‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 5)Chapitre 26 sur 59 · DESCRIPTION GÉNÉRALE DE LA PARALYSIE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION GÉNÉRALE DE LA PARALYSIE

Paralysie du mouvement. — Motilité. Le caractère essentiel, pathognomonique de la paralysie est la diminution ou l'aboli (ion delà motilité, c'est-à-dire de la faculté de se mouvoir dans une partie du corps doué d'un appareil musculaire: impotenlia mirabilis exercendi motum,& ditBoerhaave {Prœlection. acad., t. ii, p. 258). L'immobilité des fibres musculaires, qui

persiste malgré la volonté et l'application de ses stimulants habituels, sert à faire reconnaître l'abolition de cette faculté. Lorsqu'on examine un muscle, ou mieux encore, un membre frappé de paralysie complète , on trouve une mollesse et une flaccidité beaucoup plus grandes que dans l'état normal et bien distinctes de celte rénitence qu'il est difficile de décrire, et que l'on sent lorsqu'on touche un membre qui n'est point affecté. La mollesse des chairs est plus marquée quand la paralysie existe depuis quelque temps. Pour se convaincre qu'un muscle est paralysé, il faut ordonner au malade de le contracter, ou donner aux parties une situation telle, que le muscle soit forcé d'entrer en contraction; la main placée sur le trajet du muscle , ne perçoit pas le moindre mouvement fibrillaire ; le muscle, au lieu de se durcir et de prendre plus de volume, reste flasque et aplati. On ne soupçonnerait pas la présence d'un muscle si l'anatomie ne nous enseignait qu'il en existe en ce point. Pour que la contraction puisse se produire, il faut que le malade ait conservé son intelligence-, il peut donc se faire que le membre soit simplement immobile, parce qu'il est soustrait à l'empire de la volonté. Dans ce cas, une vive stimulation de la peau , exercée sur le membre ou sur la région parcourue par le muscle que l'on veut faire contracter, suffit pour amener ce résultat. Enfin, il peut arriver que la paralysie du sentiment existe en même temps que celle du mouvement, et alors on doit chercher à produire une contraction synergique dans les muscles que l'on suppose paralysés, en irritant les parties voisines. Nous verrons, en parlant du diagnostic, qu'il n'est pas toujours facile de constater l'existence d'une paralysie et de la distinguer de quelques autres états morbides. La paralysie, avant d'être complète, est précédée d'un léger tremblement des muscles , qui indique déjà un affaiblissement marqué de la contraction musculaire. On voit ce tremblottement chez les vieillards qui deviennent paralytiques , et dans la paralysie saturnine commençante.

La perte complète des mouvements dans tout un membre se reconnaît aisément à l'immobilité et aux relâchements des muscles paralysés , dit Boerhaave, vocatur musculi laxa immobditas (aph. 1057; Comment, in aph., t. m, p. 349, in-4°; Paris, 1771). C'est là , en effet , le meilleur et le seul caractère de la paralysie; et quand J. Frank dit que les muscles sont parfois rigides (Praxeos, trad. franc, de l'-ËVicyclopédie, t. m, p. 287), il commet une erreur, et confond la contracture avec la paralysie. Pour constater le relâchement et l'immobilité musculaires, on prie le malade de faire mouvoir les parties, ou bien on irrite la peau en la pinçant ou en la piquant, ainsi que nous l'avons déjà dit. Il est un autre mode d'exploration qui consiste à soulever les membres ou

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à les placer dans une situation telle , que la contraction seule pourrait les y maintenir ; s'ils retombent par leur poids, s'ils se détendent lorsqu'ils ont été fléchis, ou est fondé à croire qu'ils sont paralysés. Quand on cherche à constater l'existence d'une paralysie , on doit placer successivement les membres dans la flexion , l'extension , l'adduction , l'abduction, la pronation , la rotation, et leur faire exécuter avec la main des mouvements dans ces diverses situations. C'est la seule manière de découvrir les paralysies partielles et de les distinguer de la contracture.

La paralysie qui a son siège dans les muscles intérieurs ou de la vie de nutrition se reconnaît presque uniquement par les troubles des fonctions qu'ils sont chargés d'accomplir ou auxquelles ils concourent. Les paralysies de l'œsophage , du larynx , du diaphragme, de l'estomac, de la vessie, du rectum, donnent lieu à des symptômes que nous avons déjà décrits en faisant l'histoire de chacune de ces affections et sur lesquels nous ne devons pas revenir (voy. Oesophage, Larynx, Diaphragme). Nous dirons, d'une manière générale , que les muscles de la vie de nutrition étant presque toujours disposés autour d'organes creux servant de réservoir à des matières qui doivent être expulsées au dehors, on s'aperçoit aisément qu'ils sont paralysés lorsque les matières liquides ou solides sont retenues pendant un temps insolite ou rejetées prématurément. Dans la paralysie de la vessie, les urines s'écoulent continuellement ou sont conservées; il en est de même des matières fécales dans la paralysie du rectum. Suivant que la paralysie prédomine dans les muscles destinés à expulser les matières ou à fermer l'ouverture du réservoir, on observe l'un ou l'autre de ces effets (voyez Miction urina ire).

