PEAU ( MALADIES DE LA
C'est un article de pathologie générale que nous avons à faire icij mais combien notre embarras est
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grand en présence du tableau que nous présentent les dermatologistes ! Si déjà nous avons éprouvé d'insurmontables difficultés pour établir quelques considérations applicables aux affections comprises dans un même ordre du cadre dermatologique; si déjà, à propos des exanthèmes, nous avons été réduits à montrer qu'il est impossible de trouver des analogies sérieuses entre l'érythème et la scarlatine, l'érysipèle et la rougeole , que pouvons-nous faire lorsqu'il nous faut embrasser, dans son ensemble, cet amalgame hétérogèoe d'affections diverses décorées du nom générique de dermatoses? Quels avantages pouvons-nous retirer du rapprochement de la gale et de la variole, du lichen et du purpura? A défaut d'analogies, faut-il indiquer les dissemblances qui séparent le psoriasis de l'éléphantiasis des Arabes? Et nous ne parlons pas des auteurs qui comprennent dans les maladies de la peau les affections des ongles, des poils, etc.!
Il suffit de jeter un coup d'œil sur un traité de dermatologie pour comprendre qu'il est impossible d'étudier avec fruit , au point de vue de la pathologie générale, les maladies qui ont été réunies dans le même cadre nosologique; celui qui tenterait cette entreprise serait inévitablement conduit à faire, pour ainsi dire, l'histoire particulière de chacune de ces affections.
Pour faire disparaître une partie des ces difficultés , pour rendre quelques considérations générales possibles, il faut, de toute nécessité, retrancher du nombre des maladies de la peau des affections qui ne sont pas plus des maladies cutanées, que la morve n'est une affection pustuleuse ou un érysipèle, la fièvre typhoïde un lichen. Est-il croyable que dans l'état actuel de la science on continue à ranger parmi les maladies de la peau :
• L'érysipèle, La rougeole , La scarlatine, La miliaire, La varicelle, La gale , La variole, La vaccine ,
L'éléphantiasis des Grecs , Le lupus, La pellagre, Le purpura, L'éléphantiasis des Arabes.
Quant à nous, nous ne balançons point à rayer les maladies que nous venons de nommer du cadre des dermatoses, et , en vérité, nous ne croyons pas avoir besoin de développer les motifs sur lesquels repose notre détermination.
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Nous écarterons encore des affections mal connues, dont le siège est encore complètement indéterminé; nous voulons parler :
Dû molluscum , Du frambœsia , Du bouton d'Alep, De la kéloïde.
Les recherches récentes de M. Gruby, tendent à prouver que le favus n'est point une maladie de peau proprement dite , mais le résultat de la présence d'un cryptogame : il faudrait donc encore donner une place à part à cette affection.
G'est après avoir. opéré ces retranchements que nous allons essayer d'étudier les maladies de la peau , considérées en général. Nous devons ajouter que, dès 1839 , M. Gibert ( Traité prat. des mal. spéciales de la peau, p. 67 ; Paris , 1839) a retranché du cadre dermatologique les affections que nous venons d'énumérer, à l'exception de la gale, du lupus, de l'éléphantiasis des Grecs, de l'éléphantiasis des Arabes, de la kéloïde et du purpura, qui ont été maintenus, à tort suivant nous , par ce dermatologiste.
Anatomie pathologique. — Les maladies cutanées revêtent des formes si différentes les unes des autres, que celles-ci suffiraient pour faire admettre, a priori , que lapeau.est un organe complexe, dont les divers éléments peuvent être atteints isolément ou suivant plusieurs modes d'association. L'anatomie est venue démontrer que la peau est en effet constituée «par une réunion d'organes , d'appareils à fonctions distinctes , venant aboutir à une enveloppe épidermique, et maintenus entre eux par un tissu dense, résistant , parcouru par des nerfs , des vaisseaux sanguins ou lymphatiques, tissu analogue au tissu cellulaire, au tissu fibreux, et qui représente le derme» (Gazenave, Quelques considérations sur le siège anatomique des maladies de la peau } etc., in Annales des mal. de la peau , t. i, p. 4; Paris, 1843); mais malheureusement il n'a pas été permis jusqu'à présent de localiser les différentes affections cutanées dans tel ou tel des éléments constitutifs de la peau , et cette localisation , qui exercerait une influence si capitale sur toutes les parties de la dermatologie , se dérobera probablement longtemps encore à nos investigations.
M. Gazenave, dans le mémoire que nous avons cité , a montré que l'étude anatomique et physiologique de la peau peut seule porter la lumière sur l'étiologie, la pathogénie et la thérapeutique des dermatoses; il a exprimé l'espoir de voir cette étude, commencée par MM. Breschet et Roussel ( Nouvelles recherches sur la structure de la peau; Paris, 1835), progresser et devenir féconde dans un avenir prochain ; il s'est efforcé d'appliquer à la pathologie
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cutanée les notions déjà acquises; mais il a reconnu lui- , même que ces applications «ne sont encore , pour la plupart , que des aperçus fournis par des observations assurément vraies , mais peu nombreuses , et surtout appuyées sur des bases encore très-légères» (/oc. cit. p. 6).
Nous reproduirons, cependant, les idées émises par M. Gazenave , en prévenant le lecteur qu'il s'agit ici non de propositions démontrées, mais de suppositions plus ou moins probables appelant vérification. Nous accompagnerons, d'ailleurs, de quelques réflexions le résumé que nous allons faire du travail de M. Gazenave.
