ascension sur de hautes montagnes, etc. Ces dernières causes, qui appartiennent à l'ordre physique, peuvent servir à faire comprendre le mécanisme suivant lequel se produit la soif dans un certain nombre de maladies, il est impossible de dire à quelles causes tient la soif des pyrexies et de tant d'autres affections dans lesquelles il n'y a aucune déperdition de fluides. La soif inextinguible du diabète sucré a été expliquée chimiquement par ceux qui font consister toute lamaladie en une transforuution de l'amidon en glucose, au moyen de la diastase; suivant M. Bouchardat, la soif est en proportion des aliments sucrés ou féfuieuts que prennent les malades; 1 kilogr. de fécule exige 7kilogr. d'eau pour que la transformation glucosurique ait lieu {Supplém. à l'annuaire de tliérap., p. 166;in-12, 184G).
Soijidiopalhique. — Synonymie:/w/j^////.9/c (de iroX'jç, beaucoup, et ^îi-^a, soif, c'est-à-dir«; soif excessive), hydromanie , soij inextin^ui/de , besoin
insatiable des boissons , faux diabète ^ diabète aqueux j insipide, polyurie, hydrurie (dérivé de u(î(ûp , eau, de iroXu; , beaucoup, et de oupeto, j'urine), fr. ; -nrcÀut^nJ;*, Sv\% ai^o^^cLy au.cTpc?, grec ; urinœ proflui'ium, lat-
La polydipsie essentielle, la seule que nous étudions dans ce chapitre, se reconnaît à la sensation impérieuse qui contraint les malades de .satisfaire sans cesse la soif qui les tourmente. La quantité de boissons est très-variable; J. Frank parle de sujets qui buvaient 20 kilogr. en vingt-quatre heures; un seau, une voie d'eau [Traité de médecine, trad. fr. de VEmyclopédie^t. v, p. 395); un malade observé par M. Rayer avalait deux seaux, et la femme Bonsergent en exigeait trois; un enfant de cinq ans buvait douze bouteilles d'eau en vingt-quatre heures (extr. de la thèse de M. Lacombe , /Je la Polydipsie, p. 14; 1841). En général , les sujets atteints de polydipsie boivent souvent et chaque fois une grande quantité de liquide (une bouteille , deux litres, deux pintes d'un seul trait). Ils sont tourmentés la nuit aussi bien que le jour par le besoin de boire ; au début de la maladie, celte sensation n'est pas aussi vive pendant la nuit (J. Frank). Elle est moindre lorsqu'on donne aux malades des boissons froides, aqueuses et acides, ou de l'eau vineuse. Les auteurs disent que si l'on empêche les sujets d'obéir à l'impérieuse sensation qui les tourmente , ils s'irritent, entrent en fureur, ou boivent le liquide provenant de la sécrétion urinaire.
L'appéiit est diminué ou nul (J. Frank) , quelquefois cependant iraturel; les aliments préférés par les malades sont les végétaux et les substances liquides. La langue est sèche, mais sans rougeur ni tuméfaction, la bouche pâteuse, la .'^^alivc, rare et épaisse conserve son alcalinité naturelle. 11 existe parfois de la sécheresse et une sensaiion de resserrement à la gorge (J. Frank). Il y a en même temps vers l'estomac de la gêne, de la constririion ou une sensaiion de froid, surtout après riuge>tion des baissons. Le volume du ventre est augmenté; ce qui tient à la distension habituelle de l'estomac jointe à la sécrétion d'une assez grande quantité de gaz dans l'intestin. Les selles sont normales , quelquefois plus rares que de coutume.
Dans un cas rapporté par M. Fallot, de Namur, le sang fut analysé, et on trouva sur 1000 partiels de sang : fibrine, 2; globules, 146; eau, 705; matériaux solides, 57 (observ. publiée in Jauni, de nièd., p. 22; janvier 1845;. La miclion es! fréquente et proportionnée à la quantité des boissons qui est bue par le malade. Il est contraint d'uriner très-souvent, toutes les deux heures, toutes les heures ou plu^' souvent encore. 11 r«'nd chaque l'ois une assez grande quantité d'urine, à cause dt* l'am-
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plialion que finii par prendre le réservoir urinaire.
Le liquide excrété «est clair, d'une limpidité parfaite, peu ou point coloré, ressemblant souvent à de Teau ; variant, du reste, suivant les heures auxquelles elle est rendue, et suivant la quantité de liquide pris par le malade, sans aucun dépôt au fond du vase, légèrement acide ou neutre, ne donnant aucun précipité quand on la traite par l'acide nitrique, par la chaleur ou Tammoniaque, très peu odorante; donnant pour pesanteur spécifique à l'aréomètre de Baumes 1002, 933 en moyenne » (Lacombe, thèse citée, p. 15). M. Rayer a trouvé dans trois cas de polydipsie les pesanteurs spécifiques 1001 , 1007 , 1009 {Traité des maladies des reins, t. i, p. 75, in-S*"; Paris, 1839). La densité était de 1008 chez le malade observé par M. Fallot. Ou voit que le liquide urinaire, dans celte maladie, se rapproche beaucoup de l'eau par sa f.nble densité. La proportion très faible de l'urée et des matériaux salins de l'urine est la cause de l'altération des qualités physiques de l'urine, ainsi que le prouve une analyse faite par M. Quévenne, pharmacien en chef de la Charité. 11 résulte en effet de cette analyse, publiée dans le travail de M. Lacombe, que l'urée contenue dans l'urine d'un sujet atteint de polydipsie est de 2/^, l'acide urique de I/Jq' ^^ '^^ ^^'^ fixes de Vo ^^ moins de ce qu'ils sont dans l'état normal (p. 25). L'urine, dans ce cas, est en quelque sorte de l'eau, avec des traces de sels et de matières organiques qui sont du reste les mêmes que dans l'urine physiologique.
La circulation et la respiration ne sont nullement troublées à moins de complications étrangères à la maladie. La peau est ordinairement sèche, peu perspirable; les forces sont bien conservées; l'amaigrissement est peu marqué; la maladie dure un temps fort long, souvent toute la vie; on connaît mal ses modes de terminaisons. J. Frank dit qu'elle peut très-bien guérir par l'usage du sulfate et du nitrate de potasse. Les auteurs citent des exemples de polydipsie intermittente; Klein parle d'une soif ardente qui affectait le type tierce (cit. exlr. de la thèse de M. Lacombe, p. 16). Les maladies intercurrentes suspendent momentanément la soif qui reparaît ensuite lorsque ces maladies ont cessé.
La polydipsie idiopathique ne peut être prise pour une polydipsie symplomatique; celle-ci n'est que passagère, et d'ailleurs l'urine n'est jamais aussi aqueuse, ni d'une aussi faible densité que dans la polydipsie essentielle.
Le diabète sucré est de toutes les maladies celle avec laquelle il serait le plus facile de confondre la soif excessive. Un grand nombre de cas de polydipsie rapportés par les aulcurs ne sont que des exemples de diabète sucré. L'examen chimique de l'urine
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conduirait facilement au diagnostic. La densité considérable de l'urine, la propriété qu'elle offre de donner une couleur jaune quand on la fait bouillir avec le tartrate de potasse et de cuivre , ou avec la potasse, de dévier à droite la lumière polarisée, de produire de l'alcool par la fermentation, etc., sont des caractères diagnostiques qui n'appartiennent qu'à l'urine diabétique. Dans le diabète insipide ou aqueux qui constitue une affection fort mal définie, l'urine jouit des mêmes propriétés que l'urine des sujets atteints de polydipsie et ne saurait en être distinguée.
La polydipsie se montre à tous les âges , mais plus fréquemment dans l'enfance; 2G cas relevés par M. Lacombe étaient distribués de la manière suivante : de cinq à dix ans, 2 cas; de dix à vingt, 7 cas; de vingt à trente, 5 cas; de trente à quarante, 6 cas; de cinquante à soixante, 5 cas; à soixante et douze ans, 1 cas. Ce relevé prouve seulement que c'est dans l'âge adulte qu'on observe le plus souvent la maladie; ce qui a lieu pour la plupart des affections internes. La soif existait chez les 27 sujets : depuis trois semaines à huit mois, chez 10; de quatre à huit mois, chez 5 ; depuis dix ans, chez 1 ; depuis l'eufance, chez 8; depuis plusieurs années, chez 3 (th. citée, p. 18). Les hommes y sont plus sujets que les femmes. On a attribué la polydipsie à des émotions morales vives et prolongées, et à un nombre trèsconsidérable, de causes que J. Frank prend la peine d'énumérer et qui ne méritent même pas d'être mentionnées (lac. cit., p. 395). Parmi ces causes figurent d'ailleurs les maladies bien déterminées qui produisent la soif syptomatique, (elles que le choléra, la dysenterie le diabète. On ne sait rien de précis sur l'influence qu'exercent les professions, le climat, les saisons , la température , etc.
On a vu régner la polydipsie d'une manière épidémique sur les chevaux. M. Moirand, professeur à l'École d'Alfort a publié une relation curieu.se de cetle malvidie qu'on appelait la pisse et dont une grande partie des chevaux de Paris Furent atleinls en 1830. 11 ne nous est nullement démontré que la polydipsie, dans ce cas, fût idiopathique.
On a employé des médications très-difFércnles pour'combattre la polydipsie. On a proposé d'interdire aux malades l'usage des boissons; cetle torture à laquelle il est impossible de les soumettre ne produit d'ailleurs aucune diminution de la soif. Il est préférable d'accorder des bois.sons très-abondantes, aqueuses, mucilagineuses, acidulés, glacées, amères, aromati(iucs , etc. Le choix du liquide destiné à satisfaire la soif du malade est peu important.
On a administré le tartre slibié en lavage, les purgatifs répétés , les sels de potasse et de soude particulièrement, les toniques, les amers, les astringents (tannin), les préparations ferrugineuses, le
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quinquina, l'eau de chaux, les antispasmodiques (valériane, camphre, assa fœtida), l'opium, la poudre de Dower, les bains chauds ou très-froids, les sulfureux , etc. Les préparations chalybées unies à l'opium ou au quinquina et aux antispasmodiques constituent la médication qui a peut-être le mieux réussi. L'hydrosudopathie paraît également indiquée dans celle maladie.
Sauvages considère la polydipsie comme une affection accompagnée d'un trouble de l'inlclligence (vésanie); rien ne justifie celle opinion. On ne peut pas y voir non plus une altération de la sécrétion urinaire; la polyurie est l'effet de l'ingestion des boissons et non toute la maladie. On peut admelhe qu'elle résulte, comme la boulimie et le pica, d'une perversion de la sensibilité gastrique; d'après cette idée , la polydipsie tiendrait à une névrose gastrique ; ce n'est là cependant qu'une hypothèse fondée sur les connaissances physiologiques; il faudrait d'ailleurs établir les différences qui existent enlre ces deux névroses qui produisent Tune la boulimie, l'autre la polydipsie.
2^ Dim'mulion de la soif ; adipsie. — Elle se manifeste dans un très grand nombre de maladies chroniques et apyréiiqucs, dans l'embarras gasti'ique et dans les fièvres bilieuses; elle annonce la convalescence des affections aiguës ou la diminution des phénomènes fébriles et de l'inflammation ; sous ce point de vue, elle a quelque valeur séméiologique; elle ne peut du reste indiquer ni la nature ni le siège de>s maladies; les variations qu'elle subit sont trop grandes pour qu'on puisse en tirer quelque parti dans le diagnostic des affections internes.
La cessation complète du désir de ho'wt^Vadipsie^ a été observée chez plusieurs hystériques (J. Frank, loc. cit., p. 401); c'est un symptôme très-rare que l'on ne retrouve que chez les malades en délire, chez les fous. Il ne faut pas confondre fadipsie avec Thydrophobie ou l'horreur pour l'eau et les liquides; dans l'adipsic, celle aversion extrême n'existe pas.
3" Dépravation de la soif ; dysdipsic. — Nous donnons le nom de dysdipsie à celte dépravation de la soif qui porte les malades à désirer des liquides qui ne servent pas ordinairement de boisson. Les auteurs parlent à peine de ce phénomène pathologique sur lequel J. Frank insiste avec juste raison. Les causes qui le produisent sont les mêmes que pour le pica; aussi Tobserve-t-on surlout chez les hystériques, les chlorotiques et les sujets tourmentés par la gastralgie et des accidents hypochondriaques. On a vu des chlorotiques boire de l'urine, d'autres du vinaigre; un enfant buvait de l'encre (J. Krank, p. 10 1 ). Le trailcinenl de la dysdipsie esl le même que celui de la gastralgie et de l'affeclion principale d(;Mt «lie n'est qu'i le symplômc.
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SOM
On iir.1 avec intérêt le chapitre consacré par J. Frank aux lésions delà îo\î[Praxcos, trad. française, in Encrclop. des sciences méd., t. v,p. 391 ) : il renferme des faits curieux et un grand nombre de citations empruntées à différents auteurs. La thèse de M. Lacombe [De la Polydipsie; Paris, 1841) comble une lacune restée dans l'histoire de la soif pathologique; dix-sept observations empruntées à différents auteurs y sont rapportées avec détails.
SOMMKIL, s. m. (pathologie générale).
Le sommeil, celte suspension momentanée, périodique et nécessaire de rinlelligence, de la sensibilité et des mouvements volontaires, se trouble , comme toutes les autre.-; fondions, dans Tétai de maladie. Le sommeil est un temps de repos que l'organisme met à profil pour réparer les forces affaiblies par la veille. Tant que les fonctions s'exécutent avec régularité, le sommeil reste normal; il dure un temps déterminé, irais variable suivant chaque individu; dès qu'il se développe une maladie, le sommeil subit des troubles qu'il importe d'étudier comme symptômes t\. ^{immii signes.
Le sommeil peut être troublé de trois manières différentes: il est augmenté, suspendu, perverti, et chacun de ces troubles constitue le symptôme d'une maladie ou toute la maladie elle-même. On reconnaît que le sommeil est naturel lorsqu'il s'effectue tranquillement, sans rêvasserie, sans mouvement des membres ou du corps , et sans gêne de la respiration
1° Le sommeil peut être prolongé, durer plus* longtemps que de coutume, sans offrir d'autres particularités: c'est ce qui a lieu chez les personnes qui ont éprouvé une grande fatigue musculaire ou dont le système nerveux est épuisé par de fortes contentions d'esprit et par l'exercice immodéré ou trop continu de l'appareil cérébro-spinal. Le sommeil dans cet état peut être considéré comme physiolop^ique. Onohserve cet état dans la convalescence des affections aiguës; il constitue alors un signe pronostique favorable. Le sommeil est prolongé mais agité, interrompu par des rêvasseries dans un très-grand nombre d'affections fébriles soit aiguës, soit chroniques; aussi n'a-t-il qu'une médiocre import;jnce pour le médecin.
Les auteurs de traités de séméiologie ne disent pas à quelle sorte de trouble il faut rattacher la somnolence , le coma et ses différentes formes. Nous avons cherché à établir ailleurs (t. ii, p. 438) que le coma et les phénomènes morbides qui accompagnent ses différents degrés sont des états morbides complexes qui diffèrent tout à fait du sommeil et dépendent d'une altération nialérielleou fonctionneilc profonde du système nerveux cérébro-spinal. Quant à la somnolenne, on peut admettre qu'elle n'est encore qu'une simple augmentation du sommeil physiologique.
Nous pensons que dans l'étal aciuel de la science
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on peut considérer les différentes modifications que subit le sommeil lorsqu'il devient plus intense et plus prolongé comme pouvant dépendre : t® de l'épuisement de l'influx nerveux (excès vénériens, émotions morales, de chagrin, de plaisir, toutes les névroses, les attaques d'hystérie, etc.); S*" d'un abord insuffisant du sang vers le cerveau (hémorrhagies, période ultime des maladies organiques et cachectiques , marasme, peut-être ossification des artères cérébrales, sommeil sénile, etc.); 3^ d'une forte hypérémie des centres nerveux (congestion cérébrale, affections valvulaires et cardiaques empêchant le libre retour du sang vers le cœur, etc.); 4^ d'une hémorrhagie légère du cerveau ou d'une altération de ses substances ou des membranes qui l'enveloppent (encéphalite, méningite, produits morbides développés dans la pulpe cérébrale , etc.) ; 5^ d'une altération de composition du sang (pléthore, accroissement des globules, scorbut, etc.); 6" d'une lésion viscérale quelconque qui agit sympathiquement sur le système nerveux. Presque toutes les maladies viscérales quels que soient leur nature et leur siège, peuvent provoquer la somnolence ou un sommeil plus prolongé que de coutume; l'excitation fébrile ou nerveuse qui en résulte est souvent suivie de la manifestation de ce symptôme. On l'observe encore après les maladies très-douloureuses, lorsque l'organisme vaincu par la souffrance a besoin d'un temps plus long pour réparer la perte excessive qui s'est faite par le système nerveux. L'influx nerveux se trouve aussi épuisé après les attaques d'hystérie et les affections convulsives, sans lésion matérielle appréciable.
Le sommeil se montre fréquemment dans les diverses circonstances pathologiques que nous venons de passer en revue. M. Piorry a très-bien indiqué la cause de ce pénomène lorsqu'il dit que « le sommeil pathologique a toujours une origine encéphalique, puisque cet acte est, à vrai dire, le repos du cerveau et du système nerveux » ( Traité de diagnostic et de séméiol., t. m, p. 324).
Le sommeil pathologique peut être interrompu brusquement; le malade se réveille alors en sursaut. Le séméiologiste ne doit pas oublier de constater ce mode de cessation du sommeil, parce qu'il se rattache le plus ordinairement à un état pathologique. Tantôt le réveil est produit par le développement d'une douleur qui est elle-même le symptôme d'une maladie commençante : c'est ce qui a lieu dans la pneumonie, la pleurésie, le rhumatisme; tantôt par quelque phénomène ayant son point de départ dans d'autres viscères.
2^ Le .sommeil est quelquefois si léger que le moindre bruit réveille le malade; les modificateurs extérieurs, en raison du développement insolite et tout à fait morbide de la sensibilité spéciale et géné-
rale, produisent souvent une excitation qui trouble le sommeil ou l'empêche de s'établir. Le sommeil est souvent interrompu, soit par des rêves fatigants, soit par une agitation générale qui tient le plus ordinairement au mouvement fébrile.
Ces symptômes se remarquent dans toutes les ma* ladies accompagnées d'accidents nerveux et particulièrement de délire, dans la fièvre typhoïde, les typhus la peste, les affections douloureuses , etc.
L'absence complète de sommeil ou Yinsomnie (insomnia, agrypnia, peri^igilium) est, dans quelques cas rares, toute la maladie. Les annales de la science contiennent un assez grand nombre d'exemples d'insomnies qui ont duré pendant plusieurs années ou durant la vie entière, sans qu'on ait pu rapporter cet état morbide à aucune lésion appréciable. Les personnes en proie à cette insomnie idiopathique essentielle présentent habituellement une sensibilité vive et très-développée ; le plus ordinairement ce sont des femmes qui sont tourmentées par des gastralgies ou des accidents hystériques. L'insomnie est la compagne presque inséparable des affections délirantes, d'un grand nombre de monomanies; les fous restent souvent plusieurs mois sans goûter un instant de sommeil. On retrouve aussi ce symptôme dans les névralgies, dans les névroses, chez les hystériques et les hypochondriaques , dans toutes les affections avec douleur, quel que soit le siège de celle-ci. Il se montre au début et pendant le cours des maladies fébriles; il est d'un fâcheux augure ; il fatigue les malades et redouble l'agitation fébrile, la céphalalgie, la courbature, la chaleur cutanée ; quelquefois aussi le sommeil est rendu impossible par l'accomplissement répété de certains phénomènes morbides, telles que la toux, la' miction ; dans le diabète, la polydipsie, les catarrhes» l'emphysème , la phthisie pulmonaire, etc. , le symptôme principal est un obstacle au sommeil.
