‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 4)Chapitre 24 sur 32 · SO — ENT · texte numérisé non relu

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génération des vers intestinaux s'effectue d'une manière épidémique, sous l'influence de certaines conditions atmosphériques , et que cette génération détermine chez un grand nombre d'individus, un ensemble de phénomènes que l'on doive appeler maladie vermineuse épidémique : c'est ce que nous ne croyons pas ; mais, ce qui est hors de doute, c'est que, sous l'empire des agents hygiéniques qui prédominent dans certaines localités , et que nous avons appris à connaître , les vers se produisent facilement dans le corps d'individus que leur constitution prédispose à une telle génération ; en d'autres termes, les maladies et les complications vermineuses sont fréquentes et endémiques dans plusieurs contrées. L'humidité continuelle de l'air et du sol, la mauvaise nourriture , la misère , l'affaiblissement de la constitution , etc., favorisent la naissance des entozoaires et la complication vermineuse. «11 ne faut pas regarder, dit Bremser, toutes les maladies que l'on a qualifiées de vermineuses comme de véritables épidémies. Je ne puis pas non plus m'imaginer que la présence des vers ait pu occasionner des fièvres putrides régnantes d'une manière épidémique, comme Bernard est porté à le croire. 11 me paraît plutôt probable que la maladie vermineuse a régné quelquefois d'une manière endémique dans les contrées qu'il habitait, et qu'elle s'est montrée conjointement avec une fièvre putride à l'époque dont il parle» (ouvr. cit., p. 344). C'est ce qui arrive dans la plupart, sinon dans toutes les maladies nerveuses dites épidémiques. 11 est difficile de croire, dit Rudolphi , que l'air dans lequel nous vivons contienne un miasme capable de produire des épidémies vermineuses. Ajoutons que si les médecins recherchaient les vers intestinaux -avec le même soin , hors le temps des épidémies , ils les trouveraient peut-être aussi fréquemment. La saison, l'état individuel , et les autres causes que nous avons passées en revue, expliquent la génération fréquente des helminthes, sans que l'on ait besoin de recourir à une cause épidémique.

Traitement. — 11 faut , avant de prescrire les remèdes réputés vermifuges, examiner d'abord dans quelles circonstances hygiéniques se trouvent placés les sujets affectés de vers. Nous avons vu que rien ne favorisait plus la production de ces animaux que toutes les causes débilitantes qui peuvent exister autour de l'homme , et qui consistent en une diminution ou une absence presque complète des stimulants qui entretiennent la vie ; c'est donc à éloigner cette première cause qu'il faut d'abord s'appliquer. Dans ce but, on changera les sujets de lieux, on leur prescrira une habitation bien aérée , sèche , exposée aux rayons solaires , une nourriture plus substantielle. Si les malades sont de jeunes enfants lymphatiques, scrofuleux, nourris avec un lait pauvre , on les soumettra à une alimen-

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talion toute différente. C'est dans les traite's d'hygiène qu'il faut chercher les règles qui doivent diriger le médecin : comme elles n'ont rien de spécial aux maladies que nous étudions , il serait inutile d'y insister; nous les avons d'ailleurs indiquées avec quelque soin en parlant des acéphalocystes.

Traitement pharmaceutique. — On appelle anthelminthiques un grand nombre de remèdes qui sont loin de mériter cette qualification. On ne doit pas regarder comme telle toute substance qui produit l'expulsion des vers intestinaux, mais seulement celle qui les tue , ou qui exerce sur eux une action délétère et toxique. On a distingué les vermicides des vermifuges: les premiers sont les anthelminthiques, qui méritent seuls ce nom ; les autres sont des substances purgatives qui jouissent de la propriété d'expulser les vers intestinaux. Rudolphi les classe de la manière suivante: 1° anthelminthique mécanique; 2° spécifique; 3° purgatif; 4** externe. Bremser les divise, d'après leur mode d'action, en : 1" mécanique; 2° spécifique; 3° purgatif; 4° fortifiant. Ge que nous dirons a trait surtout aux vers de l'intestin.

Anthelminthiques (vermicides). — L'eau froide est considérée par les auteurs comme un anthelminthique : elle paraît agir, en effet , d'une manière nuisible par sa température. Rudolphi , cherchant à expliquer l'action de ce singulier vermifuge, pense que l'eau froide est déjà réchauffée quand elle arrive dans les intestins , mais que la sensation qui se développe dans l'estomac se trausmet jusqu'à eux ; il croit, en outre, que les vers, en absorbant une grande quantité de liquide , se gonflent et se détachent alors des tuniques de l'intestin.

L'eau dans laquelle on a fait bouillir du mercure, ou qui est chargée d'hydrochlorate de soude, le caloméias (2 à 5 décigr.), par jour (2 à ÎO gr.), la valériane, la mousse de Corse, le semen-contra, la racine de grenadier fraîche, 64 gramm. dans 750 gramm. d'eau réduits à 500 (§ ij dans eau ftj C), la fougère mâle, l'armoise, la tanaisie, l'ail, le spigelia anlhelmia et marilandica , le simarouba, le geoff rœa surinamensis, le camphre, l'assa fœtida, le brou de noix (juglans regia), le pétrole, l'huile essentielle de thérébenthine, l'Luile animale de Dippel (oleum animalej, l'huile de cajeput, l'huile empyreumatique de Ghabert ,1a suie, l'acide prussique , le fiel de bœuf, l'éther, le méconate de baryte, sont les agents térapeutiques les plus usités , et qui méritent , en effet , la confiance des praticiens. 11 en est sans doute quelques-uns qui doivent être préférés aux autres; mais comme le choix du remède est surtout commandé par la considération de l'espèce et du lieu qu'occupe l'entozoaire , il nous serait impossible d'indiquer avec détails les remèdes etl es doses du médicament, parce que cette indication varie suivant les vers, et que, d'ailleurs, elle sera faite avec

soin quand nous parlerons de chacun d'eux en particulier. Ou a regardé l'huile d'olive comme un ver-^ mif uge : il semble, en effet, qu'elle détermine l'expulsion des vers en exerçant sur eux une action nuisible, soit parce qu'elle bouche les pores qui existent à la surface de leur corps , et gêne ainsi la respiration , soit par tout autre motif que nous ne connaissons pas.

Les anthelminthiques mécaniques sont ceux qui tendent à faire rejeter les vers par une sorte d'action mécanique expulsive qu'ils exercent sur ces animaux. Voici quelques-uns des remèdes de cette classe : 1° l'étain pur et en grains ; 2" le stizolobium ou doUchos pruriens : végétal qui donne une gousse couverte de poils qui excitent une démangeaison trèsforte ; on administre ce duvet dans une potion mucilagineuse; il est très-usité dans l'Inde, et l'on prétend que son action est presque sûre ; 3** le charbon pulvérisé ; 4° le mercure coulant.

Les purgatifs, parmi lesquels on doit placer tous les sels alcalins , les sulfates et hydrochlorates de potasse et de soude, l'hydrochlorate d'ammoniaque, l'huile de ricin , le tartre stibié, les huiles grasses, les drastiques , tels que , l'huile de croton tiglium , le jalap, la scammonée, la gomme gutte, l'aloès, l'hellébore noire , la gratiole, contribuent puissamment à l'expulsion des vers , en provoquant dans les membranes de l'intestin une locomotion plus ou moins rapide qui déplace les entozoaires, et leur fait lâcher prise. Les purgatifs peuvent agir comme vermifuges lorsque ces parasites sont fixés très-faiblement aux parois de l'intestin, comme les lombrics, les oxyures; les tœnias , au contraire , résistent à l'action péristaltique de l'intestin. En général, on commence par administrer les substances qui passent pour exercer une action toxique sur les vers, et lorsqu'on suppose qu'elle a eu lieu , ou qu'elle a excité ces animaux à se déplacer, on prescrit alors un purgatif ou un drastique qui les entraîne au milieu des évacuations alvines, Ge n'est souvent qu'après l'administration répétée du remède pendant plusieurs jours que l'action toxique se fait sentir, ce que l'on reconnaît aux mouvements insolites , à la douleur vive , que le malade éprouve : le drastique doit être donné dans ce moment décisif, et son énergie doit être proportionnée au degré d'adhérence qui existe entre le vers et l'intestin (vof. Tmnia).

On a aussi préconisé les remèdes fortifiants et toniques, le sous-carbonate de fer, les eaux minérales ferrugineuses, le quinquina., les plantes riches en tannin ou en huile essentielle aromatique ; mais ces substances ne méritent pas le nom d' anthelminthiques. Peut-être, cependant, pourrait-on les considérer comme des vermifuges , s'il était démontré que les principes amers et les huiles essentielles exercent une action délétère sur les helminthes. Quoi qu'il en soit,

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ce n'est pas ainsi qu'il faut expliquer les bons effets oblCDUsà l'aide des préparations Ioniques hypersthéuisantes. En effet, si l'on recherche dans quelles circonstances ces agents thérapeutiques ont été utiles , on trouve que c'est presque toujours chez des sujets lymphatiques ou scrofuleux , d'une constitution faible , ou délabrés par la misère ou quelque maladie clironique: ce n'est donc pas en procurant l'expulsion des vers intestinaux qu'ils rendent quelques services , mais en donnant au tube digestif et à l'économie entière une force qui lui manque, et qui est nécessaire pour que les matériaux nutritifs soient convenablement assimilés.

On administre quelquefois les anthelminthiques par la peau , sous forme de frictions. Rudolphi a proposé de frictionner le ventre avec l'huile de cajeput; Ro- .senstin veut que l'on se serve de pétrole mêlé à l'ail; JeanNœsius employait un onguent composé de trentedeux grammes de pétrole noir uni à six grammes (un gros et demi) de cire fraîche. Brera a proposé les deux formules suivantes: Fiel de bœuf, 4 grammes (âj); savon de Venise, id. : faites un iiniment avec su Ffisante quantité d'huile de tanaisie.—^Fiel de bœuf, 64 grammes (3 ij); aloès en poudre, pulpe de coloquinte préparée, de chaque 1 6 grammes (j §f5) : faites digérer dans un endroit chaud , pendant vingt-quatre Jieures, dans du suc gastrique ou de la salive ; on ajoute alors une certaine quantité de graisse pour former un onguent.

- Quelquefois on a prescrit l'ail, la tanaisie, l'absinthe, l'armoise en cataplasme, ou des emplâtres co.mme ceux recommandés par Brera. ^ Éther sulfurique, 192 grammes (| vj); ail pilé, 32 grammes (5 j); camphre en poudre, 4 grammes (sj). — ^Assa fœtida, emplâtre de céruse , cire jaune, de chaque, parties égales; galbanum purifié, quantité égale à la moitié de ces substances.

Pour se déterminer dans le choix du remède, de son mode de préparation , et du lieu sur lequel on doit le porter, il faut savoir: 1° quelle est l'espèce d'entozoaire que l'on a à combattre; 2" le lieu qu'il occupe. La mousse de Corse, la fougère mâle, ou même une décoction d'absinthe, d'armoise, suffisent pour expulser des lombrics contenus dans l'intestin ; un lavement fait avec la décoction de ces plantes, ou renfermant du camphre, de l'assa fœtida, etc., sert utilenjent pour détruire des oxyures; il faut, au contraire, d'autres remèdes et d'autres préparations pour expulser le taenia.

L'emploi des anthelminthiqucs doit être recommandé d'une manière générale dans toutes les localités où la génération des vers intestinaux paraît favorisée par les conditions hygiéniques au milieu desquelles vivent les sujets. Ils sont encore indiqués quand la constitution se prête au développement des

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entozoaires , comme on le voit chez les jeunes enfants mal nourris , qui ont télé un lait séreux et pauvre, ou qui sont soumis à des influences hygiéniques débilitantes. M. Cruveilhier dit avoir prescrit avec succès, dans de telles circonstances, la poudre de semencontra à la dose de trois à six décigrammes , tous les mois, et pendant trois à quatre jours. Le sirop de quinquina, la poudre d'absinthe, les amers, conviennent également , et agissent à titre de toniques plus encore qu'à titre de vermifuges.

Le camphre, suivant M. Raspail, est l'anthelminthique par excellence : non-seulement il tue les vers de l'intestin , mais encore ceux du foie , et des autres organes [Recherches d'histoire naturelle et de chimie sur la vertu thérapeutique du camphre ^ et sur la théorie de son emploi ; Gazette des hôpitaux, n** 16, février 1839). Quoique les propriétés de ce remède aient été exagérées par M. Raspail, elles n'en sont pas moins réelles, et pourront peut-être rendrede grands services, si on expérimente de nouveau ce médicament.

Le traitement des maladies vermineuses, c'est-àdire des affections compliquées de la présence des vers, ne diffère pas de celui qui convient à la maladie principale ; toutefois , si les désordres paraissent aggravés par ces parasites incommodes, il faut se hâter d'en débarrasser l'économie, à moins que la nature et le siège du mal ne s'opposent à l'emploi des vermifuges, ce qui est fréquent. Nous avons observé sur une jeune fille âgée de deux ans, atteinte de pneumonie droite, des symptômes que l'on ne pouvait attribuer qu'à la présence des vers intestinaux. L'indication étant positive, on se hâta de lui administrer la poudre de seraen-contra et de fougère mâle : elle rendit par les selles quarante à cinquante lombrics de deux à trois pouces de long chacun , et par le vomissement, quinze à vingt de ces animaux. Chaque fois les symptômes s'amendèrent; mais elle finit par succomber, et, outre la lésion anatomique propre à la pneumonie arrivée au troisième degré, on trouva quarante-sept lombrics dans l'estomac et l'intestin. Des cas semblables se rencontrent dans la pratique; mais ils sont plus rares que ne se l'imaginent quelques médecins, qui, ne sachant où trouver la cause réelle du mal , n'hésitent pas à en accuser les vers. Tous les jours l'on voit des erreurs de ce genre commises par des hommes qui, avec un peu plus d'attention , de savoir, et moins d'opiniâtreté, parviendraient aisément à un diagnostic, et par conséquent à une thérapeutique plus efficace. Nous ne prétendons, en aucune manière, rayer du cadre nosologique les maladies produites par les vers ; mais nous déclarons que l'histoire de ces maladies est enlièrementà refaire, parce que les progrès du diagnostic diminueront les chances d'erreurs qui sont inséparables d'un semblable travail.

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Historique et bibliographie. — II ne sera question dans cette bibliographie que des ouvrages où les auteurs ont parlé des vers que l'on trouve chez Ihomme, et des maladies qu'ils déterminent. Quant à l'histoire naturelle qui comprend l'analomie, la physiologie, la classification de ces animaux, elle importe plus au zoologiste qu'au médecin, et nous avons dit que notre article était uniquement consacré à l'entozoologie pratique; nous citerons seulement parmi les ouvrages qui ont irait à cette science, et que l'on peut consulter avec fruit : Pallas {De infestis viventibus intra viventia; in Sandifort, thésaurus ilissertationum, Roterd., 1768, in-4°, t. i, p. 247; Bloch's {Abhandlung von der Erzengung der Eingea'eidea'uenncr, in-4, Bcrl., 1 782) ; Werner, {Fermiuni intestinalium brevis expositio, Leipz. , in-8", 1782. Conlinuatio , Leipz., 1782); Goeze {Versuch einer Naturgeschichle der Eingeweideivuermer thierischer koerper, Leipz., in-4°, 1787); Ixudolphi [Enlozoorum sive vermium intestinalium historia; Amst. , 1808 , 3 vol. , in-8°, fig.). Get ouvrage, un des plus remarquables qui aient été écrits sur cette matière , sera lu avec fruit par le médecin , et peut lui suffire pour la partie zoologique; on y trouve discutés avec une sagacité extrême les points les plus importants et les plus difficiles de l'entozoologie pratique; les symptômes , les accidents produits par les entozoaires, la diathèse et les maladies vermineuses , leurs causes, leur traitement, sont exposés avec une netteté et eu même temps une érudition qui donnent à ce livre une valeur qu'il ne perdra jamais. La partie qui intéresse plus spécialement le médecin est intitulée : Enlozoologia practica (t. i, p. 419 et suivantes). Bréra a publié plusieurs ouvrages parmi lesquels plusieurs ont été fortement critiqués {Traité des maladies vermineuses, trad. in-8°, Paris, 1 804. — Memorie per senire di supplemento aile lezioni su i fer mi; Gremou, 1808. — Memorie Jisico mediche sopra iprincipali vermidel corpo umano viventi; Crem. , in-4°, 1811. — Tabula ad illusirandam historiam vermium, etc.. Vienne, in-4*^, 1818). Bremser (Traité zoologique et physiologique sur les vers intestinaux de l'homme , trad. par Grundier, 1 vol in-8°, fig.; Paris, 1824) a reproduit presque littéralement toutes les descriptions de Rudolphi; cependant son ouvrage renferme aussi des documents précieux : nous devons dire que le naturaliste y brille plus que le médecin.

Rudolphi , Bremser, et W.-B. Joy ( The cyclopedia of practical medicine , t. iv, p. 181), ont enregistré avec soin tous les travaux qui ont paru aux différentes époques sur les maladies vermineuses : c'est à leur bibliographie que nous avons puisé nos principales indications. J. Schenckius ( Obs. med. , Francof. . 1. 1) , et Ploucquet ' Litler. med. digest.)^

ont aussi dressé une longue liste que le lecteur pourra consulter avec fruit.

Parmi les travaux peu importants qui ont paru avant le wm^ siècle , on voit figurer ceux de Savonarale {Practica canonica de vermibus inf.; Venet., in-4'^, 1540), de Brilli(Z>e vermibus in corpore huma/io; Venet., in-8°, 1540) , de Salandi {Traltato sopra II vermi; Véron., in-4°, 1667), de Jung {Histor. vermium ; Hamb. , 1691 ). En 1700 , parât le traité d'Andry(/)e la génération des vers dans le corps de V homme, in-1 2 , Paris ; et 3*^ édit., 1 741), où l'on trouve, au milieu de nombreuses hypothèses, des observations dignes d'intérêt ; de Redi ( Observationes de animalculis vivis quœ in corporibus animalium vifoi'um reponuntur, Harder, in-1 2 ) ; de Vallisnieri ( Ossen^azioni intorno alla generazione de vermi , Pad. ,in-4'^, 1710 ). On doit aussi à Hoffmann une excellente dissertation sur les vers intestinaux {De animalibus humanorum corporum infestis hospitibus { op.' om. supplem. , p. 587 , in-fol. , Genev. , 1 753 ). On y trouve de nombreuses citations empruntées aux auteurs grecs et latins , une critique bien faite des idées anciennes, et une description succincte de tous les vers de l'intestin et du corps.

Un grand nombre d'auteurs ont publié des récits d'affections vermineuses ou d'accidents produits par ces animaux; la plupart n'offrent qu'un faible intérêt. Tels sont les suivants : Garman ( Obser. de honore ex vermibus; Ephemer. nat. curiosor., dec. I , an. I , p. 2 1 1 ) ; Hanneus ( E vermibus cœca et muta resiituta , même ouvr. , dec. ii , an. v, p. 346); Valenlin Scheid { Dissert, de epilepsia verminosâ) ; de Bouillet {De epidemiâ verminosâ Bezieri observaiâ , Histoire de l'Académie des sciences ; Paris, 1730 ). Harnisch parle de vers qui ont causé la fièvre et une épistaxis considérable; Boetticher, d'une épilepsie qui reconnaissait cette cause pour point de départ. Mais tous ces faits sont faux ou mal interprétés , et ils n'ont qu'une faible importance pour l'histoire des maladies vermineuses. 11 n'en est pas de même des ouvrages suivants, où l'on trouve des documents précieux , mais aussi beaucoup de faits qu'il faut soumettre à une critique sévère. Ant. Werbeck ( De sfnocho putrida epidemiâ hujus et elapsi anni vermibus stipata , Prague , 1 758 ) ; Marteau de Grandvilliers( Observations sur quelques fièvres vermineuses, accompagnées de symptômes singuliers {Journ. de méd., t. xvu, p. 24 ) ; Muteau de Roquemont ( Observations sur une maladie vermineuse, accompagnée d'accideuts extraordinaires , Journ. de méd. , t. xxi , p. 423) ; Van den Bosch ( Histor. consl.ilulionis epidemicœ vermi-

nosœ quœ an. 1760 ad 1763, grassatafuit ,

Leyd., 1 769 ; et 3*^ édit. , 1779 ). Ce livre, que l'on

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a vanté outre iiiesure, ne renferme qu'une apprécia- (ian fort peu judicieuse de la fièvre putride , que l'auteur appelle vermineuse; Mareschal de Rougères (Sur quelques maladies de complication de vers,/oifm. f/e inéd. , t. xxx , p. 44 ); Le Pelletier (Observations sur une maladie singulière par des vers, Journ. de méd., t. xxxni, p. 347); Daquin ( Observations singulières sur des affections vermineuses , Journ. de méd. , t. xxxiv, p. 1 5 1 ) ; Le Pecq de la Clôture ( Collecl. d'obsen'. sur les malad. et constit. épidém.j passim, i vol. in-4°,1778, Rouen); Jos.-Cl. Tode ( Obseruata de vennibus in soc. ined. Hafn. colleci., t. iv, p. 21) ; Musgrave [Essay on the nature and cure ofthe so called wormfever Lond. , 1776 ); Rosson ( Specim. med. de morbis ex vermium in primis viis nidulatione oriundis; Leyd.,1777 ).

Dans tous les travaux que nous venons de citer, et dont nous avons donné quelques analyses dans le cours de cet article , on ne trouve que des observations peu concluantes , parfois entièrement apocryphes, qui ne peuvent qu'inspirer une grande défiance sur l'authenticité des prétendues fièvres vermineuses que les auteurs ont étudiées. Parmi les mémoires plus récents, on ne peut guère mentionner que les articles de dictionnaire : celui de M. Merat, art. Vers du Dict. des sciences médicales , de M. Guersent, même art. Dictionnaire de médecine , et M. Gruveilhier, art. Entozoaires du Dictionnaire de médecine et de chirurg. pratiq. ). Mais il manque un traité complet d'entozoologie pratique dans lequel on puisse trouver une histoire véritablement médicale des affections vermineuses et du véritable rôle qu'elles jouent dans la pathologie interne,

ÉPHÉLIDE , s. f., de e-nri, sur, et -/iXip;, soleil, ou de iXTCo Tcu YiXtou, étymologie due à l'opinion qui faisait attribuer constamment la maladie à l'action des rayons solaires, «ou mieux, suivant quelques autres , dit M. Gazenave , à ce que alors même que les éphéhdes se développent sous l'influence d'autres causes, elles présentent le même aspect que celles qui sont produites par le soleil ; celte dernière explication est la seule qu'on doive admettre, puisque le cas où l'éphélide est produite par le soleil est le plus rare» {Dict. de méd., t. xii, p. 123).

Dénominations françaises et étrangères. — Hâle, taches de rousseur , taches hépatiques, lentilles, éphélide , panne. Franc. — EtoYiXtî, çp«)coc. Gr. — Lenligo, lenlicula. Lat. — FrecJdes sunburns. Angl. — Sommersprossen, Sonnensprossen, Somnierjleckcn , Leberjlecken. AH. — Macchie solare, caldurc. liai. — Pccas, tosiadura de sot. Espag. — Manchas do rosto, sardas. Port. — Sproeten, zomersproeten. Hpll. — Som-

merplcttcr, soelfrcgner. Dan. — Sommarjlàcîcat, solbrànna. Suéd.

Sfïwnymie suivant les auteurs. — EcpviXiç, «pajcoç, Hippocrate ; eyo/ie/Z^j Sauvages, Linné, Vogel, Sagar, Plenck ; ephelis lentigo, Sauvages ; maculœ fuscœ, maculœ solares, Plenck; lentigo. Lorry; lentigo ephelis, Frank; maculœ hepaticœ, Sennert ; vitiligo hepatica. Sauvages; kelis fulvescens, Swediaur; chloasma, Frank; parawe, Alibert; éphélide, Gazenave , Gibert.

Définition. — On doit entendre par éphélides , indépendamment de toute considération étiologique, une altération spéciale du pigment , caractérisée par des taches irrégulières d'un jaune safrané, sèches, ordinairement avec intégrité de l'épiderme.

Division. — Hippocrate donne le nom de îçviXt; aux taches produites, sur la peau , par les rayons solaires, et à celles que l'on voit quelquefois sur le visage des femmes enceintes; mais cette dénomination fut appliquée plus lard à la plupart des colorations morbides de la peau : «Non quod, dit Gorrœus, a «sole tantum vilia illaiu cute coutrahuntur, sed quod «a reliquis inducta causis, similem asperitatem et colorem habeant» {Defin. med. ad. voc. eçyiXiv ) ; on appela éphélides des colorations congénitales , des naBvi , des inflammations cutanées , des altérations survenues dans l'appareil de la circulation, etc., et les nosologistes basèrent leurs divisions sur les causes démontrées ou supposées de la maladie : ainsi Sauvages (Nosol. méth., 1. 1, p. 161) établit les sis espèces suivantes : 1° ephelis a sole {nigredoa sole de Sennert) ; 2*^ ephelis gracidarum; 3'' ephelis lentigo ; 4^* ephelis ab igné ; ephelis lutea (color icteodes infant um de Juncker); 6° ephelis scorbutica. Alibert , substituant le nom de panne à celui à' éphélide, a décrit : 1° une panne lenticulaire ; 2° une panne mélanée ; 3^ une panne carate, et 4° une panne hépatique [Monogr. des derm. , p. 74i , in-4°). Cependant des modifications furent apportées à ces divisions; Jos. Frank décrivit à part, sous le nom de chloasma les éphélides des femmes enceintes, et les éphélides scorbutiques sous celui de lentigo-, il établit : 1" des éphélides de naissance ; 2" des éphélides lenticulaires lépreuses ; 3" des éphélides d'été i 4° des éphélides par action du feu (Praxeos, etc., t. ii, p. 233, édit. de VEncfclop. des scienc. médic). M. Rayer appelle lentigo les taches de rousseur , chloasma les taches hépatiques, et ne décrit sous le nom à' éphélide que les taches produites par l'action des rayons solaires {Traité théor. et prat. des mal de la peau, t. n, p. 206). Raleman réunit sous la dénomination à'éphélis les taches de rousseur, les taches brunes, plus larges, produites par l'action directe du soleil, et les taches

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larges et brunes qui se moulreut sur les parties du corps qui sont constamment couvertes. «Lorry et quelques autres écrivains, dit-il , ont cherché à établir une distinction entre les affections lenticulaires et les éphélides , mais il ne paraît pas exciter de différences essentielles entre elles; et les anciens écrivains les ont confondues , avec raison , dans la description qu'ils en ont donnée» {Jbrégé pratique des mal. de la peau., trad. de Bertrand, p. 387).

Dans son article du Dictionnaire de médecine (t. XII, p. 123), M. Gazenave a décrit, sous le nom à' éphélides, les macules hépatiques, les taches de rousseur \^leniigo)^ et le hà\e{ephelis a sole, nigredo a sole); mais dans son Traité des maladies de la peau , il a consacré un chapitre spécial au lentigo , et n'a plus appliqué le nom d'éphélides qu aux taches hépatiques (Gazeoave et Schedel, Abrégé prat. des mal. de la peau, 1838, p. 398-400). M. Gibert a adopté une opinion tout à fait opposée à celle de MM. Gazenave et Schedel. Pour lui , il n'est «qu'une seule espèce d'éphélide, c'est celle dite lentiforme (lentigo, taches de rousseur); toutes les autres macules décrites sous ce nom par les auteurs doivent être rapportées à l'ictère , à la chlorose , au pityriasis versicolor ou nigra, au purpura, aux nsevi, etc. » (Manuel des mal. spéc. de la peau, p. 468).

