‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 4)Chapitre 15 sur 32 · ECT · texte numérisé non relu

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Si l'estomac ou les intestins sont irrités, on doit s'abstenir des toniques, des excitants et des émétiques. M. Rayer prétend qu'on ne doit recourir aux boissons laxatives et amères que dans les cas rares où il n'existe aucun symptôme d'irritation gastrique ou intestinale. Sans redouter autant que ce médecin la phlegmasie du tube digestif, il faut cependant apporter une certaine circonspection dans l'emploi des substances capables d'irriter la muqueuse : lorsqu'on s'est assuré qu'elles sont facilement tolérées , et surtout quand le misérable état de la constitution exige impérieusement qu'on relève les forces, il faut, sans hésiter, recourir aux toniques, tels que le quinquina, aux préparations ferrugineuses , à la décoction de serpentaire de Virginie, de salsepareille, aux sucs amers et réputés antiscorbutiques ; les purgatifs doux, les laxatifs , administrés dès le début , ou vers la fin , en stimulant la membrane de l'intestin , la préparent à mieux recevoir l'action du médicament qu'on lui confie. Nous croyons utile d'administrerl'ipécacuanha, ou le tartre slibié; les vomissements et les évacuations alvines agissent comme moyens perturbateurs ou comme révulsifs; dans les deux cas , leur action est souvent très-salutaire; elle sera surtout d'un grand secours chez les sujets dont la muqueuse digestive est parfaitement saine , et qui sont en proie, depuis plusieurs mois, à l'éruption pustuleuse de l'ecthyma.

Classification. — L'ecthyma est rangé par la plupart des auteurs de l'époque actuelle dans la classe des affections cutanées pustuleuses, à côté de la variole, de la vaccine et de l'impétigo. Ahbert le place dans le cinquième genre des dermatoses eczémateuses auquel il donne le nom de phlyzacia (ecthyma). Celuici comprend deux espèces : 1" le phlyzacia aigu ; 2° le phlyzacia chronique. Une affinité tout à fait naturelle réunit les affections pustuleuses ; cependant on peut établir trois sous-ordres : le phlyzacia , le psydracia, et les maladies des follicules; dans le sousordre phlyzacia on trouve l'ecthyma dont les rapports avec le genre rupia sont si intimes. Une des espèces de l'ecthyma {ecthyma syphiliticum) commençant toujours par un tubercule : on voit ici le passage de la pustule à l'ordre des tubercules (Ch. Martins, Les principes de la méthode naturelle appliqués à la classification des maladies de la peau, p. 34, dissert, inaug., n°2t6; Paris, 1834).

Historique et bibliographie. — Il est difficile de retrouver dans les auteurs anciens une description un peu nette de l'ecthyma. Hippocrate s'est servi de ce mot pour désigner, sans doute, plusieurs sortes de maladies. Il en est de même d'Aelius , lorsqu'il dit : «Fiunt in toto corpore puslulse, dolorem inducentes acitrasaniei collectionem ,eas eczemata, ab ebullientc «fervore,Gr8ecivulgoappellant))(7e^ra/>. iv, serm. i, cap. cxxviu). Ces indications sont vagues et peuvent

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s'appliquer à certains pemphyx, à l'epinyctis, au lona même , tout aussi bien qu'à l'ecthyma , ainsi que le fait remarquer M. Dauvergue dans les recherches importantes qu'il a publiées sur l'historique des maladies de la peau (Histoire de l'injlammaiion dartreuse, suii'ie de l' historique des dartres depuis les temps hippocratiques jusqu à nouSj dissert. inaug., no 324 ; Paris , 1833). Willau et Bateman sont les premiers qui , usant de ce mot d'une manière rigoureuse , ont donné une description fort complète de la maladie à laquelle ils ont consacré le nom d'ect/ijina (Bateman , Abrégé pratique des maladies de la peau j,tràà. par Bertrand, p. 230, m-8°; Paris, 1820). Alibertl'a étudiée avec quelque soin sous le nom de phlyzacia (Monographie des dermatoses, in-4'', p. 66 ; 1 833). Nous nous sommes surtout aidés, dans la composition de cet acticle, des travaux de M. Biett (art. Ecthyma du Dict, de mcd., 2® édit.), où se îrouveat consignées des remarques importantes sur le siège anatomique , sur les symptômes et les causes de celte maladie; de M. 'îoM(The cj'clopedia of practical médecine ^ art. Eczéma), qui discute, et combat l'opinion de Samuel Plumbe sur le siège de la lésion; de Copland (Dict. ofpract. med.); de MM. Cazenave et 'è,z\i&M (Abrégé prat. des malad. de la peau) , et Gibert ( Manuel des maladies spéciales de la peau , p. 88 , in-12 ; Paris, 1834).

