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le lyphus, la suelle niiliairc, dounenl lieu, entre i aulres phénomènes caraclérisliques , à de fréquentes déterminations morbides vers la peau (bubon , gangrène, pétéchies, papules, miliaires, etc.) (voyez Slette.)
SUETTE,s. f.
Dénominations françaises et étrangères. — Pourpre blanc, millot, millet, miliaire, fièvre miliaire, suette milialre, suctte, sueite de Picards. Fr. — Fehbre migliare, miarola. Ital. — Dùlios, calentura miliar, tabardillo pintado. Esp. — Miliary fcver, miliaria. Angl. — Fiiescl, Frieselblatlern, Frieselficberj Schivcissfieber. AU. — Gierskoorts. Holl. — Pries 1er. Dan. — Friesel, hvita friseln. Suéd.
Synonymie suii^ant les auteurs. — Miliaria, Linné, Cullen, Swediaur; miliaris febris, Vogel, Webster ; nova febris, Sydenham ; exanlhema miliarc, Borsieri; exanthema miliaria, ?^\y\%\\\ febris purpurata miliaris, Hoffmann; emphl/sis miliaria, GogA-, febris purpurea, Junker; febris esserosa , febris puncticularis , morbus miliarium, purpura miliaris, purpura alba, febris vesicularis, hydroa,sudamina, febris culicaris, miliaris sudaloria, aut. div.
Définilion et division. — La maladie qui , depuis le commencement de notre siècle , a été observée et décrite sous le nom de suetie miliaire, de sueite des Picards, est une affection dont l'individualité est parfaitement établie, dont les symptômes sont tranchés et caractéristiques; mais quels sont les rapports qui existent entre cette maladie et h fièvre miliaire idiopatliique, la maladie cardiaque d'Erasistrate, d'Aretée, de Cœlius Aurelianus, la suetie anglaise décrite par les écrivains du XVI* siècle? 11 est fort difficile de répondre à cette question d'une manière satisfaisante.
Nous avons établi ailleurs que h fièvre miliaire idiopathique des auleurs n'est très-probablement que la forme k^gère, bénigne , sporadique de la suette , et nous ne reviendrons point sur les considérations qui out servi de base à nolie opinion (voy. le Compendium, art. Miliaire (Fièvre), t. vi, p. 87).
Hecker {Dcr englische Schiveiss ; Berlin, 1 831) et M. Litlré [Gazelle médicale, p. 333 et suiv. ; 1835) se sont livrés à l'étude comparative du mal cardiaque, de la suette anglaise et de la suelle des Picards; mais malgré de savants efforts, ils n'ont pu, en présence de descriptions incomplètes et obscures , arriver à une solution complélemcnt salisfaisanle. Après avoir longtemps médité ce sujet, nous croyons pouvoir élablir que les trois affections que nous venons de nommer sont liées entre elles par de nombreuses analogies, et que, si elles s^ont .^éparées par quelques dissemblances , celles-ci trouvent leur rai-
son d'existence dans les modifications profondes que la marche progressive de la civilisation a imprimées à la physionomie de la plupart des maladies épidémiques ? Faut-il distinguer la suette anglaise de la suette des Picards, parce que dans la première 'e début était plus brusque, plus instantané, la marche plus rapide, la terminaison plus souvent funeste? Suivant Hecker, l'absence de toute éruption dans la suette anglaise est un phénomène différentiel important; mais Tyengius mentionne positivement l'existence d'une éruption, mais celle-ci n'est point constante dans la suette des Picards ; mais la marche de la maladie étant différente dans les deux cas, elle pouvait manquer dans la suette anglaise, et, au contraire, se montrer dans la suette des Picards sans que l'on soit en droit de conclure qu'il s'agit de deux maladies distinctes: n'observe-t-on point des faits analogues dans la fièvre typhoïde, la peste, etc?
«L'antiquité, dit M. Littrc {loc. cit., p. 336), voit naître, dans le lu*^ siècle avant J. C, une maladie caractérisée par des sueurs excessives accompagnées d'un extrême danger. A la fin du xv*' siècle, le nord de l'Europe est affligé par une maladie analogue et qui n'en diffère que par l'effet que produisent sur elle le froid cl l'humidité. Après cinq apparitions successives, la suette anglaise disparaît complètement et elle rentre, avec la maladie cardiaque de l'antiquité, dans le domaine des faits purement historiques. Cent ans après la dernière manifestation de la sueite anglaise , les médecins signalent celle des Picards, qui n'en diffère que par l'éruption miliaire. Enfin, au commencement de ce siècle, une petite ville d'Allemagne est visitée par une maladie redoutable, inconnue à tout le monde, et dont tous les caractères représentent ceux de la vieille sueite anglaise. Ces faits sont singulièrement curieux, mais ils montrent combien est incomplète notre pathologie qui laisse eu dehors de son cadre d'aussi graves événements. Dans le cours du temps , certaines maladies nouvelles commencent et d'autres cessent; ce ne sont pas seulement les climats qui modifient les affections corporelles de l'humanité, les époques exercent aussi leur influence. Sans doute, il est des maladies de tous les siècles comme de tous les pays, mais une certaine portion, pour ainsi dire flottante, éprouve des chaugcmeuts d'âge en âge, et, phénomène qu'il aurait peut-être été difficile de prévoir à l'avance , le temps met au HKiude ([c> combinaisons nouvelles entre les éléments pathologiques. Dans quel sens et vers quel but, c'est ce que des études encore trop courtes et trop peu profondes ne nous permettent pas dentrevoir.»»
l;'iii>loire des maladies épidéiniques justifie .sans cesse ces paroles empreintes d'une sage philosophie, et elle nous semble démontrer que la fièvre miliaire idiopathique, la suette des Picards et la suette anglai>e,
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ne représentent que des combinaisons nouvelles survenues entre les éléments pathologiques d'une seule et même maladie.
