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d'autres ont rencontré des cas semblables. On doit cependantse demander si un homme qui travaille une grande partie de lajourne'e au milieu d'une atmosphère chargée de particules alcooliques , ne peut pas contracter le délire tremblant. M. Tartra au rapport de M. Rayer , a donné des soins à un sommelier trèssobre, chez lequel le dérangement des facultés cérébrales s'est manifesté de cette manière. Ce n'est qu'avec réserve qu'il faut accepter de pareilles observations ; cependant l'absorption par la peau et par les voies respiratoires étant admise , on ne voit pas pourquoi on la rejetterait lorsqu'il s'agit d'un liquide aussi pénétrant que l'alcool. Sutton déclare que jamais ce mal ne s'est déclaré chez un homme sobre.
Ordinairement il ne survient pas tout à coup après l'ingestion des liqueurs spiritueuses , mais après leur usage plus ou moins prolongé ; parfois il se déclare à la suite d'une seule orgie ou chez des hommes qui boivent souvent, mais qui ne vont pas jusqu'à s'enivrer. Quelques sujets y semblent plus prédisposés que d'autres; une petite quantité de liqueurs suffît pour le déterminer; mais, dans la majorité des cas, les malades sont des ivrognes endurcis qui commencent par boire pour s'étourdir sur leur chagrin ou pour résister aux fatigues excessives que leur cause leur travail : bientôt ils finissent par boire des quantités considérables de liqueurs.
Les hommes , en général , y sont plus sujets que les femmes (Rayer, mém. cité, p. 22). Suivant Roesch, Rang n'a compté que dix femmes sur quatre cent cinquante-six malades ; Hœgh-Guldberg , une sur cent soixante-treize; Kruger-Hansen , une sur seize; et le directeur de l'hôpital de Ghristiana , une sur onze. En Angleterre , en Pologne , au contraire , les deux sexes semblent être atteints dans la même proportion (mém. cité, p. 22). A Paris et à Londres la proportion des femmes atteintes de delirium tend à s'accroître de jour en jour. ^
Cette affection est beaucoup plus commune dans les pays septentrionaux que dans le midi. La Norvège , la Suède , le Danemark, la Russie , la Pologne, les États-Unis , l'Angleterre , l'Allemagne, sont les contrées qui en offrent le plus d'exemples; elle est plus rare en France et surtout en Italie. Rang a compté de 1826 à 1829, dans l'hôpital de Frédéric, à Copenhague , quatre cent cinquante-six sujets affectés de delirium tremens sur un total de neuf mille malades. Cependant il ne faut pas croire que les pays chauds soient affranchis de cette honteuse maladie; elle est maintenant assez fréquente dans l'Inde et dans l'Amérique où le goût des boissons spiritueuses s'est répandu depuis un grand nombre d'années.
Le jeune âge est exempt de cette affection ; on l'observe rarement avant l'âge de vingt ans, et passé
soixante-dix ans. C'est de trente à cinquante, et plus encore de quarante à cinquante , qu'elle se déclare. On la voit paraître assez souvent chez les femmes qui Sont arrivées à leur temps critique, et qui se livrent alors à des excès de boissons.
Parmi les professions qui exposent les sujets à la contracter, on doit citer les marchands de vin, d'eaude-vie, les distillateurs, les tonnehers, les hommes employés à la gare de Rercy ( Parent-Duchâtelet), et dans les ports; en un mot les artisans qui, par la nature même de leurs travaux, trouvent de fréquentes occasions de boire , surtout de l'eau-de-vie et du vin blanc. Faut-il encore signaler comme autant de causes de cette affection ; les émotions morales de toute espèce , telles que le chagrin , la colère et toutes les peines qui se rattachent à la pauvreté ; le besoin d'une excitation presque continuelle qu'éprouve l'artisan afin de mieux résister aux travaux pénibles qui l'accablent, l'oisiveté, le désœuvrement, la nécessité où sont les hommes de cabinet de recourir incessamment à de nouvelles stimulations pour tenir leur cerveau en éveil ; faut-il enfin considérer comme causes du délire cette perversité morale que le défaut d'éducation amène si souvent dans les classes ouvrières? Mais il nous semble que c'est faire là un double emploi, car toutes ces causes peuvent bien, en effet, provoquer le délire , mais c'est parce que les sujets s'adonnent à l'ivrognerie et que cette funeste passion est, en dernière analyse, la cause déterminante du délire. Toutefois nous ferons remarquer que tout ce qui est capable de surexciter fortement le cerveau , et les fortes émotions de l'âme, agissent à titre de causes prédisposantes.