James Gopland {A die t. of pract. med., part, m, p. 765) , et le docteur Todd [The cyclop of pract. med., vol. n, p. 69), ont établi la division suivante : A. Ephelis lentigo. B. Ephelis diffusa. La première espèce Se divise en : a. Ephelis lentigo materna ((j)ar,û; d'Hippocrate et des Grecs, lenticûla, lentigo des Latins, ephelis lentigo de Sauvages, lentigo ephelis à& Frank , panne lenticulaire d'AHbert, lentigo de Lorry, Plenck , Gazenave et Schedel, éphélide de Gibert) , et en b. Ephelis lentigo cestiva (rnaculœ solares de Plenck, ephelis a sole de Sauvages, lentigo œstiva de Frank). La seconde espèce se divise en a. Ephelis diffusa symptomatica (inaculœ hepaticœ de Sennert, vililigo hepatica de Sauvages, kelis fuhescens de Swediaur, c/i/ott.vma de Frank , de Rayer, ephelis de Plenck , de Gazenave, et Schedel, panne hépatique d'Alibert) , et en /;. Ephelis diffusa idiopathica, laquelle se subdivise elle-même en \° ephelis ignealis (ephelis spuria de P. Frank : lentigo ab igné de J. Frank), et en 2° ephelis a sole (^nigredo a sole de Sennert ;/«*cedo cutis de Plenck ; e^/^e//^ umbrosa de J. Frank). On conçoit qu'au milieu de cette diversité d'opinions, il est assez difficile de prendre un parti , d'autant plus que des reproches assez graves peuvent être adressés à la plupart des divisions que nous venons de rapporter. Ainsi , le lentigo n'a évidemment aucun rapport avec les macules dites taches hépatiques ; les taches jaunes que l'on remarque à la partie interne

des cuisses, chez les femmes qui se servent habituellement de chaufferettes, ne sont qu'une variété, un degré de la brûlure, etc. Toutefois, ces considérations , fort importantes, sans doute, pour les dermatologistes, n'ayant que peu d'influence sur l'étude pratique des macules dont il est question , nous réunirons la plupart de celles-ci dans un même article , et nous décrirons comme formes de l'éphélide : 1" \éphélide lenticulaire ; 2° l'éphélide hépatique ; S*^ ïéphélide solaire, reconnaissant, d'ailleurs, avec M. Rayer, que cette dernière dénomination , consacrée par l'usage et adoptée ici à ce titre, constitue uu pléonasme.

A. Ephélide lenticulaire [lentigo de MM. Rayer, Gazenave et Schedel ; ephélide de M. Gibert- panne lenticulaire d'Alibert).

Altérations anatomiques. — «Les éphélides lenticulaires ont leur siège spécial dans la couche du corps muqueux qui est chargée de la matière colorante ; elles dépendent d'une modification , et probablement d'une sécrétion plus abondante du pigment : les autres couches de la peau , et surtout l'épiderme , sont entièrement étrangères à cette coloration» (Gazenave, loc. cit., p, 128). Suivant M. Rayer, lorsque l'on fait macérer des morceaux de peau qui présentent ces taches pigmentaires , la matière colorante reste presque toujours fortement adhérente au derme, après qu'on en a détaché l'épiderme. On ne saurait ajouter quelque chose à ces paroles , qui expriment tout ce que nous savons sur les altérations auxquelles est due la coloration morbide qui constitue les taches de rousseur.

Symptômes. — Les taches de rousseur sont caractérisées par des petites macules non proéminentes, assez exactement arrondies, d'un jaune safrané, comme ignées, fauves, quelquefois, selon Todd, ayant la couleur du café ou du chocolat ; d'une étendue qui varie depuis celle d'une tête d'épingle jusqu'à celle d'une lentille ; isolées et laissant entre elles des espaces plus ou moins considérables dans lesquels la peau ne présente aucune modification , ou bien réunies, agglomérées de manière à former des taches plus ou moins larges. L'épiderme ne présente aucune altération sur ces points maculés, lesquels ne déterminent aucun prurit.

Les taches de rousseur affectent principalement les parties du corps qui sont exposées à l'air : ainsi le visage, le cou, le devant de la poitrine, les mains; cependant elles peuvent aussi se montrer ailleurs, et quelquefois elles recouvrent toute la surface cutanée (Gazenave et Schedel, loc. cit., p. 399).

«Si on examine avec attention, dit M. Alibert {loc. cit., p. 742), les individus marqués par des taches de rousseur, on n'a pas de peine à concevoir qu'il y a déjà quelque chose de morbide dans les fonctions

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de leur peau. Nonseulemeat leur perspiralion est mal ordonne'e, mais leurs urines changent et deviennent ammoniacales au moindre excès de table qu'ils se permettent. Boerhaave et Lorry remarquent très-bien qu'il est difficile de se trouver à côté d'eux sans avoir l'odorat affecté de leur exhalation. » Nous ne saurions partager cette opinion, et il est facile de se convaincre que les symptômes indiqués par Alibert, liés à des complications ou à des circonstancesindividuelles, ne sauraient être rattachés au lentigo lui-même ou à la cause qui l'a déterminé.

Marche. — Durée. — Terminaison. — Lorsque les taches de rousseur se sont développées, elles persistent ordinairement toute la vie. Mais leur nombre et leur couleur varient dans quelques circonstances : ainsi elles sont plus foncées et plus nombreuses dans la jeunesse , au printemps et dans l'été ; elles disparaissent quelquefois dans la vieillesse, par suite des changements que l'âge apporte dans la structure de la peau.

Diagnostic. — Pronostic. — Le lentigo est trop fréquent et trop connu pour qu'on puisse éprouver quelque difficulté à le reconnaître : «cependant au tronc, disent MM. Gazenave et Schedel [loc. cit., p. 400), il pourrait bien, en quelques circonstances , être pris pour une forme de purpura. » Mais les taches de celui-ci sont d'un rouge livide , ne se montrent que très-rarement sur la face , sont accidentelles , de peu de durée , et coïncident toujours avec quelque trouble de l'économie. Quand les taches de rou.'seur sont agglomérées, elles peuvent en imposer pour l'éphéUde hépatique ou le pityriasis versicolor-, mais l'absence de toute saillie , de prurit , de desquamation , le développement congénital, la présence^ à côté des plaques , de petites macules isolées, le siège , sont des caractères plus que suffisants pour rendre toute erreur impossible. Les taches de rousseur ne sont point, à proprement parler, une maladie; leur présence n'exerce jamais aucune influence fâcheuse sur la santé.

Causes. — Le lentigo, quelquefois congénital, se développe ordinairement dans l'enfance sans cause appréciable. 11 se montre de préférence chez les femmes , chez les personnes rousses , à peau fine et blanche, à tempérament lymphatique; cependant il est moins rare que ne le pense Todd {Cyclop. ofpract. med., t. H, p. 69) de le rencontrer sur des individus qui ont les cheveux bruns et les yeux noirs.

Traitement. — Le lentigo ne réclame un traitement que parce qu'il nuit quelquefois beaucoup â la beauté des femmes ; malheureusement il résiste presque toujours à tous les remèdes qu'on peut lui opposer, et dont Bender {De cosmet.; Argent. 1764) fait une longue énuméralion; eripi iamen fœminis cura cullus sui non jjolest. I

Du temps d'Hippocrate, on employait l'huile d'amandes douces (irspi pvaixieiwv, lib. u) : Oribase conseille l'émulsion d'amandes amères ( De virtutc simpL, lib. II, cap 1) , Gelse, un mélange de résine, de sel fossile , de miel ; Acluarius combine ensemble le vinaigre , le miel et les amandes amères. Bateman conseille de laver les taches deux ou trois fois par jour avec des acides minéraux étendus [acide sulfurique concentré, une drachme; eau, une chopine; acide muriaiique, une drachme ; eau, une demic/iopine), ou avec la potasse liquide (potasse, une partie; eau, vingt parties {toc. cit., p. 390). Le docteur Thomson recommande une légère solution de sublimé corrosif dans une émulsion d'amandes amères; le docteur Wilhering, une infusion de raifort dans du lait. Copland dit avoir employé avec succès une solution de sous-borate de soude dans de l'eau de rose [lac. cit., p. 766). La peau, dit Alibert, a perdu son ton naturel; il importe de lui rendre son énergie et sa vigueur : peut-être conviendrait-il d'employer dans quelques circonstances, les bains et les douches à l'arrosoir {loc. cit., p. 750).

On peut dire, avec Gelse, de ces différentes médications : «Pêne inepliœ sunt, curare varos, et lenli- « culas et ephelidas. »

B. Èphélide hépatique {Éphélide de MM. Gazenave et Schedel , chloasma de M. Rayer , panne hépatique, d' Alibert).

altérations anatomiques. — L'analogie assez marquée qui existe entre les taches de l'éphélide hépatique et celles qui succèdent à l'application des vésicatoires a conduit à penser, dit M. Rayer, que les premières, comme les secondes, étaient précédées d'une accumulation morbide de sang dans les points maculés. En traitant des morceaux de peau maculée par la putréfaction à l'air libre et par la macération, on voit sur les premiers, qu'en enlevant l'épiderme, on n'emporte pas avec lui la matière colorante qui reste à la face externe du derme , sous la forme d'une couche brune, noirâtre ou grisâtre, facile à détacher avec le dos du scalpel. Sur les seconds, la matière colorante se partage entre l'épiderme et le derme, à la surface duquel elle se présente sous la forme d'une matière liquide noirâtre ou grisâtre, stagnante dans ses petits sillons, et disposée en couches d'une inégale épaisseur : à la surface du derme, on remarquait, en outre, une bande de couleur noirâtre et profonde, que l'instrument ne pouvait enlever sans intéresser le tissu de la peau (Rayer, loc. cit., p. 211).

Symptômes. — Précédées d'un léger prurit , les taches hépatiques se manifestent par de petites macules, qui sont d'abord grisâtres, mais qui prennent peu à peu une teinte jaune, et qui finissent par revêtir la couleur de la rhubarbe ou du safran : leur étendue varie; quelquefois elles sont aussi petites que

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des pétéchies (Alibert, loc. cit., p. 743); d'autres fois elles ont le diamètre d'une pièce de dix sous. Isole'es d'abord, elles se réunissent plus tard, et forment alors des plaques irrégulières, quelquefois si considérables et si nombreuses, «que si Ton se contentait d'un examen superficiel , souvent prenant la teinte morbide pour celle de la peau, on serait tenté de considérer les points, peu étendus, où elle a conservé sa couleur naturelle pour les parties malades, que l'on croirait être le siège d'une décoloration » (Cazenave et Schedel, loc. cit., p. 401). La peau est comme zébrée ; dans les intervalles qui séparent les macules , elle ne présente aucune altération.

Les taches hépatiques ne s'élèvent ordinairement point au-dessus du niveau de la peau , surtout lorsque celle-ci est blanche et fine; quelquefois, cependant, elles sont légèrement proéminentes, principalement lorsque, par suite d'une irritation accidentelle, il s'opère une desquamation : leur surface est le plus souvent le siège d'un prurit fort incommode, qui augmente sous l'influence des moindres impressions morales, des plus petits écarts de régime et de l'usage des liqueurs fortes, de l'exercice, delà chaleur du lit, à l'époque de la menstruation. La démangeaison peut devenir si vive, que les malades, en proie à des insomnies longues et pénibles, ne puissent plus résister au désir de se gratter : c'est alors que l'épiderme se fendille, et qu'il s'établit une exfoliation légère, farineuse, plus ou moins abondante. La surface des taches hépatiques est souvent d'une grande sécheresse au toucher : la transpiration ne s'y effectue que difficilement, tandis qu'elle est, au contraire, très-abondante dans les régions tégumentaires restées saines (Alibert). L'éphélide hépatique n'est d'ailleurs point accompagnée de symptômes généraux, et ne détermine aucun trouble dans l'écouomie.

Les taches hépatiques peuvent se développer sur tous les points du corps, mais le plus ordinairement elles se montrent sur le cou, la poitrine, les seins, l'abdomen, aux aines, ou à la partie interne des cuisses : chez les femmes enceintes , elles occupent presque constamment la face {Masque., ephelis gravidarum de Plenck; Chloasma grcwidarum de Frank).

Marche. — Durée. — Terminaison. — Les taches hépatiques apparaissent quelquefois brusquement, et disparaissent de même, au bout d'un jour ou deux, de quelques heures même; chez les femmes, elles se développent souvent peu de temps avant l'apparition des règles , et s'effacent aussitôt que celles-ci ont lieu. Cette terminaison par résolution n'est accompagnée d'aucune desquamation épidermique. D'autres fuis les macules ne se forment que peu à peu , suivent une marche lente, et durent plusieurs mois ou même plusieurs années.

Diagnostic. — L'éphélide hépatique a quelquefois

été confondue avec le pityriasis versicolor, avec lequel elle a une assez grande ressemblance. 11 faut se rappeler que dans ce dernier il n'existe jamais de prurit, et qu'au lieu d'une exfoliation légère, il se fait constamment une desquamation abondante, formée par la chute de lamelles épidermiques altérées et plus ou moins larges.

Les taches hépatiques peuvent ] aussi être prises pour une syphilide ; mais , dit Bateman , l'histoire des symptômes antérieurs, le défaut d'élévation ou de dépression des taches, leur disparition sans qu'elles aient montré la moiudre tendance à l'ulcération ou à l'inflammation , apprendront à les distinguer à l'œil même le moins exercé (/oc cit.., p. 389). Les caractères indiqués par le dermatologiste anglais sont loin d'avoir la valeur qu'il leur a assignée ; et si le malade a eu des symptômes vénériens primitifs, à une époque plus ou moins éloignée de l'apparition des taches , ou si celles-ci existent simultanément avec une affection vénérienne , le diagnostic serait fort difficile si l'on ne se souvenait pas que dans les colorations qui dépendent d'un principe vénérien , il n'existe ordinairement pas de prurit , tandis que l'exfoliation épidermique est, au contraire, assez abondante; la teinte livide, cuivrée de ces dernières aidera encore au diagnostic.

Quelques nœvi se rapprochent , par leur aspect , des taches hépatiques; mais on conçoit facilement, disent MM. Cazenave et Schedel, qu'indépendamment de leur petit nombre, et quelquefois de leur existence unique , de l'absence de toute démangeaison , leur origine congénitale , leur incurabilité, seraient des caractères qui ne permettraient pas longtemps le moindre doute et la moindre erreur (loc. cit., p. 404).

Pronostic. — Le pronostic des taches hépatiques ne saurait être grave , puisque ces macules, à l'exception des démangeaisons qu'elles excitent, n'ont aucun inconvénient, n'exercent aucune influence sur l'économie, et que les affections abdominales avec lesquelles elles coïncident quelquefois doivent être considérées, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, comme des complications entièrement indépendantes de la coloration morbide de la peau.

Étiologie. — C'est en attribuant, le plus souvent gratuitement , dit M. Cazenave [Dict. de méd. , art. Éphélide), à l'action du foie la teinte jaune que présente la peau, que l'on a nommé certaines macules, éphéUdes hépatiques ; Ahbert pense, au contraire, que ce nom leur a été donné, non parce qu'on a cru apercevoir entre elles et les altérations du foie une espèce de corrélation , mais parce qu'on a cru voir de l'analogie entre la couleur des taches et celle du foie Joe. cit. , p. 742). Quoi qu'il en soit, plusieurs auteurs ont attribué les taches hépatiques à une ma-

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ladie de cet organe ; M. Gazenave reconnaît que dans beaucoup de cas elles se développent chez des individus à prédominance évidente du tempérament bilieux , et Alibert les a vues souvent coïncider avec la formation des calculs biliaires : «Il faut bien , dit-il, que ces taches tiennent à un état désordonné du système intérieur , puisqu'on les remarque si souvent sur la peaa des femmes enceintes, et qu'il suffit de l'interruption d'un flux habituel pour qu'elles se développent «(/or. cit., p. 749). Les éphélides hépatiques s'observent aussi chez les sujets atteints d'inflammation chronique de l'estomac ou des poumons , chez les femmes dont les règles sont supprimées (chloasma amenorrhicus) ; mais il est impossible de constater , dans ces différents cas , une relation de cause à effet, et la plupart des auteurs pensent qu'elle n'existe pas. « Les éphélides hépatiques, disent MM. Gazenave et Schedel , ne sont pas plus sous la dépendance du foie que sous celle de l'estomac ou des poumons. Dans la plupart des cas , les personnes qui en sont atteintes jouissent d'une très-bonne santé , et la maladie consiste tout entière dans une altération du pigment de la peau » ( loc. cit., p. 403).

Des écarts de régime , l'ingestion de certains aliments fumés , salés , la grossesse, sont les causes les plus manifestes de l'éphélide hépatique, bien qu'il soit impossible de déterminer leur mode d'action. Le plus ordinairement les macules se développent sans qu'on puisse leur assigner une cause, même probable. Elles attaquent indifféremment tous les âges et les deux sexes ; les individus qui ont la peau blanche , fine , les cheveux blonds , comme ceux qui ont la peau brune et les cheveux noirs ; cependant elles sont plus fréquentes chez les femmes placées dans les premières conditions.

Traitement. — MM. Gazenave et Schedel condamnent les lotions astringentes, les liniments détersifs, les applications résolutives qu'on a dirigés contre les taches hépatiques : de l'eau sulfureuse à l'intérieur , celles d'Enghien ou de Gauterets , disent-ils , deux ou trois bains sulfureux par semaine, et, dans certains cas, quelques légers laxatifs, tels sont les moyens auxquels elles cèdent le plus ordinairement ( loc.cit., p. 405 ). M. Rayer réduit tout ce traitement à l'administration de bains sulfureux; mais cette administration doit être prolongée, et souvent quarante bains, ou même davantage, sont nécessaires pour amener la guérison.

Ge serait tomber dans l'exagération que de dire, avec Alibert : «Les taches hépatiques sont tellement rebelles, qu'il est rare qu'un traitement local puisse les faire disparaître » (/oc.c«7.,p.751 ). Mais il faut reconnaître que souvent la maladie résiste aux moyens que nous venous d'indiquer, comme d'ailleurs aux remèJes intérieurs conseillés par Alibert (sudorifîques,

préparations antimoniales, suc de cresson , de bourrache, limonade tartareuse). Dans ces cas, il faut rechercher si les macules ne coïncident pas avec une altération organique, une maladie du foie, de l'estomac , etc. , et combattre ces lésions , si elles existent , par les remèdes qui leur sont appropriés.

G. Éphélide solaire {Èphélide de M. Rayer ). L'action des rayons solaires sur la peau se borne quelquefois à rendre les macules du lentigo, chez les personnes qui en sont affectées, pliis foncées et plus nombreuses ; mais d'autres fois elle donne lieu à des taches brunes particulières, auxquelles M. Rayer a réservé le nom à! éphélide , et qui ont été décrites par les auteurs sous différents noms.

Tantôt ces taches sont petites , multipliées , circulaires, d'un jaune foncé , et se rapprochent du lentigo par leur forme et leur couleur (ephelis lentigo œsfwa, de Toddj lentigo œstiva, de J. Frank); tantôt elles sont peu nombreuses, larges, irrégulières, d'un brun foncé ( ephelis umbrosa , de P. Frank , nigredo a sole., de Sennert, hâle); quelquefois, enfin ,1e corps tout entier prend une coloration brune, plus ou moins prononcée, ainsi que cela se voit chez les Européens qui habitent les contrées tropicales ( Todd,/oc. c/>.,p. 71 ).

L'action des rayons solaires étant la seule cause de ces taches , celles-ci se montrent toujours sur les parties qui sont habituellement exposées à l'air, la face, le cou, les mains; elles apparaissent au printemps, dans l'été , chez les individus qui ont la peau fine et blanche , et disparaissent pendant l'automneet l'hiver. 11 est impossible de se méprendre sur leur nature.

On a conseillé , pour rendre à la peau sa couleur naturelle , de la laver fréquemment avec de la crème, du petit-lait, des eaux distillées aromatiques; mais le seul moyen efficace est de soustraire les parties à l'action des rayons solaires.

Classification dans les cadres nosologiques. — Sauvages avait rangé l'éphélide dans le premier ordre ( taches ) de sa première classe ( vices ). Elle constitue le premier geme(colorations) du huitième ordre ( macules ) de Bateman , et de MM. Gazenave et Schedel. Alibert a placé les taches que nous venons j. de décrire dans le premier genre (pannus) de son onzième groupe (dermatoses dfschromateuses); enfin, M. Rayer, dans le quatrième chapitre ( décoloration ) de sa première section ( Maladies de la peau ).

Historique et bibliographie . — Les Grecs appelaient ecpriXiç les taches produitessur la peau par l'action des rayons solaires. Hippocrate emploie cette dénomination dans ce sens, mais il l'applique aussi auxmaculatures qu'on observe sur la face des femmes enceintes uquœ utero gerunt injacie maculam habent , quam z(^ri)M l'ocant ». (Liv. Ilept acpopwv, — liv. ii.

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llcpt -jtjvatxEtwv) : il donne aux taches de rousseur le le nom de (paxoç ; plus tard , le mot à'éphélii/e devint à peu près le synonyme de laclie,Ae macule, et servit à désigner la plupart des colorations morbides delà peau : on lui ajoutait un adjectif pour en distinguer les différentes variétés, et Plater désigna même sous le nom d'éphédide, les vésicules de la gale ( De siiperf. corp. dolore , cap. 1 7 ). Bientôt une nouvelle source de confusion rendit le langage encore plus obscur ; plusieurs mots , chloasma , leniigo, tenlicula , macula, vililigo, furent employés pour désigner les éphélides eu général, ou quelquesunes de leurs espèces. «Ces expressions elles-mêmes, dit M. Rayer , ont reçu diverses acceptions , de sorte que tel mot est tantôt pris comme substantif, pour caractériser un genre, et tantôt comme adjectif, pour désigner une variété. «Nous avons montré que les dermatologisles modernes diffèrent encore sur l'extension que l'on doit accorder à l'application du nom éphélide : il faut chercher les variiités que nous venons de décrire, dans les ouvrages de MM. Gazenave et Schedel (u^brégé pratique des maladies de la /;eau; Paris, 1838), et Rayer (Traité théorique et pratique des maladies de la peau), aux mots lentigo, éphélide et chloasma. Elles sont réunies dans les articles desdictionnaires et dans ceux de MM. Todd {The cyclopœdia ofpractical medicine), et James Copland {A dictionary o/pracfical medicine).

ÉPIDÉMIE ; MALADIES ÉPIDÉMIQUES ET CON- STITUTIONS MÉDICALES. — ÉPIDÉMIE , s. f. , dérivé de ETTi, sur, et de hii-oç, peuple; maladie qui sévit sur le peuple.

Dénominations françaises et étrangères. — Épidémie^ pandémie (dcTraç, tout , et S-nij-ot;, peuple, affection qui attaque tout un peuple). Fr. — EttkJs-

p.'.a, s7Ti(î'y,fj,r,(j'.ç, vodo; =7Ti(5'y,[;.ioç, spKÎrijj.ouv vcar,[;.c,, Tva.^Srip.'.oç ou 7Tav(^vi[Aoç. Gr. — Morbus epidemicus; mordus epidemius , Lat. — Injluenza, malattia epidemica. Ital. — Epidemia^ mal epidemico, enfcrmedad epidemica. Esp. — Epidemj'j épidémie diseases. Augl. — Eine kerrschende Seuche, epidemische Krankheit. Ail. — Eene doorgans in zfvang gaande ziekle, doorgande ziekte. Holl. — Omgangssfge , alfarsyge. Dan. — - Farsot. Suéd.

Définition. — Pour ne pas introduire une confusion fâcheuse dans cet article, un des plus difficiles et en même temps un des plus importants de notre livre, nous nous abstiendrons de rapporter d'abord les nombreuses acceptions que l'on attache au mot épidémie ; cette étude trouvera mieux sa place dans l'historique et la bibliographie.^Si nous parvenons à exposer avec quelque clarté les nombreux sujets qui rentrent dans l'histoire des épidémies, nous croirons avoir rempli convenablement notre tâche, qui est d'autant plus difficile,

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que l'on a pendant longtemps négligé tout ce qui appartient à cette étude. Un petit nombre d'hommes comprenant Timporlance d'un tel sujet ont soigneusement conservé les traditions de l'antiquité. C'est presque exclusivement dans leurs ouvrages que nous avons puisé les documents qui nous ont servi à la rédaction de cet article.

Définition et idées générales qu'il faut prendre des mots épidémie, constitutions médicales , etc. Quand on pratique la médecine dans un vaste pays ou dans une ville, on observe d'abord , à toutes les époques de l'année, quelles que soient les saisons et les variations atmosphériques, un certain nombre de maladies qui sévissent çà et là, et ne frappent que peu d'individus eu même temps. Ces maladies ont reçu de Sydenhara le nom ^intercurrentes ou sporadiques, et ce nom leur a été conservé par les patho» logistes ( Opéra omnia, de morbis epidcmicis ).

lien est d'autres qui ne se montrent qu'à de certaines époques, régulières ou irrégulières , et qui dépendent soit d'une altération secrète et inexplicable de l'air , soit d'effluves ou vapeurs qui se dégagent du sein de la terre, et modifient le corps de l'homme. Ces maladies, qui ne régnent que pendant un temps variable, marqué ou non par une constitution toute spéciale de l'atmosphère , sont appelées maladies épidémiques .-l'espace de temps indéterminé pendant lequel elles régnent est désigné sous le nom de con^ stitulion épidémique. Telle est l'influence de ces constitutions sur les maladies qui se montrent alors, qu'elles modifient leur forme, leur marche , leur gravité , leur nature même , et qu'elles leur donnent des caractères communs qui font sur-le-champ reconnaître l'intervention d'une cause inconnue, que l'on nomme génie épidémique^ et qui domine alors. Les pneumonies, les ophthalmies, les angines, les rhumatismes qui se développent sous une constitution inflammatoire , par exemple , sont ramenés à l'identité de nature qui est, dans ce cas, la diathèseinflamraatoiie. Ce seraient les symptômes d'une complication bilieuse que l'on verrait surgir si la constitution épidémique était bilieuse. Le traitement, comme nous le verrons plus loin , est surtout influencé par ces constitutions épidémiques.

11 y a trois sortes de constitutions épidémiques, l'une stationnaire, l'autre temporaire ou annuelle, et la troisième est la constitution épidémique accidenlelle. A ces trois sortes de constitutions répondent trois genres de maladies épidémiques. La constitution épidémique stationnaire ou fixe n'a pas de durée bien déterminée, et peut persister pendant plusieurs années. Elle est la cause inconnue qui, pendant un certain temps, soumet à certains caractères communs toutes les maladies qui surgissent chez les habitants d'une ville ou d'une contrée. Du temps de Galien,

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par exemple , les affections qui se développaient chez les Romains revêtaient une forme inflammatoire, parce que la constitution stationnaire on fixe était inflammatoire. On a dit également que la constitution stationnaire durant laquelle StoU a observé était bilieuse ; et , dans ces derniers temps , n'a-t-on pas proposé d'expliquer les succès de la médecine physiologique dans le traitement des maladies par une constitution stationnaire inflammatoire qui aurait remplacé la bilieuse de Stoll? Sydenham croit que celte constitution tient à une altération secrète et inexplicable qui se fait dans les entrailles de la terre. Ou en a distingué de bilieuses , de putrides , de fébriles , de catarrhales, de rhumatismales, d'inflammatoires, etc., ainsi qu'on le verra plus loin.

