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litcs taches rouges , assez semblables à des piqûres de puce; bientôt apparaît une petite papule acuminée, dure, blanchâtre , laquelle se transforme en une pustule non ombiliquée, assez semblable à celle de la varioloïde; la suppuration s'établit très-promptement, et Ton voit quelquefois les trois états que nous avons indiqués se succéder dans les vingt-quatre heures.
Les pustules sont ordinairement entourées d'une auréole rosée; les unes sont acuminées, pointues, les autres sont plates et ne forment que peu de saillie au-dessus de la peau ; d'autres , enfin , sont proéminentes , forment au-dessus de la peau une saillie d'une demi -ligne à 3 lignes, et reposent sur une base large , élevée , dure , semblable à une plaque d'urticaire (pustules tuberculeuses). Ces dernières sont toujours isolées; les pustules aplaties, au contraire, sont quelquefois agglomérées au nombre de trois, quatre ou six, de manière à former de petites plaques purulentes irrégulièrement arrondies, en fête de champignon (Saussier) , pouvant acquérir les dimensions d'une noisette. M. Saussier a décrit sous le nom de pustules multiples une variété dans laquelle des pustules se développent sur une première pustule volumineuse, et lui forment comme des appendices. On rencontre souvent toutes ces différentes espèces de pustules sur le même sujet.
Au-dessous de l'épiderme soulevé, on aperçoit un pus jaunâtre , rendu quelquefois noirâtre par la présence d'une petite quantité de sang épanché.
Ces pustules ne se dessèchent que lentement, et la mort arrive avant que la dessiccation soit complète : quelquefois plusieurs pustules s'ulcèrent.
Les pustules morveuses occupent de préférence la face et les membres ; cependant des éruptions successives en font apparaître quelquefois sur toutes les parties du corps, et alors leur nombre est très- variable. A la face, les pustules occupent surtout les joues, les paupières, le front, le nez ; elles se développent sur la muqueuse des fosses nasales, des paupières, des amygdales , du voile du palais , et même de la langue. Enfin, elles peuvent couvrir presque tout le corps, et, suivant leur nombre, simuler une variole discrète ou une variole confluente. Sur le malade observé par MM. Konat et Bouley, on comptait tOO pustules sur la paroi antérieure de la poitrine , 40 sur le menton, 30 sur l'abdomen, 25 sur les membres supérieurs, 1 0 sur la paupière supérieure droite , 5 sur les membres inférieurs, 3 sur la nuque, 1 sur la région malaire. M. Saussier en a compté 70 sur les membres et le tronc, 31 sur le front, 8 sur le cou, 5 sur l'abdomen, 4 à la racine du nez, 2 sur la lèvre supérieure, 2 sur la verge ; vers la fin de la maladie , le nombre des pustules avait augmenté des deux tiers. Dans d'autres cas, les malades n'ont présenté que quelques pustules sur la face; le morveux observé par M. Mar-
chant , et chez lequel , à la vérité', la mort survint en peu de jours, n'avait qu'une seule pustule à la partie moyenne et interne de la cuisse gauche.
Des phlyctènes, des bulles plus ou moins étendues, laissant apercevoir, au-dessous de l'épiderme aminci et soulevé , un liquide noirâtre , se développent souvent sur les parties érysipélateuses ; quelquefois elles se montrent sans érysipèle préalable au niveau de quelques articulations, sur la face , la verge ; la base sur laquelle reposent les bulles n'est pas indurée.
MM. Nonat et Bouley (loc. cit.) et M. Delaharpe (Revue médic, n° de février 1841, p. 228) ont vu des tubercules assez semblables à des naevi ou à des tubercules du'frambœsia. «Ce sont des tubercules rougeâtres , évidemment formés par une infiltration sanguine et purulente circonscrite de quelques-unes des aréoles du derme, mais sans isolement de l'épiderme , el seulement avec coloration noirâtre de la peau. Les tubercules suppurent avec une grande promptitude, mais ne deviennent point gangreneux : l'aspect noirâtre est dû à la congestion sanguine» (Nonat et Bouley, loc. cit., p. 356, 357).
Le malade de M. Becquerel présentait un assez grand nombre de taches rosées lenticulaires, parfaitement distinctes des taches qui constituent les pustules à l'état naissant (Becquerel , loc. cit., p. 99).
Gangrène. — La gangrène se montre sous différentes formes : tantôt elle frappe le fond des phlyctènes, des bulles que nous avons décrites (bulles gangreneuses), tantôt elle se montre sous forme d'eschares sur les surfaces érysipélateuses, au niveau des articulations douloureuses et tuméfiées ; tantôt, enfin, elle apparaît sur la peau ou sur une muqueuse (des fosses nasales, de la bouche) sans que le tégument ait présenté préalablement une rougeur el une tuméfaction considérable. On l'a vue se développer sur des surfaces dénudées par un vésicatoire et sur des piqûres de sangsues (Williams, loc. cit., p. 384).
Les eschares gangreneuses se développent le plus ordinairement à la face , sur les paupières , le nez , les oreilles, dans les fosses nasales; elles sont aussi fréquentes au niveau des grandes articulations et sur la verge où elles occupent soit le prépuce , soit le gland. Schilling a vu la gangrène envahir le front, le nez , la lèvre supérieure et le cuir chevelu jusqu'à la suture coronale ; Williams a décrit une eschare qui couvrait toute la tempe droite ; M. Rayer a vu des eschares sur le gland , au niveau du sacrum et des malléoles externes; enfin, on a observé des eschares au coude (Nivet), sur le genou et le cou-de-pied (Saussier), etc.
Ulcérations. — Les ulcérations succèdent à la chute des eschares ou à la déchirure des pustules ; elles sont extrêmement rares sur la peau , mais fréquentes, au contraire, dans les fosses nasales , sur le
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voile du palais , les amygdales; elles sont (antôt su- t perficielles , tantôt si profondes qu'elles metlent les os à nu; arrondies ou irrégulières, grisâtres, à bords mous, fongueux ; elles laissent écouler une sanie rougeâtre , fétide. Chez le malade observé par M. Becquerel, il existait plusieurs ulcérations sur la face.
Coryza, jetage. — Les fosses nasales ont constamment présenté des phénomènes que l'ou peut considérer comme caractéristiques de la morve.
Les malades accusent , d'abord , la sensation d'un obstacle dans les fosses nasales; ils éprouvent un besoin incessant de se moucher et n'expulsent qu'une faible quantité d'un liquide ténu, en partie opaque, en partie transparent, blanchâtre, visqueux, gluant, tenace, contenant quelquefois des stries de sang; la respiration nasale est difficile , bruyante. Les malades chassent l'air avec force par le nez pour expulser les mucosités qui obstruent les narines , ou dans l'intention de se débarrasser de l'obstacle qui résulte du gonflement de la muqueuse ; la voix est nasonnée. Lorsque Ton examine les fosses nasales , on voit que la muqueuse est boursouflée, injectée, rouge; lorsque les malades ont eu des épistaxis , on trouve ordinairement du sang coagulé sur les parois des narines. A une époque plus avancée, il s'écoule par les narines antérieures un liquide épais , jaunâtre , brunâtre, fétide, purulent, mêlé de sang, acre, corrodant la lèvre supérieure, lorsqu'on le laisse en contact avec elle. Quelquefois , soit en raison du décubitus dorsal gardé par le malade, soit en raison de la petite quantité ou de la ténacité du liquide sécrété, l'écoulement nasal ne se fait point spontanément : pour provoquer l'issue de la matière du jetage , il faut exercer une pression sur les ailes du nez, ou faire faire au malade une expiration nasale énergique.
Le jetage peut être abondant, puriforme, bien que les fosses nasales ne présentent que du boursouflement ou de la rougeur de la muqueuse; mais d'un autre côté , M. Bouillaud (Acad. de méd., séance du 16 novembre 1840) a vu un morveux chez lequel il n'y avait point de jetage , et dans les fosses nasales duquel existaient , cependant , plusieurs ulcérations grisâtres, larges de 4 à 12 millimètres. 11 faut se rappeler, toutefois, à propos de ce dernier fait, que souvent la matière du jetage tombe dans la bouche par les narines postérieures, et qu'elle est avalée ou expulsée avec les crachats (Andral). Du reste, l'écoulement est quelquefois très-peu abondant, bien que les fosses nasales soient le siège d'altérations graves.
L'écoulement nasal a ordinairement lieu par les deux narines; cependant il peut être plus abondant d'un côté que de l'autre, ou même être borné à une seule narine. « Il est bien probable, dit M. Vigla (thèse citée, p. 36) qu'il ne faut voir là qu'un effet de pesanteur déterminé par la position particulière du malade,
puisque , dans tous les cas où on a ouvert les narines, elles étaient toutes deux malades , et à peu près au même degré. Quoi qu'il en soit, il peut ne pas être sans intérêt de noter la fréquence relative de l'écoulement par l'une ou l'autre narine , puisque chez les chevaux, où elles sont, relativement à la pesanteur, dans les mêmes conditions, et toutes deux aussi ordinairement malades à la fois, on a trouvé le jetage incomparablement plus fréquent à gauche qu'à droite. » D'après le petit nombre de faits que possède la pathologie humaine, il semblerait que , chez l'homme le jetage est, au contraire, plus fréquent adroite qu'à gauche.
En examinant les fosses nasales, on aperçoit des pustules, des ulcérations, des eschares gangreneuses; la perforation de la cloison, chez le malade de M. Nivet , avait été constatée pendant la vie.
•Stomatite, angine. — Les malades éprouvent ordinairement une constriction au gosier ; la déglutition est difficile, pénible : on a observé un malade qui avalait facilement les liquides chauds , mais qui éprouvait une gêne et une douleur vives pour opérer la déglutition des liquides froids. Souvent les malades se livrent à des efforts d'expuition, et crachent sans tousser, à peu près comme les malheureux affectés de rage. Quelquefois il s'écoule par la bouche une bave écumeuse, sanguinolente, analogue à celle des épileptiques. «On a observé plusieurs fois, dit M. Rayer ( loc. cit., p. 101 ), un écoulement par la bouche en même temps que par les narines; une autre fois, l'écoulement par la bouche a paru remplacer celui du nez. » 11 est probable que , dans ce dernier cas , les matières expulsées par la bouche tiraient leur origine des fosses nasales.