On possède peu de documents précis touchant l'influence de la température et des saisons. Nous empruntons à Roesh ce qui suit : Rang , qui observait à Copenhague, de 1826 à 1829, a vu quatre cent cinquante-six personnes qui en étaient atteintes sur neuf mille malades. Hœgh-Guldeberg n'en a rencontré que cent soixante-treize sur sept raille de 1 830 à 1832. Les malades de Rang furent atteints, surtout pendant les mois de mai, juin et juillet; Hœgh-Guldeberg a vu le nombre doubler dans le mois de mai ; les faits recueillis par Rarkhausen confirment ceux du médecin précédent. Il semble, d'après cela, que les conditions atmosphériques qui influent le plus sur la production du délire sont à peu près les mêmes que pour l'apoplexie : l'abaissement du thermomètre et l'accroissement de la pression atmosphérique agissent d'une manière non douteuse ; ce serait , comme on le suppose bien , à titre de causes occasionnelles.
11 y a aussi des affections internes qui sont la cause occasionnelle du delirium, et qui en deviennent ensuite des complications fort graves. Ce mode de production de la maladie échappe quelquefois au
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praticien qui prend alors la complication pour la seule cause du délire, et dirige contre le trouble des facultés intellectuelles une médicaiion tout à fait inopportune. Une erreur de ce genre aurait été commise par Dupuytren et par les auteurs qui ont décrit comme une affection distincte de toutes les autres le délire nenieux. M. Léveillé établit o qu'un accident développe quelquefois subitement et à i'improviste l'encéphalopathie crapuleuse chez des ivrognes qui n'en ont jamais éprouvé la moindre alteinle après les plus grandes débauches» ( mém, cité , p. 211). Cette proposition, que l'auteur appuie sur des remarques fort judicieuses, nous paraît mériter une sérieuse attention; il importe en pareil cas de chercher à connaître la vérité auprès des personnes qui connaissent le malade. Rœsch, qui a insisté sur ce point d'étiologie dans son mémoire , range parmi les causes occasionnelles du délire , la fièvre gastrique , les phlegmasies du poumon , le rhumatisme et i'érysipèle, spécialement celui de la face. «P. Schmidt, de Hambourg, dit ce médecin , a rarement observé la maladie à l'état de simplicité, tandis que Gœden, de Brème, prétend, contre l'opinion de presque tous les médecins, ne l'avoir jamais vue compliquée avec d'autres états morbides.» Cette diversité d'opinions tient probablement à ce que le delirium tremens bien déclaré masque la maladie qui l'a précédé et qui peutêtre l'avait déterminé. Le docteur Sibergundi a tout récemment exprimé la même manière de voir en disant que l'apparition de ce mal , chez un buveur, ne peut avoir lieu qu'autant que l'état général du sujet présente d'autres anomalies de genre différent, et il cite des cas dans lesquels la maladie n'écLta qu'à la suite de la fièvre scarlatine, de troubles des fonctions digestives , de phlegmasies pulmonaires, d'épilepsie» (mém. cité de Roesch, p. 26 et 27). Sans doute il faut prendre ces remarques en sérieuse considération , mais, à coup sûr, elles ont le tort d'être trop exclusives. Nous avons observé des cas de délire des ivrognes sans qu'il y eût la moindre complication, pas même un simple état saburral ou de gastricisme, comme le disent les auteurs.
