MÛR
MOR
3° Peau. — Lorsque la maladie a duré un certain temps, la peau est jaune, terreuse, sèche, bien que souvent des sueurs abondantes aient lieu-, mais elle ne présente d'ailleurs aucune altération , on n'observe pas la moindre trace d'éruption. Dans le cas rapporté par l'un de nous , il a existé cependant des altérations cutanées qui méritent d'être signalées. Au treizième jour de la maladie , on vit apparaître, sur le cou-de-pied et sur la face dorsale des trois derniers orteils du pied gauche, des pustules remplies d'une matière purulente; l'épiderme soulevé ne tarda pas à se rompre, et le derme fut mis à nu; les petites ulcérations qui en résultèrent se cicatrisèrent au bout de quelques jours, mais Tune d'elles ne fut guérie qu'au bout de quinze jours. Vers le neuvième mois de la maladie , après une sortie qu'on avait permis au malade défaire, il survint de l'oedème aux jambes, et le lendemain (6 juillet 1S41), un érysipèle se montra au bras gauche , autour de la plaie fistuleuse d'un abcès ; en même temps parut, sur tout le corps, une éruption de petites vésicules miliaires entourées d'une auréole rouge ; bientôt l'érysipèle s'étendit à l'aisselle , à l'épaule , mais il disparut au bout de sept jours. Le 16 juillet, de nouvelles vésicules se développèrent sur le genou, et le lendemain unérysipèle reparut sur le membre supérieur gauche (Monneret, loc. cit., p. 18-20).
M. Tardieu ( thèse citée , p. 85 ) pense que ces phénomènes morbides doivent être considérés comme de véritables complications dues à l'usage prolongé qu'avait fait le malade des préparations d'iode; mais nous ferons observer à M. Tardieu que les pustules se sont montrées avant l'administration de toute préparation d'iode, et que des vésicules miliaires ont occupé différents points du corps chez un malade qui était atteint de farcin aigu, et auquel on n'avait point administré d'iode (Tavignot). Cette observation et ce rapprochement doivent faire accorder aux lésions cutanées que nous avons décrites plus d'importance que ne le pense M. Tardieu.
4° Bouche et fosses nasales. — Il n'existe aucune lésion du côté de la cavité buccale et des fosses nasales : cependant le malade observé par l'un de nous a présenté pendant deux ou trois jours, et peu de temps avant sa guérison, un écoulement abondant d'une humeur limpide par les narines. Ce phénomène, auquel nous ne voulons attacher aucune importance , doit cependant être rapproché du léger suintement nasal qu'a présenté le malade atteint de farcin aigu observé par M. Tavignot.
5° Respiration. — La respiration est quelquefois gênée, fréquente, laborieuse ; il existe une toux sèche , ou accompagnée d'une expectoration dont les caractères sont variables : ces phénomènes , ainsi que les signes que fournissent l'auscultation et la per-
cussion, sont en rapport avec les lésions que présentent les organes respiratoires [pleurésie, pneumonie, bronchite), et n'offrent rien qui soit particulier au farcin chronique.
6° Circulation. — La fièvre n'est jamais trèsviolente ; le pouls est à 80 , 90, ou 1 00 pulsations; quelquefois même la fièvre ne survient que vers la fin de la maladie, et se présente d'emblée avec les caractères de la fièvre hectique. Tantôt elle est continue avec des exacerbations vers le soir, tantôt elle est irrégulière, accompaguée de frissons vagues, de sueurs abondantes.
Quelquefois on observe , aux environs d'un abcès ou d'un ulcère, les symptômes d'une phlébite superficielle, circonscrite, adhésive (Lhommeau et Rocher).
Chez le sujet observé par l'un de nous , plusieurs épistaxis eurent lieu pendant le cours de la maladie.
7° Digestion. — L'appétit est conservé , diminué ou augmenté ; on observe quelquefois, au début, des nausées ou des vomissements ; mais le plus ordinairement ce n'est que lorsque la maladie a duré déjà longtemps que les fonctions digestives se troublent. Du dévoiement se montre à des intervalles inégaux; vers la fin , il devient continu, et le malade a chaque jour cinq ou six selles glaireuses, verdâtres, fétides; enfin , la diarrhée devient colliquative aux approches de la mort.
8° Jppareil génito-urinaire. — Chez le malade observé par l'un de nous , les urines étaient pâles , acides , quelquefois neutres ; et par moments , à des intervalles irréguliers , sans qu'on ait pu découvrir la cause de ces variations , elles laissaient précipiter, sous l'influence de la chaleur, de petits flocons blancs tout à fait semblables à de l'albumine concrète, mais formés non ^d& probablement, comme le dit M. Tardieu ( thèse citée, p. 37) , mais très-certainement par du carbonate de chaux.
Cette particularité n'est peut-être pas aussi indifférente que le pense M. Tardieu : nous avons observé des urines chargées de carbonate de chaux chez plusieurs malades qui portaient des collections purulentes non ouvertes, et peut-être était-ce du carbonate de chaux que M. F. d'Arcet , qui ne s'explique pas suffisamment à cet égard , a rencontré dans les urines de plusieurs individus atteints d'infection purulente, et chez lesquels des abcès s'étaient formés (F. d'Arcet}, Recherches sur les abcès multiples , etc. ; thèse de Paris, 1842, p. 42-47).
9° Innervation. — La céphalalgie est rare; cependant, dans le cas observé par MM. Lhommeau et Rocher, il existait une douleur frontale intense et rebelle. Les facultés intellectuelles restent intactes ; tout au plus observe-t-on, quelquefois, un délire léger, vague, dans les derniers moments. Les malades sont
MOR — 130
souvent tourmentés par une insomnie complète, rebelle ; s'ils goûtent quelques moments de sommeil , celui-ci est agité et trouolé par des rêvasseries pénibles ou des rêves effrayants.
La motililé et la sensibilité sont affaiblies; quelquefois les malades éprouvent des picotements, des engourdissements dans le:; membres.
Indépendamment des frissons généraux qui accompagnent les abcès fébriies , on observe quelquefois des frissons partiels qui se font sentir le long du racbis (Lhommeau et Rocher). Le malade observé par M. Letenneur éprouva un frisson qui occupa successivement le bras gauche , le cou , le bras droit et la poitrine.
Marche, durée. — La marche du farci n chronique est insidieuse, lente, irrégulière. "'Lorsque la maladie débute d'une manière aiguë , la période d'invasion dure de quelques jours à deux ou trois septénaires; dans le cas contraire, cette période peut se prolonger pendant plusieurs mois ; le malade n'éprouve que des douleurs vagues , erratiques , de l'anorexie , de la faiblesse , de la fièvre revenant par accès réguliers ou irréguliers.
«Quelle qu'ait été l'origine du farci n , et de quelque façon qu'il ait débuté , disent MM. A. Bérard et Denonvilliers, la période d'invasion a pour terme dernier et invariable l'apparition des abcès» : or, nous avons dit que c'est quelquefois une cause externe qui détermine le développement du premier abcès farcineux.
Des abcès se forment simultanément et successivement , lentement ou avec rapidité, avec ou sans phénomènes de réaction générale; mais ils n'exercent pas une grande influence sur la santé, soit qu'ils se cicatrisent, ou qu'ils restent fîstuleux après leur ouverture. Les diverses fonctions sont à peine troublées; l'appétit est conservé ; la digestion s'accomplit d'une manière satisfaisante; quelquefois, les plaies s'étant fermées , le malade paraît être complètement guéri , et ce n'est qu'au bout de quinze jours, trois semaines, un mois ou même davantage, que de nouvelles tumeurs apparaissent. Plusieurs rémissions de ce genre peuvent se montrer dans le cours de la maladie. Ce n'est qu'au bout d'un temps assez long , qui varie entre trois et quinze mois , et qui peut s'étendre jusqu'à trois ans ; ce n'est que lorsque de nombreux abcès se sont formés , qu'une abondante suppuration a Heu par les orifices fistuleux ou à la surface des ulcères : ce n'est qu'alors que la maladie prend enfin une marche lente , mais régulièrement progressive. Les malades maigrissent : il survient de la diarrhée, une fièvre continue avec exacerbation vers le soir, et sueurs nocturnes; la respiration s'embarrasse; l'intelligence se trouble, s'affaiblit, et le malade finit par succomber dans le marasme.
MOR
Terminaisons. — Le farcin chronique peut-il se terminer par la guérison? Nous répondrons par l'affirmative, mais non , cependant, sans quelque hésitation. Le malade observé par l'un de nous a guéri, et il est difficile de ne point considérer la maladie dont il a été atteint comme un farcin chronique; on serait fort embarrassé de donner un autre nom à cette affection , et de la classer dans les cadres noso logiques; cependant, l'inoculation pratiquée avec du pus recueilli dans l'un des abcès que portait le malade n'a point produit le développement delà morve ou du farcin chez le cheval qui fut soumis à l'opération, et , bien que ce résultat négatif n'ait point une valeur absolue, nous ne pouvons nous empêcher d'en tenir compte , surtout en considérant que la mort a été la terminaison constante, toutes les fois que la nature morveuse de la maladie a été démontrée par les résultats de l'inoculation.
M. Tardieu (thèse citée, p. 93) pense que l'auteur de l'observation ( M. Monneret ) n'a pas été assez réservé dans son pronostic final, et que la guérison n'était peut-être pas solide; à cet égard, nous pouvons rassurer M. Tardieu. Aujourd'hui, c'est-à-dire au bout de deux ans , la guérison ne s'est point démentie. Mais comment M. Tardieu , si rigoureux sur ce point, a-t-il pu dire que ce fait avait été présenté à tort comme le premier exemple d'une guérison de farcin chronique , et comment a-t-il pu, pour justifier son dire , citer comme des exemples de terminaison heureuse trois faits rapportés par Hertwig , Alexander et Tarozzi? M. Tardieu a donc oublié que son maître, M. Rayer, considère ces faits comme fort douteux, et qu'il est en effet impossible de se prononcer sur leur véritable nature ? G'est probablement par inadvertance que M. Tardieu a enregistré, comme un quatrième exemple de guérison , un fait rapporté par M. Delaharpe ( Revue médicale , 1841, t. i, p. 232); car, sans parler de l'incertitude qui règne sur la nature de la maladie, nous rappellerons à M. Tardieu que l'observation invoquée par lui se termine par ces mots : «Au moment où le malade quitta l'hospice, il ne restait des tumeurs qu'il avait présentées que quelques durillons sous-cutanés. Quelques mois après, j'appris que ce malade avait succombé dans le marasme» (Delaharpe, loc. cit., p. 234 ). Enfin , comme cinquième et dernier exemple de guérison , M. Tardieu a cité, sans la rapporter, une observation inédite d'un professeur de l'école d'Alfort.
