‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 5)Chapitre 55 sur 59 · PHI1 — Ô6Û · texte numérisé non relu

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membres supérieurs (corde à nœuds , échelle montée par son revers , progression par les mains sur la barre transversale , planche à chevilles , tremplin vertical , etc. ).

2° Les exercices doivent être eu rapport avec le sexe, l'âge et la force du sujet; il faut suivre une marche graduée de mauière que la gymnastique ne devienne pas une cause de fatigue et d'épuisement, au lieu d'être une source de force et d'énergie.

3° Pendant les grandes chaleurs de l'été , la gymnastique pourrait provoquer des sueurs trop abondantes : elle est alors remplacée avec avantage par la natation.

4° L'escrime peut être rangée parmi les exercices gymnastiques , et elle remplit parfaitement le but que l'on se propose d'atteindre.

5° L'équitation et la danse n'ont point les avantages qu'on leur attribue généralement.

6° La gymnastique est essentiellement un moyen prophylactique : elle pourrait avoir de très-graves inconvénients si on l'appliquait à des individus déjà tuberculeux.

Inhalations et exhalations forcées. — M. Steinbrenner, ayant été conduit à penser que l'habitude d'une respiration incomplète est la principale cause de la tuberculisation pulmonaire, a proposé , dans le but de combattre la prédisposition , un moyen déjà conseillé par Aulenrieth, Crichton , Carswell, Clark (loc. cit., p. 297), Ramadge (Consumption curable, etc. ; Londres, 1834 ), pour prévenir ou pour guérir la phthisie. Nous voulons parler des inhalations et des exhalations forcées.

Un vase de fer-blanc, d'une capacité suffisante pour contenir 2 kilogrammes d'eau , est rempli à moitié ou aux trois quarts d'eau chaude, puis recouvert d'un couvercle de fer-blanc, fermant hermétiquement. Le couvercle est percé de deux ouvertures : l'une surmontée d'un tube conique haut d'un pouce , et ayant une lumière de 3 à 4 millim. de diamètre, c'est l'ouverture de communication avec l'air extérieur ; l'autre, ayant de 10 à 1 5 millim. de largeur, reçoit un tube élastique long d'un mètre et terminé par une embouchure de corne.

On place l'embouchure dans la bouche du sujet, et on l'oblige à respirer, le nez étant absolument fermé à la respiration.

Voici alors ce qui se passe :

«L'ouverture de communication avec l'air extérieur étant très petite, il faut que l'air de la respiraration la traverse très-promptement en entrant et en sortant, afin que, par la vitesse de son passage, il remédie à l'étroitesse de sa colonne. Ceci , joint au frottement de l'air dans son passage à travers le tube, fait que, pour inspirer l'air, il faut souffler,

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ce qui met en grande activité les muscles moteurs du thorax, et rend les inspirations très-grandes et trèscomplètes. C'est surtout le sommet des poumons qui fe dilate; car, dans les efforts de succion, les muscles du bas-ventre se contractent, le diaphragme est presque tout à fait fixe et immobile , et par là la base de la poitrine est également rendue bien moins dilatable. Dès lors , les lobes inférieurs du poumon sont gênés dans leur expansion , tandis que le contraire a lieu pour les lobes supérieurs.

«Dans le souffle qui remplace la simple expiration de l'air, les mêmes phénomènes se reproduisent; il y a aussi contraction des muscles du bas-ventre , fixité et immobilité du diaphragme , mouvements bornés de la région thoracique inférieure; par conséquent, la plus grande partie des mouvements se passe encore dans les lobes supérieurs du poumon. La colonne d'air à expirer, rencontrant de la résistance, est comprimée, et tend ainsi, à raison de sa grande élasticité, à dilater en tous sens les cavités qui la pressent. De cette manière, l'expiration forcée devient, tout comme l'exhalation, un moyen de dilatation pour les poumons et surtout pour leurs lobes supérieurs. »

L'eau chaude du réservoir est destinée à empêcher que l'air inspiré soit trop sec ou trop froid , et produise par la rapidité de son passage une irritation nuisible dans les conduits aériens.

La personne qui respire à l'aide de l'appareil doit se tenir debout , ou être tout au plus assise sur un tabouret sans être adossée. Les épaules doivent être effacées, et il ne faut pas que la tête soit fléchie sur la poitrine ; la poitrine ne doit être comprimée par aucun vêtement; la cravate, les bretelles doivent être retirées. Si, malgré ces précautions, la respiration était encore trop abdominale, il faudrait serrer modérément le ventre à l'aide d'une serviette.

En général , il faut employer ce moyen pendant un temps assez long , et de la manière suivante :

Deux exercices d'inhalation par jour, chacun d'une demi-heure, pendant deux à trois mois; exercices moins fréquents pendant trois à six mois; reprise, pendant deux mois, des inhalations bi-quotidiennes ; nouveau repos , et ainsi de suite , jusqu'à ce que l'on ait obtenu le résultat désiré. Après chaque inhalation, on doit conseiller une petite promenade ou quelque autre exercice musculaire (Steinbrenner, l'Expérience, n° du 2 avril 1840, p. 211-213 ).

M. Steinbrenner assure qu'il a vu cette méthode produire des résultats fort remarquables ; des personnes qui avaient la respiration courte, irrégulière, insensible, qui étaient essoufflées à la moindre fatigue, ont été délivrées de ces incommodités; des bruits respiratoires faibles, rares, rudes, ont repris leurs caractères normaux; la dépression et la matité des régions sous - claviculaires disparaissent, les

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mouvements d'élévation et d'abaissement des côtes supérieures sont plus prononcés; la circonférence supérieure de la poitrine devient plus considérable, et augmente de 6, 8, 12 et même 17 centimètres ( Sleinbrenner, obs. lre, p. 215).

On voit que M. Sleinbrenuer est bien près de transformer son moyen prophylactique en moyen curalif. Nous ne lui chercherons pas chicane sur ce point; nous pensons que l'observation n'a pas encore suffisamment démontré l'efficacité des inhalations forcées , mais nous pensons aussi que ce moyen mérite l'attention des praticiens, et qu'il importe de le soumettre à de nouvelles épreuves cliniques. Il trouve d'ailleurs un appui dans les recherches de M. Lombard, qui a placé parmi les influences préservatrices de la phthisie pulmonaire l'exercice de la voix et les vapeurs aqueuses. Disons, en terminant, que les recherches de M. Steinbrenner ne sont qu'une confirmation de celles de Ramagde.

Lotions, bains. — Les lotions froides, suivies de frictions faites avec un morceau de flanelle , les bains de rivière pendant l'été , ne doivent pas être négligés. Les bains de mer, pris pendant la saison favorable, ont une influence très-heureuse; c'est un des moyens les plus efficaces auxquels on puisse avoir recours.

Vêtements. — Tous les auteurs recommandent l'usage d'un gilet de flanelle embrassant toute la poitrine et immédiatement appliqué sur la peau. M. Fournet (loc. cit., p. 833) veut que le gilet soit changé tous les deux jours au plus tard, et tous les matins s'il est possible. «11 est surtout important, ditil, de lui en substituer un autre toutes les fois qu'on éprouve un sentiment d'humidité froide entre les deux épaules ou aux aisselles. » M. Fournet veut aussi que l'on quitte le gilet de flanelle pour la nuit, afin d'établir, par là, un équilibre entre la température du lit et celle qui environne la poitrine pendant le jour.

M. Donné fait observer, avec raison , que l'usage de la flanelle n'est pas une règle absolue , et qu'il peut être plus nuisible qu'utile dans certains cas. En effet, chez les sujets qui transpireut facilement et abondamment, la flanelle entretient un état continuel de moiteur qui devient une cause d'épuisement (loc. cit., p. 207); elle doit donc être réservée pour les peaux habituellement sèches, sur lesquelles l'exercice n'appelle point facilement la transpiration. La flanelle doit être recommandée néanmoins aux personnes qui , étant habituellement en transpiration , sont exposées aux courants d'air en raison de leur profession ou de leurs habitudes.

Moyens prophylactiques généraux. — Modificateurs pharmaceutiques . — Dès l'âge de deux ou trois ans, on peut essayer de modifier le tempé-

rament lymphatique par l'administration des amers sous l'orme de tisane ou de sirop (infusion de fleur de houblon, de pensée sauvage, de racines de chicorée; sirop de bardane, de fumeterre, sirop antiscorbutique, etc); les préparations de quinquina, les martiaux, sont souvent prescrits avec avantage; mais il faut apporter de la prudence dans leur administration qui doit être prolongée pendant plusieurs années, et spécialement jusqu'après l'âge de la puberté, souvent beaucoup plus longtemps. M. Max. Simon veut que l'on prescrive les préparations ferrugineuses dès le bas âge , et même qu'on les administre à la nourrice {Quelques remarques pratiques sur le traitement de la phthisie tuberculeuse, in Bull, génér. de thérap., t. xxiv, p. 250; 1843). Les eaux minérales de Baden-Baden, d'Ems, de Néris, de Wisbaden, de Contrexeville, du Mont-Dore, de Spa, de Baunes, prises aux sources, modifient souvent la constitution d'une manière fort remarquable , lorsqu'on sait les employer convenablement et en temps opportun.

«Au lieu de chercher par tous les moyens possibles dit M. Louis (loc. cit., p. 648) , à fortifier la constitution des enfants faibles qui tirent leur origine de parents phlhisiques, on voit des médecins leur appliquer, dès la plus tendre enfance, puis entretenir indéfiniment, des vésicatoires aux bras. On ne saurait trop déconseiller une semblable pratique que l'expérience désavoue et qui ne peut, en diminuantles forces, en altérant la constitution, qu'amener des résultats opposés à ceux qu'on se propose d'obtenir. »

c. Éloigner les causes occasionnelles. - — Profession. — Le choix d'un état est encore un acte important de la vie, sur lequel le médecin n'est que rarement consulté ; et cependant que de connexions entre la profession et la santé! Dans les circonstances qui nous occupent, l'intervention du médecin est indispensable, et sans rentrer dans des considérations que nous avons exposées ailleurs (voy. Causes), nous dirons que tout individu pour lequel on redoute la prédisposition tuberculeuse doit repousser les professions sédentaires, celles qui exposent aux grandes fatigues, aux vicissitudes atmosphériques, à une atmosphère viciée, etc.

Séjour dans les pays chauds. — Tous les médecins exerçant dans les pays froids ou tempérés ont accordé au séjour dans les contrées méridionales une haute importance quant au traitement de la phthisie ; mais les recherches qui ont été faites dans ces derniers temps sur le rapport existant entre la fréquence de la phthisie et le climat ont singulièrement ébranlé la confiance sur ce point. Le séjour dans les pays chauds n'est certainement point un moyen curatif (voy. Traitement curaiif); mais nous pensons avec Clark (T/œ influence ofclimale in the

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prévention and cure of chronic diseases, etc., p. 257; Londres, 1829) qu'il est un moyen prophylactique précieux , parce qu'il permet de prendre de l'exercice en plein air pendant l'hiver ; parce que les variations atmosphériques y sont moins considérables, moins fréquentes, et les affections pulmonaires plus rares , en un mot parce qu'il préserve de certains modificateurs que l'on range parmi les causes occasionnelles de la phthisie pulmonaire.

Si, en général, l'influence des pays chauds est nulle, c'est parce que les malades ne se mettent souvent en route que lorsque déjà des tubercules existent dans les poumons, ou bien qu'ils ne font dans les pays chauds que des séjours irréguliers et trop courts. Il faut qu'un sujet prédisposé à la phthisie habite le Midi tous les ans , depuis le mois d'octobre jusqu'au mois d'avril , et cela depuis l'âge le plus tendre jusqu'à celui de quarante ou cinquante ans ; dans le cas où le développement ultérieur d'une phthisie héréditaire serait très-probable, il ne faudrait pas hésiter à envoyer un enfant dans le Midi dès l'âge de deux ou trois ans, et à y rendre son séjour définitif. «On a vu, dit M. Louis {loc. cit., p. 640) , le dix-septième enfant d'une famille dont seize avaient succombé de bonne heure et à la même époque de la vie, on a vu ce dix-septième enfant , envoyé très-jeune loin de sa patrie , échapper à la maladie dont ses aînés avaient été les victimes. »

Les auteurs ne sont pas d'accord sur les localités méridionales auxquelles on doit accorder la préférence; les partisans de la loi d'antagonisme veulent que l'on choisisse les localités marécageuses; mais ces questions ayant surtout de l'importance lorsqu'il s'agit de sujets déjà tuberculeux; nous nous en occuperons plus loin (voy. Traitement empirique).

11 est inutile de dire qu'il faut soustraire les sujets prédisposés à la phthisie à toutes les causes occasionnelles que nous avons indiquées; les excès de travail, de veille , les excès vénériens , toutes les causes de débilitation doivent être éloignés avec soin ; il faut écarter toutes les causes de bronchite , de pneumonie. Lorsqu'une affection aiguë du poumon se déclare, il faut se hâter de la combattre par un traitement approprié, et s'opposer à ce qu'elle ait une longue durée , à ce qu'elle passe à l'état chronique. Chez les femmes, les désordres de la menstruation méritent une attention particulière.

En résumé, il faut, ainsi que l'a fort bien établi M. Fournet, mettre le sujet prédisposé à la phthisie pulmonaire à l'abri de toutes les causes débilitantes générales , et de toutes les causes excitantes locales exerçant leur action sur les organes de la respiration.

B. Traitement rationnel. — a. Traitement cu~ atif. — La cause prochaine de la phthisie pulmo-

naire est encore inconnue , et l'on comprend que dès lors le traitement rationnel curatif ne peut reposer sur une base certaine et définitive. Pour l'établir, nous adopterons l'opinion de la majorité des pathologistes contemporains , qui considèrent les tubercules comme une altération liée au tempérament lymphatique, à un état de débilité générale , d'hyposthénie, et nous placerons parmi les moyens rationnels de traitement les médicaments empruntés à la classe des toniques, et ceux que l'on considère , avec plus ou moins de droits, comme des modificateurs du tempérament lymphatique ; nous rangerons aussi dans ce paragraphe certains moyens locaux dont l'efficacité n'est pas rigoureusement démontrée, mais que cependant il n'est pas permis de négliger complètement.

1° Médication interne. — Iode. — L'iode a été préconisé par les docteurs Baron, Morton, Cooper, Scudamore, Gairdner, Hughes, etc.

Cooper a administré l'hydriodate de potasse à doses croissantes dans deux cas qui ne nous paraissent pas être des exemples de phthisie pulmonaire (voy. Clark, A treatise on pulm. cons., p. 356, 357). Morton , qui n'est pas, comme le croit M. Valleix {Guide du médecin praticien, t. n, p. 416), l'auteur de la Phthisiologia , mais un médecin de Philadelphie, Morton dit avoir retiré de grands avantages de ce médicament dans la première et même dans laseconde période de la maladie (R. Eau distillée , 30 grammes ; iode ,15 centigrammes ; hydriodate de potasse, 3 décigrammes. Trois fois par jour, de 3 à 5 gouttes) ; mais ses observations ne sont rien moins que concluantes {Illustrations ofpulmonary consumplion; Philadelphie, 1834). On peut en dire autant de celles de Baron {Illustrations ofthe inquiry respecting tuberculous diseases, ch. iv ; Londres, 1822) et des autres observateurs que nous avons nommés.

Laennec a expérimenté l'iode sans succès; Bardsley n'a pas été plus heureux dans quinze cas de phthisie confirmée (voy. Clark, ouvrage cité, p. 355, 356); à l'exemple de Seudamore(rAe Lancet,t. h, nos 7, 1 3, 1 4 ; 1 8 4 1 ), Murray et M. Berton ont employé l'iode en vapeur, mais le premier reconnaît qu'il n'a obtenu qu'une amélioration passagère {A dissert, on the influence ofheat and humidity; Londres, 1830. — Arch.gén.deméd.,l.nxv,\>.594; 1831); le second avoue que son diagnostic n'était point certain , et il ne garantit l'efficacité du médicament que pour les bronchites chroniques {Jrch. gén. de méd., t. xix, p. 136; 1829). A l'hôpital des Enfants, M. Baudeîocque a constaté que l'iode est plutôt nuisible qu'utile (Dict. de méd., art. Iode, t. xvn,p. 95; 1838).

On a préconisé l'iode, en se fondant sur les liens pathogéniques qui unissent la phthisie pulmonaire aux scrofules , et sur la prétendue efficacité du nié-

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dicament dans cette dernière maladie. Il faut renoncer an second de ces arguments , qui ne repose que sur la trop longue mystification dont les médecins et les sociétés savantes sont redevables à M. Lugol (voy. Scrofules).

M. Récamier ne balance pas à déclarer que l'iode est nuisible ; il a vu des sujets scrofuleux soumis à l'usage de ce médicament devenir phthisiques avec une rapidité qui ne permettait pas de méconnaître l'influence désastreuse de la médication qu'on. leur avait fait subir. Mériadec Laennec et M. Flandin ont observé des faits analogues (Laennec, ouvr. cité, p. 269, note).

Proto-iodure de fer. — Ce médicament a été préconisé par M. Dupasquier. Suivant ce médecin, il produit le plus souvent une amélioration prompte et notable qu'on ne peut attendre d'aucune autre médication , et quelquefois il donne lieu à des guérisons réelles et définitives.

Voici quels seraient les effets produits par le protoiodure de fer.

L'oppression et la fréquence de la respiration augmentent pendant les premiers jours, puis décroissent simultanément et finissent par disparaître; le médicament provoque quelquefois de petites hémoptysies, mais elles cessent promptement pour ne plus reparaître, et en général le proto-iodure de fer a non seulement la propriété d'arrêter leshémoptysies , mais encorecelle de les prévenir. Pendant les premiers jours de l'administration la toux devient un peu plus fréquente, l'expectoration un peu plus abondante et plus facile, mais dès le quatrième ou le cinquième jour on commence à s'apercevoir d'une diminution dans la f réquencedela toux et dans l'abondance des crachats ;cette diminution marche ensuite avecune telle rapidité, qu'au bout de trois semaines ou un mois, tel malade qui toussait continuellement netousse plusquecinq, quatre ou même deux fois par jour. Les crachats perdent peu à peu le caractère purulent, et passent au caractère muqueux. L'expectoration subit dans sa quantité une diminution rapide; au bout d'un mois de traitement, elle a souvent diminué de la moitié, des trois quarts, des sept huitièmes, ou bien elle a même cessé complètement. Les sueurs diminuent ou se suppriment, la circulation se ralentit, la chaleur et la fièvre diminuent, les forces et l'appétit se rétablissent.

Tous les signes physiques fournis par la percussion et par l'auscultation subissent des modifications en rapport avec l'amélioration qui se manifeste dans les symptômes rationnels.

« Fréquemment , dit M. Dupasquier, dans le cas où l'existence d'une caverne a été bien reconnue , l'amélioration est plus marquée de jour en jour; l'embonpoint reparaît, la toux et la fièvre cessent, le malade reprend sa gaieté , et sort de l'hôpital dans un

état de guérison qu'on peut espérer devoir être quelquefois définitive. »

Le proto-iodure de fer exerce une action à la fois tonique, astringente et résolutive; en diminuant et en finissant par supprimer la suppuration des parois ulcérées des cavernes, il permet à la cicatrisation de s'opérer. S'il n'y a qu'une caverne , ou S: elles sont en petit nombre, la guérison peut être définitive; si, après la cicatrisation des cavernes , il reste des tubercules non ramollis, l'action absorbante du proto-iodure de fer peut en amener l'absorption , et dans ce cas, il est encore possible que la guérison soit définitive. Si les foyers de suppuration sont très-multipliés, si la nature ne peut suffire à un aussi grand travail de cicatrisation , le malade finit par succomber malgré une amélioration momentanée. Le proto-iodure de fer ne produit les heureux effets que nous avons énumérés que dans les phthisies constitutionnelles; les phthisies accidentelles sont réfractaires (Dupasquier, Compte administratif des hôpitaux de Ly on pour 1S35; — Dupasquier et Boissière, Études cliniques sur l'emploi du proto-iodure defer dans laphlhisie pulmonaire } in Gazette mèd., p. 829; 1 842).

M. Louis (ouvr. cité, p. 612 et suiv.) a administré la solution employée par M. Dupasquier à plus de soixante phthisiques dont l'affection éiait arrivée aux degrés les plus variés , et dans aucun cas il n'a observé d'amélioration qui pût être attribuée au médicament. Le consciencieux observateur que nous venons de nommer engage néanmoins ses confrères à tenter de nouveaux essais. Nous imiterons sa réserve, mais nous craignons bien que M. Dupasquier n'ait pas toujours solidement établi son diagnostic, et qu'il ait pris pour des guérisons quelques-unes de ces améliorations que l'on observe chez quelques phthisiques , même dans la troisième période de la maladie, et qui se maintiennent quelquefois pendant plusieurs mois. Ajoutons que le proto-iodure de fer n'a eu que de fâcheux effets entre les mains de MM. Andral et Piédagnel. «Dans le service de ce dernier, les résultats ont été désastreux ; il a fallu abandonner l'emploi du médicament , qui non-seulement ne remplissait pas le but qu'on voulait atteindre, mais qui encore accélérait notablement la terminaison fatale et produisait les accidents les plus graves » {Bulletin général de thérapeutique , t. xxiv, p. 73; 1843).