La muqueuse labiale et gingivale est rouge , boursouflée, saignante; il en est de même de la muqueuse qui recouvre le voile du palais , les amygdales et leurs piliers, la voûte du pharynx; on aperçoit quelquefois des pustules, des ulcérations , des petites eschares sur ces dernières parties; le voile du palais peut être épaissi, œdématié , infiltré de pus, couvert de petites ulcérations; les amygdales peuvent être gonflées , enflammées , suppurées ; on a observé la gangrène de toute la muqueuse palatine , et même celle d'une des amygdales. La langue a présenté, dans un cas , un gonflement assez considérable , et plusieurs pustules vers sa base. Chez un malade observé par M. Becquerel (Gazette médicale, p. 97; 1839), il existait sur la face interne des joues , des lèvres et sur différents points de la muqueuse buccale , des plaques pseudomembraneuses blanchâtres qui se laissaient enlever très-facilement. La langue était retractée , épaisse ; des deux côtés existaient des pustules et des ulcérations.
L'angine morveuse est quelquefois accompagnée
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d'un gonflement inflammatoire des parotides, des glandes sous-maxillaires , des ganglions lymphatiques voisins.
Respiration. — En déprimant fortement la base de la laugue on aperçoit, ou l'on sent, quelquefois un léger œdème de Pépiglotte ou de ses replis ; la voix est souvent altérée, très-affaiblie, éteinte ; dans deux cas, l'air expiré était très- fétide. La respiration est toujours un peu gênée; vers la fin, elle devient pénible, laborieuse, très-fréquente; on a compté 36, 40 (Landouzy) et jusqu'à 50 (Nonat et Bouley) inspirations par minute. Les malades sont tourmentés par une petite toux sèche , ou provoquant l'expectoration de crachats mousseux, transparents, peu visqueux, ou bien muqueux , et quelquefois fétides. La percussion et l'auscultation de la poitrine ne fournissent ordinairement aucun signe pathologique; quelquefois cependant on perçoit quelques râles muqueux irréguliers. Dans un cas , il a existé de la matité en avant, et une diminution des bruits respiratoires dans toute l'étendue des poumons, mais surtout au sommet.
Parfois, lorsqu'il existe une pneumonie lobulaire de quelque étendue, on observe des crachats rouilles, et l'on perçoit des râles muqueux , sibilants , fins et fixes.
Circulation. — Le pouls , souvent dès le début , est faible , facilement dépressible , onduleux ; il bat 120, 130, 140 et jusqu'à 150 fois par minute; vers la fin il devient intermittent et presque insensible.
Les hémorrhagies constituent l'un des caractères symptomatiques les plus importants de la morve aiguë. Presque tous les malades ont eu , soit dès le début, soit à une époque variable de la maladie, des épistaxis qui se sont renouvelées plus ou moins fréquemment; quelquefois du sang a été rendu par l'anus (Rayer,/oc. cit., p. 55); une exsudation sanguine plus ou moins abondante a souvent lieu dans les pustules , les phlyctènes, les bulles qui couvrent la peau; enfin, nous avons vu qu'il est fréquent de rencontrer, après la mort, des épanchements sanguins dans différents points de l'économie (tissu pulmonaire, intestins, surface du cerveau , ventricules cérébraux , etc.).
Digestion. — La langue est ordinairement naturelle au début; plus lard , elle se couvre souvent d'un enduit glutineux , jaune ou brun ; elle est sèche , fendillée, tremblante; l'anorexie est complète, la soif vive, et quelquefois inextinguible (Landouzy); la déglutition peut être difficile , douloureuse ; chez le malade observé par M. Landouzy, des éructations fréquentes avaient lieu; les vomissements sont trèsrares, et n'ont été observés que dans les derniers jours de la maladie. Le ventre est tantôt souple et indolent, tantôt météorisé et douloureux à la pression ; dans certains cas, il a existé une constipation opi-
niâtre, dans d'autres, une diarrhée abondante; on a vu les selles être brunes , fétides , d'une odeur cadavéreuse et involontaires aux approches de la mort.
Appareil génito-urinaire. — Nous avons dit que la verge est assez souvent le siège de plaques gangreneuses. L'urine est rare , trouble ; son émission est quelquefois involontaire.
Innervation. — Les malades sont plongés , quelquefois dès le début, dans une stupeur profonde, dans une espèce de somnolence de laquelle il est trèsdifficile de les tirer ; ils se désolent et redoutent la mort , alors même qu'ils ne connaissent ni la nature ni la gravité de leur affection ; une céphalalgie , ordinairement frontale , se montre au début , mais elle est rarement violente et persistante; le sommeil est nul ou léger et troublé par des rêves ; l'intelligence est lente ; il faut renouveler plusieurs fois les mêmes questions et insister avec force pour obtenir des réponses ; les mouvements sont mal assurés, tremblants, la force musculaire considérablement affaiblie ; souvent alors il survient un coma profond, au milieu duquel la mort arrive. Dans d'autres cas , plus rares , la scène est toute différente : les malades sont agités d'un délire violent, furieux, contre lequel on est obligé d'avoir recours à la camisole de force (Williams, Becquerel) ; il ont des secousses convulsives suivies de tremblement général, de crampes, de convulsions partielles (Saussier, loc. cit., p. 388). Dans la majorité des cas, le délire est assez calme, et l'agitation ne se manifeste qu'à des intervalles plus ou moins rapprochés.
La sensibilité générale reste ordinairement intacte ; dans un cas , elle était très-exaltée; le malade redoutait extrêmement le froid. Vers la fin , la peau est froide , couverte d'une sueur visqueuse et glaciale ; chez le malade observé par M. Marchant , des sueurs abondantes ont eu lieu.
Organes des sens. — Nous avons dit que les paupières sont presque constamment le siège d'un érysipèle œdémateux ; la muqueuse palpébrale et oculaire est rouge, tuméfiée , sécrète un liquide jaunâtre puriforme. MM. Nonat et Bouley ont vu le sac lacrymal présenter une couleur rouge foncé. Il peut exister des pustules, des ulcérations; chez le malade observé par M. Lhommeau (l'Expérience, t. v, p. 121 ; 1840), une pustule ecchymotique pendait entre les paupières , et la sclérotique était corrodée dans sa moitié externe par une ulcération. Quelquefois Je tissu cellulaire sous-conjonctival est infiltré et donne lieu à un chémosis séreux (Delaharpe, Revue médicale, n° de février 1841, p. 228). Les pupilles sont régulières, mobiles, mais le regard est terne, sans mouvement, sans expression ; quelquefois la vue est trouble. Chez le malade de M. Landouzy, une opacité de la cornée se manifesta des deux côtés; M. Tardieu
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avait déjà observé un aspect terne de la cornée gauche dans un cas de morve chronique {Arch. gén. deméd., t. xn, p. 472; 1841).
Marche de la morve aiguë. ■ — La marche de la maladie est ordinairement la suivante : après avoir présenté , pendant un jour ou deux , de la fièvre , de la courbature , des frissons, les malades éprouvent des douleurs arthritiques et musculaires qu'on peut considérer comme le premier symptôme propre à la morve , et qui , quelquefois, sont accompagnées d'angine , de dyspnée , de troubles nerveux plus ou moins graves; souvent des collections purulentes se forment en différents points au bout de trois ou quatre jours, ou même de quarante-huit heures. Ges symptômes constituent une première période qui a été appelée période rhumatismale; une seconde période est caractérisée par les hémorrhagies, le développement de taches gangreneuses , la prostration : c'est la période typhoïde; l'apparition des symptômes caractéristiques de la morve constitue une troisième et dernière période, dans laquelle les phénomènes morbides se montrent en général dans l'ordre suivant : érysipèle, pustules, coryza et jetage. C'est à cette dernière période qu'appartiennent les troubles cérébraux. «Dans les cas ordinaires, dit M. Vigla (thèse citée, p. 43), le délire apparaît d'abord la nuit, puis cesse le matin pour alterner dans le jour avec des moments de lucidité ; il devient enfin continu et ne quitte plus guère les malades jusqu'à la mort. »
La marche que nous venons d'indiquer est celle que l'on observe le plus fréquemment, mais elle n'est pas constante; les symptômes peuvent se manifester dans un ordre différent , et nous avons pensé qu'il ne serait pas sans intérêt, pour le lecteur, d'avoir sous les yeux un tableau reproduisant les chiffres que nous ont fournis quelques observations de morve aiguë qui donnent, sous ce rapport, des détails suffisamment précis :
1° Durée de la maladie , 29 jours : douleurs musculaires et abcès au début , pustules le 1 6e jour, érysipèle le 20e jour, coryza le 21e, eschares le 26e.
2° Durée de la maladie, 24 jours : douleurs et angine au début, phlyctènes, bulles et pustules le 19e jour, jetage le 22e.
3° Durée de la maladie, 23 jours : coryza au début , douleurs arthritiques le 2e jour, épistaxis le 1 3e, plaques gangreneuses le 1 7e, pustules le 1 8e.
4° Durée de la maladie, 1 7 jours : douleurs au début , pustules le 1 Ie jour, jetage le 1 3e.
5° Durée de la maladie, 16 jours : douleurs et abcès au début, coryza le 8ejour, érysipèle et pustules le 1 5e.
6° Durée de la maladie, 12 jours : douleurs et érysipèle au début , coryza le 1 Ie jour.
7° Durée de la maladie , 1 0 jours : douleurs au début , pustules le 9e jour.
8° Durée de la maladie , 3 jours : érysipèle , abcès et pustules au début , coryza le 3e jour.
9° Durée de la maladie, 3 jours : les douleurs , l'ërysipèle et le coryza se montrent ensemble, et constituent le début de la maladie.
Jusqu'à présent la morve aiguë a toujours été terminée par la mort, et celle-ci, suivant MM. Bérard et Denonvilliers (loc.cit., p. 528), bien qu'elle survienne d'habitude dans le courant de la troisième semaine, peut aussi arriver plus tôt, le 12e ou même le 8e jour, ou plus tard, le 28e, le 34e, et même le 59e jour.
Les chiffres extrêmes indiqués par les auteurs que nous venons de nommer ne sont pas exacts : la mort peut survenir , d'une part , dès le 3e jour, et, d'autre part, ce n'est qu'en comprenant des faits dans lesquels la morve aiguë a succédé au farcin , et en tenant compte la durée de celui-ci , que l'on peut assigner un aussi long terme à la terminaison funeste.
