‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 5)Chapitre 31 sur 59 · PARALYSIES SYMPTOMATIQUES · texte numérisé non relu

PARALYSIES SYMPTOMATIQUES

On peut les étudier de deux manières différentes : 1° en prenant pour base unique la paralysie en ellemême; 2° en se fondant sur le siège de la lésion qui la détermine. En se plaçant au premier point de vue , on trouve que, suivant que la paralysie est générale ou partielle , du mouvement ou du sentiment , complète ou incomplète , subite ou graduelle, elle indique le siège et quelquefois la nature de la lésion. En ne tenant compte que de la cause matérielle qui produit la paralysie, on établit qu'elle est encéphalique , spinale, par maladie du nerf, suivant qu'elle réside dans l'une ou l'autre de ces parties. Nous suivrons ce dernier ordre parce qu'il introduit plus de netteté dans le diagnostic , et qu'il fait descendre de la cause au symptôme.

1° Paralysie encéphalique. — Paralysie générale du mouvement. Elle est générale et frappe à la fois le sentiment et le mouvement, 1° quand une hémorrhagie à grand foyer existe dans un hémisphère cérébral et comprime l'autre; 2° quand l'hémorrhagie est double ; 3° quand elle désorganise la protubérance annulaire ou le bulbe

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générale. — Nous ne connaissons

rachidien (voy. Apoplexie, t. i) ; 4° quand le sang s'épanche dans la grande cavité arachnoïdtenne (voy. Méninges (Hémorrhagies des), t. v, p. 609) ; 5° dans certains ramollissements séniles subits et étendus; 6° dans l'hydrocéphale aiguë , lorsque l'épanchément s'effectue rapidement. On a observé quelquefois la paralysie générale dans le coup de sang du plus haut degré; elle ne dure alors qu'un temps fort court (voy. Apoplexie). Elle se montre encore dans le narcolisme par l'opium et dans l'ivresse ; mais , dans ce cas, elle n'est que passagère

Aneslhésie

pas un seul fait incontestable de paralysie du sentiment seule et indépendante de celle du mouvement. Dans l'extase , dans le somnambulisme , dans les phénomènes dits magnétiques, la sensibilité générale est abolie, suspendue momentanément. On observe la même anesthésie chez quelques hystériques. Ces faits d'anesthésie, encore environnés d'incertitude et sujets à bien des commentaires, ont besoin d'être étudiés de nouveau et avec les lumières qui appartiennent à un médecin vraiment digne de ce , nom.

Paralysie partielle du mouvement. — Dans l'hémiplégie, ou paralysie d'un côté du corps, le sentiment et le mouvement sont presque toujours abolis simultanément. Elle est le signe le plus ordinaire des maladies du cerveau. L'hémiplégie occupe, dit-on , d'une manière générale, plus souvent le côté gauche que le côté droit. Galdani affirme que les premières sont aux secondes dans le rapport de 11:3; M. Bourdon ditque, sur 63 hémiplégiques, 36 étaient affectés du côté gauche, 27 du droit; et M. Cabard, que, sur 45 paralysies , il y avait 24 hémiplégies gauches (extrait de l'ouvr. de J. Frank, loc. cit., p. 388 ). J. Frank partage tout à fait cette manière de voir. Laparalysie n'est pas toujours aussi marquée dans le membre supérieur que dans l'inférieur; le plus souvent le bras est plus gravement affecté que le membre inférieur; on observe plus rarement le contraire.

La paralysie partielle du sentiment, la inutilité étant intacte, est un phénomène assez rare; cependant on en cite quelques exemples. M. Rostan a rapporté dans ses leçons cliniques l'observation d'un sujet âgé de sept aus, qui, après avoir présenté tous les symptômes de l'hémorrhagie cérébrale, avait conservé une paralysie du sentiment bornée à une moitié du corps.

Le diagnostic du siège de la lésion encéphalique par le siège de la paralysie est un des points les plus importants, et en même temps les plus difficiles de l'histoire des paralysies. Nous ne pouvons revenir avec détail sur cette question de séméiologie , qui a été amplement traitée au mot Apoplexie (t. i, p. 251).

Nous avons établi et nous devons rappeler qu'à de très-rares exceptions près , la paralysie occupe toujours le côté du corps opposé à la lésion encéphalique. Quelques faits exceptionnels ont été rapportés par les auteurs ; nous en avons cité un certain nombre (p. 251 ). M. Rostan , qui en avait recueilli un semblable, a reconnu depuis qu'il s'était trompé, et que ce fait n'offrait rien que de conforme à la loi généralement établie; il est persuadé que des erreurs pareilles ont été commises par les auteurs, et, entre autres, par M. Andral, dans les deux observations qui se trouvent consignées dans sa Clinique médicale (Rostan, Leçon clinique }m Gazette des hôpitaux , n° 85, juillet, p. 338; 1844).