La constilidion stationnaire ^ suivant quelques auteurs , tient aux habitudes , au régime et à toutes les influences complexes que comprend la matière de l'hygiène; elles varient de peuple à peuple, et même de ville à ville. Quelques auteurs l'ont nommée sans doute, pour ce motif, constitution régionnaire.

hd, constitution temporaire 0\\ saisonnière (diXinuelle de Sydenham) , ou constitution épidémique, se distingue de la précédente , en ce que la première est indépendante de toutes les qualités de l'atmosphère, tandis que celle-ci tient précisément au retour périodique des saisons, aux vicissitudes de chaud et de froid qu'elles occasionnent, et à des conditions météorologiques qu'il nous est donné d'apprécier ; on donne le nom de constitution épidémique à cette période de temps durant lequel sévissent les maladies produites par les saisons, il y a en outre des constitutions mixtes dont nous expliquerons plus loin avec détail le mode de production. On nomme épidémies constitutionnelles, petites épidémies , les affections qui naissent sous l'influence de cette constitution. Sydenham a divisé les maladies épidémiques saisonnières en celles du printemps et celles de l'automne ( printannières, automnales ) ; d'autres les ont encore subdivisées en hivernales et estivales. Quelques auteurs les désignent aussi sous le nom de maladies régnantes.^ et appellent constitution médicale le temps durant lequel on les observe. Une remarque importante, faite par Sydenham et par les principaux épidémiographes , c'est que la constitution annuelle ou saisonnière est dominée par la constitution stationnaire ou fixe, de .sorte que si celleci est de nature inflammatoire, les fièvres bilieuses, les diarrhées de l'été, les catarrhes, les rhumes de l'hiver, etc., subiront l'empire de la constitution stationnaire qui règne au moment de leur apparition.

h' épidémie proprement dite, que l'on a aussi appeléegrande épidémie, épidémie éi'entuelle.^ accidentelle, passagère, intermittente, est l'époque pendant laquelle se montrent des maladies qui, dans

un temps déterminé, attaquent à la fois un grand nombre d'individus de la même espèce, vivant dans les mêmes circonstances, et qui, dans leur marche générale, représentent un tableau commun et analogue à celui qu offre la même maladie considérée chez un seul individu, quand elle n est point mortelle (Schnurrer) ; exemple : la grippe, le choléra-morbus, l'acrodynie, la suette miliaire, la rougeole , la scarlatine , la variole , etc. , etc. Notre définition de l'épidémie serait incomplète si nous n'ajoutions, avec Sydenham, Schnurrer et d'autres, que son caractère distinctif est d'offrir , quand on la considère dans sa marche générale, la plus parfaite ressemblance avec la maladie observée sur chaque individu. Chaque feuille d'un arbre, dit Schnurrer, représente l'arbre entier, comme une individuahté morbide représente exactement la marche générale de l'épidémie {Matériaux pour servir à une doctrine générale sur les épidémies et les contagions, T^iv Schnmvev ; Tubingue , 1810, in-8'', traduit par MRI. J.-Ch. Gasc et Breslau ). Si l'on prend, par exemple, un malade quelconque à une certaine époque de l'épidémie , on constate sur le sujet les mêmes symptômes graves ou légers que présentent les autres malades. Dans la dysenterie que Sydenham observa à Londres en 1669 , les coliques violentes, sans évacuations alvines, la prostration, etc., existaient au début; à une période plus avancée, les déjections étaient copieuses , et les coliques avaient disparu. Dans ce cas , un seul sujet , pris au hasard , pouvait donner une idée précise de l'épidémie, puisque tous les malades présentaient exactement les mêmes particularités. Nous reviendrons sur ce point essentiel de l'épidémie; nous rappellerons seulement que dans le choléra, la grippe et les autres maladies épidémiques qui ont paru dans notre France, ce caractère essentiel de l'épidémie s'est toujours nettement dessiné. Différence entre l'épidémie proprement dite et les constitutions épidémiques ( fixe ou temporaire). — La constitution épidémique est un espace de temps variable, durant lequel régnent des maladies qui , bien que différentes en apparence , reçoivent une influence commune, ont la même origine et la même diathèse. «C'est, dit Ozanam, une maladie unique dont les formes variées ne sont, pour ainsi dire , que des symptômes, et qui n'exige qu'une seule méthode générale de traitement. Ainsi, sous une constitution épidémique inflammatoire, nous observons des céphalites, des ophthalmies, des esquinancies, des péripneumonies, des rhumatismes aigus, etc. « Mais à travers ces différences de siège, il est facile d'apercevoir, surtout par le traitement, que la nature propre de la maladie est identique, bien que l'organe affecté ne soit pas le même. Sous l'influence d'une coustitulion épidémique bilieuse, la pneumonie', l'an-

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gine, le rhumatisine, seront combattus avec succès par les mêmes agents thérapeutiques, toutes choses étant égales d'ailleurs.

L'épidémie se montre sous une forme toujours identique , quelles que soient les conditions indivi duelles ou la constitution saisonnière, ou fixe régnante: ainsi le choléra était, à peu de chose près , le même en hiver , en été, chez les jeunes, chez les vieux , etc. Au contraire , dans la constitution épidémique, les maladies sont variables par leur siège et leurs symptômes , seulement elles portent le cachet commun que leur imprime le génie épidémique.

L'épidémie paraît à des époques indéterminées , et dans la contrée soumise à la cause inconnue qui la produit, quelles que soient les influences atmosphériques, exemple : le choléra, la grippe, qui sévissaient sous toutes les latitudes et dans toutes sortes de contrées. Les épidémies fixes et saisonnières se montrent en des temps fixes, tiennent aux conditions atmosphériques qu'amènent les saisons, et s'étendent à tout le pays où régnent ces influences atmosphériques. Enfin , les grandes épidémies sont très-nombreuses , tandis que les constitutions épidémiques stationnaires ou temporaires sont en petit nombre.

Différence s entre Vépidémle et les maladies primitivement contagieuses. — Ce serait faire une étrange confusion que de ne pas distinguer soigneusement les grandes épidémies des maladies primitivement contagieuses. Le seul point de contact qu'elles ont entre elles, c'est de sévir eu même temps sur un grand nombre d'individus , et de se présenter chez tous les malades sous la même forme , avec les mêmes caractères symptomatologiques. Mais la cause de l'épidémie , en général , s'appesantit en même temps sur tous les hommes qui habitent les lieux ou la contrée qu'elle ravage. La contagion seule suffit pour répandre les maladies primitivement contagieuses, qui suivent dans leur propagation les lois que nous avons assignées à la contagion (Compendiam, t. n). Nous dresserons un parallèle entre celle-ci et l'épidémie, quand nous aurons fait l'histoire complète de cette dernière.

Nous avons déjà indiqué les caractères différentiels de l'épidémie et de l'endémie (t. ni, p. 311); nous rappellerous seulement ici que l'endémie est une cause toute locale , en général fort circonscrite, qui donne naissance à certaines maladies particulières à certaines contrées , et qui ne s'étendent pas aux lieux circonvoisins , à moins que l'élément contagieux ne vienne s'y ajouter (exemp. la fièvrejaune). L'épidémie , au contraire , est produite par des causes passagères, non inhérentes à la localité, se propagea toute une population.

Divisions générales de l'arlicle. — BTainlenant que nous avons donné une idée géocrale des diverses

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dénominations dont nous ferons usage dans le cours de cet article , nous pouvons exposer avec quelque claité et dans autant de chapitres distincts les sujets que nous venons d'indiquer ; l"la constitution épidémique , stationnaire ou fixe, et les maladies qui en dépendent; 2° la constitution épidémique saisonnière ou constitution médicale, et les maladies qui régnent sous leur influence; 3° l'épidémie proprement dite, éventuelle, intercurrente. En adoptant cet ordre, nous espérons offrir au lecteur un exposé clair et précis des maladies épidémiques. Nous sommes étonnés que les auteurs qui ont traité notre sujet ne se soient pas tous astreints à suivre ces divisions toutes naturelles. C'est parce que l'on a réuni l'histoire des grandes et des petites épidémies dans la plupart des ouvrages que les descriptions sont si inexactes, et qu'elles comprennent les maladies contagieuses. Cette confusion se retrouve dans l'article Épidémie de \ Encyclopédie anglaise^el nons pourrions adresser le même reproche à quelques autres. Il est souvent difficile de saisir la véritable pensée des auteurs , ce qu'il faut attribuer au peu de soin qu'ils ont mis à rechercher les doctrines si nettes et si précises que nous ont léguées les classiques qui , malgré quelques fausses idées, ont été et sont encore nos maîtres dans cette branche de la pathologie générale. Nous terminerons cet article par l'étude des maladies épidémico-contagieuses.

1^ Delà constitution stationnaire ou Jixe.

Il y a des temps, variables par leur durée, pendant lesquels les maladies qui sévissent chez les habitants d'une contrée ou d'une ville revêtent une forme à peu près identique, qui est due à une influence mystérieuse, entièrement inconnue dans son essence, que l'on est convenu d'appeler le génie épidémique (to Oeiov, difinum aliquid). Le temps variable durant lequel se fait sentir le génie épidémique est ce que l'on nomme la constitution stationnaire ou fixe. Toutes les maladies qui paraissent pendant cette constitution ont une physionomie commune. On désigne aussi quelquefois sous le nom de diathèse la constitution stationnaire. Lorsque les maladies s'accompagnent d'une réaction vive, d'une turgescence marquée de tout le système vasculaire; lorsque le sang se précipite avec force dans tous les vaisseaux , et que, sans qu'il y ait toujours pléthore , le fluide en circulation semble exercer une excitation plus forte sur tous les organes, on dit alors qu'ily a constitution inflammatoire. Dans d'autres temps il semble que les matériaux de la bile, venant à être sécrétés en plus grande abondance, pénètrent tous les tissus, et donnent aux maladies qui se développent (pneumonies, gastrites, rhumatismes, encéphalites, etc.) une forme toute spéciale qui .se montre à travers les symptômes propres à la maladie; lu (einlc jaune de la face, des scié-

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rotiques, du pourtour des lèvres, la coloration orangée des urines, l'état de la langue, l'amertume de la bouche, les vomissements bilieux, etc., révèlent la constitution bilieuse ou gastrique. A d'autres époques la constitution àewlenicatarr/iale, muqueuse, rheuniatique, c'est-à-dire que les maladies , outre les symptômes morbides qui les caractérisent, s'accompagnent de divers phénomènes qui apparaissent sur la muqueuse gastro-pulmonaire , ou génito-urinaire : tantôt ce sont des flux muqueux par les fosses nasales, et des vomissements de même nature, tantôt des diarrhées purement muqueuses ou des écoulements leucorrhéiques , ou la sécrétion d'une grande quantité de mucus se mêlant aux urines, des douleurs rhumatismales dans les muscles , les jointures , et diverses parties du corps. La constitution épidémique régnante s'appelle putride ou maligne quand les affections ont une grande tendance à revêtir les caractères que l'on attribuait anciennement à la putridité des humeurs. D'autres fois lés réactions du système nerveux seront plus fréquentes, et viendront se surajouter à la maladie [constitution nerveuse). Enfin nous ne répugnons pas à admettre que la constitution scorbutique , c'est-à-dire un ensemble de causes que nous ne pouvons toujours saisir, puisse produire des maladies caractérisées par une altération du sang, de même que la pléthore et la richesse du fluide en circulation ont paru être quelquefois l'élément principal d'autres épidémies constitutionnelles. On a aussi parlé de constitution épidémique fébrile intermittente, rémittente, vermineuse-, mais il est douteux que ces formes de maladies tiennent à une semblable cause.

Si nous cherchons dans les études cliniques des faits à l'appui de cette doctrine professée par les meilleurs observateurs de l'antiquité et des temps modernes, nous trouvons que, considérée en ellemême et en dehors de toute interprétation , elle est inattaquable. Personne ne niera que, pendant un certain nombre d'années, sans que l'on sache (rop pourquoi , toutes les maladies ont quelque chose de spécial , qui ne change rien au siège et aux symptômes principaux de la maladie , mais qui y ajoute un élément de plus dont il faut tenir grand compte dans le traitement.. La rougeole ou la scarlatine, la bronchite ou la pleurésie par exemple, qui viennent à surgir dans de telles circonstances , se distingueront des mêmes maladies observées à une autre époque et sous une autre constitution stationnaire, par des phénomènes morbides surajoutés à ceux que le mal fait naître habituellement. Faut-il maintenant dire, avec les anciens, que la bile , la mucosité, le sang, l'atrabile ou telle autre humeur deviennent alors prédominants? Ce sout là des idées tout à fait hypothétiques et renversées complètement aujourd'hui par les

notions plus précises que nous ont fournies la physiologie, l'anatomie , et la chimie. Cependant l'explication n'est pas tellement ridicule que l'on ne puisse interpréter facilement la doctrine ancienne. Ainsi l'on conçoit que l'on ne dise plus que la constitution stationnaire est bilieuse dans le sens qu'Hippocrate, Galien et ses successeurs accordent à ce mot; mais on ne fait qu'exprimer autrement le fait en parlant de la fréquence des complications bilieuses. Nous reviendrons plus amplement sur ce sujet en traitant des constitutions saisonnières.

Il y a dans l'histoire de la constitution stationnaire un point qu'il faut nettement établir : c'est la différence qui existe entre elle et la constitution qui appartient à chaque peuple, quelquefois même aux habitants d'une localité assez circonscrite. Ces différences que l'on découvre dans la constitution, dans le tempérament, sout engendrées par la nourriture , les boissons, les coutumes politiques et religieu.ses , les mœurs , le climat, et par toutes les conditions hygiéniques qui doivent aussi introduire des changements notables dans les symptômes , dans la nature, le siège , et les complications des maladies. C'est encore là un élément de plus que le médecin doit s'apprendre de bonne heure à reconnaître, s'il veut que sa thérapeutique soit couronnée de quelque succès. M. Gasc, à qui sa position de médecin des armées a permis de faire de bonnes et nombreuses observations sur ce sujet, a dit plusieurs fois à l'un de nous que, dans l'hôpital de Dantzik, pendant nos dernières campagnes <i'Allemagne , il était contraint de faire quatre ou cinq médications différentes pour la même maladie , développée sur des militaires venus de pays différents. Ce n'est pas seulement la nature du traitement qui devait varier, mais aussi la dose des médicaments dont on faisait usage. Tous ceux qui ont exercé la médecine dans diverses contrées, et ceux mêmes qui, sans sortir de leur pays, ont pratiqué dans des régions qui diffèrent soit par la nature des lieux, soit par les autres circonstances hygiéniques que nous avons indiquées, recommandent tous de varier la thérapeutique.

Les causes de la constitution fixe sont tout à fait insaisissables ; elles ne résident pas dans l'air atmosphérique, «elles ne viennent, dit Sydenham , ni du chaud , ni du froid , ni du sec , ni de l'humide, mais plutôt d'une altération secrète et inexplicable qui s'est faite dans les entrailles de la terre.» Tiennentelles à des changements survenus dans la nourriture, les habitudes des peuples, c'est ce qu'il n'est pas permis de décider.

Qu'on se rappelle bien que la constitution stationnaire diffère de la temporaire en ce que la première n'a pas de durée bien déterminée. Ainsi nous verrons plus loin que Lepecq de la Clôture a observé pendant

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les années 1 763 , 1 764 , et 1 765 , une constitution catarrhale ou rhumatismale qui domina toutes les autres affections. Les qualités de l'air concoururent à la perpétuer, mais on ne peut pas dire qu'elles la produisirent, puisqu'on voit très-fréquemment les changements de saisons et de l'état de l'atmosphère n'influer en rien, bien qu'ils soient très-marqués, sur la constitution épidémique stationnaire. Hippocrate en a observé une qui dura près de trois ans. Ozanam a vu la constitution stationnaire inflammatoire dominer plus de dix ans dans la ville de Milan. M. Loudun croit aussi avoir remarqué que la constitution catarrhale règae depuis très-longtemps à Lyon.

2^ Constitutions épidémiques temporaires, saisonniêreSj annuelles^ constitutions médicales régnantes^ etc.,- maladies populaires, épidémiques, annuelles, régnantes.

C'est une loi établie dès la plus haute antiquité, et mise hors de doute par les observations d'Hippocrate, de Galien , de Huxham , de Sydenham , de Pringle, et de tous les médecins qui les ont suivis , savoir que les maladies annuelles ont un rapport intime avec les phénomènes météorologiques propres à chaque saison de l'année. On doit entendre par constitutions épidémiques saisonnières celles qui se montrent pendant les diverses saisons de l'année ; qui sont produites par l'état de l'atmosphère et les altérations sensibles de ce fluide; qui n'ont rien de fixe dans leur retour et dans leur durée, qu'autant que les conditions météorologiques propres à chaque saison sont elles-mêmes fixes et régulières, ce qui est très-rare. Une propriété des constitutions épidémiques saisonnières est de se manifester à certaines époques de Tannée , pour disparaître ensuite au bout de deux ou trois mois. Elles ne paraissent pas toujours dans la saison qui leur est propre. «Quelquefois, dit Ozanam, sous une même influence atmosphérique , on voit naître des maladies différentes de celles qui devraient régner, et une épidémie qui semblait marcher vers son déclin reprend tout à coup une vigueur nouvelle , sans qu'il soit possible de rendre compte de ces phénomènes.» Une autre propriété des épidémies saisonnières est de tendre à diminuer le nombre des maladies intercurrentes, et à les faire participer à leur nature. Elles sont en petit, aux intercurrentes, ce que sont les constitutions stationnaires aux constitutions saisonnières; tandis que la constitution stationnaire imprime une nature spéciale tout à la fois aux maladies intercurrentes et aux saisonnières, les saisonnières, au contraire, n'influencent que les intercurrentes.

Les modifications éprouvées par l'économie, et, parconséquent, les caractères des maladies régnantes, sont d'autant plus prononcés, que les qualités de l'air, la température et les autres conditions météorologiques

exercent elles-mêmes une action plus forte, plus continue et plus durable. Quand les saisons sont régulières, il peut y avoir quatre constitutions épidémiques correspondante chacune d'elles: on a ainsi les maladies régnantes deThiver, du printemps, de l'été, et de l'automne. Tous les médecins qui ont écrit sur les épidémies s'accordent à diviser l'année de la même manière que les astronomes, en quatre saisons, le printemps, l'été, l'automne, et l'hiver. Chaque saison a une constitution atmosphérique, qui , en général , lui est particulière. Ainsi , dans nos contrées , l'hiver doit être froid , le printemps , médiocrement chaud et humide, Tété, chaud et sec, et l'automne, variable et presque toujours humide. Ce sont là les constitutions saisonnières que l'on peut appeler régulières, légitimes. Les maladies qui se développeront sous le règne du génie épidémique de la saison seront d'une espèce particulièie. 11 se formera une constitution catarrhale en hiver , une inflammatoire au printemps , une bilieuse en été , et une catarrhale en automne ; en même temps , les maladies qui tendent à prédominer, et les complications, qui deviennent plus fréquenles dans la saison froide et humide de l'automne , sont les fièvres d'accès , les phlegraasies des muqueuses, les bronchites aiguës et chroniques, la grippe, les divers flux, les coryzas, les diarrhées. Les mêmes maladies sont aussi très-communes en hiver, lorsque celui-ci est pluvieux, humide, et médiocrement froid. S'il est sec et froid , la forme inflammatoire prédomine , et il se développe des inflammations parenchymateuses , des pneumonies. On observe, au contraire, des hépatites , des embarras gastriques, des flux intestinaux, le choléra-morbus, des dysenteries en été, lorsque la constitution est chaude et sèche. Au printemps , la constitution atmosphérique étant humide et chaude, on voit paraître les éruptions exanthématiques , la rougeole , la scarlatine, la variole, des fièvres d'accès; ces dernières sont surtout communes en automne. Si l'on peut dire d'une manière générale, et avec quelque restriction, que les maladies que nous venons d'indiquer prédominent à certaines époques de Tannée , on ne peut accepter Tinterprétalion donnée à ces faits par les anciens. Ils pensaient qu'une des quatre humeurs du corps devenant surabondante pendant la saison, causait les maladies. Suivant Hippocrate , la pituite est en excès pendant le printemps, le sang, en été : a Vere «pituita magis dominatur, et sanguis increscit; œs- « tate sanguis adhuc viget , sed et bilis exaltatur. » L'explication du médecin grec est mauvaise , mais le fait qu'il exprime est parfaitement fondé. Nul doute que les flux muqueux ne soient fréquents pendant les saisons humides, et qu'aux approches du printemps les maladies n'offrent déjà un caractère franchement inflammatoire, qui durera encore pendant Tété «ces-

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«tate sanguis adhuc viget, sed et bilis exaltatur». Plus tard, en effet, et pendant la chaleur, les complications bilieuses sont fréquentes. Tous les médecins qui ont eu occasion de voir beaucoup de malades dans divers climats, et sous diverses latitudes, ont confirmé le résultat de son observation. Galien, cherchant à découvrir quelle est l'humeur prédominante dans chaque saison , suppose que l'homme, en hiver, forme une surabondance de pituite ; qu'elle se développe encore au printemps, mais que le sang s'accumule davantage; que, dans Télé, le sang se trouve raréfié, et qu'à cet instant la bile surabonde , tandis que dans l'automne elle s'épaissit, forme l'atrabile la plus dense , et que le sang est moins abondant (Galenus De Hippocratc^ et Platon. Decretis ^ 1. vm, chap. vi). Il est inutile de faire la critique de pareilles idées; elles ne sauraient être admises aujourd'hui , quoiqu'elles aient régné jusqu'à la fin du dernier siècle, et que des médecins recomm:.mdables les aient prises pour guide de leurs observations. Nous voyons Lepecq de la Clôture, Geoffroy, Raymond , les adopter dans lesouvrages qu'ils ont publiés sur ce sujet.

Voici comment Schnurrer explique le mode de production des maladies annuelles. En hiver, la respiralion est plus parfaite, le sang plus oxygéné, plus coagulable; le pouls fort, la digestion plus active; aussi toutes les maladies qui se développent dans ces conditions offrent cela de commun, que les parenchymes riches en vaisseaux sanguins sont plus spécialement affectés. Les maladies catarrhales forment le passage à celles qui régnent jusqu'au mois de juin. Le canal intestinal, ainsi que l'organe cutané, participent également aux maladies de cette saison , et les maladies ont une tendance à prendre le masque des fièvres intermittentes. Dans l'été, le foie et le système de la veine porte deviennent plus actifs; c'est par leur secours que se fait la décarbonisation du sang: le pouls est plus petit, la sérosité du sang jaunâtre, la bouche pâteuse, la soif plus marquée que la faim , et les maladies tendent à se terminer par des évacuations critiques. Au mois d'août, le génie est bilieux ; mais après cette époque il se manifeste de nouveau un état semblable à celui du printemps (constitution mixte). Les fièvres rémittentes et intermittentes reparaissent. Dans les derniers mois d'automne et dans les premiers de l'hiver , la constitution atrabilieuse prédomine ; elle est favorisée par la période du système de la veine porte.

Schnurrer pense que les changements qui surviennent dans le cours d'une année sont moins le produit immédiat des différentes températures des sai- .«ons que le résultat d'une cause plus cachée, puisque, dit-il, les maladies annuelles dans nos climats observent une marche successive plus rigoureuse que celle des températures.

Avant d'exposer les principales opinions émises par les auteurs anciens , et dont il est à peine fait mention dans les livres modernes, établissons d'abord dans les constitutions saisonnières quelques divisions qui méritent d'être connues, bien qu'elles soient tombées en désuétude aujourd'hui. Nous avons dit que l'année sidérale, comme l'année médicale, pouvait être divisée en quatre saisons. Dans l'ordre régulier, chaque constitution atmosphérique correspond exactement à la saison même pendant laquelle elle règne. C'est alors qu'on observe les maladies saisonnières propres à la saison. Mais il arrive fréquemment , surtout dans les climats tempérés , des variations considérables dans les saisons. 11 peut se faire , par exemple , que l'une d'elles soit assez dérangée pour prendre la place d'une autre : l'hiver peut être doux et pluvieux , le printemps, sec et froid; l'été, variable ; l'automne, chaud et invariable. Il en résulte des saisons irrégulières , des constitutions saisonnières déplacées, auxquelles correspondront des maladies que l'on pourrait appeler également déplacées^ parceque l'on est habitué à les observer dans une autre saison. Ces constitutions ne déterminent en aucune manière la constitution de l'année. On trouve des exemples fréquents de ce renversement des saisons dans Huxham ( Obscrvationes de aère et morbis epidemicis) , dans Lepecq de la Clôture {Collections d'oùsenat. , etc.,), dans les Mémoires de Geoffroy et de Raymond ( Mém. de la Société rofale, 1780-1781 , p. 1 et 36), et dans les observations météorologiques que la Société royale de médecine a publiées, ainsi que dans l'annuaire du bureau des longitudes.

Lorsque la constitution propre à une saison se continue dans la saison qui la suit immédiatement , il en résulte des constitutions médicales mixtes j c'est-à-dire, qui participent de l'une et de l'autre. Nous appellerons constitution mixte, dit Lepecq de la Clôture , la réunion de deux excès ou de deux intempéries de saisons, dont l'un n'a pas été capable de détruire les résultats des premiers : d'où il est arrivé qu'ils se sont confondus ensemble ( Collections d'observations, etc., p. 1033). On aura, dans ce cas, des constitutions saisonnières combinées, et les maladies qui se développeront sous cette influence porteront le cachet du génie épidémique de l'une et de l'autre saison : ce seront , en quelque sorte , des maladies épidémiques mixtes. Il est très commun d'en observera la fin de chaque saison au moment où le passage de l'une à l'autre s'effectue. Des observations de ce genre sont encore plus fréquentes lorsqu'on n'admet que deux grandes constitutions annuelles , celles du printemps et de l'été. Sydenham place entre elles une constitution particulière, qu'il appelle l'entrc' deux, et qui correspond à la constitution mixte qui existe entre chaque saison. Il peut se rencontrer des

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ConstidUious annuelles dans lesquelles les constitutions priutanièie et automnale soient les seules prédominantes; dans ce cas, les deux constitutions mixtes sont très-appréciables, ainsi que les maladies qu'elles déterminent. Quand ou étudie, sous ce point de vue, les affections qui ont régné dans le cours d'une année entière , on trouve, en règle générale, que celles qui surviennent dans l'équinoxe d'automne impriment ordinairement leur caractère à celles qui doivent se développer jusqu'à l'équinoxe du printemps , époque à laquelle s'opère un changement de constitution. « On voit cesser, dit Ozanam, les phlegmasies des membranes muqueuses et autres , les péripneumonies, les rhumatismes , qui cèdent la place aux maladies exanthéuuliques, aux apoplexies, aux pyrexies de différents types qui sont ordinairement de courte durée,

La constitution d'une saison se compose des constitutions de chaque jour : c'est ia somme de celle-ci qui donne le caractère de la constitution propre à chaque saison. C'est aussi par la constitution des saisons que l'observateur règle la constitution de l'année entière. «Car, si chaque saison était régulière, l'année serait légitime , et elle ne deviendrait pas la source des maladies épidémiques; il n'y en aurait point. Ainsi, l'excès des intempéries de chaque saison établira sa nature ou sa constitution , telle que Baillou les observa; mais l'excès d'uneou de plusieurs constitutions de saisons sur les autres, et la continuité même de cet excès dans un nombre de saisons consécutives , décidera la constitution d'une ou de plusieurs années. C'est de cette manière qu'Hippocrate a considéré l'état des saisons, et depuis ce grand homme, personne peut-être, pas même Sydenham, n'a bien connu cette manière de voir, la plus simple, la plus naturelle, la plus féconde , la plus conforme aux vrais principes de la nature» (Lepecq de la Clôture , ouvr. cit., p. 1032). Ces remarques , qui sont d'une haute importance pour la médecine pratique , sont peu connues des médecins de notre époque. En général, ils n'en tiennent aucun compte , parce que le diagnostic local absorbe toute leur attention, et parce que la doctrine de l'irritation en a conduit un grand nombre à ne rien placer au-dessus de la recherche de cet élément. Nous allons revenir sur cette question en parlant du traitement des maladies épidémiques.