Sur 1 1 cas de morve aiguë primitive analysés par nous , la mort a eu lieu : 1 fois le 29e jour, 1 fois le 24e, 1 fois le 23e, 1 fois le 17e, 1 fois le 16e, 1 fois le 1 2e, 1 fois le 1 0e, 1 fois le 9e, 1 fois le 8e, et 1 fois le 3e (Marchant).
Diagnostic , pronostic. — A moins d'être instruit des circonstances étiologiques qui ont présidé au développement de la maladie , il est difficile de reconnaître la morve aiguë à sa première période; presque constamment on a cru à l'existence d'une affection rhumatismale , et si des abcès ne se forment pas rapidement, l'erreur se prolonge jusqu'à l'apparition des phénomènes caractéristiques ; la stupeur, l'agitation dans laquelle sont plongés les malades , l'acuité des douleurs en l'absence de tuméfaction , de chaleur, de rougeur, au niveau des articulations envahies, sont toutefois des signes qui peuvent mettre le médecin sur la voie. Pendant la seconde période, la maladie a été prise quelquefois pour une fièvre typhoïde, et les épistaxis qui se montrent souvent à cette époque tendent à faire prévaloir ce diagnostic; mais dans la morve, la céphalalgie est moins intense, moins opiniâtre, on n'a observé qu'une seule fois des papules lenticulaires; et d'autre part, on n'observe point , dans la fièvre typhoïde , des douleurs arthritiques et musculaires ayant le caractère spécial que nous leur avons assigné , et encore moins des abcès.
Lorsque la morve est parvenue à sa troisième période, l'éruption pustuleuse et les lésions des fosses nasales ne permettent pas de méconnaître plus longtemps la maladie; ces symptômes sont caractéristiques et ne se retrouvent dans aucun autre cas. M. Vigla (thèse citée, p. 72) a observé une phlébite de l'orbite et de la face, sui venue à la suite d'une carie dentaire avec fluxion , et coïncidant , si elle ne l'avait pas déterminé, avec un coryza aigu; la face
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était le siège d'un gonflement œdémateux considérable; la paupière du côté malade était dans un état voisin de la gangrène ; l'air passait difficilement par les narines, qui laissaient suinter une petite quantité de mucus, ayant la couleur et la consistance d'une forte solution de gomme avec teinte rosée ; cinq ou six pustules miliaires s'étaient développées sur la face, il y avait du délire, de la fièvre , etc.; en un mot, le malade présentait un ensemble de symptômes qui offrait une assez grande analogie avec celui de la morve ; mais, même dans ce cas exceptionnel, l'erreur étaitimpossible; il n'existait pas de douleurs arthritiques ou musculaires, pas d'abcès ; les pustules, les phlyctènes, les bulles de la morve, n'étaient représentées que par quelques pustules miliaires développées sur la face; enfin, il n'existait ni pustules ni ulcérations dans les fosses nasales.
M. Saussier (loe. cit.,, p. 401) a rapporté une observation de pustule maligne offrant quelque analogie apparente avec la morve ; mais ici on constatait les symptômes locaux caractéristiques de la pustule maligne; il n'existait ni douleurs, ni abcès, ni lésions des fosses nasales; les altérations cutanées se réduisaient à quatre petites pustules développées sur la face et la poitrine. 11 en a été de même dans tous les faits de pustule maligne rapportés par les auteurs (voyez Rayer, loc. cit., p. 109, 110).
Dans l'infection purulente ou putride, dans la piqûre des anatomistes, on n'observe jamais ni les lésions cutanées, ni les lésions des fosses nasales (voy. Rayer, loc. cit., p. 107-109 et le Compendium, art. Pyohéuie et Putride (infection). M. Tessier, aune époque où il confondait la morve et l'infection purulente, avait énuméré, parmi les symptômes de celle-ci, des érysipèles, des plaques gangreneuses, des abcès cutanés, des bulles et des pustules purulentes; mais ce médecin reconnaît aujourd'hui, lui-même, que ces altérations appartenaient à des cas de morve (voyez L. Fleury, Essai sur l'infection purulente, p. 75; Paris, 1844).
«Certaines varioles graves et putrides, dit M. Rayer {loc. cit,, p. 1 1 2), offrent bien quelque analogie avec la morve aiguë, mais l'éruption cutanée varioleuse et l'éruption cutanée morveuse sont faciles à distinguer l'une de l'autre, par l'apparence et la structure de leurs pustules.»
Enfin , à l'exception des altérations des fosses nasales, le farcin aigu présente tous les symptômes et toutes les altérations propres à la morve aiguë , mais l'absence de l'éruption nasale et du flux des narines suffit pour assurer le diagnostic.
«En résumé , dit M. Rayer, on n'a décrit jusqu'à ce jour, dans les ouvrages de pathologie humaine, aucune maladie qui puisse être confondue avec la morve aiguë. » En effet , nous venons de montrer que l'é-
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ruption pustuleuse et les lésions des fosses nasales appartiennent exclusivement à la morve ; et si l'éruption pustuleuse peut manquer (A. Tardieu, Arch. gén. de méd., t. xu, p. 473; 1841), Puisaye,, Observation de morve aiguë sans éruption cutanée, in Gaz. méd., p. 711; 1842), les altérations des fosses nasales constituent un caractère que l'on doit considérer, d'après les faits observés jusqu'à présent , comme étant à la fois pathognomonique et constant.
Dans le cas , cependant , où le praticien conserverait quelques doutes , où les renseignements étiologiques seraient insuffisants ou volontairement dissimulés ; si l'éruption pustuleuse n'existait pas , si les lésions des fosses nasales étaient peu prononcées, on trouverait dans l'inoculation un moyen de diagnostic aussi facile dans son emploi que certain dans ses résultats (voy. Nature).
Nous n'avons pas besoin de dire que le pronostic est funeste, car on sait que tous les malades qui ont été atteints de la morve aiguë ont succombé en quelques jours.
b. Morve chronique.
Nous ne possédons , pour constituer l'histoire de la morve chronique, que les matériaux suivants : 1° une observation incontestable et complète de morve chronique simple , non associée au farcin et terminée par la morve aiguë (Tardieu; ; 2° une observation semblable, mais douteuse; c'est le fait observé par M. Nivet et que nous avons utilisé pour l'étude de la morve aiguë; 3° un fait bien observé de morve farcineuse chronique n'ayant pas été suivie de morve aiguë (Tardieu); 4° deux faits analogues , mais incomplets (Hardwicke , Laugier).
On voit de suite que nous aurons ici un double écueil à éviter ; il faudra prendre garde de rattacher à la morve chronique des altérations appartenant soit à la morve aiguë ultime, soit au farcin chronique concomitant. Nous nous efforcerons de ne pas tomber dans cette faute, mais nous n'avons pas besoin de prévenir le lecteur qu'en présence du petit nombre de faits que possède la science, la description que nous allons tracer ne devra être considérée que comme un renseignement pour l'avenir.
Altérations anatomiques. — Peau. — La peau ne présente aucune altération , la morve chronique ne donnant pas lieu au développement de l'éruption pustuleuse qui caractérise la morve aiguë.
Tissu cellulaire cl muscles. — Dans le cas de morve chronique non farcineuse observé par M. Tardieu {Observations et recherches nouvelles sur la morve chronique , etc., in Arch. gén. de méd., t. su, p. 455 ; 1841 ; et De la Morve et du/arcin chroniques chez l'homme et chez les solipêdes ; thèse de Paris, 1843 , n° 15 , p. 119), il n'a existé qu'un seul abcès sur le pied droit.
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Système osseux. — Au niveau de l'abcès dont nous venons de parler, les os étaient dénudés et présentaient un commencement de carie superficielle. Nous décrirons ailleurs les lésions que présentaient les os du nez et de la voûte palatine.
Fosses nasales et sinus. — Dans un cas de morve farcineuse chronique, n'ayant pas été suivie de morve aiguë, observé par M. Tardieu (thèse citée, p. 111), les fosses nasales ont présenté les altérations suivantes :
Au-dessous du cornet supérieur, à peu près à une égale distance de l'ouverture antérieure et de l'ouverture postérieure , au point de réunion de la portion osseuse et des cartilages, la cloison présentait une perforation , faisant communiquer librement les deux fosses nasales l'une avec l'autre. Cette perforation, de la dimension d'une pièce de cinquante centimes, allongée d'avant en arrière, avait 0,016 transversalement, et 0,009 verticalement. Ses bords, formés dans la moitié antérieure par le cartilage et dans la moitié postérieure par la lame osseuse, étaient très-régulièrèment arrondis dans presque toute la circonférence ; ils étaient rendus mousses par un tissu fibreux, assez analogue à du tissu de cicatrice et adhérent à leur pourtour. Cependant, dans un point, en bas et en arrière, le bord était tranchant et formé par une lame osseuse amincie, dénudée, et noircie comme par la nécrose.
Du côté droit , toujours sur la cloison , existait immédiatement autour de la perforation , à 0,003 à peu près du bord, un bourrelet saillant formé par des élevures fongueuses, à sommet d'un rouge vif. Ce cercle n'existait que dans les trois quarts antérieurs de la circonférence. En haut, il était très-développé el s'étendait jusqu'au bord libre du cornet moyen avec lequel il se confondait. Sur ce point, la membrane moyenne était en partie détruite par une ulcération étendue transversalement , laissant à nu la surface osseuse, et au-dessous de laquelle s'étaient aussi développés des bourgeons saillants et rouges.
Toute la partie de la pituitaire qui se trouvait en avant de la perforation avait conservé son apparence et sa texture normales ; mais en arrière , une portion de la lame du vomer était entièrement dénudée et couverte seulement par du mucus épais ; plus loin, sur Ja surface osseuse, se retrouvaient quelques lambeaux de membrane muqueuse réduite en un détritus grisâtre, au milieu duquel on distinguait quelques points rouges. Tout à fait en arrière, sur toute la hauteur de la cloison , la membrane de Schneider était épaissie , ramollie, d'un rouge très-foncé ; sur ce fond rouge se détachaient de petites élevures blanches, formées par de petits abcès sous-muqueux déposés au milieu d'un tissu cellulaire profondément ecchymose. En
bas, cette altération de la muqueuse se prolongeait jusqu'au plancher des fosses nasales. La muqueuse de la partie postérieure, où se trouvait une infiltration de sang et de pus, se détachait très-aisément, et presque spontanément, de l'os qu'elle recouvrait et qui paraissait être nécrosé. Le bord postérieur de la cloison était déjà dénudé et formait, en arrière, une crête amincie et tranchante.
