‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 5)Chapitre 17 sur 59 · NE Y · texte numérisé non relu

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cachectiques, sur les homuies atteints de chloro-anéniie. Nous sigualons aux pjaticiens une observation importante déjà faite pour les névralgies en général, et qui s'applique aussi à celles que nous éludions en ce moment : l'état chloro-anémique du sang, avons-nous dit, est une des causes les plus actives de la production de l'hypéresthésie; toutes les causes qui tendent à amener cette altération du sang favorisent la formation des névralgies.

L'influence funeste exercée par une température basse et par une saison rigoureuse sur le développement de la maladie n'est contestée par personne. On a aussi considéré les coups , les chutes , les contusions, en un mot, l'action des corps extérieurs, comme ayant une grande part à la production de la maladie. On Fa vue succéder, dit-on, à un zona, à des pleurésies et des irritations directes de la peau.

M. Bassereau n'hésite pas à considérer les affections utérines comme la cause la plus fréquente de la névralgie, et il donne à l'appui de son opinion une analyse de 24 cas sur 30 , dans lesquels on a noté 16 fois le retard des règles, 2 fois des pertes utérines, 12 fois desflueurs blanches abondantes, 20 fois des douleurs hypogastriques , 7 fois un état chlorotique , et 5 fois des attaques d'hystérie ( thèse citée, p. 24). Au contraire pour M. Valleix, les troubles observés dans les fonctions de l'utérus ne sont ni cause ni symptôme de la névralgie; ils n'appartiennent pas à la névralgie dorso-inteicostale,mais à la névralgie lombo-abdominale. Les raisons que cet auteur apporte en faveur de son opinion ne sont pas sans valeur. Il croit que les symptômes observés alors sont le résultat du point .douloureux ou névralgique développé dans le corps ou le col de l'utérus ( ouvrage cité , page 405). Quant à nous, sans nous prononcer définitivement sur une question que de nouveaux faits peuvent seuls résoudre, nous ferons remarquer qu'il est très-naturel d'admettre que les affections de l'utérus qui s'accompagnent si fréquemment de troubles nerveux, de névralgies vagues ou à siège distinct , et de chloro-anémie, produisent aussi des névralgies intercostales et sont tout au moins la cause occasionnelle, déterminante, de celte affection dans quelques cas ; mais il serait contraire aux faits les plus vulgaires de soutenir une opinion exclusive pour tous les cas, et, sans parler des hommes chez lesquels la production de la névralgie ne peut être ainsi expliquée, on peut soutenir aussi qu'elle est souvent indépendante de toute lésion appréciable d'organes.

Traitement. — 11 ne faut pas perdre de vue , dans le traitement de la névralgie, les divisions que nous avons posées dans notre article général (voyez Névralgie); il est nécessaire de rechercher en premier lieu si la névralgie est simple, essentielle, ou si elle

dépend d'une altération générale du sang (chloroanémie simple ou consécutive) ou de la maladie de quelque viscère (névralgie symptomatique). 11 est à peine besoin de rappeler que la première indication, dans le traitement des névralgies intercostales symptomatiques, est de combattre tantôt l'affection de l'utérus, tantôt la maladie du poumon , du cœur, ou la chlorose; une fois cette indication remplie, on s'occupe alors de traiter la névralgie intercostale par les moyens usités dans le traitement de la névralgie simple dont il nous reste à parler.

Traitement local. — On a eu recours à des applications plus ou moins répétées de sangsues sur les points douloureux, en commençant par le point postérieur. Le seul effet observé chez la plupart des malades est une faible diminution de la douleur, jamais une guérison complète. Les applications de ventouses et les saignées générales n'agissent pas mieux.

On a beaucoup préconisé l'emploi du vésicatoire. M. Valleix l'a vu réussir complètement sur douze sujets qui ont été radicalement guéris , bien que chez eux la maladie durât depuis plusieurs mois et eût acquis une grande intensité (ouvr. cit., p. 424). Lorsqu'on a recours à cet agent thérapeutique, on place le vésicatoire dont les dimensions doivent être considérables sur les apophyses épineuses et le point dorsal. Une première application est souvent insuffisante pour enlever la douleur; celle-ci est même exaspérée chez quelques sujets, pendant plusieurs heures, et même pendant deux à trois jours; tantôt plusieurs vésicatoires sont nécessaires pour guérir la névralgie, tantôt un seul suffit, et la guérison est durable. Chez d'autres, l'amélioration n'est que passagère; il faut souvent poursuivre la douleur dans tous les points où elle séjourne opiniâtrement, et ce n'est qu'après plusieurs applications de vésicatoires que la guérison a lieu ; enfin , quelquefois, la névralgie se montre tout à fait rebelle à l'emploi de ce moyen, ou bien cède d'un côté du corps pour se montrer du côté opposé. On a proposé l'application du moxa sur le point douloureux : dans un cas cité par M. Valleix, on n'obtint aucun soulagement par ce mode de traitement.

On range encore parmi les agents de la médication locale les bains d'eau tiède simple et les bains d'eau sulfureuse; ils n'ont offert aucun avantage aux médecins qui ont eu occasion d'eu observer les effets.

Traitement interne. — On connaît peu les effets des sels de morphine par la méthode endermique ; MM. Valleix et Bassereau les ont rarement employés. Sans nous prononcer sur l'étendue des services qu'elle peut rendre, nous dirons que dans tous les cas elle est éminemment utile pour calmer les douleurs. Si les vésicatoires volants n'agissent qu'en permettant au

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sel narcotique de pe'nétrer plus rapidement dans le torrent circulatoire, et d'exercer une action sédative plus directe sur le système nerveux , il serait peutêtre utile de les associer à d'autres vésicatoires larges et permaneats, dont l'unique but serait d'entretenir une irritation permanente à la peau.

Les narcotiques, et particulièrement l'opium , les sels de morphine, l'extrait de jusquiame et de belladone, sont des médicaments employés tous les jours dans le traitement de la névralgie. M. Valleix n'a point eu à s'en louer; seuls ils ne suffiraient pas, mais, associés au vésicatoire, ils peuvent rendre d'incontestables services. Les pilules de Méglin produisent les mêmes effets que les narcotiques; cependant on doit en tenter l'emploi quand les premiers n'ont pas réussi.

Un grand nombre de praticiens vantent les bons résultats obtenus par le sulfate de quinine ; il est d'abord formellement indiqué toutes les fois que l'on observe quelques symptômes d'exacerbation fébrile (frisson, chaleur et sueur) ou simplement des redoublements de douleur. Pour produire quelques effets salutaires avec le sulfate de quinine, il faut le donner à la dose de 1 gramme 1,50 centigrammes, afin que le système nerveux ressente cette perturbation que l'un de nous a étudiée avec soin dans son mémoire sur le sulfate de quinine; ce n'est que lorsque le sujet a éprouvé ces troubles pendant plusieurs jours que la névralgie cesse complètement et d'une manière durable. Nous recommandons au praticien de tenter cette médication , qui mérite tout au moins d'être essayée dans les cas rebelles.

Les préparations toniques, les ferrugineux principalement, ont une utilité incontestable, toutes les fois que la constitution est détériorée ou qu'il existe un état chloro-auémique dont les névralgies sont la manifestation si commune. Quant aux autres prescriptions , elles rentrent dans les lois de l'hygiène : exciter la peau avec des vêtements de flanelle et de laine, éviter les variations atmosphériques, telles sont les deux prescriptions les plus importantes.

Nature de la névralgie. — La névralgie intercostale est une névrose affectant spécialement la sensibilité des nerfs intercostaux, qui est à la fois excitée et pervertie. C'est une névrose du sentiment des organes delà viede relation. Nous n'aurions rien à ajouter à cette courte définition de la névralgie intercostale, si l'on n'avait pas décri t, dans ces derniers temps, comme une maladie à part l'irritation spinale que d'autres ont rattachée, avec juste raison, à la névralgie intercostale. Voyons d'abord à l'aide de quels symptômes se manifeste l'irritation spinale, ou irritation de la moelle : tous les auteurs anglais et allemands, tels que Brown (1828), Darwal et Teale ( 1829), lsaacParrish(1832),Griffin(1834), Stilling(1840),

Ludwig Turck (1843), reconnaissent, sans exception , qu'il existe une sensibilité anormale de la moelle épinière, sensibilité que détermine la pression de la main, opérée sur les apophyses épineuses ou les parties molles qui remplissent les gouttières vertébrales ; suivant que la douleur occupe les régions cervicale, dorsale ou lombaire, il en résulte des symptômes assez différents. Ludwig Turck, qui a étudié tout récemmentles symptômes de l'irritation spinale, finit par expliquer, par celte irritation, tous les phénomènes des maladies les plus diverses. Dans le typhus, le vertige, le tintement d'oreilles, la céphalalgie « sont réfléchis par la moitié supérieure des vertèbres cervicales.» La sécheresse, la douleur pongitive du larynx , l'enrouement et les autres signes de l'anhélation , augmentent par la pression de la quatrième ou cinquième vertèbre cervicale. Dans le choléra, dans la pneumonie , etc. etc. , les symptômes sont réfléchis par les diverses régions de la moelle. Nous voyons encore chez un malade la toux « être réfléchie par les vertèbres cervicales inférieures et la première dorsale, avec une telle violence, qu'il fallut renoncer à l'examen des autres vertèbres » ( De l'Irritation spinale , trad. in Journ. de méd. , p. 275, in-8°; Paris, 1844). Pourquoi poursuivre plus longtemps la description de symptômes aussi vagues et qui ne peuvent être rapportés qu'à l'accroissement insolite de la sensibilité de la plupart des nerfs dans le cours de toutes les affections internes. Si l'on parvient à développer ces douleurs par la pression opérée en divers points du rachis, est-ce à dire pour cela que la moelle est irritée, et qu'elle est le véritable point de départ de tous les symptômes nerveux si variés et si inconstants que l'on observe ; nous ne le pensons pas , et aucun médecin habitué à l'observation ne voudrait soutenir une pareille opinion. En créant le mot irritation spinale pour désigner toutes les souffrances nerveuses symptomatiques de lésion des tissus , on ne fait que substituer à l'expression de sympathie une dénomination plus vicieuse, parce qu'elle a l'air d'être plus positive. Quant à l'existence de ces douleurs qui tiennent à l'irritation spinale idiopathique, si elles ne sont pas des douleurs sans trajet distinct, elles appartiennent alors à des névralgies dorso-intercostales qui suivent le trajet exact des rameaux nerveux, et produisent tous les symptômes que nous avons assignés à cette dernière maladie.

Historique et bibliographie. — Chaussier attribue la découverte de la névralgie dorso-intercostale à Siebold ( tableau synoptique de la névralgie ; Paris, an IX) ; mais M. Nicod en a donné la première description dans une courte note ( Observations de névralgies thoraciques , in Nouv. journ. de méd. et de chirurg. pratiq. , etc. , t. m , p. 247, in-8° ; Paris, 1818). Son travail n'est sans doute qu'une

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simple ébauche, cependant oo y trouve relatées les principales circonstances de la maladie. M. Fouquier, sans avoir publié aucun mémoire sur ce sujet, s'en était occupé plusieurs fois dans ses leçons cliniques. C'est à M. Bassereau qu'appartient l'honneur d'avoir donné la meilleure description que l'on possède encore aujourd'hui de la névralgie dorso-intercostale ; nous avons mis trop souvent à contribution sa thèse pour ne pas ê(re dispensé d'e-n dire le contenu {Essai sur la névralgie des nerfs intercostaux, considérée comme spnptomatique de quelques ajfections viscérales, thèse in-4° ; Paris, 1840 ). Depuis cette époque, M. Valleix a publié sur le même sujet plusieurs travaux importants qui nous ont servi ( De la Névralg. dors, ou inlerc, in Arch. gén. de méd., t. vu, et Traité des névralgies ou affections douloureuses des nerfs, p. 333 , in-8° ; Paris, 1841 ).

6° Névralgie lombo-abdominale. — Les branches postérieures des nerfs lombaires deviennent souscutanées après avoir traversé la masse des muscles sacro-lombaire et long dorsal (points lombaires).

Le plexus lombaire, fourni par les branches antérieures, donne des branches musculo-cutanées, parmi lesquelles il faut remarquer :

1° Les rameaux abdominaux qui viennent se perdre dans la partie inférieure du muscle droit (point hypogastrique), et qui fournissent le nerf iléo-scrotal, lequel atteint la crête iliaque en dehors du muscle carré des lombes (point iliaque) , el se perd dans le muscle droit.

2° La branche inguinale interne, qui fournit un rameau cutané antérieur, superficiel à sa sortie de l'arcade fémorale.

3° La branche inguinale externe, qui fournit le rameau scrotal, lequel est superficiel à sa sortie du canal inguinal (point inguinal), et a sa terminaison dans la peau du scrotum chez l'homme (point scrotal ) , et de la grande lèvre chez la femme (point labial).

Symptômes. — Névralgie générale. — M. Valleix a rapporté l'observation d'une jeune femme chez laquelle la douleur se faisait sentir dans toutes les branches fournies par les paires lombaires; elle occupait les lombes, le flanc, l'hypogastre et la grande lèvre. A la pression on trouvait les quatre points douloureux suivants: le premier, de 3 à 4 centimètres d'étendue, en dehors des trois premières vertèbres lombaires ( point lombaire ) ; le second , n'ayant que 3 centimètres transversalement et lcentimètre de hauteur, au milieu de la crête iliaque ( point iliaque ) ; le troisième commençait à 4 centimètres de la ligne médiane , du côté gauche , et dépassait cette ligne, à droite, dans une étendue encore moindre; en bas, il s'étendait jusqu'à l'orifice du canal inguinal ( point hypogastrique ) ; le quatrième

siégeait dans la grande lèvre (point labial); il était tel que la plus légère pression arrachait des plaintes à la malade , et qu'il suffisait de passer légèrement le doigt sur la peau pour exaspérer la douleur ( Valleix , ouvr. cité , obs. 44 , p. 459 ).

Dans un autre cas , chez un jeune homme , les élancements partaient du milieu de la crête iliaque et gagnaient , d'une part , le testicule , de l'autre les lombes.

M. Valleix a observé deux femmes chez lesquelles il existait, en outre des points lombaire, inguinal et hypogastrique , trois autres points douloureux : l'un à la partie externe et supérieure de la cuisse, l'autre au-dessus du genou, et le troisième sur le col de l'utérus (voy. Utérus (Névralgie de 1').

Névralgie lombo-abdominale. — Les élancements partent soit des lombes , soit de l'abdomen , pour se porter dans le point le plus éloigné en passant par la crête iliaque ; ils sont quelquefois provoqués ou exaspérés par les mouvements du tronc , par les efforts de toux , de défécation. La pressiou fait reconnaître trois points douloureux : le point lombaire, le point iliaque, et le point hypogastrique (Valleix, ouvr. cité, obs. 36, 37 et 38).

Névralgie lombaire. — M. Goussays a cité un exemple de cette forme névralgique.

« Le siège de la douleur était dans cette partie de l'abdomen qui s'étend depuis la première vertèbre lombaire du côté gauche, en suivant le trajet de la branche postérieure de la première paire lombaire , jusqu'aux environs de la crête de l'os des iles , endroit où cette branche nerveuse se termine par plusieurs filets. Les irradiations de celte douleur se épandaient sur la partie externe de la hanche, sans cependant s'étendre jusqu'au grand trochanter... Chaque accès était marqué par des douleurs déchirantes, toujours accompagnées de vomissements, quelquefois suivies de diarrhée; il y avait en même temps de la céphalalgie et de la fièvre... L'attaque durait quelquefois trois jours; d'autres fois elle se prolongeait pendant huit jours , pendant lesquels il y avait plusieurs paroxysmes qui variaient en fréquence et en intensité. Dès le deuxième jour les douleurs étaient ordinairement plus supportables , et les phénomènes généraux disparaissaient. Après l'attaque le malade se portait parfaitement bien» (Coussays, De la Névralgie considérée en général ; thèse de Paris, n° 16, p. 35, obs. 1, 1812).

