E^IP
dillot; les Archives s^cnèralea de médecine, t. v, p. 5, et t. Mil, 1827; Giizctlc des hôpilauXj, 1839; G'izellemrdicalc, p. 180, 1 S3S,e(c.\
Bien de com/wsilion , sulfate d'inJigo). — Même action que le précédent. Taches bleues sur les lèvres et le menton ; la muqueuse est colorée en quelques points par une teinte verte ou jaunâtre. Dans quelques cas , on a constaté une coloration très-prononcée des urines en bleu [Obsen-ation d'empoisonnement par le bleu dissous dans l'acide sulfurique, par M. Deslandes, iVou^'. biblioth. méi/c. , mai 1 825). Acide nitrique ( eau-forte ). — L'empoisonnement par cet acide est assez fréquent ; il a été étudié avec soin par M. Tartra , qui en a donné une bonne description {Sur l'empoisonnement par l'acide nitriquCj etc).
Altérations pathologiques. — Taches jaunes, citrines ou orangées sur le menton , les lèvres , les dents , les mains et les ongles ; ces taches , traitées par de la potasse, deviennent d"un très-beau rouge. La muqueuse du pharynx , de lœsophage , offre un ramollissement gélatineux et des taches blanches ou citrines ; l'estomac est ramolli en plusieurs points : il contient une grande quantité de matière jaune verdâtre que l'on retrouve également dans le duodénum et le jéjunum; cette matière est le produit de la décomposition de la bile de l'intestin ; le duodénum, et quelquefois tout l'intestin grêle sont altérés de "la même manière.
Symptômes (ceux de l'empoisonnement par les acides). — Fourcroy parle d'une éruption pustuleuse semblable à celle de la variole ; Desgranges a trouvé une éruption miliaire; mais ces accidents n'ont qu'un rapport indirect avec les effets de cet acide , et ne sont pas constants.
Acide nitreux. Voy. Acide nitrique.
Acide hydrochlorique. — Il se dégage par la bouche et les narines , peu de temps après son introduction, des vapeurs blanches, épaisses et piquantes ; vomissements de matières brunes verdàtres ; convulsions des muscles du rachis; opisthotonos. L'injection du cerveau et l'épanchement de sérosité dans les ventricules expliquent jusqu'à un certain point ces symptômes.
Veau régale (combinaison d'acide nitrique et hydrochlorique, d'eau, de chlore et d'acide nitreux ■. — Mêmes effets et même traitement que celui des acides en général.
Acide phosphorique et hrpophosphorique. Yoy. Acides en général.
Acide oxalique. — Altération. — Sang extravasé dans l'estomac, coloration rouge et ramollissement gélatineux de la muqueuse et des autres membranes ; la première est détruite en plusieurs points. M3I. Christison etCoindet font, de l'érosion et de l'état gélati-
neux transparent, les deux caractères anatomiques de cet empoisonnement {Mémoire sur l'empoisona. par l'ac. oxal., par WSl. Christison et Goindet; Arc.h. géncr. de méd., 1. 1 , p. 571 , 1823, et t. ii, p. 271 1. M. Orfîla ajoute que si l'action du poison a été faible , le poumon offre des taches d'un rouge vif. Le sang s'accumule dans les cavités du cœur, s'il y a eu coma avant la mort.
Symptômes. — M3L Goindet et Christison ont fait des expériences qui les ont conduits à admettre que cet acide concentré corrode l'estomac et produit la mort par l'affection sympathique du système nerveux. Il n'en est pas de même s'il est étendu d'eau; il est absorbé, et agit alors plus énergiquement. L'influence ressentie, dans ce cas, par les autres organes est de nature débilitante ; elle n'est point l'effet de l'irritation sympathique transmise par l'estomac comme précédemment, mais d'une action directe que le poison porte sur la moelle épinière, le cerveau, et consécutivement sur les poumons et le cœur. « La cause immédiate de la mort est quelquefois une paralysie du cœur ; d'autres fois une asphyxie, ou enfin ces deux actions réunies» (mém. cit.).
Les symptômes qui correspondent au premier degré, lorsque la quantité du poison est considérable, sont les suivants : douleur vive à la gorge et à l'épigastre, vomissements de matières sanglantes , dyspnée intermittente, pouls petit, imperceptible, abattement, faiblesse extrême et mort dans cet état. Lorsque le poison est très-étendu d'eau, et qu'il est absorbé en grande quantité , les symptômes ne sont plus les mêmco : faiblesse des battements du cœur, paralysie de cet organe , congestion sanguine dans ses cavités , refroidissement extrême , accès de tétanos occupant surtout le thorax , état comateux, et narcotisme.
Traitement. — Les symptômes c[ui résultent de l'action locale du poison sont les mêmes que ceux provoqués par Icà agents corrosifs; mais les symptômes réactionnels sont d'une nature différente: ils révèlent l'état de stupeur très-prononcé dont sont frappés le système nerveux et les organes contractiles. Aussi a-t-il été considéré par plus d'un auteur comme un contro-stimulant, et ses effets combattus par les stimulants. Quoi qu'il en soit , on administrera d'abord la magnésie calcinée, et une fois que les effets physico-chimiques seront ainsi neutralisés, on dirigera le traitement contre les effets généraux. On cherchera à relever les forces par une stimulation vigoureuse de la surface cutanée, à l'aide de frictions aromatiques et excitantes. Tel fut à peu près le traitement suivi dans un cas d'empoisonnement rapporté par la Revue médicale i. m, 1828'. On introduisit d'abord la sonde gastrique; on injecta de l'eau de chaux; on administra ensuite une potion calmante, et
EMP
EMP
une stimulation très-vive, à l'aide de frictions chaudes, fut faite sur toute la périphérie cutauée.
Les potions éthérées et alcoolisées ont été employées avec succès dans le but de relever les forces abattues; sans en défendre l'usage, nous croyons qu'il ne faut les prescrire qu'avec de grandes précautions. Dans un cas rapporté par la Gazette des hôpitaux (n° 8, t. I, 1839), on administra sur-lechamp du carbonate de chaux et de l'huile de ricin. La jeune fille qui fait le sujet de cette observation avait avalé une demi-once de la substance dont on se sert pour cirer la semelle des bottes ; elle recouvra la santé (hôpitaux de Londres).
Oxalaie acide de potasse (sel d'oseille). — Le Jounuii de médecine de Bordeaux, et la plupart des auires feuilles consacrées à la médecine, ont publié Tobservation d'un empoisonnement causé par ce sel chez une femme qui crut prendre un remèiie antilaiteux, et mourut après la troisième dose (une cuillerée à café chaque matin). Les voaiissements de matières noires et sanguines , les douleurs épigastriques, le délire , furent les symptômes observés. Ce fait , recueilH par M. Magonty , pharmacien de Bordeaux, est incomplet , et ne fournit que peu de lumière sur les effets et les lésions que provoque cette substance (vo^\ Gazette des hôpitaux ^ n° 69, p. 274; Jouin. des conn. médic.-prat.j p. 314; 1839).
Acide tartrique, citrique (voy. Acide en général). Ils peuvent être donnés en grande quantité sans inconvénient (Ghristison, A treatase on poison, in-8°, 2eédit. , p. 201 , 1832).
Acide acétique (vinaigre radical). — M. Orfila , dans le mémoire qu'il a publié sur l'empoisonnement par l'acide acétique [Ann d'hyg. et de méd. lég.., t. VI, p. 159, 1831), a étabh, par des expériences, que c'est un poison énergique qui enflamme , ramoHit les membranes de l'estomac , y excite une exsudation sanglante, uue coloration noire assez semblable à celle causée par l'acide sulfurique , et qui paraît tenir à l'action chimique que l'acide acétique exerce sur le sang; enfin, que le vinaigre ordinaire, à la dose de quatre ou cinq onces, déterminerait chez l'homme des accidents graves , ou même la mort.
Traitement. — On cherche d'abord à l'expulser par le vomissement avec de l'eau chaude , qui diminue l'action du poison. On le neutralise ensuite avec la magnésie ou le sous-carbonate de chaux.
Des alcalis et de leurs composés. — Leurs symptômes ne diffèrent pas de ceux que nous avons fait connaître en traitant des acides, si ce n'est que la personne empoisonnée éprouve une saveur acre, caustique et urineuse.
Potasse. — Ramollissement des tissus , de la muqueuse buccale et pharyngienne, particulièrement, perforation prompte de l'estomac, sang devenu plus fluide.
Symptômes. — D'après les expériences tentées sur les animaux, et les faits consignés dans les ouvrages , M. Devergie assigne à ces empoisonnements les symptômes suivants : «Vomissements de matières qui ne font pas effervescence sur le carreau, qui sont, au contraire, grasses et savonneuses au toucher , et verdissent le sirop de violettes ; vomissements réitérés de matières mêlées de stries de sang, quelquefois même de sang en assez grande quantité; évacuations alvines sanguinolentes (ouv. cit.).
Traitement. • — Administrer un mélange d'eau et de vinaigre (un tiers à un quart d'acide) , dont la saveur acide soit très-prononcée; le jus de citron; plus tard une potion huileuse préparée avec l'huile d'amandes douces; elle soulage beaucoup les malades (Ghéreau , Journ. de phann., p. 355 , t. ix).
Chlorure dépotasse (eau de javelle). Voy. Acides en général.
Sonde j idem.
Chaux j idem.
Foie de soufre (quinti-sulfure de potassium). — Ce composé chimique fait partie de l'eau de Barèges, du sirop de Ghaussier , et sert à préparer les bains sulfureux artificiels. L'empoisonnement par cette substance n'est point rare.
Symptômes. — Odeur d'œufs pourris, exhalée par la bouche et les narines; chaleur ardente à la gorge et à l'estomac, vomissements de matières jaunes, verdâtres, de grumeaux citrins ; matières des selles à peu près semblables ; dysphagie , convulsions toniques ou cloniques , état comateux.
Lésions. — Rougeur générale de la muqueuse qui est couverte d'une couche de soufre d'un jaune verdâtre; coloration de l'estomac en vert foncé, plaques d'un blanc jaunâtre; rougeur de la musculeuse à sa face interne , tandis que sa face externe est verdâtre ; ecchymoses entre les deux tuniques internes de l'estomac. Quelquefois il n'y a aucun dépôt de soufre ; la muqueuse peut être simplement ulcérée. Poumons peu crépitants , gorgés de sang ; le ventricule gauche contient ce liquide qui prend une couleur noire.
Action sur l'économie. — Le foie de soufre peut tuer immédiatement , par son action corrosive, sans que la mort soit produite par le dégagement de l'hydrogène sulfuré. Ce dernier cas peut arriver quand l'estomac renferme des acides libres : alors on voit survenir tous les symptômes propres à cet empoisonnement. Quand les acides existent en trop petite quantité pour opérer la décomposition du sulfure, la mort a heu au bout de vingt-quatre à trente-six heures. M. Chantourelle, dans son mémoire sur l'action des sulfures de potasse et de soude, pense que l'asphyxie et la mort peuvent être causées parle dégagement d'acide hydrosulfurique , avant qu'il se dé-
EMP
veloppe aucune lésion dans l'estomac [Arch. de méd., t. xvi, p. 611, 1828).
On le combat, en faisant vomir avec une grande quantité d'eau chaude , et en donnant une cuillerée de chlore liquide par verre d'eau (Alph. Devergie, ouv. cit., p. 658). Les acides seraient très-dangereux dans ce cas, parce qu'ils mettraient à nu l'acide hydro-sulfurique.
Nitrate de potasse (sel de nitre). — Pour qu'il agisse comme poison, il faut qu'il soit pris à l'état solide ou en dissolution concentrée; il en résulte alors une inflammation assez vive des membranes de l'intestin , la paralysie des membres , la perte de l'intelligence et de la parole : dans ces cas , la paralysie des membres persiste après la disparition des autres accidents [Jrch. gén. de inéd.^ t. m, p. 627, 1823). Il n'est point absorbé quand on se borne à l'appliquer sur le tissu cellulaire. Le traitement consiste à provoquer le vomissement : il n'y a pas d'antidole.
Sulfate d'alumine et de potasse ( alun ). — M. Orfila a été conduit, par ses propres recherches, à établir que l'alun calciné , pris à la dose de plusieurs gros par jour , en dissolution dans l'eau , ne peut déterminer d'accidents funestes; qu'il en faut une dose beaucoup plus considérable chez l'homme que chez les animaux pour provoquer la phlogose de l'intestin et l'irritation sympathique du système nerveux [Rapports et expériences sur les effets de l'alun ; in Annales d'hfg. et de méd. lég., t. i , p. 235 , 1829). M. Devergie , ayant répété les expériences faites par M. Orfila, conclut, contrairement à lui, «que l'alun agit avec beaucoup d'énergie chez l'homme, quoiqu'à la même dose, son estomac étant doué de beaucoup de sensibilité , et ses sympathies beaucoup plus actives que chez les chiens» (ouv. cit., p. 658).
Baryte et ses composés. — Les sels dont on se sert sont l'hydrochlorate et le carbonate de baryte qui sont très-vénéneux, surtout le premier. Ils agissent comme irritants sur les tissus ; mais leur principale action se porte sur le système nerveux. Saveur acre et caustique (baryte) , très-piquante (hydrochlorate de baryte), sentiment de brûlure sur tout le trajet parcouru par le poison, douleurs violentes à l'épigastre, nausées, vomissements, déjections alviues. secousses convulsives cloniques dans le tronc et les membres , écume à la bouche , délire , prostration , mort.
L'hydrochlorate de baryte est un sel extrêmement vénéneux ; il exerce une action locale corrosive trèsintense et une autre générale. Gmelin dit que cette substance produit une irritation très-vive , et agit sur le cerveau, la moelle et les muscles volontaires qui perdent leur faculté contractile immédiatement après la mort (Ghristison, ouv. cit., p. 510).
~ 228 — EMP
en. Traitement. — Crawford a proposé le sulfate de
potasse de soude ou de magnésie comme contre-poison; il en résulte un sulfate tout à fait inerte (5 iij; eau, un litre). Ghaussier [Contre-poisons, etc., ouv. cit., p. 48), et M. Devergie, recommandent également ces sels alcalins. On peut donner l'eau de puits , et, dans tous les cas, expulser par le vomissement le produit de la neutralisation chimique.
Ammoniaque liquide (alcali volatil) ; sesqui-carbonate et hfdrochlorate d'ammoniaque (sel ammoniac).— La première de ces substances agit plus énergiquement que les autres composés. Leurs effets sont les mêmes que ceux provoqués par les autres alcalis : ils cautérisent le conduit œsophagien , l'estomac , la bouche; l'ammoniaque liquide produit une vapeur qui peut enflammer la muqueuse nasale et des voies aériennes , et occasionner immédiatement la mort. On a vu des accidents de cette nature faire périr des sujets à qui on avait fait inspirer une trop grande quantité d'ammoniaque.
Traitement. — Prescrire un vomitif, puis l'eau en grande quantité, et exciter de nouveau le vomissement.
Sels de mercure. — Nous n'avons pas à nous occuper ici des accidents toxiques causés par la pénétration dans les tissus du mercure métallique volatilisé ( tremblement mercuriel , salivation , hydrargyrie [vofcz ce dernier mot), uni à un corps gras ( frictions raercurielles ), ou introduit en nature ; nous étudions spécialement les effets produits par le sublimé corrosif , le nitrate , le cyanure , l'iodure et le sulfate de mercure.
Symptômes communs à ces composés. — Saveur styptique et métallique , constriction à la gorge, douleur dans la bouche , le pharynx , l'estomac et les intestins; salivation, parfois déglutition difficile, nausées, vomissements de matières muqueuses ou sanguinolentes , douleur et tuméfaction du ventre , diarrhée, selles souvent sanglantes, hoquet , dyspnée, pouls petit et fréquent, inégal, intermittent, soif continuelle, difficulté d'uriner, crampes, mouvement convulsif de la face ou des membres. Il importe , pour le traitement , que le médecin soit averti des deux actions différentes des préparations mercurielles : l'une est toute locale , ne s'exerce que sur la partie avec laquelle se trouve en contact la substance; l'autre s'étend à l'économie tout entière.
Deutochlorure de mercure (sublimé corrosif). — 11 agit comme un poison très-énergique, quelle que .soit la voie d'introduction. M. Orfila pense que quand il est appliqué à Textérieur du corps, les accidents dépendent de son absorption, de son action sur le cœur et le canal digestif, et de la lésion sympathique du cerveau et du système nerveux. L'inflammation et des lésions profondes ont été observées à ia
EMP
EMP
suite de ces empoisonnements , dans les reins et la vessie; M. Christison (Treatise, etc., p. 391) en rapporte un grand nombre d'exemples. Le mercure jouit de la singulière propriété qui, du reste , lui est commune avec d'autres poisons, d'enflammer la muqueuse de restomac et de l'intestin , lors même qu'il a été introduit par une autre voie (Christison , ouv. cit., p. 350 ). A l'autopsie , on trouve la muqueuse stomacale d'un louge livide , ou tachetée de noir; parfois des ulcérations qui n'atteignent pas jusqu'à la niusculeuse; des ecchymoses dans les épiploons, le long des courbures de l'estomac ( Briand, Manuel de médecine légale, p. 561 , in 8"; Paris, 1836). Les poumons sont souvent enflammés, compactes, œdémateux en certaines parties, ainsi que l'ont constaté MM. Orfila et Smilh. Le développement d'une péripneumonie , après l'application du sublimé sur une plaie, semble bien établie aux yeux de M. Christison (p. 350 ). Les expériences de Gaspard prouvent manifestement la tendance du mercure à exciter la phlegmasie pulmonaire (yoifrna/ de physiologie , t. i, p. 165); il a trouvé, suivant le temps pendant lequel l'animal avait survécu, des taches ecchymotiques noires , des parties du tissu cellulaire enflammées , suppurées, gangrenées, de véritables abcès, et entre ces lésions , du tissu pulmonaire sain. La membrane du coeur offre des taches rouges , noirâtres, de véritables ecchymoses. Cette altération a son siège dans les venricules , ou sur les valvules auriculo-ventriculaires ; le sang qui constitue les ecchymoses n'est pas seulement infiltré dans le tissu cellulaire sous-séreux, il pénètre à une certaine profondeur dans les fibres charnues. On retrouve également ces suffusions sanguines dans l'empoisonnement par l'acide arsénieux. On a donné, comme lésion pathognomonique de l'empoisonnement par le sublimé, la couleur grisblanchâtre, et l'augmentation de consistance des tissus sur lesquels le poison est resté appliqué. «En résumé, dit Christison, les effets sont inflammation et corrosion de l'estomac, irritation du rectum, inflammation des poumons, débilité du cœur et des fonctions de l'encéphale, inflammation des glandes salivai res.»
Symptômes. — Outre les désordres indiqués plus haut d'une manière générale, il en est quelques-uns, donnés par les auteurs comme plus particuliers au deutochlorure : saveur insupportable et comme cuivreuse, inflammation de la gorge, constriclion, dysphagie , et parfois gangrène du pharynx^, vomissement et déjections alvines plus souvent sanglantes que dans tout autre empoisonnement, suppression des urines, érection douloureuse du pénis, insensibilité d'une partie du corps , des pieds , par exemple , affaiblissement des contractions du cœur (M. Devergie, ouv. cit. ). La salivation se déclare quelquefois assez
promptement après l'ingestion. Dans un cas, rapporté par la Gazette des hôpitaux (n° 28 , p. 110, 1 839 ), et emprunté à un journal anglais [Edinb. medic. and surg. Jauni. j janv. 1839 ) , le ptyalisme survint le soir même du jour où avait été pris le poison. Christison dit que d'ordinaire il n'a lieu qu'au second jour; cependant Anderson l'a vu paraître dix-neuf heures, et Bell, sept heures après l'ingestion. Quelquefois la stupeur est très-prononcée, et va jusqu'au coma. Quand la terminaison fatale doit avoir lieu, .elle arrive entre vingt et quarante-six heures.
Traitement. — On administre sur-le-champ, par verres , une solution d'albumine dans l'eau ( blanc d'œuf, u" xij à xv, dans eau, un litre) , en évitant de faire mousser le mélange ; le vomissement ne tarde pas à avoir lieu , et on continue , de cinq en cinq minutes à faire prendre cette boisson.
On a aussi proposé et administré avec succès un mélange formé de six parties de gluten frais , et de dix de savon noir, triturés ensemble dans un mortier ; on obtient une mixture, que l'on fait sécher, en l'étendant par couches que l'on réduit en poudre sèche pour la conserver : quand on veut s'en servir, on la fait dissoudre dans l'eau. C'est à Taddée que l'on doit la découverte de ce contre-poison , qui inspire quelquefois une grande répugnance aux malades. Ce médecin en a obtenu de grands succès.
M. Orfila a tenté un grand nombre d'expériences , desquelles il résulte que l'albumine est un contrepoison qui opère sur-le-champ la décomposition du sublimé. M. Devergie pense, au contraire , que le sel mercuriel n'est que très-faiblement masqué par l'albumine, et que le jaune d'œuf doit avoir une supériorité bien marquée sur l'albumine; il conseille donc de le mêler à l'eau, et de l'administrer comme contrepoison. Malgré l'opinion de ce dernier médecin , nous croyons devoir recommander l'usuge du blanc d'œuf, en conseillant de recourir avant tout à l'emploi des vomitifs, afin de provoquer l'expulsion du poison: la titillation de la luette , l'ingestion d'une grande quantité d'eau chaude chargée d'albumine, remplissent parfaitement ce but. D'après Peschier, un blanc d'œuf rend inertes quatre grains de sublimé (Journ. de méd.^ deCorvisart, t. xxxvui,p. 77). Lorsqu'on n'a pas d'albumine ou de gluten , on peut employer le lait , qui a été recommandé par Milne Edwards et Dumas. L'acide raéconique , qui a une grande tendance à former un. composé insoluble avec les sels métalliques , et particulièrement avec le deutoxyde, serait aussi un bon antidote, suivant Pestenkoffer (Buchner's, Repertorfûr die pharmacie , t. iv, p. 5).
S'il s'agit de combattre les effets dynamiques du sel de mercure qui a été absorbé , une difficulté se présente : faut-il insister sur les antiphlogistiques et sur les émissions sanguines , ou stimuler, ainsi que
EMP
EMP
d'autres le veulent? Rien encore n'a été décidé sur ce point de tliérapeuliqiie : on j^ail bien de quelle manière on met fin à une salivation mercurielle ( cautérisation avec l'acide hydrochlorique, fiictions sur les gencives avec l'alun) , comment on s'oppose à la cachexie mercurielle (quinquina, soufre, salsepareille et sudorifiques, etc. ), mais on ne possède pas de règles sûres pour diriger le traitement de l'empoisonnement aigu. Le quinquina et l'opium nous p.araissent cependant offrir quelque avantage , si on sait les manier habilement.
Bromure j iodure, protoxfde et deutoxyde de mercure. — Mêmes effets , même traitement.
Cyanure de mercure. — M. Ollivier, d'Angers, dans son mémoire sur l'empoisonnement par ce sel {Journal de chimie ^ 1825; Archives génér. de méd..,^. 99, t. ix , 1825), a établi qu'il exerce d'abord une action irritante locale , mais faible , qui s'étend ensuite à tout le système nerveux cérébrospinal. Les effets qui résultent de la première action sont la soif, la douleur, qui manque souvent, les vomissements de matières sanguinolentes; les symptômes généraux sont la salivation, la diminution des urines, la petitesse et l'irrégularité du pouls , les syncopes, les convulsions générales, suivies de prostration. La mort est le résultat du ralentissement graduel et de la cessation complète des mouvements du cœur et de la respiration.
Traitement. — Les effets de l'albumine ont paru nuls dans cet empoisonnement ; aussi M. Ollivier conseille-t-il d'insister surtout sur les vomitifs. Le quinquina, l'opium, l'éther, sont aussi indiqués.
Sulfate et nitrate de mercure. — Voy. Deutochlorure de mercure.
Préparations d'étain (oxydes d'étain). — Voy. Sels mercuriels. — Le prolo et le deutochlorure d'étain sont très- vénéneux, d'une saveur métallique , déterminent des nausées, des vomissements de matière blanche, une constriction à la gorge, des coliques violentes , des convulsions , et un affaiblissement générai.
Acide arsénieux. — Dans cet article, uniquement consacré à la médecine pratique , nous passerons sous silence les recherches importantes dont l'intoxication arsenicale est en ce moment le sujet, lorsqu'elles n'auront pas de rapport direct avec la pathologie proprement dite; nous emprunterons aux auteurs qui ont écrit sur cet empoisonnement , et surtout à MM. Ghristison et Orfila , qui en ont fait le sujet spécial de leurs études, les matériaux qui nous sont nécessaires pour tracer complètement son histoire.
Altérations pathologiques. — L'estomac et les intestins sont les organes qui présentent le plus ordinairement de graves altérations. CepcnJant, les auteurs qui ont écrit sur l'empoisonnement par l'acide
arsénieux citent des cas dans lesquels on n'a trouvé aucune lésion évidente de l'estomac. M. Orfila établit ce fait dans sa Médecine légale (p. 167), et rapporte que le docteur Missa , de Soissons, ayant ouvert un sujet qui avait succo nbé neuf heures après avoir pris trois gros d'acide arsénieux , ne put découvrir aucun désordre dans l'intestin. Fodéré, Ghaussier, Etmuller, Belloc , Brodie , ont été témoins de faits semblables.
L'acide arsénieux, introduit dans un estomac qui ne renferme que peu de matières alimentaires, cautérise profondément la muqueuse , et produit d'autres lésions assez variables. La muqueuse de la bouche, des lèvres , de la langue , des joues , offre souvent une rougeur intense. On trouve, en outre, dans l'estomac, une ou plusieurs des altérations suivantes : 1° simple injection rosée légère, ou coloration rouge lie de vin , d'une portion étendue de la muqueuse ; 2° taches d'un rouge brun , formées par une forte combinaison de sang avec la membrane interne; 3° ecchymoses plus ou moins larges, sous-muqueuses ; 4° teinte brune , et ramollissement de la membrane , dans une étendue variable. Ce ramollissement occupe quelquefois les trois tuniques, et constitue de véritables eschares , qu'il ne faut pas confondre avec les taches brunes dont nous venons de parler, et qui .sont des ecchymoses ; on pourrait aussi prendre pour la muqueuse ramollie de l'estomac une exsudation pseudomembraneuse, ou un mucus coagulé, que Ghristison a rencontrés quelquefois {A treatise ofpoi- ' sonsj, p. 305 ). Baillie en a aussi observé un exemple [Morbid. anatomy, p. 128); 5° épaississement de la muqueuse; 6° ulcération s'élendant à une profondeur variable, pouvant êlre produite par l'acide arsénieux, qui se loge dans les enfoncements de la membrane, et s'y présente sous la forme de petits grains blanchâtres , incrustés dans l'épaisseur de la tunique ; 7° perforations: elles sont très-rares, suivant Ghristison. On remarque aussi , dans l'estomac , des petits points brillants , formés par de la graisse et de l'albumine, ainsi que l'a démontré M. Orfila; d'autres petites masses blanchâtres sont des grains d'arsenic appliqués sur la membrane interne. On a aussi noté l'injection du péritoine et des vaisseaux de l'estomac (Ghristison, A treatise of poisons, p. 302).
