‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 5)Chapitre 14 sur 59 · NEP — IÔ · texte numérisé non relu

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le bassinet, et que la résorption purulente était lavé- ' ritable origine de ces accidents.

Le mouvement fébrile est assez intense dans la néphrite; le pouls dur et développé; la bouche pâteuse, mauvaise, sèche; il y a des nausées, parfois des vomissements, du météorisme, et la constipalion.

Marche et durée. — M. Ghomel dit que la néphrite aiguë offre généralement dans tous ses symptômes des exacerbatious ; que la douleur acquiert une grande violence par intervalle, etc. (mém. çjté, p. 9); mais ces symptômes sont ceux de la colique néphrétique déterminée par la présence des calculs rénaux , et nullement ceux de la néphrite : aussi n'avons-nous pu nous servir de la description fournie par cet auteur ou par d'autres qui, sous le titre de néphrite, ne font autre chose que l'histoire de la gravelle. La marche de la néphrite simple est parfaitement continue , il y a seulement des rémissions et des exacerbations, mais aucuue intermittence réelle. M. Rayer n'a pu trouver aucun exemple bien avéré de cette forme de néphrite.

Terminaison. — La résolution s'annonce par la cessation assez rapide des symptômes locaux et généraux; la douleur rénale disparaît, et les urines ne tardent pas à reprendre leurs qualités physiologiques. La résolution n'est pas toujours complète et il n'est pas rare d'observer des indurations des reins chez des sujets qui ont présenté autrefois tous les signes d'une néphrite dont la guérison paraissait complète.

La terminaison par suppuration ne donne pas lieu, comme on l'a cru pendant longtemps , à des urines purulentes , à moins qu'un abcès ne s'ouvre dans les calices , ou que ce ne soit le sommet des cônes qui suppure; ces cas sont rares. Le pus, lorsqu'il existe dans l'urine , provient ordinairement des autres points des voies urinaires, et surtout des calices et du bassinet. L'apparition subite de pus dans l'urine ne suffirait pas pour lever tous les doutes à cet égard : on reconnaîtra cette terminaison quand le malade, après avoir éprouvé des douleurs vives dans les reins, sera pris d'un frisson intense, de malaise et d'anxiété; lorsque le pouls deviendra petit et fréquent , et qu'on verra paraître des symptômes cérébraux et ataxoadynamiques.

Tel est encore le groupe de symptômes que l'on observe dans les cas où le tissu rénal est frappé de gangrène ; seulement ils sont encore plus intenses : faiblesse du pouls, refroidissement des extrémités, subdélirium, rêvasseries, soubresauts de tendons, sueurs froides, cessation de la douleur, vomissements, hoquet, taches pétéchiales à la surface du corps : voilà les signes de la néphrite gangreneuse. Les symptômes qui ont le plus de valeur sont l'émission d'une urine bourbeuse, noirâtre comme de

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l'eau de fumier, ou la suppression complète de l'urine; malheureusement ils manquent dans un grand nombre de cas. M. Rayer ne les a vus que dans deux cas où la gangrène avait frappé plusieurs mamelons et le bassinet , dont le détritus se mélangeait avec l'urine.

Nous pourrions encore ranger parmi les terminaisons de la néphrite les différentes lésions qui surviennent lorsque la matière purulente se fait jour au dehors , ou est versée dans quelques viscères voisins à l'aide d'une communication fistuleuse; mais nous serons obligés d'y revenir quand il sera question de la pyélite. La néphrite chronique succède souvent à la forme aiguë : dans ce cas , tous les symptômes de la maladie persistent et se prolongent sans diminuer sensiblement, ou bien ils disparaissent par intervalle, puis on voit revenir l'hématurie et la douleur rénale.

Espèces et variétés. — La néphrite calculeuse a été admise par tous les auteurs anciens , et a fait jusque dans ces derniers temps les frais de toutes les descriptions de néphrite ; cependant, c'est un étrange abus que de comprendre sous ce nom la lithiase rénale, ou, en d'autres termes, la production de calculs et de graviers dans les voies urinaires. En suivant une pareille marche , on commet une erreur de la même espèce que si l'on appelait les calculs biliaires une hépatite calculeuse parce que le foie s'est enflammé par la présence des concrétions de la bile. Examinons d'ailleurs les caractères anatomiques et les symptômes de la néphrite calculeuse. Prenons au hasard une des observations rapportées par les auteurs. M. Ghomel raconte l'histoire d'une jeune fille qui mourut après avoir présenté tous les signes de la colique néphrétique , tels que des douleurs rénales violentes, la suppression de l'urine, des vomissements, du hoquet. A l'ouverture du cadavre, on trouva dans le flanc droit une tumeur du volume des deux poings formée par le rein ; les calices étaient grands , dilatés : l'un d'eux renfermait un calcul noir à plusieurs branches, et les autres, de plus petites concrétions. «La membrane muqueuse qui tapisse ces cavités, ainsi que le bassinet, était saine, ainsi que la substance même de l'organe» (mém. cité, p. 480 ). Certes, il faut une singulière préoccupation de l'esprit pour appeler néphrite une distension des cavités du rein sans aucune lésion de l'organe. Beaucoup d'auteurs anciens et modernes , en décrivant la néphrite calculeuse , n'ont fait en réalité que l'histoire des altérations nombreuses auxquelles donne lieu la présence des graviers dans le rein (pyélite , dilatation simple des calices , induration et ramollissement non inflammatoire). Dans la pathologie du rein ( Dictionnaire de médecine, 2e édit.), M. Dalmas rapporte un autre fait de néphrite calculeuse

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emprunté à l'ancien journal de Vandermonde; il est aussi décisif que le précédent. Le rein droit était converti en un vaste kyste. Dans ce cas, où se trouve la néphrite? l'autre rein n'était nullement altéré, suivant Fauteur. Nous le demandons, est-ce avec de pareils faits qu'on prétend établir une néphrite calculeuse ? Si l'on veut dire que la présence des graviers peut enflammer la substance du rein comme elle enflamme si souvent le bassinet et les calices, rien de mieux , et personne n'est disposé à combattre une telle assertion ; mais alors cette phlegmasie n'a rien qui lui soit spécial, si ce n'est la cause qui la détermine. La description des symptômes légitime encore moins l'établissement d'une néphrite calculeuse, car ceux-ci ne diffèrent pas de ceux qui appartiennent à la colique néphrétique et à la gravelle, dont nous avons tracé l'histoire ailleurs (voy. Gravelle). Il survient souvent autour des cavités naturelles du rein dilaté par les calculs des indurations , du ramollissement, des atrophies; mais cette altération appartient plutôt à la néphrite chronique qu'à l'aiguë; et encore une fois , elles n'ont rien de spécial.

La néphrite goutteuse mérite encore moins que la précédente le nom d'inflammation. Voici quelles sont , d'après M. Rayer, les altérations que l'on observe dans le rein : à la surface de la substance corticale ou dans son épaisseur, une foule de petits grains de sable constitués par de l'acide urique ; on les trouve aussi dans l'intérieur des mamelons. Du reste , la coloration jaunâtre , l'anémie et l'induration , doivent faire plutôt rapporter cette néphrite à la forme chronique. En suivant les errements contre lesquels nous nous sommes élevés, on serait fondé à admettre aussi une néphrite vermineuse provoquée par la présence d'acéphacolystes dans le rein, une néphrite par poisons morbides, et d'autres encore dont on pourrait multiplier le nombre, si l'on voulait tenir compte des causes qui les produisent.

La seule néphrite qui forme une espèce à part , et demande à être séparée de celle que nous avons décrite , est celle qui résulte de la réunion d'une phlegmasie aiguë de la membrane interne du rein avec celle de l'organe lui-même. Nous décrirons ailleurs la py élite, dont la coexistence avec la néphrite constitue la pyélo-néphrite : c'est là une véritable complication.

Périnéphrite aiguë. — Cette phlegmasie partielle ne mérite qu'une place secondaire dans les espèces de néphrite , elle consiste en une inflammation des membranes adipeuse, celluleuse et fibreuse des reins : elle est aiguë ou chronique comme l'inflammation du rein. M. Rayer assigne pour caractère anatomique à la première , l'injection et l'hypérémie des vaisseaux qui rampent entre la tunique fibreuse et le parenchyme rénal, l'infiltration de sérosité ou de pus

dans les mêmes points; des dépôts de lymphe plastique , ou des ecchymoses en dehors ou sous la tunique fibreuse ; quelquefois, enfin, cette dernière est rompue par la matière purulente qui se fraye une issue dans les parties environnantes. Les collections purulentes qui se forment dans le tissu cellulaire extra-capsulaire sont souvent fort considérables. M. Rayer met au rang des altérations produites par la périnéphrite , l'infiltration de sang, de sérosité ou de pus dans le tissu cellulaire qui entoure les reins, le muscle carré des lombes , et même le tissu aréolaire sous-cutané de la région lombaire (ouvr. cit., t. m; 1841 ). Il est impossible de ne pas voir dans ces altérations un phlegmon du tissu cellulaire situé autour du rein.

La périnéphrite peut être primitive ou consécutive à une inflammation ou une perforation des calices ou du bassinet. Dans le premier cas , elle est difficile à reconnaître. Elle s'annonce par une douleur profonde située dans la région lombaire ; en même temps la fièvre s'allume, et si le pus est formé , le toucher révèle l'existence d'une tumeur, ou tout au moins d'un empâtement douloureux. La percussion peut servir à rendre évidente la tumeur qui s'est développée dans la région lombaire. L'inflammation ne reste pas toujours limitée au pourtour du rein; elle s'étend à cet organe lui-même ou aux viscères environnants, au foie, à la rate et au poumon. Il s'établit entre eux et le foyer purulent des fistules qui conduisent la matière purulente dans le poumon , le colon , ou au dehors. Le pus aune odeur excessivement fétide et comme stercorale. L'urine prend une couleur plus foncée, comme dans l'état fébrile, mais ne contient ni pus, ni albumine , ni d'autre matière. Quand un abcès développé extérieurement au rein s'est fait jour au dehors, le pus qui s'en écoule a, dit-on, une odeur urineuse des plus prononcées. M. Rayer ne lui a jamais trouvé cette odeur, bien qu'il l'ait recherchée maintes fois; la fétidité qu'il exhale a été comparée par ces observateurs à celle du pus fourni par les abcès stercoraux.

Le diagnostic de la périnéphrite est assez difficile, soit à son début , soit après la formation des abcès. Dans le premier cas, elle simule la néphrite commençante ; mais l'urine ne contient pas de sang , de pus, ni d'albumine , à moins que la périnéphrite ne soit consécutive à une pyélite et à la gravelle. Quant aux abcès extra-rénaux, ils peuvent être confondus avec des abcès stercoraux, par congestion ou de la fosse iliaque.

