‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 4)Chapitre 26 sur 32 · C. Symptômes des attaques. — Il est difficile · texte numérisé non relu

C. Symptômes des attaques. — Il est difficile

1 de voir deux attaques épileptiques semblables, et cette diversité, en répandant une grande obscurité sur le diagnostic de l'épilepsie , a jeté les auteurs dans une multitude d'erreurs et d'opinions hasardées. Gomment reconnaître une affection qui se présente sous mille formes symptomatiques différentes , et qui ne possède aucuns caractères pathognomoniques constants P comment ne pas la confondre avec d'autres maladies, et souvent avec celles dont il importerait le plus de la distinguer? comment , surtout , en donner une description satisfaisante ? Nous imiterons la plupart des auteurs français modernes qui ont traité de l'épilepsie ; et après avoir décrit comme types deux formes principales d'attaques épileptiques, nous indiquerons rapidement les modifications qu'elles peuvent subir, et d'après lesquelles on pourrait établir un grand nombre d'espèces ou de variétés.

a. Grand mal. — Grand mal épileptique. — Accès d'épilepsie proprement dits. — Que l'attaque ait été ou non annoncée par des prodromes , elle n'en est ordinairement pas moins subite: le malade jette un cri , tombe privé de sensibilité et d'intelligence, et des convulsions se manifestent. Le cri, la chute , et les convulsions ont lieu le plus souvent simultanément; cependant quelques épileptiques, après avoir jeté le cri, tournent sur eux-mêmes ou autour de la chambre, marchent, courent, avant de tomber quelquefois les convulsions devancent la chute et la perte de connaissance.

Le cri est souvent unique , et n'a lieu qu'au moment de la chute ; d'autres fois , pendant la durée de l'accès , les malades poussent des gémissements , des soupirs , des hurlements plus ou moins prolonges , plus ou moins effrayants: ceux-ci prononcent des mots bizarres , extravagants , sans suite ; ceux - là répètent continuellement le même mot dans divers tons; il en est enfin qui restent plongés dans un morne silence.

Les convulsions varient à l'infini dans leur intensité, leur siège et leur étendue. Parfois elles sont si légères, qu'on ne les aperçoit qu'avec peine en examinant attentivement les muscles de la tête , les sourcils, les yeux , la bouche , les doigts , et surtout les orteils ( Portai , loc. cit., p. 1 30). D'autres fois elles sont si violentes, qu'elles produisent des luxations, des fractures , des ruptures musculaires. Burserius ( De cpilepsia, ccLXui),|Van-Swieten, Portai, ont observé la luxation de la mâchoire inférieure ; Burserius, celle de la tête de l'humérus gauche, qui entrait dans le creux de V aisselle ; lÀmtmA ^ celle du fémur. Plusieurs auteurs ont rapporté que des fractures du tibia, de l'humérus , du fémur, ont été observées chez des enfants ; mais l'on peut se demander si ces solutions de continuité n'étaient point dues à la chute ou à une altération du système osseux. Duverney a vu la vio-

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lenoe des convulsions déterminer chez un enF.int le (léf:oUemeiit <ht eoi du fémur. Le même auteur, Vovl\\{Jii<it. méil, t. u, p. 413), Sédillot, Wilhaume (Jouni. de la Soc. de méd., octobre, 1818), ont cité plusieurs exemples de ruptures de muscles par les convulsions. Celles-ci sont toniques ou cloniques, générales ou partielles. Lorsqu'elles occupent les muscles de la tête et du cou , on observe les phénomènes les plus bizarres: la peau du front et le cuir chevelu sont en mouvement ; les sourcils s'abaissent et se rapprochent ; les yeux sont fixes et saillants , ou éprouvent un mouvement de rotation très-rapide; les paupières sont agitées, et presque toujours éloignées l'une de l'autre d'environ une ligne; les lèvres s'allongent en forme de bec , ou s'élargissent jusqu'aux oreilles. Boerhaave dit avoir vu une femme chez laquelle ces deux mouvements se succédaient alternativement avec une telle rapidité, qu'on ne pouvait la regarder sans éprouver des vertiges. La mâchoire inférieure est abaissée au point de se luxer, ou , au contraire, portée avec tant de force contre la mâchoire supérieure, que les dents en sont brisées. Les muscles des joues sont continuellement agités par des mouvements, qui produisent une foule de grimaces bizarres qu'il est impossible de décrire. «La tête , dit Tissot ( loc. cit., p. 6 ), exécute avec une rapidité qu'on a peine à comprendre les mouvements les plus extraordinaires : quelquefois c'est une rotation continuelle ; dans un antre moment, elle est portée alternativement eu avant et en arrière, avec une force à laquelle rien ne résiste; d'autres fois elle est fixe dans l'une OH l'autre de ces attitudes, c'est-à-dire, le menton fixé sur la poitrine, ou la tête absolument renversée en arrière ; quelquefois le cou est dans l'état de la plus grande roideur, et aussi peu susceptible d'aucune flexion qu'un cou de marbre. J'ai vu un jeune homme qui avait de fréquents accès, et pendant toute la durée de chaque accès, la tête était si fortement tournée du côté gauche , que te menton reposait presque sur l'épaule. »

Les muscles des membres ne sont pas moins convulsionnés : les bras, les mains , les doigts , exécutent tous les mouvements possibles, de flexion, d'extension , de pronation , de supination , d'abduction , d'adduction, de rotation : la flexion du pouce, si fréquente, qu'on l'avait regardée comme un symptôme constant de l'épilepsie, n'a lieu , dit Tissot , que parce que ce doigt a des muscles plus forts que les autres doigts. Les cuisses, les jambes , les pieds, sont dans le même cas. «J'ai vu , dit encore Tissot , les doigts des pieds s'écarter si étonnamment, qu'ils paraissaient allongés du double : quelquefois le pied se courbe si prodigieusement, que le bout du gros orteil est porté presq e sous le talon ; et, en général, l'action des muscles est si variée et si forte, qu'elle exécute non-seulement

les mouvements les plus bizarres , mais encore ceux qu'on croirait les plus impossibles , même aux pantomimes les plus exercés, et les exécute avec une force infiniment supérieure à celle de l'homme sain» {loc. cit., p. 8).

Les muscles de la poitrine, de l'abdomen, sont également le siège de convulsions violentes : «Le tronc, dit M. Esquirol (ouvr. cité, p. 276), renversé brusquement, tantôt sur le dos, tantôt sur l'abdomen, se soulève pour retomber encore; il se tord en divers sens, se courbe, se roule sur le sol, ou bien reste dans un véritable état tétanique.» Suivant que les contractions occupent telle ou telle région , on observe l'opislhotonos , l'emproslhotonos, ou le pleurosthotonos. L'état convulsif est ordinairement plus marqué d'un côté que de l'autre , et il en résulte la distorsion de la bouche , des yeux , de la tête , la rétraction et la roideur plus considérable dans les membres d'un côté. Portai a vu des épileptiques qui avaient des convulsions toniques d'un côté du corps , et cloniques de l'autre {loc. cit., p. 132). Quarin en a observé qui étaient paralysés de quelques membres , tandis que les autres étaient agités par des convulsions {^nimadi'. de epilepsia, t. u, p. 16).

Cet état convulsif imprime aux malades un aspect horrible à voir : les cheveux sont hérissés , le front crispé , les paupières fermées , entr' ouvertes ou considérablement écartées; lesglobes oculaires, fortement injectés, sont roulants et saillants hors de l'orbite, fixes danî leur position naturelle , ou bien inclinés en divers sens par une espèce de strabisme tonique , tantôt divergent, tantôt convergent; la pupille est dilatée , quelquefois contractée , mais toujours immobile et entièrement insensible à la lumière; la mâchoire inférieure est quelquefois violemment tirée en bas , de manière que la bouche est largement et forcément ouverte; d'autres fois elle est rapprochée de la supérieure, et sans cesse entraînée d'un côté à l'autre: ce mouvement produit un grineement de dents affreux, et souvent la fracture de ces ostéides; la langue pend hors de la bouche ; mais souvent saisie par les dents au moment de la contraction des muscles éleveurs de la mâchoire inférieure , elle est déchirée , dilacérée dans une étendue plus ou moins considérable : Arétée^ Galieo , Forestus , Turner ( ^rt of snrgerf, t. i, p. 378, obs. 54), Doussin-Dubreuil ( De l'épilepsie , 6-8) , l'ont vue être divisée dans toute son épaisseur ; une écume plus ou moins abondante, souvent rougie par le sang qui s'écoule delà langue ou des lèvres , garnit la bouche. Tissot lui a trouvé deux fois une odeur cadavéreuse insupportable; la face est tuméfiée, rouge, violette, ou même noiràtie; les jugulaires sont gonflées, les capillaires eux-mêmes sont gorgés de sang depuis le sternum jusqu'au cuir chevelu; du sang s'écoule quelquefois

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par le nez , les yeux , les oreilles [ Esquirol , ouvr. cit., p. 276 ). Cet aspect de la face est regardé par M. Galmeil comme hwariable cl pathognomoidque : «Dans aucune maladie, dit-il, on ne trouve rien de semblable» ( thèse citée , p. 11). Que penser de l'assertion de Doussin-Dubreuil ( loc. cit. , p. 21 ) , qui assure qu'on a vu des épileptiques rire pendant toute la durée de l'accès ?

«Ge ne sont pas seulement , dit Portai ( loc. cit., p. 131 ), les muscles externes dont la contraction est soumise à notre volonté, qui sont en état de convulsion pendant les accès épileptiques, comme notre savant Duret le pensait, mais encore les internes , donl le mouvement est involontaire , le cœur, le diaphragme, les muscles qui font l'office du sphincter de I anus, de la vessie. » En effet quelques malades ont des palpitations violentes ; les battements du cœur sont fort accélérés, quelquefois irréguliers-, le pouls est serré, dur, inégal, et tellea.ent précipité, qu'on a de la peine à le compter; quelquefois cependant il ne s'éloigne guère de son état normal ; le thorax est fixe et presque immobile, les inspirations sont courtes et difficiles, accompagnées d'un léger sifflement ou d'un râle de suffocation produit par les mucosités qui se sont introduites dans la trachée; les mouvements alternatifs de la respiration sont remplacés par des secousses brusques du thorax. Quelques épileptiques ont des vomissements qui , lorsque l'estomac est vide, deviennent quelquefois sanguinolents; des évacuations alvines involontaires; les matières sont quelquefois mêlées de sang. Bohn a vu un épileptique chez lequel chaque accès déterminait une hémoptysie abondante ( De hœmopt/si , § 23 ); l'évacuation de l'urine est assez fréquente. Portai a vu un enfant de douze ans qui rendait ses urines pendant l'accès, par un jet d'environ cinq à six pieds de haut {loc. cit. , p. 1 32); Tissot a vu le jet avoir dix pieds ( loc. cit., p. 10): l'urine est quelquefois rougie par une quantité plus ou moins considérable de sang ( Van - Swieten , Comment. Boerh. ^ aphor., 1077); enfin, plusieurs auteurs ont observé l'émission involontaire du sperme.

Pendant fout le temps que durent les phénomènes que nous venons d'éuumérer, le malade est plongé dans une insensibilité complète ; le bruit , la lumière, les odeurs, la douleur la plus forte, ne produisent aucune impression ; les facultés intellectuelles sont entièrement abolies.

Au bout d'un certain temps , les muscles se relâchent , la roideur convulsive cesse , les parties déviées reprennent leur position naturelle; quelquefois il survient un tremblement général ; la peau se couvre de sueur, surtout à la tête, au cou, à la poitrine; de Haen l'a vue d'une fétidité extraordinaire, et tellement abondante, que le lit en était traversé (^ Ratio

mcd. , pars v, cap. in , § 5 ) ; le malade est plongé dans un assoupissement profond , et fait entendre uu ronflement particulier; la face devient extrêmement pâle, la circulation se rétablit, le pouls se ralentit, la respiration redevient régulière ; cependant la connaissance n'est pas revenue. Au bout d'un nouvel espace de temps , les yeux s'entr'ouvrent, et restent fixes, comme hébétés; le malade, dans une espèce de stupeur, prononce quelques fmots , se plaint de douleur dans la tête, d'une fatigue générale ; enfin il reprend ses sens, et succombe à un impérieux besoin de sommeil.

b. Petit mal , vertige , vertige épileptique. — Les attaques épileptiques n'ont point toujours les caractères que nous venons de leur assigner, et elles se composent souvent d'un ensemble de phénomènes qu'on a appelés vertiges. Nous empruntons la description suivante au mémoire de M. Beau, qui, seul, a bien étudié jusqu'ici les symptômes que l'on observe dans cette forme de la maladie.

«Le vertige, dit ce médecin , varie tant pour sa forme et sa durée, qu'il est difficile d'en donner une description générale : ainsi, quelquefois l'individu sera surpris fout à coup dans une conversation , et pourra , au bout d'une seconde , achever la phrase qu'il aura commencée ; d'autres fois il tombera comme foudroyé , et restera une demi-heure privé de sentiment et d'intelligence , sans qu'il y ait , comme dans l'attaque, aucun désordre dans l'appareil musculaire; tantôt l'individu ne pourra ni parler, ni se mouvoir, l'intelligence étant à demi conservée; souvent il y aura quelques mouvements convulsifs, des actes désordonnés , des paroles incohérentes , etc. Ces différences de vertige que je ne fais qu'indiquer suffiront pour donner une idée de l'embarras que j'ai éprouvé en choisissant le type d'une description générale. Pour en sortir, je devais m'arrêter à la forme la plus fréquente: j'ai donc passé en revue deux cent dix-neuf cas de vertiges , et j'ai trouvé soixante-seize fois la variété suivante, que je présente comme le vertige épileptique le plus ordinaire.

«L'individu a le temps de s'asseoir, tombe ou fléchit : la face est pâle, immobile, les yeux fixes et hagards, ou bien il y a quelques légers tremblements des membres supérieurs et de la face; il reste ainsi quelque temps ; peu à peu il s'anime , il se lève d'un air étonné, cherche autour de lui, veut se déshabiller, prononce souvent des paroles mal articulées, et essaye de se débarrasser des personnes qui le retiennent; si on le laisse aller, il se promène d'un air égaré, a une démarche un peu choréique, et bat quelquefois ceux qui se trouvent sur son passage. Enfin l'intelligence reparaît, l'individu est fatigué, honteux, et conserve souvent la mémoire d'une partie de ce qui s'est passé. Le délire dont je viens de parler est tou-

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jours sombre, ou même furieux, Je n'ai observé des rires et des chants que dans cinq cas. »

« Si nous analysons les phénomènes qui constituent la forme de vertige que je viens de déciire , nous voyons qu'ils se réduisent d'abord à une perle complète ou incomplète de mouvement et d'intelligence, et ensuite à une perversion de volonté , à un délire qui rappelle assez bien l'état nerveux que Ton observe dans certaines fièvres sous le nom de carphologie. »

«La même forme de vertige s'observe toujours semblable chez le même individu , sauf quelques exceptions. Parmi les deux cent dix-neuf personnes qui en étaient affectées, trois en avaient deux variétés qui se montraient alternativement : une légère , trèsrapide , consistant en une absence de quelques secondes, et une autre plus longue, caractérisée par l'état de carphologie que j'ai indiqué plus haut» ( Mém. cité, Arch. génér. de méd., t. xi, a*' série, p. 332- 334).

Le médecin ne serait guère embarrassé si l'épilepsie se présentait toujours sous l'une ou l'autre de ces deux formes symptomatiques ; mais , outre que celles-ci offrent des nuances infinies , que de phénomènes entièrement différents de ceux qu'on y observe n'a-t-on pas considérés comme constituant des attaques épileptiques. Une jeune fille ue tombe point, n'écume point, reste dans l'attitude dans laquelle elle se trouvait, et remue lentement la tête de côté et d'autre, avec une grande rapidité, sans rien voir et sans rien entendre (^ Benivenius, in Sennevti inst. medic., lib. n, sect. i, chap. ix, p. 3 ); une autre n'éprouve qu'une courte perte de connaissance, avec une contraction presque insensible des lèvres ; une troisième n'offre , pendant six secondes, qu'une légère contorsion des yeux, de la tête et de la poitrine, avec privation de sentiment (O/^^er^'. p/ij-s méd., t. ii, obs. 29, p. 283 ). Tissot a vu un enfant de dix ans, chez qui les accès ne furent pendant longtemps caractérisés que par une perte instantanée de connaissance , et un violent mouvement du bras droit , qui jetait fort loin ce qu'il se trouvait tenir à la main ; un homme de trente ans, chez qui une perte de connaissance qui entraînait sur-le-champ une chute brusque, et durait six ou huit heures, n'était accompagnée que d'un trèsfort resserrement de la mâchoire et des poignets (loc.cii., p. 18-19). Voici un homme dont tout l'accès consiste à être forcé de courir dix pas en arrière, il tombe sans connaissance, et se relevé sur-lechamp très-bien ( Peiroux, Obs. medicin., p. 90 ). Une jeune dame est prise, dans un cercle, à la promenade , à cheval , d'accès ainsi caractérisés : elle n'est point renversée , les yeux sont convulsifs, le regard est fixe , l'accès ne dure que peu de secondes , et la malade reprend la conversation , la phrase où elle les a laissées, sans se douter nulleiaenl de ce qui vient

de lui arriver, et , à moins qu'elle ne pousse un cri' personne ue s'en doute (Esquirol, ouvr. cit., p. 277). Le docteur Laurent a vu un homme qui étendait les bras en avant, marchait involontairement à reculons, et ne s'arrêtait que lorsqu'un obstacle le faisait tomber (séance de l'Académie de médecine, 24 août 1824). Beaucoup d'individus ont des accès qui, au lieu de les faire tomber, les portent à marcher, à courir, à pirouetter, etc. (Épilepsie courante). Bontius rapporte qu'un enfant de douze ans, étant dans le paroxysme, s'en allait devant lui sans se détourner, passsant à travers du feu, de YeaUydes montagnes, et ne s'arrêtait qu'autant qu'il rencontrait un obstacle insurmontable, tel qu'une muraille (Doussin-Dubreuil , loc. cit., p. 21). Dance a considéré comme une épilepsie, une maladie convulsive caractérisée par des phénomènes bien plus extraordinaires encore {Arch. gcn. de méd.^ t. xxx, p. 108 , 1832). Faut-il, avec les auteurs, dire que tous ces malades étaient épileptiques? Nous examinerons cette importante question à propos du diagnostic.

D. Marche des attaques. — Quelques auteurs ont assigné aux symptômes qui constituent l'attaque une marche régulière, et les ont partagés en périodes distinctes. J. Copland en admet trois : 1° Période tétanique; 2° période convulsive ; 3" période de collapsm. M. Beau en a établi quatre. Dans la première , qu'il appelle tétanique ou tonique, il place la roideur immobile des muscles , la suspension de la respiration, le gonflement des veines, la congestion de la face, la petitesse du pouls : elle est de cinq à trente secondes. Dans la deuxième , qui est la spasmodique ou clonique, se trouvent le spasme clonique, le retour de la respiration, la sortie saccadée de la salive, la diminution du gonflement des veines, de la turgescence violette de la face , le développement du pouls: elle est de une à deux minutes. A la troisième, dite de ronflement, se rapportent le ronflement, la pâleur de la face, la décomposition des traits ; elle est de trois à huit minutes. Enfin la quatrième comprend le retour de la sensibilité et de l'intelligence: elle est de dix minutes à une demiheure ( Mém. cit., p. 331 ). Cette division est fondée sur l'observation, et se trouve le plus ordinairement justifiée; cependant, comme nous l'avons vu, la première et la seconde période se confondent souvent : la durée assignée à chacune des périodes varie également beaucoup , et peut se prolonger fort au delà des limites que nous venons d'indiquer. Quoi qu'il en soit , les attaques ont néanmoins, dans le plus grand nombre des cas, une marche régulière en ce sens, qu'elles présentent une période d'augment, une période d'état , et une période de déclin; mais, à cet égard mêfflc, il faut encore établir une distinction: ainsi les attaques ne sont pas toujours simples, c'est-

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à-dire, telles que nous les avons décrites; assez souvent elles sont composées, c'est-à-dire, formées de paroxysmes, en général, plus courts que l'attaque simple, mais dont le nombre s'élève jusqu'à quinze ou vingt , et même jusqu'à soixante, suivant M. Galmeil. Chaque paroxysme représente une attaque simple : pendant les intervalles, on observe des phénomènes particuliers , tels qu'un délire sombre , des idées de suicide, des vertiges, du coma, etc. M. Beau a cherché à établir la proportion des attaques simples et composées chez les épileptiques : sur deux cent dixhuit malades, cent cinquante-six avaient des attaques simples , vingt-six , des attaques composées , trente- ' deux, des attaques tantôt simples , tantôt composées: quatre cas parurent douteux (Mém. cit., p. 336).

E. Durée des attaques. — La durée des attaques a été diversement appréciée : Tissot {loc. cit., p. 13) pense que le plus ordinairement elle varie de dix à vingt minutes; M. Esquirol dit que la moyenne est de cinq à quinze minutes (ouvr. cit., p. 280). D'après la durée assignée par M. Beau à chacune des périodes que nous avons indiquées , la durée totale de l'attaque serait de quatorze minutes cinq secondes , à quarante minutes trente secondes. Ces limites varient singulièrement , surtout dans les attaques composées. «La durée des accès épileptiques, dit Portai, est, en général , aussi variable que leur intensité, puisque s'il en est qui ne durent que quelques minutes, et moins encore, d'autres se prolongent plusieurs heures {loc. cit., p. 141). Tissot en a vu qui ne duraient que trente-cinq à quarante secondés; d'autres, deux minutes ; quelques-uns , plusieurs heures ( loc. cit., p. 13). J. Copland a vu des attaques qui se prolongeaient au delà de quatre heures. Barbette parle d'une femme dont les accès duraient toujours quatorze heures [Prax. med., lib. i , cap. i ). Quand les attaques sont composées, elles peuvent se prolonger pendant un jour ou deux (Georget, art. cil.).

F. Terminaison des attaques, et phénomènes consécutifs immédiats. — INous avons indiqué la terminaison la plus fréquente des attaques épileptiques. Les symptômes s'amendent peu à peu , le malade reprend connaissance , et s'endort épuisé de fatigue : souvent il survient à cette époque des nausées et des vomissements ; quelquefois l'accès se termine brusquement, et quelques auteurs ont prétendu avoir observé de véritables crises, telles qu'une trasspiralion très -abondante , l'émission d'une grande quantité d'urine claire et limpide, etc Tissot a vu des accès se terminer par des pleurs et des sanglots. Dans tous les cas , les malades ne conservent jamais aucun souvenir de ce qui s'est passé: s'ils s'en doutent , c'est à la fatigue et aux douleurs qu'il éprouvent , à la position dans laquelle ils se trouvent , aux

oups , aux contusions dont ils portent les marques.

Doussin-Dubreuil dit cependant {loc. cit., p. 19) qu'il est des épileptiques qui, pendant l'accès, sautent, dansent, chantent, rient, pleurent, font des contes ridicules, et se souviennent de tout ce quils ont fait lorsque leur accès est passé. Ici encore il faut se demander si les malades dont parle Dubreuil étaient réellement épileptiques.

Les attaques peuvent se terminer d'une manière funeste; lorsqu'elles sont très-longues, composées d'un grand nombre de paroxysmes, les malades succombent par asphyxie ou par suite d'une congestion cérébrale. Baillou a vu un accès épileptique se terminer par une phrénésie mortelle { Observ. anat., t. 11, p. 114).

Souvent, surtout au début de la maladie , les attaques ne sont suivies d'aucuns phénomènes consécutifs : les malades reprennent , pour ainsi dire instantanément , leur connaissance et leurs forces ; mais , lorsque la maladie est ancienne, que les accès se sont répétés un grand nombre de fois , il n'en est plus ainsi : le malade ne revient parfaitement à lui qu'au bout de plusieurs heures; il éprouve un malaise général pendant quelques jours ; il conserve un peu de tristesse, une sensibilité excessive, de la mauvaise humeur. Tissot a vu une femme qui, pendant toute la journée qui suivait l'attaque , était en proie à une tristesse accablante et à une espèce de frayeur interne {loc. cit., p. 15). On observe souvent des ecchymoses sur la conjonctive, à la face : «11 est surtout très-fréquent, dit TisïOt ( loc. cit., p. 12 ) que le visage reste parsemé de petites taches rouges, qui se dissipent quelquefois au bout de quelques heures, mais que j'ai vues d'autres fois durer plusieurs jours. » M. Foville a vu persister, pendant plusieurs jours après une attaque, une hémiplégie complète ou la paralysie d'un membre seulement. Une épileptique de la Salpêtrière, dit M. Esquirol ( loc. cit., p. 283), conserve, après un violent accès , les jambes fléchies sous les cuisses, et ne peut marcher. Vandelle a vu deux fois l'accès laisser après lui une hydiophobie, qui se dissipait bientôt après (Sauvages, Nos. méth., t. ii , p. 235).

Les suites de l'attaque sont beaucoup plus graves lorsque celle-ci est composée, et que les paroxysmes ont été nombreux : «Elle se termine alors quelquefois par une mort subite, dit Goerget (art. cité); dans tous les autres cas , il se manifeste un état de manie et de stupidité , de fureur aveugle , ou au moins un léger égarement de la raison, qui dure plusieurs heures ou plusieurs jours ; une inflammation encéphalique, des attaques de chorée , des paralysies partielles et ordinairement passagères, qui se dissipent souvent à la suite d'une autre attaque.» La démence qui suit les attaques se dissipe peu à peu; mais le rétablissement de la .sensibilité précède toujours celui de

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la raison ; la fureur est aveugle , en quelque sorte automatique, souvent dangereuse; rien ne peut la dompter, ni la force matérielle, ni l'ascendant moral: «Celte fureur est si redoutable et si redoutée, dit M. Esquirol , que j'ai vu dans un hospice du Md\ tous les épile^tiques enchaînés chaque soir sur leur lit» (ouv.cité, p. 286). Les vertiges ont sur le cerveau une influence beaucoup plus fâcheuse et plus énergique que les attaques : ils tuent l'intelligence plus vite et plus certainement ; cependant, La Motte, Bander, ont vu une seule attaque faire perdre entièrement la mémoire.

G. Intervalles et retour des attaques. — Dans les premiers temps de la maladie , lorsque les attaques ne reviennent qu'à de longs intervalles, les symptômes consécutifs immédiats que nous venons d'énumérer se dissipent au bout de quelques jours; le malade ne se ressent aucunement des accidents qu'il a éprouvés, jouit, jusqu'au prochain accès , de toute l'intégrité de ses facultés intellectuelles et sensoriales , et accomplit régulièrement toutes ses fonctions. Il n'en est pas de même lorsque la maladie est ancienne et que les attaques sont fréquentes : il se manifeste alors dans l'économie des troubles graves, qui persistent pendant toute la durée des intervalles qui séparent les attaques, deviennent, par conséquent, permanents, et plongent le malade dans un état déplorable, dont nous retracerons le tableau en étudiant les terminaisons de l'épilepsie. Le caractère des malades change : ils deviennent irascibles, difficiles à vivre, d'une susceptibihté extrême , entêtés, capricieux ; leurs facultés s'affaiblissent : la mémoire se perd la première, l'intelligence diminue, au point que les malades tombent dans l'idiotie; d'autres fois les idées s'exaltent, il y a du délire, différentes espèces d'aliénation mentale; les mouvements volontaires finissent également par offrir des désordres permanents, ordinairement plus sensibles du côté le plus affecté dans les attaques. On observe le strabisme, des tics convulsifs, la contracture, l'atrophie des membres, etc. L'état des autres organes, dit Georget, forme un contraste frappant avec l'état du cerveau: presque tous les épileptiques boiveut , mangent , et digèrent bien , excepté peu d'instants après leurs attaques, si elles sont fortes; le cœur fait ses fonctions, sauf des palpitations nerveuses assez fréquentes ; les femmes épileptiques sont réglées, peuvent être fécondées, et accouchent sans accidents ; les sécrétions n'ont rien de particulier. M. Esquirol a, dans son ouvrage, parfaitement déeritl'état que présentent les épileptiques : «Les traits de la face grossissent, les paupières inférieures se gonflent, les lèvres deviennent épaisses ; il y a dans le regard quelque chose d'incertain; les yeux sont vacillants, les pupilles dilatées; on observe des mouvements convulsifs de quelques muscles de la face.

