‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 5)Chapitre 7 sur 59 · ANC · texte numérisé non relu

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siologistes ont étudié , depuis le commencemeut de ce siècle, la texture microscopique des tissus, et cherché leur rôle dans l'accomplissement des fondions. Leurs travaux se sont succédé avec tant de rapidité, depuis quinze ans surtout, qu'une science presque nouvelle a été constituée. Celte science est l'histologie, « qui s'occupe de rechercher les partiessi milaires dans les organes différents , de les comparer ensemble, et de leur assigner des caractères qui conviennent à tous» (Heule). Bichat voulait ramener l'organisme à un certain nombre de tissus auxquels il attribuait certaines propriétés vitales , ou physiques et chimiques; la microscopie seule a permis aux anatomistes modernes de féconder l'idée émise par cet illustre médecin. Poussés dans cette voie par les brillantes découvertes dont Y anatomie générale, était le point de départ , ils se sont efforcés de réduire, â l'aide du microscope, tous les tissus de l'organisme en particules primordiales et de forme similaire. C'est surtout en Allemagne que l'histologie a été étudiée avec le plus d'ardeur et le plus de succès; la France , pendant longtemps , n'a pris qu'une faible part aux travaux microscopiques par lesquels les peuples voisins s'étaient déjà fait connaître par plus d'une découverte utile.

Il appartient à l'histologie seule de nous dire jusqu'à quel point elle est parvenue à démontrer que l'organisme peut être réduit à un certain nombre de parties élémentaires, monades ou atomes vivants qui, dominés et retenus ensemble par une puissance soustraite à nos moyens d'investigation, s'arrangent et se développent conformément à un type ( Henie , Traité d 'anatomie générale, trad. franc., t. i , p. 131, in-S°; Paris, 1843). Entraîné par les préoccupations que manque rarement de causer l'étude exclusive d'un seul objet, le micrographe peut s'écrier : donnez -moi une vésicule capable d'absorber, et je vous ferai un organisme ( Raspail , Nouveau système de chimie organique, t. m, p. 402 , in-8°; Paris, 1838 ); mais le médecin ne doit pas se laisser aller à un pareil enthousiasme ; d'ailleurs, nous n'avons pas à nous occuper ici des théories plus ou moins ambitieuses à l'aide desquelles on a voulu expliquer le développement des êtres, le mécanisme des sécrétions et les lois de formation des cellules primitives , etc., nous voulons seulement indiquer, au milieu de ces nombreuses recherches , quelques utiles applications à la pathologie.

L'histologie des solides nous apprend que la substance des cartilages vrais, ou à base homogène, n'est pas un lissu séreux, comme on l'avait pensé, mais un produit semblable à l'épidémie, une substance d'encroûtement homogène, formée par une matière , transparente, par des cellules creuses contenant un liquide au milieu duquel nage un noyau

oucytoblaste, qui renferme quelquefois à son tour de petits noyaux. Les fibro- cartilages à base fibreuse, ou faux cartilages, n'ont pas la même structure : ce sont de petites fibres nombreuses, entre-croisées et excessivement apparentes (cartilages intervertébraux, inter- articulaires des vraies et des fausses articulations, épiglotte, etc.). La synoviale est un véritable épidémie qui ne contient ni vaisseaux ni nerfs appréciables (Henle, ouvr. cit., t. h , p. 360 ; — Burggraeve , Histologie , ou anat. de texture, p. 506, in-8°; Gand, 1 843 ; — Meckauer, etc.). On va voir maintenant quelles conséquences importantes on peut tirer pour la pathologie des données fournies par l'étude microscopique des cartilages vrais ou faux. M. Richet, dans une thèse qui renferme d'excellentes remarques sur les maladies articulaires , est porté à croire, par cela même que le cartilage et sa lame superficielle ne sont pas organisés , que l'inflammation n'a aucune prise sur eux , et que les vaisseaux que l'on aperçoit à leur superficie sont de nouvelle formation et de véritables végétations de la synoviale. L'arthrite, suivant le même auteur, serait presque toujours une synovite ou une ostéite, et la plupart des maladies appelées tumeurs blanches auraient leur point de départ dans l'une ou l'autre de ces phlegmasies ( Éludes d'anal., de physiol. et de pathol., pour servir à l'histoire des tumeurs blanches, dissert, inaug., n° 58 , in-4° ; Paris, 1844 ).

Jusqu'à présent, il faut le dire, l'étude microscopique des tissus altérés , dans les affections internes, n'a conduit qu'à un petit nombre de découvertes importantes, ce qui peut tenir à ce que ce genre d'examen est nouveau , et que l'on a eu beaucoup de peine, jusqu'à ce jour, à observer les corps opaques avec le microscope. Cette difficulté ne doit pas arrêter les pathoîogistes; ceux qui voudront s'engager dans une voie aussi nouvelle sont sûrs d'y trouver une abondante moisson de faits curieux et entièrement inconnus. L'étude des tissus cancéreux, du tubercule et du favus , a jeté déjà une vive Jumière sur la nature de ces produits morbides ; nous devons ajouter, toutefois, qu'il ne faut considérer les recherches dont ils ont été le sujet que comme des premiers essais qui réclament toute l'attention du pathologiste , mais ne peuvent être acceptés par lui qu'à titre de simples renseignements. On a cherché déjà à utiliser ces découvertes pour le traitement de certaines affections , du favus et de quelques teignes en particulier, qui seraient, au dire de M. Gruby et de plusieurs médecins, des productions parasites que l'on pourrait détruire par un traitement externe.

C'est surtout à la pathologie humorale que la microscopie a rendu les plus grands services. Aidée de l'analyse chimique , elle a jeté les bases de cette nouvelle pathologie à la connaissance de laquelle les mé-

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decins ne peuvent plus désormais rester étrangers. Personne aujourd'hui n'ignore que la microscopie est une source féconde de documents précieux pour la séméiotique et le traitement des maladies, toutes les fois qu'elle peut nous faire découvrir des corps inorganiques dans les liquides de l'économie, et que ces corps ont une forme constante et facilement appréciable , une coloration particulière. Dans tous ces cas, elle devient un moyen précieux de diagnostic, et peut éclairer beaucoup le traitement de quelques maladies.

Urine. — L'étude microscopique de l'urine nous révèle tant de signes précieux pour le diagnostic des maladies, que nous sommes embarrassés par le nombre de faits qui prouvent l'importance de cette étude microscopique.

Un malade rend une urine dont le dépôt blanchâtre et épais a été pris souvent pour du pus ; vous en placez une gouttelette sur le champ du microscope , et vous découvrez une poudre amorphe , bien distincte du pus; si vous conservez quelque doute, vous ajoutez une goutte d'acide affaibli , et aussitôt il se forme sous vos yeux des lames rhomboïdales d'acide urique (Donné, Cours de microscopie , p. 244). Vous connaissez dès lors la nature du sédiment et vous avez la certitude qu'il n'est formé ni par du pus, ni par du sang , ni par du mucus.

L'alcalinité de certaines urines tient à la présence du phosphate ammoniaco-magnésien; le sédiment que forme ce sel bi-basique ressemble plus encore que celui constitué par l'urate d'ammoniaque à un dépôt de matière purulente; la microscopie lèvera à l'instant même tous les doutes, en faisant apercevoir des crisiaux de forme prismatique, ou dérivés du prisme rectangulaire droit (Rayer, Traité des maladies des reins 3 1. 1, voy. planche 3 ; Donné , ouvr. cité, p. 255). On comprend qu'il importe beaucoup pour le diagnostic de savoir si l'alcalinité de l'urine dépend de la composition intime de ce liquide ou de son mélange avec du pus ou du mucus. Une urine alcaline qui contient en sortant de la vessie les cristaux que nous venons d'indiquer appartient à la gravelle alcaline.

L'examen microscopique fait reconnaître à l'instant même la gravelle rouge ou d'acide urique. L'urine , en effet, contient des cristaux qui offrent de belles lames rhomboïdales, jaune-brun ou transparentes; quelquefois des prismes disposés en rosace (Donné, ouvr. cité, p. 239; Rayer, loc. cit., pi. 1 , 1. 1). Un midecin peut donc reconnaître l'espèce de gravelle dont est affecté le malade soumis à son observation sans recourir à l'analyse chimique. Cette connaissance lui est indispensable pour pouvoir instituer le traitement et prescrire l'eau de Vichy et les boissons alcalines, qui ont pour effet de neutraliser l'excès d'acide urique dans l'urine , mais non d'empêcher la sécrétion

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de ce principe. Dans les cas que nous venons de citer, la microscopie est un moyen de diagnostic et en même temps une source d'indications toutes spéciales pour le traitement. Qu'on ne vienne pas dire que cette élude est inutile, or il n'y a pas d'autre moyen d'asseoir le traitement et le diagnostic de la maladie, à moins que l'on n'appelle à son aide l'analyse chimique, qui serait plus longue et plus difficile.

N'est-ce pas encore avec le microscope que l'on peut reconnaître la présence du pus et du mucus dans l'urine. Lorsque ce liquide ne contient qu'une trèspetite quantité de sang , on peut encore en constater ainsi l'existence et distinguer les globules de sang d'avec ceux du mucus et du pus, pourvu toutefois que l'urine soit acide.

Si l'on avait quelque doute sur la véritable nature d'une maladie qui offrirait tous les symptômes des pertes séminales, la microscopie le dissiperait promptement. En effet, l'urine ne contient jamais de sperme, excepté dans les pertes séminales involontaires ou après le coït ou la masturbation. On peut dès lors asseoir le diagnostic et le traitement de la maladie lorsqu'on s'est assuré que l'urine contient des zoospermes. M. Donné n'a jamais trouvé de sperme sans une certaine quantité de ces animalcules. Il y a des cas rares , à la vérité, où tous les symptômes de la maladie font entièrement défaut : le microscope alors peut seul la faire diagnostiquer ; M. Donné en cite un exemple bien remarquable (p. 329). La justice a intérêt, dans plusieurs circonstances criminelles, à faire rechercher par le médecin légiste si certaines parties du corps, le vagin, le rectum , par exemple , renferment du sperme, si les taches observées sur le linge sont dues à la présence de la liqueur spermatique; et c'est encore la microscopie qui peut lever les doutes.

On a souvent intérêt à rechercher la présence du pus dans certains liquides, dans le sang par exemple. Dans quelques cas de pyohémie, on éprouve quelque difficulté à établir que le pus est mêlé au sang. Un moyen assez simple de constater les globules purulents est de verser un peu d'ammoniaque sur le liquide que l'on examine; les globules de sang disparaissent à l'inslant même, et ceux de pus ne s'altèrent en aucune façon» (Andral, Essai d'hématologie pathologique, p. 1 10). Suivant M. Mandl {Recherches sur la nature et l'origine du pus , etc. ; journ. l'Expérience, 1838) et M. Donné (ouvr. cité, p. 195), ce caractère différentiel n'a pas une valeur trèsgrande. Du reste , il ne suffit pas de constater l'existence du globule purulent, qui est, il est vrai, l'élément le plus constant du pus ordinaire; il faudrait encore s'assurer qu'il n'y pas de granules. L'un de nous s'est efforcé d'établir qu'il y a du pus sans globule, mais non sans granule, et que les accidents que

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l'on rapporte généralement à la résorption du globule peuvent être produits par le mélange des granules seuls avec le sang (Fleury, De ï Infection purulente sous le rapport de la pathogénie et de la thérapeutique; dissert, de concours, in- 4" , avril 1844).

C'est surtout à l'étude des altérations du sang que l'on a appliqué l'examen microscopique; depuis quelques années surtout, les ouvrages fourmillent de remarques faites sur le sang dans différentes maladies. Tel observateur dit avoir vu les globules sanguins déformés, à bords inégaux et comme déchiquetés; tel autre les a trouvés plus petits, plus ronds que d'habitude, ou agglomérés en petite masse; celui-ci en a compté un très-grand nombre; celui-là les a vus trèsdistants les uns des autres; tous en concluent que le sang est altéré dans son élément globulaire , et tous sont dans l'erreur. Ces prétendues altérations se montrent sur du sang extrait récemment du corps d'un sujet en parfaite santé , et c'est faute d'une connaissance exacte de ces changements, qui sont en quelque sorte les altérations cadavériques du globule , que certains auteurs ont cru avoir découvert des maladies là où il n'en existe pas. On ne connaît pas encore aujourd'hui une seule lésion des globules que l'on soit en droit de rapporter à une maladie déterminée du cadre nosologique.