Diagnostic. — Il n'offre pas ordinairement de difficultés quand les symptômes de la néphrite sont simples; mais on peut éprouver quelque embarras lorsqu'ils s'accompagnent de phénomènes cérébraux ou typhoïdes. Il faut alors tenir grand compte des accidents locaux , de la douleur rénale et des caractères séméiologiques fournis par l'urine. Elle charrie

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une assez grande quantité de sang et d'albumine; elle se supprime ou devient très-rare, et n'est rendue qu'avec des ténesmes vésicaux plus ou moins répétés. Ou doit aussi s'enquérir avec soin de l'état antérieur des voies urinaires et rechercher si le sujet n'était pas affecté de gravelle, de maladie de vessie ou de la prostate.

Le hoquet , le vomissement, les frissons irréguliers et intenses, le refroidissement des membres , le subdéliriuin, pourraient faire croire à une affection du péritoine ou à quelque étranglement; mais les caractères tirés de l'examen de l'urine aideront au diagnostic : elles ne sont ni supprimées , ni sanglantes, ni aibumineuses dans ces maladies.

Lorsqu'il se forme du pus en quelques points du rein, les frissons et le paroxysme fébrile peuvent revenir avec une certaine régularité qui en impose pour une fièvre intermittente pernicieuse. M. Rayer n'a pas observé un seul cas de ce genre; seulement il reconnaît qu'une rémission peut avoir lieu et simuler un paroxysme incomplet de fièvre intermittente. Dans le cas où des graviers s'engagent dans les voies urinaires, un paroxysme semblable se manifeste ; mais il n'a rien de régulier, et il suffit d'examiner l'urine qui charrie de l'acide urique ou de savoir que le malade a rendu , à plusieurs reprises, de petits graviers, pour être sur la voie du diagnostic.

Dans la colique néphrétique , l'urine peut contenir du sang , du pus , du mucus , comme dans la néphrite ; mais les douleurs sont très-violentes , ne reviennent que par accès , ne sont pas accompagnées de fièvre , et le malade est rendu à la santé presque à l'instant où elles cessent; d'ailleurs, la douleur lombaire de la néphrite n'a point l'acuité de celle de la colique néphrétique.

D'autres affections que celles du rein peuvent simuler la néphrite : l'inflammation du foie occasionne une douleur qui a son siège dans des points assez rapprochés du rein droit pour qu'on puisse la rapporter à cet organe ; la coloration jaune de la peau , et la percussion , ne laisseraient aucun doute sur le vrai siège du mal. Quant à la colique hépatique , elle ne peut imiter que la gravelle , dont nous avons établi ailleurs le diagnostic différentiel. Le lumbago est souvent assez intense pour simuler la douleur rénale; mais les mouvements exaspèrent la douleur rhumatismale, et nullement celle causée par la néphrite. L'urine, d'ailleurs , conserve ses qualités physiologiques ; il en est de même dans le psoïtis.

Le pronostic de la néphrite est variable 1° suivant la cause : la présence de calculs au sein des calices pouvant renouveler à chaque instant la phlegmasie de ces canaux et du rein , la guérison est difficile à obtenir ; 2° suivant les symptômes : les accidents cérébraux , typhoïdes , les exacerbations fébriles , les

signes de résorption purulente , les vomissements, doivent faire redouter une terminaison promptement funeste; 3° suivant la terminaison : si la suppuration s'établit dans le rein , la mort est le résultat presque constant de cette altération; suivant les complications : la néphrite calculeuse est très-sujette à récidiver en raison des corps étrangers qui sont une cause permanente d'irritation.

Complications. — Les plus communes sont les maladies du canal de l'urèthre, de la prostate, de la vessie , les calculs rénaux. On doit voir dans ces affections |des causes de néphrite plutôt que des complications. La périnéphrite et la pyélite sont les deux complications les plus communes; elles le sont même à un tel point que plusieurs auteurs n'ont pas hésité à en comprendre l'étude dans l'histoire de la néphrite. Viennent ensuite les affections des voies urinaires, enfin les maladies dont l'influence ne nous paraît pas encore suffisamment démontrée, telles que les maladies de la moelle , du cerveau , la grossesse , etc. etc.

Les causes et le traitement de la néphrite seront exposés lorsque nous aurons fait l'histoire de la néphrite chronique.

Néphrite chronique.

Anaiomie pathologique. — Les difficultés que l'on éprouve pour établir les caractères propres aux lésions que provoque la néphrite aiguë augmentent encore lorsqu'il s'agit de déterminer ceux qui appartiennent à l'inflammation chronique du rein; on court risque, à chaque instant, de lui rapporter des altérations dont l'origine phlegmasique est plus que douteuse : c'est , du reste , ce qui arrive toutes les fois qu'il est question de la phlegmasie chronique des parenchymes , spécialement du foie , de la rate et du rein.

A. Colorations morbides. — Il est rare d'observer des colorations rouges; quelquefois, cependant, la substance corticale s'injecte par plaques ou par bandes , et presque toujours cette hypérémie est de récente formation et entée sur des lésions plus chroniques, comme l'induration, l'atrophie, et les bosselures du tissu rénal. Gelui-ci est ordinairement décoloré , et voici quelles formes affectent spécialement les décolorations morbides : toute la substance corticale est pâle ou d'un blanc jaunâtre, et quand on l'examine avec soin, on découvre que cette coloration ne tient pas au dépôt d'un nouveau produit dans le tissu de l'organe , mais uniquement à ce que ses vaisseaux sont effacés ; en même temps, le tissu devient plus dense et plus compacte; c'est ce qui distingue cette anémie inflammatoire de la simple décoloration, dans laquelle le tissu ne subit aucune autre altération.

V anémie rénale chronique a son siège habituel

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dans la substance corticale , et très-rarement dans la tubuleuse en même temps. Toutefois, M. Rayera vu deux fois l'anémie s'étendre à tout le rein , et, dans un cas, les deux substances ne former qu'une seule masse dure, anémique, d'un blanc mat légèrement bleuâtre , sans trace de stries ou de points vasculaires. Nous parlerons plus loin d'une autre coloration blanche produite par une lésion tout à fait distincte de l'anémie.

B. Jtrophie. — Le rein chroniquement enflammé diminue de volume; son tissu subit un retrait notable en même temps qu'il s'indure. Quelquefois l'organe n'a plus que la moitié de son volume; mais il conserve sa configuration naturelle. Dans d'autres cas, beaucoup plus fréquents, sa surface est inégale, bosselée. M. Rayer signale une disposition fort, singulière qu'affectent les vaisseaux qui se rendent aux parties atrophiées: ils sont isolés, très-développés, entourent la substance lubuleuse «comme les branches d'un vieil arbre, et il est facile d'en suivre toutes les divisions ; coupés en travers, ces vaisseaux font une saillie analogue à celle des vaisseaux divisés d'une matrice de vieille femme» (ouvr. cit., p. 320).

11 faut encore rapporter à l'atrophie partielle les dépressions, les enfoncements que l'on remarque à la surface du rein , ainsi que des sillons constitués par du tissu cellulo-fibreux, autour duquel la substance du rein a éprouvé un notable retrait. Dans d'autres cas, ces dépressions ont une couleur brunâtre ardoisée; presque toutes adhèrent intimement à la tunique fibreuse. On peut les confondre avec les cicatrices qui résultent de la guérison d'un abcès rénal simple ou produit par la présence d'un calcul. L'un de nous a observé, sur un sujet qui succomba avec tous le? signes d'une néphrite chronique simple, une atrophie fort remarquable de la substance corticale; celle-ci ne formait plus qu'une couche excessivement mince , dure et blanchâtre autour des mamelons, qui semblaient comparativement hypertrophiés. Cette lésion se rapproche de celle dont parle M. Rayer. «Les dépressions sont quelquefois si profondes , dit-il , que la base des pyramides est contiguë aux membranes rénales. »

C. Hypertrophie. — Celle-ci accompagne rarement la néphrite chronique, et lorsque la substance rénale forme des saillies et des mamelons , ceux-ci tiennent le plus ordinairement à ce que le tissu ambiant est atrophié, et à ce qu'une lymphe concrète s'est déposée dans ce tissu ou sous la capsule d'enveloppe.

D. Induration. — Nous venons de. voir que l'atrophie, l'anémie, et les autres lésions du rein, sont presque toujours réunies à l'induration. Celle-ci est, en effet, ie résultat le plus constant de la néphrite chronique , et toutes ks fois qu'elle existe sans que

le tissu de l'organe soit autrement altéré , on est en droit de la rapporter à un travail inflammatoire chronique. Nous avons eu occasio,ta de voir une induration partielle qui ne portait que sur cinq mamelons d'un rein; leur tissu était tellement dur, qu'il criait presque sous le scalpel ; il était blanc , décoloré, et à la base des mamelons on voyait de belles arcades formées par les vaisseaux dilatés. D'autres fois les mamelons sont jaunâtres, et leur sommet devient très-aigu.

E. Infiltration purulente. — La suppuration est rarement observée dans la néphrite chronique; cependant on a vu , dans quelques cas , la matière purulente infiltrée dans les mamelons (Rayer, pi. m , fig. 6,2). Peut-être aussi faut-il rapporter à cette cause quelques-unes de ces colorations blanchâtres partielles que présente la substance corticale.

F. Ulcérations. — M. Rayer a vu de petites ulcérations au sommet des mamelons , qui présentaient en outie des dépressions remplies de matière purulente; les calices en contenaient aussi une certaine quantité.

La capsule du rein contracte des adhérences intimes avec les tissus affectés; elle s'épaissit, devient blanchâtre , et l'on voit s'y développer du tissu fibrocartilagineux ou des plaques osseuses , que l'on aurait tort de rapporter toujours à un travail phlegmasique. C'est lui faire une part trop large que de lui attribuer les kystes, les vésicules, et les corps cartilagineux que l'on trouve dans la substance corticale. Quant aux altérations que présentent souvent les calices, le bassinet, les uretères, elles se rapportent à une maladie qui sera décrite ailleurs (voy. Pyélite).

Symptômes. — La néphrite chronique, soit qu'elle succède à la forme aiguë , soft qu'elle s'établisse sourdement par l'effet d'une cause qui agit incessamment sur le rein, comme peut le faire un gravier , donne lieu à une douleur habituelle dans la région lombaire. Elle est, en général, très -obscure, et n'occasionne au malade qu'un sentiment de gêne, qu'il rapporte à la fatigue ou à du rhumatisme. Elle est plus prononcée quand on appuie fortement sur la région occupée par le rein, s'exaspère par les écarts de régime et par les fatigues , cesse entièrement pendant un temps souvent assez long , revieut par attaques sourdes, et finit enfin par être continue. Elle n'offre jamais l'intensité qu'elle a dans la néphrite aiguë, et n'envoie pas des irradiations sympathiques aussi éloignées et aussi nombreuses.

