‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 5)Chapitre 3 sur 59 · RIEN · texte numérisé non relu

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d'autres, il y a de la carpologie, des mouvements continuels , de la fureur ; les membres sont agités de convulsions générales , très-rarement limitées à un côté du corps; il y a contracture dans les membres, strabisme, serrement des mâchoires, grincements de dents, roideur du cou, grimaces, rires sardoniques, rougeur et animation du visage, chaleur de la peau, fréquence du pouls. Dans la seconde période, le délire , l'excitation et le trouble des sens , sont remplacés par le coma ; les convulsions cloniques et toniques cessent, et les membres tombent en résolution ; la sensibilité générale et des sens spéciaux est émoussée et anéantie ; cependant, par intervalles, la contracture, les convulsions et le délire reparaissent ; la face est pâle, les paupières fermées, les pupilles variables, mais immobiles, souvent dilatées (art. cité, p. 497). Il serait impossible de distinguer à ces traits une méningite d'avec une encéphalite, ou dédire s'il y a méningo-encéphalite. M. Galmeil a habilement présenté ce tableau pour prouver que les symptômes de la méningite ne sont en définitive que ceux de la péri-encéphalite; mais, tout en reconnaissant qu'il n'y a pas moyen de reconnaître si la méningite est simple ou compliquée d'encéphalite, dans un grand nombre de cas , nous n'en persistons pas moins à dire que sur le cadavre cette distinction est possible. Nous avons eu récemment plusieurs occasions d'étudier les lésions propres à la méningite et à la méningo-céphalite, et elles nous ont paru différer essentiellement les unes des autres. S'il est vrai que le diagnostic est souvent impossible , ce n'est pas une raison pour rattacher à l'encéphalite la méningite: la cardite est souvent confondue avec la péricardite, sans que personne soit tenté de comprendre sous le nom de cardile, comme on le faisait anciennement, l'inflammation des deux feuillets d'enveloppes du cœur. La méningite tuberculeuse est souvent impossible à distinguer de la méningite simple, et cependant l'on s'accorde à décrire séparément ces deux maladies. Disons donc, pour terminer, que la méningo-encéphalite ressemble beaucoup à la méningite et à l'encéphalite diffuse , mais qu'elle n'en est pas moins une affection distincte par son siège anatomique.

Diagnostic. — La méningite inflammatoire est tellement semblable à la méningite tuberculeuse des jeunes sujets, que leur diagnostic différentiel en est souvent impossible. Nous avons établi ailleurs que la méningite simple donnait lieu à un délire plus violent, à une agitation plus grande et à des phénomènes d'excitation plus marqués que les tubercules des méninges. La marche est aussi plus rapide, accompagnée d'un appareil fébrile moins prononcé dans les tubercules méningés ; ceux-ci affectent la marche des affections chroniques bien plus que la méningite aiguë (voy. Méninges (tubercules des) , t. v).

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Chez les jeunes sujets principalement, (a méningite peut être prise pour une fièvre typhoïde commençante : il en est de même de la variole et autres exanthèmes, et des maladies du cerveau , dont nous avons tracé ailleurs le diagnostic différentiel avec assez de soiu pour n'avoir plus besoin d'y revenir (voyez Méninges (tubercules des).

Pronostic. — II y a une distinction importante à établir, sous le point de vue de la gravité, entre la méningite simple et la méningite compliquée de tubercules, de ramollissement, etc.; celle-ci est toujours incurable; la méningite simple, quoique souvent mortelle, offre plus de chances de guérison. 11 faut se rappeler aussi que les sujets qui guérissent tombent parfois dans l'imbécillité, et offrent tous les symptômes de la méningite chronique des aliénés. •

Étiologie. — Il semble, d'après le relevé contenu dans l'ouvrage de Parent et Martinet , que les hommes sont bien plus exposés à la méningite que les femmes (pag. 1 7) : il y avait 88 hommes et 28 femmes. M. Foville soutient, au contraire, que les filles en sont plus souvent affectées; ce qu'il attribue à l'action des liens dont on environne pendant longtemps leur tête (art. Méningite, Diction, de méd. pratiq., p. 410). M. Guersant partage cette opinion (ouvr. cité, pag. 412). On la contracte à tout âge, mais pas avec la même fréquence ; elle serait plus rare chez les enfants que chez l'adulte, suivant Parent et Martinet (29 de 0 à 1 5 ; 44 de 1 5 à 30 ; 38 de 30 à 60, de 60 à 80 , 5). M. Foville considère l'enfance comme l'âge qui y prédispose le plus; M, Guersant dit qu'on la rencontre depuis la fin de la première dentition jusqu'au delà de la jeunesse; elle est aussi très-commune de 5 à 15 ans.

Voici , par ordre de fréquence , diverses causes qui ont été notées par Parent: sur 116, percussion du tronc, 21 ; insolation, 2; tubercules du cerveau, 2; affections morales tristes, 10; métastases, suppression du flux, 6; hydrophobie, 1 ; constitution apoplectique, 3; causes indirectes, 17; causes inconnues, 54 (Parent, p. 1 7). Parmi les causes que nous venons d'énumérer, il en est qui sont prédisposantes: telles sont la pléthore, l'action d'une tempérarature très-basse ou très-élevée, les émotions morales, les travaux intellectuels , les excès vénériens et toutes les causes de surexcitation nerveuse , soit passagère, soit continue.

Au nombre des causes déterminantes se trouvent d'abord les maladies de l'enveloppe crânienne, la carie des os, les violences extérieures portant sur celte enveloppe osseuse, les fractures, les enfoncements, les plaies des parties molles, l'insolation, les excès de boisson , etc.

Une constitution épidémique peut à elle seule dé-

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terminer la production d'un grand nombre de méningites chez les hommes soumis à son influence; noue nous en occuperons plus loin (méningite épidémique). Traitement. — Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit en parlant de la méningite tuberculeuse: la médication est exactement la même, seulement elle doit être dirigée avec beaucoup plus d'énergie. Les saignées générales et locales faites à l'aide des sangsues, des ventouses scarifiées placées à la base du crâne ou sur le cuir chevelu, les affusions froides, eu même encore les irrigations continues, les révulsifs aux extrémités , constituent les principaux agents de la médication qu'il faut instituer dès le premier jour, afin de s'opposer sur-le-champ au travail inflammatoire dont les membranes sont le siège , et de dissiper l'hypérémie cérébrale concomitante (voy. encore Méningite SPINALE, HeMORRHAGIE CÉRÉBRALE, ENCÉPHALITE,

dont le traitement est à peu près le même).

Historique et bibliographie. — L'histoire de la méningite cérébrale se confond à chaque instant avec celle de l'encéphalite et des maladies de la substance cérébrale elle-même. Ge n'est qu'à partir de Morgagni que la distinction entre la méningite et les autres maladies fut faite avec quelque certitude ; cependant, l'on doit dire que les anciens ont décrit, sous le nom de phrénésie, une affection qui se rapporte très-bien au délire de la méningite. Celse dislingue trois espèces de phrénésie, suivant la durée de la maladie, et dit que la première espèce est très- aiguë, accompagnée de fièvre, et peut cesser au bout d'un temps fort court (De Medicina , lib. m, cap. 17). Sa description s'applique au délire aigu de la folie, et nullement à celui de la méningite. Les anciens désignaient, sous le nom de phrénésie, les inflammations de l'organe préposé à l'intelligence. Van Swieten s'exprime très-nettement dans ce sens, lorsqu'il dit: «Mens Graecis eppviv dicebatur, et «ppevaç pro sapientia «Grseci passim usurpant : unde «ppeviriç dicitur, quasi «T6)v«ppevwwo(Toç, etc.» Les Grecs se servent du mot «ppsvoç pour désigner la sagesse,, et du mot phrénésie pour exprimer les maladies de l'esprit, de même qu'ils employaient la dénomination à'arthritis ou de pleuritis pour rendre les inflammations des jointures ou des plèvres (Comm. in Aphor. , 77 1, t. n, p. 527, in-4°; Paris, 1771). On voit donc que le mot phrénésie était un terme générique qui s'appliquait exclusivement aux délires qui avaient leur cause dans une maladie primitive du cerveau et qui étaient accompagnés de fièvre; on les appelait alors phrénésies vraies ou exquises (Galien, Oper.omn. prœdict., lib. i, comment. 1 ). Nous ne poursuivrons pas plus loin cet historique , parce qu'il appartient plus spécialement à l'étude de l'aliénation mentale; nous rappellerons seulement que, très-anciennement, les médecins plaçaient le siège de la phrénésie dans le cerveau et ses

membranes. Galien l'attribue à la bile qui va se fixer sur ces parties (Oper. omn. epid., lib. i, comment. 2).

La connaissance exacte de l'inflammation et des autres maladies de la pie-mère et de l'arachnoïde se montre dans une foule de lettres de l'illustre Morgagni : la turgescence, les diverses colorations (epist. rv, S 13, 16,19,21, 24, etc. ; epist. xxxi, § 1 1 ; epist. li, § 27, 17), l'opacité, les infiltrations séreuses de la pie-mère sont indiquées avec soin , et les symptômes observés pendant la vie rattachés , avec une sagacité extrême, à la lésion anatomique. Sans doute, on ne trouve pas, dans les lettres de Morgagni, une description complète et méthodique de l'arachnitis , mais il y a tous les matériaux nécessaires pour cette étude, surtout au point de vue de l'anatomie pathologique : il est peu d'altérations qu'il n'ait mentionnées , et dont il n'ait convenablement saisi la nature et le mode de production.

Tous les chirurgiens qui se sont occupés des plaies de tête et des opérations qui se pratiquent sur cette région ont cité des exemples de méningite, et trèssouvent sans s'en douter; aussi trouve-t-on sur ce point une très-grande confusion dans ce qu'ils ont écrit à ce sujet. Hippocrate parle des convulsions qui se manifestent dans la main gauche, la plaie étant située principalementà droite (Epidem., lib. v,§ 27). Baillou, dans son Traité des convulsions , indique plusieurs symptômes qui se rapportent évidemment, sinon à des méningites simples, du moins à des méningo-encéphalites traumatiques.

