‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 4)Chapitre 13 sur 32 · DYS · texte numérisé non relu

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des complications , la présence ou l'absence d'accidents fébriles , la nature des déjections , a établi les vingt espèces dysentériques suivantes {Nosol. méthod. , t. ir, p. 324 , in-4*') : 1** «Dysenteria begni- «gna spontanea Waltei; cruenta dejectio critica « Hœchsleteri ; 2° dysenteria catamenialis Horstii; «dejectio sanguinis copiosa tempore mensium, et « periodicus recursus à suppressa narium haemorrha- «gia, Foresti; 3° dysenteria parisiaca Junckeri; «4° dysenteria gravidarum Foresti; 5° dysenteria" «atrabilaria; 6° dysenteria epidemica Sydenhami; «dysenteria febiilis Amati; 7*^ dysenteria castrensis «Ramazzini; fluxus virulentus Saxoniae; dysente- «ria indica Bontii; dysenteria pestilentialis Amati ; « 8^ dysenteria simulata ; 9'' dysenteria pecorum ; amalis humida Lancisii ; pestis bovilla Ramazzini; «lues vaccarum Tubingensis; 10° dysenteria alba «Sennerti, Etmulleri , Sydenhami; dysenteria in- « cruenta Javanensium; 11° dysenteria à mesenterii « vomica Joan. Rhodii ; abscessus mesenterii Sanctorii ; « 1 2" dysenteria à cathartiois Sennerti; 1 3° dysenteria «syphilitica , Boyle ; 14° dysenteria aequinoctialis ; «dysenteria vera Bontii; 15° dysenteria verminosa ; « 1 6° dysenteria carnosa Wagneri ; 1 7° dysenteria « intermittens Torti ; dysenteria febricosa , Werlhof ; «18° dysenteria scorbutica Cirigli; 19° dysenteria «polonica, Stabel; 20** dysenteria miliaris Gruberi.»

Stoll {Ratio med. , part, ni, p. 249) décrit une dysenterie simple , une dysenterie bilieuse , une fièvre bilieuse dysentérique, une fièvre putride dysentérique.

Zimmermann [Von der Ruhr unter dem Volke., p. 249-255) , après avoir discuté différentes classifications, choisit les espèces suivantes: 1° dysenterie inflammatoire ; 2° dysenterie bilieuse putride ; 3° fièvre maligne dysentérique ; 4° dysenterie chronique.

Richter (Méd. chir. , Bemerk, bd. i , cap. v) décrit les dysenteries , simple , inflammatoire , bilieuse et nerveuse , espèces auxquelles Kreyssig (De pecul. in dysent. epid. miasm. ) ajoute les dysenteries pituiteuse ou muqueuse , et putride ou maligne.

P. Frank et Horn ont établi : J, une dysenterie aiguë comprenant, «s la dysenterie sihénique, subdivisée en dysenteries, 1° simple, 2° inflammatoire, 3" bilieuse ; b la dysenterie asthénique, subdivisée en dysenteries, 1° maligne ou putride, 2° scorbutique, 3° nerveuse ; 5, une dysenterie chronique.

Fournier et Vaidy (Dict. des se. méd. , article Dysenterie) adoptèrent la division de Kreyssig, en y ajoutant une dysenterie typhoïde et une dysenterie avec fièvre intermittente.

Vignes (Traité de la diarrhée et de la dysenterie) admet : J, une dysenterie simple ou inflammatoire, subdivisée eu 1° dysenterie muqueuse, 2° dysenterie bilieuse; i?, une dysenterie maligne, subdi-

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visée en dysenteries, 1** typhoïde, 2°adynamique, 3° ataxique , 4° compliquée.

J. Copland (Dîct. ofpract. med.^ part, m, p. 693) a suivi la division suivante : J^ dysenterie aiguë ; a dysenterie slhénique, 1° simple, 2*^ inflammatoire; ^dysenterie asthénique, 1° simple ou adynamique, 2° nervoso-adynamique ou typhoïde, 3° hilioso-adynamique; B^ dysenterie chronique; C^ dysenterie compliquée.

En résumé, la dysenterie a été divisée: J, suivant .son origine, en primitive, consécutive et symptoraatique; B^ suivant son type, en continue et rémittente ou intermittente; C, suivant ses principaux caractères, en inflammatoire, bilioso-inflammatoire, simple asthénique, bilioso-asthénique, adynamique ou typhoïde , maligne ou putride, scorbutique, compliquée ; Z>, suivant son intensité et sa durée, en suraiguë, aiguë, subaiguë, chronique ; J?, suivant les circonstances dans lesquelles elle se développe , en sporadique , endémique, épidémique, endémo-épidémique.

Pour nous , faisant rentrer , ainsi que l'ont fait avec raison presque tous les pathologistes français, la plupart de ces espèces dysentériques dans l'étude des symptômes , des variétés et des complications de la maladie, nous adopterons une division beaucoup plus simple , en observant toutefois que , d'après les termes de notre définition, nous ne pouvons admettre une dfsenteria incruenta (Weisse Ruhr), et que, sous l'influence de la médecine dite physiologique , on a , dans ces dernières années , accorde une place beaucoup trop large à la forme franchement inflammatoire que la dysenterie n'affecte que rarement , si même la cohte ne doit pas être considérée dans tous les cas comme une affection entièrement distincte (vof. Intestin), tandis qu'on n'a point suffisamment tenu compte de celle que les auteurs étrangers ont appelée asthénique. Nous pensons pouvoir être en même temps plus complets et plus clairs en établissant : y4, une dysenterie aiguë, subdivisée en trois espèces , dont les deux premières , presque toujours sporadiques, ne diffèrent que par leur intensité, tandis que la troisième constitue les dysenteries épidémiques ou endémiques , auxquelles se rattachent des symptômes particuliers : 1° dysenterie aiguë légère, 2^ dysenterie aiguë intense, 3° dysenterie aiguë grave ; B, ime dysenterie chronique.

Altérations anatomiques. — Tous les auteurs modernes et la plupart des anciens se sont accordés à considérer la dysenterie comme une phlegmasie aiguë ou chronique du canal intestinal; cependant, hâtons-nous de le dire , malgré cette communauté d'opinions , malgré les nombreux travaux entrepris pour décider cette importante question de pathogénie, malgré les occasions sans cesse renaissantes de l'étudier, il n'est pas encore possible de caractériser ana-

I tomiquement la dysenterie : il va nous être facile de démontrer la vérité de cette assertion.

A. Dysenterie aiguë. — Canal alimentaire. — Gros intestin. — En jetant d'abord un coup d'œil sur les altérations que l'on rencontre à l'extérieur du tube digestif, on voit que l'épiploon est ordinairement rouge, injecté , réuni par des adhérences plus ou moins nombreuses au colon , à des circonvolutions intestinales, aux bords du bassin, ou à toute autre partie des parois abdominales ; au-dessous de lui on trouve quelquefois des fausses membranes(Fodéré, Leçons sur les épid. ^t.u^ p. 76). La masse intestinale se présente, en général, dans son état naturel; cependant les intestins grêles sont quelquefois pelotonnés, aplatis, pressés contre la colonne vertébrale, surtout dans la dysenterie chronique ; le colon est contracté , ses parois semblent être considérablement épaissies , et donnent au toucher la sensation d'un cartilage ; dans d'autres points il est, au contraire . boursouflé , distendu par des gaz, transparent , et l'on aperçoit au travers de ses parois les matières qu'il contient, ou des plaques noirâtres correspondant aux altérations qui occupent sa cavité ; çà et là on remarque des constrictions semblables à celles que produirait une ligature , et c'est au-dessus de ces points que l'on observe surtout l'amincissement que nous avons indiqué , et la présence d'une grande quantité de gaz. «Quand l'inflammation, dit Broussais, a intéressé toute l'épaisseur du colon , il devient quelquefois gros comme le bras; ordinairement alors la turgescence énorme de son tissu cellulaire rempli de pus, et sa muqueuse ulcérée , fétide et couverte d'excréments , le font ressembler à un vrai cloaque. » Parfois l'intestin est déformé , allongé, par suite du relâchement qu'ont éprouvé ses faisceaux de fibres longitudinales. On a vu le colon transverse tombé dans l'excavation du bassin, l'S romaine déjetée , occupant la fosse iliaque droite (Annesley and J. Gopland , Besearch. into the causes, nat. and treatm ofdis. etc.; Londres, 1828). Du reste, on conçoit que ces altérations varient suivant les lésions internes, la présence ou l'absence d'une péritonite générale ou locale, d'un épanchement, etc. M. Roche dit avoir vu quelquefois des abcès sous-péritonéaux se former dans la région du cœcum , et venir se faire jour au dehors , après avoir perforé la paroi abdominale {Dict, de méd. et de chir. prat., art. Colite.).

Tous les auteurs s'accordent pour reconnaître que les altérations que l'on rencontre à la surface interne de l'intestin ont leur siège au-dessous de l'iléum, c'està-dire , dans le cœcum , le colon et le rectum , et ^ rapportent celles que, dans quelques cas exceptionnels , on trouve dans d'autres points du tube digestif à des complications.

Chez les individus qui , atteints de différentes affections, avaient présenté pendant les derniers jours

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de leur vie un flux dysentérique bien caractérisé , M. Gely a vu une rougeur fort intense du gros intestin s'étendant quelquefoisjusqu'àl'iléum, mais prononcé surtout vers le rectum ; les villosités muqueuses lui ont paru développées , formant « comme un gazon touffu qu'on peut coucher et relever avec le doigt»; la muqueuse était déjà épaissie , mais rarement ramollie ; il n'existait pas d'ulcérations folliculeuses ; les membranes intestinales étaient distendues par une infiltration séreuse ( Essai sur les altérations anatomiques qui constituent spécialement l'état dysentérique ^ p. 8 ; Nantes).

Sur un malade enlevé au cinquième jour d'une dysenterie par une brusque invasion du choléra, M. Guéretin a également vu la muqueuse du rectum boursouflée , d'un rouge rosé , et les tuniques œdématiées [Mém. sur la dfs. épidéin. de Maine-et-Loire ; Arch. génér. de méd. , série n, t. vn , p. 51).

Cet état œdémateux, que l'on peut regarder comme un phénomène constant , n'a été bien apprécié que dans ces derniers temps. On le retrouve dans toutes les tuniques intestinales , mais il est aisé de comprendre qu'en raison de leur structure anatomique différente , il est surtout prononcé dans le tissu cellulaire sous-muqueux , et dans la membrane musculaire qui a quelquefois le double ou le triple de son épaisseur ordinaire. Get épaisissement , que tous les auteurs portent à trois , quatre ou cinq lignes , et la contraction permanente de la tunique musculaire , déterminent un froncement de la membrane interne, que le déplissement fait disparaître en grande partie , et que plusieurs anatomistes ont indiqué par les noms de saillies, bosselures^ boursouflement (Gély., loc. cit. , p. 1 8).

Ces altérations sont beaucoup plus prononcées au sixième , huitième ou dixième jour de la maladie : alors la muqueuse présente toutes les nuances intermédiaires au rose , au rouge vif et au brun foncé ; elle est rugueuse, enduite de matières, tantôt glaireuses, tantôt sanguinolentes, ou enfin, à une époque encore plus avancée , sanieuses et puriformes : quelquefois elle est tapissée par une fausse membrane pelliculaire , réticulée, granuleuse, plus ou moins épaisse, sur la structure de laquelle nous reviendrons : dans toute la longueur du gros intestin elle présente , dit M. Gely, une quantité innombrable de petits points noirs, visibles à l'œil nu, entourés d'une aréole blanchâtre élevée , large d'une demi-ligne, et qui ne sont évidemment que les orifices de follicules tuméfiés : dans un grand nombre de cas , le point noir central est remplacé par une très-petite ouverture grisâtre, comme ulcéreuse , conduisant au fond du crypte : quelques-unes de ces ulcérations miliaires ont jusqu'à deux ou trois lignes de diamètre. M. Thomas a signalé cette même disposition {Arch. gén. de méd., t. vit,

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p. 157) à laquelle se rattache un des points les plus importants de l'anatomie pathologique de la dysenterie , celui des ulcérations intestinales. Nous devons ici entrer dans quelques développements, et établir l'historique d'une question qui, dans l'état actuel de la science, divise encore les pathologistes. On voit , par la définition même donnée par Hippocrate, de la dysenterie , et par plusieurs autres passages de ses œuvres , que les ulcérations intestinales étaient regardées comme constantes et caractéristiques par le père de la médecine: c'est alors, dit-il, que les selles sanguinolentes apparaissent : tô IvTspov ^ueroéi

y.yX ÉXxoijTai, xat (S'ia^upesTat aiaaxwiÎEa {De dl(Xta ,

lib. m , cap. 1 9 ; sect. iv, aph. 24). Gelse {De re med.^ sect. IV, ch. 15), Galien {De caus. sympt.^ lib. m; De locis aff., lib. ii), les admettent également; Aretée les décrit avec soin {De caus. et sign. diut. morb., lib. ch. 9) ; Gœlius Aurelianus, qui appelle la dysenterie rheumatismus intesiinorum cum ulcère, s'exprime de manière à ne laisser aucun doute sur son opinion. Sur l'autorité de ces auteurs , et d'après les recherches de Prosper Alpin {Medic. œgyptiaca, ch. vni) , de Bontius {Med. jud., cap. ui, de ahî profluv.\ qui avaient eu maintes occasions d'observer la dysenterie dans des contrées où elle règne endémiquement, cette doctrine régna sans contestation jusqu'à Sydenham et Willis, qui, les premiers, vin^ rent la combattre , en déclarant que dans la dysenterie il n'existait presque jamais d'ulcérations intestinales.

