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De l'empoiso^.neme^t en général.
A. Des poisons. — Définition, classification. — Unpoison est^ pour nous, tout agent qui, introduit accidentellement ou à dessein dans l' économie, par une voie quelconque, y détermine des phénomènes morbides, ou la mort, sans agir mécaniquement. — D'après cette définition , le médicament est aussi un poison ; il diffère de ce dernier en ce que les phénomènes morbides qu'il provoque sont circonscrits dans de certaines limites , au delà desquelles il devient poison. Souvent le médecin est appelé pour traiter comme empoisonné un malade à
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qui l'on a administré un remède à trop haute dose, et contre les règles de l'art; parfois aussi, en vertu d'une susceptibilité toute particulière, les effets physiologiques que l'on cherchait à obtenir ont été dépassés, des accidents toxiques sont survenus. Entre ces deux effets si rapprochés , il n'y a pas plus de séparation possible qu'entre le médicament et le poison. Du resie , cette discussion, plus de mots que de choses, et qui continue encore dans les livres , nous importe peu; nous supposons le médecin appelé auprès d'un malade en proie à des accidents graves déterminés par l'administration d'un remède : il n'a plus besoin de songer à ces distinctions subtiles; il voit la vie du sujet compromise par un véritable poison, et ce qui doit le préoccuper avant tout, c'est de combattre les effets nuisibles qui se sont développés.
Il nous importe aussi très-peu de savoir dans quels cas l'agent donné dans des vues criminelles, et qui n'a manqué son effet que par des causes indépendantes de la volonté du coupable , doit être réputé poison ou non. Il ne peut y avoir empoisonnement pour le praticien que dès le moment où il est appelé à donner des soins pour des accidents réels, actuellement développés, ou dont il a lieu de craindre les ravages ultérieurs.
Les poisons peuvent se présenter sous trois formes : à l'état liquide , gazeux et solide. Quelques auteurs les ont classés d'après cette seule considération. 11 est inutile de montrer les défauts d'une telle classification : celle qui repose sur les effets des poisons mérite la préférence. Guérin admet : 1° des poisons irritants, 2° des poisons sédatifs. Fodéré les divise : \^ en poisons astringents, 2" poisons acres ou rubéfiants , 3° poisons corrosifs ou escharotiques , 4° poisons narcotico-âcres , 5° poisons narcotiques ou stupéfiants , 6" poisons septiques ou putréfiants (Fodéré, art. Toxicologie , />/cf^. des scienc. méd., t. lv, ann. 1821). Nous suivrons dans cet article les divisions qui ont été proposées par M. Orfila , et admises par un grand nombre d'auteurs ; elles reposent sur une observation exacte des phénomènes morbides. Il les a distribués dans les quatre classes .suivantes : 1° poisons irritants, 2" poisons narcotiques , 3° poisons narcotico-âcres , 4" poisons septiques ou venins. D'après Rasori, Tommasini et le travail récent de M. Giacomini (Trattato filosofico spiramentale de soccorsi terapeutici, 4 vol. in-8°), on pourrait classer les poisons comme les médicaments, en hypersthénisants (stimulants), et en hyposthénisants (débilitants). Nous ferons connaître les idées de ces auteurs en traçant l'histoire particulière de chaque substance; mais nous n'avons pas cru devoir en faire la base de nos divisions. Du reste, si, en médecine légale, on peut admettre, avec M. Alph. Devergie, qu'il est indifférent d'adopter telle ou telle classification {Blédç"
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ciné légale théorique et pratique, t. ii, 2« part., p. 433, in- 8"; Paris, 1836), il n'en est plus de même sous le point de vue du trailemeut ; il serait à désirer que l'on pût asseoir une classification sur les effets du poison, parce qu'elle éclairerait le médecin sur l'emploi des remèdes.
Aucune des divisions que nous venons de présenter n'est à l'abri de la critique- il est difficile, en effet, d'arranger d'une manière systématique, et dans un ordre bien déterminé , les principaux effets des poisons, pour en former autant de groupes distincts. Mais , sous le rapport du traitement, la division fondée sur les effets est encore préférable à toutes les autres.
Les poisons , avons nous dit , sont solides, liquides, gazeux. On réserve le nom è^ asphyxie à l'empoisonnement qui résulte de la pénétration d'un gaz dans l'économie; cependant il ne faut pas regarder l'asphyxie comme étant toujours l'effet d'un véritable poison : plusieurs gaz donnent la mort, parce qu'ils sont impropres à la respiration ; ils n'agissent pas dans ce cas en vertu de leurs propriétés malfaisantes, mais d'une manière tout à fait négative; d'autres, au contraire, exercent une influence délétère, et tuent comme les poi.sons les plus violents: tels sont les gaz hydrogène suif uré, ammoniaque, l'hydrogène arsénié. Le miasme est aussi un poison gazeux , mais son histoire appartient plus spécialement à celle de la con- * tagionetdes épidémies {voy. ces mots). Nous avons déjà traité des principales asphyxies dans une autre partie de cet ouvrage {voy. Asphyxie par le vapeur de charbon, par le gaz de l'éclairage, des fosses d'aisance, etc. , t. I, du Compendiam, p. 407 , 411 , 413),
Voies par lesquelles le poison peut pénétrer dans l'économie. — 11 n'est pas indifférent pour le médecin de savoir de quelle manière la substance vénéneuse a été introduite dans le corps: les effets, les indications thérapeutiques, sont souvent modifiés par cette circonstance. Le plus ordinairement le poison pénètre par la bouche et parcourt toute la longueur du tube digestif. Le travail d'assimilation qui se passe dans l'estomac peut bien faire perdre à quelques substances une partie de leurs propriétés toxiques, mais leplus souvent elle ne fait qu'en rendre l'absorption plus rapide, à cause des acides et des liquides de diverse nature qui sont sécrétés par la muqueuse stomacale , ou qui arrivent d'autres points. Une seconde voie pour l'introduction des poisons est le rectum dans lequel on les fait pénétrer sous formé de lavement; dans ce cas l'action est moins rapide et moins délétère , parce que le mouvement d'absorption n'y est pas à beaucoup près aussi actif que dans l'estomac et l'intestin. On peut encore déposer le poison sur d'autres points de la muqueuse ; dans les fosses nasales, mêlé à une poudre ou à la pous-
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sière de tabac, comme le faisaient les assassins que l'on nommait les endormeurs. La muqueuse buccale est rarement la seule voie d'introduction; la salive entraîne toujours une certaine quantité de poison. La muqueuse vaginale peut servir de voie d'absorption , comme dans les cas où de l'acide arsénieux y est déposé dans des vues criminelles, ou lorsque des injections de sels de mercure déterminent tous les symptômes de l'empoisonnement. Les annales judiciaires nous ont transmis l'histoire de femmes empoisonnées par l'introduction , dans le vagin, d'acide arsénieux (voy. Joum. gén. de méd., ann. 1816, et les Actes de la Société de médecine de Copenhague). La conjotictive oculaire et palpébrale, la vessie, l'urèthre, le conduit auditif, ne sont que très-rarement des voies d'absorption.
La peau, recouverte de son épiderme, est une surface peu perméable, mais qui peut néanmoins laisser passer dans l'économie les substances dissoutes dans l'eau ou mêlées à un corps gras , que l'on dépose sur cette enveloppe, ou que l'on fait pénétrer par des frictions. Celles-ci favorisent l'absorption, suivant les uns ; d'autres, au contraire, soutiennent qu'elles l'empêchent de s'effectuer aussi rapidement. La peau privée de l'épiderme devient une excellente voie d'introduction; par la méthode eudermique les poisons parviennent dans l'organisme aussi rapidement que par l'estomac , lorsque toutefois la substance ne concentre pas son action sur la peau, et n'y détermine pas une trop grande irritation.
Le médecin appelé auprès d'un malade s'informera avec le plus grand soin si des topiques n'ont pas été appliqués sur la peau; des cataplasmes, des fomentations, des épithèmes, des vésicatoires, peuvent être la cause de l'empoisonnement. Les ulcères, les excoriations souvent très-superficielles , les fistules , les plaies, transmettent aussi les substances vénéneuses.
Dans les cas que nous venons de signaler , le tissu cellulaire est le véritable organe d'absorption. On sait qu'il jouit sous ce rapport d'une activité extrême; l'inoculation, la vaccination , les piqûres faites par les animaux venimeux, ou avec des instruments chargés de liquides septiques, les vivisections, prouvent que ce moyen de transmission dépasse en énergie tous les autres. Quant à l'introduction directe du poison dans les veines à l'aide de l'injection , à peine s'il en existe quelques exemples.
La muqueuse, en ses différents points , l'enveloppe cutanée et le tissu cellulaire sont donc les trois grandes voies par lesquelles le poison arrive jusqu'aux sources de la vie. Il faut que le médecin soit bien prévenu de ces modes de transmission pour qu'il modifie son traitement suivant chaque cas particulier.