Les épileptiques ont une démarche particulière : leurs bras et leurs jambes grêles ne sont pas en rapport avec l'épaisseur du reste du corps; ces malades deviennent difformes, paralytiques; les fonctions de la vie organique s'altèrent, languissent; les épileptiques sont sujets à la cardialgie , aux flatuosités, aux lassitudes spontanées, au tremblement ; ils font peu d'exercice; ils tombent dans l'obésité ou l'amaigrissement; ils sont très-enclins aux plaisirs de l'amour, à l'onanisme : les fonctions cérébrales , les facultés intellectuelles, se dégradent peu à peu, les sensations n'ont plus la même vivacité ; la mémoire se perd, l'imagination s'éteint ; la démence est le dernier degré de cette dégradation. » Nous reviendrons sur ces détails en parlant des terminaisons de l'épilepsie.

Il est impossible d'arriver à des données ^ènérales sur la fréquence des accès , et sur les circonstances qui président à leur retour ; quelquefois les attaques sont déterminées parla colère, la frayeur, un chagrin profond, et toute impression morale vive; par les impressions faites sur les sens, par un bruit imprévu, certaines couleurs, certaines odeurs, par le coït, la masturbation, les contentions d'esprit, le repos trop prolongé, par l'usage des spiritueux, du café, des aliments chauds, par les écarts de régime. Souvent c'est la reproduction des circonstances qui ont donné lieu à la première attaque épileptique, qui détermine les accès suivants, bien qu'elle ne puisse pas agir avec autant d'intensité. « Une femme a un violent chagrin, et devient épileptique : le plus léger chagrin provoque les accès ; un enfant est effrayé par un chien, et devient épileptique; il a un accès chaque fois qu'il entend aboyer un chien ; un autre devient épileptique après un accès de colère , la plus légère contrariété provoque les accès» (Esquirol, ouv. cité). Le docteur Siedler a vu des accès survenir après une indigestion [Hufeland' s journal, bd. lxxvui, p. 5, 1834), M. Martinet a observé un malade chez lequel une attaque se manifestait toutes les fois qu'il se couchait sur le côté gauche [Bulletin thérapeutique, t. XI, p. 2 71.) Le plus ordinairement les accès se déclarent sans aucune cause déterminante appréciable : ils apparaissent indifféremment pendant le jour ou pendant la nuit, et même dans le sommeil. Sur 219 épileptiques observés par M. Beau, les attaques survenaient le jour seulement, chez 43; le plus souvent le jour, chez 23; seulement la nuit, chez 33; le plus souvent la nuit, chez 41 ; également le jour et la nuit, chez 73; 6 cas parurent douteux.

Presque tous les épileptiques ont des attaques et des vertiges alternativement, mais sans qu'aucune loi préside à la succession de ces deux ordres de phénomènes : sur 206 épileptiques affectés d'attaques et de vertiges , M. Beau a vu les vertiges se montrer plus souvent que les attaques, 115 fois; moins souvent

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27 fois; aussi souvent 45 fois : 19 cas reslèrent indéterminés.

Les accès se reproduisent après les intervalles les plus différents : «Un soldat monte à l'assaut, une bombe éclate auprès de lui , il est frappe d'épilepsie; vingt ans après, la vue des mêmes remparts lui rend un accès» (Esquirol, ouvr. cit.). A moins de considérer ce fait comme un cas de récidive , voilà le plus long intervalle qui ait été cité par les auteurs. Trincavelli parle d'uuenFantqui eutjusqu'à cent cinquante accès dans un jour i^Tissot , loc. cit., p. 1 7) : voilà la fréquence la plus considérable; à la vérité, on peut se demander s'il n'exisiait pas tout simplement, dans ce cas, une attaque composée. Le docteur Jacob a vu un enfant qui avait de cinq à trente attaques simples par jour {Journ. des connaiss. méclico- chirurg., t. ui, p. 461). Entre ces limites extrêmes , tous les inlervalles possibles ont été observés. Voici le tableau qu'a fourni à M. Beau l'observation de deux cent dixneuf épileptiques.

Personnes ayant des attaques épileptiques revenant,

Tous les jours, Tous les deux jours , Tous les quatre jours, Tous les huit jours , Tous les quinze jours, Toutes les trois semaines, Tous les mois , Tous les deux mois , Tous les trois mois , Tous les quatre mois, Tous les six mois , Tous les huit mois , Tous les ans, Cas incertains ,

Le retour le plus fréquent serait donc le mensuel. «Il est bien entendu, dit M. Beau, que les attaques ne se sont pas montrées régulièrement chez chaque individu aux époques que j'ai indiquées ; je n'ai voulu parler que des retours moyens ou ordinaires. Les intervalles sont, en effet, très-irréguliers; cependant de nombreuses observations semblent établir que les accès peuvent être périodiques, et revenir à époques fixes. Tulpiusciteun malade chez lequel l'attaque revenait très-régulièrement cinq fois par jour; on a vu les accès se reproduire toutes les trois heures (Melius , Éphém., an iv , p. 1 08), toutes les vingt-quatre heures, tous les trois jours, etc. J'ai vu , dit Tissot, une épilepsie revenir périodiquement, de deux jours l'un, à une heure fixe; mais cet auteur pense avec raison qu'on doit considérer tous les cas analogues comme des fleures d'accès masquées en épilepsie {loc. cit., p. 1 84). Les anciens auteurs pensaient que, dans la majorité des cas, la périodicité devait être

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attribuée à l'influence lunaire, et Doussin-Dubreui' partageait encore cette opinion : «J'ai vu , dit-il, une jeune personne chez laquelle les accès revinrent d'a^ bord deux fois à la nouvelle lune , puis à chaque quartier : chez un homme de quarante ans, les accès rcr venaient tous les trois mois à la nouvelle lune ou à son premier quartier» (/oo. cit., p. 30). Tissot, après avoir rapporté plusieurs exemples semblables, con^ dut que tout cela ne démontre point la chimérique influence de la lune (loc. cit., p. 182). «Dans les grandes réunions d'épileptiques , dit M. Esquirol, je n'ai point observé que les accès fussent plus fréquents à certaines phases de la lune que dans d'autres. »

H. Marche et durée de iépilepsie. — La marche de l'épilepsie, considérée dans son ensemble, est ordinairement régulière; c'est-à-dire, que la maladie fait d'incessants progrès , et conduit ses victimes à une terminaison prévue , après les avoir fait passer par des états que l'on peut également presque déterminer à l'avance. Dans ce cas , ces accès deviennent de plus en plus rapprochés et de plus en plus violents ; les désordres qu'ils laissent après eux deviennent permanents , et sont en rapport avec le nombre des années qui se sont écoulées depuis le premier accès. Dans quelques cas , cependant , la marche n'est plus aussi régulièrement progressive : on voit quelquefois, sans que la maladie ait cessé, les accès s'éloigner, et perdre de leur intensité : alors l'intelligence se rétablit momentanément, et l'état général s'améliore jusqu'à ce que le retour plus fréquent des paroxysmes vienne de nouveau exercer sa fâcheuse influence; des maladies intercurrentes, la grossesse , produisent quelquefois ces temps d'arrêt. La marche de l'épilepsie est ordinairement lente : ce n'est qu'au bout de plusieurs années que les attaques se reproduisent à des inter^ valles très-rapprochés ; quelquefois, cependant, cela a lieu dès le début ; les vertiges accélèrent la marche de l'épilepsie.

Quoique les épileptiques parviennent rarement à un âge très-avancé , la durée de la maladie n'en est pas moins ordinairement fort longue : ce que nous avons dit des intervalles des accès doit le faire comprendre. Lorsque la mort a lieu au bout de peu de temps , ou même pendant le premier accès , comme cela s'est vu quelquefois , il faut en chercher la cauae dans des accidents étrangers à l'épilepsie, quoique déterminés par elle.

I. Terminaisons de l'épilepsie. — On a considéré comme des terminaisons de l'épilepsie, les différentes espèces d'aliénation mentale que l'on finit par observer chez la plupart des épileptiques. Nous ne saurions partager cette manière de voir , et nous ne pouvons les considérer que comme des complications, puisque leur développement ne fait point cesser les attaques épileptiques : nous nous ea occuperons plus loin.

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Wincler, Fabrice de Hilden , ont vu des malades g^uérir de l'épilepsie en devenant aveugles. Trinscavelli , Hoffmann, Tissot, ont vu les attaques cesser complètement après Tapparition de différentes affections cutanées; on voit dans les Mémoires des curieux de la nature^ que le développement de troispetites tumeurs au pli du coude g-auche, d'un ulcère, les fit également disparaître; d'autres auteurs rapportent que l'épilepsie a cessé après le rétablissement d'hémorrhagies supprimées , après un engorgement des seins, des testicules, etc. Pour pouvoir ajouter foi à ces terminaisons critiques , il faudrait que de nouvelles recherches eussent démontré leur possibilité.

Tissot, Doussin-Dubreuil, et un grand nombre d'autres médecins , se vantent d'avoir guéri beaucoup d'épileptiques. On ne saurait trop se tenir en garde contre ces assertions. «Les meilleurs esprits, ditM.Esquirol, trahis par les médicaments les plus vantés, ont regardé l'épilepsie comme au-dessus des ressources de la médecine.» L'auteur que nous venons de citer a essayé, sur trois cent trente-neuf épileptiques , les médications les plus vantées etjusqu'aux remèdes secrets; ces essais ont été continués sur les mêmes mal.ides pendant plusieurs années, eh bien , il n'a pu obtenir une seule guérison ! « Si les accès ont été suspendus,ils l'ont été moins par l'action des médicaments que par l'effet de la confiance, qui détermine un malade à consulter un nouveau médecin. » La guérison de l'épilepsie doit donc , au moins, être regardée comme une exception extrêmement rare ; l'épilepsie compliquée d'aliénation mentale ne guérit jamais.

La terminaison presque constante de l'épilepsie est donc la mort ; celle-ci , après s'être fait attendre plus ou moins longtemps , a lieu ordinairement pendant la période d'affaissement qui suit les convulsions.

Diagnostic. — En appréciant un à un les symptômes que nous venons d'étudier, on demeure bientôt convaincu qu'il n'en est pas un seul qui soit pathognomonique de l'épilepsie : «Le renversement, dit M. Esquirol ( ouvr. cit. , p. 285 ), la chute au début ou pendant l'accès a lieu pendant la syncope, l'asphyxie et l'apoplexie ; les convulsions qui , tantôt sontgénérales, tantôt partielles, tantôt très-violentes, tantôt à peine sensibles, ne sont pas constantes , et appartiennent à d'autres névroses; il en est de même de l'écume à la bouche qui se montre quelquefois dans l'apoplexie, l'hystérie, l'asphyxie; l'émission involontaire de l'urine , du sperme , n'est pas un symptôme exclusif de l'épilepsie ; la forte contraction du pouce, son occlusion , n'est pas plus constante.»

« Le caractère palhognomonique de l'épilepsie^ dit ensuite M. Esquirol, consisie dans les coiwulsions , la suspension de toute sensilnlilé et la perle de connaissances 11 peut en être ainsi, mais

ce caractère n'est pas constant, et si Ton peut affirmer qu'il y a épilepsie lorsque les trois ordres de symptômes se trouvent réunis , quel jugement portera-t-on lorsque l'un ou l'autre n'existe pas ? Sans doute il est important de caractériser les maladies, a et nous ne sommes nullement tentés d'admirer la saga- % cité de ces médecins qui ont reconnu un accès épileptique^ à un simple moui'ement convulsifdes lèvres, des jeux ou du if//o/-aa; (Esquirol, ouvr, cit., p.'278); mais il ne faut pas sacrifier l'évidence des faits au désir de paraître précis : «La convulsion tonique ou clonique d'un seul muscle, dit Portai , suffit pour caractériser l'épilepsie s' il y a perte de connaissances (ouvrage cité, p. 140); mais, dans le vertige épileptique , il y a perle de connaissance sans convulsion, même d'un seul muscle, et, d'autre part, on voit chez des sujets manifestement épileptiques , des convulsions générales sans abolition, du moins complète , de la sensibilité et de la connaissance. Dans la catalepsie , il y a aussi convulsion , suspension de toute sensibilité^ et perte de connaissance: on voit donc que ces caractères symptomatologiques ne suffisent pas pour distinguer l'épilepsie. 11 est vrai que les convulsions sont cloniques dans cette dernière, et . toniques dans la catalepsie; il faudrait donc ajouter la qualificalion de cloniques aux convulsions de l'épilepsie, et encore ce changement ne suffirait-il pas pour donner une idée exacte de la maladie, ainsi que nous venons de le démontrer.

Concluons que si le diagnostic de l'épilepsie offre , en général, peu de difficultés lorsque les accès présentent la réunion de symptômes indiqués par M. Esquirol , il n!en est plus de même lorsqu'ils revêtent une autre forme: dans le premier cas , il suffit d'être témoin d'une seule attaque pour reconnaître la nature des phénomènes qui la composent, et, par conséquent, la maladie ; dans le second, il est presque toujours impossible de distinguer l'attaque épileptique d'une attaque hystérique, et surtout de ces accidents nerveux dont la nature nous échappe encore entièrement, et qu'on n'a pu jusqu'à présent classer dans les cadres nosographiques {attaques de nerfs ). Ici ce n'est qu'en étudiant attentivement, et pendant longtemps, toutes les circonstances qui se rattachent aux accès , et que nous avons fait connaître avec soin , que l'on peut arriver à un diagnostic bien assis : dans ces cas douteux, nous ne pensons pas qu'on puisse pronencer qu'il y a épilepsie sur la vue d'un ou de quelques accès seulement , il faut suivre le malade^ et observer attentivement la marche de l'affection : un homme est pris tout à coup , ou après avoir présenté, pendant plus ou moins de temps, différents symptômes morbides, d'attaques épilepti formes, il succombe rapidement ; à l'autopsie on trouve dans le cerveau une tumeur, un abcès, ou des hydatides;

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on ne manque pas de dire qu'il a succombé à une épilepsie, et on rattache celle-ci à l'aUéralion organique, tandis qu'on n'a eu évidemment affaire qu'à des convulsions symptomatiques. Que d'erreurs de ce genre ont été commises !

11 est une autre source de méprise qu'il faut également éviter : « Il faut prendre garde, dit Portai, dont la vaste expérience donne souvent de bons avis de pratique, il faut prendre garde de ne pas se faire illusion, par la légèreté même de ses symptômes, sur l'existence de l'épilepsie, et se bien persuader que les accès de celte maladie peuvent être d'abord méconnus et au désavantage des malades. J'ai vu commettre des fautes graves dans des maisons riches, où l'on appelait plusieurs médecins; ceux qui étaient pour la négative sur l'existence de l'épilepsie disaient que ce n'était que de légers maux de nerfs, et ils étaient écoutés bien plus favorablement que les autres , d'où il en résultait qu'on négligeait le traitement de la maladie quand il eût pu être utile de la traiter avec succès par des remèdes qui n'étaient plus efficaces lorsqu'elle avait fait d'ultérieurs progrès» ( loc. cit., p. 142 ).

Nous ne nous étendrons pas sur les signes à l'aide desquels on peut reconnaître si l'épilepsie est idiopathi(jue ou sywptomatique : dans toute maladie il faut rechercher sa cause , son mode de développement , etc. , et pour prouver que celte étude n'offre ici rien de particulier, ni même rien de satisfaisant, il nous suffira de rapporter ce que dit à cet égard Portai: «On peut croire, avec quelque vraisemblance, que la cause immédiate existe dans le cerveau quand le malade s'est plaint, pendant un temps plus ou moins long, de douleurs de tête gravatives ou lancinantes ; qu'il a longtemps éprouvé des insomnies ou un sommeil entrecoupé de rêves, de vertiges, surfout des éternuments fréquents , de l'engourdissement ou de l'assoupissement plus ou moins profond; qu'il y a des rougeurs aux yeux , aux pommettes, aux lèvres ; si la maladie est héréditaire; si le malade a été exposé à quelques métastases , à des suppressions d'évacuations , ou s'il a éprouvé quelques maladies inflammatoires de la tête. On peut, au contraire, croire que l'épilepsie est sj-mptomatique, je veux dire qu'elle a son siège primitif en d'autres parties que dans le cerveau, s'il y a absence de tous les signes qui puissent indiquer qu'elle est idiopathique dans cet organe, et si en même temps le malade éprouve dans quelques parties du corps des maladies ou affeclions morbides particulières » ( loc. cit. , p.l38).

Après avoir présenté ces considérations générales, comparons l'épilepsie aux affections avec lesquelles elle peut être le plus facilement confondue.

L'hfslérie e&t^ sans contredit , l'affection qui se rapproche le plus de l'épilcpne : on a souvent pris

l'une de ces affections pour l'autre , et toutes deux , comme nous le verrons plus lard, se trouvent d'ailleurs fréquemment réunies sur le même individu : les signes différentiels suivants ont été indiqués par M. Esquirol. L'hystérie ne se manifeste qu'à la puberié ou après; l'accès n'éclate pas brusquement : il est précédé ou accompagné du globe hystérique , ou de constriction de la gorge ; les convulsions sont plus uniformes , plus expansives pour ainsi dire ; les membres s'étendent, se projettent au loin, se développent davantage; les traits sont moins altérés; la face est moins hideuse et moins injectée; l'abdomen est volumineux; il y a des borborygmes; les malades ne perdent pas la connaissance ; ils ne tombent pas dans l'état comateux après les convulsions ; ils conservent le souvenir de ce qu'ils viennent d'éprouver; il y a moins d'affaissement après l'accès ; dans les intervalles , toujours quelque symptôme hystérique trahit la nature de la maladie ; l'hystérie, même prolongée, ne détruit pas les facultés intellectuelles.

Le docteur Margue ( De l'épilepsie et de ses différences avec l'h/stérie. Thèse de Paris, 1824, n° 1 15 ) a développé les propositions de M. Esquirol, et leur en a ajouté quelques-unes qui lui appartiennent et qui sont loin d'être exactes; nous avons déjà montré qu'il était impossible de cousiàérev la Jlexion de^ pouces., la présence d'écume à la bouche, la perte totale de connaissance et de sensibilité^ e<c., comme des symptômes constants et pathognomoniques de l'épilepsie.

Georget ( Dict. de méd., t. xii , p. 185) établit le diagnostic différentiel de l'épilepsie sur les caractères suivants, que ne présentent point réunis, selon lui, les attaques d'hystérie : 1° perte subite , complète et profonde de connaissance; 2° convulsions plutôt tétaniques que cloniques ; 3° intensité plus grande des convulsions d'un côté du corps que de l'autre ; 4° turgescence violacée ou livide de la face, subitement remplacée, vers la fin de l'attaque, par une pâleur extrême et une légère altération des traits; 5*^ sortie d'une bave écumeuse par la bouche ; 6" état d'aberration mentale ou au moins d'hébétude après l'attaque.

11 est facile de voir que ces différents signes n'existent pas lorsque les attaques épilepliques ne se présentent point sous leur forme typique , et qu'ils sont sans valeur, lorsque les attaques hystériques sont épilepiiformes. M. Beau , frappé sans doute de cette vérité, a cherché à distinguer l'épilepsie de l'hystérie, plutôt par l'observation de la marche de la maladie, que par celle des symptômes constituant les attaques, et cette voie plus longue , mais plus sûre, est la seule en effet qui puisse conduire à un diagnostic certain.

11 résulte du travail de M. Beau ( lîech. stntisti

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nues pour servir à l'histoire de l'épilepsie et de l'Iifslérie): l°que presque toutes les attaques épileptiques débutent brusquement ou sont annoncées par des prodromes /^rocAam*^ tandis que les attaques hystériques n'arriveut jamais, ou presque jamais, sans prodromes éloignés ; 2" que les attaques épileptiques sont le plus souvent simples, tandis qu'au contraire les hystériques sont ordinairement comyyo^eei'; 3° que les attaques épilepliques surviennent en proportion à peu près égale le jour et la nuit, tandis que les attaques hystériques n'apparaissent guère que le jour ; 4° que l'épilepsie est souvent congénitale, et se manifeste fréquemment pendant la première enfance, tandis que l'hystérie n'apparaît, le plus ordinairement, que de dix à vingt ans ; 5" que l'influence immédiate de la cause sur l'apparition de la maladie est plus commune que la médiate d'un tiers environ, chez les épileptiques, tandis qu'il n'y a pas de différence sensible chez les hystériques ; 6° que dans les cas où la CàViiQdi^xi pendantles règles, la proportion des effets immédiats n'augmente que pour l'épilepsie.

Telles sont les différences qui séparent l'épilepsie de l'hystérie, lorsque ces deux affections sont isolées et bien caractérisées : elles sont peu sensibles au début de la maladie , dans les cas où celle-ci n'a pas une forme tranchée , et elles disparaissent presque entièrement dans Y hfstéro-épilepsie.

Nous avons suffisamment établi ailleurs ( voj-ez le Compendiuin, t. ii, p. 102) les signes qui ne permettent pas de confondre l'épilepsie avec la catalepsie : nous rappellerons seulement que, dans cette dernière affection , on n'observe jamais de convulsions cloniques , mais une contraction tétanique , et que les malades conservent la position que l'on donne à leur corps ou à leurs membres.

La congestion cérébrale, lorsqu'elle se présente sous sa troisième forme {voyez le Compendium, 1. 1, p. 230 ), peut faire croire à une attaque d'épilepsie. M. Brierre de Boismont a insisté sur ce fait dans le mémoire que nous avons déjà cité [Des congestions sanguines cérébrales avec symptômes épileptiformes, qui surviennent chez les aliénés. In Arcli. génér. de méd., t. xix, p. 20, 1829). L'Iiémorrhagic cérébrale elle-même peut donner lieu à quelques symptômes épileptiformes; mais l'état convulsif ne dure que quelques moments, et la paralysie, le coma, qui lui succèdent, rendent bientôt toute erreur impossible. Rappelons ici que si la congestion et Fhémorrhagie cérébrales peuvent simuler l'épilepsie, elles peuvent aussi succéder à celle-ci; mais qu'elles soient primitives ou consécutives , on les reconnaîtra aux signes que nous venons d'indiquer, et que nous avons exposées plus longuement en parlant de l'apoplexie [voyez le Compendium, t. i , p. 265).

Ëafiu l'épilepsie peut être simulée , et cette ma-

ladie , dit Tissot , «est une de celles qu'on a le plus souvent voulu affecter, sans doute parce que l'effroi qu'elle inspire fait qu'on a plus de pitié pour ceux qui en sont atteints, et peut-être aussi parce qu'elle n'exige qu'une représentation momentanée, et qu'après l'accès il est permis de se porter à merveille.» Or, malgré la difficulté et même l'impossibilité d'imiter la turgescence violacée de la face et la pâleur qui lui succède, l'immobilité de la pupille, les mouvements forts et tumultueux du cœur, la respiration stertoreuse, l'aliénation mentale, Ihébétude, on a vu des médecins expérimentés , même après avoir été prévenus de la fraude, s'en laisser imposer par l'étonnante perfection d'imitation à laquelle parviennent certains individus , et on a été jusqu'à dire qu'à force d'être parfaitement simulée, l'épilepsie devenait quelquefois véritable. Nous n'entrerons pas ici dans des détails qui appartiennent à la médecine légale ; nous nous contenterons d'établir, d'une manière générale, que, pour reconnaître la fraude, il faut : 1 ° examiner attentivement si rien ne peut avoir produit une épilepsie véritable ; 2° si le sujet a quelques motifs pour feindre.Ceux-ci , sans parler des soldats, des conscrits, des mendiants , des détenus, etc., sont quelquefois fort difficiles à deviner: «Une jeune fille, dit de Haen , qui a ouï dire que le mariage guérit l'épilepsie, joue cette maladie pour qu'on la marie ; un moine paresseux et friand en fait autant, pour se dispenser des austérités du couvent;» 3° si tous les symptômes sont semblables à ceux qui caractérisent l'épilepsie naturelle ; 4*^ s'efforcer de mettre les prétendus malades en défaut , en les soumettant à des sensations inattendues, en leur adressant des questions, en les exposant à une forte douleur ou à un grand danger, etc. On fait luire brusquement une vive lumière; on produit un grand bruit. Sauvages demanda à une petite fille de sept ans, qui simulait si parfaitement l'épilepsie , que personne , à l'Hôpital-Général de Montpellier, ne doutait de sa réalité, si elle ne sentait pas un vent qui passait de la main à l'épaule, et de celle-ci à la cuisse j elle répondit que oui : // ordonna qu'on la fouettât, et elle fut guérie. «Un mendiant tombait épileplique en rue; on donna ordre qu'il y eût auprès du lieu qu'il habitait un lit de^paille où on put le jeter dès qu'il prendrait l'accès , pour ne pas se faire du mal. L'accès vint : on le mit sur le lit ; mais dès qu'il y fut , on approcha du feu des quatre coins, et le scélérat s'enfuit comme un éclair» (Tissot, loc. cit., p. 407).

Pronostic. — Ainsi que l'a fort bien établi Tissot, le pronostic de l'épilepsie a deux parties : «premièrement, guérira-t-on; en second lieu, si on ne guérit pas, qu'est-ce qu'on a à craindre?» Ce que nous avons dit à propos des terminaisons de l'épilepsie répond à ces deux queslioBS : le pi'oiiostic est toujours

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fort grave quant à la première; tout au plus pourrat-ou faire espérer la guérison, t;i la maladie s'est développée avant la puberté, si elle est due à l'influence immédiate d'une cause déterminante occasionnelle , si les accès sont courts et peu intenses. Lorsque les attaques sont excessivement violentes, il faut redouer une mort prompte par asphyxie ou apoplexie; lorsque, moins violentes, les attaques se reproduisent à des intervalles rapprochés , la dégradaiion progressive de l'intelligence, la démence, le trouble de toutes les fonctions, le marasme , amènent la mort au bout de quelques années ; enfin , lorsque les attaques ne se reproduisent qu'à de longs intervalles, les malades peuvent conserver pendant ceux-ci un état de santé assez bon, et parvenir jusqu'à un âge assez avancé sans guère éprouver d'autres accidents que ceux qui résultent immédiatement des accès.

Compiications de l'épilepsie. — Ainsi que nous l'avons annoncé, nous regardons comme des complications les différents génies d'aliénation que l'on rencontre si souvent chez les épileptiques, et que quelques auteurs ont considérées comme des terminaisons de l'épilepsie. Il nous sera facile, ce nous semble , de justifier notre manière de voir. En effet, un épileptique, dans la violence d'un accès , est pris d'une méningite à laquelle il succombe : l'épilepsie s'est terminée par méningite. Chez un autre malade, une éruption de furoncles fait disparaître à jamais les accès : voilà encore une terminaison de l'épilepsie. Mais un homme est pris d'épilepsie; les attaques sont violentes et fréquentes; chacune d'elles laisse après elle un trouble plus ou moins profond de l'intelligence; au bout d'un an ou deux le malade devient maniaque, tombe dans la démence, et, pendant dix années, alors, il reste épileptique et aliéné^, jusqu'à ce qu'il succombe enfin dans le marasme. Est-ce là une terminaison de l'épilepsie ? Non , sans doute , c'est une complication, nécessaire si l'on veut , mais c'est une complication; l'aliénation mentale n'est même, pour ainsi dire, qu'un symptôme de l'épilepsie chronique.

Sur trois cent trente-neuf épileptiques observées à la Salpêlrière par MM. Esquirol et Calmeil , douze étaient maniaques; trente monomaniaques, quelquesunes avec penchant au suicide ; trente-quatre furieuses: chez trois d'entre elles, la fureur n'éclatait qu'après l'accès ; cent quarante-cinq étaient en démence : seize d'entre elles étant continuellement dans cet état, les autres ne l'étant qu'après l'accès; huit étaient idiotes; cinquante habituellement raisonnables, mais toutes avaient des absences de mémoire , des idées exaltées ou un délire fugace , et une tendance vers la démence; soixante n'avaient aucune aberration de l'intelligence , mais elles étaient irascibles , entêtées , capricieuses , bizarres , etc.

«Donc, dit M. Esquirol ( ouvr. cit., p. 285 ) , deux

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cent soixante-neuf de nos trois cent trente-neuf épileptiques, c'est-à-dire les quatre cinquièmes, sont plus ou moins aliénées; un cinquième seulement conserve l'usage de la raison , et quelle raison !»

La démence , comme on le voit , est l'espèce d'aliénation mentale qui menace le plus ordinairement les épileptiques ; elle est plus directement liée à la fréquence des vertiges qu'à celle des attaques ; elle est ordinairement permanente et indépendante du retour des accès ; sa manifestation est en rapport direct avec la violence , la fréquence des accès, et l'ancienneté de la maladie.