On peut rechercher, avec le microscope, les globules sanguins dans le mucus , dans l'urine , dans les matières rendues par hématémèse , et dans les autres liquides de l'économie ; la forme si recounaissable du globule le fait aisément reconnaître. D'autres fois Ton a intérêt à constater la présence des matières tuberculeuses et cancéreuses; mais, nous devons le déclarer, jusqu'à présent les efforts, dignes de tout éloge , que l'on a fait pour arriver à ce résultat, n'ont pas encore conduit à des données certaines.

L'aperçu général que nous venons de présenter nous permet de dire quels ont été les services rendus par la microscopie à la pathologie interne. Quelques hommes les ont exaltés outre mesure , et croient encore que c'est seulement à l'aide de ce mode d'investigation que l'on pourra découvrir la nature intime des maladies, et les lésions matérielles ou fonctionnelles qui les constituent. Certes, nous ne sommes pas du nombre de ceux qui , par cela seul qu'un procédé explorateur est nouveau, et que les hommes qui s'en sont servis en ont exagéré l'importance, cherchent à le dénigrer ; nous voulons encore moins lui assigner des limites , car nous ne savons pas jusqu'où peut s'étendre l'observation laborieuse et patiente de l'homme; mais nous devons dire dans quel sens doit être dirigée cette observation.

L'anatomie pathologique nous a révélé le siège d'un grand nombre de maladies , et la nature des lé-

sions qui en sont cause. La localisation et la détermination des maladies et du tissu élémentaire dans lequel elles résident sont devenues d'autant plus précises et rigoureuses que l'anatomie pathologique a fait elle-même plus de progrès; c'est ainsi que l'on a pu jeter les bases du diagnostic anatomique des maladies , et le substituer en grande partie au diagnostic symptomatologique dont on était obligé de se contenter un siècle auparavant. Aujourd'hui ce diagnostic ne peut plus suffire, et l'on en est venu à rechercher le diagnostic microscopique.Yoic\comment ce dernier a pris naissance.

Tout s'enchaîne et se lie dans les sciences naturelles , et surtout en médecine. On s'était contenté pendant longtemps de ne faire de l'anatomie de structure qu'avec le scalpel ; on s'est mis , dans ces derniers temps, à chercher, avec le microscope, le tissu moléculaire et en quelque sorte primordial des organes et des tissus : c'est alors que l'anatomie de texture ou histologie a été poursuivie avec ardeur. L'anatomie pathologique devait bientôt ressentir l'influence de cette nouvelle direction imprimée, surtout en Allemagne, à l'élude de l'anatomie normale et de la physiologie. En effet , on s'arma du microscope pour rechercher dans les tissus les changements moléculaires qu'y avait causés la maladie ; ou voulut apercevoir la maladie de la fibre élémentaire , et arriver ainsi à un diagnostic en quelque sorte anatomomicroscopique. Sans aucun doute, cette marche est rationnelle, et d'ailleurs elle est commandée par l'esprit d'investigation et de recherches minutieuses qui se montre chez un grand nombre de médecins; elle est la continuation évidente de ce mouvement scientifique qui les porte sans cesse à procéder expérimentalement, et avec le secours des sciences physiques et chimiques, à l'étude des maladies et des lésions qu'elles provoquent.

Si l'on ne jugeait de l'importance de la microscopie que par les résultats qu'elle a fournis , elle pourrait encore repousser facilement les attaques de ses détracteurs: nous avons montré qu'on lui est redevable de connaissances importantes, soit en séméiologie, soit en thérapeutique ; maintenant nous sommes prêts à reconnaître qu'elle n'a pas tenu tout ce que certains esprits, trop prévenus en sa faveur, croyaient devoir attendre d'elle. Elle n'a conduit , du moins jusqu'à présent, à aucune donnée positive sur les altérations des solides dans les maladies; il est vrai que cette partie de l'anatomie pathologique a été peu explorée à l'aide du microscope , et que ce sont surtout les altérations des différents liquides de l'économie qui ont été le sujet des recherches micrographiques.

Si la microscopie n'a pas jeté une plus grande lumière sur la pathologie, il faut s'en prendre à plusieurs causes qu'il nous suffira d'indiquer. Un grand

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nombre de micrographes, absorbés trop exclusivement par Ja partie eu quelque sorte spéculative de leurs recherches, ont séparé à tort l'étude des altérations qu'ils observaient de l'histoire détaillée et graphique de la maladie à laquelle appartiennent ces altérations. En un mot, ils les ont étudiées et décrites a la manière du naturaliste, sans les accompagner de la relation exacte des causes, des symptômes et de toutes les circonstances particulières de la maladie. Ceux qui douteraient de la vérité de notre assertion n'ont qu'à ouvrir la plupart des traités de micrographie , et ils pourront se convaincre, presque à chaque page, que le micrographe paraît bien plus que le pathologiste. C'est ce qui explique le peu de faveur dont jouit jusqu'à présent la microscopie parmi les médecins praticiens, auxquels on la montre trop souvent séparée de ses applications pratiquées auxquelles il serait utile de la rapporter toujours.

Il faut dire aussi qu'il y a peu de médecins à qui l'élude microscopique est familière, et que ceux même qui y sont habitués ne peuvent faire chaque jour qu'un petit nombre d'observations. En effet, s'il faut peu de temps pour décider un point de diagnostic ou de thérapeutique à l'aide du microscope , il faut, au contraire, des recherches longues et suivies pour faire quelques travaux utiles.

Beaucoup de micrographes nous semblent aussi avoir oublié que, pour parvenir à quelques découvertes importantes en pathologie, il faudrait avant tout que la constitution microscopique des solides et des liquides à l'état normal fût parfaitement connue, et qu'il y eût, sinon entente parfaite sur les principaux points , du moins une opinion prédominante qui est loin d'exister. Une fois que l'on sera fixé sur l'état physiologique , on pourra s'avancer d'un pas plus ferme dans la voie difficile de l'observation microscopique et arriver peut-être à découvrir quelques altérations incontestables.

Ce que les micrographes ont de mieux à faire , quant à présent , c'est de rassembler le plus de faits qu'ils pourront , sans chercher encore à les coordonner ni à en tirer des déductions générales, car un pareil travail serait prématuré. 11 est indispensable aussi, pour les progrès des études microscopiques appliquées à la pathologie , qu'ils s'occupent bien plus de décrire minutieusement ce qu'ils ont vu, et les circonstances pathologiques au milieu desquelles ils observent , que de conclure et d'élever des hypothèses. Comme preuve à l'appui de ce que nous venons d'avancer en faveur de la méthode purement expérimentale , nous rappellerons quelques faits qui ne sont pas sans valeur. Ceux qui ont décrit la déformation des globules sanguins dans certaines maladies n'auraient pas avancé de pareilles erreurs s'ils avaient d'abord examiné du sauganormal,etsuivi attentivement, d'heure

en heure, les altérations de ce liquide. C'est en se bornant à enregistrer le résultat de leurs recherches microscopiques sur les altérations des liquides albumineux sous l'influence de l'acidification, que MM. Andral et Gavarret sont parvenus à constater le fait curieux du développement d'un végétal infusoire, connu sous le nom de pénicillium glaucum (Mémoire communiqué à l'académie des sciences; annales de chimie et de physique, t. \ui, p. 385 , avril 1843). En observant le sérum du sang frais, étendu de deux fois son volume d'eau , et additionné d'une très-faible quantité d'acide sulfurique , ils ont vu se former des vésicules, celles-ci s'allonger en tubes , puis constituer des canaux rameux , etc. Que serait-il arrivé, s'ils avaient sur-le-champ raisonné sur une pareille formation? Peut-être en serait-il résulté quelque hypothèse sur l'organisation primitive des vaisseaux. Ils ont comparé ce qu'ils avaient aperçu avec ce qu'avaient également observé MM. Turpin et Dutrochet, et ont conclu que c'était le même végétal que celui décrit par ces micrographes.

Le coup d'œil que nous venons de jeter sur la microscopie , considérée dans ses applications à la médecine , suffit pour montrer qu'elle constitue une des parties essentielles de la séméiolique, et que les connaissances dont la médecine lui est redevable sont assez importantes pour qu'on ne la traite pas avec un dédain qu'elle n'a point mérité. D'un autre côté, il ne faut pas exagérer son importance , parce qu'elle aurait peut-être à perdre si l'on pesait avec sévérité les services qu'elle a rendus en pathologie.

MICTION , s. f. dérivé de mingere, pisser, mictum, d'où mielus, mictûs, pissement, action de pisser. Ce terme, destiné à rendre l'action de pisser, e«t peu usité en médecine ; mais , comme il n'a été remplacé par aucune autre dénomination , et que, cependant , l'idée qu'il exprime revient à chaque instant en séméiologie , il nous a paru utile de le conserver. D'ailleurs, il a été employé par Cicéron, Galien, Aurelianus et d'autres encore, et il est assez régulièrement composé pour qu'on puisse l'accepter sans répugnance.

La miction est une fonction importante de l'économie, qui exige, pour s'accomplir régulièrement , le concours de plusieurs organes. Il faut : 1° que les reins sécrètent le liquide urinaire ; 2° que l'uretère lui livre un facile passage; 3° que la vessie le conserve pendant un certain temps que nous chercherons à déterminer ; 4° que l'appareil musculaire de la vessie et l'action synergique de plusieurs muscles voisins amènent la sortie de l'urine; 5° que le canal de l'urèlhre soit libre dans toute son étendue. Ce n'est qu'à la condition que ces diverses parties de l'appareil de sécrétion et d'excrétion jouissent de toute leur intégrité, que la miction peut s'accomplir régulièrement;

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C'est donc d'abord dans les diverses parties de cet appareil très-complexe qu'il faut rechercher les causes qui troublent ses fonctions. Elles peuvent aussi résider dans le système nerveux cérébro-spinal, ou même dans d'autres appareils qui n'ont que des connexions sympathiques avec les appareils de sécrétion et d'excrétion urinaire. Mais, avant d'indiquer les maladies qui peuvent amener des troubles dans la miction, il convient d'examiner ces troubles en eux-mêmes et à titre de symptômes.

Lorsque la miction est normale , l'urine est expulsée avec force, et forme un jet assez volumineux, faiblement contourné en spirale à une certaine distance de l'urèthre; les dernières gouttes d'urine sont également chassées avec force, et le méat urinaire reste presque sec lorsque cette expulsion est normale. Il faut se rappeler que les progrès de l'âge affaiblissent la contractilité des muscles de la vessie, et que l'excrétion de l'urine n'est pas aussi facile ni aussi prompte qu'aux autres époques de la vie.

On juge assez bien de l'intégrité des parties qui servent à la miction en regardant couler l'urine ; souvent , dans les maladies internes et externes , on ne la voit couler qu'avec peine. Les chirurgiens ont donné le nom de djsurie (dérivé de Su;, difficilement, et oopov, urine) à la simple difficulté d'uriner, avec ou sans douleur; l'urine, dans ce cas , ne sort que par un jet fin , contourné en spirale ou même bifurqué.

Dans la strangurie (dérivé de crpc/yÇ, goutte, et oypov, urine; urinœ stillicidium) , l'urine ne coule que goutte à goutte , malgré les violents efforts auxquels se livre le malade.

L'impossibilité absolue de rendre l'urine, ou suppression de l'urine , a été appelée ischurie (de taxstv, arrêter, et oupov, urine). Cette distinction, dit M. Roux, que quelques chirurgiens conservent encore , a vieilli, et la plupart des pathologistes modernes l'ont remplacée par la division plus convenable et plus simple de la rétention d'urine en complète et en incomplète (art. Rétention d'urine, Dict. de mèd., 2e édit., p. 495 ). On doit appeler miction difficile et impossible celle qui n'a lieu qu'avec peine, ou qui ne peut pas s'effectuer : elle est dite incomplète lorsque toute l'urine contenue dans la vessie ne peut être rejetée au dehors; elle est involontaire lorsque l'urine s'écoule continuellement au dehors à l'insu du malade, et ne peut être conservée dans la vessie. On appelle incontinence d'urine ce dernier phénomène. La miction est fréquente on rare, douloureuse ou non. Les douleurs qu'éprouvent les malades sont quelquefois trèsviolentes, et constituent des épreintes vésicales qui amènent des besoins pressants et presque continuels d'uriner. Telles sont les seules distinctions qu'il importe de conserver en pathologie interne.

