‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 4)Chapitre 17 sur 32 · IG · texte numérisé non relu

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m grand nombre d'aiilcurs couime ayant sa source dans une action nuisible exercée par le lait. II nous serait difficile de dire ce que l'on doit entendre par maladies laiteuses^ encore moins de rapporter des faits qui en prouveraient l'existence incontestable, du moins en ce qui concerne l'eczéma ; cette question, du reste, sera discutée ailleurs (vof. Peau, maladie de la). L'eczéma qui survient chez les femmes parvenues à l'âge critique , ou quelques années après la cessation du flux menstruel, se rattache sans doute à quelque modification pathologique de la constitution , mais il est impossible de dire en quoi elle consiste, et quels rapports il existe entre elle et l'éruption eczémateuse. Celle-ci est plus rebelle, et persiste plus longtemps que lorsque l'eczéma tient à d'autres causes.

Quelques auteurs peiisent que l'eczéma, comme plusieurs autres affections cutanées, est fréquemment déterminé par une phlegmasie chronique de la muqueuse iatestioale : nous reviendrons sur cette opinion que nous ne saurions adopter {vof. Peau).

On a vu dans quelques cas l'eczéma paraître presque subitement sous l'influence d'une vive émotion morale, telle que la frayeur, la colère; cette cause agit plus fortement sur les femmes qui allaitent, et chez lesquelles l'éruption vésiculeuse peut se montrer dans un siège déterminé, comme sur le cou, les oreilles , le cuir chevelu , les aisselles , ou même envahir presque tout le tégument.

L'eczéma n'est point contagieux, «cependant , disent MM. Gazenave et Schedel, dans des circonstances très-rares , il a paru se transmettre d'un individu à un autre par le contact prolongé de deux surfaces muqueuses. C'est ainsi que M. Biett a rapporté, dans ses Leçons cliniques^ plusieurs exemples d'eczémas qui s'étaient transmis par le coït»(ouv. cit. , p. 99). Ces exemples ne nous paraissent nullement prouver la contagion de l'eczéma , même dans les cas où l'éruption s'est développée ou transmise dans les organes de la génération. La nature acre de l'écoulement et de la sérosité qui humecte les parties explique mieux le développement de la maladie provoquée par les rapports sexuels. Les femmes sont plus fréquemment affectées que les hommes.

Traitement. — Rappelons d'abord que l'eczéma est souvent amené par des causes externes , et que lors même que l'on est contraint d'admettre la prédisposition , ces causes n'en jouent pas moins le principal rôle dans la production de la maladie. Dès lors le médecin doit avant tout s'enquérir de la cause qui l'a fait naître , et rester convaincu qu'il n'y a pas de guérison durable à espérer si le sujet est de nouveau soumis aux conditions sous l'iiifîuence desquelles a paru l'éruption eczémateuse. N'est-ce pas à la persistance des mêmes causes qu'il faut attribuer ces ec-

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zéma chroniques ou ces récidives fréquentes de la maladie chez les ouvriers qui exercent les professions que nous avons indiquées précédemment , et qui à peine guéris reçoivent de nouveau l'action irritante des corps qu'ils sont obligés de manier sans cesse, ou la poussière qui est incessamment appliquée à la surface de leur corps ? Les agents thérapeutiques dirigés contre la maladie étant différents selon qu'elle est à l'état aigu ou à l'état chronique , nous en traiterons séparément, et nous indiquerons ensuite les médications particulières réclamées par les eczéma des diverses régions du corps. II faut surtout se garder , ainsi qu'on le fait trop souvent en thérapeutique , d'administrer les remèdes au hasard , et de soumettre indifféremment les malades à l'emploi des bains d'eau simple, ou sulfureuse, ou chargée de toute autre substance médicamenteuse , aux dépuratifs et à tous ces remèdes que l'on prescrit trop souvent sans se régler sur des indications précises.

Avant de passer à cette étude nous pouvons nous demander si l'emploi de médicaments propres à guérir l'eczéma n'est pas contre-indiqué dans quelques cas , et s'il faut respecter cette espèce de dépuration établie vers la surface cutanée par les efforts de la nature. La doctrine des solidistes a jeté une grande défaveur sur les idées de ce genre ; mais le temps n'est peut-être pas éloigné où , revenant à des opinions anciennes, on utilisera certains faits qui semblent favorables à cette doctrine. 11 faut reconnaître que si l'on a singulièrement exagéré l'importance de ces mouvements fluxionnaires qui ont leur siège à la peau , cependant des observateurs exempts de préjugés ont vu des phénomènes morbides apparaître pour la première fois ou prendre une intensité remarquable lorsque l'éruption vésiculeuse , traitée par des moyens convenables, disparaissait. C'est donc au praticien à s'environner de toutes les lumières que peut lui fournir, dans ces cas difficiles, l'étude de la constitution des sujets, des maladies préexistantes et des causes qui ont amené l'eczéma. Muni de tous ces documents , il devra apporter une grande circonspection dans l'emploi des remèdes qu'il va mettre en usage. C'est surtout dans l'eczéma chronique qu'il est important de ne pas oublier ces sages préceptes: l'un de nous a vu plusieurs fois des malades qui portaient, depuis plusieurs années , de larges surfaces eczémateuses sur les jambes succomber à des épanchements séreux i'orraés rapidement dans l'abdomen et la poitrine à la suite d'une brusque disparition de la maladie cutanée, obtenue à l'aide de topiques astringents etrépercussifs.

Traitement de l'eczéma aigu. — Dans le traitement de l'eczéma aigu comme dans celui de l'eczéma chronique , il faut particulièrement insister sur les remèdes externes qui forment la partie la plus ina-

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portante de la médication. Dans l'eczéma simplex l'usage des bains tièdes, des cataplasmes de farine de pomme de terre , la farine de graine de lin étant encore trop irritante et augmentant souvent l'intensité de la maladie au lieu de la diminuer, des boissons émollientes, acidulés, un régime sévère et par-dessus tout l'éloignement de la cause, suffisent pour amener la guérison ; mais il n'en est plus ainsi lorsque l'éruption est accompagnée de chaleur, de rougeur, d'une vive démangeaison, et que la phlegmasie cutanée est très-prononcée, ou bien encore lorsque l'éruption, après avoir guéri en un point, se reproduit sur les parties voisines: on se trouve bien alors de quelques émissions sanguines générales, des applications de sangsues faites sur les limites de la surface eczémateuse, de boissons acidulés comme celles que l'on forme avec le citron , l'orange , la groseille , des purgatifs légers et salins , des lotions émollientes et narcotiques préparées avec la guimauve, le son, la jusquiame, la douce-amère, la laitue. On recouvre les parties malades de cataplasmes de fécule de pomme de terre , de semoule , de pulpe de guimauve , lorsque le derme est mis à nu et présente une surface enflammée, rouge et excessivement douloureuse. Des bains tièdes et longtemps prolongés doivent être prescrits tous les jours : ils augmentent pour quelques instants le prurit; mais, une fois cet effet passé, le malade s'y trouve très-bien et ne réussit à calmer ses souffrances qu'en y restant plusieurs heures. Au moment de la sortie des bains la même démangeaison reparaît. Dans quelques cas rares, il faut renoncer à leur emploi, parce que les symptômes locaux acquièrent une plus grande intensité , et parce qu'il en résulte , chez les vieillards et chez les sujets affaiblis, de l'infiltration et une stase veineuse notable. L'eczéma rubrum et Yimpeliginodes réclament l'emploi des mêmes agents thérapeutiques, seulement la médication antiphlogistique doit être faite avec plus de rigueur, et être continuée plus longtemps que dans la forme précédente. Il est alors nécessaire, chez les sujets pléthoriques adonnés à l'ivrognerie et à la bonne chère, diasister sur les émissions sanguines générales et locales, de faire observer une diète assez sévère. On évitera soigneusement, à cette époque de la maladie , les préparations sulfureuses , les traitements mercuriels , et toutes les frictions faites avec des pommades irritantes; ces moyens sont nuisibles, fournissent de nouveaux aliments à l'incendie , et augmentent la durée du mal. Trop souvent, par leur usage intempestif, des médecins peu habitués à traiter les affections de la peau transforment un eczéma simplex en eczéma rubrum ou impetiginodes. Lorsque la rougeur, la chaleur, la tuméfaction , ont entièrement disparu , qu'il ne reste plus qu'une exsudation séreuse plus ou moins abondante, se condensant rapi-

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dément en squames, que la maladie tend à passer ;\ l'état chronique, ces agents rendent, au contraire, de grands services, ainsi que nous allons le montrer.

L'application d'un vésicatoire est quelquefois fort utile, mais il faut avoir soin déplacer celui-ci à une assez grande distance de la surface malade, si l'on ne veut voir la portion dénudée du derme devenir ellemême eczémateuse.

Traitement de l'eczéma chronique. — Les remèdes externes sont encore ici les moyens les plus actifs de traitement. Les bains à la température de 28 à 30° centigr., rendus émoUients à l'aide de mucilage ou de gélatine, les bains sulfuro-gélatineux que l'on prépare par la dissolution du sulfure de potasse, les eaux minérales de Barèges, d'Enghien , de Cauterels, de Bagnères, de Luchon , de Schintznach , ont une grande efficacité quand on les emploie à une époque où la phlegmasie de la peau est presque entièrement dissipée, ou revêt la forme chronique. On fait alterner les bains simples avec les bains médicamenteux , et si l'excitation produite par ces derniers est trop grande, ou si elle ranime la phlegmasie , on les éloigne, on en suspend l'administration, et l'on revient de nouveau aux bains émollients. Les bains de vapeur sont quelquefois utiles dans le cas d'eczéma chronique , mais la chaleur ne doit pas être trop forte, et le sujet se tiendra à une certaine distance de l'endroit qui fournit la vapeur (BÎM. Gazenave et Schedel).

On pratique en même temps des lotions avec de l'eau dans laquelle on fait dissoudre une demi-once à deux onces de sous-carbonate de potasse ou de soude, et dont l'effet est de diminuer les démangeaisons d'une manière très-sensible. Le docteur Thompson recommande de laver les parties avec une solution d'un gros d'acide hydrocyanique dans huit onces d'émulsion d'amandes amères (Copland, Dict. of. pract. med., part, m, p. 749 ). D'autres ont vanté les lotions avec l'eau de son vinaigrée, l'eau de Goulard, le sulfate d'alumine, l'eau de chaux, les lotions alcalines avec le sous-carbonate de potasse [Bulletin de thérapeutique ^ t. ni, p, 103), les pommades dans lesquelles entrent le camphre , l'opium, la belladone , la jusquiame, ou des astringents, comme l'acétate de plomb. Dans le cas où le mal résiste à ces moyens , il devient quelquefois nécessaire de changer le mode de vitalité de la peau, et, à cet effet, on a conseillé l'application d'un vésicatoire /o<?o</o/e«f«, l'emploi de la solution de nitrate d'argent (Guillemineau ), et les frictions faites avec le protoiodure de mercure (xij gr. à 9j par once d'axonge), avec le deutoiodure ( x à xij gr. par once ) , avec le goudron ({55 à J5 par once d'axonge). Ces dernières ont trèssouvent réussi à M. Éraery dans le traitement de l'eczéma chronique du cuir chevelu. Ces pommades con-

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viennent surtout lorsque la peau est sèche , fendille'e, recouverte de squames , et nous les avons employées avec succès. MM. Gazenave et Schedel proscrivent la cautérisation du traitement de l'eczéma , et disent que, dans le cas où le mal résiste, les bains sulfureux, soit locaux , soit généraux, et les douches de vapeur, sont les moyens qui réussissent le mieux. M. Rayer a vu des accidents résulter de la cautérisation avec râcide hydrochlorique (ouvr. cité, p. 281).

Les remèdes locaux dont nous venons de parler conviennent quelquefois dans l'eczéma aigu. Les lotions destinées à combattre le prurit sont particulièrement indiquées dans ces cas. On a eu également recours à l'emploi de la suie , recommandé déjà depuis longtemps par M. Blaud , et , dans ces derniers temps, par MM. Marinus,Lablache, et d'autres. Voici de quelle manière ce dernier médecin administre ce remède , qui lui a réussi dans plusieurs cas de dartre squameuse : ^ suie de bois , deux poignées ; eau pure, une livre; faites bouillir pendant une demiheure, et après avoir lotionné les parties malades, matin et soir, appliquez la pommade suivante: ^ axonge, oiv; suie, quantité suffisante; mêlez exactement, et par petites parties, jusqu'à ce que l'axonge soit fortement colorée en brun ; on soumet pendant vingt-quatre heures à une légère ébuUition. Le mode de préparation de cette pommade a été indiquée à M. Lablache par M. Blaud ( Bulletin de thérapeutique, t. XVI, 7® et 8^ liv., p. 214, 8*" ann.). Ce n'est pas seulement dans l'eczéma chronique , mais aussi dans l'aigu, que cette pommade jouit de quelque efficacité. Si l'on en croit les médecins qui en ont fait usage, elle calme très-bien le prurit, particulièrement dans le cas d'eczéma des parties génitales.

Nous citerons encore, parmi les remèdes externes, les cataplasmes faits avec la petite chélidoine ou répurge, les vésicatoires , les pommades avec le précipité rouge ou avec le tartrate antimonié de potasse (M. Rayer). On n'a point précisé jusqu'ici les cas où ces agents thérapeutiques conviennent ; nous ne pouvons que les mentionner.

L'administration des remèdes internes doit également concourir à la guérison. Les dérivatifs les plus usités sont les purgatifs légers , tels que les eaux de Scdlitz, de Pultna, Thuile de ricin, le calomélas, à la dose de deux à quatre grains par jour, pendant une à deux semaines- et à doses réfractées ; les pilules faites avec l'aloès , le jalap ,1a gomme guttc à petites doses, les pilules de Plunimer fane à deux par jour). 11 convient d'insister pendant plusieurs jours, et souvent pendant plusieurs semaines , sur l'emploi de ces purgatifs , lorsque l'eczéma a été rebelle à tous les topiques que l'on a mis en usage. On peut également donner à l'intérieur les eaux minérales sulfureuses dont nous avons parlé ; on les coupe d'abord

avec la décoction d'orge ou avec du lait, et lorsque lé malade s'est habitué à leur action , on les administre pures. MM. Plumbe , Bielt, et d'autres auteurs, assurent que les acides minéraux pris à l'intérieur, les Hmonades sulfurique, nitrique, hydrochlorique, données à faible dose , et pendant longtemps , apportent une heureuse modification dans la constitution; suivant Plumbe, elles diminuent l'exsudation.