Le proto-iodure de fer doit être administré pendant plusieurs semaines de suite à doses croissantes. (if solution normale de proto-iodure de fer, 4 grammes; sirop de gomme incolore, très-consistant, 200 grammes; sirop de fleurs d'oranger, 50 grammes. A prendre de 4 à 30 cuillerées par jour. — 3e solution normale faite avec iode, 8 grammes ; limaille de fer, 16 grammes; eau distillée, 25 grammes. Ajoutez miel de Narbonne, 30 grammes, évaporez

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jusqu'à cousisiance de sirop. Ajoutez : gomme adragante en poudre , 12 grammes. Faites 200 pilules, dont on prendra de 4 à 30 par jour (voy. Dupasquier et Boissière, loc. cit., p. 833).

Jotturc de potassium. — M. Piorry a administré ce médicament à un assez grand nombre de phthisiques, et il croit en avoir obtenu des résultats satisfaisants , soit au début, soit daus des degrés plus avancés de la maladie.

Dans un relevé fait par M. Damoiseau, on lit que douze malades sur quinze ont accusé une amélioration plus ou moins grande, qui a consisté eu une respiration et une expectoration plus faciles elle retour des forces. Trois observations sont rapportées avecquelques détails, mais elles nous semblent être beaucoup trop incomplètes pour qu'on puisse leur accorder quelque valeur (Piorry, Traité de médecine pratique, t. m, p. 574; Paris, 1843).

M. Piorry a donné l'iodure de potassium à une dose qui a varié de 50 centigrammes à 4 grammes, pendant un temps quia varié de cinqàquaranle-deux jours. Luedicke , qui dit également avoir prescrit ce médicament avec succès [Gazette des hôpitaux , t. v, p. 323 ; 1 843), Conseille la préparation suivante : "2f iodure de potassium , 2 grammes ; magnésie décarbonatée , 50 centigrammes; extrait de réglisse, 3 grammes. Faites 60 pilules; à prendre 3 pilules quatre fois par jour.

Huile de foie de morue. — C'est encore en se fondant sur l'analogie de nature qui existe entre les tubercules et les scrofules et sur l'efficacité de l'iode dans celles-ci , que M. le docteur Pereyra a été conduit à expérimenter l'huile de foie de morue; nous pourrions par conséquent renvoyer le lecteur à notre avant-dernier paragraphe. Nous dirons cependant que le diagnostic de M. Pereyra est souvent douteux, et qu'en définitive ce médecin ne cite pas un seul exemple de guérison bien constatée {Traité de la phlhisie pulmonaire; Bordeaux, 1843); il n'a observé que des améliorations passagères plus ou moins prononcées; une seule fois la marche de la phthisie a été enrayée pendant trois ans , mais quel est le praticien qui n'a pas observé des faits analogues? (voy. Journal de médecine, t. i, p. 215 et suiv.; 1842).

Behread se loue de l'huile de foie de morue [Gaz. des hôpit., t. v, p. 672; 1843); M. Trousseau n'a obtenu que des résultats douteux {ibid., p. 358); l'un de nous a expérimenté l'huile de foie de morue dans plusieurs hôpitaux sans eu avoir retiré aucun avantage; l'autre a vu plusieurs malades qui avaient été soumis à l'usage de ce médicament dégoûtant, et chez lesquels il avait exercé une influence très-fàcheuse sur les organes digestifs , sans modifier en rien les symptômes et la marche de la

phlhisie. M. Piorry (loc. cit., p. 573) a essayé l'huile de foie de morue sur une large échelle, et ses essais ont été complètement infructueux.

Fer. — Wilson {Gaz. des hôpitaux, t. v, p. 572 ; 1843) et plusieurs autres médecins ont préconisé les martiaux. M. Louis (ouv.cité, p. 614) a prescrit sans succès le sous-carbonate et le lactate de fer; M. Piorry n'a pas été plus heureux. «Il est possible et même probable, dit ce dernier, que les préparations martiales soient utiles comme remèdes préservatifs des tubercules, mais à coup sûr elles ne les font pas dissiper lorsqu'ils sont une fois formés.»

2° Médication externe. — Exutoires. — «Les cautères et les exutoires, dit Laennec {loc. cit., p. 266), sembleraient être les moyens les plus rationnels de prévenir le développement des tubercules et d'empêcher une éruption secondaire, lorsqu'on a déjà constaté l'existence de tubercules crus ou d'une excavation ulcéreuse. J'ai beaucoup employé les cautères actuels et potentiels dans le traitement de la phthisie , et j'avoue que je n'ai vu guérir aucun des malades chez lesquels j'ai employé ce moyen.» MM. Andral et Louis n'accordent également aucune influence aux exutoires; M. Bostan, Mudge, Clark, pensent, au contraire, qu'il est fort utile d'établir un ou plusieurs points de suppuration sur la poitrine, surtout si en même temps on a le soin d'envoyer le malade dans un bon climat, et de l'entourer de tous les soins hygiéniques désirables. Une longue expérience, dit Mudge, m'a démontré l'efficacité des exutoires. Clark assure qu'ils préviennent le dépôt de matière tuberculeuse et le ramollissement des tubercules crus (ouvr. cité, p. 364); M. Bostan pense qu'ils peuvent favoriser la cicatrisation des cavernes.

Nous n'osons pas attribuer une influence bien positive aux exutoires , mais quelques faits nous portent à partager l'opinion des derniers observateurs que nous venons de nommer. Plusieurs fois il nous a semblé avoir enrayé la marche de la phthisie , arrêté le travail déjà commencé de ramollissement; chez une malade portant une caverne assez vaste, nous avons passé un selon au niveau de l'excavation pulmonaire, et depuis cinq ans la santé générale s'est améliorée et les signes rationnels et physiques de l'affeclion pulmonaire se sont favorablement amendés. Nous croyons toutefois que les exutoires exercent une action d'autant plus efficace qu'on les applique à une époque plus rapprochée du début de la maladie. Si les faits que nous avons observés ne sont ni assez nombreux ni assez décisifs pour vider la question par eux-mêmes, ils acquièrent plus de valeur lorsqu'on les rapproche des assertions émises par les médecins recommandables que nous avons cités.

On a eu recours aux vésicatoires appliqués sur la poitrine, aux frictions faites avec la pommade stibiée

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d'Autenrieth ou avec l'huile de croton tiglium : nous préférons les petits cautères multiples placés, au moyen de la potasse caustique ou du caustique de Vienne, au-dessous des clavicules, dans le creux sus-claviculaire ou dans l'aisselle; dans les cas graves, dans la deuxième et la troisième période de la maladie, nous croyons qu'il faut donner la préférence au séton.

Compression de la poitrine. — M. Piorry s'est demandé si , en comprimant la poitrine au niveau d'une caverne de manière à rapprocher les parois de l'excavation, à les mettre pour ainsi dire en contact, on ne favoriserait point la cicatrisation. 11 a mis plusieurs fois ce moyen en usage soit à l'aide d'un bandage circulaire, soit à l'aide d'un appareil analogue à un bandage herniaire, soit enfin à l'aide de poids appliqués sur le point affecté; il a cru obtenir chez quelques malades des résultats assez avantageux, mais il n'a pas obtenu de guérison.

M. Piorry déclare, d'ailleurs, que la compression n'est applicable que dans les cas où les cavernes sont circonscrites, superficielles, peu nombreuses, situées d'un seul côté, principalement sous la clavicule, et où la santé générale n'est pas trop compromise. Or, depuis 1833 , M. Piorry n'a rencontré que deux cas qui lui aient permis de leuter la compression, et les deux malades ont succombé (Piorry, loc. cit., p. 580, 585).

Exhalations forcées. — Ainsi que nous l'avons dit , le moyen employé comme prophylactique par M. Steinbrenner avait été mis en usage à titre de curatif par Ramadge.

«Dans la phthisie, dit Ramadge, il n'y a de guérison solide possible que dans le cas où l'organe pulmonaire devient, soit naturellement, soit par l'effet de l'art , plus volumineux. Les cavernes du sommet ne se cicatrisent jamais, à moins que le tissu pulmonaire qui les entoure ou les autres lobes du poumon ne prennent de l'expansion. Quelquefois la nature opère la guérison en provoquant le développement d'un emphysème pulmonaire. «Tout individu frappé d'asthme , par quelque cause que ce soit , est entièrement à l'abri de la phthisie, aussi bien que celui qui, ayant été atteint de celle-ci, a vu son affection se changer en asthme habituel. »

L'emphysème pulmonaire, par suite de la dilatation des cellules aériennes et du volume plus considérable du tissu pulmonaire qui en est l'effet immédiat, produit une pression constante exercée de dehors en dedans sur les parois des cavernes qui se trouvent ainsi mises en contact, et se réunissent par première intention.

Après la cicatrisation de la caverne, la guérison est souvent solide et définitive, parce que l'emphysème qui a produit la cicatrisation prévient les éruptions nouvelles de tubercules, et rend inoffensifs les

tubercules crus déjà existants, puisque ceux-ci, chez les emphysémateux , sont bientôt séquestrés par une matière noire qui les entoure de toutes parts.

Pour produire artificiellement l'expansion des poumons, M. Ramadge a recours à l'appareil que nous avons décrit plus haut, toutes les fois qu'il n'existe pas de bronchite et que les symptômes de la fièvre hectique ont été diminués.

Sous l'influence de cette médication, les tubercules peu développés et non ramollis deviennent inoffensifs , et les cavernes se cicatrisent.

Ce traitement est d'autant plus efficace qu'on y a recours à une époque plus rapprochée du début de la maladie. On ne doit en espérer une guérison complète que lorsqu'il n'existe de cavernes qu'au sommet de l'un ou des deux poumons; toutes les fois que les lobes inférieurs sont creusés de cavernes, ou même occupés par des tubercules crus, on n'obtient qu'une amélioration plus ou moins prononcée.

L'hypertrophie simple ou avec dilatation du cœur, un violent catarrhe , un emphysème général des poumons, une inflammation des plèvres ou du tissu pulmonaire, l'hémoptysie et même l'existence déjà ancienne de la phthisie, sont des circonstances qui contre-indiquent l'emploi des inhalations forcées.

Le traitement, lorsqu'il est appliqué, doit être continué pendant six mois au moins : on le suspend momentanément lorsqu'il survient de la céphalalgie ou des douleurs thoraciques (Ramadge, Consumplion curable, etc.; Londres, 1834. — Voy. Archiv. générales de médecine, t. rx,p, 81 ; 1835).

Nous sommes loin d'accepter pour démontrées toutes les assertions émises par Ramadge , mais nous croyons qu'elles ne doivent pas être repoussées avec autant de dédain que l'a fait M. Valleix {loc. cit., p. 437 ). Les observations rapportées par le médecin anglais ne sont certainement pas concluantes , mais elles ont assez de valeur pour engager les praticiens à soumettre à de nouvelles expériences les inhalations forcées, en faveur desquelles militent encore certaines considérations pathologiques (voy. Complications).

Huile de Dippel. — Le docteur Palmedo partage les idées de MM. Ramadge et Steinbrenner relativement au mécanisme suivant lequel s'opère la guérison de la phthisie pulmonaire; mais à l'appareil mis en usage par ces médecins il a substitué des frictions avec l'huile animale de Dippel. L'emploi de ce médicament est soumis à certaines conditions.

Il ne doit exister aucun symptôme d'irritation et d'inflammation ; le pouls ne doit être ni dur ni plein , la toux ne doit être ni sèche ni trop fréquente , l'expectoration ne doit pas être écumense; enfin la respiration ne doit pas être trop gênée.

Le malade doit habiter une chambre petite , exposée au midi, ayant peu de portes et de fenêtres , et

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point de courants d'air, d'une température habituelle de 1S à 20° R.; l'air ne doit pas être renouvelé trop souvent. La saison la plus favorable est l'été.

Chaque jour, matin et soir, on fait frictionner toute la poitrine du malade avec 4 à 6 grammes d'huile animale de Dippel. Le malade doit porter un gilet de peau de mouton ou d'agneau ; le linge de corps et de lit ne doit être changé que rarement; les vêtements ne doivent pas être serrés autour du cou, afin que les émanations huileuses arrivent jusqu'à la bouche et au nez; il faut même, pour favoriser leur ascension, faire passer de temps en temps un courant d'air entre la peau et le gilet en soulevant ce dernier. Au bout de quinze jours ou de trois semaines,la poitrine secouvre d'une éruption vésiculaire accompagnée de prurit.

Pendant toute la durée du traitement il faut combattre par des moyens appropriés les congestions et les irritations pulmonaires , la toux , les sueurs et la diarrhée.

Si des symptômes d'irritation se joignent à une dyspnée très-grande . il faut suspendre les frictions , laver le malade, changer son linge et renouveler l'air de la chambre.

Les effets produits par celte médication sont les suivants : dès le second jour la toux devient moins fréquente, et elle finit par cesser complètement ; on voit le pouls diminuer de fréquence, les exacerbations fébriles et les symptômes de colliquation disparaître, l'appétit se prononcer.

Au bout de huit jours , quelquefois plus tôt , il se manifeste un resserrement à la poitrine avec difficulté de respirer. D'abord cette sensation est légère, mais plus tard elle devient tellement intense qu'on a de la peine à obtenir du malade qu'il continue le traitement. La dyspnée nécessite des inspirations beaucoup plus profondes et plus complètes.

Entre la troisième et la cinquième semaine, de légères hémoptysies ont lieu chez les malades qui y étaient sujets ; elles ne sont pas accompagnées d'irritation. Après ce passage par l'état asthmatique et quand la congestion pulmonaire momentanée a disparu , le sang se porte sur le système gastro-hépatique. Les malades se plaignent de plénitude à l'épi— gastre , de douleurs dans le dos et dans les hypochondres et de tension dans ceux-ci. Ces symptômes persistent pendant quelque temps. Dans quelques cas la menstruation, longtemps supprimée, reparaît. Quelquefois, dans l'espace d'une nuit, la peau se teint en jaune gris : dès lors l'état asthmatique disparaît complètement, et la couleur de la peau ne se rétablit que lentement.

L'auteur dit avoir guéri, à l'aide de ce traitement, quatre malades arrivés au second et au troisième degré de la phthisie, et il explique de la manière suivante l'efficacité du remède.

Les émanations de l'huile de Dippel rendent l'atmosphère dans laquelle est plongé le malade moins oxygénée, une plus grande quantité de cet air ainsi altéré est nécessaire à l'entretien de la respiration, et dès lors les inspirations deviennent plus énergiques. Sous l'influence de ces inspirations exagérées, les vésicules pulmonaires se dilatent et compriment les tubercules et les cavernes (Palmedo, Beitràge zur Heilung der Lungenschivindsucht ; Berlin, 1840. — Voy. Reçue médicale, t. IV, p. 431; 1840).

Si l'huile de Dippel n'a pas une action spécifique, si elle n'a qu'un effet pour ainsi dire mécanique, nous ne voyons aucune raison qui puisse la faire préférer à l'appareil de Ramadge.

Thoracentèse. — Baglivi et Gilchrist se sont demandé si l'on ne pourrait pas vider à l'extérieur, directement à travers les parois pectorales, une caverne pulmonaire. Les paroles de Baglivi sont précises. « Phthisis ab ulcère pulmonum , dit-il , vulgo pro «incurabili derelinquitur, et quia, ut aiunt, taleulcus «internumestet occultum, necutalia externa ulcéra «mundificari et a pure abstergi potest; sedquare non « id agant medici, ut investigent ulceris situm, eoque « detecto, sectionem inter costas instituant' ùt medica- « menta introduci possent, rationem sanenon agnosco » (Praoceos medicinœ, lib. 2, p. 31 7).

En 1830, le docteur Krimer pratiqua la thoracentèse sur une malade qu'il considérait comme phthisique; mais il nous paraît évident que dans ce cas il ne s'agissait que d'une vomique, d'un abcès pulmonaire, suite de pneumonie aiguë [Sur quelques essais tendant à obtenir la guérison de certains cas de phthisie pulmonaire par des moyens chirurgicaux , in Journal complémentaire des sciences médicales, t. xxxvi, p. 270).

M. Graux, médecin de l'hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, a dit à l'un de nous, en 1843 , qu'il avait ouvert treize à quatorze fois des cavernes pulmonaires (voy. Journ. de médec, t. i , p. 1 60 ; 1 843); mais ces fais n'ont pas été publiés , et une observation qui appartient à M. Bricheteau est le seul document que la science possède sur la thoracentèse appliquée au traitement de la phthisie pulmonaire.

Un homme chez lequel le début de la maladie paraissait remonter à cinq ans entra à l'hôpital Necker en mars 1840, et l'on reconnut qu'il était affecté de phthisie pulmonaire; on constata a^-dessous de la clavicule droite l'existence d'une caverne large et superficielle, laquelle donnait lieu à du gargouillement, de la pectoriloquie et à une sorte de vibration métallique accompagnant la toux.

Un large cautère fut placé au niveau de la caverne, et l'on en appliqua successivement deux autres au fond de la plaie résultant du premier.

Le 1 1 août on plongea daus le fond de la plaie

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un bistouri qui pénétra dans la caverne; le lendemain , et pendant plusieurs jours de suite , on retira de celle-ci uue matière blanchâtre semblable à du mastic délayé avec un peu de liquide, et des débris organiques.

Bientôt la plaie se combla, se cicatrisa, et fut remplacée par une vaste excavation, au fond de laquelle on ne percevait plus ni gargouillement ni pectoriloquie.

Le malade, après être resté pendant neuf mois dans un état assez satisfaisant, fut enlevé , en mai 1841, par une péricardite aiguë.

«A l'ouverture du corps , on trouve à la partie moyenne du lobe supérieur du poumon droit une caverne affaissée sur elle-même, presque entièrement comblée par un travail récent de cicatrisation qui consistait en des bourgeons semi-celluleux, semicartilagineux. Le reste de cette caverne était inférieurement séparé du reste du poumon par une cloison ancienne fortement organisée et de nature cartilagineuse. Les deux lobes inférieurs du poumon ne contenaient que quelques rares tubercules très-isolés; le poumon gauche ne contenait aussi qu'un très-petit nombre de tubercules épars dont quelques-uns étaient passés à l'état crétacé » (Bricheteau, Sur l'emploi de la paracentèse thoracique dans la phth. pulmon., in Journ. de méd., t. i, p. 65; 1843).

L'observation de M. Bricheteau est fort incomplète, mais elle soulève une question importante.

Dans le cas où l'on constaterait l'existence d'une caverne superficielle considérable, menaçant par elle-même les jours du malade , les poumons n'offrant d'ailleurs, dans leurs autres portions, que des tubercules crus, devrait-on tenter la thoracentèse? Nous pensons que l'on peut, sans trop de témérité, répondre par l'affirmative, et que, si l'opération ne doit pas amener une guérison complète , elle peut au moins prolonger la vie du malade pendant quelque temps, et peut-être pendant plusieurs années.

Nous pensons, toutefois, que l'opération ne sera pas aussi dépourvue de danger que semble le croire M. Bricheteau , tant que l'on n'aura pas trouvé un procédé opératoire tel que des adhérences intimes et solides soient constamment établies entre la paroi thoracique et le poumon. Tous les malades opérés par M. Graux ont succombé parce que , à défaut d'adhérences suffisantes, de l'air et une partie de la matière tuberculeuse contenue dans la caverne se sont épanchés dans la cavité pleurale.

b. Traitement palliatif . — Traitement de l'altération tuberculeuse. — Alimentation. — Quelques médecins veulent que le régime des phthisiques, à toutes les époques de la maladie , soit exclusivement lacté et végétal; d'autres , au contraire, pen-

sent qu'il doit être constamment animal et tonique. De part et d'autre il y a exagération ; le régime doit être en rapport avec l'état des voies digestives et avec les habitudes du malade. Sans proscrire le lait de vache ou d'ânesse et les légumes frais, nous pensons qu'une alimentation substantielle, que les viandes rôties, le vin de Bordeaux, doivent faire la base du régime pendant la première période de la maladie, c'est-à-dire tant qu'il n'existe point de fièvre , d'hémoptysie, de diarrhée ; tant qu'il n'existe aucun symptôme d'irritation ni du côté des voies digestives, ni du côté des poumons. 11 est bien entendu toutefois que le régime ne doit jamais être excitant , et qu'il faut défendre sévèrement les ragoûts épicés, les condiments, le gibier, les vins de Bourgogne ou d'Espagne , les excès de table , etc.