Une fois la controverse ouverte , les opinions contradictoires abondèrent.

Morgagni, blâmant l'assertion exclusive de Sydenham , établit que les intestins s'ulcèrent souvent dans la dysenterie , mais seulement à sa dernière période ; que les membranes rendues par les selles ne sont, d'ailleurs, que des lambeaux d'épithéliuin épaissi , et non de membrane muqueuse. Il a vu , dans dans quelques cas, une giande quantité d'ulcères très-petits , et quelquefois même la gangrène ( De sedib. et caus., etc. , Epist. xxi,§2,12, 13,15, 19, 20; epist. xxiY-xxxv, g 8, 10,23, 24,35).

Pringle {Obs. on the diseas. of army) , Bonet ( Sepulchretum ) , Gleghorn {Obs. on the epid. diseases of Minorca , ch. y), ont observé quelquefois des ulcérations dans les intestins , mais , le plus ordinairement, ils ne les ont pas rencontrées; StoU les croit très-rares.

Depuis cette époque jusqu'à nos jours , cette question , à la solution de laquelle tant d'auteurs ont travaillé , n'a encore pu être décidée , et nous allons voir que les uns considèrent l'existence d'ulcérations sur la muqueuse du gros intestin comme un fait caractéristique et constant , tandis que les autres le regardent comme accessoire , ou vont même jusqu'à le nier com-

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plétement. Analysons rapideuîent les principales opinions qui ont été émises, et cherchons à les apprécier.

D'après MM. Fournier et Vaidy, on trouve à l'ouverture des corps des dysentériques la membrane muqueuse du gros intestin, et quelquefois même celle de l'intestin grêle, rougeàtre, brunâtre , trèsrugueuse , et plus ou moins épaissie dans toute son étendue. Cet épaississement multiphe et rend plus sensibles tous les replis et toutes les anfractuosités qui existent naturellement sur la muqueuse; les rugosités sont enduites de matières glaireuses, sanguinolentes , sanieuses , puriformes , et cet état peut tromper un observateur superficiel en lui faisant croireque toute la muqueuse est profondément altérée , et il est même probable qu'il a souvent induit en erreur les médecins qui n'avaient point une habitude suffisante des recherches d'anatomie pathologique. «Mais si, comme l'a fait avec un soin extrême M. Gayol , à l'obligeance duquel nous devons ces détails , on ratisse légèrement avec le dos du scalpel , et qu'ensuite on lave à grande eau toute la membrane muqueuse , on voit disparaître ce qu'on avait d'abord pris pour des ulcérations. Quelquefois, cependant, on découvre çàet là de véritables ulcérations; mais comme elles ne sont nullement en rapport avec l'étendue et l'intensité de l'inflammation , comme d'ailleurs on n'en trouve quelquefois aucune trace chez des personnes qui ont succombé à la plus violente djsenierie, et qui avaient eu des déjections sanguines fort abondantes, on est autorisé à conclure çwe /c5 m/c^ralionsne sont point de l'essence de la maladieï) ( Dict. des se. méd. , loc. cit. ).

M. Ghomel , dont l'opinion est surtout fondée sur les recherches de MM. Gayol et Fournier, disait, m 1823 :

« L'ouverture des cadavres a montré des traces manifestes d'inflammation dans le conduit digestif.... La présence du sang dans ces matières avait conduit les anciens à supposer ici , comme ils le supposaient dans toutes les hémorrhagies, une solution des vaisseaux, une ulcération de la membrane muqueuse. Cette ulcération , qui n'est d'ailleurs nullement nécessaire pour concevoir la couleur sanguinolente du mucus excrété , est si rare dans la dysenterie , qu'il en existe à peine quelques exemples , et qu'il est permis de croire que dans le très-petit nombre de cas où on la rencontre , elle pouvait être accidentelle ou même tout à fait étrangère à V affection qui nous occupe. Quelquefois la membrane muqueuse des gros intestins offre une apparence d'érosion trèspropre à induire en erreur: il suffit alors de la ratisser légèrement avec le dos d'un scalpel pour détacher une fausse membrane réticulée quiavait produit l'illusion. Enfin , dit M. Ghomel , cette inflammation est-elle bornée à la membrane muqueuse,

ou s'étcnd-clle à quelques-unes des tuniques subjacentes, et spécialement à la tunique musculeuee?» ( Dict. de méd., f^ édit,,art. Dysenterie).

M. Roche a, au contraire, considéré l'ulcération dé la muqueuse comme un fait général, quoique non absolu. La membrane muqueuse, dit-il, est,"dansla colite aiguë, d'un rouge plus ou moins foncé, depuis le rouge vif jusqu'au brun; elle est en même temps gonflée, épaissie , et , par places , comme érodée ou ecchymosée , ramollie dans quelques points , quelquefois parsemée çà et là d'ulcères grisâtres, et surtout brunâtres, plus ou moins étendus, plus ou moins profonds, recouverts, dans quelques cas rares, de fausses membranes , au-dessous desquelles on la trouve rouge et évidemment enflammée ( Dict. de méd. et de chir. prat., art. Colite ).

M. Bretonneau , de Tours , placé dans des localités où la dysenterie règne, pour ainsi dire, chaque année, a acquis depuis longtemps la certitude que l'existence des ulcérations sur la muqueuse des gros intestins est incontestable (Thomas et Gely). M. Rostan la considère comme très-fréquente.

M. Guéretin ( loc. cit. ) admet des ulcérations qui, dit- il, ne revêtent jamais le caractère de celles des phthisiques , et qui manquent plus fréquemment qu elles ne se rencontrent, surtout dans les premiers temps de la maladie. Du resté, M. Guéretin, dont tous les malades ont succombé dans les quarante premiers jours de la maladie , n'a pas exactement désigné le siège de ces ulcérations , ni décrit avec assez de détail leurs différents caractères.

M. Thomas, frappé des contradictions qu'il rencontrait dans les auteurs , a fait des recherches fort laborieuses, qui portent l'empreinte d'un grand soin d'investigation aidé par des connaissances anatomiques fort exactes. Les résultats auxquels il est arrivé sont différents de ceux que nous venons d'indiquer dans beaucoup de points, et il les a formulées dans les proportions suivantes :

«J'ai reconnu, après avoir fait avec le plus grand soin un nombre considérable de nécropsies , que les anciens avaient des opinions fort justes , tandis que les modernes sont dans une complète erreur (loc. cit., p. 456).

« La membrane muqueuse est promptement envahie par des ulcérations si nombreuses , si bien caractérisées, si constantes , que j'admets comme un fait incontestable, que l'ulcération de la muqueuse est un caractère aussi essentiel dans la dysenterie ^ que les phlyctènes dans Vérj-sipèle , le bourbillon dans le furoncle , le pus dans la phlegmasie du tissu cellulaire» (loc. cit., p. 467).

Laissons d'ailleurs, le sujet en vaut la peine, M. Thomas décrire lui-même raltération qpi'il â si bien étudiée. "■

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«La muqueuse préseate , dès le huitième Jour, de petites ulcérations arrondies , qui , les jours suivants, s'étendent , se réunissent , forment des ulcères irréguliers, à bords taillés à pic : la membrane est détruite dans toute son épaisseur , le fond de la surface ulcérée est formée par le tissu cellulaire sous-jaceot. J'ai cru reconnaître que ces ulcérations commençaient par les follicules de l'intestin : en effet, j'ai vu souvent dans le cœcura les petits points noirs que présentent ces follicules entourés d'une ulcération commençante. A la surface des ulcérations il se dépose une concrétion pelliculaire , espèce de fausse membrane très-mince , qui semble être là pour protéger le tissu cellulaire du contact des matières contenues dans l'intestin. Gomme il arrive souvent que l'on trouve la pellicule, qui recouvre les petites ulcérations , détachée à la circonférence, el adhérente au centre , je l'ai prise d'abord pour une eschare , mais plus tard j'ai reconnu mon erreur. Très-souvent j'ai trouvé cet enduit pelliculaire à la surface de la muqueuse elle-même , mais alors cette membrane est rouge, ramollie, et ressemble parfaitement, pour la couleur et la consistance, à un enduit de gelée de groseille. Ces pellicules se détachent des surfaces ulcérées , et paraissent se reproduire plusieurs fois dans le cours de la maladie J'en ai trouvé

une notable quantité dès les quatrième et cinquième jours de la maladie ; Sevain les a rencontrées le quatrième jour de la maladie dans les déjections alvines (Piuel, Nosogr. philosoph.)^ ce qui prouve qu'à cet époque il existe déjà des ulcérations assez étendues, ou de larges plaques de membrane muqueuse

rouge et ramollie Dans quelques endroits, entre

les ulcérations , on trouve des lambeaux de muqueuse d'une pâleur extrême , qu'on peut détacher facilement avec le dos du scalpel : pendant la vie , ils s'enlèvent

par une sorte d'exfoliation C'est à celte période

qu'on voit de grosses bosselures recouvertes de l'enduit pseudo-membraneux granulé, d'un gris-brunâtre, verdâtre ou jaunâtre , au-dessous duquel la tunique cellulaire, mise à nu, est considérablement épaissie, rouge à sa surface, d'un blanc luisant, et d'une consistance lardacée dans le reste de son épaisseur» {loc. cit.,f. 460-462),

Dans un cas observé au dixième jour de la maladie, M. Thomas a trouvé l'intestin tapissé par un caduit pelliculaire, sorte de pseudo-membrane qui était creusée d'une infinité de petits trous d'une à deux lignes de diamètre, au travers desquels on apercevait la tunique celluleuse à découvert. Deux fois il a vu une destruction presque complète de la muqueuse de tout le gros intestin. La macération rend ces différentes dispositons très-apparentes {Jbid. , p. 464).

M. Thomas a encore remarqué qu'à un état plus avancé et dans les cas les plus graves , la pseudomembrane disparaît, la tunique cellulaire reste à nu

et prend l'organisation de la membrane de nouvelle formation qui revêt les trajets fistuleux. Dans des cas plus heureux, lorsqu'il n'existe que quelques ulcérations isolées , on trouve quelquefois des cicatrices adhérentes à la tunique celluleuse par un fond uni , lisse , noirâtre , se confondant insensiblement à la circonférence des ulcérations dont elles sont la trace avec la muqueuse froncée et attirée vers le point central (Ibid., p. 466).

Lorsque la muqueuse est presque complètement détruite , du dixième au vingtième jour, une grande quantité de petites ulcérations se développent sur la tunique celluleuse, se confondent et forment de larges ulcères dont le fond est formé par la couenne musculaire : bientôt on ne trouve plus de celle-là que quelques lambeaux noirâtres ; celle-ci est entièrement mise à nu , ses faisceaux sont disséqués , recouverts d'une couche de pus concret ; l'ulcération l'envahit , la séreuse à son tour est à découveit, et la perforation intestinale est imminente. C'est surtout vers l'S iliaque que l'ulcération fait des progrès rapides, et M. Thomas a vu deux fois l'intestin réduit à la couche péritonéale {Ibid.^ p. 466-471). Quelquefois même la perforation a lieu , ainsi que l'a observé le docteur Smith, dans une dysenterie qui régnait épidémiquement dans la maison de travail d'Edimbourg (Gazette méd. de Paris, t. m, p. 83).

Ces travaux et quelques autres, surtout un mémoire inédit de M. Leclerc, de Tours (Le siège de la dysenterie et les lésions quelle produit)^ modifièrent beaucoup les opinions jusqu'alors en vogue. En 1835 , M. Ghomel, aidé cette fois de la collaboration de M. Blache , renonça en partie aux opinions qu'il avait émises en 1823, et s'exprima ainsi :

«Plus rarement dans la dysenterie sporadique, mais constamment chez les individus qui succombent à la dysenterie épidémique, il existe de nombreuses ulcérations dans les dernières portions du colon et dans le rectum.

«Ces ulcérations sont d'autant plus remarquables que la dysenterie est presque la seule maladie aiguë, si l'on en excepte la fièvre typhoïde et la variole , dans laquelle on voit survenir ce mode d'altération» (Dict. de méd-, 2^ édit. , article Dysenterie).

Enfin, eu dernier lieu, un médecin de Nantes, M. Gely, a présenté à la Société académique de la Loire-Inférieure un mémoire que nous avons déjà eu occasion de citer. Dans cet ouvrage, remarquable par une grande exactitude d'observation et un esprit de critique fort élevé , l'auteur analyse surtout les recherches de MM. Thomas et Guéretin, puis expose, dans un autre chapitre fort bien traité, les résultats auxquels l'ont conduit ses propres investigations, met en regard les trois descriptions analomiques qu'il a résumées , fait ressortir leurs points de contact ou

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de dissemblance , et formule enfin ainsi son opinion.