Névralgie ilio-scrotale (irritable testis, testicule douloureux , A. Cooper; névralgie spermatique). — Ghaussier a observé deux fois cette forme de la névralgie lombo-abdominale: «Elle a son siège, dit-il, dans le rameau de la première paire lombaire qui se dirige obliquement à la crête de l'ilium , accompagne le cordon des vaisseaux testiculaires , et se ramifie au scrotum; les douleurs s'étendent de la

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crête de l'ilium aux diverses ramifications du uerf , et sont accompagnées de resserrement du scrotum et de rétraction des testicules; la sécrétion de l'urine n'est point altérée.»

Dans les cas observés par A.Cooper ( OEuvres chirurg. complètes , trad. de Ghassaignac et Richelot, p. 440), la douleur des testicules était extrême.

M. Réveillé-Parise a publié un exemple curieux de névralgie spermatique : la douleur avait son point de départ dans le testicule , et suivait une marche ascendante; elle était accompagnée de spasme général, de vomissements, d'une angoisse extrême; d'abord périodique et affectant le type tierce, elle devint, au bout de quelque temps, irrégulière, atypique; l'intermittence était d'ailleurs complète {Considérations thérapeutiques sur un cas de névralgie du nerf spermatique , in Bull, génér. de thérapeutique , t. x, p. 270). Nous devons ajouter que cette affection , qui présente certes tous les caractères des névralgies , résista à tous les traitements et disparut après l'évacuation d'un petit calcul urinaire de forme olivaire. Cette dernière circonstance jette peut-être quelque doute sur la nature névralgique des douleurs ressenties par le malade.

M. Valleix a rapporté un exemple de névralgie lombo-scrotale. La douleur partait soit de la région lombaire, soit du milieu de la crête iliaque, et gagnait tantôt le testicule et le scrotum , tantôt la hanche et la fesse jusqu'au-dessous du grand trochanter.

Névralgie ilio-vaginale. — Dans cette variété, lu douleur, affectant un plus ou moins grand nombre de branches lombaires, se fait principalement sentir dans la grande lèvre {point labial) et à l'orifice du vagin.

Siège. — Sur 1 3 observations de névralgie lomboabdominale réunies par M. Valleix , la maladie a oc- ( upé 8 fois le côté gauche et 5 fois elle a été double; dans ces 5 derniers cas , la maladie a été 3 fois plus intense à gauche qu'à droite.

La marche,, la durée , la terminaison , ne présentent rien de particulier.

Diagnostic. — Dans le lumbago , ou rhumatisme des muscles sacro-lombaire et long dorsal, la douleur se fait toujours sentir des deux côtés; elle est bornée à la région lombaire, elle est moins exaspérée par la pression, davantage par les mouvements du tronc; elle est plus continue, il n'existe pas d'élancements proprement dits, pas de rémiltence complète; la pression est uniformément douloureuse et ne permet pas de constater des points douloureux circonscrits.

Le diagnostic différentiel du rhumatisme de la paroi antérieure de l'abdomen repose sur la même base.

Dans le tour de rein ou la distension , la rupture de fibrilles musculaires sous l'influence d'un violent effort, la douleur se montre tout à coup, elle est bornée à un seul point, elle est faible ou nulle lorsque le malade est dans le repos, et se montre avec une intensité extrême au moindre mouvement du tronc. La cause connue de l'affection suffît, d'ailleurs, pour rendre l'erreur impossible.

La névralgie ilio-vaginale ou scrotale peut être confondue soit avec une affection de l'utérus, soit avec une maladie des voies urinaires ( rétrécissement de l'urèthre , calcul urinaire , etc.) ; le diagnostic est toujours délicat , et ce n'est que par voie d'exclusion qu'il peut être établi : il faut avoir soin de soumettre à un examen attentif les organes génito-urinaires.

L'étiologie et la thérapeutique ne diffèrent point de celles des différentes espèces de névralgie dont nous avons déjà tracé l'histoire.

7° Névralgie crurale ( névralgie fémoro-prétibiale , Chaussier ). — Le nerf crural devient superficiel au-dessous de l'arcade crurale (point inguinal) ; il fournit 1° les rameaux perforants , qui traversent le muscle couturier, l'aponévrose fémorale (points cruraux) , et vont se perdre autour de la rotule ; 2° le rameau cutané tibial (du nerf saphène interne), qui se répand sur la partie antérieure de la jambe (point tibial); 3° la branche rotulienne , qui se distribue dans la région du même nom (points rotuliens); 4° la branche postérieure, qui fournit des rameaux au devant de la malléole interne (points malléolaires internes), à la peau de la partie interne de la plante du pied (point plantaire interne), du tarse et du métatarse (point métatarsien).

Symptômes. — La névralgie cruraleest souventliée à la névralgie fémoro-poplitée, mais elle n'a été observée isolément qu'un très-petit nombre de fois, et son histoire est encore à faire: nous ne pourrons présenter au lecteur qu'une courte description symptomatologique.

Gotugno l'a mentionnée, sans la décrire, dans son travail sur la sciatique : «Altéra vero species fixum a dolorem in inguinse ostendit , qui per interiorem fe- «moris, ad surse, partem propagatur. Priorem (la «névralgie sciatique), quod posticas insideat coxge «partes, totaque fundetur in ischiadici nervi affec- «lione, ischiadem nervosam posticam appelle « Âlteram , quod coxa? priora possideat , nervique «cruralis passionis generetur, nervosam ischiadem anticam nominabo» {de Ischiadc nervosa , chap. 3, p. 3; Vienne, 1771).

Chaussier s'exprime ainsi: «Cette espèce a sou

siège dans le nerf fémoro-prétibial (crural) : ainsi ,

depuis l'aine , où se trouve le tronc du nerf , la dou-

< leur se répand sur la face rotulienne de la cuisse,

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s'étend principalement sur le côté (ibial de la jambe, à la malléole interne, à la face susplantaire du pied, et surtout aux divisions nombreuses de la branche tibio-cutanée. Cette espèce présente les mêmes caractères que la névralgie fémoro-poplitée; elle y est quelquefois réunie : elle est cependant plus rare, mains douloureuse , et cède plus facilement à l'usage des moyens curatifs ( Table synoptique de la névralgie, § 6). Ainsi que le fait remarquer avec raison M. Valleix, les quelques observations que possède la science ne justifient point les dernières assertions de Chaussier, qui d'ailleurs sont empruntées à Colugno (loc. cit., § 57 , p. 117).

M. Martinet a observé chez un homme travaillant dans une fabrique de céruse , et ayant été atteint plusieurs fois de la colique de plomb, une douleur qui, occupant les deux cuisses, présentait les caractères de la névralgie, et céda à l'administration de la térébenthine.

Les élancements commençaient dans les aines , se dirigeaient le long du nerf crural, et se terminaient au jarret; ils étaient violents et presque continuels ; cependant ils acquéraient de temps à autre une nouvelle intensité ; les paroxysmes n'affectaient aucune régularité dans leur retour. La douleur était concentrée le long de la partie interne de chaque cuisse dans une étendue d"un très-petit diamètre, presque linéaire. Les mouvements de la cuisse étaient très- difficiles et très-douloureux; la marche était presque impossible.

M. Valleix (Traité des névralgies, p. 469 , 472 , obs. 45 , 46) a rapporté deux exemples de névralgie crurale. Chez l'un des malades, les élancements partaient constamment du genou, et se portaient, d'une part, vers l'aine, en suivant la partie interne de la cuisse , et de l'autre , à la partie interne de la jambe , vers le mollet. La pression faisait découvrir deux points situés, le premier, à l'angle supérieur interne de la rotule , le second , en dedans de l'angle inférieur de cet os. Chez le second malade, la névralgie était beaucoup plus étendue; les élancements commençaient dans l'aine et retentissaient presque immédiatement dans le pied en respectant l'intervalle intermédiaire; mais la pression permettait de constater plusieurs points douloureux situés dans l'aine (point inguinal) , dans la partie externe et supérieure, et dans la partie moyenne de la cuisse (points fémoraux), audessous et en dedans du genou (point rotulien i n terne), ;iu-devant de la malléole interne (point malléolaire), et enfin à la base des premiers orteils (point métatarsien).

8° Névralgie fémoro-poplitée. — Voyez Sciàtique.

9° Névralgie cutanée (dermalgie). — M. Jolly a établi des névralgies des extrémités nerveuses , et a décrit sous ce titre des névralgies du tissu mus-

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culaire , des tissus fibreux et osseux , du tissu séreux , du tissu muqueux , et des névralgies cutanées. L'existence des premières espèces ne repose que sur une hypothèse qu'aucun fait ne justifie, et nous allons voir que celle de la dermalgie n'est guère mieux démontrée.

M. Jolly considère comme des névralgies cutanées les douleurs qui précèdent et qui suivent , surtout l'éruption du zona et de certains érysipèles ambulants ; celles qui succèdent aux anciennes blessures et à de graves opérations (Dict. de méd. et de chir. pratiques , t. xii , p. 41). Dans tous les cas de ce genre , il existe des altérations de la peau ou des nerfs qui rendent compte de la douleur mieux que ne le fait la supposition d'une névralgie.

M. Piorry (Mém. sur la nature et le traitement de plusieurs névroses , etc. , obs. 1 ) a cité l'observation suivante, comme un exemple de névralgie cutanée. «Un homme éprouvait depuis plus de deux ans, dans l'hypochondre gauche et dans la largeur de la paume de la main, un fourmillement , un engourdissement , et quelquefois des élancements insupportables. Cette douleur était tout à fait superficielle et entièrement bornée à la peau. Voici comment on s'en assurait. La pression la plus légère augmentait la douleur ; le moindre contact était pénible ; les mouvements des muscles sous-jacents se faisaient avec facilité et sans causer de souffrance ; le tissu cellulaire sous-cutané correspondant à la partie malade étant assez lâche pour permettre le déplacement de celui-ci à l'aide de tractions faites sur la peau du voisinage, si l'on changeait les rapports du derme endolori et des parties sous-jacentes, alors la douleur continuait dans la portion de téguments déplacée, et n'avait pas lieu dans les parties qui , auparavant, lui correspondaient. Cette douleur, tout à fait semblable à celle des névralgies, ne s'étendait point ailleurs, et présentait des paroxysmes fréquents et beaucoup plus forts. La peau était saine en apparence; elle n'offrait ni rougeur ni pâleur qui pût la distinguer de celle des parties voisines; elle n'était ni plus épaisse, ni plus mince, et sa température ne différait pas de celle des autres points de la superficie du corps.

Dans certains cas d'intoxication saturnine, les malades éprouvent sur la surface du corps des douleurs vives que M. Tanquerel des Planches a localisées dans la peau, et qui se rattacheraient, par conséquent, à une dermalgie [Traité des maladies de plomb, 1. 1, p. 510; Paris, 1833).

« Le clou hystérique, dit M. Beau (Note sur les dermalgies, in Archiv. génér. de méd., t. xu, p. 121; 1841), n'est le plus souvent qu'une dermalgie extrêmement circonscrite, et il ne faut pas croire que les névralgies de la peau produites par l'hystérie soient toujours aussi peu étendues. J'ai observé déjà trois

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fois uoe derraalgie hystérique qui affectait la presque totalité de l'enveloppe cutanée, et qui se montrait de temps en temps après les attaques proprement dites.»

Dans la syphilis constitutionnelle, la peau est quelquefois le siège de douleurs vives, lancinantes , intermittentes, que l'on ne peut rapporter à aucune altération appréciable.

M. Beau (Joe. cit.) pense qu'il faut rapporter aux dermalgies les douleurs si vives qui sont quelquefois fixées sur les membres inférieurs dans les cas de myélite : nous n'avons plus besoin d'exposer les motifs qui nous engagent à rejeter cette opinion.

Enfin , M. Beau , employant probablement le mot de dermalgie comme synonyme de douleur cutanée, a décrit une affection qu'il appelle indifféremment dermalgie, dermalgie rhumatismale, rhumatisme de la peau. C'est cette dernière dénomination que nous adopterons, et c'est, par conséquent, dans un autre article que nous nous occuperons du travail de M. Beau (voy. Rhumatisme).

B. Névralgies de la vie de nutrition.

Entre les névralgies de l'appareil cérébro-spinal [névralgies de la vie de relation) et les névralgies de l'appareil ganglionnaire {névralgies de la vie de nutrition : enterai gie , hépatalgie, splénalgie , néphralgie, etc.), M. Jollya établi une classe intermédiaire consacrée à Y appareil nerveux d'association, c'est-à-dire aux nerfs pneumogastriques et diaphragmatiques (Dict. de méd. et de chir. prat., t. xu, p. 44).

Ce médecin considère comme des névralgies pneumogastriques Y asthme essentiel, la coqueluche, les dyspnées, les toux nerveuses, certaines migraines , certains vomissements , certains phénomènes hystériques (Mém. sur les névralgies du système nerveux de la vie intérieure, mNouvelle bihliolh. médic. , 1828, t. h, p. 149). 11 est manifeste qu'il s'agit ici, non pas de névralgies, mais de névroses proprement dites, et nous renvoyons le lecteur aux articles clans lesquels nous avons décrit les affections ci-dessus nommées (voy. Asthme, Coqueluche, Dyspnée, Toux, Vomissement, Migraine, Hystérie).

1° Névralgie du pharynx (pharyngalgic). — La névralgie du glosso-pharyngien appartiendrait à la classe consacrée, par M. Jolly, aux névralgies de l'appareil nerveux d'association. Elle a été établie par M. de Verleuil (Remarques sur les névralgies, thèse de Paris , 1 835, n° 1 82) ; mais les deux observations rapportées par cet auteur sont loin d'être concluantes {loc. cit., p. 43). Nous allons transcrire, sans réflexions, la courte description tracée par M. de Verteuil : elle suffira pour montrer la nécessité de nouvelles recherches.

«Dans la pharyngalgie, il y a bien inflammation, le plus ordinairement , mais elle est légère , superficielle; la douleur n'est point continue, n'augmente pas par la pression ; tous les agents employés contre les maux de gorge échouent contre elles ; les malades n'éprouvent pendant la déglutition ou la conversation aucune douleur; mais après tout exercice un peu soutenu de l'organe , la sécrétion muqueuse diminue et- la douleur augmente; celle-ci est vive, subite, lancinante, aiguë. Un symptôme fort incommode , et qui paraît constant , est le besoin fréquent de cracher ; les crachats sont épais , opaques ; quelfois les malades éprouvent des spasmes violents, de la suffocation. Les souffrances , l'état inflammatoire, disparaissent pendant un temps plus ou moins long pour reparaître de nouveau et durer quelques jours. Ces sortes d'accès sont plus ou moins longs et intenses. Toutes les substances stimulantes , telles que les acides, levinaigre surtout, le poivre, etc., exaspèrent les symptômes. La névralgie du pharynx ne se développe que très-lentement , et chez les personnes sujettes aux maux de gorge ; elle n'existe pas toujours seule, mais s'accompagne quelquefois de douleurs névralgiques en diverses parties du corps , à la tête principalement. Les phénomènes sont moins marqués le jour que la nuit; souvent alors le pharynx se dessèche; le passage de l'air devient trèspénible, et les malades sont éveillés en sursaut. Cette névralgie est plus commune chez les femmes que chez les hommes. Les bains de rivière, les affusions froides, les sels de morphine administrés à l'intérieur ou par la méthode endermique au moyen de vésicatoires placés sur les côtés du cou , sont les moyens à l'aide desquels on doit combattre la pharyngalgie.»

2° Névralgie de l'oesophage. — Quelques auteurs ont décrit sous ce nom l'œsophagisme , le spasme de l'œsophage , qu'accompagne quelquefois une douleur plus ou moins vive (voy. OEsophage (Spasme de 1').

3o Névralgie du larynx. — Voy. Larynx {Névralgie et spasme du larynx) , t. v, p. 535 et 550.

4° Névralgie du poumon. — Voy. Asthme, Dyspnée, Angine de poitrine , et Toux.