Les signes fournis par l'urine sont les plus précieux de tous , et réclament toute l'attention du séméiologiste. L'urine ne renferme que, dans des cas rares, du sang ou de l'albumine. Elle devient neutre , alcaline, trouble, et laisse déposer des sédiments constitué.; par du phosphate de chaux. M. Rayer at-

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tache uae grande importance à l'alcalinité de l'urine, et en fait un des meilleurs signes de la néphrite chronique ; toutefois il ne faut pas s'attendre à constater cette altération à toutes les époques de la maladie. Sous l'influence d'un écart de régime, delà fatigue, de l'humidité, etc., il peut se faire que l'urine, qui était transparente et acide la veille ou quelques jours auparavant , redevienne trouhle, alcaline et chargée de phosphate de chaux, et cela dans un temps assez court. Les douleurs réuales se dissipent ou reparaissent de la même manière , et il y a aussi , pendant un certain temps , une série d'attaques irrégulières , entre lesquelles le malade paraît rendu à la santé.

L'urine contient aussi des globules de mucus en excès , et même du pus; dans ce dernier cas , le bassinet ou la muqueuse des voies urinaires sont enflammés. On observe plus rarement des sédiments formés de phosphate ammoniaco-magnésien. La néphrite chronique est, suivant M. Rayer, une des conditions les plus favorables à la production des calculs phosphatiques ( ouvr. cit. , p. 311). L'émission de l'urine est plus fréquente que dans l'état normal, et les quantités de ce liquide diminuées.

Pendant un temps assez long la santé du malade n'est pas sensiblement altérée , et les symptômes locaux sont les seuls que l'on observe; mais il arrive, enfin, après plusieurs attaques successives, que les malades s'affaiblissent , mais sans fièvre bien appréciable. 11 faut toute l'autorité du nom de M. Rayer pour nous faire admettre que , lorsqu'il n'y a ni engorgement de la prostate, ni paralysie, ni inflammation de la vessie, les malades n'ont point de fièvre, seulement ils maigrissent et dépérissent insensiblement (ouvr. cit., p. 31 1 ) ; ils ont, en outre, de l'engourdissement et de la faiblesse dans les membres inférieurs.

Marche, durée, terminaison. — La néphrite chronique a, en général, une durée fort longue : si elle succède à l'inflammation aiguë, la fièvre et la douleur perdent de leur intensité, la douleur devient intermittente, mais les urines continuent à être alcalines, sédimenteuses, etc. Le caractère important de la néphrite est d'offrir une série de rémissions plus ou moins longues et plus ou moins complètes, jusqu'à ce que la terminaison heureuse ou malheureuse ait lieu. Lorsque les attaques s'éloignent, que les urines reprennent leurs qualités physiologiques, et que la douleur disparaît , la résolution de la néphrite peut s'opérer; on compte un certain nombre de guérisons ainsi obtenues. Dans d'autres cas, la néphrite repasse à l'état aigu; la violence des douleurs, l'hématurie, l'expulsion des graviers, la suppression de l'urine, les vomissements, la fièvre, les symptômes typhoïdes ou cérébraux annoncent cette terminaison qui entraîne ordinairement la mort des sujets.

Espèces et variétés- — Périnéphrite chronique L'histoire de cette phlegmasie n'est point encore faite, ce qui s'explique par l'obscurité des symptômes et la difficulté extrême que Ton éprouve à la distinguer de la néphrite simple ; nous dirons seulement que les adhérences intimes qui s'établissent entre la capsule du rein et cet organe, les productions fibreuses, cartilagineuses et osseuses dont nous avons parlé en faisant l'étude de la néphrite chronique, sont peut-être le résultat de la périnéphrite chronique. Quant aux symptômes , ils sont les mêmes que ceux de la phlegmasie aiguë.

La néphrite rhumatismale peut être aiguë ou chronique ; nous n'en avons point parlé en traitant de la néphrïle aiguë, parce que cette maladie ne nous paraît pas avoir une corrélation bien démontrée avec le rhumatisme , et surtout dépendre d'un travail phlegmasique évident. M. Rayer, qui a établi cette espèce de néphrite, reconnaît lui-même qu'il est souvent impossible de la distinguer de la néphrite par poisons morbides (p. 74). Les lésions anatomiques sont 1° des dépressions plus ou moins profondes à la surface du rein ; 2° des dépôts d'une matière plastique ferme et solide, et qui , à l'exception de sa couleur, ressemble assez bien à du tissu cellulaire condensé ; 3° l'adhérence intime de la capsule fibreuse avec le tissu rénal; 4° l'opacité et l'épaississement de cette membrane. Quant aux symptômes, «ils sont tellement obscurs dans la plupart des cas, que , dans l'état actuel de la science , il est à peu près impossible d'assigner les caractères à l'aide desquels on peut sûrement la reconnaître» (Rayer, ouvr. cit. , p. 75). On voit donc que l'étude de cette espèce de néphrite est très-obscure; du reste, les lésions cadavériques ne sont pas en faveur d'une inflammation du rein.

Diagnostic. — Les maladies que l'on peut confondre avec la néphrite chronique sont , d'abord , les autres formes de néphrite admises par les auteurs. Dan s la néphrite arthritique, il y a des dépôts d'acide urique dans l'urine et expulsion de graviers formés par des urales; dans la néphrite albumineuse, l'albumine est sécrétée d'une manière permanente et continue, tandis qu'elle ne se montre que passagèrement dans l'urine des sujets atteints de néphrite chronique.

La pyélile chronique se dislingue de la néphrite en ce que l'urine contient du pus et du mucus purulent; dans la néphrite, les sédiments et les dépôts sont constitués par les phosphates. Ajoutons d'ailleurs que dans la néphrite chronique le rein diminue de volume, et qu'on pourrait reconnaître cette atrophie par la percussion; dans la pyélile chronique causée par des calculs, le rein forme une tumeur souvent considérable que l'on reconnaît par la percussion et le toucher.

Ni la colique néphrétique causée par les calculs, ni

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la colique hépatique, m la néphralgie, ne peuvent en imposer pour une néphrite chronique ; la douleur et la brusque cessation des autres accidents ôteut toute incertitude à cet égard : un abcès lombaire symptomatique pourrait provoquer les mêmes accidents locaux qu'une néphrite , mais l'exploration de l'urine servirait à fixer nettement le diagnostic; jamais elle n'est altérée dans cette maladie. La douleur provoquée par l'hypertrophie ou une toute autre altération de la rate ne pourrait simuler une néphrite , car, en supposant que la percussion ne fît pas découvrir le vrai siège de l'hypertrophie , l'examen de l'urine ferait rapporter la douleur à l'organe réellement affecté; ce liquide n'est jamais altéré dans les maladies de la rate.

Pronostic. — La néphrite chronique est une affection très-grave ; mais le danger que courent les malades est plus grand si elle est occasionnée par un gravier, par une maladie de la vessie , de la prostate , ou de l'urèthre , si l'on voit se développer quelques symptômes qui annoncent une recrudescence de la néphrite, si la constitution est cachectique et délabrée , si le sujet est avancé en âge , et si tous les traitements mis en usage n'ont amené aucun soulagement.

Êtiologie des néphrites aiguë et chronique. — Elles sont plus communes dans un âge avancé qu'aux autres époques de la vie , à cause de la fréquence plus grande des maladies des voies urinaires, dont nous montrerons plus loin l'influence morbifique. On pense généralement que les hommes y sont plus exposés que les femmes. L'hérédité ne paraît avoir aucune part à la production de la néphrite simple; il n'en est plus de même en ce qui touche la néphrite calculeuse et arthritique.

Les causes les plus évidentes sont toutes celles qui portent une action directe sur le rein lui-même : tels sont les coups, les blessures, les chutes, de fortes commotions , des efforts musculaires brusques et violents, dont les muscles du rachis et les parois du ventre sont le siège.

Nous devons encore placer à côté de ces causes certaines substances qui, introduites par voie d'absorption dans le torrent circulatoire, vont exercer, dit-on , une funeste influence sur le tissu du rein qu'elles irritent; de ce nombre sont les préparations de canlharides, l'huile essentielle de térébenthine, les emménagogues , les diurétiques portés à des doses élevées. Ces substances peuvent être nuisibles; mais elles ne suffiraient pas pour produire la néphrite sans quelque autre condition morbide que nous ne connaissons pas.

L'action du froid humide sur le corps en moiteur est considérée par M. Rayer comme une cause trèsfréquente de la néphrite simple. «Cette influence

du froid et de l'humidité devient plus manifeste dans quelques cas où elle est favorisée par d'autres circonstances, et en particulier par une maladie des voies urinaires» (ouvr. cit., 1. 1, p. 297). On ne sait pas jusqu'à quel point les écarts de régime et les privations peuvent agir dans la production de la néphrit». L'un de nous a observé deux cas dans lesquels la néphrite avait été évidemment provoquée par la misère et la privation d'aliments.

Les causes qui amènent le plus fréquemment l'inflammation du rein sont les maladies viscérales. Les unes ont leur siège dans les voies urinaires, les autres dans des organes plus ou moins éloignés, et il importe de bien connaître le mode suivant lequel elles agissent dans la production de la maladie. Il faut placer en tête de toutes les causes morbifiques qui ont leur siège dans les reins les calculs formés au sein des calices et du bassinet. La présence de ces corps étrangers qui grossissent et se déplacent finit par amener l'inflammation de la membrane qui tapisse les calices et le bassinet, et la phlogose ne tarde pas à se transmettre jusqu'au tissu du rein. Cette cause de néphrite est tellement commune que, jusque dans ces derniers temps, on a décrit presque uniquement cette néphrite calculeuse sans s'apercevoir qu'elle se composait de plusieurs maladies : de la phlegmasie des calices et du bassinet d'abord , et surtout de la lithiase , qui est le point de départ de tous les accidents. Quelquefois les graviers se forment dans les petits conduits urinifères du rein , et à mesure qu'ils grossissent, ou seulement par leur présence, ils ne tardent pas à déterminer une néphrite, qui est le plus ordinairement chronique. La pyélite aiguë ou chronique simple , ou provoquée par la présence des calculs , amène de la même manière une néphrite. Enfin, c'est par un mécanisme semblable que les entozoaires , les abcès contigus au rein et développés dans les lombes , auprès de la capsule rénale, sont quelquefois la cause d'une néphrite, agissent, en général, d'une manière continue, et ne déterminent le plus ordinairement, dans la membrane interne du rein et dans celui-ci, qu'une inflammation chronique; cependant, la pénétration subite d'un calcul dans le bassinet ou l'uretère, ou le déplacement qu'il subit, suffisent pour occasionner assez souvent une pyélite aiguë ou une néphrite, qui se termine par suppuration.