Si , devant la réunion d'organes et d'appareils distincts qui constituent la peau , dit M. Gazenave (loc. cit., p. 5 ), on se rappelle que les nombreuses formes des maladies de la peau peuvent être ramenées, pour la plupart, à un certain nombre de lésions élémentaires, constantes, et toujours les mêmes pour les mêmes maladies , on est naturellement conduit à penser que chacun de ces organes , de ces appareils peut , doit même être sujet à des troubles ou à des altérations pathologiques spéciales, qui doivent nécessairement se traduire par des symptômes spéciaux quant à la forme; on est conduit à penser, en un mot, qu'une maladie de la peau , selon qu'elle affecte ou le corps papillaire ou l'appareil sudoripare, ou l'appareil blennogène , se traduit par des symptômes différents. En appliquant ces propositions à quelques-uns des ordres du cadre dermatologique , M. Gazenave est arrivé aux conclusions suivantes.
l°«Les exanthèmes ont leur siège dans le réseau vasculaire de la peau , et sont de véritables inflammations dont les produits varient depuis la simple exfoliation épidermique jusqu'à la formation du pus. L'inflammation peut rester limitée au réseau vasculaire ( érylhème simple) et au tissu cellulaire cutané (érythème noueux, urticaire), ou bien envahir simultanément les vaisseaux lymphatiques (érysipèle pustuleux), les canaux sudorifères (érysipèle bulleux), et même tuutes les parties qui concourent à former la peau ( érysipèle phlegmoneux ). »
A cette première proposition , nous n'opposerons qu'une seule objection : le chiffre de la fibrine est augmenté dans l'érysipèle, et l'on doit par conséquent considérer cette affection comme une phlegmasie; mais dans la rougeole et la scarlatine, la fibrine est normale ou diminuée; si ces deux affections étaient constituées par une phlegmasie, celle-ci serait certainement assez interne et assez étendue pour élever le chiffre de la fibrine. Les taches rubéoliques et scarlatineuses ne doivent-elles pas peutêtre, dès lors, être rapportées plutôt à une congestion qu'à une inflammation?
2° «Les affections vésiculeuses semblent être une
lésion de l'appareil sudoripare; tantôt la maladie est superficielle, et ne dépasse point les extrémités des conduits sudorifères (gale, herpès, eczéma simple)-, tantôt il y a en même temps inflammation du réseau vasculaire (eczéma vubrum) ou des vaisseaux lymphatiques (eczéma impetiginodes ); tantôt enfin la maladie est plus profende encore , et occupe tout l'appareil sudoripare (eczémachronique).» Mais alors pourquoi séparer certains exanthèmes de certaines formes vésiculeuses? L'érysipèle bulleux et l'eczéma rubrum , sont l'un et l'autre , une inflammation du réseau vasculaire et des conduits sudorifères.
3°«Les affections pustuleuses sont constituées par une inflammation qui a son siège tantôt dans les follicules (acné , sycosis, favus), tantôt dans l'appareil lymphatique de la peau(impétigo).»
L'acné, le sycosis nous paraissent être , en effet, quelquefois des inflammations folliculeuses ; mais d'autres fois la phlegmasie occupe manifestement les bulbes pileux (voy. le Compend., t. v, p. 239); des recherches récentes de M. Gruby tendent à prouver que le favus est autre chose qu'une phlegmasie folliculeuse ; la variole, la vaccine ne sont-elles que des inflammations de l'appareil lymphatiqne de la peau?
4°«Les maladies papuleuses ont leur siège dans le corps papillaire ; celui-ci étant composé de filets nerveux , de vaisseaux sanguins et d'une couche épidermique qui emboîte chaque papille en forme d'étui , la lésion peut être bornée à l'élément nerveux (lichen simple, prurigo podicis), accompagnée de l'inflammation de l'élément vasculaire (lichen agrius), ou prédominer dans la couche épidermique. »
Mais les affections papuleuses n'occupent pas les points où les papilles sont les plus nombreuses et les plus distinctes, c'est-à-dire la paume des mains, la pulpe des doigts; quels sont les phénomènes morbides qui autorisent à dire que «l'expression symptomatologique du prurigo porte profondément empreint le cachet des affections nerveuses» (Gazenave, loc. cit., p. 36; ?
5° «Les affections squameuses et les changements de couleur de la peau traduisent évidemment et exclusivement, celles-là une altération de l'appareil blennogène , ceux-ci uu trouble de l'appareil chromatogène. »
6°«Lesaffections tuberculeuses consistent dans une hypertrophie du tissu fibreux qui compose le derme, hypertrophie à laquelle le tissu cellulaire prend trèssouvent part. »
Est-il possible de considérer l'éléphantiasis des Grecs comme une simple hypertrophie du derme et du tissu cellulaire? M. Cazenave ne reconnaît-il pas lui-même que «cette maladie si grave porte ses ef-
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fets déplorables sur presque tous les tissus de l'économie» (Cazenave et Schedel , Abrégé pratique des mal. de la peau , p. 355)?
Tels sont les données que l'anatomie et la physiologie ont fournies, jusqu'à présent, à l'étude des maladies de la peau ; il est aisé de voir combien elles sont insuffisantes et peu solidement établies. Ajoutons, pour être justes, qu'elles ne sont pas neuves, et qu'Alibert s'était déjà appuyé sur elles. «Chacune des parties qui constituent la peau, avait-il dit, a pour ainsi dire des maladies qui lui sont propres. Vous en serez bientôt convaincus si vous étudiez avec soin l'éléphantiasis dans le corion, Tichthyose dans Pépiderme, le prurigo dans le corps papillaire, la carcine dans le névrilème, les éruptions vareuses dans les canaux sébipares , et les exanthèmes dans le corps réticulaire» (Monographie des dermatoses, p. 26, in-4°; Paris, 1832).
Symptomalologie. — MM. Cazenave et Schedel n'ont pas essayé de tracer une description générale des symptômes qui caractérisent les maladies de la peau , et nous serions presque tentés de suivre leur exemple. Comment formuler une seule proposition qui soit également applicable à la gale et au psoriasis, à l'urticaire et au pemphigus? Faut-il dire, en considérant toutes les dermatoses comme des inflammations, «la douleur, la rougeur, la chaleur et la tuméfaction, présentent dans les phlegmasies cutanées une foule de nuances et de variétés?.. La démangeaison , la chaleur, la cuisson , la brûlure , la tension , le sentiment d'érosion, etc., sont autant de formes sous lesquelles la douleur de la peau enflammée peut se montrer ; à chacune se rattachent une foule de nuances» (Rayer, Traité thérapeutique et pratique des mal. de la peau, t. i, p. 10; Paris, 1835). L'alternative est cependant celle-ci : Ecrire des banalités, dont, la plupart ne sont pas exactes, ou tomber dans la description des différents ordres, ou même des individualités, du cadre dermatologique.