5° Névralgie du coeur {cardialgie). — ■ «11 est assez commun, disait Laennec (Traité de l'auscultation médiate, t. m, p. 348; Paris, 1831), de rencontrer des personnes qui éprouvent, constamment ou par intervalles, des douleurs analogues à celles du rhumatisme et des névralgies, dont elles rapportent le siège au cœur, et qui sont prises à fort par les malades , et quelquefois même par les médecins, pour des signes d'une affection organique. Quelquefois ces douleurs ne s'étendent pas au delà; mais assez souvent elles occupent simultanément ou tour à tour, dans une étendue plus ou moins grande, les poumons et l'estomac. Quelquefois elles existent

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en même temps dans le plexus cervical superficiel , et suivent tout le trajet des rameaux qu'il fournit aux parois thoraciques antérieures. Plus souvent encore, au moment où elles acquièrent le plus d'intensité dans le cœur, elles se font sentir également dans les nerfs nés du plexus brachial , et spécialement dans le nerf cubital , dont elles suivent le trajet jusqu'au coude surtout , et quelquefois même jusqu'aux extrémités des doigts. Dans ce dernier cas , la maladie se confond avec l'angine de poitrine. »

M. Bouillaud accepte les idées de Laennec quant à l'angine de poitrine; mais il ne pense pas que les douleurs puissent siéger dans le cœur lui-même, organe qui , à l'état normal , ne paraît jouir d'aucune sensibilité animale. «Je ne prétends pas, ajoute M. Bouillaud , que les nerfs du cœur eux-mêmes ne puissent participer à la lésion des nerfs respirateurs; je pense seulement que cette lésion se révèle alors par des troubles dans les mouvements du cœur, accompagnés de ce malaise indéfinissable qui précède souvent les défaillances ou les lipothymies » ( Bouillaud , Traité clinique des maladies du cœur, t. n, p. 492; Paris, 1835).

L'un de nous a publié une observation qui semble établir d'une manière incontestable l'existence de la cardialgie, c'est-à-dire de la névrose douloureuse du cœur.

Une jeune femme , sujette à des douleurs névralgiques (gastralgie , prosopalgie) , éprouva tout à coup dans la région précordiale une douleur extrêmement vive, qu'augmentaient les mouvements respiratoires et les battements du cœur, lesquels devinrent précipités, tumultueux , irréguliers ; au bout de quelque temps , la douleur prit une intensité extraordinaire , et il survint un accès de suffocation qui fit craindre une mort prompte : tous les accidents disparurent à la suite d'une attaque hystériforme (L. Fleury , Réflexions et observations pour servir au diagnostic des névralgies , in Journal de médecine, obs. 2 , n° d'avril 1843).

Chez les chlorotiques , on observe quelquefois des douleurs cardiaques qu'on ne peut attribuer qu'à une névralgie du cœur.

Il est impossible d'établir sur des faits l'histoire de la cardialgie, et nous ne reproduirons pas le tableau qu'a tracé M. Pigeaux ( Traité pratique des maladies du cœur, p. 748; Paris, 1839), parce qu'il n'est évidemment qu'une description fondée sur une analogie présumée.

6° Névralgie du diaphragme (hoquet idiopathique). — «Les névralgies diaphragmatiques sont intermittentes ; elles se manifestent par des douleurs plus ou moins vives avec constriction à l'épigastre et au dos , par des hoquets plus ou moins violents , accompagnés souvent d'éructation, de vomissements ,

et de tous les phénomènes qui dénotent un état spasmodique du diaphragme. »

Pour justifier cette définition , M. Jolly ( Nouv elle bibliolh. méd., t. u, p. 152, 1828) a rapporte quelques observations qui ne modifient en rien la description que nous avons donnée du hoquet idiopathique (voy. Hoquet , t. iv , p. 568 ).

7° Névralgie de l'estomac. — Voy. Gastralgie, t.,iv,

8° Névralgie de l'intestin. — Voy. Entéralgie, t. iv, p. 264.

9° Névralgie de l'anus. — «Le spasme de l'anus, regardé par Boyer comme essentiel , et comme dépendant de contractions douloureuses du muscle sphincter, dit M. Jobert, n'est, pour nous, qu'un symptôme dont la cause doit être cherchée, non dans la fibre musculaire , mais dans le nerf qui vient s'y rendre : aussi, bien que cette convulsion du sphincter reconnaisse le plus souvent pour cause la fissure à l'anus , il faut savoir que celle-ci n'est pas toujours nécessaire , et que quelquefois la névralgie des nerfs qui se rendent au sphincter peut produire la convulsion» (Étude sur le système nerveux, t. u, p. 667).

M. Gampaignac ( Considérations sur les névralgies des organes géniio-urinaires et de l'anus, in Journal hebdomadaire, n° du 28 février 1829) a rapporté l'observation d'une femme chez laquelle le sphincter de l'anus, bien qu'il ne fût ni dur ni resserré, était le siège de douleurs aiguës, intermittentes, qui se faisaient également sentir vers les grandes et les petites lèvres , et se propageaient jusqu'à l'orifice du vagin.

M. Roux enseigne que la névralgie anale coïncide quelquefois avec la fissure de l'anus , et il rapporte que, l'incision du sphincter ayant été faite dans un cas pareil , les douleurs névralgiques s'accrurent et envahirent les cuisses et les parois de l'abdomen.

M. . Piorry (Mém. sur la nature et le traitement de plusieurs névroses , etc., obs. 5) a rapporté comme un exemple de névralgie anale l'observation suivante. «Un homme sujet à la constipation , et rendant souvent par les selles des matières très-dures , portait immédiatement au-dessus des sphincters de l'anus un tubercule hémorrhoïdal de la grosseur d'un grain de chènevis, qui ne causait d'ordinaire d'autre incommodité qu'une démangeaison qui se renouvelait quand la constipation était très-forte. Or, lorsque des efforts considérables avaient lieu pour provoquer la défécation et lorsque surtout ils avaient été assez prolongés pour irriter les parties qui entourent l'anus , une douleur très-vive se faisait sentir : le malade la sentait distinctement remonter dans la partie profonde de l'abdomen ; des défaillances survenaient: des nausées et quelquefois des vomissements s'yjoi-

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gnaient ; en même temps la face était pâle, les traits tirés , et une sueur froide mouillait la peau du malade. Les accidents se dissipaient complètement en quelques minutes.»

Tels sont les seuls éléments que fournisse la science à l'histoire de la névralgie anale : on voit combien il est nécessaire que l'observation intervienne.

10° Névralgie du foie. — Voy. Hépatalgie, tome iv, p. 530.

1 1° Névralgie de la rate. — Voy. Rate (Maladies delà).

1 2° Névralgie du rein. — Voy. Reins (Maladies des).

13° Névralgie de la vessie. — Voy. Vessie (Maladies de la).

14° Névralgie de l'utérus. — Voy. Utérus (Maladies de 1').

NÉVRITE, s. f., inflammation d'un nerf.

Synonymie. — Neuriiis , nevritis , nèvrilite , névrilemite.

Définition et division. — L'histoire de la névrite est encore fort incomplète; les observations ne sont pas assez nombreuses pour qu'il soit possible de la constituer, et l'on peut dire avec M. Cruveilhier : «L'anatomie pathologique des nerfs est à faire.»

On admet généralement que la névrite proprement dite n'existe pas , c'est-à-dire que l'inflammation n'envahit jamais le tissu nerveux, et qu'on ne la rencontre que dans le névrilème. aNemo forte un- «quam, dit Boerhaave , vidit inflammationem in «nervo, hsec vero si contingat, in sola tunica vagi- «nali hseret. » M. Martiuet partage cette opinion : «Le névrilème, dit-il , me paraît être la seule partie du nerf où l'on observe l'inflammation ; je ne sache pas qu'il existe de fait où il soit démontré que la pulpe en ait été le siège ( Martinet , Mém. sur l'in- Jlammalion des nerfs , in Bévue médicale , t. n, p. 330; 1824). M. Cruveilhier a étendu le domaine anatomique de l'inflammation des nerfs, et les faits justifient complètement les paroles suivantes de ce médecin : «11 résulte de toutes les recherches anatomiques que j'ai pu faire à cet égard , que les lésions anatomiques des nerfs ne portent pas sur la fibre nerveuse elle-même, mais bien sur le névrilème et sur le tissu cellulaire adipeux qu'on rencontre en assez grande quantité dans l'épaisseur de chaque cordon nerveuxj » (Cruveilhier, Anat. pathol., liv. 35, pi. 2).

Dugès (Mém. sur la névrite puerpérale , in Revue médicale , t. m, p. 157; 1824) a distingué cinq espèces de névrite : 1° simple, 2° œdémateuse, 3° phlcgmoneuse , 4° œdémalo-phlegmoneuse , 5° gangreneuse. Nous verrons tout à l'heure ce qu'il faut penser de la névrite phlegmoneuse ou purulente; rien ne démontre l'existence de la névrite gangreneuse, et il est impossible de tenir compte du

travail de Dugès , qui ne repose que sur des faits incomplets, mal appréciés et totalement étrangers, pour la plupart, à la névrite.

M. Gendrin (Histoire anat. des inflammations , t. n; Paris, 1826) a divisé la névrite en aiguë et en chronique ; mais l'observation n'a point encore démontré l'existence de cette dernière forme de l'inflammation nerveuse.

Altérations anatomiques. — «Le nerf est d'un rouge vif, le névrilème présente une injection vasculaire d'autant plus serrée que l'on est plus près du centre de la phlegmasie. On distingue cependant toujours, même dans l'endroit où la rougeur est la plus grande , un réseau vasculaire serré que l'on retrouve par la dissection jusque sur les filets nerveux qui forment le centre du cordon nerveux. En examinant à la loupe ce réseau vasculaire , on voit une multitude de filets capillaires qui unissent transversalement les filets capillaires principaux , qui suivent la direction du nerf , soit en rétrogradant, soit en se dirigeant vers sa terminaison. Aucune injection artificielle ne peut mettre en évidence ces capillaires transversaux. Le tissu cellulaire interstitiel des cordons nerveux est lui-même fortement injecté et très-infiltré de sérosité» (Gendrin , loc. cit., p. 142). Cette altération est facile à constater en faisant macérer le nerf dans une solution alcaline fort étendue : la pulpe est détruite et l'injection se dessine parfaitement sur le névrilème resté seul intact.

La rougeur du névrilème se présente quelquefois sous forme de plaques rondes, ovales , irrégulières ou assez symétriques, placées comme de champ (Van de Keeze, Eecherches anatomiques et observ. sur les névralgies , in Journ. universel des sciences médic, t. xxv, p. 67; 1822).

Dans un cas rapporté par M. Van de Keeze ( loc. cit., p. 68), le névrilème était très-adhérent en plusieurs endroits ; des lambeaux détachés présentaient ici des granulations blanchâtres , miliaires et groupées, plusieurs couches lamelleuses superposées et des petits points rougeâlres; là, une épaisseur remarquable jointe à de l'opacité, une résistance, une élasticité fibreuse.

A un degré plus avancé de l'inflammation , le nerf est d'un rouge uniforme, brunâtre ou violet, comme ecchymose (Van de Keeze); du sang paraît extravasé et infiltré dans le névrilème; le cordon nerveux est gonflé et acquiert le double ou le triple de son volume normal (Martinet, loc. cit., p. 341-343); il paraît homogène dans sa texture; on ne distingue plus le réseau vasculaire injecté que sur les limites de la phlegmasie; c'est un tissu spongieux, rouge, qui ressemble à un cordon de tissu cellulaire enflammé. Par une section en travers, on ne distingue la pulpe qu'à une matière rouge demi-liquide, qui forme des

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points dans l'épaisseur du cordon nerveux. Aux limites de l'inflammation, on voit que la pulpe nerveuse est rougie et comme ramollie; il y a des filets qui semblent remplis de sang. En s'éloignant de l'inflammation jusqu'aux points où l'injection vasculaire est très-légère, le nerf parait comme disséqué; ses filets semblent séparés les uns des autres par une sérosité assez abondante , ou par du sang fluide et presque pur (Martinet, loc. cit., p. 341-343); on remarque aussi la disparition des vésicules adipeuses dans le tissu cellulaire qui environne le nerf ou qui pénètre dans son épaisseur (Gendrin , loc. cit., p. 144). Dans un cas rapporté par M. Gendrin {loc. cit., p. 147), le nerf sciatique droit avait doublé de volume; il était d'un rouge ponceau uniforme , d'une texture dense et comme carnifiée; en voulant suivre par la dissection les fibres nerveuses , celles-ci se rompaient et semblaient confondues dans un cordon spongieux trèsinfiltré de sang, et assez dense au toucher. On ne distinguait dans ce cordon , en le coupant, que de petits caillots de sang disséminés dans son épaisseur.

Quelquefois le nerf est ramolli : il se laisse diviser avec l'ongle, se déchire aussi facilement en travers qu'en long (Van de Keeze , loc. cit., p. 69). Dans un cas rapporté par M. Van de Keeze , la substance nerveuse était configurée en chapelet, dont les grains durs, rénitents, fibro-celluleux, étaient séparés par une pulpe mollasse, déliquescente, d'un gris tirant sur le rouge sale (Joe. cit., p. 71).

M. Martinet a vu du pus infiltré entre les divers filets qui composent le nerf sciatique , et dans le tissu cellulaire environnant (loc. cit., p. 344-346). «Ce degré de l'inflammation, dit M. Gendrin (loc. cit., pag. 148), ne nous paraît pas succédera l'inflammation violente du nerf, car le tissu de cet organe est, dans ce cas, si fortement infiltré, qu'il est comme homogène, et qu'il serait difficile qu'une infiltration purulente qui surviendrait alors laissât les filets nerveux dans l'état d'intégrité; nous pensons donc que la suppuration qui s'effectue entre les faisceaux et les filets des nerfs enflammés arrive quand la phlegmasie, encore modérée , n'a pas pénétré au delà du névrilème. Ge qui nous confirme dans notre opinion, c'est que, dans les cas de suppuration, la rougeur et l'infiltration sanguine ont toujours été trouvées moins intenses que dans les inflammations aiguës violentes, qui envahissent toutes les parties intégrantes d'un cordon nerveux. »

En expérimentant sur les animaux, on ne parvient pas à produire la suppuration du nerf; le tissu cellulaire qui environne le nerf suppure bien, mais celui-ci reste intact. Si Ton cherche à produire un plus haut degré d'inflammation par la présence d'un corps étranger, etc. , le cordon nerveux se détruit par ulcération, mais jamais en n'obtient artificiellement l'infil-

tration purulente inter-fibrillaire du nerf (Gendrin, loc. cit. , p, 150).

Symptômes. — La névrite donne lieu à une douleur continue, naissant pour ainsi dire peu à peu, augmentant graduellement, exaspérée parla pression, et suivant le trajet du nerf (Vidal, de Cassis, Traité de pathologie externe , 1. 1, p. 490); elle est constituée par une sensation de déchirement, d'engourdissement ou d'élancements; elle se rapproche beaucoup de celle que produit la compression dune branche nerveuse , et provoque un engourdissement qui, quelquefois, est porté jusqu'à la paralysie; elle est plus ou moins violente et ressemble à celle qui accompagne l'inflammation du tissu fibreux ; elle ne cesse jamais brusquement , et si elle présente des paroxysmes, ceux-ci n'atteignent pas leur maximum tout à coup , mais graduellement. Les caractères assignés à la douleur de la névrite ne sont toutefois pas toujours aussi tranchés ; quelquefois la douleur continue est sourde, et l'on observe des élancements intermittents, tout à fait semblables à ceux qui accompagnent les névralgies.

Les fonctions de la partie à laquelle se distribue le nerf enflammé sont toujours modifiées. Pendant la période d'irritation on observe une exagération de la motilité , des convulsions cloniques partielles ; le docteur Frère a rapporté un cas de tétanos déterminé par une inflammation du nerf musculo-cutané (Rev. méd., n° de mai 1839). A ces phénomènes morbides succède bientôt une diminution de la motilité et de la sensibilité qui peut devenir une paralysie complète.

Lorsque le nerf a augmenté de volume, il se dessine à l'extérieur sous la forme d'un cordon rouge plus ou moins volumineux dont on suit parfaitement, avec l'œil et avec le doigt, la direction connue (Martinet, loc. cit., obs. 1,2,3).

Une fièvre plus ou moins vive accompagne constamment la névrite.

Marche, durée, terminaisons. — La marche de la névrite est régulièrement progressive; la durée varie de quelques jours à plusieurs mois ; dans tous les cas où la mort a eu lieu, elle a été due à une complication (voy. Martinet , méui. cité).