Dans le reste de l'intestin, on rencontre quelquefois des altérations , mais à un degré moindre. 11 est rare qu'il en existe dans le colon (Ghristison, ouv. cit., p. 308); quelquefois cependant le colon et le rectum sont enflammés, et l'intestin grêle ne l'est pas.
Le système circulatoire et le sang devaient être examinés avec d'autant plus de soin par les observateurs , que l'introduction du poison dans l'économie se fait manifestement par cette voie. On a noté la rougeur de la membrane interne du cœur, et de pe-
EMP
EMP
tites ecchymoses sous cette tunique. Quelquefois le sang, ainsi extravasé, pénètre dans le tissu musculaire, à une profondeur variable; les ecchymoses occupent la cavité gauche, particulièrement les valvules situées aux orifices du cœur, ou les autres points de l'endocarde ventriculaire. Elles se retrouvent également à la suite de l'empoisonnement par le subhmé, et ne peuvent , en aucune façon , servir de caractères anatomiques à l'empoisonnement par l'acide arsénieux, ainsi que l'avait prétendu Godard. Il n'est pas facile de décider si les rougeurs de l'endocarde sont l'effet d'une altération cadavérique, ou si elles se développent pendant la vie. Cette question, qui est si difficile à résoudre , ainsi que nous l'avons démontré en traitant des rougeurs trouvées dans les artères (yo/. Arté- RiTE du Compendium, t. i), et dans la cardite {vof. ce mot, t. n), le paraîtra bien davantage encore, si l'on veut bien se rappeler que dans l'intoxication arsenicale le sang est fluide , non coagulé , qu'il occupe la cavité du cœur , et que ce sont là des circonstances qui favorisent la formation des rougeurs par imbibition cadavérique.
M. Novati a insisté avec soin sur les altérations que subit le sang. Il Ta trouvé fort noir, liquide, visqueux , opaque , sans aucune trace de coagulation , et analogue à celui des cholériques ; il a même fait de cette lésion un des meilleurs caractères de l'empoisonnement arsenical (.Oc* caract. de l'emp. par Vais.; in Repertorio délie scienze médicale dél Piemonte^ extrait dans la Gazette médicale^ n° 36, t. vi, p. 571 , septembre 1838).
M. James a publié depuis un mémoire où il a étudié l'action que l'acide arsénieux détermine sur la coagulation du sang. Il est parvenu au même résultat que M. Novati {Recherches de physiologie expérimentale sur l'empoisonnement par l'acide arsénieux in Gazette médicale, n** 20 , 1 8 mai , 1839 ). 11 a constaté qu'en mêlant dans une éprouvette partie égale de sang tiré de la veine , et d'une solution saturée d'acide arsénieux , il n'y a point de coagulum ni de sérum distinct , mais formation d'une masse sirupeuse qui semble constituée par une multitude de petits grumeaux suspendus dans une liqueur semifluide. Des expériences répétées un grand nombre de fois sur les animaux , et l'étude des faits particuliers d'empoisonnement, prouvent, suivant M. James, que l'effet constant du passage de l'acide arsénieux dans le sang est d'ôter à ce liquide sa coagulabilité. Le sang extrait de la veine d'un animal empoisonné reste fluide; sur les cadavres des individus qui succombent à ce poison , on ne trouve point de caillots: le sang est tout à fait diffiuent.
M. Magendie a montré que le sang devenu incoagulable est impropre à la circulation, qu'il s'imbibe à travers les porosités des vaisseaux capillaires, et s'é-
panche au dehors. Celte altération explique, suivant M. James, l'ét it de congestion du système veineux de tout le corps, des sinus cérébraux et rachidiens, que l'on trouve sur le cadavre des sujets empoisonnés.
Nous sommes loin de mettre en doute les résultats auxquels a été conduit M. James ; mais nous ne pouvons admettre qu'il en soit toujours absolument ai même chez l'homme et chez les animaux. Pour n'en citer qu'un seul exemple, nous rappellerons que, chez un malade dont M. Coqueret a donné l'histoire {Journ. des conn. méd. chirurg. — Observ. d'emp. par l'arsenic; 1839 ), le sang offrit une couenne et se prit en caillot, bien qu'il y eût de l'arsenic dans le sang, ainsi que le prouva l'analyse faite par M. Orfila.
Un autre fait bien important, et dont on doit la découverte à M. Orfila , c'est que le sang extrait de la veine des sujets empoisonnés, et encore vivants, renferme une quantité notable d'arsenic, preuve évidente de l'absorption du poison. Le malade dont M. Coqueret a rapporté l'observation , ayant été saigné le vingt-troisième jour de l'accident , M. Orfila put encore constater la présence de l'arsenic. C'est ce qui lui a fait conclure : «Que l'on décèle encore ce poison dans le sang provenant d'une saignée faite au malade, pourvu que l'on agisse sur quelques onces de ce hquide , et qu'il importe dès lors de ne pas négliger ce nouveau moyen d'exploration chez un individu qui aurait été saigné , et que l'on soupçonnerait avoir été empoisonné par l'acide arsénieux (Acad. de médec, séance du 29 janv. 1839). Dans ua cas tout à fait récent , observé par M. Casimir Broussais, dix onces de sang obtenu par la saignée, et analysé par M. Orfila , ont fourni un bon nombre de taches arsenicales (Acad. de médec, séance du 23 juillet 1839).
Les organes parenchymateux, le poumon , le foie , la rate , et le système veineux abdominal, sont fortement engoués dans quelques cas. Le premier organe l'est plus fréquemment que tous lès autres , ce qre M. James attribue à l'état du sang et à la faiblesse des contractions du ventricule droit, qui est comme paralysé, et n'a plus la force de chasser le sang dans le poumon (mém. cit., p. 308). Cette deriuère explication est purement hypothétique: en effet, dans un grand nombre de maladies, la congestion pulmonaire est au moins aussi considérable que dans l'empoisonnement par l'acide arsénieux , et cependant l'on ne peut pas dire qu'elle dépende de cette cause. La paralysie du poumon , par exemple , pourrait tout aussi bien rendre compte de cette stase. Quant à l'influence de l'altération du sang , elle nous semble des plu:4 évidentes. Les auieurs parlent d'inflammation du poumon : Pyl a obiervé uu cas de pneumonie très-
EMP
EMP
avancé {Neues magazin, t. m, p. 508); Heake en a rapporlé un semblable.
Le système nerveux encéphalo-rachidien ne présente ordinairement aucune lésion ; ses vaisseaux seuls sont engorgés.
On a prétendu que le cadavre se putréfiait plus promptement que de coutume (Gmelin, Johnston). Mais cette assertion est dénuée de fondement; Christison parle même de trois cas d'exhumation dans lesquels les parties extérieures du cadavre furent trouvées presque intactes, On a noté d'autres altérations moins constantes: les auteurs parlent de l'inflammation des organes génitaux ; Bachmann a vu la gangrène des parties extérieures de la génération chez la femme (Bachm;inn's Essay, p- 41 ).
Spnpiômes. — On doit distinguer, dans cet empoisonnement , comme dans tous les autres , trois groupes de symptômes : le premier se compose des phénomènes morbides que détermine le contact de la substance vénéneuse avec les membranes de l'intestin ; le second, des symptômes provoqués par l'ab- •sorption du poison et par son influence sur les tissus; le troisième est l'effet de la réaction , quelquefois tiès-vive , qui succède aux symptômes précédents.
A. Symptômes locaux. — L'acide arsénieux donne quelquefois la mort sans produire des phénomènes bien tranchés; des syncopes, des vomissements, des douleurs épigastriques, ont été, dans quelques cas, les stuls symptômes observés. Ceux dont nous allons tracer le tableau peuvent ne pas exister réunis. Nous pi'évenons le lecteur qu'il y a d'assez grandes varialions sous ce rapport, et que l'état de vacuité de l'estomac, la forme sous laquelle a été pris l'arsenic, ses quantités, quelques dispositions individuelles, la nature du traitement employé, etc., apportent des modifications nolables dans la symptomatologie : aussi ne .sera-t-on pas surpris de voir exposés l'un à côté de l'autre des phénomènes morbides souvent divers, et tout à fait opposés entre eux. Dans les faits que contiennent les recueils périodiques et les monographies publiées sur l'intoxication arsenicale, on trouve à chaque pas des contradictions telles, qu'il est difficile de tracer d'une manière définitive l'histoire des symptômes.
Saveur peu désagréable, sucrée, légèrement styptique, acre et corrosive, si le poison est en grande quantité ou reste longtemps appliqué sur la muqueuse buccale ; dans ce cas, chaleur extrême de la bouche et de l'œsophage; rougeur, cautérisation de la bouche et des lèvres, gonflement considérable des lèvres, comme dans l'empoisonnement d'un assassin nommé Soufflaid, qui prit volontairement une grande quantité d'arsenic (Relation de l'empoisonnement de Soufflard, par M. James, lue à l'Académie de médecine dans la séance du 30 mars, et reproduite par les journaux de
médecine de ce mois); constriction à la gorge, soif vive, ardente, nausées, douleurs épigastriques violentes, coliques arrachant parfois des cris sauvages au malade {yof. Empoisonn. de soufflard ); vomissement de matières muqueuses mêlées au sang et aux liquides avalés, survenant à une époque variable après l'ingestion du poison. La fréquence des vomissements et la présence du sang dans les matières rendues méritent d'être notées. Sensibihté extrême des parois abdominales , météorisme et boursouflement de ces parois , rétraction dans certains cas , selles liquides, noires, infectes, sanguinolentes.
B. Symptômes généraux. — On voit paraître, peu de temps après l'ingestion de l'arsenic , quelquefois au même moment, si les doses sont considérables , et si l'estomac est vide , des symptômes qui dépendent , 1" de la phlegmasie intestinale, qui agit syrapathiquement sur les autres organes, et de l'action perturbatrice que causent, dans certains cas, des désordres graves , tels que le ramollissement , l'ulcération , la perforation de l'estomac; 2° de l'absorption du poison qui passe dans le sang. L'une ou l'autre de ces causes, la dernière surtout, sont le point de départ des accidents. L'intoxication générale par suite de l'absorption est la cause la plus ordinaire de tout l'appareil de symptômes que nous allons décrire ; aussi M. Orfila a-t-il fait remarquer que la mort , dans un grand nombre de cas , ne saurait être le résultat de l'irritation locale que le poison détermine dans l'estomac (ouv. cit., p. 168). Nous exposerons plus loin les opinions diverses émises à ce sujet.
Les principaux symptômes que l'on observe, une fois que l'arsenic a pénétré dans le torrent circulatoire, sont les suivants : pouls d'abord plus développé, plus fort, inégal, intermittent, s'affaiblissant ensuite au point de devenir imperceptible: battements du cœur larges et tumultueux , faibles et à peine perceptibles suivant quelques auteurs, avec bruit de soufflet dans quelques cas(observ. de M. Coqueret, journ. cit. ); douleurs à la région précordiale , syncope et palpitations dans quelques cas ( M. Orfila); très-rares suivant Christison {A ireatisc on poisons, p. 275); gêne de la circulation capillaire manifestée par des colorations livides sur plusieurs points du corps; teinte bleue et cyanose cholérique dans certains cas (empoisonnement de Soufflard ); respiration difficile, anxieuse; quelquefois crachottement continuel de salive ou de mucosités sanguinolentes; urine rouge, sanguinolente, supprimée; sueur froide, visqueuse, abondante; température de la peau appréciée à l'aide de la main , notablement abaissée; dévoiement ; excoriation à l'anus, dans quelques cas (Christison ); face rouge, injectée, ou livide; altération profonde de tous les traits du visage , qui expriment l'abattement ou la douleur la plus vive. La peau présente quelques-
EMP
EMP
unes des éruptions suivantes , ecchymoses et pétéchies , vésicules miliaires accompagnées de démangeaison; pustules blanches et analog^ues à celles de la petite-vérole, dans un cas (observ. de M. Coqueret); agitation variable, mouvements convulsifs, cloniques, quelquefois toniques dans les membres; trismus des mâchoires; tremblements, intelligence conservée jusqu'à la mort ; dans quelques cas, céphalalgie, délire et symptômes de congestion; état comateux, affaiblissement graduel, sens intacts, yeux convulsés, ternes, vitrés, pupilles variables. Ghristison atracé un tableau fort exact de ces symptômes dans son mémoire sur l'empoisonnement par l'arsenic ( On poisoning hy arsenic; The medic.-chir. ret^iew, ocL 1827'). Il range au nomlne des symptômes de cette maladie la paralysie partielle, la paraplégie incomplète (Ghristison, A treatise on poisons, p. 284). Le docteur Murray en a observé un très - bel exemple [Edinb. medic. and surgic. joiirn., t. xvui, p. 9). Un malade a conservé une paralysie du bras pendant six mois (Ghristison , ouv. cit.). Le docteur Bernta cité un cas de paralysie du sentiment et du mouvement dans la main et le pied ( Beitrage zur gerichtl Arzneik, t. iv, p. 221 ). On a vu la paralysie persister toute la vie. Le docteur Rogelt a vu, chez une jeune fille empoisonnée par un gros d'acide arsénieux , des symptômes épileptiques ( in Ghristison , ouv. cit., p. 282).
Les phénomènes précédents s'accompagnent de ceux que nous avons décrits d'abord {loc sympt.). Les vomissements, les douleurs abdominales , les déjections alvines, les syncopes, continuent; le pouls s'affaiblit de plus en plus , etc., etc.
G. Symptômes réactionnels. — Silesujetne succombe pas aux premiers ravages causés par l'arsenic, si les désordres locaux ne sont pas incompatibles avec la vie , on voit une forte réaction s'établir. Les tissus touchés par les poisons rougissent et s'enflamment; la douleur de l'estomac et des intestins est parfois nulle à cause de l'étendue de la lésion; le pouls prend un certain développement : de petit et de misérable qu'il était , il devient large , et développé ; la face rougit et s'anime ; il y a céphalalgie : le délire , une agitation assez grande , se déclarent ; la soif devient plus vive; en un mot, toutes les fonctions revenues de l'état de faiblesse et de stupeur où elles étaient plongées s'exaltent , et réagissent avec force.
Action de V arsenic sur l'économie. — Deux opinions très-différentes ont été soutenues sur le mode d'action de l'arsenic: les uns rapportent tous les phénomènes morbides à la vive excitation que produit la phlegmasie de la muqueuse gastro-intestinale dont l'influence sympathique se transmet à tous les autres organes ; les autres , au contraire , .soutiennent que l'effet général de cet empoisonnement est de
diminuer l'activité fonctionnelle des organes : pour les premiers, l'arsenic est un stimulant, pour les seconds un conlro-stiaiulant. Ces deux doctrines nous paraissent également difficiles à soutenir, lorsqu'on veut en adopter une à l'exclusion de l'autre : c'est dans des questions aussi embarrassantes que l'éclectisme doit seul guider le médecin.
Nous voyons d'abord dans la manifestation des symptômes locaux une réaction qui résulte du contact irritant et caustique de l'acide arsénieux (douleurs .vives, soif, nausées, vomissements, coliques , selles sanglantes, douleurs d'entrailles déchirantes). Quand les doses de poison sont considérables, la vie peut s'éteindre par suite de la désorganisation profonde de l'intestin. Il survient alors une prostration extrême et des symptômes de débilité semblables à ceux que produisent les acides. On comprend qu'une telle débilité se manifeste lorsque la muqueuse est tout à coup ramollie , ulcérée , détruite , lorsque le sang s'exhale en abondance , et que toute l'économie est frappée de stupeur. Dans ce cas , avant même que l'on puisse admettre le développement de la réaction inflammatoire , et avant qu'il y ait absorption , on voit paraître les symptômes qui annoncent l'affaiblissement, et l'asthénie de tous les organes. Nous retrouvons ces désordres dans les maladies graves et subites qui ont leur siège dans l'intestin , et dans l'empoisonnement par un acide concentré qui détermine, en un temps fort court, l'altération des traits du visage , la faiblesse , l'anéantissement du pouls , et quelquefois de la contractilité musculaire , etc. Les mêmes symptômes ont lieu dans les cas d'iléus, d'étranglement interne, de coliques violentes, quelle qu'en soit la cause , dans les cas de vomissements aigus , en un mot , toutes les fois qu'il survient une perturbation nerveuse un peu forte. Qu'on attribue ces accidents à une asthénie vraie ou à une asthénie fausse dans laquelle les forces ne sont que momentanément déprimées , en raison de la violence des douleurs et de l'intensité de la phlegmasie viscérale , c'est là une question qui nous semble insoluble dans l'état actuel de la science.
Suivant l'école de Rasori , la prostration , les lipothymies , la petitesse extrême du pouls , le refroidissement, etc., sont des symptômes qui attestent l'anémie , et l'épuisement de la force vitale. On a comparé la mort par l'arsenic à celle par les hémorrhagies. Les expériences faites par Giacomini tendent à faire prédominer cette opinion , reproduite récemment en France par M. Rognetta. Les faits ne manquent pas pour étayer cette manière de voir ; mais il reste toujours à décider si les désordres tiennent à l'action hyposthénisante de l'arsenic absorbé, ce que prétendent les partisans du contro-stimulisme, ou, au contraire, à l'action hypersthénisante du poison, qui cause
EMP
alors, par excès de stimulus , des effets semblables à ceux que déterminent les poisons qui jouissent de propriétés tout à fait opposées. C'est ainsi que l'opium est considéré par Giacomini comme un hypersthénisant céphalique et cardiaque , parce qu'il se croit en droit de considérer comme un effet de la sur-stimulation des accidents que l'on peut également expliquer par la diminution de l'influx nerveux et la faiblesse de toutes les fonctions. 11 nous est impossible de poursuivre plus loin cette discussion, qui nous entraînerait hors de notre sujet , et nous forcerait à exposer et à discuter la doctrine du contro-stimulisme. Nous avons voulu seulement faire entrevoir les différentes faces sous lesquelles on peut envisager l'intoxication arsenicale.
Lorsque le sujet a résisté aux effets primitifs , soit locaux, soit généraux, du poison, il se manifeste une réaction inflammatoire causée par la lésion du tube digestif, une fièvre intense, du délire, et un état général évidemment sthénique. Le malade peut succomber à cette période de la maladie, après avoir résisté aux désordres primitifs qui résultent de l'intoxication.
Il résulte de l'exposé que nous venons de présenter que les symptômes et l'action de l'arsenic sur l'économie ne sont pas les mêmes dans tous les cas, et à toutes les époques de l'empoisonnement; que, dans le principe, l'action est locale, accompa- 'gnée de réaction sympathique , et de nature sthénique, si le sujet est robuste, si la quantité de poison ingérée est assez forte pour enflammer les tissus ; que si l'absorption a eu le tempsde se faire, une débilité trèsgrande survient, et détermine tous les symptômes généraux dont nous avons parlé. En troisième lieu, nous avons la période réactionnelle, qui succède à la période de dépression , et qui est renfermée dans des limites variables, suivant l'état des sujets , la nature du traitement mis en usage , etc. Tel est le résumé impartial qui nous semble offrir un tableau exact de ce qui se passe dans la nature , et qui doit servir de base au traitement de l'empoisonnement arsenical.
Traitement. — Lorsqu'on est appelé auprès d'un homme qui s'est empoisonné avec l'arsenic, on cherche avant tout à provoquer le vomissement. Mais ici se présente une première difficulté : si l'on donne de l'eau chaude comme moyen émétique , on dissout une plus grande quantité d'arsenic, et l'on en rend l'absorption plus facile : c'est ce qui est arrivé dans l'empoisonnement de Soufflard, chez qui tous les symptômes devinrent très-inten.ses dès qu'il eut avalé une grande quantité d'eau. Dans le mémoire intéressant qu'ils ont publié sur ce sujet(/?ecA. expériin. sur les oxyd. de fer considérés comme contre-poison de l'acide arsénieux-^'ya. Revue médicale, n°^ 5 et 6), MM. Sandras, Deville , Nonat el Guibourt, coQseilleut de gorger le
malade d'eau chaude chargée de quelques onces de peroxyde de fer, qui est le meilleur contre-poison que l'on connaisse del'acide arsénieux, ainsi que nous l'établirons plus loin. «L'eau tiède fait vomir, et le peroxyde de fer, qui s'y trouve en suspension, neutralise à mesure toutes les particules d'acide arsénieux qui sont en dissolution; on remplit de cette manière les deux indications principales de tout empoisonnement» (mém. cit., n° 6, p. 357). On peut aussi faciliter le vomissement en titillant la luette. Si l'on n'avait pas à sa disposition du peroxyde de fer, on pourrait faire boire de l'huile, qui ne dissout pas l'acide arsénieux.
Lorsqu'on a provoqué le vomissement, on administre l'antidote. Celui qui semble le plus sur dans son action est le peroxyde de fer (sesqui-oxyde). M. Bunzen fut le premier qui le proposa , en \ 834 , comme l'antidote de l'acide arsénieux; il fit, avec M. Berthold, des expériences assez nombreuses, desquelles il résulte que la combinaison de l'oxyde ferrique avec l'acide donne lieu à un arsénite de fer, qui , en raison de son insolubilité , même dans l'eau bouillante, a peu d'action sur l'économie. Il est inutile de rapporter ici les travaux multipliés qui ont été entrepris depuis cette époque pour déterminer l'efficacité de ce contrepoison ; nous mentionnerons seulement ceux que l'on doit à M. Orfila, Lesueur, Bouley jeune , Soubeiran , Miquel , Schultz, et aux médecins dont nous avons cité plus haut le mémoire. M. Bunsen veut qu'on se serve du peroxyde de fer hydraté humide , conservé à l'état gélatineux, sous l'eau; mais, outre la difficulté que l'on éprouve à se le procurer dans les pharmacies , et la perte de temps considérable qu'entraîne sa préparation (quatre ou cinq heures environ, suivant M. Guibourt, mémoire cité ; in Revue médicale, p. 1 81), il faut le faire prendre à des doses très-considérables. MM. Deville , Sandras , Guibourt et Nonat ont donc rendu un véritable service en montrant , par des expériences multipliées, et par des études chimiques , que l'on peut remplacer avantageusement le peroxyde de fer hydraté humide par le peroxyde de fer hydraté sec , que l'on connaît vulgairement sous le nom de sous-carbonate de fer des pharmacies, et qu'il est très-facile de trouver partout.
Le sel de fer décompose l'acide arsénieux, et en forme un arsénite de fer qui n'est point vénéneux par lui-même , mais qui peut le devenir lorsque les acides de l'estomac, le suc gastrique, l'acide lactique en particulier, remettent de l'acide arsénieux en liberté , en décomposant l'arséuile de fer ; il faut donc avoir soin de donner le sous-carbonate de fer en excès, et le porter à des doses assez considérables : il ne peut, d'ailleurs , exercer par lui-même aucune action fâcheuse sur l'économie. On suspendra dans vingtquatre onces d'eau quatre onces de peroxyde de fer hydraté sec (sous-carbonate de fer) , et ou fera preu-
EMP
KMP
drece mélange, par demi-verre , toutes les dix minutes. Lorsque les quatre onces seront ainsi consommées, si l'on redoute encore l'action de l'arsenic , on rendra une quantité égale du contre-poison. Les auteurs du mémoire auquel nous empruntoos ces détails vont jusqu'à dire qu'ils ne se croiraient à l'abri de tout danger que quand ils auraient Tait prendre au moins une demi-ouce de peroxyde de fer hydraté sec pour chaque grain d'acide arsénie-.ix supposé resté dans l'estomac.
Les cas dans lesquels on a reconnu l'efficacité du sel ferrique , les expériences tentées sur les animaux, et la lecture attentive des mémoires qui ont paru sur ce sujet, nous font une loi de recommander le souscarbonate de fer comaie l'antidote le plus sûr que nous connaissions de l'oxyde blanc d'arsenic. Ce n'est pas à dire pour cela qu'il ne manque jamais son effet. Lorsque le poison est en fragments volumineux, lorsque le sujet se refuse à boire la grande quantité de liquides que l'on est contraint de lui présenter, l'action neutralisante s'exerce difficilement ; quelquefois aussi l'absorptiou a déjà eu lieu , et c'est là une circonstance qui doit engager le praticien à ne pas perdre un seul instant, et à donner sur-le-champ le souscarbonate de fer à haute dose.
Avant la découverte du sel de fer, on ne possédait aucun antidote de l'arsenic On a cependant conseillé tour à tour, l'huile, le vinaigre, le charbon, vanté par Bertrand, qui ne le considérait pas, cependant, comme un vrai contre-poison (Bertraud, Manuel médico - légal des contre - poisons j, p. 1 36 , in-S*'; Paris, 1817); le lait, qui, par sa coagulation, enveloppe l'acide arsénieux , et l'entraîne avec les matières des vomissements ; les décoctions mucilagineuses, les infusions astringentes de noix de galle, et de quinquina (Ghansarel); l'eau de chaux coupée avec du lait, recommandée par Navier, par Guérin, de Mamers [Nouvelle toxicologie, p. 1 99, in-8"; Paris, 1826), et par beaucoup d'autres médecins qui en ont reconnu les bons effets ; les sulfures alcalins , et les eaux minérales sulfureuses (Guyton de Morveau); la magnésie.
Nous ne nous sommes occupés jusqu'ici que de remplir les deux premières indications de l'empoisonnement: l*' faire vomir le poison; 2" le neutraliser. Mais une fois que l'absorption s'est effectuée , une fois que les symptômes généraux se manifestent, quelle doit être la conduite du médecin? Nous ne devons pas le dissimuler, la réponse à cette question est difficile, soit que l'on consulte les auteurs qui ont écrit sur le traitement , soit que l'on cherche les règles de thérapeutique dans l'étude des faits particuliers. Nous avons fait remarquer précédemment que les uns pensent que les symptômes adynamiques réclament l'emploi des toûiques et des excitants ; ils ne craignent pas
de prescrire des potions alcoolisées, éthérées, une certaine quantité de vin , etc. D'autres, au contraire, n'hésitent pas à pratiquer une ou plusieurs saignées, et à mettre un certain nombre de sangsues à la région épigastrique , et sur le ventre.
Si l'on parcourt les ouvrages où l'on a donné quelque attention au traitement de l'empoisonnement, on est surpris des contradictions sans nombre qui existent entre les diverses prescriptions; il est même impossible d'arriver à quelques règles générales de thérapeutique. Nous croyons que le seul traitement efficace est celui qui est fondé sur l'appréciation des symptômes , et , par conséquent, sur l'état des fonctions : tout ce que l'on a établi d'absolu et de systématique à ce sujet ne nous paraît pas capable de soutenir un sérieux examen.