La pneumonie, la gastrite, la gastro-entérite, une hémoptysie (M. Léveillé), l'usage des purgatifs (Glifton ) , une phlegmasie ou une altération viscérale de toute autre nature, peuvent devenir cause occasionnelle du delirium tremens. Enfin, une dernière question qui se présente à examiner est celle-ci : l'abstinence totale et subite des spiritueux est-elle capable d'aliéner l'esprit des ivrognes et de provoquer le délire ? Blake a préiendu que Tinlerruption de l'action des stimulants sur le système nerveux amène un coUapsus bientôt suivi d'une réaction tendant à rétablir l'équilibre de l'économie. Cette réaction, trop énergique pour l'état de faiblesse où se trouve le cerveau,
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détermine le délire. Wolf, Wendt, Bruhl-CrarBer,pen sent aussi que la soustraction des alcools excite ce délire parlicuHer que l'on nomme dipsomanie; nous nous sommes expliqués plus haut sur ces opinions.
Traitement. — La prophylactique de cette affection repose entièrement sur les moyens de moralisation que Ton doit mettre en usage pour déraciner l'ivrognerie. L'établissement de ces institutions si utiles que l'on appelle Sociétés de tempérance, et une éducation plus complète et plus générale des classes ouvrières, pourront seuls mettre un frein à ces excès déplorables dont le délire tremblant est un des nombreux résultats. 11 s'élève, à propos de cette maladie, une question très-importante de police médicale , et dont M. Calmeil a donné une solution fort sage : a-t-on le droit de faire séquestrer un sujet en proie au délire tremblant , comme on enferme un aliéné ordinaire dans un établissement spécial, soit publique , soit privé ? Si l'accès de délire se montre pour la première fois ou ne reparaît qu'à de longs intervalles et après de rares débauches, il faut considérer la maladie comme une affection semblable à celles qui exigent seulement une surveillance momentanée plus active , et laisser le sujet dans son habitation. Mais si les accès se répètent à des distances tt ès-rapprochées , si la raison reste affaiblie , si le malade se livre à des actes inquiétants pour la sûreté publique et pour sa vie, on doit provoquer sa séquestration. Cette mesure , d'ailleurs , exerce souvent une salutaire influence sur les délirants, et leur inspire de sages résolutions.
Si le malade en proie au délire tremblant est pris de cette affection au milieu de sa débauche , et si le médecin est appelé de bonne heure, il agira sagement en prescrivant un vomitif qui fera rejeter, par le vomissement ou les selles, une partie des liquides chargés d'alcool qui sont encore contenus dans l'intestin. On pourrait encore lui faire prendre une de ces boissons qui passent pour dissiper l'ivresse , telles que l'eau contenant du sel marin , du vinaigre , du souscarbonate d'ammoniaque , du café , etc. ( vojrez Ivresse ).
On a employé dans cette maladie la saignée générale et locale en se fondant sur quelques symptômes qui semblent indiquer une réplétion sanguine. La plupart des auteurs s'accordent à proscrire cette méthode qu'ils considèrent comme tout au moins inutile, si ce n'est dans les circonstances suivantes : 1" lorsqu'il existe une congestion cérébrale , une hémorrhagie encéphalique , une phlegmasie des méninges ou quelqu'une de ces complications que nous avons signalées; dans ces cas, le traitement est surtout dirigé contre la maladie concomitante; 2° lorsque le déhre est violent , accompagné d'une congestion faciale, ou lorsque i îe sujet est pléthorique etd'uueforte constitution, l'em"
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ploi de la saignée, les applications de sangsues à I;i base du crâne ou à l'anus , les af fusions froides , les fomentations faites sur la tête avec l'eau vinaigrée, ont été recommandés par quelques médecins, et agissent alors comme sédatifs. La saignée ne convient guère que dans les circonstances que nous venons de spécifier, et encore faut-il être très-avare du sang des m .lades. Sutton soutient même que jamais il n'a trouvé d'indication formelle à l'emploi de la saignée. On a sans doute exagéré la funeste action de la sai{;nce générale, puisque Ware rapporte que, sur dix-neuf malades saignes pendant le cours de cette affection , deux seulement sont morts, et encore étaient-ils affectés de pleuro pneumonie.