L'épaississement des parois intestinales est principalement dû à la tunique sous -muqueuse.

Chez les malades morts pendant le premier septénaire , on observe souvent l'état de la muqueuse décrit par M. Guéretin ; plus rarement le ramollissement et les ulcères folliculeux indiqués par M. Thomas {loc. cit., p. 18).

L'engorgement des cryptes ou l'ulcération de leur conduit se rencontre dans tous les cas. Un point gris-noirâtre signale à l'anatomiste le premier état; une ouverture iufundibulaire très-petite, ou une érosion large de deux à trois lignes , le second. L'altération des follicules ne s'élève pas toujours jusqu'à l'ulcérai ion , mais est rarement bornée à une seule région.

Les ulcérations varient de forme et d'aspect, suivant l'état des couches qui en sont le siège. Lorsque la muqueuse est hypertrophiée, le tissu sous-jacent très-gonflé , le crypte ne paraît être que béant ; l'ulcère peut à peine admettre l'extrémité d'une plume de corbeau, mais il est assez profond. Lorsque la muqueuse est amincie, les ulcérations sont plus larges, atteignent jusqu'à trois lignes de diamètre, taudis que leur profondeur est si minime , qu'il n'y a presque aucune différence de niveau entre leur fond et la muqueuse environnante. Jamais les bords ne sont relevés et tuméfiés comme dans les ulcérations des phthisiques; ils sont coupés nettement, comme par un emporte-pièce. Lorsque ces érosions, régulièrement arrondies, sont groupées dans une région, la muqueuse prend l'apparence d'une dentelle , et cet état s'observe surtout lorsque celle-ci est amincie. Dans tous les cas , le pourtour de l'ulcération est revêtu par une couche grise adhérente, analogue à celle que l'on trouve sur les aphthes ulcéreux de la muqueuse buccale. Dans beaucoup de circonstances cette coloration grise est produite par la présence du tissu cellulaire mis à nu et mortifié. Souvent on voit distinctement une petite squame pseudoraembraneuse, de couleur très-variable, placée sur l'orifice du crypte, auquel elle adhère centre pour centre. Ces ulcérations paraissent affecter également tous les cryptes d'une même région ; VS iliaque ne paraît pas en être plus fréquemment le siège que les autres portions du gros intestin.

Dans quelques circonstances, surtout dans l'état qui coïncide avec l'hypertrophie de la muqueuse que quelques auteurs ont appelé boursouflement , que M. Gely attribue non-seulement au gonflement de la muqueuse, mais encore à l'engorgement du tissu sous-muqueux et des follicules mucipares, on rencontre des cryptes qui représentent des utricules demi-transparentes , groupées à la manière des granulations d'une framboise : à leur sommet existe une

squame sèche. Cet aspect peut être attribué à la distension des cryptes par une matière muqueuse {loc. c/f., p. 21-23).

Dans un grand nombre de cas l'ulcération détruit toute l'épaisseur des tuniques internes de l'intestin, et met la fibreuse à nu ; mais plus fréquemment encore elle se borne à élargir l'orifice du crypte , et laisse celui-ci intact (i/îi/J. , p. 24).

Les fausses membranes se rencontrent plus rarement que les ulcérations: elles sont minces, sèches très-adhérentes , variables de couleur ; on les rencontre au-dessus de la muqueuse; jamais elles ne paraissent être évidemment en contact avec la tunique fibreuse, qui est simplement dépouillée ou recouverte d'une couche semi-hquide, plus ou moins rouge que l'on peut considérer comme les débris de la vauqnemeÇiùld., p. 31).

L'amincissement de la couche muqueuse est moins fréquent que son hypertrophie : il est ordinairement général , accompagné de productions pseudomembraneuses , et d'ulcérations si peu profondes , qu'il faut .se placer à contre jour pour distinguer ces dernières.

Le ramollissement coïncide presque toujours avec l'amincissement : il existe au-dessous des fausses membranes comme dans les autres points; il est par plaques ou fort étendu ; quelquefois il est porté à un degré tel, qu'on ne trouve plus qu'une bouillie rosée ou sanguinolente qui est entraînée avec les déjections {loc cit., p. 27,28).

La destruction de la muqueuse , au lieu d'être due au ramollissement , est quelquefois déterminée par la gangrène. Celle-ci, ordinairement bornée à de petites surfaces, peut envahir jusqu'au tissu sous-muqueux {ibid., p. 29).

Enfin , M. Gely résume son remarquable travail par quelques corollaires parmi lesquels il faut encore citer les suivants :

«La dysenterie reconnaît pour cause anatomique une altération des tuniques propres à l'intestin, qui ne se borne jamais à la muqueuse; cependant celle-ci est évidemment plus affectée que les autres, surtout dans la période aiguè.

« On est tenté d'admettre quatre formes anatomiques dans la dysenterie. Les caractères de chacune d'elles seraient: 1° l'hypertrophie mamelonnée, 2** les ulcérations foUiculeuses , 3" les fausses membranes, 4° l'amincissement et le ramollissement. Cependant, comme ces formes se combinent , il vaudrait peut-être mieux ne distinguer que deux formes spéciales, l'hypertrophie et l'amincissement , chacune d'elles pouvant être compliquée d'ulcérations ou de fausses membranes. La dysenterie inflammatoire correspondrait peut-être à la première forme, la dysenterie adynamique à la seconde» {ibid., p. 29, 30).

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J. Copland a décrit, pour ainsi dire, les mêmes altérations , mais sans entrer dans le fond de la discussion , et sans chercher à déterminer si les ulcérations existent dans tous les cas ou peuvent manquer complètement. 1! les a observées dans toutes leurs formes et a vu un ramollissement tel de toutes les couches intestinales, que celles-ci se séparaient comme du papier mouillé ; d'autres fois, cependant, elles offraient des indurations comme cartilagineuses. Ainsi que le docteur Smith, Copland a vu quelquefois l'ulcération détruire toute l'épaisseur des membranes intestinales, et donner lieu à une péritonite rapidement mortelle {loc. cit., p. 711).

Si maintenant on envisage d'une manière générale ces différents travaux , si surtout on en rapproche les recherches anatomiques publiées récemment par M. Nath. Guillot (journ. l'Expér., f® ann.,n" 11), et desquelles il résulterait qu'il n'existe pas dans les intestins de follicules isolés, on est en droit de conclure , comme nous l'avions annoncé , que la question des ulcérations intestinales n'est point encore suffisamment éclairée, et qu'après tant de laborieuses recherches , elle reste encore soumise au jugement des anatomo-palhologistes qui voudront l'envisager consciencieusement, sérieusement , et surtout avec une connaissance exacte de toutes les opinions que nous venons de rappeler.

M. Thomas a trouvé quelquefois des collections purulentes dans l'épaisseur du reclum (loc. cit., t. ix, p. 165); Copland a vu le cœcum désorganisé, gangrené, à l'état de suppuration ; l'appendice vermiforme enflammé et ulcéré (loc. cit., p. 711).

Intestins grêles. — La muqueuse de l'intestin grêle est ordinairement saine ; cependant, dans quelques cas , elle offre des traces d'inflammation à son extrémité, ou même dans son tiers inférieur. Dans la dysenterie adynamique, on trouve quelquefois, surtout vers la valvule, des ulcérations variables pour leur nombre, leur forme et leur étendue. On a observé assez fréquemment des invaginations, et principalement dans les pays chauds, chez les enfants ; cependant Copland l'a vue dans nos contrées, et une fois, entre autres, l'ileum était invaginé dans le cœcum , et celui-ci invaginé à son tour dans l'arc du colon. M. Roche, d'après des faits recueillis à différents titres par Hévin (3Iem.de l'Jc.ad. de chir., t. iv), M. Cayol [Trad. du traité des hernies de Scarpa), MM. Legoupil et Dehsle, Rigal etBouniol, admet que la portion invaginée peut se gangrener, et être expulsée par les selles sans que le sujet succombe. Quelquesunes des observations sur lesquelles s'appuie M. Roche paraissent, en effet, avoir été recueillies sur des dysentériques {loc. cit., p. 344).

Estomac et œsophage. — Dans l'épidémie dysentérique qui a régné en Suisse, en 1765, Ziramer-

mann rapporte (loc. cit.) que l'estomac et Tcesophage présentaient dans tous les cas des traces d'une nflammation plus ou moins intense; et quelques auteurs ont conclu , par induction , que ces altérations devaient être considérées comme propres à la dysenterie , tandis qu'il suffit d'une légère attention pour voir qu'elles appartiennent toujours à des complications (Chomel et Blache, loc. cit., p. 562).

Ganglions mésentériques. — Chez les sujets morts du huitième au vingtième jour de la maladie, on trouve les ganglions mésentériques rouges, hypertrophiés , ramollis. Passé cette époque , ils sont noirs , comme carbonisés, et tellement ramollis, qu'on serait tenté quelquefois de les prendre pour du sang semifluide déposé entre les lames du mésocolon (Thomas, loc. cit., t. vu, p. 455). Copland les a vus quelquefois suppures , et d'autant plus volumineux , que les ulcérations au niveau desquelles ils étaient placés étaient plus larges.

Annexes du tube digestif. — Copland, et d'autres auteurs , ont trouvé le foie hypertrophié , enflammé, ramolli, renfermant des foyers purulents plus ou moins nombreux. La vésicule biliaire , ordinairement distendue, contient une grande quantité de bile claire, jaunâtre, ou, d'autres fois, épaisse, foncée, grumeleuse, fétide. La veine porte et ses ramifications sont souvent gorgées d'une grande quantité de sang noir épais. Le pancréas est quelquefois hypertrophié (J. Copland). Il en est de même pour la rate , surtout lorsque la dysenterie s'accompagne de fièvre à différents types : son tissu est tantôt normal, tantôt ramolli, diffluent. Dans la dysenterie épidémique d'Irlande, on a constamment trouvé des altérations dans le colon, le rectum et le foie; l'intestin grêle était- affecté dans les deux tiers, et la rate dans le tiers des- cas (O'BïieE, Épidem. d'Irlande, Dublin, 1822)]

Organes urinaires. — Les membranes vésicales sont souvent enflammées; la vessie est rétractée avant le vingtième jour, distendue, au contraire, par l'urine passé cette époque (Thomas, loc. cit., p. 472). La prostate peut être engorgée (Copland) , les veines sont injectées; un liquide laiteux se trouve dans les uretères (Thomas).

B. Dysenterie chronique. — Quand la maladie est ancienne, la surface des ulcères devient fongueuse et saignante; il s'y développe quelquefois des végétations considérables. Fantoni rapporte avoir trouvé sur un homme mort à la suite d'une dysenterie grave, au milieu d'une ulcération du colon, un corps charnu, arrondi, de la longueur de huit travers de doigt, adhérent par un pédicule étroit. Le colon, et plus fréquemment le rectum, est transformé, dans une étendue plus ou moins considérable, en une substance homogène, lardacée, comme cancéreuse.

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Presque toujours il existe un e'panchemeDt de sérosité dans la cavité du péritoine (Fantoni , Bouillaud et Bégin, cités par Roche, loc. c/7.,p. 349).

C'est dans l'état chronique qu'on rencontre surtout l'engorgement général, l'hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux , la coarctalion, l'épaississement de la muqueuse avec coloration grise très-prononcée, le développement des villosités. Après deux ou trois mois, l'épaississement général est extrême, l'infiltration remplacée par une sorte d'œdème squirrheux, l'hypertrophie mamelonnée portée très-loin, ainsi que la dureté et le racornissement des tuniques. Les ulcères foUiculeux et les fausses membranes sont trèsfréquents (Gely, loc. cit., p. 32).

M. Andral a vu toute la surface du colon tapissée par une couche abondante de pus concret {Anat.patholog., t. Il, p. 139).

C'est encore dans cette forme de la maladie que l'on rencontre, surtout dans les intestins grêles, l'estomac, l'œsophage, le foie, le pancréas, la rate, les altérations que nous avons indiquées. Elles ont été observées dans tous les cas de dysenterie chronique recueillis en Espagne pendant l'épidémie qui décima l'armée anglaise. L'on trouve , enfin , fréquemment des épanchements séreux plus ou moins abondants dans la cayité des plèvres, du péricarde, du péritoine; le cœur est flasque, les poumons sont exsangues, les parois des vaisseaux affaissées , tous les organes , en un mot, dans un état anémique très-prononcé.

Tel est le résumé des principales recherches qui , dans ces dernières années, ont éclairé l'histoire anatomique de la dysenterie. Si , malgré le développement que nous lui avons accordé , et que commandaient la divergence des opinions et l'importance du sujet, il ne décide pas toutes les questions qu'il soulève, du moins pensons-nous qu'il les envisage avec impartialité sous leur véritable point de vue, et qu'il indique clairement la route que devront désormais suivre les observateurs. Nous avons dû réunir pour cette étude les formes que revêt la dysenterie aiguë, et considérer d'une manière générale les deux principaux genres établis dans notre division {-Dfs. aiguë, ■Djs. chronique); nous allons maintenant indiquer séparément les symptômes différents que présente chacune des espèces dysentériques.

