I. Eczéma aigu. — A. Eczéma aiinplex. — Les vé
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sicules, petites et serrées les unes contre les autres , se développent sans qu'on aperçoive de rougeur manifeste sur la peau , dans les points occupés par l'éruption. La gouttelette de sérosité qui constitue la vésicule est transparente, devient successivement opaque, laiteuse, disparaît par résorption, ou le fluide s'épanchant au dehors se dessèche sur le sommet de la vésicule (Rayer, Trait, théorique et pratique des maladies de la peau, t. i , p. 267, 1 826 ) ; ou bien il se forme un petit disque squameux de la largeur d'une tête d'épingle; quelquefois de nouvelles vésicules reparaissent avant ou après la desquamation de la premième éruption : «Mais dans aucun cas, disent MM. Gazeuave et Schedel, elle ne donne lieu à ces surfaces enflammées , à cette exhalation de sérosité et à ce renouvellemeut de squames que l'on observe dans les autres variétés ; elle ne laisse pas la plus petite tràce» (.abrégé pratique des maladies de la peau, p. 91, in-8°; Paris, 1838).
Les, symptômes locaux manquent presque entièrement : il n'y a point de rougeur, à peine un peu de démangeaison et quelques phénomènes précurseurs généraux , comme de la chaleur, de la fièvre , de la soif, du malaise, de la céphalalgie et de la courbature. La durée moyenne de l'eczéma simplex est de deux à trois septénaires; il peut cependant se prolonger durant le printemps et l'été , jusqu'en automne ou en hiver. Il est presque toujours borné à une surface plus ou moins étendue, et occupe surtout les avantbras , les bras, le dos de la main , l'intervalle des doigts où il simule assez bien la gale. Il atteint de préférence les jeunes gens et les femmes , et se développe fréquemment après des applications de substances irritantes ou lorsque les parties sont restée.^ exposées à l'action d'un foyer ardent ou des rayons solaires.
Bateman a décrit sous le nom à'eczema solare une forme qui participe à la fois des caractères de l'eczéma simplex et de l'eczéma rubrum. Gomme le premier, il attaque les parties habiiuellement découvertes (la face, le cou, les avant-bras, le dos des mains, les doigts), est produit par l'air chaud ou l'action directe du soleil , se manifeste chez les femmes ; mais l'éruption vésiculeuse est parfois précédée ou accompagnée de fourmillement, de chaleur, d'une cuisson vive, de tuméfaction si prononcée lorsqu'elle occupe les doigts «que la couleur naturelle de la peau a disparu entièrement ( Bateman, Abrégé pratique des maladies de la peau, traduit par Bertrand, p. 303 , in-8°; 1 820). Enfin un cercle inflammatoire environne les vésicules , qui se sèchent en petites écailles d'un jaune-brun , de la grosseur de la tête d'une épingle. Elles peuvent se succéder les unes aux autres , de sorte que l'on ne peut préciser m la durée , ni l'époque de la terminaison de cet eczéma
solare , qui toutefois se termine ordinairement en trois ouqualre septénaires.
B. Eczéma rubrum. — Cette forme est caractérisée par une inflammation très-vive de la peau , qui devient rouge , luisante et tuméfiée , comme dans l'érythème ou l'érysipèle. Les malades y éprouvent une chaleur très-grande : si on apporte quelque attention à l'examen de la surface enflammée, on aperçoit une foule de petits points saillants, que remplacent ensuite des vésicules de la grosseur d'une petite tête d'épingle. Elles sont transparentes , entourées d'une aréole inflammatoire ; deux ou trois jours après leur apparition la sérosité qui les distend se trouble et devient lactescente. M. Rayer dit qu'elle reste limpide jusqu'au moment de la rupture de la vésicule (ouv. cit., p. 268). Du sixième au huitième jour, quelquefois plus tôt , le fluide est résorbé , les vésicules se flétrissent et leurs débris produisent une desquamation de peu de durée. «L'éruption , examinée à cette époque , présente encore des caractères tranchés : on aperçoit une surface d'une teinte rougeâlre (teinte qui persiste encore quelques jours après la guérison), parsemée de petits points arrondis entourés exactement d'un liseré blanchâtre , irrégulièrement découpé, qui indique la ligne de démarcation entre le soulèvement de l'épiderme qui formait la vésicule et l'aréole qui entourait sa base» ( Cazenave et Schedel , Abrégé prat. des malad. de la peau, p. 92, 1838).
Lorsque le mal est borné à une partie ou lorsque l'éruption ne tend pas à se reproduire , deux à trois septénaires suffisent à la guérison. Mais il n'en est plus ainsi quand les vésicules apparaissent en grand nombre , que l'inflammation de la peau est vive, et que de nouveaux groupes se reforment à mesure que les premiers formés sont en desquamation. On voit alors un fluide lactescent s'épancher sur le tégument enflammé , l'irriter davantage et y produire des excoriations par lesquelles suinte une sérosité abondante. Des lamelles croûteuses, minces, molles, humides et jaunâtres se forment, et sont remplacées ensuite par des squames plus sèches et plus adhérentes. La peau ne revient que lentement à son état naturel : on observe des excoriations douloureuses, des gerçures profondes dans les plis des articulations ou sur d'autres points. « La durée de l'excoriation et de l'écoulement, dit Bateman, dont la description laisse peu de chose à désirer, est indéterminée. Gette éruption peut se terminer dans dix jours, si elle n'attaque que certaines parties du corps; mais si elle est générale, la santé .se rétablit rarement avant six semaines, et la maladie se prolonge ordinairement jusqu'à la huitième ou dixième semaine» (ouv. cit., p. 310 ). C'est dans ce cas que la desquamation se répète trois et quatre fois; les écailles furfuracées
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sont blanches et plus petites , et, lorsque le mal a cédé, la peau conserve une espèce de rudesse qui ressemble à celle qu'on aperçoit dans le psoriasis léger ( Ba- (emau).
L'eczéma s'étend quelquefois jusque dans les narines et dans la bouche où se développent alors des aphthes. On a dit que les membranes muqueuses pouvaient être envahies dans une certaine étendue: cette assertion nous paraît fondée, si on ne parle que des ouvertures naturelles; mais nous ne pensons pas que le mal puisse pénétrer plus profondément. L'un de nous a eu plusieurs fois occasion de pratiquer l'autopsie de sujets qui avaient succombé avec des eczéma chroniques presque généraux, et dans aucun cas il n'a pu découvrir, soit dans le pharynx, soit sur des parties plus reculées des membranes muqueuses, aucune lésion qui eût quelque analogie avec l'éruption vésiculeuse de l'eczéma.