Dans les circonstances opposées à celles que nous venons d'indiquer, dans la période de ramollissement des tubercules , lorsque le malade a une petite fièvre continue avec exacerbalion le soir, une toux fréquente, des hémoptysies plus ou moins abondantes (deuxième période), le régime doit être complètement modifié, et c'est aiors qu'il convient de prescrire la diète lactée et végétale.

Dans la troisième période , le médecin est souvent fort embarrassé pour instituer un régime convenable; il lui faut concilier des indications opposées les unes aux autres, lutter contre les caprices et les désirs souvent bizarres des malades, et sa tâche est ordinairement très-difficile.

En général , les forces ont besoin d'être soutenues pendant la période d'excavation ; quelque peu nombreuses que soient les chances de cicatrisation , il ne faut pas les annihiler en plongeant le malade dans la débilité. Mais les paroxysmes fébriles qui se manifestent après les repas, la diarrhée, les vomissements que l'on observe quelquefois, semblent être des circonstances qui rendent la diète obligatoire et qui effrayent le praticien.

Dans les cas de ce genre on est obligé de se laisser gouverner par les événements : aucune règle générale ne peut être posée. Il faut approprier le régime aux incidents de la maladie, et comme ces incidents sont très-nombreux et très-variables, il en résulte que l'alimentation doit souvent être modifiée d'un jour à l'autre, ou même dans les vingt-quatre heures.

Le médecin ne doit pas perdre de vue , toutefois , qu'il est urgent de maintenir les forces du malade, et que la diète, l'abstinence complète, n'exercent pas sur la fièvre, la diarrhée et les vomissements l'influence salutaire que l'on se croirait en droit d'attendre d'elles , tandis que, d'autre part, une alimentation bien ordonnée n'exaspère point ces accidents ainsi qu'on pourrait le craindre.

Dans la troisième période de la phthisie, il fautchoi-

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sir des aliments qui soient nourrissants sous le moindre volume possible, et de facile digestion ; les potages féculents au bouillon de poulet, les gelées de viande, certains poissons, remplissent parfaitement ces conditions. Pour faciliter les digestions, pour faire cesser les vomissements, on retire souvent de très-bons effets de l'eau de Seltz , de l'eau de Vichy , ou des eaux de Bussang, de Spa , de Pougues , etc. Les repas ne doivent pas être copieux ; il vaut mieux que le malade mange souvent mais peu à la fois; le dernier repas doit avoir lieu vers quatre heures , afin d'être séparé par un long intervalle du paroxysme fébrile qui se manifeste ordinairement vers sept ou huit heures du soir.

Habitation , exercice. — Nous ne pourrions que répéter à cet égard ce que nous avons dit à propos de la prophylaxie : il faut que l'habitation soit dans les meilleures conditions possibles d'exposition, d'étendue et de ventilation; la température doit être douce et égale. Le séjour à la campagne , l'exercice en plein air sont toujours favorables; jusque dans les derniers jours il est bon, lorsque la saison et le temps le permettent, de transporter le malade dans un jardin, ou de lui faire faire une promenade à pied ou en voiture. L'exercice ne doit néanmoins jamais aller jusqu'à la fatigue.

Voyages. — Séjour dans un climat chaud. — «De tous les moyens tentés jusqu'ici contre la phthisie, dit Laennec (/oc. cit. , p. 275), il n'en est aucun qui ait été suivi plus souvent de la suspension de la maladie que le changement de lieu. »

Cette opinion a longtemps régné dans la science , et la plupart des médecins en étaient arrivés à considérer le changement de lieu non-seulement comme le remède curatifAe la phthisie , mais encore comme le seul remède qu'il y eût à opposer à cette maladie. Une observation plus attentive vint démontrer, au bout de quelque temps , toute l'exagération de cette doctrine, et bientôt les esprits se jetèrent dans la réaction au point de ne plus attribuer aucune influence aux voyages.

La vérité est entre ces deux opinions extrêmes; les voyages ont sur la marche de la phthisie pulmonaire une influence incontestable, mais celle-ci varie suivant que le sujet se déplace à telle ou telle période de la maladie, et selon qu'il se rend dans telle ou telle localité.

Clark s'élève avec raison contre le peu de soins que les médecins ont mis à déterminer les conditions sous lesquelles doit s'opérer le déplacement des phthisiques : on expatrie tout malade riche , quel que soit l'état dans lequel il se trouve , et on abandonne à son caprice le choix de sa résidence; «de là, dit Clark, le grand nombre de malades qui succombent quelques

jours après leur arrivée , ou même en route » (The influence ofcUmate, etc., p. 261 et suiv.).

Les voyages doivent être conseillés pendant la première et la seconde période de la phthisie ; mais lorsque les malades sont parvenus à la période d'excavation, lorsqu'ils ont une fièvre paroxystique, de la diarrhée , des sueurs nocturnes abondantes , des hémoptysies fréquentes, les fatigues d'un voyage ne peuvent plus qu'aggraver les accidents et hâter la terminaison funeste.

Pour que le déplacement exerce une action favorable , il faut non-seulement qu'il soit opéré en temps opportun, mais encore qu'il ait une longue durée. Un malade porte des tubercules crus, on l'envoie passer quelques mois d'hiver dans le Midi ; les symptômes s'amendent, le malade revient dans sa patrie, et ne s'en éloigne plus; au bout de deux ou trois ans, la phthisie se montre de nouveau avec violence, et emporle rapidement le sujet : on en conclut que les voyages sont complètement inefficaces !

Lorsque le déplacement est décidé , il n'est pas indifférent d'envoyer le malade dans telle localité ou dans telle autre.

«Je suis convaincu, dit Laennec (loc. cit., y. 277), que, dans l'état actuel de la science, nous n'avons pas de meilleurs moyens à opposer à la phthisie que la navigation et l'habitation des bords de la mer dans un climat doux.» Cette opinion a été partagée par plusieurs auteurs qui ont attribué l'heureux effet d'une atmosphère marine aux émanations salées qu'une évaporation continuelle apporte aux malades. Clark (loc. cit., p. 269, 270) pense que la navigation est très-utile dans le premier degré de la phthisie, surtout lorsque les sujets ont des hémoptysies.

Les recherches récentes ont jeté beaucoup de doute sur la vérité de cette doctrine.

La phthisie est très-fréquente à Marseille, à Naples, et dans beaucoup d'autres ports de mer du Midi. «La navigation , dit M. Forget ( loc. cit. ) , est peut-être un moyen prophylactique, mais elle accélère certainement la marche de la phthisie confirmée.»

Il n'est pas encore possible de se prononcer avec certitude sur cette question. M. Girard, de Marseille, a vu plusieurs malades s'éloigner dans un étal presque désespéré, et recouvrer la santé à mesure qu'ils s'approchaient des régions intertropicales , tandis que, de retour à Marseille , ils étaient promptement repris de symptômes graves, et ne tardaient pas à succomber. «Y a-t-il eu simple coïncidence? dit M. Valleix (loc. cit., p. 436), l'amélioration a-t-elle été produite par la navigation dans un pays chaud et humide? Cette amélioration peut-elle nous faire espérer qu'avec plus de persévérance on obtiendrait uneguérison complète? Ce sont autant de questions

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très -importantes que l'observation seule pourra résoudre.»

Les localités méridionales qui servent ordinairement de refuge aux phthisiques sont Hyères, Pau, Nice, Pise, Naples, Rome, Madère; mais l'on s'accorde aujourd'hui à donner la préférence à Pau, à Hyères et à Pise.

Clark considère Madère comme le lieu le plus généralement favorable aux phthisiques , mais il pense cependant qu'il faut se décider entre les diverses résidences suivant les conditions individuelles particulières à chaque malade. «Les sujets, dit-il, qui ont le système nerveux irritable, qui sont désagréablement affectés par les veuts et par le voisinage de la mer, qui ont habituellement les bronches irritées et la peau sèche, doivent aller à Rome ou à Pise; ceux qui ont une constitution languissante, qui sont prédisposés plutôt aux congestions et aux hémorrhagies qu'aux inflammations, ceux-là doivent préférer Nice; Hyères convient parfaitement aux sujets dont les voies digestives sont en mauvais état et très-irritables.

Les partisans de la loi d'antagonisme veulent que Ton envoie les phthisiques dans des localités marécageuses, et ils assurent que Ton parvient ainsi nonseulement à enrayer la marche de la maladie, mais encore à la guérir. M. Crozant ( Journal de rnéd. , t. h, p. 141 etsuiv.; 1844) a rapporté quatre cas de guérison qu'il attribue à l'habitation dans un pays humide , malsain , sur le bord d'une rivière , au milieu de terrains bas et marécageux.

L'effet curatif des localités marécageuses est encore moins démontré que la loi par laquelle on veut l'expliquer.

Traitement des symptômes. — Toux, expectoration, dyspnée, douleurs thoraciques. Les phthisiques sont souvent tourmentés, aux différentes époques de la maladie, par des quintes de toux trèsfatigantes, accompagnées de dyspnée, de douleurs thoraciques, etc. 11 faut combattre ces accidents à l'aide de boissons mucilagineuses, d'inspirations de vapeurs aqueuses et narcotiques ( stramonium, belladone), de cataplasmes émollients, d'emplâtres de thériaque ou de belladone appliqués sur la poitrine; MM. Trousseau et?\àows. (Traité de thérapeut., etc., t. ii, p. 132) disent avoir retiré de très-bons effets de l'emplâtre de ciguë. M. Gruveilhier conseille de faire fumer des cigarettes de belladone, de jusquiameou de stramonium ; ces substances, et surtout l'opium, administrés à l'intérieur, sont généralement très-efficaces. Clark conseille cependant avec raison de n'avoir recours aux préparations opiacées qu'après avoir épuisé les autres narcotiques, afin de ne pas épuiser, tout d'abord, les ressources les plus précieuses de la matière médicale.

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«Dans quelques cas, dit M. Louis, l'opium donné en lavements soulage plus rapidement et plus complètement que lorsqu'il est pris par la bouche. 11 faut donc l'appliquer sur le rectum lorsqu'on n'a pas réussi en le donnant en potions ou en pilules.»

Les antispasmodiques calment quelquefois mieux la toux et la dyspnée que les narcotiques; l'acide hydrocyanique, l'eau distillée de laurier-cerise, le musc, le sirop de valériane sont souvent prescrits avec avantage. Nous avons employé avec succès la potion suivante : '# eau distillée de laitue, 120 grammes; eau distillée de laurier-cerise, 12 grammes; teinture de musc, 15 gouttes; sirop de valériane, 30 grammes. A prendre une cuillerée toutes les heures.

Lorsque les moyens que nous venons d'indiquer ne réussissent pas, i! faut avoir recours aux révulsifs appliqués sur la poitrine; souvent on atteint le but désiré au moyen de sinapismes , de frictions avec l'huile de croton ,d'un emplâtre stibié ou de plusieurs vésicatoires volants.

L'expectoration est souvent pénible, laborieuse, et n'a lieu qu'après de violents efforts de toux ; les balsamiques ( sirop de Tolu, infusion d'hyssope, etc. ) , Pipécacuanha donné à doses fractionnées ( 4 à 1 2 pastilles dans les vingt-quatre heures ), facilitent l'expulsion des crachats. Pendant les derniers jours qui précèdent la mort, l'expectoration est ordinairement très-difficile; il faut alors prescrire les cordiaux, le vin de Malaga, faire frictionner les muscles de la poitrine avec de l'eau-de-vie camphrée, etc.

Congestion pulmonaire inflammatoire. — Le ramollissement des tubercules est quelquefois annoncé par des symptômes d'irritation pulmonaire, de la fièvre, etc. (voy. Symptômes). Si le sujet est robuste , si le pouls est plein , il ne faut point balancera pratiquer une saignée du bras ou à prescrire une application de sangsues sur la région sousclaviculaire ou axillaire; mais il est rare que ces émissions sanguines soient indiquées, et dans la majorité des cas c'est aux moyens révulsifs que nous énumérerons tout à l'heure qu'il faut avoir recours.

Congestion pulmonaire hémorrhagique. ■ — ■ Hémoptysie. — Lorsqu'une hémoptysie a lieu, ou que l'on observe les phénomènes qui précèdent quelquefois l'hémorrhargie, faut-il ouvrir la veine, et dans quelles limites doit-on recourir aux émissions sanguines ? Ces questions ont été diversement résolues par les auteurs. Cheyne, Clark (loc. cit., p. 375 etsuiv.) et plusieurs autres assurent que la saignée générale doit toujours être pratiquée; ils veulent même qu'elle soit souvent répétée chez les sujets qui ont des hémoptysies fréquentes et habituelles. «Jamais, dit Clark (p. 376), je n'ai eu à regretter d'avoir ouvert la veine.»

Nous nepouvons adopter la doctrine des médecins

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anglais ; nous avons vu trop souvent les émissions sanguines ne point arrêter l'hémoptysie , ou même celle-ci se reproduire avec d'autant plus de persistance que celles-là avaient été plus nombreuses. En générales saignées n'ont pas d'autre effet que d'augmenter l'état de prostration et d'anémie qui succède aux hémorrhagies pulmonaires abondantes.

Nous pensons avec M. Louis (ouvr. cité, p. 660) que la saignée n'est indiquée que lorsque le malade a couservé un certain degré de force, d'embonpoint, et que le pouls est plein; nous pensons aussi que lorsqu'elle n'arrête pas l'hémorrhagie elle ne doit pas être renouvelée.

Le silence et le repos suffisent souvent pour faire cesser l'hémoptysie ; lorsque celle-ci est très-abondante ou qu'elle persiste pendant longtemps, il faut avoir recours aux révulsifs appliqués sur les membres inférieurs (sinapismes, vésicatoires, ventouses Junod), aux boissons acidulés ou astringentes, à la glace à l'extérieur et à l'intérieur, au ratanhia, au tanin, aux lavements purgatifs.

Nous avons plusieurs fois arrêté des hémoptysies graves à l'aide de l'opium donné à haute dose ; Graves préconise l'épicacuanha ( 1 déc.igramme tous les quarts d'heure) ; M. Rufz a vu des hémoptysies rebelles aux moyens les mieux indiqués en apparence céder tout d'un coup à un émétique (voy. Pneumorrhagie).

Diarrhée, vomissement. — Nous avons déjà dit que les troubles digestifs n'exigent que rarement la diète ou une modification profonde du régime. L'eau de riz édulcorée avec le sirop de coings, la décoction blanche, le cachou, le diascordium, les lavements amidonnés et laudanisés , les vésicatoires volants sur l'abdomen , un émétique ou même un purgatif léger, font souvent cesser la diarrhée qui se manifeste accidentellement pendant les deux premières périodes de la maladie (Clark , p. 387) ; mais la diarrhée continue qui accompagne la troisième période et qui est liée à l'existence d'ulcérations intestinales est toujours très-rebelle, et résiste presque constamment à tous les moyens qu'on lui oppose. Glark vante l'épicacuanha et le sulfate de cuivre; Rob. Thomas et Graves assurent que le nitrate d'argent (5 centigrammes trois ou quatre fois par jour) arrête complètement la diarrhée colliquative des phthisiques sans augmenter, comme le fait l'opium, la tendance à la transpiration ; mais Graves discrédite lui-même son médicament en déclarant qu'il ne doit pas être administré quand il existe des ulcérations intestinales :« Le nitrated'argent ne réussit, dit-il, que lorsque la diarrhée résulte d'une augmentation morbide de la sécrétion intestinale (The Lond med. and surg.journ., numéro de février 1833. — Arch. gén. de méd., 1833, t. 1 , jp. 580).

M. Alph. Devergie assure que , dans seize cas de phthisie accompagnée d'une diarrhée qui persistait depuis longtemps, il a supprimé ou notablement diminué le dévoiement au moyen de lavements saturnés (%■ un quart de lavement à la décoction de graines de lin. Ajoutez acétate neutre de plomb , 1 décigramme ; carbonate de soude, 5 centigrammes; laudanum de Sydenham, 4 gouttes; un lacement matin et soir). Pour que cette médication agisse efficacement, il faut que les lavements soient gardés (Bull. gén. de thérapeutique, t. xr, p. 1 46).

L'eau de Seltz, la potion de Rivière, l'application sur la région épigastrique d'un emplâtre de thériaque, d'un vésicatoire volant, arrêtent quelquefois les vomissements , et il ne faut pas oublier que ceux-ci sont souvent provoqués par les efforts de toux en l'absence de toute altération gastrique.

Sueurs. — Clark a souvent diminué ou tari les sueurs au moyen de quelques gouttes d'acide sulfurique ou d'acide acétique versées dans une infusion de sauge ou d'écorce de quinquina ; il se loue aussi du sulfate de quinine donné à petites doses (loc. cit.,, p. 386).

L'acétate de plomb a été préconisé par plusieurs médecins (pf acétate de plomb, opium âa , 5 décig ranime s ; sucre, 2 grammes; divisez en 20 paquets ; à prendre un le matin et un le soir), mais il est assez généralement abandonné aujourd'hui. L'agaric blanc est vanté par MM. Bisson, Philippe, Dor, Barbut, Toël, etc. Ce médicament a été expérimenté avec succès par M. Andral (Bull, génér. de thérapeut., t. vi, p. 334); il doit être prescrit sous forme piîulaire à la dose de 20 à 50 centigram. ; il faut en suspendre l'administration lorsqu'il provoque des selles trop abondantes, et ne pas y avoir recours chez les phthisiques qui ont une diarrhée continue et rebelle aux opiacés (Bisson , Mém. sur l'emploi de l'agaric blanc contre les sueurs de la phth. pulm.; Paris, 1832).

«Les sueurs, comme les diarrhées, tiennent au génie même de l'affection principale , dit avec raison M. Louis (p. 665), et par cela même elles sont bien difficiles à combattre. La meilleure mesure à prendre, c'est d'éloigner tout ce qui pourrait concourir à favoriser le développement de ce symptôme. »

La température de l'appartement ne sera pas trop élevée , le lit n'aura de couvertures qu'autant qu'il en faut pour garantir le malade du froid , les boissons seront bues à la température de l'appartement.-

Palpitations. — Les palpitations si pénibles qu'éprouvent beaucoup de phthisiques réclament l'emploi de la digitale à l'intérieur et à l'extérieur ipf baume tranquille, 8 grammes ; teint, éthérée de digitale pourprée, i gramme; laudanum de Sydenham, 40 gouttes; trois frictions par jour sur la

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région précordiale). Souvent elles sont calmées par les moyens que nous avons indiqués à propos de la toux et de la dyspnée.

Paroxysmes fébriles. — Il est fort rare que les paroxysmes fébriles soient accompagnés de frissons , et qu'ils affectent une véritable périodicité dans leurs retours ; lorsqu'il en est ainsi il faut avoir recours au sulfate de quinine comme s'il s'agissait d'une fièvre intermittente.

Traitement des complications. — La méningite et la péritonite tuberculeuses, la pneumonie et la pleurésie sont les principales complications de la phthisie pulmonaire; il faut combattre les deux premières par le traitement que nous avons indiqué en faisant l'histoire de ces affections. Quant à la pleurésie et à la pneumonie, elles ne réclament pas une médicatiou particulière, mais il faut n'user qu'avec beaucoup de modération des émissions sanguines et avoir recours, dès le début, aux vésicatoires et à l'émétique à hautes doses. La diarrhée et même les vomissements ne contre-indiquent point l'emploi du tartre stibié.

G. Traitement empyrique . — Emissions sanguines.— En 1733, Dovar écrivait que pendant les 15 premiers jours de la maladie il fallait pratiquer chaque jour une saignée de 6 à 8 onces , et que pendant les trois quinzaines suivantes il fallait saigner tous les deux, trois ou cinq jours (The ancient physicians legacy, p. 26; London, 1733); Morton, Stoll (Rat. med., p. 210-271), Hasack (Jmerican med. and. philos. register, t. u, p. 470), Cheyne, Rob. Thomas , Stokes, veulent que l'on ait recours aux émissions sanguines générales et locales au début et pendant la première période de la phthisie pulmonaire; Mead assure que ce moyen lui a réussi vers la fin de la maladie et dans des cas qui semblaient désespérés (Glarck, loc. cit., p. 337); Broussais, comme on le pense bien, a fait des saignées la base de son traitement.

Nous n'avons plus besoin de démontrer que les émissions sanguines ne doivent pas être dirigées contre la tuberculisation : la presque totalité des praticiens accepte aujourd'hui ces paroles de Laennec : «La saignée ne peut ni prévenir le développement des tubercules ni les guérir quand ils sont formés; elle ne doit être employée dans le traitement de la phthisie pulmonaire que pour détruire une complication inflammatoire ou une congestion sanguine aiguë ; hors de là, elle nuit en diminuant en pure perte les forces du malade (loc. cit., p. 266).