En nous plaçant à ce point de vue, nous définirons la suette : une affection générale, une pyrexie endémique et épidémique, accompagnée de troubles variables et plus ou moins prononcés des différents appareils, mais principalement caractérisée par des sueurs excessives auxquelles se joint, le plus ordinairement, une éruption vési' culopustuleuse.
Après avoir, selon notre habitude, étudié isolément les différents groupes de symptômes qui caractérisent la suette, nous établirons trois formes : l'* une forme légère, bénigne, à laquelle correspond la suette sporadique {fièvre miliaire idiopathique des auteurs), et qui constitue les cas les moins graves des épidémies de notre siècle, et même certaines épidémies tout entières (épidémies des départements de l'Oise et de Seine-et-Oiseen 1821, épidémie de l'arrondissement de Goulomniersen 1839); 2" une forme intense qui représente les faits les plus graves des épidémies de notre siècle , ou la physionomie générale de certaines épidémies particulièrement meurtrières (épidémie du département de la Dordogne en 1 84 1 ) ; 3^ une forme grave (suette maligne) dont les épidémies de notre siècle n'ont offert que peu d'exemples (épidémie de 1841), mais qui a dominé, en 1812, dans l'épidémie de Rœttingeii (Franconie) et qui représente la maladie telle que l'ont observée les écrivains du xv*^ et du xvi^ siècle (suette anglaise).
^altérations anatomiques. — M. Parrot est le seul auteur contemporain qui ai! observé une épidémie meurtrière de suette, qui ait été dans le cas de pratiquer un assez grand nombie d'autopsies, et qui ait tracé une description anatomo-pathologique de quelque valeur. C'est à son travail que nous empruntons la plus grande partie des détails qui vont suivre.
Aspect du cadavre. — «Hominum hoC morbo aereptorura cadavera cito inloîerabiiiter fœlent et in- «rtumescunt.» Cette assertion d'Allioni {Traclatio de miliarinm origine, progressu, etc., p. 65. ; Augusta Taurinorum, 1 7.58) a élé vérifiée par M. Parrot, à Condrieux, en 1841 ; «il n'y eut pas un mort, dit cet observateur, qui ne tombât immédiatement et entièrement en pourriture.» Des lividités cadavériques existaient à peu près constamment aussi bien à la partie antérieure qu'à la partie postérieure du corps. «Ces ecchymoses t'iaient oïdinaircnicnt plus prononcées à la têtr, qui devenait hideuse par ce seul fait qu'elle était sillonnée en tous sens, là par des lignes violettes, ici par des sinuosités verdâlres, ailleurs par des plaques noires ; ces taches ccchymosiqncs étaient souvent accompagnées d'un gonflement qui .se rencontiiiil également plu? souvent sur la télé que partout
ailleurs, et qui contribuait à lui donner cette physionomie monstrueuse» (Parrot, Histoire de l'épidémie de suette miliaire qui a régné en 1841 dans le département de la Dordogue, in dlém. de l'Jcad roy, de méd., t. x, p. 454; 1843).
Appareil digestif — L'estomac est habituellement sain (Parrot) ; quelquefois cependant la membrane muqueuse présente une couleur rouge plus ou moins foncée, due à l'injection de ses vaisseaux capillaires (Rayer, Histoire de l'épidémie de suette miliaire qui a régné en 1 82 1 dans les départements de l'Oise et de Seine-et-Oise, p. 1 53; Paris, 1 822); M. Bourgeois y a trouvé des plaques violacées, noirâtres et un léger ramollissement (Barthez, Gueneau de Mussy et Landouzy, Histoire de l'épidémie de suette miliaire quia régné en 1 839 dans plusieurs communes de l'arrondissement de Coulomniers, in Gaz. méd., p. 673, 674; 1839).
M. Rayer indique que la rougeur stomacale se prolonge quelquefois dans l'intestin grêle où elle est toutefois beaucoup moins apparente. M. Parrot n'a rencontré aucune lésion dans les intestins, sauf, dans quelques cas , une injection hypostatique plus ou moins étendue, et une légère tuméfaction soit des glandes de Brunner, soit des plaques de Peyer {loc. cit., p. 455). Dans un cas , M. Bourgeois a constaté une éruption vésiculeuse qui occupait tout l'iléum et le gros intestin. Les vésicules paraissaient ombiliquées, ce qui tenait à ce que leur partie moyenne était transparente; il en sortait un liquide d'un blanc nacré [loc. cit., p. 673).
Presque toujours , M. Parrot a vu le foie dépasser d'un tiers .^on volume ordinaire, sans présenter d'ailleurs aucune altération de consistance ou de coloration. '
La rate est ordinairement hypertrophiée; presque constamment elle est ramollie; son tissu se laisse facilement écraser sous le doigt. Dans deux cas, M. Parrot l'a vue réduite à l'état d'une bouillie noirâtre.
Appareil respiratoire. — La membrane muqueuse du larynx et de la trachée-artère est ordinairement rouge; les poumons sont toujours gorgés de sang, surtout à leur partie postérieure; en avant, ils présentent souvent des plaques emphysémateuses nombreuses et très-circonscrites (Parrot).