«L'auteur de cette observation, a dit M. Tardieu en parlant de l'un de nous, s'est montré peu au courant de la science en donnant ce fait avec tant d'insistance pour le seul exemple de farcin chronique guéri qui existe. » M.Tardieu a eu tort de porter, aussi légèrement, une accusation contre laquelle s'élevaient
MOR
MOR
a priori, des habitudes scientifiques bien connues, et nous venons de montrer, de nouveau, que ce fait est réellement le seul auquel on puisse accorder quelque valeur.
La mort est, dans la presque totalité des cas, le résultat d'une morve aiguë ultime, qui peut se développer à toutes les époques de la durée du farcin chronique, et qui ne présente de particulier que sa marche rapide. Quelquefois la mort est, comme nous l'avons dit, produite parle marasme et la fièvre hectique, qu'amène le farcin lui-même.
«Je dois ajouter, dit M. Tardieu (thèse cit., p. 75), à propos des terminaisons du farcin chronique, qu'il se pourrait encore qu'on vît se développer des accidents aigus distincts de la morve, et appartenant à une diathèse purulente fébrile non spécifique.» Par diathèse purulente, M. Tardieu entend-il une infection purulente résultant d'une phlébite , d'une résorption de pus, ou bien entend-il, comme on est autorisé à le penser, une génération spontanée de pus dans le système circulatoire? M. Tardieu connaît-il une infection purulente apyrétique? Enfin, M. Tardieu admet-il des infections purulentes spécifiques? Sans discuter ici ces différentes questions, nous dirons qu'il faut traduire de la manière suivante la proposition de M. Tardieu.
Dans le farcin, comme dans la morve, comme dans la variole, il existe une altération générale qui détermine, dans certains organes , une inflammation spécifique , laquelle produit du pus ; ce pus peut être introduit dans le torrent circulatoire et donner lieu à une infection purulente consécutive, mais le virus auquel il sert de véhicule ne produit plus ses effets propres chez un individu déjà infecté; ce pus, spécifique lorsqu'il est inoculé à un individu sain, n'agit sur le sujet auquel il appartient que comme pus simple. Il n'existe donc pas d'infection purulente spécifique, et lorsque des individus atteints de l'affection morveuse succombent à une infection purulente, celle-ci est simple et ne diffère de l'infection purulente ordinaire que par la cause spéciale qui a déterminé, médiatement, la formation du pus(L. Fleury, Essai sur l'infection purulente, p. 190, 198; Paris, 1844).
Espèces et variétés. — Indépendamment du farcin chronique proprement dit que nous venons de décrire, M. Tardieu a établi deux variétés dont nous allons reproduire, d'après «et auteur, les principaux caractères. Nous devons toutefois avertir le lecteur que les faits sur lesquels s'appuie M. Tardieu sont peu nombreux et très-incomplets.
1° Angioleucite farcineuse. — Farcin local , angioleucite farcineuse idiopathique . — Cette forme ne se montre que dans le cas de contagion directe, d'inoculation; ordinairement, à la suite d'une écorchure, ou d'une piqûre au doigt ou à la main,
mise en contact avec des matières farci lieuses ou morveuses. Bien que la plaie se cicatrise quelquefois, on voit, au bout de trois ou quatre jours, la main et le bras devenir douloureux et tuméfiés ; en même temps il survient de la fièvre, de la céphalalgie, des nausées et du délire. Le gonflement peut manquer, et des traînées rouges se montrer sur le trajet des lymphatiques du bras; bientôt des abcès se montrent successivement en différents points du membre. Cette angioleucite aiguë peut constituer toute la maladie, mais dans le plus grand nombre des cas le mouvement fébrile tombe, et l'angioleucite revêt le caractère chronique. Quelquefois la maladie est chronique dès son début; presque sans symptômes généraux d'invasion, les ganglions axillaires deviennent douloureux, et des abcès se forment.
Les abcès suivent la même marche que dans le farcin chronique proprement dit, mais ils se montrent de préférence sur le trajet des vaisseaux lymphatiques superficiels ou des veines du membre malade, et, ce qui est caractéristique, pas un seul ne se développe sur une autre partie du corps.
Les symptômes généraux qui accompagnent cet état local peuvent être presque nuls ou consister seulement en un affaiblissement peu considérable; mais, plus ordinairement, on observe quelques-uns des phénomènes qui caractérisent le farcin proprement dit.
La guérison est la terminaison la plus commune.
Cette description est fondée sur cinq observations rapportées par Numan, Vogeli (voy. Rayer, loc. cit., p. 223, 237,243) et Geist.
2° Ulcères farcincux. — La plaie d'inoculation , loin de se cicatriser, se transforme en un ulcère trèsrebelle ; il n'y a ni gonflement du membre ni abcès sur aucune partie du corps , mais l'on observe tous les symptômes généraux qui accompagnent le farcin proprement dit, et les malades succombent par l'effet d'une cachexie croissante. La guérison peut avoir lieu.
M. Tardieu cite à l'appui de cette description un fait observé par lui-même (thèse citée , pag. 98) , un fait appartenant à Vogeli (voyez Rayer, loc. cit. ', p. 244), et une observation insérée dans la Gazette médicale de Berlin (n° 39; 1840).
Diagnostic du farcin chronique. — Tumeurs gommeuses syphilitiques. — Elles sont peu nombreuses , occupent la surface des os , et sont constituées par un soulèvement du périoste; elles sont indolentes , et se transforment souvent en exostoses ; enfin elles sont presque toujours accompagnées d'autres symptômes vénériens, qui ne permettent pas de méconnaître la nature de la maladie.
Abcès scrofuleux. — Les abcès qui résultent du ramollissement de tubercules scrofuleux ne peuvent faire l'objet d'un doute. Les abcès froids de la scro-
MOR
MOR
fuie sont ordinairement produits par une altération des os ou des ganglions ; ils sont peu nombreux , affectent un siège spécial , se développent lentement ; enfin ils sont constamment accompagnés d'autres symptômes de scrofule.
Infection purulente. — Les abcès dits métastatiques occupent de préférence les viscères ; ils sont rares dans les muscles et le tissu cellulaire sous-cutané. L'infection purulente est une affection aiguë , pyrétique, annoncée par des frissons irréguliers, accompagnée dès le début de symptômes généraux très-graves. La mort a lieu, ordinairement, du huitième au douzième jour.
Dans le farcin chronique , les circonstances écologiques viennent ordinairement révéler d'une manière positive la nature de la maladie. Dans les cas où l'on conserverait quelques doutes , il faudrait recourir à des expériences d'inoculation, en se rappelant que, ici comme dans toutes les tentatives de ce genre, l'expérience ne doit être regardée comme décisive que pour l'affirmative.
ht pronostic du farcin chronique est fort grave; nous avons montré que, jusqu'à présent, il n'est guère permis d'espérer la guérison.
G. Morve farcweuse.
La morve aiguë est souvent primitive , reste isolée jusqu'à la fin, et constitue toute la maladie; il n'en est pas de même pour les autres formes de l'affection morveuse.
La morve chronique ne succède jamais à la morve aiguë ; elle peut être primitive , rester isolée , et déterminer la mort par elle-même; mais, ordinairement, elle se termine par le passage à l'état aigu. D'autres fois elle est associée au farcin chronique ; dans les cas de ce genre , la maladie peut conserver le caractère chronique jusqu'à la fin, ou se terminer par le développement du farcin ou de la morve aigus.
Le farcin aigu peut être simple ou associé à la morve aiguë , celle-ci ne se montrant ordinairement que vers les trois ou quatre derniers jours de la maladie.
Le farcin chronique ne succède jamais au farcin aigu: dans la presque totalité des cas , il s'est terminé par une morve aiguë rapidement mortelle.
Nous appelons morve farci neuse la réunion, sur le même individu , des deux formes de l'affection morveuse, et nous nous bornerons aux quelques lignes qui précèdent.
Les différentes associations de la morve et du farcin ne présentent , en effet , rien de particulier ; pendant la vie comme après la mort, on n'observe que la réunion des phénomènes qui appartiennent à chacune des formes qui sont réunies chez le malade.
Causes de l'affection morveuse. — En 1838,
M, Bouley jeune déclarait encore, après de longues discussions académiques, qu'il était plus porté à croire au développement spontané de la morve humaine qu'à la transmissibilité de cette affection du cheval à l'homme (Acad. roy. de méd., séance du 1 6 octobre). En 1839 , M. Tessier considérait la morve et le farcin comme de simples diathèses purulente , gangreneuse ou tuberculeuse ( De la Morve et du farcin considérés sous le point de vue de la nouvelle doctrine médicale, la diathèse purulente, in Becueil de médecine vétérinaire, p. 65; 1839). En 1840 , M. Magendie continuait à soutenir que rien ne prouvait la transmission de la morve du cheval à l'homme , et , dans la même année , MM. Renault et Bouley reproduisaient le thème de M. Tessier (Recueil de médecine vétérinaire, p. 541 ; 1 840 ). Aujourd'hui , tout le monde est obligé de convenir, 1° que l'affection morveuse est une affection spécifique, virulente, tout à fait distincte, chez l'homme , de l'infection purulente ; 2° qu'elle se transmet par inoculation de l'homme au cheval ; 3° que les hommes qui, jusqu'à présent, ont été atteints de l'une des formes de l'affection morveuse ont tous été soumis à l'action de la contagion : dès lors tout le monde est obligé de reconnaître la justesse des paroles suivantes de MM. A. Bérard et Denonvilliers {Compendium de chirurgie pratique, 1. 1, p. 515 ) :
«Bien que l'homme puisse se trouver, et se trouve en effet souvent, dans desconditions analogues à celles qui paraissent détermiuer,chez les chevaux, le développement de l'affection morveuse , cependant il n'existe encore aucun fait qui autorise à penser que ces circonstances suffisent, à elles seules, dans l'espèce humaine pour faire naître la morve ou le farcin. Il faut donc reconnaître , jusqu'à preuve du contraire , que l'affection morveuse partage avec la rage et la pustule maligne la propriété de ne pouvoir se développer spontanément chez l'homme. »
Cependant , toute résistance n'est pas vaincue : oubliant que , dans des questions de contagion , des expériences négatives ne peuvent pas détruire des résultats affirmatifs , MM. Delafond , Bouley jeune , Renault , etc. , admettent , aujourd'hui , la transmissibilité du cheval à l'homme pour les formes aiguës de l'affection morveuse ; mais ils la rejettent encore pour les formes chroniques ( Recueil de médecine vétérinaire, 1839, p. 470); tandis que, d'un autre côté , M. Lavergne refuse à la morve une propriété contagieuse qu'il accorde au farcin.