Les autres maladies du rein qui ont une grande part dans la production de la néphrite sont les maladies de l'uretère, de la prostate, de la vessie et de l'urèthre. L'incontinence habituelle de l'urine remplacée tout à coup par une rétention de ce liquide peut occasionner la néphrite; on l'observe encore dansl'uréthrite, dans les inflammations de la vessie, et à la suite des opérations que l'on pratique sur ce

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réservoir, soit dans le but d'y pénétrer avec la sonde (cathélérisme, injection), soit pour en extraire des calculs (lithotritie, taille) : l'inflammation se propage alors de la vessie au rein.

L'accumulation de l'urine dans la vessie ou dans les autres canaux qui la contiennent a été considérée comme une cause de néphrite. M. Rayer attribue à cette rétention d'urine les néphrites que Ton voit paraître dans le cours des maladies du cerveau et de la moelle ; on sait qu'elles ont pour effet ordinaire d'entraîner les paralysies de la vessie. «L'urine retenue dans son réservoir, dans les calices et le bassinet , occasionne l'inflammation de ces conduits et de la substance du rein» ( loc. cit., p. 296). La rétention d'urine et la présence des calculs agissent de la même manière , et expliquent d'une façon toute mécanique le développement de la phlegmasie rénale. Les maladies de l'utérus, des ovaires et du rectum, favoriseraient aussi , d'après M. Rayer, la production de la néphrite, en amenant la rétention de l'urine dans les uretères, les bassinets, les calices, et, par suite, l'inflammation de la substance rénale. La goutte agit de la même manière que la gravelle , et , de plus , elle s'accompagne de la sécrétion de petits graviers d'acide urique qui se déposent dans la substance du rein , et finissent par l'enflammer.

On a rangé au nombre des causes de la néphrite quelques maladies générales, telles que la variole, la fièvre jaune, la fièvre typhoïde, la morve, l'infection purulente, le charbon , parce qu'on a trouvé les reins ramollis ou semés de petits foyers purulents ( art. Reins ( Pathologie ) , Dict. de méd. p. 336 , 2e édit.). Mais on a rattaché à tort de pareilles altérations à la néphrite, et quant à l'odeur fétide , à la couleur verdàtre , à l'emphysème constatés dans les reins, chez les sujets qui avaient succombé à ces maladies, on s'est évidemment mépris sur leur véritable nature : ces lésions sont purement cadavériques. Le rhumatisme peut être accompagné de néphrite. Lorsque la phlegmasie se porte sur la capsule fibreuse , il en résulte une périnéphrite, plutôt qu'une néphrite simple ; nous devions cependant mentionner ici cette cause de phlegmasie.

Toutes les causes que nous venons d'énumérer, suivant qu'elles agissent avec plus ou moins d'intensité , occasionnent une néphrite aiguë ou chronique, et elles sont communes à ces deux formes de la maladie. Traitement. — A. De la néphrite aiguë. On ne doit pas oublier, dans le traitement de cette maladie, qu'elle est souvent consécutive à un calcul, à une gravelle et à la disposition générale de l'économie qui engendre ordinairement la lithiase (diathèse goutteuse), ou, enfin, à d'autres maladies des voies urinaires ou d'autres organes plus éloignés encore ; il faut s'attacher à combattre avant tout , ou au moins en

même temps , les maladies dont nous venons de parler : ce qui rend la guérison de la néphrite si difficile , surtout quand elle est passée à l'état chronique, c'est précisément parce que derrière elle existe une cause qui tend à la reproduire sans cesse. Ainsi donc, on commencera par instituer le traitement de la gravelle, de la goutte, du rhumatisme, de la pyélite, etc., avant de s'occuper du traitement de la néphrite.

Le malade doit être tenu à une diète rigoureuse, à l'usage des boissons délayantes et mucilagineuses , et on commencera par lui pratiquer une saignée, si sa constitution n'est point trop délabrée et si l'appareil fébrile est intense. Dans tous les cas, on ne doit pas hésiter à faire appliquer sur la région lombaire des sangsues , ou mieux encore des ventouses scarifiées, et à revenir plusieurs fois à l'emploi de ce moyen , en laissant un ou deux jours d'intervalle entre chaque application. 11 faut aussi renouveler sans crainte la saignée, si le malade a été soulagé par la première, si son pouls a repris du volume et de la force, ce qui arrive fréquemment, et surtout si la violence du mouvement fébrile, les frissons, les vomissements , font redouter la suppuration du rein. On doit préférer alors la saignée générale aux émissions sanguines locales , qui ne désemplissent que très-indirectement les vaisseaux du rein. La saignée est le seul moyen de prévenir le passage de la néphrite aiguë à l'état chronique. M. Rayer conseille de répéter la saignée deux fois dans les vingt-quatre heures, lorsque la phlegmasie a été produite par l'impression du froid et de l'humidité, et qu'elle revêt une forme inflammatoire très-manifeste.

Les émissions sanguines générales et locales constituent la base du traitement , et si elles ont été prescrites avec quelque hardiesse, elles peuvent conduire rapidement la néphrite à la résolution. Toutefois, il est utile de favoriser l'action salutaire des saignées par l'emploi de quelques autres antiphlogistiques , par l'apposition de cataplasmes sur la région lombaire, sur tout le ventre, par des lavements émollients plusieurs fois répétés dans les vingt-quatre heures, par des bains tièdes prolongés pendant deux à trois heures. La fièvre et une grande faiblesse devraient faire renoncer à l'emploi du bain.

Souvent, à la suite d'un traitement dirigé suivant les règles que nous venons de tracer, on observe une complète suspension de tous les accidents, mais bientôt reparaissent de nouveau la fièvre et les douleurs du rein ; il faut alors revenir à la thérapeutique déjà mise en usage.

On a proposé, pour combattre l'alcalinité de l'urine, de faire prendre aux malades des acides végétaux ou minéraux-, enfin, on a cru aussi pouvoir empêcher la précipitation de phosphate de chaux , mais ce résultat n'a presque jamais été obtenu.

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Lorsque la néphrite s'accompagne de ces accidents graves typhoïdes ou cérébraux que nous avons signalés, ou modifie le traitement et on le dirige contre la complication; on traite alors, par les moyens usités en pareil cas, les maladies qui ont amené le développement de calculs et la rétention d'urine : tantôt c'est une maladie chronique de l'urèthre, de !a prostate ou de la vessie, tantôt une affection du cerveau ou de la moelle qui détermine la paralysie de la vessie et la rétention d'urine. Quant au traitement de la néphrite caiculeuse , goutteuse et rhumatismale , il se compose de deux parties essentielles : 1° du traitement de la néphrite qui doit être attaqué par les agents thérapeutiques que nous avons signalés; 2° du traitement de la gravelle , de la goutte et du rhumatisme dont nous avons amplement traité ailleurs.

B. Traitement de la néphrite chronique. — Malgré tous les efforts du médecin , et lors même qu'il a reconnu à temps l'existence de la néphrite, elle peut passer à l'état chronique. !I faut alors prescrire un régime diététique convenable. La peau doit être convenablement excitée par des vêtements de flanelle, par des bains d'eau tiède souvent répétés, et par des frictions stimulantes pratiquées sur les membres inférieurs. On éprouve quelque embarras pour établir le régime alimentaire qu'il convient de faire suivre aux malades ; les uus ont préconisé les aliments végétaux, d'autres les viandes, à l'exclusion de toute autre substance. M. Rayer, qui a essayé comparativement ces deux régimes, préfère le régime animal. «Sous son influence, dit-il, non-seulement la sécré- I ion urinaire a été avantageusement modifiée dans un certain nombre de cas. mais l'état de la constitution s'est amélioré, lors même que le dérangement de la sécrétion de l'urine a persisté» (ouvr. cit., p. 333).

Lorsque la néphrite chronique est établie, et que l'on a essayé sans succès quelques applications de ventouses scarifiées, il faut avoir recours à des éxutoires que l'on place sur les régions lombaires: on doit surtout préférer les cautères profonds établis avec le moxa, parce qu'ils fournissent une longue et surtout une abondante suppuration. Il ne faut pas non plus négliger l'usage des douches d'eau simple ou sulfureuse, ou alcaline, dirigées sur la région lombaire , et des eaux minérales de Balaruc, de Spa, de Seltz, et i.:ê:ne de Vichy, que l'on a recommandé de prendre en bain et en boissons, à hautes doses. Malheureusement, l'emploi de ces moyens n'est pas toujours suivi de la guérison , et alors on est contraint de prescrire de simples palliatifs , des boissons formées avec la décoction de feuilles d'uva ursi, de pareira brava, de h mblon, dejusquiame , de graines de carottes, etc., ûe lavement avec le camphre et l'opium, pour diminuer les besoins fréquents d'uriner qu'éprouve le malade : quelques médecins ont vanté le calomélas, les

pilules bleues, les extraits astringents de ratanhia , le tannin, la térébenthine cuite , etc.

Historique et bibliographie. — Les Grecs connaissaient les principales altérations du rein, et particulièrement la néphrite suppurée, la distension de l'organe par les calculs et la matière purulente; mais il est difficile de découvrir dans leurs descriptions une mention bien nette de la néphrite simple qui fait le sujet spécial de cet article. Disons plus, jusqu'à l'époque où M. Rayer fit paraître son Traité des maladies des reins (1 839), on continuait à décrire sous le nom de néphrite des maladies du rein très-différentes par leur nature et leur siège (gravelle, pyélite) , et c'est à cet auteur que l'on doit l'histoire la plus complète de la maladie.

Hippocrate parle de la néphrite caiculeuse et des abcès du rein ; Rufus d'Éphèsc a fourni une description qui a été reproduite par Aetius, et donne une idée fort exacte des causes de la maladie (de Vesicoz renumque affectibus , in-4°, 1726; ap. Rayer, ouvr. cité, p. 335). On doit à Galien un tableau fort complet de tous les symptômes de la néphrite aiguë; et il indique très-bien les signes fournis par l'examen de l'urine; le traitement y est exposé avec les plus grands détails, et l'on trouve mentionnée une foule de remèdes qui ont été préconisés plus tard par tous les auteurs galénistes. On doit à Aretée une distinction importante; il divise la néphrite en aiguë et en chronique. «Paul d'Égine décrit d'une manière brève, mais nette, l'inflammation aiguë des reins, qu'il recommande de traiter par la saignée et d'autres remèdes antiphlogistiques. »11 expose très-clairement les caractères des abcès du rein et, comme Aetius l'avait déjà fait, l'induration de ces organes (apud Rayer, t. i,p. 337).

