‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 4)Chapitre 7 sur 32 · DE.N · texte numérisé non relu

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moins immédiate. — Toutes les maladies qui tiennent se placer dans celte catégorie étant traitées dans cet ouvrage à titre d'affections itliopathiques, et cet article n'étant pas destiné à tenir lieu d'un traité des affections odaxis(iques, nous devons nous borner à l'indication des circonstances qui , dans l'histoire de chacune d'elles, se rattachent spécialement au travail de la dentition, nous réservant de revenir d'une manière générale sur leur diagnostic, leur marche , leur durée , leurs terminaisons , leur pronostic et leur traitement.

1° Fièvre. — La fièvre ne cesse de faire partie des phénomènes normaux de la dentition que lorsqu'elle acquiert une grande intensité, ou qu'elle se prolonge pendant fort longtemps; mais, dans un cas comme dans l'autre, elle ne constitue qu'un symptôme dont il faut rechercher et corahatlre la cause : ordinairement continue, elle revient quelquefois par accès, surtout pendant l'éruption des molaires, et dans ee cas il importe de ne pas la confondre avec une fièvre intermittente.

2" Congestion cérébrale. — Les congestions cérébrales sont fréquentes vers l'époque de la dentition, et le docteur Fischer, de Boston, pense qu'elles existent six fois sur dix, car c'est dans cette proportion qu'il a entendu par toute la tête, mais surtout au niveau de la fontanelle, quand elle n'est pas entièrement oblitérée, le bruit bref, rude, se rapprochant un peu du bruit de râpe, qui, selon lui, caractérise la congestion cérébrale simple ( The americ. journ.^ août, 1838). A un degré plus prononcé on observe la tuméfaction et la rougeur de la face , l'éclat des yeux , l'immobilité des pupilles , la sécheresse et la chaleur de la peau , la petitesse et la fréquence du pouls, l'assoupissement, la constipation , l'accélération de la respiration, et souvent alors il survient des accès convulsifs de peu de durée , mais assez violents pour amener rapidement une terminaison funeste. A l'autopsie on ne trouve qu'une simple distension des vaisseaux sanguins qui se distribuent dans l'intérieur du crâne ; l'engorgement des sinus de la dure-mère, des veines qui rampent à la surface des hémisphères cérébraux , ou même des capillaires qui traversent la substance cérébrale (Guibert, Jrch. gén. de méd.., t. XV, p. 31).

3° Méningo-cépkalite. — MM. Senn et Coindet avaient accordé à l'éruption des dents une grande influence sur le développement de l'hydrocéphale; mais M. Piett,dans son excellente thèse inaugurale, a démontré par des relevés statistiques qu'elle était , au contraire, presque nulle : «Cette croyance, dit-il, vient de ce qu'on a pris souvent pour des méningites, pour des hydrocéphales aiguës, les convulsions de la première enfance, qui en diffèrent en ce qu'elles ne laissent pas ordinairement après elles de lésion appré-

ciable des membranes » (Diss. sur la méningocéphalite tuberc. des enf.^ thèse de Paris, 1836, n''279, p. 17).

4^* Convulsions. — Les convulsions symptomatiques, qu'on les appelle éclampsie^ contractures des membres , soubresauts , sont presque toujours dues , ainsi que l'a bien démontré M. Brachet, de Lyon, à une méningite cérébrale ou rachidienne, ou à une congestion cérébrale {Traité pratique des convulsions dans l'enfance). Tantôt bornées aux muscles de la face, tantôt se propageant aux membres supérieurs et même aux inférieurs, elles sont presque toujours cloniques ; cependant Baumes, et depuis lui plusieurs auteurs , en ont observé de toniques à la mâchoire inférieure. Les convulsions souvent mortelles, toujours dangereuses, tirent toute leur gravité de l'affection à laquelle elles sont liées.

Pour terminer ce qui a trait aux maladies encéphaliques qui surviennent pendant le travail de la dentition, rappelons les belles recherches de Billard qui, développant l'opinion déjà émise par Stahl, s'est efforcé de prouver que leur fréquence est due, non à l'éruption des dents , mais à la modification organique qui s'opère à la même époque dans l'encéphale, et par suite de laquelle cet organe, à peine ébauché dans le principe, arrive vers le neuvième ou le douzième mois, à l'organisation propre au cerveau des adultes {loc. cit.., p. 601).

5** Diarrhée. — Loin de constituer un état morbide, une diarrhée légère est, au contraire, pour ainsi dire, la condition d'une dentition exempte d'accidents; tous les auteurs ont répété et confirmé ces paroles d'Hippocrate :

«Cum dentitione proximi sunt gengivarum pru- «ritus molesti, febres, nervorum distentiones , alvi «dejectiones, ac maxime cum jam caninas dentés «emittunt. Hoec vero pueris plenissimis praesertim «eveniunt et quibus alvus adsiricta est » (aphor. 25, sect. ni).

«Quibus cum dentés erumpunt, alvus crebrius de- «mittit , ii minus convulsione tentantur, quam quibus «sic raro alvus subducitur» (Z?e dentitione).