L'opium est le médicament le plus usité contre le délire. Administré d'abord par Simmons, Saunders, SutlOD , MM. Duméril et Rayer, il acquit bientôt une telle réputation, qu'il fut regardé presque comme le spécifique par excellence de la maladie. John Ware, en Améiique, s'est élevé contre celle prétention trop absolue : sur huit cas traités par l'opium donné à haute dose afin d'amener le sommeil , quatre se terminèrent par la moi t , et sur sept traités par des proportions moindres de ce médicament, deux succombèrent : l'auteur en a conclu que si l'opium n'est pas nuisible , il est au moins inutile.
Quand on prescrit ce narcotique , il faut s'attendre à voir souvent les symptômes prendre de l'accroissement, et ne pas être suivi tout d'abord d'une amélioration notable; l'agitation, le délire, l'insomnie, sont plus marqués jusqu'à ce que les effets sédatifs du médicament commencent à se faire sentir. Dans quelques cas, les accidents semblent redoubler jusqu'à ce qu'on en ait augmenté les doses. On peut employer l'opium au dcbut ou dans le cours de l'affection sans que ses effets soient moins salutaires. On se rappellera que la disposition toute spéciale oîi se trouve le malade lui permet de supporter sans inconvénient des doses énormes d'opium. Dans différents cas, la quantité de cette substance a été portée jusqu'à vingt-quatre et soixante-douze grains en quarante-huit heures (Waie, Sur les effets funestes de l'opium, etc., in Gazette médic, 1838, p. 684). On en donne ordinairement de un à trois grains en vingt- quatre heures. On admet qu'il Faut en augmenter la proportion jusqu'à ce que le délire et l'agitation cessent, et jusqu'à ce que l'on obtienne du repos et du sommeil. On a prétendu que les effets quelquefois funestes de ce narcotique dépendaient de la timidité du praticien, qui n'avait pas su obtenir la sédation en élevant les doses. Ceux qui ne redoutent pas son action le prescrivent à la dose d'un demi-grain , d'un grain entier , et même d'un grain et demi , chaque heure. La plupart des médecins n'usent de ce remède qu'avec circonspection , et se contentent de faire
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prendre au malade un à deux grains d'opium, un demi à deux grains d'un sel de morphine, en pilules, en potion ou en lavement. Le laudanum de Sydenham peut remplacer ces préparations narcotiques (de xij gr. à 5J). Dupuytren se serv,.it de lavements préparés avec la tête de pavot ou le laudanum.
On se propose d'obtenir à l'aide de ces médicaments le sommeil et une sédation générale; mais quelquefois l'on ne peut y parvenir même avec des quantités considérables d'opium , comme dans un cas cité par Ware, qui vit périr deux sujets sans qu'on ait pu produire le sommeil. 11 ne faut pas croire non plus que laguérison n'a toujours lieu que quand le malade cède au sommeil; le médecin américain rapporte qu'un sujet s'endormit par l'effet de l'opium , et succomba dans un état comateux. Nous avons été témoin de faits semblables , aussi conseillons-nous à celui qui ne veut pas risquer une médication aussi énergique de s'en tenir aux sédatifs donnés à petite dose. Il nous a toujours paru difficile de pouvoir régler la quantité d'opium sur les symptômes observés. Gomment, par exemple , reconnaîtra-t-on que la dose est insuffisante , si le délire , l'agitation , sont plus intenses, si l'insomnie persiste? Ira-t-on, dans un cas pareil à celui dont nous avons été spectateur, plonger le malade dans un narcotisme effrayant, sous le prétexte que si les symptômes ne s'étaient pas amendés, c'est parce que la quantité d'opium était insuffisante. Dans le cas dont il est ici question , le succès couronna la tentative hardie du médedu; mais il faut véritablement avoir un grand courage pour ne pas être effrayé de la congestion livide de la face, de l'éclat des yeux, de la coloration sanglante des conjonctives, du collapsus, du coma et de l'insensibilité où tombent les sujets que l'on narcotise ainsi. Du reste , loin de rejeter l'emploi de l'opium, nous le croyons très-utile dans la plupart des cas, mais à doses fractionnées, et, autant que possible , jusqu'à production du sommeil. Le docteur Spath prétend que la digitale agit beaucoup mieux et avec plus de promptitude que l'opium; elle a été préconisée par un grand nombre de médecins qui la considèrent comme un remède qui manque rarement son effet ; le docteur Spath met un gros de la poudre de digitale dans six onces de véhicule, et en donne une cuillerée à bouche toutes les heures.