1° La miction est \Aus fréquente que dans l'état normal : 1 ° lorsque la sécrétion urinaire est augmentée ; 2° lorsque la vessie ne peut garder longtemps l'urine. 1° La sécrétion est augmentée sous l'empire d'une simple perturbation nerveuse chez les femmes hystériques, chez les hypochondriaques, après une émotion morale vive , telle que la crainte , la colère. Cette hypersécrétion peut tenir à un simple trouble fonctionnel , et constituer toute la maladie (diabète non sucré de quelques auteurs ) , ou bien s'accompagner d'une altération dans la composition chimique de l'urine , comme dans le diabète. La miction répétée , chez un malade , est une forte présomption en faveur de cette dernière maladie.

La miction peut être plus fréquente par une cause toute physiologique, comme après l'ingestion d'une grande quantité de boissons, ou lorsque la perspiration cutanée a beaucoup diminué. 2° Dans d'autres cas, l'urine est rendue plus fréquemment sans que la sécrétion soit pour cela augmentée ; la fréquence de la miction tient alors tantôt à ce que le système nerveux cérébro-spinal est influencé par une cause quelconque, et tantôt à l'irritation de la membrane interne de la vessie , produite par une phlegmasie aiguë ou chronique , par une pierre ou des graviers. Quelquefois c'est le col de la vessie qui est le siège de cette irritation. On observe des malades qui urinent quarante fois dans la journée et vingt fois la nuit: chez quelques-uns , la sensibilité de la vessie explique cette miction fréquente , dont on se rend facilement maître à l'aide de lavements opiacés ; chez quelques sujets, cette fréquence parait être le résultat d'une sorte d'habitude qu'ils ont contractée. Dans d'autres cas , elle dépend de ce que la vessie ne se vide pas complètement. Plusieurs maladies de la vessie, et surtout l'hypertrophie de la prostate, les affections du canal de l'urèthre, peuvent occasionner la fréquence de la miction ; mais nous ne devons nous occuper que des maladies qui sont du domaine de la pathologie interne.

2° La miction est rare dans plusieurs maladies des voies urinaires, et particulièrement dans la paralysie commençante de la vessie ; cette paralysie n'est souvent , comme on le sait , qu'un symptôme d'une affection du cerveau ou de la moelle. On a tout lieu de craindre cette affection quand on ne trouve, par le cathétérisme et les autres procédés d'exploration usités en pareils cas, aucune maladie des voies urinaires. La miction devient plus rare dans l'hémorrhagie et le ramollissement cérébral , et dans les pyrexies accompagnées d'une adynamie très-grande, comme dans la fièvre Hyphoïde , etc.

3° L'dmiction est nulle : 1 ° parce que l'urine cesse d'être sécrétée : c'est ce qui arrive dans le choléra asiatique; les malades restent deux ou trois jours sans

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uriner, et lorsqu'ils succombent, c'est à peine si leur vessie contient quelques gouttes d'urine. La sécrétion de ce liquide est encore suspendue dans la gravelle et dans les inflammations violentes de l'uretère, du calice et du bassinet, quelquefois dans la néphrite sur-aiguë et phlegmoneuse. Le symptôme que nous venons d'étudier est très-grave; il annonce une mort presque certaine. Dans un cas de suppression rapporté par M. Perthus (Société de médecine de Paris), le camphre fit cesser les accidents , et le malade fut rendu à la vie.

L'urine, quoique sécrétée en aussi grande abondance que dans l'état normal, peut être retenue entièrement dans son réservoir. La rétention d'urine peut s'accompagner de douleurs vives au col de la vessie, d'envies fréquentes d'uriner, de pesanteur ressentie vers la prostate, etc. Cette rétention est le signe le plus ordinaire des maladies de la vessie, et surtout du canal de l'urèthre et de la prostate. Elle peut tenir aussi à la rétention volontaire et trop prolongée de l'urine dans la vessie et à la distention de ses parois par le liquide qui leur fait perdre leur contractilité normale. La rétention d'urine peut être provoquée par toutes les maladies du cerveau et de la moelle qui diminuent ou détruisent l'innervation cérébrale, et frappent ainsi de paralysie les muscles vésicaux et ceux qui concourent à l'expulsion du liquide urinaire. Ce symptôme est très-commun dans le cours des hémorrhagies cérébrales, dans le ramollissement sénile, dans la dernière période de l'encéphalite, dans l'hémorrhagie spinale, dans la myélite. Elle se montre dans les dernières phases des maladies adynamiques. Aussi faut-il surveiller attentivement les sujets atteints de fièvre typhoïde, parce qu'il n'est point rare de constater chez eux une rétention d'urine par paralysie vésicule; le cathétérisme doit être pratiqué sans retard chez ces malades.

4° La miction peut s'effectuer involontairement dans certaines maladies : on dit alors qu'il y a incontinence d'urine. Celle-ci peut s'écouler par regorgement, c'est-à-dire qu'une fois la vessie distendue, le trop plein seul s'échappe au dehors. Dans l'incontinence, l'urine est rendue involontairement et à l'insu des malades, qui baignent sans cesse dans ce liquide; c'est ce qui a lieu dans tous les cas de paralysie vésicale déterminée par une affection des centres nerveux. Faisons remarquer que cette paralysie s'accompagne tantôt d'incontinence , tantôt de rétention d'urine- Une telle différence, malgré l'identité de nature et de siège de la lésion, tient sans aucun doute à ce que la paralysie frappe plus spécialement tantôt les muscles du corps et dii bas-fond de la vessie, tantôt le sphincter du col ou les muscles qui agissent synergiquement.

La rétention d'urine et la paralysie- sont des sym-

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ptômes en général très-graves, parce qu'elles dépendent presque toujours de quelque affection de l'encéphale , de la moelle , des vertèbres , ou de quelques autres organes essentiels.

Le mode suivant lequel s'accomplit la miction est important au point de vue de la thérapeutique. Quels que soient la nature et le siège de la maladie, il faut chercher à combattre l'incontinence ou la rétention d'urine; le cathétérisme n'est qu'un moyen palliatif, mais qu'il ne faut jamais négliger, si l'on ne veut pas voir se développerquelque grave maladie des voies urinaires qui viendrait compliquer l'affection principale.

MIGRAINE, s. f., dérivé de %i6ô£, moitié, et de xpavtov , crâne, c'est-à-dire douleur de la moitié du crâne. Ce mot barbare et mal composé devrait disparaître du langage scientifique, et si nous le conservons encore c'est parce qu'il est plus connu que toute autre dénomination.

Définition. — On désigne sous le nom de migraine une maladie très-courte marquée par une douleur de tête dont le siège est variable , mais qui occupe , le plus souvent, la région du sourcil, la cavité orbilaire, la partie inférieure de la région frontale, et la fosse temporale. Outre cette douleur, qui caractérise assez bien la maladie , le sujet ressent des phénomènes bizarres qui annoncent une perversion de la vision. II aperçoit des points, des taches, des cercles, des lignes anguleuses et en zigzag; il éprouve des vertiges, des fourmillements dans les membres , des nausées, parfois des vomissements. Ces symptômes reviennent à des intervalles réguliers ou irréguliers, constituent de véritables accès dont le nombre est variable, et qui ne laissent aucune trace de leur passage.

Division. — Sauvages admet dix variétés de migraine : 1° hemicrania ocularis, 2° odontalgica , 3° sinus, 4° coryza?, 5° hemorroïdalis, 6°clavus, 7° purulenla , 8° ab infectis , 9" nephralgica , 1 0° lunatica. Cet auteur confond avec ce que l'on doit entendre aujourd'hui par migraine des maladies qui n'en ont que l'apparence.

Se fondant sur les symptômes les plus généralement observés, M. J. Pelletan établit quatre variétés de migraine : 1° la migraine stomacale , la plus fréquente de toutes ; 2° la migraine irienne, décrite par M. Piorry ; 3° la migraine utérine; 4° et la migraine pléthorique [Delà Migraine, 1 842, 2eédit., p. 80). M. H. Labarraque, dans sa thèse sur la migraine (u° 101, Paris, 1837), admet les mêmes divisions, et y ajoute la migraine des sinus frontaux de M. Deschamps, et de l'auteur de l'article Migraine du Dictionnaire des sciences médicales (M. Devilliers). C'est un louable effort que de chercher à localiser une affection aussi vague que la migraine; mais tout en reconnaissant l'utilité de ces divisions sous le point de vue des symptômes, il faut

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avouer qu'elles ne nous éclairent pas entièrement. Nous croyons nécessaire d'établir les deux divisions suivantes : 1° une migraine idiopathique, dans laquelle la douleur et les symptômes indiqués plus haut constituent à eux seuls toute la maladie ; 2° la migraine symptomatique, ou sympathique d'une lésion viscérale, plus spécialement de l'estomac et de l'utérus.

Ces deux grandes divisions ont l'avantage d'être fondées sur la cause même des troubles nerveux. Elles servent tout à la fois au diagnostic anatomique et au traitement de la maladie. C'est aiusi qu'il est utile, au point de vue du traitement surtout, d'admettre: l°une migraine irienne, véritable névralgie, qui est pour l'œil un trouble fonctionnel équivalant à celui que l'on observe dans les autres organes sensitifs ; dans l'oreille , par exemple , où ce trouble prend le nom de bourdonnement d'oreille, etc. ; 2° une migraine symptomalique constituée par les mêmes symptômes , mais évidemment produite par une lésion ou un trouble fonctionnel dont le siège doit être cherché dans quelque viscère de l'économie. Nous décrirons seulement la migraine idiopathique , et au diagnostic nous établirons les caractères à l'aide desquels on peut reconnaître les migraines symptomatiques.

Sympiomatologie. — La migraine est la plupart du temps précédée de prodromes qui ont quelque importance lorsqu'on veut attaquer l'accès à son début. Parmi ces prodromes , les uns sont vagues et communs à d'autres affections, les autres ont quelque chose de propre à la maladie qui nous occupe. Les premiers sont constitués par de la tristesse, un malaise général , des lassitudes, des bâillements, des horripilations, des nausées, de la salivation, des renvois , de l'anorexie , de l'aversion pour les aliments et les boissons; quelquefois par une faim inaccoutumée , par l'invasion d'un froid plus ou moins intense, par une espèce de surdité, etc. Les prodromes du second ordre sont plus significatifs; nous empruntons à M. Piorry la description qu'il a faite de l'un de ces symptômes. «Au moment de l'invasion , la vue est moins nette, on éprouve une sensation trèsanalogue à l'éblouissement ; il semblerait qu'un nuage se manifeste au centre de l'image qui se peint sur la rétine; peu à peu le point terne qu'on observait s'étend; bientôt, et après une ou deux minutes, se dessine à l'entour de l'espace obscurci un arc de cercle lumineux , coloré chez quelques individus , mais pâle chez d'autres, disposé en zigzag, agité par une sorte d'oscillation continuelle. D'abord très-petite, cette portion de cercle grandit en même temps que le point central obscurci commence à s'éclaircir, et, se développant de plus en plus, scintillant continuellement, semblant se rapprocher successivement de la circonférence de l'iris, l'arc lumineux finit par

disparaître lorqu'il arrive à l'extrémité du champ de la vision. Que l'œil soit ouvert ou fermé, l'hallucination continue ; mais elle se dessine mieux dans un demi-jour ou dans les ténèbres que dans une lumière vive. C'est presque toujours d'un seul côté qu'elle a lieu» (Piorry, mém. imprimé à la suite du Procédé opératoire sur la percussion médiate, p. 6 , in-8°, 1831).

Cette hallucination, trop bien décrite pour que l'auteur' ne l'ait pas éprouvée lui-même, est particulière à la migraine oculaire dont M. Piorry s'est surtout occupé. La durée de l'hallucination est variable, et ne dépasse pas quelques minutes le plus ordinairement. D'autres fois plus longue, elle est la mesure exacte de la durée de l'accès qui doit suivre. On comprend du reste que les sensations éprouvées par chaque individu doivent varier, et. que la forme, la nature, la coloration des images chimériques qui se peignent dans l'œil , ne sont pas toujours les mêmes. D'ailleurs cette migraine oculaire n'existe pas dans toutes les migraines; elle n'est qu'une des manières d'être nombreuses et variées qu'affectent la douleur crânienne et la perversion de la sensibilité.

Souvent aussi la migraine est annoncée par une sorte de cécité. Au moment où l'on s'y attend le moins, la vue s'obscurcit, les pupilles se dilatent; l'on n'aperçoit plus les objets qu'à travers un brouillard, qui, à mesure qu'il se dissipe, fait place à la céphalalgie.