Il arrive très-souvent que le médecin est appelé à remplir une indication thérapeutique importante fournie par ce symptôme; elle consiste à faire cesser l'insomnieà l'aide de substances narcotiques. Quoiqu'il sache très-bien que cette médication ne peut agir sur la maladie principale, son expérience lui a appris que la sédation est favorable à la résolution de la maladie , et que d'ailleurs , si cette dernière est au-dessus des ressources de l'art, il faut rendre moins douloureux les derniers instants du malade.
3° Le sommeil est quelquefois altéré à un tel point, par les phénomènes morbides insolites qui viennent s'y ajouter, qu'on ne peut rapporter ces troubles à la simple augmentation ou à la diminution de cet acte morbide. Nous avons déjà dit que les diverses espèces de coma, la léthargie, le carus, doivent être distingués du sommeil morbide ; il en est de même du cauchemar (voy. ce mot , t. n, p. 112) que nous
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avons étudié avec les plus grands détails et du somnambulisme ; ce sont là des maladies du système nerveux sur la nature desquelles il règne beaucoup d'obscurité.
On peut confondre le sommeil prolongé avec la congestion, l'hémorrhagie cérébrale, avec la syncope, la léthargie, l'extase, la catalepsie; nous avons indiqué les signes diagnostiques à l'aide desquels il est facile de distinguer ces différentes maladies (voy. Coma, p. 443).
SOMNOLENCE. Voy. Sommeil.
SPASME. On désigne sous ce nom la convulsion active, volontaire ou non de la fibre vivante et spécialement de celle qui est douée de molilité. Les affections dans lesquelles on remarque ces phénomènes sont dites spasmodiques; on les a appelées encore maladies convulsn^es toniques; nous les avons décrites ailleurs (voy. Go^vulsio?}, t. ii , p. 489).
SPER^JATORRHÉE,s. f.
I Synonymie. — Pollutions , pertes séminales inuolontaireSj gonorrhée (P. Frank), blennorrhée de la prostate (Swediaur), écoulement séminal^ flux séminal , consomption dorsale (Hippocrate), incontinence de sperme.
Définition et division. — A défaut d'une dénomination meilleure, nous appelons spermatorrhée tout écoulement de sperme involontaire, non provoqué, ayant lieu le plus ordinairement sans érection ni plaisir, soit pendant la uuit (pollution nocturne]., soit pendant le jour (pollution diurne) , accompagnant souvent l'émission de l'urine ou Tévacualion des matières fécales, se renouvelant fréquemmeat , et déterminant des troubles graves dans les principales fonctions de l'économie.
Cette définition a sans doute l'inconvénient d'être fort longue, mais on ne saurait la rendre plus courte sans confondre Vétat morbide auquel on a donné le nom de spermatorrhée 1° avecles pollutions nocturnes salutaires qui , provoquées par des rêves lascifs , se montrent quelquefois chez les hommes qui sont restés chastes jusqu'à l'âge adulte, qui ont gardé une longue abstinence des plaisirs vénériens, etc.; 2" avec les éjaculations qui surviennent parfois dans certaines affections nerveuses, convulsives, telles que i'épilepsie, l'hydrophobie, à la suite de certaines lésions du cervelet; 3^ avec les éjaculations critiques dont les auteurs rapportent quelques exemples plus ou moins authentiques.il faut .se rappeler, toulefois, que des pollutions utiles au début peuvent devenir excessives, survivre au besoin par une sorte d'habitude, et se transformer en un état morbide , en une véritable spermatorrhée (Lalieniand).
réitérations anatomiques. — La spermatorrhée est quelquefois liiie à une inflammation chronique des organes génito-urinaires assez grave pour ame- |
ner la mort ; dans les cas de ce genre , assez rares d'ailleurs (9 sur plus de 150 observations, Lallemand) , on a constaté des altérations nombreuses et importantes.
Tantôt les follicules prostatiques sont gorgés de pus concret , adhérents , et forment par leur réunion un corps ferme et jaunâtre, semblable à un tubercule scrofuleux, le tissu cellulaire étant encore parfaitement sain ; tantôt la prostate tout entière est infiltrée de pus ou de matière pultacée que la pression fait sortir sous forme de grains; à une époque plus avancée, en comprimant légèrement l'organe, on fait sortir du pus de tous ses conduits excréteurs: on y rencontre un nombre plus ou moins considérable (1 à 30) de petits abcès du volume d'une lentille ou d'un pois.
Dans un cas la prostate était en partie détruite et contenait , dans son enveloppe fibreuse , une matière purulente qui se vidait dans le canal par une multitude de trous delà membrane muqueuse del'urèlhre. Ces trous n'étaient autre chose que les orifices des follicules muqueux dont les parois avaient été détruites par la suppuration.
« Quand l'inflammation du tissu cellulaire de la prostate est moins intense, elle y dépose au lieu de pus une matière albumineu.se qui s'y infiltre et y produit un engorgement indolent. Si la résolution ne s'en fait pas promplement et complètement, il en résulte une induration de la prostate «(Lallemand, des Pertes séminales involontaires ^ 1. 1, p. 69-72 ; Paris, 1836).
L'orifice des canaux éjaculateurs est déformé, éraiilé; au lieu d'être circulaire , il forme une fente allongée. « Il est facile de concevoir , dit M. Lallemand (loc. cit., p. 76), que la dilatation ou l'érosion de l'espèce de sphincter qui termine les canaux éjaculateurs peut, à elle seule, avoir une grande influence sur la production des pollutions diurnes, et je ne serais pas surpris qu'on ne trouvât , quelquefois, aucune autre altération capable d'en rendre compte. »
Les canaux éjaculateurs participent ordinairement à la lésion de leurs orifices; ils sont dilatés, mais ils peuvent aussi être isolés et comme disséqués par la suppuration de la prostate, ou bien épaissis, endurcis, cartilagineux, par.semés de granulations osseuses. « Ces altérations, beaucoup plus graves que celles des orifices, doivent favoriser bien davantage l'émission involontaire de la matière séminale; les canaux, ayant perdu leur ressort et même la possibilité de se contracter, ne peuvent plus forcer le sperme à refluer dans les vésicules séminales, ou du moins ils sont incapables de le retenir , pour peu que ces réservoirs se contractent ou qu'ils soient comprimés o (Lallemaud, loc. cit.).
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Les vésicules séminales sont quelquefois malades; Jeurs parois sont engorgées, racornies, épaissies, cartilagineuses ou même osseuses; elles peuvent être remplies par du pus qui s'oppose à Tintroduction du sperme dans ses réservoirs et devient, par cela même, une cause immédiate de spermatorrhée.
Des lésions analogues à celles que nous venons de décrire peuvent se présenter dans les canaux déférents, les testicules; la muqueuse de la vessie, des uretères, des bissinets, a été trouvée injectée, épaissie, parsemée d'ecchymose;;, d'ulcérations; les reins eux-mêmes ont été vus gonflés , rouges, contenant des abcès enkystés ou non enksytés, plus ou moins nombreux , mêlés de tubercules crus ou suppures (Laliemand, loc. cit. , p. 77-83). Le rapport de cause à effet entre ces lésions et la spermatorrhée est ici plus difficle à saisir et moins solidement établi.
Syinplômcs. — A l'exemple de M. Laliemand, nous distinguerons des symptômes locaux, variables suivant la manière dont s'opèrent les pertes séminales , et des symptômes généraux ^ toujours les mêmes , quelle que soit la manière dont s'écoule le sperme.
Symptômes locaux. — 1^ Pollutions nocturnes. — Les pollutions nocturnes morbides s'opèrent sans rêve, sans érection, sans plaisir et même sans aucune sensation particulière, en sorte que les malades ne peuvent s'en apercevoir qu'aux taches dont leur linge de lit est souillé. Le sperme qui a peiJu de .sa consistance, de sa couleur, de son odeur, qui ressemble au mucus et au fluide prostatique, s'écoule subitement et en grande quantité. Les malades n'ont pas une évacuation semblable toutes les nuits, mais d'un moment à l'autre ils se trouvent inondés, ce qu'ils peuvent facilement constater, leur sommeil étant léger et continuellement interrompu. « Quant à l'absence de toute érection pendant ces émissions, on n'en saurait douter, dit M. Laliemand (ouvr. cité, t. u, p. 330), lorsqu'on trouve la matière spermatique dans les poils qui entourent la base de la verge, vers l'aine ou même sur les cuisses. Quand elle est desséchée, après avoir coulé sur la peau , elle foime une pellicule mince et brillante, qui resi-emble beaucoup aux traînées albumineuses que laissent après elles les limaccr, de nos j;)rdins. Ordinairement on trouve aussi dans i'exiéricur du prépuce une quantité notable de cette matière; il en est même parfois entièrement rempli, et celte circonstance suffirait pour démontrer la flaccidité de la verge pendant ces émissions et le peu d'éncrgicdcs vésicules séminales. »
Dans les pollutions nocturnes, comme eu général dans toutes les perles séminales involontaires, le sperme ne présente pas d'autre altération que celle que nous avons iudiq.iéc. «Je n'ai vu quun seul ma-
lade, dit M. Laliemand , dont les pollutions aient été sanguinolentes pendant quelques jours seulement; il est aussi fort rare que le sperme soit purulent ou sanieux, du moins pendant longtemps; il arrive souvent, au contraire, qu'une spermatorrhée ordinaire sucède à des émissions sanguinolentes ou sanieuses.
Nous avons dit que les pollutions nocturnes mor" bides ne sont pas accompagnées de rêves lascifs, mais celte proposition n'est pas absolue. Lorsque la spermatorrhée nocturne succède à des pollutions non morbides, le passage de l'étal sain à la maladie est marqué par des nuances qu'il importe de bien connaître, et que M. Laliemand a décrites avec beaucoup de soin.
Lorque les vésicules séminales prennent l'habitude de se contracter sous l'influence d'une excitalion moins énergique et même tout à fait anormale, alors la plénitude de la vessie ou du rectum , un lit trop chaud, trop mou, le décubitus sur le dos, des boissons chaudes, excitante8,etc., provoquent des émissions de plus en plus faciles; alors la connexion intime et réciproque des vésicules et de l'encéphale amène les rêves lascifs les plus désordonnés par la moindre excitation directe ou indirecte des organes génitaux, et des pollutions inévitables par la reproduction de toutes les pensées qui se rattachent à la génération. Ce n'est plus seulement le souvenir d'images volup- j tueuses, de romans erotiques, de scènes amoureuses qui se leprésente pendant le sommeil et qui réagit sur les organes spermatiques , c'est l'impression produite par la vue des caresses d'animaux, de leur accouplement surtout , quoique ces tableaux n'aient provoqué pendant la veille que de l'aversion et du dégoût. «J'ai vu, dit M. Laliemand, des malades chez lesquels l'accouplement de deux mouches, de deux limaces, se représentait en rêve et suffisait pour amener une pollution nocturne; chez d'autres, le même accident était produit par le souvenir de quelques planches d'anatomie, d'une simple description des parties génitales de la femme.»
Les rêves sont entremêlés d'incidents fâcheux et d'images rebutantes ; plus tard, le sommeil est exclusivement agité par des rêves effrayants, horribles, par de véritables cauchemars qui paraissent se rattacher à des digestions laborieuses, à de la gêne dans la respiration. C'est au milieu de l'agitation causée par ces scènes violentes qu'arrive la catastrophe, sans l'intervention d'aucune idée lascive, de la moindre sensation voluptueuse (Laliemand, loc. cit., p. ;^37, 338).
Pollutions diurnes. — Wichmaon fait de l'absence de toute érection et de tout désir vénérien le caractère distinctif de la pollution diurne (^/e /Wludonc dinrna , in-12, p. 7; Gœtlingue, 1782);
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cette opinion est trop absolue. Au début, ce n'est que sous l'influence d'une pensée lascive, d'un tableau erotique, que se manifeste une érection presque complète , suivie, à la suite du frottement le plus léger, d'une éjaculalion faible dans laquelle le sperme sort en bavant du méat urinaire ; il faut que la maladie ait déjà une assez longue durée , qu'elle ait acquis une certaine intensité, pour que le sperme s'écoule spontanément, sans désir, sans érection, et plutôt par un écoulement passif que par éjaculalion. «La pollution diurne, dit Serrurier, se fait, pour ainsi dire, à l'insu des malades» [Diction, des sciences médicales , art. Pollution, t. xliv, p. 94). Dans ce dernier cas, les pollutions sont provoquées par l'équitaiion , le mouvement d'une escarpolette, la suspension du corps à l'aide des bras, le simple frottement de la chemise, une vive impatience, la frayeur, etc. «J'ai vu des malades , dit M. Lallemand Uoc. cit., p. 365), qui avaieut des pollutions diurnes dans l'état de repos le plus parfait, sans aucune provocation physique ou morale. Lorsqu'ils étaient, par exemple, assise leur bureau, occupés des sujets les plus sérieux, ils éprouvaient tout à coup une sensation pénible, quelquefois un élancement subit dans la profondeur du périnée, puis des contractions spasmodiques brusques , répétées, qui finissaient ordinairement par une évacuation que rien ne pouvait empêcher. »
Ecoulement du sperme pendant la défécation. — Ainsi que l'ont établi Serrurier [loc. cit., p. 93) et M. Lallemand [loc. cit., p. 340 et suiv.), les pertes séminales pendant la défécation ne sont jamais utiles ou critiques, comme certaines pollutions nocturnes, mais elles peuvent ne point constituer un état morbide et rester compatibles avec l'état de santé, tant qu'elles sont rares et purement accidentelles. Chez les individus robustes , continents, les mouvements prolongés d'une voiture, l'exercice du cheval, les elforts violents de défOcation , amènent une émission, pour ainsi dire mécanique, de sperme, laquelle cesse d'avoir lieu aussitôt que la cause a cessé d'agir. Mais si les causes continuent à s'exercer, si les organes génitaux ont contracté l'habitude de verser le sperme à l'extérieur, s'il survient une lésion de ces organes, on voit des pollutions diurnes, sans importance dans le principe, se transformer en une maladie grave et rebelle.
Tantôt la semence sécoule pendant les efforts de défécation, et sculeuient lorsque le malade est constipé; tantôt toutes les causes d'irritation qui agissent sur le rectum peuvent produire, par consensus, des contractions spasmodiques dans les vésicules séminales, de manière à provoquer des pollutions aussi bien pendant la diarrhée que pendant la coustipation. Le sperme s'écoule sans désir, saas érection et eu Lavant.
«Certains malades ne rendent jamais de sperme pendant les efforts de la défécation, mais seulement après que tout est terminé, et même pendant qu'ils sont occupés à rajuster leuis vêtements. Ils éprouvent alors une secousse convulsive, brusque, entre le périnée et le col da la vessie, quelquefois avec une espèce de turgescence de la verge et un certain sentiment de plaisir ; alors le sperme est expulsé brusquement par deux ou trois contractions spasmodiques, qui peuvent même parfois le lancer à une certaine distance» (Lallemand, /oc. cit., p. 345).
Au début, lorsque le sperme n'a pas encore perdu ses qualités, la pollution est accompagnée, sinon d'une sensation voluptueuse, au moins d'une sensation bien différente de celle qui accompagne le passage de l'urine; mais, à mesure que la maladie fait des progrès, le sperme devient plus aqueux, il est expulsé avec moins d'efforts et moins abondamment chaque fois.
Toutes les selles ne sont pas accompagnées de perle séminale ; cette uniformité, dit M. Lallemand, ne s'observe pas même chez les sujets les plus malades, et rien n'est plus variable que la marche de cette affection.
Ecoulement du sperme pendant la mictioîi. — «Les pertes séminales provoquées par l'émission des urines, dit M. Lallemand {loc. cit., p. 348), sont les plus graves de tontes et les plus réfiactaires, parce qu'elles sont les plus répétées et les plus faciles ; elles sont aussi les plus obscures , à cause de l'altération qu'a subie le sperme et de son mélange avec l'urine. ))
Le sperme ne sort jamais qu'avec les dernières gouttes de l'urine, lorsque la vessie achève de se débarrasser par quelques contractions énergiques ; quelquefois même il sort tout à fait seul, lorsque la vessie est complètement vide. Dans certains cas, le sperme est lancé à quelque distance par des contractions convulsives et dans un état de demi-érection après que la vessie est complètement débarrassée; le plus souvent , toutefois, il n'y a pas d'intervalle entre les deux ordres de phénomènes qui s'enchaînent de manière à ne pas pouvoir être distingués. Le fait important, celui que M. Lallemand considère comme constant et caractéristique , c'est que le sperme n'est jamais expulsé que pendant les dernières contractions de la vessie, tandis que toutes les fols que cet organe contient du mucus, du pus, du sang, etc., ces matériaux sortent les premiers lorsque le malade urine.
Loisque rémi>sion a lieu dans un bain , il est trèsfacile, au commencement , dcdi>linguer le sperme qui se mêle aux derniers jets d'urine, parce qu'il a encore beaucoup d'opacilé et qu'il contient une foule de flocons et de granulation:) qui se dispersent en
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tourbillonoaat dans tous les sens. Plus tard, la présence du sperme se traduit par une augmenlation de densité que l'urine acquiert tout à coup. «On voit une espèce de ruban, semblable à un sirop très-épais, s'allonger en sortant du canal et projeter même de l'ombre sur la cuisse quand elle est éclairée par une assez vive lumière.» li est très-rare que le sperme soit assez altéré pour ne plus contenir de particules blanchâtres, de granulations distinctes, et même alors il peut encore être distingué, dans les derniers jets d'urine, à l'aspect sirupeux qu'il leur communique.
Dans les cas de blennorrhée ou de catarrhe chronique de la vessie compliqués de pollutions diurnes, la première partie de furine est trouble , celle qui vient ensuite est plus ou moins transparente, et les derniers jets se troublent de nouveau, mais en prenant une autre apparence.
«11 résulte de tous les faits observés que c'est dans les dernières gouttes d'urine expulsées par la vessie qu'il faut chercher les traces de la liqueur séminale; ce sont elles qui sont épaisses, gluantes, visqueuses et qui s'arrêtent quelquefois à l'ouverture du gland comme des grumeaux caillebotés d'une consistance qui peut égaler celle de l'amidon; ce sont elles seulement qui laissent sur le linge des empreintes semblables à celles de l'empois.»
Au début, les malades sont avertis du passage du sperme encore consistant , par un frôlement particulier qui provient de la densité inaccoutumée de l'urine; ils distinguent également lesconlractioos spasmodiques des vésicules séminales; lorsqu'ils ont uriné, on voit rouler au fond du vase de petiles granulations, de volume variable, demi-transparentes, irrégulièrement sphériques , assez semblables à des grains de semoule. «On ne peut confondre les granulations avec aucun sel urinaire, parce qu'elles se montrent avant le refroidissement , parce qu'elles sont molles et n'adhèrent jamais aux parois du vase.»