M. Ducros rapporte une observation d'inflammation simultanée de l'arachnoïde et du cerveau dans sa remarquable dissertation sur la céphalite ( Essai sur la céphalite, .1812). Il est fort curieux de voir cet auteur séparer aussi bien , peut-être même mieux qu'on ne l'a fait depuis, les symptômes de la méningite (cris, agitation, délire , mouvements convulsifs, périodiques) d'avec ceux qui appartiennent à la cérébrite. M. Lallemand, sans décrire d'une manière spéciale la phlegmasie des membranes encéphaliques, a cependant contribué à jeter quelques lumières sur sa symptomatologie, en la comparant à celle de la eérébrite. L'analyse profonde qu'il a faite des caractères assignés à cette dernière maladie a rendu de grands services; cependant, on peut lui reprocher d'avoir réuni à dessein ces deux" affections, que l'étude des lésions cadavériques, et souvent des symptômes , nous montre complètement isolées l'une de l'autre (Recherches anatom.-palhol. sur l'encéphale et ses dépendances , t. i principalement, in-8°; Paris).

L'ouvrage publié par MM. Parent-Duchatelet et Martinet ( Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde cérébrale et spinale, in-8°; Paris, 1 82 1 )

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a rempli une lacune laisse'e jusqu'alors dans la pathologie , et c'est encore le seul que nous possédions aujourd'hui. Il renferme une description complète de l'arachnitis ; les observations qui y sont rapportées n'ont pas toutes les développements qu'on pourrait désirer ; plusieurs appartiennent évidemment à la méningite tuberculeuse, d'autres à la cérébrite bien plus qu'à la phlegmasie des membranes ; en un mot, cet ouvrage, remarquable sous tous les rapports, a cependant beaucoup vieilli depuis les travaux plus récents sur les maladies de l'encéphale , sur les tubercules méningés, et l'hydrocéphale spécialement. Nous avons indiqué les ouvrages qui ne sont pas consacrés spécialement à l'étude de l'arachnitis, et qui n'en contiennent pas moins des documents essentiels sur cette maladie : nous ne pouvons y revenir dans cette bibliographie.

MÉNINGITE SPINALE, s. f. , inflammation séparée ou simultanée des membranes de la moelle épinière.

Division. — Nous ne décrirons dans cet article que l'inflammation sporadique delà dure-mère, de l'arachnoïde et delà pie-mère, qui environnent la moelle; cette phlegmasie n'attaque presque jamais simultanément ces trois enveloppes , et le plus ordinairement l'expression de méningite ne s'applique qu'à l'arachnitis, ou phlegmasie de la pie-mère, la tunique fibreuse étant rarement affectée d'une manière isolée. Analomie pathologique. — Si le diagnostic de la maladie qui nous occupe était plus certain , on ne devrait pas réunir dans une seule et même description la phlegmasie de la dure-mère el celle des autres membranes , mais nous dirons plus loin que les différences symptomatologiques sont nulles.

A. Dure-mère. — Albers , de Bonn , a vu , dans deux cas, l'inflammation bornée à la dure-mère spinale , qui était d'un rouge de cinabre , et épaissie en même temps. La rougeur était uniforme et tenait à l'injection des capillaires. Le médecin allemand appelle cette inflammation perimeningitis medullœ spinalis (extrait de la Gazette médic. , pag. 857, 1833). Il est très-rare de rencontrer des altérations dans la dure-mère seule; lorsqu'elles existent, il y a presque toujours ou une lésion primitive des vertèbres, ou une maladie de la moelle, comme dans la 30e observ. rapportée par M. Lallemand; du sang était épanché entre la dure-mère et les vertèbres cervicales , et la moelle était hypertrophiée, rouge, ramollie, et désorganisée dans l'étendue d'un pouce environ (Lettres sur l'encéphale , pag. 305, t. i). Le docteur Constant a trouvé du pus dans le tissu cellulaire extérieur delà dure-mère [Gazette médic, pag. 74, 1835). L'un de nous a vu tout récemment , sur une jeune fille âgée de quinze ans, et qui était couchée dans une de ses salles, toutes les altérations qu'il est possible de

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rencontrer chez les sujets qui succombent à une méningite simple et indépendante de toute maladie, de la moelle. Il a trouvé toute la face postérieure et externe de la dure-mère , dans la région dorsale , recouverte d'une fausse membrane, d'une ligne d'épaisseur au moins, formée par le dépôt de plusieurs couches de fibrine jaunâtre et ti ès-deuse , qui doublaient la tunique fibreuse et lui constituaient une seconde enveloppe très-épaisse qui ne cessait qu'au moment du passage des nerfs dans les trous de conjugaison. Outre cette remarquable altération , la face interne de la dure-mère , ou plutôt le feuillet pariétal de l'arachnoïde qui la couvre , offrait une foule de petites granulations qui n'étaient autre chose que des fausses membranes consistantes et déjà bien organisées, que l'on pouvait enlever par le grattage. 11 y avait en outre toutes les lésions anatomiques propres à la phlegmasie de l'arachnoïde spinale.

B. Arachnoïde et pie-mère. — C'est ordinairement le feuillet viscéral de l'arachnoïde et la piemère qui sont le siège des lésions. On rencontre cependant sur le feuillet pariétal tantôt des fausses membranes, comme dans le cas que nous avons cité, tantôt une injection pointillée, rose, des plus évidentes, ainsi que nous l'avons constatée chez la jeune malade dont il a été déjà question. M. Ollivier soutient que l'injection est due aux vaisseaux sous-jacents (Traité des maladies de la moelle épinière , t. h, pag. 236, in-8°; Paris, 1837). Il dit avoir reconnu que les vaisseaux injectés sont situés au-dessous de la membrane séreuse, et s'appuie sur le témoignage de M. Ribes (Diction, des scierie, médic.,, art. Vertèbre). Les adhérences à l'aide des fausses membranes s'établissent rarement entre les deux feuillets de l'arachnoïde , si ce n'est dans la méningite chronique (Ollivier, loc. cit., p. 237).

La plupart des lésions que détermine la méningite résident sur la face externe de la pie-mère ; c'est entre cette membrane et l'arachnoïde , c'est-à-dire dans l'espace occupé par le liquide céphalo-rachidien, que se déposent les produits de l'inflammation. Nous les passerons rapidement en revue, parce qu'ils se présentent avec les mêmes caractères que dans la piemère cérébrale. Tantôt , c'est un liquide opalin , plus souvent une sérosité verdâtre chargée de fibrine, qui est exhalée par la membrane vasculaire atteinte de phlegmasie ; la fibrine se concrète d'abord en une gelée verdâtre, en une sorte de réseau mou , et plus tard s'organise et constitue des fausses membranes discontinues ou une sorte d'enveloppe autour de la substance médullaire. Tantôt , cette sérosité verdâtre n'est autre chose qu'un mélange de sérum et de pus; celui-ci se présente encore sous l'apparence d'une matière molle , verdâtre, gélatineuse. C'est presque toujours à la partie postérieure de la moelle que

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siégeât ces altérations et celles qu'il nous reste à décrire.

La face libre ou interne de l'arachnoïde enflammée sécrète aussi des produits morbides : tantôt c'est une simple sérosité transparente, purulente ou mêlée de sang, qui s'épanche dans la cavité rachidienne; tantôt un pus verdàtre, à demi liquide, qui environne l'arachnoïde viscérale sur laquelle il est déposé; d'autres fois la matière sécrétée a plus de consistance et forme des fausses membranes intimement unies à la séreuse ; enfin , l'arachnoïde peut être épaissie, son tissu plus dense, plus résistant, et fortement uni à la pie-mère, qui est elle-même épaissie, rougeâtre, humide, et fortement injectée. Nous avons trouvé toutes les altérations que nous venons de décrire réunies sur un même sujet; et comme il n'existait aucune complication , on peut considérer ce cas comme un type sur lequel peut être modelée la description de la méningite rachidienne simple.

Dans la méningite chronique , la membrane séreuse est le siège de taches blanchâtres, opaques, semblables à celles que l'on retrouve sur les autres séreuses, et produites, suivant les uns, par l'augmentation d'épaisseur et de densité de la membrane séreuse, et, suivant d'autres, par le dépôt de lymphe plastique à sa surface. M. Ollivier range aussi parmi les lésions chroniques les adhérences établies entre le feuillet séreux de la dure-mère et le feuillet viscéral (loc. cit., p. 237).

G. Moelle. — Elle est souvent injectée, rouge, ramollie, en un mot altérée de différentes manières; mais cette complication peut aussi ne pas se rencontrer , comme chez le sujet dont nous avons rapporté l'histoire ; dans le cas contraire , on a une méningomyélite , dont les symptômes sont très-obscurs.

D. Membranes cérébrales. — Il est excessivement rare qu'il n'y ait pas une méningite cérébrale lorsqu'il existe une méningite rachidienne , tandis que la première se montre souvent indépendamment de la seconde.

Sfmptomatologie. — Presque toutes les observations déposées dans les annales de la science nous présentent réunies les inflammations de l'arachnoïde cérébrale et spinale, et souvent du cerveau et de la moelle ; on conçoit dès lors combien il est difficile de faire la part de chacune de ces lésions, et de mesurer exactement leur influence sur la production des symptômes. Toutefois, une analyse exacte des faits les plus simples nous permet d'établir les principaux signes de la méningite simple.