Bœhr pense qu'elle est déterminée par la déglutition de la salive qui , pendant le travail de l'ossification dentaire, acquiert des qualités irritantes particulières [Rusfs magaz, t. xlh, cap. n); Billard croit qu'il faut l'attribuer au surcroît d'énergie vitale et au développement organique qui, à celte époque, augmentent considérablement la sécrétion des follicules mucipares des intestins (loc. cit., p. 401). On conçoit aussi que fréquemment elle soit le résultat d'une inflammation aiguë ou chronique, développée primitivement dans l'intestin , ou s'y étant étendue par voie de continuité depuis la cavité buccale. Quoi ) qu'il en soit , lorsqu'elle se prolonge, devient très-

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abondante, s'accompag^ne de fièvre, d'amaigrissement ou d'autres accidents, elle devient un symptôme grave dont le médecin doit rechercher et combattre la cause qui, sans admettre les quatorze espèces de diarrhée établies par Rosen, varie souvent dans sa nature et dans son mode d'action.

6" Constipation. — La constipation, toujours fâcheuse, est ordinairement le présage des convulsions, des complications encéphaliques; mais ici, encore, il peut être difficile de distinguer l'effet de la cause , et s'il est rationnel de penser que l'inertie de l'intestin ne soit jamais qu'un des premiers symptômes de l'affection cérébrale , il est difficile de ne pas admettre qu'elle puisse consécutivement réagir sur l'encéphale. Après un accouchement pénible, /7tvi. dant lequel la tète était restée engagée pendant longtemps, un enfant est pris d'accès convulsifs qui, pendant les trois jours qui suivent la naissance, se reproduisent avec une violence et une fréquence telles, qu'une terminaison funeste paraissait imminente. L'un de nous, appelé en consultation, constate que l'enfant n'a encore évacué ni méconium ni urine, bien qu'il n'existe aucun vice de conformation appréciable ; un lavement est administré, le cathétérisme pratiqué, et immédiatement les convulsions cessent pour ne plus reparaître.

7° promis sèment. — Le vomissement , auquel Bœhr assigne la même cause physiologique qu'à la diarrhée , n'est , d'après les recherches de Billard, que très-rarement déterminé par une inflammation franche de l'estomac. M. Gapuron l'a vu provoqué par l'alimentation, chez des enfants déjà sevrés à l'époque de la dentition ; il accompagne quelquefois l'entérite, et constitue , avec la constipation , le symptôme le plus constant des affections cérébrales.

8" Irritation de différentes membranes muqueuses. — L'ophthalmie , le coryza, la bronchite, se montrent fréquemment pendant le travail de la dentition. Chambon a vu «du sang sortir par les oreilles, la conque s'enflammer , l'extérieur s'ulcérer, l'intérieur suppurer» (loc. cit., p. 92). Swédiaur, Hunter , ont observé des écoulements puriformes par les parties de la génération. Ces différentes complications n'offrent toutefois rien de particulier , et il nous suffit de les mentionner.

D. Accidents sympathiques. — Parmi les accidents sympathiques viennent se ranger les frayeurs soudaines (Baumes) , la toux nerveuse , la suppression des urines (Gardien) , ou, au contraire , leur flux excessif (Whytt, Tissot), les convulsions. Ces lésions de fonctions , auxquelles on ne peut guère assigner d'autre cause que la réaction exercée par la douleur , et qui quelquefois deviennent fort graves , ne présentent de particulier que l'absence de toute altéra tien organique appréciable , et quelques considéra

tions sur lesquelles nous reviendrons tout à l'heurC' Marche, durée et terminaison. — La marche des accidents locaux de la dentition, comme celle des maladies plus ou moins éloignées qui les accompagnent, est ordinairement régulière et progressive, tant qu'on n'a pas eu recours à une médication efficace , ou que les dents n'ont pas perforé les gencives ; celle des phénomènes sympathiques est , au contraire, intermittente et irrégulière, ceux-ci se reproduisant par accès, à des intervalles variables, pendant lesquels tout trouble disparaît. La durée n'a rien de déterminé, et ne doit d'ailleurs être considérée que relativement au travail de l'éruption dentaire , car on conçoit que les complications survenues pendant qu'il se prépare ou s'effectue puissent survivre à son accomplissement et suivre leur cours ordinaire, bien que la cause première de leur développement n'existe plus. Toutes choses égales d'ailleurs, elle sera d'autant plus longue, que l'enfant sera plus faible et plus jeune, que les dents seront multicuspidées, et qu'elles perceront isolément. Les mêmes distinctions se reproduisent pour la terminaison : elle est presque toujours heureuse dans les accidents locaux, et suit de près l'éruption des dents; elle varie dans les complications suivant la gravité de celles-ci, et n'est point, comme nous l'avons dit, jugée par l'issue des dents, qui, au contraire, fait cesser instantanément les symptômes sympathiques , lorsqu'un accès convulsif n'amène pas brusquement une terminaison funeste. En résumé, si le nombre des enfants qui succombent pendant l'époque de la dentition est si considérable, nous pensons qu'il faut en chercher la raison dans un concours de phénomènes le plus ordinairement tout à fait étrangers à cette fonction.

Diagnostic. — Si la plus légère attention suffit pour faire reconnaître les maladies locales provoquées par la dentition , et pour empêcher qu'on ne les confonde avec une stomatite, il n'en est pas de même pour les autres accidents, symptomatiques ou sympathiques, que nous avons énumérés , et ici le diagnostic devient complexe. Ainsi, par exemple , après avoir reconnu que les symptômes qui s'offrent à l'observation appartiennent à une méningite , il devient nécessaire de déterminer si celle ci est simplement concomitante, ou ,au contraire, directement occasionnée par le travail d'éruption dentaire. Mais quoique l'âge de l'enfant, l'état des gencives, la présence des accidents locaux , fournissent les éléments d'un jugement plus ou moins probable , la marche et la terminaison de la maladie permettent seules , fort souvent , d'arriver au degré de certitude sur lequel il aurait été important de pouvoir baser la médication.

