‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 4)Chapitre 2 sur 32 · VI · texte numérisé non relu

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mortel génie dont l'influence se fait encore sentir sur nous n'a pas cru devoir mépriser des travaux antérieurs qui , à cette époque , ne devaient avoir qu'une bien minime importance, ils oseraient se montrer plus dédaigneux que lui, et repousser une étude aujourd'hui si féconde, grâce aux hommes illustres qui depuis ont brillé d'un si vif éclat? Pensent-ils pouvoir mieux faire que d'imiter, comme le dit si bien M. Littré , le grand médecin qui s'en réfère lui-même à l'expérience des siècles, et ne conçoit de sûreté dans la méthode, et de progrès dans l'étude , qu'autant que cette expérience sera consultée et mise à profit. (Littré, article in National, 30 et 31 juillet 1838.)

La seconde objection est-elle mieux fondée? Pour éviter au médecin l'embarras que la lecture de notre ouvrage peut lui causer dans le choix de sa thérapeutique, faut-il, entre tant de doctrines défendues par des hommes également distingués, n'en choisir qu'une pour la lui présenter ensuite comme la seule capable de le diriger au lit des malades ? Sous prétexte de simplifier la science , faut-il lui donner un seul homme pour représentant? Etrange manière d'envisager la médecine pratique que certains fondateurs de doctrine ont voulu faire prévaloir! Sans doute un tel procédé favorise l'ignorance et la paresse, mais il n'est pas un seul homme éclairé qui voulût entrer dans cette voie. Pourquoi les études médicales et l'exercice de la médecine sont-ils aujourd'hui environnés de tant de difficultés? N'est-ce point parce qu'on repousse toute doctrine exclusive ; parce qu'on reconnaît que toutes les écoles peuvent à leur tour fournir d'utiles documents pour asseoir des indications thérapeutiques rationnelles; parce qu'on reconnaît que des médications différentes peuvent également conduire à la guérison d'une même maladie, en raison de l'influence qu'exercent sur celle-ci les conditions individuelles qui varient d'homme à homme, et ces conditions générales, accidentelles qui, dans une épidémie, par exemple, impriment leur cachet et un caractère spécial à l'état morbide?

Répétons-le donc , c'est encore en méditant les travaux des hommes qui ont appartenu aux différentes écoles que l'on peut établir une thérapeutique efficace et éclairée. Nous ne sommes déjà plus à ce temps, peu éloigné de nous , où l'on croyait posséder un critérium universel, où l'on attaquait de la même manière non-seulement toutes les pneumonies , mais encore la pneumonie et le tubercule, le chancre vénérien et l'ulcère simple, l'encéphalite et le ramollissement cérébral sénile, l'entérite et la fièvre typhoïde, les névroses et les phlegmasies. Une observation, devenue de plus en plus rigoureuse, vint démontrer que cette doctrine, dont le principal élément de succès fut peut-être

la facilité avec laquelle elle s'adaptait à toutes les intelligences, ne pouvait pas, mieux que celles qui l'avaient précédée , être généralisée et s'appliquer à tous les faits. L'esprit analytique, qui caractérise notre ère médicale, n'a pas tardé alors, comme il le ferait pour toute tentative du même genre, à réduire à sa juste valeur le système physiologique, tout en reconnaissant les vérités importantes qu'il avait fait entrer dans le domaine de la science.

Avions-nous besoin, du reste, d'u^e si longue justification? JNe sommes-nous pas dans la voie que suit avec tant d'éclat un des plus dignes interprètes de la science , et ne nous eût-il pas suffi de rappeler ces paroles que prononçait naguère M. Andral à l'ouverture de son cours?

« Il n'y a plus aujourd'hui d'école éclectique : nous sommes tous éclectiques en ce sens que nous cherchons la vérité , et que nous savons la prendre partout où elle se trouve ; ce qui ne veut pas dire que nous sommes tout à la fois vitalistes, chimistes, humoristes, solidistes, mais que nous empruntons à toutes les écoles les vérités qu'elles renferment, pour les faire servir à un enseignement rationnel. »

En dehors des objections auxquelles nous venons de répondre, il existait un écueil plus réel que ceux que l'on nous signalait ainsi, et d'autant plus dangereux qu'il est jeté sur notre route par la nature même de l'ouvrage que nous publions. Il consiste dans la difficulté qu'on éprouve à coordonner des éléments divers de manière à en faire sortir des propositions générales bien établies, et ce n'est pas sans efforts que nous sommes parvenus à faire concourir tant de faits de détails à l'établissement de descriptions complètes dont le lecteur découvre bientôt tous les avantages.

En effet , autant l'esprit de doute est utile dans un grand nombre de questions, autant il est nuisible lorsqu'on l'applique à morceler toutes les parties d'un tout, afin de montrer la faiblesse de chacune d'elles. Rien, dans la médecine ni dans les autres branches des connaissances humaines, ne pourrait résister à cette minutieuse dissection. Quel avantage trouve-t-on à plonger l'esprit dans une pénible incertitude , en lui montrant isolément les symptômes et les signes qui caractérisent une maladie ; en lui apprenant à les dédaigner parce que les plus importants, les plus décisifs, peuvent manquer quekjuefois? Ne vaut-il pas mieux s'efforcer de lui fournir les moyens d'arriver à des idées bien arrêtées, à une conviction forte et cependant éclairée ? Une synthèse logique n'estelle pas la condition d'un diagnostic assuré, d'une médication efficace?

Nous avons été de cet avis , et ce n'est qu'après avoir embrassé d'abord d'un

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seul coup d'œil, et dans leur ensemble, tous les phénomènes qui accompagnent une maladie ; après avoir présenté dans un vaste tableau, rattaché les uns aux autres dans un même but les faits observés par les auteurs appartenant à toutes les doctrines et à tous les pays ; familiarisé le lecteur avec une description typique qui , en retraçant nettement les principaux caractères de cette maladie , doit servir à la faire distinguer de celles qui s'en rapprochent par des affinités souvent intimes , que nous indiquons les mille variétés de formes que peuvent imprimer à sa physionomie les symptômes, les causes, les complications , et bien d'autres circonstances souvent insaisissables.

Cependant il ne suffisait pas encore d'avoir rassemblé tout ce que les ouvrages de médecine renferment d'important, de les avoir compulsés avec quelque méthode , pour avoir fait une œuvre utile : il fallait encore qu'une critique impartiale accompagnât chaque article; nous l'avons faite avec toute l'indépendance qu'on est en droit d'attendre d'hommes qui ne sont enrôlés sous aucune bannière, et nous n'avons point cru que le rôle d'historiens, que nous avons accepté , dût nous empêcher de formuler nos propres convictions. Lorsque notre opinion n'est point nettement exprimée, c'est qu'en présence de doctrines appuyées sur des faits qui paraissent incontestables , ou qui , au contraire , attendent la sanction de l'expérience, il est impossible d'arriver à une conclusion; et ceux qui nous reprocheraient cette sage réserve ne sauraient pas qu'il est plus facile d'émettre un jugement tranché que de reconnaître les motifs qui doivent engager à s'abstenir.

Est-il toujours possible de blâmer ou de louer d'une manière absolue une doctrine, ou même une théorie restreinte? N'y a-t-il pas constamment quelques vérités importantes au milieu des propositions erronées dont aucun système n'est exempt? Doit-on s'étonner que nos assertions, au lieu de revêtir ces formes décidées, ces contours tranchés, que recherchent certaines personnes, se présentent souvent sous les formes plus modestes du doute, lorsque nous n'avons pas le droit d'exiger pour elles une conviction plus forte que celle qu'inspirent les opinions que nous sommes appelés à examiner ?