La convulsion des muscles du rachis est le signe qui mérite d'abord de fixer notre attention , parce qu'il est un des plus constants. M. Galmeil, qui a noté les troubles de la motililé sur vingt sujets qui avaient succombé à une méningite rachidienne ou cérébrale

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simultanément, a trouvé que les muscles qui reçoivent des nerfs du rachis ont éprouvé des contractions involontaires, 45 fois; que la courbure de la colonne vertébrale, avec renversement de la tète ou du tronc en arrière, s'est manifestée 17 fois; la douleur des membres contractés, 12 fois; le trismus, 4 fois ; la gêne de la déglutition, 8 fois ; soubresauts des tendons, 6 fois; convulsions de la face, 3 fois; des tremblements généraux , 2 fois; des convulsions épilepliformes générales , 1 fois; de la rigidité dans le bras, 3 fois ; dans une jambe, 1 fois (art. Moelle^ Dict. de méd. , 2e édit. , p. 99). Ge relevé est important sans doute; mais il faut avoir 'soin défaire dans les symptômes la part de la méningite cérébrale et de la spinale. La convulsion consiste tantôt dans une simple roideur ou rigidité des muscles , ou en une contracture excessivement violente : ce sont les muscles du rachis et de la partie postérieure du tronc qui en sont le siège. Quand c'est une simple roideur qui occupe les muscles du cou, la position de la tête et du tronc n'est pas changée; mais le malade ne peut remuer ces parties , et quand on veut leur imprimer quelque mouvement, oa provoque une douleur aiguè^ des cris , et souvent une contraction plus violente ^ et comme tétanique. Quand la convulsion est plus forte, la tête et le tronc sont renversés en arrière * le rachis forme une espèce d'arc inflexible , et il y a un véritable opisthotonos comme dans les affections tétaniques. Parent-Duchatelet et Martinet ont fait remarquer avec juste raison que, dans la méningite cérébrale de la base la portion cervicale seule est incurvée et la tête renversée en arrière, tandis que dans la rachidienne l'incurvation se fait sur toute la longueur de la colonne vertébrale. «On doit donc regarder ce symptôme comme de la plus grande valeur dans le diagnostic de l'arachnitis spinale; et ce qui lui donne encore plus de prix , c'est qu'il a toujours existé dans les cas où , l'arachnoïde cérébrale étant saine , la seule portion de l'arachnoïde spinale se trouvait enflammée» (Parent , ouvr. cit., p. 550}. Nous avons vu , dans un cas de méningite cérébrospinale, la simple rigidité de tous les muscles de l'épine, qui conservait sa direction naturelle, mais ne pouvait pas être fléchie en avant. 11 ne faut donc pas s'attendre à trouver toujours une contracture assez forte pour produire cette déviation momentanée du rachis. La contracture peut être limitée à la région cervicale ou dorsale seulement, ce qui est rare. Nous avons vu que,- 17 fois sur 20, le renversement de la tête et du tronc en arrière avait eu lieu. La contracture et les convulsions sont rarement continues et ne persistent pas au même degré, il y a des rémissions ; les convulsions sont ramenées par les mouvements que l'on imprime aux malades ou lorsqu'ils cherchent à les effectuer eux-mêmes, La con-

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vulsioa des muscles rachidiens imite celle que Ton observe dans le tétanos ; mais il ne s'ensuit nullement que cette maladie soit une méningite.

D'après le relevé fait par M. Galmeil , les muscles des mâchoires, de la face, de l'œsophage, des bras et d'une jambe, auraient été convulsés (art. cit., p. 99) ; mais nous rappellerons qu'il n'a pas séparé les cas de méningite spinale d'avec les autres, et nous maintenons que les convulsions des membres sont trèsrares dans la première de ces phlegmasies, lorsqu'elle est dégagée de toute complication. Les convulsions épileptiformes sont aussi très-rares ; elles n'ont été observées qu'une fois suivant M. Galmeil.

Les mouvements des membres peuvent être un peu affaiblis à cause des douleurs , mais il n'y a jamais de véritable paralysie du mouvement , à moins que la moelle ne soit ramollie et le cerveau altéré en quelque point (Ollivier, loc. cit., p. 289). La plupart des malades ne peuvent marcher ou se remuer facilement dans leur lit , comme nous avons eu occasion de nous en convaincre chez plusieurs sujets.

Ainsi, les symptômes fournis par les fonctions de motilité ont une grande valeur séméiologique, et on peut les résumer ainsi : la contracture à différents degrés, siège presque exclusivement dans les muscles de la partie postérieure du tronc, s'accroît et diminue par intervalle, s'accompagne de douleurs, et c'est jamais remplacée par la paralysie, à moins de complication.

La douleur rachidienne est, après la convulsion Ionique des muscles , le meilleur signe de la méningite (Parent, loc. cit., pag. 551). Sur 20 faits de méningite spinale, les malades ont donné 26 fois, sur divers points , des marques de douleurs (Galmeil , art. cit., p. 100). MM. Parent et Martinet disent qu'elle s'est montrée constamment dans tous les cas d'arachnitis bornée au rachis; plusieurs malades s'en sont plaints, et chez eux elle était très - violente (pag. 552). Elle occupe ordinairement la région du dos qui correspond à la phlegmasïe , ou le lieu où celle-ci est la plus intense. Elle offre, comme la rigidité, des rémissions et même de véritables intermittences; nous l'avons observée sous cette forme chez un malade qui ne l'éprouvait d'une manière sensible qu'au moment où la contracture se produisait. Elle peut exister sans contracture notable, et dans ce cas encore elle est un signe précieux qui peut faire reconnaître la méningite. Ordinairement la convulsion des muscles succède à la manifestation de la douleur. M. Ollivier dit n'avoir jamais observé que celle-ci s'exaspérât par la pression çpag. 290 ; nous avons constaté ce fait, de la manière la plus évidente, ainsi que plusieurs auteurs. Comme ce sont ordinairement les efforts qui en provoquent le retour, les malades se complaisent dans une immobilité absolue, i

La douleur suit le trajet du rachis, et se propage quelquefois par élancements rapides, du point primitivement douloureux , dans tout le dos et dans les membres; c'est alors que la moindre pression et les mouvements font jeter des cris aux malades. Suivant M. Ollivier, cette exaltation morbide de la sensibilité générale est un phénomène à peu près habituel dans la méningite rachidienne (p. 291). Ainsi, pour le sentiment comme pour le mouvement , il y a exaltation. La paralysie du mouvement et du sentiment est donc un symptôme qui annonce un ramollissement de la moelle, et n'est presque jamais le signe de la méningite rachidienne. L'exaltation de la sensibilité et du mouvement est le symptôme de cette dernière.

La douleur rachidienne , comme le disent MM. Parent et Martinet, est pour la méningite ce qu'est la céphalalgie dans la méningite cérébrale , et doit être considérée comme le signe le plus important de la maladie. On a vu , dans quelques cas de méningite spinale, les douleurs s'étendre à l'épaule, à l'ais* selle droite , dans les membres, au moment de l'accès (Abercrombie, des Maladies del encéphale, p. 502, in-8°; Paris, 1835).

L'intelligence n'est jamais troublée dans la méningite spinale simple ; quelquefois l'urine et les matières sont retenues dans leur réservoir ou expulsées avec difficulté ; rien n'est si variable que ce symptôme , qui a manqué complètement dans les méningites simples dont nous avons été témoins. M. Galmeil dit cependant quel'urine est répandue involontairement, ou que l'on est obligé de recourir au cathétérisme; la constipation est habituelle (art. cité, p. 99). La peau est chaude, sèche, ou couverte de sueur au moment des paroxysmes, le pouls accéléré, la respiration gênée, inégale et irrégulière, quelquefois ralentie. Nous l'avons trouvée naturelle dans deux cas où la méningites'étendaità toute l'enveloppe spinale. Quant au délire , à la céphalalgie, au strabisme, au coma, à l'assoupissement , à l'état brillant des yeux, à l'animation du visage, ils appartiennent à la méningite cérébrale.

La marche des symptômes de la méningite spinale n'est point continue , il y a des rémissions , ou même des intermissions complètes; puis la douleur et la convulsion, ces deux principaux signes de la maladie , reviennent avec une nouvelle intensité lorsque l'on croyait que la maladie était terminée. Dans un cas de méningite spinale, cité par M. Deslandes, le malade offrait, tous les trois jours, une intermittence de vingt-quatre heures de durée , et alors la contracture et la douleur cessaient; au vingt-quatrième jour, elles devinrent continues. Au moment des accès, la douleur se manifeste bientôt suivie de la contracture violente et tétanique des muscles du rachis ; le malade pousse des cris de douleur ; la peau

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est chaude, couverte de sueur, la respiration gênée, douloureuse , le pouls petit , faible , et très-accéléré. On a sous les yeux un accès qui rappelle assez bien , quoiqu'à un moindre degré, les accidents produits par l'administration de la strychnine aux animaux.

On a dit que la méningite suivait une marche ascensionnelle , et que la douleur et la contracture des muscles gagnaient successivement les membres inférieurs, puis les supérieurs (Ollivier, p. 297). Cette opinion est loin d'être vraie. Souvent les symptômes restent exactement limités aux muscles du tronc et du rachis; quelquefois ils n'occupent qu'une région, celle du dos ou du cou , par exemple , bien que la phlegmasie ait envahi toute la longueur de l'arachnoïde spinale.

La durée de la maladie est très-variable : M. Galmeil dit qu'elle se termine , en moyenne, au dixième jour. On l'a vue se prolonger jusqu'au trentième jour; dans un cas observé par l'un de nous , la mort n'est arrivée que le trente-troisième jour : Il est rare que les sujets succombent avant le quatrième ou cinquième jour. La mort est la terminaison presque constante de la méningite. L'obscurité du diagnostic rend fort douteux les cas de guérison rapportés par les auteurs.

La méningite chronique s'annonce par les mêmes symptômes que l'aiguë , si ce n'est qu'ils sont plus obscurs. Les douleurs rachidiennes sont sourdes , vagues, et rapportées par les malades, et souvent les médecins , à une affection rhumatismale ; il faut concevoir les plus grandes craintes quand on voit paraître de la contracture et de la gêne dans les mouvements du rachis. Quelquefois la contracture est partielle , c'est le cou qui est fortement incliné sur une épaule , ou la tête qui ne peut pas être fléchie sur la poitrine. Le docteur Polletti parle d'un homme dont le cou était incliné sur l'épaule droite par suite de la contracture des muscles de la région cervicale, qui persista pendant un mois. La pie-mère , qui entoure les racines des nerfs cervicaux , était rouge, épaissie et indurée [Annal, univers, di med. di Omodei, novembre 1835, in ouvr. cit. de M. Ollivier, p. 286 ). Les douleurs et les contractures s'exaspèrent par intervalles, puis se dissipent; dans d'autres cas augmentent jusqu'à lamort. Elles s'accompagnent de fatigue et d'engourdissement dans les membres ainsi que dans les régions dorso-lombaires. L'absence d'eschares au sacrum est un signe négatif qui ne manque pas d'importance , suivant M. Ollivier.

Diagnostic. — Il serait utile de pouvoir assigner exactement pendant la vie le véritable siège de la méningite; mais ce diagnostic est le plus ordinairement impossible. Lorsque l'inflammation occupe la base du cervelet et la protubérance , on observe parfois la contracture des mâchoires et du pharynx, le

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renversement de la tête en arrière , une douleur limitée à cette partie , des convulsions dans les muscles de la face et des soubresauts de tendons. Le siège de la douleur ne peut conduire à un diagnostic local précis.