C'est encore à l'eczéma rubrum qu'il faut rapporter une autre forme delà maladie que les auteurs ont nommée eczéma mercuriel (eczéma spécifique, mercuriel , hydrargyrie j, exanthème mercuriel j Frank). 11 a été étudié surtout par Alley, Benjamin Bell, Spens, Moriarty, Pearson, M. Mullin, Frank et d'autres (voir la bibliographie}. M. Joy, dans l'article Eczéma de l'encyclopédie anglaise (The cyclopedia of practic. medec, t. i, p. 680), comprend la description de l'eczéma mercuriel dans celle de l'eczéma rubrum.
M. Rayer dit qu'il se développe chez les individus forts et velus que l'on soumet aux frictions mercurielles lorsqu'on n'a pas pris la précaution de faire raser préalablement les membres (ouvr. cité, p. 275), mais il peut aussi survenir chez des sujets auxquels on a administré le mercure à l'intérieur. M. Joy fait observer que dans ce cas il est tout aussi facile de concevoir le développement de l'eczéma mercuriel qu'il l'est de voir survenir une gastro-entérite lorsque le mercure a seulement été employé à l'extérieur. Crampton en a cité plusieurs exemples (The cyclop.^ art. cité).
L'eczéma mercuriel ne diffère de l'aigu et du chronique que parce que des symptômes généraux assez graves et uue, perturbation notable du système nerveux viennent s'ajouter aux autres phénomènes. Les vésicules se développent un ou deux jours , parfois deux ou trois semaines après les frictions sur le scrotum, les avant-bras, ou sur les parties qui ont été enduites de la pommade mercurielle ; quelquefijis aussi les vésicules occupent les mêmes régions à la suite de l'administration interne du mercure. L'éruption s'étend, et, dans certains cas, recouvre tout le corps; il se forme de larges croûtes noires et des excoralions; la conjonctive s'enflamme et présente des iuciutlalious. Eu mijiae temps on observe les
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symptômes suivants : accélération de la circulation , chaleur de la peau , gêne de la respiration. Lorsque le mat fait des progrès , il revêt la forme adynamique; il survient de la diarrhée, de l'anxiété précordiale, de la dyspnée, des douleurs dans la poitrine, une expectoration sanguinolente fournie par la muqueuse des bronches; le pouls faiblil,ses battement sont irréguliers ; la peau se sphacèle parfois , et la mort survient. Benj. Bell, Pearson, Spens, Moriarty, Alley, ont été témoins d'accidents semblables développés chez plusieurs sujets; Bateman a observé des cas plus légers. Le mal peut durer dix à douze jours, ou plusieurs semaines. L'épiderme est détruit dans une grande étendue , et la desquamation considérable qui se prolonge pendant quelque temps peut faire croire à l'existence d'un psoriasis (Copland, art. Eczéma, Dictionn. ofpract. med., part, m, p. 747). Dans la forme la plus intense, les cheveux et les ongles tombent, et lorsque ceux-ci lepoussent, ils se recourbent et présentent des altérations singulières.
G. Eczéma impéliginodes. — Dans cette forme de l'eczéma aigu, l'inflammation portée à un haut degré s'accompagne de chaleur brûlante , d'une démangeaison insupportable, d'un sentiment de tension dans les parties affectées. Le tégument présente une vive rougeur et une tuméfaction considérable, et des groupes nombreux de vésicules très-rapprochées les unes des autres. Elles s'ouvrent, et le liquide qui se concrète produit des croûtes jaunâtres, molles et humides, de grandeur variable, qui s'imbriquent, et laissent après leur chute des surfaces humides, turgescentes, enflammées, d'où s'écoule une sérosité roussàtre. Il se développe encore de nouvelles squames jaunâtres , plus minces, qui cèdent leur place à d'autres, et cette rénovation peut durer trois à quatre septénaires, et continuer jusqu'à ce que, l'inflammation venant à s'éteindre, la peau reprenne son état naturel.
Pendant que les premières vésicules parcourent ainsi leur période, il s'en forme de nouvelles dans leur intervalle qui perpétuent le mal. On peut observer ainsi chez le même sujet les divers degrés de l'inflammation. Ils sont surtout manifestes lorsque l'eczéma impétiginodes remplace l'eczéma rubrum. Dans ce cas, aux vésicules transparentes et remplies de sérosités limpides en succèdent d'autres qui ont une teinte jaunâtre puriforme. On a vu aussi de ces vésicules passer à l'état pustuleux, et tandis que les unes sont encore transparentes, d'autres sont déjà remplies d'une humeur jaunâtre. L'intensité de la phlegmasie de la portion de peau sur laquelle elles reposent est une condition indispensable pour cette succession de forme. «Gela est si vrai, dit M. Biett, que chez le même individu on voit souvent les deux formes : l'une sur des surfaces où l'inflammation a marché avec énergie; l'autre, c'est-à-dire des vési-
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cules simples, sur des points où la phleg'raasie a préseaté moins d'intensilé dans sou début et dans sa marche» (art. cité, p. 176).