11 règne une incertitude beaucoup plus grande sur le rapport qui existe entre la lésion des différentes parties du cerveau et le siège de la paralysie. On ne peut admettre, d'une manière absolue , que la lésion des corps striés entraîne la paralysie des membres inférieurs; celle des couches optiques, la paralysie des supérieurs; que la lésion de la corne d'Ammon , ou du lobe antérieur du cerveau , entraîne la perte delà parole; que l'hémiplégie résulte toujours de la lésion des couches optiques et des corps striés.

La paralysie croisée ou transverse annonce, à coup sûr, une double lésion cérébrale , soit contemporaine, soit développée successivement à des époques différentes. Il n'est pas rare de trouver, chez des vieillards qui ont été frappés d'hémorrhagie cérébrale , une paralysie du bras à laquelle vient s'ajouter celle d'un membre.

Il résulte de ce que nous venons de dire que la paralysie générale et partielle a une grande valeur séméiologique , et indique le plus souvent une maladie du cerveau; si la paralysie est subite, elle appartient à une hémorrhagie ou au coup de sang , plus rarement à un ramollissement sénile; graduelle et incomplète, succédant à la contracture, elle est le symptôme ordinaire de l'encéphalite et du ramollissement, quelle que soit sa nature; alternant irrégulièrement avec la contracture, elle est souvent produite par la phlegmasie consécutive de la pulpe cérébrale.

La paralysie d'un membre, du supérieur, par exemple , est un signe d'affection encéphalique ou de la moelle qui est alors intéressée'dans son bulbe ou sa portion cervicale. La paraplégie, c'est-à-dire la paralysie des membres inférieurs, est rare dans les lésions encéphaliques; cependant, dans cette singulière paralysie, qui atteint les aliénés et que M. Calmeil , un des premiers, a si bien décrite, le mouvement est aboli ou diminué dans les membres inférieurs, tandis que les supérîeursconserventleur motilité ou bien celle-ci esta peine altérée (voy. Folie, Compend., t. iv,p.l 67). On a décrit des paralysies intermittentes, c'est-à-dire dis-

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paraissant pendant un certain temps pour se reproduire de nouveau. Il n'y a que la fièvre intermittente, pernicieuse, comateuse , qui puisse produire cette paralysie; les autres, sont de fausses paralysies intermittentes.

2° Paralysie spinale. — Elle est rarement générale ; on la rencontre cependant lorsqu'une hémorrhagie ou un ramollissement désorganisent la substance nerveuse du bulbe rachidien ou la portion cervicale de la moelle. Ev. Home, J. Frank et d'autres ont vu la paralysie des quatre membres dans des cas où du saDg s'était épanché en dehors de la dure-mère et comprimait la moelle depuis la quatrième vertèbre cervicale jusqu'à la seconde dorsale. Nous avons dit qu'une affection spinale située au niveau du renflement cervical , paralysait souvent le tronc , les quatre membre, et les réservoirs des fèces et de l'urine. Après les fractures de la colonne vertébrale, dans la maladie de Pott, la paralysie est rarement générale , parce que la lésion n'occupe, le plus ordinairement que les parties inférieures de la moelle.

11 est beaucoup plus fréquent d'observer des paralysies partielles dans les affections spinales. Elles ont pour caractères : 1° d'être toujours situées du même côté et au-dessous de la lésion , si ce n'est dans les derniers temps ; 2° d'affecter la sensibilité et la motilité dans la plupart des cas, parce que la lésion s'étend le plus ordinairement aux faisceaux antérieurs et postérieurs; 3" d'être limitées à la sensibilité quand ce sont les faisceaux postérieurs , et à la motilité quand ce sont les antérieurs qui sont lésés. La paraplégie est le symptôme le plus constant des affections spinales, soit primitives, soit consécutives à une altération delà substance osseuse de la colonne vertébrale. Le rectum et la vessie sont paralysés ; la sensibilité et la motilité abolies ou diminuées au même degré. La paralysie a aussi pour caractère de se développer presque simultanément sur les deux membres et de durer un temps fort long.