11 est quelquefois utile d'ouvrir la veine au début de la phthisie aiguë , pour empêcher le ramollissement imminent des tubercules , pour prévenir ou pour arrêter une hémoptysie, pour combattre un état fébrile très-prononcé avec plénitude du pouls , une compli-

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cation phlegmasique, une congestion active du poumon; cependant, même dans ces circonstances, il ne faut pas répéter plusieurs fois l'évacuation sanguine si l'on n'a pas atteint le but désiré après une ou deux saignées.

Lorsque les premiers symptômes de la phthisie se manifestent après la disparition d'une hémorrhagie habituelle, ou que celle-ci cesse de se montrer pendant la première période de l'affection pulmonaire, il est indiqué de chercher à rappeler l'écoulement sanguin; mais il n'en est plus de même lorsque l'hémorrhagie se supprime à une époque déjà avancée de la phthisie; toutes les tentatives n'auraient alors d'autre résultat que d'affaiblir le malade. 11 importe de se rappeler cette différence auprès des femmes atteintes de phthisie : « Chez elles , dit Laennec , la suppression des règles est évidemment, au moins le plus souvent , l'effet et non la cause du développement des tubercules, et tant que ces derniers s'accroissent et se multiplient, tant que les symptômes généraux de la phthisie marchent sans se ralentir, il me paraît au moins fort inutile de chercher à rappeler l'évacuation périodique. Mais lorsqu'il se présente une indication évidente de tirer une petite quantité de sang , il y a souvent de l'avantage à faire appliquer des sangsues à la partie interne des cuisses plutôt que dans un autre lieu.»

Que de fois nous avons vu des médecins imprudents plonger leurs malades dans l'anémie , et hâter la marche de la phthisie, en s'ef forçant de rappeler par des applications multipliées de sangsues un écoulement menstruel qui ne devait plus reparaître !

Vomitifs. — «Dès les premiers temps de la médecine, dit Clark, on a employé les vomitifs dans le traitement de la phthisie pulmonaire, et constamment on a eu à se louer de leur usage.»

Morton assure avoir enrayé , au moyen de l'émétique , un grand nombre de phthisies au premier degré; Simmons, Parr, Bryan , Robinson, Thomas Reid, Marryat, Young (voy. Clark, loc. cit., p. 343), disent avoir obtenu des succès semblables.

Le docteur Giovanni de Vittis prétend avoir parfaitement guéri 47 malades atteints de phthisie au premier degré , 102 arrivés au second degré, et 47 dont la maladie était parvenue au troisième degré (Observ. ed esperienze sulla tisi polmonare seguita da un metodo particolare per la cura di tal malattia; Naples, 1832 ; — Annali univers, di medicina, n° de décembre 1832). Ces résultats ne sont-ils pas trop extraordinaires pour qu'on puisse les accepter sans réserve ?

Le docteur Hughes a traité par les émétiques 120 à 130 malades qui offraient les signes de la phthisie à son début, et, dans beaucoup de cas, il dit avoir arrêté ou même complètement fait disparaître la ma-*

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Jadie (Guy' s hosphal reports , n" du 11 octobre 1840.— Gazette médic. de Paris, p. 804 ; 1840); Furnivall dit avoir obtenu des résultats analogues (On the succès sf al treatment of consumptive disorders, etc.; Londres, 1838).

M. Bricheteau à Paris (Gazette des hôpitaux, 1 837, nos 79,88; 1838, nos 100, 103, 105; 1839, n° 68),M.Rufz à la Martinique (loc. cit.), assurentque le tartre slibié exerce au moins une très-heureuse influence sur la marche de la phthisie, à toutes les époques de la maladie.

Parmi les médecins que nous venons de nommer, il en est plusieurs dont nous reconnaissons la grande autorité; mais nous savons aussi combien fréquemment les hommes les plus sévères ont conçu sur l'efficacité de tel ou tel médicament des espérances qu'une expérimentation plus suivie est venue faire évanouir. Le diagnostic a-t-il toujours été bien posé? n'a-t-on pas eu affaire à des bronchites chroniques, à des emphysèmes pulmonaires? Chez les sujets véritablement phthisiques , l'amélioration n'a-t-elle pas été due à l'action du (arlre slibié sur une complication ( bronchite, pneumonie).

Les faits rapportés jusqu'à présent ne permettent pas de répondre avec certitude à ces différentes questions; mais ils ont néanmoins assez de valeur pour engager les praticiens à expérimenter avec soin la médication vomitive, et à publier avec détails les observations qu'ils auront recueillies. Attendons, dironsnous avec M. Valleix (loc. cit., p. 429), que de nouveaux faits viennent nous éclairer plus complètement. Ajoulous que Conwell (loc. cil.) a traité tous ses malades par l'émélique et qu'il n'en a pas guéri un seul.

Morton et Marryat administrent le matin, à jeun, 5 centigrammes de tartre stibié et 15 d'ipécacuanha; Senter prescrit 20 centigrammes d'ipécacuanha et 5 de sulfate du cuivre; Reid conseille de donner l'ipécacuanhamatin etsoir, de manière à provoquer chaque fois un ou deux vomissements ; Simmons prescrit le sulfate de cuivre seul ; Giovanni de Vittis fait prendre, malin et soir, une cuillerée de la potion suivante : if tartre stibié, 15 centigrammes; infusion de fleurs de sureau, 1 50 grammes ; sirop simple, 30 grammes. Si au bout d'un quart d'heure il n'y a pas eu de vomissement, on peut administrer une seconde cuillerée. Hughes, après avoir expérimenté différentes espèces d'émétiques et différentes préparations, donne la préférence au sulfate de zinc (5 à 6 décigrammes), à Tipécacuanha (même dose) , ou à une combinaison d'ipécacuanha et de sulfate de cuivre (ipécacuanha , 3 décigrammes; sulfate de cuivre, 1 décigramme).

Marryat ne donne le médicament que deux ou trois fois par semaine; Reid l'administre tous les jours , le matin ; Giovanni de Vittis tous les jours matin el

soir. Hughes dit qu'il faut faire vomir tous les matins, ou seulement tous les deux, trois ou quatre jours, suivant la force du sujet et les caractères de la maladie.

Hughes reconnaît que les émétiques ne produisent pas de bons effets dans la phthisie aiguë ou fébrile , lorsque la faiblesse est très-prononcée , lorsqu'il y a des sueurs abondantes , une fièvre hectique ou des symptômes de ramollissement. Moins la maladie est avancée, plus elle a un caractère chronique, plus l'effet des émétiques est avantageux (Gazette médicale, loc. cit., p. 805).

Lorsque le médicament produit des évacuations alvines répétées, il faut en suspendre l'emploi pendant quelques jours et arrêter la diarrhée au moyen de la préparation suivante : ¥ digitale pourprée pulvérisée, ipécacuanha torréfié et pulvérisé aa, 5 décigrammes : pour faire dix pilules. Une toutes les heures (Giovanni de Vittis).

Chlore. — Le chlore a été préconisé par plusieurs auteurs, et il a été administré sous différentes formes.

M. Gannal réclame la priorité pour l'introduction du chlore dans le traitement de la phthisie pulmonaire; cependant déjà en 1827 Pagenstecher publiait une observation de phthisie guérie par l'usage de cet agent (Hujeland's journal, n° de novembre 1827. — Arch. gén. de méd. , t. xvi, p. 608 ; 1 828) et Laennec a fait à la Charité , avec MM. Bourgeois et Louyer-Villermay, des expériences antérieures à la publication de M. Gannal. Quoi qu'il en soit, le 7 décembre 1 827, M. Gannal vint annoncer à l'Académie des sciences qu'il avait obtenu, à l'aide de fumigations de chlore, une amélioration sensible chez trois malades atteints de phthisie pulmonaire ; et le 28 juillet 1828 , il soumit à cette société savante un second travail où étaient produits quelques nouveaux faits aussi peu concluants que les premiers. Là se bornent les travaux de M. Gannal.

En 1829, M. Coltereau s'est livré à des recherches plus sérieuses (Académie de médecine, séances du 7 avril, du 26 mai et du 11 août 1829) qu'il a consignées dans un mémoire publié eu 1830 (De l'emploi du chlore gazeux dans le traitement de la phthisie pulmonaire, in Archives générales de médecine, t. xxiv, p. 347; 1830).

M. Louis (ouvr. cité, p. 620-638) a reproduit et analysé les treize observations qui servent de base au travail de M. Cottereau, et il est arrivé à une conclusion que nous acceptons complélemenl.

«Parmi ces observations, dit M. Louis, on n'eu trouve réellement aucune qui prouve l'efficacité du chlore dans la phthisie. Les unes manquent des détails nécessaires pour qu'on sache à quoi s'en tenir sur le caractère de l'affection traitée; les autres sont

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des cas de pneumonie double ou de pleurésie chez des malades dont les poumons offraient un certain nombre de tubercules ; et dans ces cas, on le conçoit sans peine, les symptômes généraux, qui tenaient à la complication , une fois écartés après l'usage d'un agent thérapeutique peut-être plus nuisible qu'utile, la santé du malade a dû paraître assez satisfaisante : ce qui a fait illusion.»

Laennec , MM. Husson (Académie de médecine, séance du 8 avril 1828), Honoré, Ruliier, Moreau, ' Mérat (séance du 11 août 1829) et d'autres praticiens (Bulletin général de thérapeutique, t. vi, p. 269) ont essayé le chlore sans succès; Coutanceau Ta vu échouer entre les mains de M. Gannal luimême au Val-de-Gràce (Académie de médecine , séance du 11 août 1829); sur douze malades traités parBayle, un seul a guéri, et chez lui laphthisie n'avait été diagnostiquée que par les symptômes généraux [Reçue médicale, novembre 1829); M. Toulmouche a expérimenté le chlore sur plus de quatrevingts phthisiques et il n'a jamais obtenu qu'un soulagement momentané, consistant dans une expectoration plus facile, un aspect plus muqueux des crachats elle développement subit de l'appétit. La plupart des ma- I lades n'ont pu supporter le traitement, qui provoquait ! de la chaleur et de l'irritation au larynx, UDe sensation de sécheresse dans la poitrine et de la toux [De l'emploi du chlore dans le traitement de la phthisie pulmonaire , in Archives générales de médecine, t. iv, p. 576 ; 1834).

M. Louis a étudié l'action du chlore sur plus de cinquante phthisiques ; dans aucun cas il n'a obtenu le moindre succès (loc. cit., p. 639).

Le chlore a été administré surtout sous forme gazeuse.

M. Gannal faisait dissoudre du chlore pur dans de l'eau distillée à la température de 32° centigrades, et ! cette eau, chargée de chlore, servait à faire des fumigations.

D'abord, il ne faut faire entrer dans chaque fumigation que dix à douze gouttes de chlore, mais on augmente progressivement la dose jusqu'à soixante ou quatre-vingts gouttes. Le flacon dont on se sert doit avoir des ouvertures ayant au moins 5 lignes de diamètre. Il faut que la fumigation soit répétée six ou huit fois dans les vingt-quatre heures (Arch. gén. de méd.,t. xvi,p. 626; t. xvu, p. 632; 1828).

M. Gottereau a proposé pour l'administration du chlore un appareil assez compliqué (Arch. gén. de méd., t. xx, p. 123; 1829).

M. Andral, ayant vu que les fumigations de chlore ont souvent des inconvénients graves , a expérimenté le chlore liquide à la dose de dix gouttes dans une potion gommeuse de 120 grammes ; mais il a été obligé de cesser bientôt cette médication , qui cau-

sait de la toux et des symptômes d'irritation gaslrique (Bull. gén. de thérap., t. i , p. 38).

Chlorure de chaux. — Le chlorure de chaux a été prescrit par le docteur Herzog, mais ce médecin reconnaît lui-même que ce moyen ne convient que dans les phthisies qui sont la suite d'une pneumonie. «Dans la vraie phthisie tuberculeuse , dit-il , ce médicament reste sans effets.» M. Herzog a fait usage de la préparation suivante : 2C chlorure de chaux, 2 à 8 grammes; eau distillée, 180 grammes ; à prendre quatre cuillerées à bouche par jour (Journ. von Grœj und ff^alther, t. xvi , p. 276. — Gaz. méd., p. 411; 1832).

Chlorure de sodium. — Ayant remarqué que les singes des bateleurs succombent moins fréquemment à la phthisie pulmonaire que les singes du Jardin des Plantes, et ayant appris que les acrobates font manger à leurs animaux une grande quantité de sel de cuisine, M. A. Latour pensa que l'immunité était due au chlorure de sodium, et il crut, dès lors, devoir essayer cette substance sur l'homme. Des expériences dont l'auteur n'a fait connaître ni le nombre ni la valeur le conduisirent bientôt à proclamer l'efficacité du sel dans le traitement préservatif et curatif de la phthisie.

Voici de quelle manière M. Louis (ouv. cit., p. 615) s'exprime à cet égard: «M. Latour ne dit pas qu'il soit indifférent pour le succès de la médication d'avoir affaire à un malade dont l'affection est au premier ou au deuxième degré; il ne dit pas combien de malades il a traités daus telle ou telle condition, et combien ont guéri... Enfin , on regrette surtout que M. Latour ait craint de multiplier dans son ouvrage les faits de guérison, et qu'il ait cru pouvoir exposer ceux qu'il rapporte en quelques lignes.»

M. Louis a donné le sel marin pendant cinq mois de suite à tous les phthisiques qui ont été reçus dans son service à l'Hôtel-Dieu, et dans aucun cas il n'a observé d'effet appréciable (p. 617).

L'administration du chlorure de sodium est fort simple : elle consiste à donner du sel, deux ou trois mois de suite , à doses croissantes , de 2 à 8 grammes par jour, soit dans du bouillon, soit incorporé dans du pain (Latour, Traitement préservatif et curatif de la phthisie; Paris, 1840).

Sels alcalins. — On a préconisé le sous-carbonate de potasse (Pascal, Guérison de la phthisie; Paris, 1833), Thydrochlorate de chaux, le sel ammoniac (Gless, Gaz. méd., p. 8; 1832; — Amelung, ibid., p. 410) , mais aucun fait probant ne démontre l'efficacité de ces médicaments , et presque tous les expérimentateurs déclarent qu'elle est nulle dans les cas de phthisie tuberculeuse.

Goudron et créosote. — Attribuant l'heureuse influence des voyages sur mer aux émanations de

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goudron, plusieurs médecins ont expérimenté ces substances.

M. Pagenstecher a eu à se louer des fumigations de goudron dans un cas de phthisie qui ne dépendait ni de tubercules , ni de vomiques, et qui était la conséquence d'un état atonique de la muqueuse bronchique (Sic. Hufeland's journal, novembre 1827. — Arch. génér. de méd., t. xvï, p. 608; 1828).

Le docteur Rampold a expérimenté la créosote (2 à 4 gouttes par jour) , mais le diagnostic est douteux, et rien ne prouve qu'une véritable guérison ait eu lieu. L'auteur reconnaît d'ailleurs que ce médicament est très-nuisible dans le plus grand nombre des cas (Gaz. méd., p. 7; 1837). Le docteur Elliotson n'a obtenu delà créosote que des effets peu encourageants (Gaz. méd., p. 543; 1838).

M. Pétrequin a étudié comparativement la créosote et l'eau de goudron ; il pense que cette dernière préparation est celle qu'on doit préférer : elle facilite l'expectoration , diminue la toux et la dyspnée , les douleurs thoraciques, augmente l'appétit, procure du sommeil.

Il résulte du travail de M. Pétrequin que l'eau de goudron a constamment produit un soulagement plus ou moins marqué, mais qu'elle n'a jamais amené la guérison (Expér. comparât, sur l'emploi thérapeutique de la créosote et de l'eau de goudron dans la phthisie à divers degrés , in Gaz. méd., p. 705; 1836).

Digitale. — MM. Beddoes, Magennis, Houles (Journ. de méd. et de chirur. prat., t. vi, p, 1 49 ; t. ix, p. 352), ont vanté la digitale ; Magennis assure avoir guéri tous les phlhisiques au premier degré, et 25 malades sur 48 phlhisiques au troisième degré.

M. Bayle a réuni les principaux faits rapportés par les auteurs, et il est arrivé aux résultats suivants : sur 151 phthisiques , 83 ont guéri, 35 ont éprouvé une amélioration momentanée ou durable , 33 n'ont éprouvé aucun soulagement (Biblioth. de thérapeutique, t. in, p. 362).

M. Louis (loc. cit., p. 640) fait remarquer, avec raison, que toutes ces observations ont été recueillies à une époque où le diagnostic de la phthisie était encore très-incertain.

MM. Louis et Andral ont expérimenté la digitale sans succès.

La belladone, la ciguë, X aconit, hjusquiame, ont été préconisés; mais il est impossible d'accepter les faits cités par les auteurs qui ont expérimenté ces médicaments (voy. Valleix, ouvr. cité, p. 432 et suiv.).

Acide hjdrocyanique. — L'acide hydrocyanique a été vanté par M. Magendie , et surtout par Fantonetti. Le médecin italien rapporte plusieurs

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faits de guérison de phthisie au troisième degré ( Gaz. méd., p. 793; 1838 ; — Bull, génér. de thérap., t. xvï, p. 80), mais le diagnostic n'a pas été établi d'une manière satisfaisante. MM. Louis,Andral, Forget (Bulletin de thérapeutique, t. xvï, p. 263), Verne (même recueil, t. xvn, 121), Max. Simon (ibid., p. 221). ont constaté que l'acide cyauhydrique calme quelquefois la toux , mais qu'il n'exerce aucune action curative.

Traitement de M. Turck. — Une théorie pathogénique fort peu scientifique a conduit M. Turck à formuler de la manière suivante les indications qui , selon lui, se présentent dans le traitement de la phthisie pulmonaire :

1° Soustraire les malades à l'action du froid, et les placer dans une chambre dont la température soit très-chaude et constamment la même (40 à 45° centigrades);

2° Diminuer l'action du poumon en tenant constamment de l'ammoniaque en évaporation dans la chambre des malades;

3° Rétablir les fonctions de la peau en augmentant les sueurs, et en les rendant acides au moyen de topiques alcalins;

4° Prévenir ou combattre le dévoiement et diriger l'alimentation de manière à ce que les malades soient habituellement constipés (Recherches sur la nature et le traitement des maladies de poitrine ; Paris, 184 ).

M. Louis, qui a déployé pour expérimenter les différentes médications préconisées contre la phthisie pulmonaire un zèle qu'on ne saurait assez louer, M. Louis a soumis 12 phthisiques au traitement que nous venons d'indiquer ; et bien qu'il ait permis à M. Turck d'en diriger lui-même l'application , les résultats obtenus ont été complètement nuls (Gossy, Mém. sur le traitement de la phthisie, etc., in Arch. gén. de méd., t. yi, p. 431; 1844).

«Les premiers succès de M. Turck s'expliquent aisément , dit M. Cossy, si l'on réfléchit que pour ce médecin la phthisie n'est qu'un catarrhe chronique. On conçoit qu'en envisageant les choses sous ce point de vue, M. Turck ait pu guérir la phthisie alors qu'elle n'était qu'un simple catarrhe sans tubercules r>(loc. cit., p. 453).

En terminant cette longue énumération , nous dirons encore que l'on a aussi essayé et vanté, contre la phthisie pulmonaire , les frictions faites sur la poitrine avec du lard (Spilsbury, Bull. gén. de thérapeutique, t. ii, p. 239), les frictions avec un liniment térébenthine (Gless, Gazette des hôpitaux, t. iv, p. 486; 1842), les frictions alcooliques (Marshal Hall, Gazette médicale, p. 642; 1844), le sulfate de quinine (Amelung, Hufeland's journal, numéro d'août 1831), l'acide arsénieux (Trousseau, Bull.

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de thêrap., t. xx, p. 129) , l'acétate de plomb (Fouquier, même recueil, t. îx, p. 15), le naphte (Hastings, Journ. de inéd., t. il, p. 25 ; 1844), etc. etc.

Nous venons de résumer les nombreuses tentatives qui ont été faites pour découvrir un moyen de guérir la phthisie pulmonaire, et nous avons montré que ces tentatives sont restées jusqu'à présent infructueuses. Ajoutons avec MM. Andral et Louis :

Le peu de succès obtenu de ces nombreux essais n'est pas une raison pour ne plus s'y livrer; parce que l'on a vu s'évanouir successivement les espérances les mieux fondées en apparence, ce n'est pas un motif de désespérer de l'avenir et de croire qu'on ne trouvera jamais un agent efficace à opposer à la phthisie une fois développée. Tout ce qu'on peut conclure du présent, c'est la nécessité de redoubler d'ardeur, d'apporter une plus grande exactitude dans les recherches médicales, de se livrera des travaux d'ensemble, de reviser d'une part ce qui a été tenté, et d'autre part d'entrer dans des voies nouvelles.