Du côté gauche , la muqueuse formait également autour de la perforation un bourrelet saillant et fongueux , plus large en haut que du côté droit , mais ne se prolongeant pas en arrière et en bas. Au-dessus de ce bourrelet existait une ulcération assez large , au fond de laquelle on voyait l'os à nu. Le cornet moyen présentait, sur son bord inférieur, un boursouflement de la membrane muqueuse avec de petites élevures rouges, dans lesquelles on trouvait un peu de pus. Au-dessus, dans le point qui correspondait à la partie ulcérée de la cloison , la pituitaire était détruite , et la surface osseuse dénudée était rugueuse et d'une couleur grisâtre. Le plancher des fosses nasales offrait aussi en arrière quelques ecchymoses avec infiltration purulente. Les différents sinus ne présentaient aucune altération (Tardieu, thèse citée, p. 114, 115). On se rappelle que , dans le fait observé par M. Nivet, la cloison était également perforée.
Cavité buccale. — Dans les deux faits rapportés par M. Tardieu, la cavité buccale a présenté des altérations remarquables.
La muqueuse qui revêt la voûte palatine était, dans presque toute son étendue, épaissie, ramollie, spongieuse , fongueuse , infiltrée de sang ; elle offrait des plaques d'un rouge violacé, parsemées de petits points jaunes ; dans plusieurs points, l'épithélium était détruit et le tissu cellulaire sous-muqueux, ecchymose, contenait de petites collections de pus. Enfin, en plusieurs points se trouvaient des ulcérations profondes, au niveau desquelles les os étaient altérés. La substance compacte était érodée, rugueuse, percée de trous ; le tissu osseux était ramolli , la substance spongieuse infiltrée de sang et d'une couleur noirâtre (Tardieu , thèse citée , p. 115, 116,1 22).
Appareil respiratoire. — Dans le cas de morve chronique simple observé par M. Tardieu, le larynx et la trachée ont offert des lésions qui ont été décrites par M. Tardieu de la manière suivante :
«Surface externe : l'épiglotte et le larynx sont régulièrement conformés et très-développés. La trachée , mesurée depuis le bord inférieur du cartilage cricoïde jusqu'à la bifurcation des bronches, n'a pas 9 centimètres; raccourcissement considérable , puisqu'elle en offre habituellement de 12 à 15. Vue par devant, elle n'a nullement la forme qui lui est ordinaire. Cylindrique à la partie supérieure, elle se renfle dès son troisième anneau, présente son plus
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grand diamètre vers les sixième et septième, et ne revient à son calibre primitif qu'au niveau du quatorzième. Elle est, de plus, manifestement rélrécie au point où elle se bifurque , de telle sorte qu'elle présente, un peu au-dessous de sa partie moyenne, une vaste ampoule où elle paraît avoir repris en largeur ce qu'elle a perdu en longueur. Ce renflement , qui n'a pas moins de 48 millimètres de diamètre, tandis que le premier anneau n'en a que 27, et le dernier 22 , est aplati , convexe transversalement , et concave de haut en bas, de manière à présenter une dépression médiane. Au-dessous de cette première dilatation en existe une seconde, moins régulière, où le cylindre est aplati , surtout latéralement, et offre en avant des lignes inégalement déprimées.
«Les différents anneaux qui composent la trachée sont presque tous rapprochés les uns des autres et fixés invariablement dans cette position, sans permettre le moindre allongement , ce qui explique le raccourcissement de la trachée. Quelques-uns de ces anneaux ont perdu leur forme circulaire; ils sont aplatis ou déviés , ou confondus avec ceux qui les précèdent ou qui les suivent : ils semblent luxés les uns sur les autres. Ils ont repris leurs formes et leurs rapports à la bifurcation des bronches et les conservent dans ces conduits.
(.{Surface interne. — On peut dire d'une manière générale que , depuis l'extrémité supérieure de l'épi— glotte jusqu'à la division des bronches, la muqueuse qui revêt le larynx à la trachée n'est plus qu'une vaste cicatrice , dont la formation doit remonter trèsloin. La membrane muqueuse est mince, adhérente, sèche, transparente, sans injection ni éruption pustuleuse. Des brides fibreuses très-résistantes, disposées en lignes nombreuses interceptées, étoilées , réunies de mille manières , constituent un réseau aérolaire qui occupe toute l'étendue de la face interne du conduit aérien.
«L'épiglotte, en arrière, offre une surface d'un blancjaunâtre, chagrinée, creusée d'une foule de petits diverticulum qui pénètrent jusque dans la substance du cartilage; celui-ci, qu'il est facile d'apercevoir à travers l'épithélium, très-mince, qui le recouvre , est détruit dans plusieurs parties , surtout de chaque côté de la ligne médiane; plus en dehors , la muqueuse qui a résisté est rosée, mamelonnée, et offre, au niveau du repli arythéno-épiglottique droit , une ouverture arrondie, régulière, large comme une lentille, et qui conduit, en haut, jusqu'à la membrane celluleuse thyro-épiglottique , et en bas jusque dans le ventricule droit. Au-dessous et en dedans dé cette perforation , on voit une bride peu résistante qui s'attache à l'extrémité antérieure de la corde vocale supérieure. De l'autre côté , il n'existe qu'un amincissement de la muqueuse. La glotte est intacte , seulement la corde
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supérieure droite est détachée par la perforation qui a été indiquée.
«La face interne du ventricule est saine; au devant de la glotte , le larynx est tapissé par une véritable membrane fibreuse à fibres transversales, qui partent en rayonnant de la ligne médiane; cette membrane est tellement adhérente au cartilage cricoïde , qu'elle semble se confondre avec lui.
«Dans la trachée, indépendamment de l'aspect général indiqué, il existe quelques dispositions particulières. Des brides, extrêmement résistantes, vont s'insérer à l'extrémité des demi-cerceaux cartilagineux, les recourbent et les fixent en leur faisant former une sorte de gouttière assez profonde , qui constitue de chaque côté de la trachée de véritables ventricules, qui n'ont pas moins de 8 à 10 millimètres de profondeur, et qui sont limités , en haut et en bas , par des fibres ligamenteuses réfléchies , dont l'insertion correspond aux points où la trachée est rétrécie. La disposition qui vient d'être décrite et qui résulte évidemment de la cicatrisation d'une ulcération énorme de la muqueuse laryngo-trachéenne, cesse à la naissance de la bronche droite, mais se continue encore dans la partie supérieure de la bronche du côté gauche , dont le calibre, manifestement rétréci, n'a que 5 millimètres de diamètre» (Tardieu, thèse citée, p. 122- 124).
Dans la seconde observation de M. Tardieu (morve farcineuse chronique) , on lit que le larynx et la trachée étaient à l'état normal.
Dans le fait observé par M. Nivet, nous avons dit que la membrane qui tapisse l'épiglotte , le larynx et la trachée, étaient rouge et injectée.
Dans un cas de morve farcineuse chronique observé par Hardwicke ( Rayer, loc. cit.,, p. 223), le larynx et l'épiglotte offraient de larges ulcérations et des points gangreneux, sales et noirâtres ; la trachée était ulcérée immédiatement au-dessous de l'ouverture de la glotte, et offrait de la matière gangreneuse.
Les poumons n'ont point présenté d'altérations paraissant se rattachera la morve chronique.
Système lymphatique. — Chez son malade atteint de morve chronique simple, M. Tardieu a trouvé les ganglions placés le long de la trachée et des bronches augmentés de volume, ramollis; l'un d'eux était suppuré.
En rapprochant la description qu'on vient de lire de celle dans laquelle nous avons indiqué les altérations anatomiques appartenant à la morve aiguë, on voit 1° que les lésions cutanées qui caractérisent la morve aiguë n'existent pas dans la morve chronique, 2° que dans la morve chronique les fosses nasales sont le siège d'altérations plus profondes; on ne trouve pas de pustules sur la muqueuse olfactive, mais celle-ci est ramollie , ulcérée ; les os sont mis à nu , érodés ,
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cariés, nécrosés ; les cartilages sont perforés ; 3° que, dans la morve chronique, il existe dans le larynx et la trachée des altérations graves, qui semblent appartenir particulièrement à cette forme de l'affection morveuse.
Cette dernière proposition mérite toutefois confirmation, et nous sommes bien éloignés de la regarder comme chose démontrée ; elle ne repose que sur un seul fait bien établi, celui observé par M. Tardieu; mais cependant si l'on considère, 1° que les malades de Hardwicke et de M. Nivet ont présenté tous deux des altérations du larynx et de la trachée; 2° que le malade de M. Tardieu n'était point phthisique, et que rien n'autorise à attribuer une nature vénérienne aux lésions qu'il portait dans la partie supérieure de l'appareil respiratoire ; 3° que chez les chevaux affectés de morve chronique on observe des déformations de la trachée et des lésions du larynx , de la trachée et des bronches presque semblables à celles que nous avons décrites (Tardieu, thèse citée, p. 35-41); si l'on considère tout cela, la proposition dont il s'agit n'acquiert-elle pas, sinon une certitude complèlc, au moins une probabilité très-grande?
Symptômes. — La morve chronique est annoncée par du malaise, de l'affaiblissement, de l'anorexie, des douleurs arthritiques ou musculaires. Ces douleurs sont vagues , mobiles, occupent les grandes articulations ou les muscles des lombes, des cuisses, des jambes; elles ne sont accompagnées d'aucun signe local; elles sont ordinairement très-violentes; tantôt elles cessent au bout de quelques jours, tantôt elles se font sentir pendant toute la durée de la maladie. Dans la morve chronique , les douleurs musculaires semblent occuper, plus fréquemment que dans les autres formes de l'affection morveuse, les parois de la poitrine. Un point de côté très- violent survient brusquement au début et simule par sa violence un point pleurétique. Cette pleurodynie disparaît spontanément au bout de quelques jours.
L'invasion de la maladie est annoncée par des troubles de l'appareil respiratoire. Les malades éprouvent une sensation de brûlure, d'étranglement, qui a son siège derrière la partie supérieure du sternum. Cette douleur, profonde et persistante, augmente par la pression et lors du passage des matières alimentaires ; elles devient quelquefois très-vive.