Plus de difficultés encore environnent le diagnostic des accidents sympathiques, car, en admettant que le médecin parvienne à reconnaître l'absence de

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toute lésion organique , sa tâche est encore loin d'être remplie! «Une femme nourrissait son propre enfant sans inconvénient ; elle donna son sein à un second enfant, qui fut pris de convulsions, un troisième également, et tous les êtres vivants, à l'exception de son enfant, à qui on donna de son lait, éprouvèrent un trouble dans les mouvements» (Andral, Cours de path. iiit., t. ni, p. 285). Que de causes autres que la dentition peuvent donner lieu à des phénomènes sympathiques! Et, malgré l'interrogation la plus minutieuse, malgré la prise en considération et l'examen des circonstances les plus insignifiantes en apparence , quel vaste champ reste ouvert à l'erreur alors qu'une éliologie précise est la condition d'une thérapeutique efficace! H faut donc le reconnaître, les symptômes locaux exceptés, une impossibilité matérielle s'oppose souvent à ce qu'on apprécie à sajuste valeur l'influence exercée par la dentition sur le développement des accidents qui viennent la compliquer.

Pronostic. — Ordinairement favorable dans les accidents locaux, le pronostic varie dans les autres, suivant l'âge , la constitution , la force des sujets , la nature et la violence des symptômes, leur marche, leur durée. Les convulsions, les affections cérébrales, la diarrhée rebelle et déjà ancienne, sont, toutes choses égales d'ailleurs, les maladies qui doivent le plus faire redouter une terminaison funeste.

Traitement. — 11 serait difficile d'énumérer toutes les médications empiriques qui furent successivement préconisées pour combattre les affections oxadistiques. Sydenham, Boerhaave, calmaient la fièvre avec la teinture de cornes de cerf administrée à la dose de deux ou trois gouttes toutes les quatre heures, dans une cuillerée d'eau; de Haen , Rosen, employaient les narcotiques , et surtout le sirop diacode; Armstrong, Lombard, préféraient les évacuants; Meissner se loue des vomitifs; Whytt arrêtait le vomissement avec le musc ; Lind provoquait un ptyalisme abondant au moyen des préparations mercurielles ; Seiler dit avoir sauvé des enfants par la vaccination (Ph/s. und pathol. semiot. hetracht. ûber die menschl. 7,aehne von Piodolph) ; Gaubius, Baumes [Traité des conv., p. 225), prévenaient les accidents nerveux par l'administration de fleurs de zinc. Pour arrêter les convulsions , Hartmann propose le phosphore ; Fr. Hoffmann, l'éther sulfurique alcoolisé; Missa, l'application de l'aimant; Mehlhausen (Bust's magaz., t. xxvr, cah. n, p. 386), la formule suivante: ^Aqua oxymuriatica dr. fi-ij, sir. alth. 3 c-j ; Harris a recours à une application de sangsues derrière les oreilles; Sydenham, à la saignée générale, etDesessart, à celle du pied en par ticulier.

11 est impossible de formuler des propositions

générales de thérapeutique si l'on veut embrasser d'un seul coup d'oeil les différentes affections qui surviennent pendant la dentition, car chacune d'elles exige un traitement particulier et approprié à toutes les circonstances de son développement, et il ne doit être question ici que des moyens propres à faciliter l'éruption des dents, en surmontant les obstacles qui s'y opposent et déterminent les accidents. Si alors, la cause étant enlevée, l'effet persiste, il devient indépendant de la dentition. Envisagé de cette manière, le traitement se divise en prophylactique , et en cura tif.

Traitement prophylactique. — L'état général de l'enfant exerçant la plus puissante de toutes les influences sur le travail de la dentition, des soins hygiéniques bien entendus seront le meilleur moyen de favoriser l'accomplissement de cette fonction, et de prévenir les accidents qui peuvent en être le résultat. Meissner recommande avec raison de ne point trop couvrir la tête, et d'entretenir la liberté du ventre; les bains tièdes, fréquents et prolongés seront fort utiles aux enfants pléthoriques et nerveux; les enfants faibles, lymphatiques, retireront, d'après Raulin [Traité de la conserv. des enf., t. ni, p. 74) et Tissot {Avis au peuple, p. 404), de grands avantages des toniques et des ablutions alcalines froides, sur l'usage desquelles Baumes insiste particulièrement {Traité de la prem. dent.^\). 44). Des moyens locaux pourront également être dirigés sur les gencives elles-mêmes. « Dès que l'enfant a trois mois, dit Rosen, la nourrice doit souvent passer çà et là le bout du doigt sur la gencive. Ce frottement léger, souvent réitéré , diminue l'épaisseur de la mâchoire au point que la dent perce sans presque faire de mal. Je ne parle pas d'après une théorie de pure spéculation, mais d'après nombre d'expériences. On tire aussi beaucoup d'avantages d'un hochet d'os, d'ivoire, qu'on attache aux enfants, le leur faisant souvent porter à la bouche » {loc. cit., p. 38). Des frictions légères faites avec le doigt sur les gencives ne pouvant avoir du moins aucun inconvénient, personne ne chercha à les combattre , mais la dernière proposition de Rosen est devenue le sujet d'une discussion vivement soutenue de part et d'autre. Audry, Brouzet, Ant. Petit, défendirent les hochets, prétendant qu'ils amincissaient la gencive, la rendaient plus molle, plus tendue, et facilitaient ainsi notablement l'éruption des dents; Gardien {loc cit., p. 239), Billard {loc. cit.. p. 270), se rangeant aux opinions toujours si éloquemment exprimées par l'illustre auteur d'Emile, proscrivirent formellement leur usage, qui, d'après eux, ne pouvait que rendre les gencives dures, calleuses, et augmenter encore la difficulté qu'éprouvent les dents à les traverser; c'est tout au plus s'il est permis délaisser presser aux enfants des corps mous,