Symptomatologie. A. Dfsenterie aiguë. — 1° Légère. — La dysenterie aiguë simple et peu intense est ordinairement sporadique , quoique Pinel l'ait vue régner épidémiquement à Bicétre, en 1793. Son invasion est presque toujours annoncée par des prodromes qui se prolongent de trois à huit jours , et parmi lesquels Naumann place le coryza et la hxoxxchite (Handb. dermed. Klin., bd. iv, abth. ii, p. 4). Les malades ont un malaise général , de l'anorexie , des horripilations , de la constipation ; ils éprouvent

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dans l'abdomen des douleurs légères , mobiles , irrégulières, tantôt exaspérées, tantôt, au contraire,diminuées par la pression ; peu à peu elles se concentrent vers \S iliaque et le rectum. Alors surviennent des borborygmes, un sentiment de pesanteur fort incommode au périnée , une sensation particulière qui fait croire aux malades qu'ils ont un corps étranger dans le rectum , et les pousse à faire fréquemment des efforts de défécation qui restent sans résultats ( Épreintes , faux besoins). Enfin ont lieu quelques évacuations de matières stercorales, dures d'abord, puis liquides et peu abondantes; leur passage est accompagné de chaleur , d'une cuisson vive , d'un sentiment de déchirement à l'anus, et les symptômes caractéristiques de la dysenterie apparaissent. Cette première période offre toutefois de nombreuses variations dans sa marche, dans sa durée, dans ses manifestations: la dysenterie débute quelquefois brusquement, ou après avoir été précédée pendant un ou deux jours seulement de frissons, d'anorexie , de céphalalgie et de diarrhée. C'est à celle-ci, lorsquelle se prolonge et s'accompagne de quelques-uns des symptômes que nous allons énumérer, que plusieurs auteurs ont donné le nom de dysenterie blanche (AuaîVT-epîa ^Xsvvw^Yi;, Dfsenteria albescens , alba, incruenta. ff^eisseRuhr)'.(.(Qmn\diha\iti, a dit Sau- «vages jdysenterise vulgaris symptomata, tormina a scilicct, frequenlem alvi dejectionemmucosam, « tenesmum, eo solo discrimine quod nulla? sint striae «sanguineae» (Nosol. meth., t. u, p. 328). Mais, ainsi que nous l'avons dit , la présence d'une quantité plus ou moins considérable de sang dans la matière des déjections étant pour nous le caractère essentiel de la dysenterie, nous ne pouvons que renvoyer cette prétendue variété dysentérique à l'histoire de la diarrhée {vof. Diarrhée).

Étudions maintenant, dans l'ordre habituellement suivi dans cet ouvrage , les symptômes qui signalent le début et caractérisent la marche de la dysenterie.

Appareil digestif. — Les évacuations alviues , liquides et peu abondantes deviennent de plus en plus fréquentes, surtout pendant la nuit (Haase, Erkenntn. und Car der chron. Kranhh., bd. ni , abth. I, p. 264). Elles sont provoquées par la toux, par le plus petit mouvement , par certaines positions , par la moindre quantité de liquide introduite dans l'estomac; leur nombre, qui est ordinairement de dix à douze dans les vingt-quatre heures , s'élève quelquefois jusqu'à soixante; avec lui augmentent les coliques , la cuisson à l'anus, et le ténesme , que quelques pathologistes out considéré comme un symptôme constant et pathognomonique de la dysenterie (^Dysenteria esl Jiuxus cruenluSj cum tenesmo) et attribué à un ulcère du rectum , tandis qu'il n'est

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évidemment que le résultat de la contraction des fibres musculaires du rectum , contraction provoquée par l'irritation qu'y développe la nature même de la maladie ou l'acrimonie des matières évacuées. «Est-il même rigoureusement nécessaire, dit M. Ghomel, que l'inflammation s'étende aux fibres musculaires pour qu'elles soient le siège de cette contraction, et l'irritation de la membrane muqueuse ne suffit-elle pas dans beaucoup de cas pour la produire?»

La matière des déjections , qui renferme toujours une quantité plus ou moins considérable de sang, tantôt intimement mélangé , sous forme de stries ou de petits caillots , tantôt déposé à la surface, contient d'abord des matières stercorales , mais , au bout de quelque temps , elle n'est plus composée que de mucosités épaisses, ou d'une sérosité roussâlre ; quelquefois les selles offrent alternativement ces deux aspects: on y trouve aussi des grumeaux blanchâtres, de petites pellicules semblables à des débris membraneux , et cela souvent dès la fin du second jour: «G!anodulae intestinorum , dit Blorgagni, plus secernant «humoris sui, eumque non qualem soient cum recte «valent, itaque mucosa et albida apparet materia , et « quse pro pinguedine accepta fuit» ( epist. xxx,§ i 7). Dans d'autres cas, et principalement chez les enfants, ou lorsque la dysenterie est épidéuiique, les selles contiennent une grande quantité de vers de toute espèce, et surtout d'ascarides lombricoïdes, circonstance qui a fait établir par quelques auteurs une dysenterie vermineuse (Sauvages, loc. cit., p. 329). Enfin, lorsque le nombre absolu des selles est devenu très-considérable , la peau qui avoisine l'anus devient rouge, érythémateuse ; chez les enfants, il survient «ouvent une chute du rectum.

La langue est large , humide , blanchâtre ; l'appétit est nul ; les malades ont des nausées , et quelquefois même des vomituritions.

appareil génito-urinaire. — La vessie devient assez souvent le siège d'une irritation plus ou moins vive qui détermine une douleur assez forte au niveau du col de cet organe , et des envies fréquentes d'uriner, symptômes qui ont fait admettre par quelques auteurs un ténesme vésical. Un écoulement muqueux a lieu quelquefois par Turèthre chez l'homme , par le vagin chez la femme.

Appareil circulatoire. — Le pouls est ordinairement petit, quelquefois accéléré, d'autres fois normal, quant à sa fréquence , ou même ralenti. La peau est pâle et froide.

L'état général du malade est surtout caractérisé par une prostration d'autant plus remarquable qu'elle s'observe quelquefois dès le début de la maladie ; la face est profondément altérée.

2** Dysenterie aiguë intense. — La dysenterie aiguë intense se manifeste souvent brusquement.

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surtout lorsqu'elle règne épidémiquement : les mala-» des sont réveillés tout à coup pendant la nuit par un sentiment de plénitude qui se fait sentir dans l'abdomen , et les premières selles prennent de suite les caractères des évacuations dysentériques; d'au très fois elle est annoncée par une chaleur brûlante alternant avec des horripilations , des coliques , des borborygmes , des douleurs violentes, qui , de l'ombilic , s'irradient dans tout le trajet du colon , et se concentrent vers le cœcum et ÏS iliaque , des nausées, des vomiS' sements , de la diarrhée. Cette première période ne se prolonge guère au delà de deux ou trois jours , et les symptômes caractéristiques apparaissent.

Appareil digestif. — L'inflammation est tantôt bornée à la membrane muqueuse, tantôt, au contraire, se communique rapidement aux tuniques muqueuse et péritonéale ( Dysenterie phlegmoneuse de quelques auteurs ) , dans une étendue plus ou moins considérable : alors il se manifeste dans un point du colon ou dans la région cœcale une douleur fixe , augmentant par la plus légère pression , par le décubitus latéral, bientôt accompagnée du développement d'une tumeur oblongue et rénittente ; le ventre est tendu , douloureux , météorisé.

Les coliques sont atroces , et nullement en rapport, d'ailleurs , avec la gravité de la maladie. Vedel observa même , au contraire , à Gotha, dans l'épidémie de 1669 , que les guérisons étaient fréquentes chez les malades qui en avaient éprouvé de fort vives, tandis que ceux qui n'en avaient presque point ressenti succombaient en peu de jours (Naumann, loc. cit., p. 20); circonstance qui s'explique par la marche plus rapide et l'intensité plus grande de l'inflammation. Les envies d'aller à la selle sont continuelles, et le ténesme est si violent, que souvent il détermine des syncopes ; il diminue un peu , mais pour peu d'instants , lorsqu'une évacuation a lieu. Les malades font des efforts violents de défécation , et n'expulsent souvent qu'une petite quantité de mucus ou, plus ordinairement encore, de sérosité rougeâtre : « Si statim post «dolorem, ditStoll, excretio non fiât, scito intestina «tenuia esse Isesa»(i?aZ/omeû?.jVol. vi, p. 156). D'autres fois les déjections sont plus abondantes; leur matière contient des flocons spumeux, filants, qui restent suspendus à l'anus , et qu'on a comparés à du frai de grenouilles ; des grumeaux , des pellicules , des substances semblables à de la lavure de chairs , dont la présence afait admettre par Wagner (Collect. Acad., t. ni, p. 633, obs. CLxxxvu), Sauvages et d'autres, une dfsenleria carnosa ; des corpuscules que l'on a considérés comme un détritus de la tunique villeuse :

«Év TaÛTïi y.aX ttuou ti ouv£)c;4ptveTat TToXXâjct; oXi-yciv, xal Twv xaXouu.svwv £«pE*.x;(^ci)v , u[j,èvw(5'ïi ts Ttva <jtû(i.aTa, [j,opia Twv ÉvTspôJv auTûv» (Galien, De sympt. caus., lib. m , cap. vu). Sauvages entrevit cepeudaût déjà

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leur véritable nature : «Multiplici observatione , dit- «il, compertum est dejici quandoque tune materias «carniformes, quœ lymphœ et sanguini coagula- (dis intra intest ina concretis tribui dehent ^ lum «materies splenis authepatis fragraentis similes, tum «denique vera corpora glandulosa, per niultos dies aejici solita» (i\'o.y. metli., t. ii, p. 329).

On y trouve encore des lambeaux, produits de l'exhalation pseudomembraneuse qui se fait dans la cavité de l'intestin , et qui forment , ainsi qu'on l'observe dans le croup, des cylindres complets plus ou moins considérables. Les auteurs anciens, trompés par cette forme , les ont considérés comme constitués par une portion de membrane intestinale ou même de l'intestin lui-même, et ont attribué souvent à leur expulsion des résultats fort heureux : c'est à elle qu'auraient dû leur guérison le célèbre Lipsius et cet ambassadeur de Charles Quint dont parle Fernelius. 11 est bien démontré aujourd'hui que si des portions de membrane muqueuse peuvent être expulsées avec les sdies , ce n'est jamais que sous forme de lambeaux irréguliers , très-petits , et que ce n'est que dans les cas fort rares d'invagination que la gangrène peut séparer une partie plus ou moins étendue du tube intestinal , et amener son issue à l'extérieur. Le sang liquiâe ou en caillot est tantôt intimement mélangé aux matières des déjections , tantôt rendu presque pur ; sa quantité varie et peut s'élever jusqu'à deux livres pour une seule selle , ainsi que l'a observé 'èonnti {S epulc, t. n, lib. ni, sect. ii, obs. ni); et quelquefois une évacuation sanguine, lorsqu'elle ne se renouvelle pas trop fréquemment , amène un soulagement notable (Naumann, loc. cit., p. 7).

Les selles , comme nous l'avons dit, sont peu abondantes et ont une odeur fétide particuhère qui se prononce surtout et devient caractéristique dans la dysenterie grave; quelquefois elles se suppriment complètement pendant quelque temps (dfsenteria sicca de quelques auteurs) , par suite de l'excessive tuméfaction des membranes intestinales ou d'une invagination; les matières s'accumulent alors derrière l'obstacle, et ce n'est qu'après des efforts prolongés et accompagnés d'un ténesme des plus violents qu'elles parviennent à le franchir. La peau qui avoisine l'anus est rouge , douloureuse ; la chute du rectum est fréquente chez les enfants et chez les individus débiles; il n'est pas rare aussi de voir survenir le relâchement, l'atonie du sphincter anal (J. Copland). Les malades ont des nausées, des vomissements de matières muqueuse, bilieuse , ou même de sang , ce qui, selon Abercrombie, indique que l'inflammation s'est propagée jusqu'à l'ileum. La langue est rouge, sèche, quelquefois noire et fuligineuse; on observe parfois de la dysphagie (Naumann , loc. cit., p. 22). La soif est inextinguible, et les malades éprouvent, depuis

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la bouche jusqu'à l'anus , une sensation de chaleur brûlante.

Dans le cas d'invagination , apparaissent tous les phénomènes que détermine l'interruption du cours des matières ou un étranglement.

Appareil génito-urinaire. — Beaucoup plus fréquemment que dans la forme dysentérique précédente, l'irritation se propage jusqu'à la vessie, et détermine un ténesme vésical violent qu'exaspèrent encore les efforts de défécation. Les urines sont troubles, rouges, sédimenteuses; leur émission est trèsdifficile, et quelquefois accompagnée de l'écoulement de ce liquide muqueux, glaireux, puriforme, qu'après la mort on retrouve dans la vessie et jusque dans les bassinets (Thomas, loc. cit., p. 24), et dont on a souvent attribué l'issue à des éjaculations ou à des pertes séminales involontaires.

