‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 5)Chapitre 4 sur 59 · MEW · texte numérisé non relu

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nombre d'entre eux, dit M. Faure , qu'ils auraient été surmenés , et je ferai observer que cette cause est signalée comme produisant chez les bestiaux et les chevaux des altérations analogues » ( mém. cit., p. 465). On ne peut se refuses1 à admettre que les fatigues excessives auxquelles sont soumis les militaires n'aient pu concourir, pour une grande part, à la production de la maladie.

On a signalé encore l'influence du chagrin et de la nostalgie, des émotions morales , de la débauche , du refroidissement et de l'insolation. On trouve, d'après un tableau de causes dressé par M. Tourdes, que sur 156 malades, on n'a pu découvrir que 35 fois une cause présumée déterminante.

Les soldats âgés de vingt, vingt et un, vingt-cinq et vingt-six ans, sont plus spécialement atteints parle mal, ce qui lient à l'arrivée récente au corps et à l'état moral des individus admis dans les régiments. Les âges les plus avancés sont également frappés par la maladie , et les hommes aussi fréquemment que les femmes.

Traitement. — L'attention des médecins militaires, éveillée de bonne heure par la cruelle maladie qui décimait les soldats, les a portés à faire des recherches approfondies sur le traitement prophylactique qu'il convient de lui opposer. Ils se sont accordés à prescrire l'évacuation partielle ou totale des casernes ravagées par la maladie, et ont conseillé de diminuer la fatigue des soldats, d'améliorés' leur régime alimentaire. Ces mesures sont d'une incontestable utilité, mais elles ont toujours été insuffisantes pour arrêter la marche de la maladie , ce qui aurait eu certainement lieu si elles eussent été le résultat de l'encombrement. La cause inconnue réside dans l'air et donne à ce fluide des qualités spécifiques qui en font un véritable poison.

Nous commençons d'ordinaire par rechercher les indications thérapeutiques auxquelles il convient d'obéir ; mais comment les poser dans une affection qui paraît entièrement dominée par un génie épidémique dont rien n'égale la violence. Disons toutefois que les lésions anatomiques, les analyses du sang et la nature du mal, que nous discuterons plus loin, semblent exiger impérieusement l'emploi des émissions sanguines, dont tous les médecins ont fait la base de leur thérapeutique dans les diverses épidémies. Aujourd'hui encore, malgré l'insuffisance de ce traitement dans la plupart des cas, il doit être considéré comme le plus rationnel et comme celui qui compte le moins de revers.

On pratique d'abord une ou plusieurs saignées générales, en ouvrant les veines du bras, la jugulaire ou l'artère temporale. Il ne faut pas hésiter à faire une saignée copieuse de 500 grammes dès l'apparition des premiers symptômes , qu'il faut s'attacher à bien reconnaître. M. G. Broussais dit que les chirur-

giens militaires sont parvenus à prévenir ainsi le développement de la méningite (mém. cité, p. 175); ce fait nous paraît sujet à contestation. Dans une maladie qui marche avec une telle violence que la méningite, il faut revenir deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures à la saignée, et la répéter deux fois encore le lendemain , proportionner en un mot l'énergie du remède à l'intensité de l'inflammation. En même temps, et toujours dès la première apparition des symptômes , il est indispensable de recourir aux émissions sanguines locales. On les pratique à l'aide des ventouses et des sangsues placées sur les tempes, les régions jugulaires et mastoïdiennes , sur la nuque et sur toute l'étendue de la colonne vertébrale. On doit aussi , lorsque les forces du sujet le permettent, entretenir un écoulement sanguin permanent, par des applications successives de six à douze sangsues sur ies régions indiquées.

La médication antiphlogistique doit être proportionnée à l'intensité et à la forme des accidents. Les malades qui offrent la réaction dite inflammatoire, et dont la constitution est robuste (ce qui était le cas le plus ordinaire dans les épidémies), supportent trèsbien les saignées à haute dose. Elles doivent être proscrites et remplacées par les émissions sanguines locales dans les cas où la réaction est insuffisante ou manque complètement. Elles sont nuisibles dans la troisième période de la maladie.

Les médecins qui ont employé la médication antiphlogistique en ont parlé très-diversement; cependant, malgré l'insuccès de celte méthode, ils disent que c'est encore la médication qui leur a rendu le plus de services. Dans les cas graves, les saignées échouaient complètement, ainsi que les autres remèdes; et lors même que la méningite ne se terminait point par la mort, elle n'était pas enrayée dans sa marche par les saignées les plus copieuses , et la guérison n'était rachetée qu'au prix d'une longue convalescence. M. Tourdes , cherchant à apprécier l'influence de cette médication, déclare «que tous les malades ont été soumis, à divers degrés, aux émissions sanguines, et que la mortalité s'est élevée presque aux deux tiers; certes, un pareil résultat ne laisse aucun doute sur l'iosuf fisance générale du traitement par les saignées » (mém. cit., p. 172). Ce qu'il y a de plus remarquable encore, c'est qu'elles ne pouvaient même pas apaiser les douleurs et le délire , ni arrêter les phénomènes convulsif s ; elles n'avaient donc aucune prise sur les symptômes.

On seconde les effets de la saignée par une diète sévère , par l'usage des boissons acidulés froides, des lavements émollients ; on a aussi conseillé les applications de glace et de compresses imbibées d'eau froide, , les af fusions, les irrigations continues; mais elles ! n'ont offert aucun avantage: on sait, d'ailleurs,

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qu'elles sont d'un emploi difficile, malgré Ses perfectionnements apportés, dans ces derniers temps, aux vases destinés à contenir l'eau froide.