Enfin , l'on observe encore parmi les symptômes précurseurs des phénomènes nerveux très-remarquables : tels que des fourmillements , des paralysies momentanées dans un ou plusieurs membres, de l'engourdissement dans la bouche, sur la langue, de l'embarras dans la parole. Tissot rapporte l'histoire d'un officier autrichien qui accusait tous ces symptômes au début de sa migraine: «Elle commençait par un trouble de la vue ; ensuite un bras et une jambe du même côté , et un jour d'un côté , l'autre jour de l'autre, s'endormaient; puis la même chose survenait à la bouche et à la langue, en même temps qu'une grande difficulté à parler» ( des Nerfs et de leurs maladies, art. Migraine, p. 103). Un de nous a eu occasion d'observer un fait semblable chez une jeune fille. La migraine débutait par un engourdissement qui du petit doigt de la main passait à la langue, et déterminait une difficulté extrême dans l'articulation des mots.

La douleur ne tarde pas à remplacer ces phénomènes précurseurs dont la durée est presque toujours très-courte. Le siège de cette douleur n'a rien de fixe; elle occupe le plus ordinairement le globe oculaire, les régions frontale, sus-orbitaire, et temporale correspondante, quelquefois les régions pariétale et occipitale; plus souvent bornée à un des côtés

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de la tète, elle peut envahir les deux côtés à la fois,; i limitée au début dans un très -petit espace, elle s'irradie plus tard dans les parties voisines.

D'abord sourde, obscure dans le principe, la douleur se prononce davantage , augmente d'intensité, et finit par devenir insupportable. Rien n'est plus changeant que son caractère, et, comme dans toutes les affections nerveuses, les malades accusent une souffrance qui varie suivant chacun d'eux : il y en a chez lesquels elle détermine au cuir chevelu une sensibilité tellement vive, qu'elle est exaspérée par le moindre dérangement des cheveux; chez d'autres, elle s'accompagne d'hallucinations de l'ouïe, de sifflements, de bourdonnements, de détonations. Il semble à l'un qu'on lui perfore la tête avec une vrille, ou qu'on la lui brise avec un marteau; à l'autre, qu'on y darde incessamment des pointes acérées, ou qu'on exerce des tractions à l'aide de tenailles; celui-ci croit sentir un étau qui rapproche l'une de l'autre les régions temporales; celui-là, au contraire, croit que les sutures du crâne vont céder à une force intérieure, etc. Au milieu d'un tel paroxysme, la lumière, le bruit, tout ce qui environne le malade, devient insupportable, et il ne recherche que l'obscurité, le silence et l'isolement.

Troubles de l'estomac. — Après la céphalalgie , le phénomène le plus fréquent est le vomissement. Il a lieu soit au début, soit pendant la durée ou à la fin de l'accès ; il est précédé de nausées : rien n'est plus fatigant que ce dernier symptôme. C'est pour se soustraire à l'imminence des vomissements que le malade , déjà abattu par la douleur, n'ose faire aucun mouvement. Le malaise général qu'il éprouve est analogue à celui qui suit l'administration de l'émétique, ou mieux, au malaise qui accompagne le mal de mer. Il prend la position horizontale et se condamne au repos le plus absolu; cependant les vomissements se déclarent : ils amènent quelquefois un soulagement marqué. Les matières vomies n'ont rien de particulier, et varient suivant que l'estomac est vide ou contient des aliments.

Symptômes nerveux. — A la céphalalgie et au vomissement se joignent quelquefois, lorsque l'accès est intense, des accidents nerveux produits par l'excès des douleurs chez des sujets éminemment irritables. Tissot(ouvr. cité, p. 100) rapporte avoir vu souvent les muscles du front, des paupières, du visage, dans une espèce de mouvement convulsif, léger, et quelquefois ceux de tout le corps s'en ressentent : aussi , après ces violents accès, les malades sont trèsfatigués , et éprouvent le sentiment d'une lassitude générale.

M. J. Pelletan {De la Migraine, p. 44 ; 1843) dit avoir observé sur une femme des douleurs tellement violentes qu'elles déterminaient des mcuve-

ments convuîsifs dans les paupières, dans les tempes et dans les joues, pendant tout le temps de l'accès : les douleurs étaient si fortes qu'elles avaient fini par altérer la forme des parties du visage qu'elles occupaient ordinairement. L'angle interne des paupières était rentré et comme enfoncé, et la racine du nez paraissait singulièrement comprimée. Tissot parle d'une migraine qui était accompagnée de convulsions dans les bras , et d'une autre pendant les accès de laquelle la malade ne voyait que la moitié des objets. En résumé , les sens sont modifiés de diverses manières , et leur susceptibilité est exagérée.

Symptômes généraux. — La figure exprime la souffrance ; elle est pâle, contractée, plus rarement rouge , vultueusc ; les artères battent avec violence ; l'œil est injecté, les paupières sont rouges et tuméfiées; le pouls est tantôt petit, serré, insensible, tantôt dur et accéléré : ce dernier caractère coïncide , dit M. Pelletan, avec cette espèce particulière de mi graine qui est accompagnée de congestion sanguine (migraine pléthorique ).

Après un certain temps , l'accès diminue ; il se termine, en général, par les vomissements. Lorsque ces derniers manquent, c'est un besoin de sommeil qui achève de juger les accidents nerveux. La nuit apporte presque toujours une guérison complète, et c'est à peine si, le lendemain matin, il reste encore au malade une pesanteur de tête qui se dissipe bientôt. Quelquefois la terminaison a lieu d'une autre manière : on l'a vue s'effectuer par des sueurs abondantes des avant-bras et des mains , ou par des sueurs régulières chaque matin ( Tissot , p. 96 ) , par une hémorrhagic nasale («/.), par un larmoiement de l'œil malade, par un écoulement de la narine correspondant à l'œil malade (Wepfer, Obseiv. de apoplex., obs. 76, p. 608) , enfin chaque mois par l'apparition des règles (Planque, Biblioth. méd., t. vu, p. 239).

Durée, marche. — La durée des accès n'a rien de bien déterminé; elle varie de deux à trois heures jusqu'à trente-six et même soixante-seize heures. M. Pelletan cite, d'après Tissot (p. 89), un cas qui a duré trois jours; M. Labarraque, un autre qui a persisté durant cinq jours {De la Céphal, etc., p. 35 ; 1837). La durée la plus ordinaire est de douze à vingt-quatre heures.

La migraine est ordinairement une maladie qui revient par accès pendant un grand nombre d'années ; elle débute quelquefois dans l'enfance , vers l'âge de sept ans et même plus tôt ; cependant c'est plus souvent de treize à quatorze ans jusqu'à dix-huit ou vingt qu'elle commence : il est rare qu'elle se développe plus tard quand elle ne s'est pas montrée avant l'âge de vingt-cinq ans (Tissot, p. 87). Moins forte les premières années de son existence, elle prend peu à peu de l'Accroissement, reste quelque

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temps sfationnaire, et finit par décroître avec l'âge, tellement qu'il est rare de l'observer encore après soixante ans. Chez certaines femmes, elle ne se montre qu'à partir de l'époque où elles cessent d'être réglées; dans ce cas, la migraine se rattache souvent à une affection commençante de l'utérus (migraine symptomatique).

L'époque des accès n'est pas la même pour chaque malade, et elle offre de plus de très-grandes variations, tant pour la durée que pour l'intensité, chez le même individu. Les accès peuvent se montrer plusieurs fois par mois ou seulement huit ou dix fois par an; ils peuvent se suspendre pendant quelque temps pour reparaître ensuite : les vraies migraines qui reviennent plus de trois fois par mois ou moins de quatre fois par an sont rares ( Tissot , p. 91 ). Chez plusieurs femmes , les accès reparaissent tous les mois à l'époque des règles , soit avant , soit après leur apparition. Quelquefois la marche de la migraine est plus régulière encore : Tissot a vu des accès se montrer tous les trois mois, tous les mois, tous les quinze jours. M. Pelletan (ouvr. cité, p. 52) parle d'un jeune homme dont la migraine revenait tous les quatre jours régulièrement, et presque à la même heure; ces cas sont rares. On connaît l'histoire de ce dominicain qui fut tourmenté pendant trois ans et sept mois d'une violente migraine qui paraissait tous les lundis, à la même heure, attaquait constamment le muscle temporal droit, et durait de vingt-huit à trente heures ; l'accès passé, il jouissait d'une santé parfaite (Schenck, obs., 1. 1, p. 50). Morgagni cite un cas de migraine qui revenait tous les matins à la même heure (lettre lre). Enfin, Juncker parle d'une migraine qui revenait toutes les heures et ne durait qu'un quart d'heure ( de Hemicran. horologica; Halae, 1747).

Bien que les névroses affectent très-souvent la marche intermittente, l'on ne doit accepter qu'avec réserve les cas de migraine revenant périodiquement, c'est-à-dire à des époques régulières et constantes. «L'hémicranie à type tierce, dit M. Calmeil (i?/c?. de méd., 2e édit., art. Migraine, p. 5), coïncide souvent avec l'invasion du frisson d'une fièvre intermittente ordinaire et bénigne. » Nous croyons que , dans ce cas, la maladie n'est pas une migraine, mais une névralgie intermittente.

Terminaison et pronostic. — La migraine n'est pas en elle-même une maladie dangereuse, et n'entraîne jamais la mort, quelque violentes que soient les douleurs , lorsqu'elle est primitive et dégagée de toute complication.

Cependant, l'intensité des accès, le peu d'intervalle qu'ils laissent entre eux, la longue durée de la maladie, peuvent, dans certaines circonstances, donner lieu à des accidents plus ou moins fâcheux.

Des observateurs ont constaté que la partie de la tête qui était le siège ordinaire des douleurs se couvrait de cheveux blancs ou devenait absolument chauve; que le muscle crotaphyle, correspondant à l'endroit douloureux, était amaigri ; que les traits du visage, contractés par la souffrance, finissaient par s'altérer. Dans des cas plus graves, on a observé l'affaiblissement et même la perte de l'œil qui était le siège de la douleur; la diminution ou l'abolition de l'odorat, de l'ouïe: un changement fâcheux dans Je caractère du malade et dans l'ensemble de ses dispositions morales; la perte de la mémoire, l'épilepsie! Est-il possible également de considérer comme étant le résultat de migraines l'écarlement considérable des sutures des os du crâne, dont plusieurs auteurs citent des exemples? Nous croyons que, dans ces différents cas, l'on a pris pour des migraines de véritables hémicranies symptomatiques.

Y a-t-il des métastases de la migraine? sa disparition peut-elle donner lieu à une maladie plus grave? Cette question, qui ferait delà migraine un ennemi à ménager soigneusement, est résolue d'une manière affirmative par plusieurs médecins , entre autres M. Wepfer, Scheffeare, Schobelt, et Tissot en particulier, qui prétend que c'est un vrai malheur de ne plus avoir la migraine.

Ces relations de cause à effet entre une maladie qui n'existe plus, et l'apparition plus ou moins simultanée d'une autre maladie, seront toujours difficiles à établir. Les uns soutiennent que c'est le principe morbide de la première affection qui , n'existant plus dans son siège primitif, s'est transporté sur un autre organe ; les autres disent que c'est le développement d'une maladie organique qui, en opérant une sorte de révulsion , a déterminé la cessation de la première maladie. De ces deux opinions également soutenables , la dernière uous paraît la plus probable pour ce qui concerne la migraine , et nous croyons que les prétendues métastases de cette maladie ne sont autre chose que la disparition motivée par le développement d'une autre affection plus grave. Souvent aussi un trouble nerveux peut se transformer en un autre, et il ne paraît nullement impossible d'admettre , avec M. J. Pelletan ( ouvr. cité , p. 59), que le trouble de l'innervation, qui avait l'habitude de se porter à la tête , ne puisse , s'il n'est plus ressenti vers cette partie , se développer dans un autre organe, et en troubler les fonctions.

Goncluons donc que la disparition de la migraine n'est nullement à redouter par elle-même, et que c'est au contraire un véritable bonheur que d'en être débarrassé.

Diagnostic. — Les symptômes précurseurs de la migraine , l'ensemble de phénomènes dont se com~ pose l'accès, sa durée moyenne de dix à douze heures,

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l'intervalle plus ou moins long- tic santé parfaite qui le sépare de l'accès suivant , sout autant de signes qui .serviront à faire distinguer la migraine de plusieurs maladies avec lesquelles ou pourrait la confondre. Cependant, comme le diagnostic n'est pas toujours exempt de difficultés, nous jetterons un coup d'œil sur les affections qui ont quelque ressemblance avec la migraine.