Toutes les fois que nous avons cru pouvoir le faire, nous n'avons point manqué de formuler les règles qui peuvent guider le praticien au milieu des incertitudes qui l'environnent. C'est surtout pour la thérapeutique qu'il était important de ne pas manquer à ce devoir, et sous ce point de vue encore, nous espérons qu'on reconnaîtra la différence qui sépare nos articles de ceux que renferment d'autres publications. Sans doute on trouve partout une longue

énumération de remèdes ; on voit enregistrés des médicaments qui , bien qu'opposés dans leur action, n'en ont pas moins été tous préconisés à titre de spécifique; on trouve encore indiquées les médications proposées par les principaux auteurs de chaque doctrine ; mais qu'on nous montre une exposition méthodique, raisonnée et complète des principes qui doivent présider à l'établissement d'une thérapeutique rationnelle. Nous n'avons rien négligé pour qu'elle ne fît pas défaut dans un ouvrage destiné par sa nature à tous ceux qui s'occupent sérieusement de la science , soit pour en approfondir les théories , soit pour la mettre en pratique.

Mais, pour remplir la tâche que nous nous sommes imposée, pour suivre exactement le plan que nous nous sommes tracé, nous n'avons pas toujours rencontré dans les auteurs les matériaux qui nous étaient nécessaires ; et ceux qui ont fait un travail semblable à celui auquel nous consacrons tout notre temps peuvent seuls savoir ce qu'il nous en coûte quelquefois pour remplir les lacunes nombreuses qui existent encore dans la science , pour suppléer par nous-mêmes et par des recherches spéciales , sans autre guide que nos propres observations, à ce qu'offrent d'incomplet les documents que nous avons à notre disposition ; heureux quand ils ne nous manquent pas entièrement !

C'est surtout pour certaines questions de pathologie générale , qui ne sont exposées nulle part d'une manière complète , pas même dans les traités modernes, que nous avons été fréquemment obligés d'établir nous-mêmes des divisions, et de puiser dans la pathologie interne les éléments d'une description dont les premiers linéaments étaient à peine tracés. On aura une idée des efforts que souvent nous avons dû faire, si l'on veut bien considérer que la disposition d'un grand nombre d'articles contenus dans les deux premiers volumes et dans cette livraison nous appartient presque entièrement (voyez Jnasarque, Anémie , Aménorrhée , Asphyxie, Asthme, Carphologie, Céphalalgie, Chlorose, Coma , Convulsions , Maladies de la dentition. Diarrhée, Diabète^ Dysenterie , Dysphagie. Dyspnée , Ecchymose).

Du reste, en revendiquant ainsi ce qui nous appartient, nous pouvons ajouter que nous n'avons point suivi l'exemple qui ne nous est que trop fréquemment donné dans certains ouvrages , dont les auteurs ne se font pas scrupule de copier la plus grande partie de leurs descriptions, sans se donner la peine d'indiquer les sources auxquelles ils ont puisé. Il est facile de se faire attribuer ainsi un mérite d'emprunt par ceux qui, n'ayant pas compulsé les annales de la médecine, ne peuvent restituer à chacun sa part; mais, dans l'intérêt de la science,

de nos lecteurs et de nous-mêmes , nous avons préféré rapporter toujours scrupuleusement à chaque auteur les idées qui lui appartiennent , celles mêmes qui sont tombées dans le domaine public , et que chacun croit avoir le droit de s'adjuger. Tout le monde, nous le pensons, reconnaîtra notre respect pour la propriété scientifique.

En résumé , le Compendiiim de médecine pratique s'est soumis à la loi impérieuse qui domine tout en ce moment ; il a suivi le mouvement ascensionnel qui entraîne irrésistiblement tous les esprits. Que les hommes chagrins et timorés qui redoutent le progrès , que les hommes qui préfèrent les douceurs du repos aux fatigues de la marche , s'indignent et s'alarment de l'état actuel des esprits, nous le concevons très-bien; mais nous avons dû accepter la situation telle qu'elle nous était faite , et pour notre part nous désirons que rien n'y soit encore changé.

Nous avons voulu juger par nous-mêmes des avantages que l'on pouvait retirer d'études historiques sérieuses, et, pour mieux asseoir notre jugement, nous avons entrepris les pénibles et laborieuses investigations qui nous ont conduits à la composition de cet ouvrage. Nous les continuerons dans le même sens , parce que nous avons acquis la certitude que si quelques hommes , du reste en petit nombre , dénigrent les travaux de ce genre et l'esprit de recherche, nous ne disons pas de doute, qui préside à la rédaction de beaucoup de livres de notre époque, c'est parce qu'ils aiment les études faciles, et que, n'ayant pas été à même de méditer les fait nombreux contenus dans les annales de notre art, ils ne savent pas tout le parti qu'on peut en tirer pour les progrès de la médecine.

Nous devions les développements dans lesquels nous venons d'entrer à nos souscripteurs et au public médical ; nous les devions à la mémoire de notre malheureux ami De la Berge , dont les convictions étaient les nôtres ; nous les devions enfin à une illustre société savante , au Conseil royal de l'instruction publique, et à quelques hommes éminents qui ont bien voulu accorder à notre difficile entreprise leur imposant suffrage.

•> Ed. Monneret. L. Fleury.

6 Avril, 1839.

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DES TRAVAUX CONTENUS DANS LES PRINCIPAUX TRAITÉS DE PATHOLOGIE INTERNE.

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DELIRIUM TREMENS , expression latine usitée pour rendre une forme de délire dont la cause spéciale est l'abus des boissons fermentées, amères, vineuses ou alcooliques.

Dénominations françaises et étrangères. — Délire tremblant, ou plutôt avec tremblement ; délire des ivrognes, manie, folie ébrieuses^ œnomanie (de oivoî, vin) ; encéphalopalhie crapuleuse, folie des ivrognes. Fr. — Delirium tremens, îemulentum , ebriositatis, potatorum; delirium vigilans , tremefaciens ; encephalitis tremefaciens ; mania a potu, a temulentia; dipsomania; febris nervosa lenta potatorum; oinomania. Lat. — Delirio tremente, delirio de briaconi. Ital. — Delirio de borrachon. Esp. — Delirium with tremor, Brainfever of drunkards. Angl. — Zl.tterivahnsiun, sauferwahnsinn.^ phrenesie der saiifer, kirncntzmidung der saûfer. Allem.

Synonymie suivant les auteurs. — Delirium tremens, Sutton ; febris cephalicis, cerebralis {brain fever), Pearson, Amstrong;/e/^nV nervosa lenta potatorum, delirium ebriositatis ., potatorum, Hufeland; mania potatorum, Barkhausen; mania a temulentia, Klapp; mania a potu., ènovfden; delirium ebriositatis, Blake : delirium vi^itans, Hayward; œnomanie, Kàyer; folie des ivrognes, Léveillé; folie ébrieuse, Roesch; délire tremblant de la plupart des auteurs.

Définition. — On donne le nom de delirium tremens à une maladie caractérisée par le trouble des fonctions de l'inlellig-ence , par le tremblement des membres , par les hallucinations des sens et par l'insomnie. J. Frank fait remarquer avec juste raison que cette dénomination est vicieuse , et qu'on devrait tout au moins la transformer en celle de delirium III,

cum tremore. Du reste , cette désignation des deux symptômes principaux de la maladie, le délire et le tremblement , n'est pas entièrement exacte , puisqu'ils se manifestent dans des circonstances pathologiques différentes , comme dans le délire causé par l'absorption de particules saturnines.