Avant d'étudier la manière d'agir des substances vénéneuses , disons un mot de ces substances elles-
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mêmes. Si elles sont dissoutes dans un liquide , incorporées à un corps gras , ou même en suspension dans un liquide , elles jouiront, toutes choses égales d'ailleurs, d'une aclivilé plus grande que si elles sont solides. Rappelons que les poisons non soluhles dans l'eau trouvent dans l'estomac des liquides qui peuvent en opérer la solution , comme l'acide acétique , lactique , le mucus. Quelquefois la personne qui donne le poison le met sans le savoir daus un liquide qui le décompose et le rend inei te, comme lorsque le sublimé est uni au blanc d'œuf, l'émétique au quinquina , etc. La quantité du poison , la voie par laquelle on l'a fait arriver dans l'organisme, sont encore des circonstances qui doivent être prises en considération.
action toxique des poisons. — 11 est difficile de séparer l'histoire thérapeutique d'une substance de son histoire toxique.
Toutes les discussions auxquelles on s'est livré sur l'action des médicaments dans le traitement des maladies ont été reproduites au sujet des empoisonnements. Nous serons obligés d'en dire quelques mots chacjue fois que nous tracerons les règles qui doivent guider le praticien; seulement nous passerons sous silence les faits qui sont du ressort de la thérapeutique proprement dite.
L'action des poisons sur l'économie varie singulièrement: il en est qui exercent une action locale, irritent, enflamment et détruisent les parties qu'ils touchent (acides concentrés) ; d'autres qui , après avoir altéré le tissu avec lequel ils sont en contact, passent dans le torrent de la circulation , et vont porter leurs ravages ailleurs ; d'autres , enfin, n'agissent pas localement, et pénètrent immédiatement par voie d'absorption dans les liquides de l'économie. Ces trois manières d'agir, si différentes du poison, sont la source d'indications thérapeutiques toutes spéciales sur lesquelles nous reviendrons plus loin.
M. Devergie établit cinq modes divers d'action des substances vénéneuses: 1° le poison irrite, enflamme, désorganise les tissus touchés: tels sont les acides sulfurique , nitrique , la potasse , la soude ; la mort est déterminée par l'altération de l'organe lui-même ; 2° il peut exercer une action composée; il irrite d'abord le tissu , ei cette irritation se transmet consécutivement à d'autres organes : l'émétique, l'arsenic, la cantharide, produisent des effets de ce genre. Après l'empoisonnement par ces substances, on trouve, outre l'irritation locale , des lésions dans le poumon (tartre stibié), des taches et des ecchymoses au cœur (arsenic), des traces d'inflammation dans la vessie (cantharides); 3** une troisième classe de poisons est formée de ceux qui irritent l'organe sur lequel ils sont appliqués, et qui vont ensuite stupéfier les autres tissus (noix vomique, fève de St. -Ignace , tabac , etc.);
4*^ le quatrième mode d'action est celui qui résulte de l'introduction de certains agents , comme l'opium, l'acide prussiqne: on observe alors la sèdation; 5" une cinquième manière d'agir du poison est un effet général qui paraît annoncer une atteinteprofonde portée à tous les liquides de l'économie (hydrogène sulfuré, acide nilreux ) (Méd. lég. théor. et jjrat.; t. ii, 2*^ part. , p. 454). Les principaux effets des substances vénéneuses sont sans toute appréciées d'une manière très-nette dans le tableau que nous venons d'emprunter à M. Devergie; mais il est évidemment incomplet. Il est des poisons qui paraissent agir fur le système nerveux , autrement que par la sèdation ; il en est qui déterminent uue sur-excitation extraordinaire dans le système nerveux et musculaire , sans produire pour cela l'inflammation ou une irritation sympathique.
Les partisans du contro-slimulisme professent des idées bien différentes sur les propriétés des poisons et des substances réputées médicamenteuses. Il importe de les faire connaître ici , parce que le traitement établi d'après cette doctrine ne ressemble en rien à celui usité en France. Exposons en peu de mots les idées principales que M. Giacomini , un des plus grands défenseurs du contro-stimulisme, vient d'émettre dans son Traité philosophique et expérimental de thérapeutique^ dont la Gazette des hôpitaux a publié plusieurs fragments. Les idées nouvelles qui y sont exposées demandent à être examinées avec d'autant plus d'attention que jusqu'à présent les faits sur lesquels elles s'appuient n'ont pas été jugés favorablement en France ÇGaz. des hôpit., p. 109, 117,126, 133, 142et/?a.v*/m, ann. 1839).
Il admet que les effets déterminés d'abord par une substance quelconque appliquée sur les tissus sont le résultat de son action mécanique , physique ou chimique: un acide concentré, par exemple, produit, par son action physico-chimique , une inflammation. Après ces premiers effets locaux , il s'en passe d'autres qui diffèrent totalement des premiers. Ils ont reçu le nom ii effets dynamiques , et dépendent de l'introduction dans toute l'économie de la substance qui a subi l'assimilation organique: «En réfléchissant à ces effets physico-chimiques, on voit, dit le médecin italien , que dans le corps vivant ils disparaissent quand la substance entre dans l'assimilation organique; alors elle perd ses propriétés physico- chimiques et en acquiert de totalement différeutes : ces dernières, nous les appelons dynamiques. Les premières n'étendent pas leur action au delà du lieu de leur application , ni au delà du temps que ia sub- .stance exige pour être assimilée ; les dernières , au contraire, répandent leur effet sur toute la constitution, et durent plus ou moins longtemps.» Giacomini prétend que les effets mécanicQ-chimiques ont
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été confondus jusqu'à présent avec les effets dynamiques , et il accuse les Français de fonder toute leur pharmacologie sur ces effets mécanico-chimiques. Le reproche nous paraît fort étrange ; il y a longtemps que les médecins sont habitués à distinguer très-nettement les effets locaux, de quelque nature qu'ils soient , des effets généraux. Qu'on appelle les premiers phfsico-ch'uniques et les seconds dfnamiques^ qu'importe, il suffit d'ouvrir un traité un peu complet de toxicologie ou de thérapeutique pour se convaincre que cette accusation est dénuée de fondement.
Quant à l'action dernière des poisons sur les tissus, Giacomini soutient qu'elle ne peut modifier la vitalité considérée comme force unique, que de deux manières : 1** en l'élevant au-dessus du type normal; 2° en l'abaissant au-dessous de ce type ou du degré où elle se trouvait. De là résultent deux classes de poisons comme de remèdes ; les uns hypersthénisants ou stimulants, les autres hyposthénisants ou contro-stimulants. Nous verrons en étudiant chaque poison à quelle classe il faut les rapporter. Cette dichotomie des effets des poisons présente une grande simplicité; malheureusement quand on soumet à l'observation clinique les faits avancés par l'École de Rasori et de Tommasini , on ne les trouve pas aussi exactes qu'ils le prétendent. Nous ne pouvons entrer à ce sujet dans une discussion critique , car elle nous forcerait à examiner toute la doctrine.
Sfmptôines de V einpoisoniieineiLt. — Les symptômes que provoquent les poisons diffèrent suivant la nature de chacun d'eux. Nous indiquerons en tête de chacune des classes que nous avons établies ceux qui sont communs à tous les agents qui la composent. Voici les symptômes qui peuvent faire soupçonner un empoisonnement : saveur désagréable , acide, alcaline , amcre , styptique , sucrée , chaude , cuivreuse, etc.; dégoût, nausées, vomissements, sécheresse et chaleur à la bouche, au pharynx, et parfois le long de l'œsophage; sentiment de constriction, langue et gencives couvertes d'enduits de différentes couleurs ; douleur dans tout le trajet de l'intestin , et surtout le long de l'œsophage, au creux de l'estomac, et au pourtour du nombril ; haleine fétide , vomissements douloureux, muqueux, bilieux, sanguinolents, de couleur verte , noire , jaune , etc., causant une saveur détestable, faisant effervescence sur le carreau, et rougissant la teinture de tournesol , ou ne produisant aucun de ces effets, et alors verdissant le sirop de violette; selles fréquentes avec colique et ténesme, constipation, soif ardente, vomissement des boissons; respiration accélérée, courte; pouls fréquent, petit, irrégulier, fuyant sous le doigt, ou fort; pâleur et expression douloureuse de la face , refroidissement des extrémités, sueurs froides et visqueuses; œil
éteint ou hagard, conjonctive rouge et sanglante, jactitation, cris aigus, délire, mouvements convulsifs dans les muscles du visage , des mâchoires et des extrémités; secousses tétaniques, convulsions toniques dans les mêmes parties; assoupissement, stupeur, coma , état sub-apoplectique ; mort. Nous donnons ce tableau des symptômes de l'empoisonnement sans y attacher une grande importance.