Dans les éruptions anciennes , et qui ont envahi toute la surface cutanée , on voit trop souvent échouer les remèdes cités plus haut; il faut alors recourir à l'usage de remèdes plus actifs. M. Biett a vu des guérisons inespérées avoir lieu pendant l'administration des préparations arsenicales et de la teinture de cantharides. La solution de Fowler, la solution de Pearson et celle d'arséniaîe d'ammoniaque, sont celles que l'on prescrit le plus ordinairement. M. Biett, à qui l'on doit des observations précieuses sur l'action de ces remèdes, donne la solution de Fov/ler (arséniate de potasse ) à la dose de trois gouttes d'abord , dans une potion inerte prise le matin à jeun ; tous les cinq ou six jours on augmente de deux ou trois gouttes; on ne doit pas dépasser quinze gouttes par jour. La solution de Pearson (arséniate de soude) peut être donnée à plus haute dose, depuis un scrupule jusqu'à un gros progressivement. La solution d'arséniate d'ammoniaque que M. Biett a introduite dans le traitement des affections cutanées peut-être administrée aux mêmes doses que la précédente. Il faut surveiller avec beaucoup d'attention les préparations arsenicales à cause de leur influence délétère sur l'économie, et on doit en suspendre l'administration dès qu'il survient quelque accident; toutefois M. Biett assure qu'on a beaucoup exagéré le danger de ces médicaments, et déclare qu'il n'a pas encore vu un seul accident résulter de leur administration , depuis plus de vingt ans qu'il en fait usage à l'hôpital Saint-Louis.

La teinture de cantharides peut être donnée d'abord à la dose de trois, puis de cinq gouttes chaque matin ; tous les huit jours on augmente de cinq gouttes; on ne doit guère dépasser un scrupule, et même, si des signes manifestes d'irritation des voies digestives se montraient lorsqu'on en commence l'usage , il serait préférable d'y renoncer. M. Émery a quelquefois prescrit avec avantage le sulfure d'antimoine (gr. iv à V par jour) : néanmoins il est malheureusement bien démontré que, dans les cas graves où l'on a recours à ces énergiques médications, la maladie ne résiste que trop souvent, et se termine d'une manière funeste.

Dans l'eczéma mercuriel , Bateman préconise les diaphorétiques et les bains chauds , les opiacés , les toniques et les acides minéraux ; Moriarty a peu de confiance dans l'opium ; dans les formes graves , l'o-

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pium, le camphre , l'ammoniaque , l'acétate, l'hydrochiorate d'ammoniaque , l'acide pyroligneux, paraissent être les remèdes les plus salutaires. Nous avons dit, en parlant de l'eczéma niercuriel , qu'il résultait, suivant quelques observateurs, de l'absorption de cet agent thérapeutique ; les sudorifiques, les bains , quelques toniques , suffisent pour faire disparaître ces accidents, lorsqu'il n'existe pas un état cachectique prononcé.

Traitement de l'eczéma partiel. — On est obligé de faire subir au traitement quelques modifications-, suivant le siège qu'affecte l'eczéma. Celui du cuir chevelu exige certaines précautions. Il faut d'abord couper les cheveux, les tenir très-courts, recouvrir les parties de cataplasmes , à l'aide desquels on fait tomber les squames concrètes sèches ou humides qui couvrent la peau ; on peut alors employer avec plus d'avantage, et lorsque les émollients ont échoué, les lotions alcalines , ou avec l'eau de savon , l'eau de son vinaigrée, etc.

Quand les paupières sont affectées, les lotions émollientes, l'eau de son, de sureau , conviennent très-bien. A une époque plus reculée de la maladie, on prescrit avec succès les pommades soufrées ou mercurielles ; celles qui sont recommandées par M. Gibert sont les suivantes : '2f onguent rosat, 5 ij ; précipité rouge de mercure, gr. iv ; laudanum , gouttes vj à viij : chaque soir on enduit le bord libre des paupières avec cette pommade, ^c asonge ,36; protochlorure de mercure, camphre, vj à viij gr. âà (ouvr. cit. , p. 201).

Dans l'eczéma des oreilles , les fomentations émollientes et narcotiques , les douches , l'application de petites ventouses scarifiées sur les régions mastoïdiennes, ou aux environs du lobule, produisent d'heureux effets. L'oblitératiou du conduit auriculaire, amenée par le gonflement inflammatoire, doit être prévenue par l'introduction de bourdonnets de charpie ou de petits cylindres d'épongé préparée.

L'eczéma chronique des narines peut être combattu par les lotions avec l'eau de sureau, de cerfeuil, de son, de tête de pavot, par des douches de vapenr qui désobstruent l'entrée de ces ouvertures naturelles. On applique aussi , le soir particulièrement , quelques pommades astringentes , comme celles préparées avec les oxydes de plomb , de zinc , de cuivre , auxquelles on ajoute de l'opium. Le calomélas et le soufre peuvent être employés avec succès dans l'eczéma chronique.

L'eczéma des mamelles ne cède souvent qu'avec une grande difficulté aux diverfes médications mises en usage. Les lotions alcalines et iodurées nous ont paru jouir de quelque efficacité. L'un de nous, après avoir vu échouer tous les remèdes qu'il avait dirigés contre plusieurs eczémas chroniques de ces organes , a eu recours à des cautérisations superficielles à l'aide de la solution d'iode concentrée. Lorsque l'irritalioa

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provoquée par cette application avait cédé â l'emploi d^ topiques émollients, les malades baignaient les mamelles, matin et soir, dans une eau iodurée, dont on augmentaii la force en ajoutant une quantité plus ou moins considérable d'iode : il ne faut pas que ces bains causent de l'irritation à la peau. Les sujets qui ont été soumis à cette médication offraient quelques symptômes d'affection scrofuleuse.

Les malades atteints d'eczéma des parties génitales accusent surtout une démangeaison très-vive , souvent insupportable , et demandent instamment qu'on la fasse cesser par quelques remèdes. Les pommades opiacées ou camphrées , celles préparées avec la suie , et dont nous avons donné précédemment les formules, réussissent à calmer les démangeaisons ; les pommades sulfureuses produisent le même effet. On a aussi recommandé la pommade suivante : 21: axonge , S j ; sulfate jaune de mercure, 3 j ; laudanum , gouttes xij. Les fumigations avec le cinabre , le soufre , les douches sulfureuses ou sulfuro -gélatineuses, jouissent aussi d'une grande efficacité. L'eczéma des organes génitaux , du scrotum , de l'anus , doit être traité de la même manière.

Historique et bibliographie. — La confusion qui règne dans les ouvrages anciens, touchant la maladie que l'on désigne aujourd'hui sous le nom à'eczéma , est trop grande pour que nous entreprenions de la faire cesser, soit en interprétant différents passages empruntés aux auteurs, soit en cherchant à les mettre d'accord en donnant aux mots une signification presque arbitraire. Hippocrate, comme beaucoup d'autres médecins de l'antiquité, emploie la dénomination ^herpès pour désigner les affections chroniques de la peau. Celse aurait décrit, suivant quelques auteurs, l'eczéma impetiginodes, et ce que d'autres ont nommé herpès squamosiis madidans (lib. v, cap. 1 7 et 1 8) : il parle de la rougeur de la peau , et de la plupart des symptômes de la maladie. Galien en fait mention d'une manière peu distincte dans sa description des espèces ^herpès. Avicenne , sous le titre De esscre, a-t-il voulu désigner Yherpes squamosus madidans, quand il signale l'existence des principaux symptômes de l'eczéma, tels que la rougeur vive, le prurit, l'humilité des surfaces enflammées? Ce sont là, nous le répétons, des assertions qui peuvent être soutenues , mais qui ne nous paraissent pas hors de doute. Disons seulement que c'est à Willan que l'on doit la détermination exacte du mot eczéma ^ que la plupart des auteurs qui l'ont suivi ont adoptée pour désigner l'affection vésiculeuse dont nous venons d'offrir la description. Les ouvrages où on la trouve décrite avec le plus de soin , et qui nous ont servi à la composition de cet article, sont les traités de MM.Gazenave et Schedel, Gibert, et l'ouvrage plus ancien de Bateman . que nous avons cité tant de fois, à cause de

ses descriptions exactes , oîî l'on retrouve déjà indiqué tout ce qu'il y a d'important dans l'étude de cette maladie. L'article Eczéma publié par M. Biett renferme des remarques pratiques sur lesquelles nous . avons insisté avec soin , parce qu'elles ont été sanctionnées par l'observation d'un grand nombre de médecins. Les articles de MM. Plumbe , Copland , Joy , nous ont été aussi d'un grand secours.

L'eczéma mercuriel a été étudié d'une manière complète par un grand nombre de médecins anglais. Ceux à qui l'on doit des travaux importants sur ce sujet sont: Brendel [De inopinaiis ex mercurio dulci noxiis j vol. i, p. 69); Schreber [De morùo mercuriali ; Erfurt , 1 792 ) ; Benjamin Bell [On gonor. vir. and lues venerea , (. ii, p. 228); Pearsoa [On the affects of var. articles of the mat. mcd. in lues venerea , chap. xui) ; Moriarty [^4 description of mercurial lepra ; in-8° , 1804); Spens [In Edinb. med, and surgical journ. , t. i , p. 7 ) ; M' Mulliû [In ib., vol. u, p, 37); Chisholm [In ib. , vol. vni, p. 296) ; Marcet [Med. and surg. SorAet. trans. ^ vol. ii, art. ix); Alley [On the hydrargyria or that vesicular discase caused by mercurjr; Lond. , 1810) ; Mathias [On the mercurial disease ;'m-8^, 1811); J.Frank [Jct.cUniq., V. m , p. 22 , et Praxeos, \. n, p. n , art. ix). ÉGOPHONIE , vof. Auscultation, t. i, p. 473. ÉLÉPHANTIASIS, s. m., de sXecpaç, éléphant. Dénomination appliquée par les auteurs anciens à des maladies très-différentes, et qui, comme celle de lèpre , a servi jusqu'à ces derniers temps à désigner une foule d'affections qui n'avaient entre elles aucune analogie réelle , et dont quelques-unes restent même perdues pour nous au milieu de l'obscurité des descriptions et de la confusion du langage médical. Nous renvoyons à l'article Lèpre les considérations historiques qui se rattachent à cette question , et qui ont été le sujet de tant d'opinions contradictoires; et nous nous bornerons ici à décrire les deux affections bien distinctes auxquelles les modernes ont réduit l'application du nom à'éléphantiasis.

ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES. ~ Dénomination appliquée à une maladie décrite pour la première fois par les auteurs arabes , et dans laquelle les jambes , qui en sont le siège le plus ordinaire , acquièrent un volume énorme qui les a fait comparer à celles d'un éléphant.

Sfnonjmie suivant les auteurs. — Daul fd, Rhazès ; elephantopus , Swediaur ; hernia carnosa , Prosp. Alpin ; bucnemia tropica , Good ; elephantia Arabum, Vogel ; perical, andrum, Kœmpfer; glandular disease of Barbadoes , Hillary, Hendy ; sarcocêle d'Egypte , Larrey ; éléphantiasis tubéreux ^ scrutai ; lèpre tuberculeuse éléphantîne ; lèpre du scrotum ; oschéo - térastie

sarcomateuse, Alibert; éléphantiasis des Arabes, Rayer, Cazenave, Gibert.

Définition. — L'éléphantiasis des Arabes est une affection dans laquelle certaines parties du corps, et le plus ordinairement les membres inférieurs et le scrotum, présentent une intumescence considérable, accompagnée d'une hypertrophie de la peau. Cette définition est bien loin , nous le savons bien, de caractériser la maladie ; mais elle est fondée cependant sur ses symptômes les plus constants, et il ne nous a pas été possible, dans l'état actuel de la science , d'en formuler une meilleure.

Division. — Alibert a cru devoir établir, sous les noms ^éléphantiasis iubéreux et d! éléphantiasis scrotal, deux formes spécifiques de l'éléphantiasis des Arahei [3îonogr. des dermatoses ., in-4", p. 508); mais cette division ne repose que sur une différence de siège, et l'éléphantiasis a d'ailleurs été observé sur presque toutes les parties du corps. Nous n'admettrons donc dans cet article qu'une seule forme élcphantiasique , et , après avoir donné une description générale de la maladie, nous indiquerons les considérations particulières qui se présentent suivant qu'elle a pour siège : A , les membres inférieurs ; B, le scrotum; C, la verge; D, les membres supérieurs; £, les mamelles , F, le mont de Vénus et les grandes lèvres ; G, la tête, le col, et différentes parties du corps.

Altérations anatomiques. — Lorsqu'on dissèque avec soin une partie affectée d'éléphantiasis des Arabes, on trouve d'abord la peau pâle ou bleuâtre, brune , quelquefois même noire , rude , couverte de petites squames minces, semblables à celles de l'ichthyose, ou de petites végétations molles et fongueuses, de fissures, de crevasses, d'ulcérations, sur lesquelles se forment des croûtes épaisses : elle est presque toujours hypertrophiée et lardacée.

L'épiderme est très-épais, surtout dans les points où les papilles placées au-dessous de lui ont pris du développement ; il est fendillé et très-adhérent. Audessous de lui , M. Andral a trouvé successivement : l*' Une couche qui n'existait qu'en certains points , et qui avait des aspects différents , étant constituée tantôt par une simple ligne blanche analogue à la couche épidermique des papilles , tantôt ayant une épaisseur plus considérable , une couleur grisâtre , une grande dureté, une véritable consistance cornée; tantôt, enfin, étant formée par une série d'écaillés superposées et imbriquées. Pour M. Andral, cette couche est l'analogue de celle que Gautier a trouvée chez le nègre, et qu'il a appelée couche albide superficielle., tandis que M. Dutrochet lui a donné le nom de couche cornée. 2^ Une couche réticulaire , formée par un réseau de filaments noirâtres infiniment déliés, s'entre -croisant en mille sens différents, et laissant entre eux des intervalles transparents. Cette couche , d'une cou-

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leur g[rise , brune ou noirâtre, suivant les points , paraissait homogène à une coupe verticale, et ne laissait distinguer qu'une matière colorée de diverses nuances : elle était évidemment l'analogue de la couche colorée des nègres. 3^^ Une couche se présentant sous forme d'une ligne blanche, très-peu épaisse, s'enfonçant dans les intervalles qui séparent les bourgeons du corps papillaire , et revêtant ainsi un aspect ondulé : aucun vaisseau ne s'y ramifiait; elle semblait constituée par un tissu cellulo-fibreux, et n'était point partout également distincte. Elle est l'analogue de celle que Gautier a trouvée dans la peau du talon du nègre , et qu'il a décrite sous le nom de couche albide profonde , tandis que M. Dulrochet l'a appelée couche épidcnnique des papilles. 4° Le corps papillaire (bourgeons satiguins de Gautier'), dont les petits corps cellulo-fibreux avaient subi en quelques points un allongement tel, qu'on les eût pris facilement pour ces filaments blanchâtres qui hérissent la membrane muqueuse linguale et buccale de beaucoup d'oiseaux. Entre ces filaments , réunis par groupes , était interposé un tiSjSu plus blanc , plus dense , se prolongeant , d'une part , dans le derme , et , d'autre part , se terminant à la couche précédente. En d'autres points , on ne voyait plus ces filaments, mais une couche rugueuse qui semblait constituée par les bourgeons tuméfiés et confondus du corps papillaire (Andral, Précis d'anat. pathoL, t. I, p. 170). Malgré les modifications que desanatomistes modernes ont tenté d'apporter aux idées de Gautier , relativement à la structure de la peau , nous avons pensé néanmoins devoir encore reproduire ces recherches de M. Andral , dont les résultats resteront dans la science, indépendamment de l'opinion à laquelle leur auteur les a rattachées à l'époque où il les a publiées.