Paralysie par maladie de s nerf s. — Dans ce paragraphe sont comprises toutes les paralysies partielles qui dépendent de la maladie des nerfs qui se distribuent aux différentes régions du corps. Elles ne peuvent être reconnues qu'à l'aide des données précises fournies par l'anatomie et la physiologie. Pour savoir si la paralysie a son siège dans les muscles deltoïde, grand pectoral, droit antérieur de la cuisse, etc., il faut absolument connaître les fonctions de ces muscles et les mouvements qu'ils sont destinés à produire. Nous indiquerons rapidement les principales paralysies partielles que peuvent présenter le tronc et les membres, et nous en indiquerons ensuite les causes.

A h/ace,, la paralysie des muscles d'un côté du visage donne lieu à l'immobilité de ce même côté de la face qui est tirée vers 1ers parties saines. A cette

cause tiennent les grimaces singulières et cette espèce de rire sardonique que l'on observe chez quelques sujets: ils ne peuvent non plus rider ni faire mouvoir le front ou le sourcil (parai, du muscle frontal et sourcilier) , fermer la paupière (parai, de l'orbiculaire) , l'ouvrir (parai, de l'élévateur) , dilater la narine, élever la lèvre supérieure ( parai, du muscle élévateur) , la commissure des lèvres ( parai, du canin et du zygomatique) , fermer la bouche et empêcher l'écoulement de la salive et des boissons (orbiculaire des lèvres) , chasser l'air ou diriger au centre de la bouche les aliments (parai, du buccinateur), relever la mâchoire inférieure ( parai, du temporal , du masséter, du ptérygoïdien interne).FDans la paralysie faciale , la commissure de la bouche est déviée et tirée du côté sain, la pointe de la langue se dirige ordinairement vers le côté de la face qui est paralysé.

Au cou , lorsque la paralysie affecte les muscles qui soutiennent la tête ( complexus, splenius, digastrique, trachélo-mastoïdien), celle-ci tombe sur la poitrine comme pendant le sommeil. Les malades sont contraints de soutenir la tête et de lui donner certaines positions avec les mains. Si le muscle sterno-cléidomastoïdien droit est paralysé, le gauche agissant seul, la face est portée du côté paralysé.

La paralysie des muscles du thorax entraîne l'immobilité des côtes et une asphyxie lente ou rapide. Les extrémités supérieures peuvent être paralysées. Les chirurgiens ont occasion d'observer assez souvent la paralysie du deltoïde, provoquée par la compression que la tête de l'humérus luxée exerce sur le nerf circonflexe et la paralysie du grand dentelé par lésion des nerfs thoraciques postérieurs. Toutes les fois qu'une paralysie est partielle , limitée à un ou plusieurs muscles, il est nécessaire de rechercher avant tout si elle ne tient pas à une maladie des nerfs qui s'y distribuent. Nous avons dit , en parlant de |la névrite, que la compression] et les maladies des nerfs et de leur névrilème donnent lieu, dans les derniers temps , à une paralysie des parties auxquelles ils se distribuent. « Le docteur Graves a vu avec le docteur Brennan, un homme robuste, qui, s'étant beaucoup fatigué toute la journée, s'endormit après son dîner, la tête appuyée sur ses bras qui étaient croisés sur la table : un des nerfs cubitaux se trouva ainsi comprimé pendant fort longtemps, et à son réveil, l'avant-bras avait perdu tout mouvement. Aucun moyen thérapeutique ne put dissiper cette paralysie» (mém. cité, in Archiv. gén. de méd., t. xr, p. 213; 1836). Le développement des glandes sous-axillaires squirrheuses, ou de toute autre tumeur siégeant sur le trajet d'un nerf, peut amener la paralysie (J. Frank, loc. cit., p. 402). On a cité des cas de paralysie de l'extrémité des doigts et du pouce, déterminée par la constricîion trop forte qu'a-

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vait exercée un bandage. Le docteur Bright parle d'uue paralysie de l'avant-bras causée par un cal vicieux; cette cause nous paraît douteuse. On a aussi indiqué la phleginasie du nerf sciatique comme pouvant se terminer par la paralysie du membre inférieur (Todd, art. cité).

La paralysie des mouvements ou de la sensibilité de la face peut dépendre , comme nous l'avons établi ailleurs ( voy. Face) , de différentes lésions développées dans le trou stylo-mastoïdien ou dans les environs et sur le trajet du nerf trifacial, ou d'une maladie qui affecte ce nerf à son origine.

La paralysie des viscères musculeux, de l'œsophage, de l'estomac, du larynx, de la vessie, du rectum, peut être le résultat d'une lésion encéphalique. On sait que la perte de la parole et l'aphonie sont souvent le symptôme de l'hémorrhagie cérébrale ; il en est de même de la paralysie du rectum et de la vessie ; après les lésions encéphaliques, celles qui produisent le plus souvent ces paralysies sont les affections de la moelle épinière. La paralysie du diaphragme est liée aux mêmes causes ; on la voit très-rarement dépendre d'une lésion du nerf phrénique (voy. Oesophage, Larynx, et Apoplexie ).