On vient de voir que l'eczéma impétiginodes succède à l'eczéma rubrum; dans cette succession des deux degrés de la même maladie, les vésicules transparentes d'abord passent à l'état de vésico-pustules, et non de véritables pustules. C'est donc une transformation pathologique qui participe à la fois et de la vésicule et de la pustule. On a dit qu'il existe des différences tranchées qui ne permettent pas de con-' fondre ces vésicules pustuleuses avec les véritables pustules; nous verrons, en parlant du diagnostic, jusqu'cà quel point cette distinction est facile. MM. Gazeuave et Schedel considèrent Feczéma impétiginodes comme une éruption vésiculo-pustuleuse, et non comme un eczéma compliqué de pustules. M. Rayer regarde l'eczéma impétiginodes comme un eczéma rubrum compliqué de pustules d'impétigo. Copland (art. Eczéma, Diction, of pract. med., part, m, p. 746) partage cette manière de voir; mais elle est évidemment en opposition avec ce que l'on observe dans la nature. On voit, en effet, chez le même malade des vésicules petites et remplies d'un fluide transparent (ecz. rubrum ) acquérir plus de volume , l'épiderme se soulever dans une plus grande étendue, et enfin l'humeur devenir séro-purulente et purulente. Il est facile dans ce cas d'apercevoir la transformation de la vésicule en vésiculo-pustule. Ce ne sont donc pas, ainsi que l'ont pensé les auteurs cités plus haut, des pustules qui se développent à côté des vésicules. Nous reviendrons sur ce sujet à propos de l'étiologie , nous montrerons aussi , en traitant des maladies de la peau en général (vof. Peau (maladies de la) , que ces distinctions entre les vésicules , les pustules, les bulles, sont souvent illusoires, et qu'il est impossible de les maintenir dans tous les cas, tant les transformations d'une de ces altérations en une autre est facile dans le cours des affections cutanées. Nous nous proposons de faire ressortir ces affinités que M. Martins a signalées dans sa thèse (Les principes de la méthode naturelle appliquée à la classification des maladies de la. peau, vP 216; Paris, 1834). Reconnaissons cependant que parfois l'eczéma se complique de quelques pustules d'impétigo véritable , et même de pustules d'ecthyma. Mais les caractères de ces diverses éruptions sont assez différents pour que Ton ne puisse pas les confondre ( Cazenave et Schedel, ouv. cité, p. 95).
L'eczéma impétiginodes s'accompagne quelquefois de fièvre, d'une surexcitation assez grande, de soif, de céphalalgie, de nausées, etc. ; souvent c'est à peine s'il existe un mouvement fébrile léger. Sa durée est de vingt à trente jouis. Il peut passer à l'état d'eczéma chronique tout à fait semblable à celui qui succède à
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l'eczéma rubrum. L'eczéma impétiginodes se termine aussi par résolution, et alors l'injection des capillaires s'efface au point qu'il est impossible d'en découvrir les traces au bout d'un certain temps. Lorsque les sujets sont d'un âge avancé, ou lorsque la peau est brune, sèche, et le tissu cellulaire plus serré, l'inflammation dont le derme a été le siège, et qui s'étend parfois jusqu'au tissu ceUulaire sous-jacent, ne s'efface qu'au bout de plusieurs années, ou même jamais, et les points affectés con.servent une teinte brune plus ou moins marquée. Les femmes, les enfants, les sujets à peau blanche, molle et fine, offrent très-rarement cette coloration.
2" Eczéma chronique. — Il peut succéder aux trois formes d'eczéma que nous venons de décrire. La peau, irritée sans cesse par le liquide que fournissent les vésicules incessamment reproduites, présente une surface eaflaramée d'un rouge vif, tendue, luisante, chaude, et qui devient le siège d'une démangeaison insupportable. L'humeur séreuse, ou séropurulente, s'écoule parla surface du derme enflammée sous forme de gouttelettes, ou, pour ainsi dire, en nappe : ses quantités sont telles parfois, que les linges en contact avec les parties en sont rapidement imprégnés, et se durcissent comme s'ils avaient été trempés dans l'empois.
La peau qui est le siège de cette éruption offre quelquefois une surface semblable à celle d'un vésicatoire en suppuration; on y observe quelques points plus rouges , ou des sillons ouverts qui ressemblent à des égratignures profondes (Biett) ; plus souvent , au contraire, l'inflammation est peu prononcée. Autour des articulations, ce sont des excoriations, des gerçures plus ou moins allongées, ou de petites traînées inflammatoires qui sont les vestiges des vésicules nouvellement rompues.
L'éruption peut être constituée par des vésicules très-confluentes et développées par place , mais qui ne se réunissent pas, de sorte que, malgré la vive rougeur qui les environne , il est facile de se convaincre que la peau n'est pas dénudée. D'autres fois, soit qu'elles s'étendent à toute l'enveloppe tégumentaire , soit qu'elles se succèdent rapidement dans un espace déterminé, elles peuvent être tellement serrées les unes contre les autres , qu'on n'observe plus qu'une surface excoriée que recouvrent des squames épaisses, humides, jaunâtres (herpès squamosus madidans d'Alibert). Quelques auteurs ont pensé que le liquide qui se concrète est exhalé par le derme excorié, mais n'est pas fourni par les vésicules. II faut avouer qu'il est difficile, à cause de la rapidité avec laquelle les vésicules se succèdent, de l'état des surfaces altérées et de la présence des squames, d'apercevoir les vésicules de nouvelle formation ; mais M. Biett dit qu'on les retrouve, non-seulement sur
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les limites de la phlegmasie où elles sont plus distinctes, mais encore sur la surface enflammée ellemême. La ténuité extrême de l'épiderme en ces points explique la rapidité de la marche et la rupture prématurée des vésicules (art. cit., p. 168). Toutefois nous n'avons jamais pu, malgré la plus scrupuleuse attention, constater l'existence de ces vésicules de nouvelle formation sur la surface enflammée , et l'analogie porte à croire que la sécrétion se fait par le d erme , de même qu'elle a lieu sur la peau dont l'ép Mermea été enlevé par l'action d'un vésicatoire.
11 importe aussi d'étudier avec soin la foraie de la desquamation qui donne à cette maladie une physionomie si remarquable. Dans les cas où l'éruption a été peu intense, l'inflammation culanée moins vive, les débris épidermiques sont très-minces et blanchâtres, quelquefois les squames sont larges, adhérentes par un de leurs bords, soulevées dans d'autres; ou bien l'exhalation venant à tarir, les squames sont sèches, blanchâtres, intimement unies à la peau qui se fendille, et laisse apercevoir des crevasses profondes. Dans quelques cas d'eczéma chronique général, la peau resie pendant fort longtemps d'un rouge très-vif, et recouverte de débris épidermiques secs et minces; il n'y a plus aucune espèce d'exhalation. « Dans cet état l'eczéma ressemble , à s'y méprendre , à certaines affections squameuses proprement dites ( psoriasis ) , d'autant plus que ces squames ne sont plus produites par la concrétion d'un liquide exhalé et épaissi, mais qu'elles paraissent être (comme dans les maladies squameuses) des lamelles d'épiderme altéré. L'apparition de vésicules pourrait éclairer sur la véritable nature de l'éruption; mais elle n'a point toujours heu, et il existe d'ailleurs, ainsi que l'a observé plusieurs fois l'un de nous, une forme de maladie cutanée que l'on ne trouve pas décrite dans les auteurs, et qui constitue évidemment une affection intermédiaire entre l'eczéma et le psoriasis. Comme elle se rapproche toutefois surtout de ce dernier, il nous suffit de l'indiquer ; et nous reviendrons plus tard {voyez Psonusis) sur sa description et sur les importantes questions de pathpgénie et de pathologie cutanée générale qui s'y rattachent. M. Biett a montré dans ses leçons plusieurs exemples d'eczéma qui étaient devenus de véritables maladies squameuses , et dans lesquels le caractère vésiculeux redevenait de plus en plus marqué à mesure qu'ils avançaient vers la guérison» (Gazenave et Schedel,ouv. cité, p. 97). C'est cet état qui constitue la dartre squameuse d'Alibert.