La manie , particulièrement celle avec fureur et penchant au suicide , est ordinairement éphémère, et n'a lieu qu'après les accès ; cependant sa durée s'étend depuis quelques instants, quelques heures, jusqu'à plusieurs jours. «Je ne puis déterminer, dit M. Esquirol , si la manie a quelque rapport avec la fiéquence des accès ou avec les vertiges ; elle éclate chez des épileptiques déjà en démence, et même chez des sujets qui jouissent habituellement de leur raison. »

Si l'aliénation mentale ne se manifeste ordinairement qu'au bout d'un certain temps , elle peut cependant, quelles que soient sa forme et sa durée, apparaître dès les premiers ou même dès le premier accès.

L'hystérie est également une complication assez fréquente de l'épilepsie. Sur deux cent cinquante malades observés par M. Beau , trente-deux étaient en même temps épileptiques et hystériques (mém. cit.). L'hystéro-épilepsie se présente sous deux formes : ou bien la même personne a des attaques épileptiques et hystériques séparées; ou bien les attaques, toujours identiques , sont constituées par des phénomènes épileptiques et hystériques en proportion variable. M. Beau admet une troisième forme d'hystéro-épilepsie, dans laquelle le vertige épileptique se montre avec des attaques d'hystérie pure. «Avec un peu d'habitude, dit M. Esquirol, on reconnaît fort bien , lorsque les attaques sont séparées , à laquelle des deux maladies appartiennent les convulsions auxquelles les malades sont actuellement en proie.»

Fariétés de l'épilepsie. — Sauvages, en établissant sous le nom à'éclampsie un ordre pathologique distinct, et en le divisant en dix-sept espèces (Nosol. méthod., t. i, p. 769), a manifestement confondu les affections les plus différentes, et, ne tenant compte que d'un seul symptôme commun à ces maladies , il a décrit les convulsions qui se manifestent dans quelques fièvres graves (éclampsie typhode)^ dans l'encéphalite (éclajnpsie iraumatique)^ dans certains empoisonnements [éclampsie causée par l'atropa, la ciguë., etc.), dans la méningite (éclainpsic causée par l' hydrocéphale), dans l'épi-

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lepsie , les convulsions idiopathiques, etc. Pinel comprit tout ce que cette division avait de vicieux , et ne vit dans le mot édampsie qu'un synonyme à'épilepsie. Quelques auteurs modernes ont cherché à rétablir l'individualité de l'éclampsie, et l'ont considérée comme une maladie convulsive spéciale , propre aux nouveau-nés et aux femmes en couches. Nous allons examiner les raisons sur lesquelles ils fondent cette opinion, et rechercher en quoi cette prétendue maladie diffère de l'épilepsie.

Sauvages avait dit que l'éclampsie différait de l'épilepsie en ce qu'elle était aiguë , quelquefois rémittente ou tout à fait continue. Mais l'épilepsie , chez les enfants, peut suivre une marche très-rapide, et les symptômes que Sauvages rapporte au type intermittent ou continu sont ceux que l'on observe dans les attaques composées : le célèbre nosologiste de Montpellier ne semble , d'ailleurs, pas lui-même ajouter une grande valeur à sa distinction, car il emploie indifféremment les mots à^ édampsie ou à'épilep.sie des enfants , et il désigne les symptômes qu'il décrit par attaques épilepliques.

M. Brachet [Traite prat. des convulsions dans l'enfance^ p. 36) n'admet pas l'existence de réclampsie, et pense que les phénomènes qui ont été décrits sous ce nom ne peuvent pas davantage être attribués à l'épilepsie : ils ne constituent qu'une variété des convulsions.

«L'éclampsie, telle que je l'ai observée , dit ce médecin , ne survient guère que chez les enfants les plus Frais et en apparence les mieux portants, chez ceux surtout d'un tempérament sanguin. La maladie est toujours accidentelle , et elle reconnaît les mêmes causes que les convulsions simples; elle est rarement précédée de symptômes précurseurs de longue durée ; son invasion est brusque ou à peine annoncée quelques instants d'avance : l'enfant crie, sa figure s'anime et devient rouge, ses yeux sont scintillants et hagards; il perd connaissance et se roidit en s'agitant par des mouvements violents et variés comme dans les convulsions, ou par une espèce de tremblement des membres, mais jamais par ces secousses brusques cl en quelque sorte automatiques qui caractérisent l'épilepsie. Ainsi que le remarque Sagar, la bouche n'est point écumeuse, et, si on l'en croit, les pouces ne sont point portés en dedans. La durée de la crise est moins limitée que celle de l'épilepsie; elle peut finir en quelques instants ou se prolonger plusieurs heures. Souvent elle se renouvelle à des intervalles très-rapprochés; si elle affecte un retour plus éloigné , cela ne tient point à la marche de l'affection, comme dans l'épilepsie ; elle est une maladie nouvelle. Les suites ne diffèrent pas moins : la crise épileptique passe d'elle-même et sans qu'il soit besoin de rien employer; le malade reprend son type de santé primor-

dial ; à peine reste - 1 -il un sentiment de lassitude et de brisement. 11 est rare que dans l'éclampsie le paroxysme se dissipe spontanément ; l'encéphale reste le siège d'une congestion sanguine; souvent une céphaliteou unehydrocéphalitc succède.» Ne pourrait- on pas se contenter de répondre à M. Brachet que ce qu'il a pris pour l'éclampsie n'était, en effet, que des convulsions idiopathiques ou sympathiques, et qu'il reste éprouver que l'éclampsie, telle que l'ont décrite les auteurs, n'existe pas? Mais en se plaçant au même point de vue que cet auteur, et sans parler des assertions qui pourraient faire croire qu'il n'a même jamais observé d'épileptiques , nous demanderons quelles sont les différences signalées par M. Brachet entre l'éclampsie et l'épilepsie? Est-ce l'absence de prodromes de longue durée , de secousses automatiques , d'écume à la bouche, de flexion du pouce ? N'est-il pas clair, d'ailleurs, comme l'ont fait remarquer MM. Guersent et Blache (Dict. de mcd., t. xi, p. 148), que les caractères différentiels indiqués par M. Brachet perdent toute leur valeur, parce qu'ils sont tirés du rapprochement de l'éclampsie récente et légère de l'épilepsie confirmée?

Dugès, dans un mémoire lu à l'Académie royale de médecine, a défini l'éclampsie «une maladie particulière due à l'irritation de l'encéphale, tantôt intermittente , et se montrant par accès épilepti formes, tantôt précédée et suivie d'un état apoplectique; continue ou rémittente et tétaniforme.» L'irritation de l'encéphale est idiopathique ou sympathique, et a principalement son siège dans. la substance corticale du cerveau et du cervelet; l'éclampsie est souvent liée à l'apoplexie, à l'asphyxie ou au tétanos, ces trois affections étant primitives ou consécutives (Mém. de l'Jcad. de méd., t. ii). Dugès avait déjà exprimé ces idées dans l'article Éclajipsie du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques : «L'éclampsie, avait-il dit, doit être distinguée de l'épilepsie, dont elle retrace presque tous les spuptômes, parce qu'elle ne forme pas, comme celle-ci, une maladie véritablement chronique , une maladie qu'on peut dire constitutionnelleouliée à l'idiosyncrasie. » Ilavait établi une éclampsie idiopathique déterminée par l'état apoplectique qui résulte de la compression du crâne par le forceps, ou d'une fracture du crâne! et une éclampsie sympathique, qui le plus souvent se conjond totalement avec l'épilepsie idiopathique (loc. cit., t. VI, p. 537-540). Est-il nécessaire de discuter ces propositions pour voir qu'elles ne présentent pas une seule idée nettement formulée ? N'estil pas évident que Dugès a réuni dans son obscure théorie l'épilepsie, les convulsions idiopathiques, celles qui dépendent d'une congestion cérébrale, etc.? Dugès insiste particulièrement sur l'état apoplectique qui accompagne fréquemment l'éclampsie, comme s'il dé-

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raonfrait par là l'individualité de cette dernière; mais Gardien avait dit avant lui : «Lorsque la terminaison de l'épilepsie est funeste, les enfants tombent toujours, vers la fin de l'accès, dans l'apoplexie» (/oc. cit., p. 265).

M. Baudelocque [Thèse sur les convulsions; Palis, 1823) a appelé éclampsie les attaques convulsives qui surviennent chez les femmes en couches , et dans les intervalles desquelles la malade reste plongée dans le coma, et privée de connaissance : il a donné le nom d'épilepsie à celles pendant les intervalles desquelles la connaissance se rétablit. Désormeaux a justement observé qu'on ne pouvait voir dans ces deux variétés que deux degrés de la même affection , et il les a réunies dans sa description de l'éclampsie des femmes en couches, sans discuter si l'affection dont il traçait l'histoire différait de l'épilepsie [Dict. de méd., t. XI, p. 138-142).

MM. Guersent et Blache ont décrit, sous le nomd'éclampsie ,/e,y convulsions sjmptomatiques , sympathiques ou essentielles qu'on voit survenir dans l'enfance [Dict. de méd., t. xi, p. 148) : sans discuter cette nouvelle acception, que, d'ailleurs, nous n'avons pas acceptée, nous nous appuierons sur elle pour établir, qu'avec GuUen (Élém. de niéd. prat.j trad. duBosquiilon , t. ii , p. 335), Gardien [loc. cit., p. 261), Portai {loc cit., p. 329-345), M. Gapuron (/oc. cit., p. 463), etc., il ne faut voir dans la maladie appelée éclampsie que les deux variétés de l'épilepsie dont nous allons retracer les caractères particuliers.

1° Epilepsie des nouveau-nés [Eclampsie des enfants de Sauvages, de Dugès; convulsions des enfants , attaque épileptique , mouvements convulsifsj epilepsie des enfants , Sauvages). — Les accès d'épilepsie, chez les enfants, comme chez les adultes, peuvent être annoncés par des prodromes qui, quelquefois, dit M. Gapuron, sont en grand nombre. « L'enfant encore à la mamelle, ou qui vient pour ainsi dire de naître, est dans une agitation continuelle; son tronc et ses membres se meuvent par soubresauts ; il tette d'une manière interrompue ; ses traits changent à tout moment ; il a l'œil hagard , égaré, larmoyant; la paupière gonflée , le visage étonné; il dort mal » [Traité des maladies des enfants, p. 461). Gardien indique encore, comme symptômes précurseurs , l'assoupissement, un froid glacial aux pieds et aux mains ( Traité complet d'accouchements, t. iv, p. 262) ; Dugès a établi que les prodromes varient suivant que k maladie se montre le jour même de la naissance , ou quelques jours après. Selon lui , on observe, dans le premier cas , la couleur violacée et le gonflement de la face , la dilatation des pupilles, l'injection des vaisseaux de l'iris et delà conjonctive, l'immobilité, le coma, la

flaccidité ou la roideur des membres, les mouvements forts et précipités du cœur; dans le second, l'agitation , les plaintes vagues et brèves, l'irrégularité et l'embarras passager de la respiration, des mouvements brusques, irréguliers et bizarres, du strabisme momentané ; des bâillements , le tremblement de la mâchoire inférieure , ou un peu de trismus ; des grimaces singulières , des alternatives de pâleur et de rougeur, des sueurs ; mais un signe bien plus positif, c'est la somnolence avec roideur des poignets inclinés vers le bord cubital de l'avant-tras et des doigts appliqués de toute leur longueur sur la pomme de la main, et couvrant le pouce fortement fléchi (/? /cf. de médec. et de dur. prat., t. vi , p. 538). D'autres fois, les attaques se manifestent brusquement : de quelque manière qu'elles apparaissent, les symptômes qui les caractérisent sont, à peu de chose près , ceux que nous avons décrits. M. Gapuron les a ainsi résumés: « Le visage pâlit, s'altère, se crispe; les yeux roulent dans les orbite;, la bouche blanchit d'écume , les lèvres iremblent , ou sont dans un état de contorsion ; la langue pend hors de la bouche , la tête se renverse, le cou se gonfle, la poitrine et l'abdomen s'élèvent et s'abaissent tour à tour; la respiration est bruyante , stertoreuse ; le pouls petit, fréquent , irrégulier, entrecoupé ; la peau froide , la transpiration visqueuse. Les convulsions sont presque toujours générales , les membres se contractent, se roidissent , s'agitent de mille manières ; les fonctions des sens et de l'entendement sont entièrement suspendues » [loc. cit., p. 461). Après l'accès, les enfants sont comme hébétés et stupides , et ils ne veulent pas teter. On peut ainsi partager chaque paroxysme en deux périodes : dans la première, l'enfant est agité de convulsions; dans la seconde, il tombe dans la stupeur, l'assoupissement ou dans un véritable état comateux (Gardien , loc. cit.,^. 262). Les attaques offrent, d'ailleurs, une infinité de variétés, quant à leur violence , à leur durée , à leur retour. En général , les convulsions sont moins violentes que chez les adultes; les intervalles qui séparent les accès sont moins longs, mais ceux-ci sont plus courts ; lorsqu'ils sont très-violents , ils se terminent souvent par une congestion cérébrale mortelle qui seule laisse des traces anatomiques appréciables à l'ouverture des cadavres. Lorsque l'enfant résiste , on peut espérer qu'il guérira vers la septième année, ou après l'éruption des dents (Gapuron, loc. cit., p. 463); et les anciens avaient déjà remarqué qu'en général le pronostic de l'épilepsie des nouveau-nés, était plus favorable, quant aux symptômes consécutifs éloignés de l'accès, que celui derépilepsiedesadultes:((Ethinc «perantiquissimam et ipsiusHippocratis experientiam, «cognitum est,dil Fr. Hoffmann, quod pueris hicmor- « bus salvatur circaan num septimum decimum quartum

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«aiitseptimum anuos nirairum pubertatis;fseminisau- «tem circa tempusmenstruseeruptionis, quod est ananus decimus quarlus))(0/?eraom7im, t. m, p. 13). Cependant Gardien a vu des enfants rester imbéciles, sourds , aveugles ou paralysés. On n'observe pas de vertiges : la maladie se montre rarement après le quatrième jour qui suit la naissance. Il est presque impossible de ne pas confondre souvent l'épilepsie des nouveau-nés avec les convulsions idiopathiques , et cette erreur a surtout été commise par les auteurs qui ont décrit l'éclampsie. On a indiqué, comme principal caractère di ! férenticl, la présence des symptômes consécutifs immédiats de l'accès; cet état d'hébétude, de stupeur qui constitue, pour Gardien, la deuxième période du paroxysme épileptique, n'existe pas après les convulsions.

2° Epilepsie des femmes en couches (Eclampsie des femmes en couches de Sauvages, Désormeaux et Dugès ). — L'épilepsie peut ^e montrer chez les femmes à différentes époques de la grossesse, pendant le travail, immédiatement avant lui, ou dans les jours qui le suivent ; toutefois , il est extrêmement rare qu'elle se manifeste avant le septième mois de la gestation , et après le huitième jour de la délivrance : elle s'observe presque exclusivement chez les primipares. L'a^cite , l'infiltration du tissu cellulaire sous-cutané, surtout si l'œdème s'est propagé jusqu'aux membres supérieurs et à la face, y prédisposent puissamment; l'hystérie, l'hémicrâaie périodique même, semblent quelquefois se convertir en epilepsie pendant le travail (Dugès, art. cité). Il est des femmes , dit Sauvages , qui sont attaquées d'éclampsie dans tous leurs accouchements, soit avant, soit après la sortie du fœtus.

Les accès débutent tantôt brusquement, tantôt ils sont annoncés plusieurs jours, plusieurs heures, ou seulement quelques minutes à l'avance, par des symptômes précurseurs, tels qu'une céphalalgie partielle ou générale, la rougeur de la face et des conjonctives; la somnolence , des fris.sons , des vertiges, des éblouissements , de l'agitation, une cécité complète ou incomplète, des nausées, des vomissements, un sentiment d'anxiété à l'épigastre, le froid des extrémités, la petitesse du pouls. Les attaques sont caractérisées par les symptômes de l'épilepsie, tels que nous les avons décrits : «Les muscles creux, dit Désormeaux, sont ordinairement exempts de mouvements convulsifs; mais quelquefois ils en éprouv'ent, et alors on voit souvent l'accouchement se terminer avec une rapidité étonnante.» La durée des accès varie d'une à cinq minutes; leur nombre d'un à trente ou quarante; la distance qui les sépare, de quelques minutes à des journées entières : l'apoplexie , l'asphyxie, terminent souvent les accès par la mort; diverses paralysies, la manie, l'arachuitis ai-

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guë, sont des accidents consécutifs fréquents. Le pronostic est toujours grave : le fœtus naît ordinairement mort , quelquefois même putréfié pour peu que durent les accidents, le travail fùt-il des plus naturels; souvent la mère succombe également, mais quant à elle, le pronostic varie. «On doit bien augurer, dit Dugès , d'une éclampsie dont les accès , nombreux ou non , mais courts et séparés par de longs intervalles, laissent reprendre, dans la rémission , une intégrité parfaite de l'intelligence ; on a moins à craindre de celle qui succède à la délivrance que de toute autre ; c'est, au contraire, une bien fâcheuse circonstance que son invasion avant terme , ou seulement avant les premières annonces du travail. »

3° Epilepsie saturnine (Encéphalopathie saturnine de M. Tanquerel-Desplanches ). — Parmi les nombreux symptômes que détermine l'introduction dans l'économie d'une certaine quantité de plomb, l'épilepsie est un des plus fréquents et des plus graves; ordinairement liée à la colique saturnine ( voj: le Compendium, t. ii, p. 6), à la paralysie, au délire , à la manie ( Voy. le Compendium. Plomb ( mal. causées par le), elle existe quelquefois seule, soit qu'elle précède les accidents que nous venons d'énumérer, soit qu'après avoir existé simultanément avec eux, elle se reproduise après que ceux-ci se sont dissipés.

Bien que la variété épileptiqUe dont tldus nous occupons ait dû se présenter à l'ob-servation des premiers auteurs qui ont étudié les affections saturnines, il Faut reconnaître que M. Tanquerel-Desplanches est le premier et le seul qui en ait donné une description satisfaisante : c'est à la bonne monographie de ce médecin ( Traité des maladies de plomb , Paris , 1839) que nous emprunterons les détails dans lesquels nous allons entrer.

L'épilepsie saturnine se déclare tantôt brusquement, sans être annoncée par aucuil phénomène précurseur; tantôt on observe avant l'invasion de l'attaque quelques dérangements du côté de la tête. Le malade devient tout à coup distrait et préoccupé, affecte dans sa physionomie, dans ses gestes, dans ses paroles, une indifférence qui frappe l'observateur, étonné qu'il est de ce changement si sensible dans le caractère, survenu sans motif apparent. On a vu des malades affectés d'une espèce de tournoiement qui leur faisait croire que tous les objets tournaient autour d'eux : chez d'autres, il existe, quelques heures ou un jour avant l'attaque, une douleur frontale médiocre ; quelquefois l'épilepsie est précédée d'amaurose. Jamais on n'a constaté l'existence d'une aura epileptiea ; sur trente-six malades , un seul a poussé un cri au début de l'attaque , un autre a fait entendre un gémissement.

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Les attaques se présentent sous deux formes principales :

\" yittaquc légère. — Les individus tombent subitement privés de connaissance; la sensibilité générale est abolie, les yeux sont fixes et la tête immobile : ils ne parlent plus , et poussent seulement quelquefois des gémissements ; on n'observe que de légers mouvements convulsifs. Cet état persiste ordinairement plusieurs heures : lorsqu'il cesse, les malades ne recouvrent pas immédiatement l'intégrité de leurs facultés intellectuelles; ils ne se rappellent ni leur attaque, ni même les circonstances qui l'ont précédée. Leur physionomie porte l'empreinte d'une stupeur profonde; leurs membres sont tremblants; ils chancellent, s'ils sont debout, et ne saisissent les objets extérieurs qu'avec hésitation; leurs idées sont confuses, leur parole est lente, embarrassée. Ces attaques légères, dont la science ne possède que deux oùseivations j peuvent précéder les attaques violentes.

2° attaques violentes. — L'attaque la plus violente d'épilepsie saturnine est ainsi caractérisée : perte immédiate de connaissance, le globe de Fœil se porte en haut; la têle devient immobile; la figure s'injecte tout à coup, et en un instant presque indivisible la couleur rouge est remplacée par la pâleur de la mort. Si l'individu est debout, il tombe à la renverse comme une masse inerte, insensible à tous les excitants extérieurs. Quelques mouvements convulsifs parcourent les membres, surtout les supérieurs; le corps se roidit, et on observe des mouvements désordonnés qui poussent les malades hors de leur lit.

Bientôt cet état , pour ainsi dire préliminaire, prend un accroissement prodigieux; la main se ferme, et les pouces se placent en dedans convulsivement ; de violentes secousses spasmodiques agitent tout le corps; dans les membres, elles consistent en mouvements précipités et alternatifs de flexion et d'extension, et durent jusqu'à la fin de l'attaque, ou sont remplacées par une roideur tétanique. Dans ce dernier cas, la tête se renverse fortement en arrière ; les muscles du tronc sont tellement contractés, qu'on peut soulever le malade d'une seule pièce, comme une barre de fer. La flexion des membres est impossible; il y a des grincements de dents ou une espèce de trismus qui alternent avec le claquement des mâchoires. Sans que la roideur prédomine d'un côté, on voit la face horriblement défigurée, les commissures sont fortement tirées à droite ou à gauche, et les paupières inégalement ouvertes. Cet état de rigidité générale peut terminer l'accès, ou être bientôt suivi d'une succession rapide de contractions brusques, alternant avec un relâchement complet des muscles. La respiration est courte, pénible, incomplète, entrecoupée, saccadée, bruyante , et plus tard slertoreuse : une salive écu-

meuse , souvent sanguinolente , est expulsée avec bruit et difficulté; la langue, ordinairement déchirée, (24 fois sur 36), donne la raison du mélange du sang avec la salive. La face devient violette, ou bien elle conserve sa pâleur; les lèvres sont bleuâtres ou décolorées ; les paupières sont le plus souvent entr'ouvertes, et le globe de l'œil convulsé en haut; quelquefois elles sont largement écartées : alors les yeux sont fixes, hagards, roulants ou agités de mouvements convulsifs. Enfin les paupières peuvent être complètement rapprochées; les pupilles dilatées ou contractées, sont immobiles; le pouls est fréquent et fort , ou conserve sa lenteur et sa régularité habituelles : les veines du col sont gonflées. Les urines et les matières fécales sont expulsées avec force et par saccades.

Après un temps qui varie entre deux et trente minutes, les mouvements convulsifs s'arrêtent, les membres tombent dans une résolution complète ; la peau se couvre de sueur; la respiration se rétablit, mais elle est lente , profonde, suspirieuse, quelquefois ronflante pendant l'expiration. Dans quelques cas chaque expiration est tout à coup interrompue par un bruit de soupape, comme si la glotte se fermait convulsivement; ce n'est qu'après un effort assez violent que l'air est chassé des poumons avec un bruit de ronflement; les lèvres sont poussées en avant, et les joues se gonflent à chaque expiration. La pâleur remplace la teinte violette de la face ; la bouche reste ouverte, les yeux sont à moitié fermés, et les pupilles largement dilatées. Les mouvements du cœur s'accélèrent d'une manière irrégulière; le pouls est si déprimé et si fréquent , qu'on ne peut le compter. Des mouvements convulsifs légers et partiels peuvent encore sillonner quelques points du corps : les malades fument souvent la pipe. Quelques-uns poussent un profond soupir, un cri ou même des hurlements affreux. Enfin la sensibilité revient progressivement; la raison ne se rétabht que lentement.

Les phénomènes consécutifs aux attaques varient : le plus communément un coma, qui va quelquefois jusqu'au carus le plus profond, succède à une ou plusieurs attaques d'épilepsie ; le malade est immobile dans son lit, les yeux fermés ou demi-clos, et la bouche ouverte. Son intelligence semble complètement anéantie ; la sensibilité et la molilité quoique diminuées , sont conservées. Quelques rares grognements sourds , de temps en temps l'ouverture des yeux, ou bien des mouvements automatiques du tronc et des membres, sont les seuls actes qui se passent à l'extérieur. Un ronflement bruyant, qui s'entend à certains intervalles , pourrait faire croire à un sommeil profond. Ge coma dure depuis quelques heures jusqu'à des jours entiers; quelquefois il est interrompu par de nouvelles attaques d'épilepsie plus

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ou moins fréquentes , suivies elles-mêmes de coma, et ainsi de suite jusqu'à la terminaison de la maladie. Dans un cas, trente-quatre accès interrompirent l'état comateux dans l'espace de vingt-quatre heures. Le coma devient, en général, plus prononcé , à mesure que les accès convulsifs se répètent plus fréquemment; après la première attaque d'épilepsie, le malade peut être seulement demi-somnolent: alors le regard est égaré , la physionomie hébétée, l'ouïe est affaiblie ; le malade comprend à moitié les questions qu'on lui adresse, et y répond lentement et par monosyllabes. Quelquefois le malade ne répond pas, nuis il parle seul ; la parole est embarrassée , et cependant rapide; les idées sont confuses, incohérentes; enfin, dans d'autres cas, aussitôt Tattaque terminée, le malade tombe dans le délire ou est agité de mouvements convulsifs caractérisés par des secousses spasmodiques générales ou partielles. En général , l'intelligence ne se rétablit qu'au bout de vingt-quatre heures, et quelquefois de plusieurs jours seulement. Le délire est quelquefois difficile à reconnaître : au premier moment , on peut croire que le malade a toute sa raisfjn ; ce n'est qu'en le suivant longtemps et à différentes heures de la journée, qu'on finit par s'apercevoir qu'il divague par instants plus ou moins rapprochés et plus ou moins longs (^Tanquerel-Desplanches, ouvr. cité, t. ii, p. 301-306).

11 est impossible d'assigner une marche à l'épilepsie Saturnine : d'un moment à l'autre , elle apparaît et disparaît avec la rapidité de l'éclair; les attaques se répètent à des intervalles qui varient entre quelques minutes jusqu'à sis et sept jours ; leur nombre varie dans les vingt-quatre heures entre un et trente-quatre. 11 est rare qu'on n'observe qu'une seule attaque par jour. Dans un cas, les accès sont revenus pendant deux jours à la même heure.

L'épilepsie saturnine se termine fréquemment par asphyxie ; dans quelques cas , la mort a lieu subitement, comme par suspension de l'action nerveuse; quelquefois le délire furieux termine la scène. On a vu la fia d'une encéphalopathie saturnine être annoncée par un développement considérable de furonchs sur le tronc et sur les fesses. «Jamais nous n'avons vu, dit M. Tanquerel , cette affection dégénérer en méningiXe ou en encéphalite, et nous ne trouvons dans la science aucune observation digne de confiance dans laquelle on ait noté cette terminaison.» M. Grisolles a vu deux individus atteints d'épilepsie saturnine succomber au bout de trente-six heures de maladie (Essai sur la colique de plomb; thèse de Paris, 1835, nO 189).

Sur quoi repose le diagnostic de l'épilepsie saturnine? en quoi cette variété diffère-t-elle de l'épilepsie ordinaire? Si l'on n'était témoin que de l'accès lui-même, dit M. Tanquerel, il serait le plus souvent

impossible de reconnaître sa nature; ce sont ses phénomènes précurseurs, consécutifs , sa marche, qu'il faut prendre en considération. M. Tanquerel a néanmoins indiqué les différences suivantes : «Dans le plus grand nombre des cas , l'épilepsie vulgaire marche avec lenteur, c'est une maladie essentiellement chronique qui dure plusieurs années, toute la vie; .«es attaques reviennent ordinairement à des intervalles éloignés , huit , quinze jours , des mois , des années entières. Dans l'épilepsie saturnine, maladie essentiellement aiguë, les accès se renouvellent rapidement, deux, trois, trente fois par jour; dans ce dernier cas, à peine un accès fini, qu'un autre recommence, et successivement coup sur coup. Chez un grand nombre d'épileptiques , les convulsions sont habituellement plus marquées d'un côté du corps que de l'autre : cette circonstance n'a point été observée dans l'épilepsie saturnine. Dans l'encéphalopathie , les convulsions .ont une grande énergie , on voit des contractions violentes qui vont presque jusqu'au tétanos ; la langue est très-souvent mordue dans l'épilepsie saturnine; cet accident se rencontre rarement dans l'épilepsie ordinaire ; la durée de l'accès est beaucoup plus longue dans l'encéphalopathie. L'épilepsie saturnine est constamment précédée ou suivie de délireou de coma, ce qu'on ne voit point habituellement dans l'épilepsie vulgaire; dans celle-ci, l'assoupissement qui succède à l'attaque se dissipe au bout d'une demiheure ou d'une heure ; dans l'épilepsie saturnine , le coma consécutif ou primitifs l'attaque , dure plusieurs heures, plusieurs jours (ouvr. cité, t. k, p. 333-335).