Nature et siège de la phthisie pulmonaire. — Nous avons déjà fait connaître les diverses opinions qui ont été émises sur le siège anatomique des tubercules pulmonaires ; nous ne reviendrons pas sur ce sujet, et nous nous contenterons de rappeler que tous les éléments anatomiques du poumon ont été successivement considérés comme pouvant être occupés par les tubercules.

Pour MM. Magendie , Schrœder Van der Kolk , Carswell, Laennec, le tubercule occupe la vésicule pulmonaire-, pour MM. Cruveilhier et Baron , il est contenu dans les extrémités les plus déliées des capillaires; Broussais le place dans les faisceaux lymphatiques du poumon, M. Lombard dans le tissu cellulaire. Enfin M. Andral pense que le tubercule peut se développer dans l'un ou l'autre de ces divers éléments (voy. Siège du tubercule } Anatom. pathol., p. 484).

Des opinions non moins nombreuses que diverses ont également été professées sur la nature du tubercule. Bayle , Laennec , M. Louis, considèrent le tubercule comme un produit accidentel orgauisé, et vivant à la manière du cancer. Cette doctrine, géne'ralement adoptée aujourd'hui, est celle que nous avons tâché de faire prévaloir dans tout le cours de notre travail. Elle explique admirablement les diverses phases anatomiques du tubercule et les diverses particularités que l'on observe dans le cours de la phthisie pulmonaire. Nous avons exposé ailleurs les différentes considérations qui viennent à l'appui de cette opinion (voy. p. 484).

A propos de la bronchite et de la pneumonie considérées comme causes de phthisie, nous avons déjà passé en revue les divers arguments qui ont été présentés pour ou contre l'opinion qui rattache

les tubercules à l'inflammation. Broussais peut être considéré comme le fondateur de cette doctrine. Pour lui «toute inflammation pulmonaire peut dégénérer en phthisie. Aussitôt qu'un catarrhe, une péripneumonie ou une pleurésie, persistera au delà du terme ordinaire des inflammations aiguës (14 à 20 jours), il faudra songer moins aux abcès du poumon, qui sont fort rares, qu'aux tubercules qui sont très-communs ;» pour lui «tout surcroît d'action organique que reçoit le poumon , en conséquence de la torpeur des vaisseaux extérieurs, se communique fort aisément aux faisceaux lymphatiques et les transforme en masses tuberculeuses» [Histoire des plegm., t. h, p. 209). Nous n'accumulerons pas les citations pour montrer que Broussais a soutenu dans tous ses écrits une doctrine que MM. Bouillaud et Piorry ont acceptée, et qu'ils ont cherché à faire prévaloir dans ces derniers temps. M. Andral a partagé cette opinion à une certaine époque ; il l'a complètement abandonnée aujourd'hui , et nous avons énuméré tous les arguments péremptoires que luimême a opposés à la théorie de l'inflammation, arguments qui d'ailleurs sont empruntés à Bayle et à Laennec.

Nous avons montré, nous aussi, en étudiant les causes de la phthisie pulmonaire, que cette affection se développe dans les conditions opposées à celles qui engendrent l'inflammation.

Dans une autre doctrine , dont l'origine remonte à Morton , le tubercule est considéré comme un produit de sécrétion.

Morton s'exprime en ces termes : «Par suite de la dépravation du sang, il se sépare de sa masse une matière de mauvaise nature qui, sécrétée particulièrement dans le tissu des poumons, remplit ces organes de toutes parts, les irrite et finit par en amener l'ulcération. Avant que celle-ci se soit formée, on trouve dans les poumons de petits corps durs qui ressemblent à la tumeur appelée par Galien tubercule cru; c'est effectivement ainsi qu'il convient de les appeler. » Morton compare ensuite les tubercules aux tumeurs scrofuleuses des autres parties du corps et suivant qu'ils restent longtemps à l'état de crudité ou qu'ils arrivent promptement à la suppuration , il divise la phthisie en aiguë et en chronique ( Phthisiologia, cap. i, in Observ. medic, t. i, p. 26).

Ces paroles sont remarquables; elles montrent que Morton avait conçu sur la nature de la phthisie pulmonaire les idées qui ont été émises par quelques médecins modernes, et qui sont généralement adoptées de nos jours. Ainsi Morton pense que la cause première de la tuberculisation est une altération générale, une altération du sang; il établit, ensuite, que le tubercule est une matière sécrétée sous l'influence de cette altération; enfin il indique l'analogie

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qui existe entre les tubercules et les altérations qui caractérisent les scrofules. N'est-ce pas sur cette même base que reposent les doctrines palhogéniques les plus répandues aujourd'hui ?

Depuis Morton, la phthisie pulmonaire a été rapprochée des scrofules, et quelques auteurs ont même établi entre ces deux affections une identité complète. Jos. Reid, Frank, considèrent ces deux états morbides comme des degrés différents d'une même maladie. Plusieurs arguments ont été apportés à l'appui de cette doctrine. On a fait remarquer, avec quelque raison, que laphthisie, comme les scrofules, se rencontre surtout chez les jeuqes sujets, chez les individus à tempérament lymphatique, chez ceux dont la constitution a été affaiblie par quelques-unes des causes débilitantes que nous avons signalées plus haut (voy. Causes); que les lésions anatomiques sont à peu près semblables, et que d'ailleurs les sujets qui succombent aux scrofules présentent presque constamment des tubercules pulmonaires; enfin on a montré que c'est à l'aide des mêmes moyens thérapeutiques que l'on combat les deux maladies.

Nous reconnaissons volontiers l'exactitude de ce rapprochement, mais nous devons dire que, d'une part , l'on a souvent confondu avec les scrofules de véritables tubercules développés dans les glandes lymphatiques, et spécialement dans celles du mésentère (voy. Carreau); que, d'autre part, les phthisiques ne présentent en général aucune des altérations qui appartiennent aux scrofules, et qu'enfin les deux maladies peuvent exister simultanément chez le même individu sans être identiques. Quant à la question de savoir si les scrofules ne consistent pas dans la tu*berculisation des glandes lymphatiques, elle sera discutée ailleurs (voy. Scrofules).

Pour nous , la phthisie pulmonaire est le résultat d'unealtération généraledu sang, laquelle occasionne, au sein du parenchyme pulmonaire, le développement d'un tissu accidentel sans analogue dans l'économie; tissu qui, après avoir subi plusieurs évolutions successives, amène presque fatalement la désorganisation de l'organe chargé des fonctions de l'hématose.

La seule manière vraiment philosophique d'envisager la tuberculisation pulmonaire, est celle qui consiste à considérer celte affection comme la localisation dans le poumon d'une affection générale appelée la tuberculisation ; affection qui peut se localiser dans différents organes , et qui , selon qu'elle occupe les méninges ou le péritoine, par exemple, produit la tuberculisation méningée ( méningite tuberculeuse des auteurs) ou la tuberculisation péritonéale (péritonite tuberculeuse des auteurs). 11 faut ajouter, toutefois, que la tuberculisation, lorsqu'elle n'envahit qu'un seul organe , accorde une préférence presque exclusive aux poumons (voy. Tuberculisation).

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Classification dans les cadres nosologiqucs,^-- Linné (Gênera morborum; Upsal, 1763) a placé la phthisie dans la classe x de sa Nosologie (morbi déformes), ordre i (emaciantes) ; pour Sauvages la phthisie forme le premier ordre (maigreur) de la classe x (cachexies).

Gullen a placé la phthisie pulmonaire dans la classe des hémorrhagies (liv. iv) , entre l'hémoptysie et les hémorr-hoïdes (Éléments de méd. pratique, t. n, p. 154; Paris, 1817).

La phthisie est réunie par \ ogel (Gênera morborum; Gôitingen, 1764) avec la chlorose, l'ictère, l'anasarque , l'ascite , dans la classe vm de sa Nosographie (cachexies).

Selle fait de la phthisie une fièvre rémittente par ulcération du poumon (Eudimenta pyretologiœ, p. 291; Berlin, 1789).

Pinel a placé la phthisie parmi les lésions organiques générales, et il l'a réunie au scorbut , au cancer, aux scrofules , etc. (classe v, ordre i).

Historique et bibliographie. — La phthisie pulmonaire était connue des médecins grecs, ainsi que le prouve un grand nombre d'aphorismes d'Hipocrate, dans lesquels sont établis des signes diagnostiques et pronostiques dont quelques-uns ont encore conservé leur valeur. Voici l'indication exacte des passages où s'est le mieux révélé le génie observateur du vieillard deGos. Aphorismes, sect. m, aph. x, xm, xvi, xxn, xxix; sect. v, aph. ix,x, xi, xu, xiu, xiv, xv; sect. vu, aph. xv, xvi, lxxx, lxxxi.

Gelse n'a donné qu'une description fort imparfaite delà phthisie pulmonaire, mais le traitement prophylactique et curatif qu'il a indiqué renferme d'excellentes indications. C'est ainsi' qu'il a conseillé la navigation , le changement de climat, l'usage du lait , les cautères vers les mamelles et au bas des omoplates, les frictions, etc. (de Re medica, lib. m , cap. xxn).

Tout le monde connaît la belle description dans laquelle Aretée a tracé le tableau effrayant de la consomption pulmonaire (de Caus. et sign. morb., lib. i, cap. vm).

Sylvius de le Boë (1 679) entrevit, le premier, que la cause de la phthisie est le tubercule, et il attribua la maladie à la dégénérescence scrofuleuse des glandes du poumon , glandes analogues, dit-il, à celles du mésentère (Opéra medica, p. 692).

En 1 733, Desault, de Bordeaux, déclara d'une manière formelle que la présence du tubercule est la seule cause de la phthisie, et il donna ainsi à ce dernier mot un sens rigoureux, que ses successeurs ont eu le tort de ne pas maintenir.

Morton , dont le travail a été souvent cité par les auteurs qui ont écrit récemment sur la phthisie, doit occuper une place honorable parmi les observateurs qui ont éclairé l'histoire de cette maladie ; il signala

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la corrélation qui existe entre l'hémoptysie et la tuberculisation pulmonaire; il découvrit la véritable cause anatomique de la maladie, et il conçut des idées pathogéniques dont nous avons montré la valeur. Toutefois, donnant, à la manière des anciens, au mot phthisie, un sens trop général et uniquement fondé sur l'étude des symptômes, Morton a décrit sous un même nom des affections très-différentes les unes des autres, et qui n'ont de commun que les phénomènes de la fièvre hectique qui les accompagne (Phthisiologia, in Opéra omnia, t. i, in-4°; Lugdunum, 1737).

Boerhaave et son commentateur Van Swieten ont écrit sur la phthisie pulmonaire un remarquable traité, où l'on trouve une appréciation fort exacte de tout ce que les auteurs anciens ont publié, soit sur la symptomatologie, soit sur le traitement de cette affection. Les observations que leur avait fournies leur propre expérience sont encore utiles à consulter aujourd'hui. Van Swieten indique que la phthisie acquise est moins grave que la phthisie héréditaire (Comment iafferm. Boerhaavii aphorismos, § 1196).

Baumes (Traité de la phthisie pulmonaire,m-8°; Paris, 1798) a résumé dans son livre les différents travaux de ses devanciers , et les a complétés par les résultats de sa propre expérience; mais, privé des lumières qu'a répandues, après lui. l'anatomie pathologique et la découverte de l'auscultation , il a encore compris sous le nom de phthisie différentes affections pulmonaires chroniques, et même des maladies étrangères aux organes de la respiration.

Avec Bayle commença une nouvelle ère dans l'histoire de la phthisie. Également versé dans l'étude approfondie des lésions anatomiques et des connaissances cliniques, Bayle a fondé, du même coup, l'histoire complète de l'anatomie pathologique et de la symptomatologie de la phthisie pulmonaire. Les observations détaillées dont il a fait suivre la description de chacune des espèces de phthisie admises par lui, peuvent encore être, à juste titre, proposées pour modèles aux observateurs de nos jours. La granulation tuberculeuse, les tubercules miliaires, sont décrits avec le plus grand soin ; et si Bayle a eu le tort d'y voir des lésions différentes l'une de l'autre et d'en faire la cause d'espèces particulières de phthisie , il a trèsbien vu, qu'en définitive, ces lésions appartiennent à une seule et même maladie {Recherches sur la phthisie pulmonaire, in-8°; Paris, 1810).

Laennec, juste appréciateur des travaux de Bayle, a eu le mérite de saisir les différentes phases anatomiques du tubercule; il a très-bien montré que la granulation grise est la première forme bien appréciable du tubercule naissant ; que la matière jaune , le tubercule ramolli, ne sont que des âges de plus en plus avancés du même produit ; que la matière tuber-

culeuse affecte d'autres formes encore , puisque tantôt elle s'infiltre, et que tantôt elle se réunit en masses. Laennec a suivi avec la même exactitude les changements anatomiques qui surviennent dans les vaisseaux, les bronches , le parenchyme pulmonaire, et il a décrit le mode de cicatrisation des cavernes. En un mot , sous le point de vue anatomique , Laennec n'a hissé que fort peu de chose à faire à ses successeurs, lesquels néanmoins, pourvus de nouveaux moyens d'investigation, ont ajouté quelques détails de structure intime aux descriptions que nous lui devons.

Si Laennec n'a pas dépassé de beaucoup Bayle dans l'étude anatomo-pathologique de la phthisie, son immortelle découverte de l'auscultation Ta porté, quant à l'étude des signes et du diagnostic de la maladie, à un rang si élevé qu'il n'a été donné à personne de se placer au-dessus de lui (Traité de l'auscultation médiate, t. h).

M. Andral, marchant dans la même voie que Laennec, s'est distingué par une appréciation plus délicate de quelques-uns des signes fournis par l'auscultation; il a étudié, avec plus de soin qu'on ne l'avait fait, la toux, les matières expectorées, les sueurs et la marche de la maladie (Clinique médicale, t. iv. — Précis d'anatomie pathologique, t. i. — Notes au Traité de l'auscultation médiate de Laennec ; Paris, 1837).

En première ligne des médecins qui ont fondé l'histoire de la phthisie pulmonaire , doit être placé M. Louis. Par ses laborieuses et exactes recherches anatomo-pathologiques , cet observateur a complété et vérifié les descriptions tracées par Laennec, mais on lui doit, en outre, la connaissance des lésions que l'on rencontre , chez les phthisiques , dans le larynx, la trachée , le tube digestif dont il a si bien décrit les colorations morbides , le ramollissement et les ulcérations. M. Louis a parfaitement étudié la fréquence relative des différents symptômes de la maladie , leur mode d'enchaînement, leur succession , leur valeur; enfin il a apporté dans l'étude des causes et des moyens thérapeutiques la rigueur d'appréciation qu'on lui connaît. (Recherches anatomiques, pathologiques et thérapeutiques sur la phthisie; Paris, 1825;— 2e édition; Paris, 1843).

Les emprunts que nous avons faits à James Clark montrent que son livre renferme quelques documents utiles; mais nous devons déclarer qu'il ne mérite pas sa réputation, et qu'il n'est même pas au niveau de la science sur quelques-uns des points les plus importants de l'étude des tubercules (A treatise on pulmonary consumption ; Londres, 1835). . M. Fournet , en s'attachant à décrire tous les signes qui peuvent éclairer le diagnostic de la phthisie pulmonaire à sa première période , a rendu service

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aux praticiens, qu'il a mis ainsi en état de combattre cette affection , et surtout d'en enrayer les progrès, à une époque où la thérapeutique offre le plus de chances d'efficacité. M. Fournet a spécialement insisté sur les différentes modifications que présentent les bruits d'inspiration et d'expiration , et s'il n'a fait que développer les observations déjà introduites dans la science par MM. Jackson et Louis , il leur a assigné , du moins , une valeur plus certaine et mieux établie.

11 est à regretter que M. Fournet n'ait pas su réduire à de justes proportions les développements dans lesquels il est entré, éviter les redites, les horsd'œuvre, apporter quelque méthode dans son exposition, et rendre ainsi la lecture de son ouvrage moins pénihle et plus profitable. Ajoutons encore que M. Fournet s'est approprié, avec trop de complaisance, des documents que d'autres peuvent revendiquer à juste titre (Bech. cliniques sur l'auscultation et sur la première période de la phthisie pulmonaire ; Paris, 1839).

Nous ne pouvons rentrer ici dans l'appréciation motivée des nombreux mémoires qui ont été publiés sur des points restreints de l'histoire de la phthisie pulmonaire ; nous nous contenterons de les indiquer en ayant soin, afin de faciliter les recherches , de les distribuer en trois classes, suivant qu'ils se rapportent à l'anatomie pathologique, à l'étiologie ou au traitement de la maladie.

Andlomie pathologique.

Parmi les auteurs qui ont émis des idées exactes sur la structure anatomique du tubercule, nous devons citer tout d'abord: Schrœder, Van der Koîk (Phth. pulm. , in Observ. analomico-pathol. et prat. argumenti , fascic. i, Amsterdam, in-8°; 1826), Dalmazzone (Bepert. ai med.; Turin, 1826), Rochoux ( Bull, univers, des sciences de Férussac, 1829) et Becker ( </e Glandulis thorac. lymphat. ac cutim. ; Berlin, 1 826), dont les travaux parurent presque simultanément.

MM. Magendie ( Journ. de physiol. expér,, t. i; 1821 ), Gruveilhier (Nouvelle bibliogr. médicale ; 1826)etAndral(/Vdm d'aiiatom. pathol.; 1829) ont publié d'importantes remarques sur le mode de production du tubercule, et sur les changements pathologiques que présente ce produit morbide dans les différentes phases de son évolution.

M. Lombard, en 1827 (Essai sur les tubercules , diss. inaug. ; Paris, 1827 ), a mieux fait connaître plusieurs particularités anatomiques. M. Boulland ( Bechcrch. histor. sur les tissus accidentels sans analogues, in Journ. des progrès, t. îv; 1827) a fait un exposé complet des diverses opinions émises jusqu'à lui sur le mode dé production des tubercules,

et s'est constitué le défenseur de la doctrine qui rap porte le tubercule à une sécrétion morbide identique au pus, et déterminée par une inflammation locale. M. Papavoine n'a que peu ajouté aux notions que l'on possédait avant lui (Mem. sur les tubercules, etc., in Journal des progrès , t. il; 1830).

Les tentatives faites par Schrœder , Van der Kolk, Dalmazzone, Rochoux, pour connaître la structure intime des tubercules, ont été reprises par MM. Kuhn (Becherch. microsc. sur la forme , la nature dès tubercules , etc., in Gazette médicale; 1834), Nat. Guillot ( Descripl. des vaisseaux particuliers qui naissent dans les poumons tuberculeux , in l'Expérience , t. i; 1838) et Lebert (Bechèrches microsc. et phjsiolog. sur la tuberculisation ; iû Compte rendu de l'Acad. dés se; mars 1844).

Causes.

Contagion. — Cotugno (Jstruzziohi alptiblico sul conlagio délia tisichezza, etc.; Naples, 1 782), Caucanas ( Examen des principaux faits relatifs à la contagion de la phth. pulm. , in Anri. de la Société de médec. pratiq. de Montpellier , t. il), Evers (Diss. in contag . piithisicum inquirens ; ôôttingen, 1782), Veinholdt ( Abhandlung tiber die Ansteckung der Sc/uvindsuchi ; Brème, 1807).

Climats. — Dujat [De l'Influence des climats sur la production et le traitement des affections tuberculeuses , in Gazette méd., p. 65; 1838), Journé (Bech. statist. sur la phthisie en Italie , in Bull, de l'Acad. de méd. , t. nï, p. 542 , 1838- 1839), Renzi ( De l'Influence du climat de Naples sur la production de là phth. pulmon. , in Gaz. méd., p. 810; 1339), Guyon (Note sur là. phthisie dans le nord de l'Afrique , in Gaz. méd., p. 337; 1842), Naudot (De l'Influence du climat de Nice; Paris, 1843). :

Antagonisme. — Boudin (Essai de géographie médicale , p. 82. — Sur la loi d'antagonisme , in Gazette mèdic. , p. 422; 1843. — Nouveau^ documents sur la rareté relative de là phthisie pulmonaire dans les localités marécageuses , ibid., p. 61 1. — Considérations sur les limites géographiques des fièvres de mardis , etc., in" Journal de méd., t. il, p. 107; 1844. — Influence des localités marécagesues sur la fréquence et la marche de la phth. pulm. , etc. , in Annales d'hygiène, numéro dejanvier i845),ForgëÉ (Sur la fréquence de la phth. relativement aux fièvr. inlerm. , in Gazette méd., p. 422; 1843), Gintrac ( Quelques faits relatifs à la coïncidence dans les mêmes lieux des fièvr. interm. et dé la phth. pulm. , in Gazette médicale, p. 485-651 ; 1 S43 ) , Genest ( Bec/>. sur la question de savoir s'il existe un antagonisme , etc., in Gaz. méd..