On a peine à comprendre , en vérité , que de pareilles opinions puissent encore être soutenues en présence des faits nombreux, positifs , péremptoires , qui s'élèvent contre elles. En effet, s'il est impossible d'établir une règle quant aux liens de causes à effets . qui existent entre les différentes formes de l'affee*
MOR
MOR
tion morveuse ; si chaque forme peut se reproduire ou déterminer une forme différente , il ressort cependant clairement des nombreuses observations que possède la science : 1° que les formes aiguës , chez le cheval , donnent souvent lieu au développement des formes chroniques chez l'homme ; 2° que le plus grand nombre des cas de morve et de farcin aigus observés chez l'homme ont été contractés par le contact avec des chevaux atteints de morve ou de farcin chroniques ; 3° enfin , que presque toujours les inoculations faites avec du pus de farciu chronique recueilli chez l'homme ont produit la morve aiguë chez le cheval.
Nous admettrons comme conséquence de tout ce qui précède que l'affection morveuse , chez l'homme , est toujours le résultat de la contagion, et que les formes aiguës et chroniques jouissent également de la propriété de se transmettre par cette voie. Telle est la conclusion à laquelle est arrivé l'auteur d'une thèse tout récemment soutenue sur cette question : La morve est-elle transmissible du cheval à l'homme (Steiner, dissert, inaug. n° 195, 26 août 1844, in-4°; Paris, 1844)?
La contagion s'opère par infection ou par inoculation; elle s'exerce du cheval à l'homme, et de celui-ci à son semblable. Nous l'étudierons dans ces diverses conditions.
A. Infection. — On a pensé que les modificateurs, qui , chez le cheval, sont considérés comme les causes les plus ordinaires du développement spontané de la morve, devaient au moins jouer le rôle, en pathologie humaine, de causes prédisposantes , et favoriser l'action morbifère du contagium; à ce titre, on a énuméréla débilitalion produite par les excès vénériens, par une mauvaise alimentation , par les excès de travail; la dépression nerveuse produite par les émotions morales tristes, par la frayeur; le tempérament lymphatique ; les maladies scrofuleuses et syphilitiques , etc. L'observation n'a jamais permis jusqu'à présent de constater l'influence de ces prétendues causes prédisposantes : sans doute , la contagion de la morve n'est pas absolue , nécessaire ; sans doute , elle s'exerce en vertu d'une aptitude spéciale ; mais rien , dans les circonstances extérieures ou individuelles appréciables, ne permet de déterminer les cas où elle agira , et ceux où elle n'agira pas.
1° Infection du cheval à l'homme. — Le plus grand nombre des faits recueillis se rattachent à ce mode de propagation. Tantôt la maladie ne s'est développée qu'après un contact intime et très-prolongé; par exemple , chez des individus attachés à des infirmeries , et chargés du pansement des chevaux malades ( voy. Lesueur, thèse citée ) , chez des palefreniers , des cochers , des charretiers, ayant l'habitude de coucher dans leur écurie ; tantôt des rapports très-
courts, passagers, ont suffi pour déterminer la transmission de la maladie.
2° Infection de l'homme à l'homme. — Un chirurgien irlandais, Ferau, raconte qu'un fils gagna la morve en soignant son père; Busch parle d'une garde-malade qui contracta la maladie en donnant des soins à un jeune homme atteint de morve ; le docteur Bertrand rapporte l'histoire d'un meunier qui, alité et malade depuis six semaines , n'a pu gagner la morve que de sa femme, qui était atteinte de cette affection , et qui couchait dans la même chambre que lui ( voy. Tardieu , thèse citée , p. 139, 140). Ces faits incomplets , mal établis, n'avaient pas trouvé grand crédit, lorsque M. A. Bérard vint les mettre en honneur, en rapportant l'histoire d'un élève des hôpitaux ayant contracté la morve en donnant des soins à un morveux. «Ce jeune homme, dit M. A. Bérard (Acad. roy. de méd., séance du 16 novembre 1841 ), n'a pas eu d'écorchure au doigt tout le temps qu'il a pansé le malade ; il ne s'est ni coupé , ni piqué à l'autopsie : il a donc contracté la maladie par une infection miasmatique analogue à celle au moyen de laquelle se propagent la variole, la scarlatine, etc.» Mais M. Bérard écrit ailleurs ( Compendium de chirurgie pratique , 1. 1, p. 498) : «Cet élève prit une part très-aclive à l'ouverture du cadavre, et pendant qu'on sciait les fosses nasales , il maintint le crâne immobile en appuyant les mains sur les téguments des tempes et de la face qui étaient le siège de l'éruption gangreneuse de la morve.» Est-il possible de considérer ce fait comme une preuve de la transmission par infection de l'homme à l'homme? Le malheureux élève ne s'était ni piqué ni coupé pendant l'autopsie; mais il avait pris une part irès-active à cette autopsie : il avait appuyé ses mains sur des pustules gangreneuses. Or, dans des circonstances semblables , l'inoculation ne peut-elle pas s'opérer au moyen d'une petite écorchure , d'une dénudation très-minime , souvent ignorée du sujet? L'élève est soumis à l'action de l'agent infectieux pendant quatre mois, et cependant ce n'est que le lendemain de l'autopsie que la maladie fait explosion.
Dans l'état actuel des choses , nous pensons que la transmission par infection de l'homme à l'homme n'est pas démontrée , et que de nouveaux faits sont nécessaires pour la faire admettre.
Incubation. — 11 est impossible de rien établir de positif à cet égard : M. Tardieu pense qu'en général l'incubation est de quinze jours à trois mois pour le farcin, et qu'elle peut durer plusieurs années pour la morve. Ces propositions ne reposent point sur des bases assez solides pour qu'il soit possible de les accepter.
B. Inoculation. — 1° Du cheval à V homme. — Dans la presque totalité des cas , la matière viruleu'e
MGR
MOR
provenant d'un cheval morveux en vie ou mort a été livrée à l'absorption au moyen d'une piqûre, d'uae coupure , d'une écorchure, d'une solution de continuité quelconque, d'une dénudation du derme d'une étendue plus ou moins considérable. Ainsi, un vétérinaire se pique ou se coupe avec l'instrument qui vient de lui servir à ouvrir un bouton farcineux , un abcès (voy. Rayer, loc. cit., p. 123, 155, 160; Deville, Acad. roy. deméd., séance du 2 octobre 1838); à pratiquer une autopsie (Roux, Acad. roy. de méd., séance du 20 novembre 1S38); à disséquer (Rayer, loc. cit., p. 127 ); à pratiquer des opérations sur le cadavre ( Marchant , Archiv. gén. de méd., 3e série , t. vi, p. 347); à dépouiller un cheval morveux (Brown, Dublin journal , 1837, n° 2). Un palefrenier reçoit sur une plaie, une écorchure, qu'il porte à la main la matière du jetage , du pus provenant d'un bouton farcineux, etc.; plusieurs palefreniers ont contracté la maladie par l'introduction, sous l'ongle ou sous i'épiderme, d'un brin de paille imprégné par la matière du jetage, par du pus.
Dans quelques cas, l'absorption a paru s'opérer par le simple contact de la matière virulente avec la peau ou la membrane muqueuse olfactive ou oculaire, non dénudées. Un homme reçoit au visage la matière du jetage, le cheval qu'il pansait s'étant brusquement ébroué (Rayer, loc. cit., p. 79); la maladie s'est montrée chez des palefreniers qui avaient l'habitude de prendre du tabac, leurs doigts étant souillés de pus et de sanie; de se moucher avec un mouchoir dont ils se servaient pour essuyer les naseaux de leurs chevaux. Un palefrenier lavait les naseaux d'un cheval morveux avec une éponge qu'il plaçait ensuite, toute mouillée, dans la poche de sa veste; la maladie commença par un bouton farcineux développé sur la partie supérieure et externe de la région iliaque gauche, c'est-à-dire sur le point avec lequel l'éponge était en contact médiat (Saussier, loc. cit.).
On admet unanimement que la matière du jetage et le pus provenant des pustules , des boutons farcineux, des ulcères, des abcès, jouissent de la propriété de reproduire la maladie par inoculation; des expériences faites par MM. Renault et Bouley prouvent que ces liquides conservent leur propriété virulente pendant longtemps, et que le virus ne s'affaiblit point sensiblement dans des reproductions successives. En effet, d'une part, de la matière du jetage, ayant été desséchée à l'air libre et conservée pendant un mois et demi , puis , au bout de ce temps, délayée dans de l'eau distillée et inoculée, elle a fait naître le farcin aigu; d'autre part, des inoculations successives ont montré qu'à la septième génération le virus est encore aussi énergique et aussi prompt dans ses effets, que lorsqu'il provient d'une morve spontanément développée.