Christison veut que quand le poison a été expulsé de l'estomac, on remplisse les deux indications suivantes : 1" combattre l'inflammation du canal alimentaire; 2° relever les forces extrêmement abattues. Il admet que , dans quelques circonstances , les émissions sanguines ont réussi, et il en cite des exemples empruntés au Médical repository ( t. ix, p. 456), et au Médical and phys. journ. (t. xxix). Mais il proscrit la saignée avant que le poison ait été évacué de l'estomac, parce quelle en favorise l'absorption. Les émissions sanguines locales ne lui paraissent pas offrir de. grands avantages {A treatisc, etc., p. 323),
Quand les symptômes adynamiques sont très-prononcés, que la peau se refroidit, que le pouls faiblit, et devient imperceptible, qu'il existe de la stupeur et du spasme, il faut, sans plus tarder, recourir à une forte stimulation de tout le tégument externe à l'aide de frictions irritantes, de sinapismes très-énergiques, de corps fortement échauffés. On a prescrit les affusions d'eau froide sur la tête du malade , le corps étant plongé dans unbaintiède (^MvXtX^Des poisons consid. sous le rapport de lamédecine pratique, p. 50, in-8°; Paris, 1830). Les boissons chaudes et légèrement aromatiques ont paru utiles dans quelques circonstances ; les boissons vineuses et alcoolisées nous paraissent aussi devoir être employées.
L'application de sangsues en grand nombre, de cataplasmes émollients sur tout le creux de l'estomac, ou sur d'autres parties du ventre , est réclamée par les douleurs vives et par les phénomènes inflammatoires qui se développent plus tard : les déplétions sanguines locales sont utiles pendant la période de réaction; elles seraient nuisibles, et augmenteraient la faiblesse , si les malades étaient dans l'état adynamique que nous avons dépeint. Il faut, dans ce cas, se garder de faire perdre du sang, et chercher, au contraire, à relever les forces abattues.
Si le poison n'est pas encore absorbé, et que l'on puisse encore le neutraliser avec le sel de fer, on ne
EMP
EMP
doit pas pratiquer de saigfne'e générale ou locale, parce que l'on aciiverait l'alsoiplioa (mém. cit. de MM. Deville , Nonat , etc.)- H n'eu est plus de même , suivant quelques médecins, lorsque le poison a pénétré dans le sang, et qu'il circule avec ce liquide : on doit alors saigner le malade. Ces préceptes ne peuvent être suivis quand les forces sont abattues. Ils sont, du reste, formellement repoussés par d'autres auteurs, qui regardent la saignée comme funeste , et comme propre à accélérer la terminaison fatale ; d'ailleurs , l'état misérable du pouls, la faiblesse des battements du cœur, rendent quelquefois cette opération impossible.
Dans la troisième période de l'empoisonnement, lorsque le malade a résisté aux désordres locaux primitifs et aux phénomènes généraux , il reste encore à traiter les lésions secondaires qui surgissent vers l'estomac et l'intestin ; elles réclament souvent une médication active et purement antiphlogistique. Dans les cas où la sensibilité , la chaleur , les vomissements , la colique , la diarrhée , persisteraient ou prendraient une intensité nouvelle, on recourrait aux applications répétées de sangsues en un ou plusieurs points du ventre ; et si la réaction générale était vive , il ne faudrait pas craindre de faire tirer du sang par la veine. Les boissons mucilagineuses , les lavements émollients , la diète , et un régime sévère , continués pendant longtemps , sont les seuls moyens d'assurer la convalescence , et de mettre le malade à l'abri des rechutes auxquelles l'expose l'irritation sourde des intestins.
Pour achever de faire connaître les diverses médications que l'on peut mettre en usage dans Tempoisonnementpar l'acide arsénieux, nous allons mettre sous les yeux du lecteur le résumé d'une discussion à laquelle a donné lieu récetnment un rapport fait à l'Académie de médecine par une commission composée de MM. Amussat, Bouiilaud, Husson , Le Canu et Ollivier, d'Angers (séance du 31 juillet 1839). Il s'agissait de savoir: 1° si l'action de l'acide arsénieux est hyposthénisante; 2° si la saignée et les antiphiogisliques sont nuisibles ; 3" si les remèdes excitants diminuent , au contraire , ou dissipent les symptômes de l'empoisonnement. La commission est restée dans le doute, et ne' s'est point prononcée.
M. Rognetta, qui répondait par l'affirmative sur toutes ces questions, dont il avait demandé l'examen à l'Académie de médecine, a empêché ou beaucoup retardé la mort des animaux soumis à l'expérience, en leur administrant des substances stimulantes en trois temps: 1" 11 injecte dans l'estomac , puis dans l'intestin , un mélange composé de bouillon gras (% iv), de vin ordinaire (s xx) et de bonne eau -de -vie (g ij); si l'animal les rejette, on les réitère au bout d'un quart d'heure ; on peut y ajouter du laudanum ; il ■ ce faut pas laisser boire de l'eau. 2° Deux ou trois
heures après , nouvelles injections avec le même mélange. 3" Deux, trois, ou quatre heures plus tard, nouvelles injections avec le même mélange, mais moins alcoolisé. Les expériences du même médecin tendent à faire proscrire entièrement la saignée.
M. Orfila a conseillé l'emploi de la saignée , mais non dans tous les cas ni dans toutes les périodes de la maladie. Nons avons dit précédemment qu'elle était utile dans les cas où les symptômes de réaction et même de congestion inflammatoire sont manifestes. Dans la discussion qui s'est élevée au sujet du rapport de l'Académie, dont nous venons de parler, M. Orfila a parlé de dix-huit cas d'empoisonnement par l'acide arsénieux traités par la saignée, et il dit que, dans plusieurs, et non dans tous, celle-ci a été suivie d'une grande amélioration. Dans un cas arrivé récemment, ce moyen a été très-utile, et a dissipé la céphalalgie, les douleurs épigastriques , les battements de cœur violents qui étaient survenus. Un autre relevé des journaux anglais a fourni dix-neuf cas fort détaillés d'empoisonnement, dans lesquels les malades ont guéri après avoir été saignés; un seul a succombé. MM. Gasenave et Schedel ont eu occasion d'observer assez fréquemment, dans le service de M. Biett, les effets de l'acide arsénieux : ils ont vu souvent une réaction inflammatoire générale en suivre l'emploi , et forcer le médecin de recourir à la saignée. Nous avons eu soin de spécifier les cas où cette opération est nécessaire d'en poser les indications, et nous avons dit qu'elle convient surtout quand on voit paraître les symptômes de réaction générale dont parle M. Orfila ; seulement il ne faut pas les confondre avec les accidents purement nerveux qui peuvent aussi se montrer.
La poudre aux mouches est un composé d'arsenic métallique et d'acide arsénieux qui peut produire les mêmes accidents que l'acide arsénieux. Le sulfure jaune d'arsenic [orpiment) , le sulfure rouge (réalgar) j \es j'oudres et pâtes arsenicales du frère Cosme , de Rousselot , de Dubois , de Dupuftren, qui contiennent de l'oxyde blanc d'arsenic et du sulfure rouge de mercure; [^ acide arsenique j lesarsénites de potasse et de soude, de cuivre (vert de Schèele) , la teinture minérale de Fowler , les bonbons colorés en vert par l'arsénite de cuivre, sont des poisons dont les effets ne diffèrent pas de ceux provoqués par l'acide arsénieux. Nous n'avons rien à ajouter à ce qui a été dit à ce sujet; nous ferons seulement remarquer que le poison pénètre souvent dans l'économie par la surface cutanée , par une plaie , une excoriation , et que les symptômes restent les mêmes ; ce qui prouve que , parmi les phénomènes morbides dus à l'intoxication arsenicale, les principaux ne dépendent pas des altérations que l'on trouve dans l'intestin, mais des effets dynamiques résultant de l'absorption.
EMP
Du cuivre et de ses préparations. — Celles qui appellent surtout l'attenlion du médecin sont l'acétate de cuivre (^ vert-de-gris) , et le sulfate de cuivre (vitriol bleu). On donne souvent , dans le monde , le nom de vcrt-de-gris à tous les sels cuivreux bleus ou verts qui se forment sur les vases de cuivre , et qui dépendent de l'action exercée par les acides et les différentes substances que l'on emploie à la préparation des mets. Le cuivre parfaitement décapé n'est jamais vénéneux par lui-même , et ne le devient que par les oxydes ou les carbonates , qui se forment très-facilement. L'empoisonnement peut être provoqué l°par les oxydes de cuivre et les carbonates que l'on voit se déposer sur les vases de cuivre exposés au contict de Fair, malpropres ou non étamés; 2*^ par l'acétate, l'oxalate de cuivre qui peuvent se former pendant la cuisson des aliments. L'acétate de cuivre bibasique (verdet ou vert-de-gris du commerce), le sulfate (coupe-rose bleue) , et tous les composés et les divers mélanges dans lesquels entrent les sels de cuivre , sont très-vénéneux. M. Barruel , dans une note importante sur les inconvénients des vases de cuivre et de plomb employés à la préparation des aliments ( Annales d'hygiètie et de méd. lég. , t. xiY , p. 131 , 1835 ), a signalé les principales mesures qu'il convient de prendre pour remédier aux accidents qui surviennent tous les jours. L'ordonnance du préfet de police , en date du 23 juillet 1832, ne laisse plus rien à désirer sous ce rapport.
Nous devons encore rappeler que les symptômes de l'empoisonnement par le cuivre surviennent assez souvent lorsque l'on fait usage de cornichons , auxquels on a donné une belle couleur verte en les faisant bouillir , pendant cinq à dix minutes , dans une bassine en cuivre non étaraé, où l'on a versé du vinaigre. Ils contiennent , après cette opération , de l'acétate et du tartrate double de cuivre et de potasse (Barruel, mém. cit.). Les cas d'empoisonnements causés par cette préparation ne sont pas rares [yoy. Ballet, de thérap. ^ t. xi , p. 194 ). Les bonbons colorés par le cuivre produisent les mêmes accidents. On les a vus résulter de l'ingestion de certains aliments auxquels l'oxyde de cuivre était mêlé (oxyde de plomb et de cuivre dans une andouille ; rapport par MM. Gerardin et Barruel; in Ann. d'hyg. p. 84, t. x, 1833). L'introduction des particules cuivreuses se fait, non-seulement par la muqueuse intestinale , mais par les voies respiratoires en même temps ( Rapport sur les inconvénients qui peuvent résulter de l'emploi du cuivre dans la construction des cheminées ; Jnn. d'h/g. et de méd. lég., p. 317, t. xvi, 1836).
Sfmptômes. — Les expériences de MM. Orfila , Drouard, Smith et Postel, prouvent que les symptômes ordinaires de cet empoisonnement sont : des vomissements réitérés, douloureux, accompagnés de
237 — • EMP
mouvements convulsifs et d'abattement , de Texpulsion de matières vertes, porracées, qui ont presque toujours cette couleur, de coliques violentes, de selles fréquentes , et de gêne croissante de la respiration. Chez l'homme qui a mangé avec ses aliments un sel de cuivre, la marche des symptômes et la terminaison des accidents n'est pas toujours la même. M. Devergie a exposé avec soin les remarques qu'il a faites à cet égard (ouvr. cit. , p. 759). Dix à douze heures après le repas , céphalalgie , faiblesse des membres , crampes douloureuses , nausées , vomissements , coliques très-vives, tremblement des membres, sueurs copieuses, pouls inégal, fréquent. Si le vert-de-gris est pris en substance solide , ou en dissolution concentrée , on observe , quelques minutes après l'ingestion du poison , des coliques violentes , des vomissements de matières verdâtres, des déjections alvines copieuses , de la prostration , de l'altération des traits du visage, une saveur désagréable de vert-de-gris, un pouls petit, fréquent , des sueurs , de la dyspnée, de l'anxiété précordiale, des mouvements convulsifs , des syncopes, de la paralysie, l'insensibilité générale.
Drouard, dans sa dissertation inaugurale (Paris, an X), croit que les préparations cuivreuses concentrent leur action sur le conduit alimentaire. M. Bertrand pense qu'elles causent la mort par leur action immédiate sur le système nerveux, au moyen de l'absorption et de la circulation , ou des ramifications nerveuses qui lient l'estomac à tout l'organisme {Manuel médico'légal des poisons introduits dans l'estomac, etc., par Bertrand, p. 108, in-8"; Paris, 1817).
D'après les expériences de Wibmer , de Munich (JBuchners repertor. fur die pharmacie , t. xxn , p. 337 ), le cuivre ne serait retrouvé que dans le foie. Pyl rapporte que , dans les cas dont il a été témoin , la peau était jaune, la muqueuse verte et enflammée, le sang coagulé.
Dans les cas où la mort arrive promptement, on trouve des perforations intestinales (Portai); mais le plus ordinairement, il n'y a que de simples érosions, ou bien la muqueuse est rouge, enflammée ; une véritable gastro-entérite sur-aiguë s'est développée.
Traitement. — Lorsque le poison a été ingéré avec des aliments, on commence par provoquer le vomissement avec de l'eau tiède , et on fait boire ensuite une grande quantité d'eau chargée d'albumine, ou de l'eau sucrée. L'albumine a la propriété de décomposer les sels cuivreux , et de favoriser le vomissement. Si l'on est appelé à une époque où l'on a lieu de croire que le poison est déjà dans les intestins , et si l'irritation intestinale est médiocre, ou n'existe pas, on prescrit un purgatif huileux, l'huile de ricin et des lavements émoUients que nous conseillons de préparer avec l'albumine.
EMP
EMP
L'albumine et le sucre sout considére's généralement comme les vrais antidotes des sels de cuivre ; cependant les propriétés antivénéneuses du sucre sont contestées par quelques auteurs dignes de foi. Marcelin Duvalfutle premier qui proposa le sucre comme antidote. M. Orfila admit d'abord cette opinion comme vraie ; mais de nouvelles expériences lui firent bientôt conclure que les sels de cuivre , administrés en même temps que le contre-poison , produisent les mêmes lésions , et amènent la mort presque aussi promptement que s'ils avaient été donnés seuls. 11 propose de remplacer le sucre par l'albumine , parce qu'elle précipite le cuivre de ses dissolutions à l'état d'acide , et forme avec lui un composé insoluble et sans action nuisible sur l'économie.
Vogel prélendit également que le sucre n'exerce d'action chimique sur le vert-de-gris qu'à la température de Tébullition. M. Postel, au contraire , .soutint, d'après ses nombreuses expériences , que le sucre décompose le verdet et le vert-de-gris à la température ordinaire; que les sels sont réduits à l'état de protoxyde ; que les animaux auxquels on l'a fait prendre résistent plus longtemps , et que les lésions cadavériques sont moindres ; enfin que c'est un très-bon antidote , et qu'il compte beaucoup de succès ( Considérations toxicologiques sur l'emploi du sucre dans les empoisonnements par l'acétate de cuivre; in Journ. de pharmacie^ 3iOÙl 1832).
"Une fois que l'on a administré les vomitifs et combattu les effets du poison avec l'albumine ou le sucre, on s'occupe alors de modérer l'inflammation dont le tube digestif est souvent le siège , à l'aide d'applications émollienles sur le ventre , de boissons lactées , d'émulsions, de potions rendues sédatives par quelques préparations opiacées.
On a encore vanté comme contre-poison des sels de cuivre : le gluten pulvérulent délayé dans l'eau , l'infusion de noix de galle ( Sj dans une livre d'eau; Ghansarel), les sulfures de potasse, de soude ou de chaux ( Navier ) , les alcalis , la poudre et la décoction de charbon ( Bertrand ) , la limaille de fer (Milne Edwards), le suc de citron (Franck) ; mais l'albumine est encore la substance qui est regardée comme la plus efficace, et que l'on doit administrer après l'emploi des vomitifs (voy. Empoisonnement par l'acétate de cuivre ; in Revue médicale^ t. nr, 1829 ).
Préparations d'argent, et spécialement du nitrate {pierre infernale). — Ce dernier sel, introduit dans l'estomac, détermine tous les symptômes des poisons corrosifs les plus violents, réduit la muqueuse en bouillie, perfore les membranes; à plus faible dose , il attaque la muqueuse partiellement , et produitde petites eschares.
Le contre-poison qui décompose à rinstant même le
nitrate d'argent, est l'hydrochlorate de soude, ou sel de cuisine ; l'hydrochlorate de potasse , de magnésie, jouissent de la même propriété , et transforment le sel d'argent eu un chlorure insoluble. Le médecin appelé près d'un malade n'a donc autre chose à faire que de lui administrer trois à quatre cuillerées de sel de cuisine dans un verre d'eau ; l'emploi du vomitif serait au moins inutile avant l'administration de ce remède.
Préparations anfimoniales (émétique). — Parmi les composés d'antimoine qui peuvent provoquer des accidents toxiques , nous citerons l'émétique (tartrate antimonié de potasse ), le beurre d'antimoine ( chlorure d'antimoine ) , le deutoxyde d'antimoine ( acide antimonieux) , le peroxyde ( acide antimonique), le kermès minéral et le soufre doré (sulfure d'antimoine hydraté), le verre d'antimoine (oxyde d'antimoine sulfuré nitreux ) , la poudre d'antimoine ( oxy-chlorure d'antimoine). Le kermès et le soufre doré d'antimoine ne sont dangereux qu'à des doses très-élevées ; il en est de même du verre d'antimoine ; l'oxyde d'antimoine et l'antimoniate de potasse ne paraissent nuisibles que parce qu'ils contiennent très-souvent de l'arsenic ; l'antimoine diaphorétique non lavé cause aussi des accidents graves à cause de l'arséniate de potasse qui lui est uni. Nous nous occuperons plus particulièrement de l'empoisonnement par l'émétique.
Tartre stibié (émétique). — 11 est impossible de dire à quelles doses celte substance devient un poison pour l'homme. On en donne souvent un à deux gros dans l'espace de quelques jours sans qu'il en résulte d'inconvénient , pourvu que l'on commence par des doses assez faibles , et que la tolérance de l'estomac s'établisse.
On trouve après la mort des traces d'inflammation dans les poumons , l'estomac et le canal intestinal. M.Nagendie a vu, dans ses expériences sur les animaux, la mort résulter surtout de l'engouement et de l'hépatisation pulmonaires. On est donc porté à conclure, avec ce physiologiste, que l'émétique exerce principalement son action sur le canal intestinal et sur le poumon, et qu'il agit localement , et d'une manière plus générale ensuite, par absorption. Cette double action ne saurait être niée, puisque l'injection dans les veines d'une solution émétisée détermine des nausées, des vomissements , des déjections alvines , de la dyspnée , et une accélération notable du pouls , convulsion , délire furieux ( Récamier ). On peut encore mettre au nombre des lésions que provoque l'émétique , le gonflement , la rougeur des gencives , la salivation , et le développement de pseudo-membranes , ou diphtérite buccale ; sur la peau , surviennent des pustules larges, semblables à celles de la variole, ombiliquées, et laissant après elles des ulcérations ou des eschares plus ou moins profondes. Dans un cas dont parle M. Mutel
EMP
EMP
( Des poisons , ouvr. cité, p. 65 ), l'estomac était rouge , eulîauimé , la muqueuse offrait des taches irrégulières, d'un rouge-cerise sur un fond violacé; cestachesexistaientégalemeut dans le duodénum ; on découvrit un bouton blanc de la grosseur d'un pois, rempli de pus , entre la tunique musculaire et la séreuse de la fin du jéjunum ; sur le cœur, trois taches d'un rouge foncé. Chez un autre malade , qui avait pris quarante grains d'éuiéiique, outre les lésions précédentes , il existait de la rougeur et de l'opacité dans l'arachnoïde de la convexité , et un liquide séro-sangui noient entre les circonvolutions et à la base du cerveau.
Les sujets empoisonnés par celte substance éprouvent une saveur désagréable , des nausées, des vomissements, une contraction assez forte dans le conduit œsophagien et le pharynx , de la chaleur et de la douleur à Tépigastre , de la dyspnée , des évanouissements; le pouls est petit , serré ; une sueur visqueuse baigne la peau ; des coliques assez fortes et des évacuations alvines plus ou moins répétées surviennent. Traitement. — On administre d'abord une grande quantité d'eau tiède , et on provoque les vomissements à l'aide d'une barbe de plume, que l'on introduit dans le pharynx. M. Mutel pense que la première indication , si l'on était appelé à l'instant même où l'émétique est ingéré , serait de donner uue décoction aqueuse de quatre à cinq noix de galle , ou d'une once de quinquina en poudre , dans deux litres d'eau ( ouvr. cité , p. 66). Nous croyons qu'il serait encore préférable , dans ce cas , de chercher à exciter le vomissement. On pourrait , du reste , remplir cette indication en administrant la décoction précédente en grande quantité.
Les antidotes les plus sûrs sont les décoctions des substances riches en tannin, comme le quinquina, la noix de galle , l'écorce de chêne , de marronnier, de saule , de bistorte, de ratanhia , de cachou , etc. : le tannin transforme l'émétique en uae matière insoluble, qui est sans action sur les voies digeslives. Chaussier recommande l'usage de la magnésie ( Contre-poisons , etc., T^. 38).
M. Bertrand vante l'acide citrique ( suc de citron) comme ayant des propriétés antivénéneuses incontestables , et formant un citrate de potasse et un sel tartreux à base d'antimoine, mais c'est dans le cas où il existe des vomissements répétés ( Manuel médico-légal, etc., p. 203). 11 peut se faire , en effet, que l'on soit appelé auprès d'un malade chez lequel les vomissements sont continuels , et constituent un symptôme alarmant. On a conseillé dans ce cas , outre le suc de citron , la potion anti-émétique de Rivière, qui agit d'une manière analogue, quelques gouttes de laudanum de Sydenham, ou trois à quatre grains d'extrait aqueux d'opium, dans un verre de décoction
de racine de guimauve , d'eau de riz ou d'eau gommée ( Chaussier, Contre-poisons j, elc.j p. 38 ); le sirop diacode , la décoction de tête de pavot , remplissent le même but. On a encore recommandé les infusions de Colombo et des plantes amères, le nitrate de bismuth, et l'acide carbonique, que l'on peut faire dégager dans l'estomac avec vingt-quatre grains de sous-carbonate de potasse et une cuillerée de suc de citron dissous dans un verre d'eau froide et avalée rapidement.
Il se présente des cas dans lesquels le vomissement ne peut avoir lieu. 11 faut alors , après avoir tenté de le produire à l'aide des moyens indiqués plus haut , faire boire les infusions astringentes à hautes doses, sans craindre la phlegmasie de l'intestin. Il est quelquefois urgent d'introduire la pompe gastrique.
A une époque plus avancée de l'empoisonnement , on combattra la phlegmasie gastro-intestinale par les remèdes appropriés ; les cataplasmes , les fomentations , les applications de sangsues , les boissons mucilagineuses, les lavements émoUients, un régime assez sévère, l'usage du lait, constituent le traitement de la dernière période de l'empoisonnement.
Des ipécacuanha (émétine). — Le principe de ces substances végétales, qui jouissent de la propriété de faire vomir , a reçu le nom à' émétine (Pelletier , Magendie); il détermine les mêmes effets que le tartre stibié, quoiqu'à un degré moindre. Le canal alimentaire et les poumons des chiens auxquels on le fait prendre sont vivement enflammés (Mutel , ouvr. cit. , p. 241). M. Caventou a démontré que la décoction de noix de galle est le contre-poison de cet alcali végétal; toute autre substance tannante agirait avec la même efficacité. Dans un cas d'empoisonnement parla racine d'ipécacuanha , dont le docteur Frieger rapporte l'histoire, les accidents cessèrent par l'administration d'une décoction de feuilles à'ui'a ursi et d'extrait de ratanhia (Bust. magas., t. xxxn).
Préparations de bismuth. — L'empoisonnement ne peut avoir lieu qu'avec le nitrate acide de bismuth et le sous-nitrate. Celui-ci est connu sous le nom de magisier de bismuth ou blanc de fard. On le mêle quelquefois à la farine , à la crème de tartre , etc. Le premier, cristallisé, est beaucoup plus actif que le second ; il faut deux à trois gros de celui-ci pour produire les mêmes effets que ceux déterminés par le nitrate acide , à la dose d'un gros à un gros et demi (M.Orfila).
Chez les sujets qui succombent à cet empoisonnement , on trouve la muqueuse de l'estomac et du duodénum rouge , ou couverte de taches noires. Dans un cas fort intéressant , rapporté avec détail par le docteur Keruer de Weinsperg [Heildelb. klin. ann., t. v; et Archives gén, de méd.^ t. xxui, p. 434 , 1830), les amygdales, la luette, la gorge, l'épi-
EMP
EMP
glotte , la muqueuse du larynx , étaient rôug^es , gaag renées par place; l'œsophage n'offrait qu'une couleur livide, sans inflammation; Teslomac était phlogosé, à son grand cul-de-sac surtout, la muqueuse ramollie , le tube digestif phlogosé et gangrené par place, l'extrémité inférieure de la moelle enflammée , l'endocarde ventriculaire rouge , les poumons tachés de noir.
Suivant M. Orfila , l'inflammation de l'intestin produit une excitation sympathique sur le cerveau; le poison, cependant, peut être absorbé, et porter son action sur le cœur. Les symptômes observés sont : ardeur à la gorge , sentiment de brûlure en ce point , dysphagie, nausées , vomissements , enduit jaunâtre de la langue, constipation ou selles liquides, infectes, noirâtres (Kerner); colique, météorisme , face pâle, pouls petit, faible , iulermittent, puis accéléré ; peau brûlante, suppression des urines, dyspnée , vertiges, délire, assoupissement, mouvements couvulsifs; mort.
Le traitement consiste à faire boire de l'eau alburaineuse ou du lait , à provoquer l'expulsion du poison et à calmer l'irritation qu'il a déterminée par des moyens antiphlogistiques (Alph. Devergie, ouvr. cit., p. 776).
Préparations de fer. — Le sulfate, le sous-carbonate, le cyanure de fer, le (artrate de potasse et de fer, occasionnent rarement l'empoisonnement.
Préparations d'or. — L' hydrochlorate d'or, dont on se sert aujourd'hui pour combattre la maladie vénérienne et d'autres affections (scrofules), excite la sécrétion salivaire , et , suivant M. Orfila , la sécrétion cutanée et urinaire. A doses même assez petites , il est très-vénéneux, occasionne la fréquence du pouls, l'excitation des organes génitaux et de tout le système nerveux , la céphalalgie, la loquacité , le délire. A l'ouverture des cadavres , on trouve la muqueuse de l'estomac de couleur rosée , offrant çà et là plusieurs petits ulcères. Même traitement que pour l'acide arsénieux; pas d'antidote.