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p. 573-650; 1843), Hahn (De l'Influence sur la production de la phihisie , du séjour antérieur et actuel dans les local, marée. , in Journal de méd. , t. i, p. 263; 1843), Tribe (De l'Heureuse influence de l'atmosphère des pays marécageux sur la tuberc. pulm., thèse de Montpellier, n" 98; 1843), Crozaut (Mémoire sur l'antagonisme , in Journ. de méd., t. n, p. 138; 1844), Brunache (Recherch. sur la phth. pulm. et la fièvre typh. considérées dans leurs rapports avec les localités marécageuses , thèse de Paris, 1844, et Journal de méd., t. n , p. 265 , 283 , 324 ; 1844 ).

Hérédité. Constitution. — Piorry (De l'Hérédité dans les maladies , thèse de concours; Paris, 1844), Hirtz (Recherches cliniques sur quelques points du diagnostic de la phihisie pulmonaire , thèse de Strasbourg-, 17 août 1836), Steinbrenner (Quelques considérations sur la prédisposition constitutionnelle à la phth. pulmon., in l'Expérience , n° du 12 mars 1840), Blanc (des Signes auxquels on reconnaît la prédispos, à la phth. pulm., thèse de Paris, n° 39; 1843), Pigeaux (Rech. nouvelles sur l'étiologie , la sympt. et le mécanisme du développement pisiforme de l'extrémité des doigts, in Arch. génér. de méd., t. xxxix , p. 1 74 ; 1832 ) , Trousseau ( Delà Forme hippocratique des doigts des tuberculeux , in Journ. des conn. méd.-chir., n° de juillet, p. 351; 1834), Yernois (Étude des diverses circonstances qui semblent déterminer lajortne recourbée des ongles , m Archives génér. demédec, t. vi, p. 310; 1839).

Sexe. — Louis ( De la Fréquence relative dé la phth. chez les deux sexes, in Ann. d'hygiène, t. vi. p. 50; 1831 ), Boyd (Obs. sur la fréquence relative des tuberc. pulm. chez les individus des deux sexes, etc., in Gaz. méd., p. 659; 1844).

Profession. — Benoiston de Châteauneuf ( Influence des professions sur le développement de la phihisie, in Ann. d'hygiène, t. vi, p. 5; 1831), Lombard (De l 'Influence des professions sur la phth. pulm., in Ann. d'hyg., t. xi, p. 5; 1834),

Êtiologie générale. — Hamersley (A dissertation on the remole and proximate causes of phihisis pulmonalis ; New-York, 1827), Staub (Essai sur l'étiologie des tuberc. pulm. , thèse de Strasbourg; 9 mars 1835 ,, Briquet (Rech. statist. sur l'étiologie de la phihisie pulmon.; in Revue médicale, n° de février 1842 , p. 161 ); Fourcault ( Causes générales des maladies chroniques et spécialement de la phihisie pulmonaire; Paris, 1844).

Traitement.

Prophylaxie. — Parmi les auteurs qui se sont particulièrement occupés du traitement préservatif de

la phthisie pulmonaire , nous devons citer d'abord MM. Glark, Fournet, FoUrcault et Steinbrenner; nous mentionnerons ensuite ÉM. Pravaz (De la Gymnastique appliquée au traitement de quelques maladies constitutionnelle?, ; in Gaz. méd., p. 189-249; 1 833) , et Charles Simon {Quelques remarques prat. sur le trait, de la phth. tuberculeuse, in Rail, de thérap., t. xxiv, p'. 250 : 1843).

Traitement palliatif ou curalif. — Nous nous bornerons à rappeler les travaux qui ont une certaine Valeur , et nous citerons ceux qui appartiennent à MM. Bisson (Sur l'Emploi de l'agaric blanc contre les sueurs de la phth. pulm. ; Paris, 1832), Glark (The influence of climate in the prévention and cure of chronic diseases ; Londres, 1829), lïarwood ( On the curative influence of the southern coats of England ; Londres, 1828); Ramadge (Consumption curable, etc.; Londres, 1 834), Sandras ( Quelques réflexions sur le traitement de la phth. tubercul., in Rull. de thérap., t. vu, p. 313- 345), Gottereau (De l'Emploi du chlore gazeux dans le traitement de la phth. pulm. , in Archiv. génér. de méd., t. xxiv, p. 347; 1830), Toulmouche (De l'Emploi du chlore dans le traitement de la phth. pulm. , même recueil , t. îv, p. 576; 1834), Giovani di Vittis ( Obs. ed esperienze sulla tisi polmonare, etc.; Naples, 1832), Palmedo (Reitràge zur Heilung der Lungenschwindsucht; Berlin, 1840), Hughes (du Traitement de la phth. commençante , in Gazette méd., p. 804; 1840), Bricheteau ( Sur l'Emploi de la paracenthèse thoracique dans la phth. pulm. ; in Journ. de médecine, t. i , p. 65 ; 1843), Dupasquier et Boissière ( Éludes cliniques sur l'emploi du protoiodure de Jer , in Gazette méd., p. 829; 1842), Pétrequin (Expériences comparatives sur l'emploi thérap. de la créosote et de l'eau de goudron , etc., in Gazette méd., p. 705; 1836) et Cossy ( Mêm. sur le traitement de la phth. par les préparations alcalines jointes à uïie température élevée , etc. , in Archiv. génér. de médecine , t. v-ï, p. 431; 1844).

PIAN. Voy. Framboesia , t. iv, p. 228.

P1GA. Voy. Gastralgie, t. iv, p. 256.

PITYRIASIS, s.m.,de«iTopov,sbn.

Dénominations françaises et étrangères. — Teigne, teigne de son, dartre furfiiracée. Fr. — iL-'jpiafft;. Gr. — Porrigo, capitis farrea nubes. Lat. — Dandriff scurff. Angl. — Hfautfcleie, Kleiengrind , kleienartiger Ausschlag, Schuppèn, Hautschuppen. Ail. — Zemelàgtigheid , s'chilfer op het hoofd. Hol.

Synonymie suivant lés auteurs. — rit-ruptaffiç, Galien, Actuarius, Paul d'Égine; porrigo, Gelse, Lorry, Frank; pityriasis, Vogel, Swediàur; tinea

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porriginosa, Astruc; furfurisca, Gilbert; tinea furfuracea, Sennert; lepidosis pityriasis, Young, Good; pityriasis, Willan, Batemaa, Cazenave et Schedel , Rayer; dartre furfuracée volante, herpès furfur eux , Alibert.

Définition et division. — Le pityriasis est une affection cutanée , ordinairement partielle et apyrétique, caractérisée par une exfoliation de très-petites lamelles épidermiques.

Willan , MM. Cazenave et Schedel ont admis quatre variétés de pityriasis : 1° pityriasis capitis, 2° pityriasis rubra, 3° pityriasis versicolor, 4° pityriasis nigra. La première de ces variétés ne repose que sur la considération du siège de la maladie, et nous la remplacerons , à l'exemple de M. Gibert (Traité pratique des maladies de la peau, p. 300; Paris, 1839), par le pityriasis simplex, afin de donner à nos divisions une base commune. Du reste , ces distinctions ne sont que fort peu importantes, et ne méritent pas des descriptions particulières : nous les ferons rentrer dans l'étude des symptômes de la maladie. Les lésions analomiques qui caractérisent le pityriasis sont entièrement inconnues; il est probable, d'ailleurs, que, dans la grande majorité des cas, elles seraient inappréciables pour nos moyens d'investigation. On s'accorde à considérer le pityriasis comme une inflammation chronique légère des couches les plus superficielles du derme (voyez p. 324).

Symptômes. — 1° Pityriasis simplex (herpès furfuraceus volatiticus d7 Alibert). — La partie malade est recouverte d'une quantité plus ou moins considérable, et quelquefois innombrable, de petites squames épidermiques de forme et de dimensions qui varient singulièrement. Tantôt les squames, semblables à des molécules de son, n'adhèrent presque pas à la peau, et il se fait continuellement une exfoliation furf uracée que le plus léger contact, le passage de la main, d'une brosse , d'un peigne , augmentent et reproduisent sans cesse.

D'autres fois les squames sont plus étendues et formées par des lamelles épidermiques minces , sèches , blanches, adhérentes par une de leurs extrémités, libres par l'autre.

Quelquefois les squames ressemblent à une enveloppe unique qui aurait été tellement fendillée qu'elle serait réduite à des lamelles très-minces et très-petites (Cazenave et Schedel, Abrégé pratique des maladies de la peau, p. 350; Paris, 1838).

«L'épiderme se détache en poussière farineuse, dit Alibert (Monographie des dermatoses , p. 352, in-4°; Paris, 1832); cette membrane tombe et se reproduit avec promptitude. 11 est des sujets sur lesquels cette poussière se reproduit avec tant d'abondance qu'on les prendrait pour des boulangers ou des perruquiers. »

La peau conserve son état normal ; elle n'est ni chaude ni rouge.

Un prurit assez vif accompagne ordinairement le pityriasis simplex, et plus les malades se grattent, plus la desquamation farineuse devient abondante-

2° Pityriasis rubra. — Cette variété est annoncée par une démangeaison assez vive ; bientôt apparaissent des petites taches érythémateuses rosées, légèrement saillantes; d'abord de la dimension d'une lentille ces petites taches s'élargissent, se rapprochent et finissent par se réunir de manière à former des plaques assez étendues; la peau qui recouvre les surfaces érythémateuses est chaude, le tissu cellulaire sous-cutané est gonflé, quelquefois douloureux à la pression, et les parties molles présentent une tension assez considérable (Rayer, Traité théorique et pratique des maladies de la peau, t. H, p. 160; Paris, 1835).

Dès le secondoule troisième jour,l'épiderme se fendille au niveau des plaques érythémateuses, et forme des squames , non plus f urf uracées , mais foliacées , lamelleuses. Ces écailles minces , blanches , se soulèvent de manière à ne rester adhérentes que par un de leurs bords ; elles tombent par le frottement et se détachent sous forme de lames épidermiques qui parfois ont la largeur de l'ongle (Gibert , loc. cit., p. 300). Formées par de l'épiderme non épaissi, elles ont ordinairement de 3 à 8 lignes de diamètre (Rayer, loc. cit., p. 161).

Les lamelles épidermiques se reproduisent avec une grande abondance : quelquefois elles sont assez adhérentes ; lorsqu' alors on les soulève avec l'ongle, on voit qu'au-dessous d'elles la peau est légèrement rouge , tantôt douce et polie , tantôt sèche et rugueuse.

Le prurit est ordinairement moins vif que dans le pityriasis simplex, et remplacé par une sensation de chaleur et de tension.

«Lorsque les malades se sont abandonnés au besoin de se gratter, dit M. Rayer (loc. cit., p. 1 61 ), les points de la peau récemment dépouillés d'épiderme fournissent un suintement séreux, jaunâtre, analogue à celui que l'on observe dans l'eczéma fluant. Ce suintement est quelquefois si considérable que les linges ou les vêtements dont les parties affectées sont enveloppées en sont complètement imprégnés. » Dans les circonstances mentionnées par M. Rayer, le suintement n'appartient pas à la maladie elle-même, mais à une complication , à un vésicatoire produit et entretenu par les ongles du malade. La desquamation du pityriasis est toujours et essentiellement sèche : il importe pour le diagnostic de ne pas oublier ce caractère.

3° Pityriasis versicolor (pannus hepaticus d' Alibert; cloasmafa Rayer; taches hépatiques,

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éphélides de plusieurs auteurs). — Cette variété est caractérisée par des plaques jaunes , fauves , plus ou moins considérables, plus ou moins nombreuses. Tantôt les taches sont très-petites et ne dépassent point les dimensions d'une lentille ; tantôt elles sont arrondies et égalent une pièce de cinq francs; tantôt enfin elles sont irrégulières et recouvrent de larges surfaces.

Lorsque les taches sont confluentes, elles ne laissent entre elles que des places assez petites, au niveau desquelles la peau conserve sa couleur naturelle. «11 peut résulter de cette disposition une apparence telle qu'au premier abord on croit à une décoloration blanche survenue sur une peau brune, et qu'ainsi on regarde comme altérés précisément les seuls points des téguments qui soient restés intacts» (Gibert, loc. cit., p. 301).

Willan prétend que la coloration morbide pénètre dans l'épaisseur du derme jusque sur le corps muqueux, et qu'elle se montre encore lorsque l'on a enlevé l'épiderme. Bateman fait remarquer que cette disposition n'est point constante , et que quelquefois la peau présente , au-dessous de la squame détachée, une couleur rouge semblable à celle du pityriasis rubra (Bateman , Abrégé pratique des maladies de la peau, trad. de Bertrand, p. 79; Paris, 1820).

Les plaques du pityriasis versicolor sont le siège d'une desquamation furfuracée très-légère, mais continuelle; elle n'est accompagnée que d'un prurit peu intense, lequel ne se fait guère sentir que sous l'influence de la chaleur du lit, d'un exercice violent, d'un excès de boisson, etc. (Bateman, loc. cit., p. 80).

4° Pityriasis nigra (melasma de Rayer). — Willan a observé cette variété sur des enfants nés dans les Indes et transportés en Angleterre; elle commençait par une éruption partielle de boutons, et se terminait par une décoloration noirâtre accompagnée de légères desquamations furfuracées (Bateman, loc. cit., p. 82). Cette description est fort incomplète, et il n'est guère possible de deviner la nature des boutons observés par Willan.

Biett dit que cette variété présente , comme les autres, une desquamation furfuracée, mais que celleci a lieu sur des surfaces noires , quelquefois même d'un noir assez foncé. Tantôt c'est l'épiderme luimême qui est coloré , et au-dessous de lui on trouve des surfaces rouges ou rosées; tantôt l'épiderme est transparent, et c'est la couche sous-épidermique qui est le siège de ia coloration noire (Cazenave et Schedel, loc. cit., p. 354, 355).

Siège de la maladie. — Pityriasis général. — Il est rare que le pityriasis occupe toute la surface du eorps.

M. Rayer dit avoir vu le pityriasis rubra être

riasis ou Yicthyose

tionnels'des voies digestives (loc. cit., p. 162). Étaitce bien un pityriasis? Le doute est d'autant plus permis que la maladie se serait , dans un cas , terminée par la mort.

Le pityriasis versicolor peut envahir la presque totalité de la surface cutanée. M. Gibert cite un exemple de ce genre.

Pityriasis capitis. — Le cuir chevelu est le siège le plus fréquent du pityriasis.

Chez les enfants, c'est ordinairement le pityriasis rubra que l'on observe; il est souvent accompagné d'une rougeur assez vive , et d'un prurit qui jette les petits malades dans l'agitation et l'insomnie.

Chez les adultes, chez les vieillards frappés d'alopécie, c'est au contraire le pityriasis simplex qui se montre presque constamment; l'exfoliation a surtout lieu lorsque les sujets se peignent ou se brossent la tête; le prurit est variable , tantôt assez intense , tantôt presque nul.

Pityriasis de la face. — Le pityriasis capitis peut se propager à certaines parties de la face; chez les jeunes enfants, il s'étend jusque sur le front, sur les tempes; chez les adultes, et surtout chez les vieillards, il envahit souvent les régions sourcilières.

Les paupières , les lèvres , le menton , sont quelquefois le siège d'un pityriasis simplex ou rubra qui reste borné à l'une de ces parties (Rayer, loc. cit. ,

Pityriasis du tronc. — Le pityriasis versicolor est celui que l'on observe le plus ordinairement sur le tronc; les taches occupent le cou , la poitrine , le ventre.

Le pityriasis rubra peut aussi se montrer sur le tronc.

Pityriasis des membres. — M. Rayer assure avoir vu le pityriasis occuper exclusivement la paume des mains ou la plante des pieds. «Cette variété, ditil, a étéjusqu'ici confondue avec le psoriasis palmaire.»

La marche du pityriasis est régulière et n'offre aucune particularité digne de remarque. Cependant le pityriasis versicolor se montre quelquefois d'une manière périodique , et se manifeste au printemps pour disparaître aux approches de l'automne.

La durée de la maladie peut être assez longue. Quelquefois on voit le pityriasis se montrer rebelle à toutes les médications, et persister pendant plusieurs années.

La terminaison n'est jamais funeste , et dans le cas cité par M. Rayer la mort a certainement été produite par des complications dues à une simple coin cidence.

Diagnostic. — La petitesse, le peu d'adhérence, la minceur des squames du pityriasis simplex, ne permettent pas de confondre cette forme avec le pso~

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Le pityriasis rubra a souvent été confondu ave l'eczéma ou même Yimpctigo; celte erreur a surtout été commise à l'égard au pityriasis capitis, que pendant longtemps l'on a réuni à plusieurs affections différentes du cuir chevelu, «ous le nom générique de teigne. M. Rayer nous paraît commettre encore cette erreur, lorsqu'il affirme que la teigne amiantacée d'AJibert n'est qu'une forme du pityriasis capitis (/oc. cit., p. 164,).

En se rappelant que l'ex foliation du pityriasis est toujours sèche , qu'elle n'est jamais accompagnée du développement de vésicules ou de pustules , l'on évitera la confusion que nous venons de signaler.

Jl est plus difficile de distinguer, au premier abord, le pityriasis simplex ou rubra des exfoliations épidermiques qui terminent la rougeole, certains érythèmes, le lichen, l'eczéma. Mais les commémoratifs suffisent pour dissiper tous les doutes. Les exfoliations dont il est question n'ont d'ailleurs qu'une durée assez courte , et ne se reproduisent point sans cesse comme la desquamation du pityriasis.

Le pityriasis versicolor a souvent été confondu avec les êphélides hépatiques, et MM. Alibert, Rayer, réunissent encore , de propos délibéré , ces deux affections.

Les taches hépatiques sont souvent accompagnées de troubles fonctionnels du foie , de l'estomac ; elles sont le siège d'un prurit beaucoup plus vif ; elles ne donnent lien qu'à une exfoliation farineuse très-peu abondante (voy. le Compendium, t. m , p. 357).

Certaines taches syphilitiques offrent une coloration et une disposition qui se rapprochent de celles des plaques du pityriasis versicolor; mais Ja teinte cuivrée, et plus encore l'absence d'ex foliation épidermique, de tout prurit, les circonstances antérieures, et souvent les symptômes concomitants , serviront à fixer le diagnostic.

ht pronostic du pityriasis n'offre aucune gravité ; mais il ne faut pas oublier que la maladie est quelquefois très-rebelle.

Causes. — Le pityriasis capitis paraît être produit quelquefois par l'action trop irritante d'un peigne ou d'une brosse très-dure. Chez les hommes chauves, on l'attribue à l'impression de l'air sur le cuir chevelu dénudé.

Sur le menton, la maladie est souvent produite par l'action du rasoir.

Le pityriasis rubra ou versicolor reconnaît souvent pour cause l'insolation , une température trèsélevée.

On a attribué une certaine influence aux aliments acres , épicés ; à quelques espèces de poissons , aux excès de table, aux impressions morales vives : rien n'est plus ,dputeux que l'aclipn de ces modificateurs.

Traitement. — Le traitement du pityriasis est fort simple : une tisane amère, quelques laxatifs, constituent toute la médication interne. Au début , j] faut prescrire des bains simples ou mucilagineux, des lotions émollientes ; mais, au bout de quelque temps, on doit remplacer ces topiques par des bains alcalins, et même par des bains sulfureux ou des bains de vapeur ; par des lotions alcalines ou astringentes (eau de son vinaigrée, eau blanche).

Si un pityriasis rubra général était accompagné de fièvre, de symptômes de réaction, il faudrait commencer le traitement par une émission sanguine générale ou locale.

Chez les vieillards , les sujets débilités , on obtient souvent de bons effets des toniques.

Maintes fois nous avons fait disparaître des pityriasis du cuir chevelu ou du menton en nous contentant d'interdire , pendant quelques jours, l'usage du peigne , de la brosse ou du rasoir.

Classification dans les cadres nosologiques.

— Le pityriasis a été rangé dans l'ordre des squames par Willan (ordre u) et par MM. Gazenave et Schedel (ordre vi). Alibert a fait des pityriasis simplex et rubra le 1er genre (herpès) de son 4e groupe (dermatoses dartreuses), et a placé les pityriasis versicolor etnigra dans son 2e groupe (dermatoses dischromateuses, 1er genre : panne).

Historique et bibliographie. — Les Grecs connaissaient certainement le pityriasis. y implex, etspécialement le pityriasis capitis (Galien, Comment., ni; Epid., lib. vi ; — Alexandre de Tralles, lib. 1, cap. 4;

— Paul d'Egine, lib. m, cap. 3), mais la confusion ne tarda pas à s'introduire dans la nomenclature et dans les descriptions. Sous les noms de m-rupiowiç, de porrigo, àefurfuratio , les auteurs décrivirent tantôt une seule et même maladie, tantôt des affections très-différentes. Il faut arriver à Willan pour trouver une.définition précise. C'est aussi au dermatologiste anglais que l'on doit la distinction des variétés que nous avons décrites.