Diagnostic. — On a cherché dans les caractères de la douleur les signes propres à faire distinguer la névrite de la névralgie (Martinet, loc. cit., p. 352 etsuiv. ; — voy. le Compend., Névralgie). «Mais, dit M. Andral (Précis d'anai. patholog., t. il, p. 856; Paris , 1829), si l'on accordait une grande confiance à ces caracières distinctifs, je crois que l'on pourrait plus d'une fois s'égarer et croire à une névrite quand il n'y aurait qu'une névralgie, et vice versa.» La présence d'un cordon rouge se dessinant au-dessous de la peau, la fièvre, les convulsions et la paralysie consécutive, sont au contraire des signes qui ne per-

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mettent pas de croire à l'existence d'une névralgie.

Causes. — Les causes de la névrite sont peu connues et souvent inappréciables; quelquefois la maladie a paru se développer sous l'impression du froid, de l'humidité, des causes qui déterminent les phlegmasies rhumatismales (névrite idiopathique) ; les coups, les chutes, les contusions, les piqûres, la phlébotomie , déterminent quelquefois la phlegmasie d'un nerf (névrite tfaumatiqué) ; dans le cas rapporté par le docteur Frère, l'inflammation du nerf musculo-cutané a été produite par l'application d'un cautère.

Traitement. — La médication antiphlogistique constitue, à elle seule, tout le traitement de la névrite. Les bains locaux et généraux , les topiques émollients, les émissions sanguines générales et surtout locales , doivent être employés avec persévérance tant que la douleur persiste. Lorsque celle-ci devient moins vive et que l'inflammation semble vouloir passer à l'état chronique , il faut avoir recours aux dérivatifs et surtout , comme le conseille M. Ollivier (d'Angers), aux vésicatoires appliqués sur le trajet du nerf affecté et longtemps entretenus.

NÉVROSE, s. f., dérivé de vsupov, nerf , c'est-àdire maladie nerveuse.

Définition. — « Je propose de comprendre , dit Cullen, sous le titre de névroses, ou maladies nerveuses , toutes les affections contre nature du sentiment ou du mouvement où la pyrexie ne constitue pas une partie de la maladie primitive, et toutes celles qui ne dépendent pas d'une affection topique des organes , mais d'une affection plus générale du système , d'où dépendent plus spécialement le sentiment et le mouvement » (Elém. de médec. prat., t. ii, p. 312, in-8°; 1819). « Les névroses, dit le même auteur, consistent dans la lésion du sentiment et du mouvement sans pyrexie idiopathique ou une maladie locale. » Cette dernière définition résume toutes les idées de Cullen sur la névrose , et les auteurs qui ont écrit sur ce sujet, après lui, n'ont fait que la reproduire , en changeaut seulement quelquesuns de ses termes. Pinel l'accepte à peu près telle que l'a posée Cullen (N oso graphie , et art. Néyrose du Dict. des sciences médicales ; 1819).

Broussais ne pouvait manquer de s'élever avec force contre une définition qui tendait à soustraire une grande classe de maladies à l'empire de l'irritation inflammatoire; aussi la névrose n'est-elle , pour l'illustre pathologiste , qu'une irritation sympathique ou nerveuse, transmise par un tissu ou un organe enflammé au système nerveux cérébro-spinal (propos. 85, 86, 107, 123, 144 , et pass., de Y Examen des doctrines). M. Roche est tellement dominé par le désir de rattacher les névroses à quelque chose qui soit l'irritation , qu'il en fait des irritations ner-

veuses que produit l'accumulation du fluide nerveux , sous l'influence d'un agent irritant (Eléments de pathologie médicale).

Nous avons rapporté ces dernières définitions pour montrer que beaucoup de pathologistes modernes, maîtrisés par leurs tendances vers la localisation des maladies, et cependant toujours embarrassés par ces fâcheuses névroses qui ne laissent aucune trace évidente de leur passage , ne craignent pas de se livrer à toutes sortes d'hypothèses , afin de déguiser leur ignorance , et de ne pas être en contradiction avec leur système de prédilection.

Des idées beaucoup plus exactes et plus physiologiques se trouvent exprimées dans les définitions récentes que l'on a données des névroses. Pour Georget, «elles sont des maladies de longue durée, peu dangereuses, intermittentes, apyrétiques, difficilement curables, accompagnées ordinairement de symptômes effrayants en apparence, et de souffrances très-vives qui feraient croire à l'existence d'une affection très-grave, avec peu ou point d'altérations sensibles dans les organes qui en ont été le siège» (art. Névrose, Dict. de médecine, 2e édit., p. 31).

M. Foville la définit « une maladie dont le siège évident , à en juger par les symptômes , réside dans quelques parties du système nerveux , sans altération visible primitive de ce système , mais déterminant à la longue , dans les organes qui en sont le siège , des altérations étrangères à leur manifestation» (article Névrose, Dict. de méd. et chir. pratique, p. 61 , t. xn).

M. A. Tardieu résume les principaux caractères des névroses dans la définition suivante : affections non spécifiques, apyrétiques , ordinairement intermittentes, ayant leur siège dans quelque point du système nerveux, et s'étendant facilement à la fois ou successivement à plusieurs de ces parties, caractérisées essentiellement par le trouble de l'une ou de plusieurs des fonctions de ce système , et pouvant exister sans lésion appréciable des solides ou des liquides» (Jusqu'à quel point le diagnostic analomi que peut-il éclairer le traitement des névroses P Thèse de concours pour l'agrégat, en médec, p. 17, in-4°; Paris, 1844). Nous ne comprenons pas pourquoi M. Tardieu rejette du nombre des névroses celles qui sont produites par une cause spécifique , telles que l'épilepsie , le délire saturnin , le tremblement des doreurs , l'hydrophobie rabique , les convulsions qu'excite l'administration de la strychnine, etc.? A-t-on pu saisir l'altération des liquides dans toutes ces maladies ? Est-on fondé à les retrancher du nombre des névroses? Démontrez la nature de l'altération ; dites-nous comment le système nerveux est modifié, sur quelles parties portent les modifications , et alors vous pourrez faire de ces névroses

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des phénomènes nerveux purement symptomaliques. Jusque-là nous avons le droit de les considérer comme des affections essentielles, idiopathiques et sans matière, du système nerveux. On ne peut pas admettre l'existence d'une lésion appréciable des solides ou des liquides dans les névroses idiopathiques sans jeter une étrange confusion dans les idées médicales généralement acceptées aujourd'hui.

Pour nous donc , la névrose est une maladie apyrétique ayant son siège dans une ou plusieurs parties du système nerveux encéphalo-rachidien ou ganglionnaire, sans lésion appréciable et primitive de ces systèmes , et se manifestant , en général , d'une manière intermittente par des troubles graves qui peuvent affecter séparément , simultanément ou successivement , les parties du système nerveux dévolues au sentiment , au mouvement et à l'intelligence.

Divisions. — Avant d'énumérer les nombreuses divisions introduites dans la science , et de les soumettre à une critique approfondie , il nous a paru convenable d'établir d'abord celles qui méritent d'être maintenues, et qui serviront de base à cet article, dont ies difficultés nous ont arrêtés plus d'une fois , et nous ont contraints à de longues méditations.

Les trois grandes fonctions du système nerveux, savoir : l'intelligence, le mouvement et le sentiment, peuvent être lésées séparément; il en résulte d'abord trois grandes classes de névroses :

1° Névroses des fonctions intellectuelles, 2° — du mouvement, 3° — du sentiment.

Une ou plusieurs de ces fonctions peuvent être troublées : aussi est-il impossible de faire rentrer toutes les névroses dans une des classes précédentes. 11 faut donc établir une classe de névroses que nous appellerons mixtes ; ce sont même les plus nombreuses : telles sont l'hystérie, l'épilepsie.

4° Névroses mixtes.

Les troubles du mouvement et du sentiment peuvent avoir leur siège dans deux principaux groupes d'appareils , ceux de la vie de relation , et ceux de la vie de nutrition. Quoique la distinction des deux vies ait été justement critiquée, et soit abandonnée par un grand nombre de physiologistes, il est nécessaire de la maintenir en pathologie, et surtout dans l'histoire des névroses. La motilité peut être troublée : 1 ° dans les muscles de la vie de relation ; 2° dans les muscles de la vie de nutrition.

A. Névroses du mouvement dans les muscles de la vie de relation. Exemple : tétanos, catalepsie, chorée, syncope , convulsions idiopathiques des mus clés de la face , tremblement , etc.

B. Névroses du mouvement dans les muscles des viscères splanchniques. Exemple: palpitations,

vomissements nerveux, spasme de l'œsophage, du larynx, diarrhée, asthme , coqueluche, etc.

Le sentiment peut être également modifié dans les deux groupes d'appareils : de là deux autres classes non moins naturelles de névroses du sentiment.

A. Névroses du sentiment dans les organes de la vie de relation. Exemple : névralgies, anésthésies, diplopie, héméralopie, amaurose, surdité, tintouin.

B. Névroses du sentiment dans les organes de la vie de nutrition. Exemple : gastralgie , entéralgie, névralgie utérine, vésicale, anale ; hépatalgie, splénalgie, colique de plomb, etc.

Les névroses de l'intelligence , du mouvement et du sentiment, affectent trois modalités pathologiques principales : ces fonctions peuvent être 1<> excitées, 2° diminuées , 3° perverties ; et quoiqu'il ne soit pas toujours facile de faire rentrer les névroses dans ces trois sections , parce qu'elles affectent souvent ces trois manières d'être de l'état pathologique, elles doivsnt être conservées pour la coordination des principaux phénomènes.

Jetons maintenant les yeux sur les principales divisions admises par les nosographes dans l'histoire des névroses. Les maladies qui , dans la classification de Sauvages, peuvent être rapportées aux névroses, sont les spasmes (classe 4 ) , les débilités (classe 6 ), les douleurs (classe 7), les vésanies (classes). Il serait fastidieux d'énumérer les maladies renfermées dans ces quatre classes; il nous suffira de dire que la plupart des névroses y figurent , et qu'un grand nombre de maladies y sont rangées, quoiqu'elles ne soient pas des névroses.

Gullen comprend dans sa classe 2e, ou névroses : l°les maladies comateuses, 2° les adynamies, 3° les spasmes, 4° les vésanies. Gullen a saisi mieux qu'aucun autre les principaux caractères des névroses, et toutes celles qui méritent réellement ce nom occupent leur vraie place dans sa nosographie; mais i! y a aussi rattaché des affections qui ne sont pas des névroses, telles que l'apoplexie, certaines paralysies, la chlorose, (Gênera morborum, prœcipua dejinila ; Edimbourg , 1 77 1 ; et Éléments de médecine pratique, t. n).

Sagar ne fait point une classe à part des névroses qui se trouvent réparties dans les classes suivantes : les douleurs ( classe 4 ), les spasmes ( classe 8 ), les débilités ( classe 9 ) ( S/stema morborum symptomaticum ; Vien., 1771).

Vogel avait déjà indiqué les principales névroses dans les quatre classes suivantes de sa nosographie : les douleurs (classe 4 ), les spasmes (classe 5) , les adynamies (classe 6), les hypéresthésies (classe 7) [Dejinitiones generum morborum; Gott., 1764).

Ge qui ressort de l'examen que nous venons de

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faire des principales nosographies , auxquelles nous aurions pu ajouter celles de Darwin et de Tourdes , c'est que les médecins de tous les temps avaient remarqué que tantôt la douleur, tantôt le spasme , ou bien la paralysie et l'hypéresthésie, sont les seuls accidents appréciables de certaines maladies qui constituent des groupes naturels et parfaitement distincts de tous les autres. La convulsion, la paralysie, la douleur, les troubles de l'intelligence, sont les caractères de ce genre. L'anatomie pathologique est venue prouver plus tard que ces entités morbides étaient bien réelles, mais qu'il fallait en séparer quelques affections pour les rattacher à des altérations organiques tout à fait distinctes. L'histoire des névroses a fait alors un grand pas vers la certitude ; elle est devenue une des parties les plus curieuses de la nosographie.

Pinel, mettant à profit les travaux des nosographes qui l'avaient précédé, et les belles recherches de Bichat en physiologie, disposa les névroses de la manière suivante :

1 ° Névroses des fondions de la vie de relation. — A. Celles des jonctions cérébrales sont 1° les comata (catalepsie, épilepsie), 2° les vésanies (hypochondrie, mélancolie, manie, démence, idiotisme, somnambulisme , hydrophobie).

2" Nécroses delà vie de relation. — B. Celles des sens 1° de l'ouïe (dysécie, paracousie, tintouin, surdité), 2° de la vue (berlue, diplopie, héméralopie, nyctalopie, amaurose ), 3° de la locomotion et de la voix (névralgies, tétanos, convulsion, chorée, paralysie), de la voix (voix convulsive, aphonie).

3° l\évroscs de la vie intérieure. — A. De la digestion (spasme de l'œsophage , cardialgie , pyrosis, vomissement , dyspepsie , boulimie , pica , colique , colique de plomb , iléus) ; — B. De la respiration (asthme, coqueluche, asphyxie, angine de poitrine); — G. De la circulation ( palpitations, syncope); — D. De la génération chez l'homme ( anaphrodisie , satyi iasis, priapisme), chez la femme (nymphomanie, hystérie). Il nous serait facile de montrer qu'uu grand nombre de névroses encore admises par Pinel ne méritent plus cette dénomination : toutefois, malgré les imperfections et même quelques erreurs , excusables pour le temps où il écrivait, on trouve dans sa nosogriphie un ensemble d'idées générales qui donnent à son travail une grande valeur ; les divisions qu'il a établies méritent d'être conservées, et particulièrement celle qui consiste à séparer les névroses des organes de la vie de relation d'avec les névroses des viscères de la vie de nutrition {Nosographie philosophique, Névkose; Dict. des sciences méd. , art. Nkvrosiî, p. 559).

Broussais a admis des névroses actives et passives ; mais cette division mérite à peine d'être mentionnée. Dans les premières, la sensibilité et la moti-

lité sont augmentées; diminuées ou abolies, dans les secondes. Avons-nous besoin de faire remarquer qu'un pareil langage est entièrement faux, et ne peut s'appliquer à des névroses?

Une autre division , beaucoup plus importante , consiste à séparer en deux groupes les névroses idiopathiques et les névroses symptomatiques. Les premières sont des troubles fonctionnels du système nerveux cérébro-spinal ou ganglionnaire, sans aucune altération primitive appréciable de ce système, ni des viscères; elles seules doivent conserver le titre de névroses.

Dans la seconde classe, sont les névroses symptomatiques, c'est-à-dire les troubles fonctionnels du système nerveux , qui ne se rattachent pas plus que les précédentes à une lésion appréciable et primitive du système nerveux ; mais qui sont déterminées par des maladies bien connues des solides et des liquides. La gastralgie, les palpitations, les vertiges des femmes atteintes de chlorose, sont des névroses symptomatiques , développées sous l'influenced'une altération du sang. L'épilepsie, le délire, les convulsions, les paralysies produites par le plomb, le tremblement mercuriel , sont encore des névroses symptomatiques d'un empoisonnement, d'une altération du sang par un agent spécifique ; le délire, les convulsions des ivrognes, l'hydrophobie rabique, les convulsions causées par la strychnine, doivent être rangés dans lacatégorie des névroses symptomatiques. Nous ne comprenons pas pourquoi M.Tardieu refuse de mettre parmi les névroses l'hydrophobie rabique et les autres troubles nerveux que nous avons signalés plus haut (dissert, citée, p. 18). Elles appartiennent, dit-il, aux maladies spécifiques communiquées : sans aucun doute, leur cause est d'une nature toute particulière, elle nous est bien connue; mais en sommesnous plus avancés ? Et parce que nous savons qu'un homme a été soumis aux émanations saturnines , l'épilepsie, le délire, les convulsions, dont il est affecté , en sont-ils moins des névroses? Sommes-nous plus éclairés sur le siège de celles-ci ? Pouvons-nous dire en quoi consiste la modification pathologique du système nerveux? Disons donc qu'à part la cause spécifique que nous connaissons, il n'y a rien qui distingue ces névrosesdesidiopathiques, auprès desquelles elles doivent être placées en nosographie.

On doit encore mettre au rang des névroses symptomatiques celles qui sont si communes dans la chloro-anémie , et à la production desquelles l'altération du sang a une grande part.