La céphalalgie rhumatismale se distingue de la migraine en ce que la douleur, fixée particulièrement aux aponévroses du muscle occipito-frontal ou du muscle temporal , s'accroît par le mouvement des parties, ne s'accompagne d'aucun trouble des sens, d'aucun accident nerveux ni de vomissements; elle a d'ailleurs été précédée de douleurs rhumatismales qui se sont montrées dans d'autres parties du corps.

La céphalalgie par défaut de sang se reconnaît aisément par la cause qui lui a donné naissance ; les bruits de souffle et les autres signes de chloro-anémie la feront aisément distinguer de toutes les autres.

La distinction entre la céphalalgie congestive et la migraine pléthorique nous paraît impossible; la céphalalgie pléthorique affecte particulièrement les individus avancés en âge et les sujets pléthoriques et robustes , circonstances qui ne s'observent pas ordinairement dans la migraine simple. La céphalalgie des fièvres éruptives, de la méningite, de X encéphalite, pourrait être confondue avec celle de la migraine. Les vomissements, lorsqu'ils surviennent au début des affections aiguës, ajoutent à l'embarras du médecin; mais il faut considérer que la migraine est ordinairement apyrétique, que les vomissements soulagent en général; et d'ailleurs, le doute, s'il était possible, ne saurait être de longue durée.

La céphalalgie symptomatique d'une dégénérescence du cerveau ou de ses enveloppes sera quelquefois difficile à distinguer de la migraine, surtout au début. Ce n'est qu'à la longue que la douleur de tête devient un symptôme caractéristique, et, si elle diminue quelquefois, elle ne cède jamais d'une manière complète.

Dans la céphalalgie ostéocope , la douleur se réveille chaque nuit avec plus d'intensité; le malade a eu des affections vénériennes.

Dans la céphalalgie par carie , ou nécrose des os du crâne, la douleur est continuelle (voyez, pour plus de détails, notre article Céphalalgie, où le diagnostic a été posé avec quelque développement).

11 nous paraît plus difficile de distinguer un accès de migraine siégeant dans les sinus frontaux d'avec la névralgie frontale. Nous croyons cependant que les troubles généraux qui accompagnent la première de ces maladies, sa durée plus limitée, sa marche, serviront à la distinguer de la névralgie dont le caractère est constitué uniquement par la douleur.

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L'hystérie s'accompagne souvent, dans l'intervalle des accès, de douleurs de tête qui, par leur violence et leur siège limité, ressemblent, à celles de la migraine; des vomissements peuvent encore ajoutera l'erreur, qui se dissipera , si l'on a égard aux autres signes de l'hystérie.

La migraine qui reviendrait tous les jours, ou qui laisserait entre les accès un intervalle d'un ou deux jours, pourrait être confondue avec une intermittente larvée quotidienne, tierce ou quarte: l'erreur, il est vrai , ne serait nullement préjudiciable au malade; cependant, il sera possible de l'éviter en se rappelant que dans la migraine périodique il n'y a pas ordinairement de frisson précurseur suivi de chaleur.

Enfin, dans le diagnostic de la migraine, la question la plus importante à examiner est celle de savoir si la migraine est idiopathique ou symptomatique d'une lésion viscérale. L'examen attentif des organes pourra quelquefois lever cette difficulté, dont la solution n'est pas indifférente pour le traitement.

La migraine peut être symptomatique d'une lésion de fonction ou d'une lésion de structure de l'estomac, de l'utérus, du canal intestinal, et de presque tous les viscères.

La migraine symptomatique d'une indigestion se reconnaîtra d'abord à la cause qui lui a donné naissance, comme une erreur de régime, une nourriture indigeste, une atonie habituelle des voies digestives ; ensuite, aux symptômes suivants : anorexie, goût fade et désagréable, abondance de salive, crachement continuel, éructations acides, fades, fétides, nausées, quelquefois vomissements de matières bilieuses et amères.

La migraine symptomatique d'une lésion organique de l'estomac, cancer, ulcération , s'observe à un âge où il est rare de voir la migraine simple prendre naissance. On voit des malades qui offrent plus tard tous les signes d'un cancer de l'estomac être pris souvent, après leurs repas el pendant le travail de la digestion , de tous les symptômes de la migraine.

Dans la migraine symptomatique d'une lésion de fonction de l'utérus , le retour de l'époque des règles suffit souvent pour ramener les accès. Chez quelques femmes, un retard, une suppression , une irrégularité dans la menstruation, provoquent un ou plusieurs accès de la même maladie.

La migraine symptomatique d'une lésion organique de l'utérus se montre le plus ordinairement vers l'âge critique. On sait qu'il est rare que la migraine simple apparaisse à cet âge pour la première fois. Les femmes chez lesquelles l'utérus devient ainsi malade accusent pendant longtemps des migraines que l'on regarde comme n'ayant aucune gravité, jusqu'au moment où tous Jes signes d'une umla-

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die de l'utérus viennent à se manifester. Beaucoup d'affections viscérales chroniques donnent lieu également à des migraines dont le retour est plus fréquent qu'on ne le voit dans celte maladie.

Étiologie. — 11 faut distinguer, dans l'étude des causes de la migraine, celles qui prédisposent aux atteintes de ce mal, et celles qui déterminent l'apparition des accès : ces dernières causes ne peuvent agir sans le concours des premières.

L'influence de Yhérédité a été admise par Tissot et les auteurs qui sont venus après lui. Cette influence est incontestable, et l'on s'en rend compte par une certaine disposition congénitale du système nerveux.

Sexe. — Il n'est pas douteux que les femmes soient plus fréquemment affectées de migraine que les hommes, ce qui tient à une susceptibilité nerveuse entretenue par un ordre de causes dont nous aurons bientôt à nous occuper.

Le tempérament qui prédispose à la migraine est généralement celui que l'on désigne sous le nom de tempérament nerveux. Cependant, dit M. Pelletan, «chez les individus sanguins habitués aux hémorrhagies nasales, il peut survenir des migraines qui sont alors causées par la pléthore ; mais ces cas sont rares, et la plupart du temps ce sont de simples céphalalgies qui se déclarent alors » ( Pelletan , ouvr. cité, p. 69). Nous partageons complètement l'avis de cet auteur, et croyons que, dans les cas dont il est parlé, c'est à une simple céphalalgie congestive que l'on a affaire.

Age. — Nous avons déjà eu occasion de dire que la migraine attaquait les individus quelquefois fort jeunes. Ainsi, Tissot prétend avoir vu des personnes qui ne pouvaient se rappeler à quel âge elles avaient eu les premiers accès : c'est le plus ordinairement de quinze à vingt qu'ils se déclarent, rarement après vingt-cinq. Chez les femmes parvenues à l'époque critique , les règles sont quelquefois remplacées par des migraines opiniâtres qui reviennent chaque mois régulièrement : c'est alors le plus ordinairement une migraine symptomatique qui se manifeste, car nous avons vu que la migraine idiopathique finissait par s'user et disparaître avec l'âge.

Parmi les causes qui déterminent un accès de migraine, la plus fréquente, sans contredit, est celle qui dépend d'un état particulier de l'estomac troublé dans ses fonctions. Nous ne balançons pas à la placer en première ligne. Tissot croyait que presque toutes les migraines élaient dues à une modification nerveuse qui, de l'estomac, se répèle par sympathie aux filets nerveux de la tête. Sans trop généraliser celte proposition , nul doute que les choses ne se passent de la sorte la plupart du temps. C'est ainsi que s'explique cette migraine qui survient dans ces deux conditions de l'estomac , ou lorsqu'il est rempli d'a-

liments, ou lorsque la faim se prononce avec intensité (Piorry, ouvr. cité, p. 407); enfin, celte migraiue que déterminenteertains aliments de digestion difficile , certaines boissons, le moindre écart de régime, l'usage du vin, comme l'avait éprouvé Haller sur lui-même , ou celle dont parle Willis, et qui était précédée, la veille de l'accès, d'une faim désordonnée ( Cephal. curât., p. 160).

Dans d'autres circonstances , c'est un autre ordre de causes qui agit d'une manière inverse, et produit l'accès. Il est juste de reconnaître , avec M. J. Pelletan , que puisqu'un trouble de l'estomac vient en produire un dans les fonctions de certains nerfs de la tête, ces mêmes nerfs peuvent aussi être primitivement troublés et agir secondairement sur l'estomac par ce même lien commun qui enchaîne ces deux organes l'un à l'autre. M. Piorry cite deux cas remarquables de migraines dans lesquelles l'accès a été occasionné par un travail des yeux : dans le premier cas , il s'agit d'un médecin qui éprouvait un accès en faisant à deux heures une leçon de médecine. Il avaii l'habitude de déjeuner à une heure , de lire des notes écrites dans un caractère très-fin en se rendant à l'amphithéâtre. II cesse de faire cette lecture pendant huit jours, il n'a pas la migraine; le neuvième, il relit ses notes, l'hémicrânie reparaît. Il est un mois sans se livrer à cette lecture , et pendant un mois il n'a pas cette affection , qui revient le jour où il recommence comme par le passé; depuis il en a fait une multitude de fois l'expérience, il lui suffit de lire quelques lignes au moment de la digestion stomacale pour déterminer l'accès ( Piorry, ouvr. cité , p. 407).

L'autre cas est relatif également à un médecin qui fut pris de deux accès de migraine, à quinze jours d'intervalle, pour avoir fait usage de lunettes aux verres desquelles il n'était pas encore habitué (Piorry, p. 408).

La vue n'est pas le seul de nos sens dont la modification puisse donner lieu à un accès de migraine. Certaines odeurs, l'essence de roses, le musc, le camphre, l'éther, etc., produisent quelquefois Je même effet. M. Labarraque cite le cas particulier d'un médecin qui ne pouvait assister à une autopsie sans être pris à l'instant de vomissements et de migraine (ouvrage cité, p. 27).

Un bruit, un tumulte inaccoutumé, qui impressionne péniblement l'organe de l'ouïe , peuvent aussi déterminer un accès de migraine.

Il est encore d'autres causes qui , agissant plus immédiatement sur les centres nerveux eux-mêmes , produisent cette maladie. Tels sont des coups et des chutes sur la tête, les passions, les émotions, les travaux de l'esprit et les veilles trop prolongés , la résistance au sommeil, un sommeil trop long, un réveil en sursaut, un excès d'électricilé atmosphérique,

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et une vie sédentaire qui tend à exagérer une prédominence nerveuse déjà acquise. Dans les grandes villes, l'existence agitée qu'on y mène, et la violation continuelle des règles de l'hygiène, développent très-fréquemment cette maladie. Elle n'est même si commune chez les femmes qu'à cause des émotions de toutes sortes auxquelles elles s'exposent plus que d'autres , et en raison de la mobilité extrême de leur système nerveux.

Pour terminer l'énumération des causes de la migraine, il faut parler des causes qui donnent lieu aux pseudomigraines , aux migraines symplomatiques. Ces causes sont les altérations organiques. Nous avons vu que de simples lésions fonctionnelles de l'estomac et de l'utérus donnaient fréquemment lieu à des accès; de même une lésion de structure de ces organes peut amener le même résultat. C'est ainsi que s'expliquent les migraines symptomatiques d'un état de souffrance de l'estomac, depuis le simple embarras gastrique jusqu'aux altérations organiques les plus profondes, et les migraines dépendant d'une lésion de l'utérus, depuis le simple engorgement du col jusqu'au cancer le plus avancé.

Traitement. — 11 y a dans le traitement de la migraine deux indications à remplir : l'une consiste à combattre l'accès, soit à son début, soit pendant sa durée; l'autre, à éloigner les accès, les rendre moins fréquents, les faire disparaître, s'il est possible. La première indication réclame le secours des moyens pharmaceutiques; pour satisfaire à la seconde, c'est principalement au traitement hygiénique qu'on devra recourir.

Première indication. Traitement de l'abcès. — C'est au moment de l'invasion que l'on peut arrêter la maladie dans son cours. Dans ce but, l'opium a surtout été préconisé, et l'on se hâtera d'administrer 1 à 2 centigrammes d'acétate de morphine que l'on mettra dans un peu d'eau froide , et que l'on fera prendre au moment de l'attaque. M. Ricord, médecin aux Cayes (Haïti), assure que ce moyen lui a réussi , et qu'au bout d'une heure, la migraine est dissipée (Séance de l'Académie roy. de médecine du 23 février 1 830). M. Mérat a essayé dans quatre circonstances cette médication , et avec un égal succès. L'accès a été supprimé cinq quarts d'heure après l'em. ploi du médicament. 11 pense qu'une des conditions de réussite consiste à ne pas en élever la dose.