Fernel parle souvent de l'ulcère et des abcès du rein , parce qu'il voyait l'urine devenir purulente dans le cours des maladies et qu'il croyait que le pus était versé dans les bassinets ( Unwersa medicin.). Lazare Rivière décrit avec quelque soin les symptômes de la maladie et son traitement (Praxeos, lib. xiv, cap. 5).

On trouve dans la collection de Bonet (lib. m, sect. xxu), de Morgagni {de Sedib. et caus., epist. xl, xli, xlh) , des faits précieux pour l'histoire de la néphrite caiculeuse et arthritique.

F. Hoffmann est un des auteurs qui montrent le plus de sagacité dans l'étude de la néphrite ; il en connaît très-bien la cause et la divise en néphrite vraie, caiculeuse et arthritique; il sait aussi distinguer l'inflammation du rein d'avec celle de ses membranes (Opéra omnia, de febre nephretica,'m-îo\.^t. ii; Geuev., 1761).

Van Swieten donne une description fort remarquable do tous les symptômes de la néphrite , et s'at-

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tache surtout à tracer les caractères de l'urine dont il indique fort bien les altérations ; il sait qu'elles contiennent du sang, du pus et du mucus [Corn, in a plu, S 993). Sloll (Aphor., § 323), J. Frank, n'ont fourni que des documents fort incomplets. M. Chomcl a publié sur la néphrite un mémoire qui n'a trait qu'à la gravelle rénale et, ce qui est fort remarquable, c'est qu'on n'y trouve qu'un très-petit nombre de cas de vraie néphrite (Recherches sur la néphrite; Arch. génér. de méd.j t. m, 2e série, 1837).

On doit à M. Bayer une foule de notions précieuses sur la néphrite , et son ouvrage en renferme une histoire complète que nous avons souvent mise à contribution ; l'historique qu'il a tracé de cette maladie ne laisse rien à désirer, et nous renvoyons à cet article ceux qui voudraient connaître tout ce qui a été publié à ce sujet (Traité des maladies des reins, 1. 1 et n , in-S° -, Paris , 1 839 et 1840).

NÉPHRORRHAGIE, s. f., dérivé de ve?po;, rein , et de pYipoLu, je coule (hémonéphrorrhagie, Piorry; hémorrhagie rénale, Rayer et d'autres auteurs).

Les hémorrhagies rénales ont été comprises pendant longtemps sous la dénomination commune & hématurie; mais nous avons montré ailleurs que cette expression ne pouvait servir qu'à désigner le pissement de sang : or, les hémorrhagies rénales peuvent ne pas s'accompagner de ce symptôme, et le sang peut provenir de diverses portions des voies urinaires.

Définition. — On doit désigner par néphrorrhagie toutes les hémorrhagies dont le rein est le siège, soit que le liquide sanguin s'écoule par les calices et les bassinets et parvienne jusque dans la vessie , soit qu'il reste infiltré dans le tissu propre de l'organe sous sa capsule ou même en dehors de cette membrane.

Divisions. — On a appliqué aux néphrorrhagies les divisions dont les hémorrhagies des autres organes ont été le sujet. Nous avons assez insisté sur les graves questions de pathologie générale que soulèvent ces divisions pour n'avoir plus besoin d'y revenir (voy. Hémorrhagie); qu'il nous suffise de dire qu'on les a considérées comme actives, passives, critiques , supplémentaires , etc. , suivant les conditions morbides locales ou générales au milieu desquelles elles prennent naissance.

M. Rayer, à qui on doit une histoire complète de ces hémorrhagies, les partage en trois groupes distincts : 1° hémorrhagies rénales symptomatiques des lésions des reins; 2° hémorrhagies symptomatiques d'affections générales ; 3° hémorrhagies rénales essentielles (Traité des maladies des reins, t. m, p. 327).

Les hémorrhagies des reins se prêtent tout aussi bien que celles dont nous avons déjà traité aux grandes divisions que nous avons établies dans noire article Hémorrhagie ; nous décrirons donc :l°une néphrorrha-

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gie par altération d u solide qui comprendra la néphrorrhagie provenant d'une maladie des reins (gravelle, néphrite, pyélite, etc.); 2° une néphrorrhagie par altération du sang à laquelle se rattachent, a la néphrorrhagie par augmentation des globules (pléthore), b par diminution de fibrine (néphrorrhagie des fièvres graves, de la fièvre jaune, de la peste); 3° les néphrorrhagies par simple lésion dynamique, c'està-dire par altération de sécrétion des tissus sans changement de texture appréciable (néphrorrhagie essentielle, supplémentaire, critique, hématurie endémique à l'île de France); 4° les néphrorrhagies traumatiques. Dans ces diverses hémorrhagies, le sang peut tantôt s'infiltrer dans le rein et former des hémorrhagies interstitielles ou apoplexies, tantôt s'épancher dans la cavité des calices et du bassinet. Ces différences de siège ne changent rien à la nature de l'hémorrhagie , et nous n'avons pas cru devoir en faire le sujet de division particulière. En présentant, comme nous venons de le dire, l'histoire des hémorrhagies rénales, nous pourrons rapprocher par les causes, les symptômes et le traitement, des hémorrhagies dont l'affinité ne saurait être aujourd'hui contestée.

Nous commencerons par décrire les caractères anatomiques et les symptômes communs à toutes les néphrorrhagies, et nous nous efforcerons ensuite de tracer l'histoire particulière de chacune d'elles, autant du moins qu'on peut le faire avec des matériaux qui laissent tant à désirer.

Lésions anatomiques. — Le sang peut s'infiltrer en différents points de la substance rénale ou s'épancher dans la cavité des calices et du bassinet. Dans ce dernier cas, on trouve du sang pur et coagulé dans l'intérieur des conduits de l'urine , ou un liquide noirâtre, semblable à du marc de café, et mêlé à une certaine quantité de sérosité et d'urine; souvent il se trouve uni à des calculs , à du pus , à de la matière cancéreuse ou à des débris d'acéphalocyste. Le sang s'écoule par les orifices des vaisseaux urinaires et l'extrémité des mamelons ; sur le cadavre , on peut encore faire suinter le sang en pressant les mamelons.

L'infiltration du sang dans le tissu rénal porte le nom ft apoplexie rénale. Le siège de l'hémorrhagie est assez variable, lorsqu'il est déposé à la surface extérieure du rein , il soulève sa capsule et l'on aperçoit çà et là des bosselures formées par l'épanchemenl sanguin ; ordinairement les dimensions de ces foyers sont peu considérables. 11 est très-rare de voir le sang se frayer une issue à travers la capsule pour s'épancher en dehors du rein , dans la région des lombes et dans le flanc sens le péritoine. Le sttûg épanché est parfois en quantité a:sez grande pour former des foyers étendus. De pareilles hémorrhugies

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n'ont guère lieu que par l'effet de contusion, de chutes ou de blessures.

Ou observe aussi de petites ecchymoses constituées par l'épanchemenl sanguin qui a lieu tantôt sous la capsule fibreuse, tantôt sous la membrane des calices et du bassinet, ou enfin dans le tissu rénal même. La substance corticale en est bien plus souvent le siège que la tubuleuse. L'hémorrhagie interstitielle se montre sous la forme de taches ecchymotiques, de pétéchies , qui se distinguent aisément de la simple hypérémie inflammatoire ou d'autre nature, par la combinaison intime du sang avec le tissu. Les autres altérations que l'on pourrait rencontrer dans le rein n'appartiennent pas à l'hémorrhagie rénale, et ne doivent pas trouver place dans l'histoire de cette maladie.

Symptômes communs à toutes les néphrorrhagies. — Le cas le plus fréquent et en même temps le plus simple est celui où le sang fourni par le rein se mêle à l'urine et est expulsé au dehors ; il y a alors hématurie. La première recherche à faire est donc de bien constater la présence du sang dans l'urine : nous avons déjà indiqué d'une manière générale les principaux caractères de l'urine sanglante (voy. Hématurie, t. iv, p. 455); nous reviendrons avec plus de détails sur ce sujet , lorsque nous étudierons les diverses altérations de l'urine (voy. ce mot).

Il est rare que le sang constitue la totalité du liquide rendu par la vessie; il est presque toujours mêlé à une grande quantité d'urine. Celle-ci offre une teinte rouge ou brunâtre, lorsque le sang est abondan! ; souvent elle contient des caillots fibrineux noirâtres, rarement décolorés, dont la forme est , en général , allongée, plus ou moins cylindrique. Ces caillots affectent parfois des formes bizarres qui les ont fait prendre pour des vers, pour des lombrics, des strongles , provenant de la vessie ou des reins (inictus cruentus vermiformis). Dans d'autres cas, ils sont constitués par les filaments fibrineux très-longs , ou des espèces de conduits , à travers lesquels l'urine s'est frayée un passage. Lorsque l'urine ne renferme qu'une faible proportion de sang, elle est colorée en un rouge clair, brunâtre, ou offre simplement une teinte louche et rosée qui fait aisément reconnaître la présence du sang, lorsqu'on a eu occasion d'observer une seule fois cette altération. Nous ne devons pas nous appesantir davantage sur les caractères des urines sanglantes ; rappelons seulement qu'elles contiennent tous les éléments du sang, que l'on peut aisément y retrouver par les procédés d'exploration géuéralemen t usités aujourd'hui, les globules par le microscope, la sérosité et l'albumiuc qu'el e tient en dissolution par l'acide nitrique et la chaleur (voy. Urine). Elles sont en outre alcalines ou très-disposées à le devenir.

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Une fois que l'on a constaté la présence du sang, il y a une seconde recherche à faire : il faut s'assurer qu'il provient du rein et non de la vessie , de la prostate, del'urèthre, ou même des organes adjacents. Pour arriver à connaître le lieu qui le fournit, il faut tenir compte des diverses circonstances qui ont accompagné le développement de la maladie. Nous avons indiqué ailleurs les moyens de déterminer si le sang vient de la ve'ssie ou d'autres organes (voy. Hématurie, t. iv, p. 455); nous ajouterons seulement ici que, pour arriver à établir que c'est bien le rein qui est le siège de l'hémorrhagie , il est nécessaire de puiser les éléments du diagnostic dans l'étude de chaque maladie du rein en particulier. Un exemple fera mieux saisir le mode suivant lequel il convient de procéder pour asseoir le diagnostic de la néphrorrhagie. Un malade rend du sang avec l'urine , et l'on est mis en demeure de déterminer le siège et la nature de l'hémorrhagie. Pour arriver à ce résultat, on établit 1° que c'est du sang qui est mêlé à l'urine; 2° qu'il provient du rein ; 3° d'uu calcul engagé dans les bassinets ou les calices. Nous avons vu à l'aide de que's signes on déterminait les deux premiers points du diagnostic ; quant au dernier, il faut , pour l'établir, prendre en considération les autres symptômes de la maladie rénale qui s'accompagne d'hémorrhagie. En découvrant , par exemple , que tous les signes observés sont ceux d'un calcul rénal, on en conclut plus positivement encore que c'est le rein qui a fourni le sang. En outre, l'étude de chacune des classes de néphrorrhagie que nous avons admises va nous permettre d'achever le diagnostic de la maladie.