Appareil circulatoire. — Allioni assurait que la lésion la plus importante, et souvent la seule qui se présente dans la suette, consiste en une congestion sanguine générale du système veineux; cette assertion a été vérifiée par tous les observateurs modernes. Presque constamment les sinus méningiens, les vaisseaux veineux pulmonaires , le système de la veine porte, sont gorgés d'un sang épais, noir et fluide.
Les grosses artères présentent quelquefois sur leur membrane interne une coloration dun rouge amarante (Parrot).
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Le sang retiré pendant la vie ne se couvre jamais d'une couenne; le caillot est large, mou, le sérum très-abondant ; après la mort , le sang se montre à l'état de fluidité, de difflucnce (Parrot, loc. cit., p. 456).
Le système ncrueux ne présente que des lésions variables et peu importantes ; M. Parrot a rencontré tantôt des adhérences méningées partielles, tantôt le piqueté rouge et un léger ramollissement du cerveau, tantôt un épanchemeut plus ou moins considérable de sérosité dans les ventricules.
Symptômes. — Prodromes. — Dans la grande majorité des cas, la maladie débute subitement, pendant la nuit, au milieu de la santé la plus parfaite, et sans avoir été annoncée par aucun phénomène précurseur. Souvent elle se montre au réveil ou après le repas (Parrot) ; quelquefois, au contraire , la suetle est précédée pendant deux , trois ou quatre jours, ou quelques heures seulement, de malaise, de lassitude, de céphalalgie sus-orbitaire, de douleurs dans les articulations , et surtout dans les genoux et les poignets, d'une légère douleur épigastrique, de nausées, de vomissements, de coliques. M. Parrot a vu quelquefois la suetle être annoncée par une indigestion.
Le début de la maladie est toujours caractérisé par une sueur abondante, que précède quelquefois un frisson peu étendu et de courte durée.
1® Enueloppe cutanée. — Des sueurs d'une abondance et d'une odeur spéciales se montrent constamment et forment le caractère de la maladie. «Le phénomène des sueurs continues, depuis l'invasion jusqu'à la fin de la maladie , dit M. Rayer {loc. cit., p. 168), est d'autant plus digne d'attention qu'il existe constamment et à un degré remarquable , quelle que soit la forme de la maladie. Celte continuité, cette uniformité des sueurs observées dans des conditions morbides diverses , est vraiment une chose bien étonnante.»
La sueur est continuellement exhalée sur toute la surface du corps, et pas plus au front eX à la face que partout ailleurs; elle est tellement abondante que souvent, en tordant les draps, on en exprime une eau qui ruisselle sur le plancher ( Parrot ~; M. .Ménière a vu beaucoup d'individus qui avaient changé de chemise vingt lois, trente fois dans une nuit, et chez lesquels le flux continuait avec une égale intensité depuis deux ou trois jours [Note sur iépid. de sue t te miliaire qui a réi;né dans le département de l'Oise , in Jrch. génér. de mcd., t. XXIX , p. 1 0 1 ; 1 832). En soulevant les couvertures des malades , on voit s'élever une vapeur épaisse qui bientôt se condense et forme une véritable pluie (Rayer, I\lénière, Parrot).
La sueur répand une odeur cxlrémenient fétide qui a été comparée par M. Rayer et M. Moreau {lUém
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sur l'épidémie miliaire qui' a régné en 1821. dans le département de iOisc, in Journ, hebdomadaire, t. vui, p. 262; 1832) à celle de la paille pourrie , et par M. Ménière à celle de l'eau légèrement chlorurée ou des évacuations cholériques. «Les sueurs, dit M. Parrot, ont une odeur caractéristique qu'il est impo.ssible de ne pas reconnaître quand on l'a sentie une fois; mais je ne puis la comparer à aucune autre, parce que je n'en connais aucune qui lui soit comparable ou qui offre avec elle la moindre analogie n {loc. cit., p. 436). M. Ménière n'a constaté l'odeur de paille pourrie que chez les malades couchés sur de mauvais lits dont une vieille paillasse formait la principale pièce, et l'on conçoit facilement, dit-il, d'où elle provenait.
La peau, tandis qu'elle est inondée de sueur, est moelleuse au toucher et fait éprouver à la main une sensation toute particulière, que M. Parrot considère comme un sigue pathognomonique. «Pour celui qui avait l'habitude de voir la sueite , dit-il , il était facile de la diagnostiquer hardiment sur cette seule sensation. »
La température cutanée présente une élévation d'autant plus considérable que la maladie est plus grave.
Les sueurs se montrent presque constamment dès le début et au plus tard le second jour ; elles deviennent moins abondantes vers le quatrième ou le cinquième jour, et cessent en général vers le septième ou le huitième, mais quelquefois seulement vers le dixième ou le onzième. Pendant les paroxysmes, les sueurs redoublent même dans la période de décroissance, et reviennent alors aussi abondantes qu'au début; dans les intervalles de rémission, le malade ne présente souvent, au contraire, qu'une simple moiteur (Barthez, Gueneau de Mussy et Lmdouzy, loc. cit., p. 645).
Un picotement, plus ou moins incommode s'i.st fait sentir chez quelques malades eu l'absence de toute éruption ultérieure.
Éruption. — Dans la grande majorité àc^ cas, la sueite est accompaguée d'une éruption vésiculopustuleuse spéciale, mais ce symptôme n'est point constant, ainsi que l'ont assuré quelques auteurs (voy. Rayer, ouvr. cité, p. 178-1 80. — Woreau, loc. a7.,p. 264).