A cette époque de la maladie, c'est presque toujours après quelque excitation vénérienne que les pollutions ont lieu.
«Quelques malades éprouvent des phénomènes particuliers; leur verge se rapetisse et se retire vers les pubis par suite d'une douleur qui s'élend du col de la vessie jusqu'au giand. D'autres sensations annoncent quelquefois l'arrivée d'une pollution inévitable; c'est tantôt un battement, une douleur au périnée ou à la marge de l'anus; tantôt un frisson, un malaise général, un élancement dans le mamelon du sein.»
A une époque plus avancée de la maladie , le passage du sperme n'est plus guère apprécié par les malades, et les urines ne contiennent plus de granulations; mais elles présentent un nuage épais , homogène , blanchâtre , parsemé de petits points brillants ,
qui gagne les couches inférieures et qui ressemble à une décoction d'orge ou de riz un peu concentrée.
Ce sont ordinairement les urines du matin qui sont les plus chargées, surtout quand la nuit a été mauvaise; d'autres fois ce sont celles qui succèdent à des excitations physiques ou morales des organes génitaux, à un refroidissement subit, à une digestion laborieuse , à une émotion violente de quelque nature quelle soit (Lallemand, loc. cit., p. 348- 358).
Dans tous les cas de pollutions nocturnes ou diurnes, le sperme est expulsé subitement, en quantité notable chaque fois, et à des intervalles plus ou moins éloignés.
M. Lallemand a étudié avec soin les modifications subies par la liqueur séminale quant aux zoospermes, et il est arrivé aux conclusions suivantes.
Dans le principe, quand les évacuations sont encore rares , que le sperme a conservé ses caractères distinctifs, les animalcules ne présentent rien de remarquable sous le rapport du nombre, des dimensions , etc. Mais quand la maladie a pris assez de gravité pour influer sur le reste de l'économie, le sperme devient plus liquide et les animalcules sont moins développés, moins vivaces; toutefois leur nombre ne diminue pas encore sensiblement; il paraît même quelquefois être augmenté. Quand les érections comuxencent à diminuer, le sperme est encore plus aqueux, les dimensions des animalcules sont quelquefois d'un quart, d'un tiers plus petites qu'à l'état normal, la queue est difficile à distinguer avec un grossissement de 300 fois. Plus tard encore, les animalcules deviennent rares. Enfin, chez deux individus tombés dans le dernier degré de la con-. somption dorsale, le sperme ne contenait plus d'animalcules, quoiqu'il eût encore son odeur caractéristique.
Les choses se passent de la même manière quelle que soit la manière dont s'effectuent les pertes séminales {loc. cit., p. 407 et suiv.).
Lorsque la maladie est arrivée à un certain degré, les organes génitaux sont iiasques , mous , dépourvus de toute énergie, et les malades sont frappés d'une impuissance qui doit être placée parmi les symptômes locaux les plus certains des pollutions diurnes.
Diins tous les cas de pollutions nocturnes ou diurnes observés par M. Lallemand , le premier symptôme qui a décidé le commencement de la maladie a toujours été une diminution notable dans l'énergie et U durée des érections, tandis que l'éjaculation devenait, au contraire , plus facile. L'intromission est encore possible, mais l'émission a lieu immédiatement au moindre contact , sans que la rigidité des corps caverneux soit complète. Plus tard, les malades n'onl jamais d'érection complète ou n'en éprouvent qu'ac-
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cideDtellement, au moment du réveil , par exemple, quand le rectum et la ves^ie sont distendus.
M En résumé, dit M. lullemand, toutes les fois qu'un malade se plaint d'une diminution notable et permanente dans Ténergie de ses fonctions génitales sans cause apparente , on peut être convaincu qu'il a des pollutions diurnes» (/or. cit., p. 370-3S4\
L'impuissance est une cause absolue d'infécondité, mais cette dernière peut exister alors même que le coït est encore possible ; il en est ainsi lorsque l'éjaculation est trop faible, trop précipitée, lorsque le sperme a subi les altérations profondes que nous avons indiquées. Ici, quelques distinctions sont toutefois nécessaires.
Lorsque les zoospermes sont seulement moins développés, moins opaques, moins vivaces, il suffit que les pertes séminales soient suspendues pendant quelques jours par une cause accidentelle ou par suite des oscillations de cette bizarre maladie , pour que la fécondation redevienne possible pendant toute la durée de l'intermittence; mais quand les zoospermes sont tout à fait informes, rudimeulaires, plus ou moins privés de queue, etc., Pinfécondité est permanente i^Lallemand, ouvr. cité, t. m, p. 1-8).
Sjmptômes généraux. — Circulation. — Contrairement à l'assertion de quelques auteurs, M. Lallemand éiablit que la spermatorrhée n'est jamais accompagnée de fièvre, tant qu'il ne survient point de complication. « La fièvre, quels que soient ses caractères, ne peut être regardée comme un symptôme de spermatorrhée ; car les pertes séminales les plus graves ne produisent jamais, par elles-mêmes, de réaction fébrile. U est clair que les tabesccnls ne peuvent être exempts de fièvre ; ils en ont même plus souvent que d'autres, parce que leur constitution résiste moins aux influences extérieures; mais quand il leur survient des mouvements fébriles, CD peut être certain qu'ils ont contracté une maladie accidentelle » (ouvr. cité, t. ni, p. 1 1).
Du côté du cœur, on observe constamment des troubles fonctionnels d'autant plus graves que la spermatorrhée est plus ancienne et plus grave; les battements du cœur sont précipités , irréguliers, désordonnés; quelquefois il existe un léger bruit de sout^fle; tous ces désordres sont intermittents, ils diffèrent beaucoup suivant les individus et manquent souvent tuut à fait.
il résulte manifestement des recherches de M. Lallemand que ces troubles fonctionnels ne sont point le résultat d'une lésion organique du cœur ou des gros vaisseaux; ce sont des palpitations nerveuses semblables ù celles que produisent toutes les causes débilitantes (/oc. cit., p. 43-57).
La caloriciié subit des modifications très-remarquables qu'il faut rapporter à l'innueiice combinée
des troubles de la circulation, de la respiration, de l'innervation et de la nutrition.
Les tabescents sont très-sensibles au froid. Ils sentent le besoin de se couvrir de plus en p'us, de se préserver des courants d'air, de multiplier les précautions de toute espèce. Mais , étant plus chaudement vêtus , ils ne peuvent se livrer à aucun exercice un peu énergique sans être bientôt couverts de sueur ; leur faiblesse même les dispose à des transpirations abondantes pour la moindre cause. D'un autre cùté, une chaleur trop forte pendant la nuit les expose à des pollutions. Us sont donc continuellement occupés à concilier toutes les difficultés, et l'importance qu'ils attachent aux circonstances les plus minimes paraît exagérée, ridicule, parce qu'oa ne sait pas jusqu'à quel point ils sont faibles et impressionnables (Lallemand, loc. cit., p. 29).
Les spermatorrhéiques sont très-sujets à des congestions cérébrales ordinairement légères et fugaces, mais quelquefois très-alarmanles.
Dans le principe , la congestion n'est caractérisée que par une rougeur plus ou moins intense de la face, provoquée par une constipation opiniâtre, une mauvaise digestion , une émotion morale , etc. ; mais, plus tard, il survient des tintements d'oreille, des éblouissements , des troubles dans les idées. Quelques malades perdent entièrement connaissance et tombent dans un état de résolution générale.
Ces espèces d'attaques deviennent de plus en plus fréquentes à mesure que la faiblesse des malades augmente; elles sont de courte durée et offrent peu de dangers (Lallemand, loc. cit.^ p. 98-107).
Respiration. — La respiration présente des phénomènes que M. Lallemand rattache, avec raison, aux troubles de l'hématose et à l'affaiblissement du système musculaire. Les inspirations sont plus courtes et plus rares; les malades éprouvent un sentiment habituel de malaise, d'oppression ; ils sont obligés, de temps en temps, de faire de profondes inspirations pour rétablir l'équilibre rompu entre la respiration et la circulation.
L'action de courir, de monter, le moindre exercice produit une dyspnée extrême.
« Les tabescents, dit M. Lallemand, éprouvent, en outre, des symptômes sur lesquels il importe beaucoup de fixer l'attention des praticiens ; tantôtc'esl une disposition extraordinaire à contracter des catarrhes pulmonaires, des coryzas, des enrouements, des extinctions de voix; tantôt une petite toux sèche habituelle; d'autres fois une douleur vague ou fixe de l'extérieur de la poitrine; enfin, dans quelques cas plus rares, une douleur subite s'empare momentanément du cœur ou du diaphragme et produit les plus vives angoisses. »
La voix est sourde, voilée; elle présente un carac-
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1ère particulier d'hésitation, de timidité; à la moindre émotion les malades bégayent.
Quelques tahescents ont la voix grêle, efféminée, tirant sur le fausset : ce sont ceux dont la spermatorrhée s'est manifestée sans cause connue ou sous l'influence des causes les plus légères. « Getle coïncidence que j'ai bien constatée, dit M. Lallemand , n'est pas j^ans importance pour la pratique.»
La phthisie pulmonaire et la spermatorrhée existent quelquefois ensemble, mais M. Lallemand n'y voit qu'une simple coïncidence. « Les organes génitaux, dit cet observateur, n'ont pas d'influence directe sur les poumons; la spermatorrhée n'a d'autre influence que celle de toutes les causes débilitantes. »
Digestion et nutrition. — Kippocrate avait dit : Les tabescents sont sans fièvre, ils mangent bien et ils dépérisi-ent. « Ce rapprochement, dit M. Lallemand , suffirait pour montrer avec quelle supériorité le père de la médecine savait choisir et mettre en relief les traits les plus caractéristiques des maladies. En effet, le dépérissement de tout individu qui n'a pas de fièvre et qui mange bien doit faire soupçonner des excès vénériens, de mauvaises habitudes ou des pollutions graves. »
Dès le début et pendant tout le temps de la maladie, les tahescents mangent comme à l'ordinaire, ou même davantage, bien qu'ils n'éprouvent pas une véritable faim, mais plutôt une espèce de rongement,de chaleur épigastrique, un malaise, une angoisse qui va presque jusqu'à la défaillance.
Bientôt les digestions deviennent pénibles et les malades recherchent les mets épicés, stimulants, le café , les boissons alcooliques; mais ces moyens ne font qu'irriter l'estomac, et les digestions sont non -seulement fatigantes, mais encore douloureuses. « H en résulte encore, dit M. Lallemand, une augmentation constante et notable des perles séminales, tant par l'effet que ces excitants produisent sur toute l'économie que par l'influence spéciale de l'estomac sur les organes génitaux. »
Le repas est suivi de pesanteur épigastrique , de malaise, d'une inquiétude qui oblige les malades à se mouvoir; le pouls s'accélère, la face s'injecte; il survient du trouble dans les idées, des ébouissements, des tintements d'oreille, des vertiges, des .symptômes de congestion qui peuvent èlre portés au point de faire craindre une hémonhagie cérébrale. A ces symptômes succède une espèce de torpeur, une tendance à l'inaction et à l'assoupissement.
A une époque plus avancée, les malades ont des rapports acides, nidoreux , une espèce de pyrosis. La digestion intestinale ne tarde pas à se troubler; des gaz se développent dans toute l'étendue du eanal intestinal, ils distendent l'épigastre et les deux
hypochondres, refoulent le diaphragme, gênent la respiration. «De là, dit M. Lallemand, le besoin impérieux qu'éprouvent les malades de s'en délivrer le plus tôt possible, leur répugnance pour toute espèce de réunion qui les prive d'une liberté absolue.»
Indépendamment de ces incommodités, les tahescents sont quelquefois en proie à des accidents plus graves, que M. Lallemand décrit de la manière suivante :
« Après un grand mouvement de gaz dans l'abdomen , une espèce de crampe s'empare du cardia, du pylore, de la valvule iléo-cœcale, ou de quelque autre portion de l'intestin. La distension augmente rapidement, et avec elle la douleur locale, ainsi que la gène de la respiration; les battements du cœur deviennent précipités, désordonnés; les malades se découvrent, se tordent dans tous les sens; la plus légère compression de l'abdomen leur est insupportable; une sueur abondante couvre la face, la poitrine, bientôt tout le corps. Au milieu de cette anxiété, souvent effrayante, un sentiment subit de détente fait trêve à ces tortures; les gaz se déplacent, le spasme cesse, la douleur se dissipe, et l'attaque se termine par l'expulsion des vents. Quand cet état violent n'a duré qu'une heure ou deux, il ne laisse pas de longues traces; mais quand il se prolonge, il est suivi, pendant plusieurs jours, d'un anéantissement profond et général , d'une coloration jaunâtre de la peau , d'un dérangement plus prononcé de l'estomac, et surtout d'une augmentation très-notable des pollutions diurnes.
Quelques malades éprouvent parfois des contractions spasmodiques de l'œsophage, qui s'oppo.sent tout à coup à la déglutition , surtout à celle des boissons très-froides ou très-chaudes.
Au bout de quelque temps , les malades , fatigués de ces souffrances, modifient ordinairement leur régime; ils se réduisent aux végétaux, au lait, à l'eau.
Souvent il survient des coliques, des selles liquides, infectes, une diarrhée momentanée que ramène chaque écart de régime, et qui parfois passe à l'état chronique. Ce cas est cependant le plus rare; presque toujours les pertes séminales anciennes sont accompagnées d'une constipation opiniâtre, qui devient par elle-même une cause de pollution (voy. Causes).
Tous ces accidents varient singulièrement d'un individu à l'autre et même du jour au lendemain.
Souvent ces désordres digestifs entravent d'une manière grave la nutrition ; les malades maigrissent et tombent dans le dépérissement; tous les organes perdent de leur énergie et de leur activité; mais il s'en faut, dit M. Lallemand, de beaucoup que tous les tahescents soient décharnés et hâves; il en est beaucoup qui conservent leur embonpoint, un teint fleuri, et toutes les apparences de la santé, quoiqu'ils soient
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impuissants, faibles , tourmentés par une foule d'incommodités. « Il faut, ajoute l'auteur, que les praticiens soient bien convaincus que des pertes séminales très-graves, capables de produire l'impuissance la plus complète, peuvent exister avec un embonpoint ordinaire, des joues très-colorées et toutes les apparences extérieures de la santé» (voy. loc.cit., p. 12- 28).
L'altération de la nutrition détermine fréquemment, chez les tabescents, une calvitie prématurée; c'est surtout la partie antérieure de la tête qui se dégarnit, et les cheveux qui restent sont roides et cassants ; ils se divisent à leur extrémité et perdent leur éclat.
Innervation. — M/otilité. — Les tabescents sont faibles, incapables de soutenir un exercice violent ou prolongé , alors même qu'ils ont conservé de l'embonpoint et des muscles volumineux. « La débilité précède toujours l'amaigrissement; elle est plus prononcée, plus constante et disparaît plus promptement. 11 suffit que les malades aient passé quelques jours de suite sans pertes séminales pour éprouver une augmentation rapide de force et d'activité; mais une seule pollution les replonge tout à coup dans l'affaissement. »
A la faiblesse des muscles se joint quelquefois de la roideur et une contraction involontaire , surtout remarquables dans les membres inférieurs, qui sont fléchis, rapprochés l'un contre l'autre; les malades font des chutes fréquentes, pour peu qu'ils posent le pied sur un corps mobile, sur un sol inégal, ou qu'ils heurtent le moindre obstacle.
Les membres supérieurs sont quelquefois envahis; les bras sont collés contre le corps, les avant-bras fléchis sur les bras et croisés sur la poitrine, les doigts roides.
Souvent on observe dans les mouvements plus d'irrégularité que de faiblesse. Les malades sont affectés d'un tremblement analogue à celui des doreurs, des ivrognes, ou des sujets affectés dechorée.
Sensibilité. — La sensibilité tactile est quelquefois émoussée; il semble aux malades qu'une gaze est interposée entre la pulpe des doigts et la surface des objets. D'autres fois, il existe une véritable anesthésie plus ou moins complète, plus ou moins étendue; bornée quelquefois aux mains, à un côté de la poitrine, de Tabdomen, ou à un point plus circonscrit.
Souvent on observe des aberrations de sensibilité, (elles qu'une sensation de chaleur locale, de brûlure, d'un courant qui serait produit par de l'air, de l'eau, un fluide électrique; un sentiment de froid, de compression, de contusion, de torpeur. Ces sensations sont très-variables cl éphémères.
M. Lalleinand n'a guère rencontré qu'une fois sur Vingt la sensation qu'a signalée Hippocrate, ut qui
ressemble à celle que produiraient des fourmis descendant à partir de la tête le long de la colonne vertébrale.
Souvent des douleurs névralgiques se font sentir, le matin , dans le trajet de quelques nerfs, et surtout dans les lombes.
Organes des sens. — La bouche est souvent pâteuse, amère; les aliments paraissent peu sapides. Les fumeurs les plus passionnés n'éprouvent pas seulement du dégoût, de la sécheresse à la bouche et au gosier lorsqu'ils fument , mais leur estomac se soulève comme la première fois ; ils sont pris des mêmes vertiges, des mêmes phénomènes d'intoxication que lorsqu'ils ont commencé l'usage du tabac, et beaucoup de tabescents en viennent à ne pouvoir même plus supporter l'usage du tabac. «Ce phénomène, dit M. Lallcmand , me paraît dépendre de l'affaiblissement du système nerveux.»
L'odorat devient plus obtus et même se perd presque complètement.
Ordinairement l'ouïe perd de sa finesse,, et sa faiblesse est quelquefois voisine de la surdité. Quelquefois, au contraire, l'ouïe devient d'une susceptibilité extraordinaire; les malades sont importunés, irrités par le moindre bruit. La plupart des tabescents sont tourmentés par des bruits extraordinaires, tels qu'ua sifflement continu, un bourdonnement sourd, uq bruit de cascade, de tambour, de moulin, etc. «Quelques-uns de ces bruits sont certainement liés à des battements artériels, car ils sont isochrones aux cootraclions du cœur, et augmentent pendant les palpitations» (Lallemand , loc, cit., p. 74).
Dès le début de la maladie, les yeux perdent de leur vivacité, de leur éclat, ils sont ternes, sans expression; la pupille est plus ou moins dilatée. «L'influence des organes génitaux sur l'éclat des yeux est si directe et si prompte, qu'il suffit de quelques pollutions rapprochées pour ternir cette espèce de transparence brillante qui leur donne tant de vivacité, de même qu'il suffit de quelques jours de répit pour la faire reparaître.»
Le regard est timide, honteux, mal assuré, surtout chez les masturbateurs. La conjonctive s'injecte quelquefois pour la moindre cause.
Quelques tabescents éprouvent, par instant, des contractions involontaires dans les muscles de l'œil. Tantôt c'est un tremblement spasmodique de la paupière supérieure, qui est en rapport avec les oscillations qu'éprouvent les pertes séminales; tantôt c'est une espèce de spasme instantané qui s'empare des muscles sourciliers et orbiculaires et amène l'occlusion des paupières; parfois on observe un strabisme variable par ses caractères et sa durée.
La vue se fatigue, se trouble, d'abord par iuiervalles, puis d'une manière cuniiaue; les malades ue
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peuvent fixer un objet de petite dimension sans éprouver de la céphalalgie, des vertiges; à la lecture, les mots se brouillent, les lignes oscillent, chevauchent; il y a de la diplopie. «Quelques tabescents croient apercevoir des taches, des fils, des points mobiles ; parfois il leur arrive tout à coup de ne plus voir qu'une partie des objets ; tout ce qui est à droite ou à gauche, en haut ou en bas, au centre ou à la circonférence, disparaît complètement pendant quelques minutes, une demi-heure , une heure.»
