I)YS
DYS
Werlhof); tantôt, au dire de quelques auteurs, les symptômes dysentériques eux -mêmes offrent une marche intermittente, apparaissent avec les accès de fièvre, disparaissent dans leurs intervalles (r/;\$e/iferia intermiilens de Torti, De febrib.^ lib. ni, cap. i, p. 1 85 ; Dreyssig , loc. cit., p. 18). Nous avons peine à comprendre la possibilité de cette dernière marche, et de nouvelles recherches sont nécessaires pour qu'on puisse l'admettre.
Diomèdes Gornarus (ConsiL ; Lipz , 1 599, p. 98) appela le premier Tattention des médecins sur cette complication dysentérique, quifutensuite étudiée avec succès par Torti , Bmserius {Insi., vol. i, p. 1 , § 1 62), Morton [Pyretol, in 0pp.; Amsterdam^ 1696, p. 237), etMonro [Edinb. med. essays andobsen^.^ t. ni, p. 516), La fièvre tierce est, d'après Torti, celle que l'on observe le plus fréquemment. P. Frank a vu cependant des fièvres quartes. Les malades peuvent succomber dès le troisième ou le quatrième accès lorsque la fièvre revêt la forme grave, pernicieuse (Monro).'
F. Maladies de la rate. — Nous avons vu que la fréquence des altérations de la rate avait conduit quelques auteurs anglaisa les rattacher à la dysenterie des races noires , considérée en elle-même ; mais si l'observation justifie cette manière de voir dans la variété qu ils ont été eu position d'observer, il faut reconnaître que , dans tous les autres cas, ces altérations se rencontrent presque exclusivement sur les malades chez lesquels la dysenterie avait été précédée , accompagnée, ou suivie d'une fièvre intermittente.
G. Maladies du foie. — Quoique Portai ait dit : « Dans la dysenterie, il faut avoir une grande attention à l'état du foie , non qu'il soit toujours affecté , mais parce qu'il l'est très-souvent. Dans cette maladie !a bile est ordinairement viciée , tantôt étant d'une abondance extrême , et quelquefois ayant une acrimonie si grande, qu'elle produit des excoriations aux parties qu elle touche» ( Malad. du foie, p. 571 ), les altérations du foie appartiennent spécialement, comme nous l'avons vu, à la dysenterie des pays chauds , et on les observe rarement dans d'autres cas; cependant Abercrombie dit avoir rencontré quelquefois l'hypertrophie de cet organe, des inflammations aiguës ou chroniques de ses membranes, des abcès diffus ou circonscrits dans sa substance. Ces complications se manifestent par les symptômes ordinaires des affections du foie : douleur dansl'hypochondre droit, dans IJf paule correspondante , selles , vomissements bilieux, ictère, etc.
H. Hémorrhoïdes. — • Les hémorrhoïde sont également été placées parmi les complications de la dysenterie , à cause des accidents locaux qu'elles déterwinent (J. Copknd, loc. cit., p. 707); mais comme
elles précèdent presque toujours l'affection intestinale, elles constituent plutôt une coïncidence qu'une complication. La violence des épreinles et du ténesme est alors un des principaux symptômes, et il faut l'attribuer à l'obstacle que les tumeurs hémorrhoïdales, la distension des vaisseaux, opposent à l'issue des matières. C'est dans ces cas qu'une copieuse évacuation de sang amène souvent un soulagement immédiat.
L Jngines. — Dei angines graves se montrent fréquemment dans les épidémies dysentériques, et surtout dans certaines localités (Gripat , Guéretin) ; des aphthes, des plaques diphthéritiques , se développent dans la bouche, l'œsophage, et même dans les intestins ; les selles sont très-fétides , offrent des lambeaux qui simulent le détritus de la gangrène, et qui sont formés par des concrétions diphthéritiques détachées , noircies par le sang, et ramollies. Des spasmes épigastriques, une dysphagie très- douloureuse , un hoquet continuel (singultus prœfocans ) signalent surtout cette complication. A l'ouverture des cadavres, il ne faut pas prendre les plaques diphthéritiques pseudomembraneuses pour des ulcérations {voyez Diph-
THÉRITE ).
Il nous suffira de rappeler que dans les grandes épidémies développées dans des circonstances spéciales , le typhus , la peste ( Desgenettes , loc. cit.), la fièvre jaune (Fournier et Vaidy) , peuvent être associés à la dysenterie.
La dysenterie chronique est souvent compliquée , surtout dans les pays chauds, après les grandes épidémies , dans les lieux exposés à l'action de miasmes délétères. L'hydropisie (œdème, anasarque ou ascite), l'ictère , les maladies du foie , sont les complications que l'on observe le plus fréquemment.
Étiologie. — Contagion. — « Le développement simultané ou successif de la dysenterie chez un grand nombre d'individus, disent MM. Chomel et Blache, a conduit beaucoup de médecins à la ranger parmi les maladies contagieuses. Cette opinion est celle de Lind, de Pringle, de Degner, de Zimmermann, de Cullen , de Frank , d'Hoffmann , de Bosquillon , de Coste, dePinel, de Desgenettes, de Gilbert, Latour, Lodibert , de tous les médecins enfin qui plus récemment ont observé la dysenterie épidémique, et chacun d'eux a cité des faits qui semblent, en effet, établir la contagion. L'observation journalière est loin d'être favorable à cette opinion , du moins relativement à la dysenterie sporadique » ( loc. cit., p. 554).
En effet, une distinction bien importante doit être faite dans l'étude de la nature contagieuse de la dysenterie , et , sans rentrer dans les considérations que nous avons déjà exposées dans cet ouvrage ( voyez CojHTiGioN), sans discuter si la précision du langage médical et la saine appréelation de Timportaute que»ti(H)
DYS
DYS
(Jui se présente ici , n'exigerait pas que l'on réservât exclusivement le titre de maladies contagieuses à celles qui , dans toutes les circonstances de leur développement , peuvent se transmettre par un contact direct ou indirect, de l'homme malade à l'homme sain , nous pouvons déjà établir un premier fait qui aujourd'hui ne saurait plus être contesté, et que des milliers d'observations viendraient au besoin confirmer, à savoirque , sous la forme sporadique , la dysenterie n'est jamais contagieuse. Recherchons si cette proposition peut également être appliquée à la forme épidémique.
L'opinion qui admet que la dysenterie peut se répandre par voie de contagion est fort ancienne : elle a joui ou jouit même encore d'un grand crédit, grâce aux éloquents défenseurs qui ont cherché à la faire prévaloir , et qui , en général , ont placé dans les émanations qui s'élèvent des déjections des dysentériques la principale source de ce mode de propagation.
«Si dysentericimoribundi,aditVan-Swielen, fœces «olidissimas dùm lustrât medicus (quod novi celeber- «rimo cuidam viroaccidise) tetro habitu afflatus illico (( in eumdem morbum delabatur ; si linteis repurgandis «quse dysentericorum fœcibus conspurcata erant, qui- «dam sibi hune morbum contraxerint ; quidfietdum « putridus talis fomes interne haerens omni momento « tetra hîec miasmata spargit ? » ( Comment., t. a , S 722).
Degner (Historia med. de dysent. biUoso-contagiosa, etc., Utrecht, 1738 ) attribua à l'arrivée d'une personne infectée la dysenterie de Nimègue, et remarqua que la maladie épargnait les étrangers et les juifs qui avaient peu de communications avec les habitants de la ville. ^ivzck{Tentamen de djs.^ etc., Mayence, 1760) défendit vivement la contagion; Pringle , au témoignage duquel on ne peut refuser une certaine valeur, apporte plusieurs faits à l'appui de cette doctrine. En 1743, trois compagnies furent préservées de la dysenterie qui ravageait l'armée anglaise , bien que les conditions hygiéniques fussent les mêmes pour tous , pendant tout le temps qu'elles en furent isolées et qu'elles eurent des latrines séparées , tandis qu'elles en furent immédiatement atteintes aprè-s avoir été mêlées aux autres troupes ; cinq cents dysentériques transportés du camp de Hanau à l'hôpital militaire de Falkenheim communiquent leur affection à tous les malades, et même aux habitants du village; en 1747, une épidémie terrible décime l'armée campée aux environs de Maestricht, elle se communique aux habitants des villages occupés par l'armée, tandis qu'elle épargne ceux de la ville, moins en contact avec les troupes ( Oùs. on the diseuses o/ihe armf,- Londres, 1 772). Gullen et Linné sont essentiellement contagionistes , MM. Goste et Percy
le sont également : le premier, appelé à donner ses soins à quatre cents dysentériques débarqués àNeWport pendant la guerre de l'indépendance , contracte dès la première nuit une violente dysenterie. M. le docteur Lodibert rapporte qu'en 1794 la dysenterie régnait parmi les troupes françaises qui faisaient le siège du fort de l'Écluse ; les malades ayant été transportés à l'hôpital d'Ostende , y apportèrent la contagion, et la maladie, dont il n'existait aucun cas dans la ville, se déclara immédiatement (Essai sur la tliymiaiecnie médicale, Paris, 1808). Un dysentérique , arrivé de la Hollande , est reçu à Lausanne par une famille composée de six personnes auxquelles il communique sa maladie (Tissot, At'is au peuple.^ t. u, p. 27). Un habitant d'Orléans , selon M. Latour, entre dans la chaumière d'un paysan, dont les enfants étaient atteints de dysenterie, et dès le lendemain au soir il est pris de la maladie (Mém. sur la dys. ; in Bull, des scienc. phj^s. méd. et d'agric. d' Orléans ^ 1810, 1. 1). Un dysentérique est transporté dans un pays éloigné très-salubre; il transmet sa maladie, non -seulement à ses parents , mai$ encore aux habitants de ce pays (Lachèze, Arch. génér. de méd.^ 1826, t. XI , p. 639 ). Dans le département d'Indre-et-Loire on vit, en 1826, des ouvriers après avoir travaillé dans des salles occupées par des dysentériques, remporter la maladie et la communiquer à leur famille. «II fut évident pour nous , disent MM. Trousseau et Parmentier, que le contact médiat ou immédiat d'un dysentérique communiquait promptement la dysensenterie. // en est probablement ainsi d'une multitude de maladies épidémiques» (Jrch. génér. de méd., t. xm, p. 379).
Si beaucoup d'auteurs , se fondant sur des faits plus ou moins nombreux et précis, sur ce qu'on observe dans les camps, pensèrent que le principe contagieux de la dysenterie réside dans les émanations des déjections, d'autres allèrent encore plus loin, et admirent qu'il pouvait être transmis par celles qui s'élèvent des corps des dysentériques et de leurs vêtements. Hufeland assure avoir vu la maladie communiquée par l'usage d'une pipe qui avait servi à un dysentérique. Selon M. Gendron, un médecin , après avoir vu des dysentériques, transmet la dysenterie à un habitant d'un autre quartier. Avant de discuter la valeur de ces faits, apportés par les contagionistes à l'appui de leurs opinions , voyons ceux qu'ont invoqués leurs adversaires.
Zimmermann nie formellement que, comme le pense Degner, Y odeur (\m s'exhale des dysentériques puisse communiquer la maladie. Si la contagion a lieu, c'est par l'haleine, par la respiration des excréments dysentériques, et seulement dans quelques circonstances particulières, dans les hôpitaux encombrés, malpropres, lorsque la maladie a un caractère
DYS
pestilentiel; elle est donc accidentelle, et ne saurait être considérée comme la principale source de la propagation de la dysenterie.
SloU combat vivement la contagion, et pense que les observations exactes prouvent que les exhalations dysentériques ne peuvent produire la même maladie chez d'autres hommes. Tous les matins, dit-il, nous examinons les déjections rendues par les malades ; pendant la nuit, nous respirons, totis naribus^ les émanations fétides qui s'en élèvent, et cependant nous tous , médecins , aides , garde-malades, n'avons point contracté la dysenterie [Ratio med., part, m, cap. 4).
Desgenettes, dont l'autorité a souvent été invoquée par les partisans de la contagion , n'est point aussi explicite qu'on l'a pensé ; et s'il admet que la dysenterie puisse se propager par le contact, il reconnaît qu'il faut pour cela le concours de certaines circonstances prédisposantes : ainsi des temps variables et humides, l'entassement des malades, le défaut de renouvellement de l'air et des objets qui , destinés à leur usage, sont imprégnés de la matière des déjections; or, il est évident que ces circonstances, jugées nécessaires par Desgenettes, appartiennent non à la contagion, mais à l'infection.
L'opinion de Pinel doit être interprétée de la même manière ; car si ce professeur annonce que la dysenterie qu'il a observée en 1793 sur les aliénés de Bicêtre semble avoir été apportée par un dysentérique venu de l'Hôtel-Dieu, il ajoute : il est manifeste que la dysenterie n'est point constamment contagieuse, et qu'il faut quelques circonstances particulières, comme sa complication avec une fièvre adynamique, pour la rendre propre à exercer ses ravages au loin [Nosol. méthod., t. n, p. 328).
«Depuis une trentaine d'années, disent MM. Fournier et Vaidy, que l'enseignement clinique , devenu plus général et plus régulier, a rendu les praticiens plus attentifs, les médecins les plus distingués d'Angleterre, d'Allemagne, et des autres contrées germaniques, ne parlent plus de la contagion de la dysenterie; et si l'on parcourt les journaux de médecine de Londres, on verra que la plupart des observations d'après lesquelles les Anglais établissent que la dysenterie n'est point contagieuse ont été recueillies aux Antilles, en Afrique, aux Indes orientales, et à bord des vaisseaux dans des voyages de long cours , par les chirurgiens de l'armée et de la marine {loc. cit.^ p. 334).
Des considérations puissantes ont été invoquées à l'appui de cette doctrine.
Des exemples nombreux pris dans la pratique des armées prouvent que des couvertures , des matelas , après avoir servi à des dysentériques, sont remis impunément en service sans avoir été ni lavés, ni purifiés. lU.
97 — BYS
En 1808, la dysenterie régna épidémiquement dans le Jutland , le Schleswig et le Holstein. Quatre cents hommes de garnison d'abord français, puis espagnols, furent logés chez les habitants de la petite ville de Horsens; mais comme ils étaient arrivés récemment, et n'avaient point été soumis pendant assez longtemps à l'influence des causes qui avaient produit l'épidémie, aucun ne contracta la maladie, à l'exception de deux hommes.
Lorsqu'une maladie vraiment contagieuse existe dans une contrée , elle s'y perpétue si l'on n'a pas le soin d'interdire aux individus sains tout contact avec les personnes affectées ; or, bien que la plupart des dysentériques soient traités au milieu de leur famille, et que tous les individus de la maison continuent à se servir des mêmes latrines, l'épidémie finit toujours par s'éteindre pour un certain nombre d'années, jusqu'à ce que le retour des mêmes causes occasionnelles la produise de nouveau.
Quand une maladie contagieuse se propage d'une contrée à l'autre, on peut, en quelque sorte, en suivre l'itinéraire dans la direction qu'ont parcourue les voyageurs ou les objets qui l'ont transportée. Rien de semblable ne s'observe dans la dysenterie, qui ne franchit point les limites de la région dans laquelle elle est circonscrite , malgré les émigrations continuelles des malades , et le transport de leurs vêtements et de leurs effets.
Quand une maladie contagieuse apparaît dans une contrée, il est presque toujours possible de constater l'instrument de son développement, de son importation; cela est toujours impossible pour la dysenterie.
Une maladie contagieuse commence toujours par ne frapper qu'un petit nombre de personnes, celles qui ont été en contact immédiat ou médiat avec les personnes ou les choses infectées; la dysenterie attaque tout à coupon grand nombre d'individus, et l'on a vu quelquefois la population entière d'un village être atteinte presque le même jour.
Lorsqu'une maladie contagieuse règne dans un hôpital, on la voit toujours atteindre le plus grand nombre , et souvent la totalité, des officier's de santé et des personnes vouées au service des malades ; dans la dysenterie , ces employés ne sont pas plus fréquemment affectés que les étrangers.
Les maladies incontestablement contagieuses, telles que la variole, la peste, le typhus , ont des caractères concluants qu'on ne retrouve point dans la dysenterie. Elles ont un cours déterminé , une durée fixe; chacune d'elles reconnaît une cause unique qui la reproduit; rien de semblable ici.
11 n'est aucune inflammation des membranes muqueuses qui soit bien évidemment contagieuse. On a parlé de la diphthérite comme offrant ce caractère ;
DYS
DYS
mais , outre que beaucoup d'auteurs n'admettent pas la nature contagieuse de cette maladie , on peut aussi alléguer les différences qui la distinguent des autres phlegmasies muqueuses , et qui l'ont fait considérer comme spécifique.
La dysenterie se manifeste surtout vers l'automne. Gomment la contagion pourrait -elle rester inerte pendant l'hiver et le printemps , lorsqu'on n'a employé aucune précaution pour empêcher sa propagation ultérieure , et que cependant on la voit se reproduire précisément à la même époque de l'année?
Si l'on veut argumenter post hoc ^ ergo propter hoc , il n'y a point de circonstance dans la vie qui ne puisse être considérée comme moyen de communication contagieuse.
Il est impossible de nier que la plupart de ces arguments ne soient sérieux ; et maintenant si l'on tient compte de la difficulté qu'il y a de surprendre la contagion au milieu de l'action simultanée de tant de causes différentes , et de la séparer rigoureusement de l'épidémie et de l'infection ; si l'on considère que les prétendus exeoiples de propagation contagieuse ont toujours été pris dans les camps , les hôpitaux , sur des vaisseaux ; dans les lieux où des hommes réunis en grand nombre, débilités par les fatigues, une mauvaise alimentation, les privations de toutes espèces, des maladies antérieures, étaient soumis à l'influence des causes générales de l'épidémie , encore augmentée par une foule de circonstances particulières, hygiéniques ou pathologiques; si enfin l'on se rappelle que des faits bien plus probants en apparence que ceux que nous avons énumérés ont été allégués pour prouver la nature contagieuse de la phthisie pulmonaire , des fièvres intermittentes, on sera, ce nous semble, en droit de conclure que si de nouvelles recherches sont encore nécessaires, pour qu'il soit permis de se prononcer sur l'importante question qui nous occupe , on peut du moins dire avec M. Fleury (Essai sur ta dysenterie, avec quelques considérations générales sur sa fréquence à bord des navires ; Paris, 1803) que la dysenterie ne paraît pas être contagieuse comme maladie spécifique , mais comme fièvre maligne dans les cas où elle est associée à la fièvre d'hôpital ou au typhus, si non admettre avec M. Fallot que « si par contagion on ne veut indiquer que les seules maladies transmissibles par un attouchement direct de l'individu sain avec l'individu malade ou avec des vêtements qu'il a portés , ou d'autres objets qui ont servi à son usage , il serait prématuré encore , d'après les faits connus, de ranger la dysenterie dans leur ûombre; mais que si la notion contagion doit s'étendre à celles qui se propagent à l'aide des émanations morbides fournies par le corps malade et les miasmes ou effluves qui s'en élèvent , alors il ne
peut y avoir de doutes [Arch. génér., de méd.t t. XXIX, p. 495).
Épidémie. — «Doit-on attribuer, dit M. Andral, aux émanations putrides qui s'élèvent des substances animales en putréfaction la faculté de déterminer la dysenterie? Je crois que , sur ce point d'étiologie, la science manque de données suffisantes ( Cours de pathol. interne , t. i , p. 94 ).
Sans prétendre qu'il soit possible de déterminer rigoureusement les conditions atmosphériques qui donnent lieu aux épidémies dysentériques ; sans invoquer, ainsi que l'a fait Kreyssig [De pecuUaris in dysent. epidein. miasmatis prassentia , etc. , Wittemberg, 1799 ) la présence d'un miasme particulier , spécial , il nous semble toutefois qu'on ne saurait refuser une grande influence aux émanations qui s'élèvent de certaines effluves, de certains marais, d'eaux stagnantes , de matières animales ou végétales en état de décomposition putride; aux saisons, aux climats, à la température. Ainsi, sur cinquante principales épidémies dysentériques , trente-six ont eu lieu à la fin de l'été , douze en automne , une en hiver et une au printemps. Les six épidémies qui, dans l'espace de onze ans , régnèrent dans le canton de Berne , se montrèrent toutes pendant les mois de juillet , d'août , de septembre et d'octobre. Sur 1 3,900 individus atteints de dysenterie au Bengale, de 1820 à 1825, 2,400 le furent pendant la saison froide , 2,500 pendant la saison chaude et sèche , et 7,000 pendant la saison chaude et humide.
Sans nous étendre davantage sur ces causes que nous devrons bientôt étudier isolément , nous allons mettre le lecteur à même d'apprécier leur importance en énumérant rapidement , ainsi que l'ont fait la plupart des auteurs, et Ozanam en particulier, les grandes épidémies qui ont été observées et décrites par les auteurs.
1^ Grégoire de Tours rapporte qu'en 334, sous le règne de Ghildebert , il se manifesta dans toutes les Gaules une dysenterie des plus terribles ( Ozanam , Hist. des malad. épidem., t. ni, p. 281).
2*^ Il est fort probable , dit Naumann [Handb. der med. Klin., t. iv, p. 59), que c'est une épidémie dysentérique qui, en 537, enleva un si grand nombre de soldats à Bélisaire. «Romani defecti famé et lue « gravidissima . conflictabantur » ( Procopius , De bcllo gothicOj lib. ni, cap. 3 ).
3° Grégoire de Tours décrit une maladie épidémique qui régna en 580, et qui était, selon toute apparence, une dysenterie [Jnn., lib. v,cap. 33 ).
4^' En 882 une épidémie dysentérique sévit dans l'armée de Charles le Gros. « Tam magnus exercitus «sestivo tempore propter putredinem cadentium ho- «minum segritudine correptus etpertsesus est» {Ann. Fuldens. ap.^ Duchesne,;p. 574).
DYS
DYS
5° Eq 1 083, après un été très-chaud, une épidémie meurtrière ravagea TAllemagne (Schnurrer, Chron., th. I, p. 212).
6° Eu 1315, après une saison humide , une épidémie dysentérique s'étendit sur la plus grande partie de l'Europe (Schnurrer, loc. cit.^ p. 311).
7° En 1401 Webster raconte que la dysenterie fit périr 1 4,000 personnes à Bordeaux ( Naumaun , loc. cit.^ p. 60 ).
8° Heury V, roi d'Angleterre, perdit, en 1 4 1 4, après la fameuse bataille d'Azincourt, les trois quarts de son armée par la dysenterie ( Ozanam , loc. cit.j, p. 281 ).
9'' En 1538 , au rapport de Fernel, toute l'Europe fut ravagée , jusque dans ses moindres villages , par une dysenterie qui ne put être rapportée à aucune cause , tant les saisons précédentes avaient été régulières [ralleriola. Enarrat, med.^ lib. iv, cap. 7),
1 O*' Gamérarius raconte qu'en 1585 une dysenterie maligne sévit en Allemagne, et attaqua surtout les enfants ( Naumann , loc. cit., p. 601.
1 1° Zacutus Lusitanus parle d'une dysenterie qui, en 1 600, fît beaucoup de victimes à Lisbonne {Curât., cent. iij).
1 2° En 1 607 une épidémie très-grave régna à Lyon (Ozanam, loc. cit., p. 281).
13° En 1623 il régna à Nimègue une dysenterie qu'a décrite Sennert (Naumann, loc. cit., p. 60).
14° En 1624 et 1625, vers la fin de juillet, il régna à Lyon une épidémie qui attaqua surtout les eufants , et les garçons plutôt que les filles ; elle augmenta d'intensité pendant l'hiver ( Ozanam , loc. cit., p. 281).
15° En 1625 une dysenterie épidémique régna sur toute l'Allemagne depuis le mois de mai jusqu'à l'automne. Les émollients et les purgatifs furent employés avec succès (Sennert, Med. prat., lib. ui).
16° En 1626, au dire de Hoffmann, après un printemps chaud et pluvieux , et un été sec et brûlant, la dysenterie se manifesta à Francfort-sur-Mein ; elle parut être contagieuse et attaqua les habitants des hauteurs avec plus de violence que ceux des lieux bas et humides (Ozanam, loc. cit., p. 282).
1 7° En 1 635, au rapport de Diemerbroeck, une épidémie fort grave sévit dans le Brabant hollandais. La rhubarbe et la cire fondue dans du lait réussissaient très-bien (J. Copland , A. dict. ofpract. med., part, ni, p. 702).
18'' En 1652 une dysenterie maligne succéda aux fièvres intermittentes qui régnaient à Copenhague. Bartholin rapporte que plusieurs milliers de personnes périrent en trois mois : les évacuations étaient d'une fétidité extrême (Ozanam, loc. cit., p. 283).
19'^ En 1665 une dysenterie manifestement déterminée par des émanations putrides sévit à Lon-
dres. Morton en fut atteint ( J. Copland , loc. cit.j p. 702).
20° En 1669 une épidémie, décrite par Wedel, régna à Gotha. Les malades qui éprouvaient de vives douleurs guérissaient , tandis que ceux qui ne souffraient que peu succombaient rapidement à une gangrène intestinale (^cf. nat. car., dec. ii ).
21° En 1670 une épidémie dysentérique succéda, à Londres, au choléra. Elle s'assoupit en hiver et reparut au printemps (J. Copland, loc. cit., p. 702).
22° En 1677 une épidémie déterminée par l'usage d'eau croupie et de bière corrompue sévit dans l'armée danoise. Les malades rendaient un grand nombre de vers (Ozanam, loc. cit., p. 285 ).
23° En 1680, après un été très-chaud, une dysenterie épidémique , décrite par Muralto , régna à Zurich ( J. Copland, loc. cit., p. 702).
24° En 1684 une dysenterie contagieuse sévit en Westphalie. L'usage des astringents fut mortel ( Ozanam , loc. cit., p. 285 ).
25° En 1 702-1704 on observa plusieurs épidémies dysentériques décrites par Schnurrer {loc. cit., t. ii, p. 233).
26° Loescher a rapporté l'histoire d'une épidémie qui régna en 1709, et dans laquelle l'ipécacuanha et les opiacés furent très-utiles (J. Copland, loc. cit., p. 702).
27° En 1718 il survint à Berhn et dans la Poraéranie une épidémie qui resta assoupie pendant l'hiver et le printemps, et reparut au mois de juillet. Elle était accompagnée d'aphthes qui dégénéraient en ulcères gangreneux mortels. Les astringents provoquaient des convulsions : les évacuants , les diaphorétiques , les toniques , furent prescrits avec succès ( Ozanam , loc. cit., p. 285 ).
28° En 1727 Margraff observa à Magdeburg une dysenterie évidemment contagieuse (Naumann, loc. cit., p. 61 ).
29° En 1731 une épidémie grave régna à Edimbourg (jB^*. de méd. d'Édimb., vol. i, p. 42).
30° En 1734 , une dysenterie inflammatoire régna épidémiquement à Lothringen (Zimmermann, Fan der Ruhr unter dem Folke, p. 356).
31° En 1 736, au mois de juillet, il régna à Nimègue une dysenterie qui fut à la fois épidémique et contagieuse. Les juifs et les Français qui habitaient la ville ne contractèrent pas la maladie. Les narcotiques ne réussirent point , tandis que l'ipécacuanha faisait cesser les accidents (Ozanam, loc. cit., p. 287).
32° En 1743, une dysenterie épidémique se déclara à Piymouth. Les saignées, la rhubarbe et l'ipécacuanha réussirent très-bien (Ozanam , loc. cit., p. 289).
33° En 1747, une dysenterie attribuée à l'usage d'eau corrompue se déclara à Zurich. Gruber rap-
DYS
nvâ
porte qu'on prescrivit avec avantage les opiacés et les toniques (J. Copland, loc. cit., p. 702).
34° En 1748 , les troupes anglaises furent décimées en Hollande par une dysenterie contagieuse. Les évacuants , les excitants , furent utiles (Ozanam, loc. cit., p. 290).
ZS*^ Dans l'automne de 1 750 , plusieurs provinces françaises furent ravagées par une dysenterie qui se présenta sous trois formes principales: bénigne, bilieuse et maligne. Les mucilagiueux , les rafraîchissauts , furent les remèdes les plus convenables. L'abus des astringents tua beaucoup de malades ( Ozanam , loc. cit., p. 290).
36*' En 1757,uneépidémie, décrite par Gh. Strack, désola l'Allemagne (Tentam med. de djsent.). On isolait les malades, et l'on jetait les excréments dans des fosses recouvertes de cendres et de chaux, pour éviter la propagation de la contagion. Dans la même année, 1600 personnes furent atteintes, à Toulon et dans les environs, d'une dysenterie attribuée à l'usage d'un mauvais vin récolté en 1 755{Anc.journ. de Vanderm., ann. 1757, t. iv , p. 223).
37*'En 1 758 , il régna à Copenhague une épidémie qu'a décrite Henermann (Naumann , loc. cit., p. 61).
38" En 1760, il régna à Gôttingue une épidémie très-grave. Le verre ciré d'antimoine était nuisible. Les saignées et les évacuants furent utiles (Ozanam, loc. cit., p. 294). Dans la même année , l'Ukraine fut ravagée par une dysenterie décrite par Leclerc {Medicus veri amator). La dysenterie se déclara aussi dans l'abbaye de Biral , près d'Amiens (Marteau deGrandvillieis , Ane. journ. de Vand., ann. 1 760, t. XII, p. 543).
39° Baker observa une épidémie qui , en 1762, sévit, à Londres , sur les pauvres et sur les enfants (J. Copland, loc. cit., p. 702).
40" En 1763, De Mertens en observa une àVienne, qui fut attribuée à des jours froids et pluvieux qui succédèrent tout à coup à des chaleurs extrêmes. La saignée réussit rarement (Ozanam, loc. cit., p. 295).
41'' En 1765 , se manifesta, en Suisse, l'épidémie si connuequ'asi bien tracée Zimmermann, etpendant laquelle les enfants furent atteints dans le sein de leur mère. Dans cette même année , Gheyssial observa une dysenterie qui cédait au quinquina.
420 En 1768 , 1769 et 1770, Sims rapporte qu'une épidémie grave régna à Londres. Les saignées et les émétiques furent utiles (J. Copland, loc. cit.., p. 702). En 1768, la dysenterie ravagea encore Forges. Lepecq remarqua que ceux qui échappaient restaient pendant quelque temps privés de l'usage de leurs membres [CoUect. sur les mal. épidém., t. i,p. 95).
43° En 1771 , une dysenterie maligne sévit, à la Jamaïque. Wright employa avec succès les aroiria-
tiques et les antiseptiques (J. Copland , loc. cit., p. 703).
44° En 1772 , la dysenterie régna en France, et attaqua surtout les femmes et les enfants.
A5° En 1 779 , une épidémie de dysenterie, qui se présenta sous trois formes distinctes, ravagea plusieurs provinces françaises; elle attaqua surtout les vieillards, les femmes et les enfants [Journ. de méd., t. un; Ozanam, loc. cit., p. 299).
46° En 17 80, une dysenterie décrite par Birnstiel céda à l'ipécacuanha (J. Copland, loc. cit., p. 703).
47° En 1783, des épidémies furent observées à Ratzeburg, par Vogel, et en Hollande, par Van Geuns (Naumann , loc. cit., p. 61).
48° En 1784, une épidémie, qui attaqua surtout les petits enfants, régna à Bruchsal, et fut observée par Frank (Naumann , loc. cit., p. 61).
49° En 1785 et 1786, une dysenterie asthénique régna dans les États vénitiens, et attaqua de préférence, au rapport de Gapovilla, les femmes et les enfants (J. Copland, /oc. cit., p. 703).
50° Jawandt a décrit une épidémie qui régna en 1791 (Naumann, loc. cit., p. 62).
51° Ghamseru nous a laissé une bonne description de la dysenterie qui, en 1792, sévit sur les armées alliées, et Ozanam en a donné un extrait détaillé (loc. cit., p. 302).
52° En 1 793, Desgenettes observa à l'armée d'Italie une dysenterie maligne qu'Ozanam a décrite d'après les Notes pour sentir à l'hist. de la médec. milit. {loc. cit., p. 304).
530 En 1794, une dysenterie qui se termina souvent par la gangrène de l'intestin, et qu'a décrite Ferguson, sévit dans l'armée anglaise en Belgique.
54° En 1795, il se manifesta àlenaune dysenterie que Hufeland traita avec succès par la noix vomique.
55^ En 1796, il régna à Glèves une épidémie qu'a décrite Rademacher {Hufeland' s journ.., bd. n, st. lY, p. 590).
56° En 1800, Schmidtmann vit dans le nord de l'Allemagne une dysenterie épidémique qui prit toutes les formes selon les constitutions individuelles (J. Copland, loc. cit., p. 703).
57° En 1804, une dysenterie bilieuse et adynamique régna au cap de Bonne-Espérance. Le foie était toujours affecté, au rapport de Lichtenstein (J. Copland, loc. cit., p. 703).
58° En 1806 et 1807, l'armée française eut beaucoup à souffrir, en Prusse, d'une épidémie dysentérique très-grave (Naumann, loc. cit., p. 62).
59° En 1809, les troupes anglaises furent attaquées dans l'île de Walcheren , sous l'influence de causes endémiques , d'une dysenterie très-grave qui se changea souvent en fièvres rémittentes ou intermittentes, au dire de Dawis et de Dawson. Les mala-
DYS — 101
dies du foie et de la rate étaient une complication fréquente (J. Copland, loc cit., p. 703). Dans la même année, elle se manifesta aux environs de Vienne, et sévit surtout sur Tarmée française; un grand nombre de médecins périrent (Vignes, Traité conipl. de la dysenl.).
60° Une dysenterie asthénique simple envahit la Flandre en 1810; elle épargna fort peu d'habitants, et se termina fréquemment par hydropisie.
6\^ En 1811, au mois de juin, le district d'Annecy fut affligé par une épidémie dysentérique qui atteignit plus des deux tiers des habitants. Aux approches de la nuit, les évacuations devenaient continues (Ozanam, loc. cit., p. 306).
62° En 1812, la dysenterie se manifesta dans la garnison de Mantoue; près de mille malades furent reçus à l'hôpital. Elle parut évidemment contagieuse (Ozanam, loc. cit., p. 307). Dans la même année, on sait que la dysenterie vint s'ajouter aux désastres qui décimaient nos armées en Russie.
63° Pendant l'expédition de la Nouvelle-Orléans, sous l'influence d'une température humide et d'un air chargé d'émanations délétères, il se manifesta une dysenterie fort grave , compliquée d'affections du foie et de la rate {Edimb. med. journ., t. xn, p. 176).
64° Une épidémie des plus graves régna dans l'armée anglaise, lors de la guerre d'Espagne. La dysenterie alternait avec une fièvre rémittente ou intermittente, ou revêtait elle-même ce type. A la Giutad Rodrigo , l'ambulance provisoire reçut en six mois vingt mille hommes (J. Copland, loc. cit., p. 703).
65° En 1815, le docteur Lemercier observa une épidémie dans le département de la Mayenne.
66° En 1817, Schôller observa une épidémie dysentérique à Steyermark {Beob. und Abh. osterr. Aerzte, bd. iv, p. 1-49).
67° En 1818 et 1819, la famine se joignit à une température humide pour faire naître en Irlande une dysenterie asthénique et contagieuse. Cheyne prescrivit avec avantage Tipécacuanha et les opiacés (J. Copland, /oc. cit., p. 703).
68° En 1822, l'Irlande fut encore le théâtre d'une épidémie adynamique qui fit beaucoup de victimes (Graves , Trans. of irish. coll of phys. , t. iv,
69° En 1825, année remarquable par la chaleur et la sécheresse, plusieurs épidémies furent observées: l'une par M. Mondière, dans le canton de Loudun où elle sévit surtout sur les enfants et les vieillards {Journ. hebd. des se. méd., février, 1835, p. 154); l'autre, dans le département de Maine-et-Loire , par M. Lachèze, qui cite plusieurs faits de contagion {Jrch. génér. de méd., t. xi, p. 639); une troisième, par O'Brien, à Dublin; celle-ci sévit surtout sur les
DYS
classes élevées (J. Copland, loc. cit., p. 703). Enfin, une quatrième régna pendant l'automne et l'hiverdans plusieurs départements , et fut décrite par MM. Denoyer, Lemercier et Bienvenu.
70° En 1826, MM. Trousseau et Parmentier observèrent une dy.senterie contagieuse daqs le département d'Indre-et-Loire (Arch. génér. de médec, t. xni, p. 377). Le docteur Peghoux décrivit une épidémie qui sévit dans le département du Puy-de- Dôme, et qu'il attribua à l'usage de raisins non mûrs et à l'humidité [Ach. génér. de méd.., t. xiv, p. 1 02). Une autre épidémie régna dans le canton de Mornant, sans qu'il ait été possible de remonter à la cause de son développement {Reu. méd.., 1831, 1. 1, p. 101). Enfin, le docteur Pessaquay en observa une quatrième dans le département du Jura (thèse de Paris, 1833, n°170).
71" En 1827, une épidémie attribuée aux mauvaises qualités de l'eau régna dans plusieurs villes de l'Angleterre, et fut décrite par Gompagny, Wilson et Macforlane ( J. Copland , loc. cit. , p. 704 ),
72° En 1830, plusieurs épidémies dysentériques semblèrent être les avant-coureurs du choléra ( Naumann , loc. cit. , p. 62 ).
73** En 1831 , une dysenterie contagieuse régna pendant l'hiver àNamur (Fallot,^r6A. gén. de méd.j, t. XXIX , etc. ). Le docteur Gendron en observa une de même nature à Blois , à Chartres , etc. ( Journ. des conn. méd.-chir. , t. u , p. 129 ).
74° En 1832 , la dysenterie alterna à Berlin avec le choléra.
75° En 1833 régna à Tours la dysenterie qui a été si bien décrite par M. Thomas ( Arch. génér. de méd., t. VII, 2^ série, p. 455 ).
76° M. Guéretin publia sur la dysenterie qui régna dans le département de Maine-et-Loire, en 1834 , le mémoire que nous avons analysé (Arch. génér. de méd. , t. vn , 2® série , p. 5 1 ).
77° Enfin M. Maximilien Boullet a observé , eu 1836 , dans un village de la Sologne , en automne , une dysenterie épidémique qui succéda à des fièvres intermittentes qu'avait déterminées le dessèchement d'un biez de moulin (Ann. d'hj-giène , 1838 , n° 7, p. 205).
Ce résumé des épidémies dysentériques depuis les temps anciens jusqu'à nos jours montre, ainsi que le font remarquer avec raison MM. Chomel et Blache , combien il est difficile de déterminer les causes de leur développement.
«D'après les relations que nous venons de rapporter, dit Ozanam , nous voyons que la dysenterie se manifeste da|,s tous les climats , dans toutes les saisons , qy'^^n'épargne ni âge , ni sexe , ni condition, de sQjf^qu'il est impossible de lui assigner une cause gi^emière bien déterminée ( loc. cit. , p. 310}.
DYS
DYS
Disons cependant que si l'on envisage les épidémies dysentériques sous le point de vue géographique, on ne tarde pas à s'apercevoir que si elles ont été observées dans tous les points de l'Europe , elles sont néanmoins beaucoup plus fréquentes en Irlande, en Bohême , en Galicie , dans la Moldavie et la Bulgarie , dans la Sardaigne , là , en un mot , où des journées brûlantes sont suivies de nuits froides et humides. La dysenterie est presque épidémique dans les provinces espagnoles qui avoisinent la Méditerranée ( Martinez et Benevides , Bull, des se. méd. , t. xvi , p. 257 ). A Malte, à Madère, la dysenterie est encore très-fréquente, et doit être attribuée à l'abus des fruits et d'un vin très-alcoolique (Glark, Ueberd. Einfluss, d.climas. Nachtr., Veim. ^ 1831 , p. 88; Gerson , u. JuUus Magas. , 1837, heft 4), En Allemagne, toutefois, elle ne semble épargner aucune localité , et s'observe à Hambourg, Leipzig, dans les. pays de montagnes , comme dans les provinces qui avoisinent la mer du Nord ( Vogel, Handb. , t. vi , p. 143).
A mesure qu'on se rapproche des contrées tropicales, les épidémies deviennent plus fréquentes et plus graves; elles succèdent presque toujours à la saison des pluies ; elles sont presque continuelles au Bengale, aux Indes occidentales; se compliquent de maladies du foie,passenttrès-facilementàrétat chronique (Hasper, Ueber die Natur und Behandl der Krankh der Tropenlànder, 1. 1, p. 1 3). A Ceylan, à Batavia, à Java , où l'on observe dans les vingt-quatre heures des variations de température de 40°, la dysenterie règne presque constamment ( Hufel. journ, , 1830, sect. X , p. 23 ). A la Trinité, la dysenterie est toujours fort grave ( O'Gonner, Med. chir. rei>iew , vol. X, p. 470). Les habitants l'attribuent à un insecte qui déposerait ses œufs dans le rectum. Dans la Californie , la Gafrerie , chez les Hottentots , la dysenterie est très-fréquente, et paraît reconnaître pour cause la misérable nourriture de ces peuplades {Allgem.\ Hist. der Reisen, bd. xv, p. 139 ).