M. Gibert a parfaitement compris qu'il en est ainsi. «Les maladies de la peau, dit-il, donnent lieu à des phénomènes qui varient trop dans les diverses espèces, quoique quelques auteurs aient cru pouvoir tous les rattacher aux nuances d'un travail inflammatoire primordial , pour qu'on puisse en tracer un tableau général satisfaisant» (ouvr. cité, p. 27).
M. Devergie, faisant abstraction des exanthèmes, a partagé les maladies cutanées en deux grandes classes : celles qui sécrètent et celles qui ne sécrètent pas ( Quelques idées sur la thérapeutique généralement adoptée pour les maladies de la peau , in Journal de méd., t. i, p. 13; 1843); mais il s'est contenté d'indiquer cette division sans en tirer aucun parti. Cette manière déjà ancienne d'envisager les dartres, suivant qu'elles sont humides ou sèches,
est peut-être cependant la seule qui se prête à quelques considérations de pathologie générale, et qui ait quelque importance pratique. C'est en nous fondant sur elle que nous essayerons de présenter, sur la pathologie cutanée, quelques idées dont nous devons revendiquer toute la responsabilité, car elle nous appartient exclusivement. Nous prions d'ailleurs le lecteur de se souvenir, que nous ne prétendons qu'appeler l'attention des observateurs sur certains faits que nous n'avons pas la prétention d'avoir complètement élucidés.
Dermatoses avec sécrétion. — Cette première classe comprend les affections vésicu/euses , huileuses et pustuleuses. Toutes les maladies appartenant à ces trois ordres doivent être considérées comme des phlegmasies cutanées, pouvant revêtir la forme aiguë et la forme chronique; mais des différences notables séparent les affections vésiculeuses et huileuses, des pustuleuses.
Les maladies vésiculeuses et huileuses, qu'elles soient à l'état aigu ou chronique, donnent lieu, lorsqu'elles ne recouvrent qu'une petite étendue de l'enveloppe cutanée , à des symptômes locaux, que nous ne devons pas décrire ici (voy. Bulles et Vésicules), et à des phénomènes généraux très- légers, qui ne méritent qu'une simple mention. C'est tout au plus si un eczéma aigu limité, si le zona, déterminent un peu de fièvre et quelques phénomènes de réaction. Il n'en est plus de même lorsque ces affections, aiguës ou chroniques, recouvrent une grande sur/ace , la presque totalité du corps , par exemple, ainsi que cela a lieu quelquefois (eczéma chronique, pemphigus aigu ou chronique) : alors les symptômes de réaction sont plus prononcés, surtout dans l'état aigu ; mais ce ne sont pas eux encore qui doivent attirer l'attention de l'observateur : c'est du côté des fonctions perspiratoires de la peau et des membranes séreuses que se passent les phénomènes les plus importants.
Quelques auteurs se sont efforcés de mettre en relief les points de contact qui existent entre les maladies de la peau et celles des membranes muqueuses : leurs tentatives ne les ont conduits à aucun résultat, et il était peut-être facile de le prévoir.
Nous pensons que c'est entre la peau et les membranes séreuses qu'existent les relations physiologiques les plus importantes à connaître pour le dermatologue.
Lorsqu'une maladie vésiculeuse ou bulleuse , aiguë ou chronique (eczéma et pemphigus chroniques) , occupe une portion considérable de l'enveloppe cutanée, l'exhalation qui s'opère sur la surface de celle-ci peut cesser plus ou moins complètement de s'effectuer; le liquide dont la déperdition ne peut plus s'opérer, suit une autre voie , et alors on observe
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des phénomènes de deux ordres : tantôt il se forme des épanchements dans une ou dans plusieurs des cavités séreuses de l'économie, soit que ces épanchements reconnaissent pour cause une véritable phlegmasie, soit qu'ils résultent d'une simple exhalation, sans traces d'inflammation, qu'ils constituent, en un mot, des exemples de celle espèce d'hydropisie que nous avons rattachée aune modification pathologique survenue dans la structure de la peau , ou à la suppression de quelque sécrétion normale (classe 1 , ordre m. Voy. le Compcndium , t. iv , p. 610 et 61 1 ).
Dans d'autres cas, c'est la surface intestinale qui est appelée à suppléer la perspiration cutanée abolie , et alors, tantôt, on voit se développer une phlegmasie intestinale chronique, tantôt on voit s'établir une diarrhée séreuse, laquelle peut devenir, par elle même , un phénomène morbide grave (voy. Terminaisons ).
Enfin, dans certains cas, les affections dont nous venons de parler produisent, sur la surface de la peau, une sécrétion continue et tellement abondante que l'économie ne peut subvenir à la déperdition énorme qui s'effectue incessamment; il survient alors' des troubles graves dans la nutrition générale; les fonctions digestives s'altèrent, et les malades tombent dans l'émaciation et l'épuisement.
En admettant que les affections cutanées vésiculeuses et huileuses aient leur siège dans l'appareil sudoripare, on pourrait peut-être comprendre les phénomènes que nous venons de faire connaître; mais en l'absence d'une notion précise , anatomique et physiologique , on n'en est pas moins forcé d'accepter des faits pathologiques dont l'observation établit incontestablement l'existence. On favorise la résorption d'un épanchement en produisant une éruption vésiculeuse ou huileuse artificielle sur la peau correspondante ; on observe un amaigrissement notable à la suite de sueurs répétées et très-abondantes : n'existe-t-il donc aucune relation entre ces phénomènes et ceux que nous venons de signaler? Toutefois , sans rentrer ici dans des considérations que nous avons développées ailleurs ( Compend., loc. cit. ) , nous devons rappeler combien il importe, dans les cas en question , que l'observation soit complète et sévère: avant de rattacher l'épanchement survenu dans ces circonstances à l'altération de la peau, il faut examiner tous les organes, l'urine, le sang ; il faut se convaincre que l'hydropisie n'a pas sa cause dans une maladie du cœur, des vaisseaux , des reins, du foie; dans une altération générale telle que l'anémie , etc.