A mesure que la rétine perd de sa sensibilité, la pupille se dilate de plus en plus, et souvent il survient une amaurose complète, qui disparaît ordinairement lorsque les pollutions sont supprimées.
«L'affaiblissement de la vue, ditM.Lallemand, est un des effets les plus constants des pertes séminales , et suit de près les changements survenus dans l'éclat de l'œil, dans l'assurance du regard; c'est un des caraclères qui peuvent le plus sûrement faire soupçonner la maladie.»
Quelques tabescents présentent des phénomènes entièrement opposés à ceux que nous venons d'indiquer. Ils ne peuvent supporter une lumière un peu vive; malgré l'usage des verres de couleur, des taffetas, des visières, ils sont obligés de fuir le grand jour ; ils s'enferment dans la plus profonde obscurité ; la lumière arlificielleleurest également insupportable.
Cette photophobie, selon W. Lallemand, n'est point due à une sensibilité excessive de la rétine, mais à la dilatation de la pupille qui donne passage à un excès de lumière. «Il y a en même temps affaiblissement réel de la vue, puisque la sensibilité de la réiine a diminué, et photophobie, parce que la pupille laisse pénétrer jusqu'à la membrane nerveuse beaucoup plus de lumière qu'elle n'en peut supporter.»
Le sommeil est troublé, interrompu, presque nul pendant la nuit, taudis que, durantle jour, les tabescents sont plongés dans un état de torpeur et de somnolence. Les nuits sont troublées par des coliques, des palpitations, delà dyspnée, des rêves, des cauchemars, et les malades se lèvent beaucoup plus fatigués qu'ils ne s'étaient couchés.
Dans une période plus avancée de la maladie, le sommeil finit par disparaître complètement, ou peu s'en faut. Alors les malades passent très-souvent toute la nuit à s'agiter sans pouvoir trouver une position passable ; tantôt ils se promènent avec agitation ou se roulent sur leur lit comme des furieux, comme des aliénés; tantôt ils tombent dans le morne affaissement du désespoir. Ils sont poursuivis par les plus violentes tentations de suicide. D'autres renoticentenlièiement à se coucher et s'assoupissent çà et là quand la Fatigue les accable; quelques- uns errent pendant toulcla nuitsansbut déterminé ( Lallemand, /r>c.r//., p. 7S-9,5'.
Céphalalgie. — Les spermatorrhéiques éprouvent ordinairement des pesanteurs de tête, une sensation de plénitude ou, au contraire, de vide; des douleurs obtuses, contusives, vagues, mobiles, ou bien, mais moins souvent , fixes et presque continues. La céphalalgie est frontale ou sus-orbilaire, rarement occipitale.
Le& facultés intellectuelles présentent, dès le début, des troubles qui sont d'autant plus rapides et plus graves que les sujets sont plus rapprochés des deux extrémités de la vie; des enfants très-intelligents tombent promptemeut dans l'idiotisme.
On constate une diminution progressive dans la clarté et l'enchaînement des idées; l'imagination devient moins vive, le jugement moins sûr; les malades perdent peu à peu la mémoire des faits, des dates, des nombres, et même celle des mots. « Après avoir commencé une phrase , ils oublient souvent ce qu'ils voulaient dire, ou ne trouvent pas l'expression dont ils ont besoin ; ils se troublent de plus en plus, et finissent par balbutier, comme s'ils éprouvaient de la difficulté dans l'articulation des sons;... ils oublient leurs affaires, leurs promesses, leurs rendez-vous, tout ce qui semblerait devoir les intéresser le plus, comme font les individus qui tombent en démence» (Lallemand, loc. cit., p. 163).
Les facultés morales ne sont pas moins modifiées; les tabescents deviennent mélancoliques, inquiets, irascibles, impatients, méfiants, susceptibles, injustes ; ils deviennent étrangers à tous les sentiments affectueux, tout les irrite, les met en fureur: «j'en ai vu , dit M. Lallemand , se rouler à terre comme des enfants gâtés pour obtenir ce que personne ne pouvait leur procurer.»
« Constamment préoccupés de leur état , ils croient que tout le monde le devine ; ils prennent le moindre mot , le moindre geste pour une allusion offensante, et demanderaient raison de ces insultes imaginaires, si leur courage égalait leur susceptibilité. »
Quelques malades sont plongés dans le découragement, la tristesse, l'indifférence pour toutes les choses extérieures ; ils tombent dans l'hypochondrie, la lypémanie ; ils sont assiégés de craintes chimériques, se croient exposés à des dangers qui n'existent pas; plusieurs sont poursuivis par des tentations de suicide.
Les tabescents deviennent ordinairement d'une pusillanimité extrême; ils perdent tout courage, toute énergie. M. Lallemand en a vu qui , au bout de .six mois d'angoisses, n'ont pu se décider à se laisser .sonder ; quelques-uns s'exposent volontairement à des dangers réels, mais ils sont poussés par le désir d'en finir avec une vie qu'ils n'ont pas le courage de .s'ôter.
M. Lallemand a réuni plusieurs faits qui semblent démontrer que la spermatorrhée peut devenir une
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«ause directe d'aliénation mentale; il a vu des tabescents devenir monnmanes, maniaques, hallucinés; quelques-uns sout tombés dans la démence et ont été atteints de paralysie générale; d'autres ont éprouvé des attaques épîlepti formes (voy. Lallemand , loc. cit.,^. 127-199;.
Marche j durée, terminaison. — 11 ne faudrait point croire que tous les tabescents présentent à l'observateur la réunion des phénomènes morbides que nous venons d'énumérer ; il n'est pas un seul de ces symptômes qui ne puisse manquer , et quand plusieurs se trouvent réunis, on voit^resque constamment les troubles d'un certain appareil prédominer sur tous les autres ; c'est ainsi que l'organe le plus particulièrement affecté est, chez l'un l'estomac, chez l'autre le cœur, chez. le troisième l'encéphale.
La spermatorrhée est ordinairement une maladie longue et progressive ; il est très-rare qu'elle se termine spontanément par la guérison , parce qu'il s'établit une espèce de cercle vicieux, les effets produits par les pertes séminales devenant à leur tour des causes de pollutions. « A mesure que la constipation devient plus opiniâtre, dit M. Lallemand , les pollutions diurnes augmentent et l'accroissement de cellesci favorise encore l'atonie du rectum , et par conséquent la constipation. » Il en est de même pour les troubles gastriques, la diarrhée, les phénomènes cérébraux, etc. «En résumé, les pertes séminales arrivées au point de constituer une maladie ont plus de tendance à s'aggraver avec le temps qu'à diminuer spontanément, et l'habitude seule suffirait pour en rendre la guérison de plus en plus difficile.
La marche de la spermatorrhée est donc, en définitive, progressive, mais il s'en faut de beaucoup qu'elle soit régulière. «Rien, au contraire, n'est plus irrégulier, plus bizarre, même dans les cas les plus graves, qu'on pourrait regarder comme continus en les comparant aux autres.»
Presque toujours on observe des rémissions et des exacerbations alternatives , tantôt peu prononcées , journalières, éphémères; tantôt très-marquées, plus rares, mais plus prolongées.
Souvent les causes de ces irrégularités demeurent
complètement insaisissables; d'autres fois, au con-
|. Ifaire, elles sont parfaitement appréciables. Parmi ces
dernières, il en est quelques-unes qui méritent d'être
signalées.
Le temps couvert , humide , pluvieux, est favorable aux tabescents dont la maladie est due à une irritation des organes génitaux; le temps sec, pur, exerce une action salutaire sur le malade dont les pollutions se lient à un état de relâchement, de faiblesse générale. Des effets opposés sont produits sur ces deux ordres de tabescents par l'équitation, la voiture, la marche, etc.
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« Les variations journalières qu'éprouvent les tabescents dépendent encore des aliments, des boissons qu'ils prennent, des efforts qu'ils font pour aller à la selle, des émotions qu'ils éprouvent, etc. Une digestion laborieuse, un verre de vin pur, une lasse de thé ou de café, une impression pénible, une contention d'esprit, etc. , suffisent pour amener une aggravation des pollutions diurnes. »
Chez la presque totalité des tabescents, la maladie est augmentée d'une manière notable et prolongée par le printemps ainsi que par les froids secs et rigoureux. C'est pendant l'automne qu'en général les malades .se portent le mieux.
Lorsque les pollutions sont dues à une affectioa hf'morrhoïdaie , dartreuse, etc. , elles sont subordonnées à la marche de la maladie primitive; mais les phénomènes varient suivant des circonstances qu'il importe au médecin de bien apprécier. Si une dartre préputiale ou anale produit une irritation assez vive pour déterminer des pollutions , sa disparition sera suivie d'une grande amélioration ; mais la dartre peut faire cesser l'irritation de l'urèthre ou de l'anus qui provoquait les pertes séminales, et dans ce cas sa disparition sera suivie d'une recrudescence dans la spermatorrhée. «Rien n'est donc plus variable, dit M. Lallemand , que l'état des tabescents dont les pertes séminales sont entretenues par une affection dartreuse; mais les faits les plus opposés en apparence sont pourtant tout à fait semblables en réalité.»
L'administration d'un purgatif amène une amélioration si elle produit l'expulsion d'ascarides dont la présence donnait lieu aux pollutions; elle provoque une exacerbation si elle ne fait qu'augmenter une irritation préexistante du rectum.
La durée de la maladie est plus ou moins longue, suivant que les oscillations sont plus ou moins prononcées , plus ou moins rapprochées , plus ou moins durables, mais dans la plupart des cas elle est de plusieurs années.
Lorsque les tabescents succombent, la mort est ordinairement due à une complication; «cependant il n'est pas douteux, dit M. Lallemand, que l'épuisement causé par les pertes séminales seules puisse aller jusqu'à produire l'extinction de la vie sans autre lésion apréciable que celle desorganes spermaliques , comme le feraient, en moins de temps, de petites bémorrhagies rrpétées tous les jours par quelque vaisseau inaccessible aux ressources de l'art» ( voy. Lallemand, loc, cit., p. 216-238).
Diagnostic. — Le diagnostic do la spermatorrhée présente d'assez nombreuses dilficullés, et plusieurs divisions deviennent ici nécessaires.
Les s^rn^tôines généraux ne peuvent en aucune façon faire reconnaître par eux-mêmes la maladie j d'abord parce qu'ils sont irréguliers, inconstants, etc.,
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ensuite parce qu'aucuQ d'eux n'est pathognomonique et que tous se retrouvent dans d'autres maladies.
« La consomption dorsale, dit M. Lallemand, ne produit aucun effet spéci;il qui lui appartienne exclusivement; il n'existe aucun signe pathognomo-
nique delà spermatorrhée; car les phénomènes locaux constituent la maladie elle-même , et les symptômes généraux n'ont rien qui leur soit essentiellement
propre Chaque symptôme en particulier peut
manquer complètement, ou du moins rester inaperçu, tandis qu'il peut être produit par une autre cause» {loc. cit., p. 217).
11 est hors de doute qu'en ne tenant compte que des phénomènes généraux on a souvent méconnu la spermatorrhée et admis faussement l'existence d'une affection chronique des voies digestives, du cœur, des poumons ou de l'encéphale, suivant que les troubles de tel ou tel appareil prédominaient dans l'ensemble des symptômes.
11 est toutefois quelques circonstances dont il faut tenir compte; car si elles ne sont pas suffisantes pour établir d'une manière certaine le diagnostic, elles sont néanmoins assez significatives pour appeler l'attention du médecin sur l'état des organes génitaux. M. Lallemand indique particulièrement la marche irrégulière de la maladie ; la manifestation brusque d'améliorations et d'exacerbations non motivées; l'absence de fièvre, la contenance embarrassée, honteuse du malade; son regard baissé et oblique; l'extrême prostration des forces que ne justifie aucune lésion organique appréciable.
11 est inutile de faire remarquer que la masturbation détermine exactement les mêmes symptômes que la spermatorrhée.
Le diagnostic repose tout entier sur les phénomènes locaux, mais il diffère suivant que le malade a des pollutions ou une spermatorrhée proprement dite.
Les pertes séminales provoquées par des pollutions nocturnes ou diurnes, accompagnées d'orgasme, d'une érection plus ou moins complète, d'une sensation plus ou moins voluptueuse; par des pollutions, en un mot, dont le malade a conscience et dans lesquelles le sperme est expulsé pur, sans être mélangé avec aucun autre liquide physiologique ou anormal; les pertes séminales de celte nature sont facilement reconnues , et ne peuvent laisser aucun doute dans l'esprit du praticien.
Il n'en est pas de même pour la spermatorrhée proprement dite, c'est-à-dire pour les cas où le sperme est expulsé avec l'urine, sans érection et sans conscience de la part du malade. Dans les cas de ce genre, il est nécessaire, pour établir le diagnostic, de déterminer, 1° si le liquide expulse est du
sperme ; 2** si l'expulsion du sperme est due à une spermatorrhée.
Le liquide expulsé est-il du sperme? M. Lallemand n'hésite pas à répondre par l'affirmative lorsque le liquide est opaque, blanchâtre, visqueux, semblable au résidu d'une décoction d'orge ou de riz; qu'il est expulsé subitement avec les dernières gouttes d'urine ou même lorsque déjà la vessie est vide; que son émission est accompagnée d'une sensation particulière ayant son siège au périnée; que sa quantité ^st abondante; qu'il présente des globules ou des corps sphéroïdes brillants; lorsque cet écoulement succède à des habitudes de masturbation, à des pollulions nocturnes ou diurnes, et qu'il est accompagné des phénomènes généraux précédemment indiqués.
Nous reconnaissons volontiers que les circonstances* indiquées par M. Lallemand sont importantes et rendent l'existence de la spermatorrhée très-probable, mais nous croyons qu'elles ne suffisent point pour la rendre certaine.
«La cystite aiguë ou chronique, l'inflammation de la prostate , dit M. Valleix, donnent lieu à une sécrétion morbide qui s'échappe surtout à la fin de la miction et qui forme des dépôts dont les caractères ne diffèrent pas sensiblement de ceux des dépôts spermatiques ; la sensation qui se manifeste au périnée ne peut-elle pas être produite par le simple passage d'une matière muqueuse ou muco-purulente sur des surfaces irritées , enflammées , et surtout par la contraction nécessaire pour cette émission dans des parties altérées? Beaucoup d'observateurs ne sont pas encore parfaitement convaincus que les globules, les corps sphéroïdes brillants, soient des animalcules spermatiques atrophiés ; enfin le dépérissement et les symptômes généraux qui accompagnent ces évacuations sont communs à beaucoup de maladies» (Valleix, Guide du médecin praticien, t. vu, p. 551-553).
Ces objections sont fondées, et nous avons constaté, pour notre part, que l'abondance du liquide et son expulsion après les derniers jets d'urine n'ont point la valeur absolue qui leur est attribuée par M. Lallemand (ouvr. cité , t. ii, p. 347-354). Certes, le fluide prostatique est toujours moins abondant que le sperme, mais il n'en est pas de même pour le mucus et le pus. Chez un malade qui présentait la réunion de toutes les circonstances indiquées par M. Lallemand, un examen microscopique attentif, souvent répété par l'un de nous conjointement avec M. Donné, est venu démontrer qu'il n'existait qu'un catarrhe chronique delà vessie, et cette démonstration a été rendue complète par le succès qui a couronné le traitement.
Du reste, il ne faut pas croire que M. Lallemand
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se soit confenfé, pour asseoir son diagnostic, de ces signes rationnels ; la présence du sperme a été matériellement constatée par lui.
Les signes physiques à l'aide desquels on peut reconnaître la présence du sperme sont les suivants.
Le sperme, quand on le froUe entre les doigts, mousse comme du savon et développe une odeur caractéristique; si on le reçiieille sur un linge et qu'on le laisse sécher, il forme une tache jaunâlre, analogue à une tache d'empois, laquelle, si on vient à la mouiller, développe l'odeur spermatique; enfin le microscope fournit un caractère palhognomoniqueen permettant d'apercevoir des animalcules auxquels on a donné le nom de zoospermes, de sperraalozoaires, d'animalcules spermatiques, et dont la recherche exige des soins minutieux.
Chaque émission d'urine doit être recueillie dans un vase séparé, et de préféreuce dans un verre à Champagne; les urines du malin, celles qui sont rendues après une digestion laborieuse, une émotion violente, un refroidissement, une excitation physique ou morale des organes génitaux, sont les plus favorables à l'examen microscopique. L'urine doit être filtrée, parce que cette opération réunit tous les zoospermes sur la parlie centrale et la plus déclive du filtre: celle-ci est alors renversée sur un verre de montre rempli d'eau , et maintenue dans celte position pendant vingt-quatre heures: au bout de ce temps, les animalcules sont presque (ous tombés au fond de la capsule, où il est facile de les puiser eu attirant dans une pipette quelques gouttes de la couche inférieure du liquide (Lallemand, loc.cit., p. 416, 417).
Sans entrer dans tous les détails de l'examen microscopique, nous rappellerons, en raison de l'importance pratique du sujet, qu'il faut étaler avec soin la goutte de liquide entre deux lames de verre, avoir soin que le porte-objet soit exempt de bulles, de raies, qu'il ait partout une épaisseur égale: qu'il faut faire varier la densité du liquide soit en y ajoutant de l'eau, soit en le laissant dessécher; donner différentes positions au foyer et au miroir réflecteur: enfin, qu'il faut avoir recours à un grossissement de 300 h 400.
En observant toutes ces précautions, l'on découvre dans la liqueur spermatique un nombre plus ou moins considérable d'animalcules qui se meuvent avec rapidité, avec énergie, qui ont de J/jo ^ %o de millimètre de longueur, et qui présentent à peu près la forme d'un têtard.
Lorsque les caractères physiques que nous venons d'indiquer ont été constatés, la présence du speiuie n'est pas douteuse; mais ces caractères sont-ils constants? M. Lallemand répond par la négative , car il assure qu'à mesure que la maladie fait des progrès la liqueur séminale perd peu à peu sa consistance,
sa couleur, son odeur et même ses zoospermes, pour ressembler de plus en plus au mucus et au fluide prostatique {loc. cit., p. 329, 339) ; les zoospermes deviennent graduellement moins nombreux, moins vivaces, moins volumineux, et ils finissent par disparaître complètement (p. 407-409); d'un autre côté , le passage du sperme n'est plus guère apprécié parles malades, et les urines ne lais- •sent plus déposer de granulations brillantes (p. 355). Dans les cas de ce genre, le diagnostic doit nécessairement rester douteux, car il ne peut reposer que sur les commémoratifs et sur les symptômes généraux.
La présence du sperme est-elle due à une spermaiorriiée ? — Cette question est plus délicate à résoudre qu'on ne serait peut-être tenté de le croire a priori, et on peut affirmer qu'elle a donné lieu à de nombreuses erreurs de diagnostic. Il est constaut, en effet, que plusieurs heures après le coït, une manœuvre de masturbation, une pollution accidentelle, non morbide, on trouve dans l'urine des zoospermes vivants et plus ou moins nombreux; d'un autre côté , il arrive quelquefois , dans les mêmes circonstances, que du sperme pénètre dans la vessie [émission interne) et soit expulsé au moment de la miction; si donc l'on se contentait d'un seul examen , on courrait souvent le risque d'admettre l'existence d'une spermalorrhée qui n'existerait pas.