On doit à M. Dauvergne plusieurs remarques importantes sur la desquamation de l'eczéma qu'il appelle avec Alibert herpès squamosus [Histoire de l'inflammation darlreuse , snii'ie de l'historique des dartres j, dissert, inaug., n*^324 ; Paris, 1833).
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Quand l'eczéma est parvenu à un état de chronicité très-avancé, et que le mal qui occupait une large surface s'isole et se concentre là où l'épiderme s'est entr'ouvert pour laisser échapper le liquide sous forme de rosée, l'inflammation se dispose en zone, et semble zéhrer le membre; tantôt elle s'allonge en rubans étroits et tortueux. Les couches superficielles de la peau sont turgescentes. « L'épiderme entr'ouvert offre la disposition de deux valves à travers lesquelles les tissus enflammés viennent dépasser le niveau des téguments. Souvent l'espace que laissent entre elles les deux valves épiderraatiques est assez grand , et là seulement naissent de petites écailles qui , une fois formées, semblent chevaucher sur ces sortes de valves» (dissert, citée, p. 43). L'auteur que nous venons de citer prétend avec raison que dans quelques cas At dartres squameuses humides (eczéma chronique) il n'existe pas de vésicules , et que la formation des écailles et l'exsudation séreuse ont été immédiatement la suite de l'inflammation des couches superficielles de la peau. En effet les observateurs qui ont apporté une grande attention à celte recherche ne les ont pas toujours trouvées.
M. Dauvergne explique la formation des squames, non-seulement par la concrétion de la sérosité qui s'écoule des vésicules , mais encore par l'inflammation qui se propage dans leurs intervalles, et qui provoque une exsudation sous-épidermique , laquelle soulève cette membrane, et ne la fait s'exfolier qu'après qu'une exsudation d'un hquide albumineux a reproduit une sorte d'épiderme. 11 a vu quelquefois la couche réticulaire fortement injectée donnant à la portion de la peau malade une belle teinte carminée. 11 pense que le brillant de la rougeur inflammatoire dépend souvent de la couleur propre de la peau. Chez une personne blonde, les tissus cutanés étant plus transparents , la couleur des hquides qui les pénètrent est plus fidèlement transmise à la surface; au contraire, sur des individus à peau brune , la teinte dartreuse est ordinairement Uvide. Il ne faut pas confondre cette coloration avec la couleur violacée que donne à la peau la darire squameuse chez les vieillards; elle dépend , suivant M. Dauvergne , de la cachexie scorbutique à laquelle ils sont en proie.
Revenons maintenant sur quelques symptômes locaux, presque constants dans la forme chronique de l'eczéma. Au nombre de ces symptômes nous devons signaler le prurit et la tuméfaction de la peau. Tantôt la démangeaison qu'éprouvent les malades est légère, et consiste en un simple fourmillement incommode ; tantôt c'est un prurit brûlant et intolérable, qui s'étend quelquefois à une grande surface et force les malades à se gratter. Ce besoin est si impérieux , que la volonté reste impuissante; le patient se déchire la peau jusqu'à ce que l'écoulement du sang mette un
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terme momentané à la démangeaison qui était devenue pour lui un véritable supplice. Bientôt l'irritation que cette manœuvre a provoquée , et le contact des corps rudes et des vêtements viennent encore augmenter le prurit. La chaleur du lit ou de l'appartement, le repas, l'usage des boissons vineuses, alcooliques, du café, de l'opium, les tisanes chaudes, les vêtements de laine, les couvertures, les émotions morales, exaspèrentla démangeaison. Elle est quelquefois continuelk, etjelte les malades dans un état d'irrilation vraiment digue de pitié. Lorsqu'ils ont déchiré la peau avec leurs ongles , il en résulte un soulagement momentané , et parfois une sensation singulière mêlée de douleur et de plaisir; il; tombent ensuite dans l'abattement jusqu'à ce que le prurit se reproduise plus intense qu'il n'était. Quelquefois la démangeai.snn n'est pas continuelle, revient la nuit, empêche les malades de se livrer au sommeil , les force de quitter le lit pour chercher dans le contact d'un air frais qn'elque soulagement à la douleur qu'ils endurent. Le prurit manque quelquefois dans certaine forme de l'eczéma aigu, presque jamais dans l'eczéma chronique. On a attribué ce phénomène à la phlegmasie cutanée qui accompagne constamment l'éruption vésiculeuse. M. Bietl le considère comme le résultat de la modification pathologique qu'à subie l'innervation du derme. Il cite à l'appui de son opinion le cas reaiarquable d'un sujet paralytique affecté d'eczéma chronique, chez lequel la démangeaison s'arrêtait précisément sur les limites de la paralysie. D'ordinaire cette sensation s'éteint à mesure que la maladie marche vers la guérison.
Lorsque la phlegmasie eczémateuse acquiert une certaine intensité , et prolonge sa durée , lorsque son étendue est un peu considérable, les parties sous-jacentes participent à la lésion; les glandes lymphatiques se tuméfient et s'engorgent; Ton voit ainsi les ganglions cervicaux, axillaires, inguinaux, se gonfler, suivant que l'eczéma occupe une partie voisine de ces régions. On a quelquefois confondu cette lésion tout à fait secondaire avec l'affection scrofuleuse ; mais l'examen attentif de la surface cutanée suffit à elle seule pour asseoir le diagnostic.
L'irritation se communiquant de proche en proche à toutes les parties constituantes de la peau, on a vu, dans des cas rares , l'éléphantiasis compliquer l'eczéma. Ilexistesans doute alors une prédisposition individuelle qui a beaucoup plus de part à la production de la maladie que l'inflammation cutanée dont le rôle n'est que secondaire.