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élastiques , tels que des racines de guimauve , de réglisse , des figues sèches. M. Guerseot [loc. cit. , p. 136), cherchant à concilier ces opinions contradictoires, propose d'employer les corps durs au début, pour aplatir le bord tranchant des mâchoires, et faciliter l'écartement des deux tables entre lesquelles se développent les alvéoles ; et les corps mous, lorsque la dent déjà formée presse le tissu fibreux des gencives. Mais, malgré l'autorité du médecin que noui venons de citer, il nous semble plus rationnel de suivre la pratique ainsi motivée par Baumes :

« Si on donne trop tôt le hochet aux nourrissons, ils le mordent sans cesse, et appuyent fortement leurs gencives contre ce corps dur; alors cet instrument, qu'il soit de cristal, d'ivoire ou d'autre chose, ne peut que durcir à la longue les gencives , les rendre calleuses, et les faire résister davantage à la dent qui tend à les percer. Les moyens relâchants (un petit bâton de réglisse, une racine de guimauve préparée), dans les premiers temps de la dentition , sont donc à tous égards préférables pour disposer ces parties à céder au corps qui doit les traverser; mais lorsque les dents, plus avancées dans leur développement, ont suffisamment aminci les gencives, que ces petites parties osseuses sont bien formées, l'usage du hochet peut alors être recommandé. Les enfants, à cette époque , le serrent avec plus de force que dans les premiers temps, parce que ce chatouillement douloureux est plus vif et plus incommode ; les gencives amincies et très-tendues se trouvent plus directement pressées entre deux corps durs. Elles cèdent facilement à cette double action , et les dents paraissent : toutes les indications sont remplies» {Traité de la prem. dent., p. i04).

Traitement curatif. — Lorsqu'il est reconnu, ou qu'il est devenu fort probable , que c'est aux obstacles locaux qui s'opposent à l'éruption des dents que sont dus les accidents , il est naturel , conformément au principe Sublata causa.^tollitur ejfectas., de chercher à les surmonter, et la résistance opposée par les gencives ayant été considérée comme le plus important, on fut conduit à proposer la division de celles-ci. Sans parler de l'observation si connue de Lemonnier, Brouzet {Èduc. médicin. des enf.., t. i, p. 230), Baumes (TV. des convois., p. 250), Gaigné (thèse de Paris, 1805, n" 399), G. Hunter {A pract. ireat. on ihe diseases of the teefh)^ Underwood {A treat on the diseases of children, p. 101), Oesterlen {Derneue chiron, 1. 1, cap. 2), rapportèrent de nombreuses observations dans lesquelles cette opération avait eu les plus heureux résultats. Dugès et M. Capuron se prononcent également en sa faveur; mais Van-Swieten, Boehr, Wendt, Billard, M. Guersent, considérant que le tissu des gencives n'est point assez dense pour opposer aux deats une résis-

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tance très-énergique, que l'incision se transforme quelquefois en ulcération aphiheuseou gangreneuse; qu'en la pratiquant trop tôt on peut retarder la sortie des dents loin de l'accélérer, parce qu'on peut ouvrir la capsule dentaire avant que la dent soit arrivée à son degré d'ossification parfaite; que lorsqu'elle n'est pas immé Hateraent suivie de la sortie de la dent, la gencive se cicatrise, et qu'il se forme ainsi un tissu beaucoup plus résistant que celui qu'on a divisé, ces auteurs, dis-je, ont pensé que cette opération , souvent inutile, était même quelquefois dangereuse. Cependant, si l'on lient compte des observations nombreuses et authentiques dans lesquelles elle a procuré un soulagement notable , fait immédiatement cesser les symptômes les plus graves, ou même éloigné une mort qui semblait inévitable et prochaine ; si l'on considère qu'elle agit doublement en faisant cesser la douleur produite par la tension de la gencive , et en opérant une déplétion sanguine toujours assez abondante dans l'extrémité céphalique, ce que le docteur Fischer {loc. cit.) a pu constater par la disparition du bruit de souffle; si, enfin, l'on réfléchit qu'en la pratiquant, d'aptes le procédé de Boyer (7>. des malad. chir. , t. vi, p. 357), on évite la pluparldes inconvénients qu'on lui a attribués, on est, ce nous semble, en droit de conclure que l'incision des gencives doit être pratiquée: !« lorsque la gencive, étant tendue et soulevée par la dent, des accidents se manifestent et se prolongent, de quelque nature qu'ils soient; 2° lorsque , après avoir résisté à une médication rationnelle, des accidents, de quelque nature qu'ils soient, compromettent la vie de l'enfant bien que l'inspection de la gencive ne démontre pas que la dent soit déjà placée immédiatement au-dessous d'elle ; 3° loisque la nature des symptômes ou quelque circonstance particulière portent à croire qu'il existe dans les organes de la dentition un vice de conformation ou une anomalie, cas dans lesquels il devient nécessaire de recourir soit à l'extraction d'une dent, soit au brisement du bord alvéolaire, soit à la perforation de la lame osseuse qui ferme quelquefois l'alvéole, pour éviter des caries souvent fort étendues des os maxillaires, ou d'autres accidents presque toujours très-graves.