La constitution annuelle porte ordinairement le nom de la maladie qui a régné avec le plus d'intensité ou de fréquence, ou plus longtemps; c'est la maladie prédominante qui décide le caractère général de la constitution annuelle. Lorsqu'on dit que les maladies régnantes sont les catarrhes ou les phlegmasies des organes ou voies respiratoires, les dysenteries, etc., on fait entendre que ce sont ces maladies qui ont été les plus communes, qui ont régné le plus longtemps, ou qui ont été les plus graves. Toutes ces ciiconstances , en

effet, prouvent qu'une constitution saisonnière a prédominé , et que les effets observés ont été en rapport avec son degré d'énergie. Pour donner une idée plus exacte du sujet dont nous venons de parler , citons quelques exemples empruntés à des auteurs qui ont marché dans la voie tracée par Hippocrate , et suivie par les médecins les plus recommandables. Nous allons montrer d'abord une constitution épidémique stationnaire qui a duré plusieurs années , et imj»rimé un caractère tout spécial aux maladies qui se sont développées sous son influence. Lepecq de la Clôture, . rendant compte des principales maladies régnantes observées sous le climat de Caen et aux environs, pendant les années 1763, 1764 et 1765, s'exprime de la manière suivante : «Le printemps de l'année 1763 avait été fort sec , et l'été très-pluvieux ; la saison se trouva même beaucoup refroidie en septembre; la basse province , ou plutôt sa moyenne contrée , voyait fré quemment régner des brouillards qui se convertis saient en petites pluies froides; les vents se portaient par intervalles au septentrion, et quand ils descendaient vers l'ouest, nous avions des pluies abondantes : telle fut la température variable du commencement de l'automne. » Des pluies excessives survinrent en novembre , et l'atmosphère se chargea de vapeurs humides et chaudes pendant tout ce mois et pendant le mois de décembie. Cette même intempérie humidotepidiuscula^ ainsi que l'appelle l'auteur, fut encore plus marquée vers la fin de janvier et dans le cours de février ; des torrents de pluies inondèrent les villes et les campagnes : «Voilà donc évidemment une constitution qui pèche par excès d'humidité , au moins depuis le commencement de l'été 1 763 jusqu'à la fin du printemps de 1764... ; elle fut quelquefois humide et froide , mais beaucoup plus fréquemment humide et chaude... , saison conséquemment dérangée de l'ordre naturel, dont elle s'écarta beaucoup plus que n'avait fait l'automne. Telle fut enfin la source d'une grande constitution catarrhale et putride , qui commença vers la fin de l'été 1 763 , qui s'étendit pendant l'automne sous toutes les faces du catarrhe . et prit enfin, vers le mois de novembre, la complication bilieuse putride qu'elle conserva longtemps ensuite» (ouvr. cité, p. 651 et suiv. ). Les idées formulées par le médecin à qui nous venons d'emprunter ces citations sont nettes et précises. Il s'agit maintenant d'examiner ce qu'il entend par cette consiiiution catarrhale qui fut la constitution régnante. Nous voyons d'abord que les affections rhumatismales, articulaires et musculaires , furent fréquentes « à cause de la rétropulsion de la transpiration.» Il y eut au.ssi des coliques qui étaient «si décidément rhumatismales, que souvent on les voyait quitter leur siège, et alors la douleur se portait aux extrémités, surtout aux genoux et dans les jambes, qu'elle abandonnait après quelques

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jours pour retourner, comme auparavant, se nicher dans le ventre. Les douleurs lombaires ( Lombago ) furent aussi très-communes ; les enfants et les vieillards furent les premiers frappés des effets de la constitution catarrhale dominante , ainsi que les femmes et les corps faibles et délicats. On vit, enfin, paraître des angines et des pleurésies , que l'auteur appelle bilieuses catarrheiises ,ç,izon{ïQ lesquelles les vomitifs et les cathartiques furent dirigés avec succès, il survint une complication de maladies vermineuses : «Les vers qui avaient commencé leur développement dans le cours de l'automne produisirent grand nombre d'épiphénomènes dans les maladies des mois de janvier et février ; ils devinrent la maladie la plus générale et l'accident le plus redoutable dans celle du printemps, après que les pluies d'hiver et l'intempérie méridionale chaude et humide eiiren t été remplacées par les premiers beaux jours sereins et chauds»; ce qu'il faut traduire en disant que la génération des vers lombrics, si fréquents chez les enfants , et surtout dans les contrées humides , comme celle de la Basse-Normandie , fut encore favorisée par l'humidité extrême jointe à la chaleur qui régna durant la constitution médicale que nous décrivons. C'est ainsi qu'il faut commenter ce passage ducélèbreobservateur; nous en avons déjà parlé à l'article Entozoaires (maladies vermi neuses). La constitution catarrhale prédominante se termina par des éruptions de miliaires et quelques autres éruptions. 11 est facile d'apercevoir dans les maladies diverses que Lepecq a décrites avec un grand talent d'observation , quoique sous l'influence de doctrines humorales un peu exagérées, le caractère commun qu'elles ofiraient toutes sous l'empire de la constitution stationnaire catarrhale.

Ci tons encore pour exemples quelques-unes des constitutions saisonnières décrites par Raymond : elles ne conduisent pas cependant à des résultats bien précis. Ce médecin, étudiant la constitution i^èche de différentes années , rapporte que l'année 1747 fut peu variable, très-chaude et sèche, précédée d'un automne tempéré et d'une grande abondance de pluie; dans l'automne de 1745, on observa des fièvres bilieuses, compliquées de catarrhes épidémiques et de dysenteries ; année 1 749, australe, assez tempérée, médiocrement pluvieuse ; après uu automne peu pluvieux et chaud ou tempéré , fièvres et pleurésies de nature putride, fièvres affaissantes , graves , depuis l'été où il y a eu des dysenteries ; fièvre tierce et double tierce de la nature des fièvres continues, toujours avec redondance bilieuse, laquelle existait awssi séparément ; fièvres catarrhales , souvent compliquées de l'autre fièvre continue bilieuse, petites véroles graves , rougeoles bénignes.

Opposons à cette cbnstitui ion celle qui est froide et sèche. Année 1748, boréah* australe, remarquable

par le froid, par le chaud , et par la sécheresse, après un automne nébuleux , mais peu pluvieux et médiocrement froid : fièvres souvent vives, quelquefois molles , accompagnées de prostration des forces , et compliquées d'ardeur de poitrine , d« catarrhes et de turgescence bilieuse ; fièvres tierces de la nature de la fièvre continue régnante ; toux convulsive parmi les enfants, depuis l'automne de l'année 1745; petites véroles meurtrières. »

Nous avons emprunté ces lignes au mémoire de Raymond , couronné par l'Académie royale de médecine, et inséré dans le recueil de ses mémoires ( an. 1780-1781), afin de montrer de quelle manière pourraient être exposées en peu de mots les observations faites pair les médecins de tous les pays. On conçoit sur-le-champ quels services rendrait un semblable travail ; seulement il faudrait que ces sortes de documents fussent adressés à l'Académie de médecine, ou à-tout autre corps savant, pour les coordonner et en régler l'emploi. L'ancienne Académie, comprenant toute l'importance de semblables recherches, publiait chaque année des tables météorologiques. Aujourd'hui qu'elles sont faites à l'Observatoire de Paris avec une précision et un talent qui ne laissent rien à désirer, il ne reste plus aux médecins qu'à mettre en regard les résultats de leur pratique : c'est seulement ainsi qu'ils pourront parvenir à débrouiller quelque chose dans l'action pathogénique des constitutions saisonnières.

Nous avons dit qu'il était possible d'établir dans un climat où les saisons se succèdent régulièrement, quatre constitutions principales en rapport avec les conditions météorologiques; nous devons ajouter qu'il est rare que l'on observe cette succession parfaite, et, par conséquent, que les maladies régnantes correspondent exactement aux influences atmosphériques. Un grand obstacle , dit Ozanam , se présentera toujours dans l'étude des constitutions épidémiques générales : c'est la diversité des climats , des températures , de la météorologie de chaque pays , l'exposition des lieux , et tant d'autres circonstances physiques, qui changent absolument l'état constitutionnel d'une province, d'un canton , d'une ville, relativement à d'autres localités voisines (ouvr. cité, t.i, p. 88 ): aussi ne doit-on pas être surpris de voir les médecins ne pas s'accorder sur le, nombre des constitutions ou états atmosphériques qui forment la base de la météorologie des saisons. Hippocrate en a établi quatre principales, qui sont: 1" la chaude sèche;. 2" la froide humide ; 3° la froide sèche ; 4° la chaude humide. Raymond s'est conformé à cette division dans son travail {Mémoires de l'Académie royale de médecine , 1 780 et 1781, p. 48 ). Ozanam prétend que cinq constitutions atmosphériques forment la base première de la météorologie des saisons, savoir : chaude sèche , chaude hu-

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niide , froide sèche, froide humide, et tempérée (ouvr. cité, p. 89 ).

Celui qui veut apprécier avec quelque rigueur l'influeuce des coustitutions médicales doit se rappeler cet axiome: «Non possunt présentes morbi cognosci, «nisi ex prseterita temporum conslitulione , nec «futura divinari, nisi ex prîesenlium consideratione. » C'est donc dans l'intempérie de la saison , et souvent de l'année précédente, qu'il faut aller chercher les véritables causes de l'épidémie régnante. Sans observations météorologiques, il est impossible au praticien de prévoir quelle sera l'influence de la saison qui Ta suivre sur la production des maladies épidémiques. Les hommes qui ont étudié avec une persévérance digne d'éloges tous les phénomènes atmosphériques, qui ont suivi attentivement les variations de la température, les hauteurs du baromètre et du thermomètre, le rapport des saisons entre elles, leur influence mutuelle, etc., ne sont pas toujours parvenus à des résultats bien précis. Mais, est-ce une raison pour abandonner ce genre de recherches? Les médecins, en faisant appel aux physiciens, pourront peut-être parvenir à jeter quelque lumière sur l'étiologie si obscure des maladies épidémiques, soit saisonnières, soit accidentelles. On a peine à croire qu'aujourd'hui on n'en sache pas plus que du temps d'Hippocrate sur les espèces de maladies propres aux constitutions épidémiques. Voici quelques-unes des remarques faites par le médecin grec.

L'année estsalubre lorsque, après un automne modérément pluvieux, survient un hiver tempéré, et lorsque le printemps et l'été sont convenablement rafraîchis par des pluies. Si, au contraire, l'hiver est sec et venteux, le printemps pluvieux et chaud, l'été sera nécessairement fiévreux et malsain. Si les chaleurs de la canicule sont modérées, l'automne sera salubre; tandis que , dans le cas contraire , les femmes et les eofants seront affectés de graves maladies ; les fièvres quartes seront communes et se termineront fréquemment par l'hydropisie. Si Thiver est chaud , pluvieux, influencé par les vents du midi, et le printemps sec et boréal , les grossesses et les accouchements seront fâcheux ; il y aura des dysenteries et des fluxions sur les organes de la vue. Un été sec et chaud produit des dysenteries, des flux de ventre et des hydropisies secondaires. Si, au contraire, l'été et l'automne ont une température pluvieuse et australe , l'hiver offrira beaucoup de maladies, et surtout des fièvres ardentes, des pleurésies et des péripneumonies. Si un automne pluvieux et austral succède à un été sec et venteux, il régnera des céphalées, des enrouements, des catarrhes , et des toux accompagnés de phthisies. Un temps constamment sec et serein convient surtout aux femmes et aux constitutions humides ; tandis qu'il est nuisible aux personnes bilieuses, qui sont alors expo-

sées aux inflammations et aux fièvres aiguës. LeS femmes et les enfants éprouveront les mêmes accidents lorsqu'un hiver froid et sec sera suivi d'un printemps chaud et pluvieux.

Nous avons rapporté ces propositions générales afin dé montrer de quelle manière les médecins doivent envisager ce sujet, s'ils veulent faire avancer l'histoire des épidémies saisonnières. Nous ne donnons pas les aphorismes d'Hippocrate comme étant à l'abri de toute critique; ils ne s'appliquent d'ailleurs qu'aux maladies régnant sous le climat de la Grèce. Pour arriver à quelques idées générales sur la coïncidence des maladies avec les saisons , il faudrait que les médecins de différents pays observassent avec exactitude les phénomènes météorologiques, et qu'ils missent en regard les maladies régnantes. Plusieurs médecins du dernier siècle ont suivi cette marche ; on doit citer surtout parmi eux Huxham, Ramazzini , Sydenham, Lepecq de la Clôture, Geoffroy et Raymond, Delaporte, et Vicq-d'Azyr : les travaux de ces trois derniers auteurs ont été consignés dans les i)!/dmoires de la Société royale de médecine. Ozanam, qui a consacré une partie de son existence à l'étude des maladies épidémiques , considère comme vraies les propositions aphoristiques d'Hippocrate. Voici les résultats généraux auxquels a été conduit M. Furster; nOus les empruntons au rapport que MM. Arago et Double ont lu à l'Académie des sciences.

« Un printemps caractérisé météorologiquement par des vicissitudes atmosphériques de toutes les sortes, participant du froid de l'hiver dans le début, et de la chaleur de l'été au déclin , les maladies dominantes sont catarrhales, inflammatoires dans la première période, et catarrhales, biheuses dans la seconde. Les organes de la respiration et de la digestion en sont le principal siège.

« Pendant l'été, le développement de la chaleur fait prédominer bientôt les affections bilieuses; toutefois, comme l'été de la France, très-ordinairement variable, participe aussi plus ou moins des caractères du printemps et des caractères de l'automne, les affections bilieuses se combinent toujours à des degrés notables avec l'élément phlogistique et l'élément muqueux. Les appareils gastrique, hépatique et intestinal se trouvent plus particulièrement atteints.

« En automne, le redoublement des variations atmosphériques remet en première ligne les affections ca^ tarrhales du printemps; il y a pourtant cette grande différence, que, dans le printemps , saison variable et froide , précédée d'ailleurs par l'intensité du froid de l'hiver, l'affection catarrhale marche en concurrence avec les affections inflammatoires, tandis qu'en automne, saison variable et chaude , précédée, au contraire par l'été, l'affection catarrhale va conjointement avec l'affection bilieuse. Cette dernière coœbinaisoa

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se îP.ontre d'ailleurs fort susceptible de dégénérer dans des états graves, et de revêtir des formes pernicieuses; les organes abdominaux, les intestins, entre antres, souffrent plus spécialement.

«Enfin , pendant l'hiver, où le froid est dominant, lei affections phlogistiques prennent le dessus , et comme chez nous , avec le froid , viennent presque constamment des brouillards, des pluies, des neiges, et de fortes vicissitudes atmosphériques, les affections inflammatoires vont de conserve avec les affections catarrhales et les affections muqueuses, deux modes morbides aualogues, mais qui ne sont cependant point identiques. Le système sanguin, et plus encore le système muqueux de tout l'organisme, se trouvent alors le plus compromis.»

On ne saurait trop encourager des travaux de la n.iture de celui auquel s'est livré M. Furster, non qu'il nous paraisse à l'abri de toute objection, mais il serait à désirer que des documents nombreux , recueillis avec toute l'exactitude que l'on apporte aujourd'hui dans l'observation , fussent rassemblés par tous les médecins des différents pays, afin de videi- l'importante question des épidémies controversées depuis si longtemps.

Terminons par quelques citations empruntées au mémoire de M. Furster. Il croit , avec la plupart des auteurs anciens, que les maladies ont une manière diff éi ente de se comporter le jour et la nuit.a Les maladies inflammatoires, celles qui sont caractérisées par l'exaltation des forces vitales, subissent ordinairement vers le matin leurs plus fortes exacerbations ; elles trouvent aussi, à cette même époque, leurs plus habituelles invasions. Les fièvres catarrhales et muqueuses, remarquables , les unes et les autres , par la lenteur de leurs mouvemeats , et par l'atonie qui les accompagne, débutent et s'exaspèrent le plus souvent aux approches de la nuit ; ainsi l'hémitritée d'Hippocrate. Les fièvres bilieuses, qui, par leurs caractères, semblent tenir le milieu entre les maladies inflammatoires et les maladies catarrhales , ont leurs paroxysmes et leur plus commune invasion vers le milieu du jour: leurs paroxysmes se rapprochent plus, soit du matin , soit du soir, suivant que la diathèse sthénique ou asthénique prédomine davantage.» C'est à l'observation qu'il appartient de vérifier les assertioas émises par M. Furster et par les médecins qui l'ont précédé. Notre intention, en mettant sous les yeux du lecteur ces diverses opinions , n'est pas de les lui présenter comme des vérités qu'il doit accepter sans contrôle, c'est, au contraire , afin que chacun puisse leur faire subir l'épreuve de l'expérience, aussi avons- nous cru utile de nous y arrêter quelques instants. D'ailleurs , des doctrines qui ont été soutenues par Hippocrate,Sydenham,Van-Swieten, Baillou, Ramazziui , De Haen , StoU , Huxhani , Lepecq de la

Clôture, méritent bien qu'on les examine avec quelque attention.

Parmi les affections épidémiques qui frappent l'espèce humaine, les unes ne se montrent qu'à de rares intervalles, ou n'apparaissent qu'une seule fois; les autres sont des maladies sporadiques , qui , venant à se développer sous l'influence d'une cause inconnue que l'on désigne sous le nom de génie épidémique, diffèrent, et par leur nature, et par le traitement spécial qu'elles réclament des mêmes maladies régnant à l'état sporadique. Les premières constituent les grandes épidémies, telles que la grippe, le choléra, la suette anglaise; quelques-unes sont épidémico-contagieuses, la peste ,1a fièvre jaune. 11 ne sera question dans ce chapitre que de l'épidémie non contagieuse. Nous aurions voulu décrire à part les maladies épidémiques, telles que la bronchite , la pneumonie, la dysenterie, etc., et toutes celles qui se montrent avec certains caractères qui portent à penser qu'elles se sont développées sous l'influence d'une cause spéciale inconnue; mais nous avons craint de nous écarter trop de l'ordre habituellement adopté dans les livres classiques. Cependant nous voulons nous expliquer complètement sur ce sujet , qui est resté jusqu'à ce jour environné de ténèbres.

Un médecin pratique dans une ville , il y observe les maladies les plus différentes par leur nature , leur siège et leur cause ; ce sont là des maladies sporadiques ou intercurrentes > seulement il s'aperçoit que pendant deux années les éméto-cathartiques paraissent utiles dans le traitement des maladies , et que les membranes muqueuses ont une grande tendance à se prendre , que les flux muqueux, les douleurs rhumatismales vagues sont plus communes : il soupçonne alors l'existence d'une constitution épidémique stationnaire^ catarrhale ou rhumatique; elle peut être ensuite remplacée par une autre , bilieuse ou inflammatoire , sans que les condilions hygiéniques aient changé, du moins d'une manière appréciable. Ge même observateur, tenant un compte exact et scrupuleux de tous les phénomènes météorologiques, s'aperçoit que l'hiver, au lieu d'être froid et sec, comme il l'est, d'ordinaire, dans le pays qu'il habite, est chaud et humide , et il voit en même temps que les phlegmasies du poumon , les angines , etc., sont rares, tandis que les éruptions cutanées sont fréquentes : il en conclut qu'il règne une constitution épidémique saisonnière, qui , dans le cas particulier que nous examinons, a pris la place de celle qui devait exister. Si elle continue à prédominer dans le cours de l'année, il en résulte une constitution médieale régnante, et un plus grand nombre de maladies, qui ont avec la constitution épidémique un rapport évident d'effet à cause.

Quelquefois une maladie qui se présentait ordinal.

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renient à nous avec les symptômes et les caractères qui lui sont propres , revêt une physionomie toute spéciale: les symptômes sont les mêmes parfois; cependant quelques-uns d'insolites viennent s'ajouter aux autres; la marche n'offre plus celte régularité qui lui est habituelle , et le traitement qui réussissait auparavant, échoue , et devient même funeste. Une pneumonie, une bronchite, un rhumatisme, ou toute autre affection, peuvent se présenter ainsi. C'est encore là une maladie épidémique développée sous l'influence d'une constitution toute spéciale de l'atmosphère : elle n'est pas toujours'due à la constitution stationnaire, ou à la constitution annuelle; dans l'ignorance où l'on est de sa cause, on la dit produite par un g^énie épidémique. Voici l'histoire d'une constitution médicale de ce genre, qui servira mieux que ne pourraient le faire des propositions générales, pour prouver combien les maladies sont modifiées dans leur nature et dans leur traitement par les constitutions médicales.

Le canton d'Aubin, situé sur la limite septentrionale de l'Aveyron, est une contrée excessivement salubre, où les habitants ont été de tout temps sujets à l'inflammation des organes pulmonaires : «Quand on arrive auprès d'un pneumonique qui a passé la cinquantième ou la soixantième année , l'on apprend assez souvent qu'il a été affecté de la même maladie deux, trois , quatre fois en sa vie. » Mais ce ne fut pas sans une grande surprise que les médecins du pays virent paraître une épidémie dans laquelle l'affection pulmonaire paraissait le plus souvent ne pas être la principale chose à considérer. L'expérience ne tarda pas à pi'ouver que le traitement qui réussissait ordinairement contre la pneumonie était infructueux dans les circonstances actuelles, quelquefois même nuisible, et que la maladie cédait, au contraire, comme par enchantement , à d'autres remèdes généralement reconnus pour être directement opposés à l'inflammation du poumon comme à celle de tout autre organe. L'on fut donc amené à conclure que, dans l'épidémie régnante, il existait avec la maladie locale une affection générale qui semblait en être la cause , et que si la première attaquait de préférence les poumons dans le plus grand nombre de cas, c'était parce qu'ils étaient l'organe le plus faible , d'après les prédispositions individuelles.»

M. Grifoulière , qui a donné une description fort exacte de cette épidémie de pneumonie ( Gazette médicale, n°® 5^ et 56, 1833) lui a assigné la qualification de rémittente , parce qu'un de ses principaux caractères fut d'affecter une périodicité remarquable. Quelques pneumonies qui se développèrent en même temps n'offrirent jamais cette rémittence ni les autres symptômes de l'épidémie. Jusqu'au quatrième ou cinquième jour on observait les signes ordinaires

du catarrhe, puis, avec l'approche du jour, survenait un frisson violent avec tremblement ; la toux s'exaspérait , et les crachats étaient rouilles et visqueux. Vers le quatrième, ou seulement vers le sixième , septième ou huitième jour, il y avait une exacerbation bien tranchée , et alors se dessinaient tous les caractères, de l'épidémie : légers frissons , sueurs abondantes , rougeur des pommettes, soif vive, pouls fréquent et dur , respiration accélérée , douleurs de tête vives , anxiété, céphalalgie et délire. Ces paroxysmes revenaient périodiquement une fois toutes les vingt-quatre heures, à l'entrée de la nuit ou durant la nuit, et persistaient jusqu'au matin , époque à laquelle ils diminuaient peu à peu ou subitement.

Lorsque les exacerbations étaient pernicieuses, on notait les symptômes suivants : perte de la mémoire, altération des traits de la face, narines pulvérulentes , météorisme , prostration extrême , pouls misérable, lent, irrégulier, inégal, douleur vive, variable dans son siège , occupant tantôt la tête , le bras, tantôt le côté. Les malades périssaient du troisième au sixième accès , lorsqu'on n'avait pu les traiter ; et dans les autres cas, du huitième au dixième jour.

Le traitement consistait dans l'emploi du quinquina à haute dose. Les vésicatoires parurent être un puissant auxiliaire de cet agent thérapeutique. L'opium ne fut pas non plus sans quelque utilité; presque toujours ce mode de traitement fut couronné de succès.

Nous avons rapporté avec quelque détail l'histoire de cette pneumonie épidémique, parce qu'elle montre combien est puissante l'influence de certaines constitutions médicales. S'il est une maladie qui se présente avec des caractères nets et bien tranchés, et qui semble devoir commander les émissions sanguines , c'est sans contredit l'inflammation du parenchyme pulmonaire ; et cependant voici un cas où elles furent non-seulement inefficaces , mais encore dangereuses. Leslarges évacuations sanguines que l'on pratiquait d'abord , dit M. Grifoulière, ne servaient qu'à rendre les paroxysmes suivants plus graves : si l'on s'en tenait à la seule méthode antiphlogisiique et évacuante , les malades périssaient, et même souvent plus tôt que s'ils eussent été abandonnés à eux-mêmes. «Les malades supportaient mal de fortes saignées; celles-ci faisaient passer promptement la face à un état de pâleur, n'allégeaient nullement l'étourdissement et la pesanteur de tête , et rendaient le pouls misérable. »

Nous aurions pu emprunter aux auteurs des descriptions de maladies épidémiques autres que celle du poumon; nous aurions pu rapporter les histoires d'angine pseudo-membraneuse, d'angine véritable-

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ment gangreneuse , de dysenterie, d'oplitlialmie, de calai rhe, etc. , qui ont régné sous forme épidémique, et dont les symptômes, la nature et le traitement ont dû varier suivant les temps et les lieux où on les a observés. Nous avons toujours soin , dans chaque article de notre Compcndium, de décrire, sous le tire d'espèces et variétés , les formes épidémiques des maladies dont nous avons d'abord indiqué le type fondamental; c'est ce que nous avons fait aux mots Angine, Bronchite, Choléra, Chorée, Coquelccue , Group, Dysenterie, etc. , et nous poursuivrons cette étude à mesure que l'ordre alphabétique des matières nous en fournira l'occasion. Nous croyons donc devoir nous contenter ici de formuler quelques propositions générales.

Dans une maladie qui règne sous forme épidémique , on doit retrouver les symptômes locaux propres à la lésion organique , ou le trouble fonctionnel qui caractérise la maladie, sans quoi on ne serait pas fondé à admettre son existence. Ainsi , dans la pneumonie rémittente, dont nous avons présenté le tableau, les crachats rouilles , visqueux , la douleur de côté , la gêne, l'accélération des mouvements respiratoires, et les autres signes fournis par l'auscultation et la percussion, ne laissaient aucun doute sur le siège et la nature du mal. Il doit en être de même dans toutes les affections que l'on appelle épidémiques ; il est vrai que les auteurs n'ont pas été toujours aussi sévères dans leur appréciation, mais l'histoire déjà si difficile des épidémies deviendrait impossible, si on n'exigeait p'as que la lésion principale fût parfaitement déterminée.

Aux symptômes locaux et généraux de la maladie, viennent s'en ajouter d'autres variables, suivant les circonstances que nous allons indiquer : tantôt le génie épidémique (et ce mot , il faut le redire , ne désigne pas autre chose que la cause inconnue qui modifie la maladie ) se borne à faire prédominer un symptôme insolite, et tantôt la marche change entièrement, comme dans le cas cité plus haut, de pneumonie rémittente. Quelquefois, ce sont des complications qui viennent à se montrer d'une manière si constante chez les malades eu proie à la maladie épidémique, qu'elles en constituent le caractère principal. Dans d'autres cas , la constitution médicale ajoute aux maladies ordinaires un élément intime et spécial, qui change leur nature, et établit, entre elles et la forme épidémique de la même maladie , des différences essentielles, surtout sous le point de vue de la thérapeutique. Cet élément ne devient souvent manifeste que par les effets des traitements dirigés contie la maladie; et dans ce cas, si la forme reste la même , la nature cependant a changé.

Cette dernière proposition est d'une grande importance eu médecine pratique : en effet , s'il est dé-

montré , que sous l'influence de constitutions médicales , et sans même qu'elles changent de forme , les maladies ne cèdent plus aux traitements qui réussissaient dans les cas ordinaires, on conçoit de quelle utilité il est pour le médecin, détenir compte des constitutions médicales ; car il ne doit plus s'astreindre à une seule et même thérapeutique: en d'autres termes, on ne peut plus admettre qu'il soit possible de toujours traiter de la même manière une même affection. Si l'on consulte les ouvrages des médecins des siècles derniers, le doute n'est pas permis: on les entend répéter tous , qu'il n'y a pas de maladie qui soit une, ni de traitement qui soit un ; qu'une maladie, si bien localisée qu'elle soit, n'en est pas moins un composé d'éléments variables représentés par l'âge le sexe, la constitution médicale, les complications, etc., etc. Parmi les médecins de notre époque, il y en a un grand nombre qui admettent ces idées comme étant solidement établies sur l'observation de lanatuie, et qui n'hésitent pas à s'y conformer dans le traitement des maladies. Cependant , si nous cherchons dans ce qui se passe autour de nous des faits sur lesquels nous puissions asseoir nos convictions, une cruelle incertitude s'empare de nous. Ici l'on nous affirme que les émissions sanguines abondantes et pratiquées suivant certaines règles que l'on a pris soin de formuler , guérissent , dans une certaine proportion , les sujets frappés de la maladie : là on suit , dans les mêmes cas, une méthode tout à fait opposée, et l'on obtient les mêmes succès; plus loin, un troisième, se croyant l'habile ministre de la nature , se contente de prendre ses ordres et de diriger certaines de ses opérations; ici encore tout va pour le mieux, suivant l'instigateur de ce système. Il serait difficile de trouver, au milieu de ces contradictions, les véritables règles du traitement des maladies épidémiques. 11 y a plus , on est presque forcé de conclure qu'il n'en existe pas, ou du moins qu'elles sont les mêmes pour les maladies intercurrentes et épidémiques. Aujourd'hui il est peu de médecins qui refusent d'admettre l'intervention de celte cause, qui doit faire varier le traitement; l'on est plus disposé que jamais à soumettre à un nouvel examen l'influence des œnstitutions médicales : c'est, en effet , à l'observation seule qu'il appartient de décider cette haute question d'étiologie; mais, pour être fruciueuse, elle doit être étudiée par un grand nombre d'hommes habiles et consciencieux, à qui il est tout aussi indifférent de voir triompher la doctrine des anciens, que de voir prédominer celle des modernes.