Les révulsifs cutanés, tels que les vésicatoires , les sinapismes , ont été mis eu usage chez la plupart des malades. On a aussi recommandé l'application de l'eau bouillante sur les extrémités , les frictions ammoniacales et la cautérisation transcurrente. Un médecin militaire, M. Rollet, l'a pratiquée en faisant six à huit brûlures de 25 millimètres de long sur 15 de large, à l'aide d'un cautère que l'on promène transversalement de chaque côté des apophyses épineuses dans la région dorsale ; il dit en avoir obtenu quelque succès (ia mém. cit. de M. G. Broussais, p. 179). Quant aux vésicatoires, on les place tantôt sur la nuque, tantôt sur le rachis ou sur le crâne préalablement rasé. Les révulsifs ne doivent être employés qu'après les émissions sanguines; dans la plupart des cas , ils n'ont même pas eu l'avantage de diminuer les douleurs, quelquefois même celles-ci s'en sont accrues.

Les révulsifs intestinaux les plus usités sont le calomel donné à la dose de 5 décigr. à 1 gramme par jour, seul ou uni au jalap ou à !a scammonée; l'huile de croton tiglion et les purgatifs salins. M. Forget dit n'avoir observé que de fâcheux effets de l'administration du calomélas (mém. cit., in Gaz. méd.). M. Tourdes et M. Chauffard n'ont pas eu à s'en louer.

Le tartre stibié, à la dose de 0,30 à 0,60 , associé à 0,05 d'opium , a été donné à douze malades gravement affectés ; huit d'entre eux ont succombé ( Tourdes, p. 1 76).

On a vanté les bons effets des frictions mercurielles à haute dose sur le cuir chevelu rasé , sur les cuisses, les aisselles ou le rachis: cette médication a été reconnue tout au moins inutile par le plus grand nombre des praticiens.

Opium. — M. Forget, après avoir combattu par les antiphlogistiques la réaction du début, faisait cesser les troubles nerveux , tels que le délire, la douleur, la céphalalgie , les spasmes, avec l'opium, qu'il donnait à la dose de 0,03 ; on pourrait donc prescr re ce médicament dans des cas semblables. M. Chauffard prétend que , dans l'épidémie qu'il a eu occasion d'observer, il obtint des succès inespérés en donnant 30 et 40 centigrammes d'opium par jour; il dit avoir sauvé au moins la moitié des malades et soulagé les autres. Les médecins qui l'ont administré n'ont pas été aussi heureux que lui. M. Tourdes l'a essayé à la dose plus minime de 0,05 , et ne lui a reconnu aucune influence heureuse. Ainsi donc, l'opium est un médicament dont l'efficacité est encore fort incertaine, et qui n'a même pas pour effet de calmer les douleurs et les phénomènes convulsifs. Toutefois , nous pen-

sons qu'il mérite d'être mieux étudié; en le donnant à doses élevées , on pourra peut-être produire une sédation salutaire du système nerveux.

Le sulfate de quinine a réussi , entre les mains de M. Faure-Villars , à arrêter le retour périodique des douleurs de tête chez quelques malades dont la convalescence restait incertaine (mém. cit. , p. 467). Ce médicament a rendu de véritables services dans les cas où les phénomènes nerveux avaient perdu de leur intensité , et revenaient avec une certaine régularité, précédés de frissons et suivis de sueur. L'idée que la méningite épidémique est une fièvre pernicieuse cérébrale, a porté plusieurs médecins à tenter l'emploi du sulfate de quinine; mais sans le moindre succès. Les exacerbations quotidiennes , lors même qu'elles sont très-tranchées, ne cèdent pas au quinquina, et les expériences nombreuses faites par plusieurs médecins ne laissent aucun doute à cet égard.

L'extrait de quinquina et la décoction de cette substance sont utiles dans les convalescences difficiles , et marquées par une grande adynamie. Les eaux distillées de laurier-cerise, de valériane, le camphre, le musc, l'acétate d'ammoniaque, ne comptent qu'un très-petit nombre de partisans.

Nature. — La nature des lésions que nous avons si longuement décrites, et l'étude des symptômes qui ressemblent à ceux de la méningite sporadique , si ce n'est qu'ils sont plus intenses et marchent plus rapidement, enfin le résultat fourni par l'analyse du sang, ne permettent point d'établir la moindre différence de nature entre la méningite sporadique et l'épidémique. Cependant, hâtons-nous de dire que le génie épidémique, c'est-à-dire l'altération cachée et spécifique de l'air qui engendre les épidémies accidentelles , imprime à la maladie une forme spéciale et lui donne ces caractères que nous avons assignés aux maladies épidérniques (t. m, p. 372). La méningite épidémique est bien une phlegmasie semblable à celle que l'on voit sévir dans les temps ordinaires , mais il y a quelque chose de plus, quelque chose de spécial , qu'il est impossible de ne pas admettre quand on voit, sous l'influence du génie épidémique , 1° le mal se propager avec tant de violence et d'une manière si rapide sur tant de monde à la fois, ce qui n'arrive jamais dans les circonstances ordinaires ; 2° suivre la marche irrégulière et capricieuse des épidémies, frapper certaines populations et y choisir ses victimes; 3° n'être influencé ni en bien ni en mal par toutes les conditions hygiéniques au milieu desquelles se trouvent ceux qui en sont atteints; 4° débuter tout d'un coup, et sans être annoncée par une constitution médicale particulière; 5° se produire avec des symptômes caractéristiques et presque invariables pendant toute la durée de l'épidémie; 6° enfin, résister à tous les traitements. Est-il possible de mécon-

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naître à ces traits une maladie épidémique, et peut-on contester que la méningite, tout en restant inflammatoire, c'est-à-dire ce qu'elle est à l'état sporadique, ne prenne un caractère spécial qui en fait une affection à part. Nous ne saurions aller au delà , et déchirer le voile qui couvre l'étiologie mystérieuse de cette maladie et de tant d'autres affections épidémiques.

M. Forget soutient que la méningite épidémique n'a rien de spécial; mais les raisons qu'il allègue ont été suffisamment réfutées par ce que nous avons dit précédemment.