Deuxième dentition.

La plus grande partie de ce qu'on vient de lire s'applique à l'histoire pathologique de la deuxième dentition , et quelques mots vont suffire pour faire connaître les considérations particulières peu importantes qu'elle présente.

C'est ordinairement vers l'âge de sept ans que commence l'éruption des dents permanentes, et, dans le courant de la neuvième année , toutes les incisives

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se trouvent remplacées ; un temps de repos plus ou moins long précède alors l'apparition des premières bicuspides qui a lieu vers l'âge de dix ans, et entre onze et douze ans l'arrangement des premières molaires est terminé: ici survient une seconde interruption, beaucoup plus longue que la première , et les dernières molaires, ou deuts de sagesse, n'apparaissent que de vingt à vingt-cinq ans , et quelquefois à trente seulement. De nombreuses irrégularités peuvent modifier l'ordre de ce travail : ce n'est quelquefois que vers neuf ou dix ans que commence la deuxième dentition; ou a vu des dents temporaires rester en place jusqu'à un âge assez avance , et dans des cas semblables on a souvent pris pour une troisième dentition, l'éruption des dents permanentes ; enfin on a cité des exemples d'absence totale des dents de sagesse.

Les phénomènes normaux qui accompagnent le travail de la deuxième dentition sont: la rougeur, le gonflement des gencives , un léger ptyalisme ; souvent les mouvements de la mâchoire sont douloureux; du gonflement se manifeste dans les parotides, dans les ganglions sous-maxillaires et cervicaux ; des douleurs vives se propagent quelquefois dans toute la face, et simulent une névralgie. L'éruption des dents fait disparaître immédiatement ces différent» symptômes dont la durée fait toute la gravité.

Contrairement à l'opinion de Lesurier, qui pensait que la plupart des maladies graves qui se manifestent chez les enfants vers l'âge de sept ans devaient être rapportées à la deuxième dentition , la majorité des auteurs reconnaît que l'éruption des dents permanentes n'est que fort rarement la cause d'accidents , etDesessart, sur neuf cents enfants qu'il a observés, n'en a vu que deux succomber pendant ce travail , et encore par suite d'un vice de conformation des alvéoles (Journ. de méd., t. Lvn,p. 549).

Néanmoins une inflammation plus ou moins vive peut se développer dans les gencives , s'étendre aux tonsilles , au pharynx , faire naître quelques aphlhes ; un repli gengival recouvre souvent la moitié postérieure desdernières molaires inférieures, et pressé qu'il estentre elles et les supérieures, devient le siège d'ulcérations auxquelles un observateur peu attentif pourrait attribuer une nature vénérienne. Enfin M. Oudet a vu l'éruption des dents de sagesse donner lieu à une inflammation de la gorge, qui se termina par la gangrène et la mort du sujet.

La deuxième dentition est rarement une cause déterminante de maladies plus ou moins éloignées du siège du travail dentaire; cependant elle peut donner lieu à une légère inflammation de la membrane muqueuse des voies digestives ou respiratoires, à des ophthalmies , à des otites. Le docteur Guibert lui a attribué des congestions et même des hémorrhagies cérébrales {loc, cit., p. 181); mais les observations

qu'il rapporte à l'appui de son opinion nous paraissent bien loin d'être concluantes.

Les accidents sympathiques n'offrent presque jamais de gravité, et les convulsions qui, dans la première dentition, sont une cause de mort si fréquente, ne se rencontrent pour ainsi dire plus ici. Rutherford et Monro ont vu des chorées produites pir l'éruption des dents incisives et des dernières grosses molaires; M. Guersent a vu celle des premières donner lieu à des accès épileptiques.

Quant à la marche , à la durée , à la terminaison , au diagnostic et au traitement de ces différents accidents, nous ne pourrions que répéter, à quelques différences près , qu'il est facile de saisir, ce que nous avons dit à propos de la première dentition.

Historique et biblioi^raphie. — Déjà indiquées par Hippocrate, les maladies occasionnées par la dentition ne furent étudiées avec quelque soin qu'en 1689 par Harris {De morbis acutis infantum, Londres, in-8°). J. Hunter, en 1778 {Practical treatise on the diseuses of the teeth , Londres, in-4*'), Baumes, en 1782 [Traité de la première dentition et des maladies souvent très-graves qui en dépendent, Paris, in-8°), en firent l'objet de traités spéciaux. Chambon ( Maladies des enfants, Paris, 1798 , 2 vol. in-S"), Grousset {Diss. de la dentition et des malad. qui en sont quelquefois le résultat, Paris, 1803, in-8°), Gaigné ( Diss. sur la dentition, etc., Paris, 1805, in-4°). Gardien (Traité d'aecouch., Paris, 1807, 4 vol. in-8*^),s'en occupèrent également , mais ne firent guère que répéter ce qu'avaient écrit leurs devanciers, et accréditèrent des opinions aussi mal établies que peu physiologiques. Billard [Traité des malad. des enfants now>eau-nés, Paris, 1828, in-8°) éclaira par ses belles recherches cette question jusqu'alors si obscure de nosogénie, et les principes qu'il émit sont reproduits et confirmés par MM. Guersent {Dict. de méd., t. X, p. 133) et Brachet, de Lyon {Traité prat. des convulsions dans V enfance).