Pour arriver à un diagnostic certain, il faut examiner l'urine à plusieurs reprises, à différents moments de la journée, et s'assurer qu'elle n'a point été émise après l'une ou l'autre des circonstances que nous avons indiquées; chez les masiurbateurs, qui cachent avec soin et nient avec obstination leurs honteuses manœuvres, il n'est point toujours facile d'arriver, à cet égard, à une certitude complète.
Il faut reconnaître, toutefois, que le diagnostic est ordinairement corroboré par d^s pollutions nocturnes fréquentes et par des émissions de sperme pendant la défécation.
Après avoir reconnu l'existence de la spermatorrhée. il importe beaucoup pour la thérapeutique de déterminer la cause de la maladie.
On reconnaîtra que les pertes séminales sont produites par une irritation des organes génito-urinaires, à une rougeur plus ou moins vive de l'extrémité du gland, à une émission abondante et fréquente de l'urine, à une vive sensibilité de la portion prostatique de l'urèthre, à un sentiment incommode de pesanteur à l'anus et au périnée. La prostate est souvent tuméfiée , douloureuse à la pression; les mal.idcs ont des suintements muqueux qui proviennent ordinairement d'anciennes blennorrhagics et qui s'exaspèrent pour la moindre cause. Les testicules sont fréquemment sensiMe.;, douloureux, teo-
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dus, tuméfiés. Les perles séminales aug^mentent au printemps , lorsque le temps est sec , vif ; elles diminuent sous riofluence de la chaleur et de l'humidité.
Les pertes séminales ^?a' faiblesse, relâchement, atoniie des organes génitaux, se rencontrent surtout chez les sujets faibles, lymphatiques, débilités par des maladies antérieures, ayant eu dans leur enfance une incontinence d'urine, dont les organes génitaux sont restés à l'état rudimentaire; elles se manifestent sous l'influence de causes accidentelles très-légères, inappréciables; le scrotum est souvent infiltré, flasque, pendant; les veines des cordons sont variqueuses , le gland est pâle même à son orifice; le canal est indolent pendant le cathétérisme.
«On peut être convaincu, dit M. Lallemand , que lés pertes séminales tiennent à un état de relâchement, quand elles augmentent par un temps humide et doux, quand elles diminuent, au contraire, sous l'impression d'un vent sec, d'un froid vif et piquant, >>
Les pertes séminales dues à une susceptihiliié nerveuse spéciale se montrent chez les individus secs, irrritables, qui ont montré dès leur enfance une excessiveseusibilité,dont les premières pollutions morbides ont été provoquées par des causes bizarres, et particulièrement par des impatiences ou de vives émotions. Les organes génitaux présentent une susceptibilité telle, que le moindre attouchement y détermine quelquefois des sensations extraordinaires; le plus léger frottement amène des érections et même 1 éjaculation; le cathétérisme pioduitune douleur intolérable, dès l'entrée du canal, quoiqu'on n'y observe aucune routeur; des tiraillements douloureux se font .sentir dans les testicules, les cordons, le long de la verge; il survient soiîvent, sans cause connue, des élancements, des battements, des contractions spasmodiques dans l'épaisseur du périnée, vers le col de la vessie, et probablement dans les vésicules séminales; car les pertes séminales ont lieu sans érection, sans idées lascives, en vertu , pour ainsi dire, d'une sorte d'épilepsie locale. La maladie augmente pendant les temps orageux.
Le pronostic varie suivant l'âge, la force, la constitution du sujet, l'ancienneté et la cause de la maladie. Toutes choses éj^ale.s d'ailleurs, les pollutions nocturnes sont moins graves que Icspollutions diurnes, et celles-ci sont moins fâcheuses que la spermatorrhée proprement dite.
La mort est néanmoins une terminaison fort rare, et à moins que la malidie ne soit entretenue par des habitudes enracinées de masturbation, on peut toujours espérer d'un traitement bien dirigé une guérison prompte et durable.
Etiologie. — Causes prédisposantes. — M. Lallemand indique, à ce titre, l'hérédité, le phimosis
naturel, la faiblesse congénitale des organes génitaux et spécialement des canaux éjaculateurs, le varicocèle, l'hypospadias, l'épispadias, la largeur exagérée du canal urinaire, la flaccidité des corps caverneux ou leur disproportion avec le gland, la petitesse des testicules , leur descente tardive ou leur séjour définitif dans l'abdomen, leur forme irrégulière, l'atrophie de l'un d'eux, leur flaccidité, les hernies congénitales, l'amplitude excessive du bassin, le tempérament lymphatique, nerveux (ouvr. cité, t. u, p. 69-240); l'influence de ces diverses circonstances est fort douteuse, ainsi que le reconnaît M. Lallemand lui-même, et a besoin d'être constatée par des observations plus nombreuses et plus probantes.
Causes déterminantes. — V irritation des organes génitaux, se propageant jusqu'aux vésicules séminales, est la plus commune et la plus énergique de toutes les causes qui donnent naissance à la spermatorrhée.
Cette irritation est produite directement ou indirectement.
Parmi les causes directes, il faut placer en première ligne la blennorrhagie chronique ou répétée, et les rétrécissements de l'urèlhre dont elle est si souvent accompagnée (voy. Lallemand, ouvr. cité, t. i, p. 92 - 181); mais il faut reconnaître, cependant, que l'uréthrite ne produit guère la spermatorrhéeque lorsqu'elle se développe plusieurs fois, à des intervalles rapprochés, chez un sujet prédisposé, ou lorsqu'elle est combattue par des médicaments irritants, administrés à trop hautes doses ou pendant trop longtemps ; parmi ceux-ci se placent le copahu, le cubèbe, les injections astringentes, les toniques, les amers, etc. (Joe. cit., p. 183-187).
La masturbation et les excès vénériens viennent immédiatement après la blennorrhagie; M. Lallemand a pu constater leur action dans un grand nombre de cas ( loc cit., p. 31 3-663 ) ; une cause tout opposée, la continence trop longtemps prolongée, produit quelquefois le même effet (t. ii, p. 240- 264).
La balanite , les amas de matière sébacée entre le prépuce cl le gland , ont été considérés, dans plusieurs cas, par M. Lallemand, comme la cause des pertes séminales; mais il faut remarquer que presque toujours il a existé en même temps soit des blennorrhagies, soit des habitudes de masturbation (ouvr. cité, t. u, p. 70-162).
Des érections trop prolongées paraissent avoir été, dans plusieurs cas, la seule cause de la maladie (t. i, p. 459).
L'influence des dartres du prépuce et du Jcro- <Mm nous paraît devoir être admise (t. ii, p. 136); mais nous n'en dirons pas autant pour la gale (t. i, p. 195), l'impétigo de la face (t. n, p. 141), diverses
autres éruptions cutanées, et les affections goutteuses et rhumatismales, que M. Lallemand transporte de la peau et des membres sur la membrane muqueuse des organes génito-urinaires. Le doute est ici d'autant plus permis que, dans les faits rapportés par M. Lallemand , on voit ces affections être accompagnées de blennorrhagieSjde masturbation, ou d'autres causes de spermatorrhée. M. Lallemand reconnaît d'ailleurs que les affections cutanées n'ont pas seules contribué à la production des pertes séminales (t. i, p. 221).
La cystite aiguë ou chronique, les maladies de la prostate 3 des reins, des testicules , peuvent devenir des causes de spermatorrhée.
Les cantharides , le camphre ^ le nitrate de potasse ^ le seigle ergoté, le cajéj le thé, la vapeur du tabac, peuvent déterminer une irritation plus ou moins vive des organes génito-urinaires , et donner lieu à des pertes séminales (t. i, p. 1-36); il faut ajouter l'abus de Véquitaiion,h station assiseiroj^ prolongée, les longs voyages en voiture. Nous devons dire que les faits qui se rapportent à ces différentes causes sont peu nombreux, et qu'ils n'ont qu'une signification douteuse.
La constipation est une cause extrêmement fréquente de spermatorrhée, soit en raison d'une irritation transmise aux organes génito-urinaires , soit eu raison d'une compression exercée sur les vésicules séminales. M. Lallemand a cité un fait fort remarquable, dans lequel on voit les pertes séminales disparaître aussitôt après l'ablation d'un diaphragme rectal qui opposait un obstacle mécanique au cours des matières (t. I, p. 228-280).
Les a*canV/cj deviennent une cause active de spermatorrhée en irritant le rectum et les organes génitourinaires; mais souvent leur aciion est complexe, parce que leur présence est en même temps une cause de masturbation (t. i, p. 281-312; 317-332).
Les affections du cervelet n'exercent aucune influence appréciable sur le développement de la spermatorrhée; il en est de même pour les maladies qui amènent après elles un ajfaiblisscmenl de la moelle et des nerfs qui en partent. 11 paraît, au contraire, que Virritation spinale détermine quelquefois des pertes séminales assez graves (t.ii, p. 37-68).
Chez certains individus doués d'une susceptibilité nerveuse excessive, des causes accidentelles très-vanables, très-légères, déterminent quelquefois des pertes séminales. M. Lallemand a vu la maladie être produite par la crainte, l'impatience, le mouvement d'une balançoire, un travail intellectuel trop prolongé ou exagéré, une vive excitation cérébrale, une contention d'esprit trop soutenue (t. ii, p. 218-227; t. ni, p. 175-182).
Lorsque la maladie dure depuis quelque temps et qu'elle a acquis un certain degré d'intensité, les
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pertes séminales sont entretenues , provoquées par un grand nombre de circonstances qu'il importe au praticien de connaître ; nous indiquerons surtout le coït, la masturbation , les érections provoquées par des lectures, des idées ou des rêves erotiques; la constipation, l'impression du froid, les émotions vives, les mauvaises digestions, le décubilus sur le dos ou sur le ventre, etc. : souvent l'une de ces circonstances suffit pour amener une rechute.
Traitement. — Le traitement est entièrement subordonné à la cause de la maladie et nous n'entrerons ici que dans fort peu de détails. De simples indications sont plus que suffisantes.
Spermatorrhée par irritation directe ou indirecte des organes génito-urinaires. — Lorsque l'irritation est produite, entretenue par une cause appréciable, il faut tout d'abord s'efforcer de faire disparaître celle-ci. C'est ainsi que l'on aura recours aux moyens connus et appropriés pour combattre les rétrécissements de l'urèthre, les dartres du prépuce ou du scrotum, la balanite, le phymosis congénital, les différentes causes de constipation, telles que les hémorrhoïdes, la fissure à l'anus, l'atonie du rectum, les obstacles mécaniques, les ascarides (voy. Lallemand, ouvr. cité, t. ui, p. 241-323).
Si la maladie est due à la masturbation, à des excès de coït, à des travaux intellectuels excessifs, à l'équitation , etc., il faut, autant que faire se peut, changer les habitudes du malade, et l'empêcher de retomber, au bout d'un temps plus ou moins long, dans ses premiers errements.
Quand les pertes séminales sont entretenues par le décubitus dorsal, il faut rendre le lit très-dur, étendre une toile cirée entre le sommier de crin et le drap, appliquer sur les lombes du malade une plaque de plomb , et fixer sur cette plaque un coin de liéf^e ou de bois très-léger, de manière \ rendre le décubitus dorsal impossible, quelque profond que soit le sommeil.
L'irritation des organes génito-urinaires sera combattue en même temps par un régime lacté, végétal, l'abstention complète et longtemps continuée du vin pur, les bains tièdes, les cataplasmes émollients, les fomentations, les lavements, les boissons de même nature, la continence physique et morale, l'éloignement de toute fatigue, l'exercice modéré, le séjour à la campagne. Les malades doivent se mettre soigneusement à l'abri du froid, d'une chaleur trèsintense, d'une lumière très-vive. Tous ces moyens ont été conseillés par Hippocrate, et constituent la médication la plus raliouuelle voy. Lallemand, loc. cit., p. 370-3'Jl).
Le camphre, le nymphiua, sont quelquefois utiles pour diminuer l'érélhismcdes ofgancs {M-nilaux. « Si les symptômes d'irritation sout peu prononcés, dit
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M. Lallemand, rinlroduclion d'une sonde en gomme élastique peut réussir en modifiant la vitalité de la membrane muqueuse uréthrale. Quaud il existe une inflammation chronique, on peut appliquer avec avantage des sangsues h l'anus, en petite quantité à la ibis; mais avant d'employer les sangsues, il faut toujours prendre en considération l'état général de ]a constitution et la résistance du pouls. En général, chez les tabescents, il ne faut avoir recours aux émissions sanguines que dans les cas d'absolue nécessité, car après l'amélioration locale et immédiate, la faiblesse générale augmente rapidement et l'état des organes digestifs ne permet pas facilement de réparer le sang perdu. »
Spermatorrhée par faiblesse ou relâchement des organes génitaux. —On comprend qu'il faut, ici, recourir à une médication entièrement opposée à celle que nous venons d'exposer.
Les boissons froides, glacées, sont toujours utiles, à moins que les organes digestifs ne .soint irrités ou très-impressionnables. Il faut d'abord les donner à petites doses et abaisser leur température graduellement {lait glacé , glace ou neige pilée avec du sucre ^ morceaux de glace ^ etc.).
Les applications froides, les lotions, les frictions, les douches de même nature, sont souvent utiles, mais il faut apporter beaucoup de prudence dans leur administration.
M. Lallemand associe avec grand avantage les douches froides aux douches sulfureuses chaudes.
fl Le malade étant dans une étuve à 40 ou 50® cenligr. , on lui administre d'abord une douche sulfureuse chaude sur les lombes, puis une douche froide très-courte qu'on remplace immédiatement par une douche chaude. On donne aussitôt une autre douche plus froide et plus prolongée , par laquelle on termine la première séance, qui ne doit pas durer plus de cinq minutes. Les jours suivants on diminue la température des douches froides, en même temps qu'on augmente leur durée suivant les effets observés «(t. m, p. 346).
Les douches alternativement chaudes et froides peuvent Otre étendues au périnée, à la région pubienne, à la marge de l'anus et même au rectum.
Les bains froids, de mer ou de rivière, n'ont pas l'efficacité constante qu'on leur attribue généralement, et beaucoup de tabe.scents s'en trouvent trèsmal, au dire de M. Lallemand. Chez les uns la réaction ne se manifeste point, chez les autres les pertes séminales augmentent.
M. Lallemand reconnaît, toutefois, que les bains froids sont utiles lorsque le médecin sait apprécier convenablement la constitution , les forces de son malade, et proporlionnner les moyens de réaction à lii soustraction de calorique opérée par le bain.
Les toniques amers ou astringents, les ferrugineux, employés isolément ou associés, sont toujours utiles. M. Lallemand recommande le quinquina, le polygala senega,la gentiane, la centaurée, le houblon, le ratanhia, la racine de colombo, les eaux de Spa, de Forges , les préparations martiales sous toutes les formes , en veillant à l'état des organes digestifs et à la liberté des selles.
Les excitants, tels que la menthe, la sauge, la mélisse, la cannelle, le girofle, la vanille, etc., employés sous forme d'huile essentielle ou de teinture, sont des moyens puissants qu'il ne faut pas négliger.
Le copahu, la térébenthine, l'eau de goudron, conviennent lorsque la maladie est accompagnée d'une grande sensibilité de la membrane muqueuse génito-urinaire.
Les canlharides, le phosphore, préconisés par quelques auteurs, sont des remèdes dangereux que M. Lallemand proscrit, avec raison , de la thérapeutique des pertes séminales.
L'ergot de seigle a été employé avec succès en Italie et par M. Lallemand à la dose de 20 centigrammes à 1 gramme matin et soir. Il exerce une action stimulante sur les organes génito-urinaires et sur le rectum, rend plus facile, plus énergique l'expulsion de l'urine et des matières fécales ; « il doit donc prendre place, dit M. Lallemand, dans le traitement des pertes séminales dues à un état d'atonie.»
Le galvanisme a été employé avec succès par M. Lallemand dans les cas graves, lorsque l'atonie est portée au point de se rapprocher de la paralysie. C'est surtout entre les lombes et le pubis qu'il faut faire pas.ser les secousses galvaniques dont la force doit être graduellement augmentée. Dans quelques . cas il est utile d'établir la communication entre les lombes et le périnée ou même la vessie.
Spermatorrhée par susceptibilité nerveuse. — Les opiacés sont indiqués, mais ils uedoiventêlre employés qu'à faible dose parce qu'ils donnent souvent lieu à des céphalalgies, des nausées, des indigestions, à de la constipation. M. Lallemand leur préfère la thridace (40 à 60 centigrammes) et le sirop de nymphsea (30 à 40 grammes).
Le camphre n'a que des effets inconstants et souvent nuisibles, surtout lorsqu'il est administre à hautes doses. Il ne faut guère dépasser 20 à 30 centigrammes dans les vingt-quatre heures.
Les rubéfiants, l'urtication, appliqués sur les cuisses, sur le périnée, amènent quelquefois une amélioration notable, mais passagère.
«L'introduction d'une sonde jusque dans la vessie a l'avantage de faire cesser immédiatement les phénomènes nerveux dont les organes génitaux peuvent être le siège, et di; diminuer ensuite la sen.sibilité exagérée de la membrane muquruse uréthrale. Une sonde
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ide gomme élastique d'un moyen calibre suffit dans le principe : elle doit être introduite avec une extrême lenteur; il faut même s'arrêter de temps en temps. Il est des malades qui éprouvent de telles douleurs pendant le cathétérisine que tout leur corps se roidit, s'agite et se couvre bientôt d'une sueur abondante. C'est précisément chez*ceux-là que la sonde produit les effets les plus prononcés et les plus durables. 11 ne faut pas alors s'obstiner à pénétrer dans la vessie, du moins la première fois. Au début , on ne doit laisser la sonde en place qu'une heure tout au plus , ou plutôt il faut la retirer dès que sa présence détermine de nouvelles contractions spasmodiques de plus en plus rapprochées. Il faut, suivant les cas, meitre de cinq à six jours d'intervalle entre les opérations de cathéiérisme et laisser au malade le soin déjuger quand il devra retirer la sonde, en lui recommandant de la laisser jusqu';\ ce qu'elle provo que des contractions spasmodiques insupportables » (Lallemand, t. in, p. 360-363).
L'acupuncture a fait quelquefois cesser des perles séminales après une seule séance. Après avoir fait uriner le malade , on introduit une première aiguille sur ieraphé , entre la racine des bourses et la marge de l'anus; une seconde est introduite entre la première et la marge de l'anus et dirigée dans le même sens; on peut en mettre une troisième en avant de la première, en la dirigeant obliquement vers la parlie inférieure du col de la vessie. Les aiguilles doivent être hissées en place une heure au moins et trois heures au plus.
Cautérisation. — Les médications que nous venons d'énumcrer ne suffisent pas toujours pour amener la guérison de la spermatorrhée. «S'il ne s'agis- .sait, dil M. Lallemand {loc. cit., p. 391), que de resserrer et de fortifier, ou bien de calmer et d'adoucir les organes génitaux, les moyens ne manqueraient pas; la guérison serait assurée et même trèsprompfe. Mais il faut donner du Ion aux tissus par des agents qui n'augmentent pas leur ^;usceplibilité, ou calmer leur irritation sans diminuer leur énergie. H est donc difficile d'arriver à la guérison en suivant une seule de ces indications depuis le commencement jusqu'à la fin. »
C'est pour remplir les indications complexes que présente le traitement des pertes séminales que M. Lallemand a essayé de cautériser, par le nitrate d'argent, la portion prostatique de i'urèthre, et l'expérience est venue lui démontrer que cet agent est le plus puissant et le plus généralement utile que l'on puisse opposer à la spermatorrhée.