Jppareil circulatoire. — Le pouls est ordinairement dur et fréquent. Comme dans toute maladie inflammatoire , il est souvent plein et développé au début; mais bientôt il devient faible et misérable, soit par les progrès de la maladie , soit par suite de la perte du sang qui s'écoule avec les selles.

Système nert'eux. — Les malades , malgré une céphalalgie intense et des lipothymies fréquentes, conservent presque toujours la parfaite intégrité de leurs facultés intellectuelles ; quelquefois , cependant, il survient du délire, des convulsions, qui rendent le pronostic très-fàcheux.

30 Dysenterie aiguë grave. — Celte dernière forme de la dyseaterie aiguë répond à la dysenterie maligne, putride, asthénique des auteurs. Rarement sporadique, c'est elle qui dépeuple les camps, les vaisseaux , les villes assiégées , les prisons ; c'est elle qu'on retrouve dans toutes ces épidémies que MM.Fournier et Yaidy jugent plus meurtrières que le typhus , la fièvre jaune et la peste. Son début est le plus ordinairement brusque , instantané ; cependant , il est quelquefois annoncé par un appareil fébrile plus ou moins intense, une constriction vers l'épigastre, des douleurs abdominales intolérables, une prostration extrême et subite : ces prodromes , qui ne se prolongent guère au delà de douze ou de vingt-quatre heures , sont bientôt suivis des symptômes que nous avons déjà énumérés, mais qui , ici , sont à leur summum d'intensité , et souvent associés à des complications plus ou moins graves.

Appareil digestif. — Les selles, quelquefois rares , malgré des efforts de défécation presque continuels , sont ordinairement très-fréquentes , et leur nombre peut s'élever jusqu'à deux cents dans les vingt-quatre heures. La matière des déjections, outre le sang qu'elle contient, et qui, comme nous l'avons vu , peut être liquide ou en caillots, pur ou mélangé, est variable ; séreuse, muqueuse ou glaireuse ; verte ,

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brune, noirâtre, puriforme, offrant des flocons graisseux, des lambeaux menibraueux; elle répand une odeur sui ^eneris, dune extrême fétidité, et excorie quelquefois les mains de ceux qui la touchent, tant elle est acre. Les douleurs abdominales, les coliques, sont tellement aiguës, qu'elles arrachent des cris continuels aux malades; cependant elles peuvent manquer complètement (Zimmerraaun) , ou cesser tout à coup lorsque l'intestin est frappé de gangrène. Le ténesme est constant, porté à l'extrême, et encore exaspéré, tantôt par le passage des matières, tantôt, au contraire , par les efforts sans résultats qu'il provoque. Le ventre est mou, facile à déprimer, ou bien tendu, ballonné et douloureux ; il survient des vomissements de sang, ou de matières vertes; la langue est sèche, noire, fuligineuse, collée au palais, marquée de profonds sillons; la muqueuse buccale est couverte d'aphthes, d'ulcérations, de plaques pseiidomembraneuses ou gangreneuses. Les malades ont un dégoût horrible pour toute espèce d'aliments; la soif est inextinguible, et cependant les boissons déterminent, aussitôt qu'elles sont parvenues dans l'estomac, des vomissements et des besoins d'aller à la selle. La dysphagie est parfois complète. Des vers morts, macérés ou vivants sont expulsés en grand nombre par la bouche ou l'anus; on en trouve dans le lit des malades qui s'échappent spontanément des intestins Fournier et Vaidy ) ; ils s'amassent même quelquefois jusque dans les narines (Bruant, Zimmermann). La maigreur est rapidement portée jusqu'à l'émaciation.

Appareil génito-urinaire. — L'urine est rare, brune, laiteuse, puriforme, d'une fétidité extrême; son émission est difficile, douloureuse {ténesme vésical), ou entièrement supprimée.

Appareil respiratoire. — La respiration est souvent accélérée, faible, laborieuse; l'haleine et les crachats répandent la même odeur fétide que l'urine et les selles ; la voix est altérée, rauque, entrecoupée, affaiblie; quelquefois on observe une aphonie complète (Naumann). Le hoquet peut se manifester dès le début de la maladie, et alors il n'est point un signe fâcheux ; dans une période plus avancée, il annonce, au contraire, une mort prochaine. «En Amérique, disent MM. Fournier et Vaidy, dans tous les stades de la dysenterie, le hoquet s'associe aux autres phénomènes de la maladie. M. le docteur Renaty, qui nous a communiqué cette observation, a remarqué aussi que le hoquet se manifeste particulièrement chez les dysentériques qui s'étaient adonnés à l'abus des boissons spiritueuses (loc. cit., p. 369).

Appareil circulatoire. — Le pouls est petit, misérable, fréquent, irrégulier; les membres inférieurs s'infiltrent ; souvent on observe des hémorrhagies nasales ( Mursinna, Beob. ilherdie Ruhr, p. 75).

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Système nerveux. — La plupart du temps les malades ont la tête appesantie, et sont plongés dans une espèce de stupeur dont il est difficile de les tirer, et qui n'est interrompue que par des vertiges, des lypothimies fréquentes. P. Frank a vu la paralysie des membres inférieurs ou des hémiplégies. Les yeux sont hébétés et très-sensibles à l'impression de la lumière; les facultés intellectuelles restent intactes. Dans d'autres cas, et dès le début de la maladie, il se manifeste un délire tranquille, fugace, ou, au contraire, continuel et agité; il y a des contractures, des soubresauts dans les tendons, des convulsions.

Appareil sensitif. — La peau est tantôt extrêmement sèche, et tombe en desquamation; tantôt elle est gluante et froide. Sa sensibilité au froid extérieur est augmentée; au bout de quelques jours, elle se couvre d'un enduit terreux, d'une espèce de vernis que Desgenettes a comparé à la patène qui recouvre les bronzes antiques. Sur toute la surface du corps apparaissent des pétéchies, des pustules, des ecchymoses, des phlyctènes; une inflammation très-vive, et quelquefois la gangrène, s'emparent de la peau qui avoisine l'anus, ou même de celle des membres inférieurs (Zimmermann, loc. cit., p. 224).

En résumé , la dysenterie aiguë grave est caractérisée par l'exagération des symptônfes qui s'observent dans la forme précédente, par la marche rapide de la maladie , l'état adynamique, typhoïde des malades, et surtout, enfin, par des symptômes qu'il faut rapporter aux complications qui surviennent presque toujours, et que nous allons bientôt indiquer.

B. Dysenterie chronique. — La dysenterie chronique est rarement primitive, bien qu'on l'observe parfois sous cette forme chez les individus débiles (Broussais, Hist. des phlegm. chron., t. m, p. 53), et presque toujours elle succède dans les camps , les prisons, les hôpitaux militaires, â la dysenterie aiguë épidémique. Les symptômes qu'elle présente sont trèsvariables.

Appareil digestif. — Les évacuations moius abondantes qu'à l'état aigu ont lieu de quatre à douze fois dans les vingt -quatre heures : les matières sont aqueuses, comme gélatineuses, mucaso-purulenles , ou même purulentes , et ne contiennent plus qu'une quantité très-minime de sang; elles ont une odeur acide toute particulière et fort désagréable. Le ventre est tendu, météorisé, dur sans être douloureux; les coliques et le ténesme disparaissent complètement par intervalles , pour revenir avec une intensité extrême; la langue est sèche. «Les malades ont, pour l'ordinaire, un appétit déréglé; ils désirent des laitages , des pâtisseries , des fruits acides , ou même acerbes, et leur intempérance est fort souvent la cause qui perpétue le mal. Ceux qui éprouvent cet appétit vorace, et qui n'ont point des aliments à dis-

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crétion, comme dans les hôpitaux militaires, par exemple, portent la prévoyance jusqu'à faire, à l'insu du médecin, des provisions qu'ils cachent avec soin à tous les regards; et souvent après les avoir vus expirer en mangeant, on trouve sous leur oreiller, dans leur paillasse, des pains, du fromage, du jambon , des œufs, des fruits, des pommes de terre, etc. D'autres, accablés par une affreuse langueur, perdent l'appétit; les mets les plus exquis leur inspirent du dégoût» (Fournier et Vaidy, Dict. des sciences méd.^ t. x, p. 358). La langue est pâle, décolorée, ainsi que les lèvres; les gencives sont saignantes; la jaunisse survient assez fréquemment; l'amaigrissement est considérable.

appareil génito-urinaire. — L'urine est d'une teinte brune, ardente, et coule difficilement.

Appareil circulatoire. — Le pouls faible, intermittent, ordinairement calme, ou même lent dans la première portion du jour, s'accélère ensuite, et la fièvre redouble vers le soir; quelquefois, dans la durée de la maladie, elle présente pendant quelques jours des phénomènes d'exacerbation analogues à ceux qu'on observe dans l'état aigu; vers la fin , elle devient hectique. La face et les membres inférieurs s'œdématient sans qu'il y ait hydropisie; cependant, celle-ci peut aussi survenir.

Sfstème neri^eux. — « Les malades conservent toute leur raison comme les phthisiques, et comme eux ils se livrent à des projets qui les transportent dans un long avenir. Souvent, cependant, ils sont tristes, et même nostalgiques» (Fourniei et Vaidy, loc. cit.).

Appareil sensitif. — La peau est sèche, aride, pâle, plombée, d'un jaune sale à la face, très-impressionnable au froid.

Suivant MM. Fournier et Vaidy, les malades atteints de dysenterie chronique ont une position si caractéristique , qu'un médecin exercé les reconnaît au premier aspect , à la manière dont ils sont blottis

dans leur ht «Ils se tiennent couchés sur un des

côtés avec toutes les articulations fléchies, et les membres très -rapprochés du tronc; ils ont la tête enfoncée sous la couverture.»

Suivant M. Roche (loc. cit.., p. 343), la dysenterie chronique peut encore se manifester par des symptômes tout différents qu'il importe d'autant plus de connaître, qu'ils donnent souvent lieu à des erreurs de diagnostic. 11 existe dans un point fixe du gros intestin, le plus ordinairement dans le cœcum, une douleur sourde ou assez vive, intermittente, irrégulière, survenant et disparaissant brusquement sans cause connue. Elle se fait rarement sentir dans la position horizontale , si ce n'est par la pression , et seulement encore chez les personnes maigres; car chez celles qui ont de l'embonpoint, la pression la plus forte ne peut

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l'éveiller. Elle se manifeste après une marche prolongée , l'exercice du cheval , à la suite de secousses dans une voiture mal suspendue , d'accès de colère, de chagrins, de contrariétés; elle se fait surtout sentir quatre ou cinq heures après le repas , quoique, lorsqu'elle existe, l'ingestion d'alimenrts la calme momentanément. Cet état peut durer de longues années sans altérer les fonctions de la nutrition, et les éva- , cuations sont presque normales , à moins que les malades ne commettent des écarts de régime. Cependant tôt ou tard une tumeur se forme dans la région douloureuse, et l'inflammation du tissu cellulaire «nvironnant, dansla région cœcale,le rétrécissement , la dégénérescence cancéreuse de l'intestin, peuvent alors amener une terminaison funeste.

En terminant cette description symptomatologique de la dysenterie chronique, nous croyons devoir faire remarquer que cette forme est beaucoup plus rare qu'on ne le pense généralement, et que fort souvent, à l'exemple de Broussais, on a cru la retrouver encore, alors qu'elle avait déjà été remplacée par une maladie toute différente. En effet, nous ne pouvons accorder le nom de dysenterie chronique à ces diarrhées qui succèdent souvent aux formes dysentériques que nous avons étabhes, pas plus qu'à Félat morbide qui peut résulter d'altérations dont la cause première a d'ailleurs été la dysenterie. Est-il possible de continuer à voir une dysenterie chronique dans un rétrécissement, dans un cancer du rectum ? On évitera presque toujours cette confusion de langage si préjudiciable à l'exactitude scientifique, en faisant avec nous , de la présence de sang dans la matière des déjections, le caractère de la dysenterie chronique , comme il est celui de la dysenterie aiguë.

Marche et type. — En réunissant maintenant les quatre espèces dysentériques que nous venons de décrire , pour envisager ceux de leurs caractères qui peuvent être établis d'une manière générale, on voit que la marche de la maladie est modifiée par beaucoup de circonstances. Annoncée par des prodromes, débutant brusquement, ou Succédant à un état aigu, la dysenterie suit ordinairement une marche régulièrement ascendante ou décroissante ; mais elle peut aussi revêtir dès l'abord sa plus grande intensité, et offrir ensuite alternativement des rémissions et des exacerbations. La marche est rapide, continue dans les dysenteries aiguës intense et grave, lente et rémittente dans la dysenterie chronique. Le type franchement intermittent est incompatible avec un état inflammatoire bien caractérisé, avec l'existence d'une lésion organique de quelque gravité; mais on l'observe, dans les circonstances opposées, sous l'influence de causes spéciales, et il peut même être alors périodique. C'est ainsi que , pendant la durée d'une fièvre d'accès, on voit tout à coup celle-ci disparaître pour

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être remplacée par une dysenterie qui conserve le même caractère ( fièi^re inlennittente dysentérique de quelques auteurs).