M. Tourdes reconnaît comme nous que, « si le génie inflammatoire de cette maladie est indiqué par l'anatomie pathologique , par la présence d'un véritable pus sur la pie-mère, par la richesse du sang en fibrine, par l'acuité même des symptômes , il n'en est pas moins certain que l'inflammation seule n'est pas le dernier mot du problème , et qu'il y a autre chose. » Les faits principaux semblent se réunir pour attester l'existence d'une inflammation spécifique, d'une intoxication miasmatique, d'une espèce de typhus cérébral , produit par un miasme dont l'action délétère se porte sur la membrane vasculaire qui tapisse toute l'étendue des centres nerveux (mém. cit., p. 169).

Historique et bibliographie. — On ne trouve dans les ouvrages antérieurs au xvie siècle aucune mention bien distincte de la méningite épidémique. La phrénésie maligne décrite par Prosper Alpin sous le nom de cephalitis œgyptiaca, et la céphalite épidémique qui régna eu France au commencement du xive siècle (Sauvages, Nosol. méthode 1. 1 , p. 484 j, ne peuvent pas être rattachées à la méningite qui a sévi récemment. 11 est même fort douteux que les épidémies dont parle Rumelius (1503, 1517) et Foreslus soient de la même nature que celle observée dans ces derniers temps.

Ozanam , dans le chapitre consacré à l'élude de la fièvre cérébrale , signale une céphalée épidémique qui se montra à Païenne et dans toute la Sicile , et fut étudiée par Ph. Ingrassia. Félix Plater a vu succomber à une céphalée maligne, qui régna à Baie en 1588, un grand nombre de malades qui offraient pour symptômes de la céphalalgie, du délire, des nausées, une éruption pélcchiale. Nous ce ferons qu'indiquer les sources bibliographiques suivantes, auxquelles on peut remonter pour avoir quelques documents historiques sur la maladie qui nous occupe, en prévenant toutefois qu'ils sont remplis d'incertitude : Pasquier (apud Ozanam , Histoire médicale des maladies épidémiques , t. n, p. 120, in-8°; Paris, \ 835 ) ; Willis ( Pathologia ccrebri : Traclatus de morbis ccnvulsiv'is , p. 45); Marteau, Granvilliers [Description des fièvres malignes

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avec inflammation sourde du cerveau; Journ. gén. de médec, t. vin, p. 275) ; Saalman {Céphalée épidémique observée à Munster ; apud Ozanam , loc. cit., p. 124). La maladie décrite par Vieussens sous le nom de fièvre cérébrale ataxique offre, à n'en pas douter, les principaux caractères d'une méningite épidémique; elle régna à Genève en 1805 (Journal de médecine de Corvisart, Leroux et Boyer, t. xi , p 1 64 ; voy. aussi Ozanam , mém. cit., p. 128). C'est dans Ozanam que les auteurs modernes ont puisé l'historique que nous venons de citer.

Pour avoir des données précises sur l'épidémie de méningite, il faut arriver jusqu'en 1837. A cette époque, une maladie singulière éclata tout à coup dans le département des Landes , à Dax. Elle fut étudiée et décrite avec soin par MM. Lamothe et Lespes (Gazette médicale, 1838). Cette maladie n'était autre chose qu'une méningite. C'est aux médecins militaires que revient l'honneur de l'avoir fait connaître les premiers , et d'en avoir fourni une description complète. M. Faure-Villars publia la relation de celle qu'il observa à Versailles ( Hist. de l'épid. de méningite cérébro-spinale observée à Versailles en 1 839 , in Becueil de mém. de tnéd. chir. etphar. milit., t. xlviii; et Note sur l'épidémie de Versailles, in Gazette médic, n° 30; juillet 1839). Son travail donne une idée fort complète de la maladie sur laquelle d'autres médecins de Versailles ont aussi fourni quelques documents (Berigny, in Gazette des hôpitaux, n° 79; juill. 1839. Miramont, mêmejournal, n° 82 ; juillet 1839). On doitàM. Chauffard un Mémoire sur les cérébro-spinites qui ont régné à Avignon en 1840 et 1841 (Revue médicale, p. 190; 1842).

Les relations les plus importantes qui aient été publiées sur la méningite ont été données par les auteurs suivants: Lefèvre (Epidémie de Rochefort; Annales maritimes , 1840); Wunschendorff (Essai sur la méningite encéphalo-rachidienne, épidémie observée à Strasbourg en 1841 ; diss. inaug. in-4°; Strasbourg); Forget (Relation de l'épidémie de méningite encéphalo-rachid. observée à la Clinique médic. de la Faculté de Strasbourg en 1841, in Gazelle médic, n0s 15, 16, 17, 19, 20, t. x, an 1842); Tourdes (Hist. de l'épid. de méning. céréb.-spin. qui a régné à Strasbourg en 1840 et 1841 , in-8°; Paris, 1842). Nous avons si souvent puisé dans ces deux derniers écrits , empreints d'un véritable talent d'observation, qu'il serait inutile de chercher à les apprécier; nous dirons seulement que ces deux ouvrages sont indispensables à celui qui veut avoir une idée exacte de la maladie. La monographie de M. Tourdes mérite même une mention plus spéciale encore. On pourra se servir avec avan-

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tage du mémoire de M. G. Broussais ( Histoire des méning. céréb. -spinales qui ont régné dans différentes garnisons de France , etc. ; Mém. de méd. milit.j t. liv) , où se trouvent soigneusement colligés les nombreux documents adressés par les médecins militaires au conseil de santé. Les dictionnaires et les traités récents de pathologie se taisent sur cette maladie.

MÉNORRHAGIE , voyez Métrorrhagie.