Le médecin peut encore soupçonner l'empoisonnement par l'étude des désordres pathologiques dont les tissus sont le siège ; il en est même quelques-uns qu'il peut apercevoir pendant la vie, et qui sont alors des symptômes précieux qui l'aident à découvrir la vérité : telles sont les taches de différentes couleurs que l'on voit sur la peau du visage ou des autres parties du corps, la rougeur, la destruction , de la muqueuse buccale , et pharyngienne.
L'histoire de chaque empoisonnement , tout aussi bien que l'histoire d'une maladie, devrait consister en un tableau méthodique de tous les phénomènes morbides. La fréquence, l'intensité des symptômes, l'ordre dans lequel ils se succèdent , les modifications que leur impriment certaines complications fortuites, ou intimement liées à l'action du poison, la marche, la durée relative des accidents ou de la maladie , les indications et contre-indications, enfin, les différences mêmes que présentent les altérations pathologiques , telles sont les circonstances qui appartiennent à la description de l'empoisonnement, et que Ton regrette de voir en partie passées sous silence dans les ouvrages. Si l'on ouvre ceux qui sont consacrés à cette étude, on voit que la symptomatologie seule y est indiquée d'une manière complète, mais qu'on ne s'y occupe pas de montrer la succession des phénomènes, leur durée, les variations qu'ils présentent : tout y est décrit en bloc, et il est difficile de prendre une idée Lien nette de la physionomie propre à chaque empoisonnement. Il semble que l'on ait oublié jusqu'ici que l'intoxication est une véritable maladie déterminée par un agent délétère, et quedepuis l'instant où les premiers accidents se montrent, jusqu'à la mort, il y a une série de troubles fonctionnels qui se développent, s'enchaînent, et nécessitent dans le traitement certaines modifications en rapport avec les indications et contre-indications qui découlent des différentes phases de la maladie. Cette étude n'a été faite que pour quelques poisons , comme l'opium , la belladone , les acides , etc., et encore ne voit-on pas assez souvent paraître une observation clinique à l'abri de toute critique. Nous n'adressons pas ce reproche aux auteurs de médecine légale , qui n'ont voulu envisager l'empoisonnement que sous le point de vue de la science dont ils traitent, mais à ceux qui se sont aussi occupés du traitement.
Nous devons signaler plusieurs causes qui nous paraissent avoir eu une fâcheuse influence sur l'é-
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tude des empoisonnements considérés sous le point de vue de la médecine pratique. Les auteurs qui nous ont laissé des traités sur cette matière ont eu recours à des expériences sur les animaux , et ils ont trop souvent calqué leur description sur les desordres qu'ils observaient: de là quelques erreurs. En second lieu, il leur était impossible de découvrir sur les animaux ces phénomènes si variés que Tintelligence humaine seule peut saisir et peut exprimer. Il nous semble que les observations particulières disséminées dans les ouvrages et dans les recueils périodiques consacrés à' la médecine sont les seules bases sur lesquelles on puisse édifier une histoire exacte et complète de l'empoisonnement : c'est à cette source que nous avons puisé. Ivous aurions désiré n'en pas choisir d'autres pour nos descriptions; mais nous ne pouvions combler une lacune aussi grande : aussi devons-nous prévenir le lecteur qu'il trouvera dans notre article quelques - uns des défauts que nous reprochons aux autres. Il nous était impossible de refaire la science sous ce point de vue. On nous saura gré , nous l'espérons, d'avoir montré l'écueil, et proposé les réformes utiles qu'il convient d'opérer dans l'histoire de ces maladies.
Diagnostic. — Plusieurs maladies simulent , à s'y méprendre, l'empoisonnement. On trouve, dans les divers recueils consacrés à la médecine légale , un grand nombre de faits particuliers qui montrent combien l'on éprouve parfois d'embarras pour asseoir le diagnostic. Qu'on ne croie pas que l'ouverture du cada- VTe et l'analyse chimique des liquides qui y sont renfermés puissent toujours dissiper tous les doutes sur la véritable cause de la mort. Parmi les exemples que nous pourrions citer, un des plus remarquables par la sensation qu'il a produite est l'affaire du sieur Schneider, médecin ocuhste , que l'on disait avoir été empoisonné par Rittinghausen , célèbre jurisconsulte allemand. M. Orfila fit paraître à ce sujet une consultation médico - légale , où , après une discussion approfondie et contradictoire des diverses expertises, il conclut que Schneider avait succombé à une fièvre typhoïde ( Annal, d'hygiène et de méd. légale, n"4 1 , p. 1 2 7, janvier 1 8 39).M. Orfila, dans cette même consultation, rapporte plusieurs exemples de suspicion d'empoisonnement, dans lesquels la mort fut produite par des maladies de nature très -diverse.
Celles qui simulent le mieux l'empoisonnement sont : 1° l'étranglement des intestins, la colique hépatique; 2° l'iléus; 3" la perforation de l'intestin; 4^ la fièvre typhoïde ; 5° le choléra, la colique des peintres ; 6° la péritonite; 7° la métro-péritonite aiguë ; 8" l'hypérémie etl'hémorrhagie cérébrale; 9° plus rarement le ramollissement sénile du cerveau ; 1 0" la méningite sur-aiguë ; 1 1 ° la rupture du cœur ou d'une tumeur anévrysmale ayant son siège dans les gros A'aisseaux;
12° la congestion sanguine et l'apoplexie pulmonaire {vof. OUivier, d'Angers, Jrcli. gén.deméd.,, t. i, p. 288, ann. 1833; et t. i, p. 29, 1838; Lebert; Blémoires sur difjér. lésions spont. du poum,, Jrchiv. génér. de méd., t. i,p. 389, avril 1838; vof. le 1. 1, p. 233 du Compendium, art. Apoplexie); 13° l'emphysème pulmonaire interlobidaire (thèse de M. Pillore, janvier, 1834 ); 14" la présence d'un grand nombre de lombrics dans l'intestin , et leur passage à travers une perforation; 15" la rupture d'une caverne dans la plèvre ; 1 6° l'orgasme vénérien ; souvent, enfin, les symptômes de l'empoisonnement et la mort surviennent sans que l'on constate sur le cadavre de lésions bien déterminées : tel était le cas rapporté par M. Berton ( in Gazette des hôpitaux , n° 7, janvier, 1839). Dans une autre observation que renferme le même recueil , l'on voit que les médecins ne furent pas d'accord : les uns soutenaient qu'il y avait eu strangulation, les autres, que le sujet avait succombé à une attaque d'apoplexie. Tous les cas de morts subites cités par Portai ( Mém. de l'Acad. rof. des sciences, 1784), par M. Louis [Recherches anatom.-patholog.) ., par M. Martinet [Revue médicale^ octobre, 1824 ), par M. Devergie [De la mort sub.j etc., Annales d'hfg. et de méd. lég., n" 39, p. 145, 1838), tous peuvent faire croire à un empoisonnement. Souvent la malveillance porte jusqu'aux oreilles du médecin de faux bruits qui peuvent l'induire en erreur. Une simple indigestion, accompagnée de symptômes graves, en a imposé quelquefois pour un empoisonnement.
Traitement. — Nous avons été frappés de la dissidence qui règne entre les auteurs au sujet du traitement et des effets toxiques des poisons; nous avons du en chercher la cause avec attention : serons-nous assez heureux pour l'avoir trouvée? Jusqu'ici on a étudié les empoisonnements bien plus sous le point de vue de la médecine légale, que du t aitement qu'il convient de leur opposer : il suit de là que cette dernière partie , fort essentielle pour le praticien , et entièrement distincte de la première , laisse beaucoup à désirer, et que, pour remplir les lacunes qui y exis tent en grand nombre, il faut surtout aller puiser des documents dans les observations particulières et dans les traités de thérapeutique.