Les affections pustuleuses ne donnent que trèsrarement lieu aux accidents ci-dessus indiqués; elles sont rarement très-étendues chez les adultes , et ce n'est guère que chez les enfants très-jeunes qu'elles
peuvent présenter quelque gravité (voy. Impétigo). Le plus ordinairement ce n'est ni en entravant les fonctions perspiratoires de la peau, ni en produisant une hypersécrétion trop abondante, que les affections pustuleuses déterminent des accidents : c'est comme phlegmasies qu'elles agissent, et l'on se rendra facilement compte de cette circonstance si l'on réfléchit que ces maladies n'intéressent que les follicules sébacés et pileux de la peau, ou bien, suivant M. Cazenave , le réseau lymphatique.
Dermatoses sans sécrétion. — Dans cette seconde classe viennent se ranger les affections papuleuses et squameuses , et les macules. Ici, on n'observe aucun des phénomènes que nous avons vus pouvoir se lier aux dermatoses avec sécrétion : l'altération est disséminée : elle n'occupe que de petites surfaces séparées par des intevalles dans lesquels la peau reste saine, et conserve l'intégrité de ses fonctions. Si à ces considérations on ajoute que les maladies de cette seconde classe paraissent appartenir aux appareils blennogène et chromatogène , c'est-à-dire à des appareils chargés de sécréter un produit presque inorganique, on comprendra que les dermatoses sans sécrétion soient toujours apyrétiques, aient presque constamment une marche chronique , et puissent exister pendant un temps fort long sans apporter un trouble notable dans l'exercice des fonctions.
Marche, durée. — Les dermatoses sont aiguës ou chroniques, et nous avons vu que celles de notre deuxième classe revêtent ordinairement cette dernière forme. La durée varie entre un ou deux septénaires et plusieurs mois , ou même plusieurs années. On a prétendu que les maladies cutanées sont souvent intermittentes, et l'on a beaucoup insisté sur cette circonstance pour établir que les dermatoses reconnaissent souvent pour cause une lésion interne : l'existence d'un vice dartreux, etc. L'observation d'un grand nombre de faits permet d'affirmer que l'on a presque constamment confondu l'intermittence avec des récidives, déterminées par des causes parfaitement appréciables. C'est ainsi que sous l'influence de causes atmosphériques, de conditions professionnelles, on voit certaines dermatoses disparaître spontanément aux approches de l'hiver pour reparaître au printemps ; mais le plus ordinairement, c'est parce que les malades, à peine guéris, vont s'exposer de nouveau à l'action des causes qui ont produit le développement de l'affection , que celle-ci reparaît. L'un de nous a rapporté des observations qui ne laissent aucun doute à cet égard, et depuis, il en a recueilli beaucoup d'autres qui sont complètement confirmatives des premières (L. Fleury, Mémoire et observations sur le psoriasis , etc. , in Archw. génér. de médec, n° de décembre 1836). M. Devergie a reconnu la vérité de notre assertion, a On ne tient pas assez compte, dit-il,
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dans la ténacité des dartres et dans leur récidive, des influences que les agents extérieurs exercent sur la peau (mém. cit., p. 16). Envisagées comme nous venons de le faire, les récidives sont très-fréquentes dans la plupart des dermatoses : la peau semble conserver pendant longtemps une grande propension à redevenir le siège de l'altération dont elle a été précédemment atteinte.
Terminaisons. — Dans le cadre restreint que nous avons adopté , l'eczéma et le pemphigus sont à peu près les seules affections qui puissent occasionner la mort : elles appartiennent toutes deux aux dermatoses avec sécrétion. On a prétendu que le prurigo produit quelquefois, chez les vieillards, une émaciation et des troubles nerveux assez graves pour amener une terminaison funeste ; nous ne saurions accepter cette assertion; la mort est toujours le résultat d'une complication.
Nous avons dit que les malades succombent quelquefois par suite des troubles survenus dans la digestion et la nutrition , soit en raison de l'abondance des matières sécrétées, soit en raison du développement d'une gastro-entérite chronique; les faits de ce genre ne comportent guère plusieurs interprétations ; mais lorsque la mort est le résultat d'uue inflammation viscérale (pleurésie, péricardite, pneumonie, etc.), d'un épanchement, elle n'est pas envisagée de la même manière par tous les auteurs.
Les anciens attribuaient généralement la terminaison funeste à la métastase , à la rétrocession, à la répercussion du vice ou du virus dartreux; pendant longtemps on a bâti sur la répercussion des dermatoses , et spécialement de la gale (voy. le Compend., t. v, p. 249 et suiv. ), des théories hypothétiques et antiphysiologiques, que certains auteurs ne craignent pas de reproduire encore aujourd'hui (Duchesne - Duparc , Traité complet des gourmes, p. 23-28; Paris, 1842). Aucun fait concluant ne peut être invoqué à l'appui de ces doctrines, et tout ce que nous avons dit à propos de la gale peut être appliqué à toutes les dermatoses. «11 est fréquent, disent MM. Gazenave et Schedel {loc. cit., p. 46), de voir sous l'influence d'une maladie fébrile accidentelle, une éruption, même une éruption chronique qui durait depuis plusieurs mois , se flétrir, quelquefois même se dissiper peu à peu et disparaître entièrement, pour se reproduire de nouveau , se reformer lentement, aussitôt que le malade entre en convalescence. L'on ne manque pas dédire alors, prenant l'effet pour la cause, que l'éruption est rentrée et s'est portée sur des organes importants. Cependant la phlegmasie intérieure a évidemment précédé la disparition de l'éruption ; le retour de cette dernière n'a eu lieu que lentement , et lorsque déjà tous les organes antérieurement enflammés ne pré-
sentaient plus aucun phénomène morbide... Si la disparition de l'éruption a semblé quelquefois coïncider avec le développement de l'inflammation antérieure, ces cas sont rares et ne prouvent rien; car on sait très-bien qu'un organe peut être déjà malade et enflammé depuis quelques jours , avant qu'il ait produit aucun phénomène morbide appréciable. Pourquoi donc chercher des explications forcées quand la- physiologie nous en offre qui sont toutes naturelles.» Nous adoptons complètement ces sages paroles, auxquelles nous espérons fournir bientôt un nouvel appui (voy. Étiologie).