Les hémorrhagies rénales sont suivies de quelques accidents qu'il nous suffira d'indiquer : si elles se répètent fréquemment, si le sang arrive d'une manière presque continue jusque dans la vessie, le malade éprouve une pesanteur à l'hypogastre, des envies fréquentes d'uriner, et chaque fois il rend de petites quantités d'urine et de sang, soit liquide, soit déjà coagulé ; ou bien, s'accumulant dans les calices et le bassinet par suite d'un obstacle formé par des caillots ou par des calculs, le sang amène des distensions parfois considérables de la vessie, et même du rein; et si l'hémorrhagie dure longtemps, elle est suivie de tous les signes d'une anémie plus ou moins intense.

Nous ne pourrions rien dire de général sur la marche , le pronostic des hémorrhagies , non plus que sur leur traitement , qui est celui de chaque maladie dont elles sont le symptôme.

1° Néphrorrhagie par maladie du rein;hémorrhagie rénale sjmptoinalique. — Elle est souvent le résultat de la contusion, des plaies et de toutes les violences qui portent sur les reins ou les régions qui leur correspondent. Elle se montre dès le début, et souvent pendant tout le cours de la néphrite simple

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aiguë ou chronique. L'un de nous observe en ce moment, sur un jeune malade couché dans une de ses salles, une néphrite aiguë simple qui a provoqué déjà plusieurs hémorrhagies : l'urine, après avoir contenu des quantités assez considérables de sang , s'est décolorée, est devenu alcaline, a précipité une grande proportion d'albumine, puis celle-ci a disparu à son tour; enfin l'urine, après avoir charrié pendant plusieursjours du carbonate de chaux, est revenue à son état normal. La douleur rénale et l'analyse du sang, qui a montré une augmentation notable de fibrine, ne laissent aucun doute sur la nature inflammatoire de la maladie. Il est inutile d'ajouter que, chez ce sujet, la néphrorrhargie n'est occasionnée par aucune maladie appréciable autre que l'inflammation.

Elle est encore le symptôme fréquent de la maladie de Bright , de la néphrite goutteuse et rhumatismale , de la pyélite simple et de celle que M. Rayer a surnommée hémorrhagique , à cause de la fréquence de l'hémorrhagie qui l'accompagne. Au nombre des causes de la néphrorrhagie figurent en première ligne le cancer du rein et la gravelle, dont la colique néphrétique est , comme chacun le sait , un des symptômes les plus ordinaires. Les corps étrangers, comme les calculs et les êtres organisés vivants, tels que les acéphalocystes , le strongle, déterminent souvent des néphrorrhagies ; l'usage des préparations dans lesquelles entrent la cantharide, et quelquefois le copahu, le baume du Pérou, la térébenthine, favorisent la production de l'hémorrhagie rénale.

Les signes de ces hémorrhagies symptomatiques doivent être tirés non pas de la présence du sang dans l'urine, puisque celle-ci ne peut en aucune manière indiquer la nature de la lésion , mais des autres symptômes de la maladie. 11 faudra donc retrouver chez le sujet les symptômes de la néphrite , de la pyélite , de la gravelle , etc., avant de pouvoir dire de quelle maladie la néphrorrhagie est le symptôme. Le traitement est double ; il consiste : 1° à arrêter l'hémorrhagie par les moyens hémostatiques ordinaires ; 2° à combattre l'affection qui en est le point de départ par les agents thérapeutiques dont nous n'avons pas à nous occuper ici (voy. Gravelle , Goutte , Néphrite , etc. ).

2° Néphrorrhagie par altération du sang. — Cette classe comprend : 1° les néphrorrhagies par augmentation des globules sanguins , et celles occasionnées par une diminution de fibrine.

Dans le premier ordre pourraient se placer les néphrorrhagies qui surviennent chez des hommes robustes, et chez lesquels le rein n'offre aucune espèce d'altération. Nous n'avons trouvé dans aucun ouvrage un seul exemple probant de cette espèce d'hémorrhagie rénale, et nous n'en parlons que pour i

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marquer sa place. Les néphrorrhagies qui suppléent les règles ou les hémorrhoïdes , chez des sujets d'une constitution pléthorique , pourraient être rattachées à cette classe d'hémorrhagie; mais il faudrait quelques analyses du sang pour décider cette question Nous en parlerons plus loin en traitant de la troisième espèce de néphrorrhagie.

Dans le second ordre viennent se ranger les néphrorrhagies si fréquentes que l'on observe dans la fièvre typhoïde, dans la variole , la rougeole , la scarlatine, dans le typhus épidémique, dans la fièvre jaune , dans le purpura, et enfin dans le scorbut. Le plus ordinairement, dans ces maladies, le sang est infiltré dans le rein , qui présente à l'ouverture du corps de véritables apoplexies diffuses. Nous avon eu occasion d'ouvrir récemment un sujet qui avait présenté tous les accidents d'une fièvre typhoïde intense , avec hémorrhagie intestinale : les deux reins offraient sous la capsule une foule d'ecchymoses assez larges; l'urine n'avait rien présenté de remarquable. Souvent le passage des matériaux du sang dans l'urine produit ces urines albumineuses que l'on observe dans les fièvres typhoïdes. Du reste , ces néphrorrhagies sont assez rares dans la fièvre typhoïde ; elles le sont moins dans la variole. M. Barth a vu chez un sujet qui succomba à une variole grave les calices et les bassinets des deux reins largement et profondément ecchymoses (Rayer, ouvr. cité , t. ni, p. 345), M. Rayer parle aussi d'un malade atteint de scarlatine, et chez lequel une altération analogue existait (loc. cit., même page). La scarlatine est une cause trèscommune de néphrorrhagie avec urines sanguinolentes : elles annoncent le début d'une hydropisie générale.

On a aussi observé ces hémorrhagies dans les affections charbonneuses, dans la morve, chez les animaux soumis à la transfusion du sang; dans tous ces cas, ainsi que dans ceux qui viennent d'être passés en revue, l'altération du sang, consistant dans une diminution de fibrine, a été certainement la cause de l'hémorrhagie.

Elles sont souvent inconnues pendant la vie, en raison de la gravité des accidents qui les masquent , et surtout de la difficulté que l'on éprouve à recueillir l'urine. Le pronostic en est très-grave, et fondé d'ailleurs sur la maladie et non sur l'écoulement sanguin envisagé en lui-même.

3° Néphrorrhagie par simple lésion dynamique ou par altération de sécrétion ; néphrorrhagie essentielle. — Elle a reçu le nom d'hémorrhagie essentielle. M. Rayer classe parmi elles le.hémorrhagies rénales continues et intermittentes, supplémentaires, les critiques et les endémiques. Nous allons dire un mot de chacune d'elles. M. Rayer cite deux exemples de néphrorrhagies

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qu'il appelle hémorrhagies rénales essentielles , continues. Le premier malade rendit des urines sanguinolentes, et guérit très-rapidement, après avoir éprouvé une douleur dans la région du rein droit. Chez le second malade , qui succomba avec des hémorrhagies rénales abondantes, on trouva des altérations très-profondes dans la substance des deux 1 c;ns. On a quelque peine à comprendre comment II. Rayer a pu considérer ces deux observations <■: mme suffisantes pour faire admettre une hémorrhagie essentielle (t. m, p. 351 ). La relation donnée par l'auteur lui-même prouve, d'une manière évidente, qu'elles étaient symptomatiques d'une maladie déjà avancée du rein , du moins chez le second nulade.

La néphrorrhagie par simple lésion dynamique peut être périodique, c'est-à-dire reparaître à des intervalles réguliers , sans se rattacher à aucune lésion manifeste du tissu rénal. On trouve dans les annales de la science quelques rares exemples de cette espèce d'hémorrhagie ; M. Rayer n'en a observé aucun pour sa part. Quant aux néphrorrhagies qui suppléent un flux sanguin supprimé , les règles ou les hémorrhoïdes par exemple, ou qui dépendent d'une fièvre intermittente pernicieuse , elles sont peut-être moins rares. Nous avons lu avec quelque soin les faits de ce genre rapportés dans les ouvrages, et nous avouerons que nous sommes restés dans le doute; il nous a semblé même que plusieurs cas d'hématurie nppartenaient plutôt à l'histoire des hémorrhagies vésicales qu'à celle de la néphrorrhagie. Dans d'autres cas, l'autopsie n'a point été pratiquée, en sorte qu'on ne peut pas affirmer qu'il n'y avait aucune lésion des reins ou de la vessie.

Hématurie endémique des régions tropicales. — M. Rayer a fait connaître, dans ces derniers temps, une hémorrhagie rénale qui sévit d'une manière endémique , sur les habitants des contrées tropicales, et particulièrement au Brésil et dans les îles de France et de Bourbon. L'histoire de cette hématurie laisse beaucoup à désirer : elle est fondée sur des observations trop peu nombreuses pour que l'on puisse dire exactement quelle est la nature de celte hémorrhagie.

On a même décrit sous le titre d'hématurie endémique des cas très-complexes ; tel est, par exemple, celui d'un jeune malade qui , en même temps qu'il était affecté d'hématurie et de gravelle avec acide urique, présentait des hémorrhagies sous-épidermiques nombreuses et étendues sur Jes membres inférieurs, et un état de faiblesse et de délabrement portés à uu haut degré (obs. 14, cit. par M. Rayer, p. 385). Serait-ce émettre une opiuion hasardée, que de soutenir que , dans ce cas , l'hémorrhagie rénale était liée à une altération générale du saug, attestée par

les pétéchies? Chez un autre malade dont M. Rayer rapporte l'observation , et qui était également atteint d'hématurie endémique, le sang fut analysé, et l'on y trouva moins de fibrine, mais plus d'albumine et de matière grasse : aussi M. Rayer n'hésite-t-il pas à dire que, dans son opinion , « l'altération de la sécrétion urinaire observée chez le malade était manifestement sous la dépendance d'un état particulier du sang» (foc. cit., p. 405). On voit donc qu'il faut retirer du nombre des néphrorrhagies essentielles plusieurs cas d'hématurie endémique, pour en faire des hémorrhagies symptomatiques d'altérations locales ou générales , et que cette entité morbide a besoin d'être étudiée de nouveau avec soin, et soumise à un examen critique approfondi.