Le pityriasis n'a fait le sujet d'aucune monographie ; nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux différents traités de dermatologie.

PLESSIMÉTRIE. Voy. Percussion.

PLÉTHORE, s. f., dérive de irXviôwpa, repletio , réplétion , plénitude des vaisseaux.

Synonymie. — Plenitudo ; polyœmia; pléthore, plénitude des vaisseaux ; hypérémie générale, M. Andral ; poly hypérémie , M. Piorry.

Définition. — Nous désignons sous le nom de pléthore un état morbide général résultant d'une altération du sang, dont les globules s'élèvent audessus de leur chiffre physiologique (127). Cette surabondance des globules détermine un ensemble de symptômes qui , avec l'altération humorale qpe

nous venons d'indiquer, caractérise très-nettement la pléthore.

Divisions. — Nous ne recou naissons pas d'autre espèce de pléthore que celle dont nous venons de donner la définition ; nous dirons plus loin quels sont les autres états morbides qui ont été quelquefois confondus avec la pléthore (voy. Diagnostic).

Les anciens avaient admis un certain nombre de pléthores qu'il nous suffira de mentionner ; quand les vaisseaux étaient pleins d'un sang de bonne qualité et trop abondant, ils disaient qu'il y avait pléthore vraie ou absolue Kplenitudo , plethora ad vasa , TvXnOwpa •^po; a^eia); quand ils supposaient que les vaisseaux étaient trop excités ou trop affaiblis pour faire circuler convenablement le liquide sanguin, il y avait pléthore par rapport aux forces (fausse pléthore, plethora ad vires , Trompa, irpo; tyiv è'uva^iv). Galien ne parle que de ces deux espèces de pléthores (Blethodus medendi, lib. xm, cap. 6. — De Plenitudine 3 cap. 3); depuis cet auteur, on a distingué une pléthore relative au volume et une pléthore relative à l'espace. Ces distinctions scolastiques ne méritent pas d'être tirées de l'oubli complet où elles sont tombées. Les auteurs qui ont écrit avec quelque distinction sur la pléthore, Fréd. Hoffmann et Boerhaave, n'admettent qu'une seule espèce de pléthore. «Plethora, dit Boerhaave, «est copia boni sanguinis major quam quae ferre «possit easmutationes quae vitse inevitabiles accidunt, «nisi inducantur morbi ( aph. 106, comment., in Aphor.,t. i, p. 136 , in-4°; Paris, 1769). Un grand nombre d'auteurs définissent encore la pléthore un état de l'appareil circulatoire dans lequel les quantités de sang dépassent les limites physiologiques.

La pléthore a été distinguée en idiopathique et en symptomatique. La première est la seule dont nous nous occuperons dans cet article; elle constitue une maladie indépendante de toute autre lésion ; elle peut compliquer plusieurs maladies, et quand elle se rattache bien positivement à une autre lésion, elle n'est plus la pléthore, mais une congestion ou une réplélion mécanique (pléthore de la grossesse).

Anatomie pathologique. — L'étude de l'altération du sang constitue toute l'anatomie pathologique de la maladie que nous allons décrire. La connaissance de cette aliération peut seule conduire à expliquer les symptômes delà maladie; c'est par elle que nous devons commencer l'histoire de la pléthore.

Trois opinions principales ont cours dans la science au sujet des altérations que présente le sang chez les pléthoriques : la première consiste à soutenir que ce liquide esL devenu plus riche en fibrine; la seconde tend à faire admettre qu'il y a simplement surabondance de l'élément globulaire; la troisième, que la quantité du sang est augmentée. Examinons les diverses analyses du sang qui ont été faites à l'appui

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de chacune de ces opinions, et les théories à l'aide desquelles ou a voulu expliquer les symptômes.

1° Augmentation de la fibrine du sang. — On a pu supposer, en voyant l'énergie avec laquelle s'accomplissent toutes les fonctions chez un sujet pléthorique, que le sang est plus riche et plus stimulant que dans d'autres états morbides ; et comme la fibrine a passé pendant longtemps pour être le principe excitant du liquide sanguin, on a été conduit à dire que dans la pléthore il y a excès de fibrine, de même que l'on a admis la diminution de ce même principe dans l'anémie. Les analyses qui ont été faites par MM. Andral et Gavarret, et confirmées sans aucune exception par tous les observateurs qui ont répété leur expériences, établissent qu'il n'y a point accroissement de fibrine dans lapléthore ni diminution de ce principe dans l'anémie. 11 est généralement reconnu aujourd'hui que les accidents que l'on observe chez les pléthoriques ne dépendent pas de l'augmentation de la fibrine du sang, et que dans le plus grand nombre des cas celle-ci ne tend même pas à s'élever vers la limite supérieure de l'état physiologique.

2° Augmentation de la proportion des globules du sang. — MM. Andral et Gavarret, prenant pour base de leurs recherches les moyennes indiquées par M. Lecanu dans son savant travail sur Je sang et admises par M. Dumas dans ses leçons à la Faculté de médecine, pensent que le chiffre 127 représente les globules chez l'homme comme chez la femme {Recherches sur les modifications de proportion de quelques principes du sang, p. 5, in-8°; 1 840). Ils ont trouvé que «c'est Ja grande élévation du chiffre des globules qui fonde dans le sangle caractère de la pléthore; dans trente et une saignées la moyenne des globules a été de 141 , le minimum 131 , et le maximum 154» [Essai d'hématologie pathologique, p. 44, in-8° ; Paris, 1843). Les matériaux organiques du sérum n'offrent aucun changement de proportion; la quantité d'eau est notablement diminuée.

Les propriétés physiques du sang s'expliquent par les altérations de composition qui viennent d'être indiquées. M. Piorry fait remarquer, dans son important mémoire sur la polyhypérémie que le saug est épais, la coagulation rapide , le caillot volumineux relativement au sérum, et qu'il ne présente pas de couenne inflammatoire (Traité des altérations du sang, p. 2, in-8°; Paris, 1840). Les observations faites par MM. Andral et Gavarret montrent aussi que le sang des pléthoriques est remarquable par sa forte coloration, qui est en rapport avec la grande proportion de globules qu'il contient, que lorsque le sang est coagulé, le sérum est plus ou moins coloré, le caillot large, volumineux, d'une fermeté médiocre, retenant beaucoup de sérum, jamais recouvert d'une couenne

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parfaite; quelquefois on y retrouve uae pellicule mince et transparente , ou quelques irisations si le sang s'est écoulé par une large ouverture. Les larges dimensions du caillot dépendent du grand nombre de globules, de la présence d'une grande quantité de sérum retenu dans le coagulum, et de la faible proportion de la fibrine relativement à celle des globules (Hématologie, p. 44). Nous verrons plus loin que la suractivité des fonctions, les hémorrhagies et les autres symptômes de la pléthore concordent avec cette idée, que les globules et non la fibrine sont le principe stimulant excitateur de l'organisme, etquedeleur accroissement insolite résultent les accidents que l'on observe.

Si l'opinion qui tend à rapporter la pléthore à l'excès des globules sanguins avait besoin d'être appuyée sur des preuves physiologiques , elles pourraient être fournies par l'étude de la composition du sang chez les animaux. MM. Andral, Delafond et Gavarret ont trouvé que les globules présentent leur moyenne la plus élevée chez les animaux carnivores, et la plus basse chez les herbivores. Le chien , par exemple, a donné 148,3 en globules; six jeunes porcs, 105,7 ; quatre chevaux percherons de trait, 104 ; treize chevaux de poste, 101,1 ; deux chèvres, 101,1 ; bêtes ovines : trente et une de race mérine ont fourni 101,1; treize de race anglaise, 95,0; bêtes ovines : six vaches , 101,9 ; six bœufs ,97,4 (Andral, Delafond et Gavarret, Recherches sur la composition du sang de quelques animaux domestiques dans l'état de santé et de maladie, p. 24, in-8°; 1842).

Il est impossible de ne pas être frappé du résultat fourni par ces analyses ; elles montrent que chez les animaux carnivores le chiffre des globules est plus élevé que chez les herbivores, et que l'homme, dont la nourriture est à la fois végétale et animale, tient le milieu entre ces animaux pour le chiffre des globules. Les analyses faites sur le sang des animaux sont d'autant plus concluantes qu'on est bien sûr de connaître la composition normale de ce liquide, puisqu'on ne choisit pour ce genre de recherches que des animaux dont la santé est parfaite. 11 est au contraire bien difficile de se procurer chez l'homme du sang tout à fait normal, car on ne peut pratiquer la saignée que pour combattre les symptômes de pléthore, ou d'autres états morbides dont la nature n'est pas toujours bien déterminée , mais qui ont pour résultat de troubler l'économie tout entière ; on peut affirmer en pareil cas que le sang n'est plus dans son état physiologique. 11 serait donc préférable d'analyser le sang d'un homme qui viendrait de se fracturer les os d'un membre ou de se luxer une jointure , parce que le fluide en circulation n'ayant pas encore eu le temps de s'altérer , on pourrait le considérer comme ayant encore sa composition physiologique.

Les analyses faites sur le sang des animaux confirment aussi l'opinion de ceux qui font dépendre la pléthore de l'augmentation des globules. En effet, les animaux présentent aussi bien que l'homme des variations dans le chiffre des globules ; les maxima et les minima ne sont réglés que par le degréd'énergie et la constitution plus ou moins forte des animaux. Les gros chevaux de trait offrent plus de globules que les chevaux de poste. Dans l'espèce bovine , le sang d'un taureau plein de vigueur en contient plus que le sang d'un taureau affaibli par une ancienne souffrance; des vaches excellentes laitières en ont plus que des bœufs fatigués par le travail (Andral, Gavarret et Delafond , ouvr. cité , p. 1 1 ). On peut même dire que l'élévation des globules mesure le degré de force des animaux ; c'est ainsi qu'un chien boule-dogue d'une vigueur extrême et bien nourri a donné 176,6 en globules, tandis qu'un autre qui paraissait avoir souffert a donné seulement 131,6; la moyenne chez le chien est 148,3. Ce n'est ni la taille ni la force musculaire qui influent sur l'élévation ou l'abaissement des globules , puisque l'homme a plus de globules que le bœuf et le taureau, et le chien plus que l'homme. L'amélioration des races d'animaux fruit de leur croisement se marque dans le sang par une augmentation du chiffre des globules. Ge fait mérite de fixer l'attention des agriculteurs; il offre un moyen commode et rigoureux de mesurer l'influence du croisement et le degré d'amélioration survenue dans les races d'animaux.

L'opinion soutenue dans ces derniers temps par MM. Andral et Gavarret avait été déjà émise par plusieurs auteurs. Haller rapporte que Leewenhoeck avait remarqué que plus les animaux sont robustes, plus le nombre de leurs globules est considérable. George Martine et Robinson font consister très-expressément la pléthore non dans l'augmentation des quantités du sang , mais dans l'accroissement du nombre des globules. Leewenhoeck pensait aussi que les globules sont moins nombreux chez les animaux à sang froid que chez les animaux à sang chaud (Elementa phjrsiologiœ j t. n, p. 57, in-4°; Lausanne, 1760).

Dans ces derniers temps , MM. Becquerel et Rodier ont cherché à prouver, contrairement à l'opinion de MM. Andral et Gavarret , que dans la pléthore les globules ne sont pas augmentés (Becquerel et Rodier , Recherches sur la composition du sang dans l'état de santé de maladies , p. 41, in-8° ; Paris, 1844).

Commençons d'abord par reconnaître avec ces auteurs qu'il faudrait refaire un grand nombre d'analyses du sang chez des hommes en parfaite santé , afin d'être sûr que le chiffre 127 représente bien exactement l'état physiologique. Nous avons déjà signalé les causes qui empêchent les observateurs de se

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procurer facilement du sang chez un homme en parfaite santé. Admettons donc pour un instant que le chiffre 127 n'est pas exact; MM. Becquerel et Rodier ont-ils procédé avec toute la rigueur désirable , et sont-ils parvenus à déterminer exactement le chiffre physiologique des globules ? nous ne le pensons pas. Voici les motifs qui nous empêchent d'accepter le chiffre des globules qu'ils veulent substituer à celui qui est généralement adopté. Ils ont analysé le sang de 1 1 individus , et trouvé que le chiffre est 141 pour l'homme et 127 pour la femme; mais d'abord on est en droit de se demander s'il n'y avait pas des sujets pléthoriques parmi les 1 1 individus ; 8, par exemple, étaient d'une forte constitution ; 4 avaient coutume de se faire saigner tous les ans; chez 2 existait un rhume léger depuis deux mois; chez 2 autres un lichen ou une acné (mém. cit., p. 22 ). Nous savons qu'il est extrêmement difficile de trouver des sujets qui soient tout à fait dans un état physiologique; mais alors la seule manière de corriger les erreurs inséparables de ce genre d'analyse serait d'opérer sur un grand nombre de sujets , afin de pouvoir tirer une moyenne qui eût quelque valeur. Quelle confiance peut inspirer une moyenne tirée de il cas ?

Sur les 1 1 sujets sains dont le sang a été examiné par MM. Becquerel et Rpdier, ces auteurs on obtenu pour maximum 152, pour minimum 131, et pour moyenne 141, c'est-à-dire presque les mêmes chiffres que ceux qui ont été fournis à MM. Andral et Gavarret par 31 pléthoriques : maximum, 154, minimum,l 31 ; moyenne, 141 [Hématologie, p. 44)- Ce rapprochement remarquable nous porte encore à croire que les sujets qui ont servi aux expériences de MM. Becquerel et Rodier étaient pour la plupart atteints de pléthore.

MM. Becquerel et Rodier ont analysé le sang de six hommes pléthoriques , et sans indiquer le maximum obtenu , ils fixent à 138 la moyenne des globules.

Si nous supposons 7 analyses au lieu de 6, si nous admettons par exemple que la septième donne le chiffre 154, maximum des 31 pléthoriques de MM. Andral et Gavarret, la moyenne devient 140 au lieu de 1 38. Supposons 8 analyses , la moyenne devient 142, c'està-dire qu'elle est plus élevée que la moyenne physiologique indiquée par MM. Becquerel et Rodier. On voit combien deux analyses de plus peuvent changer les résultats obtenus, puisqu'elles portent à 1 42 la moyenne de l'état pléthorique pour 8 analyses; elles forcent à conclure qu'il y a réellement augmentation des globules dans cette maladie. Mais ce n'est pas tout : Une femme pléthorique a fourni à MM. Becquerel et Rodier la moyenne 131,5 (ouvr. cité, p. 44); or, comme le chiffre normal est 127 pour la femme,

il s'ensuit que si l'on accepte les moyennes de MM. Becquerel et Rodier, il faut conclure que dans la pléthore le chiffre des globules s'abaisse chez l'homme, tandis qu'il s'élève chez la femme.

On voit que MM. Becquerel et Rodier n'ont pas su vaincre les difficultés inhérentes à un pareil sujet de recherches; nous les leur signalons, parce qu'ils nous semblent capables de les surmonter s'ils procèdent avec plus de rigueur dans les travaux de ce genre. Nous croyons qu'ils ont eu tort d'admettre l'existence de la pléthore dans la chlorose et l'anémie. Ils confondent avec la pléthore des accidents qui en diffèrent essentiellement et dépendent d'une altération du sang tout à fait opposée. Nous avons peine à comprendre enfin qu'ils se décident à pratiquer la saignée dans la chlorose et l'anémie, et qu'ils ne tiennent aucun compte des contre-indications à la saignée si généralement admises par tous les praticiens.

Tout en reconnaissant que l'étude des altérations du sang, peut-être même la détermination exacte du chiffre des globules dans la pléthore,réclame de nouvelles recherches , et que celte partie de la science n'est pas constituée définitivement , nous sommes portés à croire que l'accroissemeut des globules est l'altération humorale qui explique le mieux les accidents de la pléthore.

3° La quantité de sang normalement contenue dans l'organisme est augmentée. — On a dit que la masse du sang est augmentée dans la pléthore, et que les symptômes sont produits par cette surabondance du liquide en circulation. 11 a toujours été et il sera toujours impossible de prouver cette altération de quantité du sang. Du reste, MM. Andral et Gavarret ne nient pas cette augmentation ; ils disent seulement qu'elle ne peut être admise que par hypothèse, tandis que l'augmentation des globules est démontrée facilement par l'analyse chimique.

Le cadavre des sujets qui ont sucombé dans un état de pléthore offre des altérations qu'il ne serait pas exact de rapporter toujours à la maladie du sang; toutefois telle est l'origine des lésions que présentent les organes vasculaires et le système circulatoire : ils laissent écouler une grande quantité de sang noir; le poumon , la rate, sont congestionnés, ainsi que les vaisseaux qui rampent dans la pie-mère et la membrane muqueuse gastro-intestinale. Le tégument externe présente des colorations violacées, surtout dans les parties les plus déclives ; la décomposition se fait avec une grande rapidité. On retrouve aussi dans les différents tissus des colorations survenues après la mort, et que l'on est tenté quelquefois de rapporter à la maladie (Piorry , mém. cité , p. 5.)

S/mptômes. — Tous les symptômes de la pléthore attestent une surexcitation générale de tout l'organisme, une surabondance de vie qui est produite par

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l'augmentation delà quantité des globules. Les symptômes les plus marqués sont fournis par le système vasculaire. En général, le visage est fortement coloré, ainsi que leslèvres, la langue, la membrane muqueuse bucco - pharyngienne; on dit que les veines souscufanées dilatées se remplissent très-vite lorsqu'on les a vidées par la pression ; il est loin d'être prouvé pour nous que les pléthoriques aient les veines plus dilatées que d'autres individus, que les sujets maigres ou bilieux par exemple. Le pouls est large, plein et développé ; les artères du cou , de la tempe et du visage vibrent avec force ; les battements du cœur sont énergiques, perçus par l'auscultation à une plus grande distance que dans l'état normal, et accompagnés d'un bruit clair que l'on a nommé tintement auriculométallique; dans d'autres cas, les battements du cœur sont sourds ; il n'y a jamais de bruit de souffle ou d'autre bruit anormal, excepté lorsqu'il existe quelque complication. On a dit que les dimensions du cœur augmentaient notablement (Piorry, mém. cité, p. 5) ; le malade éprouve des palpitations incommodes; il sent son cœur battre avec force, et dans le même instant, des bouffées de chaleur lui montent au visage; la respiration est un peu embarrassée; ordinairement elle se fait avec facilité; la digestion s'accomplit régulièrement ; quelquefois l'appétit est nul et la soif assez grande; la sécrétion uriuaire est plus active, les sueurs sont plus abondantes que chez les autres hommes; en général toutes les sécrétions sont augmentées; l'urine est fortement colorée et chargée de matières salines. 11 n'est pas exact de dire que les pléthoriques présentent les attributs du tempérament sanguin, car on voit souvent des sujets de constitution lymphatique, nerveuse, et dont le système cellulaire est chargé de graisse, .présenter les symptômes de la pléthore.

On observe du côté du système nerveux des symptômes qui servent assez bien à faire reconnaître la pJélhore ; la tête est lourde, pesante; il y a fréquemment une céphalalgie générale, des étourdissements très-forts, des bouffées de chaleur qui montent vers la tête, souvent des éblouissements, des bourdonnements ou des tintements d'oreille, en un mot tous les signes que l'on attribue d'ordinaire à la congestion cérébrale. M. Andral ne pense pas que telle soit la cause des phénomènes observés. :<Le seul passage d'une quantité surabondante de globules à travers les vaisseaux de l'encéphale lui paraît être une circonstance suffisante pour en rendre compte» {Hématologie , p. 46). 11 compare ces effets à ceux que produit la diminution des globules dans l'anémie; on sait qu'il y a des troubles nerveux tout à fait semblables.

Les passions sont vives, mobiles, mais impétueuses, les facultés de l'intelligence faciles à émouvoir; la

sensibilité n'est point excessive comme dans le cas où le sang est appauvri ; on peut même dire qu'elle est un peu au-dessous de l'état normal.

La congestion sanguine a été considérée par le anciens auteurs comme une des suites des plus fréquentes de l'état pléthorique. Hoffmann pense avec les anciens que les organes au sein desquels elle s'effectue sont les parties supérieures dans l'âge adulte (fosses- nasales, poumon), plus tard la fin de Tintes-' tin (hémorrhoïdes), les voies génitales et urinaires {Dissert, de plethora insufficiente morborum causa in opéra om. supplem., t. n, p. 5fj8, in-fol.; Genève, 1753). La pléthore donne lieu chez les femmes à des douleurs de reins , à de la chaleur et. à des tiraillements qui simulent les symptômes que l'on observe aux approches de la menstruation. L'hypérémie du foie était considérée par les anciens comme un effet de la pléthore, et spécialement de la stase sanguine, qui a son siège dans la veine porte et les veines hépatiques. La congestion de la rate a été attribuée à la même cause.