La voix s'altère ; elle devient rauque, voilée, et s'éteint bientôt presque complètement.
La respiration est courte , fréquente ; des accès de dyspnée se manifestent à des intervalles irréguliers. L'air expiré n'est point fétide.
Les malades sont fatigués par une toux profonde , fréquente, douloureuse; ils rejettent des mucosités grisâtres, striées quelquefois de sang.
En même temps que les troubles respiratoires, ou ,
ce qui est plus fréquent, quelque temps après eux, des phénomènes morbides se manifestent du côté des fosses nasales.
Les malades éprouvent la sensation d'un obstacle dans les fosses nasales; ils sont enchifrenés et se livrent à des efforts continuels de reniflement; la respiration nasale est laborieuse, difficile. La gêne se fait sentir plus souvent du côté gauche que du côté droit. L'inspection des fosses nasales n'y fait découvrir aucune altération.
Quelquefois il survient une tension pénible, une douleur sourde et profonde à la racine du nez, entre les deux yeux ; elle s'étend jusqu'aux sinus frontaux.
Au bout d'un temps plus ou moins long, les malades commencent à se moucher plus fréquemment que de coutume; ils expulsent ainsi un mucus puriforme, grisâtre, contenant quelquefois de petites croûtes , des caillots de sang. 11 faut presque toujours que la sortie du mucus qui se forme dans les narines soit provoquée : il n'existe pas d'écoulement nasal , de jetage. En explorant les fosses nasales , on aperçoit quelquefois, principalement sur la cloison, des ulcérations plus ou moins étendues, plus ou moins profondes : au moyen d'un stylet mousse , on peut découvrir la perforation de la cloison , la dénudalion , l'érosion des os.
La cavité buccale peut offrir diverses lésions de la voûte palatine et du pharynx ; on aperçoit des ulcérations , des fongosités ; les malades éprouvent de la gêne , de la douleur pour avaler; ils rendent, par expuition , des mucosités épaisses et sanguinolentes. 11 peut n'exister sur la voûte palatine et dans le pharynx que des cicatrices, traces d'ulcérations anciennes.
«A ce tableau des symptômes de la morve chronique, dit M. Tardieu, il convient d'opposer les cas peut-être assez nombreux, où elle ne se manifeste absolument par aucun caractère extérieur, où le farcin semble exister seul pendant toute la durée de la maladie, où aucune gêne, aucune douleur, aucun écoulement ne se montrent du côté des fosses nasales; où c'est à peine si une toux légère indique quelque trouble des fonctions respiratoires, et où cependant l'autopsie montre les lésions les plus graves et les plus caractéristiques sur la pituitaire ou dans la trachée» (Tardieu, thèse citée, p. 102-104, 105-110).
D'après le tableau que nous venons d'emprunter à M. Tardieu , on voit, si l'on compare, sous le rapport symptomatique, la morve chronique à la morve aiguë : 1° que dans la morve chronique la peau ne présente aucune lésion ; 2° que les douleurs arthritiques et musculaires ne sont jamais accompagnées de tuméfaction, de rougeur, et qu'elles ne sont que trèsrarement suivies d'abcès; 3° que les symptômes du côté des fosses nasales sont moins apparents ; 4° que là cavité buccale est le siège de lésions constantes ,
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plus profondes et quelquefois caractéristiques (cicatrices) ; 5° que les troubles des fonctions respiratoires sont constants, beaucoup plus marqués; qu'ils apparaissent dès le début, et qu'ils constituent le principal caractère symptomatique de la morve chronique.
Marche, durée, terminaison. — La morve chronique a une marche extrêmement lente ; la maladie peut se prolonger pendant plusieurs années (six ans, Tardieu); on observe alors des rémissions plus ou moins fréquentes et plus ou moins longues; les malades semblent être complètement rétablis, mais les phénomènes pathologiques finissent par reparaître et vont sans cesse en s'aggravant. Jusqu'à présent, il n'existe pas un seul exemple concluant de guérison de la morve chronique ; une observation de Travers et Elliotson (voy. Rayer, loc. cit., p. 216) est fort incomplète; on trouve dans un journal allemand deux faits présentés comme des exemples de terminaison heureuse de morve chronique, mais le diagnostic est loin d'être satisfaisant (Krieg, Medizinische Zeitung , lierausgegeben von dem Verein fur ffeilkunde in Preussen, 1843, n° 6).
La mort peut survenir de deux manières différentes : tantôt les malades succombent en l'absence de toute complication aiguë, par l'effet de l'altération générale et profonde produite par la morve chronique; ils maigrissent et ont une fièvre continue avec des exacerbations irrégulières ; les digestions se troublent, il survient une diarrhée opiniâtre, la face est altérée, la peau est jaune, terreuse, sèche; on observe tous les signes d'une cachexie funeste; enfin, les malades tombent dans l'épuisement, le marasme, et finissent par succomber.
D'autres fois, la mort est le résultat du développement d'une morve aiguë terminale qui ne présente de particulier que sa marche plus rapide. «Ainsi, dit M. Tardieu (thèse citée, p. 105), tandis que dans la morve aiguë primitive la mort arrive, en général, du quinzième au vingtième jour, nous l'avons vue survenir du cinquième au dixième jour, et en moyenne au septième jour, dans les cas où la morve aiguë s'est montrée comme terminaison de l'une des formes chroniques de l'affection morveuse. »
Diagnostic. — Malgré la lumière que jettent ordinairement sur la nature de la maladie les circonstances étiologiques, la morve chronique peut cependant être confondue avec plusieurs affections dont nous allons établir le diagnostic différentiel.
Ulcères simples du nez. — Ces ulcérations, trèsrares , sont superficielles ; elles ne sont pas accompagnées de lésions de la cavité buccale, d'altération de la voix , de troubles respiratoires, de douleurs arthritiques ou musculaires, de phénomènes généraux; elles guérissent ordinairement en peu de temps sous l'influence d'un traitement approprié.
Syphilis. — La syphilis peut donner lieu aux différentes lésions qui, dans la morve chronique, existent dans les fosses nasales, la cavité buccale , le larynx et la trachée (ulcérations, carie, etc) ; elle peut être accompagnée de douleurs vives dans les membres , de symptômes généraux graves.
Mais les symptômes antécédents ou concomitants (accidents primitifs , chancres , bubons ; accidents secondaires, syphilide, chancre de la gorge, etc. ; accidents tertiaires, exostose, carie, etc.) indiquent presque toujours , la nature de l'affection ; les douleurs ont un caractère particulier : elles sont plus vives pendant la nuit; les lésions des fosses nasales débutent ordinairement par les os propres du nez, elles déterminent des caries , des nécroses étendues , l'affaissement , la destruction du nez ; l'écoulement nasal est abondant, fétide ; l'air expiré a une odeur repoussante.
Les ulcérations vénériennes de la gorge sont plus petites , plus régulièrement arrondies , coupées à pic ; elles produisent souvent la destruction de l'épi glotte; lorsqu'elles sont guéries , elles laissent une cicatrice presque plane, toute différente des cicatrices que l'on observe dans la morve chronique.
Les ulcérations vénériennes du larynx déterminent la carie des cartilages et des altérations plus profondes de la voix.
Enfin, dans les cas douteux, le traitement vient éclairer le diagnostic; les mercuriaux amènent une grande amélioration dans les lésions vénériennes s'ils ne les guérissent pas ; ils restent sans aucune efficacité dans la morve chronique.
Phthisie pulmonaire. — Dans quelques cas rares , la phthisie pulmonaire est accompagnée d'ulcérations tuberculeuses des fosses nasales (Tardieu , thèse citée , p. 161-164); souvent, au contraire, il existe des ulcérations dans le larynx et la trachée ; mais on n'observe point de douleurs arthritiques et musculaires , point d'ulcérations , de carie de la voûte palatine ; les ulcérations que l'on peut apercevoir présentent des traces de matière tuberculeuse (Tardieu, thèse citée , obs. xlvu , p. 162), les ulcérations tuberculeuses ne se cicatrisent pas , enfin l'auscultation et la percussion dévoilent l'existence de lésions tuberculeuses dans les poumons.
Laryngo -trachéite ulcéreuse simple. — Cette affection est très-rare; pas de douleurs arthritiques et musculaires ; pas de lésions des fosses nasales , de la cavité buccale.
Scrofules. — L'affection scrofuleuse détermine quelquefois des ulcérations , des caries des fosses nasales et de la voûte palatine ; mais, outre qu'on ne rencontre point les autres lésions de la morve chronique , il existe toujours d'autres symptômes de scrofules qui ne permettent point de méconnaître la nature de l'affection.
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Ce que nous avons dit à propos de la terminaison de la morve chronique démontre suffisamment que le pronostic de cette forme de l'affection morveuse est excessivement grave.
B. Farcin.
a. Farci n aigu.
La science ne possède qu'un petit nombre d'observations de farcin aigu , et la plupart de ces observations sont incomplètes; les matériaux qui sont à notre disposition ne nous permettront par conséquent point de tracer une description entièrement satisfaisante de cette forme de l'affection morveuse.
Altérations anatomiques. — Peau. — On trouve ordinairement toutes les altérations que nous avons décrites en nous occupant de la morve aiguë, et de plus des boutons et des ulcères dont nous indiquerons les caractères plus bas ( voy. Symptômes ) ; quelquefois, cependant, il n'existe aucune lésion cutanée (voy. Symptômes).
Tissu cellulaire et muscles. — Des collections purulentes, ayant tous les caractères des abcès de la morve aiguë , existent dans le tissu cellulaire souscutané et intermusculaire , et dans les muscles euxmêmes ; on en trouve dans le tissu cellulaire qui entoure les vaisseaux veineux et lymphatiques , et dans les muscles profonds qui entourent immédiatement les os : leur nombre et leur dimension varient. Chez un farcineux observé par Wolff ( voy. Rayer, loc. cit., p. 1 28 ) , il existait , dans presque tous les muscles, des abcès dont le volume variait entre celui d'un pois et celui d'une noix; les plus nombreux et les plus considérables se trouvaient dans les muscles des bras et de l'avant-bras gauche , dans le muscle droit de la cuisse gauche , dans le vaste externe de la cuisse droite , dans les muscles fessiers , dans ceux du dos , dans le muscle grand pectoral droit et dans l'orbiculaire des lèvres. Chez un autre malade, le mollet droit était occupé par un vaste abcès qui s'étendait jusqu'au jarret, et qui pouvait contenir 180 grammes de pus.