Il faut placer très-loin de ces névroses symptomatiques par altération simple ou spécifique du sang celles qui dépendent de la lésiou d'un viscère , de l'estomac, de l'utérus , par exemple ; l'hystérie , l'hyporhondric, la folie , l'épilepsie, etc., ne reconnaissent

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souvent pas d'autre origine. Ces névroses mériteraient mieux de porter le nom de névroses sympathiques , que leur a donné M. ^lont^.\x\t (des Moyens à l'aide desquels ou peut distinguer les névroses des lésions dites organiques , thèse de concours pour l'agrégat, en med., p. 28, in-4°; Paris, 1833). Nous avons déjà établi, dans plusieurs articles de notre ouvrage , la division des névroses en idiopathiques et en symptomatiques, et il nous a paru utile de la maintenir plus que jamais dans un article qui doit résumer les caractères des névroses. Nous formerons donc, avec les différentes classes que nous venons d'établir, le tableau suivant :

1° Névroses idiopathiques

2° Névroses symptomatiques

del'inielligence. 1 dans les deux vies du mouvement, j de re la lion et de du sentiment, ( nutrition, d'une altération simple du sang , 1 d'une altération spécifique du sang

3° Névroses sympathiques d'une maladie viscérale.

Nous rejettons complètement du nombre des névroses les phénomènes purement symptomatiques de certaines lésions du système nerveux, lesquelles peuvent simuler des névroses. M. Tardieu leur conserve à tort ce rang. «L'hystérie, dit-il, pour être une névralgie ayant sa source dans une affection des nerfs de l'utérus, n'en serait pas moins une névrose, et pour l'épilepsie, dans les cas même où une tumeur du crâne, ua tubercule du cerveau, sont la cause excitante de la maladie , on peut encore appeler névrose l'affection nerveuse qui préside immédiatement à l'attaque» (thèse citée, p. 17). Il y aurait de graves ioconvénients à conserver le nom de névrose à une épilepsie provoquée par des tubercules du cerveau ou par toute autre lésion du système nerveux. Si le diagnostic est souvent difficile, impossible même , à établir en pareil cas, ce n'est pas une raison pour que l'on doive placer l'une à côté de l'autre deux affections que l'anatomie pathologique met à une si grande dislance. L'insuffisance du diagnostic ne peut légitimer une pareille classification nosographique. Nous ne comprenons pas non plus pourquoi M. Gibert regarde comme une névrose des accès épileptiformes produits par une nécrose des os du front ( des Névroses, thèse de concours pour une chaire de pathologie interne. in-4°, Paris, 1835; et Revue médic, p. 328, 1840).

Enumération et classification des névroses. — 1° Névroses de l'intelligence. A. Essentielles : manie, monomauie, démence, nostalgie, hypochondrie, somnambulisme, satyriasis, nymphomanie, insomnie.

B. Symptomatiques d'une altération spécifique ou simple du sang : délire saturnin et alcoolique, névroses symptomatiques de l'anémie.

G. Sympathiques d'une maladie viscérale : manie , hypochondrie , hystérie.

2° Névroses du mouvement dans les muscles de la vie de relation. — A. Idiopathiques : épi— lepsie, éclampsie, catalepsie, convulsions essentielles, tétanos , chorée, paralysie.

B. Symptomatiques d'une altération spécifique ou simple du sang : épilepsie , contractions , crampes, convulsions, paralysie saturnine tremblement mcrcuriel, convulsions produites par l'alcool et la strychnine, hydrophobie.

G. Sympathiques d'une maladie viscérale : certaines paralysies dues à une affection de l'estomac, de l'utérus; ces névroses sont rares.

Névroses du mouvement dans les muscles de la vie de nutrition. — A. Essentielles: aphonie, spasme du larynx, coqueluche , asthme, angine de poitrine , palpitations, syncope, spasme œsophagien , vomisments nerveux , diarrhée.

B. Symptomatiques d'une altération simple du sang : palpitation , syncope de la chlorose , coliques nerveuses. G. d'une altération spécifique du sang : coliques, constipation , vomissements saturnins.

D. Sympathiques d'une lésion viscérale. Elles sont très-nombreuses et très-fréquentes chez les femmes et les sujets nerveux.

3° Névroses du sentiment dans la vie de relation. — A. Essentielles : toutes les névralgies.

Nous ne comprenons pas les motifs qui ont fait distraire par quelques auteurs la névralgie du nombre des névroses; nous avons montré ailleurs qu'une névralgie n'est qu'une névrose douloureuse, c'est-àdire une maladie nerveuse sans lésion appréciable; nous ne reviendrons pas sur les preuves que nous avons apportées en faveur de cette manière de voir (voy. Névralgie).

Névroses de la vue : berlue, diplopie, héméralopie, nyctalopie, amaurose. Névroses de l'ouïe: tintouin , paracousie , dysécie , surdité. Une névrose plus générale, et qui nous paraît occuper la première place parmi les névroses du sentiment, est l'hystérie.

B. Symptomatiques : névralgie, céphalalgie, vertiges, migraine des chloro-anémiques , iritis, amaurose, paralysie, anesthésie de Tintoxicaiion saturnine.

G. Sympathiques d'une maladie viscérale : toutes les névroses indiquées plus haut.

Névroses du sentiment dans la vie de nutrition. — A. Idiopathiques : ici se placent en première ligne toutes les viscéralgies , la gastralgie, la névralgie du cœur, la névralgie vésicale, anale, l'hystéralgie splénique , etc.

B. Symptomatiques d'une altération du sang; ce sont les mêmes que celles qu'on retrouve chez les chlorotiques et chez les hommes qui ont été soumis à des privation* de toute espèce ; coliques saturnines, coliques nerveuses.

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C. Sympathiques d'une maladie viscérale : toutes les viscéralgies précédemment indiquées.

Tel est le tableau complet de toutes les névroses qui peuvent affecter la vie de relation, de nutrition, et les facultés de l'intelligence. Faisons remarquer que cette classification , comme toutes celles que l'on a publiées jusqu'à ce jour, a l'inconvénient d'être trop absolue pour que l'on puisse placer aisément chaque névrose dans une seule division. L'épilepsie , par exemple , est tout à la fois une névrose du sentiment , du mouvement et de l'intelligence : l'hystérie, une névrose de la sensibilité et du mouvement ; il en est de même de la catalepsie. L'hydrophobie est une névrose du mouvement dans laquelle la sensibilité et l'intelligence sont également lésées. Lorsqu'on veut fonder une classification des névroses, on est contraint de prendre le trouble nerveux le plus marqué pour caractériser la maladie , et l'on voit que tantôt il prédomine dans un appareil et tantôt dans un autre.

On pourrait encore faire trois sections dans chaque classe de névroses : suivant que celles-ci seraient 1 ° avec augmentation; 2° diminution; 3° perversion des facultés de sentir, de se mouvoir et de penser. C'est ainsi que dans les névroses du mouvement il y a tantôt augmentation pure et simple de la contractilité, comme dans le tétanos et la contracture, tantôt une diminution permanente de cette faculté, comme dans la paralysie, ou, enfin, perversion comme danslachorée, le tremblement mercuriel , etc. Il en est de même poulies névroses de la sensibilité, cette dernière faculté pouvant être excitée , diminuée ou pervertie. Malheureusement on ne peut pas toujours déterminer rigoureusement si un trouble du système nerveux tient à l'augmentation ou à la perversion des fonctions dévolues à ce système. On ne peut rien établir d'absolu à cet égard ni asseoir une classification sur cette unique base.

Caractères généraux des névroses. — Les caractères communs à toutes les névroses sont en trèspetit nombre. Le premier de tous est l'absence de toute lésion appréciable du système nerveux. L'anatomie pathologique est donc d'une haute importance pour le diagnostic des névroses ; c'est elle qui nous apprend d'abord que les appareils danslesquels nous avons observé durantla vie desphénomènes si violentset si formidables ne sont nullement altérés, du moins d'une façon primitive. C'est elle encore qui nous montre que les fluides et les solides sont altérés dans les névroses que nous avons appelées symptomatiques et sympathiques. Sous ce point de vue, l'anatomie pathologique nous rend un service signalé, puisqu'elle nous permet de reconnaître des névroses essentielles ou idiopathiques, symptomatiques et sympathiques , et de diriger contre elles un traitement efficace.

Nous avons à peine besoin de dire que pour établir

le diagnostic d'une névrose, il faut toujours procéder par voie d'élimination, c'est-à-dire se bien assurer qu'aucun organe n'est lésé , ou que les lésions qui existent sont insuffisantes pour produire la névrose. C'est par cette seule voie que l'on peut arriver, pendant la vie des malades , à poser nettement le diagnostic de leur affection.

Du sang dans les névroses. — Dans un grand nombre de névroses, mais non pas dans toutes, le sang est altéré : les globules sont plus ou moins diminués, et l'état chloro-anémique qui en résulte ne tarde pas à s'accompagner d'accidents nerveux , variables par leur siège et leur nombre (Andral, du Sang dans les névroses; Hématologie pathologique, p. 182, in-8°; Paris, 1843). Les privations , l'abstinence volontaire ou commandée par les médecins , les émissions sanguines répétées , en amenant cette altération du sang, favorisent la production des névroses. Sans que cette altération soit constante, elle est assez commune pour que le médecin doive rechercher les bruits de souffle qui en dénotent l'existence.

Circulation. — Le pouls est parfaitement naturel , même au moment des accès les plus intenses : c'est vraiment un spectacle curieux que de voir la circulation rester en quelque sorte étrangère aux désordres bizarres et violents dont les appareils de la sensibilité, de la motilité et de l'intelligence, sont le siège. Le pouls devient plus dur, plus vibrant ; quelquefois il est irrégulier. Lorsque la respiration est gênée par les convulsions des muscles thoraciques, le pouls s'accélère parfois et encore d'une manière purement passagère. On a lieu de croire à une lésion consécutive ou concomitante lorsqu'on voit le pouls conserver de la fréquence après les accès.

La température de la peau reste normale, à moins que les convulsions n'enchaînent les mouvements respiratoires, comme dans les attaques d'épilepsie ou d'hystérie. L'intégrité des fonetions de calorification et de circulation chez les sujets atteints de névroses accompagnées de douleurs violentes ou de mouvements désordonnés , est un caractère séméiologique qui caractérise très-bien ces maladies. On a considéré parfois les fièvres intermittentes comme des névroses ; mais il nous semble que l'absence de fièvre suffirait à elle seule pour séparer ces deux genres de maladies, lors même qu'il n'y aurait pas des causes plus décisives pour les mettre dans des classes à part.

Un caractère important de la névrose est la manifestation rapide et souvent presque instantanée de douleurs vives, de convulsions violentes , de troubles de l'intelligence, qui semblent compromettre actuellement la vie des sujets, et qui cessent avec une grande rapidité et sans laisser presque aucune trace de leur passage, à l'exception de la courbature, du brisement

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des membres, et d'autres troubles fonctionnels de peu d'importance : tout cet appareil formidable de symptômes dont on vient d'être témoin se dissipe rapidement , et le malade recouvre le libre exercice de ses mouvements et de son intelligence. On donne le nom d'accès ou de paroxysme à l'ensemble des troubles fonctionnels qui se produisent ainsi , à certaines époques. Les symptômes que l'on observe alors sont les seuls qui révèlent l'existence de la névrose.

Le retour des paroxysmes est ordinairement irrégulier; en général, ils tendent à se rapprocher et à prendre plus de violence lorsque la névrose est ancienne. Celle-ci , plus souvent que toute autre espèce de maladie, affecte une périodicité aussi parfaite que les fièvres intermittentes.

L'intermittence est le caractère général des névroses; cependant, il en est un petit nombre qui sont continues : tels sont l'hydrophobie, la démence simple , quelques contractures , quelques paralysies , enfin le diabète , que l'on peut considérer comme une névrose de la digestion, ainsi que l'a fait Gullen dans sa savante et judicieuse Nosographie, où cette affection est placée à côté de la diarrhée ( Nosographie déjà citée , g. lviii, p. 21 8).

Dans certaines névroses, comme la névralgie , la démence, les convulsions toniques , dans le tétanos et l'hydrophobie, les symptômes sont continus, mais ils ne le sont pas au même degré , il y a des exacerbations et des rémissions bien évidentes.

Les névroses , sans être prochainement funestes, finissent souvent par entraîner ou la mort du sujet ou des troubles fonctionnels assez graves. Nous verrons plus loin qu'il y a de grandes différences sous ce rapport entre les névroses de la vie de relation et celles de la vie de nutrition.

L'urine présente un caractère qui n'est point à dédaigner ; elle est plus abondante , plus pâle , moins chargée de sels que dans les autres maladies : on lui a donné le nom àïurine anémique,, on pourrait encore l'appeler urine non fébrile.

Les signes généraux des névroses sont loin d'être constants et uniformes ; nous allons maintenant faire connaître ceux qui appartiennent à chacune des trois grandes classes que nous avons établies.

Caractères particuliers des névroses. — 1° Des fonctions intellectuelles. — Dans les névroses de l'intelligence, les facultés intellectuelles sont troublées de trois manières différentes : 1° elles sont perverties le plus ordinairement, comme dans la manie, la monomanie, l'hypochondrie, l'hystérie, la nostalgie ; 2° ou excitées fortement, comme dans le délire des ivrognes , des cérusiers , le délire nerveux , le somnambulisme; 3° il est rare de voir les facultés intellectuelles seulement affaiblies ; la démence, toutefois , nous offre un exemple de névrose de ce genre.

Enfin , il est beaucoup plus ordinaire de trouver l'intelligence pervertie et excitée , comme dans presque tous les vésanies que nous venons de citer, et spécialement dans les monomanies , la nostalgie et l'hypocondrie.

Les symptômes de ces névroses sont tellement tranchés qu'ils ont été réunis par presque tous les nosographes dans une catégorie commune : Culien , par exemple , range dans la classe des vésanies la démence , l'hypochondrie, la folie, le sommeil ( Nosographie^ ord. iv , classe 2 ).

Les névroses symptomatiques , comme le délire saturnin et alcoolique, imitent si complètement les névroses idiopathiques qu'il serait impossible de les distinguer si l'on ignorait la cause qui les a déterminées. Après les pertes de sang très-considérables , il survient parfois un délire qui est moins aigu et moins durable que dans les autres névroses; chez les chlorotiques, il y a souvent une mobilité et une exaltation de l'intelligence qui constituent de véritables névroses cérébrales liées à l'altération du sang ; on observe encore des phénomènes semblables chez les blessés qui ont perdu une grande quantité de sang, ou après des métrorrhagies abondantes et subites.

Les névroses sympathiques d'une maladie viscérale sont tout à fait semblables par leurs symptômes à celles des deux premières catégories. Une hypochondrie due à un cancer gastrique , une manie provoquée par l'état de grossesse ou par un cancer utérin , peuvent être prises pour des névroses essentielles : c'est au médecin à éviter l'erreur par une exploration attentive de tous les organes. À peine avons-nous besoin d'ajouter que le danger ne saurait être le même dans toutes ces névroses ; que si elles sont symptomatiques ou sympathiques, elles seront plus facilement curables que les essentielles , à la condition , toutefois , que la lésion viscérale n'est pas elle-même au-dessus des ressources de l'art.

2° Caractères des névroses du mouvement. — On peut réunir dans une même catégorie les névroses des muscles de la vie de relation et celles de la vie de nutrition, en indiquant les symptômes qui appartiennent à chacune d'elles.

Dans les deux espèces de névroses, la convulsion musculaire est tonique, clonique, ou enfin composée d'une succession plus ou moins rapide de convulsions toniques et cloniques; le tétanos, le trismus , les crampes, l'épilepsie, sont des exemples de névrose avec convulsion tonique ; dans les muscles de la vie de nutrition, il n'y a guère que le spasme de l'œsophage et de l'intestin ,dans l'étranglement interne, qui puisse être considéré comme un spasme tonique et permanent. 11 est plus ordinaire d'observer des convulsions cloniques , comme dans les pai- ! pitations , les coliques nerveuses , la coqueluche ,

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l'asthme, les vomissements , et la diarrhée nerveuse. Dans d'autres cas , la motilité est le siège de désordres que l'on ne saurait rapporter aux spasmes toniques et cloniques seulement : ainsi , la chorée , le tremble ment saturnin, mercuriel, et des ivrognes, sont surtout caractérisés par l'irrégularité, l'ataxie de la contraction musculaire. 11 y a aussi des convulsions irrégulières dans les muscles desviscères internes , dans le cœur, par exemple, où elles provoquent des palpitations , dans l'intestin , où elles peuvent causer le vomissement, la diarrhée et les coliques dites nerveuses. La convulsion tonique ou clonique peut être générale ou partielle; résider, par exemple, dans tous les muscles de la vie de relation, comme dans l'épilepsie, l'hystérie , l'hydrophobie , la chorée et le tétanos général , ou n'affecter qu'un certain nombre de muscles : le trismus , Fopisthotonos , le pleurosthotonos, la chorée partielle , sont des névroses partielles.