M. Grigor, dans son excellente histoire de la dysenterie qui régna en 1809, pendant la guerre de la Péninsule (Trans. ofmed. and chir. Soc.^ vol. vi, p. 430), rapporte que la maladie fut intermittente dans les hôpitaux de l'Alentejo et de l'Estramadure, rémittente lorsque, aux mois de juillet, août et septembre , l'armée se porta rapidement dans les Castilles; et enfin continue lorsque celle-ci fut exposée, à la Giutad Rodrigo, aux émanations de vingt mille malades (J. Gopland, loc. cit., p. 704).

Durée. — Il est fort difficile d'établir, même d'une manière approximative, la durée de la maladie, car elle dépend de son intensité, de sa marche, des causes sous l'influence desquelles elle s'est développée, des complications, etc. , etc. Dans la dysenterie aiguë légère , la moyenne paraît être de trois à six jours ; dans les formes intense et grave , de dix à douze jours. Mais ne voit-on pas des malades succomber dès le second ou le troisième jour; dans d'autres cas la maladie, bien que fort intense, cesser tout à coup brusquement? La dysenterie intermittente peut se prolonger pendant fort longtemps; l'état chronique dure souvent plusieurs années.

Terminaison. La dysenterie aiguë peut se terminer :

\° Par résolution. — Gelle-ci peut être brusque, et même , comme nous l'avons dit, lorsque la maladie est intense; dans ce cas alors elle suit quelquefois immédiatement une abondante évacuation de sang. Dans d'autres cas, elle s'opère lentement : il s'établit une transpiration douce , égale ; les déjections deviennent plus rares, leurs matières de plus en plus consistantes et privées de sang ; la langue se nettoie, devient humide ; le pouls reprend ses caractères normaux; l'appétit, le sommeil ,les forces, se rétablissent, et un retour complet à la santé ne se fait pas attendre longtemps.

2" Par l'extension de l'inflammation au delà de son siège primitif. — Lorsque l'inflammation se propage de la muqueuse intestinale aux autres membranes, la terminaison est souvent funeste, et amenée, soit par l'état typhoïde, adynamique qui manque rarement de survenir, soit par la gangrène ou la perforation de l'intestin , soit par une invagination. Dans le premier cas, les déjections deviennent de plus en plus fréquentes ; leurs matières sont verdâtres, noires , d'une fétidité extrême ; la langue est sèche , noirâtre ; les dents sont fuligineuses ; la peau sèche et couverte d'une croûte terreuse ; les urines presque c empiétement supprimées; il se fait probablement une résorption d'une partie des matières contenues dans le canal intestinal ; les malades tombent dans une prostration comateuse, et ne tardent pas à succomber.

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Cette terminaison, qui s'observe surtout dans les fortes épidémies dysentériques, a lieu quelquefois dès le huitième ou le dixième jour. La gangrène de l'intestin , que Starck ( Tentamen medic. de dysenteria) regardait comme constante chez les malades qui succombent à la dysenterie , s'observe assez rarement d'après les recherches de Broussais , de MM. Bayle , Gayol , Fournier et Vaidy .

«Les douleurs, qui étaient atroces auparavant, cessent tout à coup ; le pouls se ralentit ; il devient inégal, petit; le délire, s'il en existait, disparaît ; le ventre est mou et indolent ; une apparence de mieux, un état qui simule la convalescence, trompe les assistants ; le malade lui-même se croit guéri; et tout à coup , quelquefois au milieu de cette illusion , il meurt, tandis qu'il se réjouissait et s'entretenait de son rétablissement inattendu» ( Fournier et Vaidy, loc. cit. j, p. 366 ). Le médecin sera averti de cette terminaison par l'odeur gangreneuse caractéristique que répandent les matières des déjections et l'haleine , par la petitesse du pouls , la décomposition des traits, et il ne se méprendra jamais sur la nature de cette rémission apparente , qui ne peut en imposer qu'aux personnes étrangères à la médecine. La perforation de l'intestin est également assez rare et toujours mortelle ; elle peut être le résultat de la gangrène , de l'ouverture d'un de ces petits abcès que nous avons vus se former quelquefois entre les tuniques intestinales ; ou enfin , comme cela a lieu le plus ordinairement, être déterminée par une ulcération qui a détruit la paroi de l'intestin dans toute son épaisseur. Le météorisme du ventre , la petitesfe du pouls , le refroidissement de la peau , et surtout aux extrémités inférieures , la prostration , les vomituritions, sont les symptômes qui l'annoncent et qui n'appartiennent plus à la dysenterie considérée en ellemême. L'invagination s'observe quelquefois chez les enfants, surtout dans les pays chauds, et il est, comme l'on sait, souvent assez difficile de la reconnaître. Tantôtapparaissent tous les symptômes d'une violente péritonite; tantôt, et plus ordinairement, le ventre reste souple et indolent , et ce n'est qu'au bout de quelques jours que des vomissements stercoraux viennent indiquer qu'un obstacle s'oppose au libre cours des matières. Cette terminaison est presque toujours funeste ; cependant on a prétendu que des malades avaient guéri après avoir rendu une portion plus ou moins étendue et complète du tube intestinal ; mais ce n'est qu'avec une grande réserve qu'il faut admettre de pareils faits , et il est probable que les auteurs qui n'ont point constaté la structure anatomique de ces portions évacuées ont été induits en erreur par la présence de ces cylindres pseudomembraneux que nous avons dit être souvent expulsés par les déjections. Dans tous les cas , si l'invagination se terminait

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heureusement , elle ne devrait plus être considérée que comme une complication. Enfin , l'inflammation peut s'étendre à la partie supérieure du canal digestif: alors surviennent des vomissements de bile ou de sang ; le pouls s'accélère , les douleurs abdominales s'exaspèrent, et les malades offrent tous les symptômes de l'entérite; d'autres fois elle envahit le tissu cellulaire qui avoisiue le cœcum , et détermine la for • mation d'un abcès de la fosse iliaque , qui peut s'ouvrir, soit dans l'intestin , soit à l'extérieur ( Dance , Husson, J. Copland ). Enfin, lorsque la dysenterie attaquedes femmes pendant la grossesse , on voit assez souvent l'inflammation se propager à la matrice et au péritoine, et donner lieu, non-seulement à une complication fâcheuse, mais à des accidents qui, dans la presque totalité des cas, amènent une terminaison rapidement funeste.

3° Par ririi'asion d'une fièvre intermittente. — Lorsque la maladie a été mal traitée , arrêtée imprudemment par l'usage des astringents, lorsqu'elle est épidéraiquè , et surtout lorsque , comme cela arrive quelquefois, elle a succédé aune fièvre intermittente, on la voit cesser brusquement, et celle-ci se manifester. C'est ainsi que J.Frank a vu une fièvre quarte disparaître chez un individu qui contracta la dysenterie, laquelle cessa à son tour, la première ayantreparu. Cette terminaison est toujours favorable, à moins que la fièvre intermittente ne soit grave [fièvre intermittente pernicieuse)^ ou qu'elle ne se prolonge et ne se lie à des altérations organiques. Un fait assez remarquable , et que nous pouvons signaler en passant, c'est que la fièvre intermittente vient se placer tour à tour parmi les terminaisons , les complications , et enfin les causes de la dysenterie.

4° Par le développement d'une autre affection. — Le rhumatisme , la sciatique , la pleurésie (Stoll, Richter), l'hépatite, la méningite, une affection cutanée, ont été indi'qués comme pouvant terminer la dysenterie , et ont même quelquefois été considérés comme des métastases. Les médecins qui ont fait la campagne d'Egypte ont souvent vu la dysenterie cesser brusquement par le développement d'une ophthalmie purulente (Bruant, Obs.surla djs. d" Egypte j, p. 21;Desgenettes,i^/.yf. méd.de l'armée d'Egypte). L'hydropisie, anasarque ou ascite, s'observe chez les vieillards, chez les soldats exténués par les longues marches et les privations, chez les individus affaiblis par des maladies antérieures. On la remarque plus souvent sous les hautes latitudes que dans les pays tempérés. Cette terminaison est ordinairement funeste.

Enfin , disent MM. Fournier et Vaidy, «la dysenterie se termine, dans certaines occasions, par une dysurie, d'après cette tendance qu'ont toutes les affections catarrhales de se succéder les unes aux au-

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très. Cette terminaison est fort rare parmi les femmes et les enfants ; elle se manifeste principalement chez les hommes adultes ou avancés en âge, quand ils sont prédisposés au catarrhe de la vessie » [loc. cit., p. 367).

5o Par le passage à l'état chronique. — C'est du vingtième au trentième jour qu'il faut considérer la dysenterie comme ayant passé à l'état chronique (Broussais, /oc. cit.j, t. m, p. 49). Dans cette forme, les malades sont lentement conduits au marasme par la propagation de la phlegmasie chronique à l'estomac (Broussais, loc. cit.j, t. ii, p. 505), par l'épaississement des membranes intestinales , le rétrécissement, dans une étendue plus ou moins considérable, du calibre de l'intestin, les altérations de tissu qui empêchent l'absorption du chyle (Fournier et Vaidy, loc. cit. jÇ. 566). D'autres fois elle se prolonge pendant des années entières sans déterminer de troubles bien graves. Dans les contrées équinoxiales, dans les pays où elle est endémique, en Egypte, à Saint-Domingue, elle ne se guérit point, à moins que les malades ne se décident à une prompte émigration. Enfin , dans les cas plus favorables où la dysenterie chronique a succédé à une forme aiguë sporadique et simple, la terminaison est presque toujours heureuse, et quelquefois même brusque et rapide.

Convalescence , rechutes , récidives. — Nous avons déjà indiqué que le retour de l'appétit, du sommeil et des forces étaient les signes de la convalescence; les selles deviennent moins fréquentes. Mais il ne faut pas oublier que l'intestin grêle, pouvant ne participer en rien à la maladie, garde parfois les matières qu'il renferme pendantun assez long espace de temps, et qu'il survient alors des évacuations abondantes sur la nature desquelles on ne se méprendra d'ailleurs point en examinant les matières, qui sont sous forme de boules dures, noirâtres ou jaunâtres, couvertes d'un enduit de mucosités. Quelquefois les malades se rétablissentlentement àla vérité, parce que les fonctions de nutrition outbesoin d'un certain temps pourréparer le désordre qu'avaient déterminé leurs troubles, mais du moins ils n'éprouvent d'autre accident qu'une faiblesse, qui disparaît peu à peu ; d'autres fois les cheveux tombent, la peau se desquame , se couvre d'éruptions ; il survient des sueurs abondantes ; la sécrétion urinaire est augmentée ; les pieds, les mains, restent œdématiés. Le docteur Renaty a vu à Saint- Domingue le hoquet persister longtemps après la guérison. Le ventre reste tendu , ballonné ; une douleur plus ou moins vive persiste dans un point du colon ; les évacuations sont encore plus fréquentes qu'elles ne devraient l'être, mais sans ténesme; une petite fièvre continue avec exacerbation vers le soir ou ne se manifestant qu'à cette époque de la journée, fatigue encore le malade cependant convalescent,

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qui reste dans un état anémique tout particulier, et éprouve quelquefois des tintements d'oreilles , un peu de surdité (Stoll). Quelques auteurs ont vu survenir après la dysenterie une paralysie analogue à celle que déterminent la colique saturnine, des hémiplégies, des paralysies partielles (Ph.-G. Fabricius, De paraljsi brachii unius et pedis alterius dysentericis fa~ miliari). Morgagni a vu des abcès se former à la marge de l'anus, et s'ouvrir, soit à l'extérieur, soit dans le rectum (Epist. xxxi, § 28).

La convalescence des dysentériques exige des soins tout particuliers que nous indiquerons avec détails; car « il est peu de malades , disent MM. Fournier et Yaidy , qui soient aussi sujets aux rechutes que les dysentériques» {loc. cit.j p. 387), assertion justifiée par l'observation, mais liée beaucoup plutôt à des fautes de régime ou de traitement, aux circonstances dans lequelles s'est développée la maladie, qu'à la nature de celle-ci. C'est ainsi que les rechutes sont surtout fréquentes lorsque la dysenterie étant endémique ou épidémique, les convalescents restent soumis à l'influence des causes qui ont fait naître cette dysenterie ; lorsque dans les camps, les vaisseaux, les voyages , ils reprennent trop tôt un genre de vie nuisible , lorsqu'ils s'exposent au froid, ou font usage de boissons alcooliques. Sans contester d'une manière absolue que la dysenterie ait une tendance spéciale aux rechutes, on peut se demander cependant quelle est l'affection que dans des circonstances semblables on ne verrait point reparaître? Dans la dysenterie sporadique , les rechutes sont certainement fort rares , à moins, encore une fois, que les malades ne se replacent sous l'influence de causes morbifiques premières ou nouvelles.