Les liquides que nous venons d'indiquer peuventils produire la maladie par leur ingestion dans le tube digestif? Les auteurs ne s'accordent pas sur ce point. Mac Donnel, Wolff, Eck, ont vu la morve aiguë se développer chez des palefreniers qui avaient l'habitude de boire dans le même seau que leurs cheveaux (Rayer, loc. cit., p. 44 et 55) ; de déposer leur pain dans la maûgeoire de l'écurie. De Saint-Bel ayant fait manger à des chevaux du pus morveux Incorporé dans de la farine, la maladie se déclara au bout de deux mois; mais Kersting, Viborg, Walstein, ont renouvelé souvent et continué pendant plusieurs jours de suite l'expérience de de Saint-Bel, sans avoir jamais obtenu autre chose que des résultats complètement négatifs , et Ritter pense que la digestion fait perdre au liquide ingéré sa propriété virulente; dans les cas, dit-il, où la maladie s'est montrée , ce liquide avait été sans doute mis en contact, par le mouvement de déglutition , avec la muqueuse des fosses nasales ( die Rotz- und fVurmkrankheit der Einhufer, in Beziehung auf Staatsarzeneikunde, in Zeilschrift jùr die Staatsarzeneikunde von Henke , p. 299; 1843).
La maladie peut être produite par d'autres matières organiques que les liquides indiqués plus haut. M. Landouzy [loc. cit.) a rapporté,. récemment, une observation fort curieuse, dans laquelle on voit que la morve a été déterminée par une morsure à la joue. Dans ce cas, la salive seule a-t-elle servi de véhicule au virus, ou bien la matière du jetage avait-elle pénétré dans la bouche du cheval?
L'injection dans les veines ou l'inoculation de sang provenant d'un cheval morveux a déterminé le développement de la maladie. « S'ensuit- il, disent. MM. A. Bérard et Denonvilliers , que le sang des chevaux infectés soit propre à transmettre la maladie à l'homme par simple inoculation ? Non , sans doute: cela n'est pas démontré , et nous ne voudrions pas affirmer qu'il en fût ainsi» (loc. cit., p. 51 7).
fil. Hamont a rapporté qu'il avait vu mourir de la morve des lions et des chiens qui avaient mangé de la chair de chevaux morveux (Acad. roy. de méd. , séance du 25* juin 1833); il ne faudrait pas oublier cette assertion si, dans une ville assiégée, dans une retraite désastreuse, des citoyens, des soldats , étaient obligés de manger du cheval.
2° Inoculation de l'homme à l'homme. — Un fait très-douteux, rapporté par Bleynie (voy. Rayer, loc. cit., p. ISO), et l'observation à laquelle nous avons donné une interprétation différente de celle de M. A. Bérard , sont les seuls documents que l'on puisse citer à l'appui de ce mode de propagation, qu'on peut d'ailleurs admettre a priori, puisque l'inoculation de l'homme au cheval donne lieu au développement de la maladie.
MOR — 135
Incubation. ■ — La période d'incubation est, ici, beaucoup moins longue; elie est ordinairement de trois ou quatre jours , et ne dépasse pas un septénaire. Dans quelques cas , la maladie s'est montrée quarante -huit, trente-sis ou même vingt-quatre heures après l'inoculation.
Traitement. — \° Prophylactique. — Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'importance de la prophylaxie; il nous suffira de rappeler que le traitement curatif de l'affection morveuse est encore à trouver, et qu'en prévenant le développement de cette affection chez le cheval , on la ferait disparaître de la pathologie humaine.
La prophylaxie doit être établie pour les animaux et pour l'homme : nous l'envisagerons sous ce double rapport en nous aidant des travaux du conseil de salubrité de la ville de Paris (voyez l'Expérience , n° du 27 mars 1843), de la thèse de M. Lesueur, du mémoire de M. Landouzy et du Traité de police sanitaire vétérinaire de M. Delafond.
Prophylaxie quant aux solipèdes. — Toute écurie , destinée à loger d'une manière permanente plusieurs chevaux , doit être construite de manière à fournir à chaque cheval 50 mètres cubes d'air, et 1 mètre et y2 d'espacement.
L'écurie doit être suffisamment éclairée; l'airy sera fréquemment renouvelé.
Une grande propreté est de rigueur. 11 ne faut pas laisser séjourner trop longtemps la même litière.
Les chevaux doivent recevoir une nourriture suffisante et saine. Autant que faire se peut, les mangeoires doivent être placées au milieu de l'écurie (Bouley).
Les chevaux ne doivent pas être surmenés.
Il faut imposer aux propriétaires l'obligation de faire souvent visiter leurs chevaux par un vétérinaire.
Tout propriétaire ou détenteur d'animaux morveux ou farcineux sera tenu de les isoler immédiatement et de faire sa déclaration à l'autorité.
Tout animal reconnu incurable doit être immédiatement abattu.
Aucun animal ne pourra être abattu ou équarri dans un établissement particulier sans autorisation.
Les débris cadavériques des animaux morveux ne pourront être livrés à l'industrie sans autorisation.
Aucun animal morveux, non réputé incurable, ne pourra être traité dans un établissement particulier, sans autorisation.
Il sera défendu de vendre, d'exposer en vente, d'employer à un service quelconque et même de conduire sur la voie publique des animaux atteints ou seulement suspectés de morve ou de farcin.
Les infirmeries destinées aux animaux morveux doivent être isolées et ne contenir aucun animal
MOU
pour que le traitement et le pansement soient faciles.
Les écuries et les autres localités dans lesquelles auront séjourné des animaux malades ou seulement suspects ne pourront recevoir ou conserver des animaux sains qu'après qu'elles auront été aérées et purifiées. Ces dispositions sont également applicables aux équipages, harnais et. colliers.
Prophylaxie quant à l'homme. — Nul ne pourr a exercer le métier d'équarrisseur sans permission préalable.
11 est défendu à qui que ce soit de coucher ou de faire coucher quelqu'un dans des écuries où se trouveraient des animaux seulement suspectés de morve.
Dans les infirmeries autorisées , le gardien aura une chambre ne communiquant pas avec l'écurie; la surveillance s'exercera au moyen d'un châssis vitré. Aucun objet , ayant servi aux animaux malades ou ayant été en contact avec eux , ne devra être déposé dans la chambre du gardien.
Il est important d'éloigner du service des animaux malades les hommes apathiques , insouciants , refusant de se soumettre aux précautions indiquées.
Il faut interdire, momentanément, le service des infirmeries aux hommes qui ont des crevasses aux mains , des écorchures, des plaies.
Les infirmiers doivent être revêtus, pendant leur service, d'une blouse longue , nouée à la ceinture, et avoir les pieds et le bas des jambes garantis contre le contact de la litière. Ils retireront leur blouse aussitôt le service terminé.
Les infirmiers doivent se laver les mains et le visage immédiatement après le pansement.
L'auge et tous les objets qui servent aux animaux morveux doivent être nettoyés avec un balai.
Les éponges , après avoir servi aux différents pansements, doivent être jetées dans une solution étendue de chlorure de chaux , puis retirées une heure après pour être lavées à grande eau.
Le pansement des ulcères farcineux et l'introduction des éponges dans les narines, pour en extraire les mucosités , seront faits avec des pinces.
Un infirmier ne montera jamais plus de trois gardes par semaine.
Un infirmier ne doit pas être attaché pendant plus de trois mois consécutifs au service d'animaux morveux: après en avoir été détaché pendant un mois, il reprendra son service pour trois autres mois, et ainsi successivement.
Quiconque se piquera , se blessera avec un instrument ou tout autre objet chargé de matières morveuses ; quiconque recevra des matières morveuses sur une écorchure , une plaie , une surface dénudée, devra immédiatement laver la plaie à grande eau, et s'adresser à un médecin qui sera tenu de débrider la sain. Elles doivent être saines et suffisamment larges I plaie, d'extraire les corps étrangers s'il en existe,
MOR
MOR
et d'opérer une cautérisation profonde au moyen du beurre d'antimoine, du caustique de Vienne , du fer rouge, etc.
2° Traitement curatif. — On a essayé tour à tour, ou simultanément, dans le traitement des formes aiguës de l'affection morveuse, les purgatifs, les vomitifs , les diurétiques , les sudorifiques , les antiseptiques , les toniques , les altérants , les narcotiques et une foule d'autres médications ; malheureusement la médecine est toujours demeurée impuissante. M. Rayer pense que les purgatifs unis aux toniques et aux composés ammoniacaux doivent être employés de préférence; les abcès, les pustules et les bulles cutanées, doivent être ouverts de bonne heure et cautérisés. M. Honoré voudrait qu'on essayât le mercure à hautes doses; Pedrazzoli conseille le sulfate de quinine à doses croissantes; Elliotson, Jones (Gazette médicale, p. 525; 1835) assurent avoir obtenu la cicatrisation d'ulcérations des fosses nasales , en pratiquant, dans ces cavités, des injections avec un liquide composé de deux gouttes de créosote pour 30 grain. d'eau.
Les quelques cas douteux de guérison de morve et de farcin chroniques que possède la science ont été attribués à l'efficacité de l'iode et de ses composés ; le malade observé par l'un de nous prenait tous les jours 2 grammes d'iodure de potassium et 1 0 centigrammes d'iode. M. Delaharpe (Quelques idées sur la morve chez l'homme et sur le traitement quelle réclame, in Revue médicale, n° de mars 1841) veut qu'on soutienne les forces du malade au moyen du vin de quinquina ou du sulfate de quinine, et que l'on combatte la maladie avec l'iodure d'amidon (5 à 20 centigrammes trois fois le jour et, jamais à jeun).
Nature. — Nous n'avons pas l'intention de reproduire ici tous les débats qu'a soulevés cette question, et nous dirons avec M. Tardieu (thèse citée, p. 1 2) : « De tant d'opinions vraies ou fausses , de tan t de contradictions fondées ou sans valeur, de tant de jugements sincères ou passionnés , il ne sortirait qu'une apolologie ou des récriminations également inutiles , qui ne sont dignes ni de la science ni de l'histoire. Ceux qui se sont trompés le savent bien ; les uns le reconnaissent, d'autres n'en conviennent pas : cela est de peu d'importance et ne fait tort à aucune vérité. Un certain nombre de faits sont établis actuellement d'une manière assez positive pour que l'on ne doive même plus en faire l'objet d'une démonstration.»