MENSURATION , s. f. — La mensuration est un procédé d'exploration qui consiste à mesurer une certaine partie du corps pour en déduire des conséquences relatives à l'existence ou à la marche d'une maladie , en rapprochant le résultat obtenu de celui que fournit la mensuration pratiquée sur la partie analogue saine, de la moyenne donnée par l'expérience, ou bien, enfin, du résultat pathologique obtenu antérieurement par la mensuration de la même partie malade.

Le dernier rapprochement peut toujours être fait et permet de constater la marche de la maladie. Dans la luxation spontanée du fémur on parvient à déterminer la marche, la terminaison de l'altération, au moyen des différences qui se manifestent dans la longueur du membre ; dans la phlegmatia alba dolens, dans les œdèmes des membres, dans les épanchements occupant l'une des cavités séreuses de l'économie {hydrocéphale chronique , hydrothorax , atcite), la mensuration montre si ï'épanchement augmente ou diminue. Dans l'hydarthrose , les tumeurs blanches du genou, la mensuration fournit des indications précises, etc.

Les quelques lignes que l'on vient de lire suffisent pour indiquer la valeur de la mensuration dans l'état pathologique ; nous ne nous occuperons, dans cet article , que de la mensuration envisagée dans ses rapports avec l'étal physiologique , et nous l'étudierons dans ses applications A , au crâne ; B , à la poitrine; C , à l'abdomen ; D, aux membres.

A. Mensuration du crâne. — Nous ne possédons des données satisfaisantes sur les dimensions du crâne que pour les hommes adultes; elles sont dues à M. Lélut.

La moyenne de la capacité générale du crâne , représentée par la somme de la circonférence longitudinale et des courbes longitudinale et transversale, est de 1208 millimètres ; la moyenne du développement de la moitié antérieure du crâne, représentée par la somme de la moitié antérieure de la circonférence horizontale et de la moitié antérieure de la courbe longitudinale, est de 460 millimètres; les moyennes pour les différents diamètres du crâne sont 186 millimètres pour le diamètre antéro-postérieur, 1 06 millimètres pour le diamètre transversal frontal . 134 millimètres pour le diamètre transversal temporal, 1 15 millimètres pour le diamètre transversal

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intermastoïdien (Lélut, du Développement du crâne considéré dans ses rapports avec l'intelligence, in Gazette médicale, 1837, p. 465).

A ces chiffres se rattachent des considérations phrénologiques dont nous n'avons pas à nous occuper ici; dans le domaine pathologique, la mensuration du crâne a surtout été appliquée à l'étude de l'idiotie , et nous avons exposé avec détails les données qu'elle a fournies à la science; nous ne reviendrons pas sur ce sujet (voy. le Compendium , art. Idiotie, t. iv, p. 124-127) : rappelons seulement, en peu de mots, qu'il n'existe pas de rapport constant entre le développement général du crâne et celui de l'intelligence ; que les dimensions de la moitié antérieure du crâne, et spécialement du front, sont au moins aussi considérables chez les idiots que chez les autres hommes ; que les trois cinquièmes environ des idiots ont la têle plus volumineuse que les hommes doués d'une intelligence ordinaire; que les crânes les plus développés et les crânes les moins développés appartiennent également aux idiots, et que la petitesse du crâne, quoique moins fréquente que le développement trop considérable de cette cavité, entraîne l'idiotie beaucoup plus nécessairement que celui-ci; que, selon M.Leurct enfin, la circonférence normale du crâne étant représentée par 560 millimètres, il est permis de poser en loi que cette circonférence peut s'élever jusqu'à 625 millimètres sans entraîner l'idiotie, tandis qu'elle ne peut s'abaisser au-dessous de 545 millimètres sans avoir l'idiotie pour résultat.

Dans l'hydrocéphale chronique, la mensuration fait ordinairement constater un développement du crâne en rapport direct avec le degré de la maladie. Les dimensions du crâne peuvent être fort considérables et s'élever jusqu'à 2 mètres et demi de circonférence, et même davantage; Gœbel a vu la tête présenter 837 millimètres de circonférence chez un enfant de six ans. Le développement anormal du crâne n'accompagne cependant pas toujours l'hydrocéphale chronique : Gcelis , Gall , MM. Baron , Breschet , etc. , onU u des sujets atteints de celte maladie , chez lesquels la têle ne présentait aucune déformation (voy. le Compendium, article Hydrocéphale congénitale, t. iv, p. 575). Nous avons dit {ibid., p. 576; que l'agrandissement de la cavité crânienne ne se faisait pas toujours régulièrement, et que c'était tantôt toute une moitié du crâne, tantôt l'os frontal d'un côté, tantôt l'occiput qui prédominait.

Dans un cas d'atrophie partielle du cerveau accompagnée de l'atrophie du membre supérieur du côté opposé, M. Piorry a constaté, par la mensuration , une diminution dans la partie du crâne correspondant à l'anencéphalotrophie; dans un autre cas d'atrophie du membre supérieur gauche, le crâne présentait de la suture coronale au tubercule occipital, 30 milli-

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mètres de moins à droite qu'à gauche, et cependant le cerveau n'aurait présenté aucune altération; de telle sorte, dit M. Piorry, que, dans l'état actuel de la science et d'après ces faits contradictoires , il faudra être trèsréservé sur le diagnostic de l'atrophie du cerveau basé sur la mensuration du crâne (Piorry, Traité du diagnostic; Paris, 1840, t. m, p. 268-271).

En résumé , la mensuration du crâne ne fournit que peu d'éléments au diagnostic , parce que les dimensions normales de cette cavité varient singulièrement sur des individus de même âge, de même sexe , de même constitution , et à plus forte raison sur des personnes placées dans des circonstances différentes; les cas extrêmes, c'est-à-dire ceux dans lesquels les dimensions du crâne s'éloignent considérablement de l'état ordinaire, peuvent seuls fournir des indications diagnostiques précises (Piorry, loc. cit. , p. 267).