Il nefaudraitdonc pas dépasser 4 à 5 centigrammes. On n'ignore pas d'ailleurs que l'opium et ses diverses préparations sont des médicaments qui, 1° demandent à être maniés avec prudence chez des sujets irritables dont le système nerveux est fortement ébranlé ; et 2° produisent quelquefois un effet diamétralement opposé à celui qu'on eu attendait.

En même temps on éloignera du malade tout ce qui

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pourrait exciter la sensibilité générale. On le placera dans les ténèbres, au milieu du silence le plus complet , loin de toute odeur, et l'on cherchera à lui procurer du sommeil.

Un autre moyen a été préconisé par M. Piorry : on ne devrait pas négliger de l'employer dans la migraine accompagnée de ces hallucinations de la vue qu'il a si bien décrites. Ce moyen consiste à frictionner les paupières avec une dissolution sirupeuse d'extrait de belladone, à la dose de 5 à 20 centigrammes. Il ne faudrait pas aller au delà, en raison de l'excessive dilatation de la pupille qui est le résultat de cette médication (Piorry, ouvr. cit., p. 4 1 8). Gomme moyen perturbateur, au début de l'accès, M. Piorry recommande aussi de porter sur l'estomac une irritation qui y appelle vivement l'action nerveuse; la potion suivante pourrait amener ce résultat : alcool , 64 gram.; teinture de cannelle, 20 gram. «Si l'on est à jeun, les aliments , et surtout les aliments excitants, le vin, entravent brusquement le développement ultérieur des symptômes. Lorsque c'est au moment de la digestion que la migraine se déclare , du vin , du café trèsfort , des boissons alcooliques , ramènent vers l'estomac l'action nerveuse physiologique qui préside à la digestion, et détruit quelquefois le travail pathologique qui constituait la migraine, et dont les vomissements étaient le résultat (Piorry, p. 419).

Enfin , une vive stimulation des pieds par l'eau chaude, par la proximité d'un brasier, par l'application de sinapismes , a quelquefois fait avorter une migraine.

Ces diverses méthodes perturbatrices, qui ont été reconnues avantageuses dans quelques circonstances pourront être, suivant les cas, essayées au début d'un accès de migraine; on doit bien s'attendre quelles ne réussiront pas toujours à en enrayer la marche.

Lorsqu'on n'est pas parvenu à arrêter brusquement la migraine, l'accès suit la marche que nous avons décrite. Alors, sauf quelques exceptions, ces ressources fournies par la thérapeutique sont plus restreintes.

Dans le plus fort de l'accès , comme le fait trèsbien observer Tissot, il n'y a presque pas de secours à donner. Les malades craignent si fort le bruit, le mouvement, la moindre préoccupation , qu'ils aiment infiniment mieux qu'on les laisse tranquilles, que de les fatiguer par des soins le plus souvent infructueux. Le repos dans un endroit frais et obscur est ce qui leur convient le mieux. Il est cependant des cas où l'accès peut réclamer quelques secours. Lorsqu'il existera des signes de congestion cérébrale, on aura recours aux émissions sanguines; elles ne seront praticables, en général, que dans cette circonstance. Ce cas excepté, il sera plus difficile d'établir l'urgence

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des saignées générales ou locales. Ou trouve dans les auteurs plusieurs observations de guérisons définitives dues à l'ouverture spontanée de l'artère temporale (Planque, Bibl. de méd., t. vu, p. 239) quelques médecins en ont conclu à l'ouverture artificielle de ce vaisseau. Toutefois, cette opération ne devra être tentée que dans le cas de migraine rebelle et insupportable.

Les vomissements , comme on l'a vu dans la description des symptômes , amènent presque toujours du soulagement. On cherchera donc à les provoquer dans le cas où le patient serait en proie à des nausées fatigantes; et l'on donnera, dans ce but, de l'eau chaude en abondance, ou une infusion chaude de camomille, de thé, etc. M. J. Pelletan dit s'être toujours bien trouvé d'aider le vomissement au moyen de boissons chaudes aromatiques , et assure avoir souvent aussi réussi, tant sur lui que sur d'autres personnes , à faire presque complètement avorter l'accès en buvant quelques tasses de thé dès la première sensation de l'éblouissement.

On ne négligera aucun moyen de ca-lmer la violence du mal de tête : on fera des lotions fraîches sur cette région; on versera de l'éther sur le front, en ayant soin de le renouveler et d'en activer l'évaporation par l'agitation de l'air. On appliquera sur les parties douloureuses des compresses imbibées d'une solution de cyanure de potassium à la dose de 5 à 10 centigrammes, pour 32 grammes d'eau distillée (J. Pelletan), ou encore de la solution suivante : ammoniaque liquide, 100 grammes; eau distillée, 900; sel marin gris purifié à l'eau, 20 ; camphre, 2; essence quelconque, q. s. (Raspail, Gazette des hôpitaux, n° 86, 1840). Il faudra avoir soin, dans le cas où l'on emploierait cette dernière solution , de recouvrir d'un bandeau épais les arcades sourcilières , de crainte que quelques gouttes du liquide ne se glissent dans les yeux.

Nous mentionnerons, pour terminer le traitement de l'accès , divers moyens dont l'efficacité est plus contestable. Tissot dit avoir quelquefois calmé les douleurs en comprimant le nerf sus-orbitaire à sa sortie du crâne. Le même auteur rapporte que M. Sigault- Lafond a nombre de fois fait cesser la migraine en appliquant quelques moments le pôle sud d'un petit barreau aimanté sur la partie douloureuse de la tète , pendant que le visage du malade était tourné vers le nord (Sigaud, Élém,. de phys. théor. ci expérim., t. îv, p. 591 ). Tout le monde à entendu parler de l'emploi de bagues aimantées que l'on disait capables non-seulement de guérir, mais de prévenir la migraine.

L'acupuncture a réussi daus trois cas , ainsi que l'indique le docteur Meyranx ( Observât, sur Vacupuncturc, etc., insérées dans les Arch. gcn.de

médecine, t. vu, p. 244, 245, irc série, 1825).

Enfin, le magnétisme et l'homœopathie, comme on devait s'y attendre, sont venus aussi réclamer leur part de guérisons; il est à peine nécessaire de dire que , lorsqu'elles ont réellement lieu, il faut les attribuer à l'influence morale , et non au moyen curatif lui-même.

Deuxième indication. — Traitement de la maladie. — Il ne suffit pas d'avoir enrayé les accès dans leur marche ou d'avoir diminué la violence des paroxysmes , il faut encore , et c'est la partie essentielle du traitement, éloigner les accès , les affaiblir, et, s'il se peut , les faire disparaître pour jamais ; c'est alors qu'il faut prendre en considération les diverses causes auxquelles la migraine doit naissance , et les symptômes par lesquels elle se manifeste.

Dans la migraine ophthalmique , tout travail des yeux pendant la digestion stomacale devra être soigneusement évité , ainsi que l'action d'une lumière très-vive, le passage brusque d'un lieu obscur à un endroit éclairé , la vive stimulation de l'œil qui en résulte, la fixation longtemps prolongée d'un objet, etc.

Si la migraine est consécutive à un état de l'estomac, c'est à un régime bien entendu que l'on aura principalement recours. On ne saurait être trop réservé dans le choix de l'alimentation ; chacun sait à peu près à cet égard ce qui lui est nuisible, et il est impossible d'établir à ce sujet des règles certaines, tant est variable l'action que les divers aliments exercent sur l'estomac ; mais on peut, sans crainte de se tromper, assurer qu'une alimentation saine et réparatrice , que la privation absolue de café , de thé , de liqueurs alcooliques , en un mot que l'habitude d'une grande sobriété, auront les plus heureux résultats sur l'éloignement des accès.

La migraine survient , chez quelques personnes „ lorsque leur estomac souffre par un jeune prolongé; rien ne sera plus facile que de régler le repas de manière à éviter la sensation fatigante par laquelle la faim se révèle chez ces personnes.

Lorsqu'on aura rempli celte première indication, on s'occupera de combattre les diverses manifestations morbides de l'estomac : c'est alors que, suivant les cas, les calmants, les antispasmodiques , les purgatifs, les vomitifs légers répétés de temps à autre, les toniques , les amers , trouveront leur emploi. Sous l'influence d'une semblable médication appliquée à propos, le nombre des accès diminuera incontestablement , s'ils ne finissent par disparaître. Il sera plus difficile sans doute de remédier à la migraine causée par une altération profonde de l'estomac, mais , dans ce cas encore , on pourra donner quelquefois du soulagement au malade. Lorsque la migraine se déclarera à l'époque des règles , et que œlles-ci couleront avec difficulté, on emploiera îespédiluves finapiscs,

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les ventouses , les frictions, les fomentations chaudes à la partie supérieure et interne des cuisses , et même, au besoin , on appliquera quelques sangsues à la vulve.

Si l'apparition de l'accès coïncide avec celle d'uu écoulement menstruel peu abondant , on cherchera à augmenter cet écoulement par tous les moyens mis en usage en pareil cas. Les préparations ferrugineuses aurout ici le double avantage d'agir sur les deux maladies à la fois.

La migraine qui reparaîtra chaque mois avec une menstruation régulière et suffisamment abondante tiendra sans doute à un trouble nerveux dépendant de cette fonction, quelque normale qu'elle soit; on aura recours alors à la série des calmants et des antispasmodiques.

La migraine qui débute chez les femmes vers l'âge de retour se rattache ordinairement à une lésion organique dont le siège est souvent vers l'utérus. Cette circonstance sera importante pour le traitement. On devra rarement considérer comme idiopathique une maladie qui ne se montre qu'à l'époque où , chez la plupart des femmes , elle tend à disparaître entièrement.

Si les accès de migraine affectent une marche intermittente régulière, on donnera le quinquina et ses diverses préparations. Le sulfate de quinine sera administré de la même manière que dans la fièvre intermittente; il faudra seulement le donner à plus forte dose.

Traitement hygiénique. — On vient d'entrevoir les services que peut rendre l'observation soutenue d'un bon régime alimentaire , il forme la base du traitement hygiénique qui est seul capable d'opérer la guérison de la migraine. Nous avons vu que la qualité des aliments et des boissons devait attirer l'attention du médecin. Il n'est pas moins important de régler l'heure et le nombre des repas. C'est à une grande sobriété que sont dus les exemples suivants de guérison.

Marmontel raconte qu'il était depuis sept ans tourmenté par des accès de migraine très-douloureux; qu'ayant consulté sans succès le médecin de la reine il avait été guéri par un maréchal ferrant qui lui prescrivit de boire beaucoup d'eau , de se priver de ragoûts, de vin pur, de liqueurs, de café, en un mot de vivre sobrement.

Haller, également sujet à la migraine, se guérit en buvant chaque jour de l'eau fraîche en grande quantité , et en changeant son régime très-nutritif contre une alimentation plus légère.

Linnée se délivra d'une migraine , en buvant tous les matin à jeun une livré d'eau fraîche et en faisant de l'exercice avant son dîner.

On se trouvera bien , dans tous les cas , d'un chau-

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gement d'air, de l'habitation à la campagne, d'un exercice musculaire modéré, du calme et de la tranquillité de l'esprit, toutes circonstances qui, si elles peuvent se trouver réunies , produiront dans le système nerveux une heureuse modification.

Nature et siège. — Tissot croyait que la migraiue dépendait d'un foyer d'irritation siégeant dans l'estomac, et qui, parvenu à un certain point, occasionnait de vives douleurs à toutes les ramifications du nerf sus-orbilaire. Chaussier et Pinel considéraient la migraine comme une névralgie de la branche orbito-frontale du nerf trifacial; M. Devilliers, dans son article Migraine du Dictionnaire des sciences médicales , embrasse la même opinion. Il est porté à envisager la migraine comme une névralgie qui, après s'être établie sur une branche de nerf assez forte de la cinquième paire cérébrale , peut s'étendre de ce point primitif à toutes ses ramifications, et, par sympathie , porter son influence sur des organes tantôt voisins , tantôt éloignés des sinus frontaux où est le siège primitif de la maladie [Dict. des sciences méd. , art. Migraine , p. 394).

Toutes ces opinions reviennent à une seule qui est de faire de la migraine une névralgie de la branche ophthalmique de la cinquième paire. Ce serait ne tenir aucun compte des symptômes variés de la migraine, que d'embrasser une pareille manière de voir. L'ensemble de ses symptômes, les signes précurseurs dont elle est précédée, et la marche seule de la maladie, établissent une certaine différence entre la migraine et la névralgie faciale.