Appareil circulatoire. — On a trouvé une quantité notable de sérosité rougeâtre dans le péricarde : Eck a vu cette cavité séreuse contenir 60 gramimes d'un liquide brun foncé; le cœur est quelquefois mou et flasque. Lorsque la maladie a été contractée par inoculation , on constate souvent l'inflammation des veines superficielles qui avoisinent le point d'insertion ; dans les cas de ce genre , comme dans ceux où le farcin est le résultat d'une infection , on peut rencontrer les altérations caractéristiques d'une phlébite plus ou moins étendue. Dans un cas observé par M. Bougard ( l'Expérience, p. 204 ; 1 840 ), il existait une phlébite des veines sous-clavières et des
veines caves inférieure et supérieure; les veines du foie étaient enflammées et pleines de pus ; la membrane interne des cavités droites du cœur était également enflammée. Eck a trouvé , dans la veine crurale droite , des plaques de couleur gris cendré , couvertes d'un enduit semblable à du pus (Rayer, loc. cit., p. 145). Dans un autre cas , le même auteur a constaté une rougeur très-vive en différentes places des gros vaisseaux artériels (Rayer, loc. cit., p. 149). Dans les faits décrits par Eck, on voit que le sang était fluide, livide, d'une mauvaise couleur, et mêlé , çà et là, d'une espèce de mucosité puriforme jusque dans les cavités droites du cœur.
Système lymphatique. — Lorsque la maladie a été contractée par inoculation , on trouve constamment une inflammation très-violente des vaisseaux lymphatiques qui se distribuent à la partie avec laquelle la matière virulente a été mise en contact. Les caractères anatomiques de cette angioleucite farci neuse aiguë ne diffèrent point de ceux de l'angioleucite simple ( voy. le Compend., art. Lymphangite ).
Fosses nasales et appareil respiratoire. — On ne trouve aucune altération ni dans les fosses nasales , ni dans la cavité buccale, ni dans le larynx et la trachée; les poumons, au contraire, présentent toujours des lésions fort remarquables. Wolff (Rayer, loc. cit., p. 1 36 ) a rencontré des pustules sous- pleurales semblables à celles que nous avons décrites (voy. Morve aiguë). Très-fréquemment les poumons sont enflammés , soit dans une portion considérable de leur étendue, soit dans des portions circonscrites et multipliées; les noyaux de pneumonie lobulaire se présentent avec tous leurs caractères anatomiques connus. Dans d'autres cas, lorsqu'il existe une phlébite, on trouve dans les poumons une quantité plus ou moins considérable de collections purulentes qui offrent tous les caractères des abcès dits métastatiques , et qui résultent , en effet , d'une infection purulente consécutive à la phlébite (voy. le Compendimn, article Pyohémie). Dans un cas décrit par Craigie [Gazette méd., p. 465; 1843), il existait une gangrène assez étendue du poumon. On a trouvé de la sérosité roussâtre dans les plèvres, des traces de pleurésie aiguë récente.
Appareil digestif. — M. Bougard a constaté une vive rougeur de la muqueuse intestinale dans toule son éteudue; on a trouvé des abcès dits métastatiques dans la rate.
Système nerveux. — On a rencontré assez fréquemment une réplétion considérable des veines , àes méninges et du cerveau , une quantité notable de sérosité claire ou sanguinolente dans les ventricules latéraux et dans le canal rachidien. Eck a trouvé un petit abcès métastatique de la dimension d'une pièce de 1 franc à la base du lobe postérieur.
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Symptômes. — A l'exception des lésions des fosses nasales , on observe, dans le farcin aigu , tous les phénomènes morbides qui caractérisent la morve aiguë ; nous serons par conséquent très-brefs dans notre description, et nous n'insisterons que sur les détails auxquels se rattachent quelques considérations particulières.
Lorsque la maladie est produite par inoculation, la blessure par laquelle a été introduite la matière virulente ne se cicatrise ordinairement pas ; elle fournit un pus de mauvaise qualité, des pustules se développent autour d'elle, ses bords se renversent, et bientôt elle se transforme en un ulcère blafard ; les vaisseaux lymphatiques qui se distribuent à la partie lésée s'enflamment , forment des cordes rouges , tendues, douloureuses, dures, noueuses; les ganglions voisins se tuméfient et deviennent douloureux; on observe, en un mot , tous les symptômes de l'angioleucite. Quelquefois ce sont les veines qui s'enflamment isolément ou en même temps que les vaisseaux lymphatiques ; enfin on peut ne rencontrer qu'une tuméfaction plus ou moins considérable , ayant les caractères d'un érysipèle ou d'un phlegmon diffus. Dans quelques cas rares, on a vu ces symptômes locaux se manifester quoique la plaie d'insertion se fût rapidement et solidement cicatrisée.
Lorsque la maladie est le résultat d'une infection , elle débute par des phénomènes généraux qui , dans le cas précédent , ne se montrent que trois ou quatre jours après les désordres locaux, et quelquefois même beaucoup plus tard.
Les phénomènes généraux prodromiques ne diffèrent en rien de ceux de la morve aiguë; ils sont bientôt suivis de douleurs arthritiques et musculaires t et de la formation à 'abcès dont le nombre est ordinairement très-considérable. Les douleurs pleurodyniques paraissent être plus fréquentes que dans la morve.
On n'a observé que rarement le développement d'une inflammation érysipélateuse, et celle-ci, lorsqu'elle existe , occupe de préférence les membres et le tronc.
Les abcès "se développent quelquefois dans des points envahis par une inflammation phlegmoneuse ou érysipélateuse ; mais, plus fréquemment, le pus se forme rapidement au centre de petites tumeurs molles, pâteuses, peu saillantes, sans changement de couleur à la peau , indolentes même à la pression. Lorsqu'un abcès a été ouvert, la plaie ne se cicatrise que rarement; elle reste fistuleuse ou se transforme en un ulcère de mauvais caractère.
La peau se couvre d'une éruption semblable à celle de la morve aiguë (pustules, phlyctènes, bulles), et présente en outre des boutons d'un caractère particulier, qui ont été comparés aux boutons
farcineux du cheval; ils sont constitués par une élevure saillante entourée d'une auréole rouge, et ressemblent à un furoncle commençant, à une plaque d'urticaire ou d'erythema nodosum; ils se transforment rapidement en une petite collection purulente ou en une ulcération. Le nombre de ces boutons varie; il peut être très-considérable : on en a rencontré , chez un même malade , sur les paupières , le nez, les lèvres, la poitrine, dans les aisselles, sur les bras, les avant-bras , la face dorsale des mains , les aines , les cuisses, les mollets , les jarrets , la face supérieure des pieds , le prépuce et le gland.
On a cité quelques faits de farcin aigu sans aucune éruption (Rayer, loc. cit., p. 155, 157, 158; Imbert- Gourbeyre, Gazette des hôpitaux, n° du 19 décembre 1843); mais le diagnostic ne présente peut être point, dans ces cas, toute la certitude désirable. Enfin, dans un cas rapporté par M. Tavignot ( Observation de farcin aigu, in Bulletin de la Société anatomique, p. 170, 18e année), une éruption de vésicules miiiaires se montra sur différents points du corps.
Des eschares gangreneuses se développent de la même manière que dans la morve aiguë ; mais elles sont plus rares sur la face, puisque celle-ci est moins souvent le siège d'un érysipèle.
On observe fréquemment des ulcérations cutanées qui succèdent ordinairement à la chute d'une eschare, à la rupture d'une pustule , d'une bulle , d'une phlyctèue, mais qui peuvent aussi se former d'emblée ou à la suite de l'ouverture spontanée ou artificielle d'un abcès. Vogeli raconte qu'un malade éprouvait depuis vingt-quatre heures sur la joue gauche un violent prurit que rien ne pouvait expliquer, lorsque tout à coup se montra une légère saillie rouge qui, au bout de trois heures, avait abcédé et était devenue «un ulcère hideux, saignant, à bords renversés et baveux, hérissé sur toute sa surface , large comme une pièce de cinquante centimes , de petits bouts de fibres musculaires corrodées» (Rayer, loc. cit., p. 125).
Les stomatites et les angines farcineuses ne diffèrent point de celles qui accompagnent la morve aiguë.
Il n'existe aucune lésion du côté des fosses nasales. Cependant, dans le cas rapporté par M. Tavignot il a existé, non un véritable j étage, mais un léger suintement par les narines.
Les troubles de la respiration et de la circulation n'offrent rien de particulier (voy. Morve aiguë).
Innervation. — Il est assez rare d'observer de la stupeur et de la prostration au début ; en général , la céphalalgie est plus intense, plus opiniâtre que dans la morve aiguë; le délire se manifeste dès les premiers jours, il est agité, loquace, violent, souvent furieux , intermittent ou quelquefois continu ; ce
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n'est que vers la fia qu'il est remplacé par le coma.
Marche,, durée. — Nous ne pourrions que répéter ici ce que nous avons dit de la marche de la morve aiguë, en ajoutant toutefois que les phénomènes du farcin se succèdent moins rapidement , et que. en général , la durée de la maladie est plus longue. Huit observations complètes de farcin aigu simple nous ont fourni à cet égard les chiffres suivants : la plus longue durée a été de 45 jours, la plus courte de 1 5 jours; entre ces deux points extrêmes on trouve 30, 23, 19, 18 et 17 jours.
Terminaison. — Hertwig, Lorin, Eck ( voyez Rayer, loc. cit., p. 127-155-157-160), ont rapporté quatre ou cinq exemples de farcin aigu terminé par la guérison; mais ces faits ne présentent pas toute la certitude désirable quant au diagnostic, et jusqu'à ce que des observations plus complètes aient été produites , on sera en droit de regarder la mort comme la terminaison inévitable du farcin aigu.
La terminaison funeste peut être due à la maladie elle-même , et , dans ce cas , les lésions du poumon , de l'encéphale, l'abondance de la suppuration, l'expliquent suffisamment ; dans d'autres cas, la mort est le résultat d'une véritable infection purulente, par phlébite ou par lymphangite, laquelle n'offre de particulier que la cause morbide et spécifique qui a donné lieu à la phlegmasie génératrice du pus (voyez Ptohémie ).