Van Geuns avait cru reconnaître que la dysenterie n'attaquait jamais deux fois le même individu, et il l'avait, sous ce point de vue, rapprochée de la rougeole, de la scarlatine, de la variole (y4ùh. aber die epidem. Buhrj, trad. de Keup., p. 191); mais des récidives ont été fréquemment observées par Engelhard (£/e/;er die Ruhr, y}. 39), Dreyssig (i^ara^/w. dermed. Klinik; bd. I, t. m, p. 33), et d'autres auteurs.

Diagnostic, — « Le diagnostic de la dysenterie , disent MM. Chomel et Blache , offre rarement de l'obscurité. Les douleurs abdominales, le ténesme , l'excrétion laborieuse de mucus ordinairement sanguinolent , sont des symptômes qui ne se rencontrent guère réunis que dans l'affection qui nous occupe, et qui , lorsqu'ils existent dans quelques autres maladies, telles queleshémorrhoïdes et le cancer du rectum, sont toujours joints à d'autres signes propres à éloigner toute erreur» {Die. de méd., t. x, p. 560).

En adoptant pleinement la première de ces propositions, nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer qu'elle a besoin d'être appuyée sur une dé-

monstration plus péremptoire , que celle dont se sont contentés les auteurs que nous venons de citer. Quel est le praticien , nous ne dirons pas attentif, mais quelque peu instruit , qui confondrait la dysenterie avec le cancer du rectum ? Mais il n'en est déjà plus de même pour les hémorrhoïdes : l'erreur est plus facile, et , dans certaines circonstances , devra pour ainsi dire être commise, si l'on n'a pas recours à l'exploration directe. Elle sera presque inévitable dans certains cas d'entérite , si l'on s'en tient aux données de M. Chomel: en effet , si l'on établit que la présence du sang dans la matière des déjections dysentériques n'est point constante, qu'elle n'existe ({m' ordinairement ., sur quoi se fondra-t-on pour reconnaître une diarrhée accompagnée de douleurs abdominales , de ténesme , et cependant symptomatique de cette entérite ? D'ailleurs , sous l'influence de causes variables , du sang ne peut-il pas être expulsé avec les selles dans cette même diarrhée?

Reconnaissons donc que si le diagnostic de la dysenterie offre rarement de l'obscurité, ce n'est point parce qu'il repose sur l'existence de douleurs abdominales , de ténesme, d'une excrétion laborieuse de mucus ordinairement sanguinolent, sur la présence de tels ou tels symptômes qui , pris isolément, ou associés deux à deux ou trois à trois , n'ont aucune valeur, mais bien parce qu'il ressort clairement de l'appréciation des caractères généraux de la maladie , de son mode de développement , de sa marche ; parce que la dysenterie est presque toujours une affection générale qui s'accompagne d'un ensemble de symptômes qu'on ne voit jamais déterminé par une altération localisée et circonscrite dans un point du canal intestinal, et qu'on ne retrouve également point dans les maladies qui, comme le choléra-morbus, par exemple , doivent être attribuées à un modificateur dont la puissance s'est exercée sur l'économie tout entière.

Nous ne pensons pas toutefois que , dans une question aussi importante, il suffise d'énoncer ces propositions, et nous allons essayer d'en démontrer l'exactitude en retraçant rapidement les caractères différentiels quS séparent la dysenterie des maladies avec lesquelles il est permis de supposer qu'elle puisse être confondue

Phlegmasies du canal intestinal. — L'entérite, la colite, l'entéro-colite, donnent lieu à des douleurs abdominales, à des évacuations fréquentes, liquides, quelquefois accompagnées de ténesme; et si, dans la presque totalité des cas, la matière des déjections ne contient point de sang, il peut cependant arriver que Ton en rencontie dans quelques selles, soit par suite de l'intensité de l'inflammation, soit par suite d'une complication (voyez Intestin). Mais ces maladies sont presque toujours sporadiques

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rarement endémiques, et alors sous l'influence de causes appréciables, jamais épidémiques ni contagieuses; elles se montrent dans tous les pays, dans toutes les saisons , et plus fréquemment pendant l'hiver; elles attaquent indistinctement tous les âges, toutes les constitutions, toutes les classes de la société ; elles se manifestent sous l'influence de causes appréciables ayant agi directement sur la portion enflammée du canal intestinal ; elles sont accompagnées d'une fièvre intense; elles ne jettent pas les malades dans une prostration subite et extrême ; elles sont rarement compliquées; on ne remarque ni convulsions, ni paralysie, ni aphthes, ni phlyclènes, ni éruptions sur la peau ; les selles ne sont jamais aussi fréquentes, ne répandent pas l'odeur dysentérique, ne contiennent jamais qu'une très-petite quantité de sang, et seulement dans quelques évacuations ; le ventre est très -douloureux à la pression, le ténesme beaucoup moins violent.

Dans toutes les autres espèces de diarrhées idiopathiques, symptomatiques ou critiques, l'absence de sang dans la matière des déjections sera un signe qui, à lui seul, assurera le diagnostic; si, au contraire, du sang est expulsé avec les selles après avoir été versé dans la cavité de l'intestin d'un point plus ou moins éloigné , on pourra d'abord reconnaître la complication à laquelle se rattache sa présence, et on remarquera ensuite qu'il est souvent évacué sans efforts de défécation , sans douleur, dans l'intervalle des déjections, qu'il est rendu pur ou en caillots, mais qu'il n'est jamais intimement mêlé au liquide muqueux ou séreux des selles. La détermination de la maladie primitive et la plupart des signes que nous venons d'indiquer à propos des phlegmasies intestinales, serviront encore à rendre toute erreur impossible.

Hémorrhoîdes internes. — Le flux sanguin que déterminent souvent les hémorrhoîdes internes , lorsqu'il se prolonge pendant quelque temps , jette les malades dans une prostration extrême : la face est jaune , profondément altérée ; l'appétit presque nul ; les digestions mauvaises ; le pouls petit, misérable, quelquefois fréquent. Mais la maladie ne détermine ces symptômes généraux qu'au bout de plusieurs mois , et jusque-là l'évacuation du sang et quelques douleurs locales sont les seules manifestations que l'on puisse observer ; d'ailleurs, lorsqu'ils apparaissent, ils sont encore bien différents de ceux que fait naître la dysenterie: ils se rattachent tous à la perte du sang et au trouble des fonctions de nutrition. Les malades sont ordinairement constipés : le sang est rendu pur, sans douleur dans l'intervalle des selles , ou bien il précède l'expulsion de matières fécales moulées. Si , par suite d'une complication , il survenait de la diarrhée, des douleurs abdominales , du ténesme, en pratiquant le toucher rectal, ou mieux encore en

introduisant dans le rectum le spéculum anîj on trouverait dans tous les cas, sinon des tumeurs hémorrhoidales, du moins des vaisseaux dilatés, distendus par une grande quantité de sang, à parois minces et luisantes, et cette disposition suffirait pour indiquer la véritable nature de l'affecfion et des ulcérations qui peuvent d'ailleurs exister sur la muqueuse rectale.

Choléra -morbus. — Le choléra est sporadique, endémique ou épidémique; beaucoup de médecins recommandables le croient contagieux. Son invasion est brusque ou annoncée par quelques prodromes; il attaque de préférence les individus d'une mauvaise constitution , faibles, débilités par des maladies antérieures ; il s'accompagne de déjections très-fréquentes provoquées par la déglutition de quelques gouttes de liquide, accompagnées de ténesme, de douleurs abdominales horribles , de vomissements ; le pouls est faible, filiforme, supprimé; la peau est froide, la face profondément altérée, la prostration rapidement portée à l'extrême; le malade est pris de hoquet, devient très-sensible au froid , tombe fréquemment en syncope , Turine se supprime : tels sont les caractères communs assez nombreux que présentent les deux maladies. Mais le choléra a parcouru pour ainsi dire le monde entier ; il sévit épidémiquement surtout au printemps ou pendant l'été; il n'a pas de lieu d'élection, et s'il épargne quelques localités sur son passage, il est aussi impossible d'apprécier , de supposer les causes de son absence que celles de son développement. La matière des déjections ne contient jamais de sang, et offre un aspect particulier, caractéristique; le ténesme est très-rare ; les vomissements sont opiniâtres et constants; la marche est beaucoup plus rapide. Les crampes, la cyanose, le froid qui se manifeste quelquefois dès le début au nez et à la langue , l'absence de convulsions, de délire, l'état de la cornée transparente, ne permettront pas de confondre le choléra, soit dans sa forme la plus simple , soit dans sa forme la plus grave , avec la dysenterie.

Colique de cuivre. — La colique de cuivre est toujours sporadique, ou du moins, si elle peut être endémique, ce n'est que dans des manufactures ou des ateliers.

Elle donne lieu à des évacuations fréquentes, glaireuses, accompagnées quelquefois de douleurs abdominales, de ténesme, de vomituritions; le ventre est douloureux à la pression. Mais la connaissance toujours facile à acquérir des circonstances qui ont présidé au développement de la maladie , l'absence de sang dans les selles, de symptômes généraux adynamiques, L'état du pouls , la marche de la maladie , la facilité avec laquelle elle cède à un traitement approprié , rendent à peine nécessaire de mentionner qu'on ne saurait la confondre avec la dysenterie.

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Coliques végétales. — Parmi les coliques végétales , celle dite de Poitou présente seule quelques points de ressemblance avec la dysenterie les autres ( coliques du Devonshire, de Madrid ) ont pour principal caractère une constipation opiniâtre. La maladie débute par la pâleur de la face, la débilité, des lipothymies , des nausées , des douleurs abdominales; les selles sont fréquentes, accompagnées de ténesme, de strangurie. La paralysie, la cécité, les convulsions épileptiques, amènent la terminaison sou- - vent fatale (Citois, De novo et popul. ap. Pictones, dolore colico bilioso dialriba). Mais cette colique, d'ailleurs si peu connue, est endémique dans une localité resserrée qu'elle n'a pas encore franchie; elle ne se montre pas dans les camps , les prisons, les villes assiégées; dans les circonstances qui, presque exclusivement, développent les épidémies dysentériques. La matière des déjections ne contient pas de sang. Ces différences, et ce dernier signe négatif principalement, suffiront à un diagnostic différentiel qui ,il faut le dire , ne pourra être bien établi que lorsque la colique de Poitou aura été observée un plus grand nombre de fois, et décrite avec plus de soin.

Pronostic. — La dysenterie aiguë, simple, sporadique, se termine rarement par la mort. Il n'en est pas de même lorsqu'elle est épidémique : ses ravages sont alors tels, que plusieurs auteurs la placent sur la même ligne que le typhus, la fièvre jaune et la peste. «Peut-être, disent MM. Fournier et Vaidy, qu'un calcul rigoureux, fondé sur les observations faites aux armées , démontrerait qu'elle est plus meurtrière que ces redoutables maladies» {loc. cit., p. 316). Desgenettes a montré , dans ses tables nécrologiques, que pendant la campagne d'Egypte 2468 soldats succombèrent à la dysenterie, tandis que la peste n'en enleva que 1689.

Une terminaison funeste sera surtout à redouter si la matière des déjections est purulente , noire , trèsfétide : «His vero magis lethalia sunt nigra , aut pin- «guia, aut livida, aut aeruginosa et fœtida stercora» ( Hippocrate, Prœn., lib. n , § ix ) ; si la muqueuse buccale se couvre d'aphthes , s'il survient une forte dysphagie, des exanthèmes livides, de l'œdème, des taches scorbutiques sur les membres inférieurs, du hoquet à une période avancée de la maladie, des convulsions chez les enfants : « Dysenteria infantum f'pejor, et eidem superveniens convulsio lethalis» (Stoll), des vomissements violents : «Dysenteriae quae «incipiunt cum nausea, deinde superveniat vomi- «tus, pêne omnes lethales sunt» (Baglivi), si le ténesme est extrême : «Plerumque mortis signum est, « cum tenesmus tantus est , ut perpetuo hiet anus , «unde clysteres statim elabantur; aut ita constrin- « gatur , ut nihil possit immitti » ( Burserius ). Les femmes résistent mieux que les hommes çt les vieil-

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lards. La gravité du pronostic résulte enfin encore de la nature des complications qui peuvent Sjjirvenir.

On pourra espérer une terminaison heureuse lorsque l'on voit apparaître les signes que nous avons vus annoncer la convalescence.

Le pronostic de la dysenterie chronique est , en général, beaucoup moins fâcheux ; cependant la mort est à craindre chez les vieillards et les jeunes enfants, lorsque les forces et l'embonpoint tendent sans cesse à diminuer ; que la peau est jaune, aride, couverte d'une couche terreuse, de taches scorbutiques ; qu'à la dysenterie succèdent une diarrhée opiniâtre accompagnée d'accidents colliquatifs , de troubles profonds dans les fonctions de la digestion [lienterie).