Wèe autre modalité de la névrose du mouvement est la diminution ou l'abolition de la motilité. La paralysie idiopathique est rare; ordinairement elle est partielle : on l'observe dans l'hystérie; elle est symptomalique dans la paralysie saturnine , et limitée à un ou deux muscles ou à un membre.

Voici maintenant quelques caractères propres à chaque classe de névroses. Celles de la vie de relation peuvent exister pendant longtemps sans mettre les jours du malade en danger. Il n'en est pas de même des névroses de la vie de nutrition : affectant des organes essentiels à la conservation de l'individu , elles finissent par jeter les malades dans le marasme et un affaiblissement funeste.

3° Névroses du sentiment. — Les modifications de la sensibilité sont de trois sortes : l'hypéresthésie, l'anesthésie, la perversion. Il est difficile de rattacher chacune des névroses du sentiment à une de ces modalités pathologiques à l'exclusion des autres; cependant, une grande classe de névroses est caractérisée par la manifestation d'une douleur excessivement vive dans les cordons nerveux : cette classe comprend toutes les névralgies. L'hypéresthésie est encore partielle dans les névroses idiopathiques des sens , dans la photophobie; c'est elle qui constitue le phénomène principal dans toutes les viscéralgies , la névralgie du cœur, la gastralgie, le vomissement nerveux, le mal de mer. On a dit que les viscéralgies n'étaient que des névralgies des nerfs de la vie de nutrition. Le pyrosis pour l'estomac, les coliques nerveuses pour l'intestin , seraient des névroses avec hypéresthésie.

L'anesthésie est toujours partielle dans les névroses de la vie de relation.

La perversion de la sensibilité se montre dans la plupart des névroses , soit de la vie de relation , soit de la vie de nutrition. La berlue, la diplopie, l'hé-

méralopie, la nyclalopie, sont des perversions de la vision; la paracousie, le tintouin , sont des névroses de l'ouïe caractérisées par des troubles analogues. Dans l'a vie de nutrition , on trouve la boulimie, le pica, qui ne sont que des névroses de l'estomac avec perversion de la sensibilité physiologique.

4° Névroses mixtes. — Il est nécessaire, avonsnous dit précédemment, d'établir une classe à part qui se compose de névroses mixtes donnant lieu à des troubles fonctionnels portant simultanément sur les sens, le mouvement et l'intelligence. 11 est aisé de voir, d'après l'analyse que nous avons présentée de toutes les névroses, qu'un grand nombre d'entre elles sont caractérisées par plusieurs de ces troubles. Dans l'épilepsie, l'éclampsie, la catalepsie , l'hystérie, le mouvement , la sensibilité , l'intelligence , sont altérés. L'hystérie donne lieu à des troubles de la sensibilité du mouvement, et même de l'intelligence, dans la forme désignée sous le nom tfhystéroépilepsie (voy. Hystérie).

Pour les névroses de la vie de nutrition, la séparation n'est pas non plus toujours facile. Ainsi, dans la boulimie, toutes les fonctions de l'estomac sont altérées, sensibilité, locomotilité, sécrétion; dans la gastralgie, les mêmes troubles se manifestent. Le diabète sucrée ne serait aussi qu'une de ces névroses mixtes, si l'on adoptait, l'opinion de ceux qui en placent la cause dans une altération de la digestion.

Diagnostic des névroses en général. — Nous avons peu de chose à ajouter à ce que nous avons écrit plus haut : constater que le système nerveux n'est le siège d'aucune lésion , que le nerf, par exemple, est exempt de toute altération dans une névralgie, telle est la première recherche à faire; en second lieu, il faut s'assurer que la névrose n'est pas le symptôme d'une altération générale, de celle du sang, par exemple (névrose symptomatique ) , ou d'une maladie bien déterminée d'un viscère ( névrose sympathique); il faut enfin , lorsqu'on est arrivé à reconnaître que la névrose est symptomatique ou sympathique , se convaincre par une étude attentive des lésions viscérales que leur influence sur la production de la maladie est bien réelle. Combien de fois n'a-t-on pas considéré, à tort, le gonflement du col, une spermatorrhée, comme la cause d'une hystérie ou d'une hypochondrie que l'on observait. On doit surtout éviter, dans l'établissement du diagnostic , de prendre pour une névrose des troubles nerveux symptomatiques d'une maladie latente, et dont le diagnostic est encore fort incertain. La recherche des causes qui président au développement des névroses pourra mettre sur la voie du diagnostic, ainsi que le traitement.

Pronostic. — Il est fondé sur les divisions que dous avons établies. Les névroses des organes de la

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vie de relation sont moins dangereuses que celles de la vie de nutrition. Les névroses de l'intelligence permettent souvent de vivre pendant de longues années, parce qu'elles n'altèrent pas la nutrition générale. Les névroses idiopathiques sont plus rebelles que les symptomaliques ; dans ces dernières, on peut attaquer la cause du mal , et. souvent la détruire. L'ancienneté delà névrose , le grand nombre d'accès, l'inefficacité du traitement, doivent faire porter un pronostic fâcheux. Les névroses périodiques sont moins dangereuses que les autres. 11 en est qui sont presque nécessairement mortelles : telle estl'hydrophobie rabique. Les névroses saturnines et alcooliques exposent aussi les malades à des grands dangers.

Etiologie. — On ne connaît aucune cause bien évidente des névroses. Pour faire avec quelque succès l'exposé des causes qui les produisent, il faut avoir présentes à l'esprit les trois divisions que nous avons déjà posées. Les névroses, avons-nous dit , sont idiopathiques, symptomaliques, sympathiques. Les premières sont les seules dont nous devons rechercher les causes; aussi avons-nous peu de chose à ajouter à ce que nous avons déjà dit sur les névroses de celte espèce. Les deux modifications anormales qui ont le plus de part à la production de la maladie sout les altérations du sang et un état de surexcitation nerveuse générale, de névroslhénie provoquée par la perturbation du système nerveux. Le sang, ce modérateur des nerfs, comme le disaient les anciens, ne peut être altéré sans que le système nerveux n'en ressente aussitôt les effets funestes. Nous avons déjà signalé dans un autre endroit la diminution des globules du sang comme une cause fréquente de névrose; après elle, il n'en est pas de plus commune que la névrosthénie , ou surexcitation nerveuse générale. Gelle-ci se manifeste dans plusieurs circonstances qu'il importe de ne pas oublier : l°àl'époquede la puberté chez l'homme et chez la femme ; 2° pendant la grossesse et à l'âge critique chez celte dernière; 3" lorsque, sous l'influence d'excès, de chagrins et de toutes les passions qui perturbent si profondément les fonctions du système nerveux cérébro-spinal, il survient des troubles capables de porter atteinte à la santé. La diminution de la dose des stimulants nécessaires à la vie peut tout aussi bien que leur excès déterminer le développement des névroses. Tout ce que les auteurs ont écrit à cet égard sur le tempérament nerveux, les émotions morales , les travaux intellectuels, sur l'appauvrissement du sang sur les passions , les vices de l'éducation donnée aux jeunes filles , sur les inconvénients graves des lectures et des spectacles lascifs , etc., peut très-bien se résumer dans les deux grandes causes que nous avons signalées : 1° diminution des qualités excitantes du sang déterminée par la diminution de la quantité des

globules; 2° surexcitation nerveuse ou affaiblissement de cette fonction générale. M. Montault a insisté avec soin, dans sa thèse, sur l'influence funeste que le sang ne manque pas d'exercer. Nous ferons remarquer, toutefois, que l'on a pu très-bien prendre, dans un certain nombre de cas, pour une altération primitive du sang, un changement survenu dans ce liquide, précisément par l'effet de la névrose commençante : c'est là un point qui exige de nouvelles recherches.

Les névroses frappent tous les âges : les trèsjeunes sujets sont atteints de chorée, de coqueluche, de palpitations ; les vieillards , d'asthmes , parfois de vomissements nerveux. Ce que nous avons dit de l'étiologie des névralgies en général s'applique aussi à la névrose , et nous n'y reviendrons pas. Les femmes sont, sans contredit, plus exposées que les hommes aux névroses , et surtout à celles qui affectent les appareils de la vie de nutrition. Le somnanbulisme, l'hystérie, la chorée, les palpitations, les gastralgies, affectent plus souvent les personnes du sexe.

Traitement. — La manière de traiter les maladies nerveuses, dit justement Gomparetti, ne doit être soumise à aucune idée systématique exclusive, et l'esprit judicieux du praticien doit le modifier suivant les cas ( Occursus medici de vaga œgritudine infirmitalis nervorum, p. 245, in-8" ; Venet.,1 780). Cette proposition, que Gomparetti place en tête de la thérapeutique des maladies nerveuses mérite toute l'attention du médecin. En effet, ce n'est pas en recourant, d'une manière toute empirique, à l'emploi des substances que l'on a décorées du titre d'antispasmodiques, que l'on peut espérer guérir toutes les névroses : bien que la nature intime de ces affections soit inconnue, il faut cependant chercher encore à saisir les indications thérapeutiques qui peuvent exister afin d'établir un traitement rationnel.

Traitement hygiénique. — C'est d'abord, et avant tout , au traitement hygiénique qu'il faut recourir si l'on veut combattre efficacement les névroses : si elles résistent trop souvent aux moyens mis en usage, c'est parce qu'on néglige les prescriptions commandées par l'hygiène , ou parce que les malades ne peuvent ou rel usent de s'y soumettre. Ce que nous dirons des névroses s'applique aux névralgies.

11 faut chercher avec soin quelles sont les conditions hygiéniques au milieu desquelles vivent les malades, et où ils onteontracté leur affection. Aucune des particularités de la vie du malade ne doit être ignorée du médecin , et s'il est toujours indispensable que celui-ci possède toute la confiance des malades, c'est surtout lorsqu'il s'agit de combattre les névroses. Elles sont sinon déterminées , du moins entretenue8

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par ces causes nombreuses qui perturbent à cbaque instant l'existence des hommes forcés de vivre au milieu des grandes villes , exposés à toutes les vicissisitudes de la fortune.

Au nombre des meilleurs antispasmodiques que nous offre l'hygiène, il faut placer les bains, les frictions : les anciens préféraient les bains tièdes; cependant ils ont aussi connu les merveilleux effets des bains froids , et n'ont pas manqué d'en conseiller l'usage. Galien , qui a donné sur leur mode d'administration des préceptes dont la sagesse n'a jamais été dépassée, dit qu'on peut retirer de grands avantages de l'action brusque exercée par le froid ; il veut que le malade qui sort du bain chaud soit frictionné, et ensuite remis rapidement dans un bain dont la température ne soit pas tout à fait glaciale (Galenus, de Sanitate tuenda, lib. m , cap. 4 ). Aujourd'hui il n'est pas un médecin qui ne connaisse les effets salutaires des bains frais de rivière ou de mer dans le traitement des névroses. Gomparetti en a fait ressortir avec soin (tous les avantages , et indiqué les cas dans lesquels ils conviennent plus particulièrement (ouvr. cité, p. 350). La natation rend plus efficace encore l'action exercée par les bains.

La vie sédentaire et l'exercice des professions qui entraînent une immobilité presque absolue sont des causes qui favorisent le développement des névroses, et qui en retardent toujours la guérison. Il est donc d'une indispensable nécessité de contraindre les malades à rompre avec leurs occupations habituelles et à se livrer à un exercice modéré , et. quelquefois même porté jusqu'à la fatigue : «Ut vita sedentaria, «aut motus et exercitii exigui occasio débilitât vires, «sic exercitatio firniat easdem » (Gomparetti , p. 362). L'exercice du cheval est éminemment utile aux personnes atteintes de névroses; les promenades en voiture ou en bateau , les voyages sur mer , l'habitation à la campagne, sont d'une efficacité qui n'est contestée par personne.

Il faut aussi que les malades rompent avec leurs habitudes, qu'ils cessent de passer les nuits dans les plaisirs, et de se livrer aux travaux de l'esprit qui entretiennent une excitation funeste dans tout le système nerveux. Le régime alimentaire mérite toute l'attention du médecin. Une nourriture très-douce et composée principalement de substances de facile digestion, de préparations lactées, convient dans un grand nombre de cas. Cependant on ne peut pas recommander d'une manière générale une pareille alimentation ; aux malades habitués à la bonne chère et qui ont abusé du vin, des alcools, des viandessucculentesetdes condiments, il faut prescrire le lait, les viandes blanches, les légumes et les fruits, l'eau froide ou glacée, les boissons fermentées ou amères. Un tel régime, au contraire, serait nuisible à ceux dont

l'alimentation a été insuffisante ou mauvaise, aux malades, par exemple, qui ont subi des privations ou vécu dans des conditions hygiéniques mauvaises. Ces malades , qui, le plus ordinairement, présentent l'état chloro-anémique dont nous avons parlé, doivent recourir à une alimentation tonique, aux boissons vineuses, aux viandes riches en fibrine, et à tous les agents corroborants qui peuvent relever les forces.

Traitement pharmaceutique. .— Les deux indications qui se présentent d'abord à remplir consistent l°à combattre l'état chloro-anémique lorsqu'il existe ; 2° à agir sur le système nerveux avec des agents auxquels on a accordé des propriétés spéciales (antispasmodiques).

1° Pour faire cesser l'état chloro-anémique dont nous venons de parler, on emploie les substances généralement usitées dans le traitement de cette maladie. En première ligne, les ferrugineux, puis les aliments toniques, l'exercice, les bains froids, doivent être la base du traitement. Si l'état chloro-anémique dépend de la puberté et des troubles qu'entraîne une menstruation irréguiière ou incomplète , il faut encore instituer le traitement de la chlorose et remplir ensuite les indications particulières tirées de l'état de la menstruation. Il ne faut pas croire que l'altération du sang qui fait la chlorose se retrouve dans toutes les névroses ; mais elle est assez commune pour que le praticien doive la rechercher, afin de la combattre pendant qu'il s'occupe d'agir avec les autres substances que lui fournit la thérapeutique.

3° Pour faire cesser le trouble fonctionnel qui est tantôt une augmentation, tantôt une diminution, ou ce qui est plus ordinaire, une perversion de l'innervation , il faut employer différents modes de traitement. C'est ici que commence l'embarras du ihérapeutiste : à quel médicament donnera-t-il la préférence? sera-ce aux toniques, aux antispasmodiques, ou bien aux moyens débilitants , aux émissions sanguines, par exemple?

Émissions sanguines. — C'est encore dans une étude approfondie des conditions propres à la constitution de chaque individu qu'il faut chercher la source de l'indication des saignées. Gomparetti l'a très-bien compris lorsqu'il assure que, chez quelques sujets, elles sont inutiles , et nuisibles chez d'autres ; qu'elles sont avantageuses lorsqu'il y a pléthore, funestes lors qu'il y a débilité. 11 déclare que l'on a souvent abusé de l'emploi de ce moyen (ouvr. cité, p. 263). Aujourd'hui nous possédons des signes diagnostiques à l'aide desquels nous pouvons proscrire formellement l'emploi de la saignée dans tel ou tel cas ; s'il existe des bruits chlorotiques, une faiblesse réelle, et les symptômes de la chloro-anémie , une seule saignée exaspérerait la névrose, en rapprocherait les accès,

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etles rendrait plus intenses. La pléthore, au contraire, sera toujours combattue par la saignée, qui a pour effet, en pareille circonstance , de disposer favorablement l'organisme à recevoir faction des autres médicaments. Une hémorrhagie habituelle dont la suppression aurait amené la pléthore ou les accidents d'une névrose devrait être traitée par des applications de sangsues.

On a cru trouver, dans une classe de médicaments que l'on a décorés du titre d'antispasmodiques, des propriétés spéciales à l'aide desquelles on a proposé de combattre les accidents des névroses. Il serait hors de propos d'énumérer ici tous les antispasmodiques que l'on a successivement préconisés; nous devons seulement rappeler que le camphre, le castoréum, le musc, les gommes-résines, la valériane, le sulfate de zinc, etc., ont été le plus souvent employés, et considérés tour à tour comme pouvant guérir les névroses, et cependant, malgré de telles assertions, nous ne connaissons pas encore aujourd'hui d'antispasmodiques capables d'opérer la guérison de l'épilepsie, de l'hystérie, de la manie, de la nostalgie, etc.