Sutton, qui a introduit ce mot dans le langage médical, n'était pas fondé à donner au délire la qualification de tremens , ou cum tremore , puisque dans des cas rares, il est vrai, ce signe de la maladie fait défaut ; et d'ailleurs , ce n'est pas seulement dans l'affection précédente qu'il se manifeste , mais encore chez ceux qui font usage de préparations narcotiques, d'opium , de stramoine , de belladone , chez les vieillards en démence, ou disposés à la paralysie générale (M. Galmeil, art. Delirium tremens, Dict. de méd., 2^ édit., p. 38). En appliquant au délire l'épithète de tremens, on imite les médecins de l'antiquité, qui ont décrit sous le nom à' ictère un grand nombre de maladies différentes par leur nature et par leur siège, et qui n'ont de commun entre elles que la seule coloration jaune des téguments (J. Frank, Praxeos medicœ univer. prœcept., part, secund., vol. i, sect.i, p. 747, édit. de Leipz., 1 832). Ces raisons ont engagé M. Rayer à désigner par le mot A' œnomanie le trouble des fonctions intellectuelles produit par l'abus du vin et des liqueurs spiritueuses (Mém. sur le delir. trem., p. 7, in 8°, 18Î9).

Divisions. — Quanta nous, contraints d'accepter cette dénomination, passée dans le langage médical, nous l'emploierons uniquement pour désigner cette perturbation des fonctions cérébrales, des sens et de la contraction musculaire qui dépend des boissons spiritueuses, et qui se traduit à nous par les symptômes que nous allons indiquer. Il ne s'agira , en aucune

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manière , dans cet article, de ce penchant irrésistible pour les boissons, qui survient chez quelques sujets (dipsomanie). Il ne faut voir dans certains cas de dipsomanie, rapportés à tort au delirium tremens, qu'une forme de l'aliénation mentale analogue à celle qui pousse certains individus à se luer, ou à tuer lesauties (monomanie homicide). Cette perversion des facultés cérébrales a reçu le nom de pol/dipsie ébr'ieuse, ou de dipsomanie, que lui a imposé Hufeland. Cependant la dipsomanie se manifeste chez quelques sujets atteints d un véritable delirium tremens; il apparaît alors, soit chez des ivrognes de profession qui sont pris de d lire dans le cours d'une maladie aiguë ou chronique, ainsi que M. Léveillé l'a fort bien prouvé dans son Blémoire sur la folie des ivrognes (Mém. de l'Jcad. roy. deméd., 1. 1, p. 21 0 et suiv., 1 828), soit chez les malades en pi oie au delirium tremens, et chez qui le besoin de boire est l'effet del? perversion des facultés cérébrales, perversion en tout semblable aux hallucinations variées que l'on observe chez la plupart des sujets. Cette forme de dipsomanie nous occupera , et sera décrite comme un des symptômes de l'affection. Ce serait introduire une fâcheuse confusion en nosographie que de vouloir considérer comme une maladie distincte un phénomène insolite qui vients'ajouteraux autres. Poumons, ily aura dehrium tremens quand la dipsomanie s'accompagnera de tous les accidents propres à la première affection. Du reste , tous les auteurs qui ont écrit sur cette matière ont tellement multiplié les divisions, qu'il n'est pas toujours facile de s'entendre à cet égard. Nous décrirons au mot Folie causée par les liqueurs fortes cette manie crapuleuse , ou polydipsie, qui porte les ivrognes à demander des boissons alcooliques ; il en sera de même de la folie chronique provoquée par l'abus de ces boissons (voy. Folie et Ivresse).

Sutton divise le delirium tremens en aigu et en chronique (Tract, on delirium tremens, by Sutton in-S'', London, 1813 , p. 13). Barkhausen et la plupart des écrivains Font distingué en aigu et en chronique , en idiopathique et en symptomatique , en sthénique et en asthénique.Nous signalerons ces différentes formes de la maladie en traitant de sa marche, de sa durée et de sa terminaison. Dreyluss , dans sa Dissertation sur le délire, en établit deux formes principales: l°le délire tremblant sans fièvre; 2° le délire avec fièvre. Ce genre est divisé en A, délire avec fièvre inflammatoire; B, avec fièvre gastiique;C, avec fièvre nerveuse [Inaugural ahhandlung Uber sauferwahnsinn, Vurzburg; 1831). Le docteur Pfeufer distingue un délire tremblant, et une autre forme de la même maladie qu'il appelle mania a poiu. Dans la première, le délire est continuel, et le tremblement des niainsun symptôme constant. Dans la seconde, il y a des intervalles lucides (in lilcd. conversations hialt..

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12 février 1831). Le docteur Cless adopte cette division (Médecin, correspondanz blalt., t. m, p. 310). La rémission complète des accidents appartient à la folie ébrieuse, bien distincte du délire tremblant, qui peut aussi conduire à la manie, et offrir comme elle quelque rémission dans les symptômes. Ces divisions ne nous paraissent propres qu'à jeter de la confusion dans l'histoire du délire; aussi croyons-nous de\oir n'en adopter aucune. Nous décrirons seulement un délire aigu , et un déhre chronique. Les complications qui accompagnent, et qui souvent déterminent le développement du déhre , sont d'une grande importance , mais ne demandent pas non plus à être étudiées séparément.

altérations pathologiques. — L'ouverture des cadavres n'a découvert jusqu'à présent aucune lésion que l'on soit en droit de considérer comme la cause du délire. Il faut prendre garde de rapporter l'origine du mal à des lésions qui sont l'effet de complications tout à fait étrangères à la maladie, ou de l'usage exagéré des boissons. Cette erreur nous semble avoir été commise par ceux qui ont vu dans le cerveau ou dans les membranes les vestiges d'une altération qui auraitexisté pendant la vie. Sutton n'a point fourni de renseignements sur ce sujet. M. Rayer n'a trouvé aucune espèce de lésion sur le malade qu'il a ouvert ( ouvr. cit. , obs. ni). Morgagni parle de concrétions fibrineuses des sinusde la dure-mère, d'injection de l'arachnoïde, d"i nfiltration delà pie-mère,d'é|ianchement séreux dans les ventricules, et d'un ramollissement à la base du cerveau chez un homme mort dans un état complet d'ivresse. Ce sont là les désordres que certains auteurs disent avoir constatés dans le délire; d'autres ont aperçu, tantôt des injections de la pie-mère, de l'arachnoïde , des infiltrations sous-méningiennes, des épanchements séreux dans les ventricules ( Schmidt , Baikhausen , Frank) , et tantôt une simple distension des vaisseaux encéphaliques ( Weber, Obs. méd. ^ ii ) , une décoloration marquée de la pulpe cérébrale ( Barkhausen ), quelques cuillerées de sérosité dans le canal rachidien (Rust's magazin, heft n, pag. 264); quelquefois les altérations sont plus profondes; mais alors appartiennent-elles à la maladie et doit-on en tenir un compte bien sévère lorsqu'on voit leur siège, leur nature, et leur degré de fréquence offrir tant de variations? Dans un cas observé par M. Galmeil, le crâne ne présenta rien d'appréciable; seulement le prolongement rachidien au niveau de la troisième et de la quatrième vertèbre lombaire était diffluent , et sa pulpe réduite en une bouillie d'un blanc rosé ( ouvr. déjà cité , p. 37 ). Jos. Frank cite encore au nombre des lésions qui ont été observées la présence de l'air dans les vaisseaux , l'odeur alcoolique ou vineuse du liquide séreux épanché, la phlogose des méninges ou de la substance cérébrale, l'apoplexie cérébrale (EbeF-