Préparations de zinc. — Le sulfate (couperose blanche, vitriol blanc) est essentiellement émétique, et peut être donné à assez hautes doses sans produire la mort; on avu des sujets en prendre jusqu'à deux onces. Ce sel détermine une saveur styptique , la constriction au pharynx , le refroidissement des extrémités , l'agitation du pouls , de la douleur et de la chaleur à Tépigastre, des vomissements , des selles fréquentes, la rétraction de l'abdomen. On provoquera d'abord le vomissement avec l'eau tiède, et on donnera ensuite l'albumine en dissolution dans de l'eau ou du lait. Ou a aussi conseillé l'usage du sulfate de potasse , du beurre et de la crème.
Préparations d'étain. — Le chlorure d'étain (hydrochlorate) détermine chez les animaux la rougeur des intestins ; quelquefois la muqueuse est noire,
durcie, et comme tannée, ou ulcérée, ecchymosée.
Les symptômes sont à peu près les mêmes que ceux de l'empoisonnement par les sels de zinc; il y a de plus des mouvements convulsifs des membres et de la face , quelquefois paralysie , et mort. L'infusion de noix de galle , la magnésie , le lait, l'albumine , les mucilagineux et les opiacés pour calmer les douleurs, tels sont les principaux remèdes de l'intoxication qui nous occupe.
Préparations de plomb. — Les oxydes de plomb (litharge, minium), le sous-carbonate de plomb (céruse , blanc de plomb) , l'acétate neutre de plomb (sel ou sucre de Saturne ) , le sous-acétate de plomb liquide (extrait de Saturne), le chromate, employé quelquefois poui- colorer en jaune des bonbons , sont des composés saturnins qui agissent fortement sur l'économie. Il ne peut être question ici de l'empoisonnement chronique par le plomb ; nous l'avons décrit ailleurs ( voyez Colique des peintres , t. n , et Plomb (malad. prod. par le).
A haute dose , les sels de plomb , l'acétate surtout , agissent comme les poisons corrosifs ; les altérations pathologiques sont semblables à celles qu'occasionnent ces derniers. Quelquefois , indépendamment de la rougeur que présente la muqueuse , on voit une couche d'un gris blanchâtre , provenant de la décomposition d'une partie de l'acétate par les fluides contenus dan.s l'estomac : elle est constituée par des grumeaux que l'on enlève aisément; au-dessous , la muqueuse est également d'un gris cendré.
Les symptômes notés par les auteurs sont : les nausées, les vomissements, le hoquet, une vive douleur à l'épigastre , des défaillances , de l'anxiété , des coliques atroces, de la constipation , la pâleur du visage , un cercle noir autour des yeux, lèvres livides et crispées, pouls faible, filiforme, abattement extrême, peau chaude et humide [Empois, par le sousacétate de plomb , hôpit. de Londres; in Gazette des hôpitaux , n° 8 , janvier, t. i , 1839). M. Bertrand , qui a eu occasion d'observer un empoisonnement mortel causé par l'ingestion d'une demi -once d'acétate de plomb liquide, dit avoir noté la tension et la dureté du pouls, le resserrement et la résistance des parois abdominales, la rétraction de l'ombilic, la contraction spasmodique du sphincter de l'anus , le vomissement continuel d'une bile jaune, verdâtre, d'une odeur infecte, la coloration plombée du visage. La femme qui fait le sujet de cette observation intéressante succomba au milieu d'angoisses épouvantables , au bout de quatre jours. L'autopsie ne put eu être faite (Manuel méd.'lég. ^elc, p. 124). L'empoisonnement aigu aurait, comme on peut le voir, plus d'un rapport, par ses effets sur l'économie, avec l'intoxication saturnine chronique. Ses effets peuvent être rapportés à trois ordres : 1° inflammation du ca-
EMP
EMP
nal alimentaire ; 2° spasme musculaire; S*' lésion du système nerveux caractérisée par l'apoplexie, et, le plus ordinairement , par des paralysies partielles et incomplètes (Ghristison,ouvr. cit., p. 489).
Traitement. — On peut commencer sur-le-champ par donner les contre-poisons , qui sont en grand nombre, et particulièrement les sels alcalins et les substances astringentes , tels que les sulfates de potasse, de soude , de magnésie , les carbonates des mêmes bases, l'albumine, qui doit être placée au premier rang; toutes les infusions et décoctions astringentes, de noix de galle , de quinquina , de roses rouges ; le thé, le lait, Teau de puits. On peut ensuite, lorsque l'on est sûr d'avoir décomposé tout le poison , prescrire les purgatifs et quelques narcotiques, qui agiront avec le même succès que dans la colique des peintres. Si une phlegmasie bien évidente existait déjà , on aurait seulement recours aux opiacés. Dans l'observation rapportée plus haut [Gaz. des hôp.) , M. Boyrensson injecta , au moyen de la pompe gastrique, une pinte environ d'infusion de rose , dans le but de décomposer le sel ; il retira ensuite tout le liquide , fit faire des fomentations chaudes aux jambes et aux pieds, et administra plusieurs doses de camphre etd'éther ; une heure après, on donna une once d'huile de ricin , qui fut suivie de selles abondantes.
Préparations de chrome , de molybdène , d'urane , de cérium', de manganèse ^ de nickel ^ de cobalt^ de platine , d'iridium, de rhodium, de palladium et d'osmium. — Elles ont été expérimentées par Gmelin sur les animaux ; elles n'ont pour le praticien aucun intérêt , aussi croyons-nous devoir les passer sous silence.
Mélanges de différentes substances vénéneuses. — Il est des cas d'empoisonnement qui peuvent causer au médecin un grand embarras : tels sont ceux dans lesquels il est appelé pour donner des soins à un individu qui a avalé plusieurs substances vénéneuses mélangées. Gomment agira-t-il dans cette circonstance? Supposons, par exemple, qu'il parvienne à savoir que le poison ingéré est un mélange d'acide arsénieux et de sublimé corrosif : doit-il donner en même temps le sous-carbonate de fer à haute dose , pour neutraliser l'acide arsénieux , et l'albumine ou le gluten de Taddée contre le sel de mercure? Sans doute cette conduite semble être la plus sage. Il faut , en règle générale, donner simultanément les deux antidotes , à moins qu'ils ne se décomposent mutuellement , ce qui les empêcherait d'agir convenablement. On ne trouve dans les livres aucunes règles propres à guider le praticien dans une conjoncture aussi difficile. Nous allons essayer d'en tracer quelques-unes , et de suppléer au silence des auteurs.
L'indication première est de faire vomir, et doit dominer toutes les autres. On commence donc par
administrer une grande quantité d'eau chaude. Dans le cas de mélange d'un poison avec l'acide arsénieux, ou unirait le contre-poison à l'eau, parce que, sans cette précaution, on dissoudrait l'acide arsénieux, et on favoriserait ainsi l'absorption. Mais l'indication de faire vomir est encore plus importante à observer dans les cas de mélange que lorsqu'il n'existe dans l'estomac qu'un seul poison.
Il faut être initié à l'étude des réactions chimiques pour savoir à quel état sont les deux ou trois poisons qui ont été ingérés. On comprend combien il est difficile de déterminer la nature du nouveau composé ; on donne, par exemple, du sublimé et de l'acide arsénieux: or, avant d'employer aucun remède, il faut savoir que l'acide arsénieux se transforme en acide arsenique , taudis que le mercure se trouve réduit à l'état de protochlorure d'abord , puis à l'état de mercure (M. Orfila, ouv. cit. , p. 262). Si on n'est pas prévenu de cette décomposition , on prescrira le sel de fer et l'albumine : or, le premier contre-poison est seul nécessaire , puisqu'il ne reste plus à neutraliser que l'acide arsenique , le calomélas n'ayant pas d'action vénéneuse immédiate. Nous avons choisi cet exemple pour montrer toutes les difficultés que l'on rencontre dans des cas semblables. Il en serait de même dans les empoisonnements par les autres mélanges , dont M. Orfila a donné des analyses exactes (p. 259 et suiv.). Il est aussi d'autres composés en proportions variables , qui peuvent être donnés dans des intentions coupables, et qui ne sauraient être indiqués à l'avance. Comment le médecin se comportera-t-il dans des cas semblables , lorsqu'il ne pourra connaître les réactions chimiques qui sont survenues ? Dans des conjonctures aussi difficiles , il faut s'attacher à combattre le poison le plus dangereux , et diriger contre lui l'antidote s'il en existe un; il est rare alors que le vomissement que l'on excite avant et après l'administration de l'antidote n'entraîne pas une partie de l'autre poison , décomposé ou non. On peut ensuite faire usage de l'antidote du second poison , si l'on craint qu'il ait échappé à l'action des premiers remèdes.
Les difficultés sont bien plus grandes encore si Ton est appelé lorsque déjà l'absorption des poisons a eu lieu , et que les symptômes généraux et réactionnels se sont manifestés. Ils se neutralisent quelquefois; mais, dans certains cas, tout en s'influençant d'une manière réciproque , ils marchent simultanément. C'est encore au médecin à décider quels sont les effets qui réclament plus spécialement son attention ; sous ce rapport , il est impossible de formuler des règles certaines et à l'avance.
Poisons irritants végétaux.
C'est à un traité complet de thérapeutique qu'il
EMP
ËMP
appartient de faire connaître tous les effets physiologiques et toxiques des raédican'.enls empruntés aux règaes véçélal , minéral et animal. Il ne peut entrer dans notre cadre de faire l'histoire thérapeutique de chacune des substances que nous allons successivement passer en revue. Irons-nous, par exemple, décrire minutieusement les effets des substances drastiques , de nature végétale , les propriétés de l'opium, de la belladone, etc.: ce serait empiéter évidemment sur les autres branches des connaissances médicales, et spécialement sur la thérapeutique.
Cette science , en effet , embrasse la description des effets physiologiques et toxiques des remèdes, leur emploi dans les maladies : or, l'empoisonnement n'est qu'un état morbide qui résulte de l'action exagérée d'une de ces substances; il rentre essentiellement sous le point de vue du traitement dans le domaine de la thérapeutique. Ces remarques étaient nécessaires, afin de montrer au lecteur dans quel esprit ont été rédigées les pages qui vont suivre.
Les poisons végétaux irritent la muqueuse de l'intestin , excitent le vomissement ; la diarrhée est un phénomène presque constant, ainsi que les coliques. Christison dit que le délire est excessivement rare, et que, lorsqu'il existe , il y a lieu de soupçonner la présence d'un poison narcotico-âcre. Les altérations pathologiques sont à peu près les mêmes ^ue dans l'empoisonnement par les corrosifs minéraux, et ne demandent pas une description séparée.
On donne le nom de poisons irritants aux végétaux qui ont une saveur acre et caustique , piquante, et qui , introduits dans l'intestin , y produisent l'inflammation et les accidents que l'on observe dans les empoisonnements par les corrosifs.
Symptômes. — Chaleur acre et brûlante dans la bouche , le pharynx et l'œsophage , se propageant à l'estomac et aux intestins , sentiment pénible de constriction à la gorge , soif insatiable , anorexie , nausées , douleurs épigastriques , vomissements bilieux , persistants , douloureux , quelquefois sanguinolents hoquets, coliques, météorisme, déjections alvines sanglantes , accompagnées de ténesme , anxiété , dyspnée , chaleur brûlante de la peau, sueurs froides, tremblement , trismus , convulsions , vertiges , assoupissement, délire , affaiblissement , pouls petit, serré, intermittent, pâleur, et altération des traits du visage , syncope , mort.
Traitement. — Le vomitif que l'on doit préférer est l'eau chaude simple, miellée, ou chargée d'albumine: nous ne croyons pas, cependant, que l'émétique doive être entièrement proscrit; l'infusion de café, le camphre en potion ou eu lavement , sont utiles pour combattre les effets généraux du poison ; les applications réfrigérantes , les af fusions froides , conviennent dans la période de collapsus; les frictions avec
l'eau-de-vie , le Uniment ammoniacal, le vin aromatî* que, produisent aussi de bons effets. Mais si l'inflammation se manifeste par des signes non douteux , on a recours aux applications de sangsues et à la saignée générale , non pas systématiquement, comme on l'a fait à tort dans tous les cas d'empoisonnement , mais en se laissant guider par les indications thérapeutiques, qui sont très-variables. Le praticien ne doit pas oublier que les substances que nous allons passer en revue irritent et enflamment violemment l'intestin, et que , dans la plupart des cas , on ne saurait trop insister sur les boissons émulsionnées , huileuses, mucilagineuses ou acidulés , sur les bains tièdes , les déplétions sanguines locales , et quelquefois générales.
La racine de hryone {hrjonia alba j ou dioicà) est un violent poison qui enflamme les tisssus qu'il touche , et produit une irritation sympathique du système nerveux. L'expulsion totale de la muqueuse du rectum eut lieu chez une femme qui prit en lavement une décoction concentrée de bryone (Mutel, ouvr. cit. ,p. 201 ).
Le vomissement à l'aide de l'eau chaude simple ou miellée , les lavements émollients , si la partie active de la substance a été introduite par lerectum, forment la base du traitement ; on donne ensuite plusieurs tasses de café , et , par intervalle, trois à quatregrains de camphre dans un jaune d'œuf ou dans une potion huileuse ; si le café est vomi , on le donne en lavement ( Mutel , p. 202 ).
Elaterium momordica. — L'extrait aqueux de cette plante, qui doit ses propriétés à Yélatérine, cause la mort du chien le plus robuste en un temps fort court , lorsqu'on en porte la dose à deux ou trois gros ( M. Orfîla , p. 265 ). Le fruit , de la grosseur d'une olive et de couleur jaunâtre , est doué de la même énergie que la plante.
La résine de jalap ( convolvulus jalappa ) , la pulpe de coloquinte [ cucumis colocynthis ) , sont suivis d'effets semblables. Le flux abondant qui s'établit dans l'intestin est un des phénomènes les plus constants de ces substances acres et irritantes : les matières sont quelquefois sanguinolentes (voy. trait, en général ). On a dit que le savon, uni à la résine de jalap, la privait de ses qualités acres et super-purgatives.
Les effets de h gomme-gutte (cambogia gutta)^ comme ceux de la résine de jalap , de coloquinte, de garou, paraissent dépendre plutôt de l'inflammation des organes et d'une irritation sympathique, quelquefois cependant de leur absorption.
Le garou ( daphne gnidium) détermine une inflammation très-vive et une irritation sympathique du système nerveux. Tout le traitement doit donc consister dans l'emploi des antiphlogistiques.
Un grand nombre de plantes , qui possèdent les
EMP
EMP
propriétés délétères des poisons acres et corrosifs , ne méritent pas une mention particulière; il nous suffira donc de nommer les unes, et d'accompagner les autres de quelques remarques fort courtes.
Le ricin ( ricinus communis , ou palma-christi) Vhuile de croton tiglium (Jatropha curcas) , le mancenillier ( hippomane manciiiilla ) , le suc de l'arbre , le fruit , les effluves qui se dégagent de l'arbre, sont vénéneux. On dit que son contre-poison est Témulsion de semence de nandhiroba ( Médecine légale de M. Devergie, t. ii, 2® partie, p. 736 ). On a aussi conseillé l'eau de mer, ou l'eau salée; mais les émétiques, les lavements, les boissons mucilagineuses , sont encore les remèdes les plus efficaces dans cet empoisonnement.
Les euphorbia, genre de plantes de la famille des euphorbiacées, et dont les e j^pèces sont très-nombreuses, fournissent un suc blanc laiteux, doué de propriétés acres et corrosives. Les espèces les plus connues sont: \eréyeû-mdLtm{euphorbiahelioscopia)^(im doit son nom à ce qu'il fait éprouver des démangeaisons trèsvives aux yeux lorsqu'on les a touchés avec son suc ; l'épurge (euphorbia lathyris) ^Y euplwrbia cyparissias, esula , pepulus , virosa , etc.
Symptômes. — Suffocation , douleurs épigastriques , vomituritions, vomissements, douleurs abdominales, déjections alvines, sanguinolentes, mouvements conyulsifs , agitation des membres pelviens, pouls petit , serré; abattement. Appliqué sur la peau , il la rougit , l'enflamme , y développe des vésicules, et agit comme les vésicants (voy. Traitement en général).
La chélidoine ( chelidonium majus ) est une plante de la famille des papavéracées , que l'on rencontre partout, et qui occasionne souvent des accidents. Le suc est d'une âcreté excessive , et ingéré en certaine quantité , il peut produire la mort.
Sabine ( junipera sabinus ). Employée en poudre ou en infusion, comme emménagogue et abortif , elle paraît agir sur le système nerveux et sur le rectum (M. Grfila, ouvr. cité, p. 309), Cockson trouva, chez une femme qui avait bu une forte infution de cette plante, qui détermina ainsi Favortement, une péritonite très - étendue , avec épanchement et fausse membrane , et une violente inflammation de l'estomac (ouvr. cit. de Christison ).
Staphisaigre {delphinium staphysagria). Son principe actif est la delphine , alcali nouveau trouvé par MM. Lassaigne et Feneulle dans les graines de cette plante.
Gratiole , herbe au pauvre homme ( gratiola ofûcinalis). Prise sous forme de lavements , elle exerce une action spéciale sur les organes de la génération , qu'elle excite fortement. M. Bouvier l'a vue déterminer la nymphomanie chez quatre femmes. MM. Mérat
et Delens rapportent chacun une observation semblable.
Rhus radicans et toxicodendron ( sumac vénéneux ) , variétés de la même plante. Il résulte des expériences de Lavini , de Fontana , et de M. Orfila , que la partie la plus active de cette plante se dégage à l'état de gaz lorsqu'elle ne reçoit pas les rayons directs du soleil ; que l'extrait aqueux , donné à l'intérieur, ou appliqué sur le tissu cellulaire , détermine une irritation locale suivie d'une inflammation plus ou moins intense , et une action stupéfiante sur le système nerveux , qu'il agit de la même manière lorsqu'il est injecté dans les veines.
Narcisse des prés ( narcissus pseudo-narcissus). L'extrait de cette plante est un poison irritant, à la dose de deux ou trois gros. M. Gaventou ne lui a trouvé aucune propriété vomitive (1816). M. Orfila lui attribue cet effet , et pense qu'il agit sur le système nerveux et sur la membrane interne de l'estomac.
Renoncule des prés [ranonculus acris ), etun grand nombre d'espèces du même genre , spécialement la renoncule scélérate , sont des poisons. Appliquées à l'extérieur, elles enflamment la peau , et finissent par détacher l'épiderme, et produire des ulcérations profondes. Introduites dans la bouche, elles l'enflamment, excorient sa membrane, la langue, provoquent des douleurs vives à l'estomac, des défaillances , de l'anxiété , et d'affreuses convulsions ( Mutel , ouvr. cit. , p. 227 ). Krapf dit que la renoncule scélérate fait éprouver des mouvements convulsifs dans le bas-ventre , une douleur brûlante et un resserrement le long de l'œsophage , la salivation , l'inflammation de la bouche, la perte du goût , l'agacement des dents, la rougeur, le saignement des gencives au moindre contact. Les anciens avaient aussi noté, après l'empoisonnement par une espèce de renoncule commune en Sardaigne, une sorte de rire convulsif qui reçut le nom de sardonique, en raison du lieu où croît la plante qui le produit. Krapf a neutralisé l'action délétère delà renoncule scélérate, qu'il s'était administrée à lui-même, par l'usage de l'acide oxalique.
Anémone pulsatille ( anémone pulsatilla ). L'anémone des prés ( an. nigricans ) , des bois ( an. nemorum) , etc. , les fleurs, la racine, l'extrait aqueux, agissent à la fois sur l'estomac, qu'elles enflamment, et sur le système nerveux, qu'elles stupéfient. Dans les cas d'empoisonnement par ces plantes, il faut avoir égard à cette double action : en même temps que l'on combat l'inflammation des intestins , on doit agir sur le système nerveux par une forte stimulation exercée à la périphérie cutanée , et par les affusions d'eau froide.
Rumex verticil/ata. — Dans un cas où l'empoi-
EMP
EMP
sonneaient eut lieu par les racines de ce végétal , on observa sur le jeune sujet qui en avait mangé, du malaise , des coliques , des éructations , des nausées, des vomissements , des selles copieuses et fétides , des e'tourdissements et des syncopes ; la face était agitée par des secousses convulsiv es, irrégulières, cataieptiformes , sueurs et refroidissement. L'administration de l'émétique amena la guérison.
Phftolacca decandra. Les symptômes offerts par deux enfants qui avaient mangé les racines de cette plante furent les suivants : nausées , vomituritions , pas de vomissements , constipation , météorisme , cécité , convulsions des membres. L'un deux mourut au bout de six heures, avec le trismus des mâchoires, et avec une contraction spasmodique de l'anus, telle, que l'on ne put administrer un lavement ; l'autre enfant guérit.
Sedum acre (joubarbe des toits). Le suc des feuilles et des tiges a une saveur acre et piquante, et laisse dans la bouche une impression brûlante ; il est fortement éraétique et purgatif à la dose d'une demionce à une once. Chez les animaux, les symptômes toxiques surviennent quand on leur donne ce suc à la dose de quatre onces et demie ( M. Orfila ). Nous pourrions encore parler d'un grand nombre d'autres végétaux qui agissent à la manière des poisons irritants ; il nous suffit d'en présenter une liste empruntée à la Toxicologie de M. Orfila. Les rhododendron chrfsanthum et ferrugineuin , la couronne impériale (/ni /'//« n'a imperialis ) ^ la pédiculaire des marais ( pedicularis palusiris ) , le cyclamen europœum , le plumbago europœa , la scammonée i^convolvulus scammonea)^ les cerbera ahovaï et manghas , les cynanchum erectum et vimiale , les lobelia longijlora et syphilitica, les apocynum androsœmifolium , cannabinum et venetum, les asclepias gigantea et vincetoxicum ^ Vhydrocotile vulgiirisj les clematis vilalba, Jlammula recta et integrifoUa, le pasiinacca sativa annosa, les selantus qaadragonus , forskalii et glandulosus , les arum maculatum , esculentum , seguinum, dracunculus , dracontium , virginicum , colocasia et arborescens, le calla palustris.
La créosote (àe x^zolç, c/iair^ et a(ùZ,(ù,Je conserve) est un liquide oléagineux, colorée en jaune brunâtre ou incolore , d'une odeur qui rappelle celle de la viande fumée, ou plutôt du goudron,se dissolvant faiblement dans l'eau, très-soluble , au contraire, dans l'acide acétique , l'éther et l'alcool. Les expériences faites par M. Miguel sur des chiens montrent que cette substance exerce une vive inflammation dans les tissus qu'elle touche , et qu'elle produit des accidents fort graves, étourdissements, vertiges, regard fixe, engourdissement des sens, dyspnée , formation de mucosités filantes , épaisses, bave spumeuse autour de la
gueule, frémissement dans les membres, convulsions, et mort ( Recherches chimiques sur la créosote ; Paris , 1 834 ). M. Alph. Devergie croit que cette substance doit être rangée au nombre des matières végétales irritantes ( ouvr, cit. , p. 792 ).
Cantharides. Les cantharides doivent leurs propriétés vénéneuses à un principe volatil et huileux d'une odeur nauséabonde, qui est, suivant M. Orfila, le principe toxique des cantharides. Une autre matière blanche , insoluble dans l'eau et l'alcool froid , soluble dans l'alcool chaud , l'éther et les huiles, a été découverte par M. Robiqueî, qui lui a donné le nom de cantharidine (1810). La poudre, la teinture éthérée ou alcoolique de cantharides, seules ou mêlées à des aliments, à du chocolat, par exemple (Barruel, Annales d'Iifgiène et de médecine légale , t. xui , p. 455 ; ann. 1 835 ) , sont les préparations dont on se sert le plus fréquemment. Ce poison peut aussi déterminer des accidents graves, et la mort , lorsqu'il est appliqué à la surface de la peau et absorbé. 11 faut encore se rappeler que le véhicule qui sert à l'introduire dans l'économie , peut ajouter à sa force ou en diminuer les effets ; quand il est mêlé à l'huile , il possède des propriétés plus délétères que quand il est donné dans l'eau ou dans l'alcool. Giacomini attribue cette différence à l'action hypersthénisante de l'alcool, qui contrebalance çu détruit les effets hyposthénisants de la cantharide ( Faits clin, relatijs à la vertu, thérapeutique de la cantharide, et aux véritables antidotes de cette substance ; in Gazette des hôpitaux, n" 94, t. xn, p. 375; 1838 ). Nous croyons qu'on peut tout aussi bien l'expliquer par la propriété que possède l'huile de dissoudre la cantharidine.
Altérations pathologiques. — A l'ouverture des cadavres, on trouve la bouche et la langue dépouillées de leur épiderme , quelquefois la muqueuse de l'œsophage entièrementdétachée {Empoisonnement par la cantharide en poudre , par M. Rouquayrol ; in Refuc médicale, p. 109 ; 1830), l'estomac rouge, ecchymose, ulcéré , mamelonné ; les vaisseaux trèscongestionnés ; le cerveau , les cavités droites du cœur, les uretères, et toute la muqueuse génito-urinaire, sont gorgés de sang; quelquefois il existe une inflammation très-marquée de la vessie et des organes génitaux ; le pénis est aussi gangrené dans quelques cas. Lorsque la cantharide a été appliquée à l'extérieur , et portée dans le torrent circulatoire par l'absorption, le tube digestif est parfaitement sain, et alors les organes génito-urinaires sont seuls malades. Cette dernière lésion n'est pas constante , et , pour qu'elle ait lieu , il faut que la mort ne survienne que trois ou quatre jours aprjès l'empoisonnement. On a attribué la phlogose vésicale et rénale à l'irritation directe qu'excitent sur ces organes les particules de poison qui , sécrétées par les reins , passent dans
EMP
les urines. Les symptômes inflammatoires que l'on voit naître vers l'appareil génito-uriuaire n'ont pas d'autre origine, suivant les contro-stimulistes. On a trouvé quelquefois le poumon engoué par une sérosité rougeàtre. Dans un cas où fut pratiquée une saignée, le sang n'a point présenté de couenne ( Empoisonnement de trois nègres par les canlharides , par Maxwel ; in Gazette des hôpitaux , n» 92 ).
Symptômes. — Lorsque la poudre de cantharide a été introduite par la bouche , elle cause une odeur nauséabonde et infecte, une saveur acre et désagréable, une soif ardente , quelquefois de l'hydrophobie, de la dysphagie, Ati nausées , des vomissements abondants, des douleurs vives à lépigastre , coliques affreuses , douleurs dans les hypochondres, déjections copieuses, souvent sanguinolentes , ardeurs à la vessie et à l'urèthre, strangurie, urines quelquefois sanguinolentes, rendues en petite quantité , et souvent fréquence et dureté du pouls. Dans les expériences faites par Giacominisur six élèves, le pouls éprouva un ralentissement très-notable [Faits cliniques , etc. , déjà cité, Gazette des hôpitaux.^ n" 93, p. 373 ; 1838); difficulté de respirer , respiration libre chez d'autres, crachotements de matières écumeuses, quelquefois sanguinolentes, comme dans les observations rapportées par Maxwel (^()/>/<. indiens.; Gaz. des hôp., n^ 92 , t. xu , p. 388 ; 1838); délire , convulsions , tétanos. Suivant Giacomini , il y aurait affaiblissement extrême , prostration , visage pâle , figure décomposée, hébétude , intelligence lourde, vertiges, lipothymies , refroidissement des extrémités. Le priapisme et une vive excitation des organes génitaux ont été considérés par la plupart des auteurs comme un effet ordinaire de l'intoxication par les cantharides ; le priapisme manque cependant assez souvent.