En 1834 , M. Renault s'efforça de prouver que la résorption du pus était , chez le cheval , la cause immédiate du farcin (Recueil de méd. vétérinaire, p. 9-169, 393; 1834). En 1835, le même auteur prétendit que la résorption du pus était également la cause de la morve (Recueil de méd. vétér., p. 393; 1835). M. Renault appuya ces propositions sur cette
considération, qu'on voit souvent survenir le farcin ou la morve à la suite d'opérations chirurgicales simples pratiquées sur des chevaux sains.
En 1839, MM. Nonat et Bouley (loc. cit., p. 376) ont reproduit l'argument et la conclusion de M. Renault : «La morve aiguë peut succéder , chez le cheval, à des opérations analogues à celles qui déterminent, chez l'homme, une infection purulente. Ainsi, un cheval est amené à l'école d'Àlfort pour une hémorrhagie de la veine jugulaire ; cette veine est liée; après la chute de la ligature , l'hémorrhagie se reproduit; un second nœud est appliqué; des accidents locaux purulents et gangreneux se développent et bientôt la morve aiguë éclate. Donc la morve se rapproche des affections purulentes que M. Tessier a décrites sous le nom de dialhèse purulente. »
MM. Nonat et Bouley seraient bien embarrassés d'expliquer ce qu'ils entendent par diathèse purulente, et nous ne pensons pas, d'ailleurs, qu'ils partagent à cet égard les doctrines de M. Tessier. Quoi qu'il eu soit , nous répondrons aux auteurs que nous venons de nommer :
1° La morve et le farcin se développent spontanément chez le cheval; les opérations chirurgicales, la suppuration, sont peut-être des causes qui favorisent le développement spontané de ces affections ; c'est peut-être sous l'influence de cette cause prédisposante, unie à d'autres causes, que le farcin et la morve se sont montrés à la suite d'opérations chirurgicales, et, dans ce cas, ces affections n'étaient que des complications, et nullement les effets d'une résorption purulente.
2° L'objection précédente est appuyée par la déclaration suivante , qui nous a été faite par M. Delàfond. A l'époque où M. Renault a recueilli ses observations (1834, 1835), les infirmeries d'Alfort étaient malsaines ; l'affection morveuse y était pour ainsi dire endémique; depuis que ces établissements ont été améliorés , il est fort rare de voir la morve ou le farcin se développer consécutivement à des opérations chirurgicales pratiquées sur des chevaux sains.
3° L'infection purulente, chez le cheval , paraît être, sous le double rapport des symptômes et de l'anatomie pathologique, parfaitement distincte de la morve et du farcin (Recueil de méd. vétérinaire, cahier de mars 1804).
4° Si, comme le prétendent MM. Renault et H. Bouley, Delafond , etc. , l'infection purulente et la lymphangite simple, chez le cheval, ne peuvent être distinguées delà morve ou du farcin, ni par les symptômes , ni par l'anatomie pathologique , les expériences d'inoculation peuvent seules décider la question. Or , aucune expérience de ce genre n'a été faite à propos des faits invoqués par MM. Renault, Nonat et Bouley ; donc il est impossible de dire si l'on a eu
MGR
MOR
affaire à la morve et au farcin, ou à l'infection purulente et à la lymphangite simple.
En 1839 {Recueil de méd. vétérin., 1839, p. 473), et en 1840 (même recueil, p. 257, 1840), MM. Renault et H. Bouley se sont efforcés de prouver expérimentalement l'identité, chez le cheval, del'infection purulente et de l'affection morveuse. Du pus simple, phleginoneux, a été injecté ou inoculé sur des chevaux sains, et la morve aiguë s'est développée.
Mais l'un de nous a montré ( L. Fleury, Essai sur l'infection purulente ; Paris, 1844, p. 191, 194) que ces expériences n'ont pas été environnées de toutes les garanties désirables.
Des injections, des inoculations nombreuses de pus simple, pratiquées par M. Dupuy (Nouvelle bibliothèque médicale,, lre année, p. 336), par M. Leblanc ( Recherches expérimentales et comparatives sur les effets de l'inoculation au cheval et à l'âne de pus et de mucus morveux et d'humeurs morbides d'autre nature; Paris, 1839), n'ont jamais eu pour résultat le développement de la morve ou du farcin.
Lorsque, en 1837, M. Rayer appela l'attention de l'Académie de médecine sur la morve humaine, une longue discussion s'engagea dans le sein de cette société savante , et s'y prolongea pendant plus d'une année. L'existence de la morve humaine y fut violemment attaquée par M. Barthélémy. Ge vétérinaire s'efforça de démontrer qu'il n'existait, pour ainsi dire, aucune analogie entre l'état morbide, décoré du nom de morve humaine, et lamorve du cheval. MM.Rayer et Andral combattirent cette assertion avec toute l'autorité que donnent la vérité et le talent.
M. Rayer (Académie royale de médecine, séance du 23 octobre 1838) montra qu'il y avait non -seulement analogie , mais identité presque complète entre les symptômes et les altérations observés chez le cheval et chez l'homme : lésions des fosses nasales, pneumonies lobulaires, éruption pustuleuse, ecchymoses, taches gangreneuses. M. Andral, envisageant la question sous une autre face , et admettant des dissemblances entre l'affection morveuse du cheval et celle de l'homme, prouva que ces dissemblances ne démontraient point une différence de nature , mais seulement une différence d'organisation. «Une affection, dit M. Andral, ne peut- elle pas s'être modifiée en passant d'une espèce à une autre? Une même maladie est-elle toujours identique à elle-même dans une même espèce? Un individu atteint de variole légère communique à une autre personne une variole grave , avec désordres considérables dans plusieurs viscères ; n'est-ce donc pas une variole dans ce second cas? Ou dira-t-on qu'elle n'a pas été communiquée parce qu'elle diffère de celle qui lui a donné nais-
sance? N'en est-il pas de même pour la scarlatine ? Ne voit-on pas des pestiférés sans bubons ; des malades atteints de typhus sans parotides? L'altération des fosses nasales n'est-elle pas là pour démontrer la spécialité d'une maladie à laquelle la spécialité des hommes qui en sont atteints donne le dernier degré d'évidence » ( Acad. roj. de méd. , séance du 5 février 1839)?
Nous ne pousserons pas plus loin cette discussion. Si l'on considère, comme le faisait M. Rayer dès 1838 ,
1° Que, l'affection morveuse de l'homme présente la plus grande analogie avec celle du cheval ;
2° Qu'elle ne ressemble à aucune maladie humaine spontanée;
3° Que, dans tous les cas où elle a été observée, il a été possible de constater qu'elle avait été transmise par infection ou par inoculation du cheval à l'homme , ou de l'homme à l'homme ;
4o Que dans presque tous les cas où du pus morveux ou farcineux a été inoculé de l'homme aux solipèdes , on a vu se développer, chez ceux-ci , l'une ou l'autre forme de l'affection morveuse ( Leblanc , loc. cit; — Andral et Leblanc, Gaz. méd., 1839, p. 97 ; — Leblanc et A. Bérard, l'Expérience, 1840, p. 149; — Leblanc et Saussier, ibid., p. 379; — Rayer et Leblanc, ibid., p. 295, etc.).
Si l'on considère enfin que les lésions qui caractérisent la morve humaine portent sur l'économie tout entière , et résultent d'un véritable empoisonnement, il est impossible de ne pas conclure que la morve est :
«Une maladie générale , spécifique , virulente , se transmettant des solipèdes à l'homme, et de celui-ci à son semblable , par inoculation et par infection. »
Nous avions promis de justifier les termes de notre définition; nous croyons avoir tenu notre promesse.
Quelle est la nature du virus morveux? M. Rossi (Gazette méd., 1838, p. 564) pense qu'il existe dans la matière virulente de la morve un principe matériel : le cyanogène ; que celui-ci introduit , n'importe par quelle voie, dans la circulation, s'unit à l'hydrogène du sang veineux, etforme ainsi de l'acide cyanhydrique, à la présence duquel doivent être rapportés tous les phénomènes pathologiques. On ne peut, jusqu'à présent, regarder celte opinion que comme une hypothèse.
Historique et bibliographie. — Waldinger est le premier auteur qui ait parlé , en 1 8 1 0 , de la possibilité de la transmission de la morve du cheval à l'homme; mais le premier fait qui ait été rapporté à l'appui de cetle opinion est celui qu'a raconté Lorin en 1812 { Journ. de méd. chir. et pharm., cahier de février 1 8 1 2 ). En 1 8 1 7 , Sidow assura qu'il avait vu des élèves vétérinaires avoir des ulcères du plus mauvais caractère, pour s'être piqués en disséquant
MOR
MOR
des chevaux morveux ( Kausch , Memorabilien der Heilkunde, t. h ; 1817).
En 1821, Naumann , Holbach et Dietrich ( Rust's magazin, t. xl, p. 500, et t. L,p. 509, 510) nièrent formellement la possibilité de la transmission de la morve du cheval à l'homme; cependant, dans la même année, Schilling publia un fait qui peut être regardé comme la première observation positive et bien caractérisée de morve aiguë transmise du cheval à l'homme {Rust's magasin, t. Si, p. 480; 1821 ). Vers la même époque, des observations analogues furent publiées par Weisses (ibid.) et par Murcroft (Edinburgh med. and surg. journal, t. xyiii, p. 321; 1821).
En 1822, Tarrozzi raconta que 35 personnes ayant visité, à plusieurs reprises, une écurie dans laquelle se trouvait un cheval morveux , 1 1 d'entre elles succombèrent à une maladie caractérisée par de la fièvre, des clous et des phlyctènes gangreneuses (Annali universali di medicina di Omodei, cahier d'août 1822, p. 220).
En 1823, la nature de la maladie est constatée pour la première fois par l'inoculai ion. Un homme se présente dans un hôpital avec un ulcère au bras envenimé par le contact de la jambe d'un cheval farci neux ; on inocule à la jambe d'un âne de la matière provenant de cet ulcère, et, quelques jours après, le glanders se déclare chez l'âne {Edinb. med. and surg. journal, t. xix, p. 155; 1823 ). Dans la même année , Seidler rapporte une observation bien caractérisée de morve aiguë (Rust's magazin, t. xvn).
En 1826, Travers produisit trois observations, dont deux se rattachent au farcin , et la troisième à la morve ; la nature de la maladie fut constatée par des inoculations pratiquées sur des ânes ( Travers , An inquiry concerning that disturbed state of vital fonctions usually denominated constitutional irritation ; Londres, 1826).