DIABETE ou DIABÈTES , s. m. de -ytagaîvM, je passe à travers , d'où Siâ.èr,iJ.a., transitus, transilio; (5'iaê«TYiç, trajector ; ^laêvir-fiç, i. q. 0Ta(ïiu>.r, irpcffa-yw- (î'iov, «instrumentum lignis curvis dirigendis inser- « viens, perpendiculum , norma,linea; est item cir- «cinus, a divaricatis cruribus; est prseterea sipho. «Ad cujus similitudinem dictus etiam morbus ille : eo «nomine appellatus, quod humor corporis nullo in «loco constitit , sed subinde de loco in locum (5'iagaîvs',, «pertransit, non aliter quam per siphonem aqua» (H. Stephan; Thés. ling. gr. , vol n, p. 1114).

Synonymie française et étrangère. — Diabète; diabète sucré ; phthisurie sucrée. Fr. — ï^epoç, s. {l(5'po)iL z'.c. a.u.à"t,a. ; Siâçhoia. etç oùpa ; ^laêiÎTYiç. Gr. —

Urinœ nimia profusio; urinœ profluvium; cita

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emissio rerum qiiœ bibuntur ; tabès urînalis ; tabès diuretica ; lienteria vel coeliaca urinalis ; dfsenteria nepliritica, vesicalis ; hectica ad matulam; hydrops ad matulam,- dipsacus ; poljuria; diabètes mellilus, angUcus^ saccharina; urorrhea; phthisuria. Lat. — Flosso d'urina diabetica. liai. — Diabètes, excessive sécrétion of urine. Angl. — Harnjluss, Harnrulir, Honigartige Harnruhr , Zuckerliarnruhr. Allera. — - Urinflod. Dan.

Synonymie chronologique. — Urinœ niinium profusiOy Gelse ; polyuria, Seidel ; diabètes anglicus, Mead, Sauvages; diabètes mellitus, Gullen, Sagar; urorrhea, Swédiaiir; phthisuria „ Reil; diabètes sacciiarina, Hufeland; phthisurie sucrée, Nicolas , Gueudeville ; diabète, diabète sucré, Pinel.

Définition et dii^ision. — Avant que des expériences précises ne fussent venues démontrer le caractère essentiel du diabète , la définition de cette maladie n'avait pu reposer que sur des considérations peu importantes, sinon fausses, sur des circonstances morbides inconstantes et incertaines.

Ne tenant compte que de la quantité ordinairement considérable d'urine qu'évacuaient les malades, Galien définit le diabète une diarrhée urineuse ( lib. de cris.); Arétée , une consomption urineuse, un écoulement colliquatif des urines (Z?e caus. et sign. morb. diut., lib. u, cap. n); Gelse , une maladie dans laquelle la quantité d'urine évacuée égale la masse totale des liquides introduits dans l'estomac {De med., lib. IV, cap. xx), définition d'autant plus mauvaise que le rapport qu'elle établit n'existe jamais d'une manière exacte , et que fort souvent la quantité de la sécrétion urinaire l'emporte de beaucoup sur celle des boissons. Sauvages , ayant égard à quelques phénomènes symptomatologiques ordinairement liés à l'abondance delà mixtion, appela le diabète une émission d'une grande quantité d'urine, aussitôt après ta boisson, accompagnée d'une soif considérable. Cullen ayant constaté que les caractères physiques de l'urine étaient ordinairement altérés , crut devoir tenir compte de cette circonstance , et se contentant, sans chercher à l'apprécier, de l'indiquer vaguement, fît du diabète une évacuation chronique d'une quantité considérable d'urine souvent viciée. Boerhaave fut plus précis, et entrevit le véritable caractère de la maladie en disant : «Diabètes est crebrior, quam «pro naturali more, egestio urinse, non acris neque «salsœ, sed dulcis, albse, crassse, chyli pre seferentis speciemn [Prœlect., vol. m, § 364); et Haller, voulant rendre cette définition plus rigoureuse encore, ne fit qu'y introduire une erreur, en la modifiant ainsi : a Diabètes in quo chylus cum urina « cxit, quera agnoscas ex lotii dulci sapore , et qui ad

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hecticam ducit» (Elem. phys., t. vir, pag. 351 ).

La présence d'une matière sucrée dans l'urine diabétique, entrevue par Pool et Dobson, en 1 775 , constatée par Gawley, en 1778 , par Frank, en 1791, et enfin rigoureusement appréciée par les expériences chimiques de Nicolas et Gueudeville, en 1803, ne fut point considérée par ces auteurs comme devant servir de base à la définition , et MM. Bouillaud et Andral n'en ont tenu aucun compte , puisque , pour eux, «<le diabète est une maladie dont le principal symptôme consiste en un écoulement d'urine beaucoup plus considérable que dans l'état normal , » tandis que M. Rochoux , la prenant , au contraire , en considération , définit la phthisurie sucrée «une maladie principalement caractérisée par une excrétion excessivement abondante à'nr'me plus ou moins chargée de matière sucrée.»