Les symptômes généraux précurseurs que l'on observe sont : du malaise, un mouvement fébrile, une chaleur générale précédée parfois de frissons vagues et irréguliers, l'anorexie, la soif, et d'autres troubles peu importants , si ce n'est dans le cas de complica-
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lions du côté des organes digestifs. M. Dauvergne assure qu'aussitôt que les plaques exanthémateuses et les vésicules se sont développées, tous les symptômes généraux s'évanouissent , que la maladie est entièrement localisée, et qu'alors commence une longue période de chronicité (dissert, cit., p. 41). Les symptômes généraux peuvent cependant se manifester de nouveau lorsque l'éruption des vésicules très-confluentes et la phlegmasie intense de la peau se reproduisent : ils existent presque toujours et deviennent fort graves lorsque l'eczéma chronique est général: dans ce cas les sujets succombent souvent aux troubles qui se manifestent dans les appareils de la nutrition.
Eczéma partiels : A. Eczéma du cuir chevelu. — 11 occupe particulièrement la nuque , les régions occipitale et temporale ( Rayer) , et s'étend aussi à la face. 11 offre en ces différents points quelques particularités importantes à connaître. Au début, une démangeaison assez vive se déclare ; le derme enflammé exhale une sérosité abondante, d'une odeur fade et nauséabonde , qui mouille tous les cheveux et les linges dont on recouvre la tête. Lorsqu'elle s'est concrétée , elle prend la forme de squames qui s'attachent aux cheveux, se dessèchent, et tombent en suite en lames furfuracées; mais si l'humeur épaisse et humide se concrète autour des poils en couches serrées, et au point d'offrir une surface continue, il en résulte à la racine des cheveux des plaques d'une blancheur éclatante, semblables , pour la couleur, à celle qu'offre l'amiante, de là est venu le nom de teigne amiantacée^ donné à tort à cette maladie qui est une vésicule, et non une pustule. Billard a observé souvent l'eczéma du cuir chevelu chez les nouveau-nés , et dit qu'on le reconnaît par de petites vésicules bleuâtres qui se développent à la tête , et qui , en donnant issue à un fluide qui se concrète promptement, simulent un peu la teigne {^Traité des maladies des enfants^ p. 142,in-8o; Paris, 1833).
La phlegmasie respecte les bulbes pilif ères(MM.Biett, Cazenave et Schedel). M. Rayer dit que lorsque le mal est ancien , il peut en résulter une altération dans cette partie , et la chute des poils ; mais il faut ajouter que l'alopécie qui en résulte n'est que momentanée, tandis qu'elle persiste dans la teigne proprement dite (porrigo). L'engorgement et la tuméfaction des glandes de la région cervicale postérieure accompagnent fréquemment l'eczéma du cuir chevelu. M. Biett a remarqué une altération singulière dans les traits du visage chez les sujets en proie depuis un certain temps à cette maladie. L'inflammation du cuir chevelu causant une tension continuelle dans la peau du visage, les traits sont tirés en haut et en arrière; «les sourcils s'élèvent quelquefois irrégulièrement à plus de demi-ponce de leur situation nor-
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maie ; tirées en haut et en arrière , les paupières finissent par donner aux traits iaspect des figures chinoises. »
B. Eczéma des paupières. — Il donne lieu à une tuméfaction , à une rougeur, et à un gonflement considérable, soit inflammatoire, soit œdémateux, ce qui est plus fréquent , gêne les mouvements des paupières, et s'étend sur la conjonctive palpébrale , où l'on aperçoit alors des vésicules transparentes , quelquefois suivies d'ulcérations. On a vu parfois un ectropion déterminé parla phlegmasie intense de la conjonctive.
G. Eczéma des oreilles. — 11 succède souvent à l'eczéma du cuir chevelu, et se complique de l'inflammation des parois du conduit auditif externe, de la trompe d'Eustache et du pharynx. Le gonflement du conduit auriculaire peut être assez considérable , et son oblitération momentanée portée assez loin , pour que les sons cessent d'être perçus. Le tissu cellulaire environnant la conque se tuméfie, et les mouvements de l'os maxillaire, dans son articulation, sont si douloureux, que la mastication devient difficile. Les oreilles sont, chez les femmes, le siège de prédilection de l'eczéma.
D. Eczéma des narines. — Nous n'avons à noter dans celui-ci que la rapidité de la formation de vésicules dont on n'aperçoit, au bout d'un temps trèscourt, que la desquamation sous forme de croûtes, ou de débris épidermiques; la membrane pituitaire gonflée , rouge et enflammée,
E. Eczéma des lèvres. — Cette affection , quelquefois très- douloureuse , se reproduit avec une fréquence extrême, non-seulement sur la peau qui environne la muqueuse labiale , mais aussi sur cette dernière, qui rougit, s'enflamme, et devient le siège d'excoriations superficielles et de plis rayonnes.
F. Eczéma des mamelles. — On l'observe chez les jeunes filles, chez les femmes, et chez les nourrices. Il affecte spécialement le mamelon et l'aréole , et provoque une démangeaison fort incommode. Souvent toute la glande mammaire devient sensible, et les glandes lymphatiques de l'aisselle s'engorgent consécutivement. Ce mal résiste avec une grande opiniâtreté , et donne lieu, dans quelques cas , à des gerçures dont la cicatrisation est difficile, surtout chez les nourrices, parce que la succion opérée sans cesse par l'enfant, y apporte un obstacle continuel.
G. Eczéma des organes de la génération chez la femme. — Le mont de Vénus, les grandes et les petites lèvres, sont fréquemmentle siège de l'éruption. Celle-ci se développe quelquefois , en premier lieu sur la partie interne des cuisses; d'où elle s'étend de proche en prochejusque sur les grandes lèvres; on la voit même envahir l'entrée du vagin , le clitoris et le pourtour du méat urinaire. Il en résulte des symptômes fort
pénibles pour les malades, qui accusent une vive démangeaison , une chaleur brûlante , vers les parties , de la cuisson au moment de l'émission des urines; il existe aussi une tuméfaction très-grande qui rend souvent la marche douloureuse. Dans quelques cas , les sujets, cédant au besoin qu'ils éprouvent de se gratter, «il en résulte un mélange indéfinissable de douleurs et de plaisirs qu'aucune expression ne saurait peindre ; au milieu des sensations les plus cruelles surviennent des rêves erotiques qui laissent à leur suite de la douleur et un profond abattement (M. Bictt). Cette variété de l'eczéma est une des causes les plus fréquentes de la nymphomanie.