« La cautérisation , dit M. Lallemand, convient surtout dans les cas d'irrilalion et d inflammation chronique de I'urèthre. Ou peut regarder ses effets comme certains quand les pertes séminales sont la
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suite d'une blennorrbagie ou d.'une bîennorrhée non contagieuse. Elle réussit très-souvent dans les cas où l'atonie et le relâchement semblent prédominant.s, plus rarement quand il existe des phénomènes nerveux très-prononcés ou une disposition congénitale évidente; mais dans ces cas mêmes, la cautérisation modifie la vitalité des tissus et prépare le succès définitif d'autres moyens employés auparavant sans succès rt (t. in, p. 392).
Nous ne décrirons pas le procédé opératoire de la cautérisation; il ne présente rien de particulier et on le trouve exposé dans les traités de pathologie externe et dans l'ouvrage de M. Lallemand. Disons seulement que la cautérisation doit être rapide, légère, puisqu'elle a pour but non de produire une perte de substance, mais seulement de modifier la vitalité des tissus.
« Dans les premiers jours qui suivent la cautérisation, le malade doit prendre des bains, des lavements, des boissons adoucissantes, suivre une diète lactée et végétale, afin de rendre les urines aussi aqueuses que possible; il doit aussi s'abstenir de toute fatigue et se préserver soigneusement du froid. »
« Pendant deux ou trois jours l'émission des urines est fréquente, douloureuse, accompagnée de quelques gouttes de sang, mais les symptômes se dissipent bientôt à moins de quelque imprudence.
«Tant que dure la période inflammatoire, les pertes séminales sont augmentées plutôt que diminuées; l'amélioration ne commence à devenir sensible que du moment où la résolution s'opère; on n'en peut guère juger avant le douzième ou le quinzième jour; elle peut se faire attendre plus longtemps s'il survient une recrudescence de l'inflammation, au moment où le malade se croyait dispensé de toute réserve. C'est surtout contre les désirs vénériens qu'il faut le prémunir, lorsque les érections se manifestent avec énergie. »
Quand la cautérisation doit guérir, on s'en aperçoit bientôt à la diminution rapide des pertes séminales et à la marche franche de la convalescence. Une seule cautérisation suffit, et il ne faut en pratiquer une seconde que dans les cas où les bons effets de la première auraient été détruits par des causes purement accidentelles et faciles à prévenir. Lorsqu'une seconde cautérisation n'a pas suffi pour amener la guérison, il e^t probable qu'une troisième n'aurail pas plus de succès; il faut donc s'en abstenir. Ouand la cautérisation n'a produit qu'une amélioration momentanée, on doit encore y renoncer, et rechercher alors avec plus de soin les causes spéciales qui peuvent entretenir la maladie [ascarides, fissure à l'anus, hémorrlw'ùles, etc.).
La convalescence exige des soins assidus et éclairés; car si dans les cas récents et simples le rétablis-
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sèment est facile et rapide, il n'en est pas de même dans les cas graves. Il faut alors continuer pendant longtemps lesprécautious hygiéniques que nous avons indiquées; ce n'est que graduellement qu'il faut revenir au régime ordinaire, et ce n'est que lorsque les forces sont en partie rétablies qu'il faut prescrire l'exercice, les bains de rivière, les voyages à pied.
La continence ne doit pas être prolongée trop longtemps, et il importe que les besoins vénériens réels soient satisfaits. «Pour que les pertes séminales involontaires cessent complètement, dit M. Lallemand, il est indispensable qu'elles soient tôt ou tard remplacées par des émissions volontaires et normales; pour compléter la guérison, il faut nécessairement que des rapports sexuels finissent par s'établir» (voy. Lallemand, l. lu, p. 401-472).
Historique et bibliographie. — Hippocrate con- Daissait les pertes séminales involontaires ; il en a décrit avec exactitude les principaux symptômes et le traitement hygiénique.
La phthisie dorsale est une maladie fréquente chez les nouveaux mariés et les libertins. On tombe malade sans s'en apercevoir; l'appétit se conserve, mais le corps se consume. Les malades, en urinant ou en allant à la selle y rendent beaucoup de semence liquide; quoiqu'ils voient des femmes, ils n'engendrent point; ils perdent la semence dans le lit , qu'ils aient des .songes lascifs ou non ; ils la perdent à cheval, en marchant, de toute manière. Ils tombent dans des difficultés de respirer, dans un grand état de faiblesse avec des pesanteurs de tête et un bourdonnement aux oreilles. Si dans cet état ils sont atteints de fièvre, ils meurent lipyriques.
Pour combattre cette maladie, Hippocrate conseille l'émétique , les errhins , les purgatifs , mais il recommande surtout la diète lactée, l'abstenfion d'aliments solides et les bains tièdes. «Il Faut, dit-il, s'interdire pendant un an tout excès de vin, le commerce avec les femmes et les exercices, à la réserve de la promenade , en se préservant du froid et du soleil» {de Morbis , lib. iv, cap. 19, Tabès dorsalis).
Celse ne fait que mentionner «le flux immodéré de semence qui a lieu par les parties naturelles sans prurit vénérien et sans illusions nocturnes.» Il recommande les boissons froides , les bains froids, les aliments légers, et les fomentations astringentes sur les parties inférieures. «Le malade, dit-il, doit éviter de rester, en dormant, couché sur le dos» {de Medicina, lib. IV, de Humani corporis interioribus sedibus ; cap. 21, r/e Seminis nimia ex naturalibus projusione).
Arelée a décrit les pertes séminales sous le nom de gonorrhée, mais il a singulièrement dénaturé le tableau tracé avec tant d'exactitude par Hippocrate, et il a iulroduit dans la science une déplorable ccmfu-
sien ; il est évident , d'ailleurs , qu'il a réuni sous un seul nom plusieurs affections différentes.
«La gonorrhée, dit-il, est sans danger; le sperme coule comme à travers une partie froide; il ne peut s'arrêter même pendant le sommeil; que le malade dorme ou qu'il veille , l'écoulement est continu et insensible. Les femmes elles-mêmes ont cette maladie, mais l'écoulement a lieu avec démangeaison des parties, sentiment de plaisir et désir impudent de coït» (de Caus. et sign. morb., lib. ii, cap. 5).
«Après avoir relu bien des fois, dit M. Lallemand (t. Il, p. 368), cette amplification verbeuse, ampoulée et remplie d'erreurs , je suis resté convaincu qu'Aretée n'a jamais vu de véritable pollution diurne. C'est à cette description si souvent citée qu'il faut attribuer les erreurs sans nombre , les discussions interminables qui ont rendu la question de plus en plus obscure. D'après ces premiers errements, on a continué jusqu'à Boerhaave à considérer les écoulements de l'urèthre comme spermatiques , et c'est probablement en réagissant contre cette erreur que le savant hollandais a été conduit à s'élever contre toute idée d'évacuation séminale sans érection, sans plaisir. »
Boerhaave, en efFet, est tombé dans une erreur contraire à celle d'Aretée : après avoir établi que l'écoulement qui accompagne la blennorrhagie, la gonorrhée, n'est point séminal, il assure que jamais le sperme véritable n'est répandu sans la titillation vénérienne, soit dans les rêves, soit hors des rêves {Prœlect. ad instit., S 776).
Morgagni s'est contenté d'établir l'existence des pertes séminales, mais il en a indiqué les véritables caractères et le diagnostic différentiel.
L'écoulement gonorrhéique n'est point séminal; il est caractérisé par un liquide puriforme provenant des sinus de l'urèthre, il est continuel, il n'est pas accompagné d'amaigrissement. L'écoulement séminal peut avoir lieu sans que l'imagination soit occupée d'idées erotiques, après l'injection d'un clystère trop chaud, après V évacuation d'excréments trop durs ; il reconnaît pour cause le relâchement, l'érosion des canaux éjaculaleurs, certaines altérations des vésicules séminales; il est accompagné d'un amaigrissement, d'une faiblesse rapides. Morgagni ne paraît pas avoir observé la spermatorrhée proprement dite, et il semble croire que les pertes séminales ont toujours lieu avec érection {de Sedib, et caus. morb., epist. 49 , n° 16).
P. Frank a décrit le flux de semence sous le nom de gonorrhée et il définit celle-ci : un flux de liqueur séminale ou d'une liqueur analogue, et il ajoute : La matière peut distiller continuellement ou son émission s'opérer par intervalles, sans une érection entière, par une légère irritation voluptueuse , ou sans aucune sensation agréable.
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P. Frank distingue des pollutions nocturnes , des pollutions diurnes, et des pertes séminales accompagnant rémission de l'urine ou des matières fécales. 11 indique les symptômes gastriques et encéphaliques, la dyspnée, les palpitations, l'absence de fièvre, l'amaigrissement; il montre que les pollutions sont provoquées par les causes les plus légères : l'équitation, le mouvement d'une voiture, le décubitus en supination. La maladie est produite par la masturbation, les excès vénériens; Virritation répétée de l'urèthre et des testicules dans la blennorrhagie;ks maladies des organes génito-urinaires, du rectum; les drastiques, les canlharides (7r«/fé de méd. prat., trad. de Goudareau, t. ni, p. 167 et suiv.j Paris, 1820).
Wichmann a étudié les pollutions diurnes, c'est-àdire celles qui ont lieu apertis œgri oculis, absque tentigene venerea et absque colis erectione ; û les dislingue de la gonorrhée simple, c'est-à-dire du flux séminal continuel , des pertes séminales qui accompagnent la miction, et il n'envisage que celles qui ont lieu pendant la défécation. Les symptômes généraux sont assez bien indiqués, mais Wichmann reste bien au-dessous de P. Frank (Wichmann, de PoUutione diurna, etc.; Goettingae, 1782).
Les auteurs qui se sont occupés de l'onanisme , Tissot, Deslandes, n'ont parlé qu'incidemment des perles .séminales involontaires ; ils ne les ont pas suffisamment distinguées de la blennorrhée, ils n'en ont pas établi le diagnostic , et n'en ont point séparé les effets de ceux de la masturbation.
L'histoire de la spermatorrhée a été tracée pour la première fois par M. Lallemaod, et elle Ta été d'une manière complète {des Pertes séminales involontaires ; Paris et Montpellier, 1836-1842, 3 vol. in-8*^). Les continuels emprunts que nous avons faits à l'ouvrage de cet habile observateur ont montré avec quel soin, avec quelle exactitude, avec quelle sagacité l'auteur des Recherches sur l'encéphale a étudié les symptômes, la marche, le diagnostic, les causes des pertes séminales involontaires.
M. Lallemand a rendu à la médecine pratique un service non moins signalé qu'à la nosographie , en établissant le traitement rationnel de chacune des différentes formes de la spermatorrhée, et en introduisant dans la thérapeutique de cette maladie une médication d'une efficacité incontestable, c'est-àdire la cautérisation.
SPLÉNITE. Voy. Rate (Maladie de la).
SQUAMES et Maladies squameuses.
On donne le nom de squames à des lamelles épidermiques grisâtres ou blanches, sèches, friables, plus ou moins épaisses, plus ou moins adhérentes, se développant sur des surfaces comme papuleuses plus ou moins rouges et enflammées. Tantôt les squa-
mes sont très-minces, se détachent et se reproduisent rapidement eu donnant lieu à une desquamation furfuracée très-abondante^/^/fjr/a^/^); tantôt elles sont épaisses, très-adhérentes, isolées sous forme de gouttelettes ou agglomérées de manière à recouvrir des surfaces irrégulières plus ou moins considérables [psoriasis]-, tantôt, enfin, elles forment des saillies considérables, rugueuses, séparées par des sillons profonds, recouvrent la plus grande partie du corps, et présentent une adhérence telle qu'il est presque impossible de les détacher [iclithyose), «Les squames, dil M. Cazenave , affectent toutes les formes , depuis les mieux dessinées jusqu'aux plus irrégulières ; on les voit indifféremment sous l'apparence d'une plaque à contours inégaux sans détermination exacte, ou sous l'apparence du disque le plus nettement arrondi ; elles commencent par un point à peine apercevable pour envahir les surfaces les plus étendues, se bornant à une éruption farineuse, ou bien encaissant, pour ainsi dire, tout un membre dans une enveloppe dure, épaisse, sillonnée en tous sens » {des Affections squameuses de la peau, in Annales des malad. de la peau, 1. 1, p. 97; 1844).
Willan et Bictt placent dans l'ordre des squames la lèpre ^ le psoriasis, le pityriasis et ïicthyose; M. Rayer ajoule la pellagre et Vacrodynie, mais ces deux dernières affections présentent des caractères particuliers qui ne permettent pas de les réunir aux précédeutes. Wous avons démontré, d'autre part, que la lèpre et le psoriasis ne sont, au contraire, que deux variétés d'une même maladie (voy. Psoriasis, t. vu, p. 203 et suiv.).
Vanatomie pathologique est restée jusqu'à présent complètement muette à l'égard des affections squameuses; i! est manifeste que la lésion a pour siège l'appareil blennogèoe et quelquefois l'appareil chromatogène {pityriasis versicolor)^ mais quelle est la nature de cette lésion?
Les symptômes sont exclusivement locaux; l'enveloppe cutanée présente, dans plusieurs points et quelquefois dans toute son étendue, des squames plus ou moins nombreuses, plus ou moins épaisses, mais jamais, même dans les cas les plus graves {ichthfose , psoriasis int^elerata) ^ la maladie ne provoque des troubles sympathiques dans les fonctions digestives, circulatoires ou respiratoires. On voit fréquemment des malades atteints depuis vingt ans d'un psoriasis universel conserver une santé générale excellente.
Les symptômes locaux offrent eux -mêmes des particularités remarquables. «Les affections squameuses, dit M. Cazenave {loc. cit.)^ se présentent avec des caractères physiques des mieux tranchés, constants , et qui ne varient jamais que par la disposition
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de réruplion elle-même. Ici pis de transformation , pas de succession de phénomènes qui traduise un travail phlegmasique incessant, pas de tissu élémentaire qui disparaisse et se dénature pour être remplacé par un produit nouveau. L'éruption, qu'elle dure quelques mois ou plusieurs années, conserve les mêmes caractères ; c'est toujours une hyper.sécrétion épidermique dont les produits, sans cesse renouvelés, chassent incessamment ceux qui les précèdent. Dans certains exanthèmes (érjMéme^ rougeole, etc.), dins quelques maladies vésiculeuses, on voit aussi l'épiderme se détacher sous forme de lamelles plus ou moins étendues, mais Tépiderme qui se détache est remplacé par un épidémie normal. Dans les affections squameuses, c'est tout autre chose: l'épiderme altéré tombe, mais pour être remplacé par un épidémie altéré comme lui , et cela indépendamment de toute altération phlegmasique de la peau.
La marche des maladies squameuses est essentiellement chronique et leur durée est souvent trèslongue , mais on ne peut rien établir de général à cet égaid. I/ichlhyose est au-dessus des ressources de l'art el se prolonge aulatit que la vie du malade, que d'ailleurs il n'abrège point; le psoriasis, ?ous l'influence d'un même traitement, guérit tantôt trèsrapidement, (aniôl résiste pendant longtemps, sans qu'il existe un rapport constant entre la résistance de la maladie et son âge, son intensité, son étendue, etc. (voy. Psoriasis, t. vu, p. 207, 208).
La guérison spontanée est très-rare; elle est quelquefois due à une influence saisonnière.
Les récidives sont très-fréquentes (voy. Psoriasis, loc. cil).
Causes. — On attribue généralement les affections squameuses h une cause interne, générale, héréditaire (Rayer, Cazenave et Schedel); M. Gazenave les considère comme des maladies constitutionnelles de la peau et prétend qu'elles ne peuvent point se développer sous l'influence d'une cause locale (/oc. cit.). Cette doctrine ne doit être a ioptée qu'«^ l'égard de l'ichthyose; nous croyons avoir démontré qu'elle cesse d'être exacte lorsqu'on l'applique au pityiiasis et au psoriasis (voyez Pkai (Mal. de la), t. vi, p. 314, 316; Psoriasis, loc. cit., p. 208, 209).
Traitemeiil. — L'ichthyo.se peut être considérée, jusqu'à présent, comme incurable; le pityriasis cède ordinairement à un traitement fort simple; le psoriasis est une maladie rebeî'e contre laquelle on a préconisé un grand nombre de médications; nous les avons longuement ex[K)s(;es el discutées.
Classi/lcatlon. — Les affections squimcuses forment le second ordre de Willan et le sixième ordre de Biett ; dans la classification d'Alibert, le psoriasis est place au nombre des dermatoses darlreuses
(groupe iv), el l'ichlliyose parmi les dermatoses hétéromorphes (groupe xii).
SQUIRRHE. Voy. Cancer.
STOMATITE, s. f., dérivé de drojxa, bouche, inflammation de la membrane qui tapisse l'intérieur de la bouche.
La dénomination de stomatite a servi pour désigner les affections de nature très-diverse dont la cavité buccale peut être le siège. C'est ainsi que l'on a décrit des stomatites ér/thémateuse , pseudomembraneuse , ulcéreuse , gangreneuse ; la première mérite seule de conserver le nom de stomatite; la pseudo-membraneuse a été étudiée dans l'article consacré à la description des aphlhes avec altération de sécrétion ou muguet (t, i, p. 207; voy. aussi angine et diphthcriie). La stomatite ulcéreuse et gangreneuse se trouve décrite dans nos articles Aphthes et Gangrène de la bouche (voy. Boiche (Gangrène de la), t. i, p. 626). Une réforme importante devrait être apportée dans la distribution nosographique de ces maladies. Il est plus naturel de décrire successivement les maladies de la bouche suivant la lésion anatomique qui les caractérise; l'inflammation, les éruptions vésiculeuses (aphthes vésiculeux) , les fausses membranes, les ulcérations , la gangrène, reprendraient ainsi leur place naturelle.
La seule affection qu'il nous reste à décrire est la stomatite mercurielle, dont nous allons exposer l'histoire nosologique.
Stomatite mercurielle j ptfalisme , salivation hfdrargfrique. — On appelle ainsi l'inflammation spéciale de la membrane interne de la bouche qui est produite par la pénétration du mercure ou d'un de ses composés dans l'économie ; cette inflammation s'accompagne bientôt d'une irritation sécréloire de toutes les glandes salivaires et d'un flux abondant de salive.
Symptômes. — Lorsque la stomatite mercurielle débute, les premiers symptômes que l'on observe sont le gonflement , la rougeur , la douleur des gencives et l'afflux d'une plus grande quantité de salive dans la bouche. Les gencives qui couvrent les dents incisives et canines de la mâchoire inférieure prennent une teinte rosée ou rouge foncée; elles sont molles et saignent au moindre attouchement : le malade y éprouve de la douleur lorsqu'il mange des aliments solides. Les glandes sublinguales et sous-maxillaires se tuméfient et deviennent douloureuses. La .sahve, sécrétée eu plus grande abondance, est rejetée à chaque instant par le malade, et, pendant le sommeil, s'écoule par la bouche entr'ouverte.