Diagnostic , pronostic. — Le farcin aigu, avec éruption pustuleuse , ne pourrait être confondu qu'avec la morve aiguë , car nous avons montré que cette éruption appartient exclusivement à l'affection morveuse. Dans ce cas , l'absence de lésions du côté des fosses nasales est le seul signe qui puisse éclairer le diagnostic ; mais comme ces lésions , dans la morve aiguë, ne se montrent que très-tard, vers les derniers jours de la maladie, comme elles sont souvent difficiles à apprécier , il en résulte que la distinction n'est pas toujours facile , et que dans certains cas ce n'est qu'à l'autopsie que l'on reconnaît si l'on a eu affaire au farcin aigu ou à la morve aiguë.
En admettant que le farcin aigu ne soit pas toujours accompagné d'une éruption pustuleuse , le diagnostic différentiel, dans les cas de ce genre, ne différerait point de celui du farcin chronique , et nous l'exposerons plus loin.
Ce que nous avons dit à propos de la terminaison du farcin aigu montre suffisamment toute la gravité du pronostic: les exemples douteux de guérisons que nous avons cités appartiennent tous à des farcins sans éruption pustuleuse; dans le cas par conséquent où celle-ci ne se montrerait pas chez un sujet affecté d'un farcin aigu bien constaté par des expériences d'inoculation , on pourrait concevoir quelque espérance.
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b. Farcin chronique.
Il semble exister entre les deux formes de l'affection morveuse un rapport inverse assez remarquable : ainsi, tandis que la science possède de nombreux exemples de morve aiguë, et à peine trois ou quatre faits de morve chronique , on ne compte qu'un trèspetit nombre d'observations de farcin aigu , tandis qu'il en existe un nombre considérable de farcin chronique.
Il faut remarquer cependant que ces dernières n'ont point toutes la même valeur : M. Rayer , en 1837 , ne trouva pour établir l'existence du farcin chronique que sept observations rapportées par MM. Hertwig, Numan , Gras et Vogeli , et il eut soin de dire que «comme dans aucun de ces faits on n'avait cherché à déterminer la nature de la maladie en inoculant le pus produit aux narines d'un cheval ou d'un âne , pour s'assurer s'il donnerait lieu au développement de la morve ou du farcin , il en résultait que la nature farcineuse de ces faits était contestable, et que ceux-ci ne pouvaient, en réalité, être distingués des piqûres anatomiques ordinaires ou des angioleucites qu'elles produisent » ( Rayer , loc. cit., p. 226-227). Depuis , les auteurs n'ont pas imité la sage réserve de M. Rayer ; et dans sa thèse , d'ailleurs fort remarquable, M. Tardieu a enregistré, sans réserve aucune, sous le nom de farcin chronique, non-seulement les faits présentés comme douteux par M. Rayer, mais encore plusieurs autres observations qui ne sont pas plus concluantes. Nous ne suivrons pas cet exemple , et la description qui va suivre sera principalement basée sur les faits dans lesquels des expériences d'inoculation ont démontré la nature farcineuse de la maladie ( Letenneur , Cas de farcin chronique chez l'homme; in l'Expérience, 1840, p. 292. — Frémy, Observation de farcin chronique; in Gazette des hôpitaux, n° du 31 décembre 1 842); parmi les autres nous n'accepterons que ceux qui réuniront la plus grande somme de probabilités (Lhommeau et Rocher, Farcin chronique terminé par la morue aiguë ; in Gazette des hôpitaux , n° du 13 novembre 1841. — Deville , Farcin chronique chez l'homme, suivi de morve aiguë; in Revue médicale, n° d'avril 1 841 . — Monneret, Observation de farcin chronique; in Journal de médecine, 1843, t. i, p. 17).
Altérations anatomiques. — Peau. — La peau ne présente aucune altération , si ce n'est des ulcères que nous indiquerons à propos des symptômes.
Tissu cellulaire et muscles. — Au niveau des points qui , pendant la maladie , ont été le siège de douleurs, d'une induration plus ou moins considérable , autour des articulations , le tissu cellulaire est quelquefois infiltré d'une sérosité gélatineuse, ou
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même de pus. En différents points du corps, on trouve, soit dans le tissu cellulaire superficiel ou profond, au-dessus et au-dessous des aponévroses, soit dans le tissu musculaire lui-même , des foyers semblables à ceux que nous avons déjà décrits, avec cette différence toutefois que , dans le farcin chronique , leurs parois sont assez souvent revêtues d'une membrane tantôt récente et très-mince, tantôt très-distincte, épaisse, et de formation évidemment ancienne.
Système osseux. — Les altérations des os sont plus fréquentes dans le farcin chronique que dans les autres formes de l'affection morveuse. Au niveau des abcès , des plaies fistuleuses consécutives à l'ouverture spontanée ou artificielle des collections purulentes, le périoste se confond souvent, par sa face externe , avec le tissu cellulaire qui le recouvre ; il est injecté , tuméfié , décollé par du pus placé entre lui et l'os ; d'autres fois le périoste est complètement détruit. «Les surfaces osseuses, ainsi dépouillées de leur enveloppe, sont rugueuses : elles présentent des érosions plus ou moins étendues; on reconnaît à la coupe une vascularisation exagérée , comme des membranes et des ecchymoses dans le tissu osseux; puis elles deviennent noires, et s'exfolient ; d'autres fois elles se hérissent de petites éminences épaisses , de véritables ostéophytes , qui paraissent dépendre du surcroît de vitalité dont elles sont le siège , et qui caractérisent l'ostéite. La substance spongieuse des os est ramollie, infiltrée de sang, de pus, envahie par la carie. Cette altération , très-marquée sur les os plats , peut aller jusqu'à la perforation» (Tardieu, thèse citée, p. 135). Dans le cas rapporté par M. Deville (loc. cit. ),on a constaté les altérations suivantes : le péricrâne se laissait très-facilement détacher de la surface osseuse : il présentait à sa face interne une large érosion correspondant à des points ecchymoses du tissu cellulaire sous-cutané de la région frontale. Dans la région sincipitale droite, en arrière et en dedans de la bosse pariétale , l'os était érodé en plusieurs points : ainsi , on remarquait trois érosions de 3 à 4 lignes de diamètre, et dix à douze érosions de la dimension d'une tête d'épingle. Dans ce point, l'os était marbré d'une teinte rougeàtre et comme ecchymose , et les trois grandes érosions comprenaient toute l'épaisseur de l'os ; dans d'autres points , les parties osseuses étaient seulement criblées de trous, de telle sorte qu'on pouvait, avec une épingle, pénétrer jusqu'à la dure-mère. A l'intérieur, les os étaient également érodés dans une grande étendue, et la matière osseuse détruite était remplacée par une substance analogue à de la matière tuberculeuse ; la table interne était piquetée de rouge et infiltrée de pus.
L'appareil circulatoire ne présente aucune altération particulière; quelquefois, dit M. Tardieu , il
existe une phlébite circonscrite , adhésive , au voisisinage des ulcères et des abcès des membres.
Système lymphatique. — Les ganglions de l'aisselle et de l'aine sont quelquefois tuméfiés, rougeâtres, ramollis. Nous ne reviendrons pas sur les altérations que l'on observe lorsque la maladie a été contractée par inoculation.
Appareil respiratoire. — Les organes de la respiration présentent quelquefois les lésions que nous avons d'écrites en nous occupant de la morve chronique ; on rencontre des adhérences pleurales récentes, des ecchymoses ou des petites collections purulentes sous-pleurales, de petites plaques d'un jaune mat, dures au toucher, formées par une matière concrète ayant tous les caractères physiques de la fibrine (Tardieu, thèse citée, p. 133); les poumons peuvent être enflammés, et l'on observe alors toutes les altérations qui appartiennent à la pneumonie générale ou tabulaire. Chez le malade observé par M. Letenneur(/oc. cit., p. 295), une gangrène très-superficielle occupait le bord postérieur du poumon gauche, près-de la base , sur une surface d'un demi-pouce ; un vaste épanchement séro-albumineux existait dans la plèvre du même côté.
Le tube digestif présente quelquefois des traces de phlegmasie aiguë ou chronique ; le système nerveux est ordinairement sain.
Symptômes. — Lorsque le farcin chronique a été contracté par inoculation , on peut observer tous les phénomènes morbides locaux que nous avons déjà décrits ( voy. Farcin aigu) ; mais d'autres fois, les désordres locaux sont nuls ou très- légers, et la maladie débute comme si elle eût été contractée par infection.
Quelquefois, dans le farcin inoculé, la maladie s'annonce par des symptômes aigus : de la fièvre , de la céphalalgie, des nausées, des vomissements, du délire; mais le plus ordinairement , et toujours quand la maladie est le résultat d'une infection, les prodromes sont légers et caractérisés par de l'anorexie , une céphalalgie intermittente , de la diarrhée , une grande faiblesse. Dans un cas rapporté par MM. Lhommeau et Rocher (Ga se lie des hôpitaux, n° du 13 novembre 1841 ) , la maladie a débuté par une fièvre intermittente tierce , qui céda au sulfate de quinine. Ce fait doit être rapproché de celui qu'a cité M. Marchant (voy. Morve aiguë).
1° Douleurs arthritiques et musculaires. — Elles ont été observées dans tous les cas de farcin chronique , et sont bien décrites par M. Tardieu. «Les doureurs , dit ce médecin , doivent être divisées en prodromiques et en symptomaliques , ou, pour parler plus justement, en celles qui font partie des symptômes d'invasion , et celles qui surviennent dans le cours de la maladie. »
«Les douleurs prodromiques sont ordinairement
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générales : c'est un sentiment de brisement de tout ie corps avec des éclairs de douleurs qui traversent les muscles du tronc , et principalement du dos et des lombes. Les mouvements des membres sont roides et pénibles, et les grandes articulations sont le siège de douleurs sourdes et continues qui s'exaspèrent sous l'influence de l'exercice; ou bien, enfin, c'est une sorte de crampe qui occupe les mollets ou les avant-bras, et revient par intervalles. Quel que soit leur siège , ces douleurs sont quelquefois extrêmement violentes ; elles se déplacent facilement , et ne sont accompagnées ni de rougeur ni de gonflement à la peau ; dans quelques cas , elles simulent une véritable sciatique.