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mayer }, la rougeur de l'arachaoïde (ouvrage cité, p. 743). Ou voit que l'anatomie pathologique n'a jeté aucune lumière sur la cause matérielle du délire pas plus que sur un grand nombre de maladies que Ton est contraint par cela même de regarder comme des névroses. On a prétendu que le sang renferme de Talcool (Wasserfuhr, in /?i(iit'5 magaz., b. xxvii, heft n, p. 298), et que la pénétration de ce liquide dans les vaisseaux peut produire la coagulation prompte du sang-. Dans quelques circonstances , en effet , il a semblé que les vaisseaux conienaient une quantité plus grande de fibrine qui s'était séparée du sang. M. Royer-Collard , dans sa dissertation de concours pour k chaire d'hygiène, signale quelques expériences faites sur les animaux , desquelles il résulterait que l'injection d'alcool dans les veines coagule le sang ( De l'usage et de l'abus des boissons fermentées amères et alcooliques • Paris, 1 838 ). M. Magendie, en injectant une petite quantité de vin de Bordeaux dans les veines d'un animal, a produit presque instantanément la mort, tandis qu'une demi-bouteille de ce même vin, ingérée dans l'estomac d'un autre animal, n'a déterminé d'autre accident qu'une ivresse complète ( Leçons sur les phénomènes physiques delà vie, t. IV, p. 276; 1838 ). Toutes ces altérations n'ont qu'un rapport éloigné avec le deliriura tremens.

Le docteur Spath dit avoir trouvé souvent le cœur d'une grande mollesse (uber das delirium tremens und seine verschiedenen behandlungsarten ; in Medicinische annalen de Heidelberg^ 1836,2 vol., cah. n, p. 275). Un grand nombre d'auteurs signalent l'hypertrophie, l'altération de structure du foie , et lui attribuent même la mélancolie et le penchant au suicide que manifestent certains délirants : mais c'est là évidemment une complication qui tient à la même cause que le délire ( l'abus des boissons spiritueuses ).

M. Léveillé , qui admet une forme chronique du délire des ivrognes , signale dans les termes suivants les altérations pathologiques qu'il a trouvées et dans le crâne et dans le cerveau ; « Une injection plus ou moins considérable des méninges et des plexus choroïdes , plusieurs points de l'arachnoïde denses, opaques, d'un blanc mat, épaissis, d'une consistance fibreuse non également avancée , résistant ou criant sous le tranchant du scalpel et des ciseaux , quelquefois unis à la dure -mère par des filets membraneux très-déliés, mais solides; il existait constamment un épanchement séreux entre les membranes, se continuant dans le canal rachidien, et il y avait presque toujours beaucoup moins d'eau limpide, trouble ou roussàtre dans les ventricules ; rarement le cerveau avait perdu de sa consistance normale; de temps à autre, il s'est rencontré des ramollissements partiels ou des indurations peu étendues, en sorte qu'on ne peut rien dé-

duire de ces conditions pathologiques. Dans aucun cas , les surfaces muqueuses du canal alimentaire n'ont mis sous nos yeux la moindre trace de lésion organique» {Sur la folie des ivrognes; in Mem. de l'Acad. rof. de méd. , t. i,p. 196 ). Nous apprécierons ailleurs ces altérations (voy. Complications). 11 en est de même de l'inflammation, de la dégénérescence de l'estomac et des intestins , et du ramollissement de la rate , trouvés sur le cadavre des buveurs , etc. Ces désordres dépendent de l'ivrognerie habituelle des sujets , et n'ont aucune influence sur la production du delii ium tremens. Rappelons toutefois que l'on a fait jouer un certain rôle à l'irritation des intestins, et que, suivant les partisans de cette doctrine , il faudrait chercher dans la gastrite ou la gastro-entérite la cause du délire (voy. Complications). Symptômes. — Les auteurs mettent au nombre des symptômes du début des phénomènes morbides qui dépendent évidemment de l'état d'ivresse plus ou moins habituelle des sujets : ils ne nous paraissent pas appartenir en propre à la maladie. J. Frank regarde comme symptômes de la première période, la gaieté , l'esprit de saillie, la vue d'objets agréables , l'éclat des yeux et de la face, un bavardage continuel , la rougeur de la peau, et d'autres signes de l'ivresse ; aussi est-ce avecraison que ce médecin ajoute : «Ebrio- «sitasubi delirio tremeoti ansam porrigit, aeger pri- «mum de debilitate, anorexia, pondère ad epigas- «trium, tensione hypochondri dextri, ructibus, dolore ocapitis, aurium tinnitu, anxietate et inquietudine «conquiriîur»; et alors il commence seulement à indiquer les symptômes qui constituent véritablement le début de l'affection ; les autres sont l'effet de l'ivresse ( Prax., loc. cit., p. 740). Sans doute il existe , comme l'a dit M. Galmeil , deux périodes bien distinctes dans le delirium tremens: dans l'une, l'introduction incessamment répétée des boissons produit des désordres de plus en plus marqués; dans l'autre , les symptômes prennent toute leur intensité. Le délire , ainsi que le tremblement , l'insomnie, se montrent et caractérisent alors le mal { art. cit. , p. 32 ). Mais il n'en faut pas moins reconnaître qu'il est difficile d'établir une ligne de démarcation entre les phénomènes de l'ivresse reproduite coup sur coup et les premiers sîgnes du délire tremblant. C'est là ce qui explique pourquoi le tableau des premiers accidents de la maladie , lorsqu'elle débute graduellement, se compose tout à la fois de symptômes provoqués par les alcooliques, et de ceux qui appartiennent au delirium. Cette observation une fois faite, et le lecteur prévenu, nous allons donner la description de la maladie d'après les auteurs.

Les sujets présentent, au à'àhwi^ une faiblesse et une agitation inaccoutumées, de l'insomnie, de l'anoiexie, de la pesanteur à l'épigastre, du dégoût pour les ali-

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ments, delà tension aux hypochondres , des rapports nidoreux, des nausées et des vomissements (gastricisme de Hiizden). L'habitude offre quelque chose d'insolite : le malade change à chaque instant de position ; il devient le jouet des hallucinations les plus bizarres; le délire, le tremblement, l'insomnie, viennent alors caractériser la maladie. Quelquefois elle se montre d'une manière subite, et après un temps assez court. « Sur les personnes qui n'ont pas l'habitude de boire, cinq ou six jours suffisent presque constamment pour délerminer le paroxysme» (Galmeil). Le délire se manifeste sous les formes les plus variées: tantôt les malades furieux se livrent à des violences dangereuses pour les personnes qui les entourent, cherchent à se lever de leur lit, à se jeter par les fenêtres, à briser les objets qui se trouvent sous leurs mains, ou bien ils voient des ennemis qui les menacent ou les injurient; tantôt ils sont plus calmes ou s'abandonnent à une gaieté folle : ils entrent en conversation avec des êtres fantastiques créés par leur cerveau. Quelques-uns reconnaissent leurs parents, leurs amis, s'entretiennent avec eux de leurs affaires et de leurs occupations habituelles; d'autres, au contraire, tiennent des discours, et se livrent à des actions qui ne sont point du tout en rapport avec leur profession ni leur genre de vie ; ou bien ils sont tourmentés par une idée dominante qu'ils cherchent à réaliser; et si l'on s'oppose à leurs projets, ils entrent en fureur, surtout quand on les emprisonne dans la camisole de force. 11 en est d'autres qui, sans sortir de leur lit, s'agitent sans cesse, balbutient quelques phrases avec une volubilité extrême. La mémoire est, d'ordinaire, très-affaiblie, et les résolutions souvent aussi mobiles que la parole.