Il y a une paralysie qui réside dans les muscles frappés de quelque altération. Telle est, par exemple, la paralysie qui dépend delà rupture d'une partie des fibres d'un muscle .; le rhumatisme , la suppuration phlegmasique. La cause de la paralysie peut siéger dans la peau elle-même , et alors elle n'affecte que la sensibilité. Très-rarement les maladies du corps papillaire s'accompagnent d'anesthésie [annales des maladies de la peau et de la syphilis , 2 vol.; août 1 844). L'anesthésie est aussi un des accidents les plus constants de l'acrodynie ; elle est symptomatique de maladie de la peau (voy. Acrodynie , 1. 1, p. 128).

Nous ne pouvons rien dire de général sur le pronostic de la paralysie symptomatique , encore moins sur son traitement. Nous recommanderons seulement au praticien de ne jamais combattre une paralysie idiopathique avant de s'être assuré bien positivement du diagnostic local, c'est-à-dire avant d'avoir déterminé le siège et la nature de la lésion. En se fondant sur le diagnostic, il reconnaîtra facilement que les paralysies encéphalique, spinale, par maladies des nerfs, réclament un traitement tout à fait différent et approprié aussi à la nature du mal. Si la paralysie symptomatique persiste, doit-on chercher à la guérir par des excitants locaux capables de réveiller la motilité? Tendant longtemps on a répondu à cette question par l'affirmative ; mais aujourd'hui que l'anatomie pathologique a vivement éclairé l'histoire des maladies du système nerveux , il n'est plus permis de recourir à un pareil traitement, si ce n'est dans des cas assez rares, et lorsqu'on a acquis la certitude que

les désordres matériels n'existent plus. On conçoit les dangers que présenterait une médication stimulante dans la paralysie symptomatique d'une hémorrhagie ou d'un ramollissement qui ne serait pas entièrement cicatrisés. Lors même que cette cicatrisation est obtenue,lemouvementetlesentimentne reparaissent que rarement dans les parties, parce que les fonctions ne peuvent se rétablir là ou un travail morbide et son produit (kyste , cicatrice , induration , etc.) sont venus prendre la place du tissu de l'organe. Lorsque la perte du mouvement et l'anesthésie diminuent lorsque la guérison tend à s'établir, on peut, avec quelques précautions, exciter l'innervation centrale et périphérique. Un médecin habile peut seul distinguer ces différents cas et saisir les indications thérapeutiques.

Historique et bibliographie — Une singulière prétention a été élevée par quelques auteurs modernes qui n'ont pas craint de dire que la paralysie avait été cousidérée, jusque dans ces derniers temps, comme une maladie indépendante d'une lésion matérielle des organes. Il suffit d'ouvrir les ouvrages de l'école hippocratique, de Galien et de Gelse, pour se convaincre qu'ils ont souvent rattaché la paralysie aux lésions céréb raies (voy. Apoplexie, Historique et bibliographie) , et que leurs successeurs n'ont fait que développer cette opinion en l'appuyant sur les données que leur fournissait une observation plus sévère et plus éclairée. Boerhaave a indiqué dans ses écrits {Prœlectiones\academicœ , de Paralysi; — Aphor.ji.xu, de Paralysi) les principales conditions morbides qui peuvent engendrer les paralysies. On doit à Fréd. Hoffmann une mention fort exacte de celles qui sont le symptôme de l'hémorrhagie cérébrale. Nous ne ferons que rappeler les noms de Valsalva, de Brunner,de Wepfer,de Morgagni ,etc, dont les immortels travaux de localisation brillent d'un si grand éclat dans l'histoire des paralysies. Nous ne pourrions dire ce que l'on doit à ces illustres écrivains, sans rentrer dans l'historique de l'apoplexie, des maladies du cerveau et de l'encéphalite (voy. ces mots). On regrette de ne pas trouver dans les traités récents une description générale de la paralysie. Elle est étudiée d'une manière confuse comme maladie distincte dans plusieurs d'entre eux ; mais elle n'a point été envisagée, comme tant d'autres symptômes que laséméiologie s'attache à nous faire connaître, sous le rapport des causes et des signes diagnostiques et pronostiques. Nous avons cherché à remplir cette lacune avec les matériaux que nous avons rassemblés pour la rédaction de nos articles de pathologie générale.

PARAPLÉGIE. — Voy. Paralysie.

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