M. Galmeil ne peut indiquer aucun signe qui soit spécial à l'inflammation de la dure-mère : dans un cas où nous l'avons observée, la douleur était vive et augmentait sensiblement par la pression.

La méningite spinale se distingue de la cérébrale par l'absence de céphalalgie, de délire, de contracture des membres supérieurs , de vomissement et de la plupart des symptômes que nous avons indiqués ailleurs. Au contraire , leur réunion avec ceux de la méningite spinale atteste qu'il y a méningite cérébro-spinale. MDans la myélite , que l'on est surtout porté à confondre avec la méningite , il y a paralysie du mouvement et du sentiment. Dans l'hémathorachis , on observe la douleur rachidienne et les convulsions, mais ces phénomènes apparaissent subitement (voy., pour plus de détails , Myélite et Moelle (maladies de la).

Causes. — Il existe deux ordres très-distincts de causes ; les unes sont directes , et leur influence paraît assez évidente : telles sont les maladies qui affectent le corps des vertèbres , comme la carie , les tubercules ; aussi n'est-il pas rare d'observer chez les sujets atteints de maladie vertébrale de Pott, les symptômes de la méningite rachidienne. Celle-ci peut être encore le résultat du développement d'un tubercule dans la moelle ou la pie-mère (Papavoine, Observ.d'arachni te tuberculeuse; Journal hebdom. de méd. , p. 118, t. vi, 1830), d'une contusion, d'une piqûre, de la distension, ou de la déchirure des enveloppes de la moelle ; dans d'autres cas elle est consécutive à une méningite cérébrale. L'autre ordre de causes est plus douteux : l'action du froid sur le corps en sueur , le rhumatisme , la suppression d'un flux sanguin , etc. , ont été considérés comme des causes capables de produire cette maladie.

Traitement. — 11 faut insister d'abord sur les saignées générales, qui doivent être copieuses et faites à des intervalles très-rapprochés, afin d'arrêter les premiers développements de la phlegmasie. En même temps on applique des ventouses scarifiées, sur toute la longueur du rachis, dans les deux gouttières vertébrales ; quand elles sont appliquées avec soin et par une main habituée à cette opération , elles sont bien préférables aux sangsues. M. Goste propose d'inciser profondément les muscles des gouttières pour ouvrir les veines profondes qui communiquent avec les rachidiennes. M. Ollivier conseille les affusions froides et les applications de glace à l'aide de vessie (ouvrage cité , p. 300). Les bains tièdes prolongés ont été employés. Les vésicatoires volants , les frictions irritantes avec

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les pommades ammoniacales, l'huile essentielle de térébenthine, l'émétique, ne conviennent que vers le douzième ou quinzième jour , lorsqu'on est sûr que la congestion sanguine est dissipée, et qu'il ne reste plus que ses produits. Les frictions mercurielles auraient-elles quelque utilité ( Ollivier) ?

MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE ÉPIDÉMIQUE.— On donne ce nom à une inflammation simultanée des membranes du cerveau et de la moelle, caractérisée anatomiquement par un épanchement de pus ou d'un liquide séro-purulent à la face externe de la pie-mère, sévissant d'uue manière épidémique, et présentant pour symptômes principaux la céphalalgie, la perte de connaissance , le délire , les douleurs rachialgiques et des membres, et les convulsions. Aucune phlegmasie ne mériterait mieux la dénomination de piitis cérébrale et spinale , car nous verrons que la lésion anatomique dénote une phlegmasie, presque exclusivement limitée à la pie-mère.

Quoiqu'elle n'ait été décrite avec quelque netteté que dans ces derniers temps , on peut en retrouver quelques vagues indications dans différentes épidémies désignées sous les noms à' encéphalite, de fièvre cérébrale, de phrénésie, de céphalée maligne, de fièvre ataxique , maligne pernicieuse , pétéchiale vermineuse, typhoïde(voy. Historique); cérébro-spinite , M. Chauffard.

Anaiomie pathologique. — Les téguments du crâne , la dure-mère et le feuillet pariétal de l'arachnoïde sont à l'état normal; les sinus veineux de la dure-mère contiennent des caillots. On trouve rarement, dans la grande cavité de l'arachnoïde, un liquide séreux ou quelques flocons purulents. Le feuillet viscéral de l'arachnoïde conserve sa densité et son épaisseur normales ; dans quelques cas , on y a constaté une sécheresse plus grande.

La lésion caractéristique qui s'est présentée d'une manière constante, si ce n'est dans quelques cas où la mort a été presque instantanée , a son siège exclusif dans la pie-mère cérébro-spinale, ou, pour être plus exact encore , sur sa face externe ( Forget, Relation de l'épidémie de méningite encéphalorachidienne observée à la clinique médicale de la Faculté de Strasbourg , in Gaz. méd. , p. 289; 1 842 ). Elle consiste dans le dépôt d'une matière purulente ou pseudo-membraneuse entre cette membrane et l'arachnoïde, dans la cavité que baigne normalement le liquide de M. Magendie. Les auteurs auxquels nous emprunterons les documents qui doivent servir à la composition de cet article sont unanimes sur le siège que nous venons d'assigner à la lésion.

La pie-mère est injectée , et ses vaisseaux remplis de sang; dans quelques cas observés par MM. Forget et Tourdes, ce fut la seule lésion; mais, dans pres-

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que tous les cas , on trouva , entre l'arachnoïde et la pie-mère, tantôt un liquide jaunâtre et diffluent, tantôt un peu épais et consistant, ou des gouttelettes de pus jaunâtre, principalement sur le trajet des vaisseaux ; tantôt une couche de matière blanche ou jaunâtre, comparée par M. Tourdes à une couche de beurre étendu à la surface du cerveau ( Histoire de l'épidémie de méningite cérébro-spinale observée à Strasbourg en 1840 et 1841 , in-8°; Strasbourg et Paris, 1842). L'épaisseur de cette pseudomembrane purulente varie de 1 à 6 millimètres. Au lieu de pseudomembraue , la matière peut être encore liquide, et se disposer, sous forme de stries, dans les scissures et le long des vaisseaux, ou de plaques, d'îlots purulents plus ou moins rapprochés , dont le diamètre varie de 1 à plusieurs centimètres (Tourdes, p. 149 ). Quelquefois, au lieu de foyers purulents, la matière épanchée forme une couche continue qui entoure complètement le cerveau et la moelle. M. Martin a rapporté l'observation curieuse d'un soldat chez lequel on trouva une calotte purulente cérébro-spinale qui s'était formée en trois jours (C Broussais, Histoire des méningites cérébrospinales qui ont régné épidémiquement dans différentes garnisons de France t depuis 1837 jusqu'en 1842, in Mém. de méd., de chir., et de pharm. milit., t. nv, p. 107). Du reste, il ne faut attacher qu'une importance secondaire à la consistance, l'étendue , l'épaisseur, et à la forme du produit sécrété , qui est constitué par de la fibrine mêlée au pus en diverses proportions , et qui peut acquérir une organisation plus ou moins parfaite. Disons , cependant, que la formation du pus est la plus constante de toutes les lésions, et celle qui se manifeste avec le plus de promptitude. M. Wunschendorf , de Strasbourg , a examiné au microscope la matière épanchée , et y a reconnu des globules caractéristiques du pus phlegmoneux.

Siège des lésions. — D'après les relevés faits par M. Tourdes , à l'excellent travail duquel nous ferons de continuels emprunts, la pseudomembrane s'est rencontrée 29 fois sur le cerveau et la moelle en même temps , 7 fois sur le cerveau seul ; dans 3 cas , il n'y avait aucune lésion ; dans 4 autres, le rachis n'a pas été ouvert : jamais la sécrétion morbide n'a eu lieu isolément sur la moelle. Le sommet et la base du cerveau sont les deux régions les plus fréquemment affectées à la fois : la lésion de la face supérieure at toutefois plus commune. La base , la commissure des nerfs optiques, l'espace cendrée, le voisinage dos nerfs olfactifs, sont les parties où l'on observe le plus souvent la matière purulente. M. Tourdes en a constaté l'existence dans les ventricules 26 fois sur 43 cas , particulièrement dans les deux premiers et le quatrième.

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La totalité de la membrane spinale était affectée dans 10 cas, sa partie inférieure seule 15 fois ; dans 2 cas , le liquide rachidien était seulement troublé par son mélange avec le pus. La région inférieure de la moelle était le siège de prédilection de la maladie , et lors même que tout le cordon nerveux était lésé , la fausse membrane était encore plus épaisse en bas que vers les parties supérieures. La région supérieure n'a jamais été exclusivement atteinte; toujours il existait du pus ou des fausses membranes dans les parties déclives. La fausse membrane était plus épaisse à la face postérieure de la moelle qu'à sa face antérieure; dans 6 cas, elle n'existait qu'en arrière. M. Martin, qui a observé l'épidémie de Laval, a trouvé le pus étalé en bandelette plus souvent sur la face antérieure de la moelle que sur sa face postérieure (G. Broussais, méin. cit., p. 87).

La formation de pus ou de fausse membrane n'est pas constante , puisque, dans 3 cas où la mort a eu lieu quinze, vingt-quatre, trente-six heures après l'invasion , M. Tourdes n'a constaté que de l'injection sur un sujet , et la sécheresse des membranes sur les trois sujets; ces cas sont excessivement rares. L'exsudation purulente se forme avec une rapidité extrême, ce qui prouve que , sous certaines influences pathogéniques, les phlegmasies peuvent marcher avec une vitesse que l'on n'est pas habitué à retrouver dans les phlegmasies ordinaires. M. Tourdes a vu des exsudations purulentes d'une grande épaisseur, et s'étendant au cerveau et à la moelle, se produire en trois ou quatre jours ( /oc. cit., p. 153). Le pus existait en quantité notable chez un militaire qui succomba vingt heures après l'apparition des premiers accidents. M. G. Broussais rapporte des observations empruntées à différents médecins, et qui prouvent que la suppuration peut se montrer après quinze , trente six et quarante-huit heures ( M. Pascal à Strasbourg , Bernet à Bordeaux ; observât, vi à xi du mém. de M. Broussais ). M. Tourdes a constaté la présence du pus dans 1 1 cas dont la durée n'avait pas dépassé cinq jours, en y comprenant les prodromes. La lésion commence par le cerveau , et s'étend ensuite au rachis ; chez quelques malades , elle reste limitée à son premier siège.