M. J. Pellelan pense que la migraine est constamment la même sous le point de vue de sa nature intime, c'est-à-dire que c'est un trouble dans l'innervation d'un ou plusieurs organes liés sympathiquement les uns aux autres. La question dont il s'occupe principalement est de savoir quel est le point de départ de ce trouble nerveux. Comme Tissot, il admet d'abord que l'état de l'estomac peut être la cause première de la migraine, mais que, dans certains cas , cet organe n'est influencé que d'une manière tout à fait secondaire; que, puisqu'un trouble de ce viscère vient sympatiquement en produire un dans les fonctions de certains nerfs de la tête , ces mêmes nerfs peuvent être aussi primitivement troublés et agir secondairement sur l'estomac par ce même lien commun qui enchaîne ces deux organes l'un à l'autre. Bien plus même, dans quelque cas, il peut arriver que ce trouble dans les fonctions des nerfs de la tête soit lui-même produit par l'influence sympathique d'un organe autre que l'estomac et que ce dernier viscère ne soit plus influencé , si l'on peut ainsi dire, que d'une manière tout à fait tertiaire, comme on l'observe dans h migraine dépendant d'un trouble de l'utérus (Pelletau , ouvr. cité , p. 77). Ces considérations de M. Pel-

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letan, fondées sur une étude approfondie de la maladie, ont surtout une utilité pratique incontestable.

M. Piorry, dans son mémoire, s'appuyant sur les symptômes de début de la migraine qu'il a décrite, autant que sur l'examen direct de l'œil qui fait reconnaître un resserrement remarquable de la pupille , par conséquent une expansion de l'iris, et de plus une rougeur vive de l'une et l'autre paupière, se forme l'idée suivante de la maladie : une cause excitante agit sur la rétine et l'iris ; l'actiou nerveuse est modifiée; delà les hallucinations visuelles précédemment décrites : tant que le mal est borné là , il n'y a pas de douleur; plus tard, le travail pathologique s'étend à la cinquième paire , alors les douleurs se déclarent avec énergie. Si la lésion se borne à ces branches nerveuses , il n'y a pas de vomissements; mais si, par des communications anastomotiques , le grand sympathique et la huitième paire participent à cette souffrance, les nausées et les vomissements ont lieu. Enfin, s'il arrive que les nerfs de la langue, de la face et des membres , soient aussi le siège de l'affection dont l'œil a été le point de départ, surviennent dans ces parties les vibrations , les oscillations dont on éprouve la sensation (Piorry, ouvr. cité , p. 415). M. Piorry croit, en outre, que l'iris ou les nerfs de l'œil ne sont pas les seuls points de départ de la mi* graine. L'analogie, et quelques faits mentionnés par les auteurs , le portent à admettre que la même lésion peut prendre sa source dans tous les autres organes des sens. Toutefois, comme il n'a pas observé par lui-même qu'il en fût ainsi, il s'en tient au tableau qu'il a tracé et qui est le seul qu'il ait vu chez un grand nombre de malades (id.} p. 422).

Celte opinion , dont nous avons eu ailleurs à nous occuper (voy. Épilepsie et Hystérie du Compend.) , d'après laquelle il ne faut pas toujours chercher dans l'encéphale le siège des lésions nerveuses, et qui rapporte ces lésions à l'épanouissement des fibrilles nerveuses dans nos divers tissus, est très-ingénieuse et a l'avantage d'expliquer assez bien la marche des diverses espèces de migraines. Si, comme le dit l'auteur, elle ne constitue pas des vérités démontrées, elle indique au moins des idées dont on pourrait tirer parti, et mérite d'être soumise à un nouvel examen.

Pour M. Galmeil, la migraine se rattache à une lésion double et simultanée du système nerveux central et périphérique , et la cause matérielle prédomine tantôt à l'intérieur, tantôt à l'extérieur de la cavité crânienne. Le désordre peut affecter divers points du cerveau, différentes branches des conducteurs nerveux. Voici la filiation suivie par les symptômes : l'encéphale et la branche ophthalmique de la cinquième paire sont pris à peu près en même temps. Le nerf facial s'affecte plus tard , lorsqu'il y a des convulsions locales, et le système nerveux gastrique tantôt

avant, tantôt après l'encéphale et les nerfs qui président à la sensibilité de la face. Les éblouissements, les illusions de la vue (migraine irienne) et beaucoup d'autres accidents sont purement cérébraux (Dict. de médec. , 2e édit., art. Migraine, p. 7).

La migraine, en raison de l'intensité des douleurs, de la marche rapide, de la courte durée et du retour périodique des accès , en raison des causes qui la produisent , paraît devoir être rapprochée des névralgies. Toutefois , elle en diffère par son siège moins limité, moins précis , par les accidents généraux dont elle s'accompagne.

Historique et bibliographie. — C'est de nos jours seulement que datent les premiers travaux publiés sur la migraine. Dans les anciens traités de pathologie, cette maladie demeure confondue avec les différentes céphalalgies et même avec les maladies de l'encéphale.

De tous les auteurs anciens , Alexandre de Tralles (de Arte medwa , lib. i , cap. 12) est le seul qui en ait parlé d'une manière distincte , et ait eu soin de la séparer des autres céphalalgies et des affections du cerveau. Elle est occasionnée , suivant lui , par une humeur particulière, par un consensus avec l'estomac , et un amas de bile dans cet organe.

Charles Lepois , dans un ouvrage intitulé : Selectionum observationum liber singularis , opus novitatœ doctrines , utile atque juvendum (Pontà-Mousson , 1618), traite de la migraine , qu'il définit mal et confond avec d'autres affections accompagnées de céphalalgie. Il l'attribue à la formation d'une certaine vapeur bilieuse qui se porterait vers la tête avec acrimonie , et distendrait violemment les membranes du cerveau.

Sauvages (Nosologie méthodique) est un des auteurs modernes qui ont le moins su distinguer la migraine d'autres maladies qui ont avec elle quelques traits de ressemblance. Il en admet dix variétés, qui sont autant d'affections distinctes les unes des autres.

Tissot ( des Nerfs et de leurs maladies , dans OEiwres compl., t. xi ; Paris, 1 8 1 3 ) a consacré un chapitre à l'étude de la migraine , et son travail , bien que supérieur à ce qui a été fait avant lui , manque d'ordre et de méthode ; cependant on le lira avec intérêt.

On doit savoir gré à M. Piorry d'avoir cherché , dans son Mémoire sur la migraine ( imprimé à la suite du Procédé opératoire à suivre dans l'exploration des organes par la percussion médiate, in-8°; Paris, 1831 ), à localiser cette maladie. Le point de vue sous lequel il l'envisage est neuf et ingénieux , et bien que son travail n'embrasse qu'une variété de la migraine , il a contribué à avancer l'histoire de ce point de pathologie.

Le travail de M. J. Pelletan ( De la Migraine et

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de ses divers traitements , in-8°; Paris, 1843, 2e édit.) est sans contredit ce qui a été écrit de plus complet sur cette matière.

La thèse de M. H. Labarraque {Essai sur la céphalalgie et la migraine, n° 101 ; Paris, 1837) contient un résumé bien fait des deux mémoires précédents, et du travail de Tissot.

Les articles Migraine du Dictionnaire des sciences médicales, et du Dictionnaire de médecine, 2e édition, ne contiennent qu'une description incomplète de la maladie.

MILIAIRE( fièvre).

Dénominations françaises et étrangères. — Miliaire, millet, pourpre blanc, jièvre pourprée. Fr. — Febris miliaris, purpurata, miliaris rubra, alba, exanthema miliaria. Lat. — Febre migliare. Ital. — Miliary fever. Angl. — Friesel, frieselblattern, friesel jicber. Ali. Nous passons sous silence bien d'autres dénominations qui s'appliquent plus particulièrement à la suette , avec laquelle la fièvre de ce nom a été souvent confondue.

Définition. — Les définitions données par les auteurs sont assez variables; cependant ils s'accordent à considérer comme caractéristiques de la maladie : 1° le mouvement fébrile ; 2° la manifestation de sudamina ou de vésicules miliaires ; 3° quelques-uns y ajoutent l'apparition de sueurs abondantes : «Pustulae «livescentes cum oleoso fetido sudore, petechiis inlerspersis» (Selle, Iiudiment. pyretolog., p. 210).

Les discussions qui se sont élevées au sujet de l'existence de la fièvre miliaire sont loin sans doute d'être entièrement terminées ; toutefois l'on ne peut disconvenir que les travaux des médecins qui ont écrit depuis un demi-siècle sur les fièvres n'aient jeté une vive lumière sur la question qui va nous occuper. En effet, s'ils sont parvenus à démontrer que l'éruption miliaire se manifeste daus des affections irès-diverses dont la nature et le siège nous sont bien connus, il ne reste plus qu'à chercher s'il existe une fièvre miliaire essentielle, idiopathique , c'est-à-dire qui n'est constituée que par le mouvement fébrile et l'exanthème miliaire, de même que la scarlatine, la rougeole et la variole sont des pyrexies distinctes de toutes les autres, et caractérisées par un exanthème particulier. Nous suivrons l'ordre que nous venons d'indiquer avant d'admettre ou de rejeter l'existence de la fièvre miliaire.

Symptômes de la fièvre miliaire. — 1 ° Éruption miliaire. — La peau se couvre , principalement sur le tronc, le cou et le pli des grandes articulations , d'une quantité innombrablede vésicules de la grosseur d'un grain de millet, remplies d'un liquide transparent et reposant sur une surface d'un rouge vif qui forme autour de ces vésicules une aréole ronge (miliaire rouge). Lorsque ces vésicules sont pleines d'un

liquide opaque d'un blanc laiteux , ce qui arrive vingtquatre à trente-six heures après leur apparition , elles forment ce que les auteurs appellent la miliaire blanche ou le millet blanc. Lorsqu'elles se dessèchent, la peau devient rugueuse, et se couvre d'aspérités que le toucher fait aisément reconnaître; on aperçoit une petite exfoliation épidermique dans les mêmes points. En une ou deux fois vingt -quatre heures les vésicules miliaires se dessèchent; mais il y a plusieurs éruptions successives : on les a vues se reproduire jusqu'à douze et quinze fois de suite (Ozanam, Hist. méd. des maladies épidém., t. H, p. 216, in-8°; Paris, 1835).

Les malades accusent une chaleur brûlante , un sentiment de cuisson, de picotement sur tout le corps, et une démangeaison générale; ces symptômes précèdent souvent l'apparition des vésicules miliaires et accompagnent les sueurs.

On trouve à chaque instant, confondues avec les miliaires que nous venons de décrire , des éruptions qui en diffèrent entièrement , comme les pétéchies et les taches fournies par l'extravasalion du sang sous l'épiderme ou dans l'épaisseur du derme. On a encore décrit, sous le nom de miliaire, les sudamina, qui ne sont que des vésicules miliaires transparentes développées sur la peau, dont la couleur n'a pas changé; c'est seulement par la coloration rouge que prend la peau qu'ils diffèrent des vésicules de sudamina. « Il y a trois sortes d'éruptions miliaires , dit Ozanam d'après les descriptions fournies par les auteurs : la première consiste en petits boutons cristallins, pleins d'une liqueur limpide et diaphane ( sudamina , hydroa) ; la deuxième a des boutons incrustés dans une petite tache purpurine; la troisième est celle dont les boutons sont rouges comme la tache ( loc. cit., p. 21 9 ). On a aussi désigné sous le nom de miliaire les papules typhoïdes; aussi ne doit-on pas être surpris de voir les fièvres de ce nom considérées comme des fièvres miliaires.

2° Sueurs. — L'existence des sueurs est un fait presque aussi constant dans la fièvre miliaire que l'éruption décrite précédemment. Les sueurs sont souvent profuses, vaporeuses , ayant l'odeur du vinaigre , du moisi , de l'huile rance , de la paille pourrie , etc. Gaslellier, Allioui , Lepecq de la Clôture , et tous les auteurs qui ont écrit sur la fièvre miliaire, ont noté ces sueurs abondantes. Elles ressemblent en tous points à celles que l'on observe dans la suette miliaire; nous reviendrons plus loin sur ce fait qui établit sinon une identité complète , du moins la plus grande analogie entre la fièvre miliaire idiopathique et la sue! le.