La paralysie incomplète permet encore quelques mouvements dans les parties qui en sont le siège. On sent dans les muscles placés superficiellement une légère ondulation , une sorte de déplacement et une augmentation très-faible de volume. On pourrait peut-être tirer quelque parti de l'auscultation , qui fait entendre, comme chacun le sait, un bruit sourd, comparé à celui que causent le jeu d'un soufflet (Laennec) ou les roues d'une voiture qui roule dans le lointain ^bruit rotatoire), lorsqu'on applique le stéthoscope sur des muscles que l'on fait contracter. Les recherches de Laennec pourraient être continuées et conduire à quelque symptôme important pour le diagnostic.

Nous devrions indiquer maintenant les paralysies partielles ; mais nous en renvoyons l'étude au chapitre consacré à la description des paralysies symptomatiques. En effet, lorsqu'on constate une de ces paralysies , on est déjà sur la voie du diagnostic, du moins pour un grand nombre d'entre elles. L'hémi-

plégie , par exemple , n'indique-t-elle pas une maladie cérébrale , et le plus ordinairement , une lésion située dans le cerveau, du côté opposé à la paralysie ? On est porté à croire qu'elle est double quand la paralysie est croisée , qu'elle réside dans la moelle, lorsque les deux membres inférieurs sont privés de mouvement, ou qu'elle constitue une simple névrose partielle dans la paralysie du deltoïde, ou du grand dentelé, "par exemple, et dans les paralysies singulières que provoque l'intoxication saturnine. On voit donc que l'étude des paralysies partielles appartient plus spécialement à l'histoire des paralysies symptomatiques; cependant nous les retrouverons aussi dans les paralysies idiopathiques.

Phénomènes qui surviennent dans les parties paralysées. — Température. On observe dans les parties qui sont privées depuis longtemps de mouvement, des troubles fonctionnels ou organiques , qui méritent toute l'attention du médecin. On s'est beaucoup occupé d'apprécier la température des membres paralysés : à l'époque où vivait Boerhaave , les expériences thermométriques , que l'on a restaurées de nos jours, étaient déjà en grand honneur; on s'en était servi pour connaître la température des parties paralysées. Boerhaave, sans dire positivement si elle reste normale ou est diminuée , semble admettre que ces deux changements peuvent avoir lieu, puisqu'il fait de l'abaissement de température un pronostic fâcheux : «Si vero calor in «parte affecta per thermoscopium vix alius posset «deprehendi quam in sana estbonum signum» {Prœlectiones , loc. cit., p. 569). J. Frank dit que la cha- Ieuranimale, dans le lieu affecté, est souvent moindre que dans l'état sain , quelquefois plus forte , avec augmentation du mouvement des artères et turgescence des veines {loc. cit., t. m. , p. 387). Le docteur Earle a fait de nombreuses recherches thermométriques sur les membres paralysés, et il a trouvé, en général, que la chaleur y était moindre , de quelques degrés , que dans le membre sain (Med.-chirurg. transact., vol. 7\ Abercrombie fait remarquer que si l'on est porté à croire, par analogie, qu'il doit y avoir abaissement de température , il est loin d'en être toujours ainsi ; les parties lui paraissent seulement avoir perdu cette propriété remarquable que possède l'économie, de conserver une chaleur propre; elles se mettent plus facilement en équilibre de température avec le milieu ambiant ( Traité des maladies de l'encéphale). Cette opinion a été émise très-anciennement par Boerhaave, qui avait remarqué que les membres se réchauffent quand on les approche du feu , et se refroidissent quand on les éloigne , absolument comme le fait une pierre (loc. cit., p. 569). Le docteur Todd pense que l'on ne peut rien établir d'absolu à cet égard (art. Paralysie , The cjcloped. of practic. medic. ,

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t. m, p. 2î1). Nous avons nous-mêmes fait plusieurs expériences thermomélriques sur les paralytiques, et nous avons trouvé trop de variations pour que nous puissions nous prononcer sur ce point. On trouve souvent , chez les paralytiques , le membre affecté froid comme du marbre ; mais il faut songer que la déperdition du calorique doit être très-facile dans un membre qui ne peut se soustraire au refroidissement et reste souvent, découvert: on éprouve aussi une grande difficulté à placer le thermomètre dans un lieu propice à l'observation; enfin il faut tenir compte de l'état d'amaigrissement du membre. Nous pouvons dire seulement que nous avons constaté un abaissemenî de température plus souvent qu'une température naturelle ; cette opinion est la plus généralement adoptée.