M. Rayer, après avoir incisé la peau suivant son épaisseur, a trouvé de dedans en dehors : l*' Des petits lobules de tissu adipeux , réunis par du tissu lamineux sain. 2° Le chorion, représenté par une bande transversale , d'un jaune pâle , évidemment hypertrophié, et dont les aréoles étaient moins distinctes que dans l'état normal : il était , en outre, imprégné d'une assez grande quantité de sérosité ; par sa face profonde , il envoyait dans le tissu cellulaire souscutané , jusqu'à une assez grande profondeur , des prolongements blanchâtres fibreux. 3° Une couche composée de fibres parallèles dirigées de la face superficielle du chorion vers l'épiderme , formée par des papilles allongées, d'un rose violet, d'une épaisseur qui variait entre deux et trois lignes et demie : «Ces deux premières couches de la peau, dit M. Rayer, étaient rendues distinctes l'une de l'autre, et par la direction opposée de leurs fibres , et par une ligne transversale qui résultait de la différence de leur cou-

leur. Entre les fibres parallèles de la couche papillaire , on distinguait à l'œil nu de petits vaisseaux plus faciles à apercevoir lorsqu'on les avait d'abord examinés à la loupe. La face superficielle de cette deuxième couche présentait des mamelons, la plupart lenticulaires, séparés les uns des autres par des rides profondes, évidemment formés par les papilles les plus allongées, tandis que les plus petits, réunis sur une même ligne , donnaient lieu aux rides que j'ai indiquées. Par la macération , les papilles qui formaient les mamelons , devenues libres , apparaissaient, lorsqu'on les examinait sous l'eau, sous la forme d'un léger gazon. Au-dessus des papilles existait une troisième couche parfaitement distincte de l'épiderme qui la recouvrait : c'était celle que l'on a désignée sous le nom de membrane albide ou cornée. En détachant cette troisième couche , on apercevait des filaments très-déliés qui se rendaient à de petits corps blanchâtres , situés et comme appliqués sur la face profonde de la couche albide (follicules) : ces petits corps, disposés d'une manière variable, étaient isolés et épars , ou réunis par séries parallèles ; d'autres , enfin , étaient agglomérés sous forme de plaques plus ou moins larges; tous , ou presque tous, s'enlevaient avec la couche albide , à laquelle ils étaient adhérents. De ces follicules, les uns étaient exactement arrondis, d'autres, allongés en forme de larmes , se terminaient en pointe à l'une de leurs extrémités; d'autres, enfin , plus allongés, paraissaient cylindriques ; quelques-uns présentaient à leur centre, et en dehors , un point noirâtre qui paraissait être leur orifice. La couche épidermique , disposée sous forme de membrane, comme la précédente, transparente comme elle , quand elle n'était pas formée de squames accumulées, était aussi , à sa face profonde, en rapport avec de petits follicules analogues aux précédents. Réunis, la plupart, sous forme de plaques, ils étaient surtout très-apparents dans les points qui correspondaient aux squames : cette disposition était constante. De la face profonde de l'épiderme partaient de petits prolongements qui entouraient les poils jusqu'à leur extrémité bulbeuse, et qui étaient bien distincts des follicules» [Dict. de méd. et de chir.prat.^ t. vu, p. 36). Le tissu cellulaire sous-cutané et inter-musculaire est plus dur à mesure qu'il se rapproche du derme : il est quelquefois converti en un tissu épais, dur, fibrocartilagineux; il est entièrement adhérent aux parties voisines , et offre çà et là des plaques ossifiées ; quelquefois il est remarquablement développé, et ressemble au tissu cellulaire sous-muqueux des parois gastriques, lorsque celui-ci, induré et infiltré d'albumine concrète , a subi la dégénération dite squirrheuse ; d'autres fois il est infiltré comme dans les hydropisies anciennes. M. Andral a vu la sérosité contenue dons de? vacuoles creusées ç:'i et là , dans

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«ne masse énorme de tissu cellulaire dur, condensé , se trausformant , par d'insensibles degrés, en tissu cartilagineux (/oc. cit., p. 277). Delpech a constaté que la sc'Tosité renferme une très-forle proporlion d'albumine ( Chir. clin., t. ii, p. 54 ). Le tissu adipeux prend aussi quelquefois un développement trèsmarqué. Les muscles sont souvent atrophiés, décolorés, amincis; d'autres fois ils sont augmentés de volume, durs, convertis en une substance graisseuse (Fabre , Revue niéd., t. iv, p. 38 ) : çà et là on trouve dans leur épaisseur des plaques osseuses. Les ligaments articulaires et inter-osseux sont quelquefois détruits ou convertis en substance osseuse ; les surfaces arlici'laires sont soudées si intimement, qu'on n'aperçoit plus aucune démarcation, même après une macération fort longue. Les os, dans quelques cas, assez rares à la vérité, sont eux-mêmes altérés; ils ont doublé ou triplé de volume; leur surface est garnie d'aspérités osseuses plus ou moins longues, qui s'enfoncent dans les parties molles; leurs bords forment des crêtes diversement contour^ uées, des canaux parcourus par les vaisseaux ou les nerfs qui rampaient à leur surface : leur tissu prend une densité , une couleur, et une dureté pareilles à celles de l'ivoire, de sorte que la scie ne l'attaque plus que difficilement (Fabre, loc. cit., p. 40).

Les veines ont été trouvées oblitérées ou rétrécies : leurs parois épaissies , artérialisées, de telle sorte qu'en coupant le vaisseau transversalement , il conserve son ouverture béante comme une artère (Gaide, Jrch. gén. de méd., t. xvii, p. 539). M. Bouillaud a principalement insisté sur cette altération ( Jrch. génér. de wéd, t. vi, p. 317 et 567 ) ; mais M. Cazenave se demande avec raison si , dans ces cas, on n'a pas confondu avec l'éléphantiasis les tuméfactions qui résultent de la gêne de la circulation dans un membre , de l'inflammation chronique du tissu cellulaire, etc. {Dict. de méd., t. xi,p. 284). Les artères ont été vues dilatées ou ossifiées dans une étendue plus ou moins considérable (Fabre , loc. cit., p. 39). Les nerfs eux-mêmes ont présenté différentes altérations. Dans un cas observé par M. Fabre ( loc. cit., p. 39) «le grand nerf sciatique, conservant son volume normal jusqu'à la pai'tie moyenne de la cuisse, augmentait ensuite progressivement jusqu'au creux du jarret, à tel point que chacune de ses deux divisions était bien supérieure à la grosseur du tronc qui les fournil : examiné au-dessous du carré crural, dans l'épaisseur du nerf poplité externe, se trouvait une masse gélatineuse, hydati forme, légèrement rosée, et de la grosseur d une petite amande ; sa consistance était assez forte; elle refoulait autour d'elle les fibrilles médullaires. Les divisions du poplité interne et de l'externe étaient elles-mêmes bien augmentées de volume , de manière que le nerf tibial , la branche

musculo-cutanée, et le tibial antérieur, avaient chacun un volume quadruple de celui qu'ils ont dans l'état normal; ils présentaient quelques renflements.» Nœgele a vu la gaîne du nerf tibial, épaissie et indurée , Former un cylindre qui , en certains endroits, avait plus d'un pouce et demi de diamètre. Sa surface interne présentait en quelques points des inégahtés d'un demi -pouce. Le nerf avait acquis un volume considérable: son diamètre allait en augmentant, à mesure qu'on l'examinait plus inférieurement. On rencontrait à sa surface , et dans son épaisseur, des nœuds ronds ou ovales , formant comme un chapelet, et remplis d'un liquide ici clair et transparent, là , épais et trouble [Heildelb. Annalen.,i. n, cah. 3).

Le système lymphatique a présenté des altérations que Hendy avait déjà indiquées (Mém. sur la maladie glandulaire de Barbade, prouvant quelle a son siège dans le sfst. Ij-mph., Trad. d'Alard, in Mém. de la Soc. méd. d'émul., t. iv, p. 79), mais que M. Alard a le premier décrites avec soin, et qu'il a d'ailleurs envisagées différemment. L'auteur anglais avait placé le siège primitif du mal dans les glandes lymphatiques, lesquelles, selon lui, s'engorgeaient, s'enflammaient, et ne permettaient plus au fluide absorbé de les traverser : «Dès lors, dit-il, il faut qu'il y ait une accumulation de ce fluide entre la glande et la partie où il a été absorbé d'abord; et lorsque les vaisseaux sont tellement distendus, qu'ils ne sont plus capables d'une dernière extension , les cellules ou cavités du tissu cellulaire doivent se remplir et se gonfler en conséquence du fluide épanché dans leur intérieur par les extrémités artérielles» {loc. cit., p. 81).

M. Alard ne partage point cette opinion : « Les glandes, il est vrai, sont affectées dans cette maladie, dit-il, mais simultanément avec les vaisseaux lymphatiques, et comme faisant partie du même système. 11 est des cas où elles ne participent pas à la maladie, et les accidents n'en sont pas moins intenses; tandis qu'il est impossible que cette maladie ait lieu, .si le mal se borne aux glandes sans intéresser les vaisseaux lymphatiques; car alors ce sont de simples bubons» ( Hist. d'une maladie partie, au s/st. lymph.; Paris, 1806, p. 237).

« Tout semble prouver, continue M. Alard, que celte maladie affecte exclusivement le système lymphatique. Les ouvertures de cadavres ont présenté les glandes beaucoup plus grosses que dans l'état naturel, les absorbants très-dilatés, gorgés de lymphe, et leurs parois affaiblies au point de ne pouvoir résister aux injections. On en a trouvé dont le calibre égalait une plume à écrire , et l'on doit bien penser que les moins larges et les moins volumineux avaient subi une altération proportionnée à leur petitesse primitive» (/oc. c«V., p. 233).

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Quant aux altérations viscérales que l'on rencontre dans l'éléphantiasis des Arabes , elles sont variables, et ne peuvent guère être rapportées à cette maladie. Ainsi M. Rayer a trouvé un épanchement séreux peu abondant dans les cavités des plèvres et du péritoine, un ramollissement avec amincissement de la muqueuse gastrique en plusieurs points, de celle de l'intestin grêle; des petites ulcérations arroudies dans la portion descendante du colon. Selon Hendy les glandes méseatériques offrent quelquefois les mêmes altérations que les glandes lymphatiques de la partie malade (/oc. cit., p. 80).

Sjmplomatologie. — Nous ne saurions mieux faire, pour exposer la manière dont se manifeste l'éléphantiasis des Arabes , que de reproduire la description de M. Alard, à laquelle les auteurs plus récents ont tous largement puisé.

«Son invasion , dit-il, est brusque et inattendue; elle n'est ordinairement annoncée par aucun symptôme précurseur, par aucune disposition particulière ; cependant, après une durée de plusieurs années, une soif inextinguible a lieu quelques jours avant les accès, et leur sert de prélude.

«On ressent d'abord une douleur plus ou moins vive dans une glande ou sur le trajet des principaux troncs des lymphatiques; presque toujours une corde dure, noueuse et tendue , ressemblant tantôt à un amas de petites phlyclèues, tantôt à un chapelet de petites glandes tuméfiées, suit la même direction que les douleurs. Quelquefois cette corde est surmontée d'une trace rouge , qui a la largeur d'un ruban de fil , et d'autres fois elle n'est sensible qu'au toucher. Lapartie affectée rougit , se gonfle, et prend une apparence érysipélateuse , et, dans certains cas, ph'egmoneuse; l'articulation voisine est maintenue raide et fléchie par la contraction des muscles fléchisseurs ; et si le bas-ventre est le siège du mal, cette contraction produit un sentiment d'étouffement. La fièvre concomitante doit surtout fixer notre alteution. Elle présente un frisson prolongé, qui a le singulier caractère de redoubler au moindre mouvement ; il est accompagné de nausées et de vomissements, dont il semble inséparable , surtout dans les accès un peu marques: s'il cesse, on les voit s'arrêter tout à coup; s'il recommence, ils reprennent en même temps que lui ; ils ne font rejeter que les boissons qui se trouvent d jà dans l'estomac, ou, si malheureusement ce viscère re contient rien, leur violence fait quelquefois rendre du sang. La bile ne vient qu'en petite quinlité, et après des efforts réitérés; son passage dans la bouche laisse un goût d'amertume, quoique la langue soit d'une belle couleur; les nausées fatiguent beaucoup les malades; ils sentent le besoin de vomir, quoiqu'ils ne rendent que de l'eau ou de la tisane , et lorsqu'ils y parviennent après de violents efforts , leur malaise et leur

anxiété diminuent; le délire survient quelquefois. Les malades sont presque toujours tourmentés d'une soif très-grande, et, dans quelques cas, inextinguible ; la chaleur qui succède est intense; les sueurs sont tellemeiit copieuses, qu'elles traversent des linges plies en plusieurs doubles ; elles sont tantôt générales, tantôt partielles, et souvent l'un et l'autre tour à tour : cette chaleur et ces sueurs ne sont pas séparées du frisson, de manière qu'elles ne puissent jamais se confondre. On peut voir cette réunion toutes les fois que ie malade se remue pendant le second stade de l'accès, car les douleurs, le frisson , le vomissement , qui étaient un peu apaisés, se renouvellent aussitôt, et ces symptômes se réunissent alors avec une chaleur intense de la peau ,et une sueur qui ruisselle du front et de tout le corps.

«Après une durée qui varie suivant les sujets, cette sorte de fièvre laisse dans la partie affectée un gonflement et une inflammation, qui continuent pendant plusieurs jours. L'inflammation se dissipe; mais le gonflement , quoiqu'il diminue d'abord avec elle , augmente bientôt de jour en jour dans les deux ou trois mois qui suivent» ( loc. cit. , p. 218 ).

Dans cet ensemble de symptômes, le fiisson et la soif paraissent à M. Alard devoir être considérés comme essentiels et patliognomoniques : la chaleur dépend du premier, la sueur de la seconde , et peut-être de tous les trois, en les considérant comme des irritants qui favorisent l'exhalation ( loc. cit. , p. 296 ). Le frisson n'a aucune régularité , ni dans sa force , ni dans sa durée , ni dans ses retours , parce qu'il est la manifestation du mode de sensibilité des lymphatiques. Le vomissement est l'effet de la sympathie qui unit l'estomac et la peau ; la chaleur n'est qu'un symptôme secondaire , suite nécessaire du frisson : sa force est proportionnée à celle de celui-ci. La soif est un symptôme essentiel , indépendant, particulier; partout où elle domine, il doit y avoir lésion des lymphatiques. La sueur est en proportion avec les boissons dont elle dépend ; sa cause paraît être , en quelque sorte, mécanique; les aréoles du tissu cellulaire sous-cutané, étant remplies d'uue humeur épaisse et coagulée , ne peuvent plus contenir la sérosité qui est sans cesse versée dans leur intérieur , et cette sérosité reflue et sort par les conduits qui mènent au dehors. L'épanchement , qui se fait pendant les accès peut aussi transsuder par les pores de la peau , qui , lorsque la maladie e.st très- ancienne , sont non-seulement visibles à l'œil nu, mais même laissent quelquefois apercevoir les parties sous-jacentes ( loc. cit. , p. 280-296 ). 11 est facile de voir ce qu'il y a de réel et d'hypothétique dans ces explications , à l'aide desquelles M. Alard s'efforce de démontrer la nature lymphatique de la maladie qu'il décrit.