L'éruption est toujours annoneée par un pnuit plus ou moins vif qui se fait surtout sentir pendant les paroxysmes, et qui occupe principalement le dos et les membres; il est quelquefoi ; accompagné d'une vive agitation , de soubresauts dans les tendons; taulot les malades accusent nue simple démangeaison ou une sensation d'eiigo;i,disscmcnt et de loidcur dans .'es bras et les p;»ignels, fanlol ils rprouvuiit des I douleurs vives, et il est alor;. diliicile de les conlruir
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dans leur lit et de les obliger à garder le repos (Barthez,Guci)eau et Landouzy).En général, l'intensilé du prurit est en rapport avec rabondancede l'éruption et le volume des vésicules. Sous le rapport de l'invasion , de l'inîensilé, de la durée, etc., le prurit et l'éruption présentent les mêmes variétés , les mêmes inégalités (Uayer).
Quelquefois, du deuxième au troisième jour, ordi nairenient du troisième au quatrième . souvent entre le quatrième et le cinquième, rarement entre le cinquième et le sixième, enfin, dans quelques cas, entre le septième et le huitième, on voit apparaître une éruption vésiculo-pustuleuse qui a été décrite avec soin par M. Rayer.
«L'éruption miliaire commence à paraître d'abord sur les côtés du cou, à la nuque, veis les aisselles sous les seins, chez les femmes; on la remarque ensui:e au dos. aux faces internes des bras, au basventre , aux faces internes des jambes et des cuisses. Celte éruption se fait aussi quelquefois d'une maliière très-irrégulière , tantôt de haut en bas et tantôt de bas en haut sur diverses parties du corps.»
«Tantôt générale et rapide dans son dévoloppement, elle couvre tout le corps en vingt-quatre ou trente-six heures; tantôt partielle et lente, de sorte que la dessiccation ou la disparition de l'éruption s'opère déjà dans des points où elle a paru d'abord, tandis qu'elle commence à naître sur d'autres parties. D'autres fois, primitivement circonsciite sur une partie du corps , l'éruption semble se promener , et après avoir parcouru différentes régions, repaïaît de nouveau sur celle où elle s'était montrée en premier lieu. 11 arrive aussi que l'éruption ne se faisant qu'incomplètement le premier jour de son apparition, une deuxième ou troisième formation de boutons a lieu le lendemain ou le surlendemain » (Rayer, loc cit., p. 170, 171). Dans l'épidémie de Vesoul, l'éruption ne se montra ni sur la face ni sur les bras (Pralbernon, Notice sur la sue fie miliaire épidémifjue à Fesoal en 1 83 7, in Revue médicale j t. m, p. 199; 1838).
L'éruption , en général plus marquée dans le sens de la flexion que dans celui de l'extension , est discrète ou confluente; on a distingué plusieurs variétés.
Miliaire rou^'e. — L'éruption est caractérisée par de petites granulations dures, rouges , coniques, qui rendent la peau rugueuse au loucher , et dont on n'aperçoit la disposition vésiculairc qu'au moyen de la loupe. Au moment de son apparition , cette forme rappelle quelquefois l'aspect de l'éruption morbilleuse.
Miliaire vésiculense , vêsicido-pusluleuse. — Les vésicules sont beaucoup plus giandes; elles ont )c volumç d'un gtuin de niilletou de chènevis; jeur
base est entourée d'une auréole d'un rouge vif; elles renferment un liquide transparent, jaunâtre, qui plus tard devient trouble , louche, puis blanchâtre et comme laiteux. Souvent on rencontre çà et là de véritables pustules.
Miliaire huileuse , phlycténoïde. — Il existe un nombre plus ou moins considérable de bulles dont les dimensions vaiient depuis celles d'un pois jusqu'à celles d'une pièce de cinq francs; les plus grandes de ces phîyctènes ressemblent à celles que l'on rencontre dans le pemphygus; ordinairement , elles sont formées par la réunion de plusieurs vésicules.
Miliaire ùlanc/ie. — Dans cette variété , on découvre une quaniité innombrable de vésicules trèspetites , sans auréole , contenant un liquide semblable à de l'eau distillée, s'élevant sous la forme de granulations perlées, de gouttelettes diaphanes, sur lesquelles on peut promener le doigt sans les écraser , et qu'on n'aperçoit qu'en tendant la peau et en la regardant très-obliquement (Rayer). Les vésicules qui caractérisent cette variété sont de véritables sudamina.
Tantôt on ne rencontre qu'une seule des variétés que nous venons de décrire; tantôt elles se montrent réunies sur le même malade; d'autres fois elles apparaissent successivement dans le cours de la maladie.
La miliaire rouge disparaît quelquefois en fort peu de temps , sans donner lieu à aucune desquamation ; «il faut en conclure, dit M. Rayer, qu'il n'existe pas de fluide autre que du sang dans le plus grand nombre des boutons, ou que l'humeur qu'ils contiennent est résorbée.»
Ordinairement les vésicules se flétrissent ou se rompent au bout de quatre ou cinq jours , et il survient une desquamation d'autant plus prononcée, d'autant plus abondante, que les vésicules ont été plus nombreuses et plus considérables. Lorsque l'éruption est discrète, la desquamation ressemble à celle de la rougeole ; elle est semblab e à celle de la scarlatine lorsque l'éruption est confluente (Parrot).
Dans la miliaire rouge, M'il. Barlhez, Guéneau et Landouzy ont vu quelquefois la desquamation ne survenir que huit ou dix jours après la cessation de tous les phénomènes apparents de la maladie.
Chez quelques malades, il reste, après la disparition des vésicules , une taciie rouge , irrégulière , disparaissant sous la pression du doigt, et se couvrant, après un ou deux jours, d'une desquamation furfuracée.