Action sur l'économie. — M. Barbier distingue, dans les effets des canlharides : 1 ° une action locale , qui consiste en une phlogose très-prononcée; 2° une action générale de nature évidemment stimulante , et attestée par l'excitation de tous les organes ( Traité élémentaire de matière médicale j t. m , p. 590 , in-8°; Paris, 1830 ). M. Orfila considère ce poison comme propre à déterminer une vive inflammation dans les parties qu'il touche , et une action marquée sur le système nerveux , à laquelle il faut attribuer la mort ; il agit , en outre , sur la vessie et les organes génitourinaires, qu'il enflamme, ainsi que le prouvent les altérations rencontrées après la mort et les symptômes observés pendant la vie ( ouvr. cit. , p. 327 ).
Une doctrine tout à fait opposée a été soutenue parGiulo, Lanzoni, Borda, Rasori , Giacomini , et tous ceux qui ont rangé la cantharide parmi les substances capables d'abaisser la vitalité des organes au-dessous de son type normal. Giacomini prétend que la cantharide, loin d'être un stimulant énergique,
est un hyposthénisant ou contro-stimulant qui affaiblit l'action vitale, particulièrement du cœur et du système artériel, et qu'elle en exerce une locale ou physico-chimique diamétralement opposée. Aussi Borda, Rasori, n'ont pas craint de traiter la pneumonie par les cantharides à haute dose, et sans autres remèdes; Brown , lui-même , n'avait pas plus d'audace. Les contro-stimulistes refusent à la cantharide les propriétés aphrodisiaques qu'on lui attribue communément, et ils ne manquent pas de faits pour appuyer leur assertion. Suivant eux, loin d'exciter au coït, elle énerve et produit l'impuissance ; mais comme ils ne peuvent révoquer en doute les nombreux cas d'empoisonnement dans lesquels le priapisme a lieu, ils l'expliquent, comme nous l'avons dit, par l'irritation des voies génito-urinaires.
Traitement. — Deux traitements opposés résultent inévitablement de ces deux doctrines: l'un consiste dans l'emploi des antiphlogisliques, de la saignée , des boissons émoUienles , etc. ; dans l'autre on cherche , au contraire , à stimuler l'économie par le vin , l'alcool , etc. Ce qui nous semble le plus utile dans cet empoisonnement comme dans les autres, c'est d'asseoir le traitement sur des indications thérapeutiques.
l*' Souvent les cantharides sont mêlées à des substances alimentaires , à des boissons de nature diverse destinées à faire sortir les sujets de l'état d'impuissance où ils sont par les progrès de l'âge ou par toute autre cause. On commencera donc par faire vomir le malade avec l'eau chaude ou un grain d'émétique , si on ne peut provoquer le vomissement d'une autre manière. Une fois l'estomac débarrassé des substances qu'il contient, on administre des décoctions de guimauve , de graine de lin , la .solution de gomme arabique, le lait, l'émulsion d'amandes, l'huile d'olives. On a voulu proscrire ce dernier liquide, parce qu'il dissout la partie active du poison , et qu'il doit dès lors accroître les accidents ; mais cette dernière vue théorique est formellement contredite par les bons effets que l'on a souvent retirés de l'administration de l'huile. Ghristison la regarde comme nuisible : les lavements émollients souvent répétés ne doivent pas non plus être négligés.
2" Combattre les effets généraux. La saignée a été souvent mise en usage pour faire cesser les symptômes généraux ; elle est suivie de succès lorsque la chaleur fébrile, la douleur abdominale, la gêne de la respiration, la congestion du visage et l'agitation sont extrêmes : les saignées locales, faites sur différents points de l'abdomen , les bains tièdes , les boissons émoUientes et les lavements émollients , doivent être mis eu usage pendant cette période. Ghristison recommande le bain tiède (p. 538).
Le docteur Giulo dit avoir donné avec succès , dans
EMP
lin cas d'empoisonnement, l'ammoniaque et le laudanum, qui n'onl pas lardé à dissiper tous les symptôme.-:. Lanzoni a administré ég-alement avec avant.ige le laudanum. Dans les expériences tentées par Giacomi ni sur six élèves, il rapporte avoir observé la diminution et la cessation des phénomènes les plus graves, dès qu'il leur eut fait prendre du vin de Malaga par cuillerées, à assez fortes doses, ou du rum: c'est ce qui lui a fait conclure que les véritables antidotes dynamiques de ce poison sont l'ammoniaque, les alcooliques, le vin, l'éther, etc. L'opium, le laudanum étant aussi des stimulants pour les contro-stimulistes , ils les ont prescrits , dans le but de remédier à l'affaiblissement. Nous les croyons utiles, lorsqu'ils sont associés au camphre.
3" Traitement des divers accidents de l'intoxication par les cantharides. La phlegmasie des intestins et les symptômes qui en résultent, comme la douleur, les coliques, la soif, le dévoieraent, doivent être combattus par des applications émoUientes , des fomentations sur l'abdomen, par des sangsues, dont on fait couler les piqûres; on les met sur le bas- ventre et aux environs des organes génitaux, lorsqu'on veut diminuer l'inflammation et le ténesme vésical. C'est dans des cas semblables que les grands bains, les bains de siège, les lavements émoUients, sont d'un grand secours; ils réussissent très-bien à calmer les accidents.
Le camphre a été souvent employé dans cet empoisonnement, pour neutraliser les symptômes nerveux et les phénomènes morbides survenus dans l'appareil génito-urinaire , le priapisme , et la dysurie spécialement. Les uns l'ont regardé presque comme un spécifique, les autres lui refusent toute vertu anti-aphrodisiaque. M. Devergie rapporte un cas où il s'est bien trouvé de son emploi (ouvr. cit., p. 800 ). Lorsqu'on l'administre aux malades , on le fait prendre à l'intérieur, en lavement ou en potion ; on y joint dans ce dernier cas, une certaine quantité d'opium ou de laudanum; on frictionne en même temps le périnée, l'hypogastre, la partie interne des cuisses, avec de l'alcool camphré, ou avec un liniment auquel on ajoute du laudanum. Bertrand conseille le liniment de Kié- .ser : huile de térébenthine, demi-once ; jaune d'œuf, deux gros ; eau de menthe poivrée, six onces ( Manuel de méd. lég., etc., p. 206 ). Dans un cas d'empoisonnement causé par une demi-once de poudre de cantharides , et non suivi de mort , on employa avec succès les mucilagineux , le lait , et des pilules camphrées et nitrées [Revue médicale , t. m, p. 400 ). M. Maxwel prescrivit à ses malades une infusion d'hibiscus esculentus en tisane , et un lavement composé avec cette infusion et l'huile de ricin (obs. déjà cit.).
Les moules , et d'autres coquillages employés comme aliments , font naître parfois tous les symptô-
mes de l'empoisonnement : un préjugé vulgaire l'attribue à la présence de petits animaux appelés crabes^ qui se trouvent dans les moules, particulièrement l'hiver. Quelques écrivains pensent que ces accidents dépendent d'une altération putride semblable à celle que subissent certains poissons; d'autres à une simple idiosyncrasie des individus , parmi lesquels il en est qui ne peuvent en manger une seule fois sans voir se reproduire les mêmes symptômes. Enfin , on en a cherché la cause dans les altérations que subissent les vases de cuivre pendant la cuisson , ou dans une matière nuisible que l'on appelle crasse , et qui forme souvent une écume jaunâtre à la surface de la mer (Lamouroux).
Dans un cas fort remarquable, rapporté par M. Bedor, l'empoisonnement par les moules parut tenir aux particules cuivreuses que contenaient ces animaux. Ils avaient été arrachés de la quille d'un vieux navire doublé en cuivre , et on les avait vendus sur le marché ; presque tous les habitants qui en mangèrent furent pris des symptômes d'empoisonnement ( Sur l'empoisonnement par les moules ; in Gazette médicale, 4 février 1837). M. Bouchardat s'est assuré que les moules , même lorsqu'elles n'ont pas été cuites dans des vases contenant du cuivre , en renfermaient une quantité très-notable ( Gazette médicale, p. 320, 1835).
La mort survient rarement par le seul fait de l'intoxication par les moules. Dans le cas où telle est l'issue delà maladie, l'estomac et l'intestin présentent des traces de phlogose; mais la nature des symptômes donne lieu de croire que la principale action du poison s'exerce sur le système nerveux : en effet , on observe chez les individus qui succombent, le délire, le refroidissement des extrémités, des soubresauts des tendons , un affaiblissement extrême du pouls , des syncopes , et la mort. Dans les cas les plus ordinaires, les symptômes ont moins d'intensité; trois ou quatre heures après le repas , il survient du malaise , un sentiment de poids à l'épigastre , des nausées , des vomissements , de la soif ; la respiration est gênée , pénible et comme convulsive ; anxiété précordiale, démangeaison à la peau du visage ou de tout le corps, qui se tuméfie et devient le siège d'une éruption érythémateuse , d'urticaire ou de pustule.
Le traitement consiste à évacuer les matières contenues dans l'intestin , à l'aide d'un vomitif, et à agir ensuite sur le système nerveux , en administrant une potion éthérée ( 5 ij à iv) ou alcoolisée, une certaine quantité de rum ou d'eau-de-vie, de l'eau vinaigrée. Si les symptômes sont modérés , on prescrit une boisson acidulé , l'eau vinaigrée ou le suc de citron , et on s'occupe plus tard de combattre l'irritation développée dans l'intestin, par des applications émoUien-
EMP
tes. Les bains tièdes sont aussi employés par plusieurs médecins, dès le début de l'affection.
Il est encore des poissons dont les auteurs ont donné une longue liste, et dont la chair est aussi vénéneuse que la moule. Le traitement est le même ; nous rappellerons seulement que les poissons réputés indigestes occasionnent des accidents, soit parce qu'ils se laissent difficilement attaquer par les estomacs un peu faibles, soit parce que, en vertu de quelque idiosyncrasie , ils excitent une action spéciale sur la muqueuse de l'estomac, soit enfin parce qu'ils s'altèrent promptement.
Ferre et émail en poudre. — Les fables les plus étranges ont été débitées sur Tempoisonnement parle verre en poudre , que beaucoup de personnes regardent comme très-vénéneux.; sa seule action est d'irriter mécaniquement les parois de l'intestin. Mahon , Portai, Gmelin, Meltzger, Fodéré, citent des exemples de morts subites causées par l'ingestion de verre pilé. Dans ces cas , qui sont beaucoup plus rares qu'on ne l'a dit, les fragments de verre blessent les parois de l'estomac , et déterminent des accidents inflammatoires. Si l'on était appelé dans un cas semblable , et .si l'on avait lieu de croire que les morceaux sont assez considérables, on ferait manger une grande quantité de pommes de terre , de haricots , de pois , de choux, de mie de pain , ou d'aliments du même genre. Ghaussier veut alors que l'on provoque le vomissement, en faisant boire de l'huile ( Contre-poisons , p. 163). Nous croyons qu'il y a moins d'inconvénients à laisser cheminer lentement le corps étranger à travers l'intestin. Dans le cas oti le verre serait en poudre , on pourrait prescrire sur-le-champ le vomitif , sans faire manger le malade. On calmerait ensuite l'irritation intestinale par les moyens ordinaires.
Chap. il — Poisons narcotiques.
Généralités. — Les poisons narcotiques sont des agents doués de la faculté d'agir primitivement sur le système nerveux, et sur le cerveau en particulier (M. Orfila). Leur principal effet est d'engourdir la sensibilité , et de déterminer de la céphalalgie , des vertiges , de l'assoupissement , de la somnolence , une sorte d'ivresse, un délire gai ou furieux, la stupeur, des douleurs souvent très-vives , la dilatation , la contraction des pupilles , qui peuvent même rester naturelles , l'anesthésie complète ou incomplète , des nausées , des vomissements , la plénitude , la force et la fréquence du pouls , des mouvements convulsifs généraux ou partiels , la paralysie des membres, et fréquemment celle des membres abdominaux , le coma.
Les altérations cadavériques les plus communes sont, l'injection des vaisseaux du cerveau et des méninges , la congestion pulmonaire et des principaux viscères. Le sang conserve souvent sa fluidité, et la muqueuse intestinale reste intacte dans toute son éten-
247 — EMP
due. De plus longues généralités sur les narcotiques seraient inutiles, puisque nous devons examiner chacun d'eux en particulier, et que les lésions varient beaucoup. On trouvera tous les détails nécessaires dans le chapitre consacrée l'empoisonnement par l'opium.
Traitement. Voyez Opium.
Opium et ses composés. — Cette substance estle suc épaissi des capsules du pavot hX'èSiÇ.^pa paver somniferum). Il renferme vingt substances environ , que les chimistes ont isolées , parmi lesquelles il en est un certain nombre qui sont en usage dans la thérapeutique; nous citerons entre autres : 1° la morphine, alcali végétal qui , combiné aux acides acétique et hydrochlorique , forme des sels souvent employés ; 2° la codéine, alcali découvert par M. Robiquet; 3° la méconine ; 4" la narcotine ; 5° la narcéine ; 6° la thébaïne ou paramorphine ; 7" la pseudo-morphine ; il y a , en outre , d'autres préparations d'opium , telles que le laudanum de Sydenham et de Rousseau, le sirop de pavot , diacode , etc. Nous étudierons surtout les composés dont on se sert habituellement en thérapeutique. Du reste , l'empoisonnement par l'opium et par les sels de morphine offrant peu de différence , nous réunissons leur histoire, pour éviter des redites. On a attribué les propriétés toxiques de l'opium à un sel de morphine , à la narcotine , ou plutôt à l'action combinée de ces deux substances (M. Orfila, p. 868). On a aussi prétendu que la narcotine est le principe excitant, et la morphine le principe narcotique de l'opium (MM. Robiquet et Magendie). Les discussions qui se sont engagées sur ce point de l'histoire chimique de l'opium nous paraissent fort importantes en thérapeutique pure ; mais nous devons les passer ici sous silence. Ce qu'il faut surtout noter dans l'étude pratique de l'empoisonnement , ce sont les effets et l'action toxique de l'opium sur l'économie , afin d'en déduire le traitement de l'empoisonnement.
On ne sait pas précisément quelle est la quantité d'opium nécessaire pour produire la mort. Pyli'a vue survenir chez un sujet qui en avait pris soixante grains ; Lassus , trente-six ; Wildberg, quarante grains ; le docteur Paris a été jusqu'à dire que quatre grains suffisent pour causer la mort. Christison a vu un jeune homme qui avait pris quatre grains et demi d'opium avec neuf grains de camphre, et qui succomba au bout de vingt-neuf heures (ouvr. cité, 624). Sundeling fait observer que , chez les enfants , les moindres doses agissent avec une grande activité. Les ouvrages sont remplis de faits qui viennent à l'appui de cette opinion. Simson a vu un enfant de quatre mois mourir pour avoir pris trois gouttes de laudanum dans une potion (M. Christison, p. 625). On a dit que l'opium agit plus énergiquement lorsqu'il est introduit par le rectum; mais cette proposition est fort contestable : l'absorption se fait d'uue manière
EMP
plus active par la peau dénudée de son épiderme.
yiltémtions pathologiques produites par l'opium et ses divers composés ( sels de morphine , laudanum , etc.). — Engorgement des vaisseaux cérébraux , de la pie-mère , injection de la substance cérébrale parsemée de gouttelettes de sang qui se montrent quand on pratique une coupe dans la pulpe nerveuse , séiosité dans les ventricules , congestion trèsmarquée des principaux viscères: 1° des poumons, qui sont denses, serrés, peu crépitants , rouges ou violets, imbibes d'une sérosité sanguinolente; 2" du cœur, qui est flasque; 3° des gros vaisseaux veineux remplis d'un sang noir, liquide; 4° des reins, des fosses nasales, et du tube digestif (M. Desportes). On a trouvé de l'acétate de morphine dans le sang d'un animal , dix minutes après l'avoir injecté dans ses vaisseaux. La rougeur de l'estomac et de l'intestin peut tenir à une injection passive /?osi mortem; elle indique Irès-rarement une phlegmasie. Suivant M. 0rfila, les congestions pulmonaires constituent la lésion la plus constante de l'empoisonnement par l'opium.
Symptômes. — Blalgré le nombre considérable des travaux entrepris sur les effets thérapeutiques et toxiques de l'opium , son histoire est restée , jusque dans ces derniers temps, environnée d'obscurités. Plusieurs causes ont produit ce résultat : la première tient à ce que la plupart des observateurs n'ont pas étudié les effets des poisons dans toutes leurs phases. Nous l'avons déjà dit , et nous devons le répéter encore, on a trop souvent oublié que l'empoisonnement est une véritable maladie accidentellement développée, qui a , comme toutes les autres , une marche soumise à des variations assez grandes, et qui dépendent de plusieurs circonstances que nous avons fait connaître; elles amènent dans les symptômes, la marche et le traitement des différences assez grandes dont il faut être prévenu. C'est là précisément ce qui a lieu pour l'opium : en effet , suivant que cette substance est donnée à hautes ou à petites doses , d'une manière continue, ou par intervalles, suivant qu'on en étudie les effets à telle ou telle période de l'empoisonnement, l'on trouve des changements assez nombreux. Commençons d'abord par décrire les effets de l'opium , lorsqu'ils sont encore renfermés dans les bornes de l'action physiologique ; nous passerons ensuite à l'étude des effets toxiques.
Effets physiologiques. — Quand on donne par la bouche, ou que l'on fait pénétrer dans le sang, par la méthode endermique , un sel de morphine , on observe, suivant MM. Trousseau et Pidoux, une soif assez vive qui se manifeste d'une manière constante , et très-rapidement , si le sel narcotique est appliqué sur la peau ( Traité de thérapeutique et de matière médicale^ t. i,p. 130,in-8'', 1836; Paris). La sécrétion salivaire diminue ou tarit momentanément , et
— 248 — EMP
la bouche et la gorge se sèchent ; quelquefois , au contraire , il y a ptyalisme. Les malades ont du dégoût pour les aliments , tant que durent les accidents nerveux ; quand ils sont dissipés, l'appétit se prononce. Si le narcotique est donné par la bouche , les vomissements surviennent dès le début , sont remplacés ensuite par de simples nausées , qui cessent entièrement. Parla méthode endermique, les vomissements n'arrivent que le second ou le troisième jour ; ils sont trois fois plus fréquents chez les femmes et les sujets nerveux que chez l'homme et les sujets d'une constitution sanguine, ce qui est le contraire de ce que l'on avait dit pour ces derniers : nausées , dégoût et malaise presque constants , constipation et diarrhée. Le premier symptôme se montre quand l'opium a été introduit par la peau : donné par la bouche, la diarrhée succède à la constipation ; du reste , les vomissements n'en continuent pas moins, malgré la diarrhée; les urines sont ordinairement plus rares, rendues avec difficulté, surtout par les hommes. Cette mixtion difficile s'observe aussi chez les femmes ; RL Bally a prétendu le contraire. La sueur ruisselle sur toute la peau , une heure ou deux après l'administration du narcotique ; elle est peu abondante , si les urines coulent en grande quantité. On a aussi noté comme des symptômes constants : 1° la démangeaison , le prurit insupportable qui se montre sur la peau de tout le corps ou de certaines régions ; 2° l'éruption de prurigo , d'urticaire ou d'eczéma. Les règles coulent avec plus d'abondance ou prématurément; la peau est chaude , colorée, le pouls accéléré, ainsi que les mouvements de la respiration. M. Bally, dans son mémoire sur les sels de morphine ( Mémoire de l' Académie de médecine^ t. i, 1828), dit que le pouls et les mouvements du thorax se ralentissent. MM. Trousseau et Pidoux ont constamment vu , à une seule exception près, les pupilles contractées en même temps qu'il existe de la somnolence et des vomissements. M. Bally a été conduit au même résultat par ses propres recherches; M. Orfila a noté souvent la contraction des pupilles , mais ses recherches ont porté sur les animaux. Les paupières sont gonflées , abaissées sur le globe de l'œil , et d'une teinte violacée. Somnolence , ou sommeil calme , le plus souvent interrompu par des rêves pénibles ; jamais de délire violent , ni de cris , ce qui , joint à la contraction des pupilles , différencie cet empoisonnement de celui par la jusquiame, la belladone et le datura stramonium. Une insomnie fatigante, et quelquefois longtemps prolongée , se montre quand on suspend l'usage de l'opium. La description des symptômes que nous venons de présenter est extraite de l'ouvrage de MM. Trousseau et Pidoux, qui ont longtemps expérimenté les sels de morphine , et indiqué soigneusement leurs effets sur l'économie.
EMP
EMP
A dose modérée, mais toxique, l'opium détermine de la pesanteur de tête , des vertiges , et cette action exhilarante si recherchée par les Orientaux. Quand cette action n'est pas dépassée , il se manifeste une excitation générale; la chaleur augmente, les sens s'exaltent, les sensations les plus agréables, des songes voluptueux, s'emparent du mangeur d'opium ; ses facultés cérébrales acquièrent plus de vigueur, les désirs vénériens s'allument; tout annonce enfin une excitation générale, mais modérée. A plus haute dose, l'opium excite de l'assoupissement ; les sens deviennent obtus, les mouvements se ralentissent, les douleurs s'apaisent, un sommeil profond s'empare du malade ; ce sommeil est agité par des rêves, et fatigue beaucoup les sujets, qui sont brisés et rompus quand ils se réveillent. On observe en outre les symptômes que nous avons signalés plus haut , mais beaucoup plus intenses.
Si on élève la dose de plus en plus, le sujet tombe dansl'assoupissement et dans un état comateux, d'où il n'est pas toujours possible de le tirer : il est insensible à toute stimulation ; une pâleur mortelle se répand sur son visage ; le regard est fixe, les pupilles contractées, insensibles à la lumière, la peau froide, couverte de sueurs ; il y a en plusieurs points des ecchymoses; l'apoplexie et une espèce d'asphyxie semblent devoir terminer cette scène. M. Barbier, d'Amiens, attribue ces effets au ralentissement de la circulation du sang dans la pulpe cérébrale, et à l'intumesceuce de celle-ci , qui ne tarde pas à subir une compression telle, que l'action des hémisphères cérébraux et l'exercice de l'innervation sont suspendus (ouvr. cit., t. III, p. 7; 1830). La face est gonflée, les yeux fixes , immobiles , proéminents , ecchymoses ; quelques mouvements convulsifs au visage et dans les membres ; le malade répond aux questions qu'on lui adresse quand on parvient à le faire sortir de l'état apoplectique où il est plongé. Le pouls, large, fort, fréquent, s'affaiblit ; la respiration s'embarrasse, devient difficile, stertoreuse, entrecoupée par des soupirs ; il sort par la bouche et le nez des matières crémeuses ; enfin le refroidissement , la pâleur graduelle, l'insensibilité la plus absolue, se montrent peu de temps avant la mort.
Action sur l'économie. — Nous ne pouvons pas entrer ici dans les discussions qu'a fait naître ce sujet ; c'est aux ouvrages de thérapeutique que de semblables recherches sont réservées. M. Barbier, d'Amiens , attribue les différents effets de l'opium : l°à une diminution de l'innervation , et à ce que la pulpe cérébrale modifiée ralentit son action ; 2° les phénomènes d'excitation à la congestion sanguine dont le cerveau est le siège; 3** le collapsus et la stupéfaction à l'accroissement de la congestion sanguine (ouvr. cit., p. 11). Ce médecin explique , par celte triple modification du
système nerveux, les propriétés contradictoires que les différents auteurs ont assignées à l'opium. La plupart le considèrent comme un sédatif et un asthénisant, d'autres comme un stimulant : tel est Giacomini , qui en fait un hyper,slhénisant portant spécialement son action sur le cœur, le système vasculaire , et sur l'encéphale (hypersthénisant cardiaco-vasculaire et céphalique ); d'autres, comme calmant et antispasmodique.
Traitement de V empoisonnement par l'opium et par ses différentes préparations. — On provoque d'abord l'expulsion du poison qui peut être contenu dans l'estomac, avec un à deux grains d'émétique, ou dix grains à un scrupule de sulfate de zinc. Il ne faut pas craindre de recourir à l'usage des vomitifs, et même à l'introduction d'une sonde oesophagienne pour porter l'émétique dans l'estomac. Les secousses occasionnées par le vomissement peuvent augmenter la congestion; mais il y a trop d'avantage à retirer le poison de l'estomac pour que l'on doive s'abstenir de ce moyen. A peine est-il besoin d'ajouter que si le sel narcotique a été introduit par la peau ou le rectum, il est inutile de faire vomir: on administrera sur-le-champ les antidotes. Quelquefois le vomissement ne peut pas avoir lieu par l'émétique : on essayera alors le sulfate de zinc, qui réussit quelquefois ainsi que l'a vu Ghristison (p. 641). Enfin, si tous ces moyens échouent , on doit se servir de la pompe stomacale. Les ouvrages anglais sont remplis d'observations où l'emploi de cet instrument a été suivi de succès. On peut encore, dansées circonstances, injecter l'émétique dans le rectum. Ghristison rapporte que le docteur Roe, de New- York , en a injecté quinze grains {American joarn. of the med. scienc.j t. vi, p. 555). Ghristison va même jusqu'à dire que si Ton n'a pu exciter le vomissement par tous les moyens précédents, on doit injecter l'émétique dans les veines : la dose est d'un grain (Ghristison, ouvr. cit., p. 543).
On a conseillé , dans le but de prévenir le coma et l'assoupissement, de faire marcher les malades ou de les faire soutenir par quelques personnes. D'après les observations publiées par Gopland et Wray, des affusions froides faites sur la tête et sur la poitrine auraient une double utilité, de prévenir l'assoupissement, et de réveiller la sensibilité ; toutefois il ne faut pas faire les affusions froides lorsqu'il existe du coma.
Les remèdes qui ont le plus d'efficacité sont : 1° la décoction de noix de galle , qui décompose l'opium et ses sels en des produits insolubles dont l'action n'est pas nuisible ; 2° l'iode à l'état de teinture , et la dissolution de chlore ou de brome. M. Donné a conclu , d'un certain nombre d'expériences , que ces agents décomposent les alcalis végétaux en des corps presque inertes ( Recherches sur les moy. de neutr. l'action des alcal. végét. sur l'écon, ; in
EMP
EMP
Annal, d'hyg., p. 203, 1829). M. Devergie, au contraire , ne les regarde que comme d'un bien faible secours (ouvr. cit.,p. 814).