Les phénomènes que nous venons d'indiquer se re-

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produisent sous forme è! accès, à des intervalles variables ; quelquefois tous les mois, d'autres fois deux ou trois fois par an, ou seulement après plusieurs années. Ils n'ont pas toujours la même intensité , et la maladie commence quelquefois par un érysipèle qui revient par accès, et se comporte, d'ailleurs , comme l'inflammation des lymphatiques que nous venons de décrire,, et dont il n'est qu'un degré (Alard, loc. cit., p. 221 ; Cazenave, loc. cit. , p. 283 ).

L'éléphantiasis des Arabes, selon M. Rayer ( loc. cit., p. 34), survient quelquefois à la suite d'anciens ulcères des jambes, d'attaques répétées de lichen ag-rius, d'eczéma rubrum, d'une oblitération veineuse, de varices, et n'est accompagné d'aucun des symptômes ci-dessus indiqués. Mais les observations sur lesquelles M. Rayer appuie cette assertion sont loin d'être concluantes. Ainsi M. Andral, qui mentionne l'existence d'un ancien ulcère ( Précis d'anat. pathol. , t. i , p. 169) , ne dit pas que le malade n'a pas éprouvé les accès en question. M. Bouillaud , qui signale l'oblitéi alion veineuse , dit que les membres inférieurs de son malade étaient tellement volumineux et durs , quils ressemblaient à ceux des indindus affectés de l'éléphantiasis des Arabes [ Ârcli. géfiér. de méd. ^ t. vi , p. 560 ), de telle sorte qu'on peut se demander, avec M. Gazenave, y avait-il là un véritable éléphantiasis ? et répondre avec lui : «Je ne le crois pas; il y avait seulement augmentation de volume» ( loc. cit. ^ p. 284 ). Nous pensons donc que si l'on veut faire de l'éléphantiasis des Arabes une individualité morbide distincte , et ne pas le confondre avec des tuméfactions de plusieurs natures, il faut considérer comme constants et essentiels les accès qu'a décrits M. Alard, et dont l'étendue, l'intensité , et surtout le nombre , sont attestés par des difformités partielles et des dégénérations cutanées , que l'on ne rencontre que lorsqu'ils ont existé. Alibert prétend que l'éléphantiasis est communément précédé de l'apparition de vergetures qui s'étendent sur la périphérie du tégument , et dans une étendue plus ou moins considérable : « Il est à remarquer, ditil , que les stries et les vergetures ne paraissent que dans les premières années ; c'est ensuite une succession d'érysipèles qui signale l'apparition de chaque paroxysme du mal» (/ffono^. des f/crm. ,in-4", p. 524). Après une durée qui varie, l'accès cesse, en laissant dans la partie affectée une inflammation qui se dissipe au bout de quelquelques jours, et une tuméfaction qui persiste, et qui est due à l'épanchementd'une certaine quantité de sérosité dans le tissu cellulaire. L'engorgement, d'abord mou, œdémateux, augmente avec chaque nouvel accès, et finit par devenir dur, résistant, et, au bout d'un certain temps,devient tellement considérable, qu'il donne à la partie malade un volume dont on peut àpeiue se faire une idée; «L'infiltration, dit Delpecb,

qui semble préparer ou préluder constamment à la réalisation de l'état éléphantiaque dans le tissu cellulaire, a lieu constamment dans les parties de ce dernier organe qui sont en rapport immédiat avec les points de la peau où ce même état existe déjà» ( loc. cit., p. 73).

La peau, restée d'abord lisse, unie, rénittente, plus blanche ou légèrement bleuâtre , finit par s'altérer ; l'épiderme s'épaissit , devient rude , rugueux, se couvre d'écaillés analogues à celles de l'ichthyose, ou bien , au contraire , il s'établit un léger suintement qui détermine la formation de squames minces et jaunâtres ; il se forme des fissures , des crevasses , des ulcérations recouvertes de croûtes épaisses , des végétation s molles et fongueuses.

M. Alard a assigné des causes particulières à ces différents états : «La peau, dit-il, estlisse et sans changement de couleur dans les climats d'une température modérée et d'une certaine sécheresse , et suivant la fortune et les occupations des malades. Dans l'Egypte maritime , sur les rivages de Gochin , et souvent aux Asturies , elle se couvre de vaisseaux variqueux , qui lui donnent une teinte rembrunie : cette complication est le partage des habitants des terrains bas et humides , de ceux qui , pour cultiver le riz , ont tout le jour les jambes dans l'eau ou dans la fange: en effet, un tel exercice doit singulièrement disposer aux varices. Peu à peu les téguments acquièrent de la rudesse ; ils se couvrent d'écaillés, ou, pour mieux dire, de petites verrues dans l'île de Barbade, de croûtes jaunes et dégoûtantes en Egypte; on aperçoit des traces de fissures , il se forme des crevasses , le membre répand une odeur fade , nauséeuse et insupportable , qui dépend en grande partie de la malpropreté.

La sensibilité n'est pas ordinairement détruite dans les parties malades ; le plus souvent elle ne diffère pas de celle du reste du corps. Cependant il est possible quel'humeur s'insinue dans l'interstice des muscles , s'y condense , gêne les mouvements , et émousse beaucoup le sentiment des nerfs en les comprimant de toutes parts.

Il arrive encore souvent que les malades, exposés par leurs travaux ou leur misère à marcher pieds nus, présentent une peau dure , rugueuse , grisâtre ou brune , et insensible. On a pris longtemps ces rugosités, cette insensibilité , pour une altération organique de la peau , tandis qu'il suffit de quelques lotions répétées d'eau chaude pour les faire disparaître {loc. cit. ,y>.22Q).

Quelquefois , lorsqu'une glande lymphatique a été fortement engorgée , elle reste dure, ou bien, au contraire , elle tombe en suppuration : des abcès se forment dans le tissu cellulaire, donnent lieu à des ulcères rebelles, ou même à desgangrènes plusou moins étendues.

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A lexception dos symptômes locaux et de ceux qui se manifestent pendant les accès , les malades u'éprouveut d'autre incommodité que celle qui résulte du volume et du siège de la tumeur ; les fonctions s'accomplissent bien , et l'état général reste satisfaisant. Les individus très-irritables éprouvent néanmoins quelquefois des douleurs très-vives (Heudy, toc. cit. , p. 90 ).

Examinons maintenant les symptômes particuliers au siège qu'occupe la maladie.

A. Eléphantiasis des membres inférieurs. — Les membres inférieurs sont , dans une très-forte proportion , le siège le plus fréquent de l'éléphantiasis des Arabes. La maladie commence par un gonflement douloureux des glandes de l'aine ou du creux du jarret ; des lignes rouges , suivant la direction des vaisseaux lymphatiques , parcourent la cuisse et la jambe. La tuméfaction œdémateuse commence presque toujours dans cette dernière ; quelquefois cependant elle se manifeste simultanément dans ces deux parties (Hendy, loc. cit., p. 139 ). Elle respecte toujours la plante des pieds , en raison de la disposition du tissu cellulaire de cette région. Tantôt elle est uniforme, et donne au membre la forme d'une outre ; d'autres fois elle est par étages, forme des saillies, des bourrelets, qui sont séparés par des plis profonds, et qui indiquent le siège primitif et le nombre des accès. La tumeur retombe souvent sur le pied, qu'elle recouvre en grande partie, et qu'elle fait paraître comme atrophié. Il se développe quelquefois autour des malléoles de petits ulcères qui restent fistuleux , dégorgent la tumeur en laissant couler une grande quantité de sérosité, et diminuent beaucoup l'incommodité de son poids (Alard, loc. cit., p. 226). Les membres peuvent acquérir des dimensions énormes. On a vu la cuisse présenter à sa partie supérieure 1 pied 7 pouces 5 lignes (Gaide, loc. cit., p. 535) , 1 pied 11 pouces (Hendy, loc. cit., p. 1 14 ) , et même 2 pieds 4 lignes de circonférence ( Gaide , loc. cit. , p. 545 ) ; la jambe a présenté au-dessous de la rotule 1 pied 8 lignes, et même 1 pied 2 pouces 8 lignes de circonférence ( Gaide , loc. cit. ) ; au niveau du mollet , 1 pied 6 pouces; au niveau des malléoles, 9 pouces et 13 pouces; Hendy a vu la jambe avoir 36 pouces de circonférence dans tous les points {loc. cit., p. 134) : la marche est souvent , comme bien on le pense , entièrement impossible. La maladie n'affecte ordinairement qu'un seul membre; cependant on l'a vue plusieurs fois occuper les deux.

B. Eléphantiasis du scrotum. — Le scrotum est , après les membres inférieurs , le siège le plus fréquent de l'éléphantiasis des Arabes, qui, lorsqu'il occupe ces parties , a été décrit par Prosper Alpin , sous le nom de hernie charnue; par Kaempfer, sous celui à!andrum- par W. Larrey, sous celui de sar-

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cocèle d'Égfple. Au début , la maladie est quelquefois accompagnée de douleurs fort vives: «L'inflammation peut se propager au testicule, et si on ne dirige pas le traitement de manière à modérer les accidents, elle peut donner lieu à un squirrhe de cet organe ; mais la conséquence la plus ordinaire est un épanchemeut qui donne à la partie un volume monstrueux» (Alard, loc. cit., p 225). La tumeur pend quelquefois jusqu'aux genoux , ou même jusqu'aux mollets : celle qui fut opérée par Delpech avait un collet de dix-huit pouces de circonférence, et pesait soixante livres , sur lesquelles il y avait six livres de sérosité (loc. cit., p. 8). Le docteur Glot en a enlevé une qui pesait cent dix livres (Essai sur l'éléphant, des Arabes, par Moham. Ghabassy, thèse de Paris, 1837, n" 388). La peau du scrotum est rude , épaisse , tendue , et ne permet plus de sentir le testicule : celui-ci reste quelquefois sain , d'autres fois il est le siège d'altérations plus ou moins graves: «Après avoir incisé la tumeur, dit M. Alard, on vit que la peau était trois fois plus épaisse que dans l'état naturel , avec plus ou moins de consistance ; mais présentant, en général, une assez grande compacité. Elle paraissait composée de petites cellules ou séparations , qui contenaient une humeur gélatineuse et épaisse, comme dans autant de petites poches. Les testicules paraissaient, au milieu de cette tumeur, enflés comme le reste. Le testicule droit , après qu'on l'eut dépouillé de sa tunique vaginale, n'était pas moindre qu'un œuf d'oie. W était divisé en trois compartiments : un fluide semblable à celui dont il a déjà été fait mention séjournait à la partie supérieure et à l'inférieure , et le centre était occupé par ua corps de la grosseur d'une noix , ou à peu près , dans lequel venaient se rendre les canaux déférents, sans avoir éprouvé beaucoup d'altération. La tunique albuginée était bien plus épaisse que dans l'état naturel, et contenait dans son épaisseur ua fluide pâle , logé dans de petites cases, de la même manière que dans un citron. C'était elle qui renfermait cette collection d'humeur qu'on a remarquée plus haut à la partie supérieure et inférieure du testicule » (loc. cit., p. 195). Les malades n'éprouvent quelquefois d'autre incommodité de leur affection que des tiraillements pénibles qu'ils font ceszer en soutenant le scrotum. Alibert parle d'un malade qui , lorsqu'il se sentait fatigué, se mettait à califourchon sur sa tumeur, s'y reposait comme sur un siège, et pouvait prolonger longtemps cette position sans éprouver ni douleur ni malaise ( loc. cit.., p. 527 ). Les fonctions de la génération continuent quelquefois à s'exercer régulièrement ; cependant, lorsque la tumeur est très-considérable , elles sont abolies : le malade de Delpech était tourmenté par des érections fréquentes suivies d'éjaculalion. Le docteur Avé-Lallemant , de

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Rio-Janeiro , a vu un icalade chez lequel l'éléphantiasis succéda à des érysipèles qui se reproduisaient toutes les quatre ou cinq semaines, et qui eux-mêmes avaient été précédés par unehydrocèle double, pour laquelle on avait pratiqué trois fois la ponction : la tumeur avait dans son plus grand diamètre quaranteneuf pouces deux lignes de circonférence : elle pesait deux cent soixante-sept livres [Allgemeines Repert von Kleinert, février 1839 , p. 38).

C. Éléphant las i s fie la verge. — L'éléphantiasis scrotal s'étend quelquefois jusqu'à la verge, qui prend alors des dimensions énormes. M. Biett l'a vue quadrupler de volume ; chez Ketwig «le pénis était monstrueux et plus long que le scrotum ; il avait treize doigts de circonférence , allait en diminuant, se terminait par une grosseur rouge , semblable à une grosse noix, qui était formée par le prépuce. Audessus de cette grosseur , recourbée en arrière, et comme arrêtée par le frein , on voyait un trou par lequel on pouvait introduire le petit doigt, et qui conduisait au canal de l'urètre» (Alard, loc. cit.y^. 194).

D. Eléphaniiasis des membres supérieurs, — ■ Les membres supérieurs ne sont que rarement le siège de l'éléphantiasis des Arabes ; cependant Hendy, MM. Alard, Rayer, les ont vus plusieurs fois affectés. La maladie occupe tantôt les deux bras, tantôt un seul ; ici, le bras et la jambe du même côté; là, les membres supérieur et inférieur opposés. La main, ou du moins la face palmaire, reste toujours intacte. Chez la religieuse de Sienne, dont M. Alard rapporte l'observation , le bras détaché du jeorps à l'articulation scapulo-humérale était du poids de cent vingt livres, lesquelles formaient, avec les quatre-vingts livres de sérosité qui s'étaient écoulées pendant la vie ou après la mort , une somme de deux cents livres de Gênes , masse double de celle du corps. La figure de la tumeur ressemblait à une outre pleine : sa circonférence pendant la vie était de onze palmes et quatre doigts (le palme de Gênes équivaut à neuf pouces deux lignes), son plus grand diamètre, de quatre palmes et un doigt, et son plus petit diamètre, de trois palmes et deux doigts (Joe. cit.j, p. 1 76). Malgré cette énorme tuméfaction du membre , les mouvements du poignet étaient restés presque entièrement libres.

E. Éléphantiasis des mamelles. — «Cette maladie donne au sein un volume tel, dit M. Alard, qu'il faut le soutenir avec des bandages passés derrièie le cou. » Salmuth parle d'une femsne dont les mamelles pendaient iusqu'aux genoux, et qui avait en même temps, sous les aisselles, des tumeurs glandulaires de la grosseur de la tête d'un fœtus. Le docteur Etienne, chirurgien-major au service du pacha d'Egypte , a op<Vé une femme chez laquelle la tumeur descendait jusqu'au pubis , offrait la forme d'une balasse (vase

à long col dont se servent les Arabes), avait uq pied et demi de diamètre , pesait vingt et une livres, et était suspendue par un large pédicule. La maladie datait de dix ans : pendant un premier allaitement, une douleur aiguë s'était fait sentir au sein droit, lequel augmenta ensuite de volume à chacune des couches {Bulletin de l'Académie de méd., t. in , p. 560; 1839).