B. Mensuration de la poitrine. — La poitrine peut être mesurée dans son développement circulaire et daiu; ses différents diamètres (antéro-postérieur, transversal et vertical) : nous ne possédons des données de quelque valeur que sur la mensuration circulaire et sur celle du diamètre antéro-postérieur.

Mensuration antéro- postérieure. — Elle a été introduite dans la science par M. Ghomel , qui pensa , avec raison, que le diamètre antéro-postérieur de la poitrine peut augmenter ou diminuer, et, par conséquent, faire varier la capacité de la poitrine sans que la circonférence de cette cavité présente aucun changement. Cette opinion est, en effet, fondée sur une démonstration mathématique qui prouve que dans une cavité semi-ellipsoïde , la capacité intérieure s'accroît ou dimiDue, la circonférence restant la même, suivant que la corde de la demi-ellipse devient plus longue ou plus courte.

On mesure le diamètre antéro-postérieur de la poitrine au moyen d'un instrument appelé compas d'épaisseur, analogue au podomètre des cordonniers, mais ayant des branches beaucoup plus longues. La mensuration doit être pratiquée au niveau du mamelon : une branche étant posée sur cette partie, on applique l'autre sur le point direelement opposé de la paroi thoracique postérieure. L'écartement des extrémités des deux branches donne l'étendue du diamètre antéro-postérieur de la poitrine.

M. Gorbin , ayant pratiqué la mensuration antéropostérieure sur 92 sujets sains , pour établir le point de comparaison physiologique, est arrivé aux résultats suivants :

55 sujets (u/i8 à peu près) avaient le côté droit plus volumineux que le gauche; 12 (un peu plus des 2/18) avaient le côté gauche plus volumineux que le droit; 25 (^8 à peu près) avaient les deux côtés égaux. La plus grande différence qui ait été constatée

entre les deux côtés de la poitrine, dans l'étal sain, est de 1 6 millimètres.

Les moyennes pour l'étendue des diamètres antéroposlérieurs de chaque côté sont de 212 millimètre.; pour le côté droit , et de 210 millimètres pour le côté gauche ; mais ces moyennes ne sont que fort peu significatives, puisque l'on constate souvent, dans .l'état sain, des chiffres qui s'en éloignent énorme ment (Corhin, Recherches sur la mensuration de la poitrine, etc., in Gaz. méd., p. 129-133; 1838).

Appliquée à la pathologie , la mensuration anléropostérieure n'a que peu de valeur; souvent on constate une très-grande différence dans les circonférences des deux côtés de la poitrine, tandis que les diamètres antéro-postérieurs ne s'éloignent presque pas l'un de l'autre. La plus grande différence que M. Gorbin ait constatée dans les mesures prises sur 36 malades est de 18 millimètres; Je côté gauche de la poitrine d'une femme affectée d'hydro pneumothorax prédominait de cette quantité sur le côté droit.

«En résumé , dit M. Gorbin, dans la plupart des cas, la mensuration antéro-poslérieure ne permet pas d'affirmer qu'il y a dilatation ou rétrécissement, la différence entre les deux côtés n'étant pas plus considérable que celle qu'on observe quelquefois dans l'état normal. Dans les cas exceptionnels, où cette différence est plus considérable, on ne saurait apprécier le degré du rétrécissement ou de la dilatation , la différence se composant de deux quantités, l'une qui résulte de l'altération des dimensions produite parla maladie , l'autre qui peut provenir de l'état normal , et qui est indéterminée» (Gorbin , mém. cit., p. 1 34).

Mensuration verticale. — M. Piorry est le seul auteur qui en fasse mention. La partie antérieure de la poitrine étant découverte des deux côtés, on fixe l'extrémité initiale du ruban mensurateur (voy. cidessous) au niveau de la clavicule d'un côté , près de l'épaule, et on descend jusqu'au rebord saillant de la dernière côte sternale près de sa pointe. «En se servant de ce procédé , dit M. Piorry, et en ayant h s précautions soit de porter ce lien précisément sur les points correspondants à droite et à gauche, soit de mesurer les deux côtés dans le même temps de U respiration et dans la même attitude du malade , o» arrive à reconnaître la moindre extension du thorax dans le sens de sa hauteur» (Piorry, ouvr. cit., 1. 1, p. 570). La mensuration verticale vient quelquefois en aide au diagnostic d'épanchements pleurétiques qui n'ont pas encore modifié la circonférence de la poitrine (voy. le Compendium, art. Hydrothorax , t. i, p. 17). Dans un cas d'épanchement considérable , observé par l'un de nous , la face supérieure du diaphragme formait une concavité, et cette

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disposition avait considérablement augmenté le diamètre vertical de la poitrine (L. Fleury, Arch. gén. Je mêd.j 2e sér., t. u, p. 326, et Compeiulium, t. v, p. 10).

M en s ara lion circulaire. — La mensuration circulaire doit être pratiquée avec un ruban gradué et inextensible; le plus convenable est celui qu'emploient les tailleurs , c'est-à-dire un ruban de fil de 2 centimètres de largeur et de 1 mètre de longueur, enduit d'une sorte d'encaustique qui détruit son élasticité sans nuire à sa souplesse , et dont l'une des faces est graduée par millimètres.

Dans tous les cas , alors même que l'on veut obtenir la circonférence totale de la poitrine, il faut mesurer séparément chacun des côtés de cette cavité. Voici pourquoi : «Sur tous les individus dont la respiration est calme et sans aucun effort, le ruban étant appliqué sur un des côtés du thorax seulement , le mouvement de dilatation est insensible de ce côté, pendant la respiration, tant que dure celte application; lorsque , au contraire, Ton entoure simultanément les deux côtés de la poitrine avec le lac mensurateur, cet effet n'a pas lieu , la poitrine ne reste pas immobile, et la dilatation générale qui se produit pendant chaque inspiration empêche d'agir rigoureusement» (Woillez, Recherches pratiques sur l'inspection et la mensuration de la poitrine, etc., p. 21; Paris, 1838).