ECZÉMA, s. m., de cx.Çsw, effervesco, expression employée par quelques auteurs pour désigner des inflammations de la peau avec production de phlyctènes , et consacrée par AVillan à une espèce particulière d'éruption vésiculeuse.

Dénominations françaises et étrangères. — Eczéma dartre squameuse humide , dartre vive^ échauhoulurc , ampoule ardente^, gale épidémiquCj poussée^ teigne furfuracée^ hydrargyrie , lèpre mercurielle. Fr. — Eczesis j eczesma, ecphlysis. Lat. — Heat-eruption, hea,ts. Angl. — Schweitblattern , Hitzblàtterchen , Hitzausschlag. Ail.

Synonymie suicant les auteurs. — Eczéma des auteurs grecs et de Willan , Bateman , Rayer , Biett ; hydroa. Sauvages, Yogel ; Cytisma eczemaj, Young;ecphlysis eczéma^ Good ; eczesisj, eczesma^ eczesmusj diff. aut. ; herpès squamosus, Alibert ; hydrargyria, Alley; mercurial lepra^ mercurial diseascj Moriarty et Mathias.

Définition. — On donne le nom à' eczéma à une inflammation de la peau caractérisée par l'éruption de petites vésicules, non contagieuses, répandues sur des surfaces plus ou moins étendues , accompagnées d'une rougeur superficielle , presque toujours confluentes,et se terminant par la résorption du fluide qu'elles j'eafermtnt , par dca excoriaiions superfî-

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cielles et une exhalation d'une matière séreuse ou

séro-purulente , qui se concrète en squames plus ou moins épaisses, ou enfin par une desquamation épidermique consécutive.

JJii'isions. — Nous ferons connaître, dans le cours de notre description , les diverses espèces d'eczéma qui se trouvent indiquées dans les différents ouvrages consacrés à l'étude des maladies de la peau; mais c'eût été introduire une confusion nuisible dans notre article , que de commencer par énumérer toutes les .formes pathologiques que peut affecter la maladie, et d'ailleurs , comme elles ne reposent que sur des différences de cause, de siège , de forme , et qu'il est impossible de fonder sur des bases aussi peu solides des distinctions spécifiques , nous suivrons l'exemple qui nous est donné par M. Biett, et qui a été imité depuis par la plupart des auteurs qui ont publié des travaux sur cette matière.

Nous décrirons 1" un eczéma aigUj, 2° un eczéma chronique : nous rangerons dans l'eczéma aigu A V eczéma simplex , B \ eczéma rubrum, G Y eczéma impetiginodes, qui n'en sont que des variétés. Nous décrirons ensuite l'eczéma chronique^ et terminerons par l'étude des espèces établies d'après le siège que peut affecter Yeczéma: A eczéma du cuir chel'clu , B des paupières , G des oreilles , D des narines j E des lèvres , F du mamelon , G des parties génitales de la femme; H du scrotum et du pénis; I de Y anus ; J des mains , K des jambes. Willan et Bateman ont divisé l'eczéma en trois espèces : 1° Y eczéma solare ^ 2° Y eczéma impetiginodes ^ 3° Y eczéma rubrum.

Eczéma. — Caractères généraux. — L'éruption des vésicules est presque constamment précédée de fourmillement , de prurit et d'un sentiment de chaleur sur les parties qu'elle doit occuper ; la peau prend ordinairement une teinte rosée , et , si on l'examine vers cette époque avec une forte loupe, on aperçoit déjà une foule de petits points saillants qui ne sont autre chose que les vésicules naissantes. Les phénomènes locaux , tels que le prurit , la chaleur, la rougeur, le nombre des vésicules, peuvent varier, et c'est précisément sur l'intensité plus ou moins marquée de ces symptômes , sur l'extension plus ou moins grande en profondeur de l'inflammation, sur la marche plus ou moins rapide de l'éruption, et sur d'autres particularités, etc., que sont fondées les distinctions de l'eczéma en simplex :, rubrum, impetiginodes , etc. Lorsque la vésicule a acquis tout son dévektppement , on voit qu'elle est formée par une petite gouttelette de sérosité limpide, transparente, se troublant ensuite et devenant laiteuse. Si la vésicule n'est point déchirée , le liquide est résorbé et il y a une desquamation légère, sous forme de débris èpidermiques , foliacés, bkiicliàtresj si, au contraire , le liquide s'épanche au

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dehors et s'il est abondant , il se concrète sous forme de squames grisâtres, jaunâtres ou verdâtres , plus ou moins épaisses et quelquefois imbriquées comme les diverses parties de la corolle d'une fleur ( eczéma impétiginodes ) . Elles laissent aussi quelquefois après elles une excoriation qui persiste un certain temps.

Les phénomènes généraux sont presque nuls lorsque l'éruption est peu confluente; du malaise, de l'inappétence, un peu de soif , de l'insomnie, de la chaleur, un peu de fièvre, voilà tout ce que l'on observe. Ces symptômes prennent beaucoup d'intensité, il s'y joint unefièvre marquée, de l'abattement. etc., lorsque les vésicules se développent en grand nombre sur le tégument rouge et enflammé.