Cerveau. — On s'accorde à reconnaître l'intégrité de la substance cérébrale. M. Tourdes a trouvé celle-ci presque toujours parfaitement saine; cependant, M. Chauffard parle de ramollissement de la moelle porté jusqu'à la diffluence complète de l'organe ( Mémoire sur les cérébro-spinites qui ont rc'gné vu 1 840 et 1 841 ; Revue médicale, 1 842 ); mais la description fournie par cel auteur manque de détails et ne peut faire autorité; et si quelques autres médecins, comme M. Gasté à Metz, Bernet à Bordeaux, Rollet à Nancy, ont admis un certain <le-

gré d'eucéphalite, c'est qu'ils ont accordé une valeur exagérée à l'hypérémie de la substance cérébrale, hypérémie qui ne peut suffire pour caractériser anatomiquement l'encéphalite. Les relations de méningite publiées par MM. Forget et Tourdes, tendent à faire établir que l'intégrité du cerveau est la règle , que ses altérations constituent une exception, ou doivent être rapportées à une complication.

Sang. — M. Tourdes est le seul qui ait consigné dans son travail quelques résultats intéressants sur l'état du sang. Les altérations de forme qu'il a constatées dans les globules n'ont pas l'importance qu'il semble leur accorder, et se retrouvent dans le sang d'individus sains ou atteints de maladies très-diverses; par conséquent , mieux vaut n'en pas parler du tout : il n'en est pas de même des études chimiques dont le sang a été l'objet.

Le sang était rarement couenneux; dans les cas où existait une couenne, elle était mince, irisée, imparfaite. «Dans le cadavre , le sang se faisait remarquer par l'abondance et la densité des caillots fibrineux. » Le sang a été soumis à l'analyse d'après le procédé indiqué par M. Dumas , et suivi par MM. Andral et Gavarret.

lre expérience ; 2e jour; 3e saignée.

Fibrine 4,60

Globules 134,00

Matériaux solides du sérum 71,16

Eau 790,24

1000,00 part, de sang.

2e expérience ; 2e jour ; lre saignée.

Fibrine 3,90

Globules 135,54

Matières solides 79,64

Eau 780,92

3e expérience ; 2e jour; lre saignée.

Fibrine 3,70

Globules ' 1 43,00

Matières solides du sérum. . 58,50

Eau 794,80

4e expérience ; 3e jour; 2e saignée.

Fibrine 5,63

Globules 137,84

Matériaux solides 60,33

Eau 796,20

On voit que la quantité de fibrine s'est tenue entre 3,70 et 5,63 , c'est-à-dire entre un minimum qui est déjà l'état pathologique , et le chiffre qu'elle n'atteint que dans les phlegmasies bien caractérisées; nous ferons même remarquer qu'elle a atteint !e chif-

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fre 5,63 dans un cas de méningite arrivée au troisième jour, c'est-à-dire à une époque où la phlegmasie devait être parvenue à cette période où la suppuration existe déjà. On se rappelle, en effet, que le pus se forme très-rapidement au bout de. vingt, trente-six et quarante-huit heures.

L'augmentation bien marquée de la fibrine est un fait expérimental d'une grande importance , et qui assigne à la méningite cérébro-spinale épidémique le rang qu'occupent en nosographie, les phlegmasies des membranes séreuses; on peut seulement soutenir que la constitution épidémique leur imprime une marche plus rapide et une gravité plus grande que dans les méningites sporadiques : c'est là le seul point par lequel elles nous paraissent différer de ces dernières. Dans un cas de méningite cérébro-spinale, MM. Andral et Gavarret ont constaté l'augmentation de la fibrine du sang (Andral, Essai d'hématologie, p. 93, in-8°; Paris, 1843).

MM. Langlois, Verdier et Tourdes, à qui sont dues les analyses du sang que nous venons de rapporter, ont aussi constaté une augmentation notable des globules (p. 161 ). Nous sommes portés à croire qu'elle est étrangère à la méningite , et tient probablement à l'état pléthorique des sujets jeunes et robustes qui ont fait le sujet des observations de M. Tourdes.

On rencontre, dans le cœur et les gros vaisseaux, des caillots fibrineux , denses , jaunâtres , assez adhérents aux colonnes charnues. Quelques auteurs parlent , il est vrai, de fluidité du sang ; leurs observations manquent de détails.

Les viscères renfermés dans les cavités splanchniques ne présentent aucune altération que l'on soit en droit de considérer comme ayant quelque rapport avec la méningite; si l'on trouve dans le tube digestif quelques lésions, elles n'ont aucune importance ou se lient à une complication évidente.

Sjmptomatologie. — On a dit généralement que la méningite épidémique ne s'annonçait par aucun symptôme précurseur. M. Tourdes dit , au contraire, que l'invasion foudroyante est loin d'être constante, qu'elle constitue l'exception et non la règle , et qu'elle n'a eu lieu que dans un tiers ou un quart des cas au plus (49 fois sur 94 malades ).

Invasion subite. — Lorsque le mal débute sans prodromes , on voit paraître tout à coup , au milieu de la santé la plus parfaite, les phénomènes caractéristiques de la maladie , qui se montrent à peu près ' dans l'ordre suivant; céphalalgie, 20 fois; avec étourdissement , 2 fois ; avec perte incomplète de connaissance, 3 fois; avec délire, 2 fois; perte de connaissance subite, 10 fois; perte de connaissance avec mouvement convulsif , 2 fois; délire avec rachialgie, 2 fois; avec douleur dans les membres , 2 fois ; avec mouvements convuîsifs, 2 fois. La céphalalgie, la

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perte de connaissance et le délire sont les premiers

symptômes qui apparaissent ( Tourdes, ouvr. cit.,

Prodromes. — Les symptômes précurseurs ont duré un jour chez 1 2 malades , deux jours chez 1 3 , trois chez 7, quatre chez 7, cinq chez 2, six chez 3, quatorze chez un seul. M. Tourdes a trouvé, d'après ses relevés, que le danger de la maladie fut d'autant plus grand que l'invasion en élail plus subite, et la durée des prodromes plus courte. Dans les cas où ceux-ci existent, ils ont pour point de départ le système nerveux. La céphalalgie, les frissons, les nausées, les douleurs raehialgiques, sont les phénomènes les plus constants; quelques sujets sont pris en outre de vomissements, de vertiges, de délire, de tremblement.

On a proposé de diviser les symptômes de la maladie en plusieurs périodes. M. G. Broussais dislingue une période d'excitation et une période de collapsus (méin. cit., p. 35). M. Tourdes les admet sous les dénominations de périodes d'invasion, de réaction, de suppuration et de terminaison ( mém. cil., p. 111 ). Nous dirons plus loin comment ces symptômes s'enchaînent; occupons-nous d'abord de les décrire suivant leur degré d'importance.

A. Lésion de la sensibilité. — La céphalalgie est un signe précieux en raison de sa fréquence et de sou apparition dès le début; souvent elle est violente, atroce, et arrache des cris aux malades; d'autres lois gravative, pulsalivc , lancinante, etc. Rien de plus variable , en un mot , que le caractère de la douleur céphaîique; son siège le plus ordinaire est le front ou la nuque , d'où elle s'étend au reste du crâne. Elle persiste pendant toute la durée du mal, ou disparaît pendant quelques jours pour revenir ensuite : augmente le soir; le mouvement, le bruit, la lumière , redoublent son intensité.

La rachialgie annonce aussi sûrement la méningite spinale que la céphalalgie la méningite cérébrale; son siège le plus ordinaire est la région cervicale : viennent ensuite les régions lombaire , sacrée et dorsale ( Tourdes, p. 84 ). Cette douleur, que la pression n'augmente pas, s'exaspère par les moindres mouvements , et force le malade à renverser la tête en arrière, à courber le tronc dans le même sens, et à garder la position qu'il a prise. La douleur du rachis, comme celle de la tête, s'accroît à certaines heures du jour, et s'accompagne de douleur dans les membres ou d'autres parties du corps. On les a observées dans les épaules, la face, les mâchoires, et dans d'autres régions. Les douleurs des membres constituent souvent un symptôme très-pénible, et s'accompagnent de crampes et de contractures douloureuses ou de convulsions cloniques.

Dans l'épidémie de Versailles , on a noté des don-

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leurs au fond de l'orbite, la diplopie, la perte d'un œil. La dilatation de la pupille y a été aussi plus fréquente que les autres états de l'ouverture pupillaire ; mais il ne faut attacher qu'une médiocre importance à ce symptôme. Chez quelques malades il y a strabisme; quand le coma existe la vision est abolie.

L'ouïe offre quelques troubles : les malades accusent des bourdonnements d'oreille; celle-ci est très-rarement le siège d'hallucinations, mais elle peut devenir impropre à remplir ses fonctions; la surdité qui en résulte alors est un symptôme grave qui marche avec les autres phénomènes, et révèle un état fâcheux : on l'a aussi observée dans la convalescence.

Le visage exprime la douleur et les plus vives souffrances; on voit des mouvements convulsifs en parcourir les différentes régions et lui donner une expression de tristesse et de désespoir, surtout au moineat où la céphalalgie se fait vivement sentir. Chez d'autres malades la face est stupide comme dans les fièvres typhoïdes les plus graves, et cette altération des traits persiste encore longtemps pendant la convalescence.

La sensibilité de la peau augmente surtout dans les premiers jours de la méningite, lorsque l'innervation est surexcitée; à aucune époque elle n'est abolie, si ce n'est peu de temps avant la mort , lorsque toutes les fonctions sont sur le point de s'éteindre.

B. Lésions de l'intelligence. — Les facultés intellectuelles sont presque toujours fortement troublées; dans quelques cas rares elles ne sont que surexcitées, mais plus ordinairement elles sont perverties : il en résulte un délire, qui n'est pas continu, et ne dure pas pendant toute la maladie. 11 est rare qu'il se montre dès le début. Il paraît provoqué , chez quelques malades, par la violence de la céphalalgie; il cesse souvent pendant le jour ou lorsqu'on excite l'attention du malade : reparaît le soir et la nuit. Le caractèic de ce délire est variable : tantôt furieux, surtout dans les premiers instants, il porte le malade à s'agiter, à se débattre et à jeter des cris; tantôt il est tranquille , taciturne, ou accompagné de loquacité et roulant sur toutes sortes d'objets.