Les sujets très-gras , les femmes vers le déclin de l'âge , ou en proie à des écoulements leucorrhéiques qui ne sont quelquefois, il est vrai, qu'un effet de l'érupiioa vésiculeu^e , en sont souvent affectés. Elle a été souvent décrite et étudiée dans ces circonstances sous le nom de dartre squameuse humide ou sèche, en raison des liquides qui se dessèchent et forment des croûtes humides ou sèches; on retrouvera toujours dans les environs quelques vésicules qui permettront d'asseoir le diagnostic. L'eczéma des parties génitales ne doit pas être confondu avec l'inflammation des follicules qui ont leur siège sur la face interne des grandes lèvres. «Dans cette dernière forme , dit BI. Biett , on voit les follicules gonflés , tuméfiés , répandus sur une surface rouge , injectée, lubrifiée par une exhalation abondante, mais sans aucune érosion ni desquamation consécutive, caractère distinctif important et qui empêche toute méprise» (arL cit.).
H. Eczéma des organes de la génération chez l'homme. — Le scrotum et le pénis , la partie interne des cuisses , sont fréquemment affectés d'eczéma. La chaleur, la tuméfaction, les érections, accompagnent cette maladie et prennent une grande intensité lorsque le malade se livre à la marche, ou lorsqu'il est soumis à la chaleur du lit ou d'un endroit fortement échauffé. Le mal peut se présenter à l'état aigu ou à l'état chronique , sur la face interne du prépuce et du gland , ou sur les autres parties que nous avons indiquées. On a vu, dans ces circonstances , des érections presque continuelles se rapprocher du priapisme, le derme se déchirer, et des hémorrhagies assez abondantes avoir lieu par les gerçures.
I. Eczéma de l'anus. — Gomme toute la surface cutanée qui revêt les organes de la génération chez l'homme et chez la femme, celle des environs de l'anus est le siège d'une sécrétion sébacée habituelle, qui semble disposer ces parties à l'eczéma. Le frottement continuel qui s'effectue pendant la marche, la grande quantité de poils , la nature irritante des liquides exhalés en ce point, la malpropreté, expliquent la fréquence de l'eczéma de l'anus. Il s'annonce
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par une rougeur et une iafiamnialion très-vive de la peau qui laisse suinter un liquide abondant. On aperçoit une éruption de vésicules nombreuses à l'extrémité du rectum et dans les sillons qui résultent du froncement de la peau en ce point; quelquefois elle s'étend jusqu'au scrotum et à la partie interne des cuisses , ou vers la vulve. La démangeaison insupportable , la cuisson et la chaleur que les malades éprouvent , redoublent encore par le repos et par l'action de toutes les causes qui tendent à appeler le sang dans la partie inférieure du rectum , comme la marche , la chaleur de l'atmosphère, etc.
J. Eczéma des mains. — Les ouvriers qui, par la nature de leurs travaux , sont contraints de manier des substances irritantes, des corps durs, etc., comme les épiciers, les droguistes, les serruriers, les taillandiers, les broyeurs de couleur, les laboureurs , y sont plus exposés que d'autres. Bateman décrit sous le nom à' eczéma solare l'éruption vésiculeuse produite par l'action directe des rayons solaires ou d'un air chaud qui attaque presque exclusivement les parties du corps qui sont découvertes , comme la face, le cou et les avant-bras , chez les femmes , mais plus particulièrement le dos des mains et des doigts. L'apparition des vésicules est précédée et accompagnée de chaleur, et d'un sentiment de cuisson et de fourmillement extrêmes lorsqu'elle a été provoquée par le soleil ou la chaleur du feu. Les vésicules sont petites et uq peu proéminentes , remplies d'une sérosité laiteuse et ténue , entourées d'un cercle inflammatoire , mêlées , chez les hommeS; doués d'un tempérament sanguin , à des pustules phlyzaciées ou à de petits tubercules durs et douloureux qui se développent çà et là , suppurent et deviennent de petites ulcérations (Bateman, ouv. cit., p. 303).
L'eczéma se montre aussi sur les extrémités inférieures, sur les jambes et les pieds plus particulièrement. 11 s'accompagne de gonflements , de déchirures par lesquelles le sang s'écoule , et qui renouvellent encore l'irritation. M. Rayer a vu la chute des ongles en résulter.
Marche , durée , terminaison. — Sous ces différents rapports , l'eczéma offre des nuances presque infinies , et qu'il serait presque impossible de retracer toutes. Quelquefois constituée par un petit nombre de vésicules, l'éruption circonscrite dans un seul endroit, et affectant d'ordinaire les parties où les follicules sébacés sont nombreux et la perspiration cutanée très-active , se termine en un, deux ou trois septénaires. A un plus haut degré le mal provoque des accidents locaux assez aigus, tels que la rougeur, la chaleur, la tuméfaction qui , en se combinant de différentes manières , donnent à l'eczéma une physionomie très-changeanle. Cependant lors même que ces symptômes ont acquis une certaine gravité, lorsqu'ils
ont persisté pendant deux ou trois septénaires , on les voit décroître , et la durée du mal , quoique plus longue que dans les cas précédents , n'excède pas ua à deux mois.
D'autres fois à l'état aigu succède l'état chronique ; souvent au moment où la desquamation s'établit, les surfaces redeviennent rouges, une nouvelle éruption paraît, et il se fait ainsi une succession continuelle d'éruption, soit sur le lieu primitivement affecté, soit sur d'autres régions du corps. L'eczéma chronique suit précisément cette dernière marche : n'occupant d'abord qu'une très-petite surface , il se propage à tout un membre et à tout le corps. Cette redoutable maladie peut ainsi se prolonger pendant plusieurs mois , même plusieurs années, avec des alternatives de rémission et d'exacerbation. Aussi peut-on dire que la durée de l'eczéma chronique est presque indéfinie. MM. Cazenave et Schedel disent l'avoir vu envahir simultanément toute l'enveloppe tégumentaire, soit à l'état aigu , soit à l'état chronique (ouvrage cité, p. 99).