Il est rare que les dermatoses guérissent spontanément; dans les formes chroniques cette terminaison heureuse n'a presque jamais lieu , ou bien la guérison n'est pas solide, et la maladie ne tarde pas à se montrer de nouveau.
Complications. — Les inflammations de la plèvre, du péricarde, sont, comme nous l'avons dit, des complications terminales assez fréquentes de l'eczéma et du pemphigus chroniques; ces mêmes dermatoses sont souvent accompagnées , surtout chez les vieillards, de gastro-entérites, de bronchites chroniques, avec lesquelles les symptômes cutanés alternent quelquefois.
Deux ou plusieurs maladies de la peau peuvent se trouver réunies sur le même individu, mais ces complications n'offrent rien de particulier.
Le diagnostic des affections cutanées ne peut être étudié d'une manière générale que pour chacun des ordres du cadre dermatologique.
Le pronostic est toujours fâcheux en raison de la ténacité de la plupart des maladies de la peau et de leurs fréquentes récidives; il n'est toutefois funeste que dans des cas exceptionnels d'eczéma et de pemphigus chroniques.
Étiologie. — L'étude des causes est, sans contredit, le point le plus important de l'histoire générale des dermatoses , mais elle est encore fort mal établie. Des hypothèses que rien ne justifie, qui sont en opposition avec les enseignements de l'analogie et des saines doctrines physiologiques , ont été répétées par les auteurs, qui se sont copiés les uns les autres, sans penser à vérifier , par une observation sévère , les étranges assertions qu'ils reproduisaient.
Certes, la peau étant dans un contact immédiat, incessant avec les modificateurs extérieurs, il était naturel , légitime , rationnel de chercher dans l'influence des causes externes les causes des affections cutanées ; eh bien ! cette recherche, qui était si facile, qui promettait les résultats les plus positifs que l'on puisse obtenir en étiologie, n'a pas été faite; on s'est contenté de quelques propositions vagues, obscures; personne n'a songé à puiser dans des relevés statistiques une appréciation rigoureusement établie.
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Pendant longtemps ou a raltaché le développement des deiinatoses à nu êlre mystérieux décoré du nom de vice dartreux , de virus dartreux , et les théories les plus ridicules ont été fondées sur l'existence supposée de cet agent inconnu. On a prétendu que le vice dartreux avait son siège primitif dans les humeurs de l'économie; que les manifestations externes ou cutanées étaient le résultat des efforts dépurateurs de la nature médicatrice ; que, par conséquent, il était souvent très-dangereux d'entraver ces efforts et de faire disparaître une affection cutanée , puisque l'on courrait le risque de voir le vice dartreux se porter, au moyen dune métastase, d'une répercussion,, d'une rétrocession , sur un organe interne, et de compromettre ainsi la vie du malade. Nous n'avons pas besoin de montrer le danger de ces différentes propositions.
La gale (voy. le Compendium, t. v, p. 249, 250, 259), considérée comme celle des dermatoses, dans laquelle l'existence d'une cause interne générale, du vice dartreux était la mieux démontrée , la gale n'est plus aujourd'hui , pour tous les hommes instruits , que le résultat de la présence, sur le corps de l'homme, d'un insecte ; mais la découverte définitive de l'acarus scabiei n'a point été un enseignement pour les dermatologistes ; elle ne leur a pas appris à se défier du vice darlreux; elle ne les a pas engagés à contrôler enfin, par l'observation , leurs anciens errements.
Les uns, nous reportant aux théories chimiques de Sylvius de le Boe et de Guillaume Goile , ne craignent pas d'imprimer, en 1 844, a que les dermatoses sont la manifestation externe d'un mal intérieur et général , dont la nature s'efforce de se débarrasser en le poussant au dehors ; d'un vice darteux constitué par Xabondance, la fluidité, la dégénérescence des humeurs, la prédominance de la lymphe, et la
PROPENSION DU MUCUS A TOURNER A l'aCESCENCE ! ! » (Du-
chesue-Duparc, Traité complet des gourmes, etc., p. 22 et 145; Paris, 1842 et 1844).
Les autres ne tombent pas dans ces aberrations; ils reconnaissent que les causes externes locales jouent un grand rôle dans l'étiologie des dermatoses , mais néanmoins ils accordent encore une place fort importante aux causes internes et générales, à la diathèse dartreuse.
«Nous ignorons complètement, dit M. Gibert, quelle est la cause prochaine d'un grand nombre de maladies cutanées... Les maladies de la peau sont souvent liées à un vice interne, à une diathèse particulière qui les provoque, les entretient et les reproduit» (ouvr. cité, p. 15-18).
«J'ai soigné un grand nombre d'individus, dit M. Rayer, chez lesquels l'eczéma , le psoriasis , le lichen , etc., paraissaient être un phénomène constitutionnel difficile à détruire , tendant sans cesse à se
reproduire, et indépendant de toute cause accidentelle appréciable» (ouvr. cité, p. 34).
«Les dartres, suivant M. Devergie, sont le plus souvent liées à un état général de l'économie, à quelque vice du sang et des humeurs que nous ne pouvons saisir» (mém. cité , p. 15).
«Au point de vue de l'étiologie , dit M. Cazenave, les maladies de la peau doivent être rangées dans trois catégories : 1° maladies purement accidentelles développées sous l'influence de causes extérieures; 2° maladies produites par l'altération d'un organe interne; 3° maladies constitutionnelles acquises, innées, développées sous l'influence d'une disposition organique particulière , transmissible par voie d'hérédité» (mém. cité, p. 68).