Si la stomatite est plus violente ou si elle n'a pas été entravée dans sa marche, tous les symptômes précédents augmentent d'intensité. Les gencives, rouges et tuméfiées, se ramollissent , s'ulcèrent vers
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leur bord libre; les dents, et particulièrement les incisives et les canines , se détachent de leurs alvéoles et finissent par tomber. Ou voit souvent des malades perdre ainsi toutes leurs dents. La tuméfaction et la rougeur ne restent pas limitées aux gencives, elles s'étendent à toute la membrane muqueuse buccale et même jusqu'à Tislbnie du gosier. La face interne des joues est rouge, douloureuse au toucher : elle présente au niveau des dents une série de dépressions quadrilatères séparées par des peiites arêtes qui correspondent aux saillies des dents ei aux intervalles qui les séparent les unes des autres. C'est surtout visà-vis des petites et des grosses molaires que l'on remarque cette disposition qui lient uniquement à la tuméfaction de la membrane muqueuse. Une petite crête saillante, horizontale, située j;ur la face interne des joues et dirigée d'arrière en avant, représente l'écartemenl qui existe au niveau du point de contact des deux mâchoires ; cet écartement est plus grand chez les malades atteints de stomatite, parce que legonflement de la membrane muqueuse et des parties adjacentes empêche les dents de s'appliquer les unes sur les autres. Le gonflement et la rougeur sont aussi plus prononcés derrière les dernières dents molaires ; l'espace qui existe en ce point se trouve comblé par les tissus tuméfiés. Les piliers du voile du palais, la luette, la voûte palatine, la trompe d'Eustache, les amygdales et le pharynx , participent aussi à ces changements pathologiques. La langue , couverte d'enduits blancs ou jaunâtres très-épais, est gonflée ; on voit sur son pourtour l'impression des dents contre lesquelles elle est appliquée; souvent sa tuméfaction est telle qu'elle ne peut plus être contenue dans la gouttière que lui forme la mâchoire inférieure; et alors elle vient faire saillie entre les arcades dentaires, fortement écartées, ou entre les lèvres ; quelquefois mêmcelle s'avance hors de la bouche. Les moindres mouvements sont très-douloureux, et presque impossibles; aussi le malade ne peut-il parler qu'avec peine, et il est difficile de comprendre ce qu'il dit. La salive qui afflue sans cesse dans la bouche, et la tuméfaction douloureuse de la langue, nuisent à l'articulation des mots.
Avant de parler des autres phénomènes morbides qui ont leur siège dans la bouche, il convient d'étudier les diverses altérations dont la membrane muqueuse est affectée. Outre la rougeur vive et la tuméfaction qu'on y observe, il existe encore plusieurs autres lésions sur la fréquence desquelles les auteurs ne sont pas d'accord; les uns admettent que la stomatite est toujours ulcéreuse, d'autres qu'elle est diphlhéritique. Voici ce que l'observation a montré à l'un de nous qui a étudié la stomatite chez plusieurs malade gravement affectés. Le plus fréquent de tous les phénomènes est le développement de pellicules pseudo-
membraneuses, blanchâtres, minces, peu consistantes etcomme crémeuses sur les gencives qui entourent les incisives inférieures et supérieures. Le muguet mercuriel est le degré le plus léger de la slomalile diphthéritique. Dans une forme plus intense, les fausses membranes sont épaisses, d'un blanc grisâtre, trèsconsistantes et difficiles à détacher; elles se montrent plus particulièrement sur la face interne des joues au niveau des arcades dentaires, sur le pourtour de la langue et la partie interne de la lèvre inférieure, ainsi que sur les gencives. Les fausses membranes reposent sur la membrane niuqueuse rouge, tuméfiée, évidemment enflammée et parfois ulcérée. A une époque plus avancée de la phlegmasie spécifique, les faus^es membranes commencent à se détacher. On aperçait à leur pourtour une ligne saillante et rougeâtre; au-dessous d'elles la tunique muqueuse est injectée, et son épilhélium inégal et comme érodé à sa surface; quelquefois cependant il conserve soq aspect lisse quand la stomatite ne se prolonge pas trop longtemps.
La première lésion que nous .venons de décrire est donc constituée par le développement de fausses membranes sous l'influence de la stomatite mercurielle. Souvent elle est remplacée par des ulcérations inflammatoires qui sont alors l'altération prédominante, mais qui peuvent aussi se trouver mêlées à des productions diphlhéritiquesou succéder à la chute des fausses membranes. Les endroits où l'onobî^erve le plus communément les ulcères sont la f.»ce interne des joues, au niveau des molaires , les bords de la langue et les lèvres ; la pression que les dents exercent sur la muqueuse qui couvre ces différentes parties paraît être la cause déterminante de ces ulcérations. Elles sont souvent très-nombreuses et de dimensions variables ; il y en a de très-petites qui ont quelques millimètres de large; d'autres, jusqu'à 4 ou 5 centimètres de long. Les ulcérations , excessivement douloureuses , et comprenant souvent presque toute l'épaisseur de la membrane muqueuse, offrent une surface très-inégale, d'un blanc grisâtre, et dont les bords sinueux, inégaux et coupés à pic, ressemblent à des ulcérations syphilitiques quoiqu'on ait écrit le contraire. Au bout d'un certain temps les ulcères se nettoient : leur surface moins grisâtre est parsemée de granulations rouges qui laissent écouler du sang lorsqu'on cherche à les essuyer avec un linge: opération douloureuse et que les malades supportent difficilement. Plus tard enfin, les granulations se couvrent d'une exsudation plastique qui protège la cicatrice blanchâtre, déprimée dont la membrane muqueuse est le siège. M. Grapin, dans un mémoire sur les effets des vapeurs mcrcurielles séir l'homme {Jrch. génér. de méd., t. vin, p. 327, juill. 181'ï), affirme que la slomutile mercurielle
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Hicéreuse affecte quatre périodes distinctes: dans la première il y a production de fausse membrane; dans la seconde, inflammation éliminalrice. puis résorption des fausses membranes et développement des granulations {toc. cit., p. 336). Ces assertions reposent sur des observations incomplètes et probablement erronées. En effet, lulcération n'est pas précédée, si ce n'est dans la forme diphthérique. du développement des fausses membranes; ce que l'auteur a pris pour une altération de ce genre est la coloration blanche et grisâtre que les ulcères de la bouche présentent de très-bonne heure et qu'ils conservent jusqu'au moment où les granulations paraissent ; le contact continuel de ces ulcères avec la salive et les divers enduits muqueui blancs ou jaunâtres qui reposent sur eux leur donnent un aspect tout spécial qui peut en imposer pour des concrétions diphthériques ou même pour des ramollissements gangreneux. L'un de nous s"est assuré que, dans quelques cas, une exsudation pouvait it former sur les ulcérations provenant de l'intoxication mercurielle; mais ces cas sont plus rares que les autres. Quant aux granulations de la membrane ulcérée, elles sont communes au moment où le travail de la cicatrisation commence à se faire, maison ne peut les considérer comme pathognomoniques de l'ulcération, ainsi que le pense l'auteur du travail que nous venons de critiquer.
En résumé, le gonflement et la rougeur de la tunique muqueuse , l'ulcération avec ou sans exsudation plastique, et enfin la diphlhérite , sont les formes que peut revêtir la ^tomalite mercurielle. Elle ne diffère donc des autres états pathologiques que par la cause toute spéciale qui lui donne naissance. Comme les autres stomaliies, elle peut èivt érythémateuse, ulcéreuse j pseudomembraneuse et même gangreneuse : c'est ce qu'on a vu dans quelques cas rares doDl parle M. Lagneau arl. Salivatio . Diction, de méd., 2^ édit., p. 52^. La forme vésiculeuse est la seule qui n'ait pas été observée.
La tuméfaction et la rougeur de la membrane interne de la bouche s'accompagnent, dès le début de la maladie. duD gonflement desglandes lymphatiques et salivaires. maxillaires, sublingu.<les et de la parotide. Les glanduies qui doublent la muqueuse et qui existent en grand nombre sur la lèvre inférieure et supérieure, sont hypertrophiées ; on les sent aisément à travers la membrane. Les auteurs qui ont écrit sur la stomatite mercurielle n'ont pas indique le double siège du gonflement: les glandes lymphatiques deviennent douloureuses et saillantes de trè^-bonne heure, et presque en même temps l'inflammation, transmise aux glandes salivaires, détermine la sécrétion abondante du fluide de ce nom. Il afflue souvent en telle quantité
plusieurs vases dans le courant de la journée et de la nuit. On voit des malades rendre ainsi quatre et cinq litres de salive.
Ce liquide est filant et d'une odeur infecte. Bostock, qui en a étudié la composition chimique dans plusieurs cas de salivation mercurielle , n'y a trouvé aucune quantité appréciable de mercure. Le liquide excrété était légèrement visqueux, homogène; il offrait beaucoup de cohésion, se mêlait facilement à l'eau et laissait déposer des flocons légers; il n'avait aucune réaction soit alcaline, soit acide. Suivant le chimiste anglais, le caractère le plus remarquable que présente la salive rendue par les sujets, est la diminution très-grande de la proportion du mucus; la salive est plus séreuse que muqueuse ( Observât, faites sur la salive jeuir. des Med.-chir. transact., in Journ. des progrès, t. iv, p. 93; 1827). Ce qui constitue la plus grande partie du liquide excrété est la salive fournie par les glandes sous-maxillaires et paroiidiennes.
La région sous-maxillaire, les lè\Tes, les joues et les parties latérales du cou éprouvent un gonflement qui est souvent très-considérable. Dans ce cas toute la face est bouffie ; les lèvres sont rouges, luisantes, renversées et couvertes par la salive qui s'échappe sans cesse de la bouche. Quelquefois il se manifeste une rougeur et une tension comme érysipélateuse sur les joues et les paupières, qui participent à la tuméfaction du visige pour peu que celle-ci soit considérable.
L'odeur exhalée par les malades est d'une fétidité repoussante, et tient aux ulcérations des gencives et de la membrane interne de la bouche ainsi qu'aux enduits muqueux et aux exsudations plasti-ques qui macèrent, en quelque sorte, dans la salive. La mastication est douloureuse , impossible même quand le gonflement est considérable et la bouche parsemée d'ulcérations. La déglutition est très-pénible à cause de la propagation de la phlegmasie jusqu'au pharynx et à l'isthme du gosier. L'appétit est perdu ; le malade se plaint du goût affreux qu'il a dans la bouche; quelquefois il se manifeste des nausées et quelques vomissements. Les douleurs sont quelquefois si vives que le patient perd le sommeil; la fièvre s'allume, la diarrhée survient, et l'on a vu périr ainsi, au milieu des symptômes de colliquation, des malheureux épui>és par une salivation que rien ne pouvait arrêter. De pareils accidents sont très-rares aujourd'hui que l'on ne regarde plus la salivation comme un moyen sur de guérir la syphilis.
La stomatite mercurielle ne peut être confondue qu'avec le« ulcérations syphilitiques; ce qui aidera à établir le diagnostic, c'e^t que l'ulcération est toujours précédée de rougeur, de gonflement de la
qu'il s'écoule incessamment de la bouche et rempHt ! membrane muqueuse et de ptyalisme lorsqu'elle est
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due à des préparations hydrargyriques. D'ailleurs les ulcères syphililiques sont moins nombreux, plus profonds que les ulcères causés par l'inflammation ; leur siège est la partie la plus reculée de la bouche et les bords de la langue.
La stomatite se déclare quelquefois le troisième ou le quatrième jour du traitement mercuriel; chez d'autres sujets moins sensibles à l'action de ce médicament , ce n'est que le huitième ou dixième jour que le ptyalisme mercuriel se manifeste ; oa dit même que l'on a vu survenir la maladie un ou plusieurs mois après la cessation des mercuriaux. Dès que l'on aperçoit les premiers signes de la stomatite, il faut suspendre immédiatement l'usage de la préparation hydrargyrique; malgré celte précaution, il arrive souvent que la salivation, la rougeur et le gonflement des gencives augmentent pendant quelques jours ; dans d'autres cas on est assez heureux pour arrêter immédiatement la stomatite. Lorsqu'elle ei;t légère, elle dure huit à douze jours; quelquefois elle persiste pendant un mois, six semaines; un de nous a vu, sur deux femmes atteintes d'affections hépatiques, l'emploi du calomel déterminer une stomatite qui ne se termina qu'au bout d'un mois. Linné et Swediaur rapportent des exemples de ptyalismes qui se sont prolongés pendant un an (J. Frank, Praxeos, etc., trad. in Ency clopéd. des se. méd., t. v, p. 59, in -8°; Paris, 1840). La stomatite est une affection douloureuse qui peut entraîner quelques accidents graves quand elle acquiert une grande insensité. Dekkers parle d'un sujet qui avait été réduit à un marasme squelettique , et Morton a vu une jeune fille périr épuisée par une salivation mercurielle ( J. Frank, loc. cit.). La chute des dents, la gangrène de la langue, des gencives, de la gorge et de toute la face ont été observées par Doîœus, qui dit avoir été témoin d'un grand nombre d'exemples de ce genre (J. Frank, p. 59). La diarrhée, le tremblement et les paralysies sont des accidents plus graves qui résultent de l'empoisonnement mercuriel et peuvent compliquer de stomatite.
Étîologie. — La pénétration dans l'économie, soit par la peau, soit par une membrane muqueuse, d'une préparation mercurielle quelconque, est la cause spécifique de la stomatite mercurielle. Celle-ci est l'expression pathologique de l'empoisonnement hydrargyrique; le tremblement, les paralysies, le délire , le dévoiement, sont d'autres phénomènes morbides qui dépendent du même agent toxique , et que nous avons étudiés dans d'autres articles (voy. Mercure).
La stomatite est causée le plus ordinairement par l'usage interne et externe des prépartions mercurielles, administrées pour combattre les accidents syphililiques ou toute autre maladie, soit interne, soit
externe. Les composés hydrargyreux qui déterminent la salivation plus facilement que les autres sont les pommades mercurielles dont on se sert pour frictionner la peau , le protochlorure l'acétate de mercure, les vapeurs mercurielles, et le deutochlorure: ce dernier agent thérapeutique passe pour exciter plus rarement que d'autres la stomatite; les iodures, les cyanures, sont préférés aux autres composés mercuriels, parce que leur emploi est bien rarement suivi d'accidents.
La membrane muqueuse gastro-intestinale et la surface cutanée sont les voies par lesquelles le mercure pénètre le plus communément dans l'économie; cependant l'intoxication mercurielle peut s'effectuer par le poumon ; c'est par cet organe que s'introduit l'agent toxique chez les ouvriers doreurs , chez ceux qui travaillent dans les miues de mercure, et qui emploient ce métal dans la fabrication des thermomètres , des baromètres , dans l'étamage des glaces. Fabrice de Hilden , Goulard et Colson disent que des infirmiers , des chirurgiens et d'autres personnes qui séjournaient au milieu de malades soumis aux frictions mercurielles ont été pris de salivation (ap. J. Frank, loc. cit., p. 58). On a souvent cité le fait remarquable du vaisseau auglais le Triom» phe, à bord duquel deux cents hommes furent affectés de stomatite, dès que l'on eut transporté sur ce navire cent trente tonneaux pleins de mercure. Le métal s'étant échappé des vessies qui le renfermaient, la stomatite et d'autres accidents np tardèrent pas à se manifester.
Les causes qui favorisent le développement de la stomatite sont : l'' certaines prédispositions individuelles qui font que quelques malades ne peuvent prendre 7 à 8 décigrammes de calomélas sans être aussitôt affectés de salivation ; 2" la forme sous laquelle est administré le mercure ; nous avons vu que les frictions et l'usage du calomélas étaient souvent suivis de stomatite : pour parer à cet accident, on a proposé de joindre au calomélas une substance purgative ou drastique , la rhubarbe , l'aloès , le jalap , comme le font surtout les médecins anglais; Surimpression du froid et de l'humidité n'est pas non plus sans exercer une certaine influence sur la production des stomatites; 4" enfin, sans qu'on puisse saisir aucune cause appréciable , il n'est pas rare d'observer, soit dans le même hôpital , soit chez la plupart des malades qui habitent la même ville, un très-grand nombre de stomatites ; la constitution médicale régnante semble en favoriser le développement; les médecins alors sont contraints de renoncer pour un temps à l'usage des préparations mercurielles, car elles ne manquent pas de provoquer la salivation.
Traitement. — Il suffit de bien connaître le» causes de l'intoxication hydrargyque pour prévenir
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Je ètxdnfftmtsl àt h sloauiiic: il faut aussi avoir ifxà an pré^ispo^iticKis iadÎTidaellcs , suirrf Àvec atiCBlioB les' rfkts im acraire, m faimioUirer fB*à «oacs peticcs ci progrcsaTcs, cramiDcr les gendici. les ^D^lynpbatiques H $aliraire$, et faire smsftmirt îmxédiatemeot le reoiède àès que Too fait CCS or^oes se toBcfier, rou^r. et la sali\e devcair fha aWa^aalc La leapérature de 1 .apparte- ■CBl oÉ se troave le Balade doit être ciiawic, et la »rFace eataoée stisulée fortcBcnt par la prome- Bade, par des vétemenis de Uîdc; les baios chauds, lesfricikMis, joui^>eDt au>si d'uoe cerlaioc efficacité. (ka ooBSciUé, pour prëveoir la salÎTalioo mercnrielie, rasade des porgaii^ tous les huit joors , ks garçarisaes opiacés, astrlDgeoii. et les autres remèdes doBtoB se .<ert dans le traiteinent curaliF.
hÊnfÊt la stomatite commeoce à paraître, il faut h oomkaltrc d'abord par la médicatîoo actiphlo^t^oe; si le ^■flemeot des gfaiides lymphatique» est coDsidêraUe et ioalooreux , on appGqne ao-dessons de b mâchoire iofoieure des saii(rsoes , des cataphsmes émoBîeats, rendus scdauTs à Taide d'une 'petite quastîté de laudanum; en même temps on presaii des tifanes émnlfiratcs on acidulées arec le jus de dtroD , d*oraiiçc , le ârop de groseilles ^ de framltoises , le Tinai^ , etc. Les gargarismes seront formés avec les mêmes agents thérapeutiques; un certain nombre de malades se trouTcot >oiil<igés par les décoctioBS émolBeales de graine de lin . de gnimaore, d'orge, de tâe de pa?ot , le lait . etc. : chez d^aotres, les eaux acâdulccs ou ia glace conviennent nienx. On cherche ensuite i eiciier une révuUioo salutaire sur les membres^ inférieurs avec des bains de pieds, des ânapiTmct, et sar toute la peau à l'aide de WÎBSckMidset proloBgiés. Les purgatifs, administrés à des iBlerralles plus oa moins rapprochés , rendent pis efficace la médkatioD que nous Tenons d'icdifKT. QaelqBes médedus la regardent comme nui^i- Ue, le loâdant sur ropinioo qu'ils se forment de la ■dbfie, qm est kû de présenter, suivant eux . les caractères d*iiDe phlegma>»e. Il importe de nous expBqiier 4 ce sujet , car toute la thérapeutique doit reposer sv la ooonaissance exacte des principaks altératms de la stomatite. Nous avons dit et nous icpàcroiis que les acddents qui surviennent à la smte de Pintoxicaiian mercurielle, et qui ont leur siège dans la caviic buccale , ne sont pas tous de ^cme nature: le plus ordinairement , la phlcgm^sie de la membrane moqueuse , marquée par le gonfle- B^nt, la loagcui et la douleur, eU l'affectioo qui existe seole ; mais dans d'autres cas , des ulcérations, des basses oicmbraoet , quelquefois mèoie des plaques gangreneuses, se maoifeyenl, et ion conçoit qœ le traiiemeot ne saurait être le même dans tous les cas. Le {onflcBcat de^ glandes lymphatiques eC
la sécrétion augmentée des glandes saliraires se rattachent à la lésion de la membrane muqueuse, et n'ex'gent d'autre iraitemeat que celui de la stomatite . à moins que le ptyalisme ne persiste après la guérison de cette dernière maladie. On voit donc que si le médecin veut combattre avec quelque succès la stomatite mercurie'le . il ne doit pas employer d'une iiianière exclusive les émollienls, les astringents, les caustiques : il faut qu'il sache déterminer la nature de fa lésion prédominante avant de commencer le traitement.