Sans nier que quelques-uns des caractères différentiels énumérés par M. Tanquerel aient une certaine valeur, nous pensons , toutefois, qu'ils seraient presque toujours insuffisants pour distinguer une attaque d'épilepsie saturnine d'une attaque d'épilepsie ordinaire , si l'on n'était pas éclairé par la connaissance des circonstances étiologiques, et par l'existence des autres accidents saturnins qui existent presque toujours simultanément, ainsi que l'annonce M. Tanquerel lui-même.

«Une fois l'encéphalopathie saturnine déclarée, pendant toute sa durée, le délire, le coma et l'épilepsie apparaissent subitement d'un moment à l'autre , sans suivre aucune régularité dans leur marche. » Cependant le cas le plus ordinaire est celui-ci : le malade est pris d'abord d'un délire quelquefois si léger, que le médecin ne le reconnaît pas ; au bout de quelques heures, et même quelquefois d'un ou deux jours , une attaque d'épilepsie survient , à la suite de laquelle le malade tombe assoupi quelques minutes, puis se réveille pour être pris d'un délire tranquille ou furieux. Le même jour ou le lendemain , une ou plusieurs attaques d'épilepsie surviennent de nouveau. Après chaque

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accès , rassoupissementcst plus profond et plus long^. Dans quelques cas, le délire est prédominant; dans d'autres, c'est le coQu; enfin, fréquemment i'épilepsie est le symptôme culminant.

Le pronostic de l'épilepsie saturnine est fort grave. Quelques auteurs ont pensé que la mort était presque constante : a L'épilepsie saturnine est toujours p?-omptenient mortelle» , d'il M. Miquel (5w//e/. de thér., t. VI, p. 258 ); on doit pronostiquer une mort prochaine , quand même , après les accès , les fonctions reviendraient à leur état normal» {Bulletin de thérapeutique, t. vu, p. 341). Heureusement que l'observation a rappelé de cet arrêt terrible , tout en démontrant d'ailleurs la gravité de la maladie. Sur 43 malades observés par M. Tanquerel, 1 1 ont succombé, 32 ont guéri ; sur ces derniers, 7 n'avaient présenté que l'épilepsie saturnine , 25 avaient réuni les trois formes de l'eucéphalopathie ( délire , coma, épilepsie ).

«Si les attaques épileptiques , dit le médecin que nous venons de citer, sont suivies d'un état comateux , c'est une circonstance fâcheuse, et le danger est imminent quand la respiration devient inégale , stertoreuse , etc. Lorsqu'à l'épilepsie succède le délire , on peut espérer la guérison. En général , le pronostic est d'autant plus favorable que le malade lutte plus longtemps, car la mort arrive rarement après le sixième ou le septième jour.

«La seule altération qui se lie à l'épilepsie saturnine, a dit M. Miquel, est l'hypertrophie du cerveau; toujours on peut s'attendre à la rencontrer à l'ouverture des corps» (Bull, dethérap., t. vu, p. 339-342). Des recherches plus nombreuses sont venues démontrer que cette assertion était beaucoup trop exclusive et trop absolue. L'examen anatomique des malades morts par suite d'une maladie cérébrale déterminée parle plomb a donné des résultats très-différents. Astruc, Lepois, Willis, ont trouvé , tantôt un engorgement , tantôt un épanchement de sérosité autour du cerveau; MM. Renauldin, Ganuet et Thomas signalent des épanchements séreux ou sanguins entre les membranes et dans les ventricules; des ramollissements du cerveau et de la moelle; les os eux-mêmes, dit M. Thomas, sont souvent affectés, mais M. Tanquerel démontre qu'on ne peut accorder aucune valeur à l'existence de ces altérations, établie qu'elle est par des faits peu nombreux , incomplets ou contradictoires (ouv. cité,p. 349). MM. Martin - Solon , Grisolles, Nivet, ont vu dans quelques cas une coloration jaunâtre de la substance médullaire.

Laennec {Bev. méd., t. ni, 1 826), Dance, MM. Grisolles, Nivet, ont vu les circonvolutions cérébrales aplaties, très-rapprochées les unes des autres, tassées, les anfractuosités presque effacées , et c'est à cet état, regardé comme constant par M. Miquel, qu'on a donné

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le nom à' hypertrophie du cerveau. M. Andral (C7/m. méd., t. H. p. 6 16) a rencontré deux fois ce tassement des circonvolutions accompagné d'une pâleur de la pulpe nerveuse , d'une décoloration de la substance grise, d'une sécheresse des membranes d'enveloppe et des ventricules, et d'une légère augmentation de consistance, tandis que dans les deux cas de M. Grisolles , la consistance du cerveau était diminuée partout (thèse citée, p. 53).

Mais , dans des cas assez nombreux , l'autopsie n'a pu faire rencontrer aucune altération dans le cerveau d'individus morts d'une épilepsie saturnine: M. Andral a plusieurs fois constaté cette absence de toute altération appréciable ( Clin, méd., t. v, p. 208 et suiv.). MM. Louis (Bech. anat. path. sur diverses maladies, p. 483), Rufz, Nivet, Gorbin , Mérat , ont également eu occasion de le faire. En réunissant les différents faits qui ont été rapportés par les auteurs , on voit qu'on a trouvé vingt-une fois un aplatissement , un tassement des circonvolutions cérébrales , avec augmentation ou diminution de cohésion de la pulpe cérébrale, augmentation ou diminution du volume de l'encéphale; dix -neuf fois une coloration jaune de la substance cérébrale; trente -deux fois l'autopsie n'a révélé aucune lésion notable du système nerveux (Tanquerel , ouvr. cit., p. 356).

Lorsque l'on rencontre le tassement , l'aplatissement des circonvolutions cérébrales , doit-on considérer cet état comme une hypertrophie? Oui, lorsqu'il y a en même temps induration des molécules et augmentation de leur nombre ; mais on ne saurait dire qu'il y a hypertrophie lorsque l'aplatissement des circonvolutions coïncide avec une diminution du volume ou de la consistance de l'encéphale.

Si, maintenant, l'on se demande quel est le rôle que joue l'hypertrophie du cerveau dans la production de l'épilepsie saturnine , on voit que si cette hypertrophie précédait l'encéphalopathie , et donnait naissance à ses phénomènes , on devrait observer des prodromes de cette maladie, dont la marche serait alors essentiellement chronique; comment d'ailleurs, dans ce cas, tous les accidents pourraient-ils disparaître dans l'espace de quelques jours, et même de quelques heures? «L'hypertrophie et les autres altérations cérébrales rencontrées dans le cas d'encéphalopathie saturnine, dit M. Tanquerel, ne peuvent donc être qu'une lésion secondaire, accidentelle; mais l'augmentation du volume du cerveau n'est pas l'effet d'un épanchement séreux , car les ventricules sont ordinairement vides et même rétrécis ; elle ne dépend pas d'une congestion sanguine, car la pulpe cérébrale, exsangue dans plusieurs cas , n'offre dans d'autres qu'un piqueté peu caractérisé , et si Ion considère la rapidité avec laquelle la maladie se déclare et se développe, on admettra moins une augmentation du

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nombre des molécules qu'une sorte de turgescence, ou de boursouflement qui peut très-bien s'expliquer par l'orgauisatioa même du tissu cérébral, et la violence des symptômes qui ont jeté une perturbation générale dans cet organe. »

Le système nerveux crânien est évidemment le siège de l'épilepsie saturnine. Mais quelle est la nature de celte maladie? 11 n'est pas plus facile de le déterminer que pour l'épilepsie ordinaire. On ne peut la trouver ni dans l'hypertrophie , ni dans l'inflammation ; quelques auteurs ont voulu la trouver dans l'action sympathique exercée sur le cerveau par l'affection saturnine abdominale , mais l'épilepsie se montre sans qu'il existe de colique.

«C'est en agissant directement sur le cerveau que les molécules de plomb produisent les symptômes de Vencéphalopathie saturnine. Mais tous les poisons introduits dans l'économie doivent nécessairement passer par la circulation sanguine, pour porter plus tard leur influence délétère sur le système nerveux. Ici il y a donc d'abord mélange , c'est-à-dire empoisonnement du sang par le plomb. La nature de l'impression du plomb sur l'encéphale , le mode de production de la maladie suivant telle ou telle forme qu'elle revêt, le comment des fonctions altérées, tout cela échappe complètement à nos investigations. Tout ce que nous pouvons donc dire , c'est que celte maladie consiste dans une modification morbide spécifique de tout le système nerveux encéphalique , modification appréciable par l'ensemble des symptômes , et non par l'altération cérébrale complètement inconnue ; qu'en un mot l'encéphalopathie saturnine doit être placée dans la classe des empoisonnements ou des névroses par cause spécifique » ( Tanquerel , ouvr. cit., p. 365).

Causes de l'épilepsie. — Les causes de l'épilepsie ont été diversement envisagées. Tissot les a divisées en physiques et en morales, chacune de ces deux classes se subdivisant en causes prédisposantes et immédiates; Portai a admis des causes idiopathiques ou prochaines , et des causes sympathiques , médiates ou secondaires ; et dans cette seconde classe , il a placé trente-trois espèces d'épilepsies : les causes de l'épilepsie, dit M.Esquirol, sont générales ou individuelles, éloignées ou prochaines. Toutes ces divisions sont plus ou moins arbitraires , et si l'on voit souvent certains modificateurs, la frayeur, par exemple , agir à la manière des causes déterminantes, et donner immédiatemeut lieu , par leur application , à un accès épileptique , il est difficile de ne pas admettre qu'il existe , dans tous les cas , une prédisposition dont la nature nous échappe entièrement. Nous suivrons, dans l'étude éliologique qui va suivre, l'ordre que nous avons adopté dans cet ouvrage, et nous diviserons les causes de l'épilepsie en prédispo-

santes et en déterminantes ; mais nous prévenoBS le lecteur que ces deux classes ne peuvent être entièrement séparées dans la clinique , et que le plus ordinairement elles se réunissent ou se transforment l'une dans l'autre.

A. Causes prédisposantes. — 1° Hérédité. « Neque, dit Fr. Hoffmann , est ullus morbus magis « gentihtius,et qui tam facile aparentibus in liberos « devolvitur, quam epilepsia» {Opéra omn., t. ni, p. 10). L'influence héréditaire de l'épilepsie est, en effet , généralement admise , et, suivant J. Copland, il faut souvent la rechercher chez les grands parents, les oncles , etc. , du malade. Zac. Lusitanus cite le cas d'un homme qui avait huit enfants et trois petitsenfants , qui tous étaient épileptiques comme lui (Prax. ad chir., iib. i, obs. 36). Stahl {De hœredit. dispos, ad var. affect., p. 48), Boerhaave Aphor. (1075), J. Copland {loc. cit.., p. 789), ont cité des faits analogues. Sur cent dix malades observés par MM. BoucheretCazauvieilh, trente-un étaient nés de parents épileptiques. M. Beau n'a pu admettre l'influence de l'hérédité que vingt-deux fois sur 232 cas. L'épilepsie , dans les cas de ce genre , peutelle se déclarer par le fait seul de l'hérédité, ou celleci se borne-t-elle toujours à transmettre à l'enfant une prédisposition à laquelle , pour que la maladie se développe, doit venir s'ajouter une cause déterminante ? 11 est difficile de répondre d'une manière satisfaisante à cette question , que des faits opposés laissent dans l'obscurité.

2" Endémie. — Quelques auteurs assurent que l'épilepsie est endémique dans certaines contrées, dans les pays froids : J. Frank dit avoir observé, dans l'espace de seize ans, soixante épileptiques nés en Lithuanie ; sur sept mille cinq cent sept individus appelés au service militaire dans un département voisin de Paris, dans l'espace de quatre ans, vingthuit ont été réformés pour cause d'épilepsie ; ces faits ne sont pas assez significatifs pour qu'on puisse en tirer une conclusion.

3*' Constitution, tempérament. — Selon M. Esquirol , les constitutions scrofuleuses , affaiblies, cachectiques prédisposent à l'épilepsie. Cette opinion est celle de Hufeland , de Portai, de Frank, de J. Copland. « Les tempéraments , dit Tissot, qui , en général , sont les plus disposés aux accidents épileptiques sont le phlegmatique , le mélancolique et le sanguin ; pour que le bilieux en soit attaqué , il faut , ou qu'il ait considérablement dégénéré , ou qu'il se trouve dans des cas bien extraordinaires » {loc. cit., p. 44). M. Foville indique le tempérament nerveux : ici encore , nous ne possédons aucun résultat statistique propre à nous éclairer.

4" Jge. — L'épilepsie attaque tous les âges, mais elle est beaucoup plus fréquente dans l'enfance,

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ainsi que le témoigne le nom de mal des cjifun/s qui lui a été donné. M. Esquirol établit que la facilité pour la contracter est en raison inverse de l'âge. Voici le tableau donné par M. Beau :

Épilepsie congénitale , i 7

Épilepsie déclarée de la naissance :

A 6 ans, 22

De 6 à 12 ans, 43

De 12 à 16 ans, 49

De 16 à 20 ans, 17

De 20 à 30 ans, 29

De 30 à 40 ans, 12

De 40 à 50 ans, 15

De 50 à 60 ans, 4

De 60 à 61 ans, 1

Sur 66 épileptiques observés par M¥. Boucher et Gazauvieilh, la maladie s'est développée chez 50, depuis la naissance jusqu'à l'âge de vingt ans.

5° Sexe. — '.(Les femmes sont plus sujettes à l'épilepsie que les hommes; mais cette prédisposition, dit M. Esquirol , n'est point apercevable depuis la naissance jusqu'à l'âge de sept ans. Ce n'est qu'alors que les caractères de chaque sexe se dessinent, se prononcent, se différencient, et c'est alors seulement que le nombre des femmes épileptiques prédomine» [loc. ci7.,p. 292). Sur 75 malades observés par J. Frank, il y avait 40 femmes: en comparant le nombre des épileptiques qui, au 31 décembre 1813, se trouvaient à la Salpêtrière, où l'on ne reçoit que des femmes, à celui des épileptiques de Bicêtre, où l'on ne reçoit que des hommes , on trouvait le nombre 389 pour le premier hôpital, et 162 pour le second.

6*^ Causes physiologiques. — Le développement de l'épilepsie a-t-il quelque rapport avec l'apparition de la menstruation? Sur 227 malades observées par M. Beau, la menstruation a eu lieu avant le développement de la maladie cent dix fois; la maladie a précédé la menstruation quatre-vingt-deux fois; enfin l'épilepsie et la menstruation ont apparu dans la même année trente-cinq fois. Sur 66 femmes, MM. Boucher et Gazauvieilh en ont compté 38 qui étaient devenues épileptiques avant d'être menstruées; chez les 28 autres, la menstruation avait précédé la maladie. Les enfants qui ont été conçus dans le temps des menstrues sont-ils plus exposés à cette maladie ? Pas plus que M. Esquirol, nous ne pouvons répondre à cette question. On ne saurait davantage dire si la grossesse doit être rangée parmi les causes prédisposantes de l'épilepsie ; on l'a vue souvent suspendre les attaques pendant toute sa durée (Tissot, loe. cit.j p. 77), et , d'un autre côté, elle favorise le développement de la maladie, en donnant lieu à des con

gestions encéphaliques. Le travail de la dentition a, été regardé comme exposant particulièrement les en^. fauts à l'épilepsie ; mais celle-ci a souvent été coa^ fondue avec les convulsions par les auteurs qui on| émis cette opinion.

7^ Causes hygiéniques. — Les écarts de régime, l'abus des boissons alcooliques, les excès de travail intellectuel, les chagrins, les excès vénériens, la masturbation, la continence, disposeraient à l'épilepsie, et pourraient en devenir la cause déterminante. Le docteur Hébréard a remarqué que , sur 162 épileptiques, 1 1 9 étaient célibataires, 33 mariés, et 7 veufs (J. Copland, lac. cit., p. 791). Ce n'est qu'avec une extrême réserve qu'il faut admettre les faits qui ont été cités comme preuves de ces influences. M. Foville et Copland font remarquer que l'épilepsie est plus fréquente dans les classes inférieures de la société.

8" Causes pathologiques. — La présence dans le cerveau d'une production accidentelle (tubercule , acéphalocyste) , un développement imparfait de l'encéphale, sont des causes prédisposantes assez bien établies :«les idiots et les imbéciles de naissance, dit M. Foville, sont très-sujets à l'épilepsie»; et, suivant Georget, on trouverait, en général, un épileptique sur huit ou dix idiots. Gn a encore mentionné l'hydropisie , la vérole , les calculs biliaires et vésicaux , la constipation habituelle, la présence de vers dans les intestins, etc.; mais ici la relation de cause à effet est beaucoup plus difficile à saisir et à admettre.

B. Causes délerminantes. — 1** Contagion. -^r^ L'épilepsie, a-t-on dit , est contagieuse par imitation^ et Arnold {Medic. Zeitung ; 1838, n° 8) a rapporté à l'appui de cette opinion un fait qui lui paraît concluant, et qui a été reproduit, dans la Gazette des hôpitaux (n° du 19 octobre 1839), sous le nom à'épilepsie épidémique. Mais , sans rechercher si dans les cas de ce genre on n'a point souvent donné le nom èH épilepsie à de simples convulsions , sans nier que, comme un grand nombre d'affections nerveuses, comme la monomanie suicide , l'épilepsie puisse se propager par imitation, nous pensons qu€, le plus ordinairement, c'est à h. frayeur causée par la vue de l'épileptique, ou par le souvenir de son aspect, qu'il faut attribuer les accès convulsifs qui se manifestent chez les spectateurs : la maladie se rattache dès lors à un ordre de causes dont nous nous occuperons bientôt.

2^ Causes physiologiques. — La plupart des auteurs anciens, Fernel(P«^/io/., lib. v, cap. ni; Oper. omn.j in-f^, p. 408) , Jackin (Comm. in non. libr. i?//«z.;,cap.xiv,p. 132), Schenkius(/oc.aY.,p. 120), Tissot (loc. cit., p. 76), ont regardé la grossesse comme pouvant devenir une cause déterminante de l'épilepsie ; La Motte ((7/i//-Mr^. compL, t. u , p. 422),

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Quarin {loc. cil., t. ii , p. IG), ont vu des femmes qui éprouvaient constamment des attaques d'épilepsie lorsqu'elles étaient enceintes d'un garçon, et jamais lorsqu'elles l'étaient d'une fille. « Je connais deux femmes, dit Tissot, dont l'une a eu , dans trois grossesses , un accès presque toutes les semaines, jusqu'à ce qu'elle eut senti Tenfant; la seconde en avait eu un presque tous les mois dans ses deux premières grossesses» {loc. cit., p. 76). Les grossesses doubles auraient surtout ce fâcheux privilège; faccouchement, et surtout les accouchements difficiles, laborieux, ont été indiqués par tous les chirurgiens comme donnant lieu à l'épilepsie : des faits nombreux et authentiques ne permettent pas de repousser cette opinion ; mais nous croyons qu'il faut admettre dans tous les cas l'existence antérieure de la prédisposition , Anproégumène de Tissot; le travail de la dentition, l'âge critique, ont été également désignés.

3° Causes hygiéniques. — Les écarts de régime, les excès de liqueurs fortes, auraient déterminé l'épilepsie; certains aliments jouiraient surtout de cette propriété : des individus auraient eu la première attaque après avoir mangé immodérément des fruits ou du lait (Hildesheim. Spicileg., p. 599), des champignons (Sennert, Prax. med., lib. vi, p. 300), de l'anguille (Forest Obseri>., lib. x , obs. lvu) , de la compote de choux {Encjclop. med., lib. i,cap. ix, p. 127), des poireaux (Tissot, /oc. cit., p. 145). Galien, Van-Heers, Van-Swieten, Sauvages, Tissot, dirent avoir vu l'épilepsie produite par des excès vénériens ; Cole a vu un individu devenir épileptique pendant la troisième nuit de son mariage {Pliilosph. trans., n'* 174, p. 115): l'attaque arrive pendant le coït ou immédiatement après ; l'onanisme agirait de même. D'un autre côté, une continence trop longue aurait le même effet. « Vehemens quoque rei venerese «desiderium à semine copioso obortum, ob castitatem «tamen suppressum, dit naïvement Fr. Hoffmann, «gravem hune epilepticum affectum provocandi po- «tentiam habere, plurimis notatu dignis confirmari «potest exemplis» (loc. cit., p. 12). De nos jours, l'observation est loin d'avoir démontré une influence que les anciens ont admise avec beaucoup trop de légèreté; l'insolation (Esquirol, ouvr. cité, p. 292), lesexercicei violents (Tissot, loc. cit., p. 157), ont une action qui paraît mieux établie.

4° Causes pathologiques. — Une foule d'affections ont été considérées comme pouvant déterminer l'épilepsie. En première figue , ou a placé les maladies chroniques de l'encéphale et de ses enveloppes , de la moelle, les plaies de tète: «Res enim apud medicos «aeque ac chirurgicos uotissima est, a dit Hoffmann , «quod a gravioribus capitis et cranii per vulneratio- «nem, fracturam , percussiouem , depressionera , in-

«duclis Isesionibus, frequentius graves, quin nôû- « nunquam lethales , proveniant epilepsiae » (loc. cit-, p. 1 1). Évidemment ici encore on a confondu l'épilepsie avec les convulsions, et l'on doit dire avec Boyer : «De tous les accidents qui peuvent résulter d'une lésion de la tête par cause externe, l'épilepsie est peutêtre celui qui arrive le plus rarement; encore n'est-il pas démontré que, lorsque cet accident survient, il ne dépende pas de toute autre cause. » L'aménorrhée , l'ischurie, la suppression d'une diarrhée, d'une hémorrhagie, d'une suppuration habituelles, d'une salivation mercurielle (Tissot, loc. cit., p. 140), la répercussion d'un exanthème, la syphilis, sont des causes sur lesquelles les auteurs ont insisté avec complaisance, mais dont la puissance est encore problématique. «Nous avouerons, cependaut, dit Georget, qu'un certain nombre d'épileptiques nous ont assuré que leur maladie datait de l'éruption de la petite vérole , qui avait eu lieu de six à neuf ans. » La présence de vers dans les intestins a fait admettre une épilepsie vermineuse par Bartholin , Heister ( Comp. med.pract., cap.xiv), Wepfer (jE'^/i. cur. nat., an n, déc), Bosch (Hist. conslit. epidem. vermin., p. 1 32); mais nous pensons , avec Hannes (Epislola de puera epilept. foliis aurant. saiiato.\ qu'on a beaucoup exagéré l'importance de cette circonstance, qui ne constitue qu'une complication. Nous nous sommes, d'ailleurs , déjà expliqués à ce sujet (Voy. le Compend. art. Entozoâires). L'administration des purgatifs (Portai), des mercuriaux (Esquirol, ouvr. cité, p. 295) , peut-elle , dans quelques cas , produire l'épilepsie ? « Je vois dans une thèse soutenue à Wittemberg, dit Tissot , qu'en donnant de grosses doses de poivre à un malade pour le guérir de la fièvre tierce , on le rendit épileptique» (loc. cit., p. 146).

5" Causes morales. — C'est dans cette dernière classe qu'il faut rechercher les causes les plus fréquentes de l'épilepsie , et tous les auteurs s'accordent à y donner la première place à la frayeur qui, selon Georget , «doit être comprise , au moins pour les trois quarts , dans le tableau des causes de l'épilepsie. » Son influence a été manifeste 191 fois chez les 381 épileptiques observés par J. Frank, MM. Boucher et Gazauvieilh et Beau. Tantôt la frayeur est causée par la vue d'un épileptique , tantôt par un accident , un danger, ou même par un rêve (Beau , mém. cit.). «J'ai remarqué, dit Georget, que beaucoup de femmes étaient dans la période menstruelle lorsqu'elles avaient éprouvé la frayeur qui les rendit épileptiques. » L'influence de la frayeur est si grande , qu'elle s'exerce sur l'enfant , et le rend épileptique lors même que la terreur n'est éprouvée que par la nourrice ou par la mère pendant sa grossesse , et qu'elle ne développe pas la maladie chez celles-ci ; «Quin imo haud ra-

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«rum est, quod infantes, si matres gravide soevio- «ribus indulserint animi commotionibus , primis aela- «tis annis fjcillime fiant epileptici» (Fr. Hoffmann , (îoc. cit., p. 12). Les passions fortes, la colère , les chagrins, sont, après la frayeur, les principales causes déterminantes de l'cpilepsie.

Pour résumer tout ce que nous venons de dire , nous ne pouvons mieux faire que de reproduire les tableaux suivants; ils montreront l'influence relative des différents modificateurs que nous avons énumérés, et prouveront en même temps que fort souvent il est impossible de remonter à la cause qui a produit l'épilepsie, que celle-ci soit congénitale ou acquise.

Sur 69 épileptiques, MM. Boucher et Gazauvieilh ont constaté les causes déterminanles suivantes (Mém. cité. Jrch. géii. de méd., 1826, t. x, p. 44):

Frayeur ,

Chagrins ,

Onanisme ,

Suite de couches ,

Age critique,

Menstruation difficile ,

Dentition,

Contrariétés ,

Coups sur la tête ,

Insolation ,

Causes inconnues ,

Total.

M. Beau, en étudiant les différentes circonstances qui ont eu une influence immédiate ou médiate sur le développement de la maladie, chez 232 épileptiques, a noté les causes suivantes :

Peurs ,

Peur en rêve ,

Chagrins ,

Joie,

Émotion

Yue d'épileptique ,

Apparition des règles ,

Age critique,

Chute sur la tète.

Masturbation ,

État de couches ,

Convulsions d'enfance,

Sans cause,

Épileps. congénitale Avec peur de

( la mère.

Causes inconnues ou douteuses ,

Total.

Sur^ce même nombre d' épileptiques , M. Beau a vu :

68 fois la cause être immédiatement suivie du développement de la maladie.

49 fois la cause ne pas être immédiatement suivie de la maladie.

41 fois il a été difficile île savoir si l'effet avait été médiat ou immédiat.

74 fois celte appréciation a été impossible, la cause étant inconnue , la maladie congénitale.

Il nous reste à dire un mot des causes spécifiques de l'épilepsie saturnine. Pour expliquer, dit M. Tanquerel , l'action pernicieuse du plomb sur le cerveau, on est obligé d'admettre que les parlicules saturnines absorbées par une voie quelconque, à l'état de vapeur, de pulvérisation ou de liquide, sont prises par les vaisseaux absorbants , et transportés dans le torrent circulatoire. Mais parmi les sujets soumis aux mêmes causes déterminantes, les uns sont attaqués d'cpilepsie, les autres sont préservés. Celte différence dépendelle d'une prédisposition que l'on puisse déterminer? Le sexe ne fournit aucunes données à cet égard ; les femmes sont moins fréquemment atteintes que les hommes , uniquement en raison de la nature de leurs occupations habituelles. Sur 72 malades observés par M. Tanquerel , 50 étaient âgés de vingt à quarante ans; mais c'est entre ces deux âges que sont placés ordinairement les hommes qui travaillent aux préparations de plomb. La constitution paraît exercer une influence plus marquée : sur ces mêmes 72 malades, 36 étaient d'une constitution robuste et d'un tempérament sanguin ou bilieux; 1 8 avaient une constitution faible et un tempérament lymphatique; 18 offraient une constitution mixte et un tempérament peu décidé. Les conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvent placés les individus peuvent être regardées comme nulles. Les maladies antérieures du syslème nerveux étrangères au plomb, et même l'épilepsie ordinaire, ne prédisposent pas à conlraclcr l'épilepsie saturnine ; mais lorsque celle-ci s'est une fois manifestée , les malades conservent une fâcheuse prédisposition à la contracter de nouveau. En général , l'épilepsie saturnine ne se manifeste que lorsque le sujet a déjà eu précédemment une ou plusieurs attaques de coliques et d'arthralgie. Sur 72 malades atteints d'encéphalopathie,6 seulement n'avaient pas éprouvé précédemment d'autre maladie de plomb. Toutefois le degré de violence de ces affections antérieures ne paraît exercer aucune influence sur le développement de l'épilepsie saturnine. Les affections morales n'ont plus ici l'influence que nous leur avons assignée dans la production de l'épilepsie ordinaire. «Nous avons rencontré, dit M. Tanquerel, dans les grandes fabriques de plomb , des ouvriers qui étaient en proie aux plus

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violeuls chagrins depuis nombre d'années, et qui, cependant, n'ont point été atteints d'encéphalopathie saturnine , quoiqu'ils aient été attaqués des autres maladies de plomb» {loc. cit. p. 278). On voit que les causes prédisposantes de Tépilepsie saturnine ne sauraient être déterminées avec précision; «cependant, dit l'auteur que nous venons de citer, malgré l'obscurité que jette encore sur l'étiologie de l'encéphalopathie la multiplicité des circonstances dans lesquelles on la voit apparaître , il est un fait qu'on ne saurait mettre en doute, c'est l'existence d'un rapport constant, mais inconnu, entre la production de cette maladie et les dispositions actuelles de l'organisme chez les individus soumis à l'influence des préparations de plomb.»