Des grandes épidémies. — Épidémies éventuelles, accidentelles, passagères.

Les maladies épidémiques sont celles qui naissent spontanément, sans cause connue, affectent un grand

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nombre d'individus à la fois, et représentent dans leur marche générale un tableau commun et analogue à celui qu offre la même maladie considérée chez un seul individu quand elle n'est pas mortelle (Schnurrer). Tantôt cette maladie est sporadique, et déjà connue dans le pays oii elle sévit ; tantôt elle s'y montre pour la première fois sans qu'elle ait été apportée par contagion; tantôt, enfin, c'est une maladie toute nouvelle, qui n'a pas son analogue dans la contrée où elle se manifeste, ni dans aucune autre. Nous engageons le lecteur à bien peser les termes de cette définition, parce que l'on a fait perdre toute espèce de prt\ision au mot épidémie en l'appliquant à d'autres maladies. N'est-ce pas, par exemple, faire une étrange confusion que de parler dans un même article : f'des maladies endémiques, comme la fièvre intermittente, le crétinisme, l'ergotisme, la plique polonaise , le scorbut , etc. ; 2° des maladies contagieuses, comme la peste, la fièvre jaune, le typhus, la variole, la scarlatine, qui se transmettent par Le contact? Est-il convenable de placer dans une même description, la fièvre jaune, la peste, maladie si éminemment contagieuse, à côté de la pneumonie ou de la bronchite épidémique , ou à côté de l'acrodynie , de la grippe; le choléra, la suette miliaire, à côté du goitre et de la fièvre intermittente, etc.? Quels rapports ont ces maladies entre elles ? Un seul , celui de s'étendre à un grand nombre d'individus en même temps. Quand donc le langage médical sera-t-il entièrement débarrassé de ces mots complexes qui représentent des idées plus complexes et plus inintelligibles que les dénominations mêmes. Le mot épidémie ne devrait avoir d'autre sens que celui que nous lui avons assigné en commençant ce chapitre , et nous chercherons à ne pas trop nous en écarter dans les lignes qui vont suivre.

«L'atmosphère, dit Nacquart, qui a renfermé dans son article Épidémie les objets disparates signalés plus haut [Dict. des se. niédic, t. xii, p. 468), est la vraie source , ou du moins le véritable conducteur des maladies épidémiques : ou ses propriétés météorologiques varient seules, ou l'air est chargé des effluves qui s'élèvent des marais, ou, enfin, ii est imprégné des miasmes putrides qu'exhalent les corps des malades réunis en trop grand nombre. De là trois espèces d'épidémies : celles de la première sont les maladies constitutionnelles, celles de la seconde , les 9^/hviennes, celles de la troisième, les miasmatiques, n

Ozanam divise les maladies épidémiques en six classes, dont voici rénumération, l'*^ classe : maladies purement épidémiques , fièvre calarrhale , coqueluche, croup, fièvre muqueuse , vermineuse, angéio-ténique , puerpérale, pernicieuse , lente, nerveuse ; apoplexie, léthargie , glossite, cardite, pleurésie, miliaire , choléra-morbus , oreillons , feu Saint- Antoine

ou mal des ardents ; 2^ classe : maladies épulémîques contagieuses et infectieuses; ophthalmie, angine gangreneuse, fièvre bilieuse ou gastrique, typhus, fièvre jaune, le matlazahualt , dothinentérie , dysenterie, variole, scarlatine, rougeole; S*' classe: maladies pestilentielles et contagieuses : peste, suette anglaise, scorbut, stomatite, syphilis , herpès syphilitique , charbon malin, lèpre , mentagre , gale ; 4*^ classe; maladies indéterminées et névrosesio^Q font-elles parmi les affections épidémiques?) pemphygus , érysipèle , dengué , pustules , leucorrhée , ménorrhagie , anasarque, anémie, phthisie, scléroma, héméralopie, boulimie , ptyalisme , hoquet, goutte, colique spasmodique (colique végétale), ergot, acrodynie, impétigo, tétanos, pédionalgie (douleurs de la plante des pieds), chorée, aliénation mentale, fureur utérine, épilepsie , lycantropie, incube, épidémie entomique; 5*^ classe: maladies endémicoépidémiques ; tara de Sibérie (maladie de la peau) , nome de Suède , ginklose d'Islande, plique polonaise, waren de Westphalie , tremblement épidémique de Tubingen , maladie de Brunn , le chéilolace ou labrisulcum d'Irlande(tumeurdes lèvres), pemphygus gangreneux d'Irlande , ring-worra de Londres, ulcères malins, sibbens d'Ecosse, pellagre de Lombardie, scherlievo, falcadina, fegari te d'Espagne (muguet), rosa des Asturies , puce maligne de Bourgogne , convulsion du pays d'Auge, pian de Nérac, malvat du Languedoc. Enfin, l'auteur termine par l'énumération des épizooties dont voici les noms : apoplexie et frénésie , mal saint Roch , vertigo , ophthalmie , catarrhe, angine simple, angine gangreneuse, péripneumonie, fièvre gastrique, dysenterie, typhus, tumeurs humorales , tumeurs vermineuses , pustules , vessies , charbon , gale, louvet , claveau , mursie , maladie rouge, gangrène, la guerausche, avortement, maladies des chiens et des poissons. Nous avons terminé celte longue et fastidieuse liste , qui comprend les sujets les plus bizarres , et parmi lesquels il est plusieurs maladies que l'on s'étonne de voir figurer au nombre des épidémies : ce n'est pas ainsi que l'on pourra jeter quelque lumière sur leur histoire.

11 semble résulter de l'énumération que nous venons de faire des maladies épidémiques, que presque toutes, pour ne pas dire toutes les affections internes, auraient été observées à l'état épidémique ; mais si l'on réfléchit que , d'une part, on a réuni sous ce nom les maladies endémiques , les infectieuses et les contagieuses, et que, d'une autre part, on a considéré comme épidémiques des affections qui n'ont pas ce caractère , l'apoplexie , la phthisie , et beaucoup d'autres, on sera conduit à en restreindre considérablement le nombre, et à ne regarder peut-être comme telles que les affections qui ont leur siège sur les membranes muqueuses, séreuics, cutanées, et leurs

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dépendances. Sur neuf cent quatre afFections citées dans le rapport de l'Académie, plus du tiers appartenaient aux voies digestives ; viennent ensuite les maladies de la muqueuse respiratoire , et celles de la peau qui figurent pour un quart dans le nombre total du relevé des tableauK fait par l'Académie. L'observation de plusieurs siècles, dit Ozanam, prouve que, jusqu'à ce jour, les épidémies sont limitées à un nombre assez petit, qui ne va guère au delà de soixantequatre espèces, dont le tiers seulement comprend celles plus communes , les deux autres tiers sont d'espèces assez rares.

Caractères de l'épidémie. — L'épidémie a pour propriété particulière, suivant Ozanam, d'affecter, en général, un caractère franc et distinclif, et de se déclarer dans son début telle qu'elle doit être pendant sa durée. Cette propriété est loin d'être aussi générale que le pense cet auteur. Ainsi le choléra n'eut pas la même gravité, ni les mêmes symptômes pendant toute sa durée : on peut en dire autant de la grippe , et de bien d'autres grandes épidémies. L'un de nous a cherché à prouver que le début des épidémies éventuelles (nous ne parlons pas des constitutions saisonnières) n'est pas toujours brusque, et qu'il est souvent possible de retrouver dans les maladies intercurrentes qui régnaient quelque temps auparavant plusieurs des caractères de l'épidémie actuelle ; celle-ci se continue également, par des transitions peu sensibles, avec les maladies intercurrentes , auxquelles elle communique quelques-uns de ses attributs (Monneret, Considérations gén. sur les épidémies ;àïssert inaug.,n"213, 1833). On se rappelle que les cas de choléra qui se manifestèrent vers la fin de l'épidémie n'étaient plus que des cholérines , et que beaucoup de maladies empruntèrent quelques-uns des traits propres à cette affection : aussi les guérisons ne furent-elles jamais plus nombreuses qu'à ce moment , où le mal perdit de son intensité , bien qu'il se fût peut-être généralisé davantage. Il semblait que son extension à un plus grand nombre d'individus lui avait fait perdre une partie de sa gravité. Du reste, il est plus difficile de prouver que l'invasion du choléra ne fut pas brusque : ou a trouvé, peut-être après coup, des rapprochements qui ne sont pas aussi convaincants qu'on pourrait le désirer. Broussais affirme que la muqueuse intestinale élait devenue très-sensible à l'impression des agents médicamenteux qu'on lui confiait. D'autres médecins observèrent aussi des cas de choléra sporadique, des dysenteries graves, des gastro-entérites. D'ailleurs, le choléra étant une maladie épidémique tout à fait différente des autres, ne peut être invoqué ni en faveur ni contre l'opinion qui vient d'être exposée.

Un autre caractère de l'épidémie que nous avons déjà signalée , et qu'il importe de reproduire ici, c'est de se montrer, sur tous les individus qu'elle frappe,

avec les mêmes particularités. Le mal est-il à son début, est- il caractérisé par certains symptômes , a-t-ii en ce moment beaucoup de gravité, les mêmes circonstances existeront chez le premier malade pris au hasard, de telle sorte qu'il suffirait presque d'examiner un des malades affectés de l'épidémie régnante, pour avoir une idée précise et complète de tous les autres. Dans le miheu ou à la fin d'une épidémie, les symptômes, la gravité, les complications , le traitement, ne sont pas toujours les mêmes qu'au début, et, dans ce cas encore, tous les sujets frappés offriront les modifications que nous venons d'indiquer. Le choléra, si grave , si rapidement mortel a son début , caractérisé par la cyanose, les vomissements ^ la diarrhée incoercibles, le refroidissement général, etc. , se présentait d'une toute autre manière vers la fin de l'épidémie, et tous les sujets, à peu d'exceptions près , rentraient dans la loi générale que nous venons d'établir. Schnurrer a parfaitement rendu cette idée, lorsqu'il assigne , pour caractère distinctif à la maladie épidémique, de présenter, dans sa marche observée chez tous les individus, la réunion des mêmes symptômes, la même gravité, et les mêmes circonstances. L'épidémie , considérée en général, a la plus parfaite ressemblance avec la même maladie envisagée sur chaque individu.

Une maladie épidémique ne reste pas toujours semblable à elle-même dans les différentes phases de son existence; elle peut être divisée en trois périodes : début, état, déclin, et chacune d'elles offre souvent des différences essentielles sous le rapport des symptômes, des complications , de l'intensité , de la terminaison , et du traitement. Cette remarque n'a point échappé à Sydenham,ni aux médecins qui ont écrit sur les épidémies; elle peut servir à fai re distinguer l'épidémie véritable des maladies sporadiques qui sont souvent trèsfréquentes à certaines époques de l'année. Sydenham dit que la dysenterie qui régna pendant l'année 1 609 ne fut pas toujours la même à toutes les périodes : au début, mouvement fébrile intense, tranchées, déjections alvines rares ; plus tard , la fièvre et les douleurs diminuèrent, et les évacuations furent abondantes. Schnurrer a cité un grand nombre d'exemples analogues empruntés aux auteurs. Les médecins qui ont observé le choléra savent quelles différences essentielles existaient dans les symptômes, et surtout dans la gravité de la maladie à ses diverses périodes. Ces caractères sont surtout bien tranchés dans les épidémies pestilentielles. Dans la peste noire de 1 348, la mortalité était effrayante au début; vers la fin, le mal était, au contraire , peu meurtrier. Antrechau, dans la peste de Toulon; Pugnet, dans celle du Caire (1800), ont fait les mêmes remarques.

L'épidémie, suivant l'expression de Schnurrer, a des âges à parcourir, et souvent sa marche, sa durée,

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sont indépendantes des circonstances extérieures, telles que la température , l'humidité , les saisons et les vicissitudes atmosphériques. 11 semble alors que la cause qui l'a fait naître^ et dont la nature nous échappe, soit la seule qui exerce son empire sur elle. C'est seulement à mesure que cette cause épuise son action que l'intensité et la durée des accidents diminuent. Toutefois, il est d'autres épidémies où les choses se passent d'une toute autre manière : les conditions météorologiques , le climat, les habitudes, les mœurs, et la nourriture propres à chaque peuple, sont autant d'éléments qui changent la forme, les symptômes, et quelquefois la nature de la maladie. Ils entrent alors pour une certaine part dans la production des phénomènes, et le médecin doit en tenir un compte sévère s'il veut que sa thérapeutique soit couronnée de succès.

La durée de l'épidémie est , en général, indépendante des influences extérieures: c'est parce que les auteurs ont réuni dans leurs descriptions les épidémies saisonnières, éventuelles, endémiques, contagieuses, qu ils ne sont pas d'accord sur ce sujet. L'épidémie peut disparaître complètement du lieu qu'elle a envahi , et y reparaître tout à coup au moment même oîi la contrée paraissait en être entièrement délivrée. C'est ainsi que le choléra s'est montré deux et trois fois dans des villes qu'il semblait avoir quittées pour toujours. Les affections épidémiques ont une durée variable , mais jamais chronique ; elles ne durent pas plus de deux à trois mois : six semaines est le temps le plus ordinaire qu'elles mettent à parcourir leurs diverses périodes. 11 en est qui ont toujours la même durée dans le pays où elles se développent : ainsi , en Egypte , la peste disparaît avec le débordement du Nil. Schnurrer rapporte un grand nombre de faits qui prouvent que la durée d'une épidémie est indépendante des circonstances extérieures , puisqu'on la voit cesser au moment où elle devrait renaître ou prendre une nouvelle intensité.

Quelques épidémies apparaissent à des époques fixes et régulières: on rapporte que la fièvre jaune, endémique, dans quelques contrées de l'Amérique, y devient épidémiquc à certaines époques. Desportes a observé que la fièvre jaune revient tous les quatorze ans à Saint-Domingue. On a aussi prétendu que, dans plusieurs pays, les épidémies de variole reparaissaient tous les dix-sept ans.

« Une épidémie, dit Ozanam, parcourt quelquefois une immense étendue de pays en peu de temps , et même s'y déploie simultanément, comme l'épidémie catarrhale de 1733; d'autres fois, elle parcourt tour à tour diverses contrées, telle que l'épidémie catarrhale de 1742 et de 1775. Cette dernière commença en Suisse ; delà , se jeta en Pologne ; puis en Pruscc, et, successivement, en Allcrangne, eu France,

en Angleterre, et en Italie, où elle expira. Elle ne séjournait qu'un mois à six semaines dans chaque pays qu'elle parcourait. » Nous pourrions encore citer, comme un exemple remarquable de ces longues émigrations, le choléra -raorbus, qui , sorti de l'Inde, son berceau , a successivement envahi l'Asie et l'Europe entière (l'oj. l'article Cuoléra du Compend.). « Assez fréquemment aussi l'épidémie se borne à un seul royaume, à une seule province, à une ville, à une seule communauté, et même à une seule famille » (Ozanam, ouvr. cit. , p. 36).

La propagation de la maladie est souvent trèsrapide; parfois elle s'effectue si lentement, qu'on finit par eu perdre la trace, et qu'on est fort surpris de la voir se manifester dans une contrée voisine de celle où on l'avait observée. Elle commence quelquefois simultanément dans un vaste pays, ou successivement, après avoir suivi une marche régulière et dans un sens déterminé. La peste d'Athènes, si bien décrite par Thucydide, n'arriva en Grèce qu'après avoir traversé la Libye, l'Egypte, la Perse , la Troade et l'Archipel. L'influenza, ou mort noire, parut d'abord en Chine en 1 346, se dirigea sur les Indes orientales, la Perse , la Turquie ; en 1 347, un vaisseau la porta en Sicile, d'où elle passa à Pise et à Gênes; en 1348, elle se manifesta en Savoie, en Provence, en Catalogne, en Castille; en 1349, dans l'Angleterre, l'Ecosse et l'Allemagne. « Les affections catarrhales, avec prédominance des symptômes du côté des voies respiratoires , dit M. Andral , ont eu très-souvent une tendance remarquable à envahir, soit simultanément, soit successivement, une immense étendue de pays.» Ainsi, en 1729 et en 1730, apparut en Europe un catarrhe pulmonaire très-grave , qui parcourut , tour à tour, la Russie, la Pologne, la Hongrie, l'Allemagne, la Suède, le Danemark, la France, l'Angleterre, l'Italie et l'Espagne. En 1732, une autre épidémie catarrhale parut d'abord en Pologne , d'où elle s'étendit en Allemagne, en Suisse et en Hollande; dans le mois de décembre de la même année, elle sévit en Angleterre et en Ecosse; dans le mois de janvier, elle parcourut la Flandre; et vers le milieu de ce même' mois Paris en fut atteint; dans le mois de février, elle gagna l'Italie et l'Espagne, puis elle arriva en Amérique, où on la retrouva avec les mêmes caractères que ceux qui en avaient signalé l'existence dans notre continent. Enfin, en 1775, toute l'Europe fut simultanément affectée par une nouvelle épidémie catarrhale, qui fut en même temps observée en Allemagne par Stoll, en France par Vandermonde, en Angleterre par Héberden etPringle, et qui , au rapport du père Goste, avait déjà frappé les habitants de l'île Bourbon , lorsqu'on commença à la signaler en Europe. C'est cette épidémie célèbre qui fut décrite , dans certains pays , sous le nom

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à' injlueiiza , et , en Fraoce , sans celui de grippe (^Maladies épidémiques ; in D'ictionn. de méd. et chirur. prat. , p. 389, 1831.)

La direction que prennent les épidémies est presque toujours de l'est à l'ouest. Pline avait fait celte remarque, qui a été également vérifiée par Sims. Elles se dévient souvent de leur roule, font quelques détours avant d'arriver aux lieux qu'elles auraient dû frapper d'abord, respectent les endroits intermédiaires qu'elles auraient dû envahir , et reviennent brusquement sévir sur des populations qui se croyaient exemptes du fléau.

La fréquence des épidémies est d'autant plus grande , que les pays où elles régnent sont plus rapprochées de l'équateur (Schnurrer). Ainsi , la peste qui , suivant Prosper Alpin , règne en Egypte tous les sept ans, ne se montre en Angleterre que tous les quarante ans. A Cadix , elle n'a paru , suivant Gonzalez , que quatre fois en deux cent quinze ans (1 466 et 1681). Suivant Valentin, le retour périodique de la fièvre jaune , dans l'Amérique du Nord, devient moins fréquent à mesure qu'on avance vers le nord.

« 11 est d'autres épidémies qui sont beaucoup plus fréquemment observées sous certaines latitudes, et qui ne l'ont jamais été sous d'autres. Dans ce cas, se trouve la fièvre jaune : celte maladie ne s'est jamais montrée épidémiquement, que nous sachions; on n'en a pas non plus d'exemple depuis 0° latitude nord jusqu'à 4*^ même latitude ; en deçà de ce quatrième degré, sur 196 épidémies de fièvre jaune qui ont paru en Europe depuis trois cents ans , on a noté :

de 0° latitude nord à 30° id. 106 épid. de 30» kl. à 40° id. 76 de 40° id. à 50" id. 13 de 50° id. à 60° id. i de 60" id. à 90° id. 0

A ces résultats , que nous avons extraits de l'article rédigé par M. Andral, ajoutons que les maladies sont d'autant plus contagieuses, qu'on approche davantage des contrées méridionales, et qu'elles guérissent plus facilement , et préservent mieux d'une seconde attaque. On a même prétendu que des aîfections qui ne sont jamais épidémiques dans les contrées septentrionales, le deviennent sous les tropiques : telle serait l'hydrophobie, que Moseley rapporte avoir paru avec ce caractère, en 1783, aux Indes occidentales (Schnurrer, CUV. cit.). Mais ces caractères sont contestables, et il est nécessaire de les soumettre à un nouvel examen.

L'apparition d'une épidémie diminue notablement le nombre des maladies sporadiques , qui présentent souvent quelques-uns des caractères de la maladie régnante. A Paris , tous les médecins ont observé des phénomènes cholériformes chez des sujets affectés de

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maladie très-différente pendant que l'épidémie du choléra sévissait. On a pu faire des observations analogues durant la grippe.

L'apparition d'une épidémie suffit très-souvent pour étouffer celle qui existait antérieurement. En Orient , le développement d'une épidémie de variole est d'un excellent augure, parce qu'elle annonce la disparition de la peste. Prosper Alpin a dit également que les maladies sporadiques cessent quand la peste règne en Egypte. Schnurrer rapporte qu'en Orient la petite vérole peut préserver une ville de la peste , et que les individus affectés de la première maladie ne contractent pas la seconde. Cependant deux épidémies peuvent régner l'une et l'autre dans le même endroit. On trouve , dans le rapport fait à l'Académie de médecine, par M. Villeneuve, sur les épidémies de 1 771 à 1830, que la fièvre bilieuse a régné avec la dysenterie ; la rougeole , avec le catarrhe pulmonaire ou avec la coqueluche; le croup, avec la coqueluche ; la dysenterie, avec un grand nombre d'autres affections. Dans une épidémie observée à Edimbourg en 1773 , on voit l'angine et la scarlatine se manifester en même temps.

Une maladie épidémique peut s'associer à une contagieuse, et alors elles marchent de front, faisant néanmoins chacune leur cours particulier : «Ce cas-là, dit O-zanam , arrive ^surtout lorsqu'il règne une maladie contagieuse à périodes déterminées, telle que la scarlatine ; ces complications sont même très- fréquentes , et donnent souvent lieu à une confusion dans le diagnostic et dans la méthode de traitement.»

Les épidémies exercent sur la Santé des individus une influence tout aussi remarquable que sur les maladies intercurrentes. Il semble que la cause inconnue qui détermine l'épidémie fasse payer un tribut à la plupart des hommes soumis à son action. Schnurrer dit que l'altération spéciale qui survient dans la santé à cette époque n'est point réellement une maladie, mais seulement une condition nouvelle imposée à la santé pour qu'elle garde son équilibre. Ainsi , dit cet auteur, dans une fièvre jaune qui régna à Philadelphie en 1 793, Rush observa que les individus avaient tous , dans le fort de l'épidémie, la peau et la conjonctive fortement colorées en jaune ; d'autres habitants éprouvaient des sueurs abondantes; leurs urines étaient rendues en petite quantité. Huxham a fait la remarque qu'après des maladies épidémiques affectant la peau, la gale devenait très-fréquente. Ces'exemples sont mal choisis, parce que les affections contagieuses doivent exercer, à cause du coulage, une toute autre influence que les épidémies non contagieuses. Pendant le choléra, un grand nombre d'individus éprouvèrent quelques-uns des symptômes de la maladie, mais à un très-faible degré, et sans que pour cela leur santé fût gravement altérée. Chez les uns, il y avait tendance

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au refroidissement ; chez d'autres , divers troubles des organes digestifs qui avaient quelque analogie avec ceux offerts par les cholériques. Les malades qui ont été guéris de l'épidémie régnante sont quelquefois repris de quelques symptômes légers qui rappellent ceux de Taffcction dont ils ont été frappés.

Une particularité assez singulière de Tépidémie, c'est de la voir choisir certains sujets préférablement à d'autres, quoique tous soient exposés aux mêmes conditions hygiéniques. Fabrice de Hilden rapporte que l'épidémie de Bàle n'attaquait que les nationaux, et respectait les étrangers. Degner dit que les Français et les Juifs échappèrent seuls à la dysenterie qui régna à Nimègue, et l'épidémie d'Altorf resta limitée aux professeurs et aux étudiants de l'Université. On voit aussi la maladie épidémique se développer chez les individus qui ont quitté les lieux où elle régnait, et qui en ont emporté le funeste germe : les symptômes et les accidents propres à la maladie n'en poursuivent pas moins leur marche ordinaire.

L'épidémie attaque souvent les deux sexes réunis; quelquefois, cependant, elle frappe plus spécialement l'un des deux, ou ne s'attache qu'aux jeunes sujets, aux vieillards, aux hommes d'une constitution délicate ou ruinée par d'autres maladies. Elle se propage parfois aux diverses espèces d'animaux qui vivent avec l'homme. Les épizooties coïQcidant avec des épidémies ne sont pas rares.

Enfin la dernière influence de l'épidémie qu'il nous reste à signaler est celle qu'elle exerce sur les personnes convalescentes qui sont à l'abri de toute autre affection, du moins pour un certain temps. Les hommes qui parviennent à résister au fléau qui décime autour d'eux les populations sont très-rarement atteints de maladies intercurrentes , et celles qu'ils éprouvent habituellement perdent de leur intensité.

Pronostic. — Lorsqu'il s'agit d'établir le pronostic d'une affection épidémique , il faut considérer d'abord la période de la maladie : si elle est à son début ou à sa période d'état, le danger est grand; il est moindre ou nul lorsque les sujets sont frappés vers la fin de la constitution épidémique. Tout le monde sait que les queues d'épidémies sont toujours moins meurtrières que les autres périodes. Les résultats obtenus par les divers traitements mis en usage serviront surtout à asseoir le pronostic. Quand tous les remèdes administrés de la manière la plus méthodique échouent successivement, on doit en conclure que le mal est au-dessus des ressources de l'art ; quand , au contraire , tous réussissent , on est conduit à déclarer la maladie très-curable , puisqu'elle semble guérir toute seule. Quant à la gravité de chaque affection épidémique , considérée en elle-même , elle est très-variable et difficile à élabHr. Voici cependant un tableau dressé par Ozanam, et qui indique

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la mortalité causée par les principales maladies cpidémiques :

Fièvre catarrhale ,

2 sur cent.

Coqueluche ,

Scarlatine ^

Dysenterie,

Fièvre bilieuse ,

Croup,

Fièvre pernicieuse ,

Choléra indien,

Typhus,

Fièvre puerpérale ,

Péripneumonie maligne,

Fièvre jaune,

Peste,

Encéphalite ,

Angine gangreneuse,

Peste noire,

Il faut joindre à ce tableau celui des épidémies de 1771 à 1830, qui est extrait du rapport de M. de Villeneuve. On y voit que la mortalité n'a guère été plus forte dans les épidémies que dans les affections sporadiques.

Croup compliqué d'angine gangreneuse, 25 sur cent.