Le délire, dans cette maladie, est un phénomène ^ constant; mais ses formes, son intensité, sont variables. Il persiste pendant toute la période aiguë de l'affection ; il peut, cependant, cesser dans l'intervalle du paroxysme , et revenir ensuite avec plus de violence au moment de l'accès.

Le malade est en proie à toutes sortes d'hallucinations; il voit dans sa chambre et autour de lui des rats, des souris, des scorpions, des serpents, qui le piquent, et dont il cherche à se débarrasser en s'agitant sans cesse ou en gesticulant. Il finit par croire à la réalité des fantômes qu'il a sous les yeux , et en parle sans cesse au médecin qui le visite. Quelquefois il entend des voix qui l'appellent ; et, pour aller au secours d'un ami , il sort de son lit et se précipite par les fenêtres. Il aperçoit le reflet brillant de la lune, et se déshabille pour se baigner dans ce qu'il croit être une rivière, etc. Il sent des odeurs fétides, prend de l'eau colorée pour du vin ou de l'eau-de-vie. Quelques uns exigent impérieusement qu'on leur donne ces boisson pures ; d'autres se contentent

d'un liquide qui en contient une petite quantité. Les désordres du système musculaire ne sont pas moins grands que ceux de l'intelligence : ils se montrent avec plus de violence pendant les paroxysmes. Tous les muscles du corps , et particulièrement ceux des membres thoraciques, sont animés de mouvements continuels , inégaux et involontaires (Rayer, Mém. sur le delir. Irem. , p. 18). La contraction musculaire est pervertie plutôt qu'elle n'est diminuée (Galmeil); elle offre tous les attributs de la convulsion clonique,et manque de précision, de sorte que les mouvements ne sont plus coordonnés. On voit alors le malade se mettre sur son séant , présenter au médecin une main vacillante , afin qu'il lui tâte le pouls ; et lorsqu'on se livre à cette exploration on sent les soubresauts des tendons. Les mouvements désordonnés des membres supérieurs et inférieurs, de la tête et de toutes les parties du corps rappellent jusqu'à un certain point les mouvements des choréiques. On voit des malades qui font des efforts incroyables pour porter à la bouche un verre de tisane, et finissent par le répandre sur leurs vêtements. Ce tremblement existe aussi dans la jambe, et il en résulte une titubation qui imite celle de l'ivresse ou de la chorée. Quand on ordonne au malade de tirer la langue il ne le fait qu'avec une certaine difficulté: elle se balance sur le bord des lèvres {tremula lingua). La voix est tremblante , et les muscles d'expression faciale sont agités de mouvements convulsifs. De tous ces désordres musculaires, le tremblement des membres, surtout des supérieurs, a été considéré par Sutton comme un des signes pathognomoniques de la maladie : il existe , en effet , dans la majorité des cas. Rœsch dit l'avoir constamment observé {De l'abus des boissons spiritueuses^ in Jnnal. d'hyg. et de médec. /dg'fi/e, juillet, 1 838, n° 39, p. 3&).Gependant, comme il peut faire défaut, ou être remplacé par des convulsions toniques , beaucoup d'auteurs ne le regardent pas comme constant ni comme pathognomonique. Dans quelques cas le tremblement des membres est remplacé par des secousses violentes, épileptiformes, occupant les extrémités supérieures et inférieures. Quelquefois le tronc, et même les parois abdominales , en sont le siège. M. Léveillé a vu ces muscles si durs , qu'il ne pouvait palper les viscères du \enlTe {Sur la folie des ivrognes^ m Mém. de l'Acad. de méd., p. 183, t. i; 1828). Parfois ce sont de véritables convulsions épileptiformes, comme Georget en rapporte un exemple. Il existe souvent dans ce cas une épilepsie qui vient ajouter ses symptômes à ceux du délire. Rœsch , qui a pu observer cette forme du délire, appelé par lui délire tumultueux, déclare qu'il se termine tantôt par une apoplexie séreuse ou sanguine, tantôt au milieu d'un état soporeux ou après des convulsions: on doit sup-

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poser dès lors qu'il existait quelque complication étrangère au delirium tremens.

La parole est souvent embarrassée, quelquefois libre , mais saccadée , rapide , impérieuse, exprimant l'aberration des facultés intellectuelles; on voit aussi se peindre sur le visage de ces malades, tantôt la tristesse, ou une gaieté folle, et tantôt nue vive frayeur que détermine l'apparition des objets fantastiques qu'ils ont sous les yeux. Le sommeil est presque constamment troublé; le malade, en proie à une agitation continuelle causée par les hallucinations, veut quitter son lit où il ne peut goûter le moindre repos ; si, malgré ses efforts, on l'y retient de vive force , il supplie qu'on lui permette de se lever. Cette absence complète de sommeil , ou plutôt de la sensation qui Famène , diminue beaucoup après trois ou quatre jours; l'insomnie devient alors incomplète. Épuisé par la fatigue que produisent les mouvements continuels auxquels il s'est livré , le malade commence par dormir quelques heures , et finit par reposer un temps beaucoup plus long. Le sommeil , léger d'abord, est ensuite plus profond, et dure quelquefois une nuit ou un nycthéméron ; mais il est rare qu'à son premier ou à son second réveil le malade soit délivré de l'hallucination des sens qui le tourmentait. Use rendort de nouveau, et, après plusieurs sommes successifs , mais interrompus , il recouvre la raison ; quelquefois les autres symptômes de la maladie persistent. On a considéré comme terminaison critique le sommeil qui est suivi de la disparition du délire. Nous avons dit que, dans un grand nombre de cas, il fallait que le sommeil revînt plusieurs fois avant que le délire se dissipât d'une manière complète et définitive. Pendantquelquesjours encore , les idées sont confuses, les sens plus irritables, et les mouvements des membres encore incertains. Quelquefois une insomnie complète persiste douze , quinze jours, trois semaines, malgré l'administration de l'opium et des autres remèdes. Garther a vu le délire être beaucoup plus violent après le sommeil qu'auparavant ( Lond. med. and phjs. journ. , edit. by North. ; janvier 1831, vol. lxv, n°383).