F. Eléphantiasis du mont de Vénus et des grandes lêt-res. — Dupuytren , M. Larrey , ont vu l'éléphantiasis se développer sur les grandes lèvres. Le docteur Talrich a vu une tumeur éléphantiaque qui pendait jusqu'au-dessous des genoux, et qui était située dans le point où le mont de Vénus se confond avec les grandes lèvres ; elle pesait six livres et demie (Delpech, loc. cit., p. 68).

G. Éléphantiasis de la tête, du coa, de différentes parties du corps. — «Nous l'avons vue fixée (la maladie), dit M. Alard, à la face, et produire une tuméfaction permanente des paupières, des joues, du nez et des lèvres, ou d'un seul côté de la figure» (loc. cit., p. 222). M. Rayer a observé un éléphantiasis de la face , développé à la suite d'attaques répétées d'érysipèle. Schenck cite un homme dont la tête sui passait celle d'un bœuf ; le nez avait acquis un volume si considérable, qu'il recouvrait toute la face (^Obs. méd. rar. nor., lib. i, p. 12). Si la maladie se présente à la langue, dit M. Alard, elle la tuméfie horriblement, et peut devenir funeste en produisant la suffocation ; elle peut aussi causer l'hémiplégie et la mort si elle pénètre dans l'intérieur du crâne {loc. cit., p. 223). L'éléphantiasis de la tête détermine ordinairement des troubles dans les facultés intellectuelles et l'engorgement des glandes salivaires. Enfin l'éléphantiasis des Arabes aurait encore été observé au cou et sur la poitrine (Alard, loc. cit.., p. 223; Jos. Frank, Path. int. , t. u, p. 323) , à la marge de l'anus {Dict. des scienc. méd.., t. ur, p. 605), et même sur la paroi abdominale (Alard, loc. cit., p. 1 82), mais les observations sur lesquelles on s'est fondé pour établir ces variétés de siège sont trop incomplètes pour qu'on puisse en tenir compte.

Marche. — Durée. — Terminaison. — Complications. — La marche de l'éléphantiasis varie avec les différentes périodes de la maladie : intermittente au début, et pendant un espace de temps plus ou moins long, elle suit celle des accès que nous avons indiqués, pour devenir réguhèrement progressive lorsque l'affection a atteint un certain degré d'intensité ; plus tard encore, cependant , il peut arriver un moment où la maladie semble s'arrêter, et ne plus faire de progrès , parce que l'état de la peau et des tissus sous-jacents ne permet plus d'apprécier les inflammations nouvelles qui se manifestent : c'est alors, d'ailleurs, que l'éléphantiasis revêt tous les

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caractères qui le constituent , et qu'il imprime aux parties qu'il affecte des déformations quelquefois monstrueuses (Gazenave, loc. cit., p. 282). La durée est presque toujours fort longue, et peut se prolonger pendant dix , quinze , vingt années , et même davantage. 11 est fort rare , pour ne pas dire sans exemple, que la maladie attaque des organes assez importants pour compromettre rapidement la vie des individus, et nous pensous qu'un diagnoslic mieux établi serait nécessaire pour qu'on put admettre , avec Hendy, qu'elle se borne quelquefois à un ou quelques accès seulement. La terminaison n'est presque jamais heureuse, en ce sens que les soins les mieux entendus ne sont que fort rarement suivis de succès , et n'ont d'autre résultat , dans la majorité des cas, que de ralentir la marche de la maladie , à moins qu'on ait recours à une opération chirurgicale dont les chances ne présentent ici rien de spécial. Hendy a cité cependant quelques exemples de guérispn spontanée : «Un gentilhomme, dit-il, après avoir eu, à des intervalles rapprochés, plusieurs attaques accompignées de fièvre, présentait une inflammaiion et une distension extrêmes du scrotum : une nuit il fut réveillé en sursaut par une humidité désagréable autour des cuisses, et il trouva un fluide qui s'épanchait par une crevasse qui s'était formée à la peau du scrotum. 11 reçut environ six onces de ce fluide dans un bassin ; il était clair , et quelquefois coloré par du sang. Peu de mois après cette attaque , il en survint une autre accompagnée d'une pareille évacuation par le scrotum, en conséquence de laquelle cette partie fut presque réduite à son état naturel, et la maladie ne se reproduisit plus» (/oc. cit., p. 135). Dans d'autres cas, suivant cet auteur, la maladie se serait même terminée par résolution. Mais ici encore ses assertions, pour être admises, auraient besoin d'être justifiées par un diagnostic plus sévère.

L'un autre côté , l'éléphantiasis des Arabes ne peut être une cause de mort, que lorsque la mauvaise constitution du sujet ou l'extrême tuméfaction de la partie affectée déterminent la gangrène; ou bien lorsque la maladie s'est développée sur un organe important. «J'ai été appelé trois fois, dit Hendy, pour des malades dont les viscères étaient affectés ; l'un deux , à quelque distance de la ville , mourut avant que je fusse rendu chez lui ; l'autre , avant d'avoir pu prendre mes ordonnances; et le dernier vécut quelque temps après ma visite. Il n'avaient, tous les liois, d'autre maladie que la glandulaire ^ et ils étaient tous en parfaite santé très-peu d'heures avant qu'ils aient eu besoin de mes conseils» [loc cit.^ p. 92). L'éléphantiasis des Arabes a été vu associé à la lèpre tuberculeuse, au framboesia (Ruette, Essai sur l'éléphantiasis. Thèse de Paris, an x, n° 91 , p, 23);

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à la goutte; mais ces complications sont entièrement accidenlelles, et il n'en est pas qu'on puisse rattacher à la nature de l'affection dont nous nous occupons.

Diagnoslic. — S'il est presque impossible de méconnaître l'éléphantiasis des Arabes, il est, au contraire , très-facile , lorsqu'on ne s'appuie point sur des caractères symptomatologiques bien arrêtés, de donner son nom à des affections qui nous semblent en différer essentiellement, et surtout aux oblitérations veineuses, et à l'angéioleucile. Nous trouverions dans les auteurs un grand nombre d'observations qui justifieraient cette assertion : «Wiss A. J., dit Hendy, jeune et pleine de santé, âgée de onze ans, après s'être exposée au froid, échauffée par un exercice violent , sentit tout à coup un engorgement dans une glande de l'ais-selle , et aperçut une ligne rouge qui s'étendait depuis cette glande jusqu'au poignet. La douleur dans le bras était très-grande, et ce membre fut attaqué d'un gonflement très-considérable, qui fut lui-même accompagné de la fièvre. On ne fit aucun remède, et, environ un mois après, le gonflement se dissipa» {loc. cit., p. 109). Est-il possible de voir là un éléphantiasis? Nous ne le pensons pas. M. Alard lui-même ne s'est pas montré plus sévère : «Dans le courant du mois de février de l'année 1 755, dit-il, on vit régner dans cette île (l'île de Barbade) une fièvre avec frisson de quatre ou cinq heures, chaleur, céphalalgie , et quelquefois douleurs dans le dos. Elle était parfois éphémère, et par fois n'avait qu'une durée de deux ou trois jours; mais le plus souvent elle se prolongeait , et il survenait alors , au moment de l'invasion , une inflammation dans la jambe, semblable, dit le docteur Hillary, à celle que produit la fièvre de l'éléphantiasis , mais sans tumeur de la glande , et sans corde dure. La partie enflammée était d'un rouge vif; il s'élevait çà et là de petites phlyc tènes, comme dans l'érysipèle, et la desquamation avait lieu après la cessation des symptômes inflammatoires» (/oc. cit., p. 162). Et M. Alard n'hésite pas à reconnaître là un éléphantiasis. On ne saurait adopter cettte manière de voir, et il nous semble , sans décider encore si la maladie doit être rattachée au système circulatoire ou au système lymphatique , sans regarder, avec Hendy, la présence de la corde comme un signe pathognomonique et constant, il nous semble que, si l'on ne veut pas appeler éléphantiasis des Arabes toute tuméfaction œdémateuse plus ou moins rapidement développée , il faut n'appliquer ce nom qu'à la maladie que caractérisent les érysipèles successifs, les dégénérations particulières de la peau, et surtout les accès que nous avons décrits plus haut. Cette opinion est, d'ailleurs, celle de M. Gazenave, sur l'autorité duquel nous sommes heureux de pouvoir nous appuyer en pareille matière.

Pronostic. — Lorsque les extrémités sont atta-

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quées,JitHendy,oniie peut pas concevoir de ciain'e; mais si la maladie occupe le scrotum , il y a alors un danger imminent : de nombreux faits démontrent que , même dans cette dernière circonstance , le pronostic n'est grave qu'eu égard au peu de chances de guérison qu'offre le traitement médical de la maladie. Nous ne reviendrons pas sur les considérations que nous avons exposées en parlant de la terminaison de l'éléphantiasis : il est facile d'en déduire celles qui se rattachent au pronostic ; ajoutons , cependant, que la grossesse paraitêlre une circonstance très-défavorable. Étiologie. — Nous sommes bien éloignés de penser, avec M. Alard(/oc. cit., p. 1 61), qu'on puisse conclure avec certitude, des écrits du docteur Hillary, que l'éléphantiasis des Arabes se manifeste quelquefois sous forme d'épidémie , et plus éloignés encore de croire , avec lui , qu'il faille considérer comme des affections de nature semblable , occupant le même siège , sinon même comme de véritables éléphantiasis, (des épidémies d'apoplexies ou de fièvres cérébrales d'une nature particulière et très-grave; celles, tout aussi fatales , de cardites ou de péricardites , celles de péripneuraonies ou de pleurésies intermittentes, qui n'offrent de point de côté et de difficulté de respirer qu'au moment des accès ; enfin celles de diverses inflammations de l'estomac, des intestins, et des organes situés au fond du bassin , qui se reproduisent à certaines époques de l'année, et se manifestent, •soit par des cardialgies, soit par des coliques, soit par des douleurs \ives et particulières vers le rectum et la vessie» (/oc. cit., p. 166). Il suffit aujourd'hui, pour renverser une pareille opinion , de la rapporter dans les termes qui ont servi à la formuler.

L'éléphantiasis des Arabes serait endémique dans la Turquie d'Asie, sur la côte de Malabar, à Geylan, dans le Japon , dans l'île de Barbade , en Egypte , en Espagne; mais il a été également observé dans presque toutes les contrées , et il est fort difficile de dire quelles sont les conditions hygiéniques qui favorisent son développement. M. Alard ne les trouve ni dans les aliments, ni dans l'eau qui sert à la boisson , ni dans la chaleur, la sécheresse ou l'humidité ; mais il lui paraît prouvé , 1° que l'impression soudaine du froid sur un cor-ps échauffé par la température au milieu de laquelle il a coutume de vivre; 2° que la fraîcheur pénétrante des nuits, aidée parfois des courants d'air qu'on établit dans les appartements , que le passage brusque du chaud au froid, sont les causes les plus générales de la maladie qui nous occupe (loc. cit., p. 323-351).

«Il est constant, dit Hendy, que les nègres sont attaqués de la maladie glandulaire plus fréqueoiment que les blancs. Ces malheureux sont mal vêtus, et leur imprudence les expose à des circonstances qui , dans mon opinion, sont la cause de cette maladie.

Quand ils sont échauffés par un travail pénible, ou qu'ils sont ivres de rhum , ils se couchent sur la terre, et y dorment assez pour se reposer ou se désenivrer ; il arrive même souvent qu'ils restent ainsi couchés toute la nuit. Après leurs travaux du malin, qui durent jusqu'à midi, il leur est très-ordinaire de se plonger dans les étangs. Si la maladie attaque les gens riches , c'est parce qu'ils commettent des imprudences de même genre , en se mettant aux fenêtres et dans des endroits oîi des courants d'air soufflent sur eux, après s'être échauffés à la promenade ou à la danse, en s'exposant à l'air humide de la nuit, en dormant les fenêtres ouvertes, etc.» {^loc. 67>.,p. 66-67).

Tous les auteurs s'accordent à reconnaître que l'éléphantiasis des Arabes n'est ni contagieux ni héréditaire, et qu'il sévit indifféremment sur les individus des deux sexes et de tous les âges.

Quant aux causes individuelles , à celles qui font naître la maladie sur telle personne de préférence à telle autre , on ne peut que répéter, avec M. Alard , qu'elles sont encore trop obscures pour qu'on puisse les désigner, et qu'il faut s'en référer à l'expérience, mieux éclairée désormais, pour les faire connaître {loc. cit., p. 352). Il en est de même pour les causes déterminantes de l'éléphantiasis.

Traitement. — «La maladie qui fait le sujet de cet essai est tellement particulière à la Barbade, qu'on peut toujours l'éviter en quittant l'île; et lorsque quelque partie du corps en est violemment affectée , je pense que la meilleure méthode pour obtenir la guérison serait de se retirer dans quelque autre pays.» Hendy rapporte quelques observations qui semblent justifier son assertion; et si le développement de la maladie paraissait dû à une influence endémique , il ne faudrait pas négliger de conseiller l'émigration.

Les émissions sanguines ont été diversement appréciées : Hendy, ayant vu l'éléphantiasis des Arabes se manifester très-peu de temps après une saignée faite au malade pour un rhumatisme , aussitôt après que l'écoulement ordinaire eut eu lieu chez des femmes en couches , redoute les émissions sanguines générales : « Je ne dirai pas que la saignée ne doive jamais être prescrite , dit-il , mais les symptômes inflammatoires doivent être très -urgents pour justifier son usage» (/oc. cit., p. 102). M. Alard va encore plus loin: «Quelles que soient, dit-il, les apparences inflammatoires, on doit bien se garder de pratiquer des saignées , qui peuvent devenir quelquefois très-dangereuses» {loc. cit., p. 355). H. Rayer pense, au contraire, que les craintes que l'on a suggérées contre la saignée ne sont pas fondées , et l'emploi de ce moyen lui aurait souvent réussi , soit pour diminuer la durée et l'intensité des accès , soit même dans la période chronique, lorsque les malades se plaignaient

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d'un sentiment de tension douloureuse dans les membres affectés ( loc. cit., p. 50 ). L'un de nous a vu plusieurs fois, dans ces dernières circonstances, la saignée, non-seulement, comme le dit M. Cazenave, n'amener aucun soulagement , mais même être suivie d'une augmentation dans le volume de la partie affectée ; et nous pensons que les émissions sanguines générales ou locales ne doivent être employées qu'au début de la maladie , et seulement encore lorsqu'il existe des symptômes inflammatoires bien caractérisés.

Les émétiques, suivant M. Alard, sont utiles lorsque les malades sont tourmentés de vaines envies de vomir; mais lorsqu'ils ont des vomissements fréquents, il faut, au contraire, calmer le spasme de l'estomac par les anti-spasmodiques [loc. cit., p. 355). Les préparations mercurielles , l'antimoine, l'extrait d'aconit , ont été conseillés, mais aucun fait n'atteste de leur efficacité. M. Alard veut qu'on cherche à combattre par le quinquina le retour des accès et l'espèce de périodicité qu'affecte la maladie.