L'éruption disparaît souvent d'une manière soudaine lorsqu'il survient une complication, une phlegmasie viscérale (Rayer).
Dans l'épidémie de Coulommiers , l'éruption s'est toujours montrée en premier lieu sur la régiou dor-
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sale et sur la partie antérieure du thorax : c'est toujours là qu'elle était le plus confluenle; elle envahissait ensuite les membres, principalement dans le .sens de la flexion ; souvent elle était plus considérable aux membres supérieurs qu'aux inférieui s. Beaucoup de malades ont eu des boulons dans les cheveux et dans la barbe : on a observé des boutons isolés disséminés sur la face ou concentrés autour des paupières; on eu rencontrait rarement à Ja paume des mains et à la plante des pieds.
L'apparition de l'éruption est souvent accompagnée d'une modification notable dans les autres symptômes; la céphalalgie disparaît, les sueurs diminuent; les symptômes gastriques s'amendent tandis que souvent la dyspnée augmente. M. Rayer, iVappé de celle coïncidence, s'est demandé si l'éruption estsymplomalique d'une irritation des viscères, et en particulier de celle de la membrane muqueuse de Teslomac, s'il existe quelque li^iison entre les sueurs et Téruplion ; mais sur aucune de ces questions il n'a pu arriver à une réponse satisfaisante (voy. ouvr. cilc, p. 175-178).
2^ Digestion. — On a distingué deux' degrés d'irritalion gasiro-infestioale : dans le premier la langue est couverte, dès le premier jour, d'un enduit épais et grisâtre ; ses bords et sa pointe ne présentent aucune rougeur; la soif est nulle ou peu vive malgré l'abondance des sueurs, l'appétit diminué, l'épigaslre peu douloureux, même à une forte pression; pas de vomissements; une cousiipalijn opiniâtre persiste ordinairement pendant toute la durée de la ni «ladie; le ventre reste souple et indolent.
Dans le second degré, soit dès le début, soit au moment de l'éiuplion, la langue est couverte à la base d'un enduit jaunâtre très-épais; ses bords et la pointe sont rouges, sa surface est sèche; la soif est vive, l'épigaslre douloureux; il survient des nausées, des vomissemenfs de matières bilieuses ou glaireuses avec tension à l'épigastic et anxiété; il .survient quelquefois de la diarrhée; M. Rayer a observé, dans un cas, un véritable flux dysentérique.
Dans quelques cas la langue .se dépouille de son épiderme el devient le siège d'une desquamation analogue à celle qui s'opère sur la peau; elle est alors d'un rouge vif, ses papilles fungiformes sont saillantes. Celle desquamation épithéliaque est-elle due à une éruption développée sur la langue ? MM. Rayer, Bailhez, Gueneau el Landouzy n'ont jamais renconlré de vé.sicules sui- la langue, mais ces derniers observateurs en ont vu plusieurs fois sur le voile du palais et la voûte palatine {/oc. cit., p. 0--i6).
Un grand nombre de ni»!,vJcs présenlenl des aphthes et des exsudatious pseudomembrancuses sur
les gencives; chez quelques-uns on observe une an gine peu intense.
lie s pi ration. — Dès le début les malades respirent souvent, soupirent, et s'efforcent à faire de longues inspirations. La dyspnée devient quelquefois extrême, et les malades s'imaginent qu'ils vont périr par suffocation. M. Ménière (Joe. cit., p. 100) pense que l'oppression dépend d'une congestion .sanguine qui s'opère â la fois vers le cœur et les poumons, mais celte opinion est renversée par les résultats négatifs que donnent constamment la percussion et l'auscultation (Rayer, Barihez, Gueneau et Landouzy). M. Rayer pense que la dyspnée et les anxiétés précordiales sont produites par une lésion fonctionnelle des nerfs pneumogastriques et Iriplanchniques.
La bronchite n'a jamais été observée dans l'épidémie de Coulommiers ; elle a éé très -rare dans l'épidémie de Seinc-et-Oi.^e; elle s'est, au contraire, presque constamment montrée dans l'épidémie de Wareuilde 1835 et dans celle de Gondrieux en 1841 (Parrot, loc. cit., p. 439).
La pneumonie est rare et doit être regardée comme une complication.
Circulation. — Ordinairement, à moins d'une complication, on n'observe qu'une légère accélération du pouls, plus marquée au moment où s'opère l'éruption. Dans l'épidémie de la Dordogne, toutefois , le début de la maladie a presque toujours été marqué par des battements tumultueux du cœur accompagnés d'anxiété précordiale. L'oreille appliquée sur la poitrine était soulevée comme dans l'anévrysme le plusconsidérablc, el cependant l'auscultation et la percussion démontraient labsence de toute lésion organique du cœur (Parrot).
Très-souvent les malades éprouvent des battements violents et pénibles à la région épiga^trique; M. Rayer a constaté qu'ils se passent dans le tronc opislo-gaslrique et dans les artères qui se distribuent aux courbures de l'esiomac.
Dans l'épidémie de Coulommiers, plusieurs malades eurent des épistaxis abondantes et répétées.
yéjjpareil génilo-urinairc. — Les rapports de la suelle avec l'écoulement menstruel paraissent avoir singulièrement varié dans les différentes épidémies. «Lorsque la maladie, ditiVI. Rayer {loc. cit., p. 197), se déclarait à l'époque du flux menstruel, celte évacuation avait lieu comme dans l'état iiorn)at, à moins qu'un organe important ne dexînt le siège d'une lésion plus ou moins grave; il arrivait même quelquefois qu'au milieu du plus grand dé.sordre des fonctions les menslrues apparai>saient à leur époque habituelle el suivaient leur marche ordinaire, n Mftl. Barihez, Guerieau et Landouzy ont vu les menstrues lantôl s'opérer régulièremenl, tantôt cire
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retardées, lantôt être avancées (/oc. c/>., p. 647). DaDsl'épidémiedelaDordogne, les règles ont été provoquées et avancées. «Le nombre des femmes ayant leurs menstrues pendant qu'elles étaient malades fut vraiment prodigieux. ))(Parrot,/c?c*.677., p. 440).