Le tartre stibié est, après l'opium, le remède qui a réuni le plus de suffrages. On l'a conseillé à des doses très-éle vées. Le plus ordinairement , un à deux grains d'émétique en lavage et à dose vomitive amènent un soulagement marqué et un état de calme fort satisfaisant. On remplace quelquefois le tartre stibié par l'ipécacuanha (xx gr. à 5 ji), le sulfate de cuivre. Les indications thérapeutiques sur lesquelles on s'est fondé pour prescrire les émétiques ont été tirées de l'état de
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la langue, de la constipation et des autres signes de l'embarras gastrique. Sur douze malades qui furent soumis à l'action des vomitifs , Ware a observé un seul cas de mort.
La méthode évacuante consiste dans l'emploi des purgatifs doux, tels que les sels alcalins, l'eau de Sedlitz, l'huile de ricin, la décoction de tamarin. 11 ne faut accorder que peu de confiance à ce genre de traitement. Nous nous contenterons d'énumérer les remèdes suivants, qui comptent des succès, si l'on en croit les médecins qui les ont proposés : 1° le calomélas vanté par Amstrong {On the brain-fever following intoxication, Journal de méd. et de chir. d'Édimb. , n° 6 , t. ix , part, i , 1 8 1 3 ), et donné par quelques Anglais jusqu'à salivation; 2° des antispasmodiques, comme le camphre, le musc, réther(eau de menthe 5 vj ; éther, et sous-carbonate d'ammoniaque 5 ij ; laudanum de Sydenham3j ) ; le sous-carbonate d'ammoniaque, la valériane, rimpératôire(Spitta in Hecker s annal, der gcsammt. Heilk, 1830); le musc, le camphre; 3'' l'élixir de Haller; 4" le phosphore; 5° le sulfate de quinine à haute dose (3j à 5j); 6° la graliole (Muhrbeck Nutzen, des exiractum gratjolœ beim delirium Iremcns, in Jlitfeland' s j'ourn., piWet 1830). Gomment pourrait-on, en présence de cette longue liste de substances douées de propriétés si diverses, croire un seul instant qu'elles entrent pour quelque chose dans la guérison du délire , à moins qu'il n'existe quelque complication à laquelle elles s'adressent alors plus spécialement ?