M. Tourdes a vu cinq fois le délire prendre la forme qu'il a dans l'aliénation mentale. Un malade croyait entendre ses parents; un autre s'imaginait qu'on avait coupé son corps en deux et rajusté les parties; trois autres se croyaient dans leurs pays. La plupart, une fois guéris, avaient entièrement perdu la mémoire de tout ce qui s'était passé à partir du jour où ils avaient été admis à l'hôpital (mémoire cité, p. 97).

Dans la forme la plus grave de la méningite les malades perdent connaissance, c'est-à-dire qu'ils sont insensibles à tous les excitants; quelques-uns cependant sortent momentanément de cet état à force d être

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stimulés; bientôt ils y retombent, la sensibilité est complètement anéantie; le coma et la mort arrivent. Souvent , à travers cette pefte de connaissance , apparaissent des convulsions plus ou moins violentes de la face et des membres, puis du délire, et après des alternatives de perte de connaissance , de convulsion et de coma , le sujet s'éteint dans un collapsus à peu près complet. Dans la forme dite typhoïde par plusieurs auteurs, il y a mélange de stupeur et de subdelirium. Chez quelques malades, qui sont en quelque sorte foudroyés, le début du mal est marqué par un collapsus d'où ils ne sortent plus jusqu'à leur mort.

Le sommeil est interrompu par le délire; quelquefois il est assez calme lorsque le redoublement a lieu dans la journée.

C. Lésion de la motilité. — L'appareil locomoteur présente des désordres marqués, surtout par l'accroissement de la contraction musculaire. Les muscles de la nuque et de la partie postérieure du tronc , fortement contracté , infléchissent la tête et le corps en arrière, et font prendre au malade une attitude obligée. La contraction spasmodique des muscles extenseurs du rachis ne détermine pas toujours l'incurvation du tronc en arrière, elle commande parfois une immobilité absolue; le malade , alors , conserve la même situation ; les mouvements qu'on lui communique ou auxquels il se livre ramènent les douleurs. La convulsion tonique peut revenir par accès comme les autres symptômes ; souvent on observe une agitation extrême qui paraît excitée par la violence des douleurs. «Les malades, dit M. Tourdes, se débattaient et se tordaient dans une agitation effrayante; les uns poussaient des cris inarticulés analogues à ceux d'une bête fauve, les autres s'agitaient dans un silence absolu » ( mém. cit., p. 92 ). Les muscles des autres parties du corps sont rarement le siège de convulsions toniques; toutefois, le trismus existe chez quelques malades. M. Forget a constaté , chez plusieurs sujets , des convulsions cloniques, le tremblement des membres, et des accès épileptiformes.

La paralysie est un symptôme exceptionnel qui n'a été observé que dans les casoùil existait quelques complications; il ne faut pas confondre avec elle l'affaiblissement graduel des puissances musculaires, et le collapsus général dans lequel tombent les sujets. La prostration des forces persiste pendant longtemps, et se prolonge durant toute la convalescence ; elle imite assez bien celle qui caractérise la fièvre typhoïde.

D. Lésions des autres appareils. — Les troubles des autres fonctions n'ont qu'une importance très-secondaire dans l'étude séméiologique de la méningite; cependant nous devons eu excepter les nausées et les vomissements, qui existent presque toujours et dès le début ; nous avons établi que ces deux sym-

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ptôoies sont aussi très-fréquents dans la méningite sporadique. Les matières vomies sontconstituées par un liquide verdàtre fortement coloré par la bile. La langue est tantôt, blanche et humide , tantôt jaunâtre, sèche, noire et fuligineuse dans quelques cas rares. M. Wunschendorff a vu se manifester l'herpès labialis dans la plupart des cas (Essai sur la méningite encéphalorachidienne épidémique observée à Strasbourg en 1S41 ; dissert, inaug. ). M. Tourdesl'a constaté dans les deux tiers des cas, et le considère comme presque pathognomonique. Les vésicules qui le forment se montrent au début de la maladie , et sont au nombre de cinq ou six ; leur siège de prédilection est le pourtour des lèvres ; mais ces vésicules se développent encore au pourtour des narines, des paupières, sur les joues , le cuir chevelu , le cou ; chez deux malades , la poitrine offrait plusieurs groupes de vésicules. Les différents auteurs qui ont décrit la méningite épidémique, s'accordent à dire que les organes digestifs ont offertpeu de symptômes importants: la constipation, très-fréquente au début, était remplacée, dans la plupart des cas, par la diarrhée. M. Faure-Villars dit que , dans l'épidémie de Versailles , la complication vermineuse a été constatée dans 51 cas. Sur 53 sujets ouverts, 43 avaient une grande quantité d'ascarides lombricoïdes ; plusieurs malades en rejetaient par le vomissement et les selles ( Note sur l'épidémie de Versailles, in Gaz. mèd., p. 466 ; 1 839).

La circulation offre d'assez grandes variations : le ralentissement du pouls a été observé dans un grand nombre de cas ; il descendait à 48 et 50 pulsations; tantôt c'était au début, tantôt à la fin de la maladie , que se manifestait cette lenteur du pouls. M. Tourdes est porté à croire, d'après ses relevés, que le ralentisement du pouls au début est, en général, une circonstance défavorable; il est toujours remplacé, au bout d'un certain temps, par l'accélération du pouls , qui varie ordinairement de 90 à 120 pulsations par minute : celles-ci sont tantôt pleines, développées, tantôt faibles et petites , ou contractées et dures, souvent irrégulières. Dans la majorité des cas, quel que fût l'état de la circulation dès le principe de la maladie , la température de la peau restait naturelle, quelquefois même elle était diminuée. Les cas qui se terminaient par la mort dans les premiers jours étaient absolument apyrétiques ; mais quand l'affection se prolongeait au delà d'une semaine, il s'allumait une véritable fièvre, la peau devenait chaude et sèche , et la circulation s'accélérait; cet état persistait alors jusqu'à la mort , ou jusqu'à la convalescence (ouvr. cité, p. 105). 11 est fort remarquable de voir une maladie dont les altérations cadavériques et la marche sont entièrement celles des phlegmasies les plus aiguës, ne déterminer aucune élévation de température et produire des variations aussi grandes

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dans le pouls, qui se trouve même ralenti dans bien des cas. La réaction est manifestement inflammatoire chez un petit nombre de malades ; la fièvre, une fois établie, reste continue; niais s'accompagne d'exacer bation et de rémission si évidentes qu'elles ont conduit un grand nombre de médecins à administrer le sulfate de quinine.

La respiration est souvent irrégulière , enchaînée par la douleur , anxieuse.

L'urine est rendue facilement ; elle est abondante, pâle , limpide, souvent chargée , dans le courant du second septénaire , d'un sédiment jaune pâle que l'on a dit composé d'acide urique à l'état libre. On rencontre, chez quelques sujets, des taches rosés lenticulaires, plus rarement encore des péléchies : ces symptômes tiennent à l'existence d'une fièvre typhoïde.

Dans l'épidémie de Versailles, Pépistaxis s'est montrée fréquemment ; on a noté aussi des hémorrhagies sous-épidermiques et sous-séreuses.

Marche, durée, terminaison. — 11 est difficile de limiter exactement les périodes de la méningite épidémique. Nous avons dit que, dans un grand nombre de cas, il y a une première période d'invasion marquée parla céphalalgie, les vertiges, les nausées et les vomissements ; dans la deuxième surviennent le délire, la douleur rachialgique , la perte de connaissance , la roideur musculaire , et tous les symptômes qui indiquent une réaction générale, comme la fièvre ; cette période peut durer de cinq à vingt jours , et la première depuis vingt-quatre heures jusqu'à cinq jours. La troisième période correspond assez bien à l'époque où les membranes du cerveau commencent à suppurer; les symptômes convulsifs perdent de leur intensité ou cessent tout à fait ; cependant il n'est, point rare d'observer jusqu'aux derniers instants les phénomènes nerveux qui se sont montrés dès le début. Quand la troisième période se prolonge , la faiblesse , l'amaigrissement et un ensemble de symptômes typhoïdes en marquent tout le cours. Quelquefois la forme typhoïde s'établit dès le principe , et donne à la maladie, un aspect tout à fait différent de celui qu'elle offre dans les cas les plus ordinaires.

La méningite est une affection continue, mais exacerbante dans le plus grand nombre des cas : c'est surtout lorsque la maladie a une durée assez longue que l'on voit se dessiner des exacerbations et des rémissions évidentes. Les paroxysmes se montrent régulièrement tous les jours ou à des intervalles plus éloignés; l'accès a lieu ordinairement dans la seconde partie du jour ou le soir; il n'est marqué ni par des frissons, ni par des sueurs ; le pouls lui-même acquiert peu de fréquence. Les symptômes qui iudiquentl'exacerbation sont l'accroissement du délire, des douleurs, de la convulsion , de l'agitation générale, en un mot de tous les symptômes nerveux. Au bout d'une heure

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à trois heures, quelquefois après un ou deux jours, on observe une rémission notable des accidents; l'amélioration est telle, dans certains cas, qu'elle fait naître des espérances qui ne tardent pas à se dissiper, lorsqu'on voit reparaître avec une intensité nouvelle les symptômes de la maladie. Nous n'avons pas besoin d'insister plus longuement sur le caractère pseudo-intermittent de la méningite. Si l'on a vu réussir le sulfate de quinine dans quelques cas, c'est qu'il existait alors une maladie intermittente sur laquelle on pouvait avoir prise.

La durée de la maladie est fort variable : sur 63 décès qui ont été notés par M. Faure-Villars dans l'épidémie de Versailles , 46 ont eu lieu dans les huit premiers jours (mém. cit., pag. 466). D'où l'on peut conclure que, dans les cas graves, la mort arrivait promptement. C'est aussi à ce résultat qu'a été conduit M. Tourdes : ii résulte de ses tableaux que la durée des cas mortels est très-courte et que la moitié des malades succombent en moins de deux jours, les trois quarts en moins de cinq jours , et qu'un petit nombre dépassent le cinquième jour. La durée des cas heureux est très -longue : pour plus du tiers des malades, la moyenne est de cinquante jours ; elle est de trentesept pour les trois cinquièmes. «Aussi, dit M. Tourdes, la marche de la méningite est caractérisée par la lenteur de la guérison et par la promptitude de la mort» (p. 1 16).