Quanta nous, pensant que le mot <5?/aèeYe doit représenter une individualité morbide, et non comprendre sous une même dénomination un grand nombre d'affections essentiellement différentes et indépendantes les unes des autres, nous regarderons l'urine sucrée comme le caractère essentiel de la phthisurie , et nous définirons celle-ci :

Une maladie dans laquelle l'urine, quels que soient sa quantité, ses caractères physiques ou chimiques, et les phénomènes qui accompagnent son éi'acuation , renferme, dans une proportion variable, une matière sucrée, cristallisable, analogue au sucre de raisin.

Les divisions établies par les auteurs dans la description du diabète n'eurent également pendant longtemps pour base que des hypothèses gratuites sur la nature ou les causes de cette affection, et la plus rationnelle fut celle de Gullen, qui établit un diabète idiopathique , subdivisé en diabètes mielleux et insipide , et un diabète symplomatique , subdivisé en diabètes hystérique , arthritique et artificiel , ou produit par la ligature des vaisseaux de la rate, ainsi que l'a observé Malpighi sur un chien qu'il soumit à cette expérience (Gullen , Èlém. de méd. prat., t. m, p. 147, édit. de M. Delens; 1819). Trnka distingua un diabète vrai, comprenant la lienterie urinaire et le diabète chyleux ou lacté, et un diabète faux, se subdivisant en diabètes continu , périodique et colliquatif; Bursieri , des diabètes vrai, faux et chyleux; Bary, des diabètes coUiquatif, nerveux et organique; Sauvages en différentia jusqu'à sept espèces : le légitime , le mielleux , l'hystérique , l'artificiel , le vineux, l'arthritique et le fébrile ; Desault , lui-même, en 1 79 1 , crut encore reconnaître des diabètes par défaut d'assimilation , par relâchement des reins , et par irritation de ces organes. Sprengel {Handb. der pathol. , th. ni , p. 1 66) établit encore deux nouvelles variétés, sous les noms de diabètes spasticus et de diabètes

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torpidus, dénominations que Dreyssig remplaça par celles de diabètes typhus et de diabètes paraljsis {Handw. der med. klin. , bd. il, th. ii, p. 359). Depuis les recherches de Gawley , la plupart des pathologistes se sont contentés de distinguer un diabète sucré et un diabète non sucré , et cette division a été adoptée par MM. Andral ( Cours de paih. inter., t. n, p. 367) et Bouillaud {Dict. de méd. et de chir. prat., t. vu, p. 249),

La définition que nous avons adoptée ne nous permet pas d'admettre plusieurs espèces de diabète , et nous renonçons d'autant plus volontiers à décrire sous ce nom les variétés établies par les auteurs , que les unes ne sont évidemment que des modifications apportées dans la quantité de la sécrétion urinaire , soit par des causes physiologiques , soit par des affections toujours étrangères aux reins; les autres, des maladies dont la place est marquée dans les cadres nosologiques : les premières seront traitées à l'article Urine, les secondes, dans les descriptions des différentes affections des voies urinaires. La phthisurie sucrée seule nous occupera ici. En limitant ainsi notre sujet par les termes d'une définition précise, nous avons pensé obéir à des considérations impérieusement imposées par l'état actuel de la science, et nous n'avons pas reculé devant une difficulté que faisait naître notre manière de voir, et dont nous avons apprécié toute l'importance. En effet , faisant de la présence d'une matière sucrée dans les urines le caractère essentiel du diabète , au lieu de la considérer, avec M. Dezeimeris (Mém. de la Soc. méd. d'émul.^ t. IX, p. 211 ) acomme une circonstance tout à fait secondaire, accidentelle, et qui manque souvent ï>, nous ne devions rigoureusement tenir compte, pour faire l'histoire de cette affection , que du petit nombre d'observations modernes dans lesquelles cette matière sucrée a été chimiquement constatée , et rejeter toutes celles qui sont antérieures à Gawley; mais, en y réfléchissant, nous avons pensé que si, parmi celles-ci , un grand nombre doit être considéré comme complètement étranger au diabète , tel que nousl'avons défini, beaucoup d'autres, par les symptômes, la marche, la durée, la terminaison qu'elles indiquent, par la saveur sucrée qu'elles reconnaissent à l'urine, se rattachent évidemment à la phthisurie sucrée, dans laquelle seulement peut-être on observe d'ailleurs une augmentation excessive, continue et longtemps prolongée de la sécrétion urinaire, Reil (^loc. cit., bd. m, p. 476) pensant même qu'il n'existe pas dans la science d'observation authentique de diabète insipide , et nous avons cru devoir alors utiliser des documents dont l'importance et l'exactitude restent d'ailleurs soumises à l'appréciation de l'observation ultérieure.

Ceci posé, commeoçons l'étude du diabète ou phthi-

surie sucrée, par celle des lésions organiques qui s'y rattachent.

altérations pathologiques. — S'il est vrai, ainsi que l'ont établi , par des faits nombreux, Reil , Glarke etHecker, qu'il arrive fréquemment de ne rencontrer aucune altération dans les reins des malades qui ont succombé au diabète, il faut reconnaître cependant que ces organes sont encore le siège le plus ordinaire de lésions dont nous examinerons plus tard la valeur.