Anginecouenneuseetgangréneuse,simpleou compliquée, 25

Dysenterie simple ou compliquée, 25

Pneumonie et pleurésie simples ou compliquées , 1 6

Catarrhe pulmonaire simple ou compliqué, ^Q

Gastro-entéro-céphalite simple ou compliquée , 11

Scarlatine, souvent compliquée d'angine grave , 1 1

Castro -entérite simple ou compliquée, 10

Miliaire simple ou compliquée, et suette, 9

Fièvres intermittentes de différents types , simples ou comphquées, 5

Rougeole simple ou compliquée, 4

Coqueluche simple, 9

Étiologie. — Nous aurions voulu, dans cet article n'examiner que les causes qui ont une influence bien constatée sur la production des épidémies éventuelles ; mais il nous eût été difficile d'établir une séparation bien nette entre elles et ces causes qui ont un rapport plus intime avec les épidémies stationnaires et les constitutions épidémiques régnantes. Du reste, nous avons tenté de le faire lorsque nous avons tracé l'his toire des épidémies saisonières; ce que nous allons dire concerne plus spécialement les grandes épidémies. L'influence que les variations dans la hauteur de la colonne atmosphérique exercent sur le dévelop-

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pement des maladies épidémiques est peu étudiée par les médecins; cependant il est difficile de ne pas admettre qu'une force aussi générale que la pesanteur ne prenne pas quelque part à leur production. On sait que les effets qui résultent de l'élévation considérable des lieux au-dessus du niveau de la mer sont très-prononcés, et que la circulation générale, celle des poumons et des vaisseaux capillaires qui se répandent dans les membranes muqueuses, sont modifiées au point que le sang fait quelquefois irruption au dehors, ou s'infiltre dans les tissus voisins. Existe-t-il dans les variations barométriques des différences assez grandes, et qui surviennent assez brusquement pour causer des phénomènes morbides bien tranchés ? et cette cause pourrait-elle favoriser l'apparition des épidémies ? Nousavons déjà parlé, dans notre article Apoplexie, des congestions cérébrales qui parurent sous l'influence des variations dans la hauteur delà colonne atmosphérique. Voici comment s'exprime à ce propos Retz, quia porté son investigation sur ce point d'étiologie : «Ces résultats des observations faites seulement pendant vingt années consécutives , et dans le seul climat des Pays-Bas, offrent soixante époques , dont trente-deux ont été marquées incontestablement par des excès de légèreté de l'atmosphère , et par des apoplexies , des épilepsies et des morts subites contemporaines ou immédiatement successives, et vingthuit par des excès de pesanteur de l'atmosphère , et par des asphyxies , appelées quelquefois par erreur apoplexies comme les autres , et des morts subites d'un genre tout différent des premières. Si cela ne suffit pas pour prouver que les affections sont les suites des variations du poids de l'atmosphère , il ne faut plus chercher de démonstrations dans les faits; mais il y a plus , pour se convaincre , on n'a pas observé une seule fois ces affections dans d'autres circonstances que celles que j'ai rapportées» [Météorologie appliquée à la médecine el à l'agricullure^ p. 125, in-8^ ; Paris , 1779 ). Malgré les assurances très-positives du médecin que nous venons de citer, beaucoup de personnes conserveront des doutes parce que d'autres causes peuvent avoir agi en même temps. Des relevés statistiques tendent à faire croire que ies températures très-chaudes ou f.'-oides favorisent la production de l'hypérémie cérébrale , et que l'hiver est la saison pendant laquelle elle se montre le plus fréquemment. On voit donc qu'il y aurait de nouvelles recherches à faire, dans le but de distinguer dans les effets complexes de ces deux agents, la température et la pesanteur, ce qui appartient à Tun et à l'autre. Baglivi et Lancisi rapportent des observations d'apoplexie épidémique ; on a prétendu les expliquer par l'activité que prend la circulation sanguine à l'équinoxe du printemps.

L'influence de la lumière solaire est fort peu connue

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dans ses effets sur réconomie. Nous avons déjà indiqué ceux que détermine la révolution diurne sur les maladies annuelles et sur les différentes espèces de constitutions médicales admises par les auteurs. Ramazzini parle d'une fièvre rémittente ataxique, dont tous les symptômes s'aggravaient aux approches du coucher du soleil; dès le matin , tous les accidents cessaient , et les malades étaient rendus à la santé : «Non semel «admiratus sum , dit le médecin italien, quomodo « œgri , qui ,|tota nocte cum morte f uerant luctati , «mane sub porticibus, velut angues, ad sofem cutem «curantes erecti starcnt, ac tantum virium iissuper- «fuisset, ut campos etiam peragrarent» [Constitulio epidemico-ruralis ; ann. 1690, § 10, p. 71; in Opéra omnia, in-4° ; Lond. , 1717).

Ces remarques importantes , sans doute , n'ont trait qu'à l'influence du jour et de la nuit sur la marche des affections épidémiques , et non sur leur premier développement. Peut-être la belle découverte que l'on doit à M. Daguerreconduira-t-elle les médecins à quelques observations imprévues sur ce point d'étiologie. Dans le rapport fait au nom de M. Arago par M. Double, ce médecin s'exprime en ces termes : « Suivant M. Daguerre , les heures du matin et les heures du soir, également éloignées du midi , et correspondant dès lors à de semblables hauteurs du soleil au-dessus de l'horizon, ne sont pas cependant également favorables àla production des images photographiques; ainsi, dans toutes les saisons de l'année , et par des circonstances atmosphériques en apparence exactement semblables, l'image se forme un peu plus promptement à sept heures du matin, par exemple, qu'à cinq heures de i'après midi ; à huit heures qu'à quatre; à neuf heures qu'à trois heures. 11 n'est point de pure curiosité, ce rapprochement que nous avons eu hâte de consigner ici. L'action chimique de la lumière pourrait bien n'être pas non plus étrangère à ces faits d'invasion et d'exacerbation de certaines maladies à des heures différentes de la révolution diurne. Le corps humain est fort sensible , et surtout il est autrement sensible que les instruments les plus précis , les plus délicats, de nos collections de physique. On le voit donc déjà , on n'a pas eu tort de le présumer, la découverte de M. Daguerre et ses nouveaux réactifs recevront plus d'une application scientifique; cette découverte exercera son influence sur plusieurs phénomènes , sur ceux mêmes qui sont du ressort de la physique et de la médecine. » C'est là , comme on le voit, un nouveau champ ouvert aux méditations des médecinsqui selivrentàl'ctudedesépidémies. Faisons remarquer, avec M. Andraî,«les conditions différentes dans lesquelles se trouvent les habitants des diverses parties du globe sous le rapport de l'inégale répartition du fluide lumineux : ainsi , tandis que près de l'équaleur la nuit la plus longue est de douze heures,

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les Groenlandais , les Samoïèdes, les Lapons , ont une nuit qui dure près de cinquante jours, et au delà de soixante-dix-huit, la nuit est décent quatre-vingts jours ou de six mois... Nul doute que , indépendainmeut de l'intensité même du fluide lumineux, la différence de sa durée d'impression ne doive être prise en sérieuse considération dans l'étude des causes des maladies épidémiques»(art. Épidémiqurs (maladies); in Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, p. 408\ On a vu tous les hommes d'un navire frappés de nyctalopie au moment où ils traversaient la ligne , et les Mémoires de la Société royale de médecine ( 1 786) menlionneut l'histoire d'une nyctolopie qui , au retour de chaque printemps , sévissait sous forme d'épidémie sur les habitants de la Roche-Guyon.

Les médecins des siècles précédents ont assigné un grand nombre de causes imaginaires aux épidémies. Les volcans , les tremblements de terre , les comètes, les exhalaisons terrestres, l'ouverture de cavernes d'où s'exhalent des vapeurs vénéfiques (Zacchias ) , le silence de vents ( Gastaldi ) , les rosées ( Pujati), les brouillards ( Portius '>,le vent du midi ( Sauvages ) , les vastes incendies ( Targioni Tozzetti ), les chenilles et les sauterelles ( Alessandri ) , ont été tour à tour considérés comme des causes d'épidémie. Les idées les plus ridicules ont été souvent adoptées par la multitude amie du merveilleux et des superstitions les plus absurdes ; on a aussi parlé de l'influence de la lune. Gomme c'est là une cause générale dont nous ne connaissons pas la nature , il convient de l'examiner immédiatement après la pesanteur et l'action de la lumière solaire.

On trouvera peut-être ridicule , ou tout au moins inutile , que nous agitions ici la question de savoir si la lune ne pourrait pas exercer quelque influence sur le développement des épidémies ; cependant, si l'on veut bien se rappeler que nous vivons dans un siècle où les doctrines les plus accréditées sont fortement attaquées , et où les opinions en apparence les plus fausses et les plus hypothétiques sont élevées à la hauteur des grandes vérités , on comprendra que l'examen de ce sujet doit trouver place ici. En effet , c'est surtout à la science médicale qu'il faut appliquer l'esprit de cette réponse faite par Plutarque à une personne qui lui demandait « pourquoi les poulains qui ont été poursuivis par le loup deviennent meilleurs coureurs que les autres ? — C'est , répondit le philosophe , parce que, peut être, cela n'est pas vrai.» Combien cette répartie, que nous empruntons à une notice de M. Arago, ne trouve-t-elle pas une fréquente application en médecine , et que d'erreurs les médecins éviteraient s'il, avaient plus souvent à la bouche le peut-être du philosophe grec.

M. Arago a consacré plusieurs pages de son intéres-

sante notice à discuter quelques faits de médecine que nous rappellerons en peu de mots {La lune exercet-elle sur notre atmosplière une influence appréciable? \\i Annuaire du bureau des longitudes, p. 157 , année 1832 ). Hippocrate faisait jouer un rôle secondaire à la lune; les Pléiades, Arcturus et Procyon, étaient les astres les plus influents. Galien avait établi un rapport entre l'influx lunaire et les jours critiques ( 7, 14 , 21 ) qui répondaient à la durée des principales phases de cet astre. Ramazzini raconte que les personnes atteintes d'une fièvre épidémique qui régna dans toute l'Italie en 1 693 , périrent en Irès-grand nombre le 21 janvier au moment d'une éclipse de lune. Pour que ce fait fût convaincant, il faudrait être sûr que les victimes de cette fatale éclipse ignoraient qu'elle dût avoir lieu, car on sait que l'imagination frappée des malades peut déterminer des accidents graves , et même la mort. Les expériences si curieuses que l'on a faites dans ces derniers temps avec le daguerrotype, sur la lumière de la lune, conduiront peut-être à découvrir quelque influence pathogénique inconnue jusqu'ici.

Schnurrer dit qu'on a remarqué que les phases de la lune ont une influence assez sensible sur la marche des maladies contagieuses. Il cite à l'appui de cette opinion les faits suivants , qui méritent tout au moins d'être signalés. Cornélius Gemma dit que dans la peste qui régna en Flandre en 1574, la contagion était plus forte pendant le dernier quart de la lune et les exacerbations de la maladie prise dans son ensemble, pendant les marées [Schenkii observaiiones^ p. 872). Orraus remarque que la peste empire toujours au déclin de la lune-, Lidell répète cette opinion (Duncanus Lidellius , lib. ni, de febre, cap. iv). Joubert a vu le mal se propager à un grand nombre de sujets pendant les syzygies. Dans la peste de Nimègue les malades et les morts furent plus nombreux dans les trois derniers jours qui précédèrent les sygygies (Diemerbroeck, lib. i, cap. iv). Chenot dit que la peste de Transylvanie devint plus intense depuis la nouvelle jusqu'à la pleine lune ; et la maladie et le nombre des morts augmentèrent dans la même proportion [Tractatus de peste, p. 31). Quercenatus (Duchène) a observé une mortalité plus grande chez les vieillards et les femmes durant l'accroissement de la lune. En Egypte on a vu la peste , après avoir été sur son déclin, redoubler de violence au renouvellement de cet astre , et Jackson a noté cette influence sur la marche de la fièvre ( Schnurrer, ouvr. cit., p. 1 03 ). Nous avons rapporté ces diverses remarques afin qu'on prenne la peine de vérifier si elles ont quelque exactitude.

La température de l'atmosphère est un des modificateurs qui jouent le grand rôle dans la profluction des épidémies. Le médecin qui veut les observer avec

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fruit et en tracer l'histoire doit , à l'exemple de Sydeuham, d'Huxham , de Ramazzini , de Van-Swieten, d'Ozaaam , noter la chaleur des heures du jour , des mois et de l'année; l'emploi du thermomètre et d'autres instruments doués d'une grande précision peut seul donner quelque certitude aux recherches de ce genre. Il ne fautpas s'imaginer que cette étude restera toujours stérile, parce que Van-Swieten ne futconduità aucun résultat positif, quoiqu'il eût noté dix ans de suite , trois fois par jour, la hauteur du baromètre et du thermomèlre, les variations atmosphériques , les phénomènes physiques , les maladies dominantes , le nombre des malades et des morts. Peut-être plus heureux que lui , ne sera-t-on pas forcé de dire ; «Inde circa morborum epidemicorum originem doc- «tior non evaserim?» Sydenham avoue que ses observations sur la température des saisons et des années ne lui ont rien appris. Ramazzini, qui a consacré une grande partie de son temps à des observations de cette nature , en signale toutes les difficultés dans les remarques générales qu'il a placées en tête de la constitution épidémique des années 1 792, 1 793 et 1 794 [Opéra omnia^ déjà cit., p. 107 et suiv.). Mais les médecins ne doivent pas être découragés par les aveux des hommes célèbres que nous venons de nommer ; d'ailleurs on possède aujourd'hui des méthodes plus rigoureuses qui permettent d'abréger les observations. M. Aragoa montré qu'à Paris, par exemple, on peut avoir assez exactement la température moyenne de l'année en prenant la température chaque matin entre huit et neuf heures ; elle représente à peu près celle de l'année , jusqu'à des latitudes élevées, comme depuis le cap Nord jusqu'au Caire, la température moyenne de l'année est, à peu de chose près , celle du mois d'octobre : celle-ci correspond assez exactement à la température de l'année. Nous empruntons à l'article publié par M. Andral quelques remarques bien dignes d'intérêt.

«On peut établir, d'après les connaissances qui nous sont fournies par la météorologie, que les températures moyennes de l'hiver et de l'été diffèrent d'autant plus entre elles, que l'on s'avance plus vers le nord. De 38 à 780 tjg latitude nord, cette différence est de 20° en moyenne. Du 20 au 38", elle varie entre 10 et 20*^, et de 0 à 20*" de latitude nord, la différence n'excède jamais 10°. On se tromperait si l'on voulait juger de la température moyenne d'une saison dans une contrée , par la température moyenne d'une autre saison dansla même contrée. Ainsi, quoique à Moscou, comme à Paris , la température moyenne de l'été soit +1 8 à + 19, elle est bien différente en hiver dans les deux villes ( — 1 1 à Moscou + 3 à Paris). — Le médecin ne doit pas ignorer les maxima et les minima , soit de chaleur, soit de froid , auxquels l'homme a pu être exposé sur la surface du globe sans cesser de vivre. Il

résulte des observations des voyageurs, que dans des circonstances rares , à la vérité, l'homme a supporté , d'une part, une chaleur de + 46 cent., et, d'autre part, un froid de — 50°.» On cite cependant des abaissements plus marqués de température, mais ce sont des cas exceptionnels. A Tornsk en Sibérie, on l'a vue descendre à— 53 c, àKiranga —65. «L'historien d'une épidémie ne peut pas non plus ignorer que, dans les pays semblables au nôtre, le minimum de chaleur de chaque nycthémère a lieu une heure avant le lever du soleil, et le maximum, vers deux heures de l'après-midi... 11 faut encore qu'il connaisse la longitude el la latitude du pays, et, en outre, toutes les conditions locales qui , indépendamment de la distance d'un pays à l'équateur, en modifient la température.» Ces conditions, dont la connaissance sert à établir la topographie médicale d'unecontrée, doivent être cherchées: lodans le sol dont il faut considérer la nature même, l'élévation au-dessus du niveau de la mer, la position basse ou haute par rapport aux sols voisins, enfin l'exposition ; 2° dans les produits fournis par le sol , tels que les végétaux qui le couvrent : on sait , par exemple, que la présence ou l'absence des forêts change singulièrement la température d'un pays; 3" dans les eaux qui baignent le sol : relativement à l'influence exercée par ces eaux sur la température d'un lieu, le médecin admettra trois espèces de climats: le continental , le littoral, l'insulaire ; 4° dans l'état hygrométrique de l'atmosphère; 5" dans la nature, le nombre etia direction des ventsqui soufflent habituellement ou accidentellement sur un pays. » Nous avons rapporté ce passage de l'article de M. Andral, pour montrer comment doit être tracée la topographie médicale d'une contrée dans laquelle le médecin est appelé à observer. On pourra consulter sur ce sujet la première partie du premier volume des Leçons sur les épidémies^ de Fodéré ; la Collection d'observations de Lepecq de la Clôture, oii sont renfermés les détails les plus circonstanciés et les plus intéressants sur la topographie d'une grande partie de la Normandie.

L'action d'une température élevée se fait particulièrement sentir dans le système nerveux ; les effets en sont très-marqués : lorsque l'homme est soumis à une température de -f 30 c. à 40» , l'hypérémie cérébrale, et même des apoplexies, peuvent se produire d'une manière subite ; de 20 à 30 le système nerveux n'est plus aussi compromis. Les relevés de M. Falret prouvent qu'en France l'apoplexie est plus fréquente en hiver que dans les autres saisons. Van-Swinden a été conduit aux mêmes résultats; il a vu durant une période de vingt années, qu'en Hollande, le maximum de fréquence de l'apoplexie est l'hiver, puis l'automne , le printemps , et l'été. Sur cent cinquante-cinq cas d'hémorrhagie et de ramollissement consignés dans divers ouvrages,

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et relevés par M. Andral , quatre - vingt - deux se sont montrés dans les six mois froids, et soixantetreize pendant les six mois chauds. Cette différence est peu marquée, il est vrai; toutefois, comme les mois de janvier et de juillet sont les plus chargés, avril et mai, ceux qui en présentent le moins, on doit admettre que le froid et la chaleur ont une certaine part dans la production des hémorrhagies cérébrales. Nous répéterons ici ce que nous avons dit des résultats obtenus par Retz , qui semble avoir envisagé exclusivement l'influence de la pesanteur atmosphérique sans tenir compte des degrés de température : on a commis une omission semblable à la sienne, en n'observant que la température , et en passant sous silence les hauteurs barométriques ; cependant on ne pouvait arriver à des résultats précis qu'en faisant marcher de front ces deux genres d'observations.

M. Esquirol a conclu, de ses recherches, que la manie est plus fréquente en été, la monomanie et la démence plus uniformément répandues dans les différents mois de l'année, et les suicides plus communs au printemps qu'à aucune autre époque de l'année. Il résulte des relevés de M. Falret , qu'au mois d'avril le nombre des suicides est plus considérable parmi les hommes que parmi les femmes : : 5 : 1 ; c'est le contraire au mois d'août , et le rapport des femmes aux hommes devient alors ; : 5 : 1. Mais ces relevés statistiques sont encore trop peu nombreux pour avoir une grande valeur; ils sont infirmés d'ailleurs par ceux plus récents que nous allons indiquer.

Suicides de l'année 1834.

Mois.

Hommes

Femmes

Filles.

Total

Janvier.

Février.

Mars.

Avril.

Mai.

Juin.

Juillet.

Août.

Septembre.

Octobre.

Novembre.

Décembre.

On voit que les mois de juin, de juillet et d'août, époque des plus grandes chaLurs, sont les plus chargés, que le printemps n'en présente pas un grand nombre, ainsi que l'a avancé M. Esquirol. Nous avons lieu de croire que le tableau précédent , qui a été publié par l'autorité , mérite une entière confiance.

Le système nerveux se prend avec une grande facilité dans les pays chauds : de là ces réactions sympathiques si fréquentes dans les maladies propres à ces contrées. Georget les explique par l'excitation incessante transmise au cerveau par les papilles nerveuses des grandes surfaces de rapport, qui sont sans cesse stimulées par la chdeur du milieu ambiant. Les névroses, le tétanos, le trismus des mâchoires, les coliques et les vomissements nerveux, l'oppression , la forme ataxiqueetadynamique , se montrent très-souvent dans les contrées équatoriales , et dans tous les cas où le système encéphalo-rachidien et trisplanchnique sont sur-stimulés.

C'est principalement sur la production et la propagation des maladies épidémico-contagieuses que les hautes températures exercent leur action. Cette proposition , vraie dans un grand nombre de cas , ne saurait être acceptée dans tous. Prosper Alpin dit que la peste qui se montre en Egypte au mois de septembre diminue en juin , époque des plus grandes chaleurs. 11 en est de même à Alep, au rapport de Russel ; à Smyrne elle cesse au milieu des chaleurs de l'été. Gahen, Fernel , Radziville , Sydenham , et d'autres, ont rapporté beaucoup de faits contraires , de telle sorte que l'on ne peut encore rien établir de positif sur l'influence pathogénique de cet agent. Combien de grandes épidémies n'ont-elles pas pris naissance pendant la chaleur, ou pendant les grands froids, indifféremment. Le choléra a parcouru les contrées les plus chaudes comme les plus glaciales, sans être arrêté un seul instant dans sa marche , et la première apparition qu'il fit dans plusieurs contrées eut lieu, tantôt en hiver, tantôt au milieu des plus grandes chaleurs de l'été. Ajoutons que les épidémies infectieuses et épidémico-contagieuses ne se développent pendant les chaleurs que parce que la fermentation putride des matières végétales et animales est déterminée par cet agent.

La chaleur n'est pas sans influence sur la production des maladies de la peau : l'urticaire , l'eczéma et la variole, ainsi que l'éruption miliaire, suivant quelques auteurs, les sudamina, sont des affections beaucoup plus fréquentes dans les saisons et dans les pays chauds , que dans les conditions opposées. M. Andral a voulu s'assurer si la gale se montre plus souvent en été qu'en hiver , et il résulte des relevés qu'il a faits sur les registres d'admission du bureau central, que c'est pendant les mois de mars et d'avril que se présentent le plus grand nombre de galeux ; viennent ensuite les mois de mai , de décembre, de janvier, de février et de novembre; puis les mois de juillet, d'août et de juin ; puis ceux d'octobre et de septembre. M. Andral pense que ce n'est pas le froid, mais l'entassement des individus pendant l'hiver, qui concourt à propager le mal. La condition d'entassement

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et d'air limité cesse en été ; mais la température a alors son maximum d'influence, et la gale est plus fréquente encore dans cette saison que pendant les mois de septembre et d'octobre, où il n'y a pas encore d'entassement, et où a cessé la grande élévation de température. La température joue donc un rôle incontestable.» On a dit que les affections cutanées se présentaient plus fréquemment dans les pays chauds, et en raison directe de l'élévation de température; mais cette opinion est fort contestable : beaucoup d'autres causes ont part à leur développement dans les contrées équatoriales ( voyez Peau ( maladies de la).

Les effets du froid sont très-variables; ils diffèrent suivant l'intensité du modificateur : le froid, en effet, agit d'une toute autre manière lorsqu'il est excessif ou lorsqu'il est modéré. Il est tonique, a-t-on dit, parce qu'il stimule les tissus et y provoque une contraction plus active; mais il devient débilitant, et frappe le système nerveux d'une sorte d'asthénie , quand il est porté à un haut degré {vof. les remarques importantes de CuUen sur ce sujet : Éléments de méd. prat., t. i,p. 160; 1819). Ce qu'il faut surtout considérer dans les effets du froid, c'est l'état dans lequel se trouve l'organisme au moment où il est frappé par cet agent. Suivant que la constitution est forte ou faible , suivant qu'elle est préparée ou non aux variations de l'air, soit par la température atmosphérique qui a précédé , soit par la force de réaction dont l'économie est susceptible ; en un mot suivant les modifications nombreuses qui surviennent, et que M. Edwards a étudiées avec un talent si rare d'observation [De l'influence des agents physiques sur la vie; passim)^ le froid agit d'une manière très-différente. Quand il est continu, lors même qu'il est intense, il détermine peu de maladies. C'est aux alternatives de chaud et de froid qu'il faut plutôt les attribuer. Sur cinquante-six épidémies de catarrhes pulmonaires qui ont régné en Europe , vingtdeux se montrèrent en hiver, douze au printemps, onze en automne, et cinq en été; deux pendant une année entière, une pendant l'hiver et le printemps, et une pendant l'hiver, l'automne , le printemps. Un des exemples les plus remarquables d'épidémie catarrhale survenue sous l'influence d'un brusque changement de température, est celui rapporté par Demertens: le thermomètre, qui était à 35° au-dessous de 0 remonta à 5° au-dessus de 0. Le même jour quarante mille personnes furent atteintes d'une épidémie catarrhale. Ce fait se passait en Russie. Les pneumonies sont fréquentes à Rome pendant l'hiver et le printemps. En France, c'est dans cette dernière saison qu'on les observe le plus ordinairement.

Les variations de température n'exercent pas seu- Icoicul leur influence !Ui les nuladics des voies respi-

ratoires ; elle s'étend à celle du tube digestif. Broussais prétend que la chaleur humide prépare la muqueuse du colon à la phlogose. Pringle attribue la dysenterie à l'action pathogénique du froid humide (yoj. Dysenterie, Com/>f «</., t. ni, p. 104). Sur les cinquante principales épidémies de dysenterie dont nous avons fourni l'indication (art. cit., p. 98), on trouve que trente-six ont régné en été , douze en automne, une en hiver, et une au printemps. «Sur treize mille neuf cents individus atteints de dysenterie au Bengale, de 1820 à 1825,1e docteur Annesley a trouvé qu'il y en avait eu deux mille quatre cents pendant la saison froide, quatre mille cinq cents pendant la saison chaude et sèche, et sept mille pendant la saison chaude et humide. La chaleur humide serait donc, ainsi que l'a avancé Broussais, une cause qui amènerait les modifications pathologiques qui causent la dysenterie. Les médecins qui ont pratiqué dans les pays situés sous l'équateur parlent de la dysenterie comme d'une affection que l'on voit régner épidémiquement. Mais d'autres causes que la chaleur humide ou que les variations de température peuvent la déterminer, puisqu'on les observe dans les régions septentrionales de l'Europe. En général, il semble que les maladies qui ont pour siège les membranes muqueuses, celles de l'intestin et du poumon spécialement, sont plus manifestement que d'autres sous l'influence des températures, soit basses, soit élevées , et surtout des brusques alternatives de chaud et de froid. L'ophthalmie épidémique a son maximum de fréquence aux mois de mars , avril et mai , époque où la température est la plus variable, et en juillet et août , c'est-à-dire , au moment où la température est la plus élevée ( Andral, art. cit ). Les relevés que l'on doit à M. Fallot, dont les observations portent sur les hôpitaux de 3Ions et de Bruxelles, confirment pleinement les résultats obtenus par M. Andral.

Le passage subit d'une température extrême à une autre extrême concourt puissamment à la production des épidémies. Nous avons déjà parlé de cette exaltalion singulière qui affecte le système nerveux, et que l'on voit se manifester à Naples et à Rome lorsque le vent connu sous le nom de sirocco vient à y souffler (yoj. l'art. Endémie). Nous avons également rapporté que, sur la côte du Malabar, il se développe des coliques que l'on appelle le barbier, quand le vent froid vient à souffler, ce qui a lieu pendant les mois de décembre, janvier, février et mars. On a attribué à une cause de ce genre le mal de ventre sec des Indes, la colique de Madrid, celle du Poitou et du Devonshire; mais il paraît aujourd'hui bien démontré que ces deux dernières maladies sont de simples coliques saturnines, déterminées par l'usage de boissons lithargyrées, ou tout au moins par des boissons acides, astrinjjeule.';, ou de mauvaise qualité, qui

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a{jii;sent d'une manière encore peu connue sur le système nerveux de Tintestin.

Les vents jouissent-ils d'autres propriétés que celles qu'ils reçoivent de la température et de la vapeur d'eau qui les imprègne ? ont-ils quelque chose de spécifique ? C'est ce qu'il est impossible de déterminer d ms l'état actuel de la science. Le plus ordinairement les vents n'agissent que par les variations de température qu'ils produisent, ou par les miasmes, les effluves et les molécules nuisibles qu'ils entraînent avec eux, et qu'ils transportent à de grandes distances. Sihnurrer, et beaucoup d'autres, croient que les vents sont sans influence sur le développement de l'épidémie (ouvr. cit., p. 92). On a cité un grand nombre d'exemples d'épidémies qui se sont développées pendant que les vents soufflaient dans des directions opposées. Cependant il ne manque pas d'exemples du contraire ; ainsi ceux qui soufflent dans les contrées méridionales exercent une influence non douteuse : tels sont le sirocco en Italie , le chamsin en Egypte,. le samnioun dans le désert, entre Bassora et Bagdad. Quelquefois, au contraire, ils paraissent avoir une action salutaire. On a dit que quand le chamsin devient impétueux, la peste disparaît [Alli^cnieines Journal der Clifmie, 5 ter. bd. hef., t. i). L'harmattan fait disparaître les épidémies de petite vérole ou les autres affections qui régnent épidémiquement.

On connaît peu de chose touchant l'influence de rélectricité sur la production des épidémies. Réad , à qui on doit de précieuses observations sur ce fluide, a trouvé que , daus trois cent quatre-vingt-dix-sept expériences qu'il avait faites , Féleclricité de l'air s'était changée en électricité négative environ cent cinquante- six fois, sans qu'il ait pu en saisir aucun effet particulier (Gehler, Physikalischcrs Ff^oricrbuch, bd. 5. p. 262). 11 serait à désirer que des observations analogues fussent instituées par un grand nombre de médecins; mais il faudrait tenir compte de toutes les modifications complexes qui existent en même temps dans l'atmosphère , comme l'humidité, la température, la hauteur barométrique. On a dit qu'il n'était pas rare de voir des accès de fièvre intermittente se produire d'une manière épidémique chez des matelots assaillis par un orage au sein des mers équatoriaies ; mais, dans la production de ces accès , l'humidité ne joue-t-elle pas un grand rôle ( Andral , art. cit., p. 407) ?