Les médicaments auxquels on doit accorder le plus d'importance sont les narcotiques, parculièrement l'opium et ses composés, la belladone, la jusquiame, l'eau de laurier-cerise, le cyanure de potassium; ils apportent une sédation salutaire dans le système nerveux cérébro-spinal, soulagent beaucoup lorsqu'ils ne guérissent pas, et favorisent singulièrement l'action des autres remèdes.

On a proposé, dans ces derniers temps, de traiter les névroses par une méthode dite substitutive , à l'aide de laquelle on cherche à produire artificiellement des effets semblables à ceux que détermine la maladie M. Trousseau, appliquant cette idée féconde au traitement de la chorée , a conseillé l'emploi de la strychnine ou de la poudre de noix vomique : on cherche à provoquer des convulsions qui remplacent celles de la névrose , et l'on parvient ainsi à guérir la maladie. M. Trousseau a obtenu de remarquables et rapides succès par l'emploi de ce moyen . M. Moreau, appliquant cette méthode au traitement de l'épilepsie, a tenté l'emploi de la belladone , et publié un mémoire important sur ce sujet.

Toniques. — Le quinquina a été placé par les auteurs parmi les agents thérapeutiques qui réussissent le mieux dans le traitement des névroses. Us ont cherché à expliquer son action de différentes manières, et ont prétendu tantôt qu'il donnait plus de force à la fibre vivante, et surtout au mouvement péristaltique des intestins , ainsi qu'aux parois des vaisseaux, tantôt qu'il neutralisait l'âcreté des sucs nutritifs de l'intestin. Les préparations de quinquina sont loin de réussir dans tous les cas, et cette variation extrême , qui a servi tour à tour d'argument en

faveur ou contre l'administration de ce remède, s'explique aisément aujourd'hui par les conditions pathologiques très-diverses qui accompagnent les névroses. Nous avons dit que la névrosthénieetla chloroanémie étaient des causes qui leur donnaient souvent naissance ou en exaspéraient les symptômes; on comprend dès lors que les toniques, et spécialement les ferrugineux , doivent agir en guérissant l'altération du sang; quant au quinquina, il peut faciliter l'action des autres médicaments, et surtout remédier à l'état de névrosthénie et de débilité générale ; ces deux états marchent souvent l'un avec l'autre. Tous les praticiens savent aujourd'hui que la meilleure manière de faire cesser l'excitation du système nerveux est de tonifier tous les systèmes, et de reconstituer, en quelque sorte, le fluide sanguin altéré. Le traitement tonique et corroborant réussit beaucoup mieux dans le traitement des névroses qui affectent les organes de la vie de nutrition ; il est également indiqué dans les névroses de la vie de relation , telles que l'hystérie , l'hypochondrie , la catalepsie.

On a sans doute abusé des toniques comme de tant d'autres médicaments ; mais il faut reconnaître que les inconvénients de cette médication , même poussée à l'extrême , ne peuvent être comparés à ceux qui résultent de la médication antiphlogistique portée à un haut degré. Les médecins qui ont écrit sur ce sujet ont tous rapporté des observations de névroses qui ont été singulièrement aggravées par les déplétions sanguines répétées. Nous avons eu occasion de nous occuper plusieurs fois de ce point important de thérapeutique, lorsque nous avons décrit certaines névroses (voy. Gastralgie , Htpocuoixdrie, Folie).

- Pour que la médication tonique , à laquelle on doit accorder la préférence sur toute autre , ait quelque succès , il faut que la névrose soit idiopathique ou symptomatique de la chloro-anémie ; il va sans dire que ce traitement et les autres échouent dans les cas où la névrose est sympathique d'une lésion viscérale que l'on ne peut modifier par les toniques.

Le quinquina et le sulfate de quinine sont trèsefficaces lorsque la névrose revient périodiquement ; que l'intermittence soit régulière ou irrégulière , il faut tenter l'emploi du sulfate de quinine. M. Piorry rapporte que M. Falret est parvenu à guérir, sur un jeune enfant , des convulsions qui dataient de plusieurs années, et pour lesquelles tous les autres moyens avaient échoué , en employant le sulfate de quinine et en continuant son usage pendant une année (Piorry, Mémoire sur la nature et le traitement de plusieurs névroses et de l'analogie qui existe entre elles et les névralgies , in Clinique de l'hôpital de la Pitié, p. 343). M. Mélier a proposé de nouveau l'emploi du sulfate de quinine dans les convulsions idiopathiques , et a réussi , dans un cas, à

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guérir le malade par ce moyen (Voy. Intermittentes (Fièvres). Nous pensons que les tentatives faites avec ce médicament n'ontété ni assez nombreuses ni assez variées pour que l'on ne doive pas instituer de nouvelles expérimentations qui fourniraient probablement matière à des remarques d'un grand intérêt. On pourrait peut-être, en cherchant à rendre les névroses périodiques, comme dans les cas d'épilepsie rapportés par Dumas , agir ensuite efficacement à l'aide du médicament antipériodique par excellence. Les névroses sont, à bien dire, des affections à courtes périodes, et l'on comprend que, pour peu qu'il y ait quelque régularité dans le retour des accès , il ne faut pas hésiter à prescrire le sulfate de quinine.

M. Piorry a insisté plus qu'aucun autre sur les heureux effets du sulfate de quinine, surtout dans les cas où la névrose, ayant son point de départ dans une névralgie et dans un point circonscrit du corps, affecte une certaine périodicité (névralgie ascendante); si la névralgie était le point de départ de névrose, comme M. Piorry l'a observé dans plusieurs cas , il ne faudrait pas hésiter à combattre la névralgie par le traitement propre à cette maladie : on a vu quelquefois la névrose céder alors très-facilement (mém. cité, p. 343).

Traitement des névroses symptomatiques et sympathiques. — Nous n'ajouterons rien à ce que nous avons dit du traitement des névroses liées à l'état chloro-anémique; quant à celui des névroses que produit une altération spécifique du sang , il est encore environné d'obscurité. Les névroses saturnines doivent être combattues par le traitement de la colique de plomb ; celui de la rage doit nous occuper ailleurs (voy. Rage).

Une névrose sympathique ne peut être combattue que par un traitement approprié à la nature et au siège du mal qui l'a déterminée : c'est ainsi qu'une névralgie sciatique, dont M. Aubanel rapporte l'observation, ne put guérir que lorsqu'on eut enlevé une tumeur située sur la partie externe de l'articulation fémorotibiale {Archiv. génér. de méd., 1. 1, 1839). Dans un cas d'épilepsie dont les accès avaient leur point de départ dans une tumeur indolente , située au pouce du côté droit, l'ablation de cette tumeur mit fin aux accès (Piorry, mém. cité, p. 340). Nous pourrions multiplier les exemples de ces névroses sympathiques ; leur traitement est celui de la maladie primitive, et ce n'est qu'après avoir satisfait à celte première indication qu'on peut commencer le traitement de la névrose.

Nature des névroses. — Avant d'exposer les diverses opinions émises sur la nature des névroses , nous allons rappeler les particularités qui les distinguent de toutes les autres maladies : 1° absence complète de toute lésion appréciable ; 2° trouble momen-

tané d'uue ou de toutes les fonctions dévolues à l'organe malade ; 3° apparition et cessation brusque des accidents; 4° intermittence complète des symptômes qui constituent toute la maladie, et ne laissent après eux aucune lésion appréciable; 5° apyrexie complète. Ces caractères sont plus que suffisants pour établir une ligne de démarcation tranchée entre les névroses et les autres maladies : aussi tous les nosographes leur ont-ils réservé une place distincte dans leur classification ; quelques-uns les ont placés à côté des hémorrhagies. 11 est impossible aujourd'hui de maintenir un tel rapprochement : les hémorrhagies sont des maladies tenant à une cause locale ou générale qui est presque toujours facile à constater ; elles sont d'ailleurs accompagnées le plus ordinairement de fièvre, et si elles présentent parfois des intermittences plus ou moins éloignées, cela tient à la nature même de la lésion locale qui les produit.

A une époque encore peu éloignée de nous , on faisait consister l'existence des névroses dans une irritation inflammatoire du système nerveux : ce serait perdre un temps précieux que de discuter aujourd'hui une pareille opinion. Nous ne ferons aussi qu'indiquer une autre hypothèse qui attribue à Yirritation nerveuse le principal rôle dans la production des névroses. L'anatomie pathologique a fait justice de cette opinion, et en cela elle a rendu un service éminent à la science ; mais elle n'a pu nous révéler jusqu'ici la nature intime de cette classe de maladies, ni jeter quelques lumières sur leur traitement : c'est donc un non-sens médical que de demander si le diagnostic anatomique a éclairé le traitement des névroses. En effet, elle l'a éclairé indirectement en apprenant au médecin à distinguer les névroses essentielles de celles qui dépendent d'une maladie appréciable; mais une fois cette connaissance acquise, l'anatomie pathologique ne lui enseigne plus rien. Quand le praticien sait, par exemple, qu'une chorée ou une épilepsie ne sont ni symptomaliques , ni sympathiques , il n'en est pas plus avancé pour cela: comment doit-il la traiter? Il n'a plus rien à demander à l'anatomie pathologique ; il ne sait que ce qui lui a été enseigné par l'étude des causes, par l'observation des symptômes , la marche , la terminaison du mal , et surtout par des tentatives toutes empiriques qui ne sont point à dédaigner en pareille circonstance. Historique et bibliographie. — L'histoire générale des névroses n'a été faite par les nosographes qu'à une époque assez rapprochée de nous. Linné a disposé d'une manière fort naturelle les unes à côté des autres les principales névroses, sous le titre de Morbi dolorosi (cl. 4) et mentales (cl. 5) (in Gênera moborum; Ups., 1 763). Sauvages en a présenté un tableau complet dans sa nosographie : cl. 4 , I spasmi; débilitâtes , cl. 6 ; dolores , cl. 7 j vesa-

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nîœ , cl. S (Nosologie méthodique). Vogëî les a réunies également sous les litres de dolores , cl. 4; spasmi , cl. 5 ; adynamiœ , cl. 6 ; hypcrœstheses, cl. 7. Cullen est considéré comme l'auteur qui a réuni le premier toutes les affections sous le titre de névroses: cette opinion est parfaitement vraie; toutefois , il est juste de dire que Linné , Vogel et Sauvages, avaient saisi l'affinité qui existe entre ces maladies, et qu'ils l'avaient rendue évidente par leur classification (Gênera morborum, in-4°, Édimb., 1 771 ; et Êlém. de mèd. prat., édit. de 1819, Paris, in-S°).

André Comparelti , dans son excellent travail sur les maladies nerveuses, n'a pas su s'astreindre à une exposition méthodique des névroses; mais il indique les principales , et son ouvrage, que nous avons souvent consulté, est un des plus complets et des plus riches en ce qui concerne le traitement de ces maladies. La discussion qu'il établit sur la valeur de chaque médication ferait honneur à la sagacité d'un médecin de notre époque. Plusieurs dissertations ont paru dans ces dernières années : il n'en est pas une seule qui offre un résumé complet de tout ce que l'on sait sur les névroses. M. Cazenave en a tracé une rapide ébauche [Quels sont les caractères des névroses P thèse de concours, in-4°; Paris, 1835) ; en 1838 , M. Montault a fait plusieurs remarques importantes sur l'état anémique qui détermine les névroses, et sur les formes symptomatiques et sympathiques de ces maladies (des Moyens à l'aide desquels on peut distinguer les névroses des lésions dites organiques , thèse de concours pour l'agrég., in-4° ; Paris , 1 838). M. Gibert, traitant le même sujet , n'a fait qu'examiner quelques-unes des principales névroses, et sa thèse n'est qu'un redite fort écourtée et peu méthodique de ce que l'on a écrit sur ces maladies (des Névroses , in Revue méd., p. 314, in-8° ; 1840). Enfin , tout récemment, M. A. Tardieu , obligé de répondre à la question médicale suivante, qui lui avait été imposée (Jusqu'à quel point le diagnostic anatomique peut-il éclairer le traitement des névroses P thèse de concours pour l'agrég., in-4° ; Paris, 1844), n'a pu que reproduire ce que l'on avait dit avant lui sur chaque névrose. Nous regrettons seulement qu'il ait restreint arbitrairement le champ de la question. Il serait difficile de trouver dans les articles récents de dictionnaire une histoire complète des névropathies ; celui de MM. Pinel et Bricheteau est encore un des plus riches , et se distingue de tous les autres par les idées générales familières à l'illustre auteur de la Nosographie philosophique (Dict. des se. méd., in-8° ; Paris, 1819).

NOSTALGIE , s. f., dérivé de vocteô , je retourne, je pars, ou de voc-oç, retour, et de aVyoç , douleur, c'est-à-dire tristesse causée par le désir extrême de revoir le pays natal ou les personnes qui nous

sont chères. Cette expression , assez singulièrement composée, a été employée pour la première fois par Nenler ; la dénomination de nostomanie nous paraît préférable.

Dénominations françaises et étrangères. — Maladie du pays , nostomanie. Fr. ■ — Nostomania , pathopalridalgia , philopatridomania 3 noslopatridalgia , nostopatridomania. Lat. — Malatia del poese. Ital. — Mal de pais. Esp. — Home, sickness , molhersichness. Anglais. — Heimweh. AH. — Hcimwe. Holl. — Heimve , hiemsyge. Suéd. — Henisjuka. Méd.

Synonymie suivant les auteurs. — Nostalgia, Linné, Sauvages, Sagar, Cullen , Darwin, Swediaur; melancolia , Vogel; nostomania , pathopatridalgia , Zwinger.

Définition. — La nostalgie est une névrose cérébrale , une monomanie caractérisée par la tristesse que causent réloignement du pays natal et le désir irrésistible d'y revenir ou de voir des personnes qui nous sont chères.

La nostalgie est une névrose qui ne se rattache à aucune lésion appréciable du système nerveux ou des autres viscères , et les altérations cadavériques signalées par les auteurs n'ont aucune relation directe avec la maladie : telles sont les phlegmasies du cerveau ou de ses membranes dont parlent Larrey et M.Bégin (Larrey, Recueil et mém. de chir.; Bégin , art. Nostalgie , Dict. de méd. et de chir. prat., p. 8). Ce dernier auteur assure que l'on trouve des traces manifestes d'irritation à la partie antérieure et supérieure du cerveau , ainsi que dans la pie-mère et l'arachnoïde. Il va même jusqu'à dire que le ramollissement, l'induration des tissus nerveux, l'infiltration séreuse ou l'injection des membranes , sont des lésions presque constantes (art. cité , p. 81). Il résulterait de cette assertion que la nostalgie serait tout à la fois une encéphalite , une méningite , et qu'elle produirait toutes les altérations possibles du cerveau. Nous n'avons pas besoin de dire qu'on ne peut plus aujourd'hui se contenter de pareilles allégations.

La nostalgie est une névrose qui ne se lie à aucune lésion appréciable d'organe, et si parfois on en a constaté , c'est qu'on a confondu avec la nostalgie des hypochondries symptomatiques, ou commis quelque erreur de diagnostic plus grave encore.

Symptomatologie. — Le mal s'annonce d'abord par un changement dans les habitudes du sujet, qui perd sa gaieté, et cherche la solitude pour songer plus librement à son pays, aux parentsetaux amis qu'il y a laissés. La présence des personnes qui sont près de lui l'empêche d'abord de s'abandonner à son idée fixe; mais dès qu'il est livré à lui seul , il retombe dans une mélancolie profonde dont rien ne peut le retirer. Il finit par ne plus pouvoir dissimuler la préoccupa-

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lion continuelle qui l'absorbe aux personnes qui l'entourent , et s'il n'avoue pas la cause de son chagrin , il est facile de la deviner. Quand on l'interroge sur le mauvais état de sa santé , il accuse , en effet , des douleurs en différents points du corps, ou des accidents qu'il dit ressentir, pour donner le change au médecin sur la véritable nature de son mal. Si l'on vient à parler au nostalgique de son pays natal ou des parents qu'il y a laissés , sa figure s'anime et se colore , ses yeux brillent , son pouls s'accélère , des soupirs soulèvent sa poitrine , et le trouble général qui se manifeste et que le pauvre malade ne peut maîtriser indique au médecin attentif la véritable nature de son mal.