Le traitement des maladies concomitantes doit être pris en sérieuse considération. 11 faut sans cesse surveiller le malade, afin qu'aucune lésion viscérale ne surgisse sans qu'on soit en mesure de la combattre, et surtout afin que Ton puisse découvrir dès le début si quelque maladie n'est pas la cause occasionnelle du délire. En effet,la conduite du médecin dans de telles circonstances ne saurait être la même : esiste-t-il une phlegmasie des méninges ou de la pulpe cérébrale, une héraorrhagie , et nous avons vu combien le diagnostic était alors difficile; existe-t-il une gastro-entérite , une pneumonie, qui ont été cause occasionnelle du délire tremblant, on traitera ces maladies comme si elles étaient indépendantes du délire. C'est ainsi que l'on a obtenu des succès incontestables par l'emploi des émissions sanguines générales ou locales , des vésicatoires appliqués sur les membres inférieurs. Le médecin ne doit passe laisser effrayer par la persistance des accidents qui appartiennent au délire: ils disparaissent d'ordinaire par l'usage des agents thérapeutiques appropriés à la nature de la maladie; l'opium à dose modérée en fait bientôt justice. La congestion cérébrale, le coma apoplectique , réclament l'emploi de la saignée; il en est de même de cette
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forme du délire que nous avons désigné, avec les auteurs allemands , par le nom de delirium tremens tumultueux , parmi les symptômes duquel figurent quelques-uns de ceux propres à l'épilepsie. Lorsque cette dernière maladie ou quelques-unes de ces affections qui succèdent au délire , telles que l'imbécillité , la démence , se manifestent , le traitement change et n'appartient plus à l'histoire du delirium tremens. Cependant nous devons prévenir que, dans quelques cas , les symptômes épileptiques qui sont l'effet de la congestion encéphalique doivent être combattus par les émissions sanguines.
Convient-il, chez quelques malades affectés de cette forme de délire que l'on a appelé dipsomanie, de satisfaire le désir irrésistible qui les porte à boire? Nous avons fait remarquer que la dipsomanie pouvait bien apparaître comme un des symptômes du delirium tremens , et qu'il avait la même origine que les troubles des facultés intellectuelles et des sensations qui caractérisent la maladie. Dès lors, doit-on s'arrêter à ce symptôme, et donner au dipsomane une certaine quantité de boissons vineuses ou alcooliques, dans la crainte que le mal ne s'exaspère? Nous croyons qu'il n'est pas urgent de remplir cette sorte d'indication symptomatologique. Il est vrai que les auteurs disent avoir calmé le déhrepar l'administration de l'alcool; s'ils sont parvenus à ce résultat, c'est au détriment de la maladie. Nous ne pouvons nous faire à cette idée que, pour guérir un empoisonnement tel que celui par l'alcool, on puisse donner avec avantage une nouvelle dose de poison. Mais alors, dira-t-on, comment expliquer les succès obtenus par certains observateurs ? Nous répondrons que l'on a désigné souvent sous le nom de dipsomanie une espèce de monomanie ébrieuse qui se manifeste chez les ivrognes adonnés depuis longtemps à la boisson; elle les excite de temps à autre à boire des liqueurs. C'est là une dépravation, une monomanie d'ivresse comme l'appelle M. Esquirol(i?e5 maladies mentales, t. n, p. 72, 1838), qui diffère essentiellement du delirium tremens.
On a aussi proposé dans le traitement de cette maladie de faire une médecine purement expectante. Ceux qui ont embrassé ce parti, dont ils disent n'avoir qu'à se louer, règlent leur thérapeutique sur les symptômes. M. Calmeil rapporte que les malades qui recevaient les soins de M. Esquirol guérissaient ea trois jours sans jamais prendre d'opium. On les met d'abord à l'usage d'une boisson acide , telle que la limonade tartareuse ou citrique, ou d'une simple tisane aqueuse ou légèrement laxative ( orge miellé , tamarin, petit-lait, sel de potasse ou de soude). Si la bouche est mauvaise , la soif peu vive , et si l'on aperçoit les signes de l'embarras gastrique , on administre un à deux grains de tartre stibié. On peut aussi le donner en lavage ou le remplacer par un purgatif, comme
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l'eau de Sedlitz , l'huile de riciu , le calomélas. Les congestions du cerveau , le délire violent , les convulsions, le coma, indiquent les émissions sanguines générales, locales, les aff usions froides, les sinapismes. Les vésicatoires , dont quelques médecins font abus, sont rarement nécessaires, et contribuent à augmenter l'agitation et la fureur du malade. Il est facile de comprendre pourquoi une thérapeutique aussi naturelle que celle dont nous venons d'esquisser les principaux traits a rallié un grand nombre de partisans; elle nous semble préférable à toute autre, surtout quand on prescrit en même temps une dose modérée d'opium. Une autre considération nous semble encore militer en faveur de cette thérapeutique. Une foule de maladies très-diverses ayant été souvent confondues avec le delirium tremens, et les complications sif réquenles dans cette maladie exigeant des médications souvent opposées , suivant la nature même des lésions , ce serait s'exposer à de graves erreurs que de vouloir s'en tenir à un seul remède , l'opium, la digitale, ou l'émétique, par exemple. On peut dire, il est vrai, que la cause de la maladie étant spécifique, on doit l'attaquer par un agent thérapeutique spécial, de la même manière que la colique de plomb est attaquée avec succès par des moyens purement empiriques et toujours les mêmes (trait, de la Charité), la vérole parles mercuriaux, etc. Mais il faudrait qu'il fût très-bien démontré que l'opium est le véritable et le seul spécifique qui ne manque jamais son action; et nous avons vu que tous les médecins ne partagent pas cette manière de voir.