On a aussi prétendu que les grands cataclysmes pouvaient être des causes d'épidémie. "Webster, physicien américain, estundeceus qui ont cherché avec le plus de soin les rapports des principaux phénomènes du monde physique avec le développement des épidémies. Francastor, Mercatus, Messaria, et d'autres, avaient déjà soutenu cette opinion. Webster, dans le relevé qu'il a

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fait, et qui est rapporté en détail dans l'ouvrage d'Ozanam (t. i , p. 20), cherche à prouver que le phénomène le plus souvent lié avec la peste est le tremblement de terre , que les perturbations qui paraissent avoir le plus d'influence sont les comètes, les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, les météores, le chaleur et le froid extrêmes , les pluies et les sécheresses excessives, les tempêtes , la quantité extraordinaire d'insectes; la disette, la famine. Selon lui, la durée et les variétés des épidémies dépendent de ces désordres dans les éléments; les éruptions volcaniques, les mouvements du fluide électrique , s'accomplissent d'après certaines lois; elles doivent faire varier l'ordre et la nature de ces maladies quand ces lois viennent à éprouver quelque perturbation. Mais , comme le fait remarquer Ozanam, les éruptions volcaniques et les tremblements de terre étant extrêmement fréquents, surtout au Vésuve et à l'Etna, il n'est pas étonnant que les auteurs aient trouvé une connexité assez évidente entre ces convulsions de la nature et l'apparition des maladies épidémiques.

Nous devons encore noter, mais pour mémoire seulement, ces causes purement imaginaires dont parlent quelques auteurs, telles que les exhalaisons vénéneuses arsenicales, la surabondance du phlogistique, de l'acide carbonique, de l'azote ou de l'hydrogène. Nous rapellerons , au sujet de ce dernier gaz , que Volta a trouvé dans les marais une quantité assez considérable de gaz hydrogène et d'acide carbonique. M. Boussaingault, dans un mémoire lu à l'Académie des sciences , a annoncé que l'air de certaines contrées de l'Amérique réputées malsaines, et soumis à une analyse rigoureuse, dont il indique tous les procédés, renfermait une quantité assez grande d'un principe carboné. Il peut donc exister dans l'air quelques principes spécifiques capables de produire des maladies : elles ont reçu le nom àH endémiques. Nous allons en dire quelques mots pour terminer tout ce qui est relatif aux conditions atmosphériques : nous avertissons le lecteur qu'il doit bien se garder de confondre ces causes de maladies endémiques avec celles qui produisent les épidémies ; elles sont très-différentes [voy. l'article Endémie).

11 y a des pays , comme la Zélande, l'île de Walcheren , les bords de l'Oder, de l'Elbe, près de Wittemberg, les palétuviers des Antilles, le canal de Mozambique ( Fodéré , Leçons sur les épidémies et Vhfgiène publique, t. i , p. 64 et passim)^ où , à certaines époques, se développent des maladies de différente nature, telles que des fièvres intermittentes, la fièvre jaune, le typhus, la peste, la suette, etc. Les principes délétères appartiennent, les uns au règne végétal , les autres , au règne animal : parmi ces derniers, les uns s'échappent des corps vivants, les autres, des corps morts et en putréfaction. On

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donne le nom à'efjluves aux e'niauations qui se dégagent des marais. Suivant Ozanam, l'atmosphère de ces lieux a des principes différents de l'atmosphère ordinaire , ou du moins , ces principes entrent en proportion différente dans la formation d'un nouveau mélange atmosphérique. Le gaz oxygène seul respirable s'y trouve en moindre quantité : «Il y a donc, dit cet auteur, une moindre décomposition de ce gaz , et, par conséquent, un moindre développement de calorique dans l'acte de la respiration des habitants de ces lieux marécageux.» Mais 'c'est assez nous arrêter à l'hypothèse, constatons seulement que ces effluves ont une manière d'agir toute spéciale que nous ne connaissons que par les effets qui en résultent sur l'organisme.

Le miasme est une émanation qui se dégage des corps vivants, et qui, tantôt affecte les individus sains qui en reçoivent l'action directe ou indirecte : le coulage est le miasme qui détermine les maladies appelées contagieuses ; tantôt ce miasme résulte de l'entassement des hommes, et produit sur tous ceux qui le respirent la même maladie. Nous avons montré, à l'article GoiNTAGiON (t. u, p. 469), que ces maladies, primitivement infectieuses et bornées aux lieux où elles ont pris naissance, pouvaient deveuir contagieuses, et que ces cas se présentaient fréquemment. 11 en résulte alors un véritable empoisonnement, une intoxication qui produit une maladie identique , puisqu'elle est engendrée par une cause commune : aussi a-i-on pu soutenir, en pareille circonstance, qu'il y avait contagion. Du reste, nous avons dit que dans ces foyers d'infection les maladies pouvaient devenir réellement contagieuses.

Pour résumer tout ce que nous avons dit au sujet de la part que prennent les influences atmosphériques dans la production des épidémies , rappelons qu'il ne faut pas confondre les épidémies annuelles avec les éventuelles sous le point de vue de la pathogénie, comme, du reste, sous presque tous les autres rapports; que, taudis que les premières sont fortement influencées par le milieu ambiant , les autres le sont moins : ou peut , par exemple, établir un certain rapport entre les saisons , le degré d'humidité, de froid , de chaleur, etc., et les épidémies de dysenterie , de catarrhe , de coqueluche , etc. ; mais il n'en est pas toujours ainsi pour ces maladies, et à plus forte raison pour les grandes épidémies, comme le choléra, les angines couenneuses , le croup, la suette miliaire, l'acrodynie, la peste, etc. Un changement fréquent et rapide de température n'est pas toujours, comme plusieurs personnes se l'imaginent, une cause d'épidémie , et peut-être pourrait-on soutenir avec tout autaiit de raison, l'opinion émise par M. de Humboldt, qui nous paraît digne d'être rapportée, parce qu'elle esi celle d'un homme versé dans cette élude. «Une

cause favorable aux épidémies se rencontre dans un type uniforme des phénomènes météorologiques (c'est-à-dire, que dans les pays et dans des époques où l'état de l'air reste longtemps le même , l'organisme humain conserve plus facilement sa susceptibilité pour les influences cosmiques) , et que la disposition morbifique une fois existante peut , plus facilement que dans les zones tempérées, se changer en véritable maladie, et se propager comme telle ; car ici, c'est-à-dire , dans les zones tempérées , les variations de l'atmosphère sont si remarquables et si fréquentes, qu'elles modiflent la vitalité, et qu'elles arrêtent la marche des maladies épidémiques , ou lui impriment une autre direction » [Ueber gereizte Nercen und Muskelnfazcr^ bd. ii, §291 , ap. Schnurrer., ouv. cit., p. 103).

Les aliments et les boissons peuvent favoriser la production des épidémies ou les déterminer. Dans ce dernier cas , la maladie est endémique {voy\ ce mot , t. ni , p. 315); nous avons indiqué celles que Ton a rapportées à ces causes, qui souvent suffisent à elles seules pour les provoquer ; dans ce cas les maladies se reproduisent incessamment. On a vu, par exemple, la disette forcer les habitants des campagnes à ne se nourrir que de pain formé avec une farine impure, contenant l'ergot de seigle, ou une grande quantité de son. L'ergotisme, la dysenterie, la diarrhée, peuvent être produits de cette manière. D'autres fois, ce sont des fruits non parvenus à leur entière maturité , des viandes salées et desséchées , des végétaux , des substances alimentaires peu fournies de particules nutritives , ou des boissons de mauvaise qualité , des vins acides , frelatés avec la litharge , l'eau altérée par des sels de chaux , ou de toute autre manière (eau saumàtre). Voilà des causes qui expliquent très-bien le développement de ces maladies qui régnent d'une manière endémique , comme la dysenterie, leshydropisies, l'ergotisme, la colique de plomb , le goitre, etc. Quelquefois aussi ces influences ne sont pas assez fortes pour produire les épidémies ; mais elles favorisent leur apparition en modifiant l'organisme , et en le piéparaot à recevoir l'action d'une autre cause qui, sans l'intervention des premières , aurait été incapable de faire naître la maladie.

11 ne faut pas non plus négliger , dans l'étude des causes des épidémies , les passions morales. Tout le monde a entendu parler de cette monomanie , suicide qui s'empara des filles de Milet , au rapport de Plutarque. Une semblable épidémie régna à Lyon : toutes les filles voulaient se noyer dans le Rhône. 11 y a peu d'années qu'une maladie de cette nature se montra au bourg Saint-Pierre-Monjan , près de Saint-Maurice en Valais. Plusieurs affections nerveuses sont devenues épidémiques par imitation. La choi'ée se multipliait avec une effrayante rapidité dans

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toutes les villes où passaient les individus atteints de cette maladie ( vof. Hecker, in art. Guorée du Compendium ). Les nonains de la Saxe et du Brandebourg , les démoniaques de la Gascogne , les possédés de Loudun, les convulsionnaires des Gévennes , ont montré jusqu'à quel point le fanatisme et l'exaltation peuvent agir dans le développement des maladies. A une époque déjà assez éloignée de nous, on a vu des hommes fanatiques tomber en convulsion autour du tombeau de Tarchidiaore Paris ; et cet étrange spectacle exerçait un tel empire sur les esprits crédules des assistants, que ceux-ci à leur tour étaient pris de convulsions; enfin l'autorité, pour faire cesser le scandale causé par ces fanatiques, fut obligée de fermer le cimetière Saint-3Iédard. En 1786, 1787 et 1788, des femmes de Fareins eu Dombesse firent crucifier, et renouvelèrent ainsi les crucifiements des secouristes, qui avaient remplacé les convulsionnaires de Saint-Médard , ou plutôt qui leur avaient succédé dans leurs jongleries. Nous pourrions encore rapprocher de ces épidémies, cette contagieuse influence que Mesmer exerça sur un grand nombre d'hommes de diverses conditions qui souvent venaient chercher dans le magnétisme des émotions dont la source avait été desséchée par la vie oisive, licencieuse, ou déréglée, qu'ils menaient. Ces exemples que nous venons de rapporter suffisent pour faire voir que le médecin ne duit pas seulement chercher la cause des maladies épidémiques dans le milieu ambiant, dans les causes ignorées et non accessibles à ses sens et à son esprit, mais même dans toutes les conditions physiques et morales des peuples soumis à son observation. Tantôt l'introduction de nouvelles lois politiques, ou des événements imprévus qui ont un grand retentissement sur les peuples, tantôt de nouveaux usages, ou des pratiques religieuses inusitées jusqu'alors : telle est l'origine de plusieurs maladies épidémiques, semblables à celles que nous avons nommées en dernier lieu.

Les dispositions individuelles ne sont pas sans prendre quelque part dans la production des épidémies, et il importe beaucoup au médecin de fixer son attention sur ce sujet, s'il veut asseoir avec quelque succès les véritables bases d'un traitement prophylactique lorsqu'il est consulté par l'autorité. Cependant, il faut reconnaître qu'il est difficile d'établir quelque chose de précis à cet égard. Ainsi, dans les temps de grandes épidémies , les hommes les plus robustes, et qui semblaient devoir résister aux attaques du mal , en sont les premiers affectés, et y succombent; tandis que d'autres, toujours valétudinaires, parviennent à échapper à la maladie qui les menace : le choléra nous a offert des exemples de ce genre. Néanmoins, les individus affaiblis par des maladies chroniques , par une suppuration , par des excès dans

le boire et le manger, par les plaisirs de l'amour, ou par la masturbation: les sujets en proie à la crainte, au chagrin, et à toutes les émotions morales, exerçant des métiers pénibles; les hommes usés par de grandes fatigues, par les privations, par la misère, ou qui sont exposés à de biusques variations de température, enfin, les vieillards affaiblis par les progrès de l'âge, voilà autant de conditions individuelles qui doivent être considérées comme prédisposant les sujets à contracter les maladies épidémiques. Mais répétons que celles-ci, et c'est là leur principal caractère, frappent tous les sujets presque indifféremment ; que d'autres fois, au contraire , elles semblent s'appesantir sur les enfants ou les vieillards, sur les hommes plutôt que sur les femmes : Anhoon dit que la variole qu'il eut occasion d'observer frappa surtout les enfants de bouchers. Dans la peste de Marseille, tous les boulangers furent atteints du fléau. Quelquefois, c'est aux hommes de telle ou telle nation que le mal se fait plus spécialement sentir. Dans le Levant, la peste, suivant Valli, commença par frapper les juifs. Degner dit que la dysenterie de Nimègue respecta les Français et les juifs. En Amérique, les nègres contractent certaines maladies que les blancs n'éprouvent pas. Une maladie antécédente constitue souvent une prédisposition à contracter la maladie actuelle : c'est ce qui arrive lorsque, par son siège et sa nature , elle se rapproche de celle qui se montre épidémique. Des bronchites, des coryzas antérieurs disposent les sujets à être affectés d'une épidémie catarrhale, même dès son début. Nous ajouterons que les grandes épidémies préservent les sujets qui les ont contractées d'une seconde attaque : la variole, la peste, la rougeole, la fièvre jaune, etc., ne se montrent pas deux fois chez le même individu ; c'est là, du moins , la règle générale.

Ici se termine l'étude des causes des maladies épidémiques. Nous avons dû les examiner d'une manière générale, et le lecteur doit avoir remarqué dans ce tableau, que des différences assez grandes existent entre ces causes sous le rapport de leur degré d'influence. Les maladies épidémiques qui paraissent y être le plus soumises sont celles qui appartiennent aux constitutions stationnaires ou saisonnières, en un mot , les petites épidémies, comme le catairhe , la dysenterie, la fièvre intermitiente, l'angine, les exanthèmes, etc. Au contraire, les grandes épidémies semblent se soustraire à l'empire des influences hygiéniques: tels sont la peste, le choléra, le typhus, la fièvre jaune, l'acrodynie, etc.

Des maladies épidémico-contagieuses.

Il y a des maladies épidémiques, c'est-à-dire, déterminées par des causes inconnues et se développant spontanément, qui s'étendent à un grand nombre

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d'individus , mais sans que la contagion puisse être accusée d'avoir propagé le mal. 11 en est d'autres , ce sont les épidémico-contagieuses , qui se communiquent, suit médiatement, soit immédiatement : la variole, la rougeole, la scarlatine, l'angine couenneuse, le muguet, suivant quelques auteurs, sont des maladies de ce genre. Quelques médecins prétendent que certaines maladies réputées contagieuses ne se communiquent point par le contact, mais par l'atmosphère infecte dans laquelle se trouve l'homme Lien portant : ces maladies sont dites infectieuses. Cette disliaclion paraît à Ozanam une subtilité purement scholastique, et il en fait justement la critique ( t. Hi , p. 1 ). Aussi , appelle-t-il ces maladies épidémies infectieuses et contagieuses, pour couper court à toutes ces distinctions. Nous répéterons ici ce que nous avons déjà dit au mot Contagion (Compendium, t. u ); pour nous, la contagion, c'est-à-dire, la propriété qu'a une maladie de se transmettre à l'homme sain , dépend de l'élaboration pathologique survenue dans l'organisme , qui donne naissance à un agent spécifique; c'est là un produit morbide qui peut se former dans un grand nombre de maladies : telle est la cause pour laquelle les épidéuiies peuvent devenir contagieuses et infectieuses dans certaines circonstances données. Nous citerons pour exemple Tophthalmie, l'angine couenneuse, le typhus, la variole, la rougeole, la scarlatine, etc. On comprend qu'il ne peut y avoir, entre les épidémies simples et les épidémies contagieuses , que celle différence, savoir : que, dans cette dernière , la contagion est un élément de plus qui s'ajoute à l'épidémie simple , ce qui en rend la propagation très-rapide; la peste, la fièvre jaune ne sont, pour beaucoup d'auteurs, que des épidémies infectieuses.

Gutfeldt et Hopfengàrtner ont voulu à tort les distinguer. Gutfeldt prétend que les maladies épidémiques qui ne se répandent point par une contagion préalable sont différentes de celles qui se propagent par contagion, en ce que celles-ci n'affectent que les organes qui servent à la nutrition et à l'assimilation; tandis que celles-là sont, de plus, des maladies de sensibilité et d'irritabilité [Einleiiung in die Lchre von den ansteckenden Krankheilen und Seuchen, von Gutfeldt; Leipzig, 1809, p. 91 ). Nous n'avons pas besoin de faire la critique de cette opinion; elle est formellement contredite par l'observation. Hopfengàrtner pense que, dans les maladies épidémiques, il y a une cause générale capable de les répandre , et que, dans les épidémies primitivement contagieuses, la contagion seule suffit ( Beitrœge zur allgenieinen und besondern Théorie der epidemischen Krankheilen, von Ph.-Fr. Hopfengàrtner; Frank. 1 799 , p. 11). Schnurrer fait observer, avec raison,

que cette différence n'est point réelle. En effet, il est des maladies qui sont évidemment coniagieuses, et qui, cependant, ne régnent qu'à certaines époques sous forme épidémique , la variole , par exemple. Il faut une influence toute spéciale pour que les cas de variole sporadique, qui continuent à se manifester, engendrent une épidémie. Hopfengàrtner insiste sur ce fait, savoir : que les maladies intercurrentes sont modifiées par les maladies épidémiques, tandis que celles qui sont primitivement contagieuses , même lorsqu'elles régnent d'une manière épidémique , n'ont pas la même influence sur ces maladies, et qu'elles sont plutôt modifiées elles-mêmes par d'autres maladies qui régnent en même temps. Mais Sydenham,Huxham et d'autres ont établi un principe tout à fait contraire à celui que professe le médecin allemand ; ils soutiennent que le caractère général de toutes les maladies épidémiques est de modifier les maladies intercurrentes qui régnent à la même époque. Sydenham affirme même avoir toujours vu, quand il existe plusieurs affections épidémiques contagieuses, l'une d'elles prédominer sur les autres ( loc. cit. , cap. II). Huxham, dans une épidémie de variole qui parut en 1745 et 1746, dans le temps où il régnait un typhus considérable, observa des symptômes de cette dernière affection ; des boutons noirs très-petits accompagnaient l'éruption, qui devenait alors tiès-confluente. Le même auteur rapporte que, pendant Tépidémie de rougeole, la toux et les affections catarrhales furent très-fréquentes : ici encore l'influence d'une épidémie primitivement contagieuse ne saurait être révoquée en doute. Rush a vu aussi , pendant une épidémie de rougeole , se manifester une affection catarrhale qui avait beaucoup de rapports avec la rougeole : on observait chez la plupart des malades un léger exanthème ( Edinb. medic. essays, vol. v, art. 2). On vit également beaucoup de sujets, qui n'avaient jamais eu la rougeole, en offrir tous les symptômes, qui disparaissaientsans qu'il y eût éruption apparente; elle se montrait ensuite beaucoup plus tard chez ces mêmes sujets. Ceux qui en avaient été déjà affectés étaient pris d'éruption ortiée, et l'on observait, dans le cours (le la maladie , tous les symptômes avant-coureurs et concomitants de la rougeole même. C'est surtout pendant le règne des épidémies contagieuses que l'on voit paraître ces maladies, dont il est difficile de déterminer la nature et le siège, et que l'on rapporte à l'épidémie dominante, parce qu'elles en offrent quelques-uns des symptômes : tels sont ces cas de variolœ sine variolis, de niorbitli sine morbillis, etc. , dont les exemples ne manquent pas dans les ouvrages consacrés à l'étude des épidémies.

«Cette loi générale , que les maladies épidémiques tiennent sous leur empire les maladies intercurrentes,

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disent MM. Gasc et Breslau , que chaque état morbifique prend plus ou moins la forme des maladies réguantes , se retrouve dans l'iiistoire des maladies en ^^énéral et de leur apparition. Si le nombre des unes diminue , celui des autres augmente en proportion. Depuis que la peste est moins commune en Europe , l'influenza , le catarrhe épidémique , le croup, la sueKe , se sont répandus davantage.» La lèpre est très-rare , mais la syphilis fait des progrè.s chaque jour; la vaccination a diminué le nombre des varioleus , mais le nombre et l'inlensité des épidémies de rougeole sont devenus plus considérables ( trad. de Schuurrer, p. 59 ). Cette question d'hygiène publique est d'un grand intérêt; elle ne peut être discutée dans un ouvrage de la nature de celui-ci. M. Villermé l'a traitée dans plusieurs écrits , et notamment dans un mémoire intitulé : Des épidémies sous le rapport de l'hygiène publique , de la statistique médicale et de l'économie politique ( Annales d'hygiène et de médecine légale ^ydn\'\er 1833 ), et dans l'art. Épidémie du Dictionnaire de médecine. Traitement des maladies épidémiques. — La prophylaxie de ces affections repose tout entière sur l'étude approfondie de l'hygiène générale, publique et spéciale ; non pas qu'il soit possible de prévenir le développement ou même d'enrayer la marche d'une épidémie éventuelle. Le choléra, par exemple, n'at-il pas sévi dans les lieux les plus salubres, et souvent avec une fureur qu'aucune circonstance locale n'expliquait ? Cependant il faut reconnaître que l'observation des préceptes que nous trace l'hygiène est un puissant moyen de mettre les habitants d'une ville ou d'une contrée en état de résister victorieusement aux attaques du fléau. En parlant des causes prédisposantes, nous avons dit que les hommes affaiblis par la mi,«ère , la débauche , les excès vénériens, l'ivrognerie, et par les autres modificateurs dont ils sont entourés ( humidité , miasmes putrides de nature animale , effluves , etc. ) , devenaient souvent la proie des maladies épidémiques. L'autorité municipale doit donc veiller avec le plus grand soin à ce que les lois prescrites par l'hygiène publique soient rigoureusement observées; elle doit en outre instruire chaque habitant des devoirs qu'il a à remplir, et le rendre responsable de toutes les infractions qui pourraient être faites aux règlements sanitaires exigés par les circonstances. 11 faudrait passer en revue toute l'hygiène pubhque si Ton voulait retracer les principales règles qui constituent le traitement prophylactique des épidémies. Nous ne pouvons aborder cette question toute générale qui est traitée dans tous les ouvrages d'hygiène ; nous avons soin, d'ailleurs , en parlant de chaque maladie, d'indiquer son traitement prophylactique : c'est tout ce

que l'on peut faire dans un traité de médecine pratique.

Rien n'est si variable que le traitement curatif d'une maladie épidémique , et c'est à peine si l'on peut étabhr quelque généralité sur ce sujet ; cependant l'on peut avancer, en se fondant sur les observations que nous a léguées l'antiquité, que le traitement d'une maladie épidémique n'est pas le même, du moins dans la majorité des cas , que celui de la même maladie lorsqu'elle est sporadique ou intercurrente. 11 y a plus : une épidémie ne doit pas toujours être combattue à sa période d'état et à sa période de déclin de la même manière. Enfin ,1a même aialadie épidémique se montrant en des pays divers, dans des saisons différentes et sous des constitutions stationnairesqui ne sont plus les mêmes, exige quelquefois un traitement tout différent. Nous allons donner quelque développement à ces trois propositions, que nous avons déjà indiquées en parlant des constitutions épidémiques saisonnières.

C'est surtout pour les épidémies que l'on doit répéter avec plusieurs pathologistes qu'il n'y a pas de maladie, mais des maladies; et si les affections sporadiques présentent dans leur nature, dans le nombre et le siège des complications, et dès lors, dans leur traitement, des différences essentielles , à plus forte raison existent-elles plus nombreuses et plus tranchées dans lesmaladies épidémiques. En supposant que cette opinion soit contestée par les médecins qui admettent que l'on peut juguler les maladies aiguës , les arrêter dans leur marche , elle trouvera sans doute moins de contradicteurs lorsqu'il s'agit des affections épidémiques. Nous avons cité un exemple de pneumonie rémittente épidémique contre laquelle échouaient les émissions sanguines , et qui céda parfaitement à l'emploi du quinquina. Nous pourrions rapporter un grand nombre d'autres exemples : ce sont tantôt des varioles qui, combattues avec le plus grand succès par des saignées, reparaissent à une autre époque dans le même pays, et résistent aux mêmes agents thérapeutiques ; tantôt des pleurésies, des bronchites, des dysenteries, qui exigent chacune un traitement spécial et différent, suivant les temps et les lieux, etc. Ce sont là des maladies qui ont quelque chose de spécial qui leur est apporté parle génie épidémique , c'est-à-dire, par la cause inconnue qui peut tout aussi bien changer la nature et la forme des maladies que leur donner naissance. Stoli a observé des pneumonies bilieuses qui cédaient aux émétiques ( Méd. prat. , constitution épidémique de 1776 ). Haller a rapporté l'histoire de pleurésies fort intenses, qui étaient accompagnées de vomissements, de diarrhée, d'une accélération très-grande , et de faiblesse du pouls , de l'expectoration de crachats jaunes et sanguinolents , de douleurs pongitives très-grandes aux côtés, d'une

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difficulté exlréme de la respiration. Lorsqu'on pratiquait la sai{ynée, quelle que fût la quantité de sangtiré de la veine, les malades tombaient dans la prostration ; Haller combattit le mal par l'administration du soufre doré d'antimoine ( Haller, collection de thèses ). Geoffroy parle aussi d'une épidémie de pneumonies qui s'étaient modifiées par la grippe , qui avait été généralement répandue au commencement de l'été. Bienquecesaffections pulmonaires parussent être de nature inflammatoire, ainsi que l'indiquaient jdusieurs symptômes , tels que la fièvre , les points de côté, le crachement de sang, la dyspnée, la couenne inflammatoire , cependant l'état saburral de la langue, la faiblesse du pouls, annonçaient une complication bilieuse. La saignée affaiblissait beaucoup les malades ; l'émétique, le kermès , les vésicatoires , enlevèrent le mal très-rapidement [Mémoires (le la Société royale de médecine , t. v ). M. Gasc, dans sa traduction du typhus d'Hildenbrandt, parle d'une épidémie de pleurésies et de pneumonies qui se montrèrent vers la fin de l'hiver de 1804; les sujets qui en furent affectés présentaient un état adynamique fort alarmant lorsqu'on les faisait saigner; les vésicaloires et les sangsues réussissaient dans presque tous lescas. Pourquoi multiplier les citations, lorsque la plupart des médecins s'accordent à reconnaître que dans la maladie épidémiqueil ne peut y avoir un seul traitement? Sydenham n'hésite pas à déclarer que la même méthode de Iraitement qui aura été salutaire une ann^e, sera peut-être funeste l'année suivante. «Aussi, dit-il , lorsque j'ai une fois découvert la véritable méthode de traiter telle ou telle espèce de fièvre y je guéris , grâce au ciel , presque tous ceux qui en ont été attaqués, bien entendu qu'en m'attachant inviolablement à cette méthode , j'ai toujours égard au tempérament , à l'âge , et aux. autres circonstances nécessaires. Cette maladie ayant cessé et ayant fait place à une autre , me voilà dans un nouvel embarras, ne sachant par où m'y prendre pour traiter la nouvelle maladie. Ainsi, à moins que je n'appoite une attention extrênie et une application infinie, il est impossible que les premiers malades qui font l'épreuve de mes remèdes ne risquent extrêmement , jusqu'à ce qu'ayant reconnu , après un examen constant , le caractère de la maladie , je puisse l'attaquer avec une eulière conviction et être pleinement sur de la victoire.» Ces paroles de Sydenham ne manquent pas de vérité. Cependant nous avous aujourd'hui pour nous guider les données plus certaines fournies par le Oiagnostic , nuis souvent encore elles nous font défaut. Ceux qui ont observé le choléra se rappellent sansaucuu doute l'embarras pénible dans lequel furent le ■ médecins qui traitèrent les premiers les cholériques. Les partisaus exclusifs de la doctrine de l'irritation pen ïcienlqucla maladie subirait le joug de leurs systèmes

comme les autres maladies ; mais leur tentative fut vaine. On n'a pas oublié les tentatives infructueuses auxquelles s'est livré Broussais , qui , assimilant le choléra à uue gastro-entérite violente, l'attaquait par des émissions sanguines et par les remèdes réputés antiphlogistiques. On a pu se convaincre qu'il y a quelque danger à se diriger d'après des vues systématiques dans le traitement des épidémies.