La terminaison par la mort est fréquente : tantôt elle a lieu subitement (méningite foudroyante) et comme par suspension de l'influx nerveux , tantôt par l'effet de la suppuration et de la violence du travail phlegmasique. Un grand nombre de malades sont conduits lentement à la mort à travers les accidents typhoïdes. On a écrit que la méningite s'accompagne de phénomènes critiques qui reuvent servir àjuger la maladie; aucun des faits rapportés à l'appui de cette opinion ne nous a paru convaincant; l'apparition des sueurs, des épistaxis, du sédimeut urinaire, n'exerce pas d'influence bien notable sur la marche et la gravité de la maladie. M. Tourdes voit un effort critique de la nature dans l'éruption herpétique que nous avons signalée, mais les faits qu'il cite ne sont pas assez nombreux pour que Ton puisse admettre la terminaison de la méningite par crise.

La mort arrive soit au milieu du coma, soit par l'effet d'une sorte d'asphyxie lente et graduelle , ou bien au milieu du délire et d'une agitation convulsive fort intenses. La guérison est toujours lente et achetée par une convalescence pénible, dans le cours de laquelle on observe un affaiblissement notable des sens, quelquefois des hallucinations, de la surdité, de l'amauro: e ; et , au bout d'un temps variable , le marasme et les troubles nerveux dont nous venons de parler se dissipent entièrement. D'autres ressentent

de la céphalalgie, des crampes, des douleurs dans les jambes ; quelques-uns ne peuvent marcher qu'avec peine, d'autres res.tent aveugles ou conservent des paralysies partielles.

Forme. — La méningite, comme la plupart des affections épidémiques, revêt des caractères tellement tranchés qu'il est toujours facile de la reconnaître. Cependant ily a dans sa marche, sa gravité, sa durée, des différences qu'il importe de connaître. Une première forme, qui demande à être distinguée de toutes les autres, est fondée sur le siège même de la maladie. Les membranes du cerveau sont plus spécialement affectées. M. Tourdes a trouvé que la mortalité est de 76 sur 1(M3 dans la forme la plus commune ou cérébro-spinale , et de 14 seulement dans les formes cérébrales; il rapporte à ces dernières les méningites légères et les guérisons rapides. Sous le nom de forme cérébrale de la méningite , on doit comprendre les cas dans lesquels les lésions et les symptômes prédominants sont fournis par le cerveau.

Les autres formes peuvent être établies sur la prédominance des symptômes. La foudroyante représente pour l'épidémie de méningite ces cas dans lesquels la mort enlève les malades en quelques heures, ou en deux ou trois jours.

On désigne sous le nom de forme inflammatoire celle qui est marquée par un mouvement fébrile intense et, une réaction prononcée. Il ne faut y voir qu'une modalité pathologique commandée par la constitution du sujet , l'état du sang , etc.

Dans la forme typhoïde, on observe des taches rosées , des pétéchies , une fièvre intense , la stupeur, l'adynamie , le délire et tous les signes de la fièvre typhoïde. Y a-t-il , en pareille circonstance , maladie des plaques de Peyer? Quelques auteurs répondent par l'affirmative.

Nous ne croyons pas qu'il faille admettre, avec M. Tourdes, les formes suivantes : 1° douloureuse ou nerveuse , 2° paralytique , 3° hectique, 4° comateuse, 5° délirante, 6° céphalal gique et délirante. Nous reconnaissons que chacun de ces symptômes peut dominer au milieu des autres accidents de la maladie, durer plus longtemps chez certains sujets; mais ce sont là des variétés symptomatologiques qui n'ont qu'une importance secondaire, et qu'on pourrait encore multiplier sans profit pour la science.

On a désigné sous le nom de méningite chronique cette forme dans laquelle les symptômes d'adynamie se prononcent, les facultés et les sens sont affaiblis, l'œil terne et fixe, les mouvements musculaires presque nuls , la langue froide , la peau froide et sèche , la diarrhée continuelle, l'amaigrissement tel que le malade s'éteint sans agonie et emporté par une fièvre hectique. Les forme chronique , typhoïde et comateuse,

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mériteraient peut-être d'être distinguées de toutes les autres.

Complications. — En faisant la description des symptômes, nous avons dit que la méningite s'accompagnait, daus plusieurs cas, de taches rosées lenticulaires , ou de pétéchies , d'un rouge foncé, de grandeur à peu près égale, à bords frangés, que ces éruptions n'existaient que dans les cas les plus graves dans lesquels l'autopsie révélait l'hypertrophie légère de quelques plaques de Peyer sans autre altération de tissu. Souvent, les follicules isolés sont saillants et nombreux, mais nullement ulcérés; on observe des colorations rouges et des injections dans l'intestin grêle et le colon ; mais il serait peu convenable de considérer ces lésions comme suffisantes pour caractériser l'affection typhoïde : c'est ce que M. Tourdes reconnaît lui-même lorsqu'il dit que «la lésion du tube digestif, bien que très-fréquente, est constamment légère, et que jamais les follicules isolés ou agminés ne passent pas les divers degrés d'altération qui accompagnent la fièvre typhoïde» (mém. cité, p. 157). M. G. Broussais pense que la méningite se complique fréquemment d'inflammation gastro-intestinale (mém. cit., p. 75). Nous avons fait déjà remarquer que l'étude anatomique des lésions est loin d'être favorable à cette opinion. On peut donc assurer que la lésion caractéristique de celte fièvre manque souvent dans les cas où les symptômes ont existé. Cependant on peut admettre que les jeunes sujets sur lesquels sévit la méningite peuvent être, dans quelques cas, simultanément affectés de fièvre typhoïde.

La présence d'une grande quantité de lombrics dans l'intestin a été notée par plus d'un observateur. La pleurésie, la pneumonie, la péricardite, l'arthrite, sont des complications tout à fait accidentelles et qu'il suffit de mentionner.

Diagnostic. — La méningite épidémique diffère de la méningite sporadique par des caractères assez tranchés : invasion brusque et marquée par une céphalalgie violente s'étendant en arrière; rachialgie, renversement de la tête et du tronc , convulsions générales, contracture, agitation très -grande, délire peu durable, apparition d'un herpès labialis, de taches, de pétéchies, marche rapide de l'affection, telles sont en résumé les principales circonstances qui peuvent servir à faire reconnaître la méningite épidémique ; ajoutons toutefois qu'il serait difficile de la distinguer de la méningite sporadique, si cette dernière avait une intensité fort grande et une marche aiguë. La distinction est facile quand la méningite épidémique règne actuellement, et qu'on peut en comparer les symptômes avec ceux de l'affection sporadique.

L'encéphalite ne détermine pas les douleurs vio-

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lentes, l'excitation et les convulsions générales, la contracture des muscles du rachis, et la rachialgie que l'on observe dans la méningite. Les fonctions intellectuelles sont perverties et abolies pendant le cours de l'encéphalite, tandis que le délire est passager, quoique plus violent, dans la méningite.

La méningite peut simuler la fièvre typhoïde; cependant il serait difficile de commettre une semblable méprise, en se rappelant que la céphalalgie. et les troubles des sens n'ont plus l'intensité et la soudaineté qu'ils présentent dans la méningite. D'ailleurs, le début rapide, la contracture, la rachialgie , les convulsions, ne peuvent appartenir à une fièvre typhoïde, et si , dans quelques cas , la stupeur, l'affaissement de l'intelligence, les épistaxis, les taches, peuvent faire croire à son existence, tous les symptômes fournis par le système nerveux et locomoteur feront cesser bientôt toute hésitation.

Le cas le plus embarrassant pour le diagnostic est celui où le malade meurt en quelques heures ou en un ou deux jours. On peut croire, en pareil cas, à l'existence d'une fièvre pernicieuse cérébrale; mais il n'y a dans cette forme foudroyante de la méningite ni les symptômes caractéristiques d'un accès de fièvre ( frisson , chaleur et sueur) , ni le retour plus ou moins régulier de l'accès. Nous avons signalé des rémissions et des exacerbations bien manifestes , qu'il serait toutefois difficile de confondre avec de véritables paroxysmes fébriles ; d'ailleurs, la fièvre fait souvent défaut dans la méningite, et la rémission est surtout marquée par des symptômes nerveux.

Pronostic. — La mortalité n'a pas été la même dans les diverses contrées parcourues par la méningite. Dans l'épidémie de Versailles, si bien observée et décrite par M. Faure-Villars, la mortalité a été de 42 %, et dans les cas graves de 75 % ( mémoire cité, ci Histoire de l'épidémie de méningite cérébro-spinale observée à Versailles en 1839; in Journ. de méd. milit., t. xlviii). La mortalité est restée à peu près la même pendant toute la durée de l'épidémie , ce qui n'a pas lieu ordinairement dans les épidémies.

A Rochefort, la mortalité a été bien plus considérable; le chiffre qui la représente est de 82 %; beaucoup de malades succombaient en douze et vingtquatre heures {Revue médicale, t. xiii, p. 458).

M. Gasté, à qui on doit une relation de l'épidémie de Metz , a vu mourrir 28 malades sur 39 , ce qui élève la mortalité à 72 % {Mélanges de médecine, p. 91-108).

A Nancy, il y a eu 8 morts sur 28 malades , c'està-dire 1 sur 3,5 (Chadourne, Dissert, sur la méningite cérébro-spinale épidém., et en particulier sur celle observée en France de 1837 à 1842, p. 1 8 ; thèse n° 4 1 , mars 1844).

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A Strasbourg , où l'épidémie sévit avec une grande violence, la mortalité, suivant M. Tourdes, a été de 62,56 sur 100 décès , lorsque le mal sévissait sur les militaires (mém. cité, p. 36). La proportion de la mortalité fut très-grande dans les trois premiers mois de l'épidémie (octobre, novembre, décembre), diminua en janvier, remonta enavril, atteignit son minimum dans ce mois, et remonta de nouveau en mai et juin. M. Tourdes porte à 52,77 °/0 la mortalité dans i'épidémie civile (mém. cité, p. 52). Celle-ci a donc été moins meurtrière que l'épidémie sévissant sur les militaires. Il résulte aussi , des tableaux publiés par M. Tourdes , que la mortalité causée par la méningite ne s'est pas élevée au niveau de celle déterminée par la fièvre typhoïde pendant la même année.

Les relevés statistiques , auxquels nous pourrions en ajouter encore d'autres , méritent d'être consultés. S'ils ne s'accordent pas entre eux , on doit en chercher la cause dans les influences variables et complexes qu'exercent sur le chiffre des décès les localités, les climats , les âges, les sexes , et surtout les différentes phases d'une même épidémie. Souvent aussi le diagnostic n'est pas établi avec toute la précision désirable , et les cas légers sont rapprochés des cas graves ; or, l'on sait combien il importe de ne se servir que de cas comparables lorsqu'on veut donner à la statistique quelque certitude.