«Souvent, les douleurs qui ont annoncé l'invasion de la maladie deviennent moins vives à une période plus avancée; elles peuvent disparaître tout à fait, mais le plus ordinairement elles se font encore sentir de temps à autre » (Tardieu, thèse citée, p. 80, 81).
MM. Lhommeau et Rocher ont vu ces douleurs occuper, entre autres parties , l'extrémité slernale de la clavicule droite, et chez leur malade elles devenaient beaucoup plus violentes pendant la nuit.
Les douleurs symptomatiques se font sentir soit au niveau des articulations, soit dans un point quelconque de la continuité des membres ou du tronc; mais, dans tous les cas, elles sont circonscrites et exactement limitées.
Les douleurs arthritiques occupent de préférence les genoux ; cependant on les a observées dans les articulations huméro - cubitales , radio - carpiennes , tibio-tarsiennes , etc. ; elles sont quelquefois accompagnées de gonflement et de rougeur ; mais le plus ordinairement les articulations paraissent être dans l'état sain ; et en effet , «dans aucun cas , il n'a été permis de rattacher ces douleurs à une lésion propre des cavités articulaires» ( Tardieu ) ; elles sont exaspérées par les mouvements et quelquefois par la pression; elles peuvent acquérir une violence extrême et arracher des cris aux malades, quelles privent complètement de repos et de sommeil (Letenneur, loc. cit. ).
Les douleurs musculaires occupent , dans la majorité des cas , les muscles des cuisses , des mollets , les bras, les épaules; assez fréquemment elles se font sentir dans les muscles du cou , de la poitrine , dans les hypochondres , dans les fosses iliaques : tantôt ces douleurs sont accompagnées de gonflement, de rougeur, des phénomènes locaux d'une inflammation phlegmoneuse ; tantôt, au contraire, ces parties ne présentent pas d'autres phénomènesmorbides que la douleur dont elles sont le siège.
2° Tumeurs, abcès. — En différents points, du corps , mais principalement sur les membres, se montrent des tumeurs dont les caractères et le développe-
ment présentent plusieurs variétés ; nous allons les décrire avec soin.
Tumeurs indurées non fluctuantes. — Les tumeurs de cette nature ont été observées et décrites par l'un de nous ; elles sont constituées plutôt par un empâtement , par une induration des tissus , que par une tumeur circonscrite ; elles se forment lentement , gênent les mouvements des membres , et déterminent des douleurs très-violentes. L'induration se confond, sans limites exactes, avec les parties voisines ; aucune fluctuation ne se fait sentir, à aucune époque de la maladie; la peau n'est point rouge ; la tuméfaction et la gêne des mouvements sont les seuls signes qui indiquent l'altération. Ces tumeurs , après avoir persisté pendant quelque temps, deviennent le siège d'un travail de résorption ; mais celui-ci ne s'opère que trèslentement , et ce n'est qu'au bout de trois ou quatre mois que la résolution est complète. Quelquefois des douleurs vives continuent à se faire sentir dans les parties qui ont été le siège de ces tumeurs (Monneret, Journal de médecine, 1. 1 , p. 19).
Tumeurs fluctuantes. - — Les tumeurs de cette espèce se forment de deux manières très- différentes : tantôt elles se présentent avec tous les caractères du phlegmon, et suivent la marche ordinaire de celui-ci ; tantôt elles se forment à la manière des abcès froids, et ne sont accompagnées ni de douleurs , ni de rougeur, ni de chaleur ; elles s'établissent sans signes locaux , et « la saillie qu'elles forment sous la peau avertit seule le malade de leur existence» (Gibert ).
Les tumeurs inflammatoires, phlegmoneuses, sont souvent profondes, sous-aponévrotiques ; elles donnent lieu à des douleurs très-vives : on les voit fréquemment s'ouvrir spontanément au bout d'un temps assez court.
Les tumeurs non phlegmoneuses se forment ordinairement dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans les plans musculaires superficiels; elles se développent quelquefois avec une rapidité extrême, en quelques heures, comme d'emblée, sans phénomènes précurseurs , et sont fluctuantes dès le début ; mais la fluctuation qu'elles présentent est obscure, pâteuse. Les tumeurs peuvent persister pendant trois , quatre, six et même dix mois sans s'abeéder; quelquefois la peau qui les recouvre prend, au bout d'un certain temps , une couleur purpurine , blanchâtre , violacée : elles sont rarement douloureuses.
Dans presque tGus les cas de farcin chronique on a vu des tumeurs, phlegmoneuses ou non , ayant acquis un certain volume, disparaître en très-peu de temps, en quelques jours, en quelques heures , tandis que d'autres tumeurs se montraient sur un point plus ou moins éloigné. MM. Deville et Tardieu (th. citée, j p. 73) semblent considérer ce phénomène comme une métastase. Nous ne saurions adopter cette ma-
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nière de voir : pendant qu'une absorption très-énergique fait rapidement disparaître une tumeur, une autre collection se forme brusquement dans un autre lieu ; il n'existe entre les deux phénomènes qu'une simple coïncidence. Cette explication nous paraît être beaucoup plus physiologique et plus saine que celle qui invoque la métastase , et elle est d'ailleurs justifiée par l'observation , puisque M. Letenneur a vu la même tumeur disparaître et reparaître brusquement à plusieurs reprises.
Les tumeurs se montrent de préférence sur les membres , et surtout sur les membres inférieurs ; elles sont fréquemment rapprochées des articulations : quand elles se développent dans les masses musculaires, c'est plus souvent dans le sens de la flexion que dans celui de l'extension ; ces propositions souffrent néanmoins d'assez nombreuses exceptions, et l'on a observé des tumeurs sur le tronc , le front , la région temporale , etc. (Tardieu).
Dans plusieurs cas , la première tumeur s'est montrée dans un point qui venait de subir une violence extérieure , à la suite d'un coup , d'une chute, etc.
Le volume des tumeurs varie entre celui d'une noisette et celui d'un œuf de poule ( Lhommeau et Rocher, Monneret) ou du poing (Lesueur); quelquefois même il est plus considérable encore. M. Letenneur a vu une tumeur qui occupait le triceps fémoral , et dont le diamètre était de 5 pouces.
Le nombre des tumeurs varie singulièrement. Il est ordinaire , dit M. Tardieu , de trouver quatre , cinq ou six abcès à la fois ; mais si on les compte successivement à mesure qu'ils se développent, et pendant toute la durée de la maladie , on peut en voir jusqu'à quinze ou seize.
Matière collectée. — Lorsque des tumeurs se sont ouvertes spontanément , ou qu'elles ont été incisées , elles donnent issue à un liquide dont la nature varie. Les tumeurs phlegmoneuses laissent ordinairement écouler un pus lié , épais , jaunâtre , en un mot, un pus louable ; les autres contiennent , au contraire, un pus ténu , grisâtre , visqueux , filant, semblable à du lait caillé ( Lhommeau et Rocher ) , quelquefois fétide ; souvent c'est un mélange de pus et de sang, un liquide semblable à celui qui s'écoule d'un poumon hépatisé en rouge ( Monneret ) ; enfin , on a vu des tumeurs ne contenir que du sang pur, sans aucun mélange de pus. M. Lhommeau ( l'Expérience, p. 119;1840)avu une tumeur farcineuse qui occupait la partie inférieure du mollet , et qui ne contenait que du sang très-fluide , peu coloré , et quelques caillots. M. Deville ayant ouvert une tumeur volumineuse siégeant à la partie externe et moyenne de la cuisse droite , il s'en écoula 3 palettes d'un sang d'abord vermeil , puis livide , épais , de consistance sirupeuse , et mêlé de quelques caillots. «Je ne fus
pas sans éprouver une certaine frayeur, dit M. Deville , en voyant la grande quantité de sang qui s'échappait comme d'une grosse veine largement ouverte, et ma première pensée fut que je venais de pénétrer dans un sac anévrysmal , bien que la veille, et au moment même de l'opération , je m'étais assuré, par l'examen le plus attentif, que la tumeur que j'allais ouvrir était tout à fait exempte de pulsations, et qu'elle ne présentait aucun des caractères des anévrysmés. » L'écoulement sanguin ayant cessé lorsque la tumeur se fut à peu près vidée , une espèce de tamponnement fut pratiquée avec de la charpie ; mais celle-ci ayant été enlevée au bout de quelques heures, il s'écoula de nouveau deux cuillerées de sang veineux, «et il eût été facile d'en faire sortir une plus grande quantité en pressant la tumeur de bas en haut.» Cependant l'écoulement sanguin ne se renouvela plus. Plus tard , M. Breschet , ayant pratiqué sur la tumeur une incision de 8 pouces de long, on trouva une vaste poche tapissée par une fausse membrane assez épaisse , mamelonnée , grisâtre , sans apparence de vaisseaux (Deville , loc. cit., p. 42 , 44). En effet, rien, soit pendant la vie, soit après la mort , ne différencie les tumeurs sanguines farcineuses des tumeurs purulentes.
Fistules, ulcérations. — Dans quelques cas rares, les solutions de continuité qui résultent de l'ouverture spontanée ou artificielle de tumeurs se cicatrisent assez rapidement ; mais le plus ordinairement les plaies restent fistuleuses , et fournissent un pus de mauvaise nature.
Malgré des pansements méthodiques , exacts , des cautérisations avec divers caustiques (Monneret), en un mot , malgré le traitement le mieux dirigé , les fistules persistent quelquefois pendant un temps fort long, et ne se ferment qu'au bout de trois, quatre , ou huit mois (Monneret); les bords sont décollés, irréguliers , inégaux , amincis.
Souvent, lorsqu'un abcès a été ouvert, les bords se renversent, la peau se décolle , se détruit, et il se forme un véritable abcès.
Les ulcères farcineux se montrent surtout aux environs ou au niveau des articulations ; tantôt ils sont livides , baignés d'un pus sanieux , tenace et visqueux , qui se concrète en croûtes épaisses ; tantôt ils sont rouges , saignants et très-douloureux. Les bords sont saillants , calleux , épais , noirâtres , arides , lardacés (Tardieu), indurés, semblables aux bords des ulcères vénériens (Monneret); ou bien , au contraire, ils sont minces, et saignent au moindre attouchement.
«Les ulcères farcineux, dit M. Tardieu, ont rarement de la tendance à s'agrandir, mais ils en ont encore moins à se cicatriser, et ils sont toujours trèsrebelles. »