On ne possède aucune relation des désordres trouvés sur les cadavres. Un médecin brésilien , M. Simoni , a vu , dans un cas , le tissu cellulaire des reins altéré, le tissu de l'organe plus mou et plus volumineux que de coutume!

M. Rayer admet trois formes principales d'hématuries endémiques : 1° l'hématurie simple; 2° l'hématurie avec gravelle urique; 3° avec urine chyleuse, ou avec urine albumineuse ou graisseuse.

Dans l'hématurie simple , l'uriue ne contient pas toujours du sang : lorsque ce liquide y est mêlé eu forte proportiou , des caillots peuvent se former dans l'uretère et la vessie, et produire les symptômes de la rétention d'urine; quelquefois le sang est rendu pur et en assez grande quantité. Quand on abandonne l'urine à elle-même, il se dépose à la partie inférieure du vase une poudre amorphe rougeâtre , ou de petits grumeaux qui ne sont autre chose que des globules sanguins facilement reconnaissables au microscope. La chaleur et l'acide nitrique décèlent la présence de l'albumine, lors même que l'urine ne contient pas de sang en proportion appréciable pour l'œil. La miction urinaire est plus fréquente que de coutume, provoquée chez quelques sujets par un chatouillement incommode siégeant dans le canal de l'urèthre.

Dans l'hématurie avec gravelle , l'urine laisse déposer un sédiment constitué par du sang et de l'acide urique cristallisé. L'exameu microscopique est nécessaire pour retrouver dans l'urine les graviers de petite dimension qui peuvent être mêlés au sang.

L'hématurie avec urine chyleuse est caractérisée très-nettement par la composition du liquide rendu ; les malades rejettent ordinairement deux espèces d'urine : l'une a toutes les propriétés d'une urine sanglante, et l'on y trouve des globules sanguins, de la fibrine et de l'albumine ; l'autre est d'un rouge pâle et se sépare par le repos en deux parties : l'une inférieure, sanguinolente; l'autre supérieure, d'un blanc laiteux et opaque. On a douné le nom d'urine chy-

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leusc à celte urine , à cause de sa ressemblance avec le liquide que l'on fait artificiellement en mêlant ensemble de l'urine et du chyle recueilli dans le réservoir de Pecquet, chez uu cheval. Traitée par l'élher, elle devient transparente , et si Ton vient à évaporer l'élher, on obtient une quantité considérable de matière grasse. L'urine, débarrassée de la matière grasse , et traitée par l'acide nitrique et la chaleur, douue de l'albumine; évaporée jusqu'en consistance sirupeuse , et traitée par l'acide nitrique, elle fournit des cristaux de nitrate d'urée. Quand on examine au microscope l'urine laiteuse, on n'y découvre ni glokiles sanguins , ni matière grasse en globules, lu. Rayer n'a jamais vu la matière grasse affecter cette forme; il a trouvé, mêles avec elle, des globules grisâtres , aplatis , semblables à ceux du sang.

Dans une autre forme de la maladie , l'urine est albumineuse et graisseuse en même temps, c'est-àdire que l'on y retrouve l'albumine que donnent ordinairement le sang et les matières grasses du chyle. Un autre caractère important de l'hématurie est la transformation d'une urine sanguinolente en une urine chyleuse et en une urine albumineuse et graisseuse. On voit souvent l'urine sanguinolente devenir albumineuse dans la néphrite simple, dans la maladie de Bright, et dans d'autres circonstances pathologiques encore, mais dans aucun cas elle ne devient chyleuse ou laiteuse.

M. Quevenne a publié l'analyse d'une urine alburm'no-graisseuse qu'il a examinée; il y a trouvé: 1° des globules sanguins altérés; 2° des globules ayant l'aspect de globules de mucus ou de pus; 3" des iamelles d'épithélium. A l'analyse, elle adonné :

Huile grasse aromatique 1,90

Albumine 0,70

Matières extractives et salines, se divisant en partie extraclive soluble dans l'alcool

et lactate d'urée 1,20

Partie extractive insoluble dans l'alcool, et sels consistant en chlorures , phosphates

et sulfates, et acide urique 1,10

Eau 95,1 0

L'hématurie est une affection chronique qui dure s uvent plusieurs années sans occasionner la mort. Produite par des causes endémiques que l'on ne connaît pas , elle s'améliore toujours , et cesse souvent par l'émigration et par un séjour prolongé dans les pays froids ou tempérés de l'Europe. Souvent elle f'nit par entraîner un état cachectique funeste et une altération prononcée du sang. On conçoit en effet qu'il est impossible que l'albumine et les autres matéi iaux du sang soient incessamment soustraits à l'éco-

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nomie sans qu'il en résulte bientôt une anémie plus ou moins prononcée, et un affaiblissement général proportionné à la perte de sang qui a eu lieu.

L'hématurie endémique est souvent confondue, par les médecins qui n'ont pas l'habitude d'observer cette maladie, avec l'hémorrhagie rénale déterminée par les néphrites simple, calculeuse, albumineuse, etc.; cependant il est facile d'arriver à un diagnostic précis , une fois que l'on est prévenu de l'erreur dans laquelle on peut tomber. D'ailleurs, l'hématurie dont nous venons de parler diffère de toutes les autres, parce qu'elle attaque presque exclusivement les habitants des contrées tropicales , se manifeste de bonne heure chez les jeunes sujets , persiste pendant plusieurs années sans causer de grands troubles dans la santé , et sans qu'on puisse découvrir aucune lésion appréciable de texture dans les reins ou dans d'autres viscères. Ce qui distingue encore l'hématurie endémique de toutes les autres, c'est qu'il n'y a qu'elle qui produise , d'une manière aussi continue, le passage du sang dans l'urine et la transformation de l'urine albumineuse en urine chyleuse et albumino-graisseuse. Elle seule, enfin, se reproduit avec persévérance tant que les sujets continuent à résider dans leur pays natal, et cesse ou du moins diminue pendant la traversée. On pourrait prendre pour une urine chyleuse une urine qui renfermerait de la matière purulente ; mais celle-ci offre des globules de pus , tandis que l'urine chyleuse présente des globules sanguins ; celle-ci est opaque et laiteuse dans toute sa hauteur; dans l'urine purulente, au contraire, le pus forme un sédiment audessus duquel le liquide est transparent.

Causes. — L'hématurie est fréquente au Brésil , aux îles Maurice et Bourbon ; elle se montre encore en Egypte et en Nubie. On l'observe dans les deux sexes, mais plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes. A l'île de France , l'hématurie attaque plus souvent les enfants que les autres âges.

Traitement. — Elle guérit spontanément par l'émigration d'un pays chaud dans un pays tempéré : aussi le médecin doit-il, avant toute autre médication, conseiller ce moyen à ceux qui peuvent abandonner leur contrée natale. Le traitement que l'on prescrit le plus habituellement à l'île de France consiste dans l'administration de boissons acidulées , des astringents, et dans l'emploi de la saignée. Les bains froids de rivière , les bains de mer , les sels ferrugineux, la décoction et les autres préparations du quinquina , la teinture de cantharide sont aussi recommandés.

Historique et bibliographie. — Les médecins grecs se sont beaucoup occupés du pissement de sang sous le rapport dudiagnostic et du pronostic. Hippocrate savait que le sang peut provenir de la vessie ou du rein, sa sortie être causée par un gravier, un ulcère des reins, et

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même par des affections de la rate. On ne peut pas dire au juste à quelle maladie de la rate Hippocrate rattachait un tel symptôme. Gelse n'a rien ajouté à ce que les médecins grecsavaient dit avant lui (de Me medica , ]ib. v, signa percussorum renum) ; Galien voit dans l'écoulement de sang un indice des maladies des voies urinaires , et spécialement des calculs du rein. Plus tard, les arabistes et les auteurs qui ontécritsur l'hématurie ont cru que le foie pouvait en être le point de départ. Sydenham ajouta un fait intéressant à ceux que l'on connaissait déjà , en parlant des urines sanguinolentes dans les varioles hémorrhagiques. Frédéric Hoffmann fit connaître une autre cause de néphorrhagie ; il la vit se produire sous l'influence de la pléthore seule (de Hemorrhagia ex urinariis viis).

Sauvages créa un grand nombre d'espèces qu'il établit d'après les principales conditions morbides qui concourent à la production des hématuries. Ces espèces sont assez bien indiquées ; leur énumération les fera suffisamment connaître : 1° Hematuria spontanea , 2° violenta ex vomiiu , 3° deceptiva, 4° purulenta, 5° calculosa , 6° in exanthematiciSj 7° ejaculatoria , 8° stillatitia , 9° hœmorrhoidalis , 10° spuria , \\° nigra, 12° catamenialiSj 13° atransfusione , 1 4° traumatica , 15°# terme (Nosologia methodica , t. n).

Négligée jusque dans ces derniers temps par les pathologistes , l'étude des néphrorrhagies a été reprise avec une nouvelle ardeur par les auteurs qui ont écrit sur les maladies des reins. L'étude de la maladie de Bright a achevé de les faire connaître; mais elle a été faite surtout avec un remarquable talent par M. Rayer, qui en a peut-être un peu trop multiplié les espèces (Hémorrhagies rénales, in Traité des maladies des reins , t. m, in-8°; Paris, 1841).

NÉVRALGIE, s. f. , de vsupov , nerf, et ax-pç, douleur.

Définition. — Quelques auteurs, voulant s'en tenir au sens étymologique rigoureux , n'ont vu dans la névralgie qu'une douleur ayant sa cause première dans une lésion d'un point quelconque des rameaux nerveux, quelle que soit d'ailleurs la nature de cette cause. M. Martinet s'est rangé à cette manière de voir, et, dans un travail qui a été souvent cité, il a établi les trois genres suivants de névralgie : 1° névralgie sans altération du tissu du nerf; 2° névralgie par inflammation du nerf; 3° névralgie par altération du tissu du nerf ( Essai sur les névralgies , etc. ; thèse de Paris , 1 8 1 8 , n° 70 , p. 9 ). En se plaçant à ce point de vue , il est évident que l'étude de la névralgie n'est autre chose que l'étude séraéiologique de la douleur dans les maladies des nerfs. Tel n'est plus le sens médical donné généralement à la dénomination de névralgie. Ce mot, au-

jourd'hui , représente , non un symptôme commun à plusieurs altérations des nerfs , mais une individualité morbide , et à ce titre , il n'est appliqué qu'au premier des trois genres établis par M. Martinet : à la douleur ayant son siège dans un point quelconque des rameaux nerveux sans altération du tissu du nerf.