Arrêtons-nous à cette dernière division que nous acceptons , en la modifiant de la manière suivante:
Dans le plus grand nombre des cas, les maladies cutanées sont déterminées par des causes externes parfaitement appréciables.
Dans quelques cas rares, les maladies cutanées coïncident avec des maladies gastro-intestinales, hépatiques, etc. ; mais rien ne prouve qu'il existe une relation de cause à effet entre ces deux ordres d'affections.
A l'exception de l'ichthyose , qui est une affection congénitale et quelquefois héréditaire , les dermatoses se développent souvent en l'absence de toute cause appréciable ; mais rien n'autorise à les attribuer, alors, à une altération générale spéciale, à un vice dartreux, à une diathèse dartreuse, à une disposition organique particulière transmissible par voie d'hérédité.
Nous avons déjà émis ces propositions dans plusieurs articles de cet ouvrage (voy. les articles Eczéma, t. m, p. 163, 164 ; Herpès", t. iv, p. 564, 565 ; Impétigo, t. v, p. 157 ; Lichen, t. y, p. 567); nous allons les développer ici et les appuyer de quelques chiffres qui ne sont pas assez élevés pour décider la question, mais qui, néanmoins, ont une valeur qui ne saurait être contestée. L'un de nous (L. Fleury) poursuit d'ailleurs à l'hôpital Saint-Louis, grâce à l'obligeante amitié de M. Émery, les recherches statistiques qu'il a entreprises dans le but de donner enfin une base solide à l'étude étiologique des dermatoses, et il espère pouvoir bientôt confirmer les résultats qu'il a obtenus jusqu'à présent, et qui vont être exposés dans ce paragraphe.
Dans 79 observations (50 psoriasis, 25 eczéma, 3 impétigo et 1 pemphigus) recueillies avec soin, on voit que 51 fois la maladie s'est développée sous l'influence d'une cause externe évidente ou très -probable, et que 28 fois la cause est restée complètement inappréciable; entrons maintenant dans l'examen des différentes causes prédisposantes et détermi-
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nantes qui ont été indiquées par les auteurs, et voyons ce que nous apprend l'observation pour chacune d'elles.
A. Causes prédisposantes. — 1° Hérédité. Tous les dermatologistes accordent une grande influence à l'hérédité. «Rien n'est plus commun, disent MM. Gazenave et Schedel (ouvr. cité , p. 48) , que de rencontrer des maladies de la peau chez les personnes dont les parents en avaient été affectés.» M. Rayer (loc. cit., p. 34) assure que l'influence de l'hérédité est un des faits de pathologie les mieux établis , et qu'elle suit souvent la loi des ressemblances et quelquefois celle des sexes. L'ichthyose se transmet par voie d'hérédité; mais dans les 79 observations dont il a été question , ainsi que chez un nombre considérable de malades observés par l'un de nous , il n'a pas été possible de constater une seule fois l'influence héréditaire. Nous pensons avec J. Frank que cette influence ne s'étend pas au delà des conditions de la peau qui se transmettent, en effet, quelquefois. Plusieurs membres d'une même famille peuvent offrir des affections cutanées parce qu'ils ont tous une peau fine, blanche , irritable.
2° Age. ■ — Le porrigo , l'impétigo du cuir chevelu, sont surtout fréquents pendant le premier âge ; l'acné se montre de préférence pendant la jeunesse; le prurigo est une affection , pour ainsi dire, propre à la vieillesse. Sur les 79 malades observés par l'un de nous,
9 avaient de 14 à 20 ans, 29 de 21 à 30
19 de 31 à 40
12 de 41 à 50
9 de 51 à 60
1 de 61 à 70
3» Sexe. — Quelques auteurs assurent que les maladies cutanées sont plus fréquentes chez les femmes; bien que 79 observations aient fourni 40 hommes et 39 femmes, nous pensons que les dermatoses sont plus communes chez les hommes, en raison des professions dévolues au sexe masculin.
4° Constitution et tempérament. — Suivant M. Gibert (loc. cit., p. 20) , aucune constitution n'est absolument à l'abri des maladies de la peau, mais cependant les individus lymphatiques et lymphaticosanguins seraient principalement sujets à la dartre ïurfuracée et à la dartre squameuse ; les sujets sanguins et sanguins lymphatiques aux dartres crustacées flavescentes; les sujets bilieux et mélancoliques aux dartres pustuleuses et squameuses. M. Gazenave (mém. cité, pag. 66) assure que l'impétigo se montre trèsfréquemment chez les sujets lymphatiques. Nous n'avons jamais pu vérifier l'exactitude de ces assertions.
«C'est surtout dans l'organisation de la peau elle-
même, dit M. Gibert (loc. cit.), qu'il faut chercher les conditions qui favorisent le développement des dartres. Une peau fine , délicate , et qui se laisse facilement pénétrer par le sang, est celle que ces maladies atteignent le plus fréquemment; d'un autre côté, une peau terne, flétrie, huileuse, faisant mal ses fonctions , dispose aux éruptions papuleuses.» Nos observations nous ont conduits à une conclusion confirmative'de celle de M. Gibert. Sur 39 cas, 21 fois la peau était fine et blanche, 12 fois brune et grosse; 6 fois elle n'avait point de caractères tranchés.
5° Professions. — Les professions jouent un rôle très-important dans le développement des dermatoses; toutes celles qui exposent les sujets à l'humidité , aux vicissitudes atmosphériques, aux brusques variations de température , à une chaleur très-élevée , au contact de liquides irritants, de poussières métalliques ou autres , telles que les poussières de coton , de laine ; celles qui obligent à vivre dans une malpropreté habituelle , sont des causes prédisposantes dont l'action n'est pas douteuse.
Sur les 79 individus dont nous avons parlé, on compte :
7 cochers, journaliers, carriers ou marchandes des rues : individus ayant été tous exposés aux vicissitudes atmosphériques.
17 forgerons, mécaniciens, fondeurs en métaux , étameurs de glaces, cuisinières, repasseuses, pâtissiers : individus ayant été tous exposés à une température très-élevée.
9 ouvriers en laine ou en coton, batteurs en grange, polisseuses en caractères , blanchisseuses : individus ayant été tous exposés au contact de substances irritantes.