Quand le malade a vomi le poison, neutralisé ou non à l'aide des antidotes que nous avons nommés , ou quand le poison a été introduit par le derme dénudé , par une blessure , ou en lavements , on lave d'abord la plaie , on y applique une ventouse , et on administre des boissons acidulés , telles que l'eau vinaigrée , le jus de citron, une forte infusion de café ou de thé , le camphre en potion. Le café jouit , à juste titre , de la faculté de combattre le narcotisme : ou le prescrit en infusion ou en décoction par petites tasses. Le vinaigre elles autres acides n'agissent, comme le café, qu'à titre de modificateurs du système nerveux , et pour dissiper les phénomènes de collapsus. Les lotions acidulés sur le membre et le visage sont aussi d'un grand secours.
On a prescrit, dans l'empoisonnement par l'opium, l'usage des stimulants, comme l'ammoniaque, le vin, et des potions dans lesquelles entrent l'éther, les eaux aromatiques, etc., dans le but de tirer le système nerveux de l'affaiblissement où il est plongé. L'école italienne, au contraire, qui ne voit dans l'opium qu'un stimulant, ne veut pas que l'on use de ces substances, parce qu'elles agissent dans le même sens que le poison. Le tartre stibié à haute dose, la belladone surtout, qui jouit d'une grande vertu contre-stimulante, la saignée , dissipent rapidement les effets de l'opium , si l'on en croit cette école.
Si les symptômes de congestion cérébrale sont manifestes , s'il existe une rougeur livide ou de la turgescence au visage , du coma et de la sterteur, un pouls large et développé, de la gêne dans la respiration , etc., il faut ouvrir largement la veine , et tirer une certaine quantité de sang. M. Orfila parvint , à Taide de cette opération, à rappeler à la vie un homme plongé dans un collapsus qui semblait mortel. Il ne faudrait pas non plus hésiter à ouvrir la jugulaire , et à environner la base du crâne de nombreuses sangsues qui diminueraient la congestion. En même temps qu'on appliquerait des sinapismes aux extrémités, quelques ventouses à la nuque, des corps chauds sur les membres, on continuerait aussi l'usage du café et des boissons acidulés.
La respiration artificielle est parfois la seule ressource qui reste au médecin : dans ce cas , il faut la pratiquer avec tous les ménagements convenables , et avec grande persévérance, souvent pendant une heure. On peut se servir de la sonde , ou insuffler l'air par une narine avec la canule d'un soufflet, en ayant soin de fermer l'autre narine. Dans un cas rapporté par les journaux anglais , le cœur cessait de battre dès que Ton suspendait les insufflations (in Gazette des hôpitaux, n° 85^ t. xu , 1838; et Gazette médicale.
p. 796, 1837 ). Ce moyen d'entretenir la vie , appli cable à l'empoisonnement par les autres substances narcotiques, mérite de fixer l'attention du praticien : il est trop négligé en France. Des cas dans lesquels l'insufflation a été suivie de succès ont été rapportés par Whateley (Zone?, med. obserw. andinq., t. vi,p. 33), par le docteur Ware , de Boston (North. Amer, and surg.journ.,im\\. 1826).
Morphine et ses sels. Voy. Opium.
Codéine. — Il semble, d'après les observations de M. Barbier, d'Amiens , que cette substance est éminemment calmante , et qu'elle ne produit pas cette agitation, cette fatigue, qui suit l'administration de la morphine. M. Martiu-Solon a été conduit aux mêmes résultats que M. Barbier.
Le laudanum de Rousseau et de Sydenham détermine les mêmes symptômes et les mêmes lésions que l'opium. Les mains et les lèvres sont quelquefois tachées en jaune ou en brun par le poison ; les matières du vomissement et des déjections alvines offrent la même couleur. Le traitement ne diffère en aucune manière de celui de l'empoisonnement par l'opium et par les sels de morphine.
La décoction de tête de pavot peut produire un narcotisme assez intense pour causer de graves inquiétudes. M. Mélier a réuni dans un mémoire neuf observations fort intéressantes d'empoisonnements déterminés par le pavot indigène ( Sur l'action narcotique du pavot indig.; in Archiv. gén. de méd., t. XIV, p. 406, 1827). On donnerait d'abord un lavement avec le miel ou l'huile de ricin , qui servirait ainsi à entraîner le poison et à stimuler le gros intestin ; les boissons vinaigrées et acidulés , le café , seraient aussi administrés concurremment.
Acide hfdrocjanique ou cyanhjrdrique ( acide du bleu de Prusse ). — C'est un des poisons les plus violents que l'on connaisse, celui qui tue avec le plus de promptitude, et à plus faible dose. 11 existe plusieurs espèces d'acide prussique : ï acide hydrocyanique anhydre obtenu en traitant le cyanure de mercure par l'acide hydrochlorique ou par l'acide hydrosulfurique gazeux ; l'acide ainsi préparé, et privé d'eau, est sans usage en médecine. On emploie Wc\à.Q prussique médicinal, formé d'une partie d'acide anhydre et de six fois .son volume d'eau, ou de huit fois et demie son poids d'eau (M. Magendie). V acide hydrocyanique au quart est composé de trois parties d'eau et d'unç partie d'acide. L'acide prussique au huitième , ou médicinal, est le seul que l'on doive prescrire. On s'est demandé si ce remède a la propriété de s'accumuler et de ne produire ses effets que quand il est en grande quantité. Le docteur Lonsdale , qui a résolu cette question par l'affirmative, n'a point apporté de preuves suffisantes pour faire adopter cette opinion ( Rechcrch. expcriment. sur l'action physiologique.
EMP
les propriétés vénéneuses , et les effets thérapeutiques de l'acide kjdrocjanique ; Edinh. ined. and surg.jour., 1 838 ; Gazette médicale^ p. 72 , 1839).
Les effets délétères de ce poison sont extrêmement rapides: une seule goutte placée dans la bouche d'un chien détermina une mort instantanée. Injecté dans la veine jugulaire, l'animal tombe comme frappé par la foudre (M. Magendie, Annal, de physiolog., t. vi, p. 347). L'acide prussique jouit de propriétés plus délétères lorsqu'il est à l'état de gaz, que quand il est introduit dans l'économie à l'état liquide. 11 tue par une action directe sur le système nerveux, bien plus que par suite de l'absorption ; on le retrouve cependant dans le sang.
Altérations pathologiques. — Rien de si variable que les lésions rencontrées sur le cadavre des sujets qui succombent à cet empoisonnement. On prétend que quand la mort est subite, il existe à peine des lésions ; mais que si le poison a été introduit par la bouche , et n'a tué qu'au bout d'un certain temps , la membrane muqueuse est rouge et enflammée , ses cryptes développées, et le tissu cellulaire péritonéal injecté. On peut affirmer que ces désordres ne sont pas la véritable cause de la mort , et qu'il faut la chercher dans l'action délétère que l'acide porte sur le système nerveux. Les altérations les plus constantes sont la fluidité du sang et la congestion des principaux viscères ; le système veineux est gorgé de sang, et les artères vides; les poumons contiennent des liquides séro-sanguinolents ; la muqueuse de l'arbre aérien (bronche , larynx) est rouge, la rate et le rein, de couleur violette , gorgés de sang ; la pie-mère et les sinus de la dure-mère en renferment aussi une grande quantité; le cerveau et la moelle sont dans l'état naturel, quelquefois un peu ramollis (M. Mutel,ouvr. cit., p. 278 ); le cadavre exhale souvent une forte odeur d'amandes amères. M. Lonsdale, qui a fait des recherches sur ce point important de médecine légale, admet que cette odeur peut se conserver jusqu'au hui tième ou neuvième jour après la mort, lors même que la vie ne s'est éteinte que huit minutes après l'ingestion du poison (mém. cit.). Cependant cette odeur n'existait plus sur les sept sujets dont MM. Marc, Marjolin, Adelon , ont fait l'autopsie.
Symptômes. — Nous n'avons à retracer ici que les phénomènes toxiques de cet empoisonnement : voici quels sont ceux que l'on a observés le plus souvent. A la dose de quelques gouttes, l'acide cyanhydrique anhydre, appliqué sur la muqueuse de la bouche , ou porté dans le larynx des animaux , les fait périr en quatre ou cinq secondes : il y a un anéantissement complet , et une suspension subite et simultanée des mouvements du cœur et de l'influx nerveux. A plus petite dose, et quand la mort arrive plus lentement, les symp-
tômes se montrent à peu près dans l'ordre suivant : «éternuments, bâillements, dyspnées, inspirations et expirations profondes , cris aigus, battements tumultueux du cœur, flux abondant de salive , mouvements convulsifs , violente épigastralgie ; les yeux ne tardent pas à devenir étincelants et proéminents; le corps chancelle , les membres pelviens fléchissent, et le sujet tombe au milieu d'un accès d'opisthotonos : la poitrine reste alors immobile , la respiration demeure suspendue pendant quelques minutes; elle ne se rétablit quelquefois qu'au moment où il survient des vomissements ; ceux-ci s'accompagnent de nouvelles convulsions dans les membres pectoraux; les urines et les matières fécales sortent involontairement, la sensibilité s'émousse et s'éteint, en commençant par les membres inférieurs ; cependant les paupières restent immobiles, et les pupilles se contractent de temps en temps, quoique les yeux demeurent fixes, et qu'ils deviennent graduellement insensibles à l'impression de la lumière; enfin les paupières se ferment , les sens s'abolissent , la langue sort de la bouche , les lèvres se contournent, le ventre s'agite et rentre en dedans , les battements du cœur deviennent de plus en plus rares , faibles ; les muscles pectoraux éprouvent un frémissement très-sensible au toucher ; la respiration devient stertoreuse , et la mort s'empare du sujet au bout de douze à quinze minutes, d'une heure, rarement après vingt-quatre heures; quelquefois elle a lieu plus tôt. » Nous n'ajouterons rien à cette description, si bien tracée par M.Mutel (ouvr. cit., p. 275). L'odeur d'amandes amères exhalée par le malade est un symptôme précieux qu'il ne faut pas négliger. Parmi les accidents les plus remarquables sont : les vertiges , l'abolition de l'intelligence, de la sensibilité et du mouvement , les mouvements convulsifs, le ralentissement de la respiration et de la circulation. M. Magendie et Ittner disent que les symptômes les plus constants (les spasmes et les convulsions) annoncent une lésion fonctionnelle de la moelle épinière. M. Grfila pense que cet acide, absorbé et porté dans le torrent circulatoire , agit d'abord sur le cerveau , et ensuite sur les poumons , sur les organes du sentiment , et sur les muscles des mouvements volontaires dont il détruit l'irritabilité; il anéantit également la contractilité du cœur et des intestins.
Krimer pense que l'acide prussique appliqué sur la langue se réduit promptement en vapeur, et passe sous cette forme dans le poumon , où il est absorbé par le sang pulmonaire : il détruit alors l'activité du cœur et de la moelle épinière. Son action est beaucoup plus prompte quand il est avalé par la bouche que quand il pénètre par la peau; elle est encore plus énergique quand l'acide est inspiré en vapeur.
Traitement. — Lorsque l'acide prussique a été pris à haute dose, ou lorsqu'il est concentré, la mort est si
EMP
rapide, que les secours viennent presque toujours trop tard. Cependant il ne faut pas s'en laisser imposer par l'état de mort apparente où se trouvent souvent les sujets. Il faut stimuler fortement la périphérie cutanée, ou faire des afFusions froides pendant qu'on cherche à introduire les contre-poisons: dans ce cas le traitement ne diffère en aucune manière de celui que nous allons tracer.
Un grand nombre d'antidotes ont été proposés pour combattre les effets délétères de l'acide prussique.
M. Orfila a résumé avec une grande netteté les règles que l'on doit suivre dans le traitement ( Mém. sur l'acide hydrocfanique ; in Annal. d'hj-giênCj 1. 1, p. 530,1 829). On administre d'abord un émétique si le poison a été introduit dans l'estomac , ou un lavement purgatif si la substance vénéneuse a déjà franchi le pylore ; on place en même temps sous le nez du malade un flacon contenant de l'eau chlorée (quatre parties d'eau et une de chlore liquide), ou de l'eau ammoniacale ( une partie d'ammoniaque liquide des pharmacies , et douze parties d'eau ) ; on fait respirer pendant longtemps ce gaz , et surtout le premier. On doit aussi recourir, dès le début, aux affusions d'eau très-froide , sur la tête , la nuque , et la colonne vertébrale. La tête sera recouverte de vessie contenant de la glace. La saignée du bras et de la j ugulaire n'est indiquée que lorsqu'il existe une congestion cérébrale : il faut ne la pratiquer que dans des cas rares. En même temps que ces moyens sont mis en usage , on stimule la peau par des frictions sur les tempes avec la teinture de cantharides et l'ammoniaque , par des sinapismes, etc.
Les substances les plus différentes ont été préconisées par les auteurs : on a considéré comme contrepoisons le lait , Teau de savon , la thériaque , le chlore gazeux (il est préférable d'employer ce gaz en solution dans l'eau), l'huile d'olives, l'huile essentielle de térébenthine, le sulfate de fer.
L'eau chlorée est le meilleur de tous les remèdes : pour s'en servir on imbibe une éponge de la solution, et on la place sous le nez et devant la bouche du malade ; on la promène aussi sur les joues, le front et les tempes. C'est à M. Siméon, pharmacien de St.-Louis, que l'on doit la découverte des bons effets du chlore et de l'eau chlorée. Les faits avancés par ce chimiste n'ont pas tardé à être confirmés par tous les auteurs ( vof. mém. cit. de M. Orfila; Persoz et Nonat , Sur le chlore, comme antidote de l'acide hjrdrocjanique; Ann.d'kfg.,i. iv,p. 435, 1830).
On peut employer de la même manière l'eau ammoniacale, qu'il est souvent plus facile de se procurer. M. Orfila ne pense pas que l'ammoniaque introduit dans l'estomac soit un coutre-poison (mém. cit); il agit, d'ailleurs, comme un irritantcorrosif très-dange-
reux. MM. Trousseau et Pidoux ne regardent pas Don plus comme antidote le carbonate d'ammoniaque proposé par M. Dupuy ( Traité de thérap. , t. i , p. 1 72). Suivant M. Devergie , on peut employer avec succès, à défaut de chlore , l'ammoniaque liquide étendu de douze parties d'eau (ouvr. cité, p. 824).
L'infusion concentrée de café , la potasse, la soude, l'albumine, ne sont point des contre-poisons, ainsi qu'on l'avait cru pendant longtemps.
Les aff usions froides ont été vantées par beaucoup de médecins , et par Herbst surtout, qui pense que les effets de l'acide prussique , lors même que les quantités introduites sont suffisantes pour donner la mort, peuvent être combattus avec le plus grand succès par des aff usions froides sur la tête, le dos, et même le corps entier [Archif. fur Anatomic and Phjrsio-^ logicj p. 208; Journal complém. du dici. des scienc. médic. , mars 1 829 ). Il faut ne pas craindre de verser l'eau froide de haut , et en grande quantité à la fois, sur la tête , comme dans un cas rapporté par M. Banks (yoMrn.arag'/. ; in Gazet. m,édic., p. 555, ann. 1837 ), C'est, en effet,avec le chlore et l'ammoniaque, le meilleur agent thérapeutique que l'on puisse mettre en usage ( M. Orfila , mém. cit. ; Guérin de Mamers, Toxicol.j déjà cité , p. 219).
La saignée est regardée par M. Lonsdale comme un excellent moyen de diminuer la distension continuellement croissante du côté droit du cœur par le ,| sang veineux, et d'exciter les contractions du ventricule gauche, si déjà elles avaient complètement cessé. Elle peut diminuer la congestion cérébrale , et réussir à une époque où les premiers phénomènes de l'intoxication sont déjà passés.
La pompe stomacale pourrait être utile pour injecter le contre-poison , et pour extraire les liquides contenus dans l'estomac. M. Toulmouche conseille de l'introduire par les narines, si les mâchoires sont contraiCtées (D'un emp. par l'ac. hydr., suivi de réflexions sur l'emploi de l'amm. comme antidote; in Revue médicale , 1. 1, p. 265 , 1825}).
Laurier cerise[prunus lauro-cerasus). — Il doit ses propriétés à l'acide hydrocyanique, et à une huile essentielle particulière; il en est de même des amandes amères (même trait, que pour l'acide prus.).
Laitue vireuse ( lactuca vîrosa ) ; douce-amère (solanum dulcamara) ; morelle (^solanum nigrum, solanum villosum, nodiflorum, miniatum) j et les autres solanées, solaninœ, principe actif de la morelle, de la douce-amère, et qu'on trouve aussi dans les baies du solanum mammosum , verbascifolium. Les différentes parties de ces plantes jouissent des mêmes propriétés vénéneuses , mais non au même degré. L'empoisonnement est produit, dans un grand nombre de cas , par l'ingestion des baies qui sont prises parles enfants, ou par d'autres personnes, pour des
ÊMP
fruits boM à mang^er. On a cité un cas d'empoisonnement par une fleur de douce-amère qni avait été avalée par un jeune enfant ( Revue médicale ^ t. iv, 1835, p. 291 ). Le même recueil parle d'un empoisonnement causé par des pommes de terre gâtées (Kahlert, in Journ. de Clarus et Radias; extr. Rc' i'ue médic. , t. iy, 1836). L'auteur attribue les symptômes à une indigestion, et les phénomènes de narcotisme , au développement de gaz acide carbonique qui avait eu lieu pendant la germination {vof. , pour le traitement de l'empoisonnement par ces plantes, Opium).
Jf commun (taxus buccata). — M. Orfila dit que les baies ne paraissent pas jouir de propriétés vénéneuses (p. 398); cependant \d. Revue médic. (t. iv, 1836) rapporte deux observations dues à M. Hurt, de Mansfield, qui prouvent le contraire : un des enfants mourut après avoir mangé de ces fruits ; l'estomac était taché de rouge, ramolli ; pendant la vie , il y eut des vomissements , des convulsions ; les pupilles étaient contractées. L'autre enfant se rétablit.
Chap. in. — Poisons narcotico-âcres.
Généralités. — L'histoire des narcotico-âcres comprend l'étude des effets thérapeutique et toxique de ces substances. Il est difficile sans doute de les séparer les uns des autres ; cependant , comme cet article est spécialement consacré au traitement , et qu'il nous serait impossible , d'ailleurs , de donner même un aperçu des effets physiologiques dont l'élude longue et détaillée fait la matière des traités de thérapeutique , nous parlerons seulement des effets toxiques qui sont la base du traitement de toute espèce d'empoisonnement.
Les narcotico-âcres sont des agents qui provoquent à la fois le narcotismeet l'inflammation dans les parties qu'ils touchent. Il existe cependant dans leur mode d'action des différences assez grandes pour que l'on doive les regarder comme constituant un groupe très -peu naturel de poisons, où les affinités sont loin d'être toujours conservées. C'est ce qui a engagé quelques auteurs à y établir quelques groupes qui se composent d'éléments plus homogènes. Nous avons déjà dit qu'il ne fallait voir dans ces divisions que des méthodes artificielles destinées à nous faire saisir un certain nombre de rapports ; il ne faut pas en demander davantage , du moins dans l'état actuel de la science. Nous suivrons l'ordre adopté dans la Médecine légale de M. Orfila.
Symptômes. — L'empoisonnement par les narcotico-âcres donne lieu aox symptômes que nous avons vus paraître dans les deux classes précédentes ; toutefois il est rare que les effets narcotiques ou irritants ne prédominent pas l'un sur l'autre : chaleur à la bouche, dans l'œsophage et à l'estomac, constriction
pharyngienne, soif vive, nausées, vomissements, vertiges, stupeur, diminution ou abolition de la sensibilité et du mouvement , convulsions cloniques ou toniques , pupilles normales , dilatées ou contractées , agitation , délire , pouls fort et fréquent, quelquefois accès tétaniques , convulsions affreuses, état apoplectique , asphyxie , mort.
Altérations pathologiques. — Elles ne diffèrent pas de celles que nous avons déjà indiquées dans les deux chapitres précédents.
Traitement. — En règle générale , il faut exciter le vomissement avec l'eau chaude ou avec les émétiques , tels que le sulfate de zinc ou le tartre stibié , dont l'action est plus sûre. Lorsqu'on a ainsi débarrassé l'estomac , il faut chercher si les effets narcotiques prédominent sur les effets irritants du poison. Dans le premier cas , les boissons acidulés , le vinaigre , le café , les lotions froides , sont indiqués ; dans le second , les boissons émollientes et mucilagineuses, et quelques préparations opiacées. Dans les deux cas, les accidents inflammatoires méritent une attention spéciale , et doivent être combattus par les moyens ordinaires.
La saignée et les déplétions sanguines par les sangsues appliquées à la base du crâne, derrière les oreilles, sur les côtés de la mâchoire , ou sur le trajet des jugulaires, sont nécessaires quand la congestion cérébrale, annoncée par la rougeur livide et la tuméfaction de la face , par la force des battements artériels, etc., met en danger la vie des sujets. La saignée est alors un moyen précieux de combattre les convulsions tétaniques, le délire , le coma et les autres accidents de coUapsus, qui font supposer que la pulpe cérébrale est fortement congestionnée. Il faut reconnaître aussi que ces mêmes symptômes se présentent dans les cas d'asthénie des fonctions cérébrales : c'est alors au médecin à distinguer ces deux cas avant de se décider pour un traitement.
De là résulte une médication tout à fait opposée à celle que nous venons de faire connaître, et qui, adoptée par beaucoup de médecins , compte , dit-on , ua grand nombre de succès. Elle consiste à traiter l'empoisonnement par les narcotico-âcres à l'aide des stimulants administrés à l'intérieur et à l'extérieur : l'ammoniaque, le rum, le vin, l'alcool, dans des potions, les frictions stimulantes, la chaleur, etc., sont les agents thérapeutiques qu'emploient de préférence les contro-stimulistes.
Relladone. — Les exemples d'empoisonnement par cette plante sont très-nombreux. Tantôt il est produit par l'administration de la poudre, de l'infusion ou des extraits que l'on prépare, tantôt par ses baies arrondies, d'abord rougeâtres et semblables à des cerises, puis entièrement noires lorsqu'elles sont parvenues à leur maturité.
EMP
ËMP
M. Gaultier, de Glaubry, a vu cent cinquante soldats empoisonnés, aux environs de Dresde, pour avoir mangé de ces fruits {Journ. gén. de méd. de Sédillot, déc. 1813, p. 364).
Symptômes. — Nausées , sécheresse extrême de la bouche et du gosier j, constriction dans ces parties , telle que les malades souvent ne peuvent boire; soif vive , vomissements , céphalalgie , vertiges , éblouissements , dilatation extrême et immobilité des pupilles ; quelquefois la cécité est complète , ou bien les objets sout aperçus d'une manière confuse; rougeur et gonflement de la face , injection de la conjonctive de l'œil, qui est saillant; regard fixe, hébété , ardent , ou furieux ; hallucinations variées ; délire léger d'abord, ordinairement gai , et marqué par des extravagances , quelquefois furieux ; loquacité intarissable , agitation, mouvements continuels , gesticulations nombreuses et ridicules (MM. Pidoux et Trousseau, ouv. cit., t. i, p. 211). Les symptômes précédents s'observent d'une manière constante, et peuvent faire reconnaître la belladone; les autres, tels que, l'insensibilité de la peau, les convulsions partielles ou générales, le somnambulisme, la faiblesse , la syncope, l'aphonie , la faiblesse, l'accélération , l'irrégularité du pouls , l'excitation des organes génitaux, la constipation, etc., etc., sont des phénomènes qui se montrent moins souvent que les autres, mais qui ont aussi une grande valeur.
Les lésions sont les mêmes que dans l'empoisonnement par les narcotiques : on trouve, dit-on, des traces d'inflammation dans l'estomac , l'intestin et le foie. Les cadavres de ceux qui ont succombé à l'empoisonnemeut par la belladone ont une couleur bleuâtre , suivant Giacomini ; ils passent promptement à la putréfaction. Les intestins sont distendus par des gaz , et exempts d'altération.
M. Flourens prétend que les tubercules quadrijumeaux , et , par conséquent , le sens de la vue , sont seuls affectés , et que si la dose est plus forte , l'action s'étend sur les lobes cérébraux. Ce qui nous importe pour le traitement, c'est de savoir si l'action qu'elle exerce sur l'économie est stupéfiante , narcotique, ou si elle est de nature contro-stimulante. M. Rognetta a cherché à établir, dans un Mémoire sur les vertus thérapeutiques de ta belladone (^Gazette médic, n" 37, p. 581 ; 1838), que ses effets sont toujours dynamiques, et ne se manifestent qu'après sa résorption ; qu'ils paraissent porter sur le système ganglionaire ; que le cœur et l'arbre artériel en éprouvent très-sensiblement les effets sous l'influence du système nerveux ganglionaire : «La nature de l'action de la belladone est hyposthénisante , affaiblissante , antiphlogistique; elle peut être comparée à celle de la saignée, de la digitale, du tartre stibié; mais elle est beaucoup plus énergique , et offre une ressemblance
parfaite avec l'action du venin de la vipère, maïs I un degré beaucoup moindre. La mort causée par l'empoisonnement de la belladone n'a Heu que par hyposthénie excessive , par épuisement de la force vitale (asthénie directe de Brown). Les véritables antidotes sont les substances stimulantes (ammoniaque , éther alcoolique , cannelle , thériaque, opium) (mém. cité, p. 587).
Traitement. — Malgré les diverses considérations alléguées en faveur de la doctrine que soutient l'auteur précédent , nous pensons que le traitement doit être dirigé d'une manière tout à fait différente. On fera vomir le sujet avec l'émétique , et on lui donnera un lavement purgatif (MM. Trousseau et Pidoux). M. Mutel proscrit à tort l'émétique , car on n'a pas à redouter l'irritation des voies digestives , qui , d'ailleurs , n'est pas à coup sur l'origine des accidents. On aurait une fausse idée du mode d'action de la belladone, si on croyait qu'elle a surtout pour effet d'enflammer les intestins (ouv. cit., p. 330). La décoction de café, les boissons acidulés, les aff usions froides sur tout le corps ou sur la tête , ou de simples lotions vinaigrées sur ces parties, sur le rachis, comme dans les cas rapportés par Koestler {Ëxtr. des journ. allem,; in ^rch. gén. de méd., t. xxix, p. 265 ; 1 832), des dérivatifs sur les membres inférieurs, les saignées générales et locales quand la congestion existe à la tête : tels sont les principaux moyens curatifs qu'il convient de mettre en usage.