Il est fort remarquable que la dysenterie , si commune dans les contrées équatoriales , beaucoup plus rare dans les zones tempérées , se retrouve avec sa plus grande fréquence dans les glaces du Groenland, de l'Irlande , du Kamtschatka. Ne faut-il pas attribuer cette apparente anomalie à la transition si brusque qui , dans ces pays , sépare l'hiver de l'été et au changement de nourriture qu'elle amène ( Schnurrer, Geographische Nosologie, p. 159)?
Une étude plus approfondie de toutes les circonstances que nous venons d'indiquer conduirait peutêtre à d'importants résultats , et permettrait d'établir enfin sur une base solide, l'étiologie encore si obscure de la dysenterie.
Hérédité. — Dans quelques épidémies dysentériques graves , on a vu la maladie être transmise de la
mère à l'enfant, et être ainsi congénitale. Strack a observé plusieurs faits de ce genre pendant l'épidémie qui, en 1757, se manifesta dans l'armée française , et sévit bientôt sur la population de l'électorat de Mayence (Tent. med. de dj-s.). Zimmermann rapporte l'histoire d'une femme de Frauenfeld, qui, ayant eu la dysenterie pendant quatorze jours, accoucha, pendant ce temps, d'un enfant bien constitué , mais qui était atteint de la même affection , et mourut le deuxième jour. Strack dit formellement qu'un enfant né d'une mère dysentérique ne peut pas vivre.
Constitution. — ■ Tempérament. — L'observation a généralement démontré que la dysenterie attaquait presque indistinctement les individus d'une constitution et d'un tempérament les plus différents, et M. Roche pense avec raison qu'il n'est guère possible d'établir des catégories à ce sujet. On peut dire tout au plus que la dysenterie sporadique inflammatoire est plus fréquente chez les hommes forts , pléthoriques, tandis que la dysenterie épidémique («*thénique , putride) sévit de préférence sur ceux qui sont faibles, lymphatiques, débiles.
Ages. — La dysenterie, et en cela elle présente une différence essentielle avec les fièvres graves, frappe ordinairement tous les âges sans distinction , les vieillards les plus avancés en âge comme les enfants à la mamelle (Vogler, Fon der Ruhr und ihrer Heilart, p. 32; Zimmermann, loc. cit., p. 1 7). Cependant nous avons vu que dans quelques épidémies elle sembla établir des préférences : c'est ainsi que dans l'épidémie de 1583, dans celles qui se manifestèrent à Lyon en 1607, 1624 et 1625, les enfants trèsjeunes furent spécialement atteints ; mais si cette circonstance donne un caractère particulier à l'épidémie dans laquelle on l'observe , elle ne fournit aucune donnée qu'on puisse appliquer à la dysenterie considérée en général.
Selon MM. Fouruier et Vaidy, les vieillards seraient toutefois plus sujets que les autres individus à une deutéropathie , au moyen de laquelle la dysenterie passe de l'état aigu à l'état chronique, et cela surtout dans les pays chauds, à Saint-Domingue, à la Guyane, à Batavia.
Sexes. — La plupart des auteurs pensent que les hommes , étant plus exposés que les femmes à l'influence des causes qui déterminent la dysenterie, sont plus fréquemment atteints ; cependant Dreyssig (Handw. der med. Klinik , bd. m, th. i,p. 32), Degner [Hist. med. de dys., p. 28), Engelhard [Ueber die Ruhr, p, 25) , Van Geuns [Traité de la dys. épid. , trad. du hollandais , et annoté par Von Keup, p, 20), assurent que l'observation conduit au rapport opposé.
État de santé. — Les affections du tube digestif,
DYS
DYS
une irritation intestinale spontanée (Fallot, Jrch. gén. de méd. , t. xxix, p. 294), ou déterminée par l'abus des purg^atifs, l'hypochondrie , l'hystérie, prédisposent puissamment , selon Hoffmann , à U dysenterie {Med. ration, sfsiem., t. iv, part, ni, p. 55 et 353). U en est de même de Phydropisie, des maladies du foie (Forster, Juncker, Johnson) , de la goutte {Dysenteria de arthritide , Sauvages, StoU, Musgrave), du scorbut (Mursinna, loc. cit. , p. 16; Bang, Medic. praxis von Heinze, p. 615), du choléra selon M. Gfuérétin (Jrch. gén. de méd., t. Yii, 2® série, p. 54). Les fièvres rémittentes ou intermittentes ont été signalées comme donnant fréquemment lieu à des dysenteries ; mais nous ne pensons pas qu'on puisse établir entre ces deux affections une relation de cause à effet, et nous croyons qu'il est plus rationnel , ainsi que nous le disions tout à l'heure, de les rattacher toutes deux à un même modificateur dont l'influence, suivant son intensité, sa durée d'action et d'autres circonstances plus ou moins appréciables, peut se manifester de deux manières différentes.
Les différentes espèces d'entozoaires , les animalcules qui se trouvent dans certains liquides, divers insectes, détermineraient quelquefois la dysenterie (Rodschied, Med. undchir. Bemerk ilber das Klima und Krankh. der Einwohner zn Rio Essequebo ; Francfort, 1 796, p. 195). Mais si, comme nous l'avons dit, on rencontre souvent des vers, des animalcules dans les selles des dysentériques, rien n'autorise à croire qu'ils aient été la cause de la maladie, et ce n'est qu'à titre de fait historique qu'on peut citer l'opinion de Linné qui, s'appuyant sur deux faits observés par Barlholin et Rolander , avait cru pouvoir attribuer à la présence d'un insecte particulier le développement et la transmission de la dysenterie, qu'il appela scabies intestinorum (Jmœnit. Acad. , vol. V, diss. lxxxii. Exanthemata viva). Quelques auteurs ont pensé que la présence de corps étrangers dans le tube digestif pouvait déterminer la dysenterie. Morgagni rapporte le fait d'un homme qui fut pris , au mois d'octobre , d'une dysenterie qui ne se termina que lorsqu'il eut évacué deux livres de pois qu'il avait mangés au mois de juin, et qui furent expulsés tout entiers. L'appréciation plus rigoureuse de quelques faits analogues ne permet guère aujourd'hui d'envisager la présence de corps étrangers autrement que comme une cause tout à fait secondaire.
L'abus de certains médicaments, de l'aloès, de l'huile rance de castor , et , en général , des purgatifs drastiques, peut enfin donner lieu à des dysenteries inflammatoires presque toujours faciles à surmonter (Zimmermann, loc. cit., p. 215; deHaen, Eatio med. j t. Xii, p. 252).
Miasmes. — Effluves. — Émanations vigé' taies j animales j djsenfériques. — Sans admettre, ainsi que nous l'avons dit , le miasma djrsentericum de Kreyssig, nous ne pensons pas, avec M. Andral, «que l'influence des émanations ne puisse agir efficacement dans la production de la mafadie que lorsqu'il y a prédisposition à la contracter» (Cour* </e pathol. int., p. 94), et il nous semble que, dans la plupart des épidémies et des dysenteries endémiques , son action est, au contraire, bien manifeste et toute puissante.
«Je citerai , dit M. Andral (loc. cit.) , les étudiants en médecine et les médecins qui se livrent aux recherches d'anatomie pathologique, chez lesquels la dysenterie n'est pas plus fréquente que dans d'autres professions. Je me suis informé si les équarrisseurs de Monfaucon y étaient plus sujets que d'autres individus ; ils jouissent en général d'une sauté parfaite. » Parent-Duchâtelet s'est efforcé de démontrer l'innocuité des miasmes qui semblent devoir être les plus funestes. MM. Trousseau (Jrch. génér. de méd., t. xni, p. 378), Guéretin (loc. cit., p. 53), ont également défendu cette opinion, à laquelle on peut opposer le fait de Pringle, qui a vu un médecin être immédiatement atteint de la dysenterie après avoir flairé un flacon qui renfermait du sang putréfié ; celui de M. Ghomel , qui a vu la maladie survenir chez des élèves en médecine qui avaient ouvert le cadavre d'un homme asphyxié dans une fosse d'aisance. M. Vaidy n'a- 1- il pas été frappé pour avoir fait exhumer un grand nombre de cadavres d'hommes et de chevaux restés depuis plusieurs jours sur un champ de bataille; Desge nettes, après s'être exposé aux émanations qui se dégageaient de la peau d'un énorme cerf? D'ailleurs, si, dans ces différents cas, on peut encore supposer une prédisposition, si l'influence des miasmes peut encore être mise en doute pour la dysenterie sporadique, en est-il de même pour ces épidémies dont nous avons indiqué le développement plus haut? Dans celles qui ont été observées par M. Lemercier dans le déparlement de la Mayenne , en 1824 et 1825; par M. Max-Boullet, dans le département du Loiret, en 1 835? Personne ne conteste l'influence des émanations sur le développement des fièvres intermittentes : or, l'association si fréquente de celles-ci avec la dysenterie, les transformations de ces deux maladies l'une dans l'autre , leur succession alternative, ne sont-elles pas des preuves puissantes de l'iufluence miasmatique que peuvent exercer des matières végétales ou animales , en état de décomposition putride, des effluves, une accumulation de matières excrémentitielles dysentériques, etc. ?
Climat. — «Il est incontestable que les climats chauds, dit M. Andral (loc. cit., p. 95), ont une grande influence sur la production de la dysenterie.» En ef'
DYS
fet, elle sévit beaucoup plus fréquemment, et même presque constamment, dans les contrées équatoriales ; à la côte de Guinée, dans l'intérieur de l'Afrique. L'acclimatement en préserve souvent les naturels, mais les étrangers en sont presque toujours victimes, et la plupart des voyageurs qui veulent pénétrer dans l'intérieur des terres périssent de cette manière. Il faut se rappeler, toutefois , que dans les pays où la dysenterie est endémique, dans la Basse-Egypte , dans le Maryland, aux Antilles , le climat n'est pas la seule cause de son développement, que l'on peut rattacher, avec plus de raison , à la présence de marais , d'eaux stagnantes, ou à d'autres circonstances hygiéniques, qu'une exploration attentive fait presque toujours découvrir.
Température. — Saisons. — Impressions atmosphériques. — « Post diuturnas siccitates , et œs- « tus nimios alvi fluxus , dysenterife. » Presque tous les auteurs ont, en effet, remarqué que la dysenterie se montrait surtout après les saisons très-chaudes (Piso, Hufeland). L'épidémie qui ravagea l'Allemagne , en 1583 , parut être manifestement déterminée par une élévation très-forte et longtemps prolongée de la température. Nous avons vu que l'automne était la «aison la plus favorable au développement des épidémies dysentériques, tandis que le printemps étaitcelle où l'on en observait le moins (Pringle, lac. cit.., p. 257). « Animadverti, a dit Sydenham, morbum hune «fere semper autumni initio invadere solere et ad «propinquanti hyemi pro tempore cedere. » Mais il n'est guère possible , cependant , d'établir à cet égard une règle générale , car, en réalité, la dysenterie s'est montrée dans toutes les saisons de l'année , et jusque dans le milieu de l'hiver, puisqu'on l'a observée en Sibérie, au mois de janvier (Com/ïierc. litt., Norimh. an. 1 732, p. 366), à Bouchain , au mois de décembre, en 1 793 ; pendant l'hiver de 1 796 à 1 797, à l'armée de Sambre et Meuse (Fournier et Vaidy, lac. cit., p. 322). ^thî.itv{SfSt. der pract. Arzn., vol. i, p. 738) accorde surtout une grande influence à l'humidité , et Ton a vu souvent des soldats être atteints de dysenterie après avoir bivouaqué sur une terre humide sans changer de vêtements ; après avoir traversé des terrains marécageux (Roche) ; après avoir été exposés à de fortes pluies. Les Anglais passèrent sur le champ de bataille, et exposés à la pluie, la nuit qui suivit la bataille de Dœttingue; le lendemain, ils campèrent, sans paille, sur un sol mouillé, et l'armée fut immédiatement frappée de dysenterie, tandis qu'un régiment, cantonné près de là, dans les mêmes conditions hygiéniques, mais qui avait été préservé de l'humidité , n'en fut pas atteint (Pringle). Mais les uns (Pringle, lac. cit., chap. vi, § 3) ont attribué cette influence au froid humide , tandis que les autres l'ont placée dans la chaleur humide «qui
prépare beaucoup moins la muqueuse gastrique à la phlogose, et agit plus énergiquement sur celle du colon (Broussais, Hist. des phlcg. chron. , t. m, p. 20). Monro, Zimmermann {lac. cit., p. 27), Moseley, et surtout Stoll, ont particulièrement signalé les changements brusques de température ; ce dernier affirme même qu'il n'a jamais vu la dysenterie se déclarer sans que les malades ne se fussent exposés au froid, étant en sueur : «Nunquam accidisse hune «morbum vidi, nisi si corpori sudore mananti admis- «sumfrigusfuerat»(/î/c(/. /?ra^j t. ni, p. 218). Des soldats ayant traversé une rivière, après une marche forcée, sont immédiatement affectés. C'est aux nuits très-froides qui succèdent à des journées brûlantes que l'on a attribué les dysenteries endémiques de l'Egypte , de la côte de Goromandel , des Indes occidentales, de la Hongrie (Desgenettes, Moseley). Mais si les brusques alternatives de température paraissent, dans quelques cas, exercer une influence incontestable, beaucoup plus fréquemment celle-ci ne saurait être constatée (Fernelius, De abditis rerum causis, Francfort, 1581 , p. 213). Nous avons essayé , d'ailleurs, après notre résumé des épidémies dysentériques , de fournir quelques données à la solution de ces importantes questions.
Enfin , quelques médecins ont cru pouvoir accorder à l'état électrique de l'atmosphère une influence dont jusqu'à présent on n'a pu constater l'existence , et encore moins les conditions.
Les vents, en entraînant dans leur direction , et sur une étendue plus ou moins considérable , les émanations qui ont donné lieu au développement de la dysenterie, ont ici l'influence qui doit leur être accordée dans la propagation de toutes les maladies épidémiques.
Localités. — Habitations. — Les considérations que nous venons d'énumérer ont généralement fait admettre que la dysenterie était fréquente dans les lieux bas et humides; mais que de fois ne s'est-elle pas manifestée dans des circonstances entièrement opposées : le non-renouvellement de l'air, sa viciation par des émanations putrides , une grande agglomération d'hommes dans un espace trop circonscrit, paraissent avoir une influence mieux établie , et l'on ne saurait nier que les prisons, les bagnes, les casernes, les camps , les vaisseaux , ne soient fréquemment le domaine des épidémies dysentériques : les trois quarts des malheureux nègres que la traite faisait transporter en Amérique périssaient ainsi. En Picardie, la dysenterie enlève , chaque année, un grand nombre d'ouvriers en étoffes et en toiles , dont les habitations sont à plusieurs pieds au-dessous du niveau du sol.
Condition sociale. — Profession. — Quelques auteurs ont naturellement été conduits à penser que la dysenterie devait surtout sévir sur les individus
DYS
DYS
que la misère ou leur profession place dans les conditions hygiéniques ci-dessus mentionnées ; mais nous avons vu que, d'après les recherche* de Parent- Duchâtelet et de M. Andral , cette assertion n'est point justifiée par les équarrisseurs, les tanneurs, les égoutiers, les vidangeurs, etc. O'Brien a même observé, à Dublin, une épidémie dysentérique qui n'attaqua, pour ainsi dire , que les classes riches. Nous rechercherons plus tard l'interprétation que l'on doit donner à ces faits contradictoires sur lesquels les auteurs se sont appuyés de part et d'autre. Les professions qui exposent à de grandes fatigues, à des causes débilitantes générales et longtemps prolongées, oatune influence fâcheuse moins contestée : ainsi , il est peu de voyages de long cours, peu de campagnes de terre , dans lesquels la dysenterie ne se soit pas manifestée sporadiquement ou épidémiquement. Mais ici encore l'habitude est souvent un puissant préservatif pour les vieux marins , les vétérans , déjà accoutumés aux privations et aux fatigues de leur état.
^alimentation. — L'influence de l'alimentation a été très-diversement appréciée , les uns l'ayant considérée comme étant souvent la cause efficiente de la dysenterie , les autres pensant qu'elle ne pouvait agir qu'en vertu d'une prédisposition préexistante, ou même la proclamant comme constamment nulle. Quant à nous, il nous semble que si une observation attentive et impartiale ne doit faire considérer que comme exceptionnels ces faits dans lesquels la dysenterie aurait été déterminée par l'usage d'œufs, de poissons , de viande de porc ou même de viande ordinaire et saine [Épidémie d'Udine en 1807, Broussais), elle ne permet pas de mettre en doute les fâcheux effets d'une nourriture insuffisante , composée de substances peu nutritives ou de mauvaise qualité : ainsi , le pain fait avec des farines avariées (Desgenettes , Dysenterie d' Egypte) , la viande ayant subi un commencement de putréfaction ou provenant d'animaux malades (Hœpfner, Baldingers Magaz , vol. VIII, p. 508).
L'usage des fruits a surtout donné lieu à des opinions très-différentes. Alex, de Tralles déjà [Opus therapeuticum ^ gr. latin. Jo. Gninterio Anternaco «ft^erjpr.; Basil. , 1556; lib. yui,cap. ix), et depuis lui beaucoup d'auteurs (Zimmermann, loc. cit., p. 32 ; Horst., Diss. prunorum usu dysenteria non produci; Giess, 1637 ; Buchner, Diss. de eautius defendenda fructuum in producenda dysenteria innocentia ;E3i\]e, 1766; Hannes, Die Unschuld des Obstes in Erzeugung der Ruhr; Wesel, 1766) ont soutenu que jamais il ne pouvait déterminer la dysenterie, et que souvent il en était, au contraire, le remède le plus efficace. C'est un préjugé de croire, disent MM. Fournier et Yaidy, que l'excès même des fruits mûrs puisse donner lieu à k dysen-
terie ; ils en seraient plutôt les remèdes » ( loc. cit., p. 326). Pringle raconte qu'en 1743 il se manifesta dans l'armée anglaise, aux environs de Hanau, et avant la saison des fuits, une épidémie dysentérique qui ne cessa qu'à l'époque où les soldats purent manger du raisin à discrétion. D'autre part Malick a vu fréquemment , dans les campagnes , la dysenterie frapper les enfants qui mangent dans les bois une grande quantité de frai.ses, de framboises, de noisettes, etc. En Ukraine, l'abus des melons la fait naître presque tous les ans (Dreyssig , loc. cit., p. 36 ). En 1830, des dysenteries graves se manifestèrent parmi nos soldats qui , traversant la Provence pour aller conquérir Alger, mangèrent avec excès des oranges et d'autres fruits méridionaux. Aujourd'hui l'on reconnaît assez généralement que les fruils d'Europe, et spécialement le raisin et les prunes, ne peuvent donner lieu à la dysenterie qu'autant qu'on en mange une grande quantité, aifant qu'ils ne soient parvenus à leur parfaite maturité; mais que beaucoup de ceux de l'Amérique , de l'Asie et de l'Afrique, contenant un principe acide très-mordant, peuvent avoir de fâcheux effets, alors même qu'ils sont complètement mûrs. L'épidémie qui, en 1792, décima l'armée prussienne (Montgarny, Hist. médicopratique du flux dysentérique appelée courée prussienne ; Verdun, 1793), les observations de Mac Grigor, d'Annesley, sont de nature à justifier cette manière de voir.
Boissons. — ^Une eau bourbeuse, stagnante , contenant des débris d'animaux ou de végétaux en putréfaction, a souvent paru manifestement déterminer la dysenterie. En 1 757 seize cents dysentériques furent reçus dans les hôpitaux de Toulon pour avoir bu du vin de mauvaise qualité, récolté en 1755 [Journ. de Vanderm..^ année 1 757, t. vi, p. 223). La bière, le cidre (Goede, Pr. Reil pathologia dysenteriœ, p. 47), les liqueurs alcooliques, les vins trop généreux, ou , au contraire , doux et non fermentes , le lait aigre ou provenant de vaches malades (Fodéré) , ont eu quelquefois le même effet. Dreyssig [loc. cit., p. 35) pense que toute boisson froide prise, le corps étant en sueur, peut donner lieu à la dysenterie.
Passions, état moral. — La colère, selon Zimmermann , a quelquefois déterminé la dysenterie ; le découragement (Fallot, loc. cit.., p. 298), la crainte (Goede, loc. cit., p. A5; Hargens, in Hufeland's Journ., toL yii, cap. n, p. 106; Vogel, ibid., vol. IX, cap. m, p. 801), et souvent celle que fait naître la maladie elle-même , la nostalgie surtout, favorisent souvent sou développement.
Si maintenant, après avoir passé en revue les causes si nombreuses et si différentes qui ont été indiquées par Içs auteurs, on cherche à apprécier leur
DYS
importance, leur influence pre'cise, leur mode d'action , à établir si elles peuvent déterminer la dysenterie par elles-mêmes, et indépendamment d'une prédisposition inconnue à laquelle elles sont tout à fait étrangères, on ne trouve qu'hypothèses, incertitudes et contradictions ; et , de tous les auteurs modernes , J. Copland est peut-être le seul qui ait proposé une classification ani moins rationnelle {A dict.ofpract. med.^ part, ni, p. 713). Selon cet auteur les causes efficientes, qui forment la classe la plus nombreuse , peuvent agir de quatre manières :
1" Déterminer directement et localement une irritation de la muqueuse du tube digestif. — Ici viennent se placer l'accumulation des matières fécales, les corps étrangers, les vers intestinaux, les fruits pris en grande quantité , surtout lorsqu'ils sont verts ou de mauvaise qualité , l'abus de certains aliments ou de certaines boissons , la suppression d'évacuations habituelles , l'emploi des purgatifs drastiques. Cette première classe donne lieu à la dysenterie aiguë simple.
2** Modifier la nature de certaines sécrétions, et altérer alors consécutivement la structure de la muqueuse intestinale. — Quelques états particuliers de l'atmosphère, les maladies du mésentère, du pancréas (Piso. Johnson), de la rate, du foie, quelques fièvres, les affections morales, forment cette seconde classe. Les produits de sécrétion modifiés dans leur quantité ou dans leur composition chimique acquièrent des qualités irritantes ou délétères, et déterminent par leur contact avec la muqueuse, comme les modificateurs delà première classe, une irritation plus ou moins vive de cette membrane.
3° Exercer une action délétère sur les différents fluides de l'économie , sur les sécrétions et les autres fonctions intestinales j sur les parties des centres nerveux qui président à ces diverses fonctions ou réagissent sur elles. — Une alimentation insuffisante ou de mauvaise qualité , les boissons contenant des matières putrides ou alcalines en dissolution , la résorption de certains produits morbides , du pus de plaies ou d'ulcères de mauvaise nanature, quelques maladies générales, telles que le scorbut , constituent cette troisième classe à laquelle se rattache la dysenterie grave, asthénique, qui sévit épidémiquement dans les camps, les vaisseaux, les villes assiégées, etc.
4° Jeter le trouble non-seulement dans les fonctions du canal intestinal., mais encore dans celles de tous les appareils ; modifier la circulation, désorganiser plus ou moins les solides comme les liquides. — Les causes de cette quatrième classe sont celles de la précédente , portées à leur summum d'intensité et développées dans les circon-
stances hygiéniques les plus défavorables : ainsi les effluves, les émanations s'élevant d'un amas de substances végétales ou animales en putréfaction , des corps ou des déjections d'un grand nombre de dysentériques , s'exerçant sur des hommes agglomérés et déjà affaiblis par les fatigues , une alimentation malsaine, les maladies. Alors se développent ces dysenteries compliquées décrites sous les noms de tjphoïdes, ataxiques, putrides, nerveuses, malignes, etc.
Quant aux causes prédisposantes, telles que les climats, la température, les saisons, l'humidité, Copland ne leur accorde qu'une très-légère influence, et pense qu'elles favorisent le développement de la dysenterie , soit en donnant lieu à un embarras des premières voies , soit en exerçant une action fâcheuse sur les fonctions de sécrétion et de circulation. Tout en reconnaissant ce qu'il y a encore d'hypothétique, de spéculatif dans cette division étiologique de Copland , nous pensons cependant qu'elle a un mérite, celui d'indiquer la distinction si importante que les différentes formes dysentériques doivent faire établir dans les causes de la maladie , et qui ressortira clairement par l'appréciation de la nature de celle-ci. Ne pourrait-on pas se borner à dire que la dysenterie sporadique aiguë, simple ou intense., se développe le plus ordinairement sous l'influence des seules causes efficientes , locales , susceptibles de déterminer une inflammation de la muqueuse intestinale; que la dysenterie sporadique aiguë grave, et la dysenterie épidémique, exigent presque toujours la réunion de causes efficientes et de causes prédisposantes , générales et débilitantes ; enfin , que les dysenteries endémiques forment une classe intermédiaire qui se rattache tantôt à la première, tantôt à la seconde des deux précédentes.
Traitement. — Pour étudier avec méthode le traitement rationnel de la dysenterie , il faudrait, ainsi que l'ont fait MM. Fournier et Vaidy, considérer en particulier chacune des formes dysentériques et les indications thérapeutiques qui s'y présentent; mais en suivant cette marche, nous tomberions d'une part dans des répétitions continuelles et inévitables, et de l'autre il nous serait impossible de donner la liste complète des nombreux modificateurs qui ont été successivement préconisés; nous allons donc n'envisager d'abord que ceux-ci , en les rattachant toutefois à deux indications générales , nous réservant de revenir ensuite sur les considérations qui doivent guider le praticien,
A. Éloigner, toutes les fois que cela est possible, les causes qui ont déterminé ou favorisé le développement de la maladie, et qui, par la persistance de leur action.^ l'entretiennent ou l'exaspèrent.
DYS — 107
i° Modificateurs hygiéniques. — Lorsque des excès de table, l'usage de substances irritantes, de fruits non mûrs, de certaines boissons, auront fait naître uue dysenterie plus ou moins intense , il est clair que le premier soin du médecin doit être de changer l'alimentation : il prescrira les farineux , les substances légères et facilement digestibles, des fruits cuits ou bien mûrs. Pendant l'épidémie qui dévasta la Suisse en 1 765 , et que Zimmermann a si bien décrite, Keller guérit plusieurs enfants qui refusaient les remèdes , eu leur faisant manger des raisins bien mûrs ( Ozanam, Hist. méd. des éyid., t. ni, p. 298); les boissons mucilagineuses, tièdes ou froides, selon qu'elles seront mieux supportées par les malades, seront utiles ; d'autres fois une abstinence complète devient nécessaire, et suffit souvent pour faire disparaître en peu de temps tous les symptômes. Lorsque la maladie peut être attribuée à une nourriture insuffisante ou de mauvaise qualité [dysenterie asthénique^ putride) , il sera toujours indiqué de faire cesser la cause qui l'a produite ; mais ici la diète sera moins nécessaire , et , à moins d'un état inflammatoire bien caractérisé, on retirera plus d'avantages de l'usage d'aliments sains et nutritifs , de vins généreux, pris en quantité modérée.
Lorsque la dysenterie endémique ou épidémique paraît s'être développée , ou se propager sous une influence miasmatique, la première indication est de soustraire les malades à l'action de celle-ci : on la remplira dans les hôpitaux , les prisons , les vaisseaux , par le renouvellement et la purification de l'air, au moyen de fumigations guytoniennes, par le lavage à grande eau, la propreté du linge; en proportionnant le nombre des malades à la capacité des lieux destinés à les contenir ; dans les camps, dans certaines localités, par l'enlèvement des foyers d'émanations , des substances végétales ou animales en putréfaction, des déjections dysentériques ; parle dessèchement de marais, le curage d'eaux stagnantes, etc. Lorsqu'on ne pourra reconnaître, atteindre, tarir la source des miasmes , ni neutraliser ceux-ci, il faut se hâter de faire émigrer les malades ; dans les pays chauds , et spécialement pour la dysenterie chronique , c'est quelquefois le seul moyen d'obtenir leur guérison. « Les Européens dans la vigueur de l'âge , disent MM. Fournier et Vaidy , etbien qu'acclimatés à Saint- Domingue , y sont néanmoins exposés à la dysenterie chronique; il est rare qu'ils en guérissent s'ils ne se décident à retourner dans les contrées septentrionales. Mais aussi l'expédient est infaillible, et souvent à peine le vaisseau cingle-t-il vers les mers du nord que les dysentériques entrent en convalescence. Les voyages sont tellement favorables à la guérison de cette maladie , dans les contrées embrasées , que nos médecins ont vu souvent en Egypte des malades gué-
DYS
rir parfaitement pour s'être transportés d'un lieu à un autre, quoiqu'à proximité. Ordinairement les individus qui avaient contracté la dysenterie dans la Haute-Egypte guérissaient en revenant dans la Basse ou Moyenne-Egypte, et réciproquement. Les guérisons dues à ces émigrations d'un lieu à un autre ont été si fréquentes qu'à la fin le voyage était adopté comme un puissant moyeu curatif » ( loc. cit., p. 324-373).
Desgenettes rapporte le fait remarquable de quatre cents dysentériques qui, embarqués mourants à Alexandrie, étaient en pleine convalescence lorsque le vaisseau relâcha à l'île de Malle. Toutefois ce professeur pense qu'ici une atmosphère nouvelle, et l'approche d'un climat plus tempéré , n'ont pas seuls amené une guérison à laquelle ont peut-être puissamment concouru les oscillations du vaisseau qui, en déterminant des nausées et des vomissements, ont pu intervertir le mouvement péristaltique excessif des intestins.
Mais si dans les contrées équatoriales il est utile de soustraire les malades à une température brûlante, il n'est pas moins important dans nos climats de les préserver du froid et de l'humidité. Le docteur Dewar regarde comme le remède le plus efficace contre la dysenterie l'application d'un bandage de flanelle sur l'abdomen [Med. and phjs. journ. oj London^ vol. x).
2** Modificateurs pharmaceutiques. — Dans les quelques cas fort rares où une accumulation de matières fécales, la présence de vers, d'un corps étranger, auraient donné lieu à la dysenterie , l'extraction de celui-ci , si elle était possible , l'emploi de minoratifs , de purgatifs légers, d'anthelminthiques , auraient une prompte efficacité. Si la dysenterie était déterminée par l'une des affections que nous avons placées au nombre de ses causes, il faudrait avant tout diriger contre cette dernière un traitement approprié à sa nature et à sa gravité absolue et relative.
B. Combattre la djsenterie et ses différentes complications eu égard à la nature supposée de la maladie.
1° Modificateurs hygiéniques. — Indépendamment des circonstances qui ont présidé au développement de la dysenterie, il importe ici, comme d'ailleurs dans toute autre maladie, que de nouvelles causes morbifiques ne viennent pas s'exercer sur les malades, et c'est principalement par les soins hygiéniques, que nous avons déjà indiqués, qu'on parviendra à les éloigner. Quant aux modificateurs de ce genre, susceptibles d'être dirigés avec efficacité contre la maladie elle-même, on conçoit qu'ils soient peu nombreux, sinon nuls. MM. Fournier et Vaidy, et d'autres auteurs (Dreyssig, loc. cit., p. 36), ont pensé que
DYS
DYS
l'usage des fruits était souvent un fort bon remède. M. Coste a vu , aux Étals-Unis , des soldats attaqués de dysenterie arriver dans un cantonnement oii l'épine-vinette abondait, et être tous guéris au bout de quelques jours, après avoir mangé de ce fruit avec excès. L'eau pure a é(é employée avec succès. Huxham veut qu'elle soit froide. «Sola aqua inter «initia egelida, tune frigida , nonnumquam dysente- «riae curationem consummavi » {0pp., t. i,p. 292). Tissot guérit un grand nombre de dysentériques en leur faisant boire de quart d'heure en quart d'heure une tasse d'eau chaude. Degner se guérit lui-même de la dysenterie en buvant, dans l'espace de trentesix heures, cinquante pots d'eau d'abord tiède, puis froide. Pline, Nie. Piso [De cognosc. et curand. morb.., liv. lu, cap. xv), ont préconisé le lait. Naumann s'est guéri de la dysenterie en buvant toutes les demi-heures, pendant deux jours, une tasse d'une infusion légère de thé noir (Joe. cil., p. 77). M. Roche regarde le café comme un antidysentérique. Quoi qu'il en soit, et malgré l'avis de Zimmermann, il ne faut pas surcharger l'estomac des malades d'une quantité trop considérable de liquides. Faut-il, enfin, rappeler qu'Hippocrate [Epidem.^ lib. vn), et Amatus Lusitanus [Centar. u, cur. iv), ont recommandé le coït,
2** Modificateurs pharmaceutiques. — Sans parler de l'émeraude, recommandée par Sennert (Parai, ad medic. /;r.,lib. iii,n" 5), par Zacutus Lusitanus (Prax. admirahil., lib. m, obs. Lxxxvn), dans les Éphémérides des curieux de la nature (déc. H, ann. v, obs. xxiv), du via rouge contenant des os humains, ou de la soie cramoisie, donné par Diemerbroeck , du priape de baleine vanté par Ettmuller (oper., part, i, p. 492), par Laugius ( Ope?: part. I, p. 445), par Michaelis [Oper., p. 616); du papier bouilli dans du lait, conseillé par Lentilius (Eteodrom. ^ p. 728); des excréments de chien, prescrits par Paul d'Égine (lib. m, cap. xlu) , par Forestus (hb. xxir, obs.xxxv), dans les Éphémérides des curieux de la nature (déc. ii, ann. v, append., p. 36, et ann. x, obs. lu); du phosphore, administré par Ortel [Med. pract.^ Bcohacht.^ bd. i, st. i) ; enfin , du vitriol mêlé aux matières fécales des malades , moyen sympathique conseillé par Dolœus [Encycl. med. .^ p. 434), Ettmuller [Oper..^ t. i, p. 421), Valentini {Medicina novantiqua, pars, v, cap. m) , nous allons tâcher d'énumérer avec ordre les nombreux agents thérapeutiques qui ont été proposés contre la dysenterie.
1*^ Evacuations sanguines. — Les auteurs les plus anciens, Aetius, Zacutus Lusitanus, Rhazès, Alexandre de Tralles, Prosper Alpin, Botal, Sydenham , la plupart des auteurs du xvi'' et du xvn*^ siècle, ont préconisé la saignée dans le traitement de la dy-
senterie. Gorion en fit le sujet d'une dissertation {Ergo dysent. phlehotomia; Paris, 1604). Les uns y avaient recours au début de la maladie dans tous les cas. Gullen et Zimmermann ne la pratiquaient que dans la dysenterie inflammatoire ; Monro, Huxham, Tissot, se gardèrent également d'en faire une règle générale, et ne la prescrivirent que dans les cas où il se manifestait une inflammation évidente. Plus tard , la saignée tomba presqu'en désuétude, jusqu'à Juncker {De utilitate vœnœ sect. in djsent.., Halle, 1770), Jackson etWhyte {Med. and phjs.journ., vol. n, p. 283), qui vinrent de nouveau en vanter les avantages. O'Halloran , pendant l'épidémie qui sévit à Gibraltar sur les troupes anglaises, ouvrait la veine, le malade étant couché horizontalement, et laissait couler le sang jusqu'à syncope. 11 en retirait de cette manière jusqu'à soixante et quatre onces! et si, autroisième jour, la guérison ne paraissait pas être assurée, la veine était ouverte une seconde fois {Lo?id. med. reposit., 1824, n° 8). «La soustraction de sang par les veines, dit avec raison le docteur Segond , peut avoir un résultat fâcheux; il peut y avoir plus de danger dans l'emploi intempestif de la phlébotomie à l'invasion, que des astringents dans la période de déclin. Les circonstances où la saignée est indispensable sont on ne peut plus rares. S'il convient de saigner, c'est seulement quand la fièvre paraît trop forte pour céder aux sangsues, et quand il y a menace de congestion, surtout si la participation du foie à la maladie paraît aller jusqu'à l'état phlegmasique»(/oM/-ft. Ae/;rfoTO., 1835, n° 6, p. 161, 165, 167, 185). Les applications de sangsues à l'anus , à la partie interne des cuisses, ont souvent réussi à Hunnius {Abhandl. ûber die Ursachenund Heilung derJRuhr^ Jena, 1797), à Broussais, à Vignes, à MM. Trousseau et Parmentier {Arch. génér. de méd., t. xui, p. 380), Fallût [Jrch. génér. de méc?.,t. xxix , p. 299), etc.
2" ÈmolUents. — Hippocrate a principalement préconisé les sukstances gommeuses, mucilagineuses ; la plupart des huiles , celles de graines de lin , d'amandes douces , ont été données sous forme d'émulsion; les décoctions de mauve, de guimauve, la mousse d'Islande , ont été employées par Pfenninger, Ecker, Hargens, Herz.
3° Vomitifs. — Hippocrate déjà conseillait les émétiques dans le traitement de la dysenterie , et depuis lui ils ont été employés par presque tous les auteurs , tantôt pour leurs effets vomitifs , tantôt pour favoriser une diaphorèse toujours utile. Stoll veut qu'on y ait recours quand la fièvre est peu intense , et qu'il n'y a pas de douleur abdominale fixe; Gleghorn dans la variété bilieuse, Vendelstadt quand la dysenterie est compliquée de rhumatisme. « Le moyen le plus opportun au début de la dysenterie simple, disent
DYS
DYS
MM. Fournier et Vaidy , est un vomitif sur l'efficacité duquel tous les praticiens sont aujourd'hui d'accord» {loc. cit., p. 374 ). Baker, Adair, Saunders, et quelques autres, ont donné, avec Priugle [Edinb. med. essafs, vol. v, art. 15) , la préférence aux antiraoniaux; mais l'ipécacuanha, surtout, fut préconisé avec un enthousiasme qui lui valut le nom de radix antidysenterica, et le fit adopter exclusivement par Piso {Hist. natur. et med.Brasil., lib. ii, cap. IX, p. 37), Helvétius [Remède contre le cours de ventre; Paris, 1688), Blarais {Ergo dysent. affect. radix Brasiliensis; Paris, 1690), Leibnitz [Relatio de nofo antidysenterico americano ; Hannov., 1696), Vater [De ipecac.virtute febri- Jiiga et antidysenterica; Viteb., 1732), Linné (Diss. viola ipecac; Upsal, 1774. Amœnitat. academ..^ vol. vui, p. 246), Fontana [Bemerk. ilber die Krankh womit die Europaer in warmen Himmelstrichen und auf langen Seereisen befallen verden, trad. de Stendal; 1790, p. 78), etc. Akenside déclare qu'il ne connaît aucune contre-indication de son usage , et lui accorde une puissance spécifique égale à celle du quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes. M. Andral l'a souvent employé avec avantage. «Nous pensons, après vingt années d'expérience, disent MM. Fournier et Vaidy, que le tartre stibié et l'ipécacuanha, considérés comme vomitifs, sont également convenables; cependant le tartre stibié , agissant comme purgatif d'une manière plus marquée que l'ipécacuanha , mérite sans doute de lui être préféré lorsque les déjections sont nulles ou très-peu abondantes ; si , au contraire , le flux est considérable, l'ipécacuanha semble être le vomitif le mieux indiqué «(/oc. c/f., p. 374). De nos jours l'ipécacuanha ne jouit plus, en effet, de la réputation de spécifique qu'ont voulu lui faire les auteurs que nous avons nommés ; et si c'est aller beaucoup trop loin , en disant, d'une manière générale, qu'il est un moyen funeste {Ann. de la méd. physiol.^ t. v, p. 311 ), il faut du moins reconnaître que son administration ne convient pas dans tous les cas.
La poudre d'ipécacuanha a été donnée à la dose d'un gros par Piso , de deux grains tous les quarts d'heure par M. Fournier, d'un grain répété trois ou quatre fois dans la journée par Bosquillon et le docteur Pye ( London med. obs. and. inq.., t. ni ) , à très-petites doses , de manière à n'exciter que des nausées, par d'autres médecins : ce dernier mode d'administration est généralement abandonné aujourd'hui comme débilitant excessivement les malades. Glarke , Schlegel, Annesley, préféraient une infusion faite avec 36 j d'ipécacuanha par z vj de véhicule.
L'ipécacuanha a été associé à l'opium par Richter (Med. und. chir. Bemerk, bd. i , p. 97), au laudanum par plusieurs médecins anglais dans les Indes
(ipecac, 3j; laudanum, 9jj-nj), à la rhubarbe {Act. reg. soc. Hajn.., vol. i, p. 33), au calomel par Ferguson, au quinquina et à la cascarille par le docteur Wright.