La peau est couverte de sueur en raison de l'agitation excessive à laquelle se livre le malade : le visage est de couleur naturelle, ou rouge et gonflé; quelquefois , à l'exception d'un rire sardonique , on observe peu d'altération dans les traits de la face ; mais parfois aussi les yeux sont hagards , brillants, fixes, ou roulants dans l'orbite , les conjonctives rouges, les paupières gonflées et plus épaisses , leurs bords humides et couverts de chassies ; les lèvres et les dents se sèchent et s'encroûtent de mucus , ou bien une salive écumeuse entoure la bouche ; la langue offre un enduit blanchâtre plus ou moins épais à sa surface : tantôt elle est nette , humide , sans rougeur; tantôt

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sèche , avec piqueté rouge à la pointe : la soif est vive, ou nulle , et les sujets réclament , soit des boissons froides, aqueuses, dont ils ingèrent de grandes quantités, soit les boissons vineuses ou alcooliques , qu'ils boivent d'habitude. Outre les accidents du côté de l'intestin, que nous avons déjà signalés, tels que l'anorexie , les renvois , l'anxiété épigastrique , etc. , accusés parle malade, d'autres encore se manifestent. Il y a un dégoût prononcé pour les aUments solides, de la chaleur dans les intestins , une constipation presque constante, assez opiniâtre; les urines rares, foncées en couleur , laissant facilement déposer des sels, rendues quelquefois involontairement par les malades, en petite ou en grande quantité à la fois ; les fonctions respiratoires sont intactes; le pouls variable, tantôt accéléré, vibrant, tantôt ralenti, large et fort. Le docteur Spath propose une division fondée sur l'état du pouls ; il appelle stade d'éréthisme [stadium erethicum) celui durant lequel le pouls est plein, développé, et semble indiquer une émission sanguine (mém. cité, p. 272). L'absence du mouvement fébrile n'est point rare , et c'est là une circonstance sur laquelle ont insisté ceux qui ne voient dans le delirium tremens qu'une simple modification nerveuse. Jos. Frank a trouvé le pouls , tantôt à l'état naturel , tantôt fréquent ; dans quelques cas, mou ; dans d'autres, irrégulier, vacillant; il a aussi noté la vibration des carotides, et les hémorrhagies par la muqueuse nasale. Le sang obtenu par la saignée a offert la couenne dite inflammatoire bien formée. La sueur qui couvre le corps est quelquefois très-abondante , froide et visqueuse. Avant d'étudier les modes de terminaison du délire aigu , cherchons dans la forma chronique les modifications que peut présenter la symptomatologie.

Delirium tremens chronique. • — • La division de cette maladie en aiguë et en chronique, proposée d'abord par Sutton (ouvr. cité, p. 13) , a été admise par un grand nombre d'auteurs. M. Rayer, dans son mémoire , dit n'avoir pas eu occasion d'observer le délire chronique (p. 13). Sans révoquer en doute son existence, qui a été constatée sur cinq individus par M. Léveillé (mém. cité , p. 196), nous prouverons aisément que l'on a confondu sous ce nom des maladies dis. tinctes du délire , et qui en étaient ou le résultat ou la complication.

La forme chronique a été rencontrée chez des sujets de dix-neuf, de vingt-quatre , de trente ans, ou chez des vieillards, qui meurent à la manière des apoplectiques ou des paralytiques. Elle succède au délire aigu, ou arrive plus lentement chez les hommes qui se livrent à des excès habituels. Pour le docteur Rœsch, le délire chronique «est celui qui, amendé par un sommeil de courte durée, se reproduit continuellement , ne guérit presque jamais, et dégénère la plu-

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part du temps en une véritable démence continuelle» (mém. cité, p. 32). On voit alors chez les malades en proie à cette affection les débauches journalières reproduire lesprincipaux symptômes du mal, telsquele délire, le tremblement, les hallucinations, l'insomnie, la chaleur, la sueur, le mouvement fébrile. Dans le principe , lorsque ces accès sont encore éloignés, on peut les considérer comme des récidives, surtout lorsque les sujets, dans l'intervalle, sont rendus à une santé parfaite. Il n'en est plus de même, si la raison est habituellement troublée, et si les autres symptômes existent même à un faible degré. L'état chronique est remplacé souvent par l'état aigu , à l'occasion d'une nouvelle débauche ou d'une complication.

On ne possède pas de description bien nette du délire chronique des ivrognes. On a compris sous ce nom des maladies qui doivent en être distinguées : de ce nombre nous paraît être la démence périodique des ivrognes , étudiée par le docteur Jahn (Mediz. conversations blatt, par Hohbaum et Jahn, n° 35, p. 276; 1831 ). Voici en quoi elle consiste ; une fois que les symptômes déterminés par l'ingestion des alcools sont dissipés, on observe la tuméfaction considérable, le ballonnement, la dureté du ventre, l'oppression, une douleur extrême à l'épigastre, des convulsions successivement cloniques et toniques dans les membres inférieurs , puis dans les supérieurs et dans les muscles de la face, la perte de connaissance, la pâleur du visage , une sueur visqueuse , un délire vague. Il y a ensuite une rémission complète de tous ces accidents ; les malades restent accablés , mais sans fièvre : toutefois , la pâleur , le froid , de légères convulsions dans les muscles de la face, la faiblesse , persistent encore, et au bout d'une heure , environ, la même scène se répète jusqu'à trois ou quatre fois, pour disparaître pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines. La courbature , des spasmes musculaires, parfois de la paralysie, sont les symptômes que le malade accuse pendant les intermissions. La démence périodique des buveurs marche ainsi par accès, et revient aprèsun laps de temps indéterminé. Quoique le docteur Hœgh-Guldberg donne cette forme de la maladie comme une variété du delirium tremens qui serait véritablement chronique ( Comment, de delirio iremetite, Copenhague , p. 28 , 1 836 ) , nous pensons qu'il faut y voir une de ces épilepsies que peuvent exciter les excès des boissons.

M. Léveillé dit que les sujets atteints de délire chronique finissent, à une certaine époque de leur vie , par tomber en démence; rimbécillilé et l'idiotie sont leur dernier partage. Les altérations pathologiques que nous avons signalées d'après le travail de ce médecin tendent à faire croire qu'il survient chez ces ivrognes abrutis une affection chronique des méninitres on du cer\ eau. Oa trouve . en eflel , des

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injections, de l'épaississement, des épanchements dans les membranes du cerveau , quelquefois des ramollissements partiels. M. Léveillé regarde ces désordres, non pas comme l'effet d'une inflammation chronique dont on semble retrouver les vestiges, mais de la stimulation trop prolongée, «qui entretient la pléthore vasculaire, la rend permanente, amène*un collapsus favorable à l'exsudation séreuse , et entraîne une altération organique non consécutive à une phlegmasie.» Sans chercher à prouver tout ce qu'il y a d'obscur dans le mode de production de ces désordres , on peut se demander s'ils ne sont pas le résultat d'une névrose ou une maladie d'une toute autre nature. Ne voit-on p,is les altérations pathologiques manquer chez les épileptiques , dont la maladie dure depuis de longues années: on serait tenté de voir dans ces altérations , non pas la cause du délire chronique , mais souvent l'effet d'autres affections qui sont venues le compliquer.

Souvent aussi les auteurs décrivent comme une forme chronique du délire la manie des ivrognes, qui a de grands rapports avec lui. Nous avons vu que les docteurs Pfeufer et Gless divisent le délire en delirium tremens et en mania a potu ; celle-ci est véritablement une folie ébrieuse. Voici ses caractères, suivant le premier auteur ; intervalle lucide d'un mois à six semaines , mouvements brusques , propension à détruire et à commettre des actes déraisonnables , agitation continuelle. Suivant le docteur Gless, les accès de fureur sont quelquefois terribles; sur un malade qu'il a observé , les traits étaient altérés , les yeux hagards, la tête chaude, la face rouge, couverte de sueur, le pouls plein, dur et vite, les sens étaient le siège d'hallucinations. Le malade mourut après le quatrième accès : on trouva dans le cerveau de la sérosité, une gelée abondante entre la pie-mère et l'arachnoïde ; le cerveau ramolli ; à la base du crâne, en avant du pont de Varole , et près des tubercules quadrijumeaux , la substance cérébrale offrait une teinte livide de quelques lignes de profondeur. Ce résultat nécroscopique prouve d'une manière irrécusable que la maladie désignée par le médecin de Stuttgard, sous le nom de mania a potu, n'est point un delirium tremens , puisque le caractère de cette maladie à l'état de simplicité est l'absence de toute lésion. Ce que nous venons de dire suffit pour montrer que jusqu'à présent la forme chronique du délire est mal définie , et fondée sur des descriptions souvent fausses ou incomplètes.