Influence pathogenique de la pléthore. — Les humoristes, en accordant aux altérations du sang une grande part dans la production des maladies, ont été naturellement conduits à étudier l'influence pathogenique de la pléthore. Par suite de préoccupations théoriques trop exclusives , les solidistes ont négligé le rôle que joue la pléthore dans la détermination de certains états morbides. Nous devons examiner ici les faits divers sur lesquels sont étayées les opinions qui ont eu cours peudant longtemps dans la science ; ils ont une importance trop grande en étiologie et en thérapeutique pour que nous ne les étudiions pas avec soin. On a lieu d'être surpris que dans les ouvrages modernes réputés classiques, on n'ait pas même indiqué l'influence pathogenique de la pléthore.

Les seuls phénomènes morbides que l'on doive considérer comme produits par la pléthore sont : 1° les hémorrhagies , 2° les congestions, 3° la fièvre.

1° Hémorrhagies. — La pléthore est regardée par tous les anciens auteurs comme une cause fréquente d'hémorrhagie. Nous avons vu que la congestion sanguine se manifeste souvent dans différents viscères, et spécialement dans Je cerveau, le poumon et le cœur ; si cette réplétion locale ne cesse pas , la congestion augmente encore, et le sang s'échappe des vaisseaux pour s'infiltrer dans la trame des organes ou s'épancher à la surface des membranes qui tapissent les cavités naturelles. Les hémorrhagies par pléthore sont presque toujours précédées de congestion ; avant que l'épistaxis paraisse , il y a des douleurs de tête , de la pesanteur ; avant l'hémorrhagie cérébrale se manifestent tous les signes d'une forte hypérémie encéphalique ( bourdonnements d'oreille vertiges , sommeil , diminution de la sensibilité générale et du

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mouvement). Nous pourrions en dire autant des hémorrhagies qui ont lieu par le poumon, le rectum, l'utérus, etc. 11 est donc d'observation que les pléthoriques sont plus disposés que d'autres à être affectés d'hémorrhagies. M. Andral attribue cet effet uniquement à la diminution relative de la fibrine. Nous avons vu que les globules dépassent leur chiffre normal; or, la fibrine se maintenant à son chiffre physiologique , ou même s'abaissant au-dessous, il s'ensuit que ses quantités sont moindres et qu'il y a excès relatif de globules par rapport à la fibrine.

Personne n'ignore que les hémorrhagies mettent fin à l'état pléthorique et en sont le remède et la crise naturels. On a toujours .expliqué cet heureux résultat, en disant que l'hémorrhagie enlève le trop-plein des vaisseaux et fait cesser momentanément la pléthore; celle hémorrhagie est une saignée naturelle et survenue en temps opportun. M. Andral interprète autrement l'action salutaire des pertes spontanées de sang; partant de ce fait démontré par les analyses chimiques que les déplétions sanguines artificielles font tomber rapidement le chiffre des globules, il établit que les hémorragies de la pléthore diminuent la quantité des g'obules sans que la fibrine s'abaisse; dès lors l'équilibre se trouve ainsi spontanément rétabli entre la fibrine et les globules, et alors cessent les hémorrhagies avec les signes de la pléthore, jusqu'à ce que les globules soient devenus surabondants (Essai d'hémat., p. 128). Quel que soit le mécanisme des hémorrhagies pléthoriques, soit qu'on admette qu'elles dépendent de l'augmentation des quantités du sang ou seulement de la diminution relative de la fibrine, elles n'en doivent pas moins être considérées comme des maladies produites par l'altération de composition du sang et non par la maladie du solide vivant : c'est là une des vieilles conquêtes de l'humorisme ancien, et l'humorisme moderne n'a fait que reconnaître et confirmer de nouveau cette vérité.

Il est utile que le praticien sache que les hémorrhagies pléthoriques peuvent survenir dans le cours d'un grand nombre de maladies dont-le siège et la nature sont très-différents; il ne doit voir dans cet accident qu'une forme imposée à la maladie principale par la constitution pléthorique du sujet : c'est donc une modalité pathologique qui peut s'ajouter à d'autres affections de la même manière que la chlorose ou l'état nerveux modifient la forme et la marche des maladies qui les compliquent.

2° Congestions. — Les congestions de la pléthore se distinguent de toutes les autres en ce qu'elles se rattachent à une altération générale caractérisée par l'augmentation des globules. Il est impossible de les confondre avec les congestions que nous avons nommées phlegmasiparesj puisqu'il y a dans ces

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dernières augmentation de la fibrine; elles se distinguent aussi des congestions propresaux anémiques, en ce que celles-ci coïncident avec la diminution des globules ; enfin, dans les congestions des scorbutiques et les grandes pyrexies, où il y a également altération du sang, la fibrine est diminuée d'une manière absolue. Du reste , les symptômes que nous avons signalés aideront à faire reconnaître la congestion pléthorique (voy. Diagnostic).

3° Fièvre. — La suractivité de toutes les fonctions de l'économie causée par l'augmentation de proportion des globules peut, lorsqu'elle est portée à un point extrême, déterminer un mouvement fébrile par pléthore. Si l'organisme ne parvient pas à se débarrasser par une hémorrhagie de l'excès des globules contenues dans le sang, ou si une saignée n'est point faite en temps convenable, la fièvre peut persister pendant un certain temps : celte fièvre est symptomatique de l'altération du sang ; on l'a prise pendant longtemps pour une fièvre essentielle, et ce qui confirmait les anciens auteurs dans celte croyance, c'est que souvent ils voyaient une hémorrhagie juger la fièvre , ou une crise s'établir par la sueur ou les urines, On comprend très-bien aujourd'hui que la fièvre, tout aussi bien que l'hémorrhagie, n'est que l'effet de la même cause, c'est-à-dire de l'altération du sang qui fait la pléthore.

Ajoutons que le mouvement fébrile symptomatique d'une maladie viscérale bien déterminée peut s'accompagner de tous les symptômes de la pléthore; un malade atteint de pneumonie, par exemple, peut présenter une vive coloration du visage, et cette excitation de tout le système vasculaire se traduire par un pouls fort et vibrant , une chaleur intense de la peau, une sueur abondante et facile, des tintements d'oreille, de la céphalalgie, etc.; on observe en un mot une réaction vive et générale , et tous les signes de la fièvre quePinel appelle angéioténique; cette fièvre n'est en définitive qu'une forme, une modalité pathologique déterminée par l'altération de composition du sang, et ajoutée en quelque sorte à une maladie viscérale dont le siège et même la nature peuvent varier sans que pour cela la forme symptomatique change.

Il importe de se bien pénétrer de cette vérité, savoir que la pléthore est une maladie qui ne produit que trois ordres de phénomènes morbides qui lui appartiennent en propre, les congestions, les hémorrhagies, la fièvre, mais qu'elle peut se juxtaposer à d'autres maladies dont le siège est bien connu, et qui lui empruntent alors leurs symptômes. Le fond de la maladie n'est point changé ; c'est une complication ou un élément morbide de plus , et voilà tout.

On lit dans un grand nombre d'ouvrages, et l'on répète encore chaque jour, que les inflammations sont

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plus fréquentes chez les pléthoriques que chez les autres sujets. Fréd. Hoffmann , qui s'est élevé avec force contre ceux qui prétendent rapporter à la pléthore un grand nombre de maladies, soutient que cet état morbide n'est en aucune manière la cause des inflammations (dcPlethora insufficientemorborum causa, ouvr. cité, Êp. 510). Quand on cherche les raisons qui ont donné lieu à cette opinion , on voit qu'elles tiennent uniquement à ce que les inflammations se montrent chez les pléthoriques avec un appareil de symptômes tellement tranchés et tellement intenses qu'ils frappent à l'instant même les regards du pathologiste, et lui font croire qu'ils ont amené le développement de l'inflammation. Gelle-ci donne lieu à une fièvre beaucoup plus vive, qui revêt chez le pléthorique la forme de la fièvre angéioténique. Répétons encore que la pléthore n'est qu'un élément morbide ajouté, dans ce cas, à l'inflammation viscérale, et rien de plus. Dans la pléthore, la fibrine ne dépasse pas, et souvent même n'atteint pas son chiffre physiologique. On conçoit dès lors que la phlegmasie n'est point disposée à naître dans une pareille condition pathologique.

Nous ne ferons que rappeler le nom des maladies dont la pléthore a passé pour être la cause: les fièvres malignes, pétéchiale, la peste, les convulsions, l'épilepsie , le rhumatisme , la goutte. Nous avons montré que les hémorrhagies , les congestions et la fièvre sont les seules maladies que l'on soit en droit de rapporter à la pléthore.

Diagnostic. — On peut confondre la pléthore avec l'anémie, parce que dans cette dernière, affection il se développe souvent des symptômes nerveux qui en imposent pour ceux de la pléthore. MM. Becquerel et Rodier nous paraissent avoir commis une erreur de ce genre , lorsqu'ils ont considéré comme un effet de la pléthore les symptômes suivants qui appartiennent à la chlorose : pesanteur de tête, céphalalgie , vertiges , tintements d'oreille, sommeil lourd, interrompu par des rêves pénibles, somnolence dans le jour, bouffées de chaleur vers la tête , coloration du visage en rose pâle , pouls dur, etc. (mém. cité, p. 49). Tous ces phénomènes s'expliquent par l'altération du sang qui, privé d'une partie de ses globules , n'exerce plus sur les tissus , et en particulier sur le système nerveux cérébro-spinal, cette stimulation physiologique si nécessaire pour que toutes les fonctions puissent s'accomplir régulièrement. Comment d'ailleurs admettre que de tels accidents soient l'effet de la pléthore, lorsqu'on les voit se manifester chez des malades qui viennent de perdre par hémorrhagie une grande quantité de sang, ou chez des femmes devenues anémiques à la suite de métrorrhagies répétées et abondantes ? On les observe encore chez les animaux auxquels on fait perdre une forte proportion de sang et

qui périssent d'anémie ; les curieuses expériences de Marshall Hall ont suffisamment démontré que ces symptômes tiennent à l'anémie du système nerveux, et qu'on peut les faire naître ou disparaître à volonté, en donnant à l'animal soumis à l'expérimentation une situation telle que le sang abandonne le système nerveux cérébro-spinal ou y afflue plus facilement.

On peut prendre aussi pour la pléthore des signes de congestion partielle. Une congestion cérébrale peut en imposer et faire croire à la pléthore, parce que les sujets éprouvent des vertiges , de l'engourdissement, des battements incommodes dans la tête , des i bouffées de chaleur, etc. Souvent cette hypérémie partielle n'est , comme nous l'avons établi , qu'une dépendance morbide de la pléthore , et alors les signes de deux affections se confondent ; mais souvent aussi l'hypérémie cérébrale est isolée et indépendante de tout autre état morbide. Dans ce cas , les symptômes sont plus limités et consistent dans des troubles des fonctions cérébrales ; il n'y a pas cet ensemble de phénomènes qui annoncent la suractivité de toutes les fonctions comme dans la pléthore.

Les accidents que présentent un grand nombre de femmes pendant le cours , et surtout dans les derniers mois de leur grossesse, ressemblent à ceux de la pléthore ; on remarque des étourdissements, des bouffées de chaleur et des troubles de la vue et de l'ouïe, qui cessent promptement par l'emploi de la saignée. La grossesse est un état tout spécial qui diffère trop de la pléthore pour que l'on puisse les confondre.

Causes. — La pléthore résulte presque constamment d'une organisation propre apportée en naissant, et qui se développe surtout dans l'âge où la croissance de l'homme est complète. 11 ne faut pas croire avec quelques auteurs que l'on puisse produire à volonté la pléthore, soit en augmentant la quantité des principes nutritifs et en prodiguant une nourriture fortement animalisée, soit en diminuant les pertes que le corps fait chaque jour ; ce sont là des vues physiologiques qui peuvent être fort exactes quand on s'en tient à la théorie et au raisonnement , mais qui sont démenties par l'expérience. Soumettez aussi longtemps que vous le voudrez un homme d'une constitution sèche à une alimentation succulente et copieuse, et vous ne parviendrez pas à en faire un pléthorique.Toutefois, nous devons signaler les causes qui paraissent favoriser le développement de la pléthore; celles dont l'influence est le plus marquée sont l'âge de la puberté et de l'adolescence, le retour d'âge, l'exercice, et une alimentation abondante et réparatrice. On a encore rangé au nombre de ces causes l'habitation dans un lieu où l'air est fréquemment renouvelé, la vie sédentaire et oisive, le sommeil prolongé , la suppression ou la diminution de certains écoulements naturels ou accidentels, de la transpira-

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tion , des règles , des hémorrhoïdes. Nous n'accor- I nxsoptrtç. 6r. — Pleuritis, inflammalio pleurœ ,

dons qu'une faible part à l'action de ces causes , et nous pensons que tout ce que les auteurs ont écrit à ce sujet ne pourra être accepté comme vrai qu'après de nouvelles recherches.

Traitement. — L'hygiène offre de précieuses ressources pour prévenir le retour des accidents auxquels sont sujets les hommes pléthoriques. II faut leur conseiller une nourriture composée en grande partie d'aliments végétaux et restreindre la quantité des aliments , proscrire les viandes noires et les boissons vineuses et alcooliques, pour les remplacer par des boissons fermentées, amères, acidulés ou purement aqueuses. M. Piorry a insisté avec soin sur les avantages que peut offrir l'exercice musculaire lorsqu'il est convenablement dirigé (ouv. cité, p. 15). 11 doit être porté, suivant nous , jusqu'à la fatigue ; on cherchera aussi à provoquer une transpiration abondante. Les selles devront être fréquentes , et excitées à l'aide de purgatifs administrés à des intervalles rapprochés. Les accidents auxquels expose la pléthore sont assez graves chez quelques sujets pour que l'on doive chercher à les prévenir par un traitement prophylactique sévère , et en soumettant les malades à un régime de vie tout à fait semblable à celui que l'on fait subir aux hommes et aux animaux dans le but de modifier leur constitution.

La saignée est le moyen le plus sur et le plus prompt de dissiper la pléthore. Elle doit être copieuse et répétée , si les symptômes d'hypérémie persistent après la première saignée. Elle agit en diminuant le nombre des globules. L'abstinence produirait lemême effet si elle durait pendant plusieurs jours; mais comme il est impossible d'astreindre à un régime sévère des hommes souvent robustes et pleins de santé, on doit préférer à la diète les émissions sanguines, et conseiller au malade de n'user pendant quelque temps que d'une nourriture peu abondante et végétale , de boissons aqueuses , et de s'abstenir de toute liqueur excitante. On lui prescrit en même temps des purgatifs et un repos plus ou moins absolu.

Dans le cas où l'on observerait, outre les symptômes de la pléthore , ceux d'une congestion locale, du cerveau par exemple , on les combattrait par les émissions sanguines locales, par des sangsues apposées au siège ou derrière la tête , s'il existait des signes de congestion encéphalique, à la partie interne des cuisses, dans le cas d'aménorrhée, etc. Le traitement de la congestion locale est subordonné dans tous les cas à celui de la pléthore ; aussi est-il nécessaire de commencer dans tous les cas par une saignée générale.

PLEURÉSIE, s. f., dérivé de ^Xeupa, côté ; irXeupiri« signifiait, pour les Grecs, toute douleur de côté assez intense pour constituer une véritable maladie.

Dénominations françaises et étrangères. —

dolor lateris , pleurisis, pleuro-peripneumonia, pleuripneumonia, pleuritis pulmonalis, peripneumo- pleuritis. Lat. — Pleurésie, point de côté, pleurite, plèvrite. Fr. — Mal di punta, pleur ite,pleurisia, doglia di costa, punta. Ital. — Punta de coslado, dolor de costado, pleuritis, pleuresia. Esp. — Pain in the side, side-ache, inflammation on the chest, pleurisy. Angl. — Seilenstich, Seitenstechen, Scitenwehe, Entzundung des Bippenfells, Brustfellentzundung. AU. — Pleuris, Steeking in de zyde. Holl. — Pleuritis, hold og sting. Suéd.

Synonymie suivant les auteurs. — IIXEuptnç, Hippocrate ; reXsuot-racoç voffoç; morbus pleuriticus , Gelse ; passio pleuritica, Gœlius Aurelianus ; pleuritis, Boerhaave et la plupart des auteurs.

Définition. — On désigne sous le nom de pleurésie l'inflammation de la plèvre. La pleurésie aiguë est caractérisée par une altération de la sécrétion des plèvres, dont le produit est augmenté et altéré dans sa composition , par la douleur de côté , la fièvre et les signes physiques qui tiennent à la présence d'un liquide épanché dans la plèvre.

Division. — La division la plus importante au point de vue de l'anatomie pathologique , des symptômes et du traitement , est celle qui est fondée sur la durée de la maladie, qui affecte tantôt une marche aiguë, tantôt une marche chronique ; nous décrirons séparément ces deux formes de pleurésie.

La pleurésie aiguë peut occuper toute l'étendue de la membrane séreuse, ou seulement quelques-unes de ses parties; on a fondé sur cette différence de siège plusieurs divisions qu'il importe de signaler. La pleurésie est dite générale quand elle envahit tout un côté de la poitrine, double quand elle existe dans les deux plèvres à la fois , partielle ou circonscrite quand elle est limitée à une partie de la plèvre.

La pleurésie peut-elle affecter le feuillet pulmonaire ou le feuillet costal de la plèvre exclusivement, être costale ou pulmonaire seulement ? Bichat prétend que la phlegmasie ne peut se circonscrire ainsi ; et M. Cruveilhier adopte son opinion (art. Pleurésie, Diction, de méd. et de chir.prat., p. 299). Nous verrons cependant que les auteurs citent un grand nombre d'observations de pleurésies costale ou pulmonaire isolées.

La pleurésie partielle peut se développer sur tous les points de la plèvre; elle peut faire adhérer entre eux les deux lobes d'un poumon (pleurésie interlobaire) ; les scissures des poumons se trouvent alors transformées en des espèces de'sac sans ouverture (Laennee, Traité de l'auscultation, t. n , p. 504 , 4e édit., in-8° ; Paris, 1837). Le sommet du poumon s'unit souvent à la plèvre costale, à la suite d'une phlegmasie circonscrite

en ce point; d'autres fois c'est la base du poumon qui adhère au diaphragme (pleurésie diaphragmatique) , ou la face interne de l'organe au raédiastin (pleurésie médiastine). Ces pleurésies partielles sont liées le plus ordinairement à quelque affection du parenchyme pulmonaire.

La diversité des lésions anatomiquesa servi de base à d'autres distinctions daus l'histoire de la pleurésie; elle prend les noms de pleurésie libre, adhésive, pseudomembraneuse , purulente , hémorrhagique, suivant que les deux surfaces de la membrane séreuse sont restées libres , ont contracté des adhérences ou sécrété des fausses membranes, du pus ou du sang.

Lorsque la pleurésie se développe par l'effet d'une violence extérieure , elle prend le nom de pleurésie traumatiqne; elle est dite de cause interne quand elle tient à une lésion viscérale ou à quelques-unes de ces causes dont l'étude est du domaine de l'hygiène (froid , humidité, etc.).

La pleurésie peut être simple, primitive, c'est-àdire constituer toute la maladie ; secondaire ou consécutive, et dépendre d'une autre maladie, des tubercules pulmonaires, d'une pneumonie ou d'une apoplexie pulmonaire. Elle peut compliquer une autre maladie, la bronchite (pleurésie catarrhale), la pneumonie (pneumo-pleurésie), les fièvres éruptives, l'état puerpéral (pleurésie puerpérale), une maladie du foie, l'état bilieux (pleurésie bilieuse), etc.

L'absence de la douleur pleurétique et des troubles fonctionnels (dyspnée , fréquence de la respiration), la marche insidieuse de lamaladie,ont fait admettre à Laennec et à d'autres auteurs une pleurésie latente. Cette forme, que l'on a établie uniquement à cause des difficultés que le diagnostic présente dans quelques cas, ne saurait être maintenue dans l'état actuel de la science.

On voit, d'après ce qui précède, que des différences nombreuses fondées tantôt sur le siège de la maladie et sa lésion anatomique, tantôt sur la cause, les symptômes , la marche et les complications, ont une grande importance cependant; elles ne peuvent faire le sujet de descriptions séparées. Nous étudierons séparément, 1° la pleurésie aiguë, 2° la pleurésie chronique; nous rechercherons, dans la chapitre consacré aux espèces et variétés, les symptômes des pleurésies doubles partielles ou enkystées, des pleurésies purulentes, hémorrhagiques , et de la pleurésie des enfants.

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