Le procédé opératoire exige de l'habitude et du soin ; M. Woillez a fort bien indiqué la manière dont le ruban doit être appliqué.

«Le malade étant assis d'aplomb dans son lit, et laissant pendre ses bras sur les côtés , on fixe , de la main qui correspond à la partie antérieure du tronc, l'extrémité initiale du ruban immédiatement sur la peau et à la base de l'appendice xyphoïde , qu'il est toujours facile de trouver au toucher ; puis , de l'autre main , dans laquelle il glisse , on l'applique horizontalement et à plat jusqu'à la colonne vertébrale, en ayant soin de serrer assez pour déprimer les parties molles. » 11 faut que le ruban ne forme pas de ligne courbe dans le sens de sa largeur, et qu'il tombe perpendiculairement sur le raphé vertébral ; ainsi que le conseille M. Piorry, il est bon , à cet effet, de marquer avec de l'encre , sur le sternum et sur la colonne vertébrale, deux points qui se correspondent exactement.

Autant que faire se peut , il faut que les deux bords du lit soient libres, afin que l'explorateur puisse se placer à chacun d'eux pour mesurer le côté correspondant de la poitrine.

En mesurant isolément chaque côté de la poitrine, on peut serrer le ruban avec plus de force d'un côté que de l'autre , ce qui modifie les résultats d'une manière sensible, dans les cas surtout où il n'existe

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qu'une différence très-légère entre le développement extérieur de chaque côté. C'est surtout chez les individus gras que ces effets peuvent avoir lieu : chez eux on obtient , suivant que le ruban est simplement juxtaposé ou serré avec force, une différence qui peut s'élever jusqu'à 14 millimètres. 11 faut donc, chez les sujets musclés et replets , serrer le ruban autant que possible; celle forte tension donne d'ailleurs une idée plus précise de la capacité réelle de la poitrine.

Enfin, pour éviter toute chance d'erreur, il est bon de mesurer plusieurs fois de suite chacun des côtés de la poitrine , afin d'arriver à un chiffre réel (Woillez , ouvr. cit., p. 19-21 ).

G'est encore à M. Gorbin que nous devons le point de comparaison physiologique pour la mensuration circulaire.

Sur 92 sujets sains, 71 (7/9 à peu près) avaient le côté droit plus volumineux que le gauche ; 10 ( V9 à peu près) avaient les deux côtés égaux ; 1 1 (un peu plus de %) avaient le côté gauche plus volumineux.

La plus grande différence qui ait été constatée entre les deux côtés de la poitrine est de 42 millimètres. Les moyennes , la mensuration étant pratiquée de l'épine dorsale au milieu du sternum, à la hauteur du mamelon , sont de 418 millimètres pour le côté droit, et de 406 millimètres pour le côté gauche (Corbin, mém. cit., p. 132 , 133).

Ces chiffres ont été confirmés par les recherches de M. Woillez , qui , en outre, a étudié avec soin la configuration et les différentes saillies partielles et physiologiques de la poitrine (voy. Poitrine).

« En résumé , dit M. Woillez , lorsqu'on pratique la mensuration dans l'état physiologique, on trouve, en général , que le degré de capacité thoracique est en raison directe de l'âge (jusqu'à soixante ans), de la force, de l'embonpoint, de la taille; que l'existence des saillies étendues, celle d'une conformation générale régulière de la poitrine , que l'exercice des professions qui nécessitent une activité musculaire générale, et qu'enfin le défaut de maladie thoracique antérieure ou actuelle, sont autant de conditions avec lesquelles coïncide une capacité plus grande, en moyenne, que dans les circonstances opposées.

«Lorsque la poitrine est régulièrement conformée, et lorsqu'elle n'offre pas de saillies latérales, antérieures ou postérieures, jamais le côté gauche n'est plus étendu que le côté droit; rarement les deux côtés sont égaux ; le plus souvenl le côté droit est plus étendu que le gauche.

«Dans les cas où il existe des saillies latérales, antérieures ou postérieures , les résultats de la mensuration sont les mêmes que les précédents, lorsqu'elles sont légères; mais si leur relief est plus ou wims

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prononcé: à gauche, elles rendent les côtés égaux, ou le côté gauche plus étendu que le droit; à droite, où leur influence est moins nettement définie, elles rendent plus sensible la différence que l'on observe ordinairement à l'avantage du côté droit.

«La saillie antérieure gauche que présentent les gauchers , modifie bien plus sensiblement l'étendue du côté gauche que les saillies d'un relief équivalent que l'on remarque chez les droitiers; car, chez les gauchers, elles rendent ordinairement le côté gauche plus étendu que le droit, bien qu'elles ne soient pas prononcées» (Woillez, ouvr. cité, p. 376-377).

Appliquée à la pathologie , la mensuration circulaire de la poitrine doit être examinée suivant qu'elle fait constater une augmentation ou une diminution dans les dimensions de cette cavité.

Augmentation dans les dimensions de la poitrine. — Dans l'hydrothorax double, la poitrine peut subir une augmentation générale de volume; mais, dans les cas de ce genre, le point de comparaison n'étant presque jamais certain , la mensuration ne fournit que rarement des données de quelque valeur. Il n'en est pas de même lorsque la maladie n'occupe qu'un des côtés de la poitrine.

Un épanchement considérable dans une des cavités pleurales peut produire une prédominance de 1 0, 1 5, 20, 25 millimètres, en faveur de la circonférence du côté malade sur celle du côté sain (Woillez , voyez le Compendium, t. v, p. 1 6). Dans un cas d'hydropneumo-thorax observé par M. Gorbin, le côté malade prédominait de 12 centimètres.