En 1 829 , Grub fit connaître une nouvelle observation de morve transmise du cheval à l'homme (Diss. sistens casum singularem morbi contagio mallei humidi in hominem iranslato orti; Berlin, 1829 ). Dans la même année, Brown publia un fait semblable (London médical gazette , t. iv , p. 134).
Eu 1830, Numan fit connaître deux observations qui doivent être considérées comme des exemples de farcin chronique (Vee-Artsenyhundig Magazijn. Groningen, p. i; 1830).
En 1832 , une observation de morve aiguë parut dans un journal anglais (the Lancet , n° du 1 1 février 1832).
«Tous ces faits, dit M. Rayer, auquel nous empruntons cet historique, étaient peu connus lorsque parut le mémoire de M. Elliotson sur la morve. C'est cet excellent travail qui appela l'attention des médecins
sur la morve humaine. » Elliotson publia son mémoire en 1833, et fit connaître quatre nouveaux cas de morve aiguë (On the glanders in the human subject, in Medico-chirurgical transactions , t. xvi, p. 1 et 171).
En 1834, Herlwig publia sept observations, dont trois de morve aiguë et quatre de farcin (Medicinische Zeitung von Preussen , n° 46; 1834).
En 1835, M.Vogeli, de Lyon , publia cinq observations : quatre sont douteuses; la cinquième est un exemple incontestable de farcin ( Quelques faits tendant à établir la contagion du farcin du cheval à l'homme , in Journ. de méd. vétérinaire , t. vi, p. 7). Dans la même année , Wolff fit connaître trois exemples de farcin aigu (Medicinische Zeitung von Preussen, nos 1 et 2 ; 1835).
En 1836, Alexander publia un nouveau fait de morve farcineuse aiguë (De la Diathèse purulente; de la morve communiquée à l'homme, in Arch. génér. de méd., t. Su, p. 389).
En 1837, Lilpop a publié un travail qui renferme plusieurs faits curieux (de Malleo humido etfarcinoso eorumque in organismum humanum efficacia, diss. inaug.; Berlin, 1837).
Il faut le dire à notre honte : ces nombreux documents étaient restés presque complètement ignorés en France, lorsque, en 1837, M. Rayer fut conduit, par l'observation d'un malade affecté de morve aiguë , à faire des recherches sur ce sujet, et à publier le travail que nous avons plusieurs fois cité. A M. Rayer appartient incontestablement l'honneur d'avoir définitivement établi, en France, l'existence de l'affection morveuse chez l'homme , et d'avoir provoqué toutes les recherches qui permetent , aujourd'hui , de tracer l'histoire à peu près complète de cette curieuse maladie.
M. Rayer ( De la Morve et du farcin chez l'homme, in-4°; Paris, 1837) a tracé un historique complet de la morve humaine; il a reproduit toutes les observations que nous avons citées plus haut ; pour avoir un point de comparaison , il a fait de nombreuses recherches sur l'affection morveuse du cheval, et, à cet égard, les vétérinaires lui avaient laissé beaucoup à faire. Enfin , M. Rayer a donné une description succincte des quatre formes de l'affection morveuse.
Il faut reconnaître, toutefois, que celui qui s'attendrait, aujourd'hui, à trouver dans le travail de M. Rayer une histoire complète de la morve humaine se tromperait. M. Rayer n'avait pour matériaux que des faits mal observés, souvent douteux; et si la médecine française ne s'est engagée que tard dans la carrière, c'est elle qui, depuis 1837, a produit les travaux sans lesquels il serait impossible d'étudier convenablement l'affection morveuse.
MGR
MOR
Ed 1839, M. Vigla (thèse inaugurale; Paris, 1839, n° 1S) publia sur la morve aiguë une thèse dans laquelle ii n'ajouta que peu de chose au travail de M. Rayer, et, dans la même année, parut dans le Dictionnaire de médecine un article qui n'est que la copie presque textuelle de la thèse de M. Vigla (Dictionnaire de médecine, art. Morve, t. xx, p. 25S).
En 1 842 , M. Lesueur a soutenu une bonne thèse dans laquelle on trouve des observations nouvelles et intéressantes (De la Transmission de la morve et du farcin à des militaires attachés au service des écuries-infirmeries de l'armée; thèse de Paris, 1841, n°59).
En 1840, M. Tardieu a publié une excellente monographie qui constitue le seul travail complet qui existe sur les formes chroniques de l'affection morveuse. Nous lui avons fait de nombreux emprunts (De la Morve et dufarcin chroniques chez l'homme et chez les solipèdes ; thèse de Paris , 1 843, n« 1 5).
Dans la même année, 1843 , a paru l'article Morve dans le Compendium de chirurgie pratique, et nous sommes forcés de dire que les auteurs ont adopté une disposition qui ne permet pas de tirer grand fruit de la leclure de leur travail. Au lieu de mettre à profit les nombreux matériaux épars aujourd'hui dans les archives de la science , pour tracer une description didactique, complète, méthodique de l'affection morveuse de l'homme , MM. A. Bérard et Denonvilliers commencent par reproduire, in extenso, plusieurs observations de morve humaine empruntés à différents auteurs; puis ils étudient l'affection morveuse chez les chevaux; après quoi ils passent à l'éliologie de l'affection morveuse chez l'homme : les symptômes , la marche , les terminaisons, les caractères anatomiques de cetle maladie sont alors étudiés pêle-mêle, et d'une manière fort incomplète, dans un même paragraphe; suit un «parallèle de l'affection morveuse chez l'homme et chez le cheval»; puis enfin, pour terminer, viennent le diagnostic et le traitement de l'affection morveuse chez l'homme.
Nous avons essayé de ne point tomber dans les défauts que nous venons de reprocher à MM. A. Bérard et Denonvilliers , et nous pensons avoir placé notre travail au niveau de l'état actuel de la science.
Nous terminerons cetle esquisse rapide en mettant sous les yeux du lecteur l'énumération chronologique des principales observations qui ont été publiées depuis le travail de M. Rayer.
Nivet (service de M. Husson), Observation de morve aiguë chez l' homme 3 in Gazette médicale, p. 729.
Burguières et Vigla (service de M.Breschet), Observation de morve aiguë, in l'Expérience, p. 421 .
Lenepveu (service de M. Jobert), Observation de farcin chronique terminé par la morve aiguë, in l'Expérience, p. 25.
Nonat et Bouley, Recherches sur la morve aiguë ( un fait) , in l'Expérience, p. 353 , 369.
Becquerel (service de M. Andral), Histoire d'un cas de morve aiguë chez l'homme, in Gazette médicale,, p. 97.
Veyssière , Observation de morve aiguë, in l'Expérience , n° du 21 novembre 1839.
Marchant , Observation de morve aiguë , in Arch. génér. de méd., t. vi, p. 347.
Lhommeau (service de M. A. Bérard) , Observation de farcin chronique suivi de farcin et de morve aigus, in l'Expérience, p. 119.
Letenneur (service de M. Roux), Cas de farcin chronique chez l'homme, ibid., p. 292.
Saussier, Nouvelles observations de morve chez l'homme (deux faits), ibid., 373, 384.
Legroux, Observation de morve aiguë, ibid., p. 403.
Gibert, Observation de morve aiguë chez l homme, in Revue médicale, n° de novembre.
Costilhes, Farcin chronique terminé par la morve aiguë, in Bulletin de la Société anatomique, 15e année, p. 243.
Bougard, Observ. de farcin aigu, in l'Expérience, p. 204.
Veyssière et Ris, Cas de morve aiguë, in Bulletin de ï Acad. de méd., 24 mars.
Tardieu, Observation et Recherches nouvelles sur la morve chronique, in Arch. génér. de méd., t. xu, p. 459.
Lhommeau et Rocher (service de M. A. Bérard), Morve aiguë à la suite d'un farcin chronique, in Gazette des hôpitaux, n° du 13 novembre.
Bouillaud , Cas de morve aiguë, in Gazette médicale, p. 748.
Deville , Farcin chronique chez l'homme, suivi de morve aiguë, in Revue médicale, n° d'avril.
Delaharpe, Quelques idées sur la morve aiguë chez l'homme (un fait), ibid. , t. ï, p. 227.
Thys, Cas de morve fdreineuse , in Archiv. de méd. belge, n° de mai.
Frémy (service de M. Guenau de Mussy) , Observ.
MUG
MUG
defarcin chronique, m Gazette des hôpitaux,
n° du 31 décembre.
Lefebre et Branche, Qbserv. de morve aiguë, ibid.,
n° du 22 février.
Puisaye , Observ. de morve aiguë sans éruption
(deux faits) , in Gazette médicale, p. 71 1. Lesueur , Observ. de farcin (deux faits) , in thèse
inaug. de Paris , n° 59, p. 16 , 56. Pommier, Cas de morve aiguë, ibid., p. 33.
Tardieu, Observ. de morve farcineuse chronique, iu thèse inaug. de Paris , n° 15 , p. 3.
A. Bérard , Morve aiguë transmise de l'homme à L'homme , in Compendium de chirurgie pratique, t. i. p. 498.
Imbert-Gourbeyre (service de M. Jadioux) , Observ. de morve et de farcin aigus, in Gazette des hôpitaux, n° du 1 9 décembre.
Craigie , Cas defarcin aigu, in Gazette médicale, p. 465.
Contour, Observ. de morve aiguë, in Bulletin de la Société anatomique, 17e année, p. 341.
Gaubric, Observ. de morve aiguë, ibid., 18e année, p. 295.
Tavignot, Observ. defarcin aigu, ibid., 18e année, p. 170.
Monneret, Observ. defarcin chronique suivi de guérison, in Journal de médecine, 1. 1, p. 17.
Audouard , Cas de morve aiguë entée sur un farcin de deux mois environ , in Revue médicale, février 1844.
Landoozy , Observ. de morve aiguë communiquée du cheval à l'homme par morsure, in Gazette médicale, p. 460.
MUGUET, s. m.
Blanchet , millet , aphlhes des nouveau-nés , des enfants à la mamelle, aphthe pseudomembraneux, stomatite membraneuse.