La terminaison de l'eczéma est la desquamation par lambeaux épidermiques , par squames minces et foliacées, par croûtes épaisses, sèches ou humides. Quelquefois l'eczéma se termine par la forme huileuse du pompholix; M. Biett, qui a été témoin de faits semblables , dit que les bulles se succèdent et s'étentent par leurs circonférences , de manière à former une squame continue. Dans un cas rapporté par le médecin que nous venons de citer , les bulles, larges et réguHères , se multiplièrent , s'étendirent et offrirent bientôt l'aspect de squames larges, successives , superposées comme les pétales d'une corolle. Du reste , ces transformations de vésicules en bulles sont rares, et n'ont lieu que sous l'influence de conditions organiques qui n'ont pas encore été bien déterminées.
L'eczéma peut-il rétrocéder , peut-il disparaître tout d'un coup , et donner lieu , en se portant sur un viscère ou sur un tissu quelconque, à une maladie bien caractérisée ? Ce serait entrer dans la question générale de la rétrocession des maladies que de discuter ce point. Nous dirons seulement que les observateurs les plus distingués s'accordent à reconnaître que, dans tous les cas où l'on a cru voir une rétrocession, il n'existait qu'une simple révulsion opérée par le développement, ou par l'exacerbalion d'une autre maladie.
Complication. — L'eczéma peut compliquer un grand nombre de maladies de la peau. On l'a vu survenir dans le cours de la gale négligée ou traitée par des frictions irritantes (M. Gibert , Manuel des maladies de la peau, p. 190), ou en même temps que des plaques papuleuses confluentes et ulcérées de lichen agrius ; il accompagne aussi les éruptions tuber-
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culo-pustuleuses du syphilides , du sycosis , de l'éléphantiasis des Arabes.
Les maladies générales ou locales, considérées comme complication de l'eczéma, n'ont pas été encore suffisamment étudiées. Cependant il est impossible, dans quelques cas, de méconnaître les affections gastro-intestinales et la modification pathologique qu'a subie la constitution chez certains sujets. «Une observation, dit M. Biett, qui ramène quelquefois les praticiens aux théories humorales, c'est le rapport des éruptions eczématiques avec d'autres maladies, et leur succession alternative : c'est ainsi que des rhumatismes, des névralgies très-graves, des palpitations de cœur, des gastralgies, cessent après l'apparition de ces phlegmasies vésiculeuses , ou que ces symptômes se manifestent de nouveau avec une grande intensité lorsque celles-ci diminuent ou disparaissent. »
Nous rechercherons plus loin (voj-. Peal) s'il y a des altérations organiques qui puissent jouer un grand rôle dans la production des maladies cutanées et de l'eczéma en particulier, et nous montrerons combien, dans un grand nombre de cas , cette appréciation est encore mal établie.
Diagnostic. — La gale est l'affection qui offre le plus de ressemblance avec l'eczéma ; et si les vésicules de celui-ci sont peu nombreuses, ce qui est rare, si elles occupent les jointures et sont accompagnées d'un prurit peu douloureux , il est presque impfîssible de différencier ces deux affections , à moins que l'on ne retrouve , soit à l'œil nu , soit avec le microscope, l'insecte de la gale ou les sillons qu'il a creusés à la surface du derme. Toutefois il est facile, en général, d'éviter une erreur de diagnostic par une observation attentive. Les vésicules de la gale sont situées sur le pli des jointures dans le sens de la flexion ; presque toujours il en existe entre les doigts; rarement confluentes, elles renferment un liquide transparent qui ne s'épanche point au dehors par la rupture spontanée de la vésicule ; il ne se forme pas de croûtes ni de squames comme dans l'eczéma ; la rougeur, la tuméfaction, la chaleur, ne sont jamais portées au degré qu'elles atteignent dans cette dernière maladie. Le prurit est différent dans les deux espèces: douloureux , accompagné d'une chaleur et d'une tension remarquable dans l'eczéma , il n'offre pas ces caractères dans la gale. Celle-ci est contagieuse , l'eczéma ne l'est jamais. Les deux variétés qui offrent le plus de similitude avec la gale sont l'eczéma rubrum et l'impétiginodes ; mais les vésicules de la gale sont moins saillantes, moins nombreuses, et accompagnées d'une rougeur moins vive que dans l'eczéma rubrum. Les vésicules de l'eczéma impétiginodes sont pointues et se convertissent en pustules, comme le font quelquefois celles de la gale ; le diagnostic est alors très-difficile , mais les caractères que
nous avons rapportés plus haut, et surtout la pre'" sence d'un acarus , sont suffisants pour l'établir. Du reste, si, malgré une comparaison attentive de tous les symptômes, on conservait quelque doute, il ne faudrait pas se prononcer.
Dans Yherpes phl/ctenodes qui a été souvent confondu avec l'eczéma , les vésicules constituent des groupes isolés et répandus çà et là ; l'eczéma peut aussi se montrer avec cette apparence , mais les vésicules en sont plus petites, à peine saillantes; leur transparence est marquée ; elles sont suivies de desquamation.
L'eczéiîia se distingue de \ éruption miliaire , en ce que ses vésicules sont plus confluentes et moins volumineuses que dans celle-ci. Les vésicules de la miliaire ne sont pas accompagnées de cette rougeur, de la tuméfaction, du prurit que l'on retrouve dans l'eczéma ; la desquamation n'of Fre rien non plus de semblable. 11 existe plus de difficulté dans le diagnostic lorsque la miliaire se manifeste durant les chaleurs de l'été , après un long exercice , et dans le cours des maladies où la sueur se montre comme un symptôme fréquent ; la recherche de la cause et des lésions viscérales, l'absence des phénomènes locaux, tels que la rougeur, la tuméfaction, etc., suffisent pour distinguer la miliaire de l'ecze'ma.
L'impétigo diffère de l'eczéma, a-t-on dit, par ses pustules à large base, renfermant un liquide purulent dès le début, et jamais une sérosité transparente; les vésicules de l'eczéma impétiginodes peuvent bien offrir un volume qui les rapproche des pustules, mais dans ce cas encore l'humeur contenue n'est point purulente. D'ailleurs l'impétigo se termine par des croûtes épaisses, jaunes , inégales et chagrinées ; l'eczéma par une desquamation de lames assez minces, quoique larges. Celle-ci ne laisse après elle que des taches légères sur la peau tandis qu'il reste une rougeur prononcée et des cicatrices après la chute des croûtes de l'impétigo. Quoiqu'il en soit, lorsqu'on n'a pas observé la maladie à son début , mais alors seulement que les vésicules étaient déjà tran.sformées en vésico-pustules, la distinction devient quelquefois fort difficile, si une nouvelle éruption de vésicules ne vient pas indiquer le caractère primitif de la maladie. Il faut se rappeler ce fait, savoir que dans l'impétigo on trouve presque toujours des pustules isolées, tandis que les vésico-pustules de l'eczéma impétigineux sont constamment agglomérées.