Le danger que fait courir aux malades la méningite épidémique ne peut être comparé qu'à celui déterminé par les affections les plus graves. Dans plusieurs localités, les premiers cas furent tous mortels : à Strasbourg, l'épidémie n'eut qu'une faible influence sur la mortalité générale : celle-ci était la même à toutes les époques. Elle était plus grande chez les enfants et les femmes que chez l'adulte et l'homme ; à partir de trente ans elle s'est accrue dans une proportion considérable , et au delà de quarante presque tous les cas ont été mortels. On ne peut pas conclure d'une épidémie à toutes les autres; ce que l'on peut établir, d'une manière générale, c'est que les formes foudroyante, typhoïde et comateuse sont les plus graves de toutes; que la convulsion violente des muscles du rachis, le coma, l'agitation continuelle, et l'intensité du délire, sont des phénomènes d'un fâcheux augure; on doit craindre encore une terminaison funeste quand on voit paraître tout l'ensemble des phénomènes typhoïdes , et surtout les pétéchies , les taches , et les parotides, qui annoncent un grand danger. Il en est de même de l'apparition des eschares au sacrum , et de l'adynamie dans laquelle tombent quelques sujets qui ont résisté à la période aiguë du mal. Une réaction inflammatoire modérée, avec chaleur de la peau, accélération du pouls, moiteur, permet de concevoir quelques espérances. Lorsque la convalescence s'est établie, il faut craindre encore pour la vie du

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I malade, si l'on voit l'amaigrissement, la diarrhée persister , les digestions ne point se rétablir , et les fonctions du système nerveux frappées d'atonie.

Étiologie ; contagion. — La maladie ne paraît point susceptible de se transmettre par voie de contagion ; il y a unanimité parmi les médecins à ce sujet (Faure, mém. cit.; Tourdes, mém. cit., p. 73; Broussais , mém. cit., p. 32 ).

Ou a cherché dans les qualités particulières de l'atmosphère la cause de la maladie , et on a pu se convaincre qu'il fallait , en effet, l'y placer. Mais ici se présente une question que l'on ne manque jamais d'agiter lorsqu'il s'agit d'une maladie épidémique : la méningite est-elle le résultat d'une simple infection miasmatique, ou d'une altération spéciale et inconnue de l'air par un principe que les anciens désignent par le nom de divinum quidP Quelques auteurs, M. Tourdes spécialement, n'hésitent pas à attribuer la maladie à un miasme d'une nature particulière, analogue à celui du typhus, de la fièvre jaune, des fièvres intermittentes. Ce dernier le fait provenir de l'encombrement des casernes (p. 7 1 ) : il cite , à l'appui de son opinion , le développement simultané des fièvres typhoïdes , et la cessation de la maladie dans les lieux où l'on substitue à l'encombrement des conditions hygiéniques meilleures; il dit que, à Versailles, cette cause était tellement évidente, que l'évacuation de la caserne a été suivi d'un heureux résultat. M. Faure dit , en effet , que cette mesure releva le moral des soldats du 1 8e léger ; mais il ajoute qu'une visite scrupuleuse n'y fit constater aucune cause grave d'insalubrité (mém. cit.). D'ailleurs, personne n'ignore que la maladie ne s'est montrée qu'une fois dans la plupart des lieux où les conditions hygiéniques , bonnes ou mauvaises, sont restées les mêmes; que, dans plusieurs localités , ces conditions étaient excellentes , et que le mal y a cependant reparu. M. Gasté insiste beaucoup sur l'encombrement de la caserne d'artillerie de Metz , qui donna un grand nombre de malades. La plupart des chirurgiens militaires qui ont observé la méningite n'ont constaté aucune cause d'insalubrité locale (mém. cit. de M. C. Broussais, p. 25). Nous conclurons donc , de tout ce qui précède , qu'une constitution épidémique toute spéciale de l'atmosphère peut seule expliquer le développement de la méningite cérébro-spinale, et que celle-ci doit être rangée au nombre de ces épidémies accidentelles dont nous avons tracé les caractères dans un autre endroit de ce livre ( voy. Épidémie ). Sans doute, c'est se contenter de peu que d'admettre une prétendue cause spécifique suspendue dans l'air; mais nous sommes obligés d'en faire autant pour d'autres maladies épidémiques, telles que le choléra, la suette, et beaucoup d'autres.

Température ; saison. — L'état météorologique ne peut expliquer, en aucune manière, l'explosion de

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l'épidémie. La température et les hauteurs barométriques ont été notées avec le plus grand soin par M. Herrenschneider, de Strasbourg (Tourdes, mém. cit., tabl. v, vin, x et xvu); elles n'ont eu aucune espèce d'influence.

Les épidémies se sont montrées dans les différents pays dans des saisons très-diverses; quelques-unes ont régné pendant les chaleurs, d'autres pendant les grands froids , et souvent leur intensité était plus grande, tantôt en hiver, tantôt en été. Dans les Landes, elle se montre, en 1838 , en hiver, au printemps et en été ; à Rochefort , de décembre à mars 1839; à Versailles, de février à juillet 1839; à Metz, de décembre à juin 1840; à Aiguës-Mortes , de novembre 1841 à mars 1842. En résumé, les épidémies ont eu leur point de départ en hiver et dans les mois qui l'avoisinent, plus souvent qu'aux autres époques de l'année ; mais , suivant d'autres , c'est au printemps. On voit donc qu'il n'y a aucun rapport de cause à effet entre les saisons et le développement de la méningite. Elles ne paraissent pas non plus exercer d'influence bien notable sur la gravité des épidémies; quelquefois c'est en hiver, d'autres fois en été qu'elles sévissent avec le plus de fureur.

La constitution médicale qui a régné pendant l'épidémie de méningite de Strasbourg n'a offert aucune prédominance , soit des affections cérébrales , soit de toute autre maladie. Les fièvres typhoïdes étaient très-fréquentes comme de coutume.

Localités. — M. Broussais a dressé un tableau fort curieux destiné à faire connaître la marche de l'épidémie , et le nombre des victimes qu'elle a faites parmi les militaires; nous en extrairons les documents qui nous sont nécessaires. C'est d'abord à Bayonne, en 1837, qu'elle se montre pour la première fois; elle longe toute la côte occidentale pour se replier au nord et se rabattre sur Metz et Strasbourg. Suivant ce trajet , elle se propage , en quittant Bayonne, aux Landes et aux communes qui environnent Dax , puis elle se montre à Bordeaux et à la Rochelle en 1837, et frappe la garnison de ces deux villes. On la voit alors arriver à Versailles et à Saint - Gloud, et s'y arrêter depuis 1839 jusqu'en 1842. De Versailles, elle s'avance, d'un côté versGaen et Cherbourg ( 1840-1841 ), et d'un autre côté vers Metz, Strasbourg, Nancy et Colmar ; elle s'irradie encore en d'autres sens, et s'étend jusqu'à Laval, au Mans, à Château-Gonthier, à Tours, à Blois et à Joigny ( 1840-1841 ), Poitiers ( 1840 ), Lorient (1841), Ancenis et Nantes ( 1 841-42).

L'autre partie de la ligne parcourue par la méningite commença à Narbonne et à Foix (1837), comme la première était partie de Bayonne et de Dax. En 1 839, elle se manifesta à Nîmes , où la garnison seule fut affectée, puis à Avignon (1839-40), où elle revint

l'hiver suivant. Elle fit ensuite éruption à Moutbrison en 1840, et à Lyon dans l'hiver de 1841-42. Elle envoya un prolongement dans un autre seus à Perpignan dans l'hiver de 1840-41 , revint sur ses pas, et s'arrêta à Aiguës-Mortes l'hiver suivant.

Comme les autres maladies épidémiques, le choléra , par exemple, la méningite a suivi une marche irrégulière et capricieuse : on la vit, déjouant toutes les prévisions, s'écarter de la route qu'elle tenait d'abord , puis la reprendre , revenir sur ses pas , rester longtemps dans un lieu et s'élancer tout à coup à une grande distance; c'est ainsi qu'elle passe de Versailles à Metz. Du reste, aucun fait d'importation de la maladie n'a été signalé par les auteurs, malgré les fréquentes migrations des militaires d'un lieu dans un autre.

La méningite a fait irruption dans des contrées plus ou moins éloignées de la France : elle s'est montrée en Savoie , en Italie , et surtout dans le royaume de Naples.

Parmi les causes qui sont du domaine de l'hygiène, et qui n'ont eu qu'une influence prédisposante fort douteuse, il faut ranger la nourriture insuffisante pour les soldats , les excès de boisson , l'habitude de couper les cheveux aux conscrits, l'épilepsie , la nostalgie, la constitution pléthorique.

La profession doit être considérée comme une des causes prédisposantes les moins douteuses. Dans la plupart des villes où la méningite a régné avec quelque intensité , c'est d'abord dans la garnison qu'elle s'est déclarée ; c'est là aussi qu'elle a été faire le plus de victimes et sévir avec le plus de violence. Ce qui est bien plus remarquable encore , c'est que les militaires n'étaient pas seulement plus souvent affectés que d'autres; la méningite choisissait encore parmi eux, et frappait surtout les recrues et les jeunes soldats. Sur 153 malades observés à Versailles, 1 04 étaient des recrueset 52 des anciens ; sur 63 décès , 1 1 appartenaient aux anciens et 53 aux recrues. Les anciens ont fourni un tiers des malades et un sixième des décès, tandis que les recrues ont eu les deux tiers des malades et les cinq sixièmes des décès (mém. cit., Gaz. méd.t p. 466).

Un autre fait non moins curieux et qui résulte des relevés de M. Tourdes, c'est qu'à Strasbourg la troupe de ligne a plus souffert que les armes spéciales , les militaires non gradés plus que les autres, et que les officiers ont été épargnés. Les fatigues musculaires, les marches forcées , les travaux de tous genres auxquels sont astreints les soldats n'ont pas été sans influence sur le développement de la maladie. Les recrues sur lesquelles elle a particulièrement sévi dans l'épidémie de Versailles se composaient de jeunes gens qui avaient fait une roule longue et fatigante. «11 résulterait même de la déclaration d'un grand

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