Marche et durée du délire aigu. — Le médecin a rarement occasion d'observer le mal dès le début , parce que les sujets mettent un grand soin à cacher leur ignoble passion aux personnes qui les entourent ; aussi est-ii difficile d'en assigner la durée précise. Il peut sévir à l'état aigu pendant trois ou six semaines,

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sans offrir de rémissions notables , ou durer quatre à cinq jours, coranio nous en avons vu plusieurs exemples. Le plus ordinairement tous les symptômes persistent pendant toute la durée de la maladie , mais à des degrés variables: c'est ainsi que les hallucinations existent quelquefois encore lorsque le délire est déjà entièrement dissipé; dans quelques cas les symptômes se montrent alternativement. Le docteur Siendel a été témoin de cas dans lesquels le délire régnait pendant la nuit et le tremblemeut pendant le jour.

Le délire qui n'est accompagné d'aucune complication du côté du tube digestif ou du cerveau cède assez promptemeut quand il est attaqué par un traitement convenable. La convalescence s'établit rapidement, et deux ou trois jours après la disparition des accidents, le malade peut reprendre ses travaux habituels. Il conserve quelquefois un peu de céphalalgie: les traits du visage sont altérés, pâles et amaigris; mais il est rare que les sujets gardent le souvenir de ce qui s'est passé et des actes déraisonnables qu'ils ont commis : cet oubli des troubles survenus dans l'intelligence ne peut être considéré comme palhognomonique de l'affection , ainsi que l'ont voulu quelques auteurs, puisqu'il a été observé dans les cas de délire symptomatique d'une affection de cerveau ou de l'intestin ; quelques-uns cependant se rappe'leutleur délire et leurs hallucinations. Une des circonstances remarquables de la convalescence, c'est de voir que des hommes qui devraient être épuisés par les violents efforts musculaires et l'agitation auxquels ils se sont livrés, accusent à peine un peu de fatigue, qui est bientôt entièrement dissipée. La cessation d'accidents aussi formidables en apparence doit éloigner l'idée de toute altération organique du cerveau, et faire croire, au contraire, que le délire tremblant est une simple encéphalopathie nerveuse.

Terminaison. — Dans sa forme aiguë , le délire peut se terminer par la disparition des symptômes, et alors une convalescence franche s'établit. Si les sujets ne renoncent pas à leur ignoble passion , ils éprouvent un grand nombre de récidives : Hœg-Guldberg l'a vu reparaître quinze fois. 11 finit alors par devenir chronique , ou par être remplacé par l'épilepsie, la folie ébrieuse, ou une paralysie générale; quelquefois c'est un état de démence , d'idiotie, d'imbécillité , qui succède aux accès répétés de delirium tremens. Ces désordres ne sont pas toujours les suites du délire ; ils procèdent souvent , comme lui , de la même cause, de l'empoisonnement par l'alcool. La folie ébrieuse , l'imbécillité , peuvent se manifester sans qu'il y ait eu de délire tremblant; néanmoins on peut voir dans ces maladies autant de terminaisons possibles du délire. Il ne faut pas considérer l'hyper-

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trophie , le cancer du foie, ni les maladies de Tintes* tin, du péritoine, ni celles du cerveau et de ses membranes, comme des terminaisons funestes du délire : ce sont là des complications qui n'ont point avec la maladie le rapport qu'on a voulu y trouver.

Quand le mal est abandonné à lui-même, il peut très-bien guérir par le retour complet à la santé. Le docteur Ware dit que, sur vingt-neuf cas où le traitement fut expectant , un seul se termina par la mort, et on trouva à l'autopsie une vive inflammation de l'arachnoïde [Effets funestes de l'opium dans le traitement du delirium tremens. Extr. du journ. améric. in Gazelle médic, n^ 43 , pag. 684 ; 1838 ). Ce médecin prétend , dans un mémoire qu'il a publié en 1831 sur le delirium tremens, que la maladie ne peut être arrêtée dans sa marche par le traitement; que le paroxysme d'insomnie et de délire ne peut être abrégé par aucun remède , et continue jusqu'à ce qu'il soit arrivé à sa terminaison spontanée par la guérison ou la mort. La terminaison heureuse a lieu par des sueurs abondantes , par des évacuations alvines, ou par un sommeil plus ou moins prolongé. On a désigné sous le nom de crises ces différents modes de terminaison de la maladie; cependant l'issue n'en est pas toujours heureuse, bien que l'on ait vu paraître quelques-uns de ces mouvements critiques, et souvent la convalescence s'établit promptement sans qu'ils se manifestent. Il ne périt qu'un très-petit nombre de malades dans la période aiguë: M. Calmeil dit qu'il en meurt à peine un sur vingt , résultat bien peu en rapport avec celui du docteur Ware, qui porte le nombre des morts à onze sur soixante-neuf malades qu'il a observés, et d'après lesquels il a établi son relevé statistique.

Complications. — Les affections nombreuses que les auteurs ont fait figurer dans la description du delirium tremens, et la confusion presque impénétrable qui en est résultée dans l'histoire de cette maladie , nous engagent à émettre ici quelques idées qui nous semblent propres à lever plus d'une difficulté en montrant la question sous son véritable point de vue. En parcourant les observations de delirium contenues dans les ouvrages, et en examinant les conclusions qu'en ont tirées les auteurs , on reste convaincu que tantôt les symptômes encore peu tranchés constituent en quelque sorte un état morbide , intermédiaire à l'ivresse et au véritable délire , et que tantôt cette dernière affection paraît seule, ou liée à d'autres lésions complexes.

L'état de l'homme adonné à des excès continuels de boissons, que Clarus et d'autres appellent ébriosité, comprend des maladies très-différentes, ayant la même origine, c'est-à-dire un empoisonnement par l'alcool. Parmi les accidents qu'il détermine, on trouve l'ivresse, les hallucinations ébrieuses des sens, la

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folie ébrieuse , le delirium , et bien d'autres maladies qui sont les nombreux effets de cet empoisonnement. Dans un degré plus avancé de l'ébriosité , ce ne sont plus seulement des phénomènes pathologiques de courte durée qui se montrent comme ceux du delirium tremens, c'est l'imbécillité, l'idiotie, la folie ébrieuses. Ainsi, à une extrémité de cette espèce d'échelle de dégradation , on trouve les simples désordres fonctionnels de l'ivresse; à l'autre extrémité prennent place l'abolition ou la perversion plus ou moins absolues des facultés de l'intelligence. L'intoxication alcoolique, voilà la cause ; l'ivresse, le délire tremblant, la folie , un simple trouble habituel des sens, etc. , voilà les effets qui ne doivent pas toujours être considérés comme des degrés plus ou moins marqués du même agent vénéneux, mais comme une conséquence de son énergie , de la durée de son action, de la susceptibilité individuelle, de la prédisposition , et d'une foule d'autres modificateurs , soit organiques , soit placés hors du sujet.