Ici, toutefois, se présente une question préjudicielle : la névralgie telle que nous venons de la définir existe-t-elle ? « Les maladies connues des médecins modernes sous le nom de névralgies, dit M. Van de Keeze, ne consistent que dans l'inflammation du névrilème» (Recherches anatomiques et observations sur les névralgies , in Journal universel des sciences médicales , 1822, t. xxv , p. 64). Nous ne pensons pas qu'il soit encore nécessaire de discuter cette assertion : sans doute à une époque où les maladies du système nerveux étaient peu connues, mal étudiées; où les connaissances anatomo-pathologiques étaient incomplètes, insuffisantes ; où l'observation était défectueuse, on a pu donner le nom de névralgies à des affections caractérisées anatomiquement par «de la sérosité infiltrée entre l'arachnoïde et la moelle épinière ; par des épaississements , des opacités, des granulations miliaires, des fausses membranes , des plaques rougeâtres de l'enveloppe névrilématique de différents nerfs; par des indurations, des ramollissements et des altérations de ces dernières» (Van de Keeze, loc. cit., p. 65). Mais cela ne prouve qu'une chose : c'est qu'à cette époque on ne savait pas distinguer la névralgie de la méningite spinale et de la névrite. Nous ne prétendons pas d'ailleurs que de nos jours cette distinction soit toujours facile , ou même possible, pendant la vie ; mais la difficulté du diagnostic ne doit pas nous empêcher de donner une place distincte, dans les cadres nosographiques , à une maladie dont l'anatomie pathologique a positivement démontré l'existence par les résultats négatifs qu'elle a fournis. En ne tenant compte que du travail de M. Van de Keeze, nous aurions pu nous contenter d'invoquer une fin de nonrecevoir, car il suffit de jeter un coup d'œil sur les observations rapportées par cet auteur pour se convaincre que nul médecin moderne éclairé n'aurait eu l'idée de leur appliquer le nom de névralgies; mais nous avons dû tout d'abord soulever cette question , parce qu'elle met en cause l'existence de la névralgie, et parce qu'elle a été résolue dans le sens de M. Van de Keeze par MM. Gendrin (Histoire anatomique des inflammations ; Paris , 1 826 ) , Descot ( Dissertation sur les affections locales des nerfs; Paris, 1825), Ghastanier (Diss. sur la névralgie considérée en général; thèse de Paris, 1831 , n° 162 , p. 21 ), etc. Ce dernier va jusqu'à dire : « Le mot névrite devrait remplacer celui de

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névralgie pour désigner la maladie connue sous ce dernier nom , parce qu'il exprime la nature de cette maladie, tandis que le second n'indique que son symptôme le plus général, c'est-à-dire la douleur.»

La plupart des auteurs , et spécialement Eichat et Chaussier, ont fondé la définition de la névralgie sur le siège et les caractères de la douleur qui accompagne cette affection. M. Piorry dit que la névralgie est constituée par «une douleur qui a un caractère spécial qui la distingue de toute autre : c'est de ressembler parfaitement à celle que l'on éprouve lorsqu'on se heurte le coude.» M. Valleix a introduit une définition sensiblement différente de celles qui avaient été proposées jusqu'à lui en disant : «La névralgie est une douleur plus ou moins violente , ayant son siège sur le trajet d'un nerf, disséminée par points circonscrits, véritables foyers douloureux d'où partent, par intervalles variables , des élancements ou d'autres douleurs analogues, et dans lesquels la pression , convenablement exercée , est plus ou moins douloureuse» (Valleix, Traité des névralgies, p. 2; Paris, 1841 ). Cette définition est incomplète et contestable. Les points douloureux circonscrits n'existent pas toujours d'une manière appréciable; on admet généralement que la pression , convenablement exercée, apaise quelquefois la douleur au lieu de l'exaspérer : d'ailleurs , cette définition n'est applicable qu'aux névralgies superficielles.

«On me demandera peut-être, dit M. Valleix, qui a prévu l'objection, pourquoi je ne fais pas entrer dans les névralgies ces douleurs des viscères dans lesquelles les fonctions sont plus ou moins altérées sans lésion organique apparente, et que l'on connaît sous le nom générique de viscéralgies ou névralgies viscérales? » Or, à cette question , très-légitime et trèsnaturelle en effet, M. Valleix répond : 1° que dans les viscéralgies le siège de la douleur occupant, dans tous les sens, une étendue considérable d'un viscère , ne peut être comparé au siège des douleurs névralgiques; 2° que ces affections viscérales consistent bien plutôt dans les troubles fonctionnels de l'organe malade que dans la douleur des nerfs qui s'y rendent , tandis que dans la névralgie , la douleur du nerf est le point capital , et les lésions fonctionnelles des organes auxquels il se distribue ne sont que des phénomènes accessoires ; 3° que la différence du siège apporte de grandes modifications dans lamauière d'être , la marche et le traitement de ces deux espèces de douleurs (loc. cit., p. 3 , 4).

Ces motifs sont erronés ou de nulle valeur. Dans la gastralgie , par exemple , les douleurs épigastriques ne prédominent-elles pas souvent sur les troubles fonctionnels, et dans la névralgie sciatique, l'impossibilité absolue de mouvoir le membre n'est-ellc qu'une lésion fonctionnelle accessoire? Il est impos-

sible que M. Valleix ignore les nombreux points de contact qui existent, quant à la marche et au traitement, entre les névralgies superficielles et les névralgies profondes ou viscérales. 11 est certain que les symptômes d'une maladie qui peut occuper plusieurs sièges .différents varient suivant l'organe affecté ; mais cette circonstance peut-elle servir de base à une séparation complète?

« Qu'arriverait-il, a dit l'un de nous, si, ne tenant aucun compte de la cause prochaine , de la nature des maladies , on établissait autant d'individualités morbides qu'une même affection peut occuper de sièges divers? Si l'on transformait des variétés symptomatiques, en rapport avec le siège de la maladie , et parfaitement expliquées par l'anatomie et la physiologie, en caractères différentiels fondamentaux? Si, en un mot, on considérait comme des affections distinctes toutes les formes , les variétés que peut présenter une même maladie? S'il fallait, en pathologie , établir des divisions sur de semblables considérations, toute idée de pathogénie serait détruite, et nous serions ramenés au chaos de la nosologie méthodique » (L. Fleury, Réflexions et observations pour servir au diagnostic des névralgies viscérales, m Journal de médecine , numéro d'avril 1843).

« II y a, dit Bichat, des coliques essentiellement nerveuses, qui sout indépendantes de toute affection locale des système séreux , muqueux et musculaire des intestins; ces coliques résident manifestement dans les nerfs des ganglions semi-lunaires : elles sont de véritables névralgies» [Anat.génér., t. i, p. 229). En effet, il est impossible de ne pas admettre des névroses douloureuses de certains viscères, c'est-àdire des névralgies viscérales : M. Jolly [Mémoire sur les névralgies du système nerveux ganglionnaire, in Nouvelle bibliothèque médicale, t. h , p. 289; Paris, 1828) et beaucoup d'auteurs avec lui l'ont parfaitement démontré (voy. le Compendium , art. Gastralgie). Les considérations mises en avant par M. Valleix ne sont justes que pour une certaine classe de névroses ; mais elles cessent de l'être, lorsqu'on les applique à une autre classe , à celle des névroses du sentiment , c'est-à-dire des névroses douloureuses ou névralgies. Ainsi , la boulimie est une névrose de l'estomac, mais la gastralgie est la névralgie gastrique » (voyez le Compendium , art. Nétrose).

La douleur, est, nous venons de le dire, le caractère essentiel de la névralgie, mais il est impossible de fonder une bonne définition sur les caractères de cette douleur, car on ne pourrait que dire, avec M. Martinet {loc. cit., p. 8): Le caractère de cette douleur est d'être variable. Nous pensons considérer la névralgie ; du point de vue le plus généra! et le plusjusieen la défi-

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nissant : Une névrose du sentiment ou névrose douloureuse, c'est-à-dire une maladie apyrétique , intermittente ou rémittente, irrégulière ou périodique, fixe ou se déplaçant avec une grande facilité , ayant son siège dans un point quelconque du système nerveux cérébro-spinal ou trisplanchnique ; principalement caractérisée par une douleur très-vive qui suit le trajet de branches nerveuses superficielles , ou qui se fait sentir dans les viscères profonds ; accompagnée de troubles fonctionnels qui varient suivant l'organe affecté , et. qui ne peuvent être expliqués par aucune lésion appréciable du tissu nerveux.

Les différents termes de la définition que nous proposons seront justifiés par la description qui va suivre.

Division. — On a distingué des névralgies idiopathiques , symptomatiques , métastatiques , sympathiques , intermittentes , périodiques , rémittentes , atypiques. Ces divisions ne doivent trouver place que dans les paragraphes consacrés à l'étude des causes et de la marche des névralgies.

Pour décrire avec méthode les névralgies , il faut envisager d'abord ces affections dans les deux grandes divisions du système nerveux, et établir, par conséquent, les deux classes suivantes :

A. Névralgies de la vie de relation.

B. Névralgies de la vie de nutrition.

II faut ensuite, dans chacune de ces classes , étudier la névralgie dans les différents points qu'elle peut occuper en suivant l'ordre anatomique. En procédant de cette manière , on arrive à tracer le tableau suivant.

Névralgies de la vie de relation.

,Névralgie de cette branche; — lacrymale;

Branche oph-J ~ frontale ex,er-

Iihalmique. . . { ne ou sus -or-

I bitaire ;

I — frontale interne ; \ — nasale externe, i r i\evrai;;ie / Branche maxil- / Névralgie dentaire posléale- i lairesupérieu- j rieure;

re. ' — sou.s-orbifaire.

! Névralgie linguale ; temporale; — buccale ; — mentonnière.

2° Névralgie faciale.

3° Névralgie cervico-occipi- i occipitale;

taie j mastoïdienne.

/ circonflexe ; l sus-scapulaire; 4° Névralgie cervico - bra- J cubitale ;

chiale \ niusculo-culauée;

adiale; , médiane.

5° Névralgie dorso-intercos- ( dorsale ;

taie I intercostale.

j lombaire; 6° Névralgie lombo-abdomi- ! abdominale ;

nale j ilio-scrotale ou vaginal ;

( sperma tique.

7° Névralgie crurale.

!sciatique; poplitée ; péronière ; plantaire externe; plantaire interne.

9° Névralgie cutanée , ou dermalgie.

Névralgies de la vie de nutrition.

1° Névralgie du pharynx;

— de l'œsophage ;

- du larynx;

du poumon;

- du cœur;

du diaphragme

- de l'estomac;

- de l'intestin ;

- de l'anus ;

- du foie ;

de la rate;

- du rein;

- de la vessie ;

de l'utérus.

Dans ce travail nous étudierons successivement ces deux classes de névralgies au point de vue de la pathologie générale et de la pathologie spéciale.

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