4° Purgatifs. — Par suite d'opinions pathogéniques que nous aurons bientôt occasion de rappeler, les purgatifs furent employés pour évacuer les humeurs peccantes , la bile, la saburre , accumulées ou viciées, auxquelles on rattachait la dysenterie. Degner, Pringle, Zimmermann, Bosquillon {Med, prat. de Cullen, t. a, p. 179) , en préconisèrent fortement l'usage, qui ne parut pas sans inconvénients à de Haen et Vogel. Naumann ( toc. cit.^ p. 92) veut qu'on n'y ait recours que dans les formes dysentériques , muqueuse, gastrique et bilieuse ; cependant Sydenham les prescrivit avec succès dans la forme aiguë , après une saignée et l'administration d'une forte dose de laudanum; Jackson et Annesley ont obtenu depuis de bons résultats de cette méthode ; Hesse ( De usu evancuantium in dysenteria; Jena, 1800) a exposé la manière l;i plus convenable de les employer.
Huunius accorde la préférence aux purgatifs doux, tels que la manne, la pulpe de casse , de tamarin , la rhubarbe dont Borellus (cent, n, obs. lxxxii), Pringle, Stoll, Richter, RiedHn, ont souvent obtenu d'heureux résultats, tandis qu'elle n'a point réussi à Weber, à Naumann et à Mundella (Epis t. med.., epist. xii). Gullen, Lind, Vogel, Weber, Glarck, pensent qu'il ne faut jamais prescrire que les laxatifs oléagineux, à moins toutefois qu'on ne reconnaisse la présence de scybales, d'une accumulation de matières, d'une constriction, cas dans lesquels il faut recourir aux huiles purgatives. Fraser [Med. obs. and inq., vol. II, p. 235), Clark , Wright , Jahn {Pract. mater. ?ne^.; Erfurt, 1807, p. 735), ont surtout préconisé l'huile de ricin. Cependant le sulfate de soude , de magnésie , le tartrate de potasse , et les autres purgatifs salins , ont souvent réussi à Stoll , à Mursinna, à Clark. Dans l'épidémie de 1826, M. Bretonneau traita plus des quatre cinquièmes de ses malades par le sulfate de soude ou de magnésie , à la dose de 5 ij-iv matin et soir. Le docteur Meyer, ayant administré , dans une épidémie grave , le nitrate de soude , à la dose de § 15 -j , dit n'avoir perdu , par ce moyen , que deux malades sur cent {Nouv. bibl. med., 1829, t. Il, p. 126).
Le calomel a été presque exclusivement adopté par plusieurs auteurs , et Copland assure que c'est le meilleur purgatif auquel on puisse avoir recours dans la dysenterie aslhénique ou maligne {loc. cit., p. 732). Jackson , Bampfield, Richter, MM. Fournier et Vaidy, en ont retiré de bons effets , surtout chez les enfants, lorsqu'il y avait une complication vermineuse : les uns l'ont administré à petites doses, les autres, au Contraire, à doses très-élevées ; mais alors le médi-
DYS
DYS
cament devait agir comme préparation mercurielle ; il a été associé à l'opium, à ripécacuanha. O'Beirne a prescrit une infusion de feuilles de tabac, et quelques auteurs ont même admiaistré l'extrait de coloquinte à la dose de 10 à 20 gouttes toutes les trois heures {HechersAnn,, 1831).
5° Diaphorétiques. — Plusieurs auteurs ont conseillé d'exciter les fonctions perspiratoires de la peau. Une des préparations les plus employées est la poudre de James associée au calomelou à l'opium. Pringle, Vogel, Richter, préfèrent les anlimoniaux. Martinet i^Expér. noui>. sur les propr. de l'alcali vol. fluor. ^ Paris, 1780) prescrivait 12 à 15 gouttes d'alcali volatil dans un verre d'eau. Keck employait la formule suivante : ^ émulsion, §viij; alcali volatil dr. ij : une cuillerée toutes les deux heures. Reil (Ringeltaube, Diss. de dysent.. Halle, 1 80 1 , p. 1 9), Rother [Diss. de ammonio djdrothiode. Halle, 1801), ont prescrit 8 gouttes pour les adultes, 2 gouttes pour les enfants, de hydrosulphur. ammoniatum.
6*^ Mercuriaux. — Les préparations mercurielles, déjà conseillées par Libavius {Hornungii cista med., Nuremberg, 1 835, p. 2), ont été, comme nous l'avons vu, employées à titre de purgatifs-, on les a associées aux sudorifiques. Mais Johnson a prescrit le calomel à hautes doses , pour produire la salivation ; Boag (Med. facts and obs., vol. iv, n° i) a eu recours aux frictions mercurielles, que Houiston faisait pratiquer sur la région du foie [Samml. auserl. Abh., bd. X, st. m, p. 379) jusqu'à salivation. Des lavements avec du sublimé corrosif (2C sublimé, gr. un huitième, un seizième; véhicule, 3ij) ont été proposés par Kopp et d'autres auteurs {Hufel.journ., 1827, st. IV, p. 94).
Il est difficile, sinon impossible, de juger une méthode de traitement sur laquelle l'expérience n'a pas encore prononcé.
7*^ Narcotiques. — Opium. — «L'opium est de tous les médicaments usités dans le traitement de la dysenterie , disent MM. Fournier et Yaidy, celui sur lequel on a porté les jugements les plus contradictoires.» Et en effet, cette substance a eu, comme ripécacuanha , des preneurs enthousiastes et des détracteurs obstinés. Sydenham {Prax. med., p. 351), Pringle, Willis [Pharm. ration.,, part, i, sect. viii, cap. I ), EltmuUer (Diss. de virtute opii diaphor., cap. i,iv), Wedel [Opiologia, p. 121), Richter {loc.cit., p. 94), Weikard [Med. prakt. Handb. auf Broivnische Grundsàtze und Erfahr- gegrundet, 1798, t. u, p. 493), Thomann (Ann. ^f^urceb., t. n, p. 219-244), Ackermann [Bemerk ûber die Kenntn. und Cur einiger Krankh. , Leipzig, 1800, p. 293), Pierre Frank {loc. cit., Hb.v, part. Il, p. 522), Horn (Arch., bd. vi, p. 102)^
Osiander (Denkwtird. aus der Heilk.^ bd. ii, p. 75), en furent les plus ardents défenseurs. Wepfer {Diss. de dfsent., p. 40) assure avoir guéri six cents dysentériques par le seul laudanum. Ontyd (loc. cit., p. 307) en a arraché de la même manière deux cents à une mort imminente ; une dame , dont les extrémités étaient déjà froides, prend une drachme de laudanum, et guérit en peu de jours (Acta hagana, t. I, p. 1007); enfin, le docteur Latour {Bull, de la Soc. des se. phfs. d'Orléans, 1. 1) ne balance pas à proclamer l'opium un remède spécifique qui doit faire la base du traitement de la dysenterie. D'un autre côté Philumenos déjà dit avoir vu l'administration de l'opium déterminer des phrénésies, le coma(Aetius, tetrab. m, sect. i, cap. 35). Hufeland ne la juge convenable que dans U dysenterie rhumatismale'^ Briïning la regarde comme fort dangereuse dans tous les cas ( Lieber die Scliàdlichkeil des Mohnsaftes in der Ruhr ; Géra, 1794).
L'opium a été administré sous différentes formes. Broussais a donné le soir , en une prise , de douze à soixante gouttes de laudanum, tandis que MM. Fournier et Yaidy préfèrent n'en faire prendre que de iv à vj gouttes dans une tasse de bouillon , toutes le» deux heures. M. Latour donne d'abord une potion opiacée, et puis toutes les trois heures une des pilules suivantes : ^ Ext. aq. d'opium, f55; extrait de valér., et beurre de cacao, ^â 5 ijjj^ pour trente-deux pilules. D'autres ont prescrit de x à xxx gouttes de teinture thébaïque toutes les deux heures ; de j à iij grains d'opium dans un lavement. Selon MM. Fournier et Yaidy, le point essentiel est de donner l'opium à petites doses très-rapprochées.
L'opium a été associé à un grand nombre de médicaments : â l'émétique par Gesner (tinct. opiac. simpl., 5j; vin. stibiat, 3 iij: vingt gouttes trois ou quatre fois par jour), à l'ipécacuanha (poudre de Dover, quarante à soixante grains dans les vingtquatre heures), à la rhubarbe, au calomel par Johnson, Leidenfrost, etc. Eisenmenger a préconisé la formule suivante : toutes les trois heures une pilule composée de : ^ opium, gr. un quart; calomel, gr. j ; ipécacuanha, gr. ij. Hope {Med. and. phys. journ. of London, t. ni) a uni l'opium à l'acide nitrique (^ ac. nitrique, 5 ij ; opium, gr. ij; eau, ^ ij: une petite cuillerée toutes les trois ou quatre heures); Gheyne, au nitre; Wedekind, au quinquina, aux antiseptiques ; Riedlin, aux astringents.
La noix vomique a été préconisée par un grand nombre d'auteurs , par Montin {Diss. de med. Lap*pon. in Collect. Haller, t. vi, p. 742), Oberteuffer {Hufeland' s journ. ., bd. vu, St. m), et surtout par Hufeland (in Hufel. journ., bd. i, st. i). Dans l'épidémie d'Ostrogothie, en 1772, Hagestroem obtint un tel succès par la noix vomique, que sur deux cent
DYS
DYS
vingt-cinq malades , il n'en mourut que vingt-deux, dont vingt enfants auxquels on n'avait pas pu faire prendre ce remède (Ozanara , loc cit., p. 3 1 7). Dahlberg (Murray, Jpparatus medicam.^ 1. 1, p. 715), l'a administrée à la dose de dix grains; Ohdelius (Jbh. der Kônigl Schwed. Jlad. der ïflssensch, 1 773, t. xxxiv) à celle de quinze grains; Geddingo, à celle de vingt et un grains (septgr. 3 fois par jour); Hagestroem l'a portée jusqu'à 9 j. Aux enfants de deux à trois ans Zellemberg en donnait de 3 à 5 grains dans les vingt-quatre heures. Hufeland préférait la formule suivante : -^ eau de sureau , 5 vj ; mucilage de gom. arab., 3 j ; extr. de noix vomique, 3 & ; sirop d'AIth., 3 j : une cuillerée toutes les deux heures.
Martini , John (^Ausivahl der wirks. Aczneimittel, Erfurt, 1807, bd. 11, p. 682), se sont prononcés contre l'usage de la noix yomique,qui souvent détermine des accidents fort graves. Dreyssig (loc. cit., p. 89) pense qu'on ne doit y avoir recours que dans la dysenterie typhoïde, et Naumann (loc. cit., p. '88) seulement lorsque la maladie est compliquée de fièvre intermittente.
L'extrait dejusquiameiété préconisé par Hufeland, Stokcar à Neuforn (Ossiander, Diss. de H/oscyami nigri virtut. med.; Erlang, 1797, p. 71), et surtout par Matthaei ( Ueher die epidem. Ruhr, Hannov. , 1 797, p. 165), qui le donnait à la dose de plusieurs drachmes dans les vingt-quatre heures. Arnemann ne lui reconnaît aucune efficacité (Handb. der pract. Med., Gotting, 1800, p. 112).
\j extrait de belladone a réussi entre les mains de Gessner (Bibl. de Haller, vol. 11, p. 55)., de Ziegler (Beobacht, p. 35) ; M. le docteur Gouzée (Arch. génér. de méd., t. xxx, p. 102) a eu recours avec succès à l'hydrochlorate de morphine appliqué sur l'abdomen parla méthode endermique; l'acétate de strychnine, à la dose d'un douzième ou d'un seizième de grain, aurait quelquefois amené un soulagement marqué (North. Americ, Arch.., novembre, 1834). Enfin la valériane, le castoreum, le musc , ont été préconisés par Backer, surtout pour la dysenterie rhumatismale.
2>° Toniques. — Le quinquina a été préconisé par Monro (Prœlect. med. ; Lond. , 1776, p. 131), Morton (Exercit.^ t. u, p. 161), Douglas (Diss. de dysent. putrida ; Édimb. , 1766, p. 35), Reide (Uebersicht der Krankh. der Armée, p. 202); Dreyssig ( loc. cit. , p. 111) pense, avec Gausland (Samml. auserl. Abh., bd. ix, st. n, p. 260), que sa teinture est la meilleure forme sous laquelle on puisse l'administrer.
Uécorce d'angusture a souvent réussi à Brande ( Exper and. obseru. on the angustura bark, Lond. , 1795 ) et à Dreyssig ( loc. cit. , p. 1 12 ).
La cascarille a été employée avec succès par Hu-
feland (Journ. bd. xv, st. i, p. 152), John (loc. cit., bd. I, p. 271) et Weber (HornsArch.,imM 1820, n^301 ).
L'écorce de saule 3i été préférée par Van Geuns au quinquina lui-même dans le traitement de la dysenterie putride , et Dreyssig lut accorde également une très-grande efficacité [loc. cit. , p. 113).
h'écorce de simarouba a joui d'une assez grande vogue depuis l'épidémie de 1 718 , où son emploi fut tvks-uûle (Philosoph. transact.., 1732, p. 188). Jussieu (Diss. an in inveteratis alvi flux simarouba P Paris, 1730); Kniphof (Diss. cort. peruv. succed. quorund. examen , Erford , 1744), Overkampf ( Diss. de remed. specif. in specie de simar.; Wirceb. , 1742), Degner (De dysent. ;, p. 290), Zimmermann (loc. cit., p. 495 ), Monro ( Treat. on med. and pharm. chymistry; Lond. , 1 788 , vol. m , p. 268 ) , Baumes ( Journ. de méd., juin, 1782, p. 507), disent en avoir retiré de grands avantages.
Le columbo a été prescrit par Mertens ( Obserc. méd., t. Il) , Percival ( Essays med. and exper.; Lond., 1772, vol. II, p. 3), Richter ( loc. cit., p. 104), et plusieurs autres auteurs, qui ont fait usage delà formule suivante: ^ Rd. columbo 36 infus. cham. §vj; syr. aurant. , |6, une cuillerée toutes les heures.
Le bois de campêche a trouvé un apologiste dans Hunnius ( loc. cit. , bd. i, p. 360 ).
La racine de tormentille a été très-préconisée par Lehnhard et Gesenius ( Handb. der pract. ^ Heilmittellehre, 1 796, p. 202 ). Quarin en a obtenu de bons résultats pendant l'épidémie de 1762. Il employait les formules suivantes : -^ Pulv. rad. torment. , Sj , rad. ipécac. , 56; opii giv; conserv. rosar. rubr. syrup. myrtillon , aa 5vj , à prendre un drachme toutes les deux heures.
^ Rad. torment., |5 ; coqu. p. dimid. hor.c, aqu. commun, colatur, fej; add. gum. arab., Ifijcamphor. , g viij , quatre onces dans un lavement.
La gomme kino a eu de très-bons effets entre les mains de Weber et de Fothergill. Friedlànder l'associe aux aromatiques ou aux laxatifs , et la regarde comme un des plus puissants antidysentériques (Naumann , loc. cit. , p. 90 ).
Les toniques ont été associés aux opiacés , aux laxatifs , par Bang (Act. soc. med. reg. , Havn. , t. i , p. 105), à l'ipécacuanha par Schmidtmann , au cachou , au kino , par Pringle.
S'il est incontestable que l'emploi intempestif des toniques peut avoir de fâcheux résultats (Crato v. Kraftheim, Epist. med., lib. 11, p. 394 ), on a tort de le rejeter complètement. Broussais lui-même reconnaît qu'on peut y avoir recours avec avantage «au moment i où le ténesme commence à diminuer et les selles à
DYS
devenir plus faciles»; et dans les formes dysentériques , adynamique , putride , maligne , il est formellement indiqué. Le quinquina devra aussi être prescrit toutes les fois qu'il y a complication de fièvre rémittente ou intermittente.
9^ Astringents. — L'âî/ww aété employé à la dose de dix grains à un demi-scrupule par Adair (i'<ïmm/. auserl. Abh. , bd. ^i , p- 277 ), Hargens {Hufel. Journ., bd. vu , sect. m, p. 137), Collin, etc., en l'associant à la gomme arabique, à l'opium , aux aromatiques, aux mucilagineux , à la tormentille.
Le cachou dL été prescrit avec avantage par Brandt dans la dysenterie des nègres ( ToJe's med. journ., bd. X, n° 1 ) , par Stoll.
La salicaire a.été préconisée par de Haen (9 m à iv, matin et soir) , et Quarin , à la dose de 5j toutes les deux ou trois heures ( Animadv. pr. in divers, morb., p. 220). P. Frank a essayé cette substance sans en obtenir aucun résultat.
V arnica a réussi à Gollin , à Stoll ( Rat. med. , 1. 1, p. 121 ; t. II, p. 422; t. m, p. 160), à Kausch, surtout dans la dysenterie typhoïde ( Med. und chirurg. Erfahr.; Leipzig, 1 758 ).
Veau de chaux mélangée avec du lait ( eau de chaux tbj, lait fe ij) a paru très-utile à Grainger [Edim. Ver suc lie , bd. ii, p. \^)^ et à Geach (Samml. auserl. Abh., t. vu, st. m, p. 561 ).
La cire a été fort anciennement préconisée ( Valeriola, Obs. , Mb. m, n'^ 4 ; Diemerbroeck , Observ. curât. , vP 28 ). Vogel la faisait fondre dans du lait ( ^ cire blanche , dr. ij ; lait , ftô ). Monro et Pringle préféraient la formule suivante : ^ cire jaune, dr.jfi; savon d'Espagne , 9j ; eau pure, dr. j : faites fondre, et mêlez exactement. Ajoutez ensuite : eau de muscade §j et du sucre. Bathe faisait dissoudre de la cire dans de l'esprit-de-vin , et filtrait pour obtenir de nouveau la cire, qui garde alors la consistance du beurre iPharmac. Bateana , p. 23 ). On trouve dans Naumann ( lac. cit. ;, p. 82 ) plusieurs autres formules proposées par Hoffmann, Saunders, etc. Ch. Hoffmann ( Von dcr Ralir ; Munster, 1 782 , p. 285 ) et Hàner assurent avoir obtenu des résultats surprenants de ce médicament , même dans les épidémies les plus graves {Lôffler s neueste und nûtzl. pract. fVahrIieilen , etc. ; Erfurt, 1805 , bd. , ii , p. 424 ). Quelques médecins italiens ont associé la cire au verre d'antimoine. Arnold a guéri cinquante dysentériques par cette préparation (^/^i. de VAcad. rof. des se. , au 1 762 ).
La colle forte a été donnée à l'intérieur par Gautieri {Hufel. journ., t. xviii); le diascordium ,'comme dans la diarrhée, est fréquemment employé.
Acides. — V acide citrique a été prescrit par Wright [Samml. auserl. Abh., bd. xu, p. 104) de la manière suivante : ^ suce, citron § iij , sal
112 — DYS
comm., q. salvi potest , adde Aq. fl. cham. % xij, sacch. alb., q. s. Un verre toutes les quatre ou six heures.
Vacide tartarique a été associé par Gœdin à l'opium (Horn's Arch., mars 1 81 2, p. 284), \ acide sulfurique aux mucilagineux par Ban g , Vacide nitro -muriatique , aux opiacés par Mac Gregor; Hope a prescrit ï acide nitrique de la manière suivante: "if ac nitr. l ij, opii gr. ij , aq. pur %\]. Une cuillerée quatre fois par jour, surtout dans la dysenterie chronique {Med. and phfs. journ. of London, vol. m).
L'acétate de plomb, dont l'administration est généralement regardée comme très - dangereuse , a réussi à quelques médecins anglais ( Lond. med. and surg., vol. xxii, p. 350); à AHson, à Burke, au docteur Monin, pendant l'épidémie de Mornant, en 1830, où toutes les autres médications avaient échoué. «Le succès, dit ce médecin, fut on ne peut plus prompt et assuré : l'excrétion sanguinolente et le ténesme disparaissaient dès la première administration de la mixture suivante : ^ acét. de plomb , gr. iv; eau dist. , § ij; ext. aq. d'opium, gr. ij-iv. Une cuillerée de deux heures en deux heures» {Rev. méd. , t. XXIX, p. 101); les sulfates de cuivre, de zinc, de fer, ont également été administrés avec succès : le sous-nitrate de bismuth a paru utile, après les évacuations sanguines, à MM. Récamier et Trousseau ( Gaz. méd., 26 février 1833). Lombard l'a associé à l'opium.
Alcalis. — Martinet ( Neue Erfahr. ûber die Eigensch. des Alkali; Strasbourg, 1 789) , Gausland (Samml. auserl. Abh., bd.xi, p. 257), Barker (Tllfe^. reposit., 1799, vol. ii, n° 2), Lôffler, Langensalz {loc. cit., p. 233) ont préconisé h potasse seule ou associée à la rhubarbe , à l'opium ou à l'huile. Rademacher a retiré de grands avantages de l'emploi de ce médicament dans l'épidémie dysentérique qui sévit à Glèves en 1796 (Vogel's Gesundheits Zeitung, bd. 11, st. 15 et 16).
L'emploi des astringents demande beaucoup de précautions, et , ainsi que l'a constaté Crato v. Kraftheim (Epist. med.,\. u, p. 394), il a souvent déterminé de graves accidents.
1 0° Aromatiques. — Marcus, Brown, Vogler, ont préconisé contre la dysenterie sub-aiguë, asthénique, maligne, putride ou chronique, les substances aromatiques et excitantes, le poivre noir ou de Gayenne, la cannelle, la muscade. Bang les fait prendre dans de la bière (Horn's Arch., bd. m, p. 317). Pemberton a donné le copahu avec succès (^ bals, copaiv gtt. xij , vitell. ov. q. s., aq. cinnamom., aq. dest. âa 5 v j , Sacharr. alb. 3 ij , à prendre toutes les quatre ou six heures).
11^ Antiseptiques. — Le chlorure de chaux, le chlorate de potasse , ont été administrés par Paulini
DYS
DYS
(cent, m, obs.Lxxvi)etDiemerbroeck. Jackson a prescrit avec succès la poudre de charbon ( dr. j plusieurs fois dans la journée).
12° Incertœ sedis. — Sans revenir sur ces médicaments bizarres que nous avons énumérés en commençant, et ne croyant pas devoir nous étendre davantage sur quelques autres préparations empiriques généralement abandonnées aujourd'hui , nous nous bornerons à mentionner ici le narcisse des prés (9j trois fois par jour), de Temploi duquel MM. Loiseleur Deslongchamps, Lejeuue et Passaguay, assurent avoir obtenu les plus heureux résultats (Passaguay, Obs. sur l'emploi du narcisse des prés dans le travail de la dys., Thèse de Paris, 1833, n" 170); la racine de Jean Lopez, à laquelle Ozanam dut la guérison d'une dysenterie qui durait depuis dixhuit mois (/oc. c/f.,p. 316), et l'albumine que M. Mondière, sans pouvoir déterminer la manière dont elle agit, déclare «guérir la dysenterie comme le sulfate de quinine guérit la fièvre intermittente» (3Iém, sur le trait, de la dys. par l'albumine; in journ. V Expérience j, 1839, n** 85). Également employé par M, Bodin de la Pichonnerie ( Journ. des conn. médico-chirurg.j mai 1 835) , ce mode de traitement paraît avoir eu les plus heureux résultats, même dans des dysenteries chroniques fort anciennes. Voici la formule adoptée par M. Mondière : ^ eau simple, tt> ij ; blancs d'oeufs bien frais, n°vj, battez avec soin et passez ; ajoutez sirop de sucre , | iij ; eau de fleurs d'oranger, q. s. Les adultes doivent boire trois ou quatre bouteilles de ce saccharum dans les vingtquatre heures ; les enfants, deux bouteilles. On donne en même temps trois fois par jour un demi-lavement composé d'eau simple et de trois blancs d'œufs , de sorte que vingt-sept à trente blancs d'oeufs sont ingérés dans les vingt-quatre heures , ce qui représente à peu près deux livres d'albumine.
«Le premier effet de ce traitement, dit M. Mondière , est de calmer les coliques , de diminuer le ténesme et les épreintes, et, au bout de quelques heures, terme moyen , les selles commencent à changer de nature , et à diminuer de nombre , et cela quelquefois d'une manière si subite , que nous avons vu tel malade qui avait eu quinze , vingt selles et plus, dans les vingt -quatre heures qui avaient précédé son emploi , n'en plus avoir que quelques - unes assez éloignées, aussitôt qu'une ou deux bouteilles de saccharum et les premiers lavements avaient été administrés.
«Nous avons vu des dysenteries fort graves céder dans l'espace de douze à vingt-quatre heures, sans laisser , pour ainsi dire , aucune trace de leur existence , non-seulement alors que le traitement avait été mis en usage dès le début de la maladie , mais encore lorsque celle-ci existait depuis huit jours et plus.
Ajoutons encore que telle est l'action de Falbumine, qu'il n'y a pas pour ainsi dire de convalescence , et que , aussitôt que le flux dysentérique est arrête , les malades peuvent boire et manger comme auparavant, et bientôt vaquer à leurs affaires.
«Nous prions les médecins de tous les pays, dit en terminant M. Mondière , de faire des expérimentations , et d'en publier les résultats. Nous sommes sûr à l'avance que leur expérience sanctionnera l'efficacité de notre méthode , qui deviendra celle de tous les praticiens qui se tiennent au courant de la science» (journal l'Expérience, 1839, n° 86).
La plupart des substances que nous venons d'énumérer ont été administrées en lavements auxquels l'avantage d'agir directement sur les parties malades avait fait accorder par Vogler {Fon der Ruhr, th. i , c. IX, p. 218), Horn (loc. cit., p. 259), et quelques auteurs , une importance et une efficacité que l'expérience est loin de justifier. 11 faut reconnaître, d'ailleurs, avec Naumann [loc. cit., p. 91), que leur administration est souvent rendue impossible par les douleurs horribles que détermine l'introduction de l'instrument destiné à faire parvenir le liquide dans l'intestin. On a successivement préconisé les lavements mucilagineux faits avec une décoction de racine de guimauve-, de graine de lin, de sagou, de pieds de veau, dans de l'eau ou dans du lait; les lavements d'amidon contenant de l'ipécacuanha ou des opiacés (laudanum , 6 à 8 gouttes ; opium , 2 à 3 grains; eau de laurier-cerise, 30 à 40 gouttes). Vogler a appelé antidysentérique un lavement composé ainsi qu'il suit : ^ amyli , | iv ; terr. Japonic. 9j; opii crud. opt. gr. j; les lavements astringents avec de l'acétate de plomb , l'eau de chaux (Abercrombie) , les acides, les lavements excitants, avec les térébenthines, le copahu (^ mucil. amyl., § iv; bals, copaiv., goût, xl); les lavements mercuriaux (un quart ou un tiers de grain de sublimé) ; Hildenbrand {Hujel. journ., bd. xin, st. i, p. 148) assure avoir toujours obtenu de bons résultats d'un lavement contenant plusieurs jaunes d'œufs, alors que tous les autres avaient échoué.
Un grand nombre de remèdes externes ont été essayés. Les uns ont proposé des irrigations d'eau froide sur l'abdomen ; les autres , des fomentations chaudes et émoUientes ou aromatiques (Klinge, Hu~ fel. journ. , bd. vi, p. 900), ou des cataplasmes émoUienls avec le laudanum ; des frictions avec un mélange d'huile de camomille et d'huile de jusquiame, avec l'opium [^ ungt aromat, § j ; tinct op simpl, 5 j) , le camphre {"if ungts aromat, | j ; camphor. spir. vin. , q. s ; solut., s j); avec des linimeots rendus irritants par l'huile de croton, l'ammoniaque. Richter employait la préparation suivante : ^ ol. oliv., 5 vj ; liq. ammon. caust., | j ; tinct. op. simpl..
DYS
DYS
3 j; camphor, s j. Fischer, Blanc, ont appliqué des sinapismes sur l'abdomea. «L'un des auteurs de cet article, disent MM. Fournier et Vaidy, a retiré de bons effets d'une dissoluMon de trois grains d'opium faite dans du suc gastrique , appliquée en friction sur l'abdomen, selon la méthode renouvelée par le docteur Brera» {loc. cit., p. 385). 0' Beirne {Transact. ofthe k. and qu. coll. of phys. in Ireland, vol. IV, p. 388) conseille de faire sur Tabdomen des fomeutations avec une décoction de feuilles de tabac (R. feuilles de tabac , ? iij ; eau , | vj).
«On a vu,dit Burserius [Institut, med. pract. édit. de Leipzig, 1790, t. iv, p. 345) des diarrhées anciennes , des dysenteries rebelles , guérir par la suppuration prolongée de plaies accidentelles , de ganglions engorgés et enflammés (Journ. de médecine de Paris, 1756, t. iv, p. 359). Se fondant sur ces faits , Ecker et MtlUer [Baldinger's neuesMagas., bd. Yi , p. 520) out appliqué des vésicatoires aux cuisses; Hunnius , au sacrum; Lind, StoU, Aunesley, Neumann , sur l'abdomen même ; et Dreyssig {loc. cit., p. 73) considère ce moyeu comme l'un des plus énergiques et des plus efficaces que l'on puisse opposer à la dysenterie chronique , Ofiinion que partagent également Desgenettes et MM. Fournier et Vaidy {loc. cit., p. 404).
«Les bains chauds , disent MM. Fournier et Vaidy, sont, parmi les moyens externes , les secours les plus puissants dans le traitement de la dysenterie ; c'est même par là qu'on devrait toujours commencer, hors quelques exceptions rares. Nous avonsvu plusieurs fois à l'armée des officiers atteints de dysenterie , et qui paraissaient dans un état désespéré , devoir, en grande partie , leur rétablissement à l'usage des bains chauds» (loc. cit., p. 386). Vogel, Heister, préfèrent les bains de chaleur sèche ; Thomann, les bains aromatiques. Sans chercher à apprécier isolément chacun des modificateurs qui composeut la longue liste qu'on vient de lire , essayons maintenant , comme nous nous l'étions proposé , de formuler les considérations générales qui doivent guider le praticien dans le traitement prophylactique , curatif et consécutif de la dysenterie.
Si une sage application des règles de l'hygiène est, en toutes circonstances, le meilleur moyen de maintenir l'équilibre fonctionnel qui constitue l'état de santé; c'est surtout pendant les temps d'épidémies qu'elle devient utile , et nous devons placer en première ligne, dans le traitement prophylactique de la dysenterie , les soins que nous avons déjà indiqués. Si les localités, des circonstances toutes puissantes, ne permettent pas d'obtenir, par la ventilation , par les fumigations guytoniennes, un air sec et pur, Témigralion sera un moyen puissant auquel il faudra avoir recours toutes les fois qu'il sera possible. On
évitera avec soin les changements brusques de température, l'impression d'un air froid, le corps étant en sueur, et pour éloigner ces causes morbifiques, qu'on a souvent considérées comme efficientes dans les épidémies dysentériques, on recommandera les habillements de flanelle appliqués sur la peau; un exercice modéré , des bains tièdes , ou de rivière , selon la saison , une grande propreté sur soi et autour de soi , ne sont pas moins importants. Sans conclure avec Wetzler, de ce que depuis que l'usage des oignons est devenu général à Augsbourg , les épidémies dysentériques y sont beaucoup plus rares , que certaines substances jouissent de la propriété de préserver de la dysenterie, il faut néanmoins reconnaître que l'alimentation mérite une attention toute particulière. Mais ici il importe de ne pas se laisser dominer par les idées que la doctrine physiologique a répandues pendant ces dernières années, et de se rappeler que si des excès de table , de boissons alcooliques, si l'usage d'ahments très-irritants, peuvent, dans quelques cas, donner lieu sporadiquement à une dysenterie réellement et franchement inflammatoire, un grand nombre d'épidémies se sont manifestées sous l'influence d'un régime entièrement opposé.
Des aliments sains, bien préparés, et pris en quantité modérée, ne seront jamais dangereux, et dans beaucoup de circonstances il deviendra nécessaire de prescrire une nourriture abondante et réparatrice, l'usage de vin généreux. Dans la dysenterie épidémique qui, en 1746, sévit en Hollande sur les troupes anglaises, et dans laquelle Y abdomen des malades était si brûlant , que la main même qui le touchait en était affectée, tous ceux qui purent se procurer du vin ne contractèrent pas la maladie (Ozanam, loc. cit., p. 289). Lorsque, dans les villes assiégées , les camps , les vaisseaux , la famine ne permet pas de remplir ces indications hygiéniques, il faudra avoir recours aux médicaments toniques et antiseptiques, au quinquina, au fer, aux chlo- , rurcs. Most (Naumann, loc. cit., p. 102), Piderit {Anweisung, (vie man sich vor der jetzt herrschenden Ruhr verwahren kann, Cassel, 1781), Krtïgelstein {Noth und Hûlfsbûchlein in der Ruhr Ohrdrujf, 1805), assurèrent avoir, non-seulement évité la dysenterie , mais encore fait cesser ses premiers symptômes par l'usage d'excitants et de diaphorétiques. Rappelons enfin, pour terminer ce qui a trait à la prophylactique, ces belles paroles de MM.Four* nier et Vaidy : « Toutefois , le meilleur préservatif est une courageuse résignation, soutenue par une raison éclairée. Le médecin doit surtout en donner l'exemple: il a contracté, en se consacrant à l'exercice de la plus noble des professions, l'engagement sacré de se dévouer au salut de ses semblables , de ses concitoyens surtout, sans être arrêté par U crainte du
DYS
danger qui le menace , ou par le spectacle affligeant de la mort de ses collègues » (loc. cit.^ p. 410).
«Dans les siècles qui ont précédé le nôtre, disent MM. Chomel et Blache , la plupart des médecins s'étaient fait, ou avaient adopté sur la nature de la dysenterie des opinions erronées , d'après lesquelles ils avaient établi des méthodes diverses de traitement , presque toutes plus ou moins dangereuses. Les purgatifs et les toniques ont été longtemps, et sont encore, pour quelques médecins, les principaux remèdes à opposer à cette maladie , parce qu'ils sont les plus propres à évacuer les matières irritantes, ou à corriger les humeurs putrides qui, dans leur théorie, sont la cause immédiate de la dysenterie. Aujourd'hui, qu'on a reconnu dans la dysenterie une affection inflammatoire, on la combat, en général, par des moyens analogues à ceux qu'on oppose aux autres phlegmasies » [loc. cit., p. 563).
Sans entrer déjà ici dans la discussion de la nature de la dysenterie, hâtons-nous de proclamer que ceux qui, aujourd'hui, ne verraient dans cette affection qu'une inflammation , et qui feraient, des émissions sanguines, de la médication antiphlogistique, une méthode exclusive et généralisée de traitement , suivraient des errements non moins funestes que ceux dans lesquels sont tombés les médecins des siècles qui ont précédé le nôtre. Est-il possible de méconnaître les nombreux points de contact qui rapprochent les dysenteries épidémiques graves , malignes, de l'état typhoïde, de certaines hémorrhagies passives, asthéniques ? Ces symptômes généraux, si caractérisés, si rapidement développés , ces pétéchies, ces phlyctènes, cette complication scorbutique si fréquente , n'ont-ils aucune signification , et peuvent-ils être rattachés à une phiegmasie locale , circonscrite dans une petite portion du tube intestinal? Non, certes ; la dysenterie , plus peut-être que toute autre affection , exige du praticien un esprit libre de toute opinion préconçue, une appréciation éclairée de toutes les circonstances qui ont favorisé ou déterminé le développement de la maladie ; et vouloir ramener son traitement à une formule toujours identique, est une prétention que condamnent également le raisonnement et l'observation.
C'est donc en tenant compte des causes appréciables ou probables de la maladie , de ses principaux symptômes, du caractère qu'elle revêt, de ses complications, de la constitution et de l'état de santé antérieur du patient, qu'on arrivera à une thérapeutique rationnelle et efficace; et si l'on veut étbiblir quelques généralités, il faut se borner à dire : 1° qu'on doit, toutes les fois que cela est possible , soustraire le malade aux causes qui ont déterminé, ou qui entretiennent la maladie; 2° que les émissions sanguines, rarement nécessaires , ne réussissent presque jamais
— 115 — ' DYS
passé les premiers jours; 3° que les préparations opiacées, utiles dans la dysenterie apy rétique, dans toutes celles où la douleur prédomine sur les autres symptômes (Chomel et Blache, loc. cit., p. 364) , produisent souvent de mauvais effets Jans les dysenteries épidémiques graves ; 4° que les vomitifs et les purgatifs , indiqués toutes les fois que l'on reconnaît un embarras des premières voies , réussissent souvent alors que tous les autres moyens ont échoué , bien qu'aucune indication ne puisse faire juger de l'opportunité de leur administration ; 5<* que les toniques, les aromatiques , les excitants , prescrits avec discernement , sont presque toujours les remèdes les plus puissants qu'on puisse opposer à la dysenterie épidémique , appelée par les auteurs maligne, putride, ou asthénique; 6** que les vésicatoires et les dérivatifs sont utiles dans la dysenterie chronique ; 7° enfin, que, dans des cas assez nombreux, on voit échouer les moyens les plus rationnels, tandis que les plus heureux résultats sont obtenus par une médication essentiellement empirique, à laquelle souvent le hasard peut seul conduire, et que le succès peut, seul justifier.
Un coup d'oeil , jeté de ce point de vue sur les épidémies dysentériques que nous avons énumérées, suffît pour faire ressortir la vérité de ces différentes propositions. Ainsi les évacuants, nuisibles pendant les épidémies de Londres, en 1670, de Breslaw, en 1713, de Saxe, en 1746, deFriesland,en 1779, furent très-efficaces dans celles de Gibraltar, en 1 8 1 5, de Tours, en 1826, de Bicêtre, en 1827 ; les narcotiques, favorables dans les épidémies de Friesland, en 1779, de léna, en 1795, augmentèrent les accidents, et amenèrent le délire dans celles de 1666, observée par Morton, de Kiel, en 1798. Comment expliquer l'action si promptement, si sûrement efficace, attribuée par plusieurs médecins au narcisse des prés, à l'albumine, au verre ciré d'antimoine, au jus d'écrevisse, etc.?
On chercherait en vain la raison de cette diversité d'action par l'appréciation de toutes les circonstances de la maladie , et l'on est involontairement conduit à la placer dans des phénomènes insaisissables , sans doute liés à l'importante question des constitutions médicales.
Le traitement consécutif de la dysenterie repose en grande partie sur les indications prophylactiques que nous avons établies, et nous n'avons presque rien à leur ajouter : le grand air, l'insolation , une nourriture saine et fortifiante, l'exercice à pied, à cheval , ou en voiture , selon la force des convalescents , sont les premiers moyens à employer ; selon MM. Fournier et Vaidy, un peu de café à l'eau, après le dîner, produit un bon effet dans la convalejcence de \a dysenterie chFonique. En évitant avec graad
ms
DYS
soin les impressions du froid , il est bon d'exciter les fonctions de la peau par des frictions sèches, ou des lotions avec de l'eau-de-vie camphrée. Dans tous les cas , on ne doit point cesser brusquement l'usage des moyens auxquels la maladie a paru céder.
Nature et siège. — Des théories nombreuses et très-différentes ont été émises sur la nature de la dysenterie. Cœlius Aurelianus, accordant une grande importance à cette remarque d'Hippocrate, que les dysentériques éprouvaient quelquefois de vives douleurs dans les cuisses, dans les hanches , et dans d'autres parties du corps, la crut rhumatismale (Est autem inlestinorum rheumatismus cum ulcère) ; mais cette opinion, reproduite depuis par Stoll et par Akenside («Interdum, dit ce dernier, hominem et «dysenteria et rheumatismo laborantem curavi. Imo «nonnunquam intestinorum tormina cum universi «corporis gravi dolore conjuncta noyi, prœsertira «earum partium qiiae caruosiores sunt» ) , n'a plus aujourd'hui de défenseurs. Beaucoup d'auteurs firent de Ja dysenterie une affection catarrhale. Vogel la nomma une véritable gonorrhée du rectum. P. Frank la compara à Tangine [Summa plures cfnanchis species, inter atque dj-senteriam ajjlnitas iniercedit. Epist., lib. ii, p. 2, S 691), dans laquelle, d'après la remarque de Fodéré, on observe aussi quelquefois des aphthes , des pseudo-membranes , des plaques gangreneuses. D'autres ont été jusqu'à la rapprocher du croup {Jarhh. der deutsch med. und chir., bd. m, heft. i). L'opinion de Broussais, et de tous ceux qui , depuis lui , ont fait de la dysenterie une colite, n'est donc point nouvelle, et on lit déjà dans Huxham «Vix unquam utique datur dysenteria «epidemica ubi intestina non sunt, aliquo saltem «gradu, inflammata» {Op., t. i, p. 290). Alex, de, Tralles, et , plus tard , Berends {Diss. de difjicult. întest., p. 34), ont réuni ces deux manières de voir, en faisant de la dysenterie une affection participant en même temps et du rhumatisme et du catarrhe. Degner, Zimmermann, rattachèrent tous les phénomènes à la présence de la bile corrompue par. un levain morbifique , et cette opinion a été reprise en partie par le docteur Segond , qui admet un orgasme du foie déterminant la sécrétion active d'un fluide stimulant qui augmente l'incitation qu'éprouve déjà la muqueuse intestinale (JoMr/i. hebd., 1836,n°6, p. 161-185). CuUen , Hufeland (in Journ.^ bd. i, p. 89), Bosquillon, les attribuèrent à une constriction intestinale : «Je pense, dit le premier, que la cause prochaine de la dysenterie consiste dans une constriction extraordinaire du colon , qui donne lieu en même temps à ces efforts spasmodiques que l'on aperçoit pendant les tranchées violentes, et qui, en se propageant jusqu'au rectum , y occasionnent les fréquentes selles muqueuses et le ténesme»(^/é?n. de méd. prat.^
trad. de Bosquillon ; Paris, 1787, t. ii, f. 178). Nous ne reviendrons pas sur l'opinion de Linné Jmœnit. Academ., vol. y, p. 97) qu'a renversée l'impossibilité de démontrer la présence de \acarus dysenteriœ. Huxham , donnant , d'ailleurs , au mot^èvre ce sens vague et étendu qu'il a conservé jusque versées dernières années, écrivit : «Rectius fortasse «dicerem haec fuit ipsius febris symptoma, nam ab «ipso sœpe principio, atque ante uUa tormina, haud «levis urgebat febriculosus ardor cum pulsu incita- «tiore ac lingua scabra» (0pp., t. i,p. 284). P. Frank fit remarquer que la dysenterie, comme la fièvre, offrait des rémissions et des exacerbations vers le soir , ou pendant la nuit. Roederer et Wagler (De morh.mucos., p. 28) l'appellent la fille de la fièvre intermittente. Sydenham pense que, dans la dysenr terie, des humeurs acres et enflammées contenues dans la masse de sang viennent se déposer sur les intestins au moyen des artères mésentériques. Enfin, M. le docteur Mondière (journal l'Expérience, 1839, n" 85) a pensé que dans la dysenterie le sang se dépouillait de ses principes albumineux.