Outre la tristesse insurmontable qui s'empare du sujet, et la direction constante de ses idées, qui donnent à la nostalgie tous les caractères d'une monomanie triste (voy. ce mot, art. Folie, p. 147), et en sont les seuls caractères distinctifs, on en observe d'autres qui méritent d'être signalés. La tête est douloureuse, pesante et chaude; les traits du visage sont fatigués et expriment la tristesse et le découragement; les yeux sont fixes, ternes, inanimés; la stupeur, une expression marquée d'hébétude, se peignent sur la face; l'intelligence est intacte, mais lente et sans activité , si ce n'est lorsque les idées roulent sur le sujet de prédilection; les mouvements sont pénibles, incertains; le moindre exercice fatigue le monomane ; le sommeil est nul ou léger, iuterrompu par des rêves au milieu desquels le malade élève la voix, et s'entretient des personnes et des choses qu'il regrette. La digestion ne tarde pas à se troubler sous l'influence de la perversion et de l'affaiblissement de l'innervation ; l'appétit est nul , la bouche amère ou pâteuse; quelques-uns, suivant J. Frank, ont de la soif, de l'aversion pour les aliments, quelquefois de la voracité, de la cardialgie, des coliques, de la constipation, de la diarrhée, des urines copieuses (Traité de méd. prat., trad. franc., p. 132, t. m, in-8°; Encyclop. médic). La respiration est ralentie, anxieuse, entrecoupée de soupirs; le pouls petit , souvent irrégulier et plus lent que dans l'état normal. J. Frank a compté trente-six pulsations en une minute chez un sujet (loc. cit. ,p. 132); les sécrétions sont troublées, la transpiration insensible et arrêtée (Therrin, Essai sur la nostalgie, thèse inaug. , p. 17, in-4°; Paris, 1810 ).

Marche , durée, terminaison. — La nostomanie est une névrose qui affecte une marche continue et ordinairement chronique ; le désordre qu'elle entraîne dans toutes les fonctions finit par amener celte fièvre hectique morale dont Broussais a si bien esquissé les principaux traits. Les malades s'affaiblissent peu à peu; ils sont incapables de se livrer à aucun mouvement; couchés sous les couvertures de leur lit,

ils refusent opiniâtrement d'en sortir, ne prennent plus qu'à contre-cœur les aliments qu'on les force d'accepter; en un mot, une vie purement végétative a remplacé cette activité physiologique qui unit entre elles toutes les fonctions des deux vies de relation et de nutrition. On voit paraître chez quelques malades des paralysies partielles ( J. Frank, loc. cit., p. 132), des palpitations , des lipothymies , de l'anxiété épigastrique.

M. Larrey a observé plusieurs fois sur les soldats une autre forme de nostomanie qui affecte une marche aiguë. Il y a chez ces malades une période d'acuité pendant laquelle on observe une céphalalgie intense, la fréquence du pouls, des mouvements convulsifs des membres, et une excitation cérébrale portée quelquefois jusqu'au somnambulisme et à l'aliénation mentale; à cette période en succède une autre de collapsus caractérisée par un affaiblissement qui met fin à la vie des sujets au bout d'un petit nombre de semaines.

La mort arrive par l'effet d'un marasme progressif, et par une diminution graduelle de la puissance innervatrice. Cette terminaison est très-fréquente. Un grand nombre d'autres malades se donnent la mort.

Diagnostic. — On pourrait confondre la nostomanie avec la monomanie triste ; mais celle-ci se distingue aisément de la première en ce que le délire partiel ne roule pas exclusivement sur l'amour immodéré du sol ou des parents.

Les soldats simulent quelquefois la nostalgie pour obtenir un congé, sortir du service militaire, ou pour se soustraire momentanément aux exigences de la discipline. On reconnaîtra le mensonge aux signes suivants : le nostalgique, avons-nous dit, cache avec soin le désir qu'il a de revoir son pays; le faux nostalgique en parle le premier, et déclare que c'est là tout son mal ; les forces musculaires ne diminuent pas, le visage ne présente pas cette morne stupeur qui est si constante, le pouls est naturel, l'embonpoint conservé.

On ne pourrait confondre avec la nostalgie une monomanie d'un caractère tout opposé, et qui porte le sujet à chercher dans les voyages la satisfaction des désirs incessants qu'il éprouve de changer de lieu. Hoyer a désigné cette maladie sous le nom à'apodémalgie ; Andress veut qu'on l'appelle plutôt apodémanie, puisqu'elle excite chez l'homme le désir de visiter les pays étrangers , et non le dégoût de la patrie (J. Frank, loc. cit., p. 134 ; — Hoyer, de Nostalgia ; Acta Academ. nalur. curios., t. m; — Andress, Nostalgiœ adumbratio pathologica ; Berlin, 1826).

La nostalgie est une affection grave qui mine sourdement la constitution du sujet, et te conduit

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sûrement à la mort ou au suicide s'il ne trouve pas les moyens de satisfaire l'impérieux désir qu'il a de revoir son pays et sa famille.

Étiologie. — Les hommes sont plus exposés à la nostalgie que les femmes ; cependant elle affecte assez souvent les femmes de la campagne qui viennent servir dans les grandes villes ( Percy et Laurent, article Nostalgie , Dict. des se. méd., p. 272 ; Bégin, art. cit., p. 78). Elle est rare parmi les hommes âgés , et frappe surtout les jeunes gens qui vivent au milieu de leur famille , et n'ont encore éprouvé aucune de ces vicissitudes qui agitent si fréquemment la vie de l'homme. Laurent et Percy rapportent l'observation d'un médecin des armées qui fut pris de ce mal à un âge assez avancé , et les exemples de ce genre ne sont pas rares dans les annales de la science.

Le mal du pays sévit plus fréquemment chez les hommes de certaines contrées ; les habitants de la Suisse , de la Bretagne, de tout l'ouest de la France, des rives du Bhin , et les Allemands , en sont souvent affectés , tandis qu'elle est plus rare chez les Savoyards, les Auvergnats. On a expliqué cette fréquence de la nostalgie chez certains peuples par le changement d'air ( Scheuchzer, de Noslalgia; Swinger, Dis sert, de pathopatridalgia, 1710); mais cette opinion est insoutenable. On a dit encore que la forme du gouvernement de la Suisse, et la liberté dont on jouit dans cette contrée, en étaient la cause (Goray, Annot. au traité d'flippocrale De l'air ^de l'eau, etc.). On a prétendu , avec plus de raison , que la vie agreste des peuples pasteurs devait les prédisposer à cette maladie lorsqu'ils se trouvaient placés , contre leur vœu , dans des villes célèbres par leur civilisation. Obligés alors de rompre entièrement avec leurs habitudes , et de s'astreindre à des occupations tout à fait différentes de celles auxquelles ils se livrent ordinairement , ils se prennent à regretter ce qu'ils ont perdu , lors même qu'ils ont échangé une vie malheureuse et tourmentée contre le bien-être et les plaisirs. Le Lapon regrette ses glaces , et meurt lorsqu'il est transporté sur nos rivages (Moreaud, Considér. sur la nostalgie, th. n° 176, p. 9, in-4°; Paris , 1829 ). La nostalgie est très-fréquente chez les nègres transportés des côtes de la Guinée en Amérique; les navires qui faisaient la traite perdaient anciennement un assez grand nombre de nègres, qui étaient enlevés par cette maladie.

C'est surtout dans les camps , parmi les soldats nouvellement arrivés au service , que la nostalgie se montre : astreints à un discipline sévère qui leur enlève toute liberté d'action ou de pensée , contraints d'apprendre une profession qui va les exposer, sinon à des dangers, du moins à des fatigues continuelles . vivant sans cesse avec d'autres hommes

qu'ils ne connaissent pas, qui sont déjà faits à leur nouvelle profession, et qui n'ont aucune pitié pour un mal qu'ils n'ont jamais éprouvé, qu'ils ne comprennent pas, et dont ils mettent en doute l'existence, ces malheureux soldats ne tardent pas à tomber dans une mélancolie profonde, et rien n'est capable de les en retirer. Les matelots se trouvent placés dans des conditions plus pénibles et plus dangereuses encore que le soldat de l'armée de terre. 11 ne faut pas croire que ce soient seulement les hommes dont l'intelligence est inculte et l'éducation peu cultivée qui ressentent les atteintes de ce mal : les étudiants en médecine ou en droit, les jeunes gens éloignés de leur famille et placés dans les collèges , enfin des hommes qui ont marqué dans les lettres, offrent des exemples assez fréquents de nostalgie.

Le souvenir de la patrie ou de la famille absente n'est pas toujours la seule cause de la nostalgie : un air national (ranz des vaches), la vue d'une plante, d'un objet ou d'une personne qui viennent du sol natal, suffisent pour déterminer le développement de la nostalgie. Assez souvent, dit J, Frank, la nostalgie reste cachée comme un feu sous la cendre, jusqu'à ce qu'elle soit, par hasard, réveillée par l'aspect des concitoyens , par un air national , par des maladies , par des lettres (loc. cit., p. 133). On a prétendu à tort que le ranz des vaches agissait par la musique sur les Suisses au service de la France : rien de plus aigre et de plus discordant que cette chanson dont on a tant parlé ; mais les paroles expriment le regret d'être éloigné de la patrie et des parents qu'on y a laissés. Les chansons des montagnards de la Carniole produisent le même effet sur les nationaux de cette contrée (Sagar, Systema morborum symptomalicum, p. 519, 2e partie).

La nostalgie n'éclate souvent que sous l'influence d'une cause déterminante qui serait incapable à elle seule de produire la maladie, s'il n'existait pas déjà une modification particulière et toute pathologique du cerveau : chez les soldats et les matelots, ce sont les dangers de la guerre , les privations de tout genre, les revers, les blessures, les maladies; chez d'autres, le chagrin causé par la mort d'un parent ou d'un ami, la perte du pouvoir, les mécomptes d'une ambition trop ardente. Le patriotisme , cette noble et belle passion qui s'allume plus vive que jamais aux approches des dangers qui menacent le sol natal , est une cause bien fréquente de nostalgie. Nous avons eu occasion d'en observer de trop nombreux exemples parmi les réfugiés auxquels la France a ouvert son sein, et qu'un despotisme barbare a expulsés violemment de leur pays.

Traitement moral. — Il n'y a pas d'autre traitement à opposer à la nostalgie qu'une thérapeutique morale : dès qu'on soupçonne le développement de

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cette funeste maladie , il faut tâcher de la prévenir. M. Therrin a tracé avec soin les règles qu'il convient de suivre dans le traitement de la nostalgie des soldats. Il conseille de les arracher à l'oisiveté par des occupations continuelles et variées, de les faire traiter avec douceur par les sous-officiers et les officiers, de défendre à leurs camarades de les plaisanter et de les humilier, enfin d'exciter en eux cet enthousiasme militaire qui modifie si heureusement toute l'innervaion. La gymnastique et les écoles établies depuis plusieurs années dans les régiments ont rendu plus rares les exemples de cette monomanie. C'est aux officiers de santé qu'il appartient de faire observer les diverses prescriptions à l'aide desquelles on peut prévenir les affections tristes de l'âme chez les recrues; il faut aussi que les chefs de corps prêtent leur bienveillant appui au chirurgien militaire, car, sans leur concours , il ne pourrait réussir dans le traitement moral qu'il est contraint d'instituer.

On doit aussi s'opposer à ce que le nostalgique vive en compagnie de ses compatriotes, avec lesquels il s'entretient sans cesse de son pays , et du plaisir qu'il aurait à le revoir; il vaut mieux qu'il fréquente des hommes d'un caractère enjoué, qui, par leur conversation et leur genre de vie , parviennent souvent à dissiper les noires pensées qui tourmentent sans cesse le nostalgique. Il serait imprudent , toutefois , de vouloir modifier brusquement, et sans transition, le cours habituel des idées du malade. Nous ne pouvons nous étendre plus longuement sur la manière de diriger le traitement moral ; le médecin à qui est confiée une tâche aussi difficile ne peut la remplir convenablement qu'en puisant dans son cœur les inspirations qui doivent le guider. «Il faut gagner la confiance du malade par les discours affectueux et consolants , se mettre pour ainsi dire au ton de son âme , lui faire naître l'espérance d'un prompt retour dans ses foyers, près de ceux qu'il aime» ( Therrin , th. citée , p. 21).

Le seul moyen de faire cesser la nostalgie est de rendre à son pays le malheureux qui soupire sans cesse après l'instant où il pourra le revoir ; la promesse d'un congé faite à un militaire suffit parfois pour le guérir. Therrin cite l'observation remarquable d'un militaire qui obtint la permission de retourner chez lui , et qui éprouva une telle joie que , à quelques lieues de Paris , il renonça à son voyage et rentra à sa compagnie bien portant. On en voit d'autres chez lesquels la santé est déjà revenue lorsqu'ils partent pour leur pays. On produit quelquefois le même effet en faisant venir les parents du malade , qui oublie bientôt son affection. On a conseillé de promettre au soldat nostalgique le congé qu'il souhaite si ardemment et de le lui refuser dès qu'on est sûr qu'il est puéri. M. Bégin blâme avec juste raison cette manière d'agir : '(Cette déception est toujours funeste, si ce

n'est pour le sujet qui en est victime , du moins pour ceux qui lui succèdent , qui n'auront plus foi en une bienveillance qu'ils sauront pouvoir être trompeuse» (art. cité, p. 83).

Traitement pharmaceutique. — Il serait absurde d'accabler de remèdes le malheureux nostalgique. Nous avons signalé le seul traitement qui puisse le guérir : il n'est pas possible d'y suppléer par des toniques, des excitants , des purgatifs ou des exutoires placés à la base du crâne ou sur le haut du rachis. Lors même que l'on ne peut condescendre au désir du malade parce que des obstacles insurmontables s'opposent à son départ, c'est encore au traitement moral qu'il faut recourir. Il faut chercher à éloigner l'idée fixe qui poursuit le patient, lui faire entrevoir l'espérance d'un prochain retour dans son pays , l'exhorter avec bienveillance à attendre encore quelques temps. « Pendant le blocus de Mayence en 1 8 1 4 , nous fîmes annoncer dans les hôpitaux, disent MM. Laurent et Percy , que le général en chef, sachant que beaucoup de jeunes gens désiraient retourner dans leurs foyers, consentait à leur accorder des congés, et pour ne pas rendre ce moyen illusoire , nous assurions que le général avait obtenu de l'ennemi qui nous environnait un libre passage pour tous les convalescents. Cet espoir ranima le courage d'un grand nombre, et contribua à arracher un grand nombre de victimes à une mort certaine» ( art. cité, p. 277 ).

Nature et classification dans les cadres nosographiques. — L'absence de toute lésion anatomique appréciable et primitive doit faire placer la nostalgie au nombre des névroses. Le symptôme essentiel est une idée fixe , exclusive , ôtant à l'esprit sa liberté d'action ; cette maladie est donc une névrose bien caractérisée de l'intelligence. L'apyrexie constante, l'asthénie qui frappe tous les organes, l'efficacité du traitement moral, achèvent de compléter les caractères de celte névrose cérébrale , qui doit être placée à côté de la monomanie triste ou mélancolie. Tous les nosographes ont reconnu qu'il existait entre la nostalgie et la mélancolie une telle affinité qu'on devait les placer l'un à côté de l'autre dans les classifications. Linné la range parmi les morbi pathetici\; Sagar, dans les vésanies; "Vogel fait de la nostalgie une espèce de mélancolie qu'il place dans la classe 9 (paranoiœ ) ; Cullen , enfin , la met dans les vésanies ( ord. iv , genre lxii , melancholia ) ; Pinel en a fait une variété de la mélancolie.

Historique et bibliographie. — Les anciens auteurs ont confondu cette affection avec la mélancolie; on la trouve indiquée avec concision clans les ouvrages plus modernes de Wan Swieten, Pringle, Poissonnier. Au nombre des dissertations qui occupent une place importante dans la bibliographie, on doit citer celles de Harder ( de Nostalgia, in-4l>; Basil.,

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1678 ; et Collect. des thèses de Haller, t. n), de

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