Prenant en considération le fait rapporté par Hendy, quelques médecins ont proposé de dégorger les parties malades par l'application de cautères , de vésicatoires volants : ces moyens sont abandonnés aujourd'hui. Les mouchetures, proposées par quelques autres, ne doivent être pratiquées que lorsque la tuméfaction est extrême et l'infiltration séreuse manifeste. M. Biett a obtenu quelques avantages des frictions résolutives et des douches de vapeur.

Le moyen le plus efficace auquel on puisse avoir recours est , sans contredit, la compression aidée du massage : déjà recommandé par Hendy et par M. Alard, il a souvent réussi depuis à MM. Biett, Rayer, Lisfranc , Cazenave ; mais malheureusement il ne peut guère être appliqué qu'aux membres, et trop souvent encore il n'est lui-même que palliatif. La compression s'établit au moyen d'un bandage roulé ou de l'appareil de Scultet ; il faut avoir soin de comprimer le membre jusqu'à son extrémité, et de le placer dans une position déclive qui faciUte le retour du sang vers le cœur.

«Des malades, fatigués par le poids énorme des parties affectées , dit M. Rayer, ont réclamé l'amputation comme une dernière ressource contre un mal incurable» ; mais M. Alard déclare que, quelle que soit l'incommodité du mal , on ne doit jamais recourir à l'amputation , comme on a cru pouvoir le faire tout récemment : «Lorsqu'on a voulu, dit-il , dans des cas désespérés, en venir à cette extrémité , par une bizarrerie à laquelle on était loin de s'attendre, le mal, qui ne paraissait être que local , s'est porté peu de temps après du côté opposé, ou bien, subissant une déviation plus funeste , a été se fixer sur l'un ou l'autre des viscères, où il a produit des accidents qui ont fait périr

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misérablement les malades» [loc. cit., p. 357). L'expérience a heureusement rappelé de cet arrêt, et aux exemples de récidives rapportés par Hendy (/oc. cit., p. l'86), par M. Rayer {Traité des mal. de la eau, t. n, p. 438), on peut opposer les succès obtenus par Delpech,MM. Talrich, Glot-Bey, Estienne, Nœgele, Larrey, etc.

Nature et siège. — Hendy etM. Alard ont, comme nous l'avons vu, considéré l'éléphantiasis des Arabes comme essentiellement constitué par l'inflammation du système lymphatique , et le dernier l'a rapproché de l'érysipèle : « Ce qui paraît seul mettre de la différence entre ces maladies 'affectant les mêmes organes , dit-il , est le siège plus ou moins profond qu'elles occupent, et qui change la nature de l'épanchement qui en résulte. Dans l'érysipèle, l'inflammation se bornant à la superficie de la peau , si elle produit la rupture de quelques vaisseaux , le fluide épanché soulève l'épiderme , et produit les phlyctènes qui ont ordinairement lieu. Dans celle que nous décrivons, au contraire , elle a son siège dans les lymphatiques sous-cutanés, comme l'indique la trace rouge et les bosselures qui suivent le trajet de ces vaisseaux, et de là se propage au système capillaire : aussi l'épanchement qui en résulte est beaucoup plus profond et plus considérable, et, au lieu de soulever l'épiderme, il s'infiltre dans le tissu cellulaire, s'insinue dans les aréoles du chorion , s'y coagule par un long séjour, et donne à la peau une très-grande épaisseur. Cette différence , quelque importante qu'elle soit par ses résultats , est purement locale; elle ne change rien à la nature de la maladie, qui , dans l'un et l'autre cas , est essentiellement lymphatique» ( loc. cit., p. 307 ).

Ce rapprochement si ingénieux, et cette manière de voir, ont été vivement attaqués par Delpech,MM. Gaide et Fabre : «La qualification è! affection lymphatique que cette maladie a reçue, dit le premier, n'est que l'expression bien 'vague des résultats des efforts que l'on a faits dans l'intention de connaître le système d'organes qu'elle intéresse particulièrement. En admettant comme démontré, ce qui est bien loin de l'être , que le système lymphatique fût le siège spécial de la maladie, il resterait à déterminer quel genre d'altération il aurait subie... Ces phénomènes , développés spontanément , rarement isolés , se multipliant dans les diverses régions du corps, sont des résultats: ils ont une cause qui leur est commune, et qui doit être attachée à la constitution : or, cette cause est inconnue jusqu'à présent, et ne paraît avoir aucune similitude avec les principes qui constituent la cause nécessaire de ce que nous appelons diathêse» [loc. cit., p. 63). M. Gaide ne trouve pas que les observations anatomiqnes sur lesquelles s'est fondé M. Alard soient assez nombreuses pour que l'on regarde l'éléphantiasis des Arabes comme étant constamment le

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résultat de l'inflammation des vaisseaux lymphatiques, et il pense que les veines concourent conjointement avec eux , au moins dans quelques cas , à produire la maladie, de la même manière que ces deux ordres de vaisseaux concourent à l'absorption ( loc. cit., p. 552-560 ). Enfin M. Fabre a été plus loin encore: «L'opinion de M. Alard, dit-il, ne saurait donc tenir plus longtemps contre un examen rigoureux. Peut-être pourraît-on, de cette dilatation des lymphatiques, sur laquelle il se fonde (encore si l'on eut parlé de leur oblitération), tirer un argument contre lui-même. La veine principale d'un membre étant oblitérée ou très-rétrécie , ses ramuscules ne pouvant plus absorber qu'une moindre quantité de la sérosité déposée dans les mailles du tissu cellulaire, serait-il irrationnel de penser que , tandis que les veines collatérales tendraient péniblement à porter le sang des parties inférieures dans les supérieures, les lymphatiques doublassent d'énergie pour suppléer partiellement au cours de la lymphe qui aurait cessé à moitié? L'absorption simultanée des veines et des lymphatiques n'étant plus mise en doute aujourd'hui, une critique plus détaillée des opinions de M. Alard , et des faits sur lesquels il les assied, un examen plus étendu des observations publiées dans ces derniers temps , nous conduiraient, sans doute, à placer en première ligne les lésions dusystème veineux, dans la production de l'éléphantiasis des Arabes, et à ne regarder celles des lymphatiques et celles du tissu cellulaire que comme secondaires» (/oc. c/f., p. 46).

Certes, l'argumentation de M. Fabre est spécieuse et habilement présentée ; mais il nous semble cependant qu'il est facile d'y répondre avec avantage , en rétablissant d'abord l'engorgement primitif des ganglions lymphatiques, que M. Alard a eu tort, suivant nous, de rejeter, et dont M. Fabre n'a pas tenu compte. Dès lors, la dilatation des vaisseaux s'explique parfaitement, et n'est plus un argument dont on puisse se servir contre le premier : la lymphe, une fois arrêtée dans son cours , est-il irrationnel de penser qu'elle puisse, dans la partie affectée , subir différentes altérations? les veines, précisément en raison du rôle important qu'elles jouent dans la fonction de l'absorption , ne peuvent-elles pas porter cette lymphe altérée dans le torrent circulatoire , ce qui expliquerait les lésions consécutii'es et secondaires de ces vaisseaux, et la généralisation de la maladie dont parle Delpech, généralisation d'ailleurs que n'établissent pas deux ou trois cas de récidive , et qui nous paraît loin d'être démontrée? Nous ne pensons pas que ceux qui ont observé des malades atteints du véritable éléphantiasis des Arabes, et qui, dès lors, ont pu constater combien les symptômes qu'ils pi-ésentent diffèrent de V œdème, qui survient quelquefois à la suite des obstacles apportés à la circulation du sang.

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adoptent les idées pathogéniques de M. Fabre , surtout s'ils se rappellent combien de fois on a constaté, après la mort, des oblitérations étendues de presque toutes les veines d'un membre , lesquelles , pendant la vie, n'avaient donné lieu à aucun symptôme appréciable , ou du moins à une légère infiltration seulement. Quant à nous, nous continuerons, en attendant preuves meilleures du contraire , à considérer l'éléphantiasis des Arabes comme une affection essentiellement lymphatique, dont le siège est dans les ganglions et dans les vaisseaux simultanément, ou d'abord dans les premiers.

Classification dans les cadres nosologiques, — Hendy veut qu'on place l'éléphantiasis des Arabes dans les cachexies ( 3^ classe de Gullen ; 1 0^ classe de Sauvages ); Pinel l'a rangé au nombre des lésions organiques générales (classe v , ordre i ) ; Alibert en a formé le Iroisièaie genre de son sixième groupe [dermatoses lépreuses); 1\1M. Gazenave et Schedel en ont fait leur treizième ordre, lequel ne rentre pas dans leur système de classification.

Historique et bibliographie. — «C'est dans les livres Arabes, dit M. Alard, que nous trouvons pour la première fois des indices de ce mal, inconnu avant eux aux nations européennes; mais la lumière qu'ils nous donnent, toute faible qu'elle est, ne luit un instant que pour se perdre bientôt dans une profonde obscurité. Le plus ancien de leurs écrivains, Rhazès, qui florissait en 850 , lui a consacré un article sous le nom dî Éléphantiasis. Cette dénomination a été cause d'un grand désordre. On lui doit le mélange incohérent que les modernes ont fait depuis de cette maladie avec le véritable éléphantiasis que les Grecs nous on peint avec de si vives couleurs. Les Arabes qui vécurent après Rhazès , quoiqu'ils aient souvent copié cet auteur, altérèrent le texte de cet article : ils le surchargèrent de tout ce que leur prédécesseur avait écrit sur les varices, et d'une foule de raisonnements qu'ils empruntèrent à Galien. La confusion qui règne dans leurs vastes et indigestes compilations ne permet d'y trouver rien de plus positif à se sujet» [loc. cit., p. 95).

Il faut arriver jusqu'à Prosper Alpin, qui , ayant observé la maladie en Egypte , la décrit avec quelque soin , et la distingue de nouveau de l'éléphantiasis des Grecs: «Vagatur, dit-il, et altéra éléphantiasis, «ut nuper dictum est, qua correpti, pedes magnis, «duris tumoribus tumidos magnos atque déformes «habent, elephantium maxime similes, cruribus tume- « factis etiam conjunctos ; quibus tamen aeger nihil «dolorjs sentit, sed ad deambulandum ineptus reddi- «tur » {Med. cegypt., p. 5%). Du reste. Alpin ne traite ni de la nature de l'affection, ni des altérations anatomiques qu'elle détermine : il appelé hernies char" nues les tumeurs éléphantiaques du scrotum-

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Ce furent des médecins anglais établis dans l'île de Barbade, qui , dans le xvui® siècle, appelèrent de nouveau l'attention des pathologistes sur l'oléphantiasis des Arabes, et ce n'est que depuis eux que la science possède des documents précis sur cette affection.

Town, en 1726 {A treatise on a disorder ver/ fréquent in ihe fp'est-indieSj and particularly in t/ie Barbadoes island ; Londou, 1726\ publia un premier ouvrage dans lequel il annonce que la maladie est produite par un état vicieux des humeurs, et qu'elle attaque plus particulièrement les individus convalescents d'uue longue maladie : sa description est d'ailleurs confuse et incomplète. Hil!ary,en 1759 (^Observations on tiic changes ofthe air and the concomittant epidemical diseases in the island of Barbadoes, etc.; London, 1759), se plaça bien au-dessus de son prédécesseur : il commença par établir l'identité de la maladie qu'il décrivait , avec l'éléphantiasis de Rhazès, puis il en fit connaître assez exactement la marche et les symptômes , en disant toutefois qu'elle était toujours fixée aux jambes , et qu'elle était contagieuse et héréditaire, erreurs qui furent relevées par Heudy, en 1784. Celui-ci ( A treatise on the glandular diseasc of Barbadoes; proviag it to be seated in the Ijmphatic sf stems; London , 1 784 ) est le premier qui ait traité le sujet d'une manière complète, et qui ait placé le siège de la maladie dans le système lymphatique , et spécialement dans les ganglions. Nous avons montré, dans le courant de notre article , que l'ouvrage de Hendy était encore aujourd'hui une source à laquelle on pouvait puiser d'utiles indications, et nous ne lui ferons qu'un reproche, celui d'avoir voulu distinguer la maladie de l'éléphantiasis de Rhazès, erreur qui n'est excusable, dit Alard, que delà part d'un homme qui vient de se dire privé de livres.

Enfin, en 1806, parut l'ouvrage d' Alard qui est encore ce que nous possédons de plus exact et de plus complet sur la matière {Histoire d'une maladie particulière au système lymphatique, etc.; Paris, 1806. — De l'inflammation des vaisseaux absorbants, lymphatiques, dermoïdes et sous - cutanés ; maladie désignée par les auteurs sous les différents noms d'éléphantiasis des Arabes, d'œdème dur, de hernie charnue, de maladie glandulaire de Barbade, etc.; Paris, 1824). Si, depuis lui , des recherches plus précises ont mieux étabh l'histoire anatomique de l'éléphantiasis des Arabes, et ont fait naître l'opinion que la maladie devait être attribuée à une altération du système veineux (Bouillaud, Observations d'éléphantiasis des Arabes, tendant à prouver que cette maladie peut avoir pour cause première une lésion des veines, etc.; in Arch.génér. de méd., t. vi, p. 567. — Gaide, Observation sur l'éléphantiasis des Ara-

bes; in Arch. génér. de méd., t. xvn, p. 533. — Fabre, Observation d'éléphantiasis des Arabes', in Revue méd., 1830, t. iv , p. 29), elles n'ont rien changé aux autres parties de la question , et nous avons vu d'ailleurs que l'interprétation qu'on leur a donnée pouvait être contestée. Quelques observations isolées sont toutefois venues prouver, depuis Alard, les avantages que l'on pouvait retirer, dans le traitement de la maladie , de la compression , et même de l'amputation des parties affectées.

■ ÉLÉPHANTIASIS DES GRECS.— Dénomination appliquée à une affection décrite par les médecins grecs, dans laquelle la peau des malades revêt un aspect hideux qui l'a fait comparer à la peau de l'éléphant.

S'ynonymie suivant les auteurs. — 2aTuptaau.oç Galien ; AEcvTtafftç, Arétée; satyria^ Aristote; lèpre tuberculeuse.! éléphantiasis vulgaire, A\\hert;élé' phantiasis des Grecs., Rayer, Cazenave, Gibert.

Définition. — L'éléphantiasis des Grecs est caractérisé par la présence de tubercules proéminents , livides, mous, ordinairement indolents , accompagnés d'un boursouflement du tissu cellulaire sous-cutané, pouvant se terminer par résolution ou par ulcération, et précédés de taches rouges ou fauves.

«Lepra , a dit Plenck, est morbus in quo cutis prœ- «sertim faciei rugosa, et aspera evadit, atque, tu- «beribus magnis rubro-Iividis et rimosis deformatur, «cum extremorum artuum insensibilitate et voce «rauca nasali» {Doclr. de morb. cutan.; Vienne, 1783, p. 67).