Sans chercher à résoudre les difficultés qui se présentent ici , comme d'ailleurs dans la plupart des questions de pathogénie, nouspensons toutefois que si, dans quelques cas, la dysenterie peut être considérée comme une simple phlegmasie intestinale, il faut reconnaître, avec Brown ( Éléments de méd., trad. de Foiiquier, 1805 , § 669), que le plus ordinairement, et surtout à l'état épidémique , elle se lie, comme le scorbut, certaines hémorrhagies passives, l'état typhoïde, à une asthénie générale , quelquefois même, peut-être, à un véritable empoisonnement septique opéré par absorption.
Quant au siège de la dysenterie, les anciens, depuis Hippocrate jusqu'à Avicenne, l'ont placé dans le gros intestin. CœHus Aurelianus, Alexandre de Tralles, enseignèrent que les formes différentes que peut revêtir la maladie dépendaient de la portion intestinale qui était le plus spécialement affectée , et que celleci pouvait être le colon , le rectum ou l'intestin grêle. Aétius annonça que le jéjunum était souvent malade, et indiqua les symptômes auxquels on pouvait reconnaître sa lésion ( Tetvab. , cap. 43).
Panaroli paraît être le premier qui ait avancé que le gros intestin , et spécialement le colon , était le siège exclusif des ulcérations, opinion qui a été adoptée par la plupart des auteurs modernes.
«Quelques médecins, disent MM. Ghomel et Blache, ont pensé que le siège de la dysenterie n'était pas borné au gros intestin , qu'elle pouvait occuper à la fois tout le conduit intestinal , s'étendre même à l'estomac et à l'œsophage, et que les symptômes ne se prononçaient davantage vers le rectum qu'à raison de sa sensibilité plus exquise et de l'âcreté plus grande des matières
DYS
parvenues à l'extrémité du canal digestif. Mais il est évident que , dans les cas où Tinflammation s'étend au delà de son siège ordinaire , et surtout lorsqu'elle occupe l'estomac et l'œsophage , la dysenterie n'est qu'une partie de la maladie. Si , après avoir trouvé chez un dysentérique des traces d'inflammation depuis la bouche jusqu'à l'anus , on en concluait que la dysenterie occupe toutes ces parties , ou trouverait tel autre cas duquel il faudryit conclure que la gastrite ou l'angine peuvent s'étendre jusqu'au rectum» (loc. cit., p. 562 ).
Quel est l'élément anatomique le plus ordinairement affecté? L'inflammation est-elle bornée à la membrane muqueuse ? s'éiend-elle aux tuniques sousjacentes , et particulièrement à la musculaire? «Avant même, disent encore MM. Ghomel et Blache, que l'anatomie pathologique eût jugé cette question, il était permis de croire, d'après la couleur sanguinolente du mucus sécrété, que l'inflammation s'étendait au delà de la muqueuse. En effet, dans tous les autres points de l'économie , l'exhalation de mucus sanguinolent est liée à une maladie qui occupe à la fois la membrane muqueuse et un ou plusieurs des tissus sous-jacents. C'est ce qu'on observe particulièrement dans la pneumonie , et plus rarement dans la métrile, dans la cystite, dans l'entérite phlegmoneuse elle-même.»
Quel est l'élément envahi le premier? Sont -ce d'abord les follicules , puis la membrane muqueuse , ou ces deux parties en même temps? Nous renvoyons pour cette question, qu'on ne saurait résoudre d'une manière précise, aux détails dans lesquels nous sommes entrés au commencement de cet article.
Classification dans les cadres nosologiques. La dysenterie a été classée , par Hoffmann [Medic. ration, s/stem., t. iv, p. 526), dans les affections spasmodiques et convulsives (sect. n , chap. vu) ; par Sauvages, dans les flux de ventre {Nosol. méth. t. n, p. 1 72) ; par P. Frank , dans les flux mixtes (Mêd. prat.^ t. ni, p. 501); GuUen en fit un genre de sa classe des flux accompagnés de pyrexie (Élém. de méd. prat.j, t. n, p. 172); Pinel, rapprochant la dysenterie des affections catarrhales, la plaça parmi les phlegmasies des membranes muqueuses (classe ii, ordre n) ; et M. Andral [Cours de pathol. interne), ne voulant pas, par une sage réserve , se prononcer sur la nature de la maladie , l'a rangée dans les affections du tube digestif, parmi les altérations des sécrétions liquides , de la portion sous diaphragmatique du canal alimentaire (livre i, classe n, ordre i).
Historique et bibliographie. — To evTEpov
ÇuÉTai xat é}jioÛTai, xat ^(«.-/copes-at (3.[^.a.T:(ùSza. [De
diœta, lib. ni, cap. xix). Malgré cette proposition qui
définit presque la dysenterie, il est évident, comme
. BOUS l'avons dit, qu'Hippocrate réunit sous une même
dénomination la plupart des affections intestinales , et principalement la dysenterie, la diarrhée et la lienterie {De affet., cap. xkvi) : «(5'ucsvTepiviv etiam «proquavis alvi profluvio capere videtur»(Frt.s«a?co^ nom. in voce 'haivrt^iry , lib. ui) ; néanmoins, on trouve dans plusieurs parties de ses ouvrages (Jphor.^ sect. III , aphor. 1 1 -30 ; sect. vi , aphor. 3 ; sect. vu , aphor. 75 ) des passages qui s'appliquent évidemment à la maladie que nous avons appelée dysenterie^ et c'est à lui qu'il faut rapporter l'origine de cette opinion relative aux ulcérations constantes de la muqueuse intestinale, qui s'est conservée intacte pendant plusieurs siècles.
Gelse [De re medica, lib. iv, cap. xv) remplaça le mot ^uffevTspia par celui de tormina, admit l'ulcération de la muqueuse intestinale , et distingua la maladie du ténesme et de la lienterie [levitas intesiinorum).
Arétée [De caus. et sign. diuturn. , lib. n, cap. IX ) s'appliqua à indiquer les circonstances qui peuvent faire varier la nature et la quantité de l'hémorrhagie.
Cœlius Aurelianus [Morb. chron., lib. iv, cap. vi) fit remarquer que la diarrhée ou le choléra précédaient souvent la dysenterie, et rattacha à celle-ci le ténesme, comme un de ses symptômes [nos denique tenesmum dysenteriœ adjungendum probamus).
Archigènes enseigna que les intestins grêles pouvaient, comme le colon, être le siège de la dysenterie (Aétius, Tetrab. m, serm. i, cap. 43).
Galien [De loc. affect.., lib. yi, cap. n), rendant au mot dysenterie une acception générique, décrivit sous ce nom quatre espèces de maladies, dont une seule correspond à l'affection appelée termina par Gelse, et adoptant, relativement au siège, les idées d' Archigènes, recommanda de prescrire tantôt des lavements , tantôt des médicaments internes.
Alexandre de Tralles (lib. vni, cap. viii) donna le premier une description détaillée et assez exacte.
Il faut ensuite arriver jusqu'à Sydenham pour pouvoir constater un progrès dans l'étude de la dysenterie. Cet habile observateur trace un tableau fidèle et complet de la maladie , et , l'un des premiers , annonce formellement que, contrairement à l'opinion des anciens, les ulcérations n'y sont pas constantes : il préconise pour traitement l'usage de son laudanum.
Baglivi ( Prat. med., lib. i, p. 108 ) prétend que l'on trouve presque toujours , chez les malades qui ont succombé à la dysenterie , une gangrène intestinale. Il établit que la maladie est mortelle lorsqu'elle s'accompagne dès le début de nausées et de vomissements : il la distingue des hémorrhoïdes , en disant que, dans celles-ci, le sang est toujours évacué avant
DYS
DYS
les fèces , et proclame l'ipécacuanha un remède spécifique infaillible.
Morgagni (Z>e sedib. et caus. morb., litt. ixxi) s'efforce de prouver que les ulcérations de la muqueuse, beaucoup plus fréquentes d'ailleurs dans le colon que dans les intestins grêles, ne se rencontrent pas constamment chez les dysentériques , ainsi que l'avait déjà annoncé Sydenham , et il signale l'hypertrophie mamelonée et les corps charnus adipeux qui font quelquefois saillie dans la cavité de l'intestin , et qu'on a désignés depuis sous le nom de bosselures,
Lieutaud {Ess. de méd. prat., t. i, p. 477) établit , avec Baillou , trois espèces de flux sangants , le dysentérique , le mésentérique et l'hépatique : ses descriptions sont insuffisantes et sans portée scientifique.
Ici commence une ère nouvelle , ère brillante et féconde , qu'ouvrent Zimmermann et Pringle. Le premier ( Fon der Ruhr unler dem Volke , Zurich , 1767), par la clarté de ses descriptions , la sagesse de son appréciation , ramène l'étude de la dysenterie à son véritable but; le second {Observations on the diseases ofthe arnif, London, 1772) jette un nouveau jour sur la dysenterie épidémique, cherche à établir, par des faits assez nombreux, sa nature contagieuse, et donne pour son traitement les plus sages préceptes.
Pinel (Nosographie philosophique), coordonnant les nombreux matériaux amassés par ses prédécesseurs, place la dysenterie dans les phlegmasies des membranes muqueuses, rejette tout ce que les anciennes divisions avaient d'obscur, et réduit les espèces , autrefois si nombreuses , à quelques formes principales bien caractérisées. Son ouvrage guide la plupart des auteurs qui, à cette époque, entreprennent sur la matière des recherches qui , en éclairant l'étiologie, la symptomatologie ou la thérapeutique de la dysenterie , laissent en arrière, il faut le dire , un des points les plus importants de son étude. C'est à MM. Guéretin [Mém. sur la dyt. épidém. de Maineet-Loire; Ârch. gén. de méd., t. vu, 2® série, p. 51 ), Thomas {Recherches sur la dysenterie; Arch. génér. de méd., t. vu, 2® série, p. 455), et Gély [Essai sur les altérations analomiques qui constituent spécialement Vélat dysentérique) .^ qu'on doit de posséder aujourd'hui, sur les altérations anatomiques liées à la dysenterie , des connaissances en rapport avec le caractère que l'école anatomopathologique a imprimé aux travaux de la science.
Dans ce court résumé historique nous n'avons cherché qu'à établir quelques jalons dans le vaste champ que nous avons à parcourir, car en présence des écrits qui ont été publiés sur la matière , et qui, par leur nombre , et en n'envisageant qu'un point
plus ou moins circonscrit de la question , ne peuvent trouver place dans une histoire bibliographique générale et analytique , nous nous sommes vus forcés , malgré nous, et contre notre habitude, de dresser une liste indispensable, malgré sa stérilité, à tous ceux qui aiment à approfondir un sujet.
Toutefois , pour apporter quelque méthode dans cette énumération , et pour faciliter les recherches auxquelles elle doit servir, nous indiquerons par ordre chronologique, et en les rapportant aux divisions que nous suivons dans l'étude des maladies, les principaux ouvrages qui ont été publiés sur la dysenterie.
A. Symptômes, formes, variétés, complications de la dysenterie.— Parmi les auteurs qui ont envisagé la dysenterie spécialement sous ce point de vue , nous devons citer : Vesti ( Diss. de dys. castrensi, Erfurt, 1704); Alberti [Diss. de dys.cum petechiis et purpura complicata. Halle, 1718); Gruber ( Diss. de fehre acuta epidem,. exanthematico-dysenterica, Bâle, 1 747); Triller ( De dys. sine dolore, Francfort, 1766) ; Moseder ( Diss. de dysent. quam excepit aphonia , Strasbourg , 1 775); Barbou {Diss. de dysent. contag. prœcipuè quœ inindiis Oriental, observata, Leyde, 1788); Tempel ( Diss. de arthritide ejusque cum dysent. connubio, Erfurt, 1796); Hunter {Obs. on the diseas. ofthe army in Jamaica, Londres, 1796); Y\\\\x%{Diss. de compile, dys febrilibus, Vitemberg, 1 797); Déplace {Considér. sur la dysent. des pays chauds, Paris, 1800); fleury {Essai sur la dysent., sur sa fréquence à bord des navires, Paris, 1803); Desjardins (Z>m. sur la dysent. considérée plus particulièrement chez les marins, Paris, 1813); Leroy {Diss. sur la dysent. bilieuse, Leyde, 1816); Robertson (/?/**. de dys. regionum calidarum, Édimb., 1817 ); Bamfield ( Treat. on tropical and scorh. dysenterf, Londres, 1817); Rutherford ( De dysent. Bataviœ orientalis, etc., Édimb, 1818); L. Franck (/>e peste, dysenteria et ophthalm. JEgypt., Vindoboviae , 1820 ); O'Brien {Obs. on the acute and chronic dysentery oflreland, Londres, 1822 ); Ballingall ( Pract. obs. on fever and dysentery in India, Édimb., 1823); L atham ( ^ccoîtnf ofthe disease ofpenitentiary, Londres, 1825); Annesley and Copland {Researches into the caus. nat. and treatm. of diseases of India, Londres, 1828); Annesley {Sketches of the most prcval. diseases of India, Lonires, 1831).
B. Épidémies. — Un grand nombre d'épidémies ont été décrites isolément, et la connaissance de ces monographies pouvant seule conduire à une idée générale et exacte de cette importante forme de la maladie , nous indiquerons : De Lamonnière ( Obs. flux, dysent. Lugduni 1625 grassantis, Lyon,
DYS
1626); Dolfink (Diss. de dys. malign. nrhem Vinariensem depopulante, lena, 1672 ); Barbeck [De dys. anno superiore 1676 chitati hulc epidem., Duisbourg, 1678); Wepfer {Disx. de disent, prœcipue malign. quœ 1702 in Clevia grassata est, Duisbourg, 1703); Hoffmann (/>/.«. de dysent. ann. 1726 epidemica. Halle, 1727); Juncker ( Diss. de dfsent. pannonica. Halle, 1 732 ) ; BQchner ( Diss. de singulari quad. Indorum oriental, dysenteria. Halle 1751 ); Gleghorn [Obs. on ihe diseases of Minorca , Londres, 1751 ) ; Vandorpe ( Essai sur la dysent. qui a régné en Flandre, Courtray, 1 755); Baker ( Diss. de catarrh. et dysent. Londinensis epidemicis, Londres, 1764); Tissot {Lettre à Zimmermann sur l'épidémie courante, Lausanne, 1765 ); Mertens (Diss. de dysent. Fiennœ 1763 epidem.., observaia. Vienne, 1766); Rodtsperger (/>/.? .y. de dysent. Tyrnaviensi ann. i775 epidem.., Tymaviae, 1 775) ; De Tennetar ( Lettre sur les flux dysent. épidém. en Lorraine, 1777); Vetillard ( Hist. des malad. dysent. dans la province du Maine, Le Mans, 1779); Van-Ghert {De dysent. quœ grassata fuit Bredœ 1780, Rotterdam, 1780); Kniking {Diss. de dysent. quœ anno 1779 laie grassata est, Duisbourg, 1 780); Geach {Some observ. on ihe présent epidem. dysent., Londres, 1 781 ) ; Moseley {Obseri>, on the dysent. of west Indies, Londres, 1781); Schœnmezel {Diss. de dysent. annis 1779- 1781 epidem., Heidelberg , 1782); Kragenhof {Descriptio dysent. Neomagensis, anno 1783, Hardewick, 1784); Montgarny {Hist. méd. pratique du flux dysent. appelé Courée prussienne., Verdun, 1 793); ivi^nAi{Beobacht. einer Ruhrepid in Meiningischen, Riga, 1 794) ; Himly ( Obs. circa epidem. hujus anni dysent., Gôttingue, 1794); Pauli ( Geschichte der Ruhrepid zu Mainz in Sommer, 1793, Erfurt, 1795 ); Pfenninger und Staub ( Fon den in Zurich Ruhrepidem 1791, Bregenz, 1 796); Vfthtv{Einige Erfahrungen ueber dieBehandl der jetztigen Ruhrepid, Kiel, 1798); Zinke ( Bemerkungen ueber die diesjdhrige Ruhrepid., léna , 1801); Eckner {Beitrag zur Geschichte der Ruhr im Jahre 1800, Gotha, 1801); Dewar ((7(5*erc. on diarrh. and dysentery as the appeared in the british army, during the campain in Egypt., Londres, 1803); Taillefer ( Diss. sur la dysent. observ. dans les pays chauds, Paris, 1807 ); Duquesnil { Rech. sur la dys. suivies de l'hist. d'une épidém. obs. en Portugal, etc., Paris, 1811 ); Pisani ( Sloria délia dissent, nello spedale milit. di Mantova, Milano, 1813); Bigeon [Inst. sommaire sur les causes et le trait, de la dysent. épidém. dans l'arrond. de Dinan, Dioan, 1815); Von Dillenius {Beobacht.
ueber die Ruhr welche im Russische Feldzuge 1812 herrschte, Ludwisburg , 1817); Cheyne {Med. reposit. of the ff^hitcvoth hospital, etc., Dublin , 1 821 ); Hornberk ( Annot in dysent. cum descript. epidem. navalis hujuj morb. in India occident, obs. Kopenhagen, 1825 ).
G. Éiiologie. — L'obscurité qui environne encore la pathogénie de la dysenterie n'a point permis aux auteurs d'entrer dan$ de longs développements à cet égard,et nous n'avons à placer ici qu' un très-petit nombre d'ouvrages , dans lesquels on a cherché à apprécier l'influence d'un modificateur donné. Nous citerons ceux de Buchner {Diss. de cautius defendendafruct. horœorum in producenda dysent. innocentia , Halle, 1 766) ; Haunes {Die Unschuld des Obstes in Erzeugung der Ruhr, Wesel , 1766); Sébastian {Diss. de causa dysent. verminosœ, Duisbourg, 1784 ); Kreyssig {Diss. de peculiaris in dysent. epid.miasmatis,etc., Vitemberg, 1 799); Hoffmann {Diss. de dysenteriœ causa, Francfort, 1801); Grellet ( Rech. sur quelques causes de la dysenterie, Paris, 1806 ); Johnson {Essay on the influence of tropical climates on European constitution, Londres, 1813).
D. Traitement. — Les indications générales qui doivent diriger le médecin dans le traitement de la dysenterie sont appréciées par chaque auteur suivant ses opinions, et exposées dans tous les livres qui traitent de cette maladie. Nous ne devons rappeler ici que les monographies consacrées à déterminer la valeur d'une médication spéciale et considérée en elle-même ; et sous ce point de vue nous signalerons celles de Lopel {Ergo dysent. opium, Paris, 1666) ; Ellain {Ergo dysent. phlebotomia, Paris, 1670); Marais {Ergo dysent. affection, radix brasiliensis, Paris, 1690); Leibnitz {Relatio de novo antidysenterico americano , Hanovre , 1696) ; Quartier {yin incipienti dys. prœstantim ab astringentibus aut emeticis quam a venœ sectionè remedium, Paris, 1703); de Jussieu {An ininve^ teratis ahi fluxibus simarouba, Paris, 1730); Water {Diss. de ipecacoanhas virtutc fehrif. et antidysenterica, Wittemberg, 1 732) ; Overkampf {Diss. de remed. speciflc. in specie de simarouba, Virceb, 1742); Kniphof {Diss. corticis peruv. succedean. qnorundam examen, Erford , 1744); Schonen {Relat. von der Cur der rothen Ruhr durch das pharm. spécifie, polychrestum, Franckfort, 1744) ; Desbois {Diss. an dysent. ipecacoanha,?a.ns^ 1745); Crell {Diss. de cortice simarouba, ^dva^i, 1746); Vogel {Diss. de dysent. curationibus antiquis, Gottingue, 1765); Linné {Diss. de viola ipecac, Upsal, 1774); Hunier {Ergo dysent. anodina, Paris, 1775); Maret {Mémoire pour servir au traité de la dysent.^
DYS
DYS
Dijon, 1/79); Fothergill (On the cure of fluxes by small doses ofipecac, Londres, 1 780) ; Martinet {Expér. nouvelles sur les propriétés de l'alcali volatilj Paris, 1780); Dunker (Ne nonnul. prejudiciis et abusibus circa disent, curani vi~ tandis j Duisbourg, 1782); Guillemin {Diss. an djsent. anodinuj Nancy, 1782); Fowler {Med. reports of the effects oftabac,co, etc.j, Londres, 1785);Wade (Select évidences of a successful method of treating fewer and dysentery in Bengale Londres, 1791); Banning: (Uebcr die Schàdlichkeit des Mohnsaftes in der Ruhrj Neuwied , 1794) ;Shaunon (Pract. ohserv.on the prévention and cure of diseases in hot cUma1.es ^ Londres, 1 794); Brande (Esper. and observ. on the angustura bark, Londres, 1 795) ; Leidenfrost (De usu opii et mercurii in dysenteria^, Erfurt, 1795); Hesse [Disquisil. circa usum evacuantium in dysent., lena, 1800); Rother (Diss. de animonio hydrolkiodcj, Halle, 1801) ; Wuestney [Die wohlthdtigen ff^irkungen der Saûren^ Leipzig, 1806); Anderson (Journal of the establishment of nopal and tuna for prévention and cure, of dysent.. Madras, 1808); Thomson (De la dysent. et des effets du mercure^ Paris, 1815); Somer (Medic. suggestions for the treaim of dysentery, Londres, 1816).
E. Histoire générale. — Sans rappeler les traités généraux de pathologie interne dans le cadre desquels la dysenterie a dû trouver place, et que nous avons eu occasion de citer dans le courant de notre article, nous n'indiquerons ici que les monographies qui, ayant été exclusivement consacrées à Tétude de cette maladie , ont permis à leurs auteurs d'entrer dans de plus longs développements. Les plus remarquables sont celles de Buonacossa (De affectu quem Grœci $u;i^-tfiay, Latini tormina appellant ^ Bologne, 1555); Spehrer (Bericht von der rothen JRuhrj 1594); Guargantt (Responsa varia et in primis de dysent., Venise, 1613); Gramann (Bericht von der iveiss. und rothen Ruhr, Haberstadt, 1 61 7) ; Hahn ( Von der rothen Ruhr, flildesheim , 1622); Lepois (Diss. de la nature, causes et remèdes des maladies populaires, etc., Pont-à- Mousson, 1623); lAdLhmdhr (Diss . de dysent. malign. epid., Tubinge, 1660); ichmck(Diss. de dysent. veter. et récent, principiis illustrata, lena 1 664) ; Cockburn (Profluvia ventris or the nature of loosenesses discover, Londres, 1701); Stahl (Diss. de dysenteria. Halle , 1 706) ; Richter (Diss. de fluxu ventris dysent., Gôttingue, 1 742) ; Strack (Tentam. medic. de dysent., etc., Mayence , 1 760) ; Akenside (Commentarias de dysent., Londres, 1 764); Akermann(/>e dysent. antiquitatibus , Lcipz.j 1777); MursiQna({^e6er /?«/«/• und Faulfie-
ber, Berlin 1 780); Boehmer (Diss. de morb. dys.^ Halle , 1 782); Birnstiel (Diss. de dysent., Manheim, 1 786) ; Durondeau (Traité de la dysent., Bruxelles, 1 788) ;Young(Z>i5,y.û'efl[;,yenf.^ Edimbourg, 1789); Van Boeregen ( Ferhandelingen over de roode koorts en /•cio^/e/ooyo,Dendermonde, 1790); Sharp, (Diss. de dysent., Êdimb., 1794); Engelhard ( Ueber die Ruhr, Winterthur, 1797); Hunnius ( Abliandl. ueber die Ursachen und Heilung der Ruhr , léna , 1 797 ); Vogler ( Von der Ruhr, Giessen , 1797) ; Fisher (On that grade ofthe intestin. State offewer known by the name of dysentery, Philadelphie , 1797 ); Mackensie (Diss. on dysentery, Philadelphie, 1 797) ; Martini (Diss. de dysenter. natura. etc. , léna, 1798) , Rademacher ( Libellus de dysenteria, Cologne, 1806); Horn versuch ueber die Natur und Heilung der Ruhr , Erfurt, 1806 j; Montalto ( Teoria délia disent.. Gênes , 1819 ); Vigues ( Traité complet de la dysenterie, etc. , Paris, 1825 ).
Nous ne pensons pas devoir revenir sur l'indication des journaux de médecine français et étrangers dans lesquels la dysenterie a été l'objet de mémoires plus ou moins importants , et nous terminerons en rappelant que l'on trouve un exposé assez complet de l'état de la science dans les dictionnaires et dans les différentes publications analogues : parmi les articles qui y ont été consacrés à la dysenterie , celui de MM. Fournier et Vaidy ( Dict. des sciences médicales)., malgré son ancienneté et les défauts de sa disposition , est encore un des plus remarquables ; et, comme nous Tavons montré , le médecin y trouvera des avis plein de sagesse et de saine appréciation. Ceux de MM. Roche ( Dict. de méd. et de chirurg. prat. ) et de J. Copland (Dict. of pract. med. ) se recommandent égalemeut par un bon esprit d'analyse ; enfin celui de Naumann ( Handb der med. Klinik) se fait pardonner ses nombreux défauts par la richesse de son érudition.
DYSMÉNORRHÉE, s. f. , dérivé de (Tu;, difficilement, et de u.r,v, p.r,vGç, mois, et de p=o), je coule ; écoulement difficile des règles.
Synonymie. — Menstruation diffcde, strangurie menstruelle. Fr. — Dysmenorrhcea, Linné, Vogel, S3igàT;amenorrhœa, Vogel; menorrhagia diffi' cilis, menorrhagia stillatitia , Sauvages; amenorrhœa diffcilis, (j\A\tn; paramenia difficilis, Good; dysmenia, amenhorrœa partialis, menstrua diffcilis, dolorosa. — Menstruazione difficile. Ital. — Menstruacion dificil. Espag. — Difficult menstruation, painful menstruation. Angl. • — ■ Beschiverliche monatUche reinigung. Ali.
On donne le nom de dysménorrhée à un trouble de la menstruation , qui consiste en ce que l'éruption des règles est douloureuse et ne semble se faire qu'avec
DYS
DYS
difficulté; quelquefois la quantité de sang n'est pas encore sensiblement diminuée ; dans d'autres cas , l'écoulement ne se fait plus que goutte à goutte. La dénomination de strangnrie menstruelle , employée par quelques auteurs , peint très-bien ce genre de perturbation de la fonction menstruelle. Les menstrues peuvent revenir aux époques ordinaires et avec la plus grande régularité; mais pendant les jours qui précèdent l'écoulement, ou pendant sa durée, des symptômes locaux se manifestent : tels sont la douleur, la sensibilité de l'hypochondre , du bas-ventre , une chaleur incommode vers les parties , des douleurs dans les lombes, les cuisses, etc. ; les malades accusent aussi du malaise , de la courbature , un peu de fièvre ; des accès de névralgie , des migraines surviennent. On voit figurer parmi les symptômes de la dysménorrhée tous ceux que nous avons signalés à l'article Aménorrhée , dont elle n'est le plus souvent que le premier degré.
On trouve décrites séparément dans plus d'un ou- Trage là dysménorrhée et l'aménorrhée. Nous avons déjà fait remarquer, en parlant de cette dernière maladie, que les mêmes causes peuvent donner lieu à l'un et à l'autre dérangement des règles. Il est temps, enfin , de ne plus suivre les vieux errements lorsqu'ils tendent à introduire une confusion fâcheuse dans la nosographie, et il serait ridicule aujourd'hui de décrire à part toutes les modifications que peut subir un symptôme pour en faire autant de maladies distinctes. Les causes , les symptômes , le traitement de la dysménorrhée , sont absolument les mêmes que ceux de l'aménorrhée : c'est donc à la description de cette maladie qu'il faut recourir si l'on veut prendre une juste idée de la dysménorrhée. Toutefois rappelons , en terminant, que les trois grandes divisions que nous avons admises dans l'étude de l'aménorrhée sont fondamentales, et que si le praticien veut asseoir sur une base solide la thérapeutique de la suppression ainsi que de la difficulté des règles, il importe qu'il sache reconnaître 1° si l'aménorrhée ou la dysménorrhée sont constitutionnelles, c'est-à-dire dépendantes d'un état général de la constitution ; 2° si elles se rattachent à une cause locale ayant son siège dans l'utérus; Z9 ou, enfin, à une lésion locale placée dans un viscère ou dans un tissu de l'économie ( voy. Aménorrhée du Compendium , t. i , p. 54 ).
DYSPEPSIE, s. f., dérivé de ^uç, difficilement, et de 77£i|/i? , coction.
Dénominations françaises et étrangères. — Difficulté, dépravation de la digestion, dyspepsie, bradfpepsie, indigestion. Fr. — ÀTrsiJ/ia, êpa^uwsiia, é'uGTrstLia. Gr. — Concoctio tarda^ indigestio, cruditas. Lat. — Indigestione. Ital. — Indigestion. Esp. — Indigestion, bad digestion, the bile. Angl. — Vcble Vcrdanung , UnverdduJichleit,
schwere Verdauung. AU. — Onverduweljkheid. Holl. — Ufordôieligheid. Dan. — • Osmâltlighet. Suéd.
Synonymie suivant les auteurs. — k-ati^ia., êpa- ^uTTEi^ta, <yuff7i:£i];ta, Hippocrate, Galien, Athénée; crwditas, concoctio tarda, slomadii resolutio, Cehe; passio stomachica, Cœlius Aurelianus ; rfj^^ep^m, Vogel, Cullen, Parry, Swediaur; a/?e/?5/a^ Togel; anorexia. Sauvages, Linné, Sagar; cardialgia. Sauvages, Linné , Vogel , Sagar; gastrodinia. Sauvages, Sagar; soda, Linné, Vogel; cordilœa, Plater ; nausea,flatulentia, Sauvages , Linné , Vogel, Sagar ; //mo*/5 dyspepsia, Good ; dyspepsia simplex, Young; hradypepsia, cardialgia, bradypepta, Sauvages.
Définition.— Çit mot, qui, d'après son étymologie, devrait servir uniquement à exprimer la lenteur et la difficulté de la digestion, a été employé dans des sens si différents par les auteurs, qu'il a perdu toute signification rigoureuse en séméiologie. Comment pourrait -il en être autrement, puisque la lenteur et la difficulté des digestions peuvent tenir à des causes très-diverses , et s'accompagner d'une foule de symptômes variables qui procèdent de lésions, et de troubles fonctionnels très - différents ? Aussi , tandis que tel auteur désigne par dyspepsie la digestion difficile, ou le séjour trop long des aliments dans l'estomac ( Cullen, Pinel ), un autre étend cette dénomination à tous les troubles qui peuvent survenir pendant la chymificalion (Bouchet de Lyon); un troisième y voit une réunion de symptômes propres à presque toutes les affections de l'estomac soit idiopathiques soit sympathiques. Il en est qui ne veulent comprendre sous ce nom qu'une simple exaltation de la sensibilité sans douleur, et qui la considèrent comme le signe des névroses gastriques (Barras), etc. En présence de significations si variées d'un même terme, que doit faire le médecin jaloux de rendre quelque précision aux mots dont se compose la langue dont il se sert ? 11 doit ou l'effacer entièrement, ou lui assigner une valeur bien déterminée, si toutefois il y a nécessité pour lui à le conserver dans le vocabulaire médical. Envisagé sous l'un ou l'autre de ces points de vue, le mot dyspepsie ne nous paraît plus avoir aucune espèce d'utilité ; et , comme il ne doit plus exprimer aujourd'hui qu'une simple lenteur ou difficulté de la digestion, pourquoi ne pas se servir de ces expressions pour rendre un symptôme qui se présente dans une foule de maladies ? Toutefois l'on pourrait consacrer le mot dyspepsie pour désigner la difficulté que la chymification éprouve, quand il y a atonie, asthénie de l'organe, excès ou dépravation de sa fonction, ainsi que l'établissent MM. Fournier et Kergaradec dans leur article Dyspepsie (Z>/cf. ûfcj sciences méd.)^ et lorsque ces
DYS
troubles ne se rattachent pas à une lésion appréciable, on peut dire qu'il y a dyspepsie idiopathique par faiblesse ou asthénique. Us admettent en outre une dyspepsie par surexcitation , et une troisième par dépravation, comme dans les névroses de l'estomac. M. Dalmas décrit , à l'article Affection nerveuse DE l'estoma^c {Dict. de méd.^ 2* édit., p. 378), une dyspepsie simple, une asthénique, et une par altération du suc gastrique; dans la dernière , il y a vice dans la sécrétion, et par suite dans la nature des liquides sécrétés. Bosquillon a très-bien étudié ces trois formes de dyspepsie idiopathique (in Élém. de méd. prat., Gullen, trad. par Bosquillon, t. u, p. 382 ; Par., 1 8 1 9\ La dyspepsie asthénique, celle par surexcitation etpar altération du sucgastrique, peuvent se manifester dans des circonstances très-différentes, soit à la suite d'un état général (asthénie, chlorose, hémorrhagie, administration de l'opium, etc.), soit par suite d'an état local (abstinence, insuffisance des aliments, toutes les névroses et affections commençantes de l'estomac, altération du suc gastrique).
Divisions. — Faut-il dans un traité de médecine tout à fait moderne consacrer encore plusieurs pages à la description des diverses formes de dyspepsie, et le temps n'est-il pas enfin venu de faire justice de toutes ces distinctions scholastiques? Cette dernière question nous semble devoir être résolue par l'affirmative. Nous voulons cependant exposer succinctement les maladies diverses que les nosographes décrivent sous le nom de djspepsie.SAas doute l'esprit de notre livre nous force à tenir un compte exact des travaux des médecins; mais l'exigence de notre position ne doit pas aller jusqu'à nous contraindre de donner une grande place à des distinctions subtiles et sans utilité pour la science. Aussi allons-nous seulement énumérer les espèces de dyspepsie admises par les auteurs, afin que le praticien voie bien clairement que ce symptôme appartient à des maladies dont le siège est dans l'estomac ou d'autres organes , et constitue très-rarement à lui seul une véritable maladie. Pour rendre complète la démonstration de cette vérité, nous passerons rapidement en revue les diverses formes de dyspepsie inscrites dans la Nosographie de Sauvages et de Cullen. On verra ainsi dans quelles circonstances pathologiques naît ce symptôme, et nous n'aurons plus à indiquer que très - sommairement les diverses formes de dyspepsie.
Galien considérait la dyspepsie comme une altération de la digestion donnant lieu à la dépravation des aliments. La dénomination de bradfpepsie, formée de êpaiîuî , lent , et TTE'^t; , coction, digestion, n'a pas un sens très-différent de dyspepsie; cependant EtmuUer les distingue l'une de l'autre : la première est pour lui ce trouble de la digestion qui amène la dé-
— 122 — DYS
pravation des aliments ; la seconde est la lenteur et la difficulté de la digestion.
Sauvages appelle bradypepsie l'affection dans laquelle les malades sont dépourvus d'appétit, accusent un sentiment de poids et de constriction dans l'estomac, et des douleurs qui augmentent par l'ingestion d'aliments difficiles à digérer, ou à la suite d'écarts de régime.
Sauvages, divisant et subdivisant son sujet à l'i»fini, conformément à son rôle de nosographe, a véritablement introduit une confusion déplorable dans l'emploi du mot que nous étudions. L'anorexie, la cardialgie, la gastrodynie, le vomissement, la flatulence, forment daus son ouvrage autant de genres séparés. Bien qu'il ait fait de grands efforts pour établir des caractères différentiels entre toutes ces maladies, il n'y est presquejamaisparvenu.il s'efforce, par exemple, de distinguer la cardialgie de la gastrodynie; la première {morsus ventriculi) est « une sensation incommode et désagréable que l'on rapporte à l'estomac, et qui menace de syncope»; tandis que dans la gastrodynie le malade sent une douleur atroce à l'estomac (Nosol. mét/wd.; Paris, 1777, in-8'', p. 493). Gomment s'étonner ensuite que la description de la dyspepsie se retrouve çà et là dans les articles consacrés à la gastrodynie, à la cardialgie, à la nausée , à l'anorexie , à la flatulence , qui constituent autant de genres distincts? Ces symptômes, en effet, n'accompagnent- ils pas souvent la dyspepsie? L'on n'a qu'à parcourir les causes et les symptômes assignés par Sauvages à chacune d'elles , et l'on verra combien les points de contact sont nombreux lors même que l'identité n'est pas complète.
Gullen, prenant la dénomination de dyspepsie créée par Vogel dans un sens plus étendu , s'exprime dans les termes suivants : « Le défaut d'appétit, le dégoût, le vomissement qui survient quelquefois , les distensions subites et passagères de l'estomac, les rapports de différents genres, une chaleur brûlante vers le cœur, des douleurs dans la région de l'estomac, et la constipation, sont des symptômes qui se rencontrent fréquemment chez la même personne, et que l'on peut, en conséquence, présumer dépendre d'une seule et même cause prochaine. G'est pourquoi l'on peut les considérer sous ces deux points de vue comme une seule et même maladie, à laquelle nous avons donné le nom de dyspepsie» (^Eléments de méd. prat,^ trad. par Bosquillon, rev. par Delens, t. it, p. 377, 1819). Dans les réflexions qui suivent cette définition de la maladie , Gullen fait observer qu'elle est souvent une affection secondaire et symptomatique; que les symptômes que nous avons décrits plus haut se trouvent parfois joints à d'autres: c'est , dit-il , ce qui a donné lieu à une description très-confuse et
DYS
très-indéterminée de cette affection sous le titre général de maladies nerveuses. Culleu ajoute aux autres signes de la dyspepsie quelques-uns de ceux qui appartiennent à l'hypochondrie, et qui se retrouvent également dans la première affection. Il ne décrit, du reste, sous le nom de dyspepsie, que celle qui est causée et entretenue par la faiblesse, la perte de ton , l'action plus faible des fibres de l'estomac, il fait remarquer qu'elle peut dépendre d'une affection organique de l'estomac, ou d'un autre viscère.
On voit, d'après ce qui précède, que Cullen embrasse sous le nom de dyspepsie toutes les maladies nerveuses de l'estomac. M. Barras l'emploie pour désigner l'exaltation de la sensibilité, sans douleur, des organes digestifs; c'est pour lui le premier degré de plusieurs névroses gastro-intestinales {Traité sur les gastralgies et les entéralgies, p. 361, 3^ édit., in-8°; Paris, 1829.)
MM. Fournier et Kergaradec rangent toutes les causes de. dyspepsie dans les trois grandes divisions suivantes : 1" dyspepsie produite par une lésion physique, comme la hernie, la compression de l'estomac par une tumeur, etc.-, 2° dyspepsie déterminée par une affection organique, telle que le cancer ; 3° dyspepsie qui consiste en une simple lésion vitale des fonctions de l'estomac ; ces troubles fonctionnels peuvent dépendre, 1° de l'atonie du viscère , 2° d'un excès d'action , 3" de la perversion ou aberration de la sensibilité de l'organe. Ces trois ordres de causes représentent trèsbien les diverses conditions morbides qui donnent lieu à la dyspepsie ; ils ont aussi l'avantage de montrer le mode de production des symptômes , et leur origine différente. Les deux premières divisions comprennent la dyspepsie symptomatique ; la troisième la dyspepsie idiopalhique, et celle appelée par quelques auteurs sympathique ou symptomatique. Les causes agissent pour produire l'une ou l'autre de ces affections ; 1° en modifiant l'activité de l'estomac qui diminue (dyspepsie asthénique) ou augmente; 2° en pervertissant sa fonction ; nous croyons devoir nous arrêter à ces dernières divisions, et décrire rapidement J une dyspepsie idiopathique , B une dyspepsie symptomatique.
