‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 5)Chapitre 29 sur 59 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PARALYSIES IDIOPATHIQUES.

Nous comprenons sous ce titre la diminution ou l'abolition soit du mouvement , soit du sentiment, ou des deux à la fois, dans une partie quelconque du corps, sans que l'on trouve dans le système nerveux central ou dans ses cordons la moindre trace d'une lésion. Le trouble fonctionnel est toute la maladie qui constitue une véritable névrose.

La paralysie générale idiopathique est excessimeut rare, et il ne faut pas accepter sans réserve les observations que l'on a rapportées : voici cependant quelques faits qui méritent l'attention du médecin. On a vu, à la suite d'une forte commotion cérébrale , l'innervation momentanément suspendue, la sensibilité et le mouvement anéantis dans toutes les parties du corps. Dans les cas ordinaires, ce trouble ne tarde pas à se dissiper au bout de quelques heures, et le malade est rendu à la santé.

On doit encore considérer comme une paralysie générale idiopathique celle qui survient chez les hommes qui ont été soumis à l'action de la foudre , sans avoir été touchés par le fluide électrique. L'état d'insensibilité et d'immobilité où ils sont plongés atteste un trouble profond du système nerveux. «Sans doute , dit M. Piorry , il existe dans ce cas une lésion organique, une action moléculaire exercée sur les centres nerveux , d'où résulte la suspension des phénomènes d'innervation; mais comme celte lésion est insaisissable à nos sens, nous sommes bien réduits, pour éviter les suppositions hasardées, d'admettre que, dans cette circonstance, il s'agit seulement d l'une anencéphalonervie (c'est-à-dire défaut d'action nerveuse de l'encéphale) {Traité du diagnostic, t. m, p. 426). La paralysie générale a encore été observée après une émotion morale , comme celle qui résulte d'une frayeur subite et très-vive. Nous ne donnons qu'avec réserve les faits suivants empruntés aux auteurs. Une femme de vingt ans fait un effort considérable pour lever un fardeau ; quelque temps après, la paralysie se déclare dans les membres inférieurs, puis s'étend de là aux supérieurs et à tout le corps, à l'exception de la tête; ses doigts étaient encore capables de quelques mouvements; toutes les fonctions inlernes étaient intactes. Elle vécut dans cet état pendant vingt années, et succomba aune fièvre typhoïde. Abercrombie ne trouva aucune lésion sensible dans le cerveau et la moelle , malgré le soin

qu'il mit à l'ouverture cadavérique ( Traité des maladies de V encéphale). Davis , Gilbert , citent aussi un fait de paralysie générale; mais elle était congénitale, et se rattachait évidemment à un vice de développement des enveloppes du cerveau et du cervelet, qui étaient sains (Mcd. and surgicaljoum., ann. 1828. Todd, art. Paralysie, The cycloped., t. m, p. 246). Les paralysies des sujets épuisés par la masturbation , les excès vénériens , la paralysie des hystériques, des ivrognes et des doreurs, les pertes séminales (Lallemand), peuvent être considérées comme idiopathiques. Nous avons rapporté dans notre article Apoplexie quelques faits d'apoplexie nerveuse ou sans matière, dans lesquels on n'a constaté aucune lésion. La paralysie qu'elle détermine ne serait donc qu'une paralysie idiopathiqne, qui affecte les membres supérieurs; celle dont était atteint l'illustre Cuvier était de la même nature, car l'examen le plus attentif du cerveau et de la moelle ne fit découvrir aucune lésion dans ces organes et dans leurs dépendances (voy . notre art. Apoplexie, où nous nous sommes montrés disposés à admettre, avec M. Moulin , une névrose cérébrale dont la paralysie ne serait que le symptôme, 1. 1, p. 296).^

Le nombre des paralysies partielles idiopathiques est beaucoup plus grand que celui des paralysies générales ; leur existence est aussi plus sûre , et a été mise hors de doute par des observations multipliées. Nous devons placer en tête des paralysies partielles , sans lésion saisissable des centres nerveux , la paralysie saturnine, dont nous traiterons avec détail dans un autre article (Plomb (Maladies produites par le).