Division. — Deux formes d'éléphantiasis des Grecs ont été établies par J. Robinson et par Th. Heberden. Le premier de ces auteurs distingue l'éléphantiasis tuberculeux vulgaire, et l'éléphantiasis anaisthetos, dans lequel les pieds et les mains sont le siège d'une déformation particulière , et qui se termine par de vastes ulcérations , à la suite desquelles des parties plus ou moins considérables des membres se détachent [On the éléphant, as it appeared in Hindostan. In Med. chir. trans , 1819, t. x, p. 31 ) ; le second se fonde sur ce que, dans un cas, la maladie, accompagnée de fièvre, suivant une marche aiguë, se développe par fluxion, tandis que, dans l'autre, elle est lente apyrétique, chronique, et se développe par congestion. Quoique ces divisions , comme le dit M. Gibert {Manuel des maladies spéciales de la peau, p. 426), soient ingénieuses, et ne soient peut-être pas dénuées de tout fondement, elles ne reposent pas sur des bases assez solides pour que nous puissions les admettre ici; et, à l'exemple de la plupart des dermatologistes, nous nous bornerons à décrire une seule forme de lèpre tuberculeuse nous réservant d'indiquer, à titre de variétés, les caractères qui modifient quelquefois la physionomie de cette affection.

jUêral'tons analomigncs. — «Les altérations pathologiques que l'on a observées chez les individus qui ont succombé à Féléphaotiasis des Grecs, dit M. Gazenave, sont très - variables ; elles paraissent être relatives à l'ancienneté de k maladie et à l'intensité avec laquelle elle a frappé les organes qu'elle a envahis; en un mot, elles paraissent appartenir à des complications graves plutôt qu'à la lèpre tuberculeuse elle-même)) (2? /c/. de méd., t. xi, p. 255). On peut ajouter que , malgré d'assez nombreux travaux sur la matière , elles n'ont pas encore été étudiées avec tout le soin désirable, et que de nouvelles recherches, rendues difficiles par la rareté de la maladie en Europe , sont nécessaires. Nous allons tâcher de présenter à nos lecteurs un tableau aussi complet que possible , en nous appuyant surtout sur les travaux de M. Rayer, qui a apporté beaucoup de soin dans l'étude anatomo-pathologique de la lèpre tuberculeuse.

Selon ce médecin , l'éléphantiasis des Grecs paraît affecter spécialement la peau, les organes de la voix et de la respiration.

Enveloppe tégumentaire. — La surface du corps présente un nombre plus ou moins considérable de tubercules de différent volume, dont les uns sont dermoïdes , et offrent une dépression centrale occupée par une sorte de production cornée qui traverse toute l'épaisseur du tubercule ; les autres sont souscuianés, formés par des points d'engorgement du tissu cellulaire (Gibert, loc. cit., p. 426). Les premiers forment de petites tumeurs molles, arrondies, livides, sur la structure desquelles on n'est pas encore d'accord ; les uns les ayant trouvés solides et graisseux , les autres les ayant comparés à de petits kystes pleins d'une sérosité gluante et rougeâtre. Alibert pense qu'ils sont formés par la partie glutineuse de la graisse qui se concrète ; mais il serait important de constater si, comme il est permis de le croire, ces tubercules n'ont point leur point de départ dans les follicules sébacés. Les tubercules sous-cutanés ont leur siège dans le tissu cellulaire sous-cutané , où ils forment ainsi des noyaux d'engorgement et des points de suppuration ; quelquefois ces différents tubercules s'enflamment, et se terminent alors par résolution ou par suppuration.

L'enveloppe tégumentaire tout entière présente des altérations remarquables : la peau est épaisse, rugueuse , grisâtre , livide ou brunâtre, comme bronzée ; quelquefois elle est, au contraire, décolorée , et n'offre point d'hypertrophie sensible; la peau qui recouvre les indurations est amincie, flétrie, ridée; mais lorsque ceiles-ci passent à l'état de suppuration , elle devient rouge, chaude , s'ouvre, et il se forme alors des ulcérations plus ou moins étendues , irrégulières , à bords tranchés, blafardes , baignées par un liquide

sanieux qui fe concrèlc, et forme des croules épaisses, noirâtres , adhérentes , au-dessous desquelles , dans les cas les plus heureux , se forme une cicatrice. La structure de la peau est profondément altérée : «Après plusieurs jours de macération , dit M. Gazenave , la peau d'un éléphantiasique présente: 1° l'épiderme épaissi; 2° au-dessous , une couche éminemment vasculaire, comme érectiîe ; 3° une troisième couche, dure, épaisse, solide, bronzée, offrant plusieurs vacuoles occupées par des grumeaux d'un blanc jaunâtre, ou incolore, et, au-dessous d'elle, un tissu cellulaire graisseux, épaissi.» Suivant M. Gibert , les couches superficielles du derme sont amincies, desséchées, comme parcheminées ; d'autres fois , au contraire , on observe un épaississement très-marqué du derme , un développement comme érectiîe du tissu cellulaire d'Eichhorn. M. Rayer, aidé dans ses recherches par MM. Gaide et Raisin , est entré dans des détails plus circonstanciés.

«Nous nous assurâmes, dit-il , par la dissection , que la teinte bronzée de la peau n'était pas due à une matière pigmentaire déposée à la surface du corps papillaire; la couleur du derme était altérée dans toute son épaisseur par suite des changements éprouvés dans sa structure ; l'épiderme , ramolli dans les points correspondants aux rides , s'enlevait facilement, mais non sous forme de membrane, comme dans l'état sain et après la macération , mais bien sous celui d'une bouillie, comme cela a lieu souvent pour la membrane albide à la surface du corps papillaire. Incisée perpendiculairement à son épaisseur, la peau paraissait hypertrophiée surtout sur les points tuberculeux ; sur les parties latérales du menton , elle avait deux lignes au moins d'épaisseur; quelques points du derme offraient de petits ramollissements superficiels ; la matière ramollie se détachait facilement en grattant la surface de la peau avec un scalpel ; les ailes du nez étaient recouvertes d'une couche blanchâtre, produit de la sécrétion augmentée des follicules sébacés. Cette couche enlevée, on apercevait un grand nombre de points saillants d'un blanc nacré, continus à de petits prolongements épidermiques , qui, s' enfonçant dans la cavité des follicules, formaient de petits tuyaux que l'on pouvait extraire à l'aide d'une légère traction. Alors la peau paraissait comme perforée par une foule de petits conduits , dans lesquels la tête d'une grosse épingle pénétrait facilement à une ligne environ de profondeur» ( Dicl. de méd. et de chir. prat. , t. YU, p. 57 ).

Le tissu cellulaire sous-cutané est épaissi, altéré, ayant subi une altération de couleur qui se rapproche plus ou moins de celle qu'a subie la peau (Gibert, /oc. cit., p. 430; quelquefois il présente une infiltration purulente plus ou moins étendue. Les muscles et les tendons , dit M. Rayer, sont quelquefois si adhérents

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les uns aux autres , qu'il est difficile de les isoler {Traité théorique et pratique des maladies de la peau , t. i, p. 662 ).

Appareil respiratoire. — M. Rayer a trouvé des lésions fort remarquables dans les fosses nasales ; la cloison avait presque complètement disparu ; la membrane muqueuse , entièrement détruite dans quelques points , laissait à nu les os du nez ; ailleurs , elle était enduite d'une couche raucoso-purulente ; dans quelques points, elle était blanchâtre et ramollie; sur d'autres, elle se détachait en lambeaux irréguliers et peu étendus; dépouillée de la couche mucoso-purulente , elle présentait un assez grand nombre de saillies mamelonnées, dont on pouvait extraire de petits corps fibriformes, d'une demi-ligne à une ligne^^de longueur, formés très - probablement par l'humeur concrétée des follicules [Diclionnaire de médecine et de chirurgie, t. vu, p. 56 ). Des petites ulcérations plus ou moins nombreuses se voient quelquefois sur l'épiglotte , qui prend un aspect grisâtre ; la muqueuse laryngienne est également souvent tapissée par une couche assez épaisse de mucus purulent , au-dessous de laquelle la membrane est pâle , d'un blanc mat , amincie , couverte d'ulcérations , qui se rencontrent surtout dans les ventricules latéraux , sur les replis qui tapissent les cordes vocales : celles-ci sont quelquefois complètement détruites, les muscles du larynx sont mis à nu; M. Biett a même trouvé les cartilages aryténoïdes cariés et détruits en grande partie ( Gazenave et Schedel , Abrégé pratique des maladies de la peau , p. 354). Des tubercules , à différentes périodes de leur développement , se rencontrent quelquefois dans les poumons; mais M. Biett les considère comme accidentels, et comme n'étant pas essentiellement liés à l'éléphantiasis.

Appareil circulatoire. — M. Rayer a trouvé le cœur petit et mou. MM. Gazenave et Schedel ( loc. cit. , p. 355) ont vu les veines caves et pulmonaires, et la membrane interne de l'aorte, colorées en brun; le sang était poisseux , fluide , et d'une couleur lie de vin. «Nulla ferme vasa , vel sanguifera, vel lympha- «tica, in partibus interioribus observantur, dit Schil- «ling : in corrugala vero cute , quœ occurrunt, vasa «varicosa sunt, et perparum sanguinis continent : «atque haecvasorum raritas tanta est , ut cumdiligen- «ter investigaverim, non tamen poluerim arteriam « interosseam reperire, quandoquidem bina cruris ossa, «quasi in unum confluxerant; id quod etiam inexiguis «pedum ossiculis observavi. Illud preeterea animad- «verti,quotiesamputatioprope partem affectam facta «est, non opus fuisse vinculo arteriœ cruralis ; et ne «styplicisquidem;sedsimplicem suffecisse ligaturam; «debihorem etiam longe saltum sanguinis vidi , quam «latex , ex arteria rescissa erumpens monstrare solet; «colorem porro sanguinis obscuriorera atque nigri-

«cantem omninoque talem , qualis in venoso sanguine «esse consuevit. Imo semel vidi sanguinem quasi pure «permixtum» [Dissert de Icpra, 1 769).

Appareil digestij. — La membrane muqueuse des lèvres présente presque toujours une teinte bronzée; celle qui revêt la langue , la face antérieure du voile du palais , la paroi postérieure du pharynx , est fendillée, ulcérée , indurée , hypertrophiée , et couverte de petits mamelons qui sont dus à l'inégaHté de son épaississement. Toutes ces parties, et la voûte palatine, présentent quelquefois des tubercules qui paraissent avoir pour siège principal les follicules muqueux (Gibert, loc. cit.,]). 432 J.

«Il est rare, dit M. Gibert, que l'estomac présente des indices de la maladie. » Gependant MM. Gazenave et Schedel ont souvent trouvé la muqueuse amincie et ramollie; M. Rayer l'a vue entièrement détruite dans quelques points; des arborisations vasculaires assez prononcées se faisaient remarquer dans presque toute l'étendue du viscère. La muqueuse intestinale est presque constamment épaissie et ramollie dans une assez grande étendue, et jusque, comme l'a vu M. Rayer, vers la partie inférieure du gros intestin. Les follicules de Peyer sont développés , tuberculeux; des ulcérations plus ou moins nombreuses existent dans l'iléon et le colon , sur la valvule iléocœcale : M. Rayer en a trouvé à quelques pouces du duodénum. Ces ulcérations se forment tantôt sur des tubercules , tantôt sur les follicules de Peyer.

M. Larrey a vu les ganglions mésentériques engorgés ou tuberculeux, et M. Rayer a vu ceux de l'aine avoir la consistance et la couleur d'un foie gras. Ces médecins ont aussi observé quelques altérations dans la rate et dans le foie, mais elles ne sont ni assez constantes ni assez caractéristiques pour qu'on puisse en tenir compte.

Appareil de la vision. — Les yeux sont presque constamment le siège d'altérations plus ou moins graves ; les paupières sont hypertrophiées , couvertes de tubercules, la conjonctive est injectée, boursouflée, modifiée dans sa coloration, la cornée amincie et ulcérée; l'iris elle-même, dit M. Gibert, est quelquefois atteinte d'une irritation sourde , par suite de laquelle la pupille peut s'oblitérer par adhérence de ses bords.

Appareil de la génération. — Quelques auteurs se sont appuyés sur l'état des organes de la génération , soit pour expliquer , soit pour nier l'existence de ce libido inexplebilis, dont nous nous occuperons bientôt, et qui a été signalé comme un symptôme fréquent de l'éléphantiasis des Grecs. Les uns ont prétendu que cette maladie arrêtait toujours le développement des organes génitaux lorsqu'elle se déclarait avant la puberté, et que ces organes s'atrophiaient lorsque l'invasion de la maladie était postérieure à

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cette époque; d'autres ont assuré, au contraire, que les org^anes générateurs prenaient chez les éléphantiasiques un développement considérable, et Schilling prétend avoir vu un nègre dont la verge avait bien deux aunes (Hensler, Vom abendlœndiscJien Aussatze im Mittelalter^ nehst einigen Beitiàgen zur Kenntniss und Gescldchie desAussatzes,"^. 398). Chez tous les malades qu'a observés M. Rayer, les organes génitaux étaient bien développés et n'offraient rien de particulier; cependant ce médecin a vu les testicules avoir la consistance d'un foie gras , et une couleur jaune-brun. M. Biett a trouvé le gland, le prépuce et les testicules convertis en un tissu lardacé; les corps caverneux étaient exsangues, et leurs cloisons fibreuses , hypertrophiées.

Sfstème osseux. — «Les os , disent MM, Gazenave et Schedel {loc. cit.., p. 355), ont été trouvés quelquefois spongieux, ramollis et privés de substance médullaire ; on conçoit, en effet, que cette maladie si grave , et qui porte ses effets déplorables sur presque tous les tissus du corps vivant , puisse les altérer d'une manière si profonde. » MM. Rayer et Gibert ne paraissent pas admettre aussi facilement cette possibihté , et douter qu'il faille rapporter à la lèpre tuberculeuse les altérations qu'a rencontrées dans un cas le docteur Ruette {Essai sur l'éléphantiasis, etc. Thèse de Paris , 1 802 , n» 9 1 , p. 22) , et que Schilling décrit ainsi : «Interna ossium conformatio talis « est, qualis in spina ventosa esse solet ; nulla perioslei, «vel interni, vel externi vestigia cernuntur : internse «ossiumlamellsefacillimeseparari aseinvicem possunt, «nullse in ossibus cavi laies apparent , nec quidquam «medullse inest» {loc. cit., p. 15). Nous verrons que ces altérations du système osseux se rencontrent principalement dans la variété de l'éléphantiasis des Grecs, qu'a décrite Robinson, sous le nom à'éléphantiasis anaisthetos.^ etc., que d'autres auteurs ont indiquée sous le nom de leuce.

Sfmptomatologie. — A l'exemple de Pinel et d'Alibert, nous établirons, dans la description des symptômes de l'éléphantiasis des Grecs, quatre périodes qui nous paraissent être parfaitement distinctes et que nous croyons utile de maintenir pour étudier avec méthode les caractères de cette terrible maladie.