1° Dyspepsie idiopathique. — Les symptômes qui lui sont propres sont assez variables, et, comme ils procèdent, ainsi que nous venons de le voir, tantôt d'une augmentation, tantôt d'une diminution, ou enfin de la perversion des fonctions digestives, on doit s'attendre à rencontrer des différences assez nombreuses. Ordinairement les malades disent qu'ils ont l'estomac capricieux. En effet, l'appétit est conservé, ou plus vif que d'habitude, les digestions sont faciles ; puis, quelques jours après, l'appétit diminue, ou cesse entièrement; les digestions lentes et pénibles s'accompagnent de malaise, de pesanteur, d'auxiétés à
\n — DYS
la région épigastrique, de nausées, de renvois, de borborygmes; des gaz sont exhalés à la surface du tube digestif après chaque repas. La respiration est gênée; une chaleur erratique occupe différents points du corps. Parfois aussi aux symptômes précédents viennent s'en ajouter d'autres qui ont fait donner de nouveaux noms à la maladie. Si l'affection devient douloureuse, et qu'une sensation incommode se porte du cardia vers l'œsophage avec menace de syncope, on dit qu'il y a cardialgie; la gastrodynie est aussi une douleur de l'estomac, mais elle est fixe, et ne provoque pas la syncope (Sauvages).
Cet état ne peut durer un certain temps sans réagir bientôt sur tout l'organisme : l'abattement, le découragement, la faiblesse générale, la surexcitation de tout l'appareil sensitif , et tous les symptômes de l'hypochondrie, ne tardent pas à se manifester; aussi tous les auteurs qui décrivent la dyspepsie comme une maladie à part mettent-ils, au nombre des accidents qui en résultent, l'amaigrissement, l'abattement physique et moral , la mélancolie , etc. Mais c'est assez parler de symptômes qui se trouveront décrits à l'article Gastralgie , et dont nous ne voulons pas , d'ailleurs, former un groupe informe qui ne serait composé que de parties hétérogènes.
Outre les symptômes communs à toutes les dyspepsies idiopathiques, il en est quelques-uns qui sont propres à chacune d'elles. On peut en former trois grands classes qui correspondent aux trois modifications morbides des fonctions de l'estomac que nous avons admises avec MM. Fournier et Kergaradec. Faisons aussi remarquer que le point de départ de la modification nerveuse est très-variable.
A. Dyspepsie idiopathique par surexcitation nerveuse de l'estomac. — Elle est beaucoup plus rare qu'on ne l'a dit ; cependant , on est forcé d'admettre qu'au début de certaines névrose^ de l'estomac , les tuniques de ce viscère se contractent avec énergie. Dès lors, il doit en résulter un trouble notable dans la chymification et dans les divers actes dont l'estomac est chargé ; souvent il se débarrasse par le vomissement des matières contenues dans sa cavité (vomis^ sèment nerveux).
B. Dyspepsie idiopathique par atonie de l'estomac; dyspepsie asthénique des auteurs. — Elle semble entièrement produite par faiblesse de l'estomac qui ne peut accomplir que très-imparfaitement sa fonction.
Les symptômes de cette dyspepsie sont l'anorexie plus ou moins complète, l'adypsie, la pesanteur de l'estomac. M. Dalmas met encore au nombre des symptômes la décoloration des lèvres, la pâleur, l'anémie des malades ; mais il faut que les troubles apportés dans la nutrition par l'asthénie de l'estomac aient existé de-
DYS
puis quelque temps pour produire ces effets ; ils nous paraissent plutôt provenir de la même cause qui détermine l'asthénie de l'estomac ( anémie , diète prolongée , hémorrhagies , etc.).
Sauvages donne le nom de cardialgia, bradfpepsiacanUlea^k la dyspepsie asthénique accompagnée de douleurs violentes; celui de gastrodynia periodynia lorsque les douleurs sont plus violentes pendant le temps de la digestion , et qu'il existe des mouvements convulsifs de l'estomac et des intestins ; h gastrodjrnia aslringens est marquée par le malaise, la constipation, la chaleur générale, surtout des extrémités, la rougeur du visage, la fréquence du pouls. La gastrodfnia atterens diffère de la précédente par le froid des extrémités ou par la gêne de la respiration. Il nous suffira une fois pour toutes d'avoir donné un exemple qui prouve le vice de ces dénominations imposées à des symptômes combinés de diverses manières.
La cause de la dyspepsie asthénique réside dans l'estomac (Z?j. asth. idiopalhique) ou dans une modification générale de l'économie (/>/. asth. sj-mptomatîque de quelques auteurs , et sympathique suivant d'autres). Au nombre des causes de la première espèce figurent l'usage trop longtemps prolongé des boissons aqueuses, mucilagineuses, d'aliments féculents, la diète, l'abstinence de toute boisson excitante, la faiblesse amenée par les progrès de l'âge, et encore cette cause semble-t-elle plutôt rentrer dans les causes de la deuxième espèce. Celle-ci comprend les influences générales qui agissent sur tous les tissus , telles sont, par exemple, l'habitation dans un lieu humide, mal aéré, privé de rayons solaires, une nourriture insuffisante ou mauvaise, l'abus des bains, les travaux excessifs de l'esprit et du corps, les veilles, les excès vénériens , les évacuations abondantes, les flux, les hémorrhagies (Marshall , Hall) , les règles immodérées, les flueurs blanches, etc., etc. Que la cause ait agi sur tout le corps ou sur l'estomac seulement , ce qui est rare , le mode d'action reste le même : c'est toujours en débilitant le viscère.
G. Dyspepsie idiopatkique par perversion des fonctions de l'estomac. — Aux symptômes ordinaires delà dyspepsie tels que l'anorexie, la nausée, la sensation de pesanteur à l'épigastre, la constipalion, etc. , viennent s'en ajouter d'autres qui résultent de la perversion de l'innervation gastrique : ce sont les nausées, les vomissements, la douleur sous forme de gastrodynie, de cardialgie, de gastralgie , un appétit déréglé (^ica^ malacia) , excessif (^o«limie)., la pneumatose intestinale, la sécrétion d'une grande quantité de salive , le vomissement de liquides muqueux, etc. Ces phénomènes, qui tiennent à la dépravation des fonctions de l'estomac, s'observent chez les femmes au début de la grossesse , et dans
d'autres maladies, comme l'hystérie, la chlorose, etc. ; mais alors la dyspepsie n'est plus idiopathique nous en dirons quelques mots plus loin.
Nous faisons rentrer dans la dyspepsie par perversion celle qui n'est point symptomatique d'une maladie de l'estomac , ni d'une simple névrose , et qui semble consister en une altération de la sécrétion gastrique dont les produits peuvent être modifiés mais leur nature ou dans leur quantité {Dysp. par altération du suc gastrique ou piiuiieuse). M. Dalmas, qui admet cette forme de la maladie , ne rapporte aucun fait à l'appui de son opinion; nous sommes assez disposés à l'admettre , mais nous pensons qu'elle est très-rare. Plus ordinairement elle est le symptôme précurseur d'un cancer de l'estomac, ainsi que l'a vu plusieurs fois M. Andral, ou d'une névrose commençante. La cardialgie sputatoire de Linné est-elle une dyspepsie par vice de la sécrétion ? Oh serait porté à le croire , d'après le récit que l'on a fait de cette affection endémique dans une grande partie de la Suède. Les malades ressentent au-dessous du sternum une forte compression qui s'étend jusqu'au dos et à la poitrine. La douleur qui se montre à certains intervalles détermine une anxiété très-grande qui ne cesse qu'après que les malades ont vomi une salive chaude et limpide comme de l'eau , et dont la quantité peut être d'une livre et demie.
Nous ferons remarquer que la perversion des fonctions de l'estomac étant une source de symptômes trèsvariés, on peut les retrouver dans la troisième forme de dyspepsie que nous étudions en ce moment. Ainsi , tantôt la perversion portant sur la contractilité des tuniques musculaires et sur la sensibilité, les malades accuseront des douleurs sourdes , profondes , à peine préciables, d'autres fois très -vives {gastralgie , gastrodynie ) , des battements {dysp. pulsatile de Sauvages) ; la douleur pourra s'irradier vers le cœur dans toute la poitrine, etc.; des vomissements, des contractions brusques de l'estomac, annoncent encore cette perturbation de la contractilité. Si maintenant la dépravation porte plus spécialement sur les fonctions sécrétoires, la dyspepsie s'accompagnera de sécrétion gazeuse caractérisée par la flatulence [dysp.jlatulente ), d'éructations, de renvois nidoreux, etc. En un mot , les symptômes les plus variés , les plus disparates , au milieu desquels figurent particulièrement ceux de la dyspepsie , peuvent se développer sous l'influence de la modification pathologique qui a produit cette dernière affection ; c'est surtout dans les névroses de l'estomac , dans les gastralgies , par exemple , que ces symptômes sont très-marqués ; ils existent aussi dans les affections organiques de l'estomac ou dans d'autres maladies.
2° Dyspepsie symptomatique. — Soit qu'elle dépende d'une affection organique de l'estomac ou d'un
DYS
BYS
autre viscère, soit qu'elle de'pende d'une simple névrose, la dyspepsie symptomatique résulte toujours de la surexcitation , de l'atonie ou de la perversion des fonctions de l'estomac.
Au nombre des causes morbides qui ont leur siège dans l'estomac , on doit surtout noter l'inflammation aiiguë ou plutôt sub-aiguë (gastrite), la phlegraasic chronique, le ramollissement simple oa ulcéreux, le cancer du pylore ou du cardia , les corps étrangers , les hernies , la compression exercée par différentes tumeurs, l'ingestion de substances vénéneuses, de purgatifs, l'usage souvent répété de$ boissons vineuses ou alcooliques, qui finissent d'ailleurs par causer une phlegmasie lente, ou même une dégénérescence des parois de l'estomac , le passage de la bile dans la cavité de ce viscère ( anor. bilieuse ) , la présence d'ascarides lombricoïdes , d'un taenia, etc. Quelques auteurs ont encore considéré comme symptomatique la dyspepsie par excès d'aliments ( a crapulâ)^ le vomissement laiteux des enfants qui ont pris une trop grande quantité de lait, la dyspepsie qui se manifeste après l'indigestion.
Il nous reste à signaler d'autres formes de la dyspepsie symptomatique que l'on voit survenir dans quelques affections générales. Le trouble de l'estomac semble , dans ces circonstances , provenir d'une modification plus ou moins profonde éprouvée par le système nerveux. C'est en ce sens qu'on peut l'appeler, avec certains auteurs , une dyspepsie sympathique. Telle est celle que l'on observe chez les femmes grosses au début ou pendant le cours de leur grossesse, après la suppression des règles {djsp. catameniale\ ou d'un écoulement lochial {flatulence lochiale de Sauvages), des hémorrhoïdes, dans la chlorose (dfsp. chlorotique , gastrodynie chlorotique , de Sauvages), dans l'hystérie {dysp. hystérique „ gastrodynie pulsaiile quand il existe des battements à l'épigastre), dans l'hypochondrie [dysp. hypocondriaque de Bosquillon). Nous ferons remarquer, au sujet de cette dernière espèce, que les phénomènes hypochondriaques se montre quelquefois avant ceux qui appartiennent à la dyspepsie; l'on ne peut douter alors que cette dernière affection ne soit l'effet de la même cause qui détermine l'hypochondrie ; cependant il est d'autres cas où la névrose de l'eslomac est certainement le point de départ des accidents nerveux que l'on a coutume de rapporter au cerveau ; cet organe a reçu dans ce cas l'influence sympathique de l'estomac, influence qui s'est aussi transmise à tout le système nerveux. Nous mentionnerons seulement la dyspepsie fébrile qui se montre dans les fièvres et dans les maladies inflammatoires, la dyspepsie arthritique, rhumatismale, cachectique, néphrétique (Bosquillon) ; il n'y a pas de raison pour ne pas en admettre aussi une phthisique , hépatique, cholérique,
intestinale , etc., puisque des symptômes dyspeptiques se montrent dans la phlhisie , l'hépatite , le choléra , les inflammations de l'intestin, et dans bien d'autres maladies.
Dans les nombreuses affections <{ue nous venons de passer en revue , la dyspepsie dépend d'une modification nerveuse provoquée par la maladie; tantôt c'est la surexcitation , tantôt l'atonie de l'estomac ou la perversion de sa fonction qui donnent lieu aux symptômes que l'on observe. Le mode de production des dyspepsies symptomatiqueset sympathiques est le même dans tous les cas. Le plus ordinairement la maladie amène la dépravation des digestions, comme on le voit dans l'hystérie, la chlorose, l'hypochondrie ; il n'est pas toujours facile de juger de quelle nature est la perturbation par la seule observation de» causes de la dyspepsie. Sans doute chez un sujet pâle, anémique, presque exsangue, l'asthénie doit provoquer une dyspepsie asthénique ; mais croit-on qu'il soit facile de prouver que la perversion des actes que l'estomac est chargé d'accomplir ne soit pour rien dan» la production de la dyspepsie ? Quelquefois les symptômes insolites qui viendront s'adjoindre à ceux de U dyspepsie , comme le pica , la malacia , feront reconnaître sa nature; mais en leur abscence même on ne peut pas toujours prononcer qu'il n'existe pas de perversion.
Traitement. — Devons-nous, àl'exempledequelques auteurs, tracer le traitement de la dyspepsie ? MM. Fournier et Kergaradec réduisent à trois les indication» thérapeutiques : l*' détruire les causes du mal; 2*^ pallier les symptômes ; 3° combattre la cause prochaine du mal. Nous accordons facilement que ce sont là , ea effet, le bases du traitement de la dyspepsie, comme de toute affection en général. Mais cette vérité, une foi» reconnue , nous n'irons pas diriger en aveugle no» prescriptions thérapeutiques contre une collection de symptômes variables et différemment combinés qui se montrent dans des maladies qui n'ont tout au plus de commun entre elles que ce symptôme , la dyspepsie. Il faudrait d'ailleurs savoir, avant tout, ce que ce mot doit comprendre en pathologie. Si nous le considérons comme le représentant des affections nerveuse» commençantes de l'estomac, nous indiquerons le traitement des névroses ; si nous le faisons synonyme de lenteur et de difficulté de digestions , nous n'aurons rien à en dire, parce 'qu'il doit s'appliquer alors à toutes les maladies de l'estomac et des autres organes. Il n'y a donc que la dyspepsie idiopathique asthénique qui puisse nous occuper un instant. Lorsqu'elle se montre chez un vieillard, un convalescent, un sujet soumise une diète sévère et trop prolongée , chez un enfant faible , lymphatique ou scrof uleux , ou même après une maladie qui provoque la débilité de l'estomac ainsi que des autres appareils, comme l'anémie, la chlorose
DYS
ms
les hémorrhagies , une alimentation insuffisante , il faut recourir sur-le-champ, mais avec certaines précautions, à l'usage de substances amères et toniques , ■ comme l'écorce d'oranges araères , le quinquina gris ou rouge , le simarouba , le quassia amara , le trèfle d'eau, la gentiane , le houblon, la chicorée , la centaurée : ces plantes seront données en infusions froides et un peu concentrées. On se trouvera bien de l'emploi des ferrugineux , des eaux minérales ferrugineuses, des vins médicinaux, du vin de Bordeaux, des bières amères ; on placera les sujets dans de bonnes conditions hygiéniques, de manière à faire cesser ou à diminuer l'influence des agents de débilitation répandus autour d'eux.
DYSPHAGIE, s. f., dérive de Sx>ç, difficilement, et ça-j^Ew, manger.
Dénominations françaises et étrangères. — Difficulté d'avaler, dysphagie. Fr. — Deglutitio difficilis, deglutiendi dijficultas , deglutitio impedita. Lat. — Disphagia^ difficolta d'inghiottire. Ital. — Disfagia^ difficultad de tragar. Esp. — Difficulty of wallowing , choking. Angl. — Schweres schlingen, beschwerliches schlingen., ersc/lwertes sr.hlingen, dfsphagie. AU.
Synonymie suivant les auteurs. — Disphagia^ Sauvages, Sagar, GuUen, Good, Ploucquet; acatoposiSj œsophagismus, Vogel; asthenia deglutitioft/*, Young; dyscataposia, Swediaur; dyscatabrosis, Ploucquet.
On désigne ainsi non-seulement la difficulté d'avaler , c'est-à-dire de transmettre les aliments ou les boissons de la cavité buccale jusque dans l'estomac , mais encore l'impossibilité de la déglutition : «ainsi la dysphagie consiste tantôt dans la gêne de la déglutition et tantôt dans l'impossibilité d'avaler «(Boyer, Trait, des mal. chir., t. vu , p. 153, 1824 ).
Pour Sauvages « c'est une gène douloureuse dans la déglutition et la mastication, quelquefois même un obstacle à ces deux fonctions. » 11 ajoute que la dysphagie se distingue de l'angine en ce que la respiration n'est pas notablement lésée. Nous ferons remarquer que , dans un grand nombre de cas , la dysphagie s'accompagne de dyspnée, lorsque, par exemple, la cause agit à la fois sur le conduit de l'air et des aliments , comme un anévrysme de l'aort* ou une tumeur développée dans le voisinage de ces deux conduits. Toutefois dans la dysphagie la respiration reste libre le plus ordinairement.
Les deux définitions que nous venons de donner diffèrent essentiellement l'une de l'autre. Celle de Sauvages , beaucoup plus étendue que la première, comprend non- seulement la dysphagie proprement dite , mais aussi les troubles survenus dans la mastication. Il faut avouer qu'en effet un grand nombre de nudadies qui produisent U gêoe de la déglutition
portent aussi obstacle à la mastication et réciproquement ; nous adopterons, dans cet article, la définition de Sauvages , afin de ne pas séparer des symptômes qui, souvent, ont la même origine ou qui peuvent se trouver réunis ; d'ailleurs elle est tout à fait conforme au sens littéral du mot(^u; et «(.a-yew).
Divisions. — Nous déciirons trois espèces de dysphagies: 1° la première, que nous appellerons dysphagie buccale, comprendra les troubles qui surviennent dans l'oscillation buccale et la mastication; 2" la dysphagie pharyngienne , caractérisée par une gêne ou une impossibilité de la déglutition pharyngienne ; 3*^ la dysphagie œsophagienne j, qui consiste dans des troubles analogues survenus dans la déglutition œsophagienne. Ces trois formes du gj; même symptôme , basées sur une différence de siège, devront être soigneusement distinguées l'une de l'autre; cette distinction nous semble faite pour rendre quelque service : elle peut , en effet, éclairer le diagnostic et servir de guide dans le traitement. Les maladies des trois portions du conduit alimentaire, situées au-dessus de l'estomac , peuvent donner lieu à la dysphagie; quelques-unes ont exclusivement leur siège dans la bouche, le pharynx, l'œsophage; donc la première chose à faire , lorsqu'on observe la dysphagie , c'est de rechercher si elle est buccale , pharyngienne ou œsophagienne , ce qui ne veut pas dire que la maladie réside nécessairement dans une de ces parties , car elle peut être située dans le voisinage ou à une distance beaucoup plus éloignée, mais elle n'en fait pas moins sentir sou influence morbide sur l'un des points que nous venons d'indiquer.
La dysphagie n'est, dans aucun cas, une maladie ; on peut tout au plus considérer comme telle la contraction spasmodique de l'œsophage, que quelques auteurs décrivent sous le titre de dysphagie, parce qu'elle en est le principal symptôme. D'autres font l'histoire non-seulement de ce spasme , mais celle de l'œsophagite, des indurations simples ou squirrheuses, des ulcérations de l'œsophage ; en un mot la dysphagie , dans quelques livres , comprend toutes les altérations de ce conduit musculo - membraneux. Nous ne suivrons pas cet exemple qui paraît tout à fait contraire à l'esprit analytique de notre ouvrage. Nous considérons comme nuisible aux progrès de la science cette manière d'envisager la pathologie , qui consiste à décrire, à propos d'un symptôme prédominant, les maladies variées qui y donnent lieu. Aussi cet article sera-t-il uniquement consacré à l'étude de la dysphagie comme symptôme. Nous signalerons d'abord les phénomènes morbides qui accompagnent chacune des espèces de dysphagie que nous avons établies ; nous en ferons connaître les différentes causes , et nous chercherons à indiquer ce qu'il y a de caractéristique duQS chaque espèce , afin que le praticien puisse re«
DYS
DYS
monter facilement du symptôme à son siège et par suite à la cause qui le provoque; nous croyons cette marche féconde en applications pratiques.
Dfsphagie buccale. — Sans entrer dans l'étude des principaux phénomènes de la mastication , nous rappellerons seulement qu elle exige , pour s'exécuter régulièrement, le concours d'un grand nombre d'organes. Les uns, comme les lèvres, les joues, la langue, sont chargés de retenir et d'imprimer des mouvements oscillatoires à la matière alimentaire, tandis que les mâchoires la divisent et la préparent , afin qu'elle reçoive ensuite l'insalivation buccale. Qu'un des organes de cet appareil complexe vienne à être altéré et aussitôt la fonction sera troublée, et il en résultera une gêne plus ou moins grande dans le jeu des nombreuses pièces qui préparent la déglutition pharyngienne et œsophagienne. Nous allons passer rapidement en revue les causes et les symptômes de cette dysphagie buccale.
La mastication peut être gênée, difficile ou impossible, s'eJFfectuer aifec ou sans douleur, lorsqu'il existe une division complète ou incomplète du voile du palais, de la lè\Te, de la luette [dysphagie des enjants à la mamelle , Sauvages ; dysphagia lactentium , Bonnet), une adhérence plus ou moins étendue de la langue et des lèvres aux parties voisines ou tout autre vice de conformation congénitale , une destruction amenée par la syphilis, par la scrofule et les caries qui dépendent de Tune ou de l'autre affection ou de toute autre cause. La fracture, la luxation de l'os maxillaire inférieur, la carie et les tumeurs de diverse nature qui ont leur siège sur cet os ; la chute des dents, surtout des incisives , causée par les progrès de l'âge, par le scorbut, la syphilis, etc., peuvent également gêner ou rendre impossible la mastication et l'oscillation buccale. Il en est de même des maladies qui affectent les muscles destinés aux mouvements de ces différentes parties et de celles qui frappent la muqueuse de la bouche. Les convulsions, soitcloniques, soit toniques, qui ont leur siège dans les muscles des mâchoires et qui surviennent soit dans le cours des encéphalites primitives ou consécutives à l'apoplexie , au ramollissement, aux tumeurs de l'encéphale, soit dans la méningite, soit dans les névroses (tétanos, hydrophobie, hystérie. épilepsie),etc., apportent une gêne notable dans la mastication ; un simple rhumatisme musculaire , la névralgie , la paralysie faciale, peuvent produire le même effet.
Parmi les affections de la muqueuse qui déterminent la dysphagie buccale , nous citerons l'inflammation et le ramollissement scorbutique des gencives, la stomatite simple érythémateuse ,les aphthes pseudomembraneux ou muguet, les aphthes vésiculeux , ulcéreux , gangreneux , la gangrène de la bouche. Ces deruièies affections, fréquentes surtout dans le jeune
âge, entraînent quelquefois la mort des enfants à la mamelle par l'obstacle qu'elles apportent à la succion. La tuméfaction de la langue (glossite), causée par l'inflammation ou par les préparations mercurielles , par la syphilis, la morsure d'une guêpe, etc., les maladies des conduits de Sténon et de Warthon, le gonflement des glandes qui environnent la mâchoire , de la parotide et de la sous-maxillaire en particulier : telles sont encore les nouvelles causes qui produisent la dysphagie.
Les symptômes qui l'accompagnent varient comme la cause même qui l'a fait naître. Si les lèvres, la voûte palatine, sont le siège de quelque division congénitale ou morbide , la préhension labiale est trèsgênée dans le premier cas ; dans les autres les aliments sont poussés vers les fosses nasales et ressortent par l'ouverture antérieure ( Djsphagia lactentium ^ Bonnet, Sepulcliret.,o\i, v).
L'adhérence de la langue, la brièveté du frein de cet organe, qui est beaucoup plus rare qu'on ne l'a prétendu , empêchent surtout la succion du mamelon , la préhension des aliments , leur oscillation dans la cavité buccale. Dans d'autres circonstances pathologiques la maladie portant plus spécialement sur la mâchoire et son appareil locomoteur, la mastication sera difficile, impossible , douloureuse. La sécheresse de la muqueuse , les ulcérations , la gangrène , etc., gênent aussi l'oscillation buccale. Pour que la déglutition s'effectue convenablement , il faut que toutes les parties qui servent à cette fonction jouissent de leur intégrité, sans quoi des symptômes de dysphagie buccale ne tardent pas à se montrer; ils peuvent varier dans leur forme , leur intensité ; mais la douleur, la gêne et la difficulté des mouvements , la diminution ou l'afflux plus considérable des fluides salivaires et muqueux , tels sont les phénomènes communs à presque toutes les dysphagies buccales.
Dysphagie pharyngienne. — Nous comprenons sous cette dénomination toute espèce de trouble survenu dans la déglutition pharyngienne par l'effet d'une maladie ayant son siège sur le voile du palais, la luette, la partie supérieure du pharynx, et même sur des parties beaucoup plus éloignées. Tant d'organes prennent part à la déglutition œsophagienne , qu'il ne faut pas s'étonner si les maladies qui y déterminent une certaine gêne ont des causes et des sièges si différents.
Le premier temps de la déglutition ne peut s'opérer ou ne s'opère que difficilement; lorsque les aliments ou les boissons arrivent au voile du palais ou dans le pharynx, une douleur vive se manifeste parfois (angine), mais elle peut aussi faire défaut. L'obstacle mécanique (tumeurs, gonflement de la muqueuse), la contraction spasmodique, s'opposent plus ou moins complètement au passage des substances alimentaires.
DÎS
BYS
Tantôt elles franchissent les parties , mais en produisant une vive douleur ; tantôt elles sont rejetées presque immédiatement avec des nausées horribles et des convulsions; quelquefois aussi elles s'engagent en partie dans les fosses nasales.
Au nombre des causes qui provoquent la dysphagie pharyngienne nous voyons d'abord figurer toutes les maladies de la luette , du voile du palais, du pharynx, des fosses nasales et des organes voisins; comme les angines inflammatoires , diphthéritiques , gangreneuses, qui ont leur siège sur le voile du palais, la luette, les amygdales (amygdalite), le pharynx (pharyngite), la procidence de la luette, les abcès, les concrétions , les indurations simples ou squirrheuses , les excroissances qui se développent sur les amygdales et le voile du palais ( dysph. du pharj-nx. Sauvages , iVo5o/. méthod., t. u, p. 479, 1771); une simple contraction spasmodique de toutes ces parties , comme dans Thydrophobie , l'hystérie , ou bien la paralysie des muscles du pharynx .
Fréd. Hoffmann a décrit sous le nom de spasme du pharjnx une contraction des muscles de ce conduit qui rend U déglutition difficile , s'accompagne ou non de douleur, empêche le passage des liquides et des solide». On observe en même temps une constriction très-forte dans les muscles de la langue , du larynx et du cou , dont les mouvements sont douloureux et impossibles. La suffocation, la sensation d'un corps qui serait fixé dam le pharynx , l'aphonie et des convulsions générales, compliquent souvent cette dysphagie , au rapport du savant médecin que nous venons de citer ( Fréd. Hoffmann , Opéra omnia, t. m, p. 130; Genève, 1761). Cette convulsion tonique du pharynx se montre dans les maladies que nous avons indiquées plus haut (hydrophobie, hystérie), dans l'aliénation mentale, à la suite de la morsure de certains animaux ( vojr. ces mots ).
La dysphagie se montre parfois dans les mêmes cas que la paralysie symptomatique d'une altération du cerveau ( apoplexie , encéphalite , ramollissement , dfsph. paralytique de Fréd. Hoffmann , Forestus, Sauvages, dysphagia atonica, paralytica)^ OU pendant le cours d'une fièvre typhoïde et des affections présentant l'ensemble des symptômes que l'on désigne par les noms d'adynamie et A'aiaxie ; dans ces cas les boissons reviennent par les fosses nasales , excitent des efforts de toux ou sont rejetées immédiatement. Il semble que les parties destinées à accomplir la déglutition aient éprouvé le même trouble que les autre» muscles de l'économie , et qu'il en résulte une sorte d'af«a;je. L'apparition de ce symptôme est grave. La paralysie du pharynx survient quelquefois parles progrès de l'âge et graduellement ; elle peut être subite et ne se rattacher non plus à aucune lésion appréciable , du moins au dire de quelques auteurs
{dysph. idiopathique) ; mais l'existence de cette dysphagie nous paraît douteuse, à moins qu'elle n'ait été confondue avec la dysphagie spasmodique. L'usage de certains narcotiques ( dysph. par la pomme épineuse , Sauvages ) cause une sécheresse qui gêne la déglutition {dysph. par sécheresse ou aridité du gosier. Sauvages). Le rhumatisme peut affecter les muscles qui servent à la déglutition pharyngienne ; de là une dysphagie spéciale ( dysphagia rheumatica) qui est assez rare et dont les auteurs rapportent cependant quelques exemples. L'un de nous a eu occasion d'en observer un cas dans le service d'un médecin de l'Hôtel-Dieu.
Les symptômes de chaque espèce de dysphagie dont nous venons d'énumérer les causes sont surtout fournis par l'inspection directe de l'arrière-bouche qui fait découvrir la coloration de la muqueuse , les tumeurs, les altérations organiques, etc. Quelquefois c'est dans les organes environnants que l'on retrouve la cause de la dysphagie pharyngienne. Elle peut être produite par des polypes des fosses nasales , des tumeurs fibreuses ou sarcomateuses développées à la partie supérieure du pharynx ou sur l'apophyse basilaire , ainsi que l'un de nous a eu occasion d'en observer deux exemples, par le gonflement de la base de la langue et les diverses productions morbides qui ont leur siège en ce point ( dysph. causée par un squirrhe. Sauvages), par les tumeurs de l'épiglotte, ou par des maladies des vertèbres cervicales , etc.
Dysphagie œsophagienne. — [Dysphagia œsophagea, œsophagostena., deglutio impedîta, œsophagl difficilis impeditus alimentorum aTsvwxop'*, de Galien). Les aliments et les boissons franchis.sent assez facilement l'arrière-bouche et le pharynx , mais ils s'arrêtent plus loin et la régurgitation les rejette au dehors, ou bien , après des efforts extraordinaires de déglutition , après l'ingestion plusieurs fois répétée d'un liquide , la substance parvient enfin jusque dans l'estomac. Les boissons passent plus facilement que les corps solides , surtout quand il existe quelques maladies organiques qui rétrécissent le conduit oesophagien. Les sujets éprouvent entre les deux omoplates une douleur vive qui se propage le long de l'épine , descendparfois jusqu'àl'estomac, et provoque la nausée et le vomissement. Cette douleur est ressentie par quelques malades dans un point limité qui correspond assez bien au siège même de la lésion ; elle est très violente lorsqu'il existe une ulcération ou une déchirure en quelque point de l'œsophage. On observe encore d'autres symptômes que ceux que nous venons d'indiquer : tels sont, par exemple, le rejet d'une quantité souvent considérable de mucosités, la toux lorsque le larynx ou l'épiglotte sont altérés, etc.
Les symptômes varient aussi suivant le siège occupé par la lésion. Est-elle située à l'extrémité infé-
DYS — 129
rieure de l'oesophage, au cardia, par exemple, si la partie supérieure est parcourue librement par les substances ingérées, il surviendia une dilatation dans le conduit œsophagien. Quelquefois ces cavités accidentelles forment de véritables diverticules où se logent les matières alimentaires. Rust en a observé un cas fort remarquable: les aliments introduits remontaient par intervalle le long de l'œsophage jusque dans la bouche , comme par une espèce de rumination ( Ruminatio œsophagia ; in Rust' s magaziu, t. xxxix , cah. u). Ce n'est pas une véritable rumination , ainsi que se le sont figuré quelques auteurs , mais un vomissement œsophagien ( vomitus œsophagius ). L'introduction d'une sonde avec laquelle on parcourt l'œsophage est le seul moyen d'obtenir quelques notions précises sur la nature, la cause, le degré et le siège du rétrécissement.
L'œsophagite , les indurations simples ou squirrheuses des parois de ce conduit, leur ulcération, les végétations de nature diverse qui ont leur siège sur la tunique muqueuse , mettent obstacle à la déglutition, qui souvent ne peut s'exercer que sur des liquides , en sorte que les malades ne vivent que de bouillons , de lait et de boissons pendant des mois entiers. Les signes de l'ulcération de l'œsophage sont , suivant Naumann, une douleur vive le long delà colonne vertébrale, et, aux approches de la mort, une impossibilité absolue de la déglutition ( Ern. Ad Naumaun , Handbuch der medicinischen Klinik ^ t. iv, part, i, p. 43 ).
La dysphagie fausse {pseudo-morphicà) des auteurs comprend la dysphagie par polype {dys. poljposa)^ par callosités {dfs. caltosa), par squirrhe et d'autres espèces encore qui mettent fréquemment obstacle à la déglutition œsophagienne et pharyngienne. Nous avons déjà fait remarquer que dans ces circonstances pathologiques , lorsque le rétrécissement est porté très-loin , des diverticules et des dilatations se forment dans l'œsophage. Blasius, par exemple , a trouvé la partie inférieure de ce conduit tellement dilatée, qu'il simulait, en quelque sorte, un estomac; le point rétréci était à la partie supérieure {Adversar. med. , obs. ix ). Les tumeurs développées dans les parois ou dans le voisinage de l'œsophage ne mettent pas toujours obstacle à la déglutition , ainsi que le prouvent les faits rapportés par Morgagni ( Epist. 28, De lœsa deglutilione ). L'introduction d'une sonde est toujours nécessaire pour lever tous les doutes sur la nature et le siège de la lésion ; on parvient ainsi à déterminer si la gêne de la déglutition tient à la présence d'une tumeur développée aux dépens de l'œsophage ou à une simple contraction spasmodique.
Sauvages parle d'une dysphagie causée par l'écartement violent du muscle hyo-pharyngien ou la luxation des appendices de l'os hyoïde {dysphagie de
DYS
Valsalva ) : c'est là une cause très-rare et fort problématique de dysphagie. Ce symptôme peut être encore provoqué par une dilatation extrême du pharynx indiquée par Borsieri , et appelée pharpigocèle par Grashuys. Cette dysphagie peut tenir à une simple dilatation du pharynx causée pat l'atonie des parois musculaires, comme on le voit chez les vieillards {dysphagia a laxitate) ; mais le plus ordinairement elle est consécutive à un obstacle organique situé en un point de l'œsophage. Il ne faut pas confondre avec cette forme de dysphagie celle qui est appelée dysphagia aionica par Hoffmann , Naumann ( loc. cit. ) et d'autres ; elle accompagne les maladies du cerveau ou de la moelle , et souvent la paralysie de la langue : il existe presque toujours en même temps une autre forme de dysphagie que nous avons nommée dysphagie buccale.
On a encore parlé d'une autre forme de dysphagie qui serait produite par la hernie de la membrane interne à travers les fibres de la musculaire écartée. Cette lésion peut survenir lorsqu'un corps étranger, assez volumineux, a pénétré dans l'œsophage , ou lorsque des efforts de déglutition considérables sont amenés par un obstacle placé à l'extrémité inférieure du conduit.
Dans l'affection nerveuse que l'on a désignée sous le nom de spasme de l'œsophage j, spasme du gosier {dy s. spasmodica, movbus œsophagi et pharyngis spasmodicus , Fréd. Hoffmann ), outre les symptômes communs à toutes les dysphagies , et que nous avons signalés, il en est quelques-uns qui diffèrent suivant le siège du spasme. Lorsqu'il occupe la partie moyenne ou inférieure, les aliments parviennent avec assez de facilité jusqu'àla partie resserrée de l'œsophage, mais ils s'arrêtent en ce point. Le malade fait alors de grands efforts de déglutition ; il éprouve la sensation d'un corps étranger qui ne peut franchir l'orifice cardiaque , et la dernière bouchée d'ahments reste quelquefois au-dessus du point rétréci jusqu'au repas suivant. Il sejointauxsignesprécèdents une douleur fixe, des nausées, des vomituritions, quelquefois suivies de vomissements, des renvois, et l'expulsion d'un liquide muqueux dont la quantité est quelquefois de quatre ou six livres par jour ( Hoffmann, t. ni , p. 1 30 , 1 761 ). La dysphagie spasmodique se manifeste comme la seule maladie , dans quelques cas rares , sous l'influence d'une émotion morale vive , telle que la frayeur, le chagrin. Reuss regarde cette dysphagie comme une espèce de crampe de l'œsophage. Le plus ordinairement , elle se montre d'une manière intermittente, parfois cependant continue dans quelques névroses, telles que l'hystérie, l'épilepsie, le tétanos , la rage , l'hypochondrie. Sauvages et Boyer rapportent des exemples d'une dysphagie persistante survenue comme symptôme principal de l'hystérie
DYS — 130
( dfs. hfsterica , Nosolog. méth. , oiivr, cit. , p. 478; et Boyer, Trait, des mal. chir., t. yii , p. 157, 1824 ). Il faut chercher le plus souvent la cause de ce symptôme dans une maladie soit aiguë , soit chronique du cerveau.
La dysphagie traumalique, dont Verdier a signalé les principales causes {3Iéin. de l'Acad. de chirurgie, t. m ) , est occasionnée par la pénétration de corps étrangers {dys. a deglutitis) qui se sont arrêtés dans l'œsophage, ou qui ont causé des érosions, ou enfin par une rupture brusque survenue tout à coup, ainsi que Boerhaave en observa un exemple remarquable sur l'amiral Wassenaer. D'autres maladies peuvent également donner lieu à ce symptôme. Celles qu'il nous reste à examiner ont leur siège dans les organes qui avoisinent l'œsophage. Les maladies du larynx et de i'épiglotte , surtout celles qui siègent à la face supérieure de cet organe, comme les ulcérations, le gonflement œdémateux des replis aryîéno-épiglottiques , la tuméfaction des glandes bronchiques et cervicales chez les sujets scrofuleux , du corps thyroïde, peuvent s'accompagner de dysphagie. Heister a signalé un cas fort curieux de dysphagie produite par une ulcération de l'œsophage, qui avait été elle-même déterminée par le ramollissement d'une niasse tuberculeuse du poumon. Bleuland parle aussi d'une caverne pulmonaire qui avait fait adhérer l'œsophage au poumon, et avait amené un rétrécii-sementde ce conduit membraneux. L'adhérence de l'œsophage aux parties voisines , la déviation qui en résulte quelquefois , et qui peut être occasionnée , soit par des tumeurs développées dans le médiastin postérieur, soit par des courbures de la colonne vertébrale , sont encore des causes de gêne dans la déglutition œsophagienne ; il en est de même des exostoses qui ont leur siégé sur les différentes pièces dont se compose le rachis et des tumeurs anévrysmales. Celles-ci peuvent être formées dans toute la crosse de l'aorte, dans l'artère sous-clavière , la carotide, et, dans tous ces cas, on a vu survenir la dysphagie. Morgagni l'a notée dans un cas d'hypertrophie du cœur avec inflammation de toute l'aorte. Les auteurs ont décrit sous le titre de dyspliagia lusoria une dysphagie qui dépend d'une anomalie dans la naissance des vaisseaux qui partent de l'aorte. Autenrieth a vu la sousclavière droite naître de la partie gauche de l'aorte, et passer entre la trachée et l'œsophage {Dissert., de dfsphagia lusoriâ ; Tubing. 1 806 , et in Reil's Archii'. , bd. vu , st. i ) ; mais ces cas de dysphagie ne sont pas encore suffisamment établis.
Enfin , il est une espèce particulière de dysphagie qui est fort rare, et dont Naumann rapporte un exemple bien curieux. Il existait chez l'individu qui la présenta une hernie inguinale dans le s.'jc de laquelle s'était engagée une portion considé-
DYS
rable des intestins ; l'estomac et l'œsophage, par suite du déplacement qui en était résulté , avaient été fortement tirés en bas ( ouvr. cit. , p. 94 ).
Traitement. — Quand la dysphagie est portée à un haut degré, quand les substances alimentaires, et même les boissons , ne peuvent arriver jusque dans l'estomac , une indication pressante s'offre à remphr. Elle consiste dans l'introduction d'une sonde dans le conduit œsophagien ; c'est le seul moyen que l'on possède pour airacher le malade à la mort. Nous nous garderons bien de parler des autres agents thérapeutiques que l'on peut mettre en usage dans les différentes i'ornies de dysphagie , ce serait tracer la thérapeutique de toutes les maladies renfermées dans le cadre nosologique.