Dans la paralysie saturnine , on voit certains muscles affectés à l'exclusion des autres ; aux membres supérieurs , ce sont les extenseurs, les abducteurs et adducteurs du poignet , les muscles supinateurs de Favant-bras, le brachial postérieur, le deltoïde, etc. Il en est de même aux membres inférieurs : les muscles des parties antérieures de la jambe sont paralysés; au tronc, ce sont les muscles intercostaux, le grand dorsal , les pectoraux et les sterno-cléido-mastoïdiens. Il en résulte dans l'attitude et la situation des membres des changements particuliers que nous n'avons pas à décrire ici. Ce que nous devions établir de la façon la plus positive , c'est que l'anatomie pathologique ne nous a pas encore révélé la moindre lésion du système nerveux central et des nerfs (Tanquerel des Planches, Traité des maladies du plomb, t. u, p. 73, in-8°; Paris, 1839).

L'anesthésie partielle s'observe aussi dans l'intoxication saturnine; elle est tantôt limitée à la surface cutanée comprenant toute l'épaisseur d'un membre , ou bien elle siège dans un organe des sens ( ainaurose saturnine). L'anesthé.-ie cutanée est quelquefois

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limitée à la moitié de la main , ou à une petite portion de la peau du ventre, de la poitrine. Elle est trèsmobile, change de place et disparaît quelquefois pour revenir après plusieurs jours.

Nous continuons à ranger ces paralysies dans la classe des idiopathiques , parce que la cause qui les détermine, quoique bien connue, ne nous fait découvrir ni le siège ni la nature de la lésion. Il eu est de même des autres paralysies dont nous allons parler.

Dans la paralysie des mouvements et de la sensibilité de la face, les causes nous échappent quelquefois entièrement ( voy. Face ( Paralysie de la), t. ut, p. 624 ) : on est alors contraint d'admettre qu'il y a simplement une névrose idiopathique.

Le docteur Graves a rapporté, dans ses intéressantes leçons sur le système nerveux , plusieurs exemples de paralysie idiopathique. «Dans plusieurs cas, dit-il, il m'a semblé quelle reconnaissait pour cause l'impression du froid et de l'humidité longtemps prolongée sur les membres inférieurs. On l'observe le plus communément chez déjeunes sujets qui se livrent beaucoup à la pêche et à la chasse, et se mouillent souvent les pieds en marchant dans les pays marécageux et en passant les gués; on l'observe aussi chez les ouvriers qui sont forcés de rester les pieds dans l'eau pendant plusieurs heures de suite (extr. des Archiv. générales de médecine , t. xi, p. 213; 1836). On peut encore considérer comme une paralysie idiopathique celle qui affecta la rétine chez un jeune homme qui , voyageant sur l'impériale d'une diligence , resta pendant plusieurs heures exposé à un vent très-vif de nord-est qui soufflait directement dans son visage (Graves, loc. cit., p. 204 ). Dans les pays équatoriaux , il arrive quelquefois aux matelots et aux hommes qui sont obligés de rester exposés pendant toute une nuit à l'humidité glaciale qui existe alors , de se trouver paralysés d'un membre , d'un côté de la face. On a aussi rangé le béribéri au nombre des paralysies idiopathiques; mais les documents que nous possédons sur cette maladie ne sont pas assez sûrs pour que nous embrassions cette opinion ( voy. Béribéri, t. u, p. 534).

Certaines paralysies partielles ne peuvent être expliquées par une lésion évidente des nerfs qui se distribuent aux muscles paralysés et rentrent dans la classe que nous étudions. Tel serait, par exemple, la paralysie du nerf grand dentelé dont M. Marchessaux a rapporté l'observation (Arch. gén. de méd., t.Yii,p. 313 ; 1840); aucune cause appréciable n'avait amené le développement de cette paralysie. Le docteur ïodd l'attribue à la lésion des nerfs thoraciques postérieurs , mais il ne donne aucune preuve à l'appui de son opinion {The cyclop., loc. cit.).