M. Parrot a vu plusieurs femmes avorter au moment où elles furent atteintes de la suette.
Les urines sont, en général, rares et colorées; du troisième au cinquième jour de h maladie , les sujets éprouvent quelquefois des envies fréquentes d'uriner, une dysurie passagère accompagnée de douleurs hypogastriques,de cuissons, de chaleur dans le canal de l'urèthre, de ténesme vésical. Trois ou quatre fois M. Parrot a été obligé de recourir à la sonde ; dans deux autres cas il y avait , au contraire, incontinence d'urine.
Innervation. — On observe du côté du système nerveux des troubles marqués et fort importants, mais très-variables.
«La tête, dit M. Parrot {toc. cit., p. 441 ), était toujours douloureuse, cl le plus habituellement dans la région frontale. Ce symptôme ne manquait jamais; il était aussi constant que les sueurs et se montrait comme elles et avec elles au début de la maladie. Ce symptôme était un des plus tenaces et des derniers à disparaître; il poursuivait souvent les malades jusque dans leur convalescence, et quelquefois il ne les abandonnait pas même après leur rétablissement. 11 y avait , dans pre.'^que tous les cas, absence presque complète de sommeil, et l'insomnie, peut-être plus complète dans la convalescence que pendant la maladie, était souvent le seul et le dernier symptôme qui retardait la guérison.»
Dans l'épidémie de Goulommiers, la céphalalgie ne s'e.-t guère iTiOnlrée que pendant la période d'invasion, et souvent elle a manqué complètement (Barthez , Gucneau et Landouzy, loc cit., p. C46).
«La céphalalgie, dit au contraire M. Ménière(/oc. cit., p. 101), occupe en général la région sus-orhitaire ou le vertex ; elle s'étend souvent à toute la tête; elle est gravative , accablante; elle persiste sans redoublement et ne paraît pas tenir à l'afflux du sang vers le cerveau.»
Ces malades sont ordinairement abattus, agités, inquiets; l'anxiété est quelquefois portée à un degré extrême et exerce une influence très-fàcheuse sur la terminaison de la maladie. «Ceci est si vrai, dit M. Pigné, que des individus d'une énergie plus grande que les autres qui ont été pris de la suette alors qu'elle sévissait avec le plus d'intensité, ont refusé de se coucher, et chez eux la maladie a parcouru toutes ses périodes sans avoir offert aucune gravité » {Notice sur l'épidémie de suette qui a régné dans le déparlement de la Oordogne, in Gaz. méd., p. 248; 1812).
MM. Barthez, Gueneau et Landouzy ont vu quelques malades éprouver des synèopes au milieu des paroxysmes, et ce symptôme leur a paru aggraver le pronostic.
Lorsque la maladie est très-grave , lorsque les paroxysmes sont très-violents, il se manifeste parfois des troubles nerveux qui sont tantôt symptomaliques et tantôt le résultat d'une complication, d'une phlegmasie du cerveau ou de ses méninges; on observe alors du délire, des convulsions, du coma, en un mot tous les symptômes de la méningo-encéphaphalite.
M. Rayer a vu plusieurs malades chez lesquels un délire furieux, des convulsions et la mort ont succédé à des émissions de sang trop abondantes et inopportunes (/oc. cf7.,p, 188, 189).
Les forces sont ordinairement déprimées dès le début et souvent la prostration devient très-grande. «La faiblesse persistait souvent longtemps encore après la cessation des autres symptômes, et le malade éprouvait pendant longtemps de la difficulté à marcher et des douleurs dans les articulations, principalement dans les genoux. Cette débilité était proportionnée à la gravité de la maladie» (Barthez, Gueneau et Landou/y, loc. cit., p. 646).
Les senssont rarement troublés ;cependant M. Parrot a observé chez plusieurs malades de l'amaurose, des tintements d'oreille, de la surdité et des perversions bizarres de l'odorat et du goût.
Marche , durée , terminaison. — A. Suette bénigne, légère. — La maladie se déclare quelquefois brusquement, mais le plus souvent elle est annoncée plusieurs jours à l'avance parles symptômes précurseurs que nous avons indiqués, et spécialement par des lassitudes, de l'inappétence, de la céphalalgie, des nausées (période d'im^asion). Le début de la maladie est caractérisé par l'apparition des sueurs: celles-ci sont d'une abondance modérée; le pouls est large, mou; le ventre et l'estomac sont indolents; la langue est humide et couverte d'un enduit léger, la respiration libre [période de sueurs). Vers le troisième ou le quatrième jour, quelquefois beaucoup plus tôt, peu d'heures après le début (Defrance, Considérations sur la suette miliaire qui a régné épidcmiquement à Juxi-le-Château pendant les mois de juin et juillet 1832 , in Journ. complém. des sciences méd., t. xliu. p. 379), le pouls s'accélère légèrement, la sueur est plus abondante, le malade éprouve de l'agitation, de l'anxiété, de l'oppression , la peau devient le siège d'un picotement plus ou moins vif et l'éruption se montre (période d'éruption). Aussitôt qu'elle s'est accomplie, les sueurs et la céphalalgie diminuent, et la convalescence succède immédiatement à la. desquamation qui a lieu au bout de quatre à cinq jours (période de desquamation^.