Ce ne sont pas encore là les seuls désordres que provoquent les boissons spiritueuses; tantôt ce sont des attaques épileptiques ou hystériformes , tantôt une hémorrhagie cérébrale , ici une méningite chronique dont nous avons indiqué la principale altération ; là c'est un tremblement continuel, une paralysie générale ou partielle; chez un autre individu, c'est un penchant au suicide ou envie irrésistible de boire ( dipsomanie ).

Si nous portons notre investigation sur les autres viscères, nous rencontrons alors de nouveaux désordres : tantôt c'est l'estomac et l'intestin qui sont le siège d'une inflammation aiguë ou chronique; tantôt c'est le foie qui est cirrhose, la rate qui est ramollie. Il faut donc conclure de tout ce qui précède : l^^Que l'empoisonnement aigu ou chronique par les alcools est une cause unique dont les effets multiples sont ressentis par tels ou tels organes, suivant une foule de circonstances qu'il est difficile de déterminer à l'avance , et quand on n'a pas sous les yeux les malades qui se sont exposés à son action. 2" Que cependant l'on peut distinguer en deux classes les diverses maladies qui en résultent , les unes ayant leur siège dans le système nerveux, et le delirium tremens est de ce genre, les autres ayant leur siège dans les viscères de la poitrine ou du bas-ventre. 3° On doit, en outre, reconnaître qu'en même temps que le delirium tremens existe, il peut y avoir une complication produite par la même cause (l'alcool), ou par une cause d'une autre nature , résidant dans le cerveau et ses enveloppes , ou dans les intestins et les organes abdominaux. L'apoplexie, l'épilepsie, le tremblement, la paralysie, appartiennent à la complication du premier genre; les gastrite , gastro-entérite , cirrhose, à celles qui se développent dans le ventre. Ces complications sont

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même si fréquentes, suivant le docteur Schmidt, qu'il prétend avoir rarement rencontré dans l'Hôpital général de Hambourg un cas de delirium tremens qui fût entièrement dégagé de toute complication : il lui a paru dépendre spécialement de vives émotions morales, de lésions traumatiques, et de phlegmasies, surtout de poitrine. Cette opinion , trop exclusive , sans doute, tombe devant l'observation des faits où le mal n'est accompagné d'aucune autre maladie; mais on doit reconnaître que le délire, ayant une grande tendance à se compliquer d'affections très-diverses, il en résultera des formes variées de déhre, et que souvent il faudra apporter une grande attention pour distinguer ce qui appartient à la maladie, d'avec les complications qui lui sont étrangères. 4^ Enfin une quatrième proposition qu'il nous semble utile d'établir, c'est que le tremblement des ivrognes peut exister en même temps qu'une autre maladie cérébrale produite ou non par l'intoxication alcoolique : l'apoplexie, l'épilepsie, les convulsions, la paralysie, peuvent former le cortège du delirium tremens ; et, cependant, il n'existe entre eux d'autre point de contact qu'une origine commune, l'usage des boissons ou même une simple coïncidence. C'est ainsi que l'on voit survenir, après l'empoisonnement par le plomb , une colique saturnine simple ou compliquée de délire, d'épilepsie, de tremblement de nature spécifique : tantôt la colique se montre seule, tantôt c'est le délire , l'épilepsie ou le tremblement saturnin. Dans un grand nombre de cas on ne peut attribuer le délire, l'épilepsie, et les désordres variés du mouvement et du .sentiment (paralysie, tremblement , anœstésie) à la névrose intestinale, puisque celle-ci peut manquer, ou ne se montrer qu'à une époque fort reculée de la maladie. D'ailleurs les accidents que nous venons d'indiquer ne sont pas toujours en rapport d'intensité avec la colique saturnine: cette différence dans le mode d'action des particules métalliques tient à des conditions individuelles ou autres qui ne sont pas encore suffisamment connues. Il en est de même de 1 action de l'alcool introduit dans l'économie ; ce liquide peut provoquer des accidents très-variables, et qui ne s'excluent pas toujours: tantôt une attaque épileptiforme, tantôt de simples convulsions , des spasmes toniques ; chez tel sujet une apoplexie ou une simple congestion cérébrale; chez un autre, une affection de l'estomac, de l'intestin grêle ou du foie. Enfin, une ou plusieurs de ces maladies peuvent coexister avec le delirium tremens, de même qu'une colique de plomb peut se compliquer de délire, d'épilepsie, de coma, ou bien de phlegmasie aiguë ou chronique de l'intestin, ainsi que Bordeu et les partisans de la nature inflammatoire de la colique des peintres en rapportent des exemples , regardant ainsi la complication comme la cause même de la maladie (voj-ez Colique de plovb).

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Le rapprochement que nous venons de faire entre ces deux espèces d'intoxication, Tune par le plomb, l'autre par Talcool, jettera quelque lumière sur les points encore obscurs du délire des ivrognes; il fera saisir au lecteur l'enchaînement et le mode de génération des désordres complexes qui peuvent surgir avec ou sans le delirium tremens.

Au nombre des complications fréquentes de cette maladie, qui ont leur siég;e dans le système nerveux et ses annexes, nous citerons d'abord l'hypérémie et l'hémorrhagie cérébrales, le ramollissement des parties blanches centrales du cerveau, la méningite, l'épanchement de sérosité dans les ventricules ou dans le tissu sous-arachnoidien. Le cerveau des individus qui se livrent à l'ivrognerie étant modifié d'une manière presque continuelle par le contact des particules alcooliques, on conçoit qu'il est prédisposé à diverses altérations. Les désordres trouvés sur le cadavre des sujets qui succombent pendant l'ivresse, et dont Morgagni a tracé une description si exacte {De sedib. et caus.^ epist. Ln,§ 30, 32; epist. lvui, § 13; epist. Lx, § 12), montrent quelle funeste influence un sang sursaturé d'alcool doit exercer sur les fonctions cérébrales. Lippich pense que dans l'ivresse le cerveau acquiert plus de consistance, et qu'une fois cet état passé , le cerveau se ramollit , les méninges se relâchent , et le sang veineux s'accumule dans les sinus. Suivant cet auteur, le sang artériel, gêné dans sa marche , déchire aisément les vaisseaux qui , dans beaucoup de cas , sont ossifiés. Du reste , quelle que soit l'explication , le fait même d'une modification organique ou fonctionnelle n'en reste pas moins incontestable.

La méningite qui se manifeste au début ou dans le cours d'une encéphalopathie crapuleuse (delirium tremens) amène un délire et des phénomènes convulsifs que l'on peut confondre aisément avec les symptômes de la maladie principale. Quelques auteurs ont même soutenu que cette phlegmasie est la véritable cause du délire tremblant ? S'il en est ainsi , pourquoi ne trouve-t-on pas dans tous les cas les vestiges de la méningite, et pourquoi tous les symptômes de la première maladie persistent-ils , lors même que l'on est parvenu à guérir l'inflammation membraneuse? enfin pourquoi le traitement de cette dernière échoue-t-il lorsqu'il existe en même temps un delirium tremens, tandis que l'opium réussit à faire disparaître tous les accidents?

Quand une congestion ou une hémorrhagie cérébrales surviennent durant l'encéphalopathie crapuleuse , le sujet présente une congestion faciale , de la paralysie, quelques mouvements convulsifs passagers, un abolition de la sensibilité d'un ou des deux côtés du corps , enfin un état comateux grave. Il ne faut pas regarder comme les signes d'une congestion ou

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