L'étude des causes déterminantes conduit à des résultats plus positifs. Le plomb, et tous ses composés peuvent donner naissance à l'épilepsie saturnine, et, toutes choses étant égales d'ailleurs, il ne paraît pas que quelques préparations saturnines aillent de préférence faire sentir leur influence délétère sur l'encéphale; cependant une préparation de plomb occasionne d'autant plus facilement la maladie, qu'elle se répand plus aisément dans l'air sous forme d'ématiations : ainsi sur 72 individus atteints d'encéphalopathie saturnine, et appartenant à treize états différents, 45 étaient employés à la fabrication de la céruse, ou peintres en bâtiments. Il semble prouvé qu'il faut que l'homme absorbe une plus grande quantité de molécules saturnines pour être atteint d'encéphalopathie , que pour contracter les autres maladies de plomb. L'absorption s'opère à la surface des muqueuses digestive et respiratoire, sur lesqueltCs viennent se déposer, par la déglutition et la respiration , les molécules saturnines.

L'action du plomb sur le cerveau ne se fait pas sentir immédiatement : il faut que l'homme soit exposé pendant un certain temps à ses émanations pour que la maladie se manifeste; mais ce temps est extrêmement variable. «Nous avons vu, dit M. Tanquerel , des ouvriers éprouver des accidents cérébraux au bout de quelques jours , d'autres seulement après vingt et cinquante ans de travail.» Cependant, sur les 72 malades observés par ce médecin, 44 ont été atteints avant le dixième mois ( 1 0 entre le huitième et le trentième jour, 34 entre le premier et le neuvième mois) ( Tanquerel , ouvr. cit. , p. 2G6-279).

Trailement de l'épilepsie. — Plusieurs indications se présentent dans le traitement de l'épilepsie , etnous nous occuperons successivement: a. des soins que réclament les malades pendant l'attaque et immédiatement après; b. des moyens propres à empêcher le retour des attaques ou leur invasion, lorsqu'elles sont annoncées par des prodromes; c. des moyens qu'il convient d'opposer à la cause des attaques, c'est-à-dire à la maladie.

a. Soins que réclament les malades pendant l'attaque et immédiatement après. — Dès que l'attaque épileptique est déclarée, il faut coucher le malade sur un ou plusieurs matelas étendus par terre, ou dans un lit en forme d'auge, afin qu'il ne puisse s'en jeter à bas; on le placera sur le dos, un peu incliné de l'un ou de l'autre côté du corps, la tête un peu relevée, et dans un lieu éclairé; on lui laissera toute la liberté possible; cependant , comme il pourrait, par des mouvements désordonnés, se faire des contusions ou même des fractures, il est nécessaire quelquefois de le faire contenir sans violence , mais avec sûreté, par des aides ou par des lacets de linge ; on lui enlèvera, selon son sexe, ses jarretières, sa cravate, ou son corset; on desserrera tous les vêtements qui lui compriment le gou , la poitrine , l'abdomen ou les membres ; il est bon de lui mettre entre les dents un petit rouleau de linge pour l'empêcher de se mordre les lèvres, la langue, ou de se rompre les dents; on facilitera l'écoulement de la salive et on la rendra plus fluide, lorsqu'elle est trop visqueuse, avec quelques cuillerées d'oxymel simple (Portai) ; on fera flairer quelquefois avec avantage au malade du vinaigre simple ou des quatre voleurs, de la teinture de castor, d'assa fœtida ; mais il faut soigneusement éviter les errhins assez énergiques pour provoquer l'éternument; il faut se garder aussi de croire, ainsi qu'on le fait trop communément , qu'on doive secouer violemment les épileptiques , et maintenir leurs pouces dans un certain écartement. Dans l'intervalle des mouvements convulsifs, il est bon de faire avaler au malade de petites cuillerées d'eau de fleurs d'oranger, de menthe, avec cinq ou six gouttes d'alcali volatil (Portai, loc. cit.., p. 359 ) , de lui administrer des lavements purgatifs, de lui faire sur le ventre, l'épine dorsale et les membres des frictions avec des liniments alcooliques ou huileux. Lorsque l'attaque est très- violente et de longue durée, il faut avoir recours à des moyens plus énergiques pour prévenir l'apoplexie ou l'asphyxie, qui peuvent faire périr le malade pendant le paroxysme. Dès qu'il se manifeste des symptômes de congestion cérébrale , il faut faire une large saignée du bras, du pied ou de la jugulaire, le choix n'étant d'ailleurs pas toujours permis, en raison de la difficulté que l'on éprouve à pratiquer la phlébotomie au milieu des mouvements désordonnés auxquels se livre le malade: plusieurs aides sont souvent nécessaires pour fixer celui-ci. On stimule ensuite l'action du cœur et les mouvements respiratoires en excitant la muqueuse nasale , en insufflant de l'air dans les poumons , etc. M. Galmeil a vu la saignée produire souvent des effets très-marqués, l'état convulsif diminuer à mesure que le sang coulait, des attaques qui duraient ordinairement plusieurs heures, être réduites à un , deux ou trois paroxysmes ; dans d'au-

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très cas, toutefois, l'évacuation sanguine ne modifie en rien la marche des attaques.

Lorsque l'attaque est terminée, les malades n'ont ordinairement besoin que de repos; mais lorsque l'accès a été violent et de longue durée , on prescrira avec avantage un bain tiède , des pédiluves simples ou sinapisés ; dans les cas où l'attaque est suivie de fureur, il faut recourir aux émissions sanguines générales ou locales, à l'application de la glace sur la tête. «La fureur des épileptiques, dit Georget, est aveugle et dangereuse : aussi ne faut-il pas manquer de les maintenir avec une forte camisole , de les fixer à un corps solide ou de les enfermer dans une cellule.

b. Moyens propres à empêcher le retour des attaques ou leuriniasion, lorsqu'elles sont annoncées par des prodromes. — Dans les intervalles qui séparent les attaques, les malades doivent observer un régime sévère : éviter les excès d'alimentation , de liqueurs alcooliques , les excès vénériens ; ils se gardeiont de la masturbation, qui rapproche les attaques et jette dans la démence (Georget) ; ils fuiront la vue des épileptiques , ils se mettront à l'abri de toute émotion morale vive. Le docteur Cheyne ( The cjclop., t. II , p. 95 ) recommande un exercice modéré , mais défend Téquilation et les longues courses en voiture. Lorsqu'il se manifeste des symptômes de congestion cérébrale , d'embarras gastrique, il faut se hâter de les combattre par les moyens appropriés. Enfin, si l'attaque est annoncée par des symptômes précurseurs, on pourra essayer de la prévenir par l'inspiration d'ammoniaque liquide, de carbonate d'ammoniaque. S'il existait dans un point du corps une véritable aura, telle que la décrivent les auteurs , il ne faudrait pas hésiter de tenter les moyens indiqués, tels que la compression, la ligature du membre entre le siège de l'aura et le cerveau (Georget).

c. Moyens quil convient d"" opposer à la cause des attaques, c'est-à-dire à la maladie. - — Toutes les ressources de la thérapeutique ont été successivement essayées dans le traitement de l'épilepsie , et leur insuffisance a porté les anciens à recourir aux préparations les plus bizarres et les plus dégoûtantes : sans parler de laràpure des os du crâne des personnes mortes subitement , des suppliciés , des suicidés ; de la ràpurc de pied d'élan , de dents de chèvre ; du cerveau desséché et pulvérisé du vautour, du cygne; de la poudre du cœur desséché du lièvre ; des testicules et de la bile d'ours; du méconium des enfants concentré ou en poudre ; des excréments d'hirondelle, du paon, du faisan , du chien ; de la poudre de foie humain ; du sang de l'homme qu'on a conseillé de faire boire tout chaud aux épileptiques, nous aurions à dresser une liste immense des substances médicamenteuses qui ont été vantées à titre de spécifiques. Gomme celte

énumération serait aussi fastidieuse qu'inutile , nous nous bornerons ici à indiquer les préparations qui , ayant été expérimentées par des médecins recommandables , ont paru offi ir quelques avantages et soulager les malades , sinon les guérir.

Le traitement de l'épilepsie, plus encore que celui de toute autre affection , doit être divisé en rationnel et en empirique, et c'est à celui-ci, il faut le dire, qu'est souvent resté l'avantage. L'obscurité qui environne la pathogénie de la maladie ne permet guère , en effet , d'espérer en l'efficacité du premier , et lès médecins ne doivent pas renoncer à chercher empiriquement un spécifique que le hasard leur fera peutêtre découvrir, comme il a indiqué celui de la fièvre intermittente.

^. Traitement rationnel. — Le traitement rationnel de l'épilepsie repose , lorsque la maladie est idiopathique , sur la nature qu'on attribue à celle-ci. Lorsqu'on juge que l'affection est symptomatique , il faut combattre la cause pathologique qui lui a donné naissance et qui l'entretient.

Les auteurs qui ont vu, dans l'épilepsie, une maladie inflammatoire, ont dû nécessairement recourir aux émissions sanguines; les applications de sangsues à l'anus, à la nuque, aux apophyses mastoïdes; de ventouses scarifiées sur la tête ( Gelse, Morgagni, Panarole), la saignée du bras, du pied, de la jugulaire, l'artériotomie (Fothergill, Efjecls of arteriotomy in cases of epilepsj. In Memoirs ofthe médical Soc. of Lonâon, t. v, p. 221), ont été recommandées. Lorsque les accès sont accompagnés de symptômes de congestion cérébrale , que les malades sont dans un état de pléthore habituel, que l'affection se présente sous une forme aiguë, les déplétions sanguines peuvent, en effet, avoir de bons résultats. Maisonneuve (/oc. ci;7,^ p. 108) rapporte que chez deux paysans jeunes, robustes, d'un tempérament sanguin très-prononcé , atteints, sans cause connue, vers l'âge de la puberté, d'une épilepsie pléthorique, Xdi maladie ne reparut pas après la onzième saignée de la jugulaire. Rivière, Séverin, Bonnet, Pechlin, Sauvages, ont rapporté de nombreuses observations dans lesquelles la saignée aurait eu les plus heureux résultats; mais l'incertitude du diagnostic leur ôte presque toute valeur. On reconnaît généralement aujourd'hui que, hors les circonstances que nous venons d'indiquer, les émissions sanguines sont complètement inefficaces, et que leur emploi trop fréquent n'est point sans dangers. Malpighi , Albertini, Morgagni, ont cependant particulièrement conseillé la saignée dans l'épilepsie qui survient après une violente frayeur. «Quant aux enfants épileptiques, pendant le travaildela dentition, dit Portai {loc. cit., p. 366), divers faits ont démontré que la saignée était le premier et quelquefois le seul rem .de vcritableraeat efficace.» L'incision des gen-

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cives peut également être indiqiie'e : nous nous sommes déjà expliqués à ce sujet {voy. le Comp. ), Dentitioii ( maladies causées par la ). Tous les accoucheurs s'accordent à recommander la saignée dans l'épilepsie des femmes en couches : presque toujours , en effet, chez elles il existe une congestion encéphalique. Une indication spéciale se présente encore ici: il faut terminer l'accouchement le plus tôt possible lorsqu'il paraît devoir être pénible et laborieux.

Les vésicatoires , les cautères , les moxas , les sétons, OQt été employés pour combattre Y infiammation chronique, cause de l'épilepsie : on les a appliqués sur divers points du corps ou sur la tête même , et Tissot pense qu'ils sont fort utiles, parce qu'une irritation fixée sur une partie quelconque du corps, est une espèce de frein puissant aux mouvements irréguliers des nerfs ! Ambroise Paré , Fabr. d'Aquapeadente , Séverin,Dionis, J.-L. Petit, Heister, Pouteau, et un grand nombre d'autres médecins , disent en avoir retiré de grands avantages. Morgagni rapporte ( Lettre x , cent. 8 ) qu'un enfant de cinq ans , qui , depuis un an ou deux , avait une attaque d'apoplexie toutes les fois qu'il commençait à s'endormir , fut guéri par l'application d'un vésicatoire à la partie postérieure de la suture sagittale. Pujati parle d'un homme de cinquante ans , épileptique dès son enfance , qui fut presque guéri par un cautère à la cuisse {Ohs. méd., p. 95, obs. 3); un jeune homme de quatorze ans, sujet depuis neuf ans à des attaques d'épilepsie qui reventtient tous les jours , fut guéri par l'application de trois cautères, un à la nuque et un à chaque bras (Journ. de mcd.^l. xxv, p. 47). «Les cautères , dit Portai , peuvent être considérés comme l'un des principaux remèdes de l'épilepsie ; j'en ai fait utilement mettre un ou deux à la nuque , ou trois ou quatre le long de la colonne vertébrale» (loc. cit., p. 375). Les sétons avaient réussià Fab. de Hilden (cent, i, obs. 4 1 ), à Ambr. Paré ( liv. x, chap. 25 ); Portai pense que ceux que l'on applique à la nuque sont particulièrement utiles.

S'il est convenable d'établir un exutoire au début de la maladie , il ne faut point prolonger longtemps ou multiplier l'application de ce moyen, qui n'a pas l'efficacité que lui ont attribuée les auteurs que nous venons de citer; s'il a réussi quelquefois entre leurs mains, il faut se rappeler, nous le répétons encore, qu'ils ont donné le nom A'épilepsie à la plupart des affections convulsives; ou en jugera par l'observation suivante que Portai rapporte comme un exemple des bons effets que l'on peut retirer du .séton. «J'ai conseillé d'établir un séton à un épileptique qui éprou- ■vait depuis longtemps , à diverses époques , une vive douleur dans la région de l'os sacrum du côté gauche, laquelle se propageait dans toute l'extrémité infé-

rieure du même côté; cette douleur fut si vive deux ou trois fois , que des convulsions dans cette extrémité survinrent, mais sans perte de connaissance. Ce malade , qui était d'une forte constitution, étant venu me consulter dans l'intervalle de ces douleurs, je lui conseillai des bains tièdes , des sangsues au fondement, ayant eu quelques hémorrhoïdes , et un séton sur le siège de la douleur, immédiatement sur le côté gauche de l'os sacrum. Ce séton fournit une abondante quantité de sérosité purulente; la douleur fut moins vive et moins longue ; après avoir insensiblement diminué, elle disparut, et le malade n'éprouva plus aucun mouvement convulsif ni aucun autre accident convulsif (loc. cit.^T^. 376). Les bains administrés soit dans l'intervalle des accès, soit pendant ceux-ci , sont, en général, favorables : on les donne ordinairement tièdes ; quelques auteurs ont employé les bains froids , mais Van-Swieten et Quarin les ont vus produire de fort mauvais effets ; Portai pense que , dans certains cas, on peut faire descendre la température de l'eau jusqu'au quatorzième degré. «J'ai maintenu , dit-il ,dans des bains presque froids des malades qui y dormaient paisiblement longtemps, tandis qu'ils ne jouissaient d'aucun sommeil dans leur lit.» Quant aux bains de mer qui ont été également vantés pour combattre l'épilepsie , Portai et Tissot s'accordent à les condamner.

Nous ne nous étendrons pas sur les indications qui se présentent lorsque l'épilepsie paraît être symptomatique : il est évident qu'il faut combattre par tous les moyens appropriés la maladie primitive; les purgatifs et surtout les vomitifs ne doivent être prescrits qu'avec précaution, et lorsqu'il existe des symptômes bien évidents d'embarras gastrique ou intestinal. Une accumulation de matières peut favoriser le retour des accès, mais ce n'est d'ailleurs qu'ainsi qu'il faut comprendre Yepilepsia crapulosa des auteurs.

Lorsque les accès reviennent périodiquement, le quinquina doit être essayé; et, quoique plusieurs médecins l'aient employé dans des cas semblables sans en retirer aucun avantage , la science possède quelques exemples remarquables de succès : tels sont ceux rapportés par Tissot (/oc. c/^., p. 336), et l'observation de Dumas que nous ne pouvons nous empêcher de reproduire , et qui a été insérée dans le Recueil de la Société de médecine de Paris (t. xxxix, décembre 18t0).

Un jeune homme , né d'une mère hystérique, devint épileptique à l'âge de seize ans. Les accès revenaient presque toujours à la suite de quelque cause accidentelle, comme un mouvement de colère, une erreur de régime , etc. ; ils étaient séparés par des intervalles très-irréguliers , mais qui furent toujours de plusieurs mois pendant les deux premières années. Au bout de ce temps , ils revinrent assez régulière-

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ment tous les quinze ou vingt jours, pendant environ six mois. On employa les antispasmodiques, combinés avec les toniques; les accès s'éloignèrent beaucoup; il n'y en eut que sept à huit dans l'espace de seize mois. Mais bientôt , à la suite de quelques écarts de régime, ils se rapprochèrent de nouveau, et de plus en plus; à Tàge de vingt-un ans, le malade en éprouvait jusqu'à trois et quatre par mois, et quelquefois plusieurs dans le même jour,

Dumas, consulté à cette époque, remarqua que les liqueurs spirilueuses, et particulièrement le punch, avaient la propriété de déterminer les accès , et imagina d'employer ce moyen pour leur donner une périodicité régulière. Comme on avait tenu une note exacte de tous les accès qui avaient eu lieu jusqu'alors, on put facilement calculer combien de fois le malade en avait éprouvé dans un temps donné , et , en prenant la moyenne, on trouva vingt-neuf à trente accès pour une année, ce qui aurait donné, si les interi'alles eussent été réguliers, un accès tous les douze jours à peu près.

D'après cette donnée, on fit prendre au malade, régulièrement tous les douze jours, une dose de punch suffisante pour provoquer l'accès, et l'on mit en même temps en usage tous les moyens que pouvaient fournir l'hygiène et la thérapeutique, pour prévenir les accès qui auraient pu survenir dans les intervalles.

Cette méthode réussit au delà de toute espérance; on décida plusieurs attaques, dont l'ordre et la succession ne furent troublés par aucune attaque intermédiaire. Alors on diminua graduellement la quantité de punch employé dans chaque épreuve. Au bout de trois mois , on supprima entièrement cette liqueur , et néanmoins la maladie consen^a sa périodicité régulière. Après avoir laissé passer quatre accès en observation , on commença le traitement.

Le malade prenait 1 5 grammes de quinquina (? fi) le lendemain de l'accès et les quatre jours suivants ; il réduisait ensuite la dose à 8 grammes (sij) par jour jusqu'au douzième. Enfin, quelques heures avant l'accès, il prenait la plus forte dose, qui était de 31 gr. (§j ) ; on ajoutait un peud'éther sulfurique et de laudanum à cette dernière prise.

Bientôt la force et la durée des accès commencèrent à diminuer par degrés. Au bout d'un certain temps, il ne restait plus que quelques vertiges , qui disparurent à leur tour, et l'on n'observa plus aucune trace de la maladie (pendant deux ans).

Nous n'avons pas besoin de faire ressortir tout l'intérêt que présente cette curieuse observation ; il est fâcheux qu'elle n'ait pas donné lieu à des expériences faites dans le même esprit.

M. CuUérier ( Journ. gén. , t. xiv ) dit avoir guéri par les frictions mercurielles et le sublimé corrosif des épilepsies syphilitiques. Il est à peine be-

soin de recommander, dit Georget, de provoquer l'expulsion des vers intestinaux , de rappeler ou de remplacer des écoulements supprimés quand bien même on ne serait pas certain qu'ils fussent la cause de l'épilepsie.

Le trépan crânien a été appliqué plusieurs fois avec succès, et quelques auteurs l'ont regardé comme un moyen qu'il ne fallait pas négliger dans le traitement de l'épilepsie : «Le trépan , dit Tissot , est une opération assez peu dangereuse quand elle est faite dans un bon air, par un bon chirurgien , sur un sujet qui n'a point le sang gâté , pour qu'on doive se dé-^ terminer à la faire toutes les fois que , même sans vice apparent, les symptômes observés attentivement font présumer que la cause du mal est dans un endroit où l'on peut parvenir par ce moyen , dont plusieurs observations justifient l'usage dans cette maladie» ( loc. cit. , p. 259 ). Sans prétendre qu'il faille recourir à l'application du trépan , même sans vice apparent., uniquement pour procurer de l'espace au ceri'eau , nous pensons qu'ici aussi s'est fait sentir l'injuste prévention qui, dans ces dernières années , s'est élevée contre le trépan , et que ce serait être trop exclusif que de dire, avec Georget ( Dictionnaire de médecine , t. xn , p. 1 89 ), que cette opération ne doit jamais être conseillée. Lorsque l'épilepsie a succédé à une violence extérieure exercée sur le crâne , lorsque l'on reconnaît chez un épileptique une fracture , une carie , une exostose , ou quelque autre maladie des os de la tête , un fongus de la duremère, etc. ,1e trépan devient une opération rationnelle qu'il n'est point permis de négliger dans une maladie aussi affreuse que l'épilepsie, et qu'un assez grand nombre d'observations justifie complètement [Cases ofepilepsie cured by trephining thc Skult. In the Lond. med. and surg. Journ. j vol. i, p. 466, nov. 1828).

Lorsqu'un épileptique présente sur le trajet d'un nerf superficiel, ou même dans un point quelconque du corps , une tumeur, une cicatrice , dont l'ablation ne présente aucun danger grave , celle-ci devra être tentée , plusieurs observations ayant démontré qu'elle pouvait être suivie de succès.

Lorsque les attaques d'épilepsie sont annoncées par une aura, les auteurs ont conseillé de pratiquer la section des nerfs qui se rendent dans la partie où se manifeste l'aura, d'appliquer sur cette partie des moxas , des cautères , d'en pratiquer même l'amputation lorsque celle-ci n'entraîne point de trop graves inconvénients ; plusieurs observations ont été citées à l'appui de cette opinion. Tissot rapporte qu'un malade fut guéri par l'amputation du gros orteil ; le docteur Pontier ( Dictionnaire des sciences médicales , t. xu , p. 524 ) guérit un épileptique par la cautérisation des nerfs saphènes de chaque jambe dans

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la direction desquels se propageait l'aura. J . Frank pratiqua avec succès la castralioa chez un malade dont la maladie s'était maniFestée à la suite d'un coup qu'il avait reçu dans les testicules, lesquels , à la fin de chaque attaque, étaient fortement rétractés. Portai a vu faire avec un égal succès la section du nerf radial droit ( loc. cit. ^ p. 159 ). Il est d fficile de se prononcer sur la valeur de ces faits , qui sont relatés par des observateurs dignes de foi , mais auxquels on en peut opposer d'entièrement opposés. « Ou amena à la Salpêtrière , dit M. Esquirol , une jeune épilepti- ^ue, dont les accès commençaient par le gros orteil. Sur la foi des auteurs , je crus la guérison certaine ; l'orteil fut cautérisé jusqu'à l'os ; dès lors, les accès ne furent plus annoncés par la douleur locale, mais ils furent plus violents et plus fréquents»(/t«?.<:7>.^ p. 26). L'amputation aurait-elle été plus efficace ? Nous avons exprimé notre opinion sur l'existence de Y aura epileptica , mais nous devons ajouter que , si ce prodrome était manifeste, constant et parfaitement caractérisé, il faudrait peut-être tenter les moyens que nous venons d'indiquer.

Mais on a été plus loin encore. Les auteurs ont rapporté que des malades chez lesquels // n'existait point (l'aura , ont été guéris à la suite d'une brûlure étendue, d'une plaie, d'une amputation; dernièrement encore, deux observations intéressantes ont été citées à l'appui de celte assertion par M. Aubanel ( Gazette médicale , 26 oct. 1839, t. vu , p. 679 ). Beux malades épileptiques , l'un depuis quinze ans , l'autre depuis trente-cinq , tombent dans le feu pendant une attaque, et une brûlure extrêmement profonde est la suite de cet accident; elle occupe, chez le premier, toute l'étendue du membre supérieur gauche, chez le second, la main droite. L'amputation du poignet chez celui-ci, du bras chez l'autre , est pratiquée, et chez tous les deux la maladie disparaît radicalement. Quelle conséquence tirer de ces faits? «Deux circonstances, dit Georget, ont pu en imposer sur beaucoup de cas de guérison. La première , c'est qu'on a souvent pris pour des épilepsies des affections convulsives aiguës du cerveau , comme on peut s'en assurer en lisant Tissot; la seconde , c'est qu'il n'est pas rare de voir des épileptiques qui n'ont point d'attaques pendatit plusieurs mois, et même plusieurs années , après quoi elles reparaissent souvent avec plus d'intensité.» Un malade, épileptique depuis sa première jeunesse, tombe dans le feu à cinquante-sept ans pendant une attaque; l'ustion pénètre jusqu'à la table externe des pariétaux; il s'établit une suppuration abondante entretenue par une portion d'os nécrosée ; celle-ci est enlevée : la cicatrisation marche alors rapidement , et est parfaite au bout de quarante-deux jours. Pendant tout ce temps , ie malade n'avait pas eu d'accès; muis ceux-ci reparaissent aussitôt après la

guérison de la plaie» ( Esquirol , /oc. cit. , p. 325 ). Nous devons dire toutefois que chez les deux malades de M- Aubanel , l'existence d'une véritable épilepsie ne peut être mise en doute, et que , chez l'un d'eux, la guérison se maintient depuis quatorze ans.

Quel est le traitement rationnel de l'épilepsie saturnine? «Pour établir avec certitude un traitement rationnel de l'encéphalopathie saturnine, dit M. Tanquerel, il faudrait avoir sur sa nature des connaissances que, dans l'état actuel de la science, l'anatomie pathologique nous a refusées. » M. Rayer, frappé des cas de mort fréquents qu'il avait observés lorsqu'il dirigeait un traitement très-actif contre cette maladie, a été amené à penser qu'il fallait se garder d'ajouter encore au trouble de l'encéphale par l'emploi de médications énergiques : l'opium , les vésicatoires sur le cuir chevelu , les applications de glace sur la tête , les af fusions froides, le traitement de la Charité, l'huile de croton tiglium, la limonade sulfurique , toutes les médications vantées contre la colique, la valériane , ont été expérimentés par cet habile observateur sans qu'il en ait retiré aucun avantage ; la saignée, dans quatre cas, a été suivie d'un redoublement des accidents , alors même que des symptômes de congestion cérébrale semblaient l'indiquer.

«Ainsi, jusqu'à présent, les meilleurs moyens de prévenir l'issue funeste de l'encéphalopathie, c'est la méthode expectante, dont la diète et les boissons délayantes font la base.» En agissant ainsi , M. Rayer, sur trente-quatre malades, n'en a perdu qu'un seul ( Tanquerel, ouvr. cité, t. u, p. 366-370 ).

B. Traitement empirique. — Comme nous l'avons dit en commençant, il ne faut pas que le lecteur s'attende à trouver ici l'énumération de tous les médica mcnts qui ont été employés pour combattre l'épilepsie, et regardés comme des spécifiques de celte maladie; nous n'indiquerons que ceux qui, expérimentés par des observateurs habiles, méritent réellement de fixer notie attention.