Définition. — On désigne sous le nom de muguet une maladie caractérisée , surtout par le développement des fausses membranes blanchâtres, sur la tunique muqueuse qui tapisse la cavité buccale , le pharynx et l'œsophage. Elle occupe plus rarement les autres parties du tube digestif. L'exsudation d'une couche blanche, crémeuse ou caséeuse, est le signe constant et pathognomonique de la maladie.
Nous avons déjà présenté une description complète du muguet dans notre article Aphthe , avec altération de sécrétion ( t. i , p. 209); nous y avons retracé les symptômes locaux et généraux qui apparaissent dans le cours de cette maladie,
et les complications auxquelles elle se trouve fréquemment liée. Après l'avoir étudiée comme maladie distincte de toutes les autres et affectant plus spécialement la cavité buccale , nous en avons donné une notion plus générale dans notre article Diphthérite. Nous avons montré alors que la production de fausses membranes est la manifestation limitée d'un état plus général auquel M. Bretonneau a donné le nom de diphthérite. Nous allons chercher à compléter ce tableau , en jetant un coup d'œil sur les affections pseudomembraneuses qui peuvent se montrer sur différents points de l'organisme.
Sans nous préoccuper en ce moment de la question de savoir si la sécrétion des fausses membranes par les tuniques muqueuses est le résultat d'une phlegmasie spécifique, et se rattache à un état général de toute l'économie, nous devons établir qu'elle constitue des maladies qui ont reçu des noms différents , suivant le siège même qu'affecte l'exsudation pseudomembraneuse ; elle s'appelle muguet, angine, croup, suivant qu'elle affecte la cavité buccale, l'isthme du gosier ou le larynx. Nous ne parlerons que du muguet et des productions pseudomembraneuses qui peuvent se développer dans le tube digestif.
Symptômes. — Ils sont de deux ordres différents, les un s locaux, les autres généraux. Nous ne ferons qu'indiquer succinctement les premiers , qui ont été décrits, avec les plus grands détails, dans notre article Aphthes (t. î , p. 209). Le symptôme caractéristique est le développement d'une fausse membrane disposée par plaques ou par grains isolés peu saillants et aplatis qui occupent la langue , la voûte palatine , la face interne des joues , et les gencives ; on observe en outre la rougeur de la membrane muqueuse, avec ou sans exsudation plastique, dans les points où existe cette coloration, la saillie des papilles linguales, la sécheresse de la bouche, qui est loin cependant d'être constante , l'aspect lisse et uni de la membrane muqueuse , la douleur que détermine le travail morbide, et, par suite, la gêne de la déglutition, le mâchonnement et l'impossibilité où se trouvent les jeunes sujets d'exercer la succion. M. Vaîleix a rencontré fréquemment, chez les enfants à la mamelle, des ulcérations ovalaires blanchâtres sur la voûte palatine et sur le frein de la langue : elles offrent cela de remarquable , qu'elles se montrent cinq ou six jours avant le développement du muguet et de la rougeur de la membrane interne de la bouche ( Cliniq. des malad. des enfants nouveau-nés , p. 362, in-8°; Paris, 1838).
Les auteurs sont tous d'accord sur l'ensemble des symptômes locaux ; il n'en est plus ainsi quant aux symptômes généraux. Les uns rapportent au muguet les accidents graves que nous allons indiquer ;Ies au-
MUG
très soutiennent qu'ils lui sont entièrement étrangers, M. Valleix, dont la description s'écarte le plus de celles fournies par les autres auteurs, considère comme autant de symptômes propres au muguet, le météorisme, les coliques souvent très-vives, la tension du ventre, la douleur déterminée par la pression , qui se fait sentir surtout à l'épigastre et dans la fosse iliaque droite, la diarrhée qui est constante, puisqu'elle n'a manqué qu'une fois dans tous les cas observés par M. Valleix ; enfin , une rougeur érythémateuse occupant les fesses , la partie supérieure et interne des cuisses, lejarretet les mollets. Elle est très-fréquente, treize sujets sur vingt-deux l'ontofferte. Il arrive aussi très-souvent , suivant le même auteur, que les malléoles et les taloDS s'ulcèrent, que des rougeurs livides accompagnées de gonflements œdémateux apparaissent au nez , à la lèvre inférieure et au cou. Quant à la circulation, elle offre d'assez grandes variations; précipitée, irrégulière au début, elle se ralentit vers les derniers jours, et le pouls tombe à 80, 70 et même 60 (ouvr. cit., p. 343 etpassim).
Les symptômes graves dont nous venons de parler se partagent en trois groupes principaux : les uns qui marquent la première période du mal et précèdent l'apparition de la pseudomembrane (érythème , diarrhée, accélération du pouls); les autres appartiennent à la seconde période qui est caractérisée par le développement des concrétions diphthéritiques; la troisième est marquée par le collapsus , la chute du pouls, l'agitation , le froid des extrémités et de tout le corps , et la diminution de la diarrhée et du muguet (Valleix , ouvr. cit., p. 412).
La durée de l'affection est très- variable; M. Valleix la porte à dix-sept jours pour les sujets qui succombèrent, et à seize pour ceux qui guérirent. Il a vu mourir vingt- deux enfants sur vingt-quatre; sur cent quarante enfants atteints de cette maladie et couchés dans la salle de M. Baron, cent neuf ont succombé (ouvr. cit., p. 211).
Les complications du muguet sont très-fréquentes, et constituent toute la gravité de cette maladie ; celle qui se montre le plus ordinairement est l'inflammation , soit simple , soit ulcéreuse , si bien décrite par Billard ( Traité des maladies des enfants nouveau-nés „ p. 216 ). Nous ne pouvons reproduire ici la description que nous avons déjà donnée ailleurs (art. Aphthes, p. 211); mais nous devons dire à quoi tient la gravité si différente du muguet. Nous croyons que M, Valleix range à tort, parmi les symptômes de cette maladie, l'ulcération, la rougeur érythémateuse de la peau, le météorisme, la douleur de ventre et la diarrhée, lorsqu'elle devient très-intense. Ce sont là des phénomènes graves qui décèlent une altération profonde de la constitution , en vertu de laquelle le muguet, Térythème fit l'ulcération
41 — MUG
prennent naissance; et loin d'attribuer au muguet une part quelconque dans la production de ces phénomènes, nous n'y voyons qu'une détermination morbide toute consécutive, semblable à celle qui se produit à la peau sous forme de rougeur, d'érysipèle, quelquefois de gangrène et de petits abcès. En d'autres termes , le muguet n'est point pour nous la maladie principale, il est l'effet, le symptôme de quelques complications plus ou moins graves. Qu'on se rappelle, d'ailleurs, que le muguet, tel que l'a décrit M. Valleix , a été surtout observé , par lui et par Billard , dans des hôpitaux consacrés à la réception des enfants nouveau-nés , qui se trouvent placés dans les conditions les plus défavorables.
Il y a un autre muguet que l'on rencontre fréquemment dans la pratique civile chez les enfants à la mamelle ; il n'est presque jamais accompagné d'accidents funestes, et constitue alors une maladie locale bien différente du muguet dont nous venons de parler ; il faut donc établir une différence bien tranchée, tant au point de vue de l'étiologie que du pronostic et du traitement , entre ces deux espèces de muguet. M. Trousseau , à qui on doit quelques remarques importantes sur cette maladie, distingue un muguet idiopathique et un symptomatique ; cette distinction mérite d'être généralement adoptée. Le premier est celui dans lequel l'éruption de fausses membranes est toute la maladie, et les symptômes locaux les seuls que l'on observe. Il n'en est plus de même dans le muguet symptomatique; il se montre chez l'enfant comme chez l'adulte , au milieu des circonstances pa thologiques les plus diverses. Chez l'enfant, on constate la diarrhée avant la manifestation du muguet symptomatique. «Ces troubles digestifs, dit M. Trousseau , bien que durant depuis peu de jours , n'en ont pas moins une effrayante gravité , car la nutrition devient immédiatement impossible à un âge de la vie où le défaut d'alimentation est principalement mortel. Il résulte de ces troubles digestifs une perturbation profonde dans les actes de nutrition interstitielle, et toutes les membranes tendent à l'inflammation et à l'ulcération , comme nous le voyons chez les animaux que les physiologistes soumettent à une nourriture insuffisante : de là l'inflammation et l'ulcération de la peau des fesses, des jambes, des talons, au contact des matières fécales et des urines , qui , dans toute autre circonstance, n'auraient produit peut-être qu'un peu d'éry thème» (Trousseau, Clinique des maladies des enfants à l'hôpital Necker, compte rendu in Gazette des hôpitaux,, p. 231 ; 1843 ).
Le muguet symptomatique s'observe assez souvent à la fin des affections aiguës et chroniques qui se terminent d'une manière fatale ; parmi les premières, celles qui donnent lieu à cette exsudation sont la fièvre typhoïde, lorsque le malade s'affaiblit fit que la
MYE
MYÉ
convalescence ne parvient pas à s'établir; quelques pneumonies, les exanthèmes, la scarlatine spécialement, dont elle constitue un épiphénomène fréquent et souvent très-grave. On l'observe encore dans h phthisie pulmonaire , les hydropisies , les méningites tuberculeuses.
Voyez , pour le muguet de l'estomac et de l'intestin, nos articles Estomac, t. iv , p. 305 , et Intestin, (maladies de 1') , Entérite pseudomembraneuse , t. v, p. 399.
MUQUEUSE ( fièvre ) , voy. Typhoïde (fièvre).
MYÉLITE, s. f., dérive de peXo?, moelle, avec la terminaison ite qui indique la nature inflammatoire des maladies ; inflammation de la substance propre de la moelle épinière.
Dénominations françaises et étrangères. — Rachialgite; rachialgitis; spinite; spinitis.
Dénominations suivant les auteurs. — Pleuritidis dorsalis (!), Hippocrate; medullœ spinalis in- Jlammatio , Haefner; myelitis , Harless et Klohss; noUcomyelitis, de vu-naïo?, dorsal , et lmjsXoç, moelle, inflammation de la moelle dorsale; rachialgitis , Brera; spinitis et spinite , des médecins français.