Nature et classification. — Sauvages a rangé au nombre des manies symptomatiques la paraphrosyne ou délire passager, qui peut être produit par les poisons , tels que les liqueurs spiritueuses bues avec excès ou même respirées. GuUen la place aussi dans les manies symptomatiques {Éiém. de méd. prat., t. m, p. 191, édit. de 1819). Sutton ne dit pas d'une manière précise le genre de lésions avec lesquelles le délire a le plus d'affinité , ni la place qu'il doit occuper dans une nosologie méthodique ; il cherche cependant à distinguer le délire de la manie. M. Rayer, après avoir montré les différences qui existent entre cette affection et les manies chroniques, reste convaincu qu'on doit la regarder comme une espèce de manie distincte de toutes les autres (raém. cUe, p. 29). M. Galmeil dit que tous les symptômes tendent à rapprocher le delirium tremens de la folie (art. Délire déjà cité, p. 37). En effet, tous les caractères de l'aliénation mentale à l'état aigu se retrouvent dans le délire : mêmes troubles de l'intelligence et des sensations ; absence de fièvre dans un grand nombre de cas, insomnie; toutefois la disparition brusque des accidents, le tremblement des membres, les hallucinations portant sur presque tous les sens,
l'efficacité du traitement, établissent des différences essentielles qu'il ne faut pas négliger. Les auteurs qui en ont fait une forme particulière de l'aliénation mentale l'ont nommée folie ébrieuse, manie des ivrognes ; mais ces expressions sont mauvaises eu ce qu'elles s'appliquent également à plusieurs maladies cérébrales produites par l'usage prolongé des boissons vineuses et alcooliques.
On a voulu trouver dans les altérations des méninges et du cerveau la cause du delirium tremens; l'arachnoidite , l'encéphalite, ont été considérées comme des phlegraasies qui donnent lieu à tous les symptômes de cette maladie. On peut lire dans le travail que nous avons déjà cité plusieurs fois de M. Léveillé une réfutation complète de cette doctrine qui ne compte plus de partisans. Comment , en effet, soutenir que les lésions rencontrées sur le cadavre sont la cause des symptômes observés pendant la vie lorsque l'absence complète de ces lésions est la règle , et que les autres désordres ne jouent absolument que le rôle de complications? On ne doit donc pas s'attendre à nous voir soutenir une longue discussion pour démontrer que la nature de la maladie ne peut pas consister dans une inflammation du cerveau ou de ses enveloppes; nous chercherons encore moins à prouver qu'elle résulte d'une gastrite ou d'une gastro-entérite. Si on pouvait parvenir à cette démonstration , il faudrait alors admettre que l'hypérémie cérébrale, l'apoplexie, la pneumonie, l'érysipèle, la scarlatine, la rougeole, et bien d'autres maladies concomitantes, sont la véritable cause du délire; elles en sont, il est vrai, quelquefois la cause occasionnelle, mais nous nous sommes suffisamment expliqués sur ce point.