Le docteur Darwal a décrit une espèce de paralysie

affectant les membres supérieurs chez des hommes habitués par leur profession à soulever des fardeaux considérables. Dans quelques cas , la paralysie n'occupe d'abord que les muscles qui unissent l'humérus à l'omoplate , le deltoïde spécialement. Le bras ne peut plus être levé, mais l'avant-bras est fléchi facilement sur le bras. La motilité reste aussi altérée dans les muscles de l'épaule ; mais , chez quelques malades, tout le membre finit par être paralysé. Le médecin anglais considère cette affection comme étant liée spécialement à la maladie des nerfs qui se distribuent aux muscles élévateurs de l'épaule (LonJ. medic. gaz., t. vu, p. 201). Les paralysies idiopathiques que nous venons de signaler sont de véritables névroses du sentiment ou du mouvement; car le scalpel de l'anatomiste n'a encore découvert aucune lésion ; le trouble fonctionnel est toute la maladie.

Traitement. — La première indication à remplir dans le traitement de la paralysie idiopathique est de chercher à rendre à la fibre musculaire cette propriété dont elle est momentanément dépourvue, c'est-à-dire la faculté de se contracter sous l'influence de la volonté et des excitateurs naturels. On n'a pas à craindre , dans le traitement de cette paralysie, les funestes effets de l'excitation, comme dans les paralysies symptomatiques d'une affection du cerveau et de la moelle. Pour exciter la contraction du système musculaire, on a recours à une médication stimulante dont les agents doivent être choisis parmi ceux qui ont une action élective sur la fibre musculaire, dont elles provoquent la contraction. Les agents de cette médication peuvent être appliqués localement sur les parties paralysées ou être administrés à l'intérieur. Nous allons parler successivement de chacun des agents de cette médication.

A. Excitation locale. — Parmi les moyens les plus simples et les moins actifs , il faut mentionner l'application de peau de lièvre , de cygne , de flanelle , de toile cirée, autour des parties paralysées ; les frictions avec la flanelle , les brosses douces ; les bains de sable ou de vapeur simple , sulfureuse, aromatique, ammoniacale, térébenthinée ; la fumée de tabac, la fustigation, la percussion, le massage, la titillation avec une plume d'oie; les frictions peuvent être faites avec des corps gras chargés de camphre , de térébenthine, d'ammoniaque , de phosphore, de teinture de cantharides, de gayac. On détermine une irritation permanente sur la peau à l'aide de vésicatoires volants que l'on promène çà et là , ou bien avec l'huile de croton tiglion , la pommade stibiée, le garou , etc. On a proposé le moxa , la cautérisation transcurrente et l'application d'un marteau chauffé dans l'eau bouillante: la révulsion que ces agents déterminent est en effet fort salutaire, et amène souvent la guérison. Une suppuration profonde, éta-

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blie au moyen de cautères ou d'un séfon , n'est pas non plus sans utilité dans les anciennes paralysies. Les bains d'eau de mer, d'eaux naturelles sulfureuses, de rivière, suivis de promenades en voiture ou à cheval, quand la paralysie le permet, sont d'un grand secours et amènent souvent des guérisons inespérées. Les douches administrées avec les eaux minérales dont nous venons de parler rendent aussi les plus grands services.

Les agents sur lesquels on peut compter le plus lorsque les précédents ont échoué, sont l'électricité la galvano-puncture et la strychnine employée par la méthode endermique; quaut à l'application de couples ou de barreaux aimantés, elle n'a pas une influence aussi évidente, à beaucoup près. Les décharges électriques , et surtout l'électro-puncture, dont nous avons pu observer les merveilleux effets dans la paralysie de plomb , sont les agents les plus capables d'exciter la contraction musculaire lorsqu'il n'existe pas dans les cordons nerveux ou dans les organes d'où part l'innervation des lésions matérielles qui s'opposent à la guérison. C'est surtout l'électricité dynamique combinée avec l'acupuncture que l'on emploie aujourd'hui. On se sert d'aiguille de platines très-fines, que l'on enfonce rapidement dans les organes et qu'on met en communication avec les extrémités des couples; on commence par des courants faibles afin de tâter la susceptibilité de chaque malade. Nous ne pouvons décrire ici les divers procédés que Ton a mis en usage pour électriser avec des machines à courant continu ou interrompu. On trouvera une fort bonne description de toute la thérapeutique électrique dans la thèse de concours de M. Gavarret (Lois générales de l'électricité dynamique, p. 137, in-4°; Paris, 1843). Il rapporte des exemples nombreux de succès obtenu par l'emploi de cet agent dans le traitement des paralysies partielles, et surtout celles du sentiment (amaurose, surdité , paralysie faciale). Les propriétés excitatrices de la noix vomique ou , mieux encore , de la strichnine, déposées sur uu vésicatoire privé de son épiderme, sont aujourd'hui démontrées par un nombre trop considérable de faits pour que l'on ne doive pas en tenter l'emploi contre les paralysies partielles idiopathiques. On a vanté encore , dans ces derniers temps, à titre d'excitateur musculaire, le seigle ergoté; ses vertus sont en effet très-évidentes dans la paralysie de l'utérus, et peut-être dans celle de la vessie ; pour notre part, nous l'avons administrée avec un plein succès dans deux cas de rétention d'urine, par atonie de la tunique musculaire de la vessie.