1 ° La valériane, préconisée déjà par Galien, Arétée, Dioscoride, commença à jouir d'une grande réputation après que Fabius Golumna, d'une des plus grandes maisons de Naples, et atteint d'épilepsie, eut fait connaître qu'il s'était guéri au moyen de cette plante; après lui , Panarole , Gruger, et surtout Marchand {Hist. de l'Jcad. des se; année 1706), lui attribuèrent une grande efficacité ; Quarin l'employa surtout dans l'épilepsie vennineuse. «La valériane, dit Tissot , est heureusement devenue le remède de confiance de tous les médecins éclairés : je lui dois les guérisons d'un grand nombre d'épilepsies essentielles. Je suis persuadé que quand elle ne guérit pas, c'est parce que le mal est incurable» (loc. cit., p. 309). Quelques contemporains partagent encore en partie cette opinion. «Parmi les remèdes proposés jusqu'ici ,

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dit M. Gibert (Bech. et obs. sarl'épilepsie iu Revue médicale; 1835 , t. iii, p. 363), le plus ancien peutêtre, et celui dont j'ai encore vu les meilleurs effets, c'est la valériane.» Celte plante a été administrée sous forme de teinture, d'infusion aqueuse, d'extrait alcoolique ou aqueux , mais surtout en poudre , depuis la dose de 10 décigr. (gr. xx) jusqu'à celle de 8 gram. (5 ij\ M. Bielt l'a associée à d'autres substances, et a souvent fait usage de la formule suivante , «sans que nous soyons à même , dit M. Gibert , de nous prononcer sur la valeur de ce remède:^ extrait de valér., 2 gram. (3ij); extrait de belladone, 2 gram.; sulfate de cuivre ammoniacal, 1 gram. pour 48 pilules, dont on prendra successivement 2,4,6,8, par jour, et davantag-e, suivant les effets produits. Selon Portai, la valériane est nuisible lorsqu'il y a pléthore sanguine ou irritation g^astrique; Tissot conseille de la faire précéder quelquefois de l'emploi des purgatifs.

2° V opium a été prescrit par Aetius, Avicennes, Sennert, Duchesne, Rivière; condamné par Benzoni, Scardona et quelques autres,son administration ayant été souvent manifestement nuisible , les auteurs ont cherché à déterminer les circonstances qui devaient engager à y recourir. Traller a jugé qu'elle n'était convenable que dans les épilepsies par affections morales (Fis opii salubrisel noxia ; Breslau, 1751); Tissot pense qu elle ne convient que dans deux cas : lorsque les accès sont produits par une forte passion, ou quand ils soutTeffet d'une violente douleur qu'on ne peut pas détruire sur-le-champ. Portai enseigne que l'opium convient a dans l'épilepsie qui proi'ient d'un excès de sensibilité et d' irritabilité ^ dont surtout on ne connaît pas une cause particulière stimulante [loc. cit., p. 400); il n'est pas difficile de formuler des indications de cette manière. Tissot réussit plusieurs fois à prévenir des accès épilepliques en faisant prendre aux malades quinze gouttes de laudanum dans de l'eau de tilleul : dans un cas, il en ordonna trente eoultes, de deux en deux heures, jusqu'à ce que le mal fût moins violent {loc. cit., p. 322).

3° Lijusquiame a été vantée par Storck et d'autres médecins : Hufeland et M. Brachet l'associent à l'oxyde de zinc (R. extrait de jusquiame, 5 centigr. (gr. 1) ; oxyde de zinc, 75 milligr. ( gr.j fj). Scardona, Greding, Tissot, ont blâmé son usage. Portai pense qu'elle peut être substituée avec avantage à l'opium dans certains cas , parce qu'elle constipe moins, et n'excite pas autant la sueur; il cite une observation à l'appui de cette opinion (loc. cit., p. 404).

4" Belladone. — Greding, en 1790, administra le premier la belladone à dose très-faible (quatre grainsj; Munch fils , plus tard, et Allamand l'ont aussi préconisée. Au mois de septembre 1837, M. Leuret, de concert avec M. Ferrus , soumit vingt-deux malades à

l'usage de la belladone ; voici quels furent les résultats obtenus : chez six d'entre eux elle produisit divers accidents qui forcèrent à renoncer à son emploi ; chez huit autres malades, elle a été employée pendant un espace de temps qui a varié de quarante jours à quatre mois et demi; on en suspendit l'administration à cause de son inefficacité ou parce que les malades sortirent de l'hôpital. Chez d'autres, elle parut diminuer le nombre des attaques. Trois malades commencèrent par 2 décigr. (gr.jv); quatorze, par 3 décigr. (gr. vj) ; trois autres, par 6 décigr. (gr. xij). La plus haute dose fut de 9 décigr. (gr. xviij). La plupart restèrent à 7 décigr. (gr. xiv). (Note sur le traitement de Tépilepsie parla belladone; par M. J. Picard, in Gaz. médic. , n° 12, p. 179, 1828).

5^ aVassafœtidaj dit Tissot, est très-utile dans l'épilepsie quand il y a complication de viscosité dans les humeurs, d'obstruction dans les premières voies, ou un principe vermineux» (loc. cit., p. 343). Ceci ressemble aux indications de Portai; cependant cette substance, donnéeà hautes doses (R. assa fœtida, 12 gram. (5 iij); eau de fontaine, 186 gram. (% vj); sirop de violette, 31 gram. (§ j) ; une ou deux cuillerées toutes les demi-heures) , aurait réussi dans plusieurs cas (Burserius , De epilepsiâ, cap. vu , p. 58). On a donné l'assa fœtida en lavement jusqu'à la dose de 4 à 8 gram. (3 j à ij), ou en pilules, jusqu'à la dose de demi-gramme à 1 gramme (3 & à j).

6° Le musc aurait réussi uue fois à Massa, et Tissot ne connaissait que cette seule observation bien constatée de ses bons effets : le docteur Rech, de Montpellier, l'a administré à trois épileptiques , et a vu ses effets être rapides , avantageux et constants chez le premier de ses malades , qui était d'un tempérament lymphatique et d'une frêle constitution ; rapides , mais momentanés chez le second , également lymphatique, mais nerveux et d'une constitution moyenne; enfin , nuisibles chez le troisième qui était d'un tempérament sanguin et d'une constitution robuste. Le docteur Rech en conclut que les effets du musc sont en rapport avec la faiblesse de la constitution et celle du tempérament (Sur l'emploi du musc dans le traitement de l'épilepsie. In Ephém. de méd. de Montp., t. a, p. 133). On a administré le musc depuis 1 décigramme( gr. ij) jusqu'à 75 centigrammes (gr. xv), ou en teinture, à la dose de six à quinze gouttes.

1° Les feuilles d'oranger, auxquelles nous n'attribuons aujourd'hui qu'une légère vertu antispasmodique, ont été regardées comme un spécifique puissant. Locher ayant rassemblé plusieurs épileptiques, et essayé tous les remèdes vantés, n'en trouva point d'équivalent à la feuille d'oranger : elle modéra la violence des accès chez les uns , elle les éloigna chez d'autres, elle en guérit absolument quelques-uns

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(Tissot, loc. cit., p. 334); malgré d'autres succès obtenus par Van-Swieten, Stork, Hannes, probablement dans des affections convulsives , ce remède a perdu une valeur qu'il n'a jamais méritée. Portai dit cependant en avoir retiré quelques avantages dans Cépilepsic qui ne provenait que d'un surcroît de sensibilité, en l'administrant trois ou quatre fois par jour: en prendre à la dose de 2 à 4 grammes (5 6 à j).

8" Le narcisse des prés a été employé par Dufiesnois et Veillechèse (Journ. de méd.^ décembre 1808 ) ; MM. Loiseleur-des-Longchamps et Marquis ont administré les fleurs réduites en poudre à plusieurs épileptiques , et assurent que les accès furent moins violents et plus rares.

9° Le camphre aurait réussi plusieurs fois à Hannes, employé sous la forme d'une teinture composée de : ^ kermès, 47 grammes (§ j (S); camphre, même quantité; esprit-de-vin, 625 grammes ( 3 xx ). Loclier dit avoir guéri par ce moyen un malade qui depuis trois ans était attaqué d'une épilepsie atroce. Tissot en a retiré de bons effets, sans pouvoir toutefois lui attribuer aucune cure {loc. cit., p. 340).

1 0° Le succin termine à peu près la liste des substances sédatives, antispasmodiques, qui ont été opposées à l'épilepsie ; Portai l'a donné en poudre trèsfine , à la dose de 5 à 15 décigrammes (gr. x àxxx), et l'a vu adoucir et retarder les accès qui commençaient par des douleurs aux membres [loc. cit., F- 412).

- 11° La pivoine a été préconisée comme anti-épileptique, peut-être plus encore que la valériane. Portai pense que, par suite de ses vertus emménagogues, elle peut réussir lorsque la maladie provient de la suppression ou de la rétention des menstrues. «Ce médicament, dit Tissot, est loin de mériter tous les éloges qu'on lui a donnés; on doit absolument l'abandonner , parce qu'il n'y a rien de plus nuisible que de se fier à des remèdes inefficaces {loc. cit.., p. 314). La racine de pivoine a été donnée en poudre à la dose de 4 à 8 grammes (5 j à ij).

12° Le quinquina aurait été donné avec succès par Tozzi, Grainger, Locher , indépendamment de toute périodicité dans les accès , et uniquement pour ses vertus toniques ; M. Piorry nous a dit avoir retiré les plus grands avantages de ce médicament sur plus de trente épileptiques : ce praticien fait administrer de 4 à 6 grammes (5j à j r>) de sulfate de quinine, aussitôt que les premiers symptômes de l'attaque se manifestent. Le docteur Lemontagner a associé avec succès le sulfate de quinine aux émissions sanguines : ayant à traiter un malade épileptique depuis dix- huit ans, il ordonna d'appliquer vingt sangsues au siège chaque fois que l'accès s'annoncerait , et d'administrer en même temps un verre de la potion suivante : ^ sulfate de quinine , 3 grammes (gr. lx);

jus d'un citron; eau, 1000 grammes ( tb ij). En six semaines, cinquante sangsues furent appliquées suivant cette méthode, et 62 décigrammes de sulfate de quinine administrés; au bout de ce temps, la guérison fut complète (5m//. de thcrap., t. ix, p. 392).

13^ Le guf de chêne a été regardé par John Golbacht comme aussi spécifique, dans l'épilepsie, que le quinquina dans la fièvre ; Garthenser ( Fundani. mater, med., t. u, p. 528), Loesek (Vogel, Mater, tned.., p. 279 ) , de Haen ( Batio med., cap. iv, § 2), lui ont attribué une très-grande efficacité; Tissot pense qu'il n'est «ni tout à fait inutile, ni fort efficace , et qu'il ne mérite pas grande confiance. »

1 4° L'armoise aurait fait obfenir au docteur Kahlert, de Prague, plusieurs guérisons [ff^ochenilichc Bcitraege von Clarus und Radius, bd. m, n° 22), et l'on trouve dans un mémoire inséré dans les Archives générales de médecine (t. vu, 1825, p. 588; Observ. sur les effets de la racine d'armoise dans le traitement de l'épilepsie)., un grand nombre de succès attribués à ce médicament; Loewenhard l'a administré à la dose de 4 grammes ( 5 j) par jour, pendant une semaine (Hufeland' s journal, septembre 1827); Burdach, à celle de 4 à 6 gr. (§j à j fi), jusqu'à guérison , en mettant un jour d'intervalle entre chaque prise. Sur dix malades traités par cette méthode , trois auraient été radicalement guéris , trois notablement soulagés ; quatre n'ont éprouvé aucun soulagement. Burdach assure que une à quatre doses suffisent souvent pour amener la guérison ( mém. cité).

15° L'indigo a été vanté , dans ces dernières années, par plusieurs médecins ; le docteur Ideler est un des premiers qui l'ont employé , et l'a donné à la dose de 1 gramme à 31 grammes par jour ( 3J à 3 j ), pendant plusieurs mois de suite. Sur vingt-six malades soumis à ce traitement , six furent complètement guéris; trois eurent, au bout de huit à douze mois, des récidives motivées par de nouvelles causes déterminantes ; onze présentèrent une amélioration notable ; enfin , six restèrent dans le même état. Ce médicament provoque, au début, des vomissements qui cessent bientôt, et qui ne doivent pas arrêter le médecin ( Medizinische Zeitung von Preussen , 1835, n° VI ).

1 6° L'ammoniaque liquide a été préconisé par le docteur Martinet : aussitôt que l'attaque commence , ou qu'elle s'annonce par ses prodromes habituels, on fait prendre au malade la potion suivante : "if eau de tilleul, 77 grammes (| ij c) ; ammoniaque liquide, gouttes xàxij; sirop d'Althœa, 15 grammes (? fi); les accès perdent d'abord de leur violence, puis deviennent de plus en plus rares , et enfin cessent complètement. Le traitement réussit d'autant mieux qu'il existe une aura , que l'instant où l'ammoniaque pé-

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nètre dans l'estomac est plus rapproché de celui où l'aura commence à se faire sentir, et que les attaques sont plus rapprochées ( Bull, de thérap.j t. XI , p. 275). L'un de nous a eu plusieurs fois à se louer de ce traitement : chez une femme de cinquante ans , épileplique depuis vingt ans , et ayant tous les jours trois ou quatre accès, il fut suivi d'un succès remarquable : au bout de trois mois , les attaques cessèrent entièrement, et la guérison s'est maintenue peudant tout le temps que la malade resta en observation (un an).

1 7" V oxyde de zinc a été administré par Vandœger, Percival; de la Roche l'a donné avec succès à la dose de 15 décigrammes (gr. xxx); M. Brachet, de Lyon , l'a associé à la jusquiame ( ^ extr. de jusquiame noire, 5 décigrammes (gr. x); oxyde de zinc, 3 décigr. ( gr. vi); sucre, 10 décigr. (gr. xx). Le docteur Siedier dit avoir guéri plusieurs épileptiques^qui avaient trois et quatre accès par jour, en faisant usage de la formule suivante : Tf oxyde de zinc, 4 décigrammes à 2 grammes (gr. viij à 5 6) ; extrait de jusquiame, 5 à 20 centigrammes (gr. j àiv); poudre de valériane, 5 décigr. à 75 centigr. (gr.x à xv) ( Journ. der pract. Heilk von Hufelandj, bd. Lxxvm, sect, v et yi, 1834).

IS*' Le nitrate d'argent a été expérimenté par un grand nombre de médecins : Sims , Wilson , Halle en Angleterre ; Hord et Heim en Allemagne , Balardini en Italie; MM. Fouquier , Mératen France ; à Genève , son emploi , dans le traitement de l'épilepsie, a été pendant longtemps général; le docteur Butini lui dut la guérison de trois malades ( De usa interna prœpar. argenti; Montpellier, 1815 ); de 1806 à 1821 , Garron du Villard père aurait guéri plus de vingt épileptiques en leur faisant prendre, le matin à jeun , trois des pilules suivantes : if nitrate d'argent , 5 décigrammes ( 9 f5 ) ; opium pur , 3 décigrammes (gr. vj); extrait de ciguë, 8 grammes (3 ij ); suc de réglisse , 4 grammes ( 5 j ) ( Bull, de thérap., t. xu, p. 269 ). Le docteur Lombard, de Genève , regarde le nitrate d'argent «comme un médicament éminemment utile dans l'épilepsie , qui nonseulement éloigne les accès , les rend moins intenses, mais encore en tarit quelquefois la source» ( Gaz. méd., t. m , p. 490 ). Cependant, si l'on consulte le tableau publié par ce médecin , on voit que , sur onze malades soumis au traitement par le nitrate d'argent, trois restèrent dans le même état : un éprouva un soulagement momentané ; un , un soulagement trèsmarqué; cinq, une diminution dans la fréquence et l'intensité des accès; enfin, chez le dernier, les accès disparurent, mais il resta quelques vestiges. Ainsi on n'obtint pas une seule guérison , et cependant le médicament fut administré depuis la dose de 16 milligrammes jusqu'à celle de 1 décigramme dans les

vingt-quatre heures, et le traitement continué depuis quinze jours jusqu'à cinq ans, de telle sorte que la quantité totale de nitrate d'argent ingéré s'éleva de 15 centigrammes à 189 décigrammes ( gr. 3 à 378 ). Ce résultat n'est, comme on le voit , guère favorable ; et , malgré quelques cas de guérisons attribuées au nitrate d'argent par MM. Fauchier (obs. sur l'usage du nitrate d'argent dans l'épilepsie , in annales de la Société de médecine de Montpellier, juin 1806), et Gibert ( mémoire cité, Bévue méd., t. ni , p. 353 , 1 835 ) , nous ne pouvons accorder à ce médicament qu'une valeur très -hypothétique. Il a été donné à la dose de 5 centigr. à 3 décigr. dans les vingt-quatre heures.

1 8'' Le cuii're ammoniacal a été regardé par le docteur Urban de Bernstadt comme l'un des médicaments les plus efficaces et les plus certains contre l'épilepsie nerveuse ; il l'a donné à plusieurs malades à la dose de 5 centigr. à 1 décigr. par jour, et a obtenu la guérison de deux malades chez lesquels la maladie avait résisté à tous les moyens : le premier prit en tout 13 décigrammes de cuivre ammoniacal, le second n'en prit que 8 décigr. [Hufeland's Journ., octobre 1827).

Terminons cette longue énumération en disant que le plomb , la térébenthine , l'acide carbonique, le phosphore, la noix vomique, le stramonium, l'huile animale de Dippel, l'ellébore blanc (Schulze, Diss, de helleborismo veterum. Halle , 1717), le magister de bismuth, l'arsenic, le fer, le mercure, l'électricité, ont encore été employés à combattre l'épilepsie , sans qu'on puisse leur attribuer aucune efficacité.

Que, si maintenant on recherche à laquelle de toutes les substances que nous venons d'indiquer le praticien peut avoir recours avec quelque espoir , on sera conduit à répéter, avec Guy-Patin : «Je crois qu'il n'y a aucun remède anti-épileptique ; ceux que Grollius et la nation des chimistes vantent pour tels sont des fictions et de pures fables. La guérison d'une si grande maladie dépend d'un exact régime de vivre» [Lettre 329, t. ii , p. 665). Après deux cents ans, nous sommes réduits à paraphraser l'opinion du célèbre critique duxvn^ siècle. «C'est essentiellement au secours de l'hygiène, dit M. Esquirol , qu'il faut recourir , pour combattre l'épilepsie ; ils sont d'une application indispensable , pour refaire, eu quelque sorte, le tempérament des malades. Celui-ci se livrera à la culture de la terre, montera à cheval, s'exercera à la gymnastique, à la danse, à la natation, à l'escrime; celui-là changera depays»(ouvr, cité, p. 329).

L'épilepsie est encore au nombre des affections, qui, presque toujours, résistent aux secours les mieux entendus de l'art.

Nature et siège. — On a prévu la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité , de préciser la nature

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de l'épilepsie. Comment la reconnaître lorsque les organes n'ont subi aucune modificalion dans leur structure? lorsque le scalpel découvre des altérations organiques? quelle origine faut-il leur attribuer? comment distinguer celles qui appartiennent à l'épilepsie de celles qui se rattachent aux affections dont cette maladie est presque toujours compliquée? Sans parler des opinions pathogéniques des anciens auteurs, que nous indiquerons bientôt, nous voyons Broussais considérer l'épilepsie comme une forme de l'encéphalite chronique ; mais, sans discuter ici si l'on peut rapporter à l'inflammation le tubercule, le cancer, etc., comment expliquer, d'après cette manière de voir, les cas où il n'existe aucune altération appréciable du système nerveux; les cas où l'épilepsie se manifeste brusquement après une frayeur, une impression morale vive? Que d'objections , d'ailleurs , se présentent encore ! Si l'épilepsie se rattache à une altération organique, pourquoi rencontre-t-on toutes les altérations que nous avons énumérées , au commencement de cet article, chez des malades qui n'ont jamais eu une seule attaque épileptique? Pourquoi, l'altération étant permanente, l'épilepsie est-elle intermittente? Pourquoi celle-ci disparaît-elle quelquefois complètement, l'autre ne cessant pas d'exister. Ces considérations n'avaient pas échappé à Tissot : «Une question bien importante , dit-il , c'est de savoir pourquoi, la cause existant toujours, les accès sont quelquefois si éloignés , ou , ce qui revient au même , pourquoi un accès produit par une tumeur, par exemple , résidant dans le cerveau, cesse, et ne continue pas jusqu'à la mort? La réponse, dit Tissot {ioc. cit., p. 153), est fondée sur la variabilité presque continuelle de la machine humaine. La disposition épileptique , ce que j'ai appelé la cause proégumène est existante; il y a, outre cela, une cause occasionnelle bien caractérisée dans le cerveau même, ou ailleurs. Cependant le malade n'a pas d'accès, d'où vient cette suspension? de ce que ces deux causes, la proégumène et l'occasionnelle ont besoin elles-mêmes d'être mises en jeu par un autre ordre de causes , que j'appelle les causes accidentelles.»

MM. Boucher et Gazauvieilh , prétendant que chez la presque totalité des épileptiques on trouve des indurations ou des ramollissements de la substance cérébrale, ont' également cherché à prouver la nature inflammatoire de l'épilepsie : dans un accès d'épilepsie, disent-ils (mém. cité. Jrch. gén. de méd., t. X, l'*^ série, p. 7), le sang se porte à l'encéphale-, cette congestion , qui survient souvent , établit un centre de fluxion dans l'organe , et cela est si vrai , que généralement les attaques sont d'autant plus rapprochées, qu'on s'éloigne de l'instant où elles ont paru , à moins qu'où ne s'avance vers un âge où les organes ne s'influencent plus les uns les autres aussi

directement. Ce centre de fluxion persistant n'est autre chose que le sang combiné à la matière cérébrale : il y a par cette combinaison une véritable augmentation de densité; mais l'accumulation est lente , graduée , permanente , et constitue une véritable inflammation chronique ; la congestion augmentant sans cesse, elle finit par déterminer un défaut de cohésion dans les fibres, qui amène un défaut de consistance. Ainsi l'induration du cerveau et la mollesse de cet organe ne sont que deux états différents d'une même altération, de l'inflammation chronique à laquelle on doit rapporter la maladie.

A l'aide de cette théorie, MM.Boucher etCazauvieilh ont pensé qu'ils étaient «â peu près fixés sur la nature de l'épilepsie))-^ cependant ils ont prévu quelques objections, et yoiei comment ils y ont répondu.

La congeslion n'est que l'effet de l'épilepsie , et il s'agit d'en déterminer la cause. « Pourquoi ne demandez-vous pas la cause d'une gastrite, et vous contentez-vous de regarder, comme représentant les symptômes, une rougeur et un épaississement»(/oc. cit., t. X, p. 7)? 11 est facile de voir que cette réponse ne détruit nullement l'objection , et qu'on y a confondu la cause et la nature de la maladie : la rougeur et l'épaississement sont le résultat d'un afflux morbide de sang , lequel constitue la gastrite , et précède par conséquent cette affection ; il n'eu est pas de même dans l'épilepsie, et si, dans le premier cas, la cause première de la congestion peut rester inconnue, la gastrite n'en demeure pas moins une phlegmasie, tandis que rien n'autorise à considérer comme telle l'épilepsie , puisque la congestion n'est ici que consécutive.

A la première attaque d'épilepsie, le centre de fluxion n était pas encore établi. «Avez- vous observé que toutes les premières attaques naissaiejit sous l'influence de causes congérantes , et étaient presque toujours annoncées bien longtemps d'avance par des habitudes insolites dans tout ce qui dépend de l'encéphale. «L'observation dément tous les jours ces assertions; cependant, en admettant que la première attaque d'épilepsie soit toujours déterminée par une congestion encéphalique , comment expliquer le retour intermittent, ou la durée continuelle de cette congestion? D'ailleurs MM. Boucher et Gazauvieilh ont eux-mêmes reconnu que la congestion était déterminée par l'accès, et ils confondent, par conséquent encore , quoiqu'ils en disent, la cause et l'effet.

Mais les altérations indiquées comme appartenant à l'épilepsie se trouvent dans d'autres cas, et il n'y a aucune parité dans les symptômes. «Nous répondrons à cela, ouvrez vingt cadavres, vous en trouverez peut-être quinze qui présenteront des rougeurs dans l'estomac, dix n'auroql

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offert aucun symptôme pendant la vie ; cinq en auront offert seuls, et souvent leurs altérations ne sont pas aussi fortes que celles des autres. Cependant vous dites presque toujours qu'il y a gastrile, ou au moins congestion. Pourquoi voulez-vous que les altérations du cerveau soient assujetties à des lois plus rigoureuses que celles de l'estomac ?» Parce que les lois qui établissent les relations entre les altérations organiques et les manifestations par lesquelles elles se traduisent varient suivant la structure et les fonctions physiologiques de l'organe affecté, et que, sous ce point de vue , le cerveau ne saurait être comparé à l'estomac. Est-il possible , d'ailleurs , de rapprocher uue simple rougeur de la muqueuse gastrique d'une induration ou d'un ramollissement du cerveau ?

Sur dix-huit ceneaux, trois n'ont point offert d'altération de consistance appréciable. «Mais ces trois cerveaux appartenaient à des épileptiques morts dans l'accès. Cette circonstance doit avoir influé sur l'état du cerveau : nous avons trouvé une congestion forte de tout l'encéphale , qui a pu diminuer la consistance non ordinaire du cerveau, de même qu'une congestion assez forte diminue la consistance d'une membrane muqueuse en la rendanlspongieuse. » Mais la congestion ne ramollit pas une membrane muqueuse épaissie et indurée; il faut, pour produire cet effet, une inflammation très-vive. D'ailleurs, combien d'épileptiques qui n'ont pas succombé pendant un accès, et qui néanmoins n'ont offert aucune altération de la substance cérébrale !

M. Bouillaud, du reste, n'a pu admettre Topinion de MM. Boucher et Cazauvieilh , et on sera peut-être curieux de retrouver ici les paroles avec lesquelles il l'a combattue. «Nous avons quelque peine à admettre que l'épilepsie consiste essentiellement dans une inflammation chronique pure et simple de la substance blanche du cerveau , car, outre que l'explosion presque instantanée des accès épileptiques , leur peu de durée, leur retour périodique , l'absence de tout symptôme pendant des intervalles quelquefois considérables , outre que toutes ces circonstances sont entièrement différentes de celles qui caractérisent une encéphalite proprement dite, et surtout une encéphalite avec altération constante de la partie du cerveau qui en est le siège, nous n'avons pas trouvé dans les faits rapportés par l'auteur, ni dans les arguments dont il les a pour ainsi dire protégés , des motifs suffisants pour regarder l'épilepsie comme une véritable phlegmasie de l'encéphale» {Rapport sur les mémoires relatifs à l'aliénation mentale, etc. in Arch. gén. deméd., t. IX, p. 216; 1825).

Quelques auteurs ont pensé que chaque accès épileptique était déterminé par une congestion cérébrale (Copland, loc. cit., p. 797), et M. Brierre de Boismont a attribué celle-ci , chez les aliénés , aux troubles

qui surviennent dans les fonctions de l'appareil digestif. «Les malades, dit ce médecin , sollicités sans cesse par une gloutonnerie morbide , demandent continuellement à manger, et l'on est souvent obligé de leur donner deux ou trios portions, pour faire cesser leurs cris et leurs plaintes ; cette grande quantité d'aliments ingérés dans les voies digestives a nécessairement pour effet de déterminer un état de pléthore, une irritation et une véritable phlegmasie des voies digestives.» L'augmentation de l'appétit coïncide, en effet, avec l'apparition des congestions sanguines. «Or, continue M. Brierre, voici comme nous nous rendons compte des accidents de la congestion sanguine : l'abord rapide du sang dans le cerveau exerçant une compression sur l'organe , détermine l'abohtion de la pensée et la perte de la connaissance; mais comme cet afflux sanguin a plus spécialement son siège dans la substance blanche, il l'excite, la stimule , et occasionne les mouvements épileptiformes. Cette explication est appuyée par l'opinion de MM. Delage, Foville et Pinel-Grandchamp , qui placent le siège des mouvements volontaires dans la substance blanche» (Brierre de Boismont, Des congestions cérébrales, avec symptômes épileptiformes, qui surviennent chez les aliénés in Arch, gén. de méd., t. XIX, 1''^ série , p. 20).

«Quelques raisons , dit M. Foville (art. cité) , invitent à cette opinion : la congestion cérébrale est, de sa nature, un dérangement passager, susceptible de résolution ; les accidents de l'épilepsie offrent le même caractère. La congestion occupe toutes les parties de l'encéphale ; les caractères de l'épilepsie consistent en symptômes qui portent sur toutes les fonctions cérébrales. On pourrait trouver encore plusieurs raisons de la même force ; mais que valent ces raisons sévèrement examinées? Bien peu de chose, si l'on regarde de près ce qui se passe. Gomment peut-on , d'abord , admettre qu'une congestion a eu lieu , et s'est dissipée quelquefois dans l'espace de moins d'une minute? Comment expliquer par la congestion, qui sans contredit est moins forte au commencement de l'accès qu'à la fin , des symptômes dont la violence est diminuée, et cesse tout à fait lorsque la rougeur, la turgescence énorme de toutes les parties extérieures de la tête, la tension des jugulaires, restent encore pour montrer que le cerveau est dans le plus haut point de congestion ?