C'est particulièrement dans les dysphagies paralytiques, nerveuses, ou par cause organique (cancer, induration), que l'introduction de l.i sonde œsophagienne est nécessaire : on peut la faire pénétrer par la bouche ou les fosses nasales. Nous ne décrirons pas les procédés opératoires qui sont indiqués dans tous les traités de chirurgie; nous recommandons cependant la lecture de l'ouvrage de Boyer (Traité des mal. chirurg., t. vu, p. 1 73, 1824), et du mémoire de M. Gendron [Du cathétérisme curatif du rétrécissement de l'œsophage in Journ. des connaiss. méd-chir. , n°5 ,novemb. 1 837, p. 1 75); vof. aussi OEsopH\GE ( maladie de 1' ) du Compendium , où seront établies les médications thérapeutiques appropriées à chaque cause de dysphagie.
Bihliographie. — Morgagni, De sedihus et causis morhorutn [Qpht. xv, Deglulitio difjîcilis).
— Nahuys , De morhis œsophagi ( Act. acad. ; Haarlem, vol. xn). — Schacht {Institut, med. pract., lib. vn, cap. xn ). — Geuns , De dfsphagia, {Âct. acad.; Haarl., vol. xi ^ p. 1 et 2). — Vatef {De deglutitionis difjicilis et impeditœ causis ; Wittemb,, 1 750). — Mauchart {De struma cesophagi ejusque coalitu, dijficilis et aboli fœ déglutit ionis causis, Tubing, 1742, et in Haller , Diss, chir,, t. n). — De Haeri {De deglutilione impedita, vel degluti/orum incavum véntriculi descensu impedito; Haag, 1750). — Honkoop {Diss. de morbo œsophagi infl.ammatorio; Leiden , 1774). - — Gyser {De cal/osa œsophagi angustia; Strasb. , 1770).
— Haase {Diss. causœ dijf. deglutilionis ; Goetting, 1 780). Bleuland {De difjîcili aut impedita alimentorum depulsione ; Leiden , 1 780. Ejusdem , Observât, anat. med. de sana etmorbosa œsophagi structura ; Leiden, 1785)^ — E. Hottle {Practical obseri'aiion on the treatment of strietures in theurethra andoéSophagus H Med. corfimcnt., vol. I, p. 536; Vol. n, p. 395). —Etienne Considérations générales sur les causes qui gênent on empêchent la déglutition,' Paris ^ 1806).
DYS
— Wichmann [Ideen zur Dlagnoslih., t. m, § 1 1 6).
— W\n\.e[Diss. exhibens nonuUos casus dysphagiœ ; Groniogen, 1818). — Kunhe {De dysphagia commeniatio pathologica ; Leipzig', 1820). — Abercrombie (Untersuchungen iiôer d. Krankh. d. Magensu. s. w. itbers ; Bremen, 1830, § 123- 129). — Ern. Ad. Naumann , Handbuch der me dicinischen Klinik, t. iv, l'*' part).
DYSPNÉE , s. f. , de tîua-voetv, respirer avec peine, d'où ^u(7-voia, oc;, difficulté de respirer, respiration difficile; ^udTCvooç, (Jua-voixo;, adj., qui a de la peine à respirer.
Dénominations françaises et étrangères. — Anhélation., essoufflement, courte haleine, orthopnée, asthme faux des auteurs , respiration embarrassée, difficulté de respirer., dyspnée. Fr. — Aj(T7i:voia, -o (5''jr7-vGuv. Gr. — Dyspnœa, spirandi diffîcultas, aslhma continuum, spurinm, pseudo-asthma. Lat. — Dipsnea, diffcolta di respirare.. Ital. — Disnea, ahoguido. Espag. — Dyspnœa., short breath, short windedness, pursiness. phthisic. Aag. — Schiverer Athem., Enghrûstigkeit, kurzer Athem, beschiverliclies Athemholen, Scheiverathmigkeit. AU. — Muegelgke adem. Holl.
Synonymie suivant les auteurs. — AutjTvvcty,, To (J'jtT-vcuv, Hippocrate , Galien , Gœlius Aurelianus; spirandi dijfcultas^ Celse; dyspnœa, Sauvages, Linné, Vogel, Sagar, Gullen, Juncker, Swediaur; orthopnœa, Celse, Boerhaave, Sauvages, Linné, Vogel, Sagar; suffocatio, Etmuller; pnigma, Vogel; pneusis, dyspnœa, Youug; asthma continuum, asthma spurium, de différents auleurs.
Définition. — 11 faut comprendre, sous la dénomination de dyspnée, toute respiration laborieuse, difficile, dans laquelle les mouvements d'inspiration, plus rarement d'expiration , ne s'effectuent qu'avec peine. Cette difficulté de respirer, continue ou intermittente, s'accompagne d'une sensation pénible dont les malades rapportent le siège, taotôt à l'épigastre ou à la partie antérieure de la poitrine, tantôt aux attaches du diaphragme ou à toute la partie supérieure du thorax. Les symptômes peuvent varier, mais si la respiration s'exécute avec peine, avec difficulté , il y a toujours dyspnée.
Division. — Nous commencerons d'abord par décrire ses différentes formes, les phénomènes qui l'accompagnent, les causes qui la déterminent ; nous rechercherons ensuite quelle lumière elle fournit au médecin sous le point de vue du diagnostic, du pronostic et des indications thérapeutiques.
Description de la dyspnée et de ses différentes formes. — Elle se révèle à l'observateur par le trouble survenu dans les mouvements du thorax , qui peuvent être accélérés , ou ralentis , ou même natu-
rels , mais qui sont toujours difficiles ; les malades éprouvent en outre un sentiment de plénitude et d'oppression , qui , cependant , manque quelquefois. C'est donc dans ces deux symptômes qui existent à des degrés différents qu'il faut chercher les caractères de la dyspnée. 11 est d'autres phénomènes qui peuvent s'y ajouter ; mais comme ils ne se montrent pas aussi constamment que la difficulté , la gêne des mouvements respiratoires , nous n'avons pas voulu les inscrire dans notre définition.
Lorsque la respiration est laborieuse, chaque inspiration paraît nécessiter un effort plus considérable des muscles destinés à l'élévation des côtes ; cette élévation , plus marquée que dans l'état normal , annonce le premier degré de la dyspnée. En même temps, les inspirations s'accélèrent , sont courtes , incomplètes et comme avortées. Les malades ont encore la parole facile, et respirent assez librement, même lorsqu'ils sont couchés, ou quand ils se livrent à quelques mouvements qui n'exigent que peu de force. Au contraire, chez un grand nombre, le sentiment de plénitude thoracique se manifeste sous l'influence d'une de ces causes , et la respiration s'accélère , et devient gênée.
A un degré plus avancé , l'inspiration se fait par une forte élévation des côtes et par un abaissement très-marqué du diaphragme; l'air ne pénètre qu'incomplètement dans les bronches , et ne semble plus arriver jusqu'à leurs derniers rameaux; la parole est entrecoupée, haletante ; le decubitus sur le dos et sur le côté impossible; il faut que la tête soit soutenue par des oreillers; les mouvements , la toux , accélèrent la respiration , déterminent un sentiment pénible ressenti alors par le malade , et qui peut cesser avec la cause qui a provoqué momentanément la dyspnée.
Dans cette espèce de dyspnée, que les anciens auteurs appellent orthopnée, et qui n'est qu'un degré extrême du symptôme , la respiration est excessivement gênée. Les malades placés sur leur séant, le corps incliné en avant, éprouvent une constriction trèsincommode dans toute la poitrine, et sont menacés de suffocation. Ils semblent appeler l'air vers les organes respiratoires ; les ailes du nez se dilatent avec force, les mouvements respiratoires sont courts et incomplets; les malades haletants, essoufflés , ne peuvent prononcer une parole, faire un mouvement, ou boire quelques gorgées de tisane, sans être sur le point de suffoquer. Leur face livide, pâle, couverte de sueur, exprime l'angoisse cl la crainte. Lorsqu'ils répondent aux questions des personnes qui les entourent, leur parole est brève, entrecoupée. Le coma, une anxiété extrême, la jactitation, le délire, succèdent quelquefois à l'orthopnée , et précèdent la mort de quelques instants. On a désigné par les expressions de respiration haute, à'orlhopnéc, d'an-
DYS — 132
hélaûon, cetle dyspnée. 11 ea est encore une autre forme que l'on connaît sous le nom à'astlime.
Nous avons dit ailleurs que l'asthme est une affection dans laquelle la respiration , difficile et fréquente, provoque la convulsion des muscles respirateurs, n'est presque jamais accompagnée de fièvre, se montre intermittente et sous forme d'accès qui reviennent à des époques irrégulières , et souvent fort éloignées , à la suite desquelles les individus jouissent d'une santé parfaite (Asthme, 1. 1, p. 431). L'asthme n'est, ainsi qu'on peut le voir, qu'une dyspnée qui revient par attaque , dans l'intervalle desquelles la respiration est plus ou moins fibre (Gulleu, Pinel, Gorvisart). Ajoutons que l'on n'emploie aujourd'hui cette dénomination que pour désigner la dyspnée nerveuse, c'està-dire celle dont la lésion matérielle échappe à toutes les investigations ; cette dyspnée est devenue excessivement rare depuis les importantes recherches des modernes sur les maladies du poumon , du cœur et du cerveau, et depuis la découverte de l'auscultation et de la percussion. Dans cette espèce de dyspnée, la difficulté de l'acte respiratoire est portée très-loin; tous les muscles qui concourent à l'accomplissement des phénomènes mécaniques de la respiration entrent dans un véritable état de convulsion. C'est alors que les sujets, assis sur leur séant, réunissant toutes leurs forces pour dilater le thorax , saisissent les corps qui les entourent pour que les muscles chargés de l'élévation des côtes puissent y trouver un point d'appui solide. Le diaphragme, les muscles des côtes, de l'omoplate , des lombes , de la région cervicale , se contractent avec énergie pour soulever le thorax, les épaules , et agrandir la capacité de la poitrine. Les inspirations sont brusques et beaucoup plus difficiles que les expirations ; il semble qu'elles ne soient pas suivies de l'entrée de l'air dans les bronches.
Il ne faut voir dansla dyspnée, l'orthopnée, l'asthme, que le même symptôme porté à différents degrés, et se montrant dans des maladies très-diverses par leur siège, mais qui affectent le plus ordinairement le cœur ou le poumon. Sydenham, sous le nom à' asthme ^ décrit les trois espèces de dyspnée qui viennent d'être signalées. En les réunissant, le célèbre auteur anglais a donné un exemple qui aurait dû être suivi par ses successeurs , dont les distinctions subtiles ont longtemps obscurci le diagnostic des affections de poitrine. Il serait aujourd'hui hors de propos de chercher à distinguer l'asthme de la dy.spuée; nous nous sommes, d'ailleurs, occupés de cette question en un autre endroit (Asthme, t. i , p. 436).
Le seuliment de gêne, de constriclion plus ou moins douloureuse que les malades éprouvent, et qui ont fait donner le nom de dyspnée à ce symptôme, n'exii^le pas toujours. Quelques sujets, interrogés sur la manière dont s'effectue leur respiration, dé-
DYS
clarent qu'elle est parfaitement libre , et qu'ils ne ressentent aucune oppression : cependant, au moment même où ils font cette réponse, les mouvements du thorax sont manifestement gênés , ainsi qu'il est aisé de s'en convaincre par la simple inspection. Quelquefois les malades ne s'aperçoivent pas du trouble survenu dans la respiration , ou bien ils cherchent à se le dissimuler à eux-mêmes , à cause de la gravité que l'on attribue généralement à ce signe.
Un des premiers effets de la dyspnée est de troubler, avons-nons dit , les mouvements de la respiration, et surtout de les accélérer. On pourra donc, dans certains cas , juger assez bien du degré de la dyspnée par le nombre et le peu d'amplitude des respirations. Dans ce but , il faut les compter avec une montre à secondes , et répéter les observations tous les jours, et parfois à différentes heures. En procédant ainsi , on pourra reconnaître les changements en bien ou en mal survenus dans le cours de la maladie. M. Double pense «qu'il y a un moyen beaucoup plus médical que le calcul mathématique pour déterminer la fréquence de la respiration, c'est de la juger comparativement au pouls : en général , dit-il, dans l'état de santé , il y a quatre pulsations artérielles par chaque inspiration; on peut , en toute sûreté , partir de cette base , et faire, d'après cela, ses observations» («S'é/ïié/o/o^/c g'én*?lale , t. II, p. 45). Nous ne saurions partager cette manière de voir, et l'appréciation mathématique en pareil cas nous semble préférable à l'autre méthode ; ajoutons, d'ailleurs, que souvent il n'existe aucune espèce de rapport entre le nombre des battements de l'artère et celui des inspirations. Nous avons eu de fréquentes occasions de ti ouver en défaut la proposition de M. Double; cependant il importe de ne pas la négliger, surtout quand on a lieu de croire que la dyspnée est purement nerveuse.
Dans l'état naturel, et chez un adulte bien conformé, on admet, avec Haller, qu'il se fait vingt inspirations par minute; elles sont de trente à trente-deux chez le nouveau-né , du moins autant qu'on peut le croire d'après les documents peu nombreux que l'on possède sur ce sujet. Chez les malades dyspnéiques , les inspirations vont quelquefois jusqu'à quarante ou cinquante par minute ; on en a compté soixante-quatre chez des nouveau-nés atteints de pneumonie (Valleix, Cliniipiedes enfants noui^eau-nés, p. 105); M. Andral a vu les parois thoraciques s'élever soixante-quinze et quatre-vingt fois par minute dans des affections purement nerveuses ; il a même compté cent quarante mouvements respiratoires chez une jeune femme en proie à divers accidents hystériques {Clinique méd., t. ni, p. 510 , 3^ édit.). Quelquefois la fréquence de la respiration est si peu marquée, qu'elle ne dépasse guère que de sept ou huit le nombre des inspirations y normales : entre ces deux extrêmes se trouvent des II
DYS
DYS
degrés intermédiaires qui correspondent souvent assez bien à l'intensité et à Tétendue de la lésion qui provoque le symptôme.
Quand il y a courte haleine , essoufflement , anhélation, les inspirations sont incomplètes, mais fréquentes, comme si leur nombre devait compenser l'amplitude moindre des mouvements : on dit alors que la respiration est vite et fréquente , pour exprimer la rapidité avec laquelle s'exécute chaque mouvement de la poitrine , et la succession plus rapprochée de chacun d'eus. Quelquefois aussi la respiration difficile est vite et rare , en ce sens que les inspirations peuvent s'effectuer avec une promptitude convulsive , et être séparées les unes des autres par un intervalle plus prolongé que dans l'état normal.
Nous avons déjà parlé de cette sensation ingrate, de cette compression qui semble au malade un obstacle permanent contre lequel il est contraint de lutter sans cesse. Tantôt la douleur obtuse, l'oppression, sont rapportées par lui au sternum ou au creux épigastrique ; tantôt il compare la sensation qu'il éprouve à celle que provoquerait un cercle de fer qui étreindrait le thorax dans les points qui correspondent aux attaches du diaphragme , ou bien encore , et c'est là une des sensations les plus habituelles chez les malades, il semble qu'un poids énorme, appliqué sur la poitrine, les empêche de respirer. Parfois aussi une douleur fixe occupe un des points du thorax, mais alors elle est plutôt la cause de la dyspnée, qu'elle n'en est un symptôme concomitant. Telle est, par exemple, la douleur que déterminent la pleurésie, le rhumatisme des parois thoraciques , etc.
M. Double parle d'une espèce de dypsnée qui appartient aux personnes mélancoliques et aux hypochondriaques, qui prennent pour leur santé des soins ridicules. «Il semble, dit-il, que ces gens-là n'osent pas respirer , ce qui imprime à cette fonction un caractère tout particulier et facilement reconnaissable» (ouv. cité, p. 27).
Il est encore d'autres phénomènes morbides qui accompagnent la dyspnée; mais ceux qu'il nous reste à faire connaître ne se rattachent qu'indirectement à son histoire; cependant, comme ils lui donnent une physionomie toute spéciale, et que d'ailleurs ils se montrent fréquemment avec elle, le tableau des symptômes serait incomplet si nous n'en disions quelques mots. Quelques auteurs d'ouvrage sur la séméiologie en ont placé la description à l'article Dyspnée ; nous les imitons.
Des malades dont la respiration est gênée poussent par intervalle un soupir (respiration suspirieuse) comme s'ils étaient en proie à une émotion morale. L'inspiration se fait alors en deux ou trois temps , et d'une manière convulsive. Quelquefois la respiration est plaintive, gémissante, luctueiise; il semble qu'une
plainte étouffée, un sourd gémissement accompagne chaque inspiration.
Dans certains cas, outre la gêne de la respiration, on trouve encore une grande inégalité dans les mouvements du thorax qui , d'abord accélérés et rapides, se ralentissent, puis reviennent à leur type normal; tantôt la poitrine se dilate fortement, et tantôt l'expansion en est très-incomplète, brusque, et saccadée. La dyspnée peut aussi produire des bruits anormaux, perceptibles à distance, et qui ont lieu pendant l'inspiration , plus rarement dans l'expiration. La difficulté de la respiration ayant pour effet ordinaire d'en précipiter les mouvements, l'ébranlement rapide imprimé à la colonne d'air détermine le bruit que fait entendre une personne qui vient de courir; c'est la respiration soufflante. Dans certains cas, elle est sibilante, ronflante, stertoreuse, râlante, lorsqu'il existe quelque obstacle dans les voies aériennes, ou des liquides agités par l'air pendant l'inspiration et l'expiration. Dans l'asthme, l'inspiration est sifflante. La respiration dans laquelle il y a suffocation imminente et dyspnée extrême est le symptôme d'une affection nerveuse, ou d'une maladie qui a son siège dans l'arrière-gorge et le larynx.
D'autres phénomènes peuvent se manifester dans le cours des affections dyspnéiques ; mais comme ils dépendent le plus ordinairement de la même cause qui provoque la dyspnée , et qu'alors on ne doit les considérer que comme des symptômes concomitants, nous croyons devoir les passer sous silence. Il nous reste à parler des causes qui augmentent ou diminuent la dyspnée envisagée comme symptôme.
Quelle que soit la nature de la maladie qui détermine la dyspnée, cette maladie a son siège en un point quelconque de l'appareil respiratoire, ou, quand elle existe ailleurs, son influence alors purement sympathique n'en est pas moins ressentie par cet appareil. Dans tous ces cas, la dyspnée survient, parce que l'hématose ne se fait plus comme dans l'état normal. Tantôt cet effet est produit par une lésion matérielle qui occupe le parenchyme pulmonaire ou le cœur , tantôt c'est l'appareil destiné à la locomotion du thorax qui est lésé dans ses fonctions ; la dyspnée peut encore dépendre d'une diminution ou d'une augmentation dans les quantités du sang qui afflue vers la surface pulmonaire, ou d'une altération dans ses qualités ou dans celles du fluide aériforme qui est nécessaire à l'oxygénation du sang; enfin, une simple lésion d'innervation des muscles du thorax, ou des conduits aérifères, peut provoquer aussi la dyspnée. Toutes les maladies qui s'accompagnent de ce symptôme agiront suivant l'un ou l'autre de ces modes, ou de plusieurs manières à la fois.Ge coupd'œil général jeté sur la cause organique ou fonctionnelle de la dyspnée est nécessaire pour
DYS
DYS
comprendre les variations qu'elle offre suivant un grand nombre de circonstances qu'il nous reste à faire connaître, et qui sont indépendautes de la nature même de la maladie.
Le besoin de respirer, ainsi que le fait remarquer Laennec, varie suivant chaque individu, à peu près de la même manière que le besoin de manger qui n'est pas le même chez tout le monde. Quelques malades, dont l'affection devrait produire une dyspnée très-intense, si l'on en juge par ce qui arrive ordinairement chez la plupart des sujets, en offrent une très-légère, et dont ils ne se doutent même pas. L'âge exerce aussi une grande influence sur la production de ce symptôme. Dans le bas âge, les enfants ne pouvant rendre compte de leurs sensations, on est conduit à supposer qu'elle existe. Laennec admet que le besoin de respirer est beaucoup plus grand dans l'enfance que dans l'âge adulte ; il fonde son opinion sur l'intensité du bruit respiratoire qui est plus marqué à cette époque de la vie; on peut croire que la dyspnée doit être fréquente dans les maladies du jeune âge-, mais on manque de données comparatives pour juger définitivement cette question. Chez le vieillard, les dyspnées symptomatiques des maladies du cœur, des gros vaisseaux, des bronches, du parenchyme pulmonaire, sont très-communes; cependant elles ne se manifestent pas toujours lors même que la maladie semble devoir les provoquer, ce que l'on . explique par la diminution de la masse totale du sang, et la rapidité moindre de la circulation. Dans quelques cas , on voit la pneumonie chez le vieillard ne donner lieu à aucune dyspnée. Dans ces cas , l'auscultation et la percussion révèlent seules l'existence de ces pneumonies dites latentes.
Tout ce qui peut agir sur l'innervation et la circulation augmente ou diminue la dyspnée. La contraction musculaire , la situation plus ou moins horizontale du corps, les émotions morales, le mouvement fébrile, l'ingestion des aliments ou des boissons, le sommeil et la veille , les remèdes mis en usage, sont autant de circonstances qui influent sur la dyspnée indépendamment de la lésion même dont la difficulté de respirer n'est qu'un des symptômes. C'est surtout en modifiant l'innervation que les émotions morales, que la lumière ou l'obscurité , que le sommeil et la veille, font disparaître, suspendent, ou provoquent la dyspnée. « C'est une grande loi en pathologie , dit M. Andral,que lorsque le système nerveux est troublé dans son action d'une manière passagère chez un individu dont un organe est souffrant , c'est surtout sur celui-ci que se fait sentir l'influence momentanée qu'ont subie les fonctions du système nerveux. Chez un sujet en proie à une gastrite chronique, les symptômes surviendront du côté de l'estomac; on verrait, au contraire , une métrorrhagie ou une apoplexie se
manifester si le sujet était atteint d'une affection utérine, ou avait of Fert antérieurement une ou plusieurs attaques d'apoplexie» (6'/m/^Me médlc, t. iv, p. 84 , 1834). Souvent la dyspnée apparaît pour la première fois sous l'influence d'une des causes que nous venons de signaler, bien que la lésion dont elle est symptôme existe déjà depuis quelque temps. Les malades rapportent parfois le début de leur affection à l'époque où la dyspnée a paru pour la prs mière fois, et il est utile d'être prévenu de cette circonstance, afin de ne pas commettre d'erreur lorsqu'il s'agit de déterminer l'âge de la maladie. Les auteurs se sont quelquefois mépris sur la véritable cause de la dyspnée ; voyant qu'elle ne se montrait qu'à certaines époques, sous l'influence d'émotions morales, de l'obscurité, après le repas, ils ont supposé que ce symptôme constituait une affection purement nerveuse, c'est-à-dire indépendante de toute altération locale.
Les causes accidentelles que nous venons de passer en revue modifient l'innervation, et c'est à ce litre qu'elles provoquent la dyspepsie, ou lui donnent, par intervalle, une intensité nouvelle. 31ais il faut reconnaître qu'elles ne peuvent agir sur l'innervation sans troubler aussi la circulation. Souvent il serait difficile de dire quel est le trouble de l'appareil qui a le plus de part dans la production du symptôme ; cependant, quand la dyspnée se montre tout à coup, et qu'elle acquiert une violence extrême sans que la circulation en paraisse sensiblement émue, il faut admettre que la lésion de l'innervation pulmonaire joue le principal rôle. La congestion sanguine intermittente qui se fait dans les poumons exerce une influence non moins douteuse. L'aslhme des anciens et de quelques modernes n'est autre chose , dans la plupart des cas , qu'une dyspnée symptomatique d'une lésion peu marquée, ou même déjà bien caractérisée, dans lesquelles le symptôme prédominant, ou même le seul appréciable, est la gêne de la respiration.
Il est rare que la dyspnée portée à l'extrême puisse causer la mort. Quelques phthisiques , ou anévrysmatiques, succombent, il est vrai, au milieu d'une attaque d'orthopnée ou d'asthme; mais la lésion que l'on rencontre dans les viscères suffit , le plus ordinairement, pour expliquer la mort des sujets. Quelquefois, cependant, on est contraint d'admettre que le trouble profond ressenti par le système nerveux a eu la plus grande part dans la production de la mort; tels sont ces cas de phthisie pulmonaire où l'on ne trouve que des tubercules miliaires, crus, disséminés en petit nombre dans les poumons; tels sont encore les cas d'hypertrophie médiocre du cœur, de coarctations de ses orifices, etc.
La difficulté de respirer se montre d'une manière continue ou intermittente, quoique la lésion soit persistante. On l'observe d'abord par intervalle, et seu'
DYS
DYS
lement lorsqu'une ou plusieurs des causes que nous avons énuméi'ées ont agi, comme un exercice corporel, une émotion morale-, quelquefois c'est après le repas, ou à l'approche de la nuit , que la dyspnée se manifeste. Plus tard, elle revieut sans cause appréciable, et finit enfin par être continue lorsque l'embarras de la circulation pulmonaire ou du cœur est devenu permanent. Rien n'est plus variable que la première apparition de la dyspnée dans les maladies ; tantôt elle précède de long-temps tous les autres symptômes, et tantôt elle ne survient qu'à une époque avancée ou vers la fin. Combien de phthisiques succombent qui n'ont eu la respiration gênée que peu d'instants avant la mort; chez d'autres, au contraire, elle ne s'est manifestée qu'au début, et c'est à peine si les malades en conservent le souvenir. Cependant, il ne faut pas toujours s'en tenir à leurs rapports; il fauiles interroger avec le plus grand soin, et varier les questions qu'on leur adresse. Ceux qui affirment n'avoir jamais ressenti de gêne dans la respiration s'essoufflent, quand ils marchent, quand ils montent un escalier, ou quand ils parlent à haute voix. Parfois aussi la dyspnée est franchement intermittente ; elle revient tous les soirs. On observe celte périodicité dans l'asthme essentiel, c'est-à-dire, qui ne peut être rattaché à aucune lésion évidente soit actuelle soit future (vo^-. Asthme, où la question de l'essentialité a été longuement discutée).
Avant de rechercher quelles sont les données fournies par le symptôme que nous étudions, sous le point de vue du diagostic, du pronostic et du traitement, il est nécessaire, pour ne pas nous égarer dans les ténèbres, d'énumérer rapidement les principales maladies où il se montre, et les diverses espèces admises parles auteurs; celles-ci correspondent, comme on va le voir, à des maladies distinctes , ou à des formes de la même maladie.
On peut se convaincre par la lecture de la A^osographie de Sauvages, de GuUen, et des auteurs du commencement de ce siècle, que la dyspnée était considérée dans un grand nombre de cas comme une maladie, et non comme le symptôme de diverses affections. La découverte de l'auscultation et de la percussion, et une connaissance plus approfondie des maladies du poumon, ne tardèrent pas à montrer le symptôme sous son véritable jour. C'est alors que le diagnostic réduisit à leur juste valeur toutes les dyspnées que les anciens considéraient comme des affections nerveuses, et que Corvisart, Laennec, M. Louis, rattachèrent successivement aux maladies du cœur et du poumon , à l'emphysème pulmonaire, etc. Toutefois, ce serait se montrei' injuste à l'égard des auteurs du XYU!** siècle que de ne pas reconnaître qu'ils ont fait des efforts louables pour découvrir les causes organiques qui peuvent gêner la respiration. L'insuffisance seule du diagnostic les a empêchés d'arriver
toujours à la localisation , et de porter dans la séméiologie cette vive lumière qu'ont fait jaillir nos mélhodes actuelles d'exploration.
Qu'on ne s'attende pas à nous voir étudier la difficulté de la respiration dans les formes, et les particularités diverses qu'elle présente dans les maladies; ce serait sortir des attributions de la pathologie générale pour rentrer dans les descriptions spéciales. Nous voulons seulement énumérer les affections les plus importantes dont la dyspnée est le symptôme fréquent.
Les inflammations aiguës ou chroniques de la muqueuse des bronches , surtout de celle qui revêt les conduits les plus déliés (bronchite capillaire) , la phlegmasie du parenchyme pulmonaire, la congestion simple ou symptomatique d'une autre lésion, l'œdème , l'emphysème pulmonaire , le développement de la matière tuberculeuse en masse plus ou moins considérable, ou d'autres produits avec ou sans analogue dans l'état sain , l'inflammation de la plèvre , l'adhérence de ses feuillets, l'épanchement séreux ou purulent dans sa cavité; eu un mot toutes les maladies du parenchyme pulmonaire et de son enveloppe s'accompagnent presque constamment de gêne et de difficulté dans la respiration; il en est de même de celles du larynx , du cœur, et des gros vaisseaux. La dyspnée qui survient dans le cours d'une hypertrophie avec ou sans lésion des orifices du cœur, ou d'un anévrysme de l'aorte et des gros vaisseaux qui en partent, ne le cède souvent en rien pour l'intensité à la dyspnée symptomatique d'une maladie du poumon.
Il est une condition indispensable pour que les fonctions d'hématose et de circulation s'exécutent régulièrement ; cette condition se trouve dans le sang qui ne peut être altéré sans qu'il ne survienne aussitôt des troubles divers. La dyspnée ne peut-elle pas dépendre des altérations de ce fluide indépendamment de toute autre lésion? C'est là certainement une question importante mais difficile à résoudre, parce que les influences réciproques du cœur, du poumon et du sang s'enchaînent par de telles affinités , que l'on ne peut les séparer aisément, surtout en séméiologie. Nous voyons la gêne de la respiration portée très-loin dans l'anémie, dans la chlorose, dans les héuiorrhagies, etc., et dans d'autres circonstances où la constitution normale du sang est à coup star modifiée. Mais faut-il attribuer à cette altération du sang le symptôme observé? N'est-on pas en droit de le faire dépendre aussi des changements survenus dans l'organe chargé d'accomplir l'hématose ?
L'élément nerveux joue un grand rôle dans la fonction respiratoire, comme le témoignent les expériences des physiologistes. Toute maladie qui exerce une certaine influence sur l'innervation générale peut produire la dyspnée , ainsi qu'on l'observe dans
DYS
le cours d'une simple névrose (hystérie, gastralgie, hypochondrie). Dans ce cas, l'innervaLioa est modifiée dans son ensemble; il est d'autres cas où le trouble fonctionnel réside uniquement dans les nerfs du poumon, ou dans ceux qui se distribuent à son appareil locomoteur. L'aslhme essentiel n'est pour quelques médecins qu'une contraclion spasmodique des conduits aérifères.
Parmi les causes qui modifient l'innervation pulmonaire, et qui peuvent provoquer la dyspnée, les unes sont de simples névroses, comme celles dont nous venons de dire quelques mots; d'autres sont des altérations caractérisées du système nerveux encéphalo-rachidien , telles que l'hypérémie, l'hémorrhagie cérébrale, le ramollissement sénile et inflammatoire, le tubercule, les épanchements séreux et sanguins, consécutifs ou non à une phlegmasie des méninges , la myélite, l'hémalo-rachis, la méningite spinale , lorsque le siège de la maladie est au-dessus de la quatrième vertèbre cervicale. Ce sont quelquefois des maladies des nerfs pneumo-gastriques , du plexus pulmonaire et cardiaque , des altérations du conduit osseux qui loge le cerveau et la moelle, des déviations du rachis, des déformations de vertèbres. Les maladies des portions supérieures du conduit alimentaire et aérien , de Testomac , du foie, les tumeurs, les épanchements situés dans la cavité de l'abdomen, la grossesse, la phlegmasie du péritoine, et de tous les viscères du bas-ventre , peuvent sans exception déterminer une certaine gêne dans la respiration. Devons-nous énumérer encore toutes les affections qui peuvent donner lieu à ce symptôme? Ce serait tracer sans aucun profit pour le diagnostic une liste très-longue et confuse de toutes les maladies locales ou générales, avec ou sans lésions matérielles, inscrites dans nos traités de médecine. Il nous suffira de résumer les modifications pathologiques communes à toutes ces causes, en disant qu'elles agissent dans la production de la dyspnée de la manière suivante : l'^En troublant les mouvements respiratoires soit dans l'inspiration soit dans l'expiration A, d'une manière mécanique (grossesse, ascite, empyème, tumeurs de nature et de siège différents); B, par une lésion de la contractilité des muscles respiratoires qui peut être augmentée ( tétanos , épilepsie , extase, etc.), diminuée ou abolie (apoplexie , paralysie), pervertie (passions, convulsions clonique et tonique, etc.).
2° En troublant Finnervation pulmonaire : la dyspnée, dans ce cas , peut être symptomalique d'une des lésions précédentes situées dans le système encéphalo-rachidien , ou bien idiopathique, comme dans l'asthme nerveux , lorsqu'on admet avec quelques auteurs que celte dyspnée est essentielle et due à la contraction convulsive des bronches.
136 — DYS
3° En troublant les mouvements moléculaires de composition et de décomposition qui ont lieu dans le parenchyme du poumon (phlegmasie , congestions , tubercules et altérations de diverse nature dont cet organe est le siège).
4° En troublant la grande et la petite circulation (maladies du cœur et des gros vaisseaux , congestions partielles, etc.).
5° En altérant la composition du sang , soit dans ses quantités (pléthore, anémie, hémorrhagie 3, soit dans ses qualités (chlorose, scorbut, et peut-être aussi les altérations précédentes).
6° Enfin, la cause de la dyspnée peut dépendre de la composition du fluide aériforme destiné à la sanguification pulmonaire. Les moindres changements survenus dans sa composition , soit par suite de la soustraction d'un de ses éléments (oxygène, vapeur d'eau), soit par son mélange avec des gaz et des particules qui s'y introduisent accidentellement ( hydrogène et oxyde de carbone, hydrogène sulfure et tous les gaz asphyxiants , les molécules pulvérulentes , saturnines, cuivreuses ou dénature miasmatique, etc.), ces changements , disons-nous , sont accusés sur-lechamp par l'organe respiratoire , dont la fonction est gênée.
Quels que soient le siège et la nature des causes morbifiques qui produisent la dyspnée, soit qu'elles occupent l'appareil respiratoire et ses dépendances ou des organes plus éloignés qui n'agissent alors que sympathiquement, leur actiou peut se rapporter à l'un de ces modes que nous venons d'établir; quelquefois une ou plusieurs de ces influences seront ressenties en même temps. On peut voir dans les diverses espèces de dyspnées admises par les auteurs , et que nous allons signaler, une confirmation des idées que nous venons d'émettre.
Sauvages range dans la cinquième classe de sa Nosologie (maladies dyspnéiques) les anhélations, dont il établit deux ordres. Le premier, constitué par les anhélations spasraodiques , qui ont pour caractère des accès passagers , souvent fréquents , des mouvements spasmodiques de la poitrine, accompagnés d'une expiration sonore. On voit figurer dans cet ordre : 1° le cauchemar , ephialtes; l'éternument , sternutatio ; 3** le bâillement , oscedo ; 4" le hoquet , singultus ; 5° la toux , tussis.
Dans le second ordre , formé des anhélations oppressives ou difficultés de respirer, les caractères de cette maladie sont des difficultés de respirer constantes et non passagères , accompagnées quelquefois d'oppression de poitrine, avec respiration fréquente, et difficulté de retenir son haleine, sans menace de suffocation. On trouve dans cet ordre: 1 ° le ronflement sterlor- 2° la dyspnée ou courte haleine, dyspnœa ; 3° l'orthopnée, suffocation, orthopnœa; 4° l'an-
DYS
DYS
gine , angina ; 5° la douleur de poitrine , pleurodpiie ; 6° le rhume , rheuma ; 7° l'hydropisie de poitrine, hyJrothorax; 8° l'empyème, cmpyema. On ne s'attend pas à nous voir faire ici la critique de telles divisions, qui n'offrent aucune espèce d'utilité, et qui doivent être d'autant plus sévèrement proscrites , qu'elles tendent à donner une idée très-fausse de la pathologie. Nous nous arrêterons donc uniquement à l'exposé des espèces comprises sous le titre de dyspnée ^ d'asthme et à'orthopnée.
Dans la dyspnée , on trouve , 1° la dyspnée pitui-" teuse ( œdème du poumon); 2° la dyspnée causée par des tubercules; 3° la dyspnée calculeuse6(;^*^«cpa calculosa ( concrétions tuberculeuses , ou crétacées des glandes bronchiques et du poumon) ; 4° la dyspnée causée par les hydatides , djs. au hydatibus ; 5° par un stéatôme ( tubercules ) ; Q^ par une vomique du poumon , dys. a vomica (Bonet) , vomica piilmonum (Willis) (excavations tuberculeuses ou d'autre nature); 7®par un sarcome , physconia (tumeurs et maladies diverses des viscères abdominaux ); 8° dyspnée de la grossesse, a graviditate (Bonet); 9° dyspnée lymphatique; tO° rachitique ( mauvaise conformation du thorax et de ses différentes parties ) ; 11° dyspnée causée par le cœur, dys. a corde (Bonet) (maladie du cœur); 1 2" par la pneumonie (pneumothorax ) ; 1 3° par l'estomac ; 1 4° par la rate ( maladies variées de l'organe) ; 15° traumatique ( contusions, plaies) ; 16" dyspnée galéniquc, que Galien produisit en coupant les nerfs diaphragmatiques ; 1 7° dyspnée causée par une hernie de l'estomac ; 1 8° scorbutique ; 1 9° anévrysmatique ( aorte ) ; 20° polypeuse ( concrétion des bronches); 21° pléthorique; 22° par étroitesse de l'aorte, dys. ab aortœ angustiâ.
L'asthme ne diffère de la dyspnée , suivant Sauvages , qu'en ce que celle-ci est continue ; et de l'orthopnée , parce qu'elle est une maladie aiguë. Quoiqu'il en soit de ces malheureuses distinctions , voici quelles sont les espèces comprises dans l'ordre formé par l'asthme : 1° l'asthme ordinaire, asthma humidum .flatulenfum j f loyer, pneumaticum , Willis, humorale , Baglivi : il comprend l'asthme essentiel , et plus souvent encore les dyspnées symptomatiques ( voy. l'art. Asthme du Compendium , 1. 1 , p. 436); 2«* l'asthme convulsif,a^f/?m<2co/icM/*iVî/mj Willis; Baglivi , asthma convulsivum siccum ; 3'' l'asthme hystérique; 4° hypochondriaque ; 5° arthritique, asthma arthriticum , de Musgraves ; cont^ulswum à materie podagricâ , Fred. Hoffmann; 6° par un polype au cœur; 7° l'asthme des meuniers, as zAm« pulverulentorum, Ramazzini ; 8° stomachique, asth. stomachicum, Baglivi ; 9° des bossus, asth.àgibho, Hippocrate , Floyer ; 1 0° l'asthme des chevaux (la pousse, emphyi:èaie ) ; 11° exanihémafeus (gale,
érysipèle, variole); 12° métallique (colique de plomb , de cuivre , encéphalopathies saturnines ) ; 1 3" cachectique ( hydropisie , anasarque ) ; 1 4° vénérien, a^M. vencreum de Juncker; 15" pléthorique, asth. plelhoricum, sanguineum de Fred. Hoffmann; 16° catarrhal (bronchites); 17" l'asthma pneumodes , pneumonie des maréchaux ( concrétions calculeuses rejetées par la toux) ; 1 8° fébrile, «*iA.yebricosum de Sylvius, de Torti (fièvre intermittente tierce ou autre).
L'ordre IX comprend l'orthopnée ou suffocation , (calarrhus sujfocativus des auteurs, suffocatio d'Etmuller, meteorismus d'Hippocrate). C'est pour Sauvages « une maladie très-aiguë, accompagnée d'une difficulté de respirer considérable et presque suffocative ; elle diffère de l'asthme en ce qu'elle ne revient pas par périodes, et de la dyspnée , parce que celle-ci est chronique, continue, et ne suffoque pas.» On trouve dans cet ordre : 1° l'orthopnée péripneumonique, catarrhus suffocat'wus de Baglivi, Etmuller (pneumonie et bronchites) ; 2° l'orthopnée cardiaque (maladies du cœur) ; 3° l'orthopnée spasmodique, orth. spasmodica de Baglivi, sicca deBaillou, conuulsio laryngis de Bartholin (?) ; 4° orth. hystérique de Villis , à îerrore de Forestus , prcefocatio uterina, strangulatio uterina, sujfocatio hysterica des auteurs (symptôme fréquent chez les hystériques); 5° par hydropisie de poitrine, ab hydrothoracc , Schrodius ( épanchemenls pleurétiques ) ; 6° orthopnée graisseuse (?) ; 7° causée par une vomique (tubercules ramollis ou abcès du poumon); 8° causée par un anévrysme (de l'aorte); 9° orth. de déglutition, orth. à deglatitis de Bonet (corps étrangers dans l'œsophage ou le larynx); 10° orth. causée par un bronchocèle, orth. à bronchocele de Bonet ( corps thyroïde et thymus ); 1 1 ° par une gastrocèle (hernie de l'estomac); 12° par une hydropneumonie; 1 3° par un emphysème; 1 4° traumatique; 15° causée par une antipathie (idiosyncrasie); 16°par des vapeurs (gaz non respirable) ; 1 7° par des vers dans l'estomac ou 1 œsophage; 1 8° par un lipome (?) ; 19° orthopnée d'inanition (celle qui survient après des hémorihagies); 20' orthopnée fébrile (dans le paroxysme de la double tierce); 21" orthopnée fausse, péripneumonie , peripneumonia hiemalis de Sydenham , perip. nostra de Van-Swieten (?); 22° orthop. scorbutique , orth. scorbutica d'Eugalenus , strangulationis metus in scorbutico , Sennert ; 23° causée par un hydrocéphale (épanchement séreux intra-crânien); 24" orthopnée varioleuse de Sydenham (dans les petites véroles confluentes) ; 25" causée par les champignons ; 26° orth. polypeuse, orth. polyposa de Bartholin , d'Etmuller.