Dans l'emphysème pulmonaire , la poitrine subit quelquefois une dilatation générale qui peut s'élever jusqu'à 30 millimètres au-dessus des données physiologiques (Woillez, ouvr. cité, p. 409); mais, le plus ordinairement, on n'observe que des hétéromorphies partielles, mieux appréciables par l'inspection de la poitrine que par la mensuration (voyez le Compendium , art. Emphysème pulmonaire, t. m, p. 199-201, et Poitrine).

L'emphysème pulmonaire produit néamoins souvent un changement remarquable dans la différence physiologique qui existe entre les circonférences des deux côtés de la poitrine ; en effet , la saillie de la paroi thoracique antérieure étant beaucoup plus fréquente à gauche qu'à droite, il en résulte que la prédominance normale du côté droit disparaît presque complètement. « Ainsi, dit M. Woillez, tandis que, chez des sujets . sains , on trouve une différence moyenne de près d'un centimètre et demi à l'avantage du côté droit sur le côté gauche; dans ceux affectés d'emphysème pulmonaire , je n'ai trouvé qu'une différence moyenne de 3/10 de centimètre» (loc. cit.j p. 404).

La pneumonie peut-elle déterminer une dilatation

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thoracique? On ne saurait répondre avec certitude a cette question (voy. le Compendium, art. Pneumonie).

L'hydropéricarde , lorsque l'épanchement est considérable, augmente la circonférence du côté thoracique gauche (voy. le Compendium, t. iv, p. 586 ) ; l'hypertrophie du cœur, suivant M. Bouillaud ( Traité clinique des maladies du cœur, t. u, p. 444) , peut produire le même effet; mais M. Woillez met en douté l'existence de cette hétéromorphie , qu'il n'a jamais rencontrée ( Woillez , ouvr. cité, p. 406 4 1 3).

Une hypertrophie hépatique considérable peut augmenter la circonférence de la cavité thoracique droite , le foie y ayant pénétré après avoir refoulé le diaphragme et le poumon correspondant; mais il ne faut admettre la dilatation, dit M. Woillez, que si l'on obtient au moius 25 à 30 millimètres de plus du côté droit que du gauche.

L'hypertrophie de la rate modifie les dimensions de la poitrine beaucoup plus fréquemment que celle du foie : « on trouve alors l'étendue circulaire du côté gauche égale à celle du côté droit, et souvent même plus prononcée que celle de ce dernier côté » (Woillez, ouvr. cité, p. 412 et suiv.). Dans un cas d'hypertrophie splénique très-prononcée, M. Woillez a vu le côté gauche prédominer de 20 millimètres sur le côté droit; ce qui représente une dilatation absolue de 32 millimètres, eu égard à la moyenne physiologique.

M. Woillez , le premier, a étudié l'influence du météorisme abdominal sur les dimensions circulaires de la poitrine.

«On pourrait penser au premier abord, dit cet auteur, que le météorisme, lorsqu'il est considérable , se borne à écarter en dehors les bases latérales de la poitrine ; mais l'élargissement n'est pas uniforme pour les deux côtés de la poitrine, et se fait sinon exclusivement du côté gauche, du moins d'une manière beaucoup plus prononcée de ce côté qu'à droite» (Woillez , ouvr. cité, p. 428 ).

C'est dans la disposition anatomique des parties que M. Woillez trouve la raison de cette circonstance. La présence du foie dans l'hypochondre droit, qu'il occupe et qu'il remplit, empêche les organes creux , distendus par les gaz, de s'y loger; du côté gauche , au contraire , la rate a un petit volume relativement à l'étendue de l'hypochondre, et les organes abdominaux peuvent refouler le diaphragme, le poumon correspondant, et remonter dans la poitrine.

L'ampliation de la cavité thoracique gauche n'a lieu que lorsque le météorisme est considérable, qu'il occupe la partie supérieure de la cavité abdominale, et que le son tympanique fourni par la percussion remonte du côté gauche de la poitrine jusqu'à la hauteur du mamelon, ou à peu près, le

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malade étant assis et l'épigastre n'étant nullement déprimé. «Ce résultat de la percussion, dit M.Woillez, me semble indiquer le degré de météorisme nécessaire pour que la dilatation de la cavité thoracique gauche influence les données de la mensuration.»

Dans les circonstances que nous venons d'indiquer, on trouve ordinairement, suivant M.Woillez, que les deux côtés de la poitrine ont une égale étendue circulaire.

Les épanchemements considérables dans la cavité péritonéale produisent une dilatation de la base de la poitrine ; mais nous ne possédons pas à cet égard de données précises.

Diminution dans les dimensions de la poitrine.— On sait que la poitrine subit souvent, à la suite de la pleurésie, une déformation, un rétrécissement déjà décrits par Laenncc Le rétrécissement est général ou partiel; il peut être très-considérable : dans un cas observé par M. Gorbin , la circonférence du côté thoracique gauche était de 62 millimètres moins considérable que celui du côté droit. Nous ne devons que mentionner, dans cet article de pathologie générale, des faits qui appartiennent à l'étude de la pleurésie (voy. ce mot).

Les auteurs se sont occupés de la mensuration de la poitrine chez les phthisiques, soit avant le développement , soit pendant le cours de cette maladie ; ils ne sont arrivés qu'à des résultats contracdictoires ou contestés qui ne doivent pas être étudiés , ici , en détails ; rappelons seulement que, suivant M. Woillez , l'étroitesse circulaire de la poitrine ne doit être rattachée à la phthisie qu'autant qu'il existe, en même temps , une étendue incomplète du diamètre transversal; et que le rétrécissement de la poitrine, au niveau des cavernes tuberculeuses, est un fait qui a besoin d'être confirmé par des observations authentiques et complètes.

Si l'on cherche maintenant à apprécier, d'une manière générale , les services que la mensuration a rendus à l'étude des affections thoraciques , on est obligé de reconnaître qu'ils seraient presque nuls si l'auscultation et la percussion ne venaient pas en aide à la mensuration.