Un autre obstacle qui arrête le médecin est l'absence de toute règle propre à le guider dans le choix d'un traitement. Comment pourrait-il en être autrement : on considère l'empoisonnement comme un ensemble de phénomènes morbides qui se développent dans un ordre régulier. On oublie que l'empoisonnement est une maladie semblable à toutes les autres: il est causé, il est vrai, par un agent qui détermine des effets locaux, toujours à peu près les mêmes pour chaque poison; mais ensuite, com-
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bien ne survient-il pas de variations qui ne sauraient être toutes prévues et signalées à l'avance dans nos livres ! De même que la description d'une maladie se compose d'un grand nombre d'individualités dont il faut tenir compte , surtout lorsqu'il s'agit d'établir des règles de traitement , de même aussi, dans l'histoire des empoisonnements, y a-t-il des variations de symptômes et des individualités morbides qui influent de toute nécessité sur le traitement. Ces variations tiennent à un grand nombre de causes: tantôt l'empoisonnement est à son début ou à son déclin , tantôt les quantités du poison ingéré sont minimes , et d'autre fois fort grandes. L'état des sujets^ leur constitution, les maladies dont ils sont atteints, le traitement antérieur, l'état du viscère qui a reçu l'action vénéneuse, la rapidité plus ou moins grande de l'absorption , les substances diverses auxquelles lepoisou est mélangé, etc., etc., voilà autant de circonstances qui certainement impriment aux empoisonnements une physionomie mobile et Changeante. Gomment, après cela, concevoir que l'on vienne proposer un traitement exclusif pour combattre les effets d'un poison ? Y a-t-il des maladies que l'on traite toujours de la même manière? Nous croyons que c'est un étrange abus, que de faire consister toute la thérapeutique des empoisonnements dans l'emploi des antiphlogistiques ou des stimulants. On sera sou- Vent contraint de recourir à ces deux méthodes chez le même sujet et dans le même empoisonnement, mais à des époques différentes de la maladie. Cette règle de conduite est indiquée par l'observation attentive de diverses circonstances que nous avons signalées , et nous avons acquis la conviction intime, par la méditation des faits dont nous avons été témoins, ou qui sont rapportés par les auteurs , que le praticien qui aura égard aux remarques précédentes, et saura s'en souvenir au lit du malade, y trouverais bases d'une thérapeutique qui ne lui fera pas faute , même dans les conjonctures les plus difficiles. Ce que nous venons de dire ne peut s'appliquer aux antidotes: en effet, ce sont des agents qui conviennent à tel poison , et ne peuvent être soumis aux variations que nous avons fait connaître,
Le premier devoir du médecin appelé auprès d'une personne empoisonnée est de s'enquérir de la nature, de la quantité du poison qui a été pris, et des voies par lesquelles il a été administré. Si le malade ou les personnes qui l'entourent ont intérêt à dissimuler la vérité, ou bien si le malade, voulant mettre •fin à son existence, refuse de faire connaître le poison dont il s'est servi , enfin s'il n'est aucun moyen d'obtenir les renseignements nécessaires, il faut recueiUir les matières vomies , et chercher, par l'étude de ses propriétés physiques et chimiques , quelle est la substance vénéneuse employée. C'est en cette occasion
que le médecih sent toute l'importance des études chimiques. Il n'a pas toujours besoin d'être versé dans l'analyse, comme le p'us habile des toxicologues ; il lui suffit de posséder quelques notions élémentaires. Une expérience simple, et à la portée de tout le monde , .découvre quelquefois la nature du poison : c'est ainsi qu'en projetant sur des charbons ardents un grain d'acide arsénieux , une odeur fortement alliacée se dégage et fait reconnaître le poison, etc.
Si le médecin ignore quel est le poison ingéré, il doit alors se livrer à une observation attentive de tous les symptômes de l'empoisonnement. Il est rare qu'il puisse parvenir à déterminer, à l'aide de la symptomatologie seule , dans quelle classe se trouve la substance vénéneuse dont il doit neutraliser les effets ; quelquefois, sans pouvoir dire quel est le composé chimique ou la préparation médicamenteuse dont on a fait usage, il parvient à déterminer si le poison est un narcotique, un narcotico-âcre, un irritant, etc. On peut établir d'une manière générale que les symptômes seuls sont , dans la plupart des cas , insuffisants pour faire reconnaître le poison , et souvent même pour permettre d'affirmer qu'il y a empoisonnement. Les maladies nombreuses que nous avons citées , en parlant du diagnostic , donnent lieu à des symptômes qui ont les plus grands rapports avec ceux de l'intoxication. Enfin il est deux autres moyens de reconnaître un empoisonnement : c'est , d'une part , l'étude des altérations cadavériques ^ et , de l'autre , les expériences sur les animaux. Faisons remarquer que l'on s'exposerait à de graves erreurs si l'on s'en tenait aux lumières fournies par cette dernière source d'instruction, puisqu'il y a telle substance dont les effets sont mortels pour l'homme, et nuls pour les animaux ( daphne mezereum, ciguë, belladone, veratrum, jusquiame, etc.) (voj-, leS expériences de Bauhin, Magnol, et d'autres).
Nous supposons que l'on est parvenu à constater qu'il y a empoisonnement , soit par l'étude physique et chimique de la substance , soit par l'observation des symptômes , soit par les altérations cadavériques ou par les expériences: il faut alors chercher à Savoir par quelle voie a eu lieu rempoisonnement. Le traitement ne peut être le même dans tous les cas. Si la muqueuse de l'estomac ou du gros intestin a servi de voie d'introduction, on s'efforcera d'abord d'expulser le poison , soit à l'aide de vomissements artificiels et de moyens que nous allons faire connaître, soit par le secours des lavements ; on agira ensuite directement sur la substance avec les contre-poisons. Mais si l'agent Joxique a été introduit par la peau dénudée de sou épiderme ou excoriée , ou par leS voies respiratoires, sous forme de vapeurs et de gaz, on n'a plus à combattre que les accidents développés sons l'influence de l'intoxication devenue générale, et
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les coiltre-poisoQS n'ont plus d'utilité bien réelle.
Dans toute espèce d'empoisonnement , une fois que l'on a pris lesrenseig'nements préliminaires dont nous venons de parler, il faut sur-le-champ s'enquérir depuis quel temps l'introduclion du poison a eu lieu, et explorer en même temps le malade , pour déterminer si les effets du poison sont encore limités à la surface qui en a reçu le premier contact, ou s'il est déjà passé, par voie d'absorption, dans l'économie, ce que l'on reconnaît à un ensemble de symptômes généraux que l'on appelle les effets dynamiques du poison. Dans le premier cas, empêchez les effets désastreux de la substance toxique : 1^ en l'expulsant de la cavité qui la recèle; 2° en la neutralisant avec un contre-poison ; 3° mais si les effets dynamiques se sont déjà développés, occupez- vous alors de neutraliser les effets généraux provenant de l'absorption; 4" il reste, en dernier lieu, une quatrième indication à remplir : c'est de combattre la réaction, qui ne tarde pas à succéder aux altérations locales produites par la plupart des poisons ( phlegraasie, ulcération , gangrène, etc.); il faut en dernier lieu enfin s'occuper de la convalescence. Examinons avec détail chacune de ces quatre indications.
F^ Indication. — Expulser le poison. — Lorsque Ton suppose qu'il reste encore dans l'intestin quelque portion de la substance ingérée, il faut , avant même de s'occuper de la recherche du contre - poison , faire vomir le malade; il n'y a pas d'indication qui doive passer avant celle-là, à moins que l'état de faiblesse et de mort prochaine du sujet ne permette pas d'espérer que le vomissement puisse avoir lieu. On administre au malade une giande quantité d'eau chaude, et on réitère cette boisson de trois en trois minutes , jusqu'à ce que le vomissement survienne. Si les vomissements ne sont pas abondants, il faut insister auprès du malade pour qu'il boive une grande quantité d'eau chaude , afin d'entraîner le poison qui est dans l'estomac. Quelquefois la répugnance invincible que témoignent les sujets pour l'eau chaude , la difficulté que l'on éprouve à provoquer le vomissement, ou à introduire les boissons par la bouche , forcent le médecin de mettre en usage d'autres moyens. En même temps qu(i le malade boit une grande quantité d'eau chaude, on prescrit des lavements d'eau simple, ou faits avec les décoctions émoilientes; on se propose , en agissant ainsi, de débarrasser la partie inférieure de l'intestin du poison qui pourrait y être parvenu.
Un des inconvénients de l'eau chaude , c'est de dissoudre un grand nombre de poisons, et, par conséquent, d'en rendre l'absorption plus facile et plus prompte : on a conseillé, dans ce cas, défaire avaler de l'huile, qui, par sa saveur et sa quantité, détermine le vomissement sans dissoudre le poison. On pourrait
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faire encore usage de la préparation suivante : on verse dans un vase partie égale d'eau bouillante fet d'huile, que l'on bat fortement avec quelques branches de bouleau. Ce moyen, employé par les anciens, est souvent utile; il a été recommandé par Chaussier ÇContre-poisons , etc.^ mis à la portée des personnes étrangères à l'art de guérir^ efc, p. 13, in-8«^,3^édit.;Paris, 1819).
On excite encore le vomissement lorsqu'on a introduit des liquides dans la cavité de l'estomac, en titillant la luette et l'isthme du gosier avec la barbe d'une plume , ou en faisant pénétrer celle-ci dans le pharynx , jusqu'à une certaine profondeur. L'introduction plusieurs fois répétée du doigt dans la gorge suffit , chez quelques personnes , pour produire le même effet. Ce moyen mécanique ne saurait convenir dans les cas oii le poison a produit une inflammation douloureuse de l'arrière-gorge et du pharynx.