«La présence du sang dans le cerveau des épileptiques , au moment des attaques, n'explique rien des phénomènes essentiels de l'épilepsie. Le sang est appelé, dans ces cas, par le travail morbide si actif dont le cerveau est le siège; la congestion est augmentée, entretenue parles contractions énergiques et accélérées du cœur, et surtout par la tension convulsive des parois du thorax , par l'absence de véri-

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(ablcs mouvements d'inspiration , si essentiels au retour du sang veineux dans le centre de la circu- Jalion.... Ce n'est donc pas à la présence du sang dans le cerveau, à la congestion cérébrale, en d'autres termes , qu'il faut attribuer les phénomènes de l'épilepsie. »

Ces réflexions nous ont semblé parfaitement justes, et l'on pourrait encore répéter ici la plupart des objections qui ont été faites à MM. Boucher et Gazau- \ieilli: disons donc pour terminer, avec M. Foville : «On ignore complètement le mécanisme de l'innervation; on cherche à expliquer ses dérangements par les changements survenus dans les phénomènes mieux connus de la circulation. On ferait tout le contraire si , ne connaissant rien aux phénomènes de la circulation du sang , on possédait une bonne théorie de l'action des centres nerveux. »

Le docteur Reid , se fondant sur la suspension de l'action du cœur, et sur la rigidité tétanique des muscles que l'on observe dans les attaques épileptiques , attribue la maladie à une irritation et à une congestion de la moelle. Le docteur Shearman pense qu'elle est due à une distribution irréguHère ou à une insuffisance de l'influx nerveux. Le docteur Mausford, établissant d'abord qu'il y a identité entre le fluide nerveux et le fluide électrique , pense que le premier est formé dans le cerveau, et que , dansl'épilepsie, sous l'influence d'une cause qui nous échappe, il s'accumule dans cet organe : les attaques sont le résultat de son expulsion , qu'on peut comparer à une décharge électrique ( J. Copland , loc. cit.j, p. 797- 799). Ces hypothèses ne méritent pas un examen sérieux.

Quelle est donc la nature de l'épilepsie ? Nous avouerons sans peine que nous ne la connaissons pas , et nous préférons, plutôt que de nous jeter dans des théories hasardées, dire, en attendant de nouvelles recherches, que l'épilepsie est une névrose, une maladie nerveuse, «ce qui signifie tout simplement, dit Georget (arlicle cité), que c'est une maladie dont on ne connaît point la nature organique.»

Les efforts qui ont eu pour but de localiser l'épilepsie n'ont pas été plus heureux que ceux qu'on a faits pour déterminer la nature de cette maladie. Les uns en ont placé le siège dans les membranes cérébrales ; les autres, dans le cerveau lui-même ; ceux-ci , dans la glande pinéale; ceux-là, dans la glande pituitaire. Sauvages fait remarquer que l'on détermine des convulsions épileptiques en piquant l'origine des nerfs crâniens ou la moelle allongée. «Je ne serais pas éloigné de croire, dit le docteur Ménard ( Revue médicale, t. i , p. 391 ), que le siège de l'épilepsie réside dans le cervelet , je ne dis pas dans un certain nombre de cas, ou dans le plus grand nombre , mais daas tous , sans exception. » Pour appuyer son opi-

nion , l'auteur fait remarquer que l'approche de la puberté, l'âge critique, le retard et la suppression des menstrues, la masturbation, sont regardés comme des prédispositions à l'épilepsie , ou des causes de cette maladie; que la syphilis produit l'épilepsie ; que le coït est regardé comme une cause puissante d'épilepsie; que la continence la produit aussi; que les épileptiques sont adonnés aux plaisirs de l'amour et à la lubricité; qu'ils éprouvent une forte douleur à l'occiput; que la puberté guérit souvent l'épilepsie; que l'action de l'utérus et de ses annexes sur l'encéphale est bien tranchée chez les femmes enceintes ou en couches: «Si j'ai bien observé, dit-il , les individus atteints d'épilepsie, notamment dans le mode aigu, toutes les fois qu'ils se sont offerts à mon attention , j'ai aperçu , surtout dans le jeune âge , la rétraction de la tête en arrière , la rétention plus ou moins complète d'urine, et l'érection du pénis.» M. Ménard prétend que , dans ces cas, il y a toujours excès d'action dans le cervelet , et qu'on ne saurait soutenir que cette irritation ne laisse pas toujours des traces locales , puisque les recherches à cet égard sont au moins mal dirigées: «Toujours est -il que, dans plusieurs cas d'épilepsie, dit-il , l'ouverture cadavérique a démontré dans l'organe que j'en crois le siège des lésions patentes et remarquables. » Nous n'avons pas besoin d'établir le peu de valeur qu'ont les preuves apportées par le docteur Ménard à l'appui de sa théorie.

MM. Boucher et Gazauvieilh placent le siège de l'épilepsie dans la substance blanche du cerveau , et n'osent hasarder quelques conclusions relatives aux ramollissements de la moelle épinière notés dans plusieurs observations. «Dix ouvertures de cadavres d'épileptiques faites sans choix, dit M. Esquirol (loc.cit., p. 311), ont présenté neuf fois des lésions de la moelle rachidienne ou de ses membranes. Qui n'eût été tenté de conclure que les organes contenus dans le canal vertébral étaient le siège de l'épilepsie?» Enfin , pour M. Galmeil , le siège de l'épilepsie est dans le cerveau ou ses membranes , et même dans tout le système nerveux cérébro-spinal. «Je voudrais établir, dit ce médecin , que, dans l'épilepsie, le désordre n'est pas borné à un seul point du cerveau ou de la moelle épinière... En effet, chaque fois qu'à l'ouverture d'un cadavre une lésion cérébrale a été trouvée circonscrite , bornée à un seul point et loin de la hgne médiane, les symptômes notés pendant la vie avaient été partiels, c'est-à-dire bornés à un côté du corps ; dans l'épilepsie l'abolition des sens est générale , il est indifférent de stimuler un bras ou un autre, d'ouvrir l'œil gauche ou le droit, partout l'altération des fonctions est au même degré. Donc la lésion qui produit l'épilepsie n'épargne ni l'un ni l'autre des côtés symétriques du cerveau

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ou lie ses dépendances ( thèse citée , p. 16). Hecker (^ loc. cit., p. 98 ) s'est égaleuieut efforcé de prouver que l'épilepsie avait son siège dans le système ner- A eux tout entier.

Nulle conclusion ne peut être tirée de ces différentes opinions, et, nous le répétons, il faut reconnaître , avec M. Foville , que l'épilepsie consiste dans une altération du mécanisme de l'innervation, dont on ne peut saisir ni la nature , ni le siège. Dans l'épilepsie simple , dit ce médecin, sans complication de maladie mentale, il n'existe aucune altération constante , mais une lésion passagère , qui rentre dans la classe de celles qui peuvent complètement disparaître, et dont l'existence ne se prolonge probablement pas au delà de la durée des attaques. «Dans ces cas, découvrir la cause qui a détermine^ ces convulsions passées me semble une prétention aussi mal fondée que celle de rencontrer, dans le cerveau, la trace des changements qu'il a pu subir pour diriger des mouvements volontaires.» Dans l'épilepsie compliquée, la seule dans laquelle on trouve des altérations bien positives, bien constantes, ces altérations sont les mêmes que celles qui caractérisent la démence avec paralysie générale, et il faut encore en conclure «que les altéralions persistantes observées dans ces cas appartiennent à l'ensemble des symptômes persistants, et n'apprennent rien pour la nature organique de l'épilepsie» [Dictionn. de méd. et de chir. prat., t. vu, p. 421-

Mentionnons, pour terminer, une théorie ingénieuse émise par M. Piorry. Ge médecin, appliquant à l'épilepsie des idées que nous développerons dans un autre lieu [voy. Névralgies) , considère cette maladie comme une névrose ascendante, dont le point de départ est presque toujours la rétine et le nerf optique, mais qui peut avoir son origine dans tous les rameaux de l'axe encéphalo-rachidieu. Dans le cas où rorigineestéloignéeducerveau, dit M. Piorry, il existe une aura manifeste: le malade sent parfaitement une sensation vibratoire ascendante; la connaissance ne se perd que lorsque cette sensation est parvenue au cerveau, en passant parle nerf optique. Pour mettre en évidence le rôle qui appartient à ce dernier, M. Piorry rappelle que la vue d'un globe de feu , d'un corps rouge, etc. , est un des prodromes les plus fréquents des attaques épileptiques ; que la frayeur, résultant d'une impression perçue par la vue , est la cause la plus commune de la maladie (méra. cité). Cette opinion demande confirmation ; mais elle mérite d'être soumise à un nouvel examen.

Enfin , l'épilepsie peut-elle avoir son siège en dehors du système nerveux cérébro-spinal? Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avous déjà d:t à ce propos, mais nous hasarderons une question qui n'est peut-être point sans intérêt, et à laquelle, jusqu'à m.

présent , on n'est pas en mesure de répondre : l'épilepsie ne peut-elle avoir pour point de départ une altération du système nerveux de la vie animale ? Dans le cas où il pourrait en être ainsi , n'arriveraiton pas à la véritable appréciation de toutes les observations qui ont été rapportées pour établir l'existence d'une épilepsie sympathique P

Classification dans les cadres nosologiques, — On comprendra facilement, d'après ce que nous venons de dire, que la plupart des nosographes n'aient pu placer l'épilepsie que parmi les affections qui , inconnues dans leur nature , ne sont caractérisées que par quelques symptômes plus ou moins constants; les convulsions forment ici le phénomène auquel on accorda la première place. Sauvages a placé l'épilepsie dans le iv*^ ordre (spasmes cloniques unifersels) de sa iv'' classe (spasmes) , et l'on voit que celte classification repose sur une triple erreur, puisque les convulsions n'existent pas toujours, et qu'elles peuvent être partielles et toniques. GuUen a été moins explicite, et, par conséquent, plus vrai; il a placé l'épilepsie, avec le tétanos et la danse de saint Weit, dans la l*'*' section ( affections spasmodiques des fonctions animales ) de son iii*^ livre (affections spasmodiques sans fièvre ). Pinel a considéré l'épilepsie comme une névrose des fonctions cérébrales ( lY*^ classe , v^ ordre ), et M. Andral a adopté cette classification dans son Cours de pathologie interne^ puisqu'il a rangé l'épilepsie dans la vi*^ classe ( névroses complexes , caractérisées par un trouble simultané de toutes les fondions) des maladies des centres nerveux se présentant sans altérations cadavériques.

Historique et bibliographie, — L'épilepsie a été connue dès la plus haute antiquité , et une place plus ou moins étendue a été donnée à sa description dans ions les traités généraux de médecine depuis Hippocrate ; cependant si l'on compare ce qu'ont dit, sur cette maladie, les auteurs anciens, à la plus récente des monographies dont celle-ci ait fait le sujet, on se convaincra que les progrès de la science n'ont guère éclairé l'histoire de l'épilepsie, et que nous ne sommes guère plus avancés que nos pères sur celle matière. Sans doute quelques symptômes ont été mieux décrits et mieux appréciés , quelques variétés de la maladie ont étéétabliesetétudiées avec soin; mais que savonsnous de plus sur la nature , sur le siège , sur le traitement de celle-ci ?

Hippocrate a consacré un livre tout entier ( De morbo sacro), et plusieurs aphorismes à l'épilepsie. Il commence par combattre «les gens qui ne cherchent qu'à tromper les hommes en se débitant pour savoir ce qu'ils ignorent », et qui attribuent à la maladie une origine sacrée : «De morbo sacro vulgo «appellato sic se rcs habet, neque quidquam aliis

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«inorbis diviniu^aut sacralius , scd eamdeni , ex qiia «reliqui niorbi oriuutur, natiirain habere mihi vide- «tur.» C'est nue conslituUon paiiicuHère de l'encéphale qui engendre l'épilepsie, et cette constilulion se rencontre chez les pituUeux , dont le cerveau ne s'est pas purifié pendant la vie intra-utérine , car alors la pituite obstrue tellement les veines, que l'air ne peut pénétrer dans l'organe et ses ventricules. Ces explications pathogéniques, en rapport avec les idées physiologiques de l'époque , sont accompagnées de considérations plus vraies, et quelquefois même fort remarquables : le cerveau est la source des sensations, de l'intelligence, des mouvements ; il est aussi le siège de Tépilepsie; chez l'homme, comme chez les chèvres , qui sont atteints de cette affection , il est humide ( Cerehrum eiiim hamidius ^ quam pronatura exsliiit , ci pituita exaudet ) ; les sujets encore jeunes peuvent guérir par l'eFfet du progrès de l'âge , du changement de lieu et de nourriture , eîc.

Gelse n'accorde pas une grande place à la description de l'épilepsie; mais il énonce des remarques pratiques qui sont encore exactes aujourd'hui. «L'épilepsie, dit-il, est quelquefois accompagnée de mouvements convulsifs, quelquefois aussi il n'y en a point; elle se guérit souvent vers l'époque de la puberté ; il faut s'abstenir de saigner dans cette maladie, à moins d'indications spéciales. Lorsque l'épilepsie résiste aux ventouses scarifiées appliquées sur la région occipitale , aux moxas placés sur la nuque , aux douches froides, il est rare qu'elle guérisse jamais, et il ne faut plus penser qu'à soulager le malade par un régime hygiénique bien entendu : «Neque sorbitiones « autem his, aliique molles et faciles cibi, neque caro, mi «nimeque suilla convenit ; sed médise materise ; nam «et viribus opus est , et cruditales carendse sunt. Gum « quibus f ugere oportet solem, balneum, ignem,omnia- «que calefacientia,ilem frigus, vinum, venerem , loci «prsecipilis conspectum , omniumque terrenlium, voce mitum, lassitudinem, soUicitudines, negotiaomnia» [De médicinaux, in^cà'p. x\m, De comitiali morbo).

De tous les auteurs anciens , Arétée est celui qui retraça le mieux les symptômes de l'épilepsie , son influence sur l'état physique et moral des malades lorsqu'elle se prolonge, les prodromes des accès, etc. Il rejette toifs les remèdes barbares ou extraordinaires {De caus. et sigiiis morb. acut., lib. i, cap. iv et v).

Cœlius Aurelianus a donné une description fort complète de l'épilepsie [Chron. morb. , lib. i, c. iv). Le traitement qu'il conseille est simple et rationnel. «En faisant abstraction, dit M. Gibert, des idées systématiques qui semblent diriger l'auteur dans le mode d administration des remèdes , on peut dire que la partie thérapeutique est plus instructive et plus complète dans ses écrits que dans ceux de quelques-uns de nos contemporains. »

Après Cœlius Aurelianus, les auteurs se bornèrent pendant longtemps à répéter ce qu'avaient dit leurs devanciers ; Fr. Hoffmann lui-même n'est guère plus complet qu'eux [Opéra omnia., De epilepsia). Cependant on trouve une appréciation assez juste des causes , des symptômes , de la marche de la maladie, qui est divisée en idiopathique, symptomatique et sympathique : «His praelibatis , dit ce judicieuxau- «teur, ad caussam atque sedem niali epileptici trans- «grediendum est : hanc in cerebri Isesione sitam esse, «nemo est, qui in dubium vocabit : in quo vero eo «consistât haec Isesio et quomodoproducatur, id hacte- «nus minus distincte explicitum deprehendi.»

Morgagni ( De sedib. et caus. morborum., epist. IX ) s'est efforcé de montrer les altérations que l'on rencontre dans le cerveau des épileptiques ; mais il a manifestement réuni sous le même nom des encéphalites , des altérations organiques, des affectionsconvulsives entièrement étrangères à l'épilepsie, et nous verrous celte confusion se continuer longtemps après lui.

Van-Swieten, dans ses Commentaires sur les aphorismes de Boerhaave, s'est élevé de beaucoup au-dessus de ses devanciers : il reconnaît que la cause prochaine de la maladie est toujours dans le cerl'eau, bien que quelquefois elle échappe à nos investigations , et que la cause déterminante des accès puisse être ailleurs. Les attaques sont rappelées par toutes les causes morales et physiques , et surtout par la reproduction de celles qui ont produit la maladie, La marche de l'épilepsie varie : tantôt les malades succombent dans un accès au bout de peu de temps ; tantôt ils parviennent à un âge avancé. L'épilepsie des femmes en couches est décrite avec soin.

Ti.ssot est le premier qui ait publié sur l'épilepsie un ouvrage dans lequel se trouvent réunis tous les faits et toutes les opinions produits parles auteurs; son livre [Traité de l'épilcp.; Lausanne, 1 770) est encore aujourd'hui lamine la plus riche où l'on puisse puiser les éléments de l'histoire de cette maladie, mais il faut une appréciation sévère pour en éloigner tout ce qui est étranger à la matière , et qui s'y trouve introduit à la faveur des épilepsies symplomatiques et sympathiques.

Doussin-Dubreuil (/?e l'épilepsie en général, etc.; Paris, 1797 ), Maisonneuve ( Recherches sur l'épilepsie; Paris, 1803 ), et Portai lui-même (Oi^erlations sur la nature et le traitement de l'épilepi7e;Paris, 1 827), n'ont fait que copier ou paraphraser Tissot : la vaste pratique de Portai lui a fourni quelques réflexions vraies et utiles , mais la partie dogniatiqire de son livre manque de critique et d'une juste appréciation ; la fureur des divisions y est poussée à ses dernières limites, et trente-trois espèces d'épilepsies sont décrites et établies d'après des considérations étiologiques, dont quelques exemples suf-

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fi>cnt pour faire apprécier h valeur. Porlal a admis des épilepsies par l'effet des piqûres , des plaies, par pléthore gazeuse, par obésité, par excès et par défaut d'évacuations , par vice de la bile , par infiltration de l'urine , par vices vénérien , herpétique, psorique , arthritique, etc. En vérité, on a peine à croire que de pareilles doctrines aient pu être émises il y a quelques années à peine.

En réalité , on ne peut se faire une juste idée de l'épilepsie qu'en lisant les articles qui ont été publiés sur elle, dans ces derniers temps, par MM. Esquirol ( Dict. (les sciences médicales^ et Traité des maladies mentales; Paris, 1838), Foville ( Dict. de méd. et de chir. prat.) , Georget {Dict. de méd. ) , J. Copland ( J dict. of praclical med. ) , Gheyne ( The cyclop. of pract. med. ). Nous citerons encore particulièrement la thèse de M. Galmeil ( De l'épilepsie étudiée sous le rapport de son siège ; Paris, 1824 ) , le mémoire de MM. Boucher et Cazauvieilh ( Jrch. génér. de méd. , t. ix , 1825 ) , celui de M. Beau ( ^Jrch. génér. de méd., t. xi , 2® série), qui seul a bien décrit les vertiges épileptiques , et étudié les différences qui séparent l'épilepsie de l'hystérie. N'oublions pas enfin que c'est à M. Tanquerel- Desplanches que l'on doit la description de l'épilepsie saturnine ( Tra/ie des maladies de plomb; Paris, 1839).

Parmi les auteurs qui ont traité un point circonscrit de l'histoire de l'épilepsie, nous indiquerons Hannes ( De puero epileptico, etc., thèse , 1 766 ), Greding ( De narcoticorum viribus in epilepsia; Leipzig , 1 769 ^ , Wenzel {Beobachtungen iiber den hirnanhangfallsuchtiger Personen ; Mayence, 1810).

ÉPISTAXIS, s. f., de etti, et de a-a^o, je tombe goutte à goutte ; écoulement de sang par les narines.

Dénominations françaises et étrangères. — ■ Épistaxis, hémorrhagie nasale , saignement de nez, rhinorrkagie. Yv. — At[Aoppa-^ia, cTalx-^p,oç. Gr. — Hœmorrhagia narium, epistaxis, stillicidium ou stillatio sanguinis à naribus , sanguinis fluxus per nares, hœmorrhagia. Lat. — Plusse di sanguc del nazo. Ital. — Flujo de sangre de la nariz. Esp. — Bleeding at the nase. Augl. — Nasenbluten. Ail. — Bloedennit den neus. HolL— - A'oe sebladen. Dau.

Dénominations suivant les auteurs. — Aip.opc%y.y. ( écoulement abondant de sang par le nez ) ; fu(j'.; (celui qui se fait avec lenteur), n-a.'i.y.^ii.'-.c, (celui qui a lieu goutte à goutte), Hippocrate; hœmorrliagia. Sauvages , Linné , Sagar ; hœmorrhagia na~ rium, Hoffmann, Juncker, Good, Darvin ; epistaxis, Vogel, Pinel; hémorrhinie, Alibert; rhinorrhagia., Ploucquet; rhinorrhagicj Roche, Broussais, et d'autres.

On donne le nom à'épistaxis à toute espèce

d'écoulement sanguin qui se fait par l'ouverture antérieure ou postérieure des fosses nasales, quelles qu'en soient la cause et les quantités de sang perdu par les malades.

Si l'on veut prendre une idée générale de l' epistaxis, il faut la considérer comme un phénomène morbide lié à des états pathologiques très-différents : les uns locaux , et bornés à la muqueuse nasale , ce qui est rare; les autres, constitués par un trouble général de l'organisme. Nous allons donc passer d'abord en revue toutes les causes de l'épistaxis, car sans cette indication préliminaire , il nous serait impossible de déterminer avec quelque ]»récision les symptômes la valeur diagnostique et pronostique , ainsi que le traitement de cette hémorrhagie.

Causes de l'épistaxis. — La disposition à l'épistaxis peut être héréditaire , et transmise par les pères aux enfants ( Fréd. Hoffman , De hœmorrhagia narium, cap. i, g xvi, p. 198 , t. i, Medecina rationalis , in-fol. ; Genève, 1761). Il est peu d'hémorrhagies qui aient plus de tendance à reparaître en vertu d'une prédisposition héréditaire ou d'une diathèse que l'on a nommée hémorrhagipare. Les ouvrages de médecine renferment un grand nombre d'exemplesd'épistaxisdecegenre {Journ. des progrès,\82S ; Jrch. gén. de mèdec, 1835; M. Lafar- ^UQ , Journal hebdomadaire j août 1835; M. Lebert, recherches sur les causes , les symptômes et le traitement des hémorrhagies constitutionnelles, m Archives générales j ?,ç.^itmh\'è'iS2i7', M. Dubois, observations remarquables d'hémorrhaphylie , Gaz. médicale, n" 3, 1838; Sylva, même recueil p. 447, etc.). La cau^e la plus légère suffît pour provoquer ces hémorrhagies, qui ont lieu, non-seulement par les narines , mais encore par divers points de la muqueuse. Il faut se garder de les confondre avec les epistaxis qui dépendent d'une altération générale du liquide en circulation: en effet, tandis que ces dernières hémorrhagies tiennent à la pléthore ou à un état opposé de la constitution , rien ne peut faire découvrir la cause des epistaxis dues à la prédisposition héréditaire ou acquise ; cependant le nombre de ces cas diminue chaque jour à mesure que les faits sont observés avec plus d'exactitude, et depuis que les médecins s'appliquent à reconnaître les allérations du sang.

On a aussi considéré comme une cause prédisposante de l'épistaxis, la structure même de la muqueuse olfactive , sa vascularilé très-grande, sa finesse, et , suivant quelques auteurs , l'abseuce de l'épithélium dans la partie qui tapisse la voûte des fosses nasale.*. On a prétendu qu'une des conditions organiques favorables à l'exhalation sanglante est la grande finesse et la ténuité extrême de la membrane de Schneider chez quelques sujets ( Keir, art. ÉhstaxiS, The cy-

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ctopedia of practical mcdicine , t. ii, p. 101 ). On a aussi remarqué que les animaux ne sont jamais affectés d'hémorrhagie nasale.

L'épislaxisest irès-fréquente dans le jeune âge, de sept à vingt ans. Hippocrate, et d'autres après lui, ont prétendu que les jeunes sujets chez lesquels celle hémorrhagie a lieu sont plus exposés que d'aulres, vers l'âge de la puberté, à l'hémoptysie, à la pleurésie, à la pneumonie et à la phlhisie; que plus tard, enfin, ils contractent des hémorrhoïdes,des affections rhumatismales, néphrétiques, etc. Cette opinion du médecin grec demande à être examinée de nouveau.

Hoffmann place encore au nombre des causes prédisposantes de l'épistaxis la pléthore et toutes les causes qui peuvent l'amener, comme un repos prolongé, une nourriture succulente, l'usage des boissons .spiritueuses, chaudes et aromatiques, des bains chauds i^loc. cit., cap. VI ). Les saisons paraissent exercer quelque influence sur elle: Hoffmann cite particulièrement l'approche de l'équinoxe du printemps et de l'automne , dont les effets se font surtout sentir des personnes avancées en âge; il les attribue aux vicissitudes atmosphériques qui sont alors très-fréquentes: «Tum quippe insequalis adniodum e.sse solet aeris «habitudo et frequens ex calido in frigidum, ex sicco «in humidum, ac vice versa mutatio ( p. 197, § 7 ). Les brusques variations de la colonne barométrique coïncideraient souvent avec des hémorrhagieset avec deshypérémies cérébrales, suivant les remarques faites par Retz (l'o;-. l'art. Apoplexie , t. i , du CompeiuL). Les cpistaxis se trouvent-elles influencées par cette cause? C'est ce que l'on n'a pas encore recherché. M. Gendria ajoule à toutes les causes prédisposantes qui sont mentionnées par Hoffmann , quelques autres dont nous ne garantissons pas du tout la réalité : tels sont la présence d'une grande quantité d'électricité dans l'air pendant les orages , le séjour prolongé dans des endroits échauffés par la réunion d'un grand nombre d'individus, la contention d'esprit, des études soutenues, l'absence du sommeil , l'exposition à l'ardeur des rayons solaires, des efforts de voix fréquents et considérables, des cris, etc. ( Traité philosophique de médecine pratique , t. i, p. 1 1 7, in-8; Paris, 1838 ).

Morgagni fait mention d'une épidémie d'épistàxis qui régna dans l'Èlrurie et la Romagne , et qui fit périr un grand nombre de sujets dans les vingt-quatre heures ( De sedibus et caus. , epist. xiv, § 25 ). Clementini, historien de Rimini , rapporte que cette même année il mourut beaucoup de monde à Ravenne et dans les autres villes de la province, dune hémorrhagie dont l'auteur italien n'indique pas le siège (Morgagni, oy^. 677. 'j § 25 ).

L'hémorrhagie nasale peut être supplémentaire d'une hémorrhagie aipprimée, ou devenue seule-

ment moins abondante : c'est ce qni arrive chez les femmes dont les règles se suppriment ou les lochies s'arrêtent, pendant la grossesse , ou chez les sujets affectés d'hémorrhoïdes. Ces caus< s n'agissent qu'à tilrè de causes occasionnelles; il faut admettre l'existence d'une prédisposition.

Il est d'autres causes qui ont une action tout à fait directeet déterminante sur la production de l'épistaxis: nous voulons parler de ces maladies qui, en apportant un obstacle marqué au retour du sang vers l'extrémité céphalique, amènent une épistaxis. Les affections du cœur, et surtout des cavités droites ( voy. Coeur, maladies en général ), l'emphysème pulmonaire, l'asthme nerveux essentiel, la toux couvulsive de la coqueluche , de la grippe ou de la bronchite , les productions morbides qui siègent dans le poumon , les anévrysmes de l'aorte , les efforts, l'éternument, les cris , les mouvements violents, en déterminant une stase sanguine dans les poumons et le système yasculaire de l'extrémité céphalique , ont pour résultat d'occasionner des épistaxis. 11 faut, toutefois, faire observer que le Irouble apporté au cours du sang n'est pas la seule cause de l'hémorrhagie, et que les altérations du fluide en circulation y sont aussi pour beaucoup. Les anciens auteurs mettent au rang des causes de l'épistaxis les fièvres synoque et quarte, les exanthèmes , la rougeole , la variole , les diverses obstructions des parenchymes très-vasculaires, comme le foie et la rate. Hoffmann, qui rapporte toutes ces opinious , explique la production des hémorrhagies par l'obstacle que rencontre le sang, qui est alors contraint de diriger son cours vers les extrémités supérieures et vers la tête (ouvr. cit., §§11 à 13 , p. 97\ Ce médecin, sans pénétrer la cause réelle de ces hémorrhagies , que nous expliquons aujourd'hui par une altération du sang si fréquente à la suite des fièvres d'accès prolongés , les rapproche des hémorrhagies que l'on voit survenir danslescorbut invétéré, les hydropisies et les diverses cachexies. Morgagni pense que les engorgements du foie et de la rate sont, dans quelques cas, causes, et, dans d'autres , effet de l'hémorrhagie ( epist. XIV, S 23 ).