Aux professions que nous venons de nommer, il faut ajouter celles de boulanger , d'épicier, de maçon , de ramoneur, de boucher, de matelot, de marchand de vieux habits, etc. (Jos. Frank, Pathologie interne, éd. de X Encyclop . des scienc. médic, t. n, pag. 8).
6° Alimentation. — Lorry a spécialement insisté sur l'influence exercée par une alimentation trop échauffante, trop abondante, trop exclusivement composée de viandes, de poissons, de substances salées ou épicées (de Morbis cutaneis tractatus, p. 39 ; Paris, 1777); MM.Gazenave et Schedel ont signalé l'influence d'une alimentation insuffisante, de mauvaise nature.
7° Climats, saisons. — Les maladies cutanées sont plus fréquentes et plus intenses, plus graves dans les pays chauds et humides; elles présentent surtout ces caractères en Grèce , dans la Palestine , en Egypte, dans l'Inde; en Europe , c'est dans la Bretagne, la Picardie, les Flandres, la Hollande, certaines parties de l'Angleterre et de l'Ecosse, sur les côtes du Holstein, de la Norvège, dans la Grimée,
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sur les bords du Danube, qu'elles se montrent principalement (Gazenave et Schedel, ouvr. cit., p. 49). Les maladies de la peau se développent surtout au printemps ; les récidives ont fréquemment lieu pendant cette saison , et cette influence nous a paru se faire spécialement sentir sur le développement du psoriasis. Sur 50 cas de psoriasis observés par l'un de nous (L. Fleury ,* méni. cité), 9 fois la maladie disparaissait spontanément en automne pour reparaître au printemps suivant : rien de semblable n'a été observé dans 29 autres cas appartenant à des maladies différentes.
8° Habitation. — Les maladies de peau sont plus communes dans les grandes villes, dans les capitales, dans les lieux bas , étroits, humides , mal éclairés et mal aérés.
9° Gesta. — Les exercices violents , surtout après le repas (Lorry, ouvr. cité , p. 43 ) , les mouvements musculaires, tout ce qui provoque et entretient une abondante transpiration , les fatigues , les travaux intellectuels, les veilles trop prolongées , prédisposent aux maladies de la peau.
10° Causes physiologiques. — L'époque de la première dentition et de la puberté, l'âge critique , l'état de grossesse (Rayer) , l'abus du coït, ou plutôt, suivant Lorry ( loc. cit., p. 45 ) , la chasteté trop prolongée , ont été rangés parmi les causes prédisposantes des dermatoses.
11° Causes pathologiques. — Nous nous en occuperons à propos des causes déterminantes :
B. Causes déterminantes. — 1° Causes physiologiques. — Le travail de la première dentition est accompagné d'un état congestif de la tête , d'une irritation des gencives , qui donnent quelquefois lieu à des eczéma , à des impétigo des oreilles , de la face, du cou; on sait que l'on observe souvent, pendant cette époque de la vie , des plaques érythémateuses , ou même érysipélateuses , connues du vulgaire sous le nom àefeux de dents. 11 faut néanmoins prendre garde d'attribuer au travail physiologique des phénomènes qui ne sont souvent que le résultat de causes externes, de la malpropreté, du contact de langes trop rudes, du séjour de l'urine, des matières fécales, etc. Billard (Traité des malad. des enfants , p. 1 1 7 ; Paris , 1 833 ) , M. Trousseau ( des Feux de dents et des gourmes, in Journal des conn. médico-chirurg., n° de juillet 1842. — De l'Érysipèle chez les enfants à la mamelle , in Journal de méd., n° de janvier 1844) , ont montré toute l'influence de ces dernières causes.
Le travail physiologique qui préside au développement du système pileux est, suivant nous, une cause fort importante, dont l'influence a été complètement méconnue; les auteurs ne paraissent même pas l'avoir soupçonnée.
Les eczéma, les impétigo du cuir chevelu que l'on observe chez les jeunes enfants , et que quelques médecins désignent encore par le nom général et peu scientifique de gourmes , en les attribuant à des altérations internes et générales , au vice dartreux (Duchesne-Duparc , ouvr. cité), ne sont, pour nous, dans un grand nombre de cas , que le résultat de l'exagération du travail physiologique qui s'opère dans les bulbes pileux.
Il en est de même de l'acné qui se montre sur le menton des jeunes gens à l'époque de la puberté. On voit chaque pustule d'acné se développer sur le point que doit occuper le poil; celui-ci apparaît au milieu de la pustule , et l'un de nous a vu des individus chez lesquels chaque poil était ainsi précédé de l'apparition d'une pustule. Après avoir eu la face couverte de pustules, pendant plusieurs années quelquefois, les malades ont été complètement débarrassés de leur acné aussitôt que l'évolution de la barbe et des favoris a été complète (L. Fleury ).
Très-souvent, sans motifs suffisants, on attribue à la masturbation (Gibert , loc. cit., p. 24) des acnés qui ne reconnaissent pas d'autre cause que celle que nous venons d'indiquer.
Des faits d'un autre ordre viennent confirmer les idées que nous émettons ici : ne voit-on pas, chez certaines personnes, l'action du rasoir déterminer le développement de pustules d'acné au niveau de chaque poil.
Nous ne saurions trop appeler l'attention des observateurs sur les propositions précédentes; on en comprendra facilement l'importance si l'on veut bien se rappeler tout ce que l'on écrit encore sur la cause, la nature des gourmes, le danger de les faire disparaître, etc. (voy. le Compend., art. Impétigo, t. v, p. 159).
2° Causes hygiéniques. — A. Circumfusa.
Une température très-élevée peut produire immédiatement une éruption cutanée. L'action solaire est une cause assez fréquente d'eczéma, de lichen; nous avons dit que 17 fois sur 79 l'élévation de la température a semblé devoir être considérée comme la cause déterminante de la dermatose. 11 en est de même pour les poussières irritantes répandues dans l'atmosphère (voy. Professions). Plusieurs fois nous avons vu des eczéma, des impétigo, être produits par l'exposition à un courant d'air froid et humide : Une femme passe la nuit en diligence, une vitre cassée la soumet au contact d'un air froid et humide : le matin la face est couverte d'un eczéma (L. Fleury).