Si , malgré l'emploi des divers moyens dont nous venons de parler, le vomissement n'avait pas lieu , on donnerait deux à quatre grains d'émélique(tartrate antimonié de potasse) en dissolution dans un verre d'eau chaude; on en prescrit la moitié , d'abord, et on facilite le vomissement à l'aide d'une nouvelle quantité d'eau chaude. Il ne faut pas craindre de porter l'émétique à la dose que nous venons d'indiquer, quand il est urgent de faire vomir; les inconvénients qui résultent de la présence du poison dans l'estomac sont beaucoup plus graves que ceux qui pourraient suivre l'administration de l'émétique. Il y a des cas où le tartrate antimonié de potasse ne jouit pas de ses propriétés vomitives , parce qu'il est décomposé par certaines substances que l'estomac peut contenir : tels sont , par exemple , les acides concentrés , les sels de potasse , les savons , l'acide gallique , les substances tannantes, le quinquina, la rhubarbe, etc.; du reste, la plupart des composés qu'il forme avec les autres agents chimiques sont, en général, moins actifs qu'il ne l'est lui-même. Quelquefois la difficulté du vomissement tient à la faiblesse même où se trouve plongé le sujet, ou à l'inertie dont l'estomac est frappé. Dans ce cas , l'émétique n'étant pas rejeté , il peut en résulter de l'inflammation et quelques désordres graves dans les membranes de l'estomac. Lorsque cet organe est le si'ge d'une inflammation assez vive, on doit ne prescrire les émétiques qu'avec une grande circonspection, surtout si l'on a lieu de craindre que les membranes ulcérées ou ramollies ne puissent soutenir les efforts du vomissement.
L'ipécacuanha, à la dose de trente grains, et plus, dans un de îii-verre d'eau, le vin d'ipécacuanha, le sulfate de cuivre (j à vj gr. ; eau, | vj); le sulfate de zinc (xà xxgr. ; eau distillée, I vj), sont les émétiques que l'on met le plus ordinairement en usage. On leur préfère cependant le sel d'antimoine
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et de potasse , parce que son action est plus sûre. Quelle que soit, du reste, la substance émétique dout on se serve, il faut en aider l'action en faisant boire une grande quantité d'eau chaude.
Nous n'avons encore parlé jusqu'ici que des moyens d'extraire le poison , en forçant l'estomac à l'expulser ; mais il peut arriver que le vomissement soit impossible, parce qu'une forte constriction des mâchoires s'oppose à l'introduction des boissons , ou parce que l'estomac est frappé d'inertie, ou, enfin, parce que le malade refuse opiniâtrement d'avaler les remèdes qu'on lui présente. On doit alors introduire par la bouche ou par les narines une sonde œsophagienne , en suivant les règles tracées dans les divers traités de médecine opératoire : une fois que l'on s'est assuré que l'extrémité de la sonde a franchi le cardia , on place une seringue à l'autre extrémité , et on injecte le vomitif ou les substances anti-vénéneuses. On courrait le risque de faire suffoquer le malade si , les vojes situées au-dessus de l'estomac n'étant point libres, on excitait le vomissement (trismus de mâchoires); on recourrait alors à l'emploi de la pompe gastrique , à l'aide de laquelle on viderait l'estomac, et on ferait pénétrer les antidotes. L'emploi de cet instrument est encore indiqué dans le cas où l'estomac ne peut se contracter et expulser les substances que sa cavité renferme.
On adapte à l'extrémité d'une sonde de gomme élastique très -souple, et longue de vingt -huit à trente pouces , une seringue ordinaire ; on maintient la sonde, et on fait passer dans l'estomac tout le liquide. Pour retirer ensuite les matières , on a soin de maintenir Textréraité inférieure de la sonde au fond de l'estomac: on fait mouvoir alors le piston, et l'on pompe le liquide que l'on a injecté, ou ceux dont on cherche à débarrasser le ventricule. Si les matières sont délayées, on n'éprouve aucuue difticulté; mais quelquefois des fragments assez volumineux viennent s'engager dans l'ouverture de la sonde : il faut alors repousser un peu le piston, ou retirer la sonde de quelques pouces , afin d'en changer la situation, de déplacer les corps étrangers qui l'engorgent, ou d'en écarter les parois de l'estomac. La pompe gastrique peut rendre de grands services , lors même que la substance avalée n'est point en liqueur ou en poudre fine, mais en morceaux assez volumineux; il est vrai que, dans ce dernier cas, l'on ne peut extraire le poison , mais on peut le neutraliser en le mettant en contact avec des contre-poisons. L'usage de la pompe gastrique , imaginée par Boerhaave , et recommandée Yàv ChaLUSûer {Contre-pois.^ etc., p. 21) et d'autres auteurs, n'est pas assez répandu en France ; les recueils étrangers rapportent cependant un assez grand nombre d'exemples de succès obtenus à l'aide de ce uioyen. Fodéré trouve «qu'il C;t plus théorique que pratique,
et plus adaptable à un mannequin qu'à un être vivant et très-souffrant» (art. Toxicologie du Dictionn. des sciences médic., p. 423 ). Ce blâme ne doit pas surprendre de la part d'un homme qui s'est montré rétrograde et peu éclairé sur ce point et sur d'autres , comme lorsqu'il disait ne pas comprendre l'importance des découvertes faites par les chimistes de tous les poisons dont la terminaison est en ine.
Quand l'agent toxique a été porté dans le gros intestin , il faut l'extraire par le même moyen ; on peut même y faire pénétrer un contre- poison. Si la peau , la muqueuse vaginale, nasale, sont les voies d'introduction , on commencera par les laver, pour entraîner l'agent délétère qui pourrait encore y être appliqué. Ou s'occupe ensuite de la seconde indication.
IP Indication. — Neutraliser le poison. — Nous venons de voir que la première indication consiste à expulser par le vomissement, ou à extraire par d'autres procédés artificiels , la substance vénéneuse. Il en est une seconde , non moins essentielle à remplir, et qui trouve toujours son application si le sujet ne succombe pas immédiatement : c'est de chercher une substance qui puisse neutraliser le poison. L'antidote ou contre-poison, pour quelques auteurs, est toute substance capable de diminuer ou d'arrêter les effets du poison. M. Orfila le définit un corps susceptible de décomposer les poisons , ou de se combiner avec eux, à une température égale ou inférieure à celle de l'estomac, de telle manière que le nouveau produit n'exerce aucune action délétère sur l'économie.
Le principal caractère du contre-poison est d'empêcher ou d'atténuer les effets physiques , chimiques ou mécaniques de l'agent vénéneux. C'est sur la substance elle-même, et non sur l'organe qui est exposé à son contact que l'action du contre-poison s'exerce ; c'est même par cette manière d'agir que le contrepoison nous semble différer de tous les autres remèdes usités dans les empoisonnements. En effet, tandis que le contre-poison ne jouit de quelque puissance que pour annihiler les effets physico- chimiques de la substance, les autres médicaments n'ont de prise que sur ses effets dynamiques, c'est-à-dire , sur les désordres fonctionnels qu'elle a provoqués. Nous attachons une grande importance à cette distinction que nous venons d'établir entre la manière d'agir trèsdifférente des substances réputées anti-vénéneuses , parce qu'elle peut servir de guide au médecin dans sa pratique. Un homme s'empoisonne avec l'acide sulfurique: les effets physico - chimiques sont le ramollissement, la destruction des membranes, des taches blanches ou noires, etc. ; les effets dynamiques sont les vomissements, la soif, le refroidissement, l'altération des traits du visage , la faiblesse , etc. Le contre-poison est la magnésie, qui se combine avec l'acide, et l'empêche, par cette neiUralisatiou, de ra-
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Wollir, de corrocler et de perforer l'estomac; mais elle n'arrête pas les effets dynamiques du poison , ni les troubles survenus dans les autres viscères. C'est alors qu'il faut recourir aux stimulants , aux éthers, à l'alcool, si l'on admet, avec Rasori et Tommasini, que l'acide sulfurique soit un hyposthénisaut , et aux anliphlogistiques , au contraire, si l'on embrasse une doctrine opposée. L'exemple que nous venons de choisir montre quelle doit être la conduite du médecin dans tous les cas d'empoisonnement.