Datura stramonium { pomme épineuse ). — Les feuilles , les tiges, les fruits, sont vénéneux. A haute dose, elle produit des vertiges , de la stupeur, de la faiblesse , la dilatation des papilles , un délire furieux, gai ou triste, des hallucinations, des spasmes. Yicat, dans son Traité des plantes délétères de la Suisse j Swaine (Edinb. phys. and lit. essays , t. li, p. 272), ont observé un délire furieux, et la paralysie des extrémités ; le docteur Young, au contraire, a vu des convulsions [Edinb. med. and surg. journ., t. XY, p. 54) ; dans un cas rapporté dans le Rust magazin (t. XVII, p. 564), il y avait occlusion complète des paupières, dilatation et insensibilité de la pupille ; Gmelin a vu la mort survenir au bout de six heures, et Young raconte qu'un jeune enfant a succombé pour avoir mangé une seule pomme de datura (Ghristison , ouv. cit., p. 727). L'insomnie, la fièvre, quelquefois une éruption scarlatineuse générale, la chaleur à la peau , une soif ardente, la sécheresse eX" trême, la constriction du pharynx , la cardialgie , les vomissements, la diarrhée, les envies fréquentes d'uriner, le coUapsus, le refroidissement, la mort, sont les symptômes observés.
Traitement. Voy. Belladone.
Tabac {jiicotiana tabacum). — Il peut causer l'itttoxication lorsqu'il est donné en infusion, en décoc-
EMP
EMP
tion, par la bouche, ou par le rectum, en poudre, en extrait, sur la peau privée de son épiderme, ou lorsqu'on en fume les feuilles; il occasionne des vertiges, de l'ivresse , du trouble de la vue , des nausées , des vomissements, de la diarrhée, des sueurs copieuses, la pâleur et l'altération des traits du visage , le tremblement des membres, un état de malaise et d'angoisse inexprimable , les convulsions , le coma , l'apoplexie.
Traitement. — L'infusion de café, les lotions froides, l'inspiration de quelque liqueur stimulante, dissipent facilement ces accidents. Si les effets toxiques allaient jusqu'au narcotisme, on pratiquerait une saignée. Si le tabac a été donné en lavement, il ne faut pas craindre d'en provoquer l'expulsion à l'aide d'un autre lavement purgatif. Les effets narcotiques l'emportent à tel point sur les effets irritants du tabac , que certains auteurs le considèrent comme un narcotique dépourvu de toute autre propriété. Cette opinion doit diriger le médecin dans le traitement. Dans un cas d'empoisonnement par un lavement de tabac , M. Chantourelle pratiqua une saignée , fit mettre des sangsues et des cataplasmes à Tépigastre, des sinapismes aux extrémités , et fit prendre des lavements {Revue médicale^ t. ii; 1832, p. 88).
Jusquiame [hyoscjramus niger). — L'action toxique de cette plante ressemble à celle du satura et de la belladone.
Les symptômes qu elle détermine , lorsqu'elle est prise à haute dose , ont été fort bien décrits par Gho- (\aQi {^Journal de médecine de Gorvisart, t. xxvi, p. 353): aphonie, dilatation extrême des pupilles, insensibilité de la conjonctive, respiration difficile, rire sardonique , sentiment aboli , mélange de délire et de coma appelé tfphomajiie. M. Wilmer , qui a observé les effets de la jusquiame sur six sujets, rapporte que les uns dansaient comme des fous , les autres paraissaient ivres ; une femme tomba dans un état comateux d'où on ne put la faire sortir ; elle expira le lendemain matin (Wilmer, On the poisonous vegetables of Great-Bntain., p. 3).
Digitale {digiialis purpurea). — Malgré les travaux importants publiés sur l'action thérapeutique et toxique de cette plante, on n'est point d'accord sur ses propriétés. Administrée à haute dose par la bouche, elle irrite l'intestin, excite le vomissement, des déjections alvines, l'insomnie, des éblouissements, de la céphalalgie, des douleurs abdominales assez vives , une oppression ayant son siège à la région précordiale , lenteur ou fréquence du pouls , flux d'urine , sueurs abondantes , affaiblissement musculaire , assoupissement.
Traitement. Voy. Belladone.
Ciguë. — Plusieurs espèces de ciguë {genre conium) peuvent , dans nos climats , produire l'empoi-
sonnement. Ce sont : 1° la grande ciguë {conîum maculatum; 2" la ciguë aquatique (cicutaria aquatica (Lam. ) ciguë vireuse, cicuta virosa Lin.); 3*^ la petite ciguë (œthusa cynapium). Les feuilles, la racine et le suc de ces plantes en pleine végétation jouissent de propriétés vénéneuses très-actives; elles le deviennent beaucoup moins quand elles ont été cueillies avant la floraison (M. Orfila). La ciguë aquatique est plus délétère que la grande ciguë. Le suc fourni par les feuilles de cette dernière qui n'est pas encore en pleine végétation est plus actif que celui des racines, tout étant égal d'ailleurs (M. Orfila). Dans nos climats , la grande ciguë fraîche est un poison pour l'homme ; mais son énergie est subordonnée à l'âge de la plante, à l'exposition du sol, à la température du climat. La ciguë cuite est un poison violent. On a vu la mort survenir après trois quarts d'heure (Haaf, Watson ; M. Christison , ouv. cit. , p. 734).
Symptômes. — Assoupissement , stupeur , délire , syncopes , convulsion , léthargie, puis refroidissement des extrémités; du côté des viscères, on observe: soif ardente, nausées, éructations , quelquefois vomissements, cardialgie violente, trismus, dyspnée; les phénomènes nerveux ne viennent que deux heures après que le poison a été avalé. Sur le cadavre , on trouve des traces de phlegmasie gastro-intestinale; l'estomac offre des taches livides , il est ramolli en certains points; l'épiglotte et le pharynx rouges; les poumons parsemés de taches rouges ; les vaisseaux et le tissu de l'encéphale gorgés de sang.
Traitement. — Si l'on est appelé auprès d'un individu qui vient de manger une certaine quantité de ciguë, faut-il prescrire un vomitif? Nous croyons qu'il ne faut pas hésiter, et que telle est la première indication à remplir. Voyez Belladone.
Scille ( scillœ maritimœ radix ). — Elle porte son action sur l'intestin , qu'elle enflamme , et sur le système nerveux; la cardialgie, le vomissement, et des accidents généraux d'excitation et de coUapsus, sont les effets qu'elle provoque.
Scilliiine, principe actif de la scille ; mêmes symptômes. Voy. Belladone.
OEnanthe crocata (œnanthe safranée, jouanette, etc.). — La racine de cette plante, ingérée dans l'estomac , produit de la chaleur à la gorge et à la région épigastrique , quelquefois la perte de connaissance et de la parole ( Empoisonnement suivi de mort ; in Archives génér. de méd.j 1. 1 , p. 443) ; trismus, convulsions, déhre, diarrhée, taches rosées, irrégulières sur la peau (voyez Narcotico-acresj Généralités ).
Aconit napel [aconitum napellus). — La racine de cette plante , ses extraits aqueux et alcooliques, sont des poisons très-violents. Elle porte soo
EMP
EMP
action localement , et irrite les organes sur lesquels on l'applique; mais, outre ces symptômes inflammatoires, elle excite du délire, des syncopes, de l'assoupissement, une prostration extrême, des sueurs froides, et une mort assez prompte (Pallas). M. Pereira attribue la terminaison fatale à la diminution de l'irritabilité du cœur et à l'asphyxie (Expér. pour déterminer les effets de l'aconit féroce surl'écon. anim.; Edinb. journ.; in Arcli. gén. de méd., t. XXIX , p. 26 , 1 823 ). M. Richard Dix , dans un cas d'empoisonnement par la racine d'aconit, administra avec succès : 1° le vin d'ipécacuanha pour hâter les vomissements ; 2" de l'eau-de-vie et de l'ammoniaque dans une forte dissolution de café ; 3° des sinapismes à l'épigastre et aux mollets ; 4° des affusions d'eau froide sur l'occiput ; 5" des lavements de térébenthine (^Hop. de Londres; in Gazette deshôp.^ n° 46, 1. 1, 1839 ; voyez aussi une autre observât., même recueil , n** 37 , mars 1839 ).
Ellébore noir ( elleborus nigcr ); ellébore fétide (elleborus fetidus); ellébore blanc ^ ou varaire ( veratrum album ). La partie active des racines est soluble dans l'eau , et détermine très-rapidement le vomissement. La racine agit plus vite quand on l'applique sur une plaie que lorsqu'elle est introduite dans l'estomac ( M. Orfila ) , ce qui prouve que les accidents dépendent surtout de l'absorption, et des .effets qui en résultent sur le système nerveux : douleurs de tête , vertiges , strangulation , mouvements convulsifs, tremblement, syncope, crampe, dyspnée.
Vératrine. — Alcali végétal trouvé par MM. Pelletier et Gaventou dans l'ellébore blanc, la cévadille et le colchique.
Ceuadillc (veratrum sahadilla^ — Semences de forme allongée; propriétés analogues à celles de l'ellébore.
Colchique (colchicum autumnale). — La teinture de colchique, employée depuis quelque temps dans l'affection rhumatismale, occasionne , quand les doses en sont élevées, des nausées, des vomissements, de la cardialgie , et les symptômes nerveux dont nous avons parlé. La partie active de cette plante est le gallate acide de vératrine (voyez Narcotico-âcres; Généralités).
Laurier-rose (nerium oleander). — La partie vénéneuse réside dans la feuille, l'écorce , et même le bois. Libautius dit qu'un individu fut fort incommodé pour avoir couché dans une chambre où il y avait des fleurs de cette plante; un autre devint fou pour avoir mangé de la viande dans laquelle on avait mis une broche faite avec le bois de cet arbre.
Cyanure d'iode (voyez Narcotico-acres).
l^La noix vomique, graine du strjchnos nux vomica; 2° làfèue de Saint-Ignace (noix igasur des Philippines), la graine de l'ignalia amara ; 3" l'w-
pas tieutc, extrait obtenu en faisant évaporer le suc d'un végétal sarmenteux, du genre des strychnos, qui croît à Java , contiennent un alcali végétal, auquel on donne le nom de strychnine •,on doit lui attribuer les propriétés vénéneuses des plantes que nous avons nommées.
L'écorce de fausse angusture ( brucea antidjrsenterica ou ferruginea ) renferme un autre alcali végétal, qui est la brucine. Le ticunas^ le woorara et le curare , sont des poisons préparés avec le suc de certaines lianes, dont la brucine constitue la partie active.
Symptômes. — Nous réunissons ensemble ces divers poisons afin de retracer d'une manière générale leurs symptômes et leurs effets sur l'économie. Ëblouissements , malaise général, contraction de l'estomac, rarement suivie de vomissements, secousses passagères , ou frémissement douloureux dans les membres, qui sont contractés, trismus des mâchoires, accélération de la respiration. Une ou deux minutes après l'apparition de ces phénomènes , il y a relâchement des muscles , et calme momentané, pendant lequel le malade reste comme étonné ; bientôt nouvel accès , caractérisé par de véritables convulsions tétaniques; la colonne vertébrale se courbe, la tête se jette en arrière, le thorax est immobile, et la respiration est momentanément suspendue ; le pouls est petit, agité; la diminution des battements du cœur semble indiquer que cet organe lui-même participe à la convulsion des autres muscles; quand on touche le malade, les spasmes et les douleurs se réveillent, comme on le voit dans Thydrophobie, le tétanos, l'hys térie ; la raison du malade reste parfaitement intacte au milieu de tout ce désordre , les accès convulsifs s'éloignent ou se rapprochent, si la mort doit avoir lieu; l'asphyxie ne tarde pas à l'amener au bout d'un quart d'heure , environ. L'ouverture du cadavre ne décèle aucune lésion dans l'intestin; mais on trouve les altérations propres à l'asphyxie. Dans un cas fort curieux d'empoisonnement causé par la noix vomiquej M. Ollivier, d'Angers, a vu la muqueuse de l'estomac ponctuée de taches rouges, le tissu cellulaire sousarachnoïdien infiltré d'un liquide séro-sanguinolent » des ecchymoses dans le cœur; il n'y avait pas de lésion dans la moelle , dans la protubérance , ni dans le cervelet (^rc/i. gén. de méd., t. vni,p. 24, 1825).
Doit-on considérer ces poisons comme des excitants, qui produisent constamment le tétanos et l'immobilité du thorax, et, par conséquent, l'asphyxie à laquell succombent les animaux (MM. Orfila, Magendie) ou bien exercent-ils une action directe sur le système nerveux , à peu près comme pourrait le faire une forte commotion électrique (M. Ségalas, Journ. de physiolog. ex périment., 1822)?
Strychnine. — Les effets remarquables de cet alca-
EMP
EMP
loïde ont été fort bieu décrits par Blunahardt , de Stuttgard {Bledicinischcs corrcspondcnz-blait ; in Gazcltc médicale , p, 491 , 1837 ): angoisse, agitation extrême , immobilité , roideur du tronc , rétraction de la tête en arrière, figure pâle, chaleur de la peau , pouls fréquent et serré , trismus , respiration irrégulière et intermittente; à une période plus avancée, tremblement et secousses convulsives dans tout le corps, puis accès d'opistho'.onos, pendant lequel le corps est comme projeté en l'air à une certaine hauteur ( dans le cas cité , la roideur s'empara bientôt des membres supérieurs , qui se croisèrent sur la poitrine, la plante des pieds était tournée tout à fait en dedans); les mouvements du thorax et les ballenients du cœur s'affaiblissent et s'éleignent, les yeux sont brillants et fixes, les pupilles dilatées, les conjonctives injectées , un véritable état d'asphyxie et de mort apparente s'empare du sujet , puis cette immobilité tétanique cesse tout à coup, une ou deux inspirations profondes se font entendre, le pouls recommence à battre, les membres eux-mêmes, convulsés tout à l'heure avec violence, se fléchissent et se meuvent, l'intelligence se manifeste de nouveau; cette trêve de tous les accidents redoutables que nous venons d'indiquer ne dure qu'un instant , l'accès tétanique reparaît, et le malade succombe. Un phénomène assez remarquable , observé chez le sujet dont M. Blurahardt rapporte l'histoire, fut la sortie, parla veine médiane que l'on saignait , d'une foule de petites bulles de gaz de la grosseur d'un pois à une cerise , qui se présentaient à l'ouverture de la veine lorsqu'on la pressait.
L'autopsie , faite avec le plus grand soin , fit découvrir : 1° une congestion sanguine énorme dans le rachis et dans le plexus de la pie-mère rachidienne ; 2° un épanchement de sérosité au-dessous de la piemère; 3" la moelle ramollie et réduite en bouillie dans quelques points ; 4° les veines de la dure-raère et de la pie-mère et toute la masse cérébrale étaient tellement gorgées de sang , que la substance corticale était bleuâtre ; 5° le cervelet était un peu ramolli. Rien de remarquable dans le cœur ni dans les intestins. L'analyse du sang n'a pu faire découvrir aucune trace de poison.
Traitement. — MM. Magendie , Orfila et Delille conseillent d'expulser le poison par les vomitifs ; ils recommandent aussi l'insufflation de l'air dans les poumons, quand la convulsion des muscles des parois thoraciques est sur le point de produire l'asphyxie. C'est en pareil cas que les lotions froides sur le rachis nous semblent propres à diminuer les convulsions.
Les contro-stimulistes considèrent la strychnine et la noix vomique comme hyposthénisantes et antiphlogistiques ; aussi recommandent-ils d'en combattre les effets avec les substances stimulantes, comme l'opium, l'alcool, l'ammoniaque, les sels de morphine {De la
strychnine', in Gazette des hôpit.,n° 5, 1839).
Camphre. — Dissous dans l'huile d'olive, et introduit dans le canal digestif, il est vénéneux pour l'homme à la dose de trois à quatre gros. 11 agit , suivant quelques thérapeulistes, comme un excitant énergique du système nerveux et du cerveau ; suivant d'autres , au contraire , les symptômes annoncent un état de faiblesse : vertiges, éblouissements, mouvements involontaires , débilité musculaire, accablement , somnolence, stupeur, affaiblissement des sens, .et de la vision spécialement. L'école italienne regarde le camphre comme un des premiers remèdes hyposthénisants cardiaco-vasculaires et spinaux ; elle dit que la mort n'arrive que par l'affaissement progressif de toutes les fonctions : aussi donne-t-elle le conseil de combattre l'empoisonnement par les stimulants , tels que le vin,reau-de-vie, le rum, l'éther, l'ammoniaque (M. Rognetta, Quelle est la valeur thérapeutique du camphre? in Gazette des hôpitaux , n°26, t. I, 1839).
On administrera un vomitif, si l'on suppose que le camphre est encore dans l'estomac, et, si les symptômes convulsifs se sont déjà manifestés, ou aura recours à des frictions stimulantes sur toute la peau, et on donnera aussi un peu d'opium en potions ou en lavements,
La coque du Levant (menispermum cocculus ) est un fruit dont la partie active est la picrotoxinc. Goupil la considère comme un poison irritant ; M. Orfila , comme agissant sur le cerveau et sur le système nerveux.
Upas antiar ( suc laiteux et amer de Yanihiaris toxicaria), mêmes effets que la strychnine.
La rue (ruta graueolens), employée à haute dose, dans l'intention de produire l'a vertement, n'agit pas seulement sur l'intestin , qu'elle irrite , et sur l'utérus , où elle appelle le flux hémorrhagique ; on la voit souvent provoquer des accidents redoutables, auxquels le système nerveux ne reste point étranger. Les observations récentes publiées par M. Hélie prouvent que cette substance, une fois absorbée , agit sur le système nerseuxÇ^nnalesd'hj-g. et de méd. lég., t. XX, 1838). Vomissements répétés , yeux injectés , somnolence, figure un peu colorée, comme celle d'une personne ivre , vue trouble, pupille contractée, plaintes continuelles, pouls faible et mou, ralenti, stupeur, rêvasserie. Dans les trois cas rapportés par M. Hélie, la guérison eut lieu après des symptômes assez alarmants, et semblables à ceux que causent les poisons narcotico-âcres (vof., pour le traitement, Narcoticoâcres , généralités ).
Redoul (coriaria myrtifolia). M. Roux, de Montauban , a rapporté l'histoire d'un empoisonnement qui eut lieu par les baies de redoul , qui ont quelque ressemblance avec celles des rubus ccesius etfructi-
EMP
EMP
cosus. Picotement ;\ I;» lang^ue, ivresse, yeux e'tince- ],in(s, et roulants dans leur orbile, lividité dii visage , convulsions, trismus, aphonie , voilà les symptômes qui furent observes chez les quatre sujets qui avaient uiangé des fruits de redoul: l'un d'eux succomba; les trois autres guérirent. M. Roux conseille les vomitifs, les opiacés, les potions huileuses, les fomentations et les tisanes émollientes [Revue médic, t. iv, 1828,
Le tanguin de Madagascar est le fruit d'un arbre nommé tanghinia (fam. des apocynées). Il agit, comme poison violent , par une substance incristallisable , brune et visqueuse, qu'on appelle la tanguine.
Il nous suffira d'énumérer les plantes suivantes , don t les effets toxiques ont été peu étudiés , et devraient être combattus par les mêmes remèdes que les autres poisons narcotico-âcres , si l'occasion s'en présentait : Yapocfne, Yasclépias , le cj'-nanchum, la me/'curiale, le cariophyllum, Vanagallis arvensis (mouron des champs), Y aristoloche ( aristolochia clematitis), le chœrophjllum sylvestre ( cerfeuil sauvage) le sium lalifolium , \ ivraie tremblante {lolium temulentum) : les graines de cette plante , et le pain fait avec elles , occasionnent de la céphalalgie frontale , de la pesanteur de tête , des vertiges , des tintements d'oreilles, le tremblement de la langue, la difficulté de parler, ladysphagie, la dyspnée , des douleurs à l'estomac, de l'anorexie , des vomissements, lin tremblement général , des sueurs , de l'assoupissement. On fera vomir ; les boissons vinaigrées , les lotions , les révulsifs cutanés , forment la base du traitement.
Éther sulfurique. — Dans un cas d'empoisonnement par deux gros produit de ce liquide, il survint des convulsions, une congestion faciale, de l'assoupissement; des vomissements provoqués firent rendre la plus grande partie de l'éther, et il ne resta qu'une assez vive douleur à la région épiga8trique,quicédaà une potion légèrement opiacée.
Seigle ergoté (secale cornutum). — Voy. Ergotisme.
alcool. — Voy. Ivresse.
Champignons. — Il n'entre pas dans le plan de cet article d'énumérer les caractères des champignons comestibles , et de ceux qui sont vénéneux. On ne sait pas encore d'une manière bien précise quel est le principe vénéneux qui cause l'empoisonnement : la f ungine , l'albumine , une matière grasse , une substance azotée , insoluble dans l'alcool , de l'osmazôme , du sucre, de la gélatine , de la cholestérine, de la cire, des résines, de l'acide fungique et des acides benzoïque et acétique , des sels à base de potasse et de chaux, entrent dans la composition de tous les champignons; ceux qui agissent comme poisons renferment en outre un principe acre extrêmement fugace , et un
principe délétère, que M. Lelellier n'a rencontré que dans quelques espèces vénéneuses. Dans ces derniers temps, M. Ghansarel a publié un mémoire sur l'empoisonnement par les champignons ( Journ. de la Sociét. médic. de Bordeaux, 1 838 ), où il prétend que le principe délétère des champignons vénéneux réside dans une substance que possèdent ces végétaux , et qu'il regarde comme de nature essentiellement gélatineuse. On voit qu'il existe encore sur ce sujet une grande incertitude.
Altérations pathologiques. — Rougeur plus OU moins vive delà muqueuse de l'œsophage, de l'estomac et de l'intestin , taches rouge - brun dans ces dernières parties; ramollissement, destruction de la muqueuse, et parfois de la musculeuse ; plaques noires de l'intestin , considérées par les uns comme de nature gangreneuse, par d'autres, comme un simple ramollissement; contraction très-forte des tuniques de l'intestin , invagination, ventre tuméfié, taches violettes sur les téguments, poumons, foie, rate, mésentère et vaissaux de l'abdomen gorgés de sang ; taches gangreneuses et inflammatoires sur les membranes du cerveau, dans les ventricules, sur la plèvre, le poumon , le diaphragme, la vessie, l'utérus, et même sur le foetus d'une femme enceinte ( M. Orfila , ouvr. cit., p. i7& ); le sang fluide, coagulé dans d'autres cas.
Symptômes. — Ordinairement, de dix à vingt heures après l'ingestion des champignons, coliques vives , nausées , vomissements, douleurs épigastriques violentes, et tranchées continues et atroces; soif vive, évacuations alvines, refroidissement des extrémités, sueurs froides, crampes. Il semble que les symptômes offrent quelques différences , suivant les propriétés plus ou moins délétères des champignons : ainsi , tandis que , chez les uns , on observe les accidents que nous venons d'exposer, chez d'autres, ils prennent une intensité plus grande ; stupeur, abattement , défaillance, état comateux, convulsions violentes, délire, peau froide, pouls petit, misérable , faiblesse des battements du cœur, yeux éteints, contraction extrême des muscles abdominaux , tendus comme une planche , des mâchoires et des muscles de la poitrine. Chez les autres malades, les douleurs violentes de l'abdomen amènent aussi des convulsions toniques dans les membres, et des symptômes nerveux assez graves; mais les accidents paraissent plus limités dans les organes du ventre, et le malade succombe avec sa pleine connaissance. La mort n'a pas toujours lieu : les vomissements , les évacuations alvines , les tranchées, attestent une irritation gastro-intestinale provoquée par le poison ; dans d'autres cas , il est impossible d'attribuer les effets observés à une simple gastro-entérite , il y a eu véritable intoxication , et les symptômes généraux ne laissent aucun doute à cet égard.
EMP
EMP
Traitement. — Il ne peut donc y avoir un seul traitement pour combattre des effets si différents. Dans tous les cas, si les champignons n'ont pas encore été digérés, ce qui arrive fréquemment, en raison des difficultés que l'estomac éprouve à attaquer des corps aussi réfractaires que le sont ces végétaux , on administrera sur-le-champ l'émétique en solution assez concentrée , et on favorisera le vomissement avec de l'eau chaude. Tous les auteurs conseillent , avec raison, de continuer à donner ensuite l'émétique en lavage , et des lavements purgatifs, qui achèvent d'entraîner hors de l'intestin les particules vénéneuses qui pourraient encore y être contenues. Les vomitifs doivent être rejetés si le sujet est dans le coma, et si les autres accidents nerveux sont déjà portés à l'extrême : dans ce cas , il faut administrer l'antidote.
Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'efficacité des divers contre-poisons; ceux qui ont été employés sont: 1° le vinaigre, 2" l'acide citrique, 3° l'éther sulfurique , 4*^ le sel commun , 5" les éméto-cathartiques , l'alcool et la noix de galle.
M. Mutel prétend que le vinaigre ne fait qu'accroître l'irritation de l'intestin , et qu'il ne convient que quand les voies alimentaires ont été débarrassées delà substance vénéneuse (ouvr. cit., p. 386). La raison qu'il invoque pour repousser l'emploi de cet acide n'a aucune valeur. Ceux qui ne veulent pas que l'on administre le vinaigre ou l'acide citrique , comme M. Ghansarel, se fondent sur ce que le vinaigre ne précipite pas la gélatine, qui est, ou au moins contient le principe délétère (M. Ghansarel) ; ou même sur ce qu'il dissout ce précipité, ainsi que le pense M. Orfila, et favorise ainsi l'absorption du poison. M. Devergie , au contraire, recommande l'eau vinaigrée et le jus de citron (ouvr. cit., p. 846). Quoi qu'il eu soit, il faut attendre , pour donner les acides, que l'intestin soit libre.
L'éther sulfurique , à la dose d'un gros à une once, en potion , a été prescrit avec succès par M. Dufour, de Montargis , dans un cas où le sujet était déjà dans un état de mort apparente. Les stimulants dif fusibles, tels que la teinture deBestuchef, seule, ou associée au laudanum, l'éther phosphore (v à xx gr, ), l'ammoniaque et son carbonate , dans une infusion aromatique de mélisse , de menthe , de tilleul , de feuilles d'oranger, sont d'un grand secours dans les cas où la perturbation nerveuse réclame une médication énergique.
M. Ghansarel , après des expériences assez nombreuses , considère comme le véritable antidote des champignons vénéneux la décoction de noix de galle et le tannin. Déjà ces substances avaient été préconisées par les anciens , qui donnaient des vins acerbes et astringents étendus d'eau , la décoction de noix de galle, de quinquina. M. Ghansarel veut qu'immédiatement après le vomissement on fasse prendre au ma-
lade, par petites tasses, et de cinq minutes en cinq minutes, la décoction tiède d'une once de noix de galle d'Alep dans une pinte d'eau, associée avec un mucilage de gomme ou de graine de lin ; on donne en même temps des lavements avec la décoction indiquée. On doit préférer le tannin , et le prescrire à la dose de trente à quarante grains, dissous dans une bouteille d'eau (mém. cit).
Si l'on veut bien réfléchir à la nature un peu différente des symptômes de l'empoisonnement , on comprendra pourquoi les substances que nous avons énumérées ont passé pour des contre-poisons : en effet , les excitants diffusibles sont nécessaires quand il s'agit de combattre le coma, l'insensibilité, le refroidissement et les autres phénomènes de narcotisme , de stupéfaction du système nerveux. Dans ce cas , les potions éthérées ou animées avec la teinture de cannelle ou quelques gouttes d'acide nitrique alcoolisé , d'ammoniaque, etc., sont véritablement utiles; on favorise leurs effets par une révulsion énergique appliquée aux membres inférieurs.