Le traitement ne doit pas non plus toujours rester le même aux différentes périodes des épidémies, qu'on se rappelle encore ce qui s'est passé lorsque le choléra régnait parmi nous. Au début, et pendant la période d'état, toutes les méthodes de traitement échouaient ; toutes réussissaient , au contraire , vers le déclin du mal. Cette différence dans les succès obtenus, et surtout les différences symptomatologiques , portèrent les observateurs à changer le nom de c/io- /dra en celui de cholérine. Les mêmes remarques ont été faites dans la plupart des épidémies, et doivent nous porter à conclure que , s'il y a des traitements exclusifs qui puissent être formulés d'aprèsdes règles invariables, et dirigés contre certaines affections sporadiques , chose qui nous paraît fort contestable ainsi qu'à beaucoup de médecins, cette proposition ne peut soutenir l'examen quand on veut l'appliquer aux maladies épidémiques. Il est des époques où tous les malades offrent les signes d'une réaction inflammatoire qui nécessite l'emploi de la saignée ; d'autres où ce moyen fait tomber les malades dans la prostration ; les toniques sont alors indiqués. Dans quelques cas, ce sont les révulsifs ; dans d'autres , les émétiques ou les purgatifs qui doivent être mis en usage.

L'épidémie subit des modifications souvent trèsgrandes , suivant les lieux; le traitement doit donc varier aussi. La coqueluche , qui exerça ses ravages dans les états de l'Église, et à Faenza , en 1580 , fut peu meurtrièi e en Allemagne , où elle ne constitua qu'une fièvre catarrhale intense dont personne ne mourut. La maladie connue sous le mmà'injluenza, et qui parut, en 1 782, à Saint-Pétersbourg, exigeait, comme le traitement le plus approprié à sa nature , l'usage répété de petites doses d'ipécacuanha et de rhubarbe; tandis qu'à Cassel , à la même époque, et pendant les mois d'avril et de mai , qui étaient assez iFroids, la crise , disent les médecins du teaips, se faisait par les vomissements. Une circonstance dont il faut surtout tenir compte, et qui est trop souvent négligée , c'est la constitution stationnaire- Elte explique très-bien pourquoi les médecins d'un pays ou d'une ville dans lesquels sévit la maladie régnante guérissent par une méthode qui échoue dans d'autres localités , où existe une autre constitution stationnaire. L'un de nous a insisté sur ce point, dans sa dissertation inaugurale {Considérât, génér. sur les cpidém., n° 21 3 , pag. 37; Paris , 1 833 ).

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Ce que nous venons de dire du traitement des maladies épidémiques a trait particulièrement aux constitutions médicales et aux épidémies qui se sont déjà montrées en d'autres lieux; quant à ces épidémies éventuelles , comme Facrodynie et même le choléra , qui ne surviennent qu'à des époques fort heureusement très-éloignées, leur traitement ne peut être indiqué d'une manière générale.

Historique et hibliographie. — Hippocrale, dans son traité De aere^ aquis et locis , trace les règles delà topographie médicale, avec une exactitude que l'on ne saurait trop admirer encore aujourd'hui. Ce livre est , en quelque sorte , l'introduction naturelle au Traité îles épidémies , et répond parfaitement au but vers lequel doit tendre le médecin. «Celui qui se propose de faire des recherches exactes en médecine doit, premièrement, considérer les effets que chaque saison de l'année doit produire. Il doit aussi connaître la direction des vents , la qualité des eaux , l'exposition des lieux , le régime ; en un mot, tout ce qui est du ressort de la météorologie et de la topographie médicales.»

Hippocrate désigne sous le nom ^'épidémie les affections produites par le changement des saisons, et par les perturbations atmosphériques, qui étendent leur influence sur un grand nombre d'individus , et donnent aux maladies les plus différentes un caractère générique commun. Ainsi envisagé, le mot épidémie est synonyme de ce que nous entendons aujourd'hui par petites épidémies , constitutions médicales. Que pourrions-nous dire sur les deux ouvrages d'Hippocrate, qui n'ait été dit et répété un grand nombre de fois par tous ses commentateurs, et par ceux-là mêmes qui l'ont loué sur la foi d'autrui? Quant à nous, nous avouerons franchement que le livre des épidémies nous a paru au-dessous de la réputation qu'on lui a faite. On n'y trouve pas de documents bien précis .sur ce sujet important; de vagues généralités, des descriptions incomplètes, diminuent le mérite de cet ouvrage, dont le premier et le troisième livre sont, du reste, seuls attribués à Hippocrate. Reconnaissons, toutefors, les services incontestables rendus par ces deux ouvrages qui ont longtemps servi de guide aux médecins qui ont su les interpréter.

Il existe aussi dans la troisième section des aphorismes et dans les Prœnotiones des remarques qui attestent la grande sagacité et le génie observateur d'Hippocrate. 11 a la gloire incontestable d'avoir établi, le premier, dans la science, la corrélation intime qui existe entre les saisons et les maladies vulgaires. Ses études météorologiques ont droit de surprendre^ quand on songe qu'il n'avait à sa disposition aucun des précieux instruments que nous possédons aujourd'hui, et cependant qu'il a su deviner les serviees immenses que les sciences naturelles devaient

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rendre un jour à la médecine : «Ad artera medicam «astronomiam ipsam non miuimum sed plurimuui «potins conferre; quippe cum una cum anni tem- «poribus hominum ventriculi , mutationes acci- «piant.» Par une comparaison ingénieuse, et qui ne manque pas d'exactitude, il assimile la révolution diurne à la révolution annuelle , en ce qui concerne son influence sur l'économie : « Sicut in anno conti- « nenlur periodi segritudinum , eodem modo unâ die. »

Galien , toujours fidèle à sa théorie humorale , suppose que les saisons influent très-manifestement sur la formation des humeurs, et donnent lieu aussi à des constitutions médicales saisonnières toutes spéciales. En hiver, il y a surabondance de pituite, ainsi qu'au printemps, où le sang commence déjà à s'accumuler en été ; il se trouve raréfié en été , et alors la bile se développe avec plus d'abondance ; elle s'épaissit en automne , et forme l'atrabile. Telle est l'origine des constitutions catarrhale et pituiteuse en hiver, inflammatoire au printemps , bilieuse en été, et atrabilaire en automne. Ces idées spéculatives de Galien ont servi de base à toutes les observations faites dans le moyen âge, et elles ont été adoptées par la plupart des médecins qui ont écrit sur les épidémies jusqu'au commencement de ce siècle.

Les hommes qui ont marché avec le plus de distinction dans la voie qui leur avait été ouverte par le médecin grec sont : Lancisi (Dissertatio de nativis de que aduentitiis Romani cœli qualitatibiis ^ cul accedit historia epidemiœ rheumaticœ quœ per hyemem anni 1 709 vagata est; Rom. 1 71 1 . — De noxiis paladumeffluviis eorumque remediis . Rom. 1717, in-4''). Ces deux traités renferment une foule d'observations précieuses sur la topographie médicale, et sur les maladies qui sévissent dans la campagne de Rome; ils ont été utiles à tous ceux qui ont écrit sur le même sujet. On peut aussi consulter ses mémoires sur diverses épidémies qui ont frappé les animaux {Lettera al padre Antonio Borromeo intorno alf epidemia dei biioi ; Naples , 1712, in-8" ; Raggionamento intorno ail' epidemia dei ca^alli ; Naples , 1712, in-4'') : on y trouvera quelques rapports entre les épidémies qui sévissent à la fois sur l'homme et sur les animaux. Ramazzini, dans son Histoire des constitutions épidémiques àt Modène, pour les années 1 690 à 1 694 , a étudié , avec un soin digne de tout éloge , les constitutions médicales qui régnèrent pendant cinq années, et les maladies correspondantes (Constitutiones épidemicœ mutinenses in Opéra omnia , p. 67 et suiv., 1 vol. in-8°; Londres, 17t7). Nous avons emprunté à cet observateur plusieurs remarques sur la marche des épidémies, et quelques exemples bien propres à démontrer l'influence des constitutions saisonnières. Jean Huxham est un des médecins qui se sont adonnés avec le

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plus d'ardeur à l'étude des maladies épidémiques, pendant dix années (1738 à 1748) : il notait avecla plus grande exactitude, pendant chaque mois , la direction des vents, les phases de la lune , la quantité de pluie , la température , toutes les conditions météorologiques , et les maladies qui régnaient dans le même temps. Ge travail est rempli d'observations importantes, et qui attestent un esprit dégagé de toute idée systématique ; mais il est d'une lecture difficile. La description animée de plusieurs grandes épidémies, qu'il raconte avec détails, jette un vif intérêt sur cet ouvrage. Telle est l'histoire de la fièvre ndMl\([uefest[\entkl\e(feùrisnauticapesti/entialis) qui fut apportée en Angleterre par deux navires de guerre (Panther et Canterhury). Lorsqu'on parcourt l'ouvrage d'Huxham, on ne peut s'empêcher d'admirer le zèle et la patience d'un tel observateur, et il serait à désirer qu'un médecin de notre époque , qui aurait amassé des documents semblables à ceux contenus dans le recueil d'Huxham , les comparât soigneusement à ceux de l'auteur anglais ; il en tirerait, sans aucun doute, des considérations pleines d'intérêt: «Quam fuerunt plena laboris hgecce opéra solus «ille novit, qui talia conscripserit» (In praefat. : Observationes de aère et morbis epidemicis (2 vol. in-S»; Londres, 1752).

Nous avons souvent cité \a Médecine pratique Aq Sydenham; il est difficile, en effet, d'écrire sur les épidémies sans puiser largement à cette source. On trouve dans cet ouvrage, exposées avec une netteté que ne présentent pas toujours ceux qui l'ont suivi, des vues d'ensemble sur les épidémies, et sur les différences qui existent entre les diverses espèces de constitutions. La description des maladies est subordonnée tout entière à ces constitutions épidémiques , et il ne manque jamais de montrer le mode de succession et d'enchaînement des maladies épidémiques entre elles, etleurs rapports avec les phénomènes météorologiques. Nous avons adopté ses principales divisions, qui nous paraissent fondées sur l'observation de la nature ( Opéra omnia, passim).

L'histoire des épidémies saisonnières et des constitutions médicales n'a été faite, avec quelque soin, que dans les ouvrages du dernier siècle, par des médecins qui ont écrit dans le sens de la doctrine hippocratique. Parmi ces ouvrages nous citerons particulièrement celui de Lepecq de la Clôture: Collection d'observations sur les maladies et constitutions épidémiques, 1 vol. in-4"; Rouen, 1778). Ce vaste recueil expose, ainsi que le dit son auteur, une suite de quinze années d'observations; les épidémies, les constitutions régnantes et intercurrentes y sont liées, selon le vœu d'Hippocrate, avec les causes météorologiques locales et relatives aux différents climats, ainsi qu'avec l'histoire naturelle et médicale de la

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Normandie. On trouvera dans ce livre des modèles de topographie médicale, et des observations particulières qui sont très-détaillées pour l'époque où elles ont élé écrites; elles donnent une idée fort exacte de la nature et du siège des maladies dont les sujets étaient affectés, et plusieurs ne sont pas indignes d'être relues par les médecins de notre époque.

Nous citerons encore au nombre des travaux que l'on peut consulter avec fruit sur les constitutions médicales, particulièrement: J. Sims , Observations sur les maladies et constitutions épidémiques, traduit de l'anglais , par Jaubert , in-1 2 ; Avignon , 1778 : médiocre, — Lebrun, Traité théorique sur les maladies épidémiques, in-8°;l 784,Paris:n'offreaucune espèce d'intérêt. — Retz, Météorol. appliquée à la médecine et à l'agriculture, 1 vol. in -8°; Paris, 1779 : recueil plein d'observations importantes, et cependant peu connu. — Raymond, Mémoire sur les épidémies ; in Mémoires de la Société royale de médecine, i. iv, p. 36, in-4°; Paris, 1785 : travail consciencieux, mais peu intéressant aujourd'hui, parce que l'auteur n'y rapporte aucune observation détaillée ; il se borne à l'énoncé pur et simple du nom des maladies. Il en est de même du mémoire de Geoffroy : Constitutions des années 1 780 ef 1 78 1 , avec le détail des maladies qui ont régné pendant ces deux années à Paris (mèrae recueil, p. 1); Carrère , Moyen de se préserver des maladies épidémiques contagieuses (^Mem. de la Société roy. de méd., 1785 , t. iv, p. 215). Delaporte et Vicq d'Azyr ont publié d'excellentes remarques sur la manière d'étudier les épidémies : ce travail n'est point assez connu {Réflexions sur les maladies épidémiques et sur le plan que la Société royale de médecine se propose de suivre dans la rédaction de leur histoire (même recueil, 1786, t. vm, p. 87).Chaque volume des Mémoires de l' Académie royale de médecine contient en outre des observations météorologiques qui ont été rédigées avec le plus grand soiu. Il est fâcheux qu'un corps médical n'ait pas reçu la mission de continuer et d'accomplir l'œuvre qui avait été si dignement commencé par l'ancienne Académie de médecine. L'Académie actuelle s'est cependant occupée, quoique un peu tard, de cette importante étude : une commission a été chargée de recueillir les nombreux documents qui lui sont adressés de toutes parts sur les maladies épidémiques; elle s'est bornée, jusqu'à présent, à en dresser des tableaux. Le rapport de M. Villeneuve nous apprend que, de 1771 à 1830, c'est-à dire dans un espace de soixante années, ou a publié neuf cents relations d'épidémies qui ont régné en France dans soixante-treize départements, et que mille cent soixante notices ont été adressées à l'Académie. M. Pariset, dans son rapport sur les épidémies , dit que celles

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qui ont été observées en France, en 1825 et 1826, ont eu généralement pour siège les muqueuses, et ont reconnu pour causes les influeuces atmosphériques, l'insalubrité des lieux , celles des professions, la pauvreté et la malpropreté [Archives générales de médecine, 1827, t. XIV, p. 277). — Foy. aussi Extrait du rapport sur les épidémies qui ont régné en France de 1830 â 1836, par M. Piorry (Gazette médicale, ann. 1836, p. 548).

Nous passons sous silence toutes les relations d'épidémies particulières; elles ne peuvent trouver place dans une bibliographique générale. Parmi les ouvrages plus modernes qui ont été publiés sur ce sujet, il en est un grand nombre où les auteurs semblent n'avoir envisagé que les épidémies accidentelles; tout ce qui a trait aux constitutions médicales est négligé: ou bien les auteurs n'ayant établi aucune séparation entre les petites et les grandes épidémies, il en est résulté une confusion nuisible qui fait perdre toute exactitude aux descriptions. On doit adresser ce reproche aux auteurs de plusieurs articles insérés dans' les dictionnaires de médecine. Le docteur Hancock réunit dans son travail les maladies épidémiques et les coutagieuses; il est même plus souvent question de celle-ci que des premières ( art. Epidemy , In the Cfclopœdia of practical medicine, t. ii, p. 73).

Les ouvrages où les maladies épidémiques ont été étudiées d'une manière générale sont les suivants : Schnurrer {Matériaux pour servir à une doctrine générale sur les épidémies et les contagions, traduit de l'allemand, par J.-Gh. Gasc et H. Breslau, 1 vol. in-8"; Paris, 1815). Ge livre, auquel beaucoup d'auteurs ont largement emprunté sans le dire, renferme des idées très -nettes sur les épidémies; il est impossible d'exposer avec plus d'érudition et en même temps avec plus de clarté , l'histoire des épidémies. Il nous a été utile et nous a souveut servi de guide pour traiter quelques parties obscures de notre sujet. — Fodéré (Leçons sur les épidémies et r hygiène publique, 4 vol. in-8°, Strasbourg). Le premier volume renferme sur les causes, le mode de développement, et la marche des épidémies, des détails remplis d'intérêt et d'érudition : la prophylaxie y est traitée avec soin. — Ozanam (Histoire médicale, générale et particulière des maladies épidémiques contagieuses el épizootiques, 2^ édit., 4 vol. in-8% Paris, 1835). Une partie du premier volume est consacrée à l'étude des constitutions épidémiques saisonnières , des épidémies proprement dites , de la contagion et de l'infection. L'auteur a séparé , avec juste raison, ces sujets qu'il a envisagés sous toutes leurs faces et avec un soin qui prouve combien il était versé dans celte branche de la pathologie. Si l'on trouve parfois dans ce livre des

répétitions un peu fatigantes , ce défaut est racheté par la richesse et l'abondance des détails. On souhaiterait aussi un peu plus de critique. Nous citerons encore parmi les travaux impoitants celui de M. Andral (article Épidémie, Dictionnaire de médecine et de chir. prat.), où les causes des épidémies ont été traitées avec beaucoup de développement , et un grand nombre d'articles de la Gazette médicale, sur les constitutions médicales — (Sur la pneumonie rémittente^ sur les caractères et l'importance pratique des constitutions médicales ( Gazette médicale, n^ 23, 1833). Des constitutions 'médicales considérées comme indications thérapeutiques (même recueil, n° 4, 1833). Coïncidence des épidémies humaines avec celles des poissons (mêm.j., p. 434, 1833). Const. rnéd. obs. pend, l'année 1833 ( p. 426, 1834 ). Des caractères des maladies régnantes (p. 497). Constitutions médicales régnantes (p. 320 et p. 385, 1837). M. Bouillaud, Sur les constitutions médicales (Journal hebdomadaire, n° 120, 1833).

ÉPILEPSIE , s. f. , de £7nXajj.g(xvw. je saisis ; au futur, etcD.ïi4'w. «On a ainsi nommé cette maladie parce que , en général , lorsque le paroxysme arrive , les malades tombent tout à coup, comme s'ils étaient poussés avec violence par quelque cause externe» (Doussin-Dubreuil, De l'épilepsie en général).

Dénominations françaises et étrangères. — Mal de saint Jean, mal caduc, haut mal, épilepsie. Fr. — ETTtX-/i|ia, sm\T,<\i'.i, aia^po? vouao;. Gr. — Divinus morbus^ deificus morbus , fœdus morbus, comilialis morbus, morbus major, morbus sacer^ puerilis morbus, insputatus morbus, sancti Johanni morbus., lunaticus morbus^ heracleus morbus, scelestus morbus, sideratus morbus, sonticus morbus, sancti Valentini morbus, epilemticus morbus, epilenticus morbus , epilepticus morbus, codiva gutta, analempsia, analepsia, apoplexia parva , cataptosis , epilcntia, epilensis, epilenlica passio , mater puerorum , peditio , epilepsia. Lat. — Alferetia, habat, kabal. Arab.

— Epilepsie., falling sickness. Angl. — Epilepsie, Fallsucht, Jallende Surht, schwere Kranhheit , schwere Noth, bases IFescn, Jammer. Ail.

— Mal caduco j, la bruta^ cpilessia, malmaeslro. Ital. ~ Gota coral, morbo caduco, mal de corazon, alferecia. Esp. — Fallende ziekte, valzickte. HoU. — Fallende sfge, faldsot, slemmesfge., fang, slag. Dan. — Hjàrtsprâng, fallende sot, fallsjuka. Suéd.

Synonymie suivant les auteurs. — 'E-Kù.f,i^ia., Hippocrate , Galien, Alexandre de Tralles; aurj^poç vouffo;, Galien; divinus morbus, Platon; comilialis morbus, Gd&c, Pline; morbus major, Gehe; Del/ica lues, Apulée; morbus hcrcnleus, Aristote; morbus

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fO!uiiali.s\, Piaule ; morhus lunalicus, kvélée;analepsia, Riverius ; morhus caducus^ morbus astralis, vitriola lus morhus, Paracelse ; epilcpsia. Sauvages, Linné, Vogel , Sagar, Cullen , Swediaiir; clones epilcpsia^ Parr , Yoiing; syspasia epilcpsia, Good ; epilepsie, Pinel, Andral , Rostan.

Définition. — 11 est assez difficile de définir rigoureusement ce que l'on doit entendre par epilepsie. La maladie qui , dans les cadres nosologiques , est désignée par cette dénomination , est une affection qu'un grand nombre de points de contact unit à différents états morbides dans lesquels se manifestent des convulsions , et si , dans quelques cas, il est des signes qui établissent une démarcalion bien tranchée entre l'épilepsie et l'hystérie , par exemple , il en est d'autres pour lesquels il n'en est plus de même , et dont l'observation attentive conduit à l'établissement d'une affection mixte, qui a reçu le nom Alifstéroépilepsie. La présence de l'écume à la bouche, la flexion du pouce , ne sont des symptômes ni constants ni pathogaomoniques ; les convulsions elles-mêmes qui , pendant longtemps , ont été considérées comme un caractère essentiel de l'épilepsie, peuvent manquer. «Les auteurs qui, parlant de l'épilepsie, dit M. Foville , disent que c'est une maladie convulsive, ont raison dans la majorité des cas; mais si l'on veut que l'indication sommaire qu'on donne, faute de définition précise, ait quelque rigueur, il faut n'indiquer les convulsions que comme un symptôme fréquent, mais non constant de la maladie» {Dict. de méd. cl de chir. prat., art. Epilepsie). Toutefois, nous devons ajouter que , d'après M. Esquirol, le caractère pathognomonique de l'épilepsie consisterait dans la concomitance des convulsions avec la perte de connaissance. » Celte coïncidence , dit l'auteur que nous venons de citer, est le caractère propre, et se rencontre dans toutes les épilep8ies»(Z?/cf. des se, méd.j art. Epilepsie). Mais si ce caractère est pathognomonique , il n'est point exact de dire qu'il est constant, et par conséquent de définir, avec M. Esquirol, l'épilepsie : aune maladie confulsife ou clonique, auec perte de connaissance. y> Nous reviendrons sur ces importantes questions à propos du diagnostic ; il nous suffit ici de dire, que ces considérations ne permettent plus de caractériser l'épilepsie par les définitions qu'ont données de celte maladie Cullen, Sauvages, Tissot; et nous établirons, avec les auteurs modernes , que c'est une affection apyrétique , chronique et intermitlente , caractérisée par une perte subite de connaissance avec, insensibilité générale, accompagnée d'un relâchement complet des muscles volontaires, ou , au contraire, ce qui est plus fréquent , de convulsions générales ou partielles plus ou moins violentes. Lorsque celles-ci existent , la respiration est sterloreuse , la face rouge , turges-

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cente, violacée ; les pupilles sont immobiles, une salive écumeuse s'écoule de la bouche. Les attaques se reproduisent à des intervalles variables, pendant lesquels beaucoup d'épileptiqucs semblent jouir d'une bonne sanlé.

Dii'ision. — L'obscurité qui , comme nous le verrons, règne encore aujourd'hui sur la nature et les causes de la maladie dont nous nous occupons a dû faire établir, d'après des hypothèses plus ou moins justifiées, un grand nombre d'espèces épileptiques. Sauvages [NosoL méth., 1. 1, p. 785), se fondant principalement sur l'appréciation étiologique, a établi les espèces suivantes : t° Epilepsie pléthorique (ey;.jp/ethorica de Bonet : ep. symptomatica de Fr. Hoffmann); 2^ epilepsie cachectique {Ep. serosa de Fr. Hoffmann, de Pison); 3" epilepsie stomachique (e/?. à venlriculo de Jonston. Idea analepsia de Rivière); 4° epilepsie utérine {ep. ah utero de Sennert);5*' epilepsie simulée; 6° epilepsie pédisymptomatique ou produite par une affection des membres inférieurs; 7° epilepsie causée par les affections de l'âme {ep. e pathemate de Fr. Hoffmann) ; 8° epilepsie sympathique ; 9° epilepsie fébrile ; 1 0*^ epilepsie causée par la douleur; 11° epilepsie exanthématique; 12° epilepsie syphilitique ; 1 3° epilepsie traumatique ; 1 4° epilepsie rachialgique. Jos. Frank en distingue onze espèces sous les noms d'épilepsies atoniqiie, traumatique, inflammatoire, rhumatismale, métastatique, arthritique, carcinomateuse, gastrique, scrofuleuse , syphilitique et compliquée. Bosquillon (Élém. de méd. prat. de Cullen, t. ii, p. 335) divisa l'épilepsie eu deux classes principales : J Epilepsie idiopathique , et B Epilepsie symptomalique. La première se divise en épilepsies cérébrale, sympathique et occasionnelle ; la seconde , en épilepsies produites par la fièvre , par les exanthèmes, par les affections de l'utérus, par les exostoses du crâne , par l'hydrocéphale , par l'ischurie. L'établissement de ces classes , déjà indiqué par Hippocrate, a été maintenu par plusieurs pathologistes modernes. Mdi\sonneuve{Recherches et ohserfations sur l'épilepsie, p. 44) veut qu'on établisse pour l'épilepsie deux genres : ^4 epilepsie idiopathique ; B epilepsie sympathique, et qu'on rapporte à chacun d'eux autant d'espèces qu'il se présente , sous le même type générique , d'accès constants dans les rapports de leurs symptômes avec leurs causes évidentes ou présumées; la réunion des symptômes de plusieurs espèces ferait aisément reconnaître les espèces compliquées. Du reste , Maisonneuve réduit ces espèces à dix : cinq se rapportent au premier genre, ce sont, 1° l'épilepsie connée ou de naissance; 2° l'épilepsie spontanée ou sans cause déterminée ; 3° l'épilepsie pléthorique ou apoplectique; 4° l'épilepsie humorale ou métastatique ; 5° l'épilepsie causée par de vives affections morales. Les autres, qui se rapportent au

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deuxième genre sont : 1° l'épilepsie venant par irradiation des parties externes ; 2" l'épilepsie gastrique ou par irritation de l'estomac; 3" l'épilepsie intestinale ou par in italien fixée sur les intcstius; 4" l'épilepsie vaporeuse ou hypochondriaque.

M. Esquirol , dont nous croyons devoir reproduire la division, à cause de l'autorité qui se rattache au nom de ce médecin, a adopté la division suivante (article cité).

A. Epilepsie essentielle idiopathique , ayant son siège dans le cerveau et ses dépendanres. — Elle peut être divisée en trois espèces, selon qu'elle est produite, l'* par des causes extérieures, telles que la compression du crâne, les contusions, les fractures, etc. ; 2° par un vice d'organisation dans le crâne , les méninges ou le cerveau, ou par des épanchemeuts séreux ou sanguins dans la cavité du crâne; 3^ par les affections morales , soit de la mère, soit de la nourrice,, soit du malade luimême. Cette espèce peut être appelée nerveuse , et semble ne dépendre que d'une altération des forces vitales du cerveau ou de ses nerfs.

B. Epilepsie sympathique présentant cinq espèces bien tranchées. — 1° Celle qui, ayant son siège dans l'appareil digestif , est causée par le raéconium , les matières accumulées dans l'estomac ou les intestins, les vers intestinaux , les aliments ou les médicaments irritants; 2" celle qui, ayant son siège dans le système sanguin , est causée par la suppression des menstrues , des hémorrhoïdes , des hémorrhagies habituelles, l'insolation, les écarts de régime ; 3° celle qui , ayant son siège dans le système des vaisseaux blancs , est provoquée, chez les sujets pâles, chlorotiques , rachitiques , scrofuleux , par la rétrocession de la teigne , de la gale , d'un ulcère , de la syphilis, de la goutte; 4° celle qui , ayant son siège dans les organes de la reproduction , est causée par l'abus des plaisirs vénériens, l'onanisme, la continence, la grossesse, l'accouchement; 5° celle qui, ayant son siège dans les organes extérieurs, est provoquée par toute cause apparente ou cachée qui irrite quelqu'une des parties extérieures, et dont l'effet secondaire se porte au cerveau.

C. Epilepsie symplomatique des phlegmasies cutanées j de l'éruption des dents.

Le docteur Cheyne {The cydop.of pract. med., vol, H, p. 87) n'a admis que deux genres :

A. Une epilepsie cérébrale ;

B. Une epilepsie sympathique ; celle ci se divisant en 1° stomachique, 2° hépatique, 3° nerveuse, 4° utérine, 5° à dolore.

James Copland {A dicl. of. pract. med., cent, ni, p. 793) a divisé l'épilepsie en :

A. Epilepsie simple ( epilepsia simplex , prima-

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