La circulation des membres est souvent troublée. Boerhaave admet qu'elle est ralentie, empêchée comme la circulation du fluide nerveux (Comm. in aphor., loc. cit., p. 369); elle est plus languissante, et l'on voit, dans quelques cas, le pouls se ralentir et perdre de sa force ; on a vu même que la pulsation artérielle pouvait manquer dans le bras paralysé (Stover apud J. Frank, loc. cit., p. 387) ; mais de nouveaux faits sont nécessaires pour mettre hors de doute ces observations. Il faudrait, pour qu'il en fût ainsi, que l'on trouvât un désaccord entre le pouls du côté sain et celui du côté malade : ce qui est formellement nié par beaucoup d'auteurs.

Alston, dans ses expériences sur les effets de l'opium , a vu , à l'aide du microscope, les globules rouges du sang dissous et mêlés à une liqueur rouge, homogène, dans les vaisseaux des membres paralysés; Boerhaave, qui rapporte ce fait, inclinée croire que le sang est disposé à s'arrêter dans les membres paralysés ( Comm. in aphor., loc. cit., p. 369). Ces expériences n'ont aucune importance, et nous ne les rapportons que pour montrer combien les méde cins du dernier siècle étaient désireux d'arriver à la découverte de la vérité, à l'aide de tous les moyens d'exploration que l'on a négligés depuis, et repris fort heureusement avec une nouvelle ardeur.

Un des effets les plus constants de la paralysie ancienne est une atrophie plus ou moins complète des muscles, qui deviennent flasques, et s'amincissent au point de ne plus former qu'une membrane ou un cordon , qui présente à peine la structure musculaire ; la matière colorante est résorbée; la graisse, sécrétée en forte proportion dans le tissu cellulaire, prend la place des muscles. Les nerfs restent parfois intacts ; d'autres fois ils prennent une couleur jaunâtre; leur névrilème s'infiltre, devient plus épais, plus dur. Ch. Bell, Gook, pensent que les nerfs s'atrophient constamment; Todd ne partage pas entièrement cette opinion , et fait remarquer qu'on n'a observé parfois aucun changement appréciable dans les nerfs des

membres paralysés depuis longtemps. Il pense que l'atrophie est plus rapide et plus prononcée lorsque la lésion qui détermine la paralysie a son siège dans la moelle {The cyclop., loc. cit., p. 244). Cette altération est sinon constante, du moins très-commune dans les anciennes paralysies.

Le tissu cellulaire s'infiltre souvent de sérosité ; nous avons décrit ailleurs ces œdèmes partiels dus à une diminution de l'influx nerveux et de la circulation veineuse ( voy. Anasarque ). Chez un grand nombre de malades, comme chez les aliénés atteints de paralysie, des eschares souvent fort étendues se déclarent sur les talons, les coudes, le trochanter,et les parties qui supportent le poids des membres ou du corps; elles mettent fin à la malheureuse existence des malades.

Pour juger jusqu'à quel point la nutrition est modifiée dans les parties paralysées , on peut chercher quelques données dans la pathologie externe. Lorsqu'un membre paralysé est le siège d'une fracture , la consolidation est-elle aussi facile que dans uu membre sain , ou, au contraire, est-elle retardée ou entièrement empêchée? On trouve cette question agitée, mais non résolue, dans un travail récent de M. Reynaud, de Toulon (Bullet. de thérap. ; 1844), et dans les notes que M. Malgaigne place à la suite du compte rendu de ce mémoire (Journ. de chir., p. 311 ; 1844). Dans un cas cité par Travers, la consolidation eut lieu dans le temps ordinaire. Busk parle d'un fait semblable ; mais, d'une autre part , Tuson a vu la fracture ne faire aucun pas vers la consolidation, sous l'influence de la paralysie, et dans un autre, B. Philip s'est assuré que le travail delà réparation n'avait pas encore commencé au bout de cinq semaines. M. Reynaud pense aussi que les effets de la paralysie sur la réunion des os fracturés sont incontestables. «M. Malgaigne croit que la question est loin d'être vidée, et il serait à désirer, dit-il, qu'elle fixât l'attention de quelque chirurgien qui, en fouillant plus avant dans les annales de la science, et recueillant un plus grand nombre de faits , arriverait certainement à des conclusions moins douteuses que celles auxquelles nous en sommes encore réduits» (loc. cit., p. 312, extrait du Traité des fractures et des luxations , encore inédit).

Nous n'ajouterons rien à la description des phénomènes locaux de la paralysie; nous ne pourrions qu'émettre des généralités qui n'auraient aucun sens ou qui seraient dénuées d'exactitude. Devons-nous dire, par exemple, que la paralysie débute instantanément ou est précédée de phénomènes précurseurs , qu'elle est sur-le-champ complète ou graduelle, accompagnée ou non de contracture, de douleurs, de pertes de sensibilité , de délire, de troubles dans la respiration , de constipation , de diarrhée, etc. etc.? ce serait ren-

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