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La durée de la suette bénigne ne dépasse jamais trois septénaires; elle est ordinairement de quatorze jours, et souvent de huit à dix jours seulement ; elle est même encore plus courte dans les cas où l'éruption paraît manquer complètement (Gastellier, Traité sur la fièvre miliaire épidémique y p. 32 ; Paris , 1784).
La convalescence est rapide et accompagnée seulement d'un peu de faiblesse.
B. Suette intense. — La maladie débute presque toujours brusquement; lorsqu'elle est annoncée par des prodromes, ceux-ci sont caractérisés par une grande prostration, une céphalalgie violente, des douleurs dans les membres, des vomissements, de l'insomnie, des pressentiments tristes, de l'anxiété, quelquefois des épislaxis et du délire.
Les sueurs sont très- abondantes , accompagnées d'agitation, d'oppression, d'anxiété précordiale, parfois de délire, de convulsions, de dysurie. Tous ces accidents se reproduisent par accès à des intervalles rapprochés, et la maladie présente l'aspect d'une fièvre rémittente, et quelquefois même celui d'une fièvre intermittenle (Parrot).
Vers le troisième jour, l'état du malade s'aggrave; le pouls devient plus fréquent, saccadé, intermittent; l'anxiété, l'agitation, la dyspnée, les palpitations augmentent; il survient des lypothimies.
Vers le quatrième jour, l'éruption s'opère, et alors la maladie suit une marche différente suivant l'issue qu'elle doit avoir. Si la terminaison doit être favorable, les accidents diminuent graduellement; dès que l'éruption est effectuée , les paroxysmes dis- ^ paraissent, la maladie devient une véritable fièvre continue, et la convalescence commence vers le huitième jour, presque en même temps que la desquamation.
La convalescence est ordinairement longue; pendant quinze jours , un mois ou même davantage , les malades se plaignent de faiblesse, de céphalalgie, d'insomnie, d'inappétence; ils restent longtemps amaigris et d'une pâleur qui a un caractère si particulier qu'elle permet facilement de reconnaître, à l'aide de ce seul signe, un sujet qui vient d'être atteint de la suelte. Quelques malades présentent des furoncles ou des éruptions pustuleuses (Parrot, loc. cit., 'p. 44 4). La convalescence, de longue durée, est fréquemment accompagnée d'anoiexie et d'indigestion (Rayer, loc. cit., p. 203). Gastellier {loc. cit., p. 45) parle d'un malade dont la convalescence fut conlinuellemenl troublée par des accès de fièvre, des douleurs de tète, des indigestions, par une difficulté presque insurmontable de faire le moindre mouvement. « Pendant quatre mois ce malheureux n'osa se risquer à aller seul dans les rues; il avait la figure et le maintien de ceux qui ont
échappé à une attaque d'apoplexie et de paralysie ; il était comme hébété, et sa manière de marcher était celle d'un homme qui est pris de vin. »
Les rechutes sont assez fréquentes; elles sont principalement produites par des écarts de régime, des imprudences d'une autre nature, l'impression du froid; elles ne sont jamais graves, et consistent en des sueurs continuelles, peu abondantes, accompagnées d'une éruption vésiculaire ou de plusieurs éruptions successives. M. Parrot n'a jamais vu la mort être amenée par une rechute.
Lorsque la maladie doit se terminer par la mort, les accidents, au lieu de diminuer après l'éruption, vont en augmentant. « Les malades éprouvent un malaise général, insolite qui leur inspire les plus tristes pressentiments; la respiration devient courte, fréquente, entrecoupée, accompagnée de serrement épigastrique, de suffocation; bientôt les malades tombent dans un état comateux rarement précédé de délire, et ils succombent avec tous les symptômes d'une congestion cérébrale et pulmonaire.»
La mort survient, en général, vers le cinquième ou le sixième jour, quelquefois le septième ou le dixième; elle est souvent due à une complication , à une phlegmasie pulmonaire ou encéphalique, et dans ce cas on voit ordinairement l'éruption disparaître bru.squement.
G. Suette grave, malif ^^i, foudroyante. — La maladie débute toujours brusquement par des sueurs excessives, accompagnées de palpitations et d'une angoisse inexprimable. « Aussitôt, dit Sinner, des torrents d'une joueur fétide s'exhalent sur tout le corps et une douleur déchirante se fait sentir dans le dos. Cette douleur disparaît quelquefois très-promptement; mais si elle gagne la poitrine, les palpitalions et l'angoisse se renouvellent, les malades défaillent, les membres se roidissent, et la mort termine la scène au bout de vingt-quatre heures.»
« Tous les malades, continue M. Sinner, ne succombent pas à la première attaque; chez quelques-uns, le pouls étant tombé à une faiblesse, à une petitesse extrême, des douleurs déchirantes se font de nouveau sentir dans les parties extérieures; les malades éprouvent de la pesanteur et de la roideur dans le dos; le pouls et la respiration reprennent leur régularité, mais la sueur continue ^ ruisseler. Ce calme est excessivement trompeur, car les palpitations et la petitesse du pouls reparaissent à l'improviste, et alors le plus souvent la mort est inévitable.»
Quand la maladie suit son cours, il ne survient ordinairement aucune éruption cutanée; mais quand celle-ci se manifeste elle est caractérisée par des vésicules iniliaires de toute forme, de toute couleur, des bulles semblables à celles du pemphigus et même des pétéchies. Les malades n'éprouvent point la dé-
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mangeaison générale qui précède réiuplIoD de la iiuede ordinaire, et la desquamation n'est jamais régulière.