Morgagni , Monro , Hertzog , Gawley , Hecker, ont trouvé le tissu des reins ramolli ; M. J. Gloquet l'a vu d'une extrême friabilité ; Lieutaud a signalé sa transformation en une substance grise homogène ; Béer y a constaté la présence d'hydatides; Baillou, celle de calculs ; Ruysch a rencontré plusieurs plaques cartilagineuses dans la substance corticale ; Reil , Rutherford,Duncan, Baillie, ont indiqué un engorgement des vaisseaux sanguins, et le dernier a vu la surface des reins recouverte d'un tissu réticulaire formée par un lacis de veines dilatées; MûUer etDuncan ont rencontré une espèce de gonflement des nerfs , qui avaient un volume trois ou quatre fois plus considérable qu'à l'état normal. Une dilatation considérable des bassinets a été notée une fois par Stosch.

Ainsi que l'observe M. Andral , la simple hypertrophie des reins , sans aucune altération de leur tissu , est la lésion que l'on rencontre le plus fréquemment dans le diabète, et Fr. Hoffmann a vu le rein droit avoir deux fois son volume habituel ( Cons. méd., cent. II, cas. 85), Des dimensions plus considérables encore ont été souvent constatées. Cependant J. Frank et Mûller ont vu l'un des reins atrophié , l'autre étant hypertrophié, ou ayant conservé son volume normal, et M. Ségalas a observé une atrophie des deux organes. Les uretères ont été trouvés dilatés par Reil , Hecker, Glarke : la capacité de la vessie est souvent agrandie ; cependant Otto et Diirr l'ont vue réduite à de très-petites dimensions : dans un cas elle ne pouvait contenir qu'une noix. Les membranes vésicales sont ordinairement épaissies.

Michaelis avait cru reconnaître que les cadavres des diabétiques répandaient une odeur de musc, tandis que d'autres auteurs trouvèrent qu'ils n'en avaient aucune : la putréfaction s'y développe cependant ordinairement assez rapidement. Duncan trouva un aspect gélatiniforme au peu de tissu adipeux que l'on rencontre encore ; Pott , un ramollissement des os (Philos, trans., 1753, n° 459). Des adhérences intimes entre la dure-mère et le crâne , un épanchement de sérosité dans les cavités crânienne et rachidienne , ont été constatés par Stosch ( Hufeland's journ. , 1827 , st. vu). Des épanchements, des adhérences , existent souvent dans les cavités des plèvres ; les poumoDS sont presque toujours , d'après J. Gop-

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land, remplis de tubercules aux différents degrés de leur développement. Junker a vu plusieurs branches du système de la veine porte complètement oblitérées; Dtirr, une injection des veines rachidiennes; Luroth, un anévrysme de l'artère pulmonaire.

Le sang a été l'objet de recherches qui méritent une attention toute particulière. Marshall rapporte qu'il l'a trouvé non mélangé avec le chyle dans la veine sous-clavière , et Michaelis dit avoir observé cette séparation jusque dans les cavités du cœur [Hufeland'sjoarn., bd. xiv, st. ni, p. 66). Après une saignée , le caillot se couvre quelquefois d'une couenne épaisse qui , dans d'autres cas , manque entièrement; le sérum est souvent trouble. Rollo et Dobson l'ont vu semblable à une émulsiou; il est beaucoup plus abondant qu'à l'état sain, d'après Nicolas et Gueudeville. Le sang est d'un ronge plus foncé, quelquefois brun; Marshall l'a vu couleur de chocolat. Le point le plus important à établir était celui de savoir si le sang des diabétiques offrait des altérations dans sa composition , et surtout si, comme l'avaient annoncé quelques auteurs , il contenait une matière sucrée , semblable à celle qu'on trouve dans l'urine.

Cullen et Dobson avaient cru reconnaître au sérum une saveur sucrée qui fut contestée par Rollo et Horne ; Richter, Michaelis, Zipp {Hufeland' s joiirn., 1827, st. vu), affirmèrent l'avoir manifestemeut appréciée en dégustant le sang lui-même; tandis que Nicolas et Gueudeville trouvèrent à celui-ci une saveur fade et légèrement salée. Rollo, ayant comparé le sang d'un diabétique au sang d'un homme sain, vit que le dernier se putréfiait dès le quatrième jour, tandis que le premier n'offrait encore aucune trace de putréfaction le seizième jour, circonstance qui , selon lui, indiquait une matière sucrée répandue dans toute l'économie animale [loc. cit., p. 5 et 10); mais Nicolas et Gueudeville ( Recherches et expér. sur le diab. sucré ^t^. 7 1 ), Wollaslon [Ann. de chim. 1812, nov., p. 227), Vauquelin (Journ. de phys. t. IV, p. 257), Berzelius, MM. Henry et Soubeiran {Journ. de pharm. t. xii , p. 320 ) ne purent, après de nombreuses analyses, retrouver un seul atome de sucre dans une masse considérable de sang diabétique, et ces derniers chimistes constatèrent seulement que la fibrine et l'albumine n'y entraient plus que pour les trois quarts de leur proportion normale, b' autre part cependant, Ambrosiani prit une livre de sang de diabétique, y ajouta de l'eau, le soumit à lébuUition , et filtra. Pour isoler la matière colorante et les substances animales, il traita la liqueur par l'acétate de plomb, qui donna lieu à un précipité épais, d'un blanc sale. L'excès d'acétate de plomb fut précipité à son tour par un courant d'acide hydrosulfurique , et le résidu forma une espèce de bouillie noi-

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