Les conditions que doivent remplir les contre-poi- . sons ont été fort bien résumées par M. Alph. Devergie (ouv. cité). Ils ne doivent pas avoir de saveur trop désagréable , de propriété vénéneuse, ni former un composé qui puisse être nuisible; on ne considérera pas comme dangereuse une combinaison qui serait purgative ou légèrement styptique. Lorsqu'il est nécessaire d'administrer de grandes quantités de contre-poison , il est souvent difficile de les faire prendre au malade ; toutefois c'est là un inconvénient minime que l'on ne peut faire entrer en balance avec les avantages qui suit l'administration du remède. L'hydrate de tritoxyde de fer est un antidote précieux dans l'empoisonnement par l'arsenic, et cependant on est obligé de le faire prendre à haute dose. Une des conditions essentielles du contre-poison, c'est qu'il agisse instantanément, ou du moins dans un temps assez court ; qu'il exerce sur le poison une action mécanique, physique ou chimique : cette dernière est la plus rare. Pour qu'elle soit efficace , la réaction chimique doit pouvoir se produire dans l'estomac , à la température du corps , que la substance vénéneuse soit solide ou liquide. En étudiant les effets du poison, nous avons indiqué avec soin leurs effets aux différents temps de l'empoisonnement. Nous engageons le lecteur à les avoir présents à l'esprit s'il veut faire un usage rationnel des contre-poisons , et diriger avec quelque certitude leur emploi.
On doit, en outre, s'enquérir, avant d'administrer le conîre-poison , de l'état dans lequel se trouve le malade, rechercher s'il n'existait pas de maladies du tube digestif ou des viscères contenus dans les cavités splanchniques, si le malade a mangé, et si l'estomac ne renferme pas encore une certaine quantité de substances alimentaires. L'état de plénitude de l'estomac est une condition qui s'oppose jusqu'à un certain point à l'action immédiate des poisons : c'est ce qui explique quelquefois la gravité différente des accidents survenus chez un certain nombre de personnes qui ont été empoisonnées par des substances délétères mêlées aux aliments. On doit enfin tenir compte de la constitution du sujet , du climat , de l'habitude et des conditions morales où il se trouve. Mais ce qui doit fixer surtout l'attention du médecin , ce sont les maladies antérieures; elles rendent souvent
compte des symptômes insolites qui viennent s'ajouter à ceux qui appartienuent à l'empoisonnement, et en changer la physionomie.
Nous transcrivons ici le tableau des contre-poisons les plus usités, nous réservant d'entrer dans plus de détails lorsque nous ferons l'histoire de chaque empoisonnement.
Tableau des principaux contre-poisons.
Acides; sulfate d'indigo. — Magnésie calcinée, craie, yeux d'écrevisses : 5 6 par pinte d'eau; eau de savon ordinaire ou de savon médicinal.
Alcalis. — Eau vinaigrée, eau acidulée avec tous les acides , excepté avec ceux qui sont vénéneux.
Baryte et sels solubles. — Sulfate de potasse, de soude, de magnésie, eaux minérales de Sedlitz, d'Epsom; eaux de puits ou de source impropres à la cuisson des légumes.
Alcalis végétaux. — Décoction de noix de galle étendue d'eau , décoction de quinquina.
Acides arsénieux. — Tritoxyde de fer hydraté, ou sous-carbonate de fer à haute dose; eau de chaux coupée par parties égales avec l'eau sucrée , eaux minérales sulfureuses.
Sels de mercure, sublimé et autres. — Blanc d'œuf, gluten combiné au savon noir; décoction de quinquina, de noix de galle, lait, foie de soufre.
Sels de cuivre. — Eau albumineuse, gluten combiné au savon noir (gluten de Taddey), lait, sucre , décoction de noix de galle.
Sels d'antimoine, émétique. — Décoction de quinquina et de noix de galle , d'écorce de chêne ; eaux minérales sulfureuses.
Sels de zinc j sulfate et sels solubles. — Bicarbonate de soude en dissolution ; lait.
Sels d'étainj hydrochlorate. — Lait, décoction de noix de galle, bicarbonate de soude.
Sels de plombj acétate, extrait de Saturne. — Sulfate de soude et de potasse; eaux de Sedlitz, d'Epsom ; eau albumineuse , gluten de Taddey.
Sels d'argent , pierre infernale. — Sel commun en dissolution , eau de puits.
Nitrate de potasse (sel de nitre). — Même préparation que pour l'arsenic , excepté l'eau de chaux.
Chlore liquide et chlorures alcalins. — Eau albumineuse.
Opium. — Infusion de café, vinaigre, suc de citron, crème de tartre.
Acide prussique. — Chlore , eau ammoniacale , café, essence de térébenthine (trois ou quatre cuillerées chaque demi-heure dans une infusion de café).
Acide hydro sulfurique. — Chlore liquide.
Champignons. — ■ Éther sulfurique , sel commun.
Cantharides. — Camphre.
Ferre et émail. — Nourriture abondante de haricots.
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III'' IiVDic.'iTioJi. — Neutralisation dynamique.
Nous donnons ce nom , employé par le docteur
Novati, à cette troisième partie du traitement qui consiste à combattre , par les remèdes appropiiés , les effets dynamiques qui résultent de l'introduction du poison dans toute l'économie. Quelle que soit l'époque d'un empoisonnement , on doit recourir aux neutralisants chimiques et aux vomitifs, et tâcher ensuite d'arriver à la neutralisation dynamique. Tant que le poison n'a point pénétré dans l'économie , l'action locale existe seule , mais pendant un temps assez court. Une fois que la molécule vénéneuse s'est mêlée au sang et aux autres liquides en circulation , chaque organe manifeste sa souffrance suivant la manière dont il est influencé par l'agent délétère; en d'autres termes, il y a intoxication, c'est-à-dire, un état morbide , caractérisé par des groupes de symptômes propres à chaque poison. Tout l'art du médecin consiste à découvrir un traitement qui fasse cesser les effets morbides provoqués par l'agent vénéneux. Il obéit par exemple à la première indication, en expulsant ou en neutralisant le vert-de-gris ou le sulfate de cuivre , en supposant que ce soit là le poison qui ait servi à de coupables projets; il remplit la seconde en relevant les forces abattues , en donnant quelques toniques , etc. On conçoit que la thérapeutique puisse fournir, dans ce cas, de précieuses lumières, puisqu'à elle seule appartient l'étude des effets physiologiques des médicaments, étude qui est inséparable, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, de l'histoire des effets toxiques de la même substance : c'est ici que l'on découvre clairement les affinités intimes qui unissent la thérapeutique , la pathologie interne et la médecine légale. Cette dernière science , pour arriver à saisir les effets des poisons, a recours à l'expérimentation sur les animaux. N'est-ce pas également par cette voie , et par une observation attentive des médicaments sur l'homme malade , que le thérapeutiste arrive à découvrir quelles sont les vertus des médicaments ?
Nous ne pouvons rien dire de général sur le traitement des effets dynamiques des poisons , dont la place est marquée dans chaque histoire particulière. Une remarque importante a été faite par les médecins qui ont eu occasion d'observer beaucoup d'empoisonnements. Us ont vu que, dans certains cas, il y a une faiblesse générale très-prononcée, tandis que, dans d'autres , l'activité de tous les organes semble accrue, et toutes les fonctions sont montées à un degré extranormal. Que l'on se serve des mots hyposihénie , ou hypcrsthénie , d'asthénie , ou de si/ié/i/e pour désigner ces deux états , qu'on eu fasse le fondement d'une doctrine à laquelle on soumet ensuite tous les faits qui se présentent , peu importe : il suffit que , dans un certain nombre de cas, les choses se passent
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ainsi pour que l'on doive introduire des modifications dans le traitement de la troisième période de l'empoisonnement, tantôt en cherchant à éteindre cette suractivité fonctionnelle, et tantôt en relevant les forces abattues.
IV^ Indication. — Nous ajouterons, pour terminer ces généralités, qu'il ne suffit pas , dans un empoisonnement, d'avoir obéi aux trois grandes indications que nous venons de tracer ; il en est une quatrième qui doit assurer la guérison. Elle consiste à combattre la réaction qui survient après les effets primitifs, soit locaux , soit généraux , du poison. Un exemple fera mieux comprendre notre pensée. Un sujet s'empoisonne avec du sublimé corrosif; on lui donne d'abord un vomitif pour expulser le sel mercuriel qui peut être encorecontenu dans restomac;on administre ensuite l'albumine , on le mélange de Taddey ( neutralisation chimique) ; il survient de l'insensibilité dans les membres , de l'affaiblissement ; le cœur bat avec peine , les urines se suppriment. Je suppose que l'on ait trouvé un remède qui fasse cesser ces désordres , on aura satisfait à la troisième indication ( neutralisation dynamique ) ; mais bientôt , si le sujet continue à vivre, la phlegmasie intense de la bouche, du pharynx et de l'estomac amène des phénomènes graves auxquels il faut remédier par un traitement antiphlogistique ou par d'autres moyens. Enfin , il faut surveiller attentivement la convalescence, qui est quelquefois longue et rendue périlleuse par les infractions continuelles que le malade fait au régime qu'on lui prescrit , ou par les complications , dont les ravages marchent lentement.
§ II. — Histoire particclière des empoisonnements.
Ghap. I. — Poisons irritants.