La suelle de Rollingen durait six jours, mais le plus grand danger était au premier jour; dès le second , la sueur diminuait et perdait toutes ses mauvaises qualités, de sorte qu'il ne restait plus qu'une transpiration abondante sans accidents inquiétants (Siiiner, Darslellung der cpidem. Friesclktanklicil die lin Jahre 1802 zu Bôiliiigen herrscliLe ; Wurzburg, 1803).
M. Parrot {loc cit., p. 402) a vu des malades succomber au bout de quarante-huit, de vingt-quatre, de six et même de trois heures; mais malheureusement, il n'a point donné une descriplion particulière de cette forme grave de la maladie.
Le docteur Hecker a résumé, dans un rapide lableau, les principaux caractères de la suetle anglaise, c'est-à-dire de celte maladie épidémique qui a causé de grands ravages en Angleterre en 1485, 1506, 1517, 1528,1551; en Allemagne pendant les années 1648, 1715, 1732,1742; dans la Hollande en 1666; dans le Piémont en 1755; dans le Languedoc en 1782, etc.
Le mal arrivait sans prodromes; il commençait ordinairement pir un court frisson et un tremblement qui , dans les cas les plus graves, se transformait en convulsions. Chez d'auires, le début était une chaleur modérée, mais toujours croissante, qui les surprenait sans cause connue, au milieu du travail, souvent le malin au lever du soleil, d'autres fois au milieu du sommeil, de sorte qu'ils se réveillaient tout en sueur. Plusieurs malades éprouvaient tout d'abord uu fourmillement désagréable dans les mains et les pieds, lequel se changeait en douleurs lancinantes et en une sensation très -douloureuse sous les ongles, auxquelles se joignaient tantôt des crampes, tantôt une telle lassitude des extrémités supérieures, que les patients ne pouvaient lever les bras. Chez quelques-uns on vit, pendant ces accidents, les pieds et les mains se tuméfier.
Plusieurs malades toir.baienl dans un délire furieux, et ceux-là mouraient pour la plupart. Tous se plaignaient d un grand mal de tète, et au bout de très-peu de temps survenait le coma, qui se terminait le plus souvent par la mort. Une angoisse horrible tourmentait les malades tant qu'ils conservaient l'usage de leurs sens. Les malades respiraient avec une exirèuie difficulté; le cœur était saisi de tremblements et de battements continuels, et cet accident .s'accompagnait d'un senliujcnt incommode de chaleur interne qui, dans les cas funestes, montait vers la tète et déterminait un d;;liie mortel.
Après quelques délais, cL chez beaucoup de prime abord, u'ie sueur fciide se manifestait sur tous les
points du corps et coulait en grande abondance. Quelquefois il survenait des convulsions ; on remarqua aussi des nausées et même des vomissements , mais surtout chez ceux que rinvasion avait trouvés avec l'estomac plein.
Au premier moment, le mal attaquait le dos, les épaules, un membre, et y causait des douleurs aiguës. Parfois une violente céphalalgie déterminait un délire loquace. Les sueurs se montraient avec des alternatives d'exacerbation et de rémission.
La convalescence était longue et pénible; les malades restaient au moins pendant huitjours dans un profond abattement. Les récidives furent fréquentes (Hecker, Der englische Scluveiss; Berlin, 1834. — Littré, art. cité , p. 333, 334).
L'éruption miliaire exceptée , ne retrouve-t-on point dans cette description tous les phénomènes qui caractérisent la suette de notre siècle?
Diagnostic. — Il est toujours facile de reconnaître la suette. «Les symptômes, dit M. Parrot, ont quelque chose de si clair, de si tranché , que je suis bien sur qu'il n'est jamais arrivé qu'un médecin hésitât sur le diagnostic. Je ne sais pas, dans le cadre nosologique, de maladie avec laquelle la suette offre la moindre analogie et avec laquelle elle puisse être confondue.»
Nous croyons inutile, en effet, de suivre l'exemple de N .umann et de faire ressortir les caractères différentiels qui séparent la suetle du rhumatisme , de la rougeole, de la scarlatine, de l'eczéma, etc. {Handhuck der inedicinisc/ien Klinik, t. \\\ , p. 28 ; Berlin, 1832).
Le pronostic, comme dans toutes les maladies épidémiques, varie suivant le caractère général de l'épidémie, et à cet égard il existe dans la mortalité des différences très-remarquables.
Pendant le xv*" et le xvi*^ siècle, la suetle anglaise fit autant de victimes que la peste, que les maladies épidémiques les plus meurtrières. En 1485, Londres perdit la plus grande partie de ses habitants ; en 1 506, la mortalité fut au contraire très-peu considérable ; en 1517 et 1528 , l'Angleterre fut de nouveau décimée. «On n'a aucun chiffre exact sur la mortalité, dit M. Liltré, mais elle fut excessive, à en juger par l'effroi qui pénétra toute l'Angleterre. La maladie fit irruption sur le continent; Hambourg perdit 1 1 00 habitants en 22 jours, et 3,000 personnes succombèrent à Dantzig. En 1551, Shrewsbury perdit 960 habitants dans l'espace de quelques jours : la mortalité fut si grande dans tout le royaume qu'un historien parle de dépopulation » (Littré, art. cité, p. 334).
Les épidémies qui se sont montrées dans noire siècleontété, en général, peu meurtrières. En 1821, on compta 102 morts sur 1980 malades, c'est-àdire 1 sur 19,4 (Rayer, /oc. cit., p. 210); en 1841,