Première période. — Quelques auteurs , et principalement James Robinson, ont dit que l'éléphantiasis des Grecs était presque toujours précédé par un état général fort remarquable, caractérisé par une prostration, un abattement physique et moral , qui , quelquefois , va jusqu'à l'idiotisme ; MM. Biett, Gibert, Gazenave, pensent, au contraire, que ces prodromes ne se rencontrent que très-rarement : «Dans le plus grand nombre des cas, dit ce dernier, la maladie se développe sans que le moindre

symptôme précurseur ait pu faire soupçonner son imminence ; très-souvent même elle est déjà assez avancée alors que les malades s'en aperçoivent, comme par hasard, en découvrant, par exemple, des points insensibles , ou comme engourdis , et qui sont le siège d'une coloration jaunâtre» [Dict. de méd., t. xi, p. 251). Alibert pense que cette débilité générale ne se manifeste que lorsque la maladie a déjà quelque temps de durée, mais que celle-ci est souvent précédée d'une fièvre qu'il appelle y?eVre lépreuse., et qui se manifeste par des altérations de froid et de chaleur, une ardeur cuisante accompagnée de fourmillement qui se fait sentir à la face, ou même à toute la surface du corps (/oc. cit., p. 510).

Bientôt se montrent sur la face, surtout aux oreilles et au nez , plus rarement sur les membres et le tronc, et plus rarement encore sur toute la surface du corps en même temps, des taches plus ou moins nombreuses, larges et irrégulières, ou petites et arrondies comme les plaques du psoriasis guttata : plus noires que le resle de la peau chez les nègres, elles sont, chez les blancs, fauves, rougeâtres , ou, suivant Alibert, jaunes, brunes ou blanches. Schilling s'exprime ainsi : «Coloris mutatio duplex est, nam vel rubrae «nascuntur maculœ in pallidum vergentes , vel albae, «ad colorem flavum lividum aut rubrum tendentes. «In priore casu, pili, qui in parte affecta sunt, sub- «flavi aut subrubri apparent; in posteriori casu, albi «conspiciuntur. Insensibilitasetiam ulrique communis «est. Atque nisi duo, quos dixi, characteres conjuncti «sint, lepra haberi etvocari nequit» {loc. cit., p. 6). Légèrement élevées au-dessus du niveau des téguments, ces taches sont d'abord luisantes, comme si elles étaient imbibées d'huile ou recouvertes d'un vernis, et deviennent ensuite ternes et bronzées ; elles sont quelquefois accompagnées dès le début d'un léger gonflement comme œdémateux. Quelques-unes d'entre elles présentent, suivant Alibert, une dépression centrale qui aurait une grande valeur diagnostique {loc. cit., p. 510); mais nous n'avons pu retrouver dans aucun autre auteur l'indication de ce caractère. Dans le plus grand nombre des cas, la peau perd ordinairement sa sensibiHté dans les points oti elle est altérée dans sa coloration ; d'autres fois la sensibilité n'est qu'émoussée , et d'autres fois enfin, mais plus rarement , la sensibilité est extrêmement exaltée sur toute la surface cutanée: «J'ai entendu dire à des malades, dit M. Gazenave, que lorsqu'on les touchait, même dans les endroits qui n'étaient point le siège de taches , ils éprouvaient une douleur qu'ils comparent à celle que l'on éprouve à la suite de la contusion du nerf cubital lorsqu'on se frappe le coude.» Cette exaltation de la sensibilité n'est toutefois que de peu de durée : se manifestant tout à fait au début, lorsque la maladie se présente

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avec un caractère aigu, elle diminue reu à peu, et disparaît avec la rougeur de la peau.

«Lorsque l'éléphantiasis des Grecs débute avant l'âge de la puberté , dit M. Rayer , le développement de la barbe , celui des aisselles et des parties génitales est souvent arrêté. Chez quelques malades les aisselles et le pubis se garnissent de poils, mais ils n'ont point de barbe» (/oc. c/^,p. 54). Adams, Heberden, ont insisté sur le noa-développemeot ou l'atrophie des organes génitaux que l'on observe suivant que la maladie se manifeste avant ou après la puberté.

Deuxième période . — Au bout d'un temps plus ou moins long se développent, tantôt spontanément, tantôt d'une manière lente et progressive, des petites tumeurs molles, rougeâtres, livides, dont le volume varie depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'une grosse noix , et dont l'apparition caractérise le début de la deuxième période. Ces tubercules , dont les uns ont leur siège dans le derme {tubercules dermoïd'cs) , les autres dans le tissu cellulaire sous-cutané (fi<^erf«/e* ,90M5-<?Hirtné5), se montrent quelquefois dans tous les points qui étaient envahis par des taches; mais le plus souvent ils n'occupent qu'une partie assez circonscrite du corps , et presque exclusivement la face : cependant MM. Cazenave et Schedel ont aussi vu leur éruption bornée à la partie inférieure des cuisses ou à la région des malléoles (/oc. c/i., p. 351); le tissu cellulaire sous-cutané s'hypertrophie ou s'infiltre. A ce degré encore la maladie peut rester stationnaire pendant un espace de temps fort variable , et l'on n'aperçoit alors qu'un petit nombre de tubercules répandus çà et là ; le plus ordinairement elle ne tarde pas à faire des progrès rapides, et à imprimer aux malades un aspect horrible à voir: des tumeurs noueuses, violacées, informes, se développent sur toute la face ; la peau du front se couvre de tubercules nombreux que séparent des rides transversales et profondes; les arcades sourcilières sont gonflées, sillonnées de lignes obliques; les poils qui les recouvrent tombent; la peau est abattue sur les yeux par les mamelons volumineux dont elle est le siège; les paupières s'œdématient et se dégarnissent de leurs cils ; le lobe et les ailes du nez sont encore plus altérés que le reste de la face ; les narines sont toutes déformées et dilatées; les joues sont bouffies; les lèvres sont épaisses, luisantes, tuméfiées ; les dents couvertes d'un limon noirâtre ; les oreilles deviennent monstrueuses , le menton s'élargit et s'épaissit. Bientôt les membranes muqueuses ne sont plus épargnées ; des tubercules se développent sur la conjonctive qui devient boursouflée el blafarde; sur la voûte palatine , sur la langue , le voile du palais, la luette, les tonsilles, dans les fosses nasales, dans le pharynx et le larynx; l'odorat s'affaiblit, et si , suivant M. Rayer, la vue , l'ouïe et le goût res-

tent ordinairement intacts; on les voit souvent aussi s'altérer profondément: la voix est voilée, rauque, prend un caractère particulier, qui a été signalé par tous les auteurs, et «même par saint Luc, dit M. Gibert , car, en parlant dans son chapitre xvni des dix lépreux qui s'approchèrent de N. S. J. G., il dit qu'on les reconnut sur-le-champ au son de leur voix» {loc. cit,, p. 427). A la face, sous la langue , les veines superficielles se dilatent, le tact est émoussé , quelquefois singulièrement perverti. L'insensibilité, selon Alibert, se remarque principalement aux petits doigts des pieds et des mains, ou depuis les mains jusqu'aux coudes ou aux aisselles , et depuis les pieds jusqu'aux aines : « Il n'est pas rare, dit ce médecin, de voir enfoncer des aiguilles dans les mollets et les talons, sans que les malades s'en aperçoivent. J'ai connu un homme qui , voulant s'appuyer sur ses pieds, n'avait jamais la perception du sol sur lequel il était appuyé, ce qui le faisait chanceler et tomber» {loc. cit., p. 512). Bateman pense que la perte de la sensibi* lité n'a lieu que dans la variété éléphantiasique qu'a décrite Robinson [Elephantiasis anaisthctos) , et que nous retracerons plus loin (Bateman , Abrégé prat. des mal. de la peau , trad. de Bertrand; Paris, 1820, p. 356).

Ruette ne peut regarder comme caractéristique une insensibilité qui , selon lui , n'est qu'extérieure , el qui, d'ailleurs, se manifeste également dans toutes les maladies dans lesquelles il y a épaississement de l'épiderme, ou formation de croûtes ou d'écaillés {loc. cit., p. 38).

M. Cazenave pense , au contraire , qu'elle existe dans tout éléphantiasis des Grecs , et qu'elle est le caractère essentiel de cette maladie. Schilling, qui, sous le nom de lèpre., décrit manifestement l'éléphantiasis des Grecs vulgaire , s'exprime ainsi à cet égard : «Atque ego quidem duos inveni characteres cerfo^ «ef constantes : primus est mutatus cutis colorinea «corporis parte, in qua malum erumpit; aller, insen- «sibilitas partis affectae, quam grœco nomme ana es athesiam appellant» {loc. cit., p. 5).

Souvent, selon Casai , toute la peau, sans présenter aucune autre lésion extérieure , devient noire , épaisse , rugueuse et comme onctueuse ; des tubercules se développent sur les membres : moins nombreux que sur la face , ils occupent plus particulièrement la face externe et postérieure des avant-bras; ils épargnent presque toujours les mains qui sont tuméfiées, violacées , moins bronzées que le reste du corps : quelquefois la peau en est comme lîîomifiée, ce qui les fait ressembler , suivant l'expression de M. Guillemeau , à des pommes cuites sous la cendre. L'espace compris enire le talon et le métatarse est rempli par le tissu cellulaire gonflé , ce qui rend le pied tout à fait plat ; les tubercules de la plante

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des pieds sont aplatis, ceux des fesses sont volumineux. Adams et Kinnis ont vu plusieurs fois , à la partie supérieure des cuisses , un peu au-dessous du ligament de Poupart, des tumeurs considérables, ovales, paraissant formées par le développement et la réunion de deux ganglions inguinaux (The cyclopœdia of praciical medicine, vol. i, p. 711).

C'est dans cette période de la maladie que se manifesterait ce libido inexplebilis dont les auteurs se sont tant occupés. Indiqué vaguement par Arétée et Aétius, ce symptôme a été signalé depuis par Nieburh; Vidal (Mém. de la Soc. roj\ de méd., t. î, p. 169), Joannis, Bancroft {Nat. hisl. oj Guiana., p. 385), et quelques auteurs, ont été jusqu'à le rejgfarder comme presque constant : «Homines lepra affecti, dit Schil- «ling , tam in initio quam in progressa morbi , ad res «venereas mirabiliter incitantur» [loc. cit., p. 34). D'un autre côté , Lawrence, MBi. Biett, Rayer, Cazenave, Gibert, ne l'ont jamais observé; chez l'un des malades de M. Bielt , il y avait même absence complète de désirs vénériens (Gazenave, Journ. hebdomad. de méd., avril, 1829): «Dans tous les cas qui se sont offerts à mon observation, dit Bateman , la maladie a produit un effet diamétralement opposé, en détruisant et l'appétit vénérien et les moyens de le satisfaire» (Bateman, loc. cif..,^. 357). Pallas, Alibert, ont également vu des lépreux qui avaient une ayersion constante pour les plaisirs de Vénus. Robinson assure que l'appétit vénérien augmente dans le principe , mais qu'il s'éteint à mesure que la maladie fait des progrès. Kinnis pense que le plus ordinairement il ne subit aucune modification (The cyclopœdia, etc., loc. cit.); Adams dit que le libido inexplebilis se manifeste chez les hommes qui ont été affectés de Téléphanliasis après l'époque de la puberté, et que ce symptôme manque chez ceux qui ont été atteints avant cette époque. De nouvelles recherches statistiques sont nécessaires pour décider cette question , bien qu'il y ait lieu de croire qu'elles ne conduiraient pas à un résultat absolu , les modifications que peut subir l'appétit vénérien étant probablement liées , non à la nature de la maladie, mais à des circonstances particulières qui peuvent se présenter, comme elles peuvent faire défaut.

«Un phénomène bien remarquable, dit M. Gazenave , c'est le peu de rapport qui existe entre l'âge réel du malade et celui qu'il paraît avoir; s'il a vingtcinq ans, on lui en donnerait cinquante, en voyant ces cheveux clair -semés, cette dépilation plus ou moins complète des sourcils , des paupières et de la barbe, etc.» (lac. cit., p. 253). Les dégradations que subit la face donnent à la physionomie cette expression hideuse et terrible que les anciens ont désignée sous les noms pittoresques de leontiasis et de satyriasis , «car nul doute que ce dernier mot , dit M. Gi-

bert , ne s'applique beaucoup plutôt à la comparaison établie entre la figure du lépreux et celle du satyre, qu'à la prétendue existence de ce libido inexplebilis que la plupart des écrivains ont admis sur parole » {loc. cit., p. 426).

Schilling , qui , comme nous l'avons vu , signale la fréquence de ce symptôme, sans dire toutefois s'il l'a observé lui-même , a une opinion différente : «Veteres Grœci, dit-il, leprse dederunt nomen satyuriasis, quo non tantum deformem salyri faciem , «atque hircinum fœtorem, sed eliam libidinosam le- «prosorum indolem denotare voluerunt» {loc. cit.., P- 34).

Quant à la dénomination de leontiasis.^ Arétée et Aétius peusent qu'elle a pris sa source dans l'état de relâchement et les rides de la peau du front, qui ressemble au front si proéminent et si mobile du lion. Selon Avicenne, elle est tirée de l'aspect général de la face, qui devient semblable à celle du lion. Mais les écrivains arabes lui donnent une origine bien différente. La face, dit Haly-Abbas, a été appelée léonine, parce que le blanc des yeux devient livide , et que les yeux ont une forme arrondie (Bateman,/oc. cit., p. 357). A ce second degré de la maladie , l'état général des éléphantiasiques est ordinairement encore assez bon : ces malheureux sont mélancoliques, craintifs, nonchalants, très-irritables ; mais leurs fonctions digestives se maintiennent, et leur santé n'est pas, en définitive, notablement dérangée.

Troisième période. — Après un espace de temps ordinairement assez long, après dix, vingt années quelquefois, pendant lesquelles la maladie n'a fait que peu de progrès (SchiUing, loc. cit., p. 10), les tubercules que nous venons de décrire s'enflamment , suppurent et s'ouvrent; des ulcérations blafardes, d'un rouge livide, à bords relevés, durs, calleux, inégaux , se forment ; elles sont baignées par un liquide sanieux très - abondant qui se concrète en croûtes épaisses, noirâtres et adhérentes : «Accedunt «hincinde ulcéra quasi a tertio ignis gradu facta, dit «Schilling, quse densis crustis brevi labentibus, et «idenlidem renascentibus obteguntur» {loc. cit.j p. 1 3) ; les follicules muqueux se tuméfient , et des ulcérations se développent dans les fosses nasales , sur la langue, la voûte palatine, le voile du palais, les amygdales , la luette , qui quelquefois se détache complètement, dans le pharynx et le larynx, où elles rétrécissent en partie les cordes vocales, et déterminent même la carie des cartilages. De nouveaux tubercules apparaissent sur toutes les parties du corps, et surtout dans les plis des articulations ; ceux qui ne sont pas ulcérés s'endurcissent, s'éburnent, prennent un développement plus considérable : «J'en ai vu sur le front d'un homme, dit Alibert, qui simulaient des mamelles de vache» {loc. cit., p. 515). La

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