Suivant M. Orfila , on ne devrait donner le nom de poisons irritants , corrosifs , escharotiques, ou acres , qu'à ceux dont les effets sont le résultat de l'irritation ou de l'inflammation qu'ils déterminent dans les parties du corps sur lesquelles on les applique, et qui peuvent ultérieurement donner lieu à l'ulcération , à la perforation , à des eschares; mais il en est quelques-uns qui détruisent la vie sans presque laisser des traces de leur action locale ( Traité de médecitie légale i 3^ édit. , p. 19 ). Les premiers poisons dont nous avons à nous occuper n'offrent pas un grand intérêt ; aussi en exposerons-nous succinctement l'histoire , en renvoyant aux acides en général, tant pour les symptômes que pour le traitement.
A. Phosphore, alcool, éther, huile phosphores.
Ces corps produisent des lésions et des symptômes qui ne diffèrent pas de ceux occasionnés par les acides, dont nous parlerons plus loin. 11 faut savoir que le
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phosphore se transforme, dans le canal digestif, en acide phosphorique ouhypophosphoriqueparl'absorption de l'oxygène qui y est contenu. Weickard a rapporté trois exemples de morts déterminées par l'iutroduction de irois à six grains de celle substance. M. Orfila en cite aussi un exemple remàï([uMe {Toxicolog. gén.), et M. Julia Fontetielle un aulre cas {Bef. méd.^ t. m ; 1 829) ; M. Marliu Solon un troisième (art. Phosphore du Dictionnaire de médecine et chirurgie pratiques). Les auleurs qui en ont parlé disent que la combustion continue dans l'estomac, et que le calorique qui se développe contribue à enflammer l'estomac. M. Julia Fonteoelle recommande de provoquer le vomissement , de faire boire ensuite de l'eau magnésienne en grande quantité pour expulser l'air contenu dans le ventricule , et neutraliser les acides phosphorique et hypophosphorique.
Iode,
L'iode est transformé en acide hydriodique aux dépens de l'hydrogène de l'eau ou des tissus ; il cause dans la muqueuse de l'estomac des ulcérations linéaires à bord d'un jaune rougeâtre; les plis qui entourent le pylore offrent quelques taches d'unj aune clair brunâtre ; la muqueuse est ramollie en plusieurs points. M. Devergie pense que le poison est absorbé, et qu'il n'exerce pas seulement une action locale.
Dans son mémoire sur l'empoisonnement par 1'/?/driodaie de potasse , M. Devergie a signalé les altérations suivantes : phlegmasie de l'estomac, emphysème sous-muqueux, ecchymoses, ulcérations environnées d'une aréole jaune; injecté dans les veines, il irrite le système encéphalo-rachidien, et provoque des convulsions ( voy. Médecine légale, p. 536).
Dans un cas d'empoisonnement volontaire occasionné par un gros et demi d'hydriodate ioduré , les symptômes observés furent : du malaise , des nausées, un sentiment de brûlure à l'œsophage, des douleurs aiguës à l'estomac. Ou provoqua le vomissement ; des avements , une solution de gomme arabique , et une potion antispasmodique , mirent fin à tous les accidents ( Archii'es générales de médecine j t. xvi , p. 278; 1828 ).
Brome et hydrobromate de potasse.
Le brome et l'hydrobromate de potasse, administrés à des chiens, enflamment la muqueuse, la ramollisent, rulcèient;le duodénum et le jéjunum sont également enflammés. M. Barthez a conseillé, dans l'empoisonnement par le brome , la magnésie ; mais il est préférable de provoquer le vomissement avec l'eau chaude.
Chlore.
Le chlore liquide n'offre rien de particulier dans ses effets sur l'économie, si ce n'est qu'il excite, chez
les animaux sur lesquels on l'expérimente , des vomissements répétés et un état d'abattement do plus en plus prononcé. M. Devergie propose comme antidote l'eau albumineuse en grande quantité ; le chlore se combine assez facilemeut avec l'albumine, et forme une matière blanche, grumeleuse, insoluble, que l'on expulse ensuite par le vomissement.
B, Empoisonnement par les acides. — Généralités.
Les effets des acides diffèrent suivant leur nature , leur degré de concentration , leurs quantités. Les uns sont très-énergiques, et détruisent les tissus presqu'à l'instant où ils sont mis en contact avec eux ( acide sulfurique, nitrique ). D'autres ont une action plus faible : tels sont, en général, les acides végétaux. Ceux que nous examinerons plus spécialement sont: l'acide sulfurique, nitrique, nitreux , hydrochlorique, l'eau régale, phosphorique, oxalique , tartrique , citrique , et acétique.
Sfmptômes. — Les effets des acides sur l'économie animale étantà peu près les mêmes, nous éviterons les répétitions en exposant avec quelques détails les symptômes qui leur sont communs. Au moment de l'introduction de l'acide , le malade éprouve un sentiment de brûlure dans la bouche, sur la langue, le pharynx, et sur le trajet de l'œsophage; on observe aussi des taches blanches sur les lèvres , le menton , la figure, les doigts, et une coloration semblable dans la bouche ; des douleurs atroces sévissent dans l'estomac et dans tout le ventre ; la moindre pression y est insupportable ; les boissons, même en petite quantité , sont rejetées sur-le-champ ; le pouls est à peine perceptible , la figure horriblement décomposée, les membres froids, couverts d'une sueur visqueuse ; le malade pousse des cris affreux , demande la mort , ou un soulagement immédiat à ses souffrances ; il se roule dans son lit , ne peut garder un seul instant la même situation , et meurt en conservant toute son intelligence.
Ces symptômes sont ceux qui surviennent dans les cas où le poison tue en quelques heures , et en corrodant les membranes de l'estomac et des intestins ; la réaction des tissus contre l'agent délétère a à peine le temps de se produire , et les principaux effets dont nous venons de parler sont ceux que nous avons désignés sous le nom ^'effets phfsico-chimiques des poisons. Il en est d'autres dont nous allons parler, et qui résultent de la réaction des tissus primitivement affectés , ou qui n'ont fait que recevoir une influence symptomatique : sensation de chaleur dans toute la longueur du tube digestif, envies de vomir, vomissements de matières qui font effervescence sur le carreau, soif vive, douleurs extrêmes pendant la déglutition, parfois dysphagie complète, rougeur, exsudation sanglante de la muqueuse buccale et pha» ryngée, sensibilité de la région épigastrique et de twit
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l'abdomen , sentiment de chaleur et de déchirement daus les iutesdns; les malades découvrent toutes ces parties, et ne peuvent endurer le poids des couvertures ou de leur chemise ; constipation , selles rares et sanglantes ; respiration gênée, anxieuse ; dans quelques cas , toux fatigante ; altération de la voix , qui est éteinte; pouls irrégulier, d'abord petit et fréquent, devenant ensuite plus fort et plus dur ; la physionomie s'allèrede plus en plus; elle est grippée, et exprime la plus vive souffrance ; il s'écoule de la bouche beaucoup de mucosités visqueuses et sanguinolentes ; la peau est froide , les urines rares; les mouvements des membres presque continuels, convulsifs; l'intelligence nette, délire, ou coma.
Dans l'exposé des symptômes, qu'il a retracés avec beaucoup de soin, M. Devergie distingue trois groupes principaux : le premier comprend les symptômes que détermine l'action chimique du poison sur les tissus avec lesquels il est en contact ; le second groupe de symptômes se compose des phénomènes réactionnels qui surviennent plus tard; dans un troisième groupe, il place les cas où les symptômes sont moins intenses : cette dernière division nous semble inutile , et n'est point motivée, d'ailleurs, par les différences qu'il a voulu établir (ouvr. cité, p. 548 ).
La considération la plus importante , à nos yeux , repose sur l'étude des effets immédiats ou médiats de l'empoisonnement. Si les acides ont été donnés en grande abondance , et à un haut degré de concentration , si rien n'a pu s'opposer à leurs ravages , on trouvera surtout les lésions locales qui résultent de l'action corrosive du poison ; elles prédominent alors, parce que la réaction des organes n'a pas eu le temps de s'établir, et que la mort est survenue avant leur développement.
Altérations pathologiques. — Taches de couleur variable, blanches, jaunes , ou brunes sur la peau des doigts, du pourtour de la bouche, et sur les lèvres , eschares sur ces parties, ainsi que sur la langue, le pharynx, la luette ; la muqueuse est racornie , rouge, vivement enflammée, ou détruite, et s'enlève par lambeaux ; on trouve çà et là des ecchymoses formées par le sang extravasé dans le tissu sous-inuqueux ; la membrane muqueuse et la musculeuse sont souvent corrodées, de sorte que l'on voit tantôt celle-ci à nu, et tantôt la membrane séreuse mince et transparente, quelquefois même celle-ci est entièrement détruite ; il en résulte des ulcérations à bords noirâtres, plus ou moins inégaux ; il y a ordinairement une injection générale de toute la muqueuse , de l'intestin , dont la cavité est remplie de matières liquides , jaunâtres , mêlées à du sang noir ; l'estomac et le rectum sont souvent rouges et trèsenflammés , tandis que les parties intermédiaires sont peu altérées. La rapidité avec laquelle le poison
traverse l'intestin grêle explique cette circonstance.