Il reste maintenant à développer la doctrine de ceux qui ne voient dans le delirium tremens qu'un délire nerveux , c'est-à-dire une simple névrose. Les arguments en faveur de cette opinion ne manquent pas, et nous pensons pour notre part que c'est la seule qui soit acceptable, tant que l'on ne possédera pas des documents plus précis sur l'anatomie pathologique de cette affection. Jusque-là on doit la regarder comme le résultat d'une simple modification survenue dans les fonctions du système nerveux cérébro-spinal, modification qui correspond sans doute à un changement de structure, mais tout à fait fugace, et dont on n'a pu jusqu'ici retrouver le moindre vestige. Elle est déterminée par l'introduction de l'alcool qui suit l'usage plus ou moins prolongé des boissons fermentées amères et alcooliques. C'est donc un agent spécifique qui est la cause de cette maladie. On a prétendu qu'elle est l'effet d'une simple stimulation des extrémités nerveuses par l'alcool ; mais d'autres auteurs pensent avec plus de raison que ce liquide, introduit dans le torren» circulatoire par voie d'absorption, exerce une influence pathogénique dont
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les effets sont très-variés; tantôt on voit paraître les phénomènes de l'ivresse, une congestion cérébrale, une apoplexie, tantôt une attaque d'épilepsieou de delirium tremens ; chez d'autres l'alcool provoque des convulsions. Quand les sujets boivent de grandes quantités d'eau-de-vie, et qu'ils se livrent à cette débauche pendant plusieurs années, des maladies très-diverses avec ou sans altérations du cerveau ne tardent pas à paraître , telles que la démence , la dipsomanie, la paralysie, etc. Nous voyons, sous l'influence de l'intoxication spéciale produite par les boissons spiritueuses, se produire des maladies très-variées de la même manière que, sous l'influence de l'intoxication saturnine le délire, les convulsions, le coma, l'épilepsie, la paralysie, et le tremblement, ou une simple colique métallique, se manifestent. Gomment ne pas être frappé de ce rapprochement entre ces deux genres d'intoxication, surtout si nous ajoutons qu'après les maladies saturnines que nous venons de signaler, 'on ne retrouve aucune altération anatomique que l'on soit en droit de considérer comme la véritable cause des accidents saturnins. Dans l'un et l'autre empoisonnement, les symptômes, l'absence de toute lésion, la nature des symptômes, le traitement, tout nous porte à admettre qu'il n'y a qu'une névrose. Sans doute le principe vénéneux n'est pas tout dans ces maladies. Comment, en effet, pourrait-on expliquer la diversité des maladies sous l'influence de l'agent spécifique? Pourquoi chez tel individu le délire saturnin ou tremblant naîi-il plutôt qu'une attaque d'épilepsie? C'est là, comme chacun le sait, le mystère des prédispositions. Un homme est pris de délire après une seule débauche de vin, tandis qu'un autre n'en est atteint qu'après plusieurs années des plus déplorables excès. Chez l'un vous verrez sévir un délire saturnin fort intense à la première colique de plomb, ou même en l'absence de cette maladie; chez un autre ce sera une paralysie ou des convulsions, etc. La molécule d'alcool, la molécule de plomb, voilà les causes pathogéniques; viennent ensuite toutes les variations individuelles, et toutes les modifications apportées par les agents qui constituent la matière de l'hygiène, et dont les influences infinies, et d f ficilement saisissables , prennent la plus grande part dans la détermination de l'espèce de la maladie. Nous ne poursuivrons pas plus longtemps cette comparaison entre deux grandes classes de maladies produites les unes par l'alcool, les autres par le plomb. Nous avons déjà insisté sur ce point de vue tout à fait neuf dans un autre endroit (voir complications et espèces). Quelques auteurs ont placé le siège de la maladie dans le nerf gauglionaire. Le docteur Spath en trouve la cause dans un défaut d'iiarmonie entre les deux grands systèmes nerveux, et spécialement dans la prédominance du système nerveux abdominal sur le système nerveux encépha-