Dans le traitement des paralysies internes, les agents locaux doivent être placés le plus près possible du siège de la paralysie , et l'on insiste particulièrement sur la médication interne.

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B. Excitation générale. — On l'obtient en stimulantlescentresnerveuxctrinuervation divergente; mais avant d'instituer ce traitement, il faut être sur que le diagnostic a été bien porté, et qu'il n'existe aucune lésion de la pulpe nerveuse. Une fois cette certitude acquise, on peut prescrire sans crainte une médication stimulante et on fait marcher concurremment avec elle l'emploi des agents excitants appliqués extérieurement. Les médicaments que l'on administre à l'intérieur sont pris dans des classes assez différentes de la thérapeulique; tantôt on détermine une perturbation générale à l'aide de vomitifs administrés à des intervalles rapprochés; tantôt on excite vivement la muqueuse gastro-inleslinale par des purgatifs salins , le calomélas, longtemps continués, ou par des drastiques énergiques, le jalap , la scammonée, la gomme gulte, la coloquinte, etc. Ces médicaments exercent souvent une influence salutaire, parce qu'ils font cesser certaines complications gastro-inlestinales; d'ailleurs, l'excitation qu'ils développent sur la membrane interne de l'intestin agit sympatiquement et d'une manière favorable sur les parties paralysées. Les excitants diffusibles, tels que l'éther, l'ammoniaque , le musc , le camphre , ont été utiles daus certaines circonstances, en stimulant l'innervation affaiblie. On a encore administré , dans ce but, la teinture de cantharide et de phosphore : les accidents que provoque trop souvent ce dernier doivent en faire rejeter l'emploi. La teinture de cantharide peut être donnée sans inconvénient : nous l'avons prescrite dans un assez grand nombre de cas , mais sans le moindre succès. La poudre de noix vomique et la strychnine sont des médicaments sur l'action desquels on peut compter; en suivant leurs effets avec quelque attention, on n'a pas à redouter d'accidents. Dès que les convulsions se manifestent dans le membre paralysé , on maintient la dose pendant plusieurs jours, et on ne doit l'élever en suite qu'avec de grandes précautions. Quant aux toniques fixes, au quinquina, aux analeptiques, aux vins riches en alcool , etc. , ils nous paraissent surtout indiqués dans le cas où l'économie est débilitée, et où le solide vivant a besoin d'une stimulation générale. L'hygiène alors peut venir en aide à la thérapeutique : l'insolation, les promenades en voiture, les voyages, des distractions morales puissantes , ont souvent fait céder une paralysie qui avait résisté opiniâtrement jusque-là. C'était, sans aucun doute, de paralysie idiopathique qu'étaient affectés ces malades qui se mirent à fuire les ravages d'un incendie qui gagnait la salle où ils étaient couchés , et cette jeune femme dont parle Boerhaave : elle était mariée à un kalife qui avait pour elle la plus tendre affection ; chez cette femme existait une hémiplégie fort grave. Le médecin appelé auprès d'elle déclara qu'il pourrait la gué-

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rir,mais qu'il craignait d'exciter la colère du kalife par le traitement qu'il se proposait de mettre en usage. Le kalife l'ayant laissé maître d'agir, le médecin se mit en devoir de toucher les pieds de la malade, ce qui est un signe d'impudeur en Asie ; la malade faisant alors tous ses efforts pour éloigner les mains du médecin , fut 'immédiatement guérie (Prœlectiones acad., loc. cit., p. 567).

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