L'eczéma peut envahir toute la surface cutanée ou une grande partie de celte enveloppe. Il affecte de préférence certaines parties où les follicules sont en grand nombre et la perspiration cutanée très-aclive, comme les oreilles, les aisselles, les aines, le scrotum, l'anus, la vulve, le mamelon , le cuir chevelu, les narines, les lèvres, les avant-bras, les cuisses. Il s'étend même de proche en proche aux membranes muqueuses et pénètre dans les narines , le vagin , le conduit auditif; il se développe sur la conjonctive, sur le prépuce.

On sait encore peu de chose sur le siège an atomique des maladies de la peau. M. Bieft a fait de louables .efforts pour arriver à quelque résultat sur ce point. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici un passage de son article Eczéma ( Dict. de méd.^ 2^ édit. p. 186) où il s'occupe de cette importante question. «L'eczéma paraît consister dans l'inflammation de la couche superficielle du derme désigné sous le nom de membrane vasculaire d'Eichhorn^ et qui , selon toutes les probabihtés, a pour fondions spéciales la sécrétion de l'épiderme. Au début , soulèvement d'une foule de points de la cuticule, épanchement d'un liquide transparent. Si l'inflammation s'étend , elle forme le plus souvent une surface continue; alors sécrétion épidermique plus active; les squames se succèdent sans cesse, offrant des formes diverses, diminuant au déclin de l'inflammation , l'épiderme ne prenant une consistance, solide que lorsque les dernières traces de l'inflammation se sont dissipées , que le derme a repris son état normal.

«On a prétendu récemment que les follicules sébacés étaient le siège primitif de l'eczéma. Cette opinion, bien que spécieuse, ne supporte pas un examen sérieux. D'abord il ne paraît pas que les analomistes qui se sont plus particulièrement occupés de la structure de la peau, aient jamais considéré les follicules sébacés comme étant les organes sécréteurs de la cuticule. Gaultier, dont le beau travail doit toujours être cité, regarde ces follicules comme des annexes

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du système pileux , et l'exhalation onctueuse qu'ils produisent comme propre à entretenir la souplesse, laflexibilité de l'enveloppe tégumentaire. M. Eichhorn restreint encore plus la sécrétion sébacée, il la considère seulement comme propre à donner aux poils cette apparence brillante et à prévenir leur feutrage. »

M. Blainville, qui , par ses recherches, a tant éclairé l'histoire anatomique de la peau et de ses annexes, s'est occupé de la structure de l'appareil crypteux. Le phanère, qui n'est autre chose qu'une modification de la peau destinée à son perfeclionnement , a pour fonction spéciale de sécréter la matière qui constitue les poils, les cheveux , les ongles , les plumes chez les oiseaux, etc. Le crypte n'eu diffère que parce que le produit de sa sécrétion reste liquide. Il arrivera donc, lorsque ces follicules seront enflammées , une sécrétion plus abondante d'un liquide huileux qui pourra s'épaissir et s'accumuler dans le crypte, mais sans lui donner en aucune manière l'apparence d'une vésicule. On aura la forme de Y acné sebacea^ ainsi que le fait très-bien remarquer M. Biett , et si l'inflammation est plus profonde, les follicules passeront à l'état pustuleux comme dans les diverses formes de l'acné.

«Dans l'opinion que je hasarde , dit M. Biett, tout semble s'expliquer: l'inflammation vésiculeuse estelle légère, il y a, après l'ouverture des vésicules , dénudation de la couche la plus superficielle du derme, sécrétion plus abondante de l'épiderme , plus mince , non continue, formant des lamelles plus ou moins étendues. Cette iuflammalion devient-elle plus grave , les éruptions s'enchaînent-elles ou se succèdent-elles à des intervalles très-rapprochés , la sécrétion épidermique est plus active, les squames s'accumulent sur cette surface enflammée, humide , dénudée. »

On trouve aussi dans les phénomènes pathologiques qui ont leur siège sur les muqueuses plus d'une analogie propre à étayer l'opinion de M. Biett. L'augmentation de la sécrétion , qui fournit d'abord un liquide muqueux abondant qui s'épaissit et diminue en.suite, ne peut-elle pas être comparée à l'exhalation que l'on observe durant le cours de l'eczéma; la matière exhalée est d'abord liquide et remplacée plus tard par une sécrétion épidermique sous forme de squames minces , à demi fluides , dont la consistance augmente à mesure que la phlegmasie décroît et que la peau revient à l'état physiologique.

Nous bornerons là ces considérations générales; plus de détails nous exposeraient à des redites , car les symptômes locaux et généraux , la durée , la terminaison de l'eczéma, n'offrent plus que des particularités qui trouveront place dans la description qui va suivre.

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