Ge traitement ne saurait convenir si les phénomènes morbides ont plus spécialement leur siège dans l'intestin , et s'ils se rattachent à l'existence d'une gastro-entérite. Pour calme.r les douleurs violentes de l'intestin, on fera prendre au malade des boissons mucilagineuses , des émulsions , quelques opiacés , des lavements émoUients ; on couvrira le ventre de cataplasmes, et on placera même des sangsues, si les symptômes acquièrent une grande intensité.
Ghap. IV. — Poisons septiques.
On désigne sous ce nom des substances qui déterminent une faiblesse générale , des syncopes , une altération de toutes les humeurs, et surtout du sang, qui d'ordinaire devient plus fluide. Les facultés intellectuelles restent le plus souvent intactes. On attribuait anciennement à ces poisons la propriété de faire naître plus rapidement la putréfaction : cette manière de voir, renversée par le solidisme exclusif des doctrines qui régnaient encore il y a peu de temps , reprend aujourd'hui quelque faveur , appuyée qu'elle est sur les recherches précises que l'on doit à la chimie moderne et aux travaux des micrographes.
Parmi les poisons septiques, on doit citer : \°Vacide hfdrosul/urique j qui cause un empoisonnement redoutable dont nous avons donné la description ( voy. Jsphjrxie parle gaz des fosses d'aisance j t. i du Compendiuin , p. 4 1 1 ) ; 2" les liquides venimeux fournis par certains animaux, comme la vipère, le serpent à sonnettes, le scorpion, la tarentule, les araignées , les guêpes , etc. ; 3" les matières animales provenant d'animaux malades ou putréfiés. Nous examinerons dans un article spécial (voy. Finis) l'histoire des maladies qui naissent sous l'influence des
EMP
EMP
poisons animaux sains ou malades. 11 y a dans cette question de pathologie générale des éléments si nombreux, et qui s'enchaînent par tant de rapports intimes , que nous croyons devoir les réunir sous le même cheî (virus), afin d'en faire ressortir les considérations qui touchent à la fois à la pathogénie d'un grand nombre d'affections , et à l'étude des altérations des fluides.
11 nous reste à dire quelques mots des matières alimentaires qui sont capables de s'altérer et de devenir la source d'empoisonnement. Les unes agissent évidemment comme poison septique ; mais quand elles n'ont subi aucune putréfaction , on ne sait pas précisément à quelle cause rapporter les accidents que détermine leur ingestion dans les voies alimentaires.
friandes fumées , boudins. — L'empoisonnement que produisent ces substances est très-fréquent en Allemagne, puisque le docteur Keirner, de Weinsperg, dans un mémoire sur ce sujet, a compté 1 35 cas d'empoisonnement, parmi lesquels 84 sont morts, depuis 1 793 jusqu'en 1 822. On doit à ce médecin une histoire complète de cette espèce d'empoisonnement dont les causes ne sont pas encore bien connues. On l'a attribué tantôt à la putréfaction des viandes (M. Keirner) , tantôt à des particules de cuivre qui y seraient contenues; et, en effet , dans plusieurs cas , ces altérations étaient évidentes , mais dans d'autres les analyses .chimiques n'ont pu rien découvrir (voy. Médec. lég. deM. Orfila,p. 513). Buchner et Schumann , qui ont fait de nombreuses expériences pour retrouver le principe vénéneux des boudins , croient qu'il consiste en un corps gras insoluble dans l'eau , très-soluble dans l'alcool et l'éther , auquel Buchner donne le nom d'acide gras des boudins.
Les altérations cadavériques sont les suivantes : 1" traces d'inflammation dans le névrilème des principaux troncs nerveux , comme le grand sympathique, le phrénique et le pneumo-gastrique ; 2° inflammation dans la muqueuse pharyngée et œsophagienne; S*' une ou plusieurs plaques inflammatoires, parfois gangreneuses , ayant leur siège dans l'estomac, aux environs du cardia; 4° intestins enflammés et gangrenés en plusieurs points ; 5° foie sain , ou gorgé de sang noir; vésicule distendue, enflammée, et alors pleine d'un fluide sanguinolent ; rate saine ; le rein et le pancréas étaient enflammés dans deux cas ; 6*^ ventre dur et tendu , vessie pleine ou vide , saine ou enflammée ; 7° muqueuse de la trachée rouge et couverte d'un mucus sanguinolent ; taches livides ou hépatisation du parenchyme pulmonaire; 8" cœur flasque , coloration rougeâtre de l'endocarde et des gros vaisseaux; 9" membres roides, inflexibles et contractés.
Le docteur Keirner compare les effets vénéneux du boudin à ceux que produisent les serpents venimeux
dans les régions tropicales. Il agirait , suivant lui , en paralysant tout le système nerveux des ganglions et des nerfs cérébraux qui ne sont pas exclusivement destinés aux sens ; le cerveau , la moelle et les nerfs restent parfaitement sains ; les inflammations locales ne sont qu'une suite de la lésion du système neçr veux.
Symptômes. — Vingt -quatre heures environ après le repas , douleur vive à l'épigastre, soif , lassitude , coliques violentes , sécheresse du nez , de la bouche et de l'arrière-gorge , dysphagie , inertie de l'œsophage , nausées , vomissemeuts , éructation acide ou amère, ventre souple et indolent , parfois douloureux et météorisé ; constipation , matières noires , dures, globuleuses, quelquefois décolorées; voix enrouée et rauque , aphonie dans quelques cas ; et toux croupale ; battements du cœur très-faibles , sécheresse, froid et insensibilité de la peau; pupille dilatée ou rétrécie , vue trouble. Du troisième au huitième jour , les symptômes prennent plus d'intensité : céphalalgie intense , vertige , rougeur et tuméfaction du visage; anxiété, étourdissement , défaillance, assoupissement , aphonie complète , affaiblissement plus marqué , diarrhée subite , excrétion involontaire des urines; la vie s'éteint sans que les sujets perdent connaissance. Si les malades continuent à faire usage des mêmes aliments, les symptômes que nous venons de tracer sont moins violents , mais ont une durée de plusieurs mois ou d'une année. Certains malades éprouvent de l'horreur pour les liquides , un délire furieux, des vertiges, la diarrhée, l'atrophie des testicules ( M. Mutel, ouvr. cité, p. 404).
Cet empoisonnement, tout à fait chronique, doit être combattu surtout par l'éloignement de la cause qui l'a provoqué , et par les moyens curatifs que l'on dirige d'habitude contre les inflammations chroniques et latentes de l'intestin.
La couenne de lard , \e fromage d'Italie ou fromage de cochon, \e jambon^ et d'autres préparations vendues dans les charcuteries, occasionnent parfois des coliques vives , des vomissements et des selles abondantes et répétées, du météorisme et un état général, qui se rapproche, dans certains cas, de celui que nous avons tracé plus haut. La cause de ces accidents est quelquefois évidente, et peut être constatée par les chimistes. Ce sont tantôt des particules de cuivre , ou la moisissure des substances employées, tantôt l'état rance de la graisse ; mais souvent aussi il est impossible de découvrir la cause de l'empoisonnement.
La graisse d'oie agit quelquefois à la manière des poisons. Dans un cas rapporté par le docteur Siedler, on s'était servi de cette graisse pour préparer des aliments ; on n'y trouva , à l'analyse , aucun poison métallique , et le médecin allemand attribue les effets toxiques observés à l'acide sébacique [Hufeland' s
EMP
journ. , octobre 1827; in Jvch. gén, de méd. , p. 611 , t. XVI, 1828).
Pomme de terre. — Nous avons parlé des effets funestes déterminés par cette substance , lorsqu'elle est gâtée. Kahlert pense qu'ils dépendent en grande partie du dégagement d'acide carbonique (voyez poisons narcotiques , solanées ).
Pain moisi. — Westerhoff raconte qu'il fut appelé pour donner des soins aux deux jeunes enfants d'un pauvre ouvrier, chez lesquels des symptômes d'intoxication générale s'étaient manifestés à la suite de l'ingestion d'une certaine quantité de pain de seigle moisi : la rougeur du visage , la sécheresse de la langue , la faiblesse et la fréquence du pouls , les coliques et les étourdissements, se dissipèrent quand ou eut provoqué le vomissement. Le mucor flavidus et le mucor mucedo, plantes de la famille des champignons , sontelles la cause de ces accidents ?
Fromage. — M. Sertuerner attribue les effets toxiques de certains fromages altérés à la formation du caseate acide d'ammoniaque , à une matière grasse ou résino-caséeuse acide , à une substance grasse et également acide.
Traitement général. — On doit chercher d'abord à déterminer le vomissement des matières ingérées, à l'aide de l'émétique, de l'ipécacuanha ; et si l'on suppose qu'elles sont encore dans la partie inférieure de l'intestin , on administre un purgatif en lavement. 11 ne faut pas redouter l'inflammation de l'estomac au point de ne prescrire que des boissons émoUientes. Souvent des infusions de thé, de tilleul , de sauge , de menthe , des potions éthérées , sont indispensables et réussissent très-bien pour dissiper promptement les accidents nerveux. On agirait différemment, si les coliques étaient fortes et les selles continuelles et sanguinolentes : les fomentations émollientes et les révulsifs cutanés sont très-utiles dans des circonstances semblables.
Glaces. — La manière d'agir des glaces et des boissons très-froides , prises en grande quantité , diffère de celle des poisons , à moins qu'elles ne contiennent quelques particules métalliques ou d'autres corps de nature vénéneuse. Elles agissent par la perturbation profonde qu'elles portent sur le système nerveux, et déterminent des symptômes cholériformesque l'on fait cesser par des infusions aromatiques chaudes , et quelques liqueurs stimulantes.
Historique et bibliographie. — Nous avons déjà mentionné dans le courant de cet article les principaux mémoires publiés sur chaque empoisonnement ; nous nous sommes attachés à faire connaître les livres où le sujet est étudié dans ses rapports avec laséméiologie et le traitement. On a pu voir que ces travaux ne sont pas aussi nombreux qu'on pourrait le supposer en parcourant la liste des ouvrages écrits sur la méde-
— 261 — EMP
cine légale , dans le siècle dernier et dans le commencement de celui-ci. Lorsqu'on les consulte, et que l'on y cherche une histoire complète de ces maladies accidentelles , on s'aperçoit bientôt que , dans un certain nombre d'entre eux, tout a été sacrifié à la toxicologie, et que la pathologie proprement dite y est négligée , ou même passée sous silence. Cela tient à ce que la plupart des auteurs de traités généraux , préoccupés exclusivement de la médecine légale et de la toxicologie, n'ont décrit les effets, les symptômes et la marche de l'empoisonnement, que dans le but d'apprendre au lecteur à reconnaître le poison. C'est là sans doute un point essentiel pour le toxicologue, et même pour le praticien ; mais il est nécessaire d'y ajouter ces déductions pratiques qui découlent de l'étude des effets locaux et généraux propres à chaque poison , afin d'en asseoir le traitement sur une base solide.
Une difficulté assez grande a arrêté un grand nombre d'auteurs. Ceux qui ont voulu donner une histoire médicale et médico-légale de chaque empoisonnement ont envisagé leur sujet sous le point de vue le plus vaste et le plus général, mais ils n'ont pu le faire d'une manière complète, à cause de la multiplicité des documents qu'ils étaient contraints défaire entrer dans leur cadre. Étude chimique du poison , moyen de le reconnaître , étude de ses effets physiologiques et thérapeutiques , de ses symptômes , traitement, altérations cadavériques, tels sont les éléments que doit comprendre la question examinée dans tous ses rapports. Les auteurs ont reculé devant l'exécution d'un ouvrage conçu sur un plan aussi vaste , dans lequel doivent figurer la pathologie , la thérapeutique et la médecine légale, qui s'enchaînent intimement dans les différentes parties de celte question. Quelques-uns, cependant, l'ont tenté et sont restés incomplets ; d'autres ont choisi la médecine légale, et sacrifié le reste ; d'autres, enfin, en très-petit nombre , se sont appliqués à l'étude purement pratique de la question ; encore n'est-ce que dans les mémoires établis sur des observations particulières que les auteurs ont ainsi considéré l'empoisonnement. Il n'existe pas de traités généraux oti, comme pour l'histoire des maladies internes , les symptômes , les effets, la marche, le diagnostic, la médication de chaque empoisonnement , sont exposés d'une manière complète et appuyés sur des observations particulières ou des relevés exacts puisés dans les annales de la science. Un ouvrage rédigé dans cet esprit est encore à faire : c'est là une lacune très-grande laissée dans la pathologie interne, et que l'on pourra combler en compulsant avec soin les observations nombreuses consignées dans les divers recueils.
Les progrès de la chimie moderne, et les belles découvertes que cette science a enfantées depuis le
EMP
EMP
coinmencemenl de ce siècle , ont imprimé à l'étude de l'empoisonnement une impulsion heureuse. Nonseulement elle a éclairé la toxicologie , qui n'est autre chose qu'une application de la chimie à la médecine , mais encore le traitement des poisons , en nous enseignant à en neutraliser leurs effets à l'aide de substances appelées antidodes. Une histoire de ces découvertes utiles offrirait le plus vif intérêt, mais n'a encore été faite par personne.
Parmi les ouvrages que nous avons fréquemment consultés pour la rédaction de cet article, nous citerons.— Brodie {Experiments and observations on the differens modes in whicli deatk is produced hy certain vegetable poisons ; in Transac. philosoph.j 1811 et 1812; et in annales de chimie, t. xcui) , dont les mémoires renferment une exposition fort lumineuse des effets de différents poisons. — Plenck ( Toxicologia , seu doctrina de venenis ; Vienne, 1801). — J. Franck {Manuel de toxicologie , ou doctr. des poisons et de leurs antidotes , traduct. par Vrancken , in-8° ). — Bertrand {Manuel médico-légal des poisons , in- 8"; Paris ,
1 8 1 7 ) : il règne dans ce livre une confusion qui empêche de saisir quelques règles de traitement assez bien posées. — Montgarny ( Essai de toxicologie considérée d'une manière générale, in-8*'; Paris,
1818 ) : la partie thérapeutique et la symptomatologie y sont négligées. — Ghaussier( Contre-poisons, ■ou moyens reconnus les plus efficaces dans les différents cas d' empoisonnement , in-8^; Paris, 1819): cet opuscule n'est qu'un manuel à la portée des gens du monde , où se trouvent indiqués sommairement les principaux remèdes , et les antidotes surtout ; il est sans importance pour le médecin ; cependant la thérapeutique y est résumée d'une manière sage et fort claire. — Guérin de Mamers ( Nouvelle toxicologie, ou traité des poisons et de l'empoisonnement , in-8*' ; Paris , 1826 ) : l'auteur y expose les symptômes de l'empoisonnement , suivant l'action qu'il attribue à chaque substance sur le cerveau , la moelle , le cœur, l'intestin , etc. 11 en résulte un ordre tout à fait arbitraire et nullement fondé ; l'empoisonnement y est surtout considéré sous le point de vue de la pathologie , mais d'une manière très-incomplète ; le traitement même n'y est qu'indiqué. — Mutel {Des poisons considérés sous le rapport de la médecine pratique et de la médecine légale , in-8" ; Paris, 1830 ). Ce livre se recommande au praticien par plus d'une qualité : chaque poison est étudié d'une manière complète ; la toxicologie y est un peu négligée , mais l'histoire des symptômes de tous les poisons, de leurs effets sur l'économie , des altérations patho-
. logiques, de leur traitement , y est faite avec le plus grand soin ; l'auteur a su mettre à profit les documents nombreux qu'il a empruntés aux auteurs dont
il cite fréquemment les noms ; nous avons souvent consulté cet ouvrage , qui n'est point assez connu. — Jh. Briand {Manuel complet de médecine légale , 3^ édition , in-8° ; Paris , 1830) ; ceux qui voudront lire un résumé succinct des symptômes et des altérations morbides des empoisonnements le trouveront dans ce livre. — Alph. Devergie {Médecine légale , théorique et pratique ,t. n , 2* partie , in-8''; Paris, 1 836 ) ; dans ce traité , qui nous a été fort utile , on trouve , outre l'histoire médico-légale de l'empoisonnement, dont nous n'avons pas à nous occuper ici, une indication méthodique fort complète du traitement; les indications thérapeutiques et les règles qui doivent diriger le médecin dans les différentes médications y sont formulées avec le plus grand soin. — Ghristison ( ^ treatise on poisons, 1^ édition , in-8''; Londres, 1832) : ce traité, un des plus remarquables qui aient paru dans ces derniers temps , renferme une histoire complète des poisons ; toutes les parties , si ce n'est le traitement , y sont étudiées avec beaucoup de développements. Le médecin anglais ne se contente pas d'exposer les effets toxiques des agents vénéneux , il étudie encore leurs effets physiologiques, les désordres auxquels ils donnent lieu, rend un compte très-détaillé des expériences et des observations particulières rapportées dans les ouvrages étrangers ; il montre une vaste érudition , et paraît trèsbien initié aux littératures française , allemande , anglaise , etc. , auxquelles il emprunte de nombreuses citations. Nous avons mis souvent à contribution ce livre , et surtout pour les travaux des médecins anglais que nous ne possédions pas, et qui sont soigneusement indiqués dans l'ouvrage de M. Ghristison. — Orfila ( Traité de médecine légale , t. m , 3® édition , 1832 ) : ce livre contient le résultat des nombreuses recherches faites avec tant de succès par l'auteur sur presque toutes les branches de la médecine légale, et spécialement sur la toxicologie. L'ordre méthodique qui règne dans ce traité permet de saisir aisément tous les détails qui y sont renfermés , tant sur les effets du poison que sur leur action sur l'économie ; consacré exclusivement à la toxicologie , ce livre ne fournit aucune notion sur le traitement : c'est dans des mémoires particuliers, que nous avons cités dans le cours de cet article, que M. Orfila s'est occupé de certaines parties du traitement.
EMPROSTHOTONOS , voj. Tétanos.
EMPYÈME , de ev, dans , et de wuov, pus.
Les anciens donnaient le nom de spwur.fAa à toutes les colleclions purulentes formées dans les cavités splanchniques ou dans l'intérieur des organes. Depuis , ne tenant plus compte de l'étymologie de cette dénomination , on restreignit son application d'une part, pour l'étendre de l'autre: ainsi l'on ne donna plus le nom d'empyème qu'aux épaachemeuts formés dans
ENC
ENC
la cavité pleurale, mais on réunit les épancheoieiils de pus, de sang^, de sérosité ot d'air. Les pathologistes modernes ont adopté ce dernier sens.
Considéré de cette manière, l'empyènie est un symptôme qui peut se rencontrer dans plusieurs affections très-différentes ; mais il n'est point une maladie à laquelle on doive consacrer une description spéciale. En effet, les épinchenients d'air constituent le Pneumothorax, et seront décrits à ce mot.
Les épanchements de sérosité , suivant qu'ils sont le résultat d'une inflammation de la plèvre ou d'une exhalation lente et symptomalique, appartiennent à l'histoire de la Pleurésie et de THydrothorax.
Les épanchements de sang , nous ne parlons pas de ceux qui sont déterminés par une cause traumatique , que ce liquide soit versé par une exsudation pleurale , par la rupture d'un des vaisseaux de la poitrine, ou la déchirure du tissu pulmonaire, trouvent leur place dans les articles consacrés à I'Hémor- RHAGiE, à la Pleurésie hémorrhagique, aux maladies de l'AoRTE et de 1' Artère pulmonaire, à la Phthisie pulmonaire.
Les épanchements de pus peuvent reconnaître pour cause une inflammation aiguë des plèvres , la transformation d'un épanchement séreux, l'ouverture dans la cavité pleurale d'une caverne pulmonaire, d'un abcès du poumon , du foie , etc. Leur histoire sera donc comprise dans celle de la Pleurésie purulente ou chronique , de la PHTmsiE pulmonaire , des abcès du poumon [voyez Poumons, maladies des), de I'Hépatite, etc. Quant à ceux qui sont le résultat de l'ouverture dans la cavité pleurale des abcès du médiastin , de l'aisselle, de la paroi pectorale , du cou , des abcès par congestion, nous n'avons pas à nous en occuper.
Si, à l'exemple des auteurs du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques ^ nous consacrions un article à l'empyème , nous serions obligés de considérer l'épanchement en lui-même, indépendamment de ses causes : or, celles-ci n'exercent-elles pas une influence immédiate sur les symptômes, le diagnostic, le pronostic, le traitement? Placés dans l'alternative d'être fort incomplets, ou d'entrer dans des considérations qui , dans le cours de cet ouvrage, doivent se représenter plusieurs fois sous notre plume, nous avons pris un parti auquel devraient se ranger, ce nous semble, tous les pathologistes , la précision du langage médical ne pouvant que gagner à ce que le mot empfème ne figure plus que pour mémoire dans son vocabulaire.
ENCÉPHALITE, s. f . , inflammation de l'encéphale.
Dénominations françaises et étrangères, — PhrénésiCj transport au cerceau, Jîèvre cérébralcj encéphalite j céphalitc. Fr. — (JpsviTt;, opsvïidi?, 6.piac'.;. Gr. — Injlammalio cereùrij p/ire-
nesisj phrcnitis, siriasis, phrenismus, sphacclismus, sideratiOj inflanima'io phrcnitis^ cauma phrenilisj cmpresnia cephalilisj, encephalitis , cephalitis, cerebritis. Lat. — Phrensy, l>rainfei>er^ inflammation of the brain, Angl. — Entzûndung des Gehirns, Tobsucht ^ Kopfvuth , Hirnfieber, Jlirntvuth. Wlem.' — Frenesia, inflammazionc di cercellOj, encefalite. Ital. — Frenesi, frenitis. Espag. — Krankzinnigheid , harsenccoede. Holl. — Raserie. Dan. — Baserij yrhet. Sucd.
Synonymie suivant les auteurs. — Siptaat;, Hippocrate; tppsvtrtç, Alexandre; siriasis^ Vogel; phrenitisj, Celse, Linné, Sagar, Gullen , Boerhaave, Juncker ; phrenismus^, Yogel ; sphacelismus, Etmuller; cephalitis. Sauvages, Sagar; encephatitis^ Frank , Ploucquel , Swediaur ; cauma phrenitis, Young; empresma cephalitis, Good; céphaliie, Pinel; encéphalite, Andral , Bouillaud.
L'encéphalite est peut-être , de toutes les maladies comprises dans les cadres nosologiques, celle dont l'histoire présente le plus de difficultés , et avant de décrire les altérations pathologiques qui s'y rattachent, avant d'entrer dans l'examen approfondi des opinions diverses qu'elles ont fait naître, nous éprouvons le besoin de montrer, dans un court aperçu, les principaux obstacles que nous aurons à vaincre dans cet article. Il importe, d'ailleurs, que le lecteur sache, dès le commencement, quel est le sens pathologique précis qu'il doit attacher au mot encéphalite, et qu'il connaisse les rapports qui unissent cette maladie à d'autres lésions que l'on trouve placées sur ses limites.
L'encéphalite aiguë est caractérisée, dans ses premières périodes, par une injection capillaire, une coloration morbide et une diminution de consistance dans la pulpe cérébrale. A un degré plus avancé de la maladie, la suppuration diffuse, les abcès, les indurations, les cicatrices, sont, pour quelques auteurs, des vestiges non douteux d'une phlegmasie chronique ; mais de nombreuses dissidences, dont il est d'ailleurs facile d'entrevoir la cause, ont régné et régnent encore sur la nature et la valeur de chacune de ces différentes altérations.
Les uns, prenant surtout en considération le degré d'injection de la pulpe cérébrale, et les différentes modifications qu'elle peut présenter, ont décrit sous le nom à'apoplexie capillaire une véritable cérébrite ou une congestion cérébrale; les autres, attachant une grande importance à la nuance de la coloration morbide, ont voulu la faire servir à l'établissement d'une apoplexie avortée, ou d'une disposition scorbutique, distincte de l'encéphalite, ou d'une maladie qu'ils ont constituée sous le nom de ramollissement blanc, non inflammatoire ; ceux-ci, considérant le ramollissement comme la lésion caracté-
ENC
ristique de rencéphalite, ont confondu sous ce nom toutes les affetions diverses dans lesquelles peut avoir lieu une diminution de consistance de la pulpe cérébrale ; ceux-là, enfin , sous l'empire de doctrines systématiques, ont voulu rapporter à l'inflammation une foule d'altérations org^auiques, jusqu'aux tubercules et au cancer du cerveau.
Peut -on s'étonner de cette multiplicité d'opinions, quand on songe qu'il s'agit d'un organe dont la structure et les fonctions n'ont pu encore être déterminées d'une manière précise; d'un organe pour lequel il a été impossible, jusqu'à présent, d'établir rigoureusement les rapports qui existent entre les troubles fonctionnels et le siège , l'étendue, la gravité, la nature même des altérations anatomiques auxquelles ces troubles correspondent; d'un organe, enfin, dont la texture est tellement fine et délicate, que souvent, dès les premières périodes de la maladie, il ne présente plus qu'un détritus homogène, presque toujours le même dans les circonstances les plus différentes, au milieu duquel il est impossible de reconnaître les lésions primitives qui auraient pu jeter quelque jour sur la pathogénie. Cette dernière considération a été trop souvent méconnue par les auteurs qui , pour classer les maladies de l'encéphale , n'ont voulu prendre que l'anatomie pour guide, et ont ainsi jeté dans la matière une confusion qui vient à chaque instant embarrasser le praticien. Gomment, à l'aide de l'anatomie pathologique seulement, différencier, dans des circonstances aussi défavorables, des maladies qui ont toutes pour point de départ une même lésion, un afflux morbide de sang vers l'encéphale, et qui, d'ailleurs, il faut bien se le rappeler, se transforment, se réunissent, et se confondent sans cesse entre elles? « Si vous suivez, à l'aide des faits, a dit M. Lallemand, les différents degrés d'injection sanguine de la substance nerveuse, en partant de la simple distension des vaisseaux, vous arriverez à l'épanchement apoplectique par des transitions tellement insensibles , qu'il vous sera impossible de trouver une ligne de démarcation à laquelle vous puissiez vous arrêter » [Recherches anatomico-pathologiques sur l'encéphale, t. i, pag.73).
Pour éviter les difficultés qui naissent de cet état de choses, quelques auteurs ont trouvé commode, comme nous l'avons dit , de rapporter à l'encéphalite toutes les altérations que l'on rencontre dans le cerveau; mais aujourd'hui cette marche n'est plus possible , et l'on préfère à la séduction des théories l'exactitude de l'observation et l'appréciation impartiale des faits. D'autres, suivant une roule entièrement opposée, ont pensé mieux faire en établissant une foule d'individualités morbides distinctes , d'après des caractères anatomiques auxquels il est impossible d'accorder la valeur qu'ils leur ont prêtée.