Nous venons de montrer que les gargarismes émoUients ou acidulés et la médication antiphlogistique sont indiqués toutes les fois que la stomatite débuie et que l'irritation locale est très-vive. On peut ajouter à la décoction émoUienle 1 à 3 grammes de laudanum de Sydenham pour apiser la douleur, qui est s;»uveDt très-grande. Le même traitement cooTÎent au^^i aux ulcérations granulées et roug^eâ.tres qui se manifestent çà et là à l'intérieur de la bouche.
Une fois que Ton a reconnu l'inefficacité des remèdes précédents . il faut recourir à une autre médication. Les praticiens s'accordent à vanter les bons effets de l'alun et des gargarismes astringents et toniques. On commence par toucher les ulcérations avec le crayon de nitrate d'argent, l'alun, le sulfate de cuivre . le collyre de Lanfranc; puis le malade se gargari?e souvent avec des décoctions d'orge miellée, de quinquina ou de plantes astringentes ; les eaux de plantain, de rose rouge, de fraisier, de myrte, d'acacia, et d'autres encore, servent à préparer des gargarismes dans lesquels on introduit une certaine quantité de suc de groseille . de framboise , de vinaigre , de miel rosat , ou bien encore de l'alun , du sulfate de zinc ou du borate de soude ; l'eau de chaux, de magnésie . a encore été préconisée en pareille circonstance. On a beaucoup vanté le gargarisme fait avec le sous-acétate de plomb liquide additionné d'une certaine quantité d'eau. J. Frank en rejette complètement l'usage, à cause de l'inconvénient qu'il offre de noircir les dents loc. cit., p. 61); cette coloration finit par se dissiper. Un de nous a vu administrer et a prescrit lui-même ce gargarisme sans qu'il ait agi d'une manière plus prompte et plus sûre que les autres. L'eau alumineuse et la solution de borax méritent la préférence que leur accordent la plupart des médecins. Lorsque les gencires restent gonflées, molles et saignantes, on les louche avec le nitrate d'argent, surtout vers le collet 6^i dents, où existent fréquemment les ulcérations. Nous avons réussi de cette manière à guérir plusieurs stomatites mercurielles qui duraient depuis longtemps et avaient résisté à tous les autres agents ibér-iptulique?. Il faut répéter plu«ic Tè foij^ c? au-
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térisalions sur les gencives , et même sur la membrane muqueu.^e buccale. Aucun caustique ne réussit aussi bien que le nitrate d'argent, pourvu que la douleur et les symptômes inflammatoires se soient déjà dissipés.
Un gargarisme préparé avec le chlorure de sodium et de quinquina, les pastilles soufrées ou rendues balsamiques et stimulantes par Taddilion de baume du Pérou, de Tolu , les pastilles de cachou, sont d'une utilité très-grande chez les malades dont la membrane muqueuse et les gencives conservent pendant longtemps une diminution de consist;jnce qui s'oppose à la cicatrisation. Souvent l'état de débilité et d'épuisement où se trouvent les malades, par l'effet de l'affection contre laquelle on a dirigé le traitement mercuriel , rend indispeni^able l'administration interne de médicaments ioniques et. excitants. C'est alors que les infusions de racine d'arnica, de quinquina , de cardamome , les boissons acidulés et vineuses, les fenugineux, peuvent être employées avec avant;ige. Quelquefois les malades conservent un état scorbutique des gencives qui réclame un traitement particulier : une bonne alimentation, l'exercice et le séjour dans des lieux où règne un air vif et sec , contribueront plus que les remèdes au rétablissement de la santé.
On a conseillé de faire prendre à l'intérieur le sulfure de chaux et de magnésie, l'acétate de plomb, dans le but de produire dans les organes une combinaison nouvelle avec le composé mercuriel. Aucun fait positif ne prouve que cette action chimique ait lieu, et qu'un pareil traitement soit plus efficace que les autres. Il y a longtemps que Brassavolc et Fallope ont cru parvenir à neutraliser les effets du mercure en faisant tenir dans la bouche du malade une pièce ou un anneau d'or.
Nature. — Le mot slomalile a servi à désigner des maladies complexes qu'il importe aujourd'hui de séparer dans les éludes nosographiques. Tantôt elle constitue une phlegmasie simple de la membrane muqueuse, tantôt une phlegmasie pseudomembraneuse; dans d'autres cas, le ramollissement ou l'ulcération uon inflammatoire prédominent; quelquefois enfin , l'action du mercure se porte sur les glandes salivaires dont elle augmente fortement la sécrétion. Celle-ci n'est le plus ordinairement que Tef fel de la lésion quelle qu'elle soit dont la membrane muqueuse est le siège.
STRABISME, s. m., orfaSo; , louche, dérivé de arpecpoi, je toume. (Pathologie générale.)
On donne le nom de strabisme au défaut de concordance des axes optiques que Ton remarque .sur les deux globes oculaires. La direction vicieuse qu'ils prennent pendant les mouvements fait reconnaître sur-le-champ ce phénomène pathologique.
Le strabisme est simple quand il n'affecte qu'un VM.
seul œil , double quand il existe sur les deux yeux. La déviation anormale que subit le globe oculaire a reçu différents noms, suivant que Toeil est porté en dedans ou en dehors; dans le premier cas, le strabisme est dit convergent , et divergent dans le second. Le strabisme convergent est le seul qui soit double. Il y a aussi un strabisme en haut et un autre eu bas. On doit reconnaître dans cet état pathologique plusieurs degrés; quelquefois l'œil est poité en haut ou en dedans à un tel point que la cornée transparente est cachée parla paupière supt^rieure, ou en partie par l'angle interne de l'œil. Dans les attaques épilepliques , dans les convulsions liées à une affection des méninges ou du cerveau, on observe assez souvent ces déviations du globe de l'œil. Elles ne sont pas toujours portées à un pareil point; quelquefois même le strabisme est si peu prononcé qu'il faut une attention extrême pour le découvrir. On a conseillé de placer un objet alternativement devant chaque œil , et on a dit que si les deux yeux se tournent en dedans pendant que l'œil regarde l'objet, le malade est affecté de strabisme. Cet effet se manifeste chez les hommes dont les yeux sont parfaitement sains , et ne peut dès lors servir de moyen pour reconnaître le symptôme en question. M. Bonnet a proposé de recourir à l'expérience suivante : la tête du malade étant immobile, on place successivement un objet devant chaque œil; si la pupille d'un des deux yeux s'enfonce dans l'angle interne, on doit admettre l'existence du strabisme pour l'œil qui s'est ainsi dévié. Le même auteur pense aussi que ce même état pathologique existe lorsque les malades sentent l'œil droit se déplacer sous la paupière qui est fermée pendant que l'œil supposé dévié regarde un objet. M. A. Bérard dit, avec juste raison, que ces moyens de reconnaître le strabisme sont insuffisants (art. Strabisme, Dictionn. de méd., 2^ édit., p 607); il ne parie que du strabisme congénital. Nous n'avons à nous occuper ici que du strabisme symptomalique d'affections internes. Il ne faut pas confondre avec le défaut de parallélisme des yeux ou strabisme la convulsion des muscles oculaires qui porte dans le même temps les deux yeux soit en haut, soit en dedans.
Le strabisme étant le résultat de la contraction des muscles qui meuvent le globe oculaire, le médecin doit songer immédiatement à une affection cérébrale dès qu'il voit paraître ce symptôme. 11 peut dépendre de ce qu'un ou plusieurs muscles sont convulsés ou paralysés. La paraly.sie du muscle droit externe liée à une affection de la sixième paire de nerfs entraîne le strabisme en dedans; si c'est la troisième paire qui est affectée, la déviation a lieu dans un sens contraire. Ce symptôme est le plus ordinairement lié à une uillauimalion aijjue des méninges
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soit du sommel , soit de la ba?e du crâne. On a prétendu qu'il est plus commun lorsque la phlegmasie occupe cette dernière région , et surtout lorsqu'elle est située vers la racine du nerf optique et les parties environnanles. Les hémorrhagies méningées, l'encéphalite, l'hémorrhagie cérébrale, s'accompagnent fréquemment de strabisme, parce qu'elles produisent la paralysie ou la contracture des muscles moteurs de l'œil.
Les jeunes enfants sont exposés a offrir plus souvent que d'autres des convulsions au milieu desquelles apparaît le strabisme ; quelquefois même ce symptôme se manifeste sans qu'il y ait de convulsions dans d'autres parties. On la attribué au travail delà dentition, delà croissance, aux vers inlestinaux; mais ces causes sont loin d'avoir une influence bien démontrée sur la production du strabisme. Sans rejeter l'existence de ces convulsions sympathiques qui peuvent affecter les muscles de l'œil tout aussi bien que ceux des autres parties du corps, il faut reconnaître qu'elles sont liées le plus ordinairement à des affections des méninges; les tubercules qui siègent dans ces parties, et l'hydrocéphale, soit aiguë, soit chronique, doivent être considérés comme les de.:x maladies dont le strabisme est le symptôme le plus ordinaire. Les tubercules placés dans la substance cérébrale , et les autres produits morbides avec ou sans analogue qui se développent à la base du crâne, donnent également lieu à la convulsion des muscles qui meuvent le globe de l'œil. Dans toutes ces maladies le strabisme est passager et se manifeste seulement à certaines périodes; c'est surtout dans la période convulsive ou d'irritation qu'on le voit paraître; il est plus rare de l'observer quand la paralysie est complète.
Une maladie du globe oculaire, et le développement d'une tumeur dans la cavité orbitaire, peuvent aussi occasionner le strabisme. Ces maladies sont du domaine de la pathologie chirurgicale.
Les névralgies, les névroses, particulièrement l'épilepsie, peuvent déterminer le strabisme. Ce symptôme peut servir à faire distinguer l'épilepsie de l'hystérie simple dans laquelle l'œil est mù souvent avec rapidité , mais nullement dévié comme il arrive souvent dans l'épilepsie.
Le strabisme n'a qu'une valeur séméiologique bien faible: le médecin peut croire à l'existence d'une affection cérébrale lorsqu'il le voit paraître dans le cours d'une maladie, mais il ne lui est pas possible de dire quelle est la nature de cette maladie. Lorsque le strabisme se montre à plusieurs reprises et à des intervalles assez éloij; nés, on peut supposer que la lésion est chronique et consiste dans un produit morbide développé dans la cavité crânienne. Le pronostic du strabisme est en général (àcheux, puisque
la cause du phénomène est le plus ordinairement cérébrale et par conséquent expose le malade à de grands dangers.
STiîANGURÎE, s. f. , dérivé de oxpai'^, goutte , et cupov, urine, écoulement d'urine goutte par goutte (voyez Miction).
STROPHULUS. Voy. Licuen.
STUPEUR, s. f., en grec -ucpo;, stupeur, étonnement. (Pathologie générale.)
La stupeur est un état morbide qui est caractérisé surtout par l'expression d'indifférence, d'insensibilité et d'hébétude que prend la physionomie du malade. La sensibilité générale et spéciale ainsi que l'intelligence sont diminuées, affaiblies , mais nullement abolies. Le malade demeure plongé dans ua état de demi-sommeil, et lorsqu'on l'interroge il répond avec lenteur et difficulté aux questions qu'on lui adresse ou bien il marmotte quelques mots à voix basse et fait quelques efforts pour parler; ce qu'indique le mouvement de ses lèvres. 11 est souvent impossible d'en obtenir une seule parole, malgré les interpellations qu'on lui fait à haute voix. L'intelligence est affaiblie à ce point, que les idées ne se forment qu'avec peine et lenteur ; il faut aussi attribuer cet état de l'intellect à ce que les sens émoussésne reçoivent qu'imparfaitement les impressions extérieures et à ce que la sensation n'est ni aussi vive ni aussi exacte que dans l'état normal. Mais la cause principale de la stupeur réside , en définitive, dans l'altération qu'a subie l'innervation centrale ou divergente, ainsi que l'a appelée Bioussais. Une preuve qui nous semble établir nettement que la stupeur est un phénomène dû à l'affaiblissement de l'influx cérébral, c'est qu'il est constamment accompagné d'adynamie et souvent d'ataxie; or, ces deux états morbides, marqués par raffaiblissement ou la perversion de la contraction musculaire, ne peuvent dépendre que d'un trouble de l'innervation cérébrale; si les sens sont émoussés, si le visage n'exprime aucune des sensations que devraient exciter chez le malade les objets qui l'entourent, cela tient à ce que le sensorium commune n'est plus à l'état physiologique.
La stupeur est un symptôme d'une grande valeur séméiologique et qui méritait bien d'arrêter l'attention des auteurs qui ont écrit sur la pathologie générale, cependant, ils en font à peine mention et ne lui accordent pas l'importance que lui donnaient les anciens. Les progrès incessants de la médecine moderne ont conduit à une localisation assez rigoureuse des maladies, pour que l'on doive reconnaître aujourd'hui que la stupeur est le symptôme d'un trèsgrand nombre de maladiesgénérales et même locales; mais cette utile découverte, euFantée par les travaux lécents, ne doit pas nous empêcher de faire tous nos
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efforts pour déterminer les conditions pathogéniques générales au milieu desquelles la slupeur peut se manifester. C'est en procédant ainsi que nous sommes ramenés vers une ancienne doctrine, qui prétendait rattacher cet état morbide à des altérations humorales ou à des modifications profondes et générales du système nerveux.
Lorsqu'on jette les yeux sur les maladies dans le cours desquelles la stupeur se montre comme symptôme prédominant, on voit d'abord que sur la même ligne se placent toutes les giandes pyrexie.squel'ona désignées, tour à tour etsuivant les idées médicales régnantes, sous le nom de fièvres grattes, de peste j de ifphus, àe/iêi^res putrides, malignes, aJjnamiqiies y ataxiques , dejièt^res t/p/io'ùles. Ces maladies, dont la localisation exacte est encore impossible aujourd'hui, nous présentent pour caractère principal une altération profonde des fluides et du système nerveux; laquelle de ces deux altérations est primitive ou consécutive? personne ne peut le dire, et nous en sommes réduits à faire des hypothèses sur ce sujet. Les affections connues sous le nom Aq Jièure jaune, de pesiCj de tfphus épidémique, les fièvres intermittentes, rémittentes, pernicieuses, ainsi que les fièvres continues à quinquina, s'accompagnent également de stupeur. En un mol, ce symptôme se manifeste dans toutes les maladies qui sont primitivement générales, c'est-à-dire dans lesquelles le solide et les liquides sont altérés sans qu'on puisse dire par quelle altération a commencé la maladie.
A côté de ces maladies avec stupeur viennent se placer la fièvre puerpérale, les exanthèmes dans leur forme grave, la variole, la rougeole et la scarlatine, surtout lorsqu'elles sont épidémiques, la sueltc miliaire, puis des maladies virulentes, comme la morve, le farcin, la pustule maligne.
On trouve une autre classe de maladies dans lesquelles la lésion a été primitivement locale et qui changent entièrement de nature lorsque du pus ou un principe septique a pénétré dans le sang ; la phlébite non adhésive , et toutes les maladies dans le cours desquelles l'infection purulente peut se développer, donnent lieu à une slupeur très-intense.
11 résulte de i'énumération des maladies que nous venons d'indiquer un fait de la plus grande importance, en pathologie générale, savoir, que stupeur la se manifeste dans les maladies pyréliques, aiguës et générales toutes les fois que les humeurs sont altérées, soit que celle altération succède à une maladie d'abord circonscrite, soit qu'elle constitue l'élément principal ou unique de la maladie. Pour en citer deux exemples pris dans deux classes différentes de maladies, la fièvre typhoïde et la phlébite nous offrent cette slupeur. Dans la première, il est impossible de découvrir la cause du symptôme; dans la phlébite.
lorsque du pus s'introduit dans^ le sang , on peut en accuser cette altération humorale ; elle n'est que supposable dans les fièvres intermittentes pernicieuses et continues des marais. Dans la morve, dans la pustule maligne, le charbon, le principe virulent etspécifique est facile à saisir : et cependant, pour des maladies dont l'origine est si différente, il y a, outre les symptômes propres, un phénomène commun, la stupeur, que l'on peut attribuer au système nerveux ou à l'altération du sang; mais les difficultés ne sont pas levées dans l'une et l'autre de ces hypothèses. Comment des causes pathogéniques si différentes peuvent-elles produire le même effet? Quoi qu'il en jsoit de ces difficultés qui nous paraissent insurmontables dans l'étatactuel de la science, on ne doit pas moins en conclure que la stupeur est toujours le signe d'une maladie générale,que celle-ci dépende soit d'une altération primitive du sang, soit d'une perturbation également primitive du système nerveux. Aussi le pathologiste doit-il concevoir les craintes les plus vives sur lissue d'une maladie lorsqu'il voit la stupeur se manifester à son début ou pendant son cours; elle lui indique une de ces graves pyrexies contre lesquelles la thérapeutique échoue trop souvent et qui se compliquent presque toujours des états adynamiques ou ataxiques. Lorsque des maladies, d'abord locales et dont la nature est bien déterminée, s'accompagnent de stupeur, on doit songer immédiatement à la pénétration du pus ou dequelques humeursseptiques et putrides dans le sang, ou à quelques-uns de ces empoisonnements miasmatiques ou virulents dont la peste, la fièvre jaune , les fièvres intermittentes d'une part, la morve et les charbons de l'autre, nous offrent de si terribles exemples. Quelquefois aussi un trouble fonctionnel considérable du système nerveux est la seule cause de la stupeur qui nous paraît avoir deux sources principales, l'altération du sang, l'altération fonctionelleou matérielle du système nerveux. On pourrait donc à ce point de vue distinguer une stupeur par altération humorale, qui est la plus commune de toutes, el une stupeur par trouble du système nerveux. Disons cependant que le plus ordinairement celte dernière procède de la lésion du sang, qui, une fois altérée, agit sur le système nerveux à la manière d'un poison contro-stimulant.
La stupeur contre-indiqiie en général l'emploi du traitement antiphlogistique et débilitant: toutefois, comme la stupeur peut aussi tenir à ce que le système nerveux est momentanément opprimé par la vicdcnce d'une inflammation, on ne doit pas proscrire (;ntièremenl les antiphlogistiques. Les anciens, qui se laissaient guider souvent par l'étude des symptômes dans le traitement dfs maladies, avaient ét(^ conduits à instituer surtout une médication tonique et excitante, toutes les fois que la stupeur était un des phénomènes prédominants de la maladie. La doctrine de Brown eii