Nous ne parlerons pas de la contagion de la rougeole, de la scarlatine, de la variole, de la gale , du favus : parmi les affections que nous avons conservées dans le cadre dermatologique, aucune ne se transmet par voie de contagion. Aucune de
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ces affections ne se montre à l'état ft épidémie ou & endémie ; mais il n'en est pas de même pour la rougeole, la scarlatine, la variole, qui sont souvent épidémiques, et pour l'éléphantiasis des Arabes, des Grecs, le molluscum, la pellagre, la pustule d'Alep, qui sont presque exclusivement bornés à certaines contrées.
B. AppUcaïa. — Des vêtements trop serrés (jarretières, liens, etc.), des étoffes de laine, des fourrures appliquées immédiatement sur la peau, sont des causes assez fréquentes de dermatoses. Rien de plus commun que de voir des éruptions produites par des cosmétiques de mauvaise nature, contenant des sels de mercure, de plomb, etc.; 7 fois sur 79 des eczéma , des impétigo , des psoriasis des mains et des bras , ont été produits par l'immersion des extrémités supérieures dans de 1 eau savonneuse trop chaude, dans de l'eau de javelle, etc.
G.Ingesta. — Des affections exanthématiques(érythème, urticaire), pustuleuses ou même squameuses (Lorry), sont quelquefois produites par l'ingestion d'aliments acres , fumés , salés , irritants ; de champignons , de vinaigre, de cornichons, de vin (Lorry), de certains poissons, de certains coquillages (moules, homards , huîtres , crevettes, etc.), de substances de mauvaise qualité, avariées (Alibert). Quelquefois l'action des ingesta est inexplicable; ainsi on a vu des éruptions produites par du miel, des amandes, des fraises, des framboises (Gazenave et Schedel), des pommes, de la farine d'avoine, du riz (Lorry, loc. cit., p. 37).
D. Percepta. — Les émotions morales vives, telles que la colère, la frayeur, la douleur, la joie, sont des causes déterminantes dont l'action paraît être démontrée. Alibert, M. Gibert {loc. cit., p. 26). Biett (Gazenave et Schedel, loc. cit., p. 54), rapportent des faits dont il serait difficile de contester la valeur ; récemment M. Gazenave a rapporté deux exemples d'herpès circinnatus et iris, et d'impétigo, survenus à la suite d'une émotion morale vive {Annales des mal. de la peau, n0s de mars et de juillet 1844).
E. Gesta. — Toutes les causes prédisposantes de ce genre peuvent devenir déterminantes,- et nous les avons suffisamment fait connaître.
3° Causes pathologiques. — A. Applications externes. — Ici viennent se ranger des causes nombreuses et fréquentes d'éruptions cutanées. Rien de plus ordinaire que de voir des eczéma , des herpès , des impétigo , et plus rarement des psoriasis , se développer à la suite de l'application d'un sinapisme , d'un vésicatoire ( L. Fleury ) , d'un emplâtre de poix de Bourgogne (Gazenave, Annales des mal. de la peau, n° de février 1844 ) , d'un cautère, d'un topique irritant quelconque , ou quelquefois même d'un
simple morceau de taffetas gommé (L. Fleury); de frictions avec des pommades , des onguents, des liniments irritants, de la flauelle, une brosse (L. Fleury), de la pommade citrine ou mercurielle ; de l'usage de bains d'eau de mer ( Gazenave et Schedel ) , ou d'une eau minérale excitante ( L. Fleury).
L'un de nous a recherché s'il existe quelque relation entre la nature de la cause externe et la forme de la maladie produite; sans être arrivé à un résultat concluant, il croit pouvoir avancer que les causes qui agissent avec intensité sur un point circonscrit de l'enveloppe tégumentaire (vésicatoire, cautère, sinapisme, frictions, immersion dans un liquide irritant, etc.) produisent surtout un eczéma ou un impétigo , tandis que les causes qui exercent leur action sur toute l'étendue de la peau ( exposition à une température élevée , à une poussière irritante , etc. ) produisent surtout un psoriasis.
B. Médicaments internes. — L'administration du copahu , de la belladone , du cubèbe , des aromatiques, des sudorifiques, des huiles essentielles, donne quelquefois lieu au développement d'éruptions exanthématiques ou vésiculeuses ( Lorry , loc. cit., p. 39 ).
G. Maladies. — Indépendamment du lupus, que nous considérons comme un symptôme de scrofule, l'impétigo, suivant M. Gazenave, se montrerait le plus ordinairement sous l'influence de l'affection strumeuse.
La syphilis constitutionnelle est , comme on le sait , la cause d'une classe tout entière de maladies cutanées.
La goutte, le rhumatisme { Ludwig , Lorry , Pouteau , Rayer ) , le scorbut, ont été considérés comme des causes de dermatoses; aucune preuve, selon nous , ne vient à l'appui de cette opinion.
Lorry, Darwin, S. Plumbe, MM. Gazenave et Schedel, et beaucoup d'autres auteurs, accordent une trèsgrande influence aux maladies chroniques du tube digestif. M. Rayer a combattu cette opinion contre laquelle s'élèvent nos propres recherches.
«Le plus souvent, dit M. Rayer {loc. cit., p. 30), chez les individus atteints d'inflammations chroniques de la peau , l'appareil digestif est parfaitement sain ; et lors même que des affections de l'estomac, du foie ou de la rate se rencontreraient plus fréquemment avec des inflammations de la peau, il ne serait pas rigoureux de conclure que ces dernières sont sympathiques des premières ; car elles pourraient être l'effet d'une même cause. En résumé, s'il est incontestable que certains aliments ou médicaments, introduits dans les organes digestifs, et quelques affections gastro-intestinales, peuvent déterminer à la peau des éruptions de formes variées , il n'en est pas moins démontré que l'école galénique, et, dans ce dernier