Nous n'ajouterons aucune remarque au sujet de cette longue et fastidieuse liste de toutes les maladies
DYS
qui peuvent occasionner la dyspnée. On pourrait, cependant, la grossir bien légitimement de toutes les affections, mieux connues aujourd'hui , dans lesquelles elle se montre : certes on aurait le droit d'établir des dyspnées par emphysème, par apoplexie pulmonaire , par hypertrophie, par rétrécissement des orifices du cœur, par péricardite, etc., etc. Mais quels services pourraient rendre de semblables distinctions, qui ne font qu'introduire une confusion déplorable dans la médecine pratique , et embarrasser le médecin au lit du malade ?
Les divisions de Cullen sont moins nombreuses en apparence. U y a peu de progrès dans sa manière d'envisager le symptôme. Il divi e la dyspnée en idiopathique et ea symptomatique , et admet huit espèces de dyspnées idiopathiques.
Dyspnée idiopathique. 1" Dyspnée catarrhale, qui comprend : ^, l'asthme catarrhal ; B, l'asthme pituiteux d'Hoffmann; C, l'asthmepoeumode de Sauvages. 2" Dyspnée sèche : ^, par tubercules squirrheux ; B, par stéatômes; (7, par hydatides; Z>, par concrétions polypeuses des bronches; E, par lipome de la poitrine. 3° Dyspnée aérienne (emphysème du tissu cellulaire du poumon) : c'est la phlhisie aérieane de Stork , la dfspnœa à pneiimatica de Sauvages. 4° Dyspnée terreuse (calculs, concrétions). 5° Dyspnée aqueuse (?). 6° Dyspnée graisseuse (chez les sujets obèses). 7° Dyspnée thoracique , produite par la mauvaise conformation ou la lésion des parties qui environnent le thorax: J^ traumatique; B^ par faiblesse chez les convalescents (!) : c'est la même que la dyspnée galénique de Sauvages ; C ^ des rachitiques; i>, des bossus. 8° La dyspnée externe est produite par des causes externes (poussières métalliques ou autres corps étrangers , champignons, antipathie, bronchocèle).
Les dyspnées symptoraatiques se montrent: 1° dans les maladies du cœur ou des gros vaisseaux; 2° dans le cas de tumeurs de l'abdomen ; 3" dans les maladies de différents genres. Comme le nosographe ne fait que reproduire ici toutes les espèces que nous avons vues signalées par Sauvages, nous croyons convenable de les passer sous silence. Le seul changement opéré par Cullen , c'est d'avoir réuni l'orthopnée et plusieurs espèces d'asthmes dans la classe des dyspnées (affections spasmodiques des fonctions vitales). Il décrit cependant à part l'asthme, qu'il divise en idiopathique et en symptomatique. Le premier comprend : P l'asthme spontané ; 2° exanthématique ; 3° pléthorique {vof. l'art. Asthme du Compendlunij, t. i, p. 437 où ces diverses espèces sont décrites). L'asthme symptomatique est produit par la goutte, le virus vénérien, l'hypochondrie.
La difficulté de la respiration est un symptôme dont la signification diagnostique a peu de valeur.
— 138 - DYS
On peut s'en convaincre en jetant les yeux sur les maladies que nous venons d'cnumérer d'après Sau^ vages et Cullen. Aussi nous serait-il difficile d'établir quelques propositions générales sur les données que peut fournir ce symptôme. Disons cependant qu'une dyspnée habituelle ou intermittente , et revenant sous l'influence d'une des causes que nous avons fait connaître , doit inspirer quelque inquiétude sur l'état des poumons, surtout lorsqu'on ne trouve dans les autres appareils rien qui puisse l'expliquer. On ne doit plus aujourd'hui admettre à la légère l'existence de dyspnées purement nerveuses : c'est à une lésion organique qu'il faut songer sur-le-champ dès qu'on voit apparaître ce symptôme ; il est rare qu'après une investigation minutieu.se et habilement dirigée on ne parvienne pas à découvrir quelque maladie caractérisée. Le poumon , le cœur, et leurs feuillets séreux , doivent tout d'abord fixer l'attention du praticien, qui ne pensera qu'en dernier lieu à une affection purement nerveuse. Au reste, il est impossible d'étaWir des règles générales à cet égard : on n'ira pas , chez un sujet nerveux, hystérique ou hypochondriaque, admettre l'existence d'une lésion pulmonaire, parce que la respiration est gênée; on se rappellera aussi que la colère , la crainte, une passion dissimulée, la masturbation , un état nerveux général , des vêtements trop serrés, des veilles prolongées, des excès de tous genres, etc., empêchent la respiration de s'effectuer librement.
«La difficulté de respirer, dit M. Double, quels qu'en soient le mode et le degré , est toujours d'un augure défavorable» [Séméiologie générale, t. n , p. 23). Cette proposition montre l'inconvénient qu'il y a à généraliser en pathologie : il est rare qu'un symptôme, à moins qu'il ne soit signe , et signe pathognomonique , puisse avoir une grande valeur, pris isolément, et surtout d'une manière absolue.
Lorsqu'il existe une maladie du poumon, aiguë ou chronique , et que la gêne de la respiration reste au même degré , ou augmente , on doit supposer que la lésion augmente , et alors le pronostic est fâcheux. L'intensité de la dyspnée exprime assez bien la gravité et l'étendue de la maladie chez les phthisiques, chez les sujets atteints de pneumonie au deuxième ou au troisième degré , d'épanchement pleurétique ; ne voyons-nous pas là l'anhélation devenir extrême, être remplacée par l'orthopnée , et même par l'asthme le plus violent, à mesure que le mal fait des progrès. Dans les derniers temps de l'existence, à la dyspnée succède quelquefois une respiration extrêmement difficile, suspirieuse, luctueuse, stertoreuse, ronflante: le pronostic , alors très-grave , se tire à la fois, et de l'intensité de la dyspnée, et des symptômes qui l'accompagnent , comme la piésence du râle , les plaintes , la teneur, etc. Quelquefois aussi la gêne de la res-
DYS
DYS
piration se termine en une espèce de respiration insonore, qui semble se faire à vide, et comme si l'air ne pénélrait plus que dans le fond de la bouche , ou arrivait tout au plus jusqu'à l'entrée du larynx.
Nous avons dit que Ton jugeait assez bien de la gravité de l'anhélation par le nombre des mouvements inspirateurs; toutefois il faut encore ici prendre garde de considérer cette proposition comme vraie dans tous les cas : BI. Andral a vu chez des femmes hystériques les inspirations s'élever jusqu'à soixantequinze, quatre-vingts, et même cent quarante mouvements par minute , sans que pour cela l'existence fût menacée.
La dyspnée peut-elle être la source de quelques indications thérapeutiques? Commençons d'abord par établir qu'un traitement fondé uniquement sur ce symptôme ne pourrait être que nuisible , ou tout au moins inutile , et qu'il faut absolument remonter jusqu'à la lésion première si l'on veut agir avec quelque certitude. Ce n'est qu'après s'être livré à cette investigation que l'on doit prendre en considération la dyspnée. Quelques exemples feront mieux ressortir notre pensée. Une dyspnée extrême se manifeste chez un phthisique irritable ou en proie à une émotion morale; elle devient pour lui un symptôme pénible , et dont il demande à être débarrassé. Le devoir du médecin , dans une telle circonstance, est de traiter le symptôme; à laide des narcotiques, des antispasmodiques, parfois des toniques, ou même des excitants, il réussit quelquefois à rendre la dyspnée moins pénible. Il sait très-bien qu'il n'agit pas contre le développement des tubercules , mais il voit une condition morbide qui tend à prédominer, et , en cherchant à la combattre , il fait une thérapeutique rationnelle, et qui n'est pas toujours sans utilité. La phthisie pulmonaire, la bronchite chronique , les rétrécissements des orifices du cœur, donnent lieu parfois à des asthmes d'une telle violence, et qui semblent menacer si prochaiuement la vie des sujets, que l'on peut être forcé de recourir à une médication très-aclive pour parer à ce symptôme. Dans le cas que nous venons de citer, c'est sur l'innervation pulmonaire que Ton s'efforce d'agir par l'intermédiaire du système nerveux encéphalo-rachidien.
Un autre élément morbide peut également acquérir une fâcheuse prédominance; il consiste dans le trouble de la circulation, qui est, comme la dyspnée, sous l'empire même de la lésion principale. Tci encore la ligne de conduite du médecin est toute tracée : il s'aperçoit que la circulation est précipitée, extrêmement active, ou que le sang est en trop grande quantité, et il combat ce symptôme en pratiquant une ou plusieurs saignées. En diminuant ainsi le nombre et l'intensité des battements du cœur, la dyspnée cesse , ne reparaît qu'à de longs intervalles , ou devient un symp-
tôme supportable pour les sujets. Dans d'autres cas , on réussit très-bien à la calmer à l'aide de la digitale qui ralentit les battements du cœur ; alors, en effet, l'afflux du sang vers le poumon étant moins considérable, il en résulte un plus juste rapport entre la quantité de sang à oxygéner et la petite portion de surface pulmonaire qui , envahie par la lésion , peut encore servir à l'hématose. Que fait on autre chose que de combattre le symptôme, quand, chez un sujet anévrysmafique , ou affecté de rétrécissements aux orifices du cœur, on pratique une ample saignée? Ici , la cause de la dyspnée est différente de ce qu'elle est dans le cas précédent; tandis que c'est le poumon qui, altéré dans sa structure, ne remplit qu'incomplètement sa fonction ; dans l'autre cas, c'est le cœur qui ne fait parvenir qu'avec peine jusqu'au poumon le sang nécessaire à la sanguification : dans les deux cas , le résultat est le même , et se traduit par la gêne delà respiration. Mais le remède est parfois bien différent: dans un cas la saignée est utile, parce qu'elle diminue la quantité de sang, ou la trop grande énergie du cœur (la digitale , l'opium , produisent le même effet) ; dans un autre il faudra rendre au cœur une force qu'il a perdue ( insuffisance de valvules , dilatation avec amincissement); d'autres fois enfin c'est sur le système nerveux qu'on doit agir.
Quelquefois le traitement de la dyspnée est le seul que l'on puisse faire; comme dans les affections dyspnéiques essentielles que l'on appelle asthme^ contre lesquelles on a dirigé tous les médicaments antispasmodiques, narcotiques, toniques , nous pourrions même dire toute la matière médicale. On est réduit dans ces cas, qui deviennent plus rares de jour en jour, à essayer des substances dont l'action est trèsdifférente, et dont le succès nepeut être expliqué que par les lésions nombreuses dont la dyspnée dite essentielle n'est que le symptôme.
Quoi qu'il en soit de toutes les causes variées qui gênent la respiration, nous conseillons au praticien, lorsqu'il en aura nettement déterminé la nature et le siège, de s'enquérir s'il doit agir sur la circulation, sur le système nerveux , ou sur le poumon. Dans ce but, tantôt il emploiera les agents thérapeutiques qui ralentissent la circulation ( cas d'hypertrophie du cœur ) , et tantôt ceux qui lui donnent de l'éneigie (dilatation avec amincissement , rétrécissement , hypertrophie chez les vieillards, etc.); dans d'autres cas, il cherchera à diminuer le besoin de la respiration à l'aide des narcotiques, en se rappelant toutefois que chez un grand nombre d'anévrysmatiques le repos momentané qu'on obtient par l'administration de l'opium est plus que compensé par l'anxiété et l'orthopnée extrêmes qui suivent le sommeil ou le repos que l'on a procurés au malade. Celui-ci vous conjure parfois de ne plus le faire dormir, parce que son réveil est plus
ÉBL — 140
pénible que Tétat de veille où il était auparavant. C'est encore en recourant à l'usage des antispasmodiques, de la belladone , du datura stramonium , des préparations narcotiques, que le praticien parvient à rendre quelque calme aux malheureux phthisiques , ou aux sujets atteints d'emphysème. L'injpluenee salutaire de ces remèdes tient à la modification que l'on imprime à l'innervation cérébrale et pulmonaire en même temps. Enfin, quelquefois c'est en rendant à l'air sa pureté, ou en le distribuant avec profusion autour du malade , que l'on fait cesser pour un temps souvent assez long la difficulté de respirer témoin les asthmatiques ( tubercules, emphysème , hypertrophie du
EBL
cœur), qui ne respirent librement qu'au grand air, et qui sont pris de suffocation dans les appartements fermés, occupés par un grand nombre de personnes , ou trop petits pour contenir une grande masse d'air. Nous avons indiqué les principales manières d'attaquer la dyspnée ; rappelons, en terminant, que le praticien, dans aucun cas, ne doit établir sa thérapeutique sur un symptôme, surtout lorsqu'il est commun à presque toutes les maladies, comme la dyspnée , mais qu'il peut rendre plus d'un service en combattant le symptôme, une fois qu'il connaît la lésion intime qui l'a provoqué.
DYSURIE , voyez Mixtion.
ÉBLOUISSEMENT, s. m. On donne, en séméiologie, le nom ^ébloui s sèment à une perversion toute spéciale de la vision, qui fait que le malade est privé subitement de la faculté de voir, ou croit apercevoir des corps brillants d'une blancheur appelée éblouissante, parce qu'elle ôte tout à coup à l'œil la faculté de voir. Quelquefois les sujets s'imaginent avoir sous les yeux des corps colorés en rouge, des peiits points noirs, des raies de feu, des étincelles. Pour donner une idée nette de ce phénomène, rappelons qu'on l'éprouve quand on passe d'un lieu obscur dans un endroit fortement éclairé, ou bien quand on a considéré pendant quelque temps une grande surface blanche, un corps lumineux , comme le soleil, ou un corps métallique poli et brillant, etc. Cette perversion de la vision est quelquefois bornée à un seul œil, plus ordinairement étendue aux deux yeux , et accompagnée ou non d'une douleur ayant son siège sur le globe oculaire, ou dans une partie plus reculée de l'orbite.
Ce symptôme n'a qu'une importance très-secondaire en séméiologie. Il se présente au début de plusieurs maladies de l'œil, de celles de la rétine, et des maladies que l'on a considérées comme de simples névroses de l'œil. On l'observe également chez des sujets en proie à des névralgies de la face, à la gastralgie, à des névroses, telles que l'hystérie, l'épilepsie, en un mot, dans toutes les affections qui se révèlent à nous par des troubles plus ou moins notables des appareils du sentiment. C'est encore par suite d'une modification nerveuse toute sympathique que l'éblouis-sement paraît dans les affections viscérales, surtout à leur début, et dans celles qui sont de nature à réagir fortement sur les centres nerveux. Quelquefois l'éblouissement, qui, envisagé en luimême, constitue un symptôme léger, se rattache cependant à uu trouble générai de l économie : tel est
l'éblouisseraent qui figure dans les symptômes précurseurs de l'affection typhoïde , et qu'il ne faut pas confondre avec le vertige, dont les malades ne savent pas toujours le distinguer. On l'a vu se manifester tout à coup au début du typhus, de la peste, du choléra, à une époque où les symptômes caractéristiques de ces maladies ne s'étaient pas encore montrés. Dans tous ces cas, l'apparition de l'éblouissement atteste une perturbation nerveuse qui est souvent en rapport avec la gravité du mal. Quelquefois aussi c'est un phénomène éphémère qui n'offre aucune gravité.
L'éblouissement se présente dans trois conditions organiques tout à fait opposées. La première, c'est lorsqu'il existe une hypérémie générale qui précipite le sang vers le cerveau , ou lorsqu'il existe une congestion tout à fait locale vers cet organe, soit que celte congestion soit primitive, soit qu'elle se rattache à une lésion permanente qui produit d'une manière continue ou intermittente l'afflux sanguin. La seconde condition consiste dans une diminution des quantités de sang, comme dans l'anémie générale, ou bornée au cerveau, ce qui est rare. Enfin, nous admettrons une troisième circonstance qui peut produire aussi l'éblouissement , nous voulons parler des altérations survenues dans la composition du sang durant le cours de certaines maladies. Ce symptôme s'observe chez les scorbutiques , chez les chlorotiques , chez les sujets atteints de typhus. Examinons en particulier chacun de ces trois ordres de causes.
L'éblouisseraent se manifeste lorsque le sang , en quantité trop considérable, ou riche en fibrine, vient stimuler fortement la pulpe cérébrale. C'est ainsi que la pléthore , l'hypertrophie du cœur sans rétrécissement des orifices, le mouvement fébrile, la contraction musculaire , certains obstacles au retour du sang vers le poumon et le cœur, la position déclive du verlex, dclcrmiuenl l'éblouissenient. D'autres fois, c'est lors-
ECG
ECC
que le saug est appelé vers le cerveau par une cause morbide , comme dans la congestion (coup de sang), l'apoplexie cérébrale, l'encéphalite , la méningite, et les productions pathologiques qui se développent dans l'encéphale.
Ce symptôme survient encore lorsque le cerveau ne reçoit plus une dose suffisante de son stimulant naturel. Dans l'anémie générale, après les hémorrhagies, les émissions sanguines poussées trop loin, on voit les sujets, profondément débilités, ne pouvoir se tenir dans la position verticale sans éprouver aussitôt des éblouissements et d'autres troubles nerveux. De là une indication thérapeutique assez pressante, qui consiste à placer le sujet dans une situation horizontale, de manière à ce que le sang arrive en quantité suffisante, et par son propre poids, vers le cerveau.
Enfin , faut-il rapporter à une altération du sang qui n'exerce plus une stimulation physiologique sur les organes l'éblouissement de la chlorose, de l'hydrohémie, du scorbut, de la fièvre typhoïde, du typhus, etc., ou n'y voir qu'un effet de la perturbation qu'a ressentie tout le système nerveux sous l'influence productrice de ces maladies, influence qui nous échappe ?
Il faut admettre un quatrième ordre de causes, que nous faisons consister dans une simple modification passagère et instantanée de l'innervation. Telle est la nature de cet éblouissement que l'on éprouve après une vive émotion morale de peine, de plaisir ou de terreur, après le coït, lorsqu'on a longtemps exercé les organes de la vision , ou fixé des objets brillants , d'une blancheur éclatante, etc.
L'éblouissement, envisagé sous le point de vue de k séméiologie, n'a aucune valeur, pris isolément; mais réuni à d'autres symptômes, et rapporté à la cause qui le produit, il ne manque pas d'une certaine importance.
ECCHYMOSE, s. f. , de sx,x,û[/.wa'.?, va-/jj^m^c(., épanchement de sang, dérivé de ex^ui^-ow, e>c5(,u[^,ou<T6at , s'extravaser, extravasation de sang dans Le tissu des organes.
Les auteurs ont donné à ce mot diverses significations. Hippocrate, le prenant dans un sens général, considère comme ecchymose l'épanchement du sang hors des vaisseaux produit par une cause le plus ordinairement traumatique. Galien , qui semble d'abord lui accorder un sens général, en appelant ecchymose «l'épanchement sanguin dans le voisinage des vaisseaux», revient ailleurs sur cette définition, et dit : «Quum contusa caro in eam, quse sub ente est, re- «gionem, sanguinem effundit.... hic affectus suf- «fusio, =x-xa)u.«, vocatur.» Paul d'Égine ne s'arrête aussi qu'aux phénomènes extérieurs , lorsqu'il dit : «Si la peau reçoit l'action d'une violence extérieure], et que le sang s'échappe par diapédèse des vaisseaux
roBipus,il produit, en s'épanchant sous la peau, ce que l'on nomme une ecchymose. »
Les médecins qui ont étudié ce phénomène dans ses rapports avec la médecine légale ont appelé ecchymose toute infiltration, ou épanchement de sang dans les aréoles des divers tissus (Orfila , Médecine légale, t. n, p. 402). Us ont distingué une ecchymose par infiltration, lorsque le sang est infiltré dans les mailles des tissus, et ne forme qu'une tumeur diffuse; et une ecchymose par congestion, lorsque le sang est extravasé en certaine quantité , et constitue une tumeur molle ou rénitente (thrombus). Enfin, quelques auteurs ont réservé le nom de sugillation à l'ecchymose de cause interne, et celui de lividités cadavériques aux taches violacées et livides qui surviennent après la mort, et qui se distinguent aussi des précédentes , en ce qu'elles sont formées par la stase du sang dans les vaisseaux , et non par son extiavasation.
Il résulte de ce qui précède que l'on s'est servi du mot ecchymose dans un sens plus ou moins restreint; que les uns ne se sont arrêtés qu'à l'extravasation produite par une violence extérieure , tandis que les autres ont vu dans l'ecchymose une extravasation de sang dans les tissus , quelle qu'en fût la cause. Nous n'avons pas à nous occuper ici de l'ecchymose sous le point de vue de la médecine légale ni de la pathologie externe ; nous ne devons l'envisager que comme le symptôme d'affections internes assez nombreuses.
Nous considérons comme ecchymose toute tache rouge, violacée, ou livide, de grandeur variable, ne faisant pas saillie au-dessus de la peau , ne s'accompagnant d'aucune sensation prurigineuse, ou douloureuse constituée par l'extravasation du sang sousl'épiderme, dans l'épaisseur du derme, ou dans le tissu cellulaire sous-cutané. L'ecchymose est donc pour nous un terme générique qui doit comprendre toutes les suffusions sanguines de la peau et du tissu cellulaire sous-jacent qui dépendent d'une affection interne. Elles s'appliquent, par conséquent, à l'ecchymose proprement dite, à la pétéchie, à la tache scorbutique , au purpura hemorrhagica, et à toutes ces lésions locales de la peau qui sont précédées ou suivies d'une petite hémorrhagie ayant son siège dans le derme , ou sur l'une ou l'autre de ses surfaces. Cette définition diffère, sous un grand nombre de rapports, de celles admises par les auteurs; cherchons donc à la légitimer, en montrant les inconvénients attachés aux distinctions subtiles que l'on a tenté d'établir, et qui détruisent les affinités naturelles dont nous allons faire ressortir les principaux traits.
L'expression d'hémacélinose (aï[j.a, sang, xviXiç, tache, vcffo?, maladie), créée par Pierquin, et employée par M. Rayer, pour désigner le pourpre et la maladie tachetée de Wherloff , convient mieux que
ECG
EGG
la dénomination d'ecchymose pour rendre les (aches sanguines de la peau; car l'on désigne souvent sous ce nom l'extravasation du sang dans le tissu d'autres organes. Nous ne traiterons dans cet article que de l'ecchymose cutanée , ou de l'hémacélinose prise dans le sens que nous venons de déterminer.
Description de l'ecchymose et de ses différentes formes. — Le siège anatomique de l'ecchymose est différent: tantôt le sang s'infiltre sous l'épiderme ou dans l'épaisseur même du derme, tantôt dans le tissu cellulaire sous-cutané ; quelquefois aussi le sang , devenu plus séreux et altéré dans sa composition , pénètre dans un ordre de vaisseaux où il n'arrive pas ordinairement; c'est alors une véritable injection et non une ecchymose telle que nous l'avons définie. Mais nous croyons qu'il est impossible d'établir sur le vivant cette distinction qui , du reste, n'a pas une grande importance , puisque cette erreur de lieu se montre à peu près dans les mêmes conditions pathologiques. Quelquefois le sang- s'épanche en quantité tres-minime, ou bien se rassemble en foyer comme dans le scorbut et même dans la peste , au rapport de Diemerbroeck. Le siège des ecchymoses est différent; tantôt elles occupent le tégument externe, tantôt les membranes muqueuses; elles se présentent aussi dans le tissu cellulaire adhérent des séreuses.
L'ecchymose, telle que la définissent les auteurs, se présente sous la forme d'une tache d'un rouge violacé ou livide , et même noir , accompagnée d'aucune saillie, d'aucun prurit, d'aucune doueur, ne disparaissant pas sous la pression du doigt. Son étendue varie non-seulement chez les diiférents sujets et dans les maladies dont elle constitue un des symptômes , mais encore durant le cours de la même affection; comme chez les scorbutiques, on la voit acquérir une éiendue plus ou moins considérable, suivant l'intensité de la maladie et l'altération plus ou moins profonde du sang. C'est ainsi que , vers la fin d'un scorbut qui doit se terminer d'une manière funeste le corps n'est plus, pour ainsi dire, qu'une vaste ecchymose. Dans le cours des hémorrhagies , il semble que le nombre et l'étendue des ecchymoses augmentent à mesure que le sang s'appauvrit.
Les ecchymoses se forment de préférence dans les régions du corps où la peau est très-mince , sa trame lâche et les vaisseaux capillaires abondants comme aux paupières , au cou, sur la partie interne des membres , etc. Lorsqu'elles marchent veis la résolution, qui est la terminaison la plus ordinaire de cette hémorrhagie, on voit la couleur rouge, lie de vin, livide ou noirâtre de la tache, perdre de jour en jour de son intensité. Sa circonférence, qui est, en généial, mal circonscrite et à bords irrégulieis, se confond par des nuances insensibles avec les parties restées
saines de la peau, dont il est difficile de la distinguer. On voit aussi , au bout d'un temps variable , suivant l'étendue de l'ecchymose et la quantité de sang infiltré ou épanché , suivant l'activité de la résorption , et surtout suivant que la cause pathologique sous l'influence de laquelle la tache hémorrhagique s'est formée cesse ou continue à agir, on voit la couleur foncée de l'ecchymose passer au violet , au jaune verdàtre, au jaune clair, et la teinte s'effacer à mesure que la matière colorante du sang est enlevée par l'absorption. Ces changements de couleur se manifestent plutôt à la circonférence qu'au centre, ainsi que nous l'avons déjà dit. On n'observe jamais d'exfoliation sur l'épiderme , à moins qu'il n'existe quelque affection cutanée concomitante.
Si nous cherchons dans quelles maladies internes la tache ecchymotique s'est montrée, nous voyons que c'est surtout dans celles caractérisées par une profonde altération du fluide en circulation , soit qu'elle ait existé d'une manière primitive, soit qu'elle ait suivi l'altération des solides. Elle a été surtout remarquée dans tout le cours de l'affection scorbutique, dont elle constitue un des principaux symptômes. Dans cette maladie , le sang qui s'épanche en quantité considérable , ou d'une manière successive , envahit en même temps presque tous les tissus ; les hémorrhagies interstitielles, qui ont leur siège dans la peau ou dans son tissu cellulaire, occupent tantôt une étendue considérable égale à celle de la main ou presque tout un membre; tantôt elles imitent tout à fait les pétéchies. Les macules scorbutiques , dit J. Plenck , peuvent avoir la largeur de la main, être aussi petites que des pétéchies , ou avoir la longueur des vibices : « Non solum maculae palma-
«res lividse autrubentes, sedetiam parvse ut petechiae, «et longse ut vibices obseivanlur» [Doctrina de morbis cutaneis ; Vienne, 1 783 , p. 31). Nous conseillons à ceux qui seraient encore tentés de maintenir les distinctions établies entre les ecchymoses et les pétéchies de médiier attentivement ce passage, et surtout d'observer les maladies telles que le scorbut, les fièvres graves, les empoisonnements septiques qui leur offi iront dans leur cours, tantôt des ecchymoses , et tantôt des pétéchies , plus souvent encore ces deux symptômes à la fois.
Nous devons encore mettre au nombre des maladies qui donnent lieu aux taches ecchymotiques toutes les affections dans le cours desquelles on a observé les pétéchies, comme la peste , le typhus, la fièvre typhoïde, les phlébites, les résorptions purulentes, toutes les fièvres ma// mon* appelées putrides, malignes, ataxiques, adynamiques, par les anciens, et même toutes les maladies chroniques qui s'accompagnent vers la fin ou à d'aulres époques de leur cours, d'une altération générale ou cachexie. Sous ce der-
EGG
EGG
nier point de vue il n'est pas une maladie locale qui ne puisse produire l'ecchymose tout aussi bien que la pétéchie. Enfin, dans ces derniers temps, on a constaté sur le cadavre des hommes qui succombent à la morve aiguë une infiltration du chorion par un sang noir qui lui donne nue couleur lie de vin, et des ecchymoses dans le tissu cellulaire sous-cutané (Vigla, De la morve algue chez l'homme; diss. inaug-j 1839^ p. 5 1 , Paris ; et Rayer, De la mon>e aiguë et du farcln chez l'homme, in-4*', 1837). On remarque aussi dans cette maladie ces taches bleues que l'on retrouve dans la forme adynamique de la fièvre typhoïde, et qui sont de véritables ecchymoses.
Eu présence de ces maladies, si diverses quant à leurs manifestations extérieures, et qui s'accompagnent toutes d'hémorrhagies intra-cutanées ou sous cutanées, n'est-il pas permis de chercher une cause commune? Cette cause paraît être une altération du sang, consistant surtout dans une fluidité plus grande, une diminution de cohésion de ses éléments, soit que l'on considère cette altération comme primitive et comme l'origine première de tous les accidents de la maladie, ce qui nous paraît probable et appuyé sur les recherches récentes dont le sang a été l'objet, soit que l'on fasse résulter l'altération du sang de la lésion locale d'un viscère ou d'une modification de l'innervation. Ce qu'i. importe d'ailleurs de remarque ravant tout, c'est la tendance du sang à sortir de ses vaisseaux pour s'infiltrer dans le derme ou à sa surface libre et adhérente.
Huxham , faisant l'histoire d'un état morbide qu'il appelle dissolution et putréfaction du sang, a rapporté les exemples les plus remarquables d'ecchymoses que nous puissions citer. Il dit que les personnes en proie à cette altération du sang étaient couvertes tout à coup , Ou après quelques symptômes fort légers , de taches violettes , livides , ou même noires et bleues; qu'elles éprouvaient des hémorrhagies abondantes, dangereuses et souveut funestes , dans un temps où elles se croyaient à peine malades {Essai sur les fièvres ; Paris , in-12, 1765 , p. 58). L'observation d'un chirurgien qui fut affecté d'une maladie dans laquelle Huxham fait jouer le principal rôle à la dissolution et à la putridité du sang nous force à admettre qu'il existait en effet une altération du liquide en circulation. Les taches violettes et livides qui se montrèrent dès le début sur le cou , sur les bras, les hémorrhagies par différentes voies, elles autres accidents qui ont été observés, confirment entièrement cette manière de voir (p. 87). Nous ne prétendons pas qu'il faille regarder comme vraies, daus ce cas, la dissolution et la putridité du sang, elles explications hypothétiques auxquelles Huxham consacre plusieurs pages [op. cit., p. 61;; mais ce qui reste certainement acquis à la science , c est l'al-
tération du sang. Existe-t-elle dans tous les cas où l'on observe des ecchymoses, des pétéchies, etc.? Nous ne pourrions répondre à cette question qu'en discutant la nature des fièvres graves, de la peste , du typhus, etc.; mais ce serait entrer dans une étude qui doit trouver place ailleurs (voy. Sang, Typhus, Typhoïde Fièvre).
L'ecchymose apparaît quelquefois spontanément à la surface du corps, et spécialement des membres, sans qu'il existe de trouble appréciable dans la santé (nous ne parlons pas du purpura simplex). M. Rayer rapporte deux exemples d'ecchymoses sôus-cutanées dans lesquelles le développement des taches parut lié à un ralentissement de la circulation veineuse dans certaines parties du corps (Rayer, Traité des maladies de la peau, t. n, p. 149, obs. clxvh et clxvui). M. Ollivier a vu sur un jeune homme fort et robuste des ecchymoses apparaître et se succéder sur les diverses régions des membres, pendant quinze jours environ , sans que rien annonçât une altération des solides ou des fluides (art. Ecchymose du Dictionn. de méd., 2*'édit. , p. 134).
La cause de l'ecchymose consiste quelquefois en une lésion bien marquée du cœur ou des vaisseaux. N'est-ce pas à l'obstacle que le sang se fait à lui-même qu'il faut attribuer ces taches ecchymoliques qui surviennent tout à coup et sans troubles généraux chez des hommes robustes et pléthoriques , dont le sang , trop abondant et trop riche , ne circule qu'avec une certaine difficulté? On trouve une preuve de ce mode d'action dans la rapidité avec laquelle les taches disparaissent sous l'influence de la saignée. Les rétrécissements situés aux orifices des cavités droites et gauches du cœur, la compression de quelques veines principales, l'hypertrophie, surtout quand elle est produite par la coarctation des orifices, la dilatation avec amincissement , les lésions du parenchyme pulmonaire amenées par unemaladie organique, s'accompagnent souvent d'ecchymoses. Onvoitdes pneumonies doubles, et dont la marche est très-rapide, faire périr des sujets dans un véritable état d'asphyxie ; des taches ecchymoliques apparaissent parfois dans cette circonstance. N'est-ce pas aussi à la gêne qu'éprouve la circulation qu'il faut rapporter l'ecchymose qui se développe sur les membres inférieurs des femmes enceintes, dans la cyanose, etc. ?
David, Louis, Leblanc , Valentin, ont admis que le signe le plus certain de l'épanchement du sang dans la poitrine est une ecchymose qui se manifeste à l'extérieur sur tout l'espace que le fluide occupe en dedans. Lamy, Sabatier , M. Larrey, regardent aussi ce signe comme très-important; Desgranges, au contraire , prétend qu'il n'offre aucune certitude.
Quelquefois l'ecchymose tient à une cause tout à fait locale : telle est celle qui se manifeste dans le lieu
ECC
KCG
occupé par l'érythème uoueux(erylhema nodosum). M. Ollivier l'a vue en même temps qu'uu œdème aigu; il l'attribue «à Tintensité du mouvement fluxionnaire qui s'opérait vers les téguments, et qu'attestaient d'ailleurs un état fébrile continu, ainsi que la douleur et la chaleur des parties qui devenaient le siège de cette exhalation sanguine et séreuse» (art. Ecchymose, dans Dict. de méd., et ^rch. génér. de méd.,t. xv, p. 206). «M. Duparcque , disent les auteurs de l'article cité ( Dict. de méd.^ p. 1 36 ) , a publié sous le nom de dermite contusiforme, une observation intéressante de cette variété de l'érythème qui fut accompagné d'une exhalation sanguine dans le tissu cutané (Gaz. méd., octobre, 1834).
On peut voir, d'après ce qui précède , que la valeur diagnostique et pronostique de l'ecchymose est très-variable. Cependant on peut dire, d'une manière générale, que quand elle ne tient pas à une des causes locales que nous avons citées en dernier lieu, elle annonce une maladie grave dans laquelle les fluides, et le sang, en particulier, ont subi une altération profonde. L'apparition des hémorrhagies dans de telles circonstances ne laisse aucun doute sur la modification pathologique que le sang a subie. Le pronostic est aussi très-grave. On peut établir, d'après ce symptôme, une indication thérapeutique que les auteurs de tous les temps ont saisie. Elle consiste à combattre l'état des liquides par les toniques, les amers, les excitants. On -sait que le quinquina et ses diverses préparations , les plantes aromatiques , et celles qui contiennent un principe excitant, comme les crucifères , etc., étaient d'un usage presque général dans ces circonstances : aujourd'hui même c'est encore à ces agents thérapeutiques que nous sommes forcés de recourir lorsque nous voulons remplir l'indication thérapeutique dont il s'agit. Faisons remarquer que la connaissance que nous avons des altérations du sang est encore trop imparfaite pour que nous puissions fonder leur traitement sur la présence seule des ecchymoses. N'existe-til pas d'ailleurs des maladies dans lesquelles le sang est à coup sur altéré comme dans la chlorose, l'anémie, et qui ne donnent pas lieu, du moins le plus ordinairement , au développement de ces taches hémorrhagiques ?
Nous plaçons immédiatement après la description de l'ecchymose celle de la pétéchie ; il est impossible, en effet, de les différencier l'une de l'autre, comme il est facile de s'en convaincre, soit que l'on veuille en établir la séparation d'après les symptômes et les considérations tirées du siège anatomique de la lésion, soit que l'on remonte à la cause pathogénique qui les produit.
Pétéchie^ dérive du mot pestis, peste. — Taches pétéchiales j pourprées j pourpre j péticules. Fr. ' — Pestichiœ , puncticula , peticulœ, lenticulœ.
purpura^febris petechialis^ pefcchizans, culica' ris^ pulica ris. hdit. — Petecchie. Ital. — Petechien , Peteteschen, Pestjlecketi , Blutfiecken. AU. — Petocie. Polon.
Les pétéchies sont «de petites taches éparses sur la périphérie de l'appareil tégumentaire, le plus ordinairement rouges, souvent livides, violettes ou noirâtres , tantôt semblables à des piqûres de puce, tantôt figurées comme de petites lentilles , avec ou sans fièvre , plus ou moins persistantes sur la peau. Elles varient singulièrement dans leur dimension ; ce ne sont quelquefois que des points imperceptibles» (Alibert, Dermatoses hémateuses, genr. ii, p. 728, Monographie des dermatoses, in-'i'^, Paris, 1832). Toutes les descriptions données successivement par les auteurs ressemblent à celle que nous venons d'emprunter à l'ouvrage d'Alibert.
Plenck distingue les pétéchies des macules gangreneuses , des macules scorbutiques et des vibices ( ouvr. cit. p. 30 ). Les vibices sont des taches ecchymotiques, allongées, comme produites par des coups de fouet; il eu établit plusieurs espèces: 1" une produite par les coups de fouet ; 2" par le scorbut; 3° par les fièvres; 4*^ par un panaris. Cette dernière vibice n'est sans doute qu'une coloration produite par une phlébite ou une lymphangite. Nous croyons inutile de montrer le ridicule de ces distinctions. Cherchons maintenant si l'on peut trouver des différences bien réelles entre la pétéchie , d'une part , et les taches du pourpre , de l'ecchymose , du morbus maculosus, etc., de l'autre.
Si les taches sont petites, de la grandeur d'une piqûre, on a les pétéchies de la fièvre typhoïde, de la peste , du typhus et de toutes les fièvres dites pétéchyzantes , précisément à cause de l'apparition de ces petites hémorrhagies ; si les taches ne s'accompagnent d'aucun symptôme grave , d'aucun mouvement fébrile, on a le purpura simplex, les petechiœ sine febre. Mais si la maladie ne reste plus bornée au tégument externe , si l'on voit survenir des hémorrhagies par différentes voies , de la fièvre , et quelques symptômes graves, on décrit alors les pétéchies sous le titre de purpura hemorrhagica, de morbus maculosus de Tf^herlojf. Ce n'est pas tout encore: en continuant ainsi à faire autant de maladies distinctes qu'il y a de modifications particulières dans les taches , on décrira , avec Bateman ; 1° un purpura urticans, caractérisé par des taches un peu saillantes , avec prurit, et offrant quelque ressemblance avec les élevures de l'urticaire {^Abrég. prat. des malad. de la peau, par Th. Bateman, trad. par Bertrand, in-8°; Paris, 1 820, p. 1 58); 2° un purpura senilis chez les sujets âgés ; 3" un purpura contagiosa constitué par les éruptions diverses auxquelles donnent lieu les fièvres , et qui ne
ECC
ECC
sont pas toujours, comme on le sait , des ecchymoses. Enfin , si les taches s'élargissent , si elles acquièrent une étendue de plusieurs lignes , d'un pouce , et plus , on aura les ecchymoses scorbutiques , ainsi appelées parce qu'elles se montrent dans les affections de nature scorbutique.