«Au premier abord, dit M. Piorry, il semblerait que de telles mesures soient des signes , en quelque sorte, géométriques, et partant très-précieux ; il s'en faut cependant de beaucoup qu'ils soient aussi positifs qu'on pourrr ait le penser, et cela pour plusieurs causes » (Piorry, loc. cit. , p. 570).

L'élasticité des poumons , la mobilité du diaphragme et des organes abdominaux , permettent à la cavité thoracique d'augmenter, sans que les dimensions extérieures soient modifiées. Lorsque la mensuration fournit des résultats qui diffèrent des moyennes physiologiques, il n'est pas certain que ces résultats

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soient dus à l'état pathologique , parce que les dimensions et la forme de la poitrine varient singulièrement chez l'homme sain , et que les éléments des moyennes sont très-éloignés les uns des autres.

Voici , du reste , les propositions générales auxquelles sont arrivés MM. Gorbin et Woillez.

Les rétrécissements pathologiques sont bien plus facilement appréciés par la mensuration , lorsqu'ils affectent le côté droit, que lorsqu'ils siègent à gauche ; le contraire a lieu pour les dilatations pathologiques , qui sont plus faciles à reconnaître à gauche qu'à droite.

Les rétrécissements du côté droit et les dilatations du côté gauche tendent à effacer la différence de dimension qui existe, ordinairement, à l'état normal entre les deux côtés de la poitrine. Les dilatations du côté droit et les rétrécissements du côté gauche tendent à la rendre plus prononcée.

Lorsque la mensuration donne des chiffres qui diffèrent des moyennes physiologiques, ces chiffres, considérés isolément, ne doivent être rapportés à l'état pathologique que lorsque la différence est très-considérable.

La mensuration n'a une valeur diagnostique qui lui soit propre que lorsque, sur une poitrine préalablement mesurée, la proportion des deux côtés vient à changer dans le cours d'une maladie. Il est bien entendu qu'ici encore il faut tenir compte des lésions extérieures , ou des modifications de l'embonpoint qui pourraient faire varier les dimensions thoraciques.

G. Mensuration de l'abdomen. — C'est surtout par l'inspection que l'on reconnaît les changements de forme et de volume que le ventre présente dans les maladies ; quelquefois , cependant {ascite, hydropisie enkystée de l'ovaire , météorisme , colique, saturnine, etc.) , la mensuration peut être utile eu montrant rigoureusement si , et de quelle quantité, le volume du ventre augmente ou diminue; dans les cas de ce genre, la mensuration indique la marche de la maladie.

Au point de vue du diagnostic, la mensuration abdominale n'a que fort peu de valeur : 1° parce que le volume du ventre varie à l'infini, et qu'il n'existe pas de moyenne physiologique qui puisse servir de point de comparaison ; 2° parce que la mensuration ne peut pas faire connaître la cause qui a produit une modification dans le volume du ventre, et qu'il faut recourir , à cet effet , à la palpation , à la percussion , etc.

Pour apprécier avec exactitude le volume du ventre, M. Piorry conseille de mesurer : 1° la saillie que fait la surface abdominale antérieure de chaque côté de la ligne sterno-pubienne ; 2° la distance qui sépare la colonne vertébrale de la ligne médiane antérieure; 3° la distance qui sépare le rebord costal de la crête iliaque; 4° la distance qui sépare le foie , la rate,

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le cœur, etc., de la clavicule ou du rebord supérieur du thorax ; 5° la distance à laquelle l'ombilic se trouve de la surface postérieure de la légion lombaire (Piorry, ouvr. cité, t. n, p. 614, 615). Il faut que le malade soit couché sur le dos, et il faut avoir soin delereplacer exactement dans la mêmeposition toutes les fois que l'on pratique la mensuration.

Après avoir délimité, par la percussion, le foie, la rate, une tumeur abdominale quelconque, on peut avoir recours à la mensuration pour étudier avec précision la marche que suit le développement de l'organe ou de la tumeur.

D. Mensuration des membres. — La mensuration des membres, dans le sens de leur longueur ou de leur circonférence, a une grande valeur en chirurgie ; elle fournit des données très-précieuses au diagnostic des luxations, des fractures, des maladies articulaires {iiydarthrose, tumeur blanche, etc.), et spécialement des altérations de l'articulation coxofémorale; à celui des maladies des os; elle est utile à l'orthopédiste, au ténotomiste, etc;

En médecine, la mensuration des membres n'offre que peu de ressources au praticien. Dans la phlegmatia alba dolens, dans l'œdème des membres, dans le rhumatisme articulaire , dans les différentes contractures, la mensuration jette quelque lumière sur la marche de la maladie. Lorsqu'un membre a été paralysé pendant un certain espace de temps, il diminue de volume, il s'atrophie plus ou moins; la mensuration permet alors de constater avec précision ces modifications de volume, et elle peut servir à faire reconnaître une paralysie simulée.

MENTAGRE , voyez Sycosis.

MÉPH1T1SME, voyez Asphyxie , t. i, p. 41 1. MERCURE (maladies produites par le).

Ainsi que nous l'avons fait dans notre article Empoisonnement, nous nous placerons, ici, exclusivement au point de vue de la médecine pratique, et nous écarterons toutes les considérations de médecine légale et de thérapeutique qui se rattachent à l'étude du mercure.

Les effets morbides produits par le mercure varient suivant la manière dont ce métal parvient dans l'économie. Lorsqu'une quantité considérable d'un sel mercuriel est introduite d'un seul coup , il en résulte des accidents toxiques, un empoisonnement ; lorsque, au contraire , le sujet est soumis à l'action de doses fractionnées, mais répétées , ou à une influence mercurielle peu intense , mais continue , on voit se produire des phénomènes variables que l'on peut rattacher à deux formes pathologiques : le tremblement et la salivation.

Nous étudierons daDS cet article l'empoisonnement et le tremblement; quant à la salivation , elle sera décrite ailleurs (voy. Ptyalisme).

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