L'observation attentive des maladies apprend que l'épistaxis est causée par une foule d'affections dont le siège et la nature sont tout à fait différents : tantôt ce sont des maladies locales, comme l'ulcération simple ou vénérienne de la muqueuse nasale , des polypes , des végétations, etc.; tantôt, et ce cas est plus ordinaire , ce sont des maladies que l'on peut regarder comme générales. Ainsi l'on Toit l'épistaxis au début, et dans le premier septénaire de la fièvre typhoïde, quelquefois même plus tard , dans le cours des angines couenneuses et gangreneuses épidémiques où les stiUicidia sanguinis se font par le nez ou par d'autres voies; dans le typhus, dans la peste; dans

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les maladies exauthémaliques , comme la rougeole, la scarlatine, la variole, surtout quand il s'y joint les symptômes de l'état typhoïde; enfin on voit paraître cette hémorrhagiedansdes affections où le sangest bien manifestement altéré, comme dans le scorbut, l'anémie, dans les empoisonnements septiques par des virus appartenant à des animaux sains ou malades. Le venin du crotale, de certains serpents, cause, peu de temps après qu'il a été inséré sous Tépiderme, des accidents généraux et des hémorrhagies nasales; les maladies charbonneuses, la pustule maligne, la morve aiguë, s'accompagnent aussi d'épistaxis.

Si nous cherchons à résumer les causes de l'épistaxis, nous voyons: 1°que certaines conditions inconnues, comme la diathèse héréditaire ou acquise, l'âge , la constitution atmosphérique , peuvent la provoquer ; 2** qu'une lésion locale ayant son siège dans les fosses nasales peut également y donner lieu (végétations, polypes, altérations organiques); 3° que, le plus ordinairement , le flux sanguin est déterminé par les altérations du sang lui-même : l^par la richesse de ce fluide qui est en excès ou trop chargé de fibrine (pléthore, hypérémie générale, tempérament sanguin); 2" par l'appauvrissement de ce liquide, dont les parties séreuses prédominent (hydroémie , chlorose) , qui est en trop petite quantité (anémie) , ou dont tous les éléments sont altérés (scorbut, typhus, charbon, peste, fièvre jaune et emipoisonnement miasmatique et septiqùe, fièvre intermittente, et cachexies symptomatiques de lésions chroniques bien caractérisées , comme le cancer) ; 3° l'épistaxis , enfin , paraît être le résultat d'un trouble profond survenu tout à coup dans l'innervation : le sang , alors, q^ui n'est plus retenu dans les capillaires par les causes inconnues et toutes vitales qui règlent les mouvements moléculaires que l'on a appelé la chimie vivante des organes , le sang, disons-nous, transsude au dehors : c'est ce qui arrive lorsqu'un virus septiqùe tue en quelques minutes un animal plein de vie; les slilicidia sanguinis se font alors simultanément par tous les organes.

D'après ce que nous venons de dire , on doit voir qu'aujourd'hui l'étude de l'épistaxis ne saurait être envisagée comme on l'afait jusqu'ici : au lieu de la décrire en bloc, comraeies auteurs des articles de dictionnaires, et comme l'a fait M. Gendrin lui-même, qui a suivi les anciens errements dans l'ouvrage qu'il vient de publier, il faut montrer que ce symptôme appartient à des états pathologiques très-différents , et que les signes diagnostiques et pronostiques que l'on peut en tirer n'offrent quelque certitude au praticien qui les interroge qu'autant qu'ils reposent sur la considéralion importante des causes de la maladie. Nous établirons donc d'abord une épislaxis idiopath'ujue^ c'est-à-dire indépendante de toute affection locale et

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générale , soit des solides , soit des liquides en circulation : telle est l'épistaxis qui dépend de la prédisposition innée ou acquise; celle qui survient chez les sujets pléthoriques, dont le système vasculaire e.^t développé et le sang riche en fibrine, est une hémorrhagie de ce genre. Dans une seconde division se trouve Vépistaxis syinplomaliquc 1° d'une lésion de la membrane de Schneider ou des parties environnantes; 2*^ d'une maladie des organes circulatoires (hypertrophie du cœur) ; 3° d'une altération du fluide en circulation. Dans cette dernière catégorie viennent se ranger les hémorrhagies nasales que l'on voit paraître dans les maladies du sang, telles que la chlorose, l'anémie, le scorbut, et dans les affections générales, comme la fièvre typhoïde, le typhus, la fièvre jaune, les fièvres éruplives (rougeole, scarlatine); enfin dans toutes les affections compliquées d'état typhoïde. Les symptômes, la gravité, le traitement de ces épistaxis, doivent varier comme la cause même qui les produit; et l'on s'étonne de voir des médecins au courant de la science décrire encore dans leurs livres l'épistaxis comme si c'était une maladie essentielle, et à la manière des auteurs anciens , qui n'avaient pas pour se guider les découvertes faites en anatomie pathologique. Nous préférons diviser cette hémorrhagie en idiopathique et en symptomalique , parce que celte division est d'une application continuelle dans la pratique. Quelle est, en effet, la première rechercheà laquelle se livre ou du moins doitse livrer le praticien appelé auprès d'un sujet en proie à une épistaxis? Il examinera d'abord à quelle cause locale ou générale il doit l'attribuer, et toute sa thérapeutique sera fondée sur les documents qui lui seront fournis par cette investigation.

On a divisé l'épistaxis , comme les autres hémorrhagies, en active et en passive. La première, di.sent les auteurs, est précédée d'une fluxion sanguine vers l'extrémité céphalique , et de tous les signes qui annoncent le molimen hemorrhagicum. L'épistaxis passive se montre chez les sujets lymphatiques , affaiblis par des affections chroniques, par des hémorrhagies, chez les scorbutiques , etc. Sans insister sur les vices de cette division, que nous devons discuter ailleurs {vof. Hémorrhagie), nous dirons seulement qu'elle ne peut être maintenue aujourd'hui , bien qu'à l'aide d'une interprétation naturelle on puisse y retrouver toutes les espèces d'hémorrhagies dont nous connaissons parfaitement les causes. L'épistaxis slhénique aiguë, et asthénique ou chronique des auteurs, correspond aux deux formes précédentes (épislaxis active et passive).

A. Epistaxis idiopathique. — On donne ce nom à l'hémorrhagie nasale indépendante de toute maladie locale ou générale. Nous devons nous expliquer avec d'autaut plus de soin sur l'expressiou d'idiopathi-

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que, d'esscnlielle , aKribuéeà cette épistaxis, qu'elle est un non-sens si on la prend dans son acception littérale. L'étude des conditions individuelles et des circonstances au milieu desquelles paraît l'hémorrhagie nasale idiopathique va nous permettre d'en déterminer les véritables causes.

Nous en avons déjà énuméré quelques-unes , qui sont considérées par les auteurs comme prédisposantes : la diathèse héréditaire ou acquise, la prédominance des appareils respiratoire et circulatoire, la richesse et la quantité plus grande du sang (pléthore), la ténuité de la membrane de Schneider, etc., le tempérament sanguin, la jeunesse, et surtout la puberté. On doit placer encore au nombre de ces causes les variations brusques de température et des hauteurs barométriques , l'insolation , une température élevée, naturelle ou artificielle , l'ascension sur de hautes montagnes, la vie sédentaire , une nourriture succulente , l'usage d'aliments excitants , de boissons vineuses et alcooliques, les émotions morales subites, l'excitation des nerfs olfactifs par certaines odeurs , Taction déchanter, de parler, de pousser des cris, certaines positions du corps qui peuvent favoriser le développement de l'épistaxis active. Si l'on réfléchit sur leur manière d'agir, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'en dernière analyse elles peuvent être ramenées à deux principales : tantôt elles ont pour effet de produire un sang plus riche et plus abondant, tantôt de donner à ce liquide une impulsion plus vigoureuse et plus rapide vers les organes ; les deux ordres de causes que nous avons signalées amènent souvent ce double résultat. Ainsi l'élévation de température, les boissons stimulantes , les efforts musculaires , une vive émotion , rhypertrophi« du cœur, etc. , activent la circulation , tandis qu'une nourriture riche en principes assimilables , une vie oisive , ajoutent au sang une quantité plus considérable de matériaux.

On voit , d'après cette simple énumération , que la cause de l'épistaxis réside dans les modifications qu'ont subies la circulation centrale , capillaire , et le sang lui-même. Si l'on veut conserver le nom à'idiojiaihique à cette héraorrhagie , on doit au moins reconnaître qu'il est survenu dans le mode suivant lequel s'exécutent les fonctions des changements qui s'écartent déjà de l'état physiologique ; ajoutons que beaucoup d'auteurs anciens considèrent comme idiopathique l'épistaxis qui est liée à des maladies bien caractérisées , comme à une hypertrophie du cœur, avec ou sans obstacle à la circulation , ou à des affections qui gênent la circulation pulmonaire , et favorisent ainsi cette hémorrhagie. Les seules épistaxis qui méritent le nom de /^77m(7«Ve ^ à' idiopathique, sont celles de la puberté , qui procèdent de la diathèse congénitale ou acquise , et qui ne sont liées à aucune cause appréciable.

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Les symptômes qui annoncent l'épistaxis sont l'injeclion des capillaires du nez et de la muqueuse qui tapisse l'ouverture antérieure des fosses nasales , le chatouillement, la chaleur, la sensation de sécheresse, l'enchifiènement que le malade éprouve dans cette partie, l'éternument, la pesanteur vers la racine du nez , le battement des artères temporales : ces phénomènes dépendent de l'hypérémie locale qui s'effectue dans la membrane de Schneider et l'extrémité céphalique. Galien porta, d'après l'ensemble de ces symptômes, un diagnostic qui lui fit beaucoup d'honneur; il se plaît à le rappeler dans plusieurs endroits de ses ouvrages; il raconte qu'il tourna à la confusion d'un médecin qui n'avait pas su prévoir l'hémorrhagie. Parfois , disent les auteurs, les symptômes locaux sont limités à un côté de la tête : il y a hémicrânie ; la rougeur et la tension n'occupent que la narine par laquelle le sang doit s'écouler au dehors. Parmi les autres symptômes qui se lient à l'épistaxis, et qui résultent de la congestion céphalique , on a noté la rougeur et le gonflement de toute la face et des yeux , le refroidissement des extrémités , la céphalalgie frontale, les étourdissements, les tintements d'oreilles, courbatures , accablement, pouls rebondisdissant , parfois dicrote , et présentant quelques irrégularités , frisson vague. Tous les symptômes locaux et généraux prennent de l'accroissement ; l'anxiété, la céphalalgie, la fièvre, et tous les signes de la congestion du visage , deviennent plus marqués , et ne cessent qu'au moment où le sang s'échappe au dehors. L'hémorrhagie, dans ce cas est dite simple ou active. Elle ne s'annonce pas toujours par des symptômes généraux ; quelquefois un simple chatouillement qui excite le malade à se frotter le nez , l'éternument, ou l'action de se baisser, la cause la plus légère, enfin , déterminent l'épistaxis.

L'épistaxis active simple ne se montre qu'une fois, ou revient à certaines époques fixes, comme lorsqu'elle est supplémentaire des menstrues ou des hémorrhagies qui s'effectuaient par une autre voie (hémorrhoïdes , hématémèse). Quand elle résulte d'un état pléthorique, elle se reproduit autantde foisque la cause même qui la provoque. Chez les jeunes sujets, elle revient à des intervalles irréguliers, et sans que l'on puisse découvrir la cause de son retour, non plus que chez les personnes qui sont affectées de diathèse hémorrhagique. On a observé des épistaxis affectant des retours périodiques. Un de nous a eu occasion de voir à la Maison de santé , dans le service de M. Duméril , un jeune homme âgé de vingt ans environ , sujet à une épistaxis qui reparaissait tous lesjours à cinq heuresdu matin ; ilfinit par céder à l'usage du sulfate de quinine à haute dose. La quantité de sang que perdait chaque jour le malade pouvait être évaluée à une ou deux palettes. M. Bottcx a également rapporté l'his-

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toire d'une épistaxis intermittente qui fut guérie par le sulfate de quinine ( Archii'es générales de médecine, t. XXVI, p. 260 ; 1831 ).

L'écoulement sanguin peut se faire par l'ouverture antérieure ou postérieure. Quand il survient pendant le sommeil, ou chez de jeunes sujets, le sang- peut tomber dans le pharynx, et s'accumuler en certaine quantité dans Festomac, d'où il est rejeté par le vomissement ; ce qui pourrait faiie croire qu'il y a hématémèse. L'inspection des fosses nasales et de l'arrière-gorge, la sortie de quelques gouttes de sang, permettront de déterminer le véritable siège de l'hémorrhagie. Quand elle a lieu par l'orifice antérieur, elle se fait goutte à' goutte ( (77aXa-jt;,oî ) ou en nappe. Dans le premier cas , le sang finit par se coaguler à l'entrée des fosses nasales, et par arrêter l'hémorrhagie ; celle-ci peut continuer, et le sang tomber dans l'arrière-gorge. Une cause légère, comme Téternument, la position déclive, l'action de se moucher, font reparaître l'épistaxis.

Il est rare que le sang s'écoule en quantité assez considérable plus de quinze à vingt minutes ; mais l'écoulement peut reparaître au bout de quelques minutes ou de quelques heures, et alors il peut continuer pendant un et plusieurs jours; dans ce cas on voit paraître tous les symptômes de Tanémie, tels que, pâleur, décoloration des téguments, refroidissement de la peau, sueur, vertiges, faiblesse générale, lipothymies , etc. La quantité de sang perdu dans l'épistaxis idiopathique est rarement considérable; et quand l'écoulement se reproduit avec une grande opiniâtreté , on doit en chercher l'origine dans une altération du sang, consécutive ou non à une maladie générale : cette quantité excède rarement 8 à 12 onces. On lit dans l'article de M. Kerr ( The cydop., t. n, p. 102 ) qu'elle peut varier de 10 à 20 livres, et le médecin anglais rapporte quelques faits empruntés à divers auteurs; Barlholin parle d'un malade qui perdit 48 livres de sang ; Rhodius , d'un autre qui en perdit 1 8 livres en trente-six heures ; et un respectable auteur des Acles de Leipzig dit que la quantité de sang rejeté par un homuiC dans l'espace de dix-huit jours fut évaluée à 75 livres. Dans tous ces cas, l'hémorrhagie s'arrêtait un instant , pour reparaître ensuite. 11 serait difficile de dire , d'après le récit des auteurs, quelles étaient les lésions locales ou générales qui en étaient la véritable cause.

Les qualités physiques et probablement chimiques du sang perdu par les sujets affectés d'épistaxis idiopathique diffèrent notablement de celles que l'on constate dans l'épistaxis symptomatique ou passive. A moins que le sujet ne soit anémique par suite du renouvellement de l'hémorrhagie , le sang est rose , rutilant, plus artériel que veineux , se prenant en caillot, et offrant une couenne très-visible. Il est bien entendu

que nous parlons seulement de l'hémorrhagie idiopathique. Elle se fait par simple exhalation à la surface de la membrane de Schneider, qui est plus rougç et plus tuméfiée. M. Gendrin prétend qu'on peut souvent, par un examen attentif, reconnaître à la vue le point d'où provient le sang ; mais cette détermination paraîtra, sans aucun doute, impossible à la plupart des praticiens. Le même auteur dit avoir trouva sur la partie d'où provient une hémorrhagie qui n'est que suspendue ou qui menace de se reproduire, une injection très -considérable des vaisseaux capillaires de la pituitaire, qui sont distendus et augmentés de volume.

L'épistaxis idiopathique ne peut être confondue qu'avec l'hémoptysie et l'hématémèse , et encore n'est-ce que dans les cas où le sang est avalé par le malade. L'inspection de l'arrière-gorge et des fosses nasales , et la position déclive que l'on fera prendre au sujet , aideront au diagnostic. En supposant que la coloration du sang, qui est rose et spumeux dans l'hémoptysie , ne suffise pas pour faire reconnaître le siège de l'hémorrhagie , on aura pour se diriger les signes fournis par l'auscultation et la percussion de la poitrine.

L'épistaxis idiopathique est, en. général, d'un bon augure , surtout quand elle se lie à la pléthore ou à la suppression de quelques flux sanguins. C'est dans ces cas qu'il faut admettre, avec l'école de Stahl, que cette hémorrhagie est critique. Elle met fin à tous les signes de congestion qui révèlent le raolimen hemorrhagicum , c'est-à-dire aux efforts auxquels se livre la nature pour se débarrasser d'une partie du liquide qui distend les vaisseaux. On voit cette perte de sang se reproduire avec avantage chez les hommes robustes, sanguins, adonnés à la bonne chère, ou à des travaux intellectuels continus , chez les enfants, et les filles dont les règles coulent mal. Tant que la quantité du sang perdu n'est pas considérable , le pronostic n'est point fâcheux ; il n'en est plus de même lorsque ces pertes se renouvellent fréquemment et pour des causes légères. 11 en résulte alors des symptômes d'anémie et une surexcitation nerveuse fort pénible. Enfin , chez certains sujets , il y a tendance à la reproduction de l'hémorrhagie ; tels sont ces cas de diathèse hémorrhagique dont l'histoire n'est pas encore bien connue , et qui demande à être étudiée par des observateurs habitués à constater les altérations du sang.

Traitement. — L'épistaxis idiopathique modérée survenant chez des sujets jeunes ou chez des hommes pléthoriques doit être respectée. Cependant il faut, en général , chercher à eu prévenir le retour, soit en combattant l'hypérémie par des saignées et un régime sévère, soit en détournant de l'exlrémité céphalique le sang qui y afflue par des applications de

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sangsues à l'anus, par des révulsifs cutanés, ou enfin par des purgatifs et des diurétiques. Les boissons nitrées ont paru , à quelques médecins , exercer une action sédative sur le système circulatoire , mais cet effet n'est rien moins que démontré.

Les auteurs recommandent de ne pas supprimer l'épistaxis lorsqu'elle est réellement critique. Une épistaxis de cette nature se montre parfois dans les congestions et les hémorrhagies cérébrales. On explique les effets salutaires de celte perte de sang par le mode de distribution des principales artères de la membraue pituitaire, qui sont les branches des vaisseaux qui se rendent aux organes intra-cràniens. Il y a aussi les veines olfactives qui se dégorgent par la veine émissaire du trou borgne dans le sinus longitudinal. 11 résulte de cette disposition des vaisseaux que Tliémorrhagie par la pituitaire doit dégorger directement les sinus méningiens, pui.-que la veine fronto-ethmoïdale conduit directement le sang du sinus dans celte membrane (art. ÉriSTAXis, par M. Blandin, IJicliohn. de Uiéd. et de c/u'r. prat. , p. 432). Ajoutons qu'il nefaut pas toujours se fier à ces épistaxis critiques, et, dans la crainte de nuire , se bOrner à l'expectation. On ne devrait pas hésiter à ouvrir largement la veine chez un apoplectique , lors même qu'une épistaxis serait survenue.

On peut respecter ce flux sanguin , quand il n'accompagne pas une maladie dangereuse , et qu'il n'existe pas de lésion caractérisée. Il y aurait de l'incoûvénient à recourir à un traitement aciif ou perturbateur , lorsqu'il y a quelque temps que ce flux est établi, et lorsqu'il est supplémentaire d'une autre héraorrhagie, des hémorrho'ïdes , par exemple, ou des menstrues, chez les femmes. On peut donc réduire à deux les indications principales qui se présentent à remplir dans les cas d'épistaxis idiopathiques actives: 1" en prévenir le retour par des émissions sanguines générales ou locales , qui agissent tout à la fois par la déplétion et la révulsion qu'elles produisent; 2** s'opposer à la perte du sang à l'aide de topiques et d'applications de différentes substances sur la membrane pituitaire. Le dernier traitement ayant un rapport plus direct avec l'épislaxis symptomatique , nous en parlerons plus loin. Si la perte de sang était considérable \ ce serait d'abord à l'emploi des antihémorrhagiques qu'il faudrait recourir, l'anémie et même la mort pouvant en être le ré.sultat {voy. hémorrhagie en général).

B. Epistaxis symptomatique passive. — Causes. — Elle peut être produite par des affections aiguës et chroniques de la membrane de Schneider. Le coryza , les ulcérations simples ou de nature spécifique , les végétations, les polypes, et les opérations diverses que l'on pratique dans les fosses na-

sales donnent quelquefois lieu à des hémorrhagies par cette voie. Les coups , les chutes , les fractures du crâne, sont quelquefois suivis d'épistaxis; et dans tous ces cas, on doit soupçonner la rupture de quelques artérioles. La cause de l'hémorrhagie symptomatique doit donc être cherchée d'abord dans une maladie locale ; mais le plus ordinairement, c'e:4 une lésion viscérale ou générale qui eu est l'origine éloignée.

Parmi ces causes, nous devons signaler d'abord celles qui ont leur siège dans le système vasculaire et respiratoire. Tantôt c'est l'organe central, qui , doué d'une plus grande force et d'un système musculaire plus développé, envoie une plus grande quantité de sang vers l'extrémité céphalique; l'hypertrophie du cœur peut être simple ou accompagnée de rétrécissements des orifices , et suivant qu'ils résident en différents points, l'hémorrhagie a semblé à quelques auteurs être ou artérielle où veineuse ( voy. CoEun (maladies du). Tantôt la gêne de la circulation tient aux maladies du parenchyme pulmonaire qui laisse passer difficilement le fluide sanguin ; les dyspnées continues ou intermittentes. que l'on observe dans l'emphysème pulmonaire , le catarrhe aigu et chronique, la coqueluche, l'asthme essentiel, les maladies de l'aorte, les épanchcments dans la plèvre, occasionnent quelquefois des épistaxis. La manière d'agir de toutes ces causes est facile à saisir; elles gênent la petite, circulation , et consécutivement la grande. Dans les efforts considérables de toux, comme ceux de la coqueluche et de l'asthme , la contraction excessive de tous les muscles inspirateurs favorise la production de l'hémorrhagie. Faut-il rapporter à la gêne de la circulation ces épistaxis , qu'Hoffmann et d'autres auteurs attribuent à l'engorgement du foie , de la rate, des hypochondres ? 11 y a là évidemment des affections complexes qui donnent heu à des altérations du fluide sanguin , et c'est plutôt à elles qu'il faut rapporter l'épistaxis qu'à une simple gêne de la circulation-

Si nous cherchons en.suite dans les altérations du sang les causes de l'épistaxis, nous en trouvons un grand nombre, qui, du reste, sont communes à toutes les hémorrhagies , et sur lesquelles nous ne faisons que glisser, parce que nous devons y revenir en détail dans un autre article [voy. Hémourhagib). La diminution des quantités du sang ( anémie) , l'augmentation de son sérum (hydroémie), l'altération de ses divers éléments (scorbut, peste, typhus et fièvres graves en général), telles sont les modifications pathologiques auxquelles l'épistaxis se rattache le plus ordinairement. Aussi les observateurs ont-ils noté de tout temps la fréquence de ce flux sanguin dans la chlorose et l'anémie ; dans le scorbut , où elle se reproduit à chaque instant, et avec une abondance telle,

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que la vie du sujet est souvent menace'e ; dans les angines couenneuses, les stillicidia sanguins sont trèsfréquents ; dans les angines véritablement gangreneuses, où Huxham et Sauvages ont trouvé des altérations incontestables du sang; dans les scarlatines malignes accompagnées de symptômes typhoïdes , dans la fièvre typhoïde de nos contrées, dans le typhus d'Europe, dans la morve aiguë où un suintement sanguin s'opère sur la membrane pituitaire ulcérée et gangrenée ; dans la variole, la miliaire ; dans la rougeole : en un mot , toutes les fois qu'une maladie se présente dès le début avec un caractère, de généralisation qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître, il semble que le sang , soit d'une manière primitive , soit consécutivement , subit une altération qui le dispose à transsuder en divers points du corps, et spécialement par les muqueuses. Dans la plupart des cas où l'on observe les symptômes dits typhoïdes, l'épistaxis se manifeste également. Ce serait se méprendre d'une manière étrange que de dire, avec M. Gendrin, que l'épistaxis de la variole, des rougeoles, des scarlatines , des typhus dépend de l'injection sanguine que ces maladies produisent dans les capillaires de la peau et de l'origine des muqueuses de tout le corps ( Traité de méJec. prat. , p. 1 20 ). Personne ne sera tenté d'admettre que l'injection du tégument et des muqueuses soit la cause des hémorrhagies nasales que présentent les malades atteints de typhus.

Symptômes. — Rien n'est si variable que les phénomènes morbides qui accompagnent l'épistaxis symptomatique; comment pourrait-il en être autrement, puisqu'elle se montre dans des conditions pathologiques très-variées, très-difFérentes les unes des autres, et que les symptômes qu'on lui a assignés jusqu'ici appartiennent à la maladie qui en est la cause ? On n'observe d'abord aucun des signes de la pléthore et du moHmen hemorrhagicum ; l'épistaxis paraît alors sans aucune cause appréciable, et sans signe de congestion; le sang coule lentement, mais d'une manière continue ; il est noir, veineux, visqueux , et moins chargé de fibrine et de matière colorante que le sang fourni dans les circonstances que nous avons indiquées précédemment; quelquefois il est très-épais et comme poisseux. Les quantités de sang perdu, quelque petites qu'elles soient, affaiblissent les sujets, ou du moins ne leur apportent aucun soulagement bien marqué. Les signes qui annoncent la faiblesse de la vie se manifestent dans tous les organes : pâleur et refroidissement de la peau, faiblesse musculaire , et quelquefois impossibilité de se livrer au mouvement, diminution de l'activité des sens ou surexcitation nerveuse, lipothymies fréquentes, pouls petit, mou, dépressible, irrégulier, palpitations ; en un mot tous les signes de l'anémie et de l'asthénie surviennent au bout d'un

laps de temps très-court. Les anciens avalent constitué un groupe de symptômes pour cette épistaxis passive. Lorsqu'on les analyse un à un , on ne tarde pas à s'apercevoir qu'ils n'appartiennent pas à la perte de sang elle-même, mais aux maladies qui en sont la cause. Peut-on, chez un malheureux scorbutique, séparer les symptômes de l'épistaxis de ceux que détermine la maladie? Cette distinction sera-t-elle plus facile chez une chlorotique, chez un sujet affecté de cancer, ou chez tel autre individu en proie à quelque cachexie? Que l'on cesse donc enfin de reproduire ces étranges descriptions que l'on peut lire sans étonnement dans les ouvrages de médecine des derniers siècles , mais que l'on est surpris de retrouver dans des livres récents, où l'on fait l'histoire des épistaxis, absolument comme si l'on avait à parler d'une pleurésie ou d'une phlébite. La même confusion reparaît dans l'étude du pronostic.

La durée des épistaxis symptomatiques est, en général, assez courte; elle est réglée par la maladie principale, qui est aussi une affection aiguë, et qui se termine dans un délai assez court. par la mort ou le retour à la santé. Elle ne paraît pas non plus indifféremment à toutes les périodes des maladies, et, sous ce rapport, il y a de trop grandes différences pour que nous puissions les signaler ici. Nous dirons seulement que ce n'est pas toujours lorsque les symptômes indiquent une altération du sang que l'épistaxis se manifeste. Ainsi on la voit paraître souvent au début de l'afFection typhoïde, de la scarlatine; quelquefois c'est à une époque déjà avancée des maladies. Nous ne pouvons aborder en ce moment la question grave que soulève ce sujet : quand nous traiterons des altérations du sang , il s'agira de savoir si elles sont primitives ou consécutives.

Pronostic. — En général , l'épistaxis symptomatique est grave, puisqu'elle semble résulter d'une altération quelconque du sang, ou d'une modification profonde survenue dans les capillaires qui ne retiennent plus ce liquide, et parce qu'enfin elle dépend presque toujours d'une maladie qui est elle-même dangereuse. Cependant on ne peut rien établir de général à cet égard. L'écoulement de quelques gouttes de sang chez un sujet atteint de typhus ou de fièvre jaune est beaucoup plus sérieux que l'épistaxis d'un scorbutique ou d'un anémique, bien qu'il y ait altération du sang dans les deux cas. Ainsi, pour fixer la valeur pronostique de l'épistaxis, il faut remonter jusqu'à la maladie principale : considérée en elle-même, elle n'a aucune espèce de signification , si ce n'est lorsque la perte de sang est considérable; elle devient alors à son tour une cause d'accident qui peut ajouter à la gravité de la maladie, comme chez les scorbutiques.

Traitement. — 11 est quelques épistaxis idiopathiques qu'il faut respecter ou qu'il ne faut supprimer

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