On voit sur-le-champ combien sont fugaces et incertains les caractères différentiels que l'on a assignés aux formes diverses que peut prendre l'ecchymose.En résumé, les pétéchies ne se distinguen t que par la grandeur de la tache. Les auteurs de l'article Ecchymose du Dictionnaire de médecine (2*^ édit., p. 136), suivant l'exemple qui leur est donné par d'autres auteurs , ne veulent pas que l'on se serve de cette dénomination pour désigner les taches livides qui se manifestent dans les fièvres putrides et péléchiales: «Leur aspect, l'état où se trouve le sang qu'elles contiennent , n'offrent rien de semblable à ce qu'on rencontre dans l'ecchymose.» Se fondant sur la description que Stoll a laissée de certaines taches noires survenues dans le cours d'une fièvre pétéchiale , et qui , incisées , laissaient écouler un sang noir et fluide, ils pensent que le sang étant réuni en foyer dans les pétéchies, on ne peut les confondre avec l'ecchymose, dont les taches, plus larges et isolées, sont constituées par du sang infiltré dans les mailles du tissu lamineux. L'erreur dans laquelle sont tombés ces auteurs est facile à apercevoir. Nous citerons d'abord , comme preuve anatomique qui ne laisse aucun doute sur le siège de la pétéchie , une préparation anatomico-pathologique de Prochaska (in Patholog. înt. de J. Frank, t. ii, p. 34; Encfclop. des scienc. médic). Elle montre une injection très -manifeste des vaisseaux capillaires dans une portion de peau prise sur le bras d'un sujet mort avec des pétéchies ; la matière colorée qui avait servi à l'injection formait aux environs de ces vaisseaux autant de points qu'auparavant on avait constaté de pétéchies. Si l'on a trouvé du sang fluide dans quelques cas, c'est qu'il y avait ecchymose par épanchement, et non par infiltration. Cette dernière forme d'hémorrhagie interstitielle se montre d'ailleurs, et dans la pétéchie et dans l'ecchymose, et tous les auteurs s'accordent à placer le siège de la pétéchie dans le réseau constitué par le système des vaisseaux capillaires. Leurs dimensions ne peuvent servir davantage à les différencier de l'ecchymose; et d'ailleurs ne trouve-t-on pas à chaque instant , sur le même sujet, des ecchymoses, des pétéchies, des vibices,etc.? Il n'est pas rare de voir, dans le cours des fièvres graves et du scorbut, des taches pétéchiales faire place à des ecchymoses qui , dans le principe, diffèrent peu des pétéchies par leur largeur, et qui finissent ensuite par envahir de grandes surfaces. Diemerbroeck rapporte que , dans la peste qu'il eut occasion d'observer, les taches ressemblaient m. .
tantôt à celles qui avaient été produites par des coups de fouet, tantôt à des pièces d'une monnaie de cuivre qui a la forme d'une croix; d autres étaient arrondies, lenticulaires ; d'autres, enfin, couvraient tout un membre ou une grande partie.
On ne peut pas établir non plus de ligne de démarcation bien tranchée entre l'ecchymose par infiltration , et l'ecchymose par épanchement. On trouve souvent réunies sur le même sujet ces deux formes de l'héniorrhagie. Les foyers apoplectiques de petite dimension que l'on rencontre sur les membranes tégumentaires internes, ou dans l'intérieur des viscères, ne sont que des ecchymoses internes par épanchement.
Nous pourrions accumuler bien d'autres preuves pour montrer que toutes les distinctions que l'on a enté d'établir sur les variétés de forme, d'étendue, de siège de l'ecchymose sont vaines et contraires à l'esprit de la pathologie générale. Lorsqu'en effet l'on envisage ce symptôme d'un point de vue synthétique, on voit qu'il se rattache à des causes pathogéniques communes, si l'on en excepte les taches du purpura simplex, affection dans laquelle on n'a pu saisir jusqu'ici aucune lésion appréciable, et les ecchymoses par cause locale dont nous avons parlé.
On peutadmettre, en se fondant sur la cause, l*'des pétéchies primitives ou idiopalhiques (petechia primaria veiidiopathica) auxquelles nous joindrons l'ecchymose également primitive et idiopathique ; 2° des pétéchies secondaires ou symptomatiques [petechia secundaria vel symplomatica) et des ecchymoses secondaires ou symptomatiques. A la première espèce se rapportent le purpura simplex , et ces faits dans lesquels la lésion locale paraît constituer toute la maladie. A la seconde espèce se lient toutes les ecchymoses qui apparaissent dans le cours des maladies générales ou locales. Quant à la distinction entre ces deux espèces d'ecchymoses et de pétéchies , elle ne peut être établie que sur la connaissance seule de la cause qui les a produites ; dès lors il est aisé de voir combien sont vaines les considérations suivantes émises par Alibert : « Il sera facile aux élèves , dit-il , de distinguer les pétéchies primitives des pétéchies secondaires ; il leur suffira d'en bien observer la couleur , car les dernières sont d'un rouge délayé et rose; elles s'agglomèrent principalement aux lombes et aux cuisses. Les primitives , au contraire, sont d'un rouge de vin très-saturé; il en est de purpurines et de fauves. Les pétéchies secondaires ne viennent que fort tard dans les maladies ( assertion qui est plus que hasardée), tandis que les autres arrivent dès le commencement» (Monograph. des derm., p. 728).
Faisons remarquer, en terminant ces considérations sur les pétéchies , que les auteurs qui ont écrit
ÉCH
ÊCT
sur les maladies de la peau devraient enfin cesser de comprendre dans leur cadre la description du purpura hemorrhagica , de la maladie de Wherhof f , et toutes les pétéchies symptomatiques d'une affection interne. N'ont-elles pas, en effet, un rapport plus intime avec les maladies dans le cours desquelles elles figurent comme symptôme , qu'avec les véritables affections cutanées? Le purpura simplex rentre tout au plus dans l'étude de ces dernières maladies.
Nous avons voulu montrer dans cet article sous quel point de vue il convient d'envisager aujourd'hui les ecchymoses et les pétéchies. Nous aurions même fait l'histoire de ces dernières altérations si nous n'avions pas craint de trop nous écarter de l'ordre généralement adopté dans les ouvrages de pathologie interne , et de rendre ainsi plus difficile la recherche des différents sujets que nous aurions ainsi réunis. On trouvera au mot purpura simplex tXhemorrhagie les maladies que l'on connaît généralement sous ce titre. Au mot Pétéchie nous tracerons l'histoire de cette hémorrhagie cutanée , et nous dirons par quels caractères elle se dislingue de la papule typhoïde , de la miliaire , de la morsure de puce, etc., dans quelle maladie elle apparaît comme symptôme.
ÉCHINOCOQUE DE L'HOMME , dérivé de ~aoy.-m', , coque, et de i'/.ho;, hérissé d'aspérités, à cause de l'aspect hérissé de sa surface. Poljcephalus hominis de Goeze et Joerdens , polycephalus echinococcus.
Les caractères du genre sont les suivants : corps de forme obronde ou ovale, lisse; la tête couronnée de crochets; la surface interne de l'hydatide couverte de petits vers arrondis qui y sont insérés {Rudolphi entozoorum sit^'e vermium inlestinalium historia naturalis, t. ii , part, n, p. 247). Trop d'obscurités environnent encore cette espèce pour que nous insistions longuement sur sa description. Nous avons montré à l'article Acépualocyste (t. i, p. 1 0 ) que l'on a souvent pris pour l'échinocoque l'acéphalocyste oviforme dont la face interne est tapissée de petites granulations que Laennec a si bien étudiées et décrites. Voici cependant quels sont les caractères'de l'échinocoque de l'homme : ils consistent en vésicules de la grosseur d'une noix , d'un œuf de pigeon ou de poule, ou même de la grosseur du poing ; lesverssituéssursafaceinterneontun volume moindre que celui d'un grain de sable; leur corps est jaunâtre, tantôt arrondi, tantôt pyriforme, couronné d'un simple rang de crochets ; Bremser en nie l'existence (^Sur les vers intestinaux de l'homme, p. 303, 1 824); traces douteuses de suçoirs. Rudolphi a vu sur un de ces vers conservés dans l'esprit de vin une membrane coriace, épaisse, revêtue à l'intérieur d'une autre membrane plus mince, celle-ci couverte d'une lymphe et d'une matière grumeuse et lardacée (ina- Icria s^rumoso-lardaccn).
On ne sait pas encore précisément quel est le siège de ces entozoaires. Rudolphi en a vu plusieurs qui avaient appartenu à l'homme et qui étaient sans vie. Weigel lui en communiqua plusieurs qui avaient été rejelés par les garde-iobes et qui venaient sans doute d'un abcès du foie qui s'était ouvert dans le duodénum; l'intérieur de l'entozoaire était comme tapissé d'une poussière qui , examinée au microscope, laissait apercevoir de petits vers ronds ou obovales, dont les têtes étaient rétractées.
EGTHYMA, s. m., dérivé de e>46uetv, erumperc cum impetu ferri, rompre avec fureur, ou de £î46u[j.tâw, j'exhale, je fais saillie.
Synonymie française et étrangère. — • Dartre^ crustacée, phlyzacia, phlyzacion, phlyzakion^ furoncle atonique, psoriase, psoriasie crustacée. Fr. — Tspp.ivôo;, Ï77ÎVIXTIÇ. Gr. — Jlhotin, albotes, schera, bolsor, des Arabes. — Scall, letter, papulous scall, ulceraied tetter. Angl. — Erbsenhlatiern, Eiternde Fleckten, Sckâlblasen. Ali. — Puisten. Holl.
Synonymie suivant les auteurs. — Tsppvôo; vel 6epu.iv6o?, EpsPtvâoç, ettivuxti; (dérivé de i-Ki et de vu^, parce que la maladie survient pendant la nuit, ou parce qu'elle trouble le repos de la nuit), Gelse, Galien , Aetius ; terminthus, Wiseman, Lorry, Turner, Plenck; epinyctisj Sauvages, Vogel, Sagar;er^/ym«, Willan, Bateman, Rayer, Biett; ecpyesis ecthyma , Good; phlysis ecthyma^ Young; F saris crustacea, et ^\us tSiri, phlyzacia, Alibert; melasma, Plenck, Linné, Vogel; psydracia^ Frank; phlyzacion, Pagett.
Définition. — Cette dénomination , employée d'abord par Hippocrate pour désigner une inflammation pustuleuse de la peau , a été ensuite consacrée par Willan et Bateman à une maladie cutanée , non contagieuse, caractérisée par des pustules arrondies , d'un volume assez considérable, dites phlyzaciées, ordinairement peu nombreuses, à base dure, rouge, enflammée, auxquelles succèdent une croûte brunâtre, plus ou moins épaisse, qui est remplacée plus tard par une tache rougeâtre , et plus rarement par une petite cicatrice.
Division. — Bateman a décrit quatre espèces d'ecthyma : A \ ecthymavulgare ; BVecthyma infantile , qui ne diffère de celui de l'adulte que par l'extension plus grande, la durée plus longue de la maladie , et par quelques circonstances tirées du sujet ; G Vecthyma luridum ; D Vecthyma cachecticum {ecthyma fébrile de Willan). Les conditions pathologiques sur lesquelles Bateman s'est fondé pour admettre ces quatre espèces d'eothyma ne réclament pas une description %b^'Axte(^Abrégé pratique des maladies de la peau , par Bateman, trad. par Bertrand , in-8"; Paris, 1820 ,p. 230 ). Du reste, nous aurons occa-
ECT
ECT
sîon de revenir sur chacune de ces espèces dans le cours de l'article.
Alibert étudie à part l'ecthyma aiguë et l'ecthyma chronique sous le nom àt phlyzacia{ Monographie des dermatoses , in-4°; Paris, 1832, p. 67), M. Rayer adopte cette manière de voir ( Traité théorique et pratique des maladies de la peauj in-8", t. I, 1826, p. 431). MM. Biett ( art. Ectuyma du Dictionnaire de médecine , 2® édit. , p. 1 65 ) , Cazenave, Schedel ( Abrégé pratique des mal. de la, peauj in-8", 1838 , p. 218) , ne dislinguent pasdans leur description l'ecthyma aiguë de Teclhyma chronique. Nous suivrons cet exemple , convaincus que les diverses particularités que peuvent offrir les symptômes , la marche et les causes de la maladie trouveront naturellement place dans l'histoire générale qui va suivre. Willan , et d'autres après lui, ont décrit un ecthyma syphiHtique [ eclhy. syphililicum ) ; mais nous ne pouvons distraire ainsi de l'étude des syphilides une affection cutanée dont la cause est Tinfection vénérienne, et qui doit se trouver réunie aux autres formes que prennent les maladies cutanées sous l'influence d'un virus spécifique ( voy. Syphilide ).
Siège anatomique. — Autant qu'on peut le supposer dans l'état actuel de nos connaissances, dit M. Biett , l'ecthyma a son siège dans les follicules sébacés, comme la variole. «En effet , en suivant à la loupe le développement de la phlegmasie , on voit d'abord un point rouge saillant qui ne paraît être autre chose que le follicule lui-même enflammé. Bientôt le gonflement augmente , la rougeur s'étend en forme d'auréole , et autour d'un point noir central on voit se former une petite collection prenant , dans ses progrès, la forme ronde de la pustule phlyzaciée. Elle suit d'ailleurs dans son développement et dans son déclin une marche qui se rapproche des formes van'oloïdes , se succédant les unes aux autres et marchant toutes isolément , toutes par une sorte d'agglomération de cinq ou six pustules à la fois ( art. cit. ^ p. 168 ).» Les croûtes qui se forment, arrondies ou irrégulières , lorsqu'elles résultent de la rupture de plusieurs pustules rapprochées, ont tantôt une couleur jaunâtre et tantôt noirâtre, par la combinaison du liquide purulent avec le sang ; la chute des croûtes s'effectue plus ou moins rapidement : tels sont les changements qui se passent localement dans la pustule.
Unauteur anglais, Samuel Plumbe, les a considérés d'une toute autre manière, et comme son opinion a séduit quelques personnes, nous croyons devoir la rapporterenson entier. Cet auteur dit que,soitsousrinfluence d'une cause débilitante générale , soit d'une irritabilité plus grande de la peau, « les petits vaisseaux sont lésés, et il se forme alors une yéritable pétéchie; mais comme il y a tendance de la part de ces vaisseaux à réparer
le mal , l'action inflammatoire commence. 11 s'e'couîe par les vaisseaux rompus une lymphe coagulable qui se mêle aux autres liquides exhalés ; la dessiccation donne lieu aux premières croûtes ; et comme la constitution est trop détériorée pour aider au travail , la suppuration s'étabht, mais d'une manière irrégulière , et il vient se mêlera la matière concrète un pus mal élaboré qui , en se séchant, augmente le volume des croûtes ; des globules rouges s'unissent aux différents produits sécrétés. Les croûtes entretenant un certain degré d'irritation sur la surface à laquelle elles adhèrent, la sécrétion purulente augmente , s'épaissit, la peau elle-même s'indure , et c'est ainsi que la lésion s'étend aux parties environnantes.
Todd a fait la critique de cette explication des phénomènes locaux de l'ecthyma donnée par Plumbe ( Cfclopedia of practical médecine ^ t. i , p. 672). Il rapporte, d'après d'autres observateurs, quelques remarques ayant trait à la lésion anatomique qui nous ont paru dignes de quelque intérêt. Dans le premier degré du mal, lorsqu'il n'existe encore qu'une élevure rouge de la peau , on n'observe qu'une injection vasculaire. Au second degré , une certaine quantité de sérosité se dépose sous la peau , au sommet de la pustule, plus rarement sur toute sa surface. Dans le troisième degré , une substance de la nature des fausses membranes est déposée au centre de l'élévation. Dans le quatrième , lorsque cette substance a été extraite et l'épiderme enlevé , la pustule apparaît sous la forme d'une petite capsule environnée d'un bord large et dur. Enfin, dans le cinquième degré, le bord s'affaisse graduellement , et il se forme une petite cicatrice sous la croûte , dont le centre est déprimé à l'endroit où l'on a noté la perforation.
M. Biett , qui repousse avec raison l'hypothèse de Plumbe , fait remarquer que si le petit épanchement qui s'échappe des extrémités vasculaires était, en effet, le point de départ de l'inflammation pustuleuse , on devrait la voir succéder à toutes les pétéchies; dans ce cas, l'épanchement sanguin n'est pas douteux, et sa quantité assez grande pour qu'il puisse déterminer une inflammation.
Spnptomatologie. — Quand le nombre des pustules est peu considérable, que l'ér^^ption se fait successivement, on n'observe aucun symptôme précurseur. Dans les circonstances opposée s , l'apparition des vésicules est précédée d'un état de malaise et de langueur qui dure quelque temps , d'horripilation , d'anorexie, de dégoût, de soif, de céphalalgie et de courbature, de constipation et de diarrhée. Ces phénomènes cessent quelquefois ou prennent plus d'intensité à l'époque de l'éruption.
On aperçoit d'abord plusieurs points rouges , saillants, circonscrits, assez durs , présentant dès le second jour, à leur sommet, une coloration blanchâtre
ECT
ECT
dueaii liquide purulent qui s'y est formé. Au troisième ou au quatrième jour, il existe une pustule bien caractérise'e, ronde, saillante, élevée sur une base dure et circulaire , d'un rouge vif ou livide chez les sujets âgés. Vers le sixième ou septième jour, le sommet de la pustule se déchire , et le fluide qui en sort se concrète en une croûte jaunâtre, brune ou verdâtre. Celle-ci , au bout du premier ou du second septénaire, se détache, et il ne reste sur la peau qu'une petite empreinte violacée «rarement creusée dans la couche superficielle du derme , et surtout n'ayant en aucune manière la forme de la cicatrice de la variole , son étendue dépendant le plus souvent de celle de la croûte plutôt que de celle de la pustule elle-même » (M. Biett, art. cit. , p. 167). Quelquefois l'irritation locale peut déterminer des douleurs et le gonflement des ganglions lymphatiques voisins des pustules.
Elles siègent le plus ordinairement sur les membres inférieurs , les mains , les bras, le cou , les épaules , le tronc , et plus rarement sur le visage et le cuir chevelu. M. Rayer assigne pour siège à l'ecthyma chronique, le cou , le cuir chevelu, les membres, la face (ouvr. cit. , p. 432). Lorsqu'il ne se fait qu'une seule éruption d'un petit nombre de pustules, leur durée est d'un ou de deux septénaires ; tel est le cas de l'ecthyma aigu. Cette durée peut être de un à plusieurs mois lorsque des groupes de pustules se forment successivement sur différentes parties du corps : on a alors l'éruption que les auteurs ont décrite sous le nom à'ecthyma chronique. Dans celle-ci , les pustules se présentent avec les mêmes caractères ; chacune offre successivement un point rouge, acuminé,puis blanchâtre, soulevé par une suppuration qui s'épanche en dehors , et se concrète sous forme de matière jaunâtre ou verdâtre, etc.
L'éruption de l'ecthyma chronique est constituée par la succession d'uncertain nombre de pustules qui parcourent leurs périodes en des temps différents , de sorte qu'au moment où de nouvelles se forment, d'autres sont presque entièrement cicatrisées. Tout le corps peut être ainsi envahi par l'éruption , ce qui perpétue le mal pendant plusieurs mois et même pendant une année entière. A chaque éruption nouvelle il survient un peu de malaise , de la soif, de l'anorexie, de la céphalalgie , de la fièvre.
Quand les pustules se développent dans une seule partie du corps, leur durée est d'un septénaire comme dans ïcclhyma vulgare [epinyctis vuJgaris , Sauvages), qui n'est qu'une forme bénigne de la maladie, dans laquelle l'éruption est complète au bout de trois ou quatre jours; les écailles tombent , et ne laissent aucune trace de leur existence une fois le premier septénaire révolu.
Quelquefois les pustules phlyzaciées, larges et volumineuses se renouvellent durant plusieurs semaines
et plusieurs mois chez les enfants mal nourris, faibles^ cachectiques ou allaités par de mauvaises nourrices. Elles s'étendent beaucoup plus que dans Yecth/ma vulgare , et envahissent les extrémités , le tronc , le cuir chevelu , et même la face; la douleur et l'irritation locales sont très-faibles; la peau sur laquelle la pustule se développe offre autour d'elle une teinte livide, et, lorsque la croûte est tombée, on aperçoit une ulcération assez profonde dont la cicatrisation est longue et difficile , et laisse après elle une dépression blanchâtre permanente ( ecihjma infantile, Bateman , ouvr. cit., p. 232, termentlii neo-nato~ rum ). Tantôt les pustules ne parviennent pas à la suppuration ; elles diminuent de volume , et il se fait à leur surface plusieurs desquamations successives (Cazenave et Schedel, ouvr. cit., p. 222 ); tantôt elles sont très-volumineuses , et forment des élevures assez semblables aux bulles du rupia. Dans des cas assez ordinaires, la pustule laisse apercevoir un point noir, un ombilic, qui la fait ressembler à la pustule de la variole.
Chez d'autres sujets , des pustules larges , à base rougeâtre, proéminente et assez semblable à celle des furoncles , se répandent à la surface de tout le corps, à l'exception de la face [ecthpna luridum, terminthus de différents auteurs ). Elles se rompent vers le huitième ou dixième jour, fournissent une matière sanieuse ou sanguinolente , et laissent voir des ulcères qui s'étendent, et se couvrent de croûtes noires et adhérentes :1a chutede celles-ci dure ordinairement plusieurs semaines. Autour et au-dessous de ces ulcérations on sent une dureté qui s'étend jusque dans les muscles sub-jacents. Si on vient à arracher les écailles, elles restent quelque temps avant de se reproduire, et il se forme des ulcères à bords calleux , laissant écouler un liquide sanieux. Cette formede l'éruption phlyzaciée se manifeste chez les individus avancés en âge, dont la constitution est altérée par des excès de boisson , des travaux excessifs , ou à la suite de la rougeole, de la scarlatine, de la variole (Bateman, ouvr. cité , p. 234).
Uecthymacachecticum de Bateman consiste dans une éruption de pustules nombreuses , répandues çà et là, se développant dans l'espace de deux ou trois jours, ayant leur siège sur la poitrine ou sur les membres. Les pustules à base dure et enflammée se multiplient chaque jour; la coloration de la peau à leur pourtour est bleuâtre, et prend une teinte pourprée à mesure que l'inflammation diminue et que des écailles lamelleuses se forment au sommet de la pustule. Après la desquamation , une tache de couleur foncée remplace la pustule : un paroxysme assez violent se manifeste ordinairement au début de cette forme de Feothyma (Bateman, ouvr. cit., p. 235), qui est souvent uni à un état cachectique, amené quelquefois
ECT
ECT
par une cause spécifique qui a altéré profondément la constitution.
Les formes diverses que preud la pustule phlyzaciée ont fait donner à la maladie des noms différents auxquels il ne faut attacher quelque importance que parce qu'elles représentent certaines conditions pathologiques de l'économie , qui exercent une certaine influence sur le nombre , la forme , la marche plus ou moins rapide des pustules.
Les symptômes généraux que nous avons signalés n'existent guère que dans les cas oùles pustules sont, confluentes , se succèdent sans interruption , lorsque leur base est entourée d'une aréole rouge , et qu'il se développe de la douleui-, de la tuméfaction dans les parties voisines. Alibert rapporte l'histoire d'un malade dont le corps était couvert de pustules phlyzaciées, confluentes , et qui éprouvait des douleurs trèsvives par la chaleur du lit : « on l'aurait cru poursuivi par un essaim d'abeilles eu fureur ; il s'agitait et changeait à chaque instant de place» {Monograp. des dermat. , p. 70). On conçoit que dans de telles circonstances la fièvre puisse s'allumer ; elle s'observe dans l'ecthyma chronique lorsque les pustules sont très-enflammées, acquièrent de grandes dimensions, ou lorsque des ulcérations livides et de mauvaise nature s'établissent. Quand des pustules se reproduisent pendant plusieurs mois et à des intervalles éloignés ( ecz. chronique ) , le mouvement fébrile est à peine prononcé ou n'existe pas ( Rayer, ouvr. cit., p. 434 ). Cependant si l'éruption se rattache à quelques maladies viscérales, à une affection chronique de l'appareil digestif ou respiratoire ( ecz. infantile , luridum , cachecticum ) , la fièvre se manifeste mais d'une manière fugace, et dans ces cas , d'ailleurs , on est en droit d'en accuser la maladie viscérale plutôt que l'affection cutanée. M. Gibert dit qu'il est infiniment rare , si même cela existe , que cette affection soit précédée ou accompagnée de fièvre ( Manuel des maladies spéciales de la peau , p. 208 , in- 12 , Paris, 1834). Cette opinion n'est pas admissible, surtout quand on réfléchit que l'ecthyma se lie , comme le fait remarquer l'auteur lui-même, à une lésion interne , à un dérangement des fonctions digestives , à un état cachectique général. AHbert dit que la fièvre qui accompagne d'ordinaire l'ecthyma aigu ne se montre qu'à l'instant de l'éruption des pustules. Willan a fondé sur Texistence de la fièvre l'espèce d'ecthyma qu'il appelle fébrile , et qui se montre , en effet , dans des cas où des lésions viscérales bien caractérisées , ou une altération générale consécutive à quelque maladie , se décèlent par des symptômes généraux qui ont fait donner à cet ecthyma le nom de cachecticum.
La marche de l'ecthyma est aiguë ou chronique ; un ou deux septénaires suffisent pour la guérison du
mal à l'état aigu. Dans la forme chronique , les pus" tules , se développant sur d'autres parties du corps à mesure qu'elles se cicatrisent en un point , le mal peut ainsi se prolonger durant trois ou quatre mois et plus. Les complications, la modification profonde qu'a subie la constitution, soit dans lecours d'une rougeole, d'une scarlatine, d'une variole, soit par l'effet de la pauvreté , de la misère ou des autres causes que nous passerons plus loin en revue, impriment à l'ecthyma une marche chronique. Tant que ces causes persistent, le mal se reproduit , ou plutôt se continue sans interruption.
La terminaison de la pustule phlyzaciée est variable ; les plus fréquentes sont la suppuration et la dessiccation. Tantôt , et c'est le cas le plus ordinaire , la croûte fait place à une tache rougeâtre qui disparaît au bout d'un certain temps , ou à une cicatrice tout à fait superficielle ; tantôt à la pustule succède un ulcère de couleur violacée ou rougeâtre , sanieux , sanguinolent et de mauvaise nature , qui a quelque peine à se cicatriser ( ecthyma luridum ). La chute des croûtes épaisses , brunâtres , est souvent suivie d'une desquamation blanchâtre ; quelquefois il se développe des tubercules violacés lorsque les pustules sont restées longtemps stationnaires sans s'ulcérer ( Rayer, ouvr. cit., p. 434 ). «Après l'ouverture de la pustule, la rougeur diminue , le gonflement se dissipe , et l'épiderme , en se détachant à plusieurs reprises des points affectés , forme des cercles blancs autour d'une empreinte d'un rouge foncé , et qui persiste plus ou moins longtemps ( M. Biett , art. cit. , p. 167).
Diagnostic. — Il n'est pas toujours facile de distinguer l'ecthyma des pustules syphiUtiques ; cependant on reconnaîtra ces dernières à l'aréole cuivreuse qui les environne, à une tendance plus grande à l'ulcération , et surtout en remontant à la cause de la maladie ; enfin , dans les cas douteux, le traitement permettra d'asseoir le diagnostic. Il est rare , d'ailleurs , que l'on ne trouve pas quelques symptômes concomitants propres à éclairer la véritable nature de la maladie.
Le rupia a plus d'un trait de ressemblance avec l'ecthyma; suivant M. Biett, «celui-ci a toujours la forme pustuleuse; la collection est toujours purulente : elle est renfermée dans un foyer circonscrit qui paraît être le follicule sébacé. Le rupia offre dans son début , comme dans une grande partie de sa durée, l'aspect d'une petite collection aqueuse non limitée, susceptible de s'étendre et de former une large ampoule. » Ces caractères différentiels paraissent décisifs ; cependant lorsque les pustules sont larges et soulevées par un liquide sanguinolent qui se concrète sous forme de croûte très-épaisse , recouvrant uue surface ulcérée, comme dans l'ecthyma luridum , on éprouve quelque difficulté à distinguer cette
ECT
lÔO
ECT
maladie du rupia. On se rappellera que, dans cette dernière affection , l'épiderme est soulevée par une sérosité purulente qui donne lieu en se concrétant à des croûtes saillantes , semblables à des écailles d'huîtres ; on retrouve quelquefois autour d'elles des débris de la phlyctène; ordinairement aussi les ulcérations sont plus profondes que celles de l'ecthyma. M. Plumbe trouve une analogie très-grande entre l'ecthyma et le rupia. M. Biett , tout en accordant que les causes générales peuvent être communes, a signalé les différences qui séparent la lésion locale ; nous en avons rapporté plus haut les principaux caractères. Alibert partage tout à fait l'opinion de M. Plumbe , et dit «que le rupia de M. Bateman ne paraît pas différer assez de ce qu'il désigne lui-même sous le nom d'ecthyma pour consLituçr un genre à part [eclhyma cachecticum, Willan) ; ce serait alors un genre purenaent factice qui ne serait fondé que sur des considérations accidentelles de peu d'importance» [Monographie des dermat., p. 69 ).
Le furoncle se montre sous l'aspect d'une petite tumeur rouge qui se développe de dedans en dehors, tandis que dans l'ecthyma l'inflammation procède en sens inverse. Dans cette dernière, il n'y a pas mortification du tissu cellulaire , ni expulsion au dehors du bourbillon.
On pourrait prendre les pustules de l'ecthyma pour celles de la varioloïde et de la varicelle; mais la généralité, la forme , le mode de développement de l'éruption , et plus tard la forme des croûtes , de la cicatrice, empêcheront de les confondre avecl'ecthyma. Dans la variole , les pustules sont ombiliquées , et ne peuvent permettre l'erreur. La vaccine a plus d'une analogie avec l'ecthyma; mais les plaques gaufrées de la première éruption diffèrent beaucoup de la seconde. Les pustules que l'on provoque par des frictions avec la pommade stibiée imitent parfaitement les pustules de l'ecthyma spontané. Dans le cas où le malade aurait intérêt à dissimuler la véritable cause de l'éruption, il serait difficile d'asseoir le diagnostic; cepen dant la base de la pustule dansée cas n'est point dure; l'épiderme est soulevé dans une assez grande étendue, et d'ailleurs il existe un ombilic sur ces pustules ; enfin elles sont.beaucoup plus confluentes que celles de l'ecthyma.
Il est difficile de confondre l'ecthyma avec la gale. La première est caractérisée par des pustules , la seconde par des vésicules qui d'ailleurs sont toujours nombreuses , accompagnées de prurit, contagieuses, et occupent la main , les doigts , le pouce et l'index. Du reste on se rappellera que la gale se complique souvent de pustules d'ecthyma, de telle sorte que l'on retrouve en même temps sur la peau du sujet affecté, 1° les sillons caractéristiques où sont logés les insectes producteurs de l'éruption vésiculeuse secondaire ,
2^ les vésicules , 3" les pustules. Ces deux éruptions sont produites par l'irritation que l'acarus provoque à la surface cutanée ; l'existence des vésicules est presque constante; ce n'est que dans les cas où l'irritation est forte que l'on voit paraître les pustules de l'eclhyma , ce qui n'est point rare du tout.
L'acné simplex , la mentagre, affectent un siège déterminé, comme le front, le visage, le menton; leurs pustules , à base dure et rouge , pourraient en imposer pour les pustules de l'ecthyma; mais c'est plutôt une induration qu'une phlegmasie véritable qui occupe leur base : leur marche est moins aiguë. Quant à l'acné indurata, il sera facile de le distinguer, puisqu'il affecte exclusivement le dos, la poitrine, le visage,et jamaislesmembres (M. Biett, art. cit., p. 1 70).
Complications. — Billard dit qu'en général l'ecthyma est lié chez les enfants avec une affection chronique de l'appareil digestif ou respiratoire , et se développe souvent dans l'état de marasme et d'affaiblissement où ces maladies ont réduit les enfants» ( Traité des maladies des enfants nouveau-nés j p. 152, in-8°;Paris, 1833), Les complications doivent aussi être très-communes chez l'adulte, lorsqu'une nourriture malsaine ou insuffisante, la malpropreté , et d'autres influences funestes, ont débilité la constitution. Il est impossible alors de ne pas faire jouer le principal rôle à celte complication. Les symptômes qui révèlent les irritations gastriques et intestinales sont la douleur épigastrique , l'anorexie, la constipation ou la diarrhée qui souvent se succèdent, la céphalalgie, la courbature, la faiblesse, un mouvement fébrile très-prononcé. L'ecthyma cachectique de Willan et Bateman paraît se rattacher à des comphcations assez variées. C'est ce qu' Alibert reconnaît dans le passage suivant : « Les individus sujets au phlyzacia chronique se trouvent pour la plupart dans un état de cachexie , d'abattement et de dépravation humorale ; leur peau est sale , blafarde, d'un relâchement universel. »
On observe encore comme affection concomitante de l'ecthyma , l'inflammation de la conjonctive et du pharynx (Rayer , op. cit.., p. 435), les affections morales , l'état de grossesse. M. Biett l'a vu alterner chez un jeune homme avec un asthme convulsif trèsgrave (ouv. cité, p. 169), ou paraître sous l'influence de gastro-entérites aiguës dans le cours desquelles il a paru avoir un caractère critique.
Les maladies aiguës ou chroniques de la peau peuvent s'accompagner quelquefois de pustules d'ecthyma. Cette complication s'est présentée dans le cours de la gale, du prurigo, du lichen, vers la fin de varioles confluentes et graves. Les pustules dans ce cas se reproduisent en différents points de l'enveloppe cutanée en conservant leur forme spéciale, jusqu'à ce que l'irritation de la peau ait cessé. On les voit aussi
ECT
ECT
succéder à la rougeole , à la scarlatine , mais plus rarement qu'à lu variole. L'ecthyma dépend quelquefois dirritations directes de la peau, comme lorsqu'il survient après des frictions, des applications de sangsues, ou après des phlegmasies cutanées.
Pronostic. — Les complications que nous venons de passer en revue donnent quelque gravité à l'affection. Une constitution délabrée par des misères de toutes sortes, épuisée par des maladies, rendent le pronostic de l'ecthyma injantile, de l'ecthyma luridum et cachecticiim plus fâcheux; mais alors c'est plutôt sur la lésion concomitante que sur la lésion cutanée que repose ce jugement. Eu général, l'ecthyma considéré en lui-même est peu grave ; quelquefois, il est vrai, le mal se reproduit avec une opiniâtreté qui inspire quelque inquiétude, comme chez les vieillards, et les individus cachectiques.
Étiologie. — Le phlyzacia semble attaquer de préférence les sujets qui vivent dans la misère et dans la malpropreté , qui exercent des métiers qui les exposent à des irritations continuelles du tégument. MM. Gazenave et Schedel disent qu'on l'observe fréquemment aux mains chez les épiciers et les maçons, à cause des manipulations auxquelles ils se livrent. Willan assure que les ouvriers qui touchent sans cesse des substances métalliques sont quelquefois attaqués de ce mal, qui occupe alors les mains. Il faut encore placer au nombre des causes d'irritation qui peuvent produire l'ecthyma les maladies de la peau dont nous avons fait l'histoire au sujet des complications (variole, scarlatine, rougeole, etc.). La gale, surtout, en est une cause très-fréquente; il est peu de sujets qui, en proie à une gale un peu intense, ne présentent pas, à la surface de la peau des pustules d'ecthyma mêlées aux vésicules de la gale; ceux dont la constitution est affaiblie par les progrès de l'âge (vieillards), les enfants nés et élevés dans des conditions hygiéniques insalubres, allaités par des nourrices malsaines y sont particulièrement exposés. Cependant , on peut dire que ce mal attaque tous les âges, se manifeste dans toutes les saisons. On l'observe, dit-on , surtout au printemps, et en été chez les jeunes gens et les adultes (Gazenave et Schedel). Biais toutes particularités relatives à l'étiologie sont loin d'être connues. M. Biett assure que l'hiver et l'automne paraissent plus propres au développement de l'ecthyma que le printemps et l'été.
Les hommes en sont plus souvent affectés que les femmes (M. Biett). Bateman , au contraiie, dit que les jeunes personnes sont, en général, sujettes à cette maladie, surtout au printemps ou dans l'été. Bateman, attribue cette prédisposition à ce qu'elles font un exercice trop violent, ou altèrent leurs organes digestifs par une nourriture malsaine (ouv. cité, p. 231). Il n'existe pas de constitution qui paraisse plus spéciale-
ment disposée à la maladie. Les individus dont la peau est brune, sèche, dont les fonctions exhalantes sont difficiles, en sont-ils plus souvent atteints que d'autres, ainsi que le pense M. Biett? Ce que l'on peut assurer, c'est que les sujets à peau blanche et fine , les enfants, les femmes, n'en sont nullement à l'abri. Il ne faut pas toujours chercher dans la prédisposition individuelle la cause de l'ecthyma; son influence est presque nulle dans les cas où le frottement des habits, d'un col de chemise, d'une ceinture, d'une jarretière , a suffi pour le déterminer ( Todd , Cfcloped. ofpract. medic. , art. cit.).
Les causes sur lesquelles il importe surtout au praticien de porter son investigation sont celles qui out trait à l'hygiène. Une habitation froide et humide où l'air se renouvelle difficilement , une nourriture formée d'aliments peu réparateurs et insuffisants, l'usage exagéré de boissons vineuses et alcooliques, l'habitude de l'ivrognerie, et de débauches d'un autre genre; la malpropreté qui accumule sur la peau des matières irritantes capables à elles seules de développer l'ecthyma , les travaux excessifs, la veille, les affections morales , telles sont les causes qui favorisent le développement de l'ecthyma. Aussi sévit-il surtout chez les hommes qui appartiennent aux classes inférieures de la société , chez les prisonniers (Alibert), dans les hôpitaux, les garnisons, et dans les temps de famine.
Un point essentiel dans l'étiologie de l'affection cutanée que nous étudions est la recherche des maladies viscérales dont les sujets sont souvent atteints. Ce n'est qu'après avoir examiné avec soin et successivement tous les organes qu'on pourra établir une thérapeutique vraiment efficace. Un sujet chez lequel on découvre une gastro-entérite, un état lymphatique ou scrofuleux caractérisé, ne doit pas être traité de la même manière qu'un individu dont la maladie a été provoquée et est entretenue par une irritation locale.
En se fondant sur les considérations qui précèdent, on a pu distinguer un ecthyma dans lequel la lésion locale constitue toute la maladie (ecthyma idiopathique) , et une seconde forme dans laquelle la maladie d'un viscère ou de quelque point de l'économie exerce une influence non douteuse sur la production des pustules phlyzaciées ( ecthyma symptomatique). Cette distinction n'est bonne, sous le point de vue de l'étiologie, que parce qu'elle enseigne au praticien à ne pas s'arrêter à la seule lésion qui frappe ses yeux , et à porter son investigation plus loin.
Traitement. — Il faut, avant tout, placer les malades dans de bonnes conditions hygiéniques; leur prescrire une nourriture saine, réparatrice, et non stimulante; les soins de propreté, les bains
ECT
tièdes, d'eau simple, ou d'eaux minérales salines, les bains de mer, des boissons toniques et amères, si la constitution est mauvaise; au contraire, ladièle, une alimentation féculente, lactée, des boissons délayantes, si le malade est jeune, robuste et pléthorique.
Lorsque Térupliou est confluente, qu'elle persiste sans inlerruplion , lorsque les douleurs sont vives, la rougeur de la peau très-marquée , et la chaleur telle, que les malades ne peuvent supporter la chaleur de leur lit, ou de l'appartement qu'ils occupent; lorsqu'enfin le sujet est jeune, sanguin, on n'hésitera pas à le soumettre à une diète sévère, à l'usage de tisanes cmollientes, et même à lui pratiquer une saignée. On emploie en même temps les bains simples, émollients , les lotions et des applications émoUientes. Alibert conseille, si le tégument est couvert de pustules à base enflammée et douloureuse, d'y appliquer un certain nombre de sangsues; c'est dans de telles circonstances que les lotions avec l'eau de guimauve ou de gélatine calment la phlegmasie cutanée.
Les applications topiques seront d'une nature trèsdifférente si la consiitution est détériorée, si les pustules ont laissé après elles ces ulcérations livides, noirâtres, dont il est difficile d'obtenir laguérison. C'est alors que l'on retirera de giands avantages des lotions faites avec le vin miellé , la décoction de quinquina, l'eau de Saturne (Alibert), ou des bains alcahns, que l'on prépare avec la gélatine, le sous-carbonate, ou l'hydrochlorate de soude , et une certaine quantité de sulfate de fer (M. Biett). On prescrira aussi les bains de mer, l'eau de Barèges; dont Alibert n'a pas obtenu de bons effets. Enfin , si la cicatrisation des pustules ne marchait qu'avec lenteur, on pourrait employer la cautérisation avec le nilrate d'argent, qui sert à toucher les surfaces ulcérées, ou les lotions avec l'acide hydrochlorique étendu d'eau. Le cérat térébenthine peut être ulile pour les pansements. Sous l'influence de ces topiques excitants , la vitalité des petites plaies se ranime, la teinte livide des ulcérations diminue ou disparaît , et la cicatrisation s'établit. Un autre effet de ces applications est de stimuler la surface des téguments, et de prévenir ainsi la formation de nouvelles pustules.
Le traitement local serait insuffisant s'il n'était soutenu par l'administration de substances capables de modifier toute la constitution. Mais , de même que les agents curatifs destinés à agir sur la peau devaient être choisis, tantôt dans les émollients, tantôt dans les excitants et les toniques , de même aussi deux ordres très-distincts de remèdes composent le traitement général. C'est pour avoir perdu de vue ces deux indications opposées que Bateman recommande d'une manière trop générale les ferrugineux , les toniques , les amers , et les antimoniaiix.