Le pompholix diutinus présente ordinairement des bulles discrètes très -distantes les unes des autres, et alors le diagnostic n'est environné d'aucune difficulté ; mais si les bulles sont nombreuses, se confondent et se déchirent, il eu résulte une sécrétion épidermique et des couches superposées qui se recouvrent les unes les autres , et imitent assez bien les squa-
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mes de l'eczéma impétiginodes. Mais dans le pompholix les bulles envahissent toute la surfiice cutanée; elles sont constituées par de vastes souièvenieuts de l'épiderrae , semblables à ces larges plilyclènes des vésicatoires qu'ils dépassent souvent par leurs dimensions ; les squames ont aussi une épaisseur et des dimensions qu'elles n'offrent jamais daus l'eczéma. Celui-ci présente toujours autour des plaques emflanimées des vésicules très-distinctes ; il n'y en a jamais dans le pompholix qui, d'ailleurs, est constauuuent mortel, tandis que l'eczéma ne l'est presque jamais.
Le lichen agrius est accompagné d'une exhalation de sérosité et de la producliou de squames; mus celles-ci sont moins larges et plus épaisses que dans l'eczéma ; leur chuie laisse apercevoir une foule de petits points proéminents, papuleux, qui donnent à la peau un aspect chagriné, et dont on sent les saillies en promenant le doigt sur l'éruption ; l'eczéma n'offre qu'une surface rouge , lisse et luisante. On retrouve toujours dans celui-ci quelques vésicules; il n'existe jamais, même sur les plaques confluentesdu lichen, que les éminences pleines et solides des papules-
On a confondu quelquefois avec l'eczéma chronique le psoriasis, et il faut reconnaître que lorsque l'étendue de l'éruption eczémateuse est considérable , que la peau est recouverte de squames blanchâtres, et que l'exhalation de la sérosité par le derme enflammé n'a plus lieu , la ressemblance est assez grande ; mais dans le psoriasis la peau est hypertrophiée , tuméfiée d'une manière notable , et les gerçures nombreuses, qui existent aussi dans l'eczéma, n'occupent pas seulement certaines parties, comme dans cette dernière affection , mais toute la surface de la peau (psoriasis inveterata). La présence des vésicules, la mollesse, la friabilité des squames, le suintement séreux qui se fait au-dessous d'elles, serviront encore à distinguer l'eczéma du psoriasis. Toutefois nous devons ajouter que l'un de nous a plusieurs fois observé une maladie cutanée qu'il est impossible de ne pas considérer comme une forme intermédiaire entre l'eczéma et le psoriasis ; mais comme elle se rapproche cependant davantage de celui-ci , nous ne faisons que l'indiquer ici , nous réservant de la décrire à propos de l'affection squameuse.
Pronostic. — L'eczéma est, en général, une maladie peu grave; il importe cependant, sous le point de vue du pronostic, d'établir une différence entre l'état aigu et l'état chronique. Lorsqu'en effet l'éruption se reproduit sans cesse durant plusieurs années , et malgré le traitement le plus méthodique, lorsqu'elle envahit de vastes surfaces , lorsque la constitution du sujet s'altère, soit sous l'influence de l'irritation prolongée de la peau qui finit par amener quelques désordres, soit par l'effet d'une lésion viscérale l faut se tenir sur la réserve, et ne pas émettre de ju-
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gement sur une maladie qui peut se terminer d'une manière funeste. Dans tous les cas l'attention du médecin doit se porter sur les viscères, et surveiller toutes les fonctions ; c'est ainsi qu'il pourra trouver les véritables éléments du pronostic. L'eczéma aigu n'offre de caractère sérieux que lorsqu'il s'étend à une grande partie du corps, et qu'il envahit les membranes muqueuses. Nous avons dit que l'inflammation seule se propageait ainsi , et que pour notre part nous n'avions jamais retrouvé de vésicules sur les membranes muqueuses au delà du pharynx. L'eczéma rubrum et impétiginodes ayant une durée plus longue, une marche moins régulière que l'eczéma simplex , le pronostic est plus fâcheux dans ces deux premières formes que dans la dernière.
Étiologie. — On doit mettre d'abord au nombre des principales causes de l'eczéma toutes celles qui exercent une action immédiate sur la surface cutanée comme les frictions sèches, ou celles qui sont faites avec des pommades irritantes, avec l'onguent mercuriel (eczéma mercuriel) , l'application de pommades rances, les frictions alcalines, sulfureuses, surtout lorsqu'elles sont pratiquées sur des endroits abondamment fournis de poils; l'insolation, l'exposition aune chaleur ardente ou longtemps prolongée, le contact de corps durs, solides ou liquides, de poussière ; la brûlure, le vésicatoire et toutes les irritations produites par des maladies locales. Ces causes directes se retrouvent dans l'exercice de certaines professions: les épiciers, les broyeurs de couleurs, les affineurs de métaux , les taillandiers , les blanchisseuses, sont plus disposés que d'autres à contracter la maladie. Elle peut être encore provoquée par l'équitation , la marche prolongée , les écoulements ieucorrhéiques, la malpropreté, etc. Les influences atmosphériques ont été regardées comme capables de prendre une certaine part au développement de l'eczéma; il se déclare plus fréquemment au printemps et dans l'été que dans les autres saisons ; les changements brusques de température , le renouvellement des saisons, en provoquent la première apparition ou déterminent des exacerbations lorsque l'eczéma est passé à l'état chronique. C'est surtout sur les symptômes déjà existants de l'eczéma que les vicissitudes atmosphériques ont une grande influence; elles excitent des démangeaisons souvent insupportables.
Les causes internes de l'eczéma sont moins connues, et lors même qu'elles sont très-évidentes, ce qui est fort rare , il faut encore admettre qu'il existe une disposition toute spéciale de la peau, pour que l'action pathogénique de la lésion viscérale se fasse sentir sur elle. L'eczéma se montre chez les femmes , soit après la couche, soit après l'allaitement, soit enfin après le retour d'âge. L'éruption qui survien dans les deux premières circonstances a été considérée par
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