Le pronostic de la dysenterie chronique devient très-grave aux armées. Sur 100 malades, 80 succombent, proportion effrayante dont MM. Fournier et Vaidy placent la cause dans l'impossibilité d'environner les malades des soins hygiéniques dont ils ont besoin.

Relativement aux épidémies dysentériques, on peut dire d'une manière générale que le pronostic est d'autant plus grave , que la maladie est plus rapprochée du commencement de l'épidémie et du lieu où elle s'est primitivement développée. 11 varie encore suivant la nature des affections qui peuvent venir compliquer la dysenterie.

Formes , variétés. — Nous avons déjà vu que quelques auteurs, se fondant tantôt sur un symptôme prédominant, tantôt .sur une complication , ont établi un grand nombre de formes et de variétés dysentériques. C'est ainsi que, d'après la nature , l'aspect de la matière des déjections , l'absence ou la présence de vomissements, ils ont distingué des dysenteries catarrhale , gastrique , bilieuse, pituiteuse ou muqueuse ; d'après l'état général du malade-, les qualités du pouls, des dysenteries inflammatoire , nerveuse, astliénique , colliquative ( Naumann, loc. cit. ). Il serait facile , d'après cette manière de voir, de multiplier les divisions presque à l'infini , et nous ne pouvons , à cet égard , que renvoyer le lecteur à la symptomatologie que nous avons tracée, nous réservant toutefois d'insister davantage tout à l'heure sur quelques particularités plus dignes de fixer l'attention, sinon à titre de variétés, du moins comme complications. Nous nous bornerons ici à indiquer et à décrire les phénomènes qui caractérisent la dysenterie qui règne dans les pays équatoriauï, aux grandes Indes , et qui , étant assez remarquables pour constituer de véritables variétés dysentériques, ont été étudiés avec soin par les auteurs anglais , qu'un long séjour dans ces contrées a mis à même de les observer fréquemment.

i))'senterie des pays chauds, — Décrite tantôt

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Sôtis le nom de dysenterie suraiguë "(J. Annesley aad J. Copland , Researches into the causes nat. and treatin ofdis. of India , and of warnis climates J Londres, 1828), tantôt sous celui de dysenterie hépatique , cette variété s'observe chez les Européens qui viennent habiter les contrées équatoriales. Causée ordinairement par une alimentation trop riche, trop stimulante , et inusitée jusque-là; par l'abus des fruits , des condiments très-forts , des boissons alcooliques; favorisée par les variations de température qui signalent le passage du jour à la nuit, elle attaque surtout les nouveaux arrivés , les hommes forts et pléthoriques. Comme dans la dysenterie aiguë intense, une chaleur brûlante, une douleur fixe, des coliques atroces , se font sentir dans l'abdomen ; cependant elles sont plus circonscrites dans l'hypogastie et dans la région cœcale , où une tumeur ne tarde pas à se développer. Le ventre est tendu , météorisé , les épreintes et le ténesme sont portés au plus haut degré. A ces symptômes se joignent desborborygmes, des nausées continuelles , des vomissements de matières bilieuses , un affaissement extraordinaire; l'inflammation envahit rapidement toutes les tuniques intestinales, la muqueuse se mortifie, et des lambeaux entiers , faciles à reconnaître par leur structure, sont expulsés avec les selles; les matières des déjections sont ichoreuses, noires, purulentes, d'une fétidité extrême ; des excoriations nombreuses et trèsdouloureuses se développent autour de l'anus, les sphincters se paralysent , les extrémités deviennent froides et livides, les lypothimies, le délire, la stupeur surviennent, et la mort arrive du troisième au cinquième jour.

Chez les Européens qu'un séjour plus ou moins long a déjà en partie acclimatés ,1a maladie est moins iutense , passe fréquemment à l'état chronique, se complique de fièvres , d'affections du foie ou de la rate.

On observe alors assez souvent tous les signes d'une hépatite grave : des horripilations , des vomissements bilieux , une douleur vive à l'épigastre , dans l'hypochondre droit, d'où elle se propage jusqu'à l'épaule correspondante , de l'anxiété précordiale , de la dypsnée, une toux convulsive ; la langue est sèche, noirâtre, les selles bilieuses , le pouls fréquent.

Ces derniers accidents n'apparaissent quelquefois que lorsque la dysenterie dure déjà depuis quelque temps. Le malade devient irritable , les joues se colorent, les muscles droits de l'abdomen se contractent spasmodiquement , le sang disparaît peu à peu des selles , la peau prend une teinte ictérique , et ce n'est qu'alors que se dessinent enfin tous les symptômes que nous venons d'indiquer. A l'autopsie , on trouve le foie enflammé, hypertrophié, altéré dans sa structure ( J. Copland, Dict. ofpract. med. j part, m, p. 697).

Dysenterie des races 7ioires. — La dysenterie exerce de grands ravages parmi les nègres. Elle se développe sporadiquement par suite d'une alimentation malsaine ou insuffisante, de la suppression des fondions de la peau, qui , chez les noirs , est un organe excréteur beaucoup plus important que chez les blancs. La mauvaise qualité des eaux , les localités exposées à certaines émanations animales ou végétales, la rendent quelquefois endémique.

Cette variété , qui revêt , en général , la forme putride , adynamique , devient souvent épidémique : sa gravité, et la rapidité avec laquelle elle se propage, l'ont fait nommer dysenterie pestilentielle. Tous les symptômes de la variété précédente se montrent avec une intensité plus grande encore. Les malades rendent ordinairement une grande quantité d'entozoaires, et principalement de lombrics; la gangrène de l'intestin est fréquente ; le rhumatisme , les fièvres intermittentes, les affections de la rate , sont des complications presque constantes ( J. Copland, loc. cit. , p. 703 ).

Complications. — La dysenterie aiguë peut être associée à presque toutes les phlegmasies et à beaucoup d'autres affections. Nous allons indiquer les principales , en évitant de donner, ainsi que l'ont fait plusieurs auteurs, le nom àe, complications à desmodifications de symptômes dépendant du degré d'intensité de la maladie , des circonstances qui ont présidé à son développement, des dispositions individuelles, en un mot , des caractères morbides sur lesquels nous avons fondé notre division.

A. Scorbut. — A bord des vaisseaux dans les voyages de longs cours, dans les camps, les villes assiégées , les prisons , le scorbut vient fréquemment compliquer les épidémies dysentériques ( dysenteria scorbutica de Ciriglius), et augmenter leurs ravages , ainsi qu'on l'observa dans l'armée anglaise pendant la guerre des Burmèses et dans la maison pénitentiaire de Milbank. Déterminé par l'usage de viandes salées , corrompues, de chair de porc , de substances peu nutritives , de boissons de mauvaise qualité , par l'habitation dans des lieux bas , humides , exposés à des émanations délétères, par les nuits passées au bivouac ou sur les bords de la mer, par les affections morales tristes , la nostalgie, le scorbut se développe encore chez les habitants des pays chauds , qui , transportés dans d'autres contrées, ne retrouvent pas l'alimentation épicée, assaisonnée de condiments , à laquelle ils étaient accoutumés.

Les signes de la complication scorbutique sont faciles à saisir : la prostration est extrême , et il n'y a que peu de réaction fébrile; le teint est hâlé, plombé; les extrémités inférieures s'œdématient ; les gencives sont boursouflées, saignantes ; des pétéchies , des ecchymoses, des ulcérations, se montrent sur les diffé-

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rentes parties du corps; les évacuations sont liquides, sanieuses , mêlées de grumeaux de sang coagulé, souvent involontaires ; les urines bourbeuses , sanguinolentes; le ténesme est peu intense; les excrétions ont une odeur fétide toute particulière. Quelquefois ont lieu des vomissements de bile ou de sang , des hémorrhagies, qui viennent encore hâter une terminaison funeste toujours fort à craindre.

B. Rhumatisme. — P. Forestus {Obseri'., lib. xxn, obs. xix), StoU {Medec. prat.) , Tempel {De arthritide, ejusque cum dysenteria connuhio ; Erfurt , 1796), Richter, ont surtout insisté sur la fréquence de la complication rhumatismale {djsenteria rheumatica). On l'observe dans toutes les contrées et dans presque toutes les conditions, mais plus fréquemment, cependant, lorsque la dysenterie offre le caractère inflammatoire. Le rhumatisme précède , suit ou accompagne l'affection intestinale, et StoU a voulu assigner aux deux maladies une cause et une nature identiques. Nous discuterons plus tard cette opinion. M. Thomas a vu , chez plusieurs dysentériques qui avaient eu un rhumatisme quelques années auparavant , celui-ci reparaître avec une intensité peu commune , immédiatement après la disparition de l'affection intestinale , et il a attribué cette circonstance, non à une simple coïncidence , mais bien à un rapport de cause à effet (ioc. cit.., p. 19).

G. Jjfections cutanées. — Exanthèmes. — La complication exanthématique, qui avait déjà attiré l'attention des auteurs anciens ( Gruber, Diss. de febrc acuta exanthematico-dj-senterica; Bâle, 1747), a été peu indiquée par les modernes, bien qu'elle soit redoutable et fréquente (Guéretin, Ioc. cit.). La rougeole, la scarlatine, l'érysipèle («//^e/iteria er/sipelatosa de StoU), sont les exanthèmes que l'on observe le plus ordinairement. M. Gripal , dans l'épidémie de Maine-et-Loire , a vu plusieurs malades succomber rapidement à un érysipèle gangreneux de la face.

Vésicules et bulles. — Une éruption miliaire a été plusieurs fois observée par Gruber {dysenteria miliaris) et Zimmermann. M. Guéretin a vu, sur une femme de trente ans , une affection huileuse, accompagnée de vives douleurs, se développer sur les mains et les avant-bras.

Pustules. — La variole a été observée assez souvent par M. Thomas [Ioc. cit., p. 32), et il a presque toujours alors rencontré l'éruption miliaire , qui a son siège dans les foUicules isolés de l'intestin , et que MM. Serres et Nonat ont appelée psor^raïene.

Enfin , Franck a souvent remarqué l'apparition de furoncles, soit pendant la maladie, soit dans la convalescence. Degner a vu deux malades être enlevés par le charbon.

D. Fers intestinaux. — La présence de vers dans

le canal intestinal a été considérée, tantôt comme une cause de dysenterie, tantôt comme un symptôme constant de cette affection , tantôt , enfin , comme une simple complication. Ce n'est qu'à ce dernier titre qu'elle nous paraît devoir être mentionnée; mais il faut reconnaître , cependant , que si cette complication n'est souvent que le résultat d'une coïncidence chez les enfants , par exemple , elle semble, dans d'autres cas , se rattacher aux circonstances dans lesquelles s'est développée la dysenterie , au caractère qu'elle revêt. C'est ainsi qu'on voit , comme d'ailleurs dans beaucoup d'autres maladies que celle dont nous nous occupons , un nombre prodigieux de vers dans la dysenterie adynamique, putride {dfsenteria verminosa de Vandermonde) , surtout dans les classes pauvres , et dans les pays chauds , quoique Paul Brandt et 01. Borrigius l'aient également observée pendant l'épidémie qui ravagea leDanemarck et la Suède en 1677 (Naumanu, Ioc. cit., p. 16). Le plus ordinairement les vers sont expulsés avec les selles , et , d'après les remarques de Lemercier, de Naumann et d'autres , ils sont d'autant plus nombreux, que la matière des déjections contient plus de sang. Quelquefois ils sortent spontanément de l'anus dans l'intervalle des déjections , et couvrent le lit des malades. Pringle les a vus s'amasser jusque dans les narines et la bouche. Sauvages {Ioc. cit., p. 329) décrit ainsi les modifications que cette complication apporte aux symptômes de la dysenterie : «Dolores atroces abdominis subiti, «viscerum ardor, nauseœ fréquentes, vomitio muci, « ut spermatis ranarum , dejectiones cruentse et mu- «cosœ cum multo cruore , f ebris insignis; tertiavel « quinta die singultus , pulsus decrescens , ssepe inter- «mittens, cutis arida, viscosa, extrema frigida, vul- «tus emaciatus, oculi languidi, depressi, abdomen «indolens, hinc suspicio sphaceli intestinorum , mors «a quinta die ad decimam quintam. Aham ejusdem «morbi varietatem refert Boyer {Lib. de epidem. ^ « p. 32), in qua non parum sanguinis dejiciebant aegri, csed dejectiones erant doloris expertes, et sanguis « ejectus erat dilutus. » Différentes espèces d'entozoaires ont été, et ont dû être trouvées dans ces circonstances ; mais on ne trouve , précisément désignée dans les auteurs, que l'espèce des ascarides lombricoïdes. La complication vermineuse , chez les adultes, est toujours d'un fâcheux pronostic (Naumann , Ioc. cit.,

£. Fièvres intermittentes. — Nous avons déjà indiqué qu'on avait vu assez souvent la dysenterie succéder à une fièvre intermittente, et vice versa. Dans d'autres cas , également assez nombreux, les deux affections sont réunies. Tantôt, alors, la dysenterie suivant sa marche continue et régulièi e ^ des accès de fièvre surviennent d'une manière intermittente , périodique ou irrégulière {dy senteria febricosa de

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