On a souvent décrit sous les noms différents qui viennent d'être indiqués l'inflammation de la moelle et de ses enveloppes. Il ne sera question , dans cet article, que de la myélite proprement dite, qui doit servir à désigner exclusivement l'inflammation de la moelle. Nous décrirons séparément : 1° la myélite aiguë ; 2° la myélite chronique.
1" Myélite aiguë ; analomie pathologique. — A une époque encore peu éloignée de nous , on rangeait parmi les altérations anatomiques causées par l'inflammation toutes les modifications anormales de structure que l'on rencontrait dans les tissus; cette manière d'envisager l'origine des désordres trouvés sur le cadavre en simplifiait beaucoup l'étude, mais ne pouvait satisfaire les hommes adonnés à une observation rigoureuse des maladies. Pendant longtemps toutes les altérations de la moelle, l'atrophie, l'hypertrophie, les dégénérescences de tissus, ont été rattachées à l'inflammation comme tant d'autres lésions d'organes ; mais aujourd'hui on est revenu à de tout autres idées, sans pouvoir séparer toujours bien nettement ce qui appartient à la phlegmasie de ce qui lui est étranger. Le ramollissement, la suppuration et l'hypertrophie nous paraissent être les seules lésions que l'on soit en droit de rapporter à la myélite aiguë : mais quels sont les caractères anatomiques de ces lésions , et comment les distinguer de celles qui dépendent d'une autre cause? c'est ce que nous nous efforcerons d'établir autant qu'il est possible de le faire, avec les observations qui sont contenues dans les annales de la science ; ce qui rend la difficulté plus grande encore c'est qu'elles sont compliquées,
le plus ordinairement, de maladies des méninges ou de maladies du cerveau.
A. Injection avec conservation de la consistance normale. — M. Bouillaud admet dans la myélite les phases suivantes : 1" l'injection avec augmentation légère de consistance ; 2° le ramollissement ; 3° les suppurations diffuses et lés abcès (art. Myélits, Die/., de médec. et chirurg. prat. , t. xi). La première de ces altérations est extrêmement rare; et la plupart des auteurs affirment que le ramollissement est la lésion qui se montre tout d'abord; cependant on peut admettre qu'un premier degré d'hypérémie amène dans la moelle, comme dans le cerveau, une turgescence particulière qui donne momentanément à la substance nerveuse une plus grande fermeté (voy. Encéphalite). En pareil cas , il est presque impossible de dire si l'hypérémie tient à une phegmasie commençante ou à une simple congestion de la moelle.
B. Injection avec ramollissement. — Les lésions traumatiques dont le canal vertébral et la moelle sont le siège peuvent servir à éclairer l'histoire du ramollissement phlegmasique de ce cordon nerveux. On voit dans un grand nombre d'observations que, audessus et au-dessous des points contus ou dilacérés de la moelle, la substance médullaire est rouge, injectée, ramollie. L'injection est presque toujours plus marquée dans la substance grise que dans la blanche. Dans un cas rapporté par M. Gaultier de Glaubry, la moelle était, ea certains points, d'un rouge foncé (Journ. génér. de médec. , t. xxx , p. 120).
La texture délicate et friable de la moelle explique suffisamment la rapidité avec laquelle l'inflammation ou la simple congestion phlegmasipare entraînent la désorganisation et le ramollissement de la substance nerveuse. Abercrorabie et M. Ollivier ne parlent que du ramollissement commençant. Le ramollissement peut être partiel ou général. Il y a peu d'années encore que l'on croyait que le cordon spinal , en raison de son peu d'épaisseur, ne pouvait être atteint partiellement; aujourd'hui l'on possède des faits nombreux qui prouvent que tantôt les cordons antérieurs seuls sont ramollis (Velpeau , Ârchiv. génér. de médec, t. vu, p. 68 ; — Serres , Journ. de physiolog., juillet 1 825 ; — Calmeil, De la Parai, des aliénés, obs.44 ; — Royer-Co!]ard,^rc,7nV. génér. de médec, t. xxvn, p. 252 ; — Combette, Hémato~myêlie , Arch. génér. de médec. 3 t. xxv, p. 101, 1831 , etc.), tantôt les faisceaux postérieurs (Cruveilhier, Anat. pathol., 32e livr.,p. 21; — Longet, Anat. et phys. du syst. nerv., 1. 1 , p. 347 et suiv.). On voit aussi la perte de consistance n'exister que dans les couches superficielles. Dans un cas cité par M. Prus, le ramollissement n'intéressait que les cordons postérieurs, latéraux et antérieurs du bulbe supérieur de la moelle ; la substance grise était à peine altérée (Quelque s faits
MYÉ
MYÉ
relat. à la palhol. de la mocl. ép. ; Revue médic, p. 372 , obs. 2e , ann. 1 8-îOJ. Le ramollissement peut être limité à uoe région (cervicale , dorsale, ou lombaire) , à la substance blanche ou à la substance grise.
M. Ollivier cherche à prouver que la phlegmasie qui se développe primitivement dans le tissu de la moelle débute le plus ordinairement dans la substance grise avant de s'étendre aux autres parties du cordon spinal ; mais les faits rapportés plus haut prouvent qu'il peut aussi affecter exclusivement les autres parties.
La substance blanche enflammée se colore de différentes manières. La pulpe nerveuse prend alors des teintes rouge amaranthe, rouge brun, lie de vin, violet, jaune ou gris, plus ou moins foncées. Souvent aussi elle reste parfaitement blanche ; nous avons dit que la nature inflammatoire de ces derniers ramollissements n'était pas encore parfaitement établie aux yeux de beaucoup d'auteurs. La substance grise enflammée offre une teinte rose ou lilas tout à fait semblable à celle que l'on observe dans la substance grise du cerveau enflammé.
Le ramollissement de la moelle est porté quelquefois jusqu'à la diffluence ; on ne peut alors détacher la moelle du conduit osseux qui la contient sans la réduire en bouillie. Dans quelques cas , la substance nerveuse est entièrement détruite, et la continuité du cordon médullaire interrompue; ces derniers faits méritent de nous arrêter un instant. Dans un cas observé par M. Rullier, la portion cervico- dorsale de la moelle était ramollie, dans une étendue correspondante à huit ou neuf paires de nerfs, à un point tel que la substance nerveuse était remplacée par un liquide baignant une sorte de réseau celluleux (Journ. de physiologie expérimenta avril 1823). On trouve des faits semblables dans le travail important de M. Velpeau (Mém. sur quelques altér. de la moelle épin. ; Archiv. génér. de médec, t. vu, p. 329, 1825). Ces faits prouvent que la myélite peut déterminer la désorganisation complète de la moelle. Dans quelques cas , une portion entière de ce cordon était détruite, et il existait une interruption de plusieurs pouces entre les deux portions ainsi séparées ; parfois celles-ci ne présentaient aucune lésion (Abercrombie, ouvr. cit., p. 550). Dans la moelle comme dans le cerveau, il peut exister des degrés variables de ramollissement ; dans un premier degré , c'est à peine si la consistance de l'organe est diminuée; dans un second, il se réduit en bouillie et peut même devenir tout à fait liquide.
Une autre forme de ramollissement, notée par quelques auteurs , porte sur la substance grise exclusivement; celle-ci, liquéfiée, persiste à l'intérieur de la substance blanche, ou disparaît par suite d'un travail de résorption , et il en résulte une ou deux cavités intérieures entourées par la substance blanche.
Nous avons rapporté de remarquables exemples de cette altération (art. Moelle (atrophie et ramollissement de la ). M. Nonat en a observé un semblable : dans le centre de la moelle , existait un conduit plein de sérosité, qu'il n'hésite pas à considérer comme produit par l'inflammation {Recherches sur le développement d'un canal rempli de sérosité, etc.; Archiv. gén. de méd.} p. 287, 2e série; 1838). Nous avons déjà montré dans un autre article que le ramollissement de la substance grise, et surtout le développement d'une cavité au centre du cordon médullaire, n'indiquaient pas toujours un travail phlegmasique (voy. Moelle (atrophie et ramollissement de la ). Nous ajouterons qu'il ne faut même pas toujours regarder la formation d'un canal central comme l'effet d'une maladie de la moelle. M. Galmeil, qui a étudié avec soin cette disposition anatomique, dit qu'elle résulte parfois d'une variété dans l'organisation ( Anatom. etphys. de la moelle épin.; Journal des progrès , t. xi, p. 81). Il faut enfin savoir que le ramollissement de la substance grise peut être purement cadavérique.
Suppuration avec ramollissement. — Le pus peut être infiltré dans la substance nerveuse, ou réuni en foyer. En raison de la mollesse extrême et de la coloration blanche de la moelle , il est souvent difficile de reconnaître l'infiltration purulente produite par la phlegmasie, celle-ci ayant pour premier effet de diminuer la consistance du tissu nerveux. Abercrombier apporte trois cas empruntés à Brera , dans lesquels ce dernier auteur se borne à dire que la moelle était ramollie, dissoute et suppurée dans une étendue variable (ouvr. cité, p. 528). (Délia rachialgite; Cenni paîhologici ; Livourne , 1810, in - 4° ) Abercrombie se demande si l'on n'a pas pris, dans tous ces cas, de simples ramollissements pour de la suppuration (ouvr. cité, p. 528). Cependant on ne peut se refuser à admettre que le pus se forme dans le tissu de la moelle comme dans le cerveau ; seulement la matière purulente est facilement confondue avec la substance blanche ramollie.
Le pus rassemblé en foyer forme des abcès qui sont parfois enkystés, comme dans les cas cités par Abercrombie. Le kyste était coloré en jaune à sa surface interne , et siégeait dans le tissu de la moelle allongée (ouvr. cité, p. 144). Dans un autre cas rapporté par le même auteur, le centre du cordon droit de la moelle, au niveau de la portion cervicale, contenait une matière molle comme du pus (p. 530). cependant on peut conserver quelque doute sur cette matière, d'autant plus que l'auteur ajoute qu'elle paraissait être la substance grise convertie en pus. Il est donc probable qu'il n'y avait là qu'un simple ramollissement. M. Velpeau a trouvé sur un homme qui s'était fracturé la dixième vertèbre dorsale un
MYE