Traitement. — 11 y a trois indications à remplir : 1" neutraliser l'acide; 2*^ combattre les effets dynamiques; 3*^ diriger convenablement la convalescence, qui est longue, et traversée par une foule d'accidents (Alph. Devergie , art. cit.). Il est dangereux de recourir aux vomitifs, qui, en déterminant des contractions très-fortes de l'estomac, pourraient amener des déchirures dans les membranes. Il faut donc administrer sur-le-champ le contre-poison : dans ce but , on mêle à une grande quantité d'eau de la magnésie ou son sous-carbonate ; l'eau de savon concentrée (5 iij ; eau, 1 litre) peut également servir de contre-poison ; les lavements d'eau simple ou émoUients sont aussi d'un grand secours.
Dès que l'on n'a plus rien à attendre des effets du contre-poison, il faut chercher à prévenir les accidents qui ne tardent pas à se développer. On donne des boissons froides mucilagineuses lorsque des vomissements opiniâtres surviennent ; on se trouve bien aussi de faire prendre aux malades des boissons glacées ou des fragments de glace. L'opium nous paraît également trèsbien indiqué en pareilles circonstances, surtout si on a lieu de craindre des perforations que la contraction incessante de l'estomac ne manque pas de favoriser. Il ne faut pas se hâter, comme on le fait trop souvent, de couvrir le malade de sangsues, et de pratiquer une ou plusieurs saignées : il faut attendre que le premier moment de stupeur dont est frappée l'économie soit dissipée , et alors on s'opposera avec plus de succès au développement de la phlegmasie. II faut, sans doute , renfermer la réaction dans de justes limites , et la prévenir autant que cela est possible ; mais il faut , avant tout , prendre garde d'épuiser le malade en lui retirant trop de sang. Lorsque la période de réaction est établie , on applique sur l'épigastre un assez grand nombre de sangsues , en ayant soin d'entretenir l'écoulement sanguin; s'il survient du gonflement dans le pharynx et l'arrièregorge, et qu'il soit tel que la déglutition ne s'effectue que difficilement, on place des sangsues au cou, vers les angles de la mâchoire. On combat de la même manière , ou par des moyens analogues , les accidents inflammatoires à mesure qu'ils se développeront dans les autres organes. Si la déglutition n'était plus possible , on pourrait introduire une sonde dans l'œsophage; mais ce moyen est dangereux, parce qu'il tend à augmenter l'inflammation, et expose à déchirer, ou même à perforer les membranes ramollies. Il peut survenir une foule d'accidents qu'il est difficile de prévoir , et qui réclament un traitement dont les bases sont variables : tantôt c'est une inflammation de la langue, une péritonite avec ou sans perforation , des hémorrhagies , et tantôt une méningite aiguë , une colite rebelle, etc.
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L'action mortelle des poisons acides , comme celle des autres poisons, peut dépendre des lésions locales ou des effets généraux qu'ils provoquent une fois qu ils sont passés dans le sang. Les effets locaux sont la mortification, le ramollissement, la perforation, l'inflammation des membranes gastro-intestinales; ils dépassent en gravité les symptômes généraux. On a voulu restreindre les effets des acides à la stimulation , et leur traitement à l'emploi des antiphlogistiques : c'est là une opinion fausse, et qui ne peut être acceptée dans tous les cas ; mais il ne faut pas non plus donner dans un excès contraire , et ne prescrire que des stimulants.
L'action corrosive et délétère d'un poison s'oppose souvent à ce qu'il soit résorbé : aussi u'est-il point rare de n'observer que des symptômes locaux, ou, tout au moins, de voir prédominer ceux-ci sur les phénomènes généraux. Dans ce cas, la substance est employée, en quelque sorte, à corroder, à cautériser les tissus qui perdent alors la propriété d'absorber.
Lorsque les symptômes inflammatoires ont cédé, toutes les difficultés du traitement n'ont pas encore disparu. Quelles précautions de toutes espèces, quel régime sévère ne doit pas observer un malade dont l'intestin est en proie à une phlegmasie franche et suraiguë , et qui conserve pendant longtemps une irritabilité extrême , toujours sur le point de repasser à l'état aigu ! Le sujet sera mis à l'usage de boissons mucilagineuses , mucoso-sucrées , lactées ; graduellement on lui permettra du bouillon de poulet, de bœuf, des potages maigres ou au lait , préparés avec les fécules , les farines, le gruau; ce n'est qu'après un temps qui ne peut être déterminé qu'on lui donnera des soupes au pain , des légumes , et des viandes. La moindre infraction à ce régime est suivie de douleurs vives à l'estomac , de coliques , de soif, de perte d'appétit , de dévoiement ; le mouvement fébrile revient , la peau se sèche , etc. ; la gastrite , ou la gastro-entérite se rallume, et il faut la combattre, sinon avec la même vigueur, du moins de la même manière que dans les premiers jours. La gastrite est quelquefois si violente , que les boissons chargées de quelques principes nutritifs ne peuvent être supportées par l'estomac : on les donne alors en lavements pour soutenir l'existence du malade , qui sans cela périrait de consomption.
Acide sulfurique (huile de vitriol du commerce). — Ses effets corrosifs dépassent en intensité ceux des autres acides , l'acide nitrique excepté.
Altérations pathologiques. — Muqueuse des lèvres et de la bouche couverte de taches brunes; vésication , cautérisation du pharynx, rougeur et gonflement de ces parties et de l'œsophage ; muqueuse stomacale de couleur noire, et réduite en bouillie en certains points , rouge dans d'autres , corrodée , of-
frant des ulcérations ou des perforations complètes , à bords inégaux, ou arrondis, colorés en noir ; la muqueuse est ramollie, s'enlève facilement, et laisse à nu les fibres de la tunique musculaire. Enfin, la liqueur corrosive ne borne pas toujours ses ravages à l'estomac : le duodénum et surtout le commencement de l'intestin grêle sont parfois noirs, et la muqueuse en partie détruite. La couleur noire et la mollesse deseschares caractérisent assez bien , comme lésion anatomique, l'empoisonnement par cet acide ; toutefois ■ on trouve dans certains cas des taches blanchâtres. Le péritoine renferme un liquide séro-sanguinolent sans qu'il existe de perforation ; les vaisseaux sont injectés. Dans un cas d'empoisonnement recueilli par le docteur Carus , et qui a pour sujet une femme enceinte parvenue au dernier terme de sa grossesse , et qui avait pris volontairement l'acide sulfurique, on le retrouva dans la cavité des plèvres , du péritoine , dans le cœur, la vessie, et même dans l'eau de l'amnios (extr. deGemeins : Deutsche Ze/Z5c'/i/'.,etc.,t.n,l 827, et Arch. gén. de mcd.j t. xvn, 1828).
Sjmptômes. Voy. Acides en général.
Action sur l'économie. — On est divisé sur les effets généraux de cet acide. Les uns soutiennent , avec Rasori et Tommasiai, que «l'acide sulfurique est une substance hyposthénisanle de premier ordre, et qu'elle ne tue qu'en abaissant considérablement , en épuisant la vitalité de l'organisme. » Ce qui prouve l'hyposthénie , c'est la pâleur du visage , le refroidissement des extrémités , les sueurs froides, la faiblesse, les syncopes, l'état misérable du pouls , etc. Quelques auteurs, au contraire, soutiennent que ce poison produit une réaction très-forte , et que si elle ne se manifeste pas toujours, c'est parce que les forces sont opprimées.
Traitement. — Il doit résulter de ces deux opinions contraires un traitement tout à fait opposé : les uns stimulent avec les éthers , les alcooliques , l'ammoniaque , les opiacés ; administrent des potions avec la morphine, ou des lavements avec le vin chaud, frottent le corps avec de l'eau-de-vie chaude. Les autres proscrivent ce traitement, et veulent que, sans affaiblir les malades , on oppose quelques émissions sanguines locales à l'inflammation qui s'allume dans les organes qui ont subi le contact du poison , et ne tarde pas à réagir fortement sur l'économie entière. Nous donnons la préférence à ce dernier traitement, parce que nous l'avons expérimenté, et parce qu'il nous semble téméraire de porter dans l'estomac des excitants tels que ceux que nous avons indiqués ; l'opium, cependant, mérite une exception. Dans tous les cas, avant d'administrer les remèdes précédents , on doit neutraliser le poison avec l'eau chargée de magnésie, ou une dissolution de savon {vo)'-ez j, pour les cas particuliers , le Journal de médecine de Sé-
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