3° Fièvre. — Le mouvement fébrile est constant ; il précède l'apparition de l'exanthème cutané, et des sueurs que beaucoup d'auteurs ont considérées

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comme les crises judieatoires de la maladie. La fièvre est marquée à son début par un léger frisson avec douleur lombaire, céphalalgie, pesanteur de lête, insomnie; ces phénomènes morbides sont bientôt remplacés par une chaleur ardente de tout le corps. On observe des exacerbations dans l'état fébrile : des frissons erratiques, du malaise, en annoncent le retour ; souvent il n'est marqué que par l'accroissement de la céphalalgie, par l'abattement , le délire , la chaleur et la sécheresse extrême de la peau. Gastellier dit. que la fièvre peut affecter le type tierce, et devenir ensuite continue avec redoublement. Nous devons prévenir le lecteur que toutes ces variations dans l'état fébrile, et les autres symptômes que nous venons de passer en revue, sont facilement expliqués par la nature si diverse des maladies que l'on a décorées du Dom de fièvres miliaires.

Symptômes variables. — On peut sans doute, en réunissant tous les symptômes qui ont été notés par les différents observateurs dans les épidémies de fièvres miliaires, former un tableau complet de la maladie; mais quelle confiance mérite une description pareille, formée avec des parties hétérogènes empruntées , on peut le dire , à presque toutes les maladies du cadre nosographique : c'est donc uniquement pour obéir aux exigences que nous impose notre position d'historien que nous empruntons les matériaux de notre description à l'ouvrage d'Allioni et de Gastellicr, qui passent pour avoir le mieux étudié la fièvre miliaire.

Elle débute par du frisson auquel succèdent des douleurs contusives et comme rhumatismales dans les membres, une chaleur brûlante de tout le corps , de la courbature, des nausées, des vomissements, de la douleur à la gorge, de l'inquiétude ; les malades ressentent bientôt une céphalalgie souvent très-vive , des douleurs à l'épigastre , de la gastralgie , de la soif, des douleurs dans le ventre, des borborygmes; les selles deviennent liquides, séreuses, quelquefois sanguinolentes , vermineuses; la peau, enfin, se couvre d'une sueur abondante et de l'éruption miliaire caractéristiques. On observe en outre des troubles notables , et qui paraissent être purement nerveux , du côté des voies respiratoires , de la dyspnée , de l'anxiété précordiale , des douleurs à la base de la poitrine et dans les hypochondres. Le pouls est petit, serré , languissant ; il se relève souvent après l'apparition des sueurs et de l'éruption miliaire; il s'accélère parfois dans la journée avec les autres symptômes. L'urine présente des variations assez grandes dans sa coloration et ses quantités : tantôt elle est pâle , limpide , crue ; tantôt sédimenteuse , rouge ou laiteuse.

Allioni, qui a tenté de réunir les différents symptômes de la fièvre miliaire en quatre stades, range dans le premier les troubles généraux, tels que la

- céphalalgie , la courbature , l'adynamie , les vertiges , et les autres phénomènes morbides dont l'intestin est le siège commun , la cardialgie, la flatulence , la constipation , le météorisme. Dans la deuxième période se manifestent les sueurs et l'éruption miliaire, le mouvement fébrile , etc. Dans la troisième figurent des symptômes appartenant à la phthisie, l'apoplexie, la gastrite, l'entérite, l'hydropisie , et à une foule d'autres maladies que l'auteur consent à regarder comme des complications.

Nous ue croyons pas utile d'insister plus longtemps sur une symptomatologie qui ne peut avoir été formée qu'aux dépens de plusieurs affections internes assez différentes les unes des autres. Les seuls symptômes que l'on soit en droit d'attribuer à la fièvre miliaire sont les sueurs, l'éruption, le mouvement fébrile souvent rémittent, les troubles nerveux, la faiblesse profonde dans laquelle tombent les malades, la céphalalgie, les douleurs des membres, de poitrine et de ventre, l'oppression, la cardialgie, l'anxiété générale, et surtout la persistance du mouvement fébrile et de la faiblesse qu'aucune maladie viscérale bien déterminée ne peut expliquer.

Miliaire symptoma tique. — Personne aujourd'hui ne conteste que l'éruption miliaire se montre dans le cours d'un grand nombre de maladies que nous allons énumérer. On observait fréquemment cette éruption, et les symptômes qu'on lui attribue, chez les femmes en couches, lorsqu'on avait l'habitude d'exciter fortement, les fonctions perspiratoires de la peau à l'aide de boissons chaudes et aromatiques, en couvrant leur corps de couvertures épaisses, et en empêchant l'air de se renouveler dans les lieux qu'elles occupaient. L'éruption miliaire avec symptômes graves ataxiques et adynamiques se manifeste encore chez les nouvelles accouchées lorsqu'elles sont prises de péritonite, de métrite puerpérale, et surtout d'infection purulente. L'un de nous a eu occasion de voir une fièvre miliaire chez trois malades qui avaient été atteintes , à la Maternité, de fièvre Aile puerpérale, et que l'on avait fait passer dans les salles qu'il était chargé de diriger. Telles sont les causes les plus ordinaires de la fièvre miliaire des femmes en couches , ainsi qu'on peut s'en convaincre par la lecture des ouvrages consacrés à l'étude de cette fièvre (Gastellier, Sur la fièvre miliaire des femmes en couches ; Paris, 1779).

La condition qui favorise le mieux l'éruption miliaire est la production de sueurs abondantes , et l'existence d'un mouvement fébrile intense et continu. Cependant il faut reconnaître que l'intervention de quelque autre cause est nécessaire au développement de la miliaire, puisqu'elle manque chez des sujets qui présentent réunies les deux conditions dont nous venons de parler, à savoir, les sueurs et le mouvement

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fébrile. Les sujets en proie à la phthisie pulmouaire, à un rhumatisme articulaire intense , transpirent abondamment, et, cependant, sont rarement affectés de miliaire, nous ne disons pas de sudamina.

La miliaire se présente encore dans le cours de quelques fièvres dites inflammatoires. Nous l'avons aussi constatée sur deux sujets qui nous ont offert les signes les plus tranchés d'une fièvre typhoïde. Elle accompagne bien souvent la scarlatine, et constitue même un signe assez constant de cette maladie, pour que l'on doive rechercher l'éruption miliaire autour des aisselles et des grandes jointures, lorsque l'on conserve quelque doute sur le diagnostic de cette affection. Elle est enfin un des signes pathognomoniques de la suette miliaire.

Fièvre miliaire essentielle, idiopalhique. — Existe-t-il une fièvre miliaire essentielle ? telle est Tunique question qu'il nous reste à agiter, et qui mérite de nous arrêter quelques instants. Sydenham déclare que, bien que la miliaire puisse prendre naissance spontanément, elle est plus fréquemment encore provoquée par la chaleur du lit et des couvertures , et par les remèdes excitants. L'auteur qui a écrit les meilleurs pages sur la fièvre miliaire , de Haen , fait remarquer d'abord, avec sa sagacité habituelle , qu'il faut se garder de confondre avec le véritable millet les taches pourprées et les sudamina ; il dit ensuite que c'est à peine s'il a observé un cas de fièvre miliaire, chaque année, dans son hôpital (Ratio medendi , pars vin, t. iv, p. 97, cap. ni, in-12; Paris, 1764). Il établit dans un autre passage de ses écrits que l'exanthème miliaire est devenu plus rare et moins grave depuis qu'on a renoncé au traitement excitant dans les fièvres (Tractatus defebrium clivisionibus, t. iv, p. 55). Fodéré assure que, après quarante années d'observations, il n'a pas vu une seule miliaire idiopathique (Rech. et observ. crit. sur l'éruption et la fièvre connues sous le nom d'éruption miliaire ; Strasbourg, 1 828. — Leçons sur les épidémies, t. m, p. 233). Allioni , qui a publié sur les fièvres miliaires du Piémont un ouvrage souvent cité par les auteurs qui ont parlé de ces fièvres, avoue que les résultats fournis par l'ouverture des corps sont très- variables, et que l'éruption se montre dans des affections très-diverses (Tractatus de miliarium origine, progressu , natura et curalione ; Turin, 1758; et 2e édit in-8°, Turin, 1792).

Nous avons dû rechercher avec soin dans les mémoires les plus récents des observations de fièvre miliaire idiopathique, c'est-à-dire dans laquelle la fièvre et l'éruption fussent toute la maladie; nous en avons trouvé quelques-unes , mais ces fièvres ne sont autre chose que des cas particuliers de suette miliaire, bien que les auteurs qui les ont rapportés ne les considèrent pas sous ce point de vue. Un jde ces cas de prétendue

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fièvre miliaire a été rapporté par M. Ruef, et recueilli à la clinique de Lobstein ; nous l'avons lu avec soin, et nous n'avons trouvé aucune différence entre la description de cette fièvre miliaire et la suette de ce nom (Archiv. gêner, de méd., t. i , p. 365, 2e série , 1833). L'auteur le reconnaît lui-même, puisqu'il rappelle à cette occasion les funestes miliaires observées à l'état épidémique dans plusieurs contrées de la France.

Nous avons aussi demandé à des médecins qui ont une longue expérience s'ils avaient observé des fièvres miliaires idiopathiques, et ils nous ont répondu affirmativement; mais quand nous les avons interrogés pour savoir s'ils n'avaient pas eu à traiter des cas sporadiques de suette miliaire, ils sont restés dans le doute , et se sont fort bien rappelés que les sueurs ont toujours accompagné l'éruption, et que la plupart des symptômes généraux ressemblaient à ceux de la suette miliaire. On conçoit dès lors combien il reste d'incertitude sur l'existence réelle d'une fièvre miliaire. Aussi, sans la nier d'une manière absolue , nous sommes fortement portés à croire que la fièvre miliaire idiopathique n'est autre chose que la suette miliaire à l'état sporadique. Nous en donnons pour preuve l'identité presque complète des symptômes, qui n'offrent d'autres différences que celles qui sont déterminées par la forme épidémique de la maladie. Personne n'hésite à admettre l'existence de choléra, de fièvre intermittente pernicieuse sporadiques : pourquoi dès lors n'y aurait-il pas aussi des suettes miliaires sporadiques? Telles sont, suivant nous , les seules fièvres miliaires qu'il faille admettre , jusqu'à ce que des observations ultérieures aient renversé cette opinion, qui n'a pas encore été développée par les auteurs qui ont écrit sur la fièvre miliaire.

Historique et bibliographie. — Hippocrate, Baillou , Bonet , ont parlé de la miliaire ; on trouvera les citations empruntées à ces auteurs dans le traité d'Ozanam (loc. cit., p. 193 , t. n, 1835 ). Nous voulons seulement indiquer ici les ouvrages les plus importants sans nous arrêter à une critique qui a été suffisamment faite dans le cours de cet article : Huxham (Essai sur les fièvres) , de Haen (Ratio medendi, part, v, ch. 1 ; part vin, ch. 3; part, xi, ch. 3), Stoil (Médecine pratique , t. n); Allioni (Tractatus de miliarium origine progrès, natura et curât., 1738; et in-80,' 2e édit. ; Turin, 1792), Gmelin (de Febre miliari , 1752), Pujol (Observ. sur la fièvre mil. épidém.; Paris, 1783), Lepecq de la Clôture ( Collect. d' observ. sur lés mal. et constitut. épidém.; Paris, 1778 , in-4°), Gasteilier (Traité de la fièvre mil. des femmes en couches, in-8°; Montargis, 1 779 ; et Traité de la fièvre mil. èpid.y in-12 ; Paris, 1784 ), Borsieri , dont le Ira-

vail est le plus complet et le plus érudit que l'on possède (Institutionum medic. practtJ cap. 1, t. iv, in-12; Venet. , 1817), Fodéré (Rech. et obserc crit. sur l'érupt. et les fièvres connues sous le nom d'éruption miliaire ; Strasb. , 1 828).

MOELLE ÉPINIÈRE (maladies de la). — Les anatomistes ne s'accordent pas sur les limites supérieures de la moelle épinière : les uns, avec Sœ m mer in g, Bichat et Chaussier, la font commencer au sillon qui sépare la protubérance annulaire du bulbe ; les autres, avecHaller, Gall, Meckel, M. Longet,lui donnent pour limites supérieures le bulbe et le grand trou occipital. Si nous devions adopter une division purement, anatomiqueet physiologique, la dernière nous semblerait mériter incontestablement la préférenee : 1° parce que le bulbe dit rachidien est renfermé dans le crâne; 2" parce qu'il donne naissance à des nerfs qu'on appelle encéphaliques (hypoglosse, moteur oculaire externe , facial , acoustique, glosso- pharyngien, pneumogastrique et trijumeau) ; 3° parce que sa structure est bien différente de celle qui appartient à la moelle ; 4* parce que le bulbe est le foyer d'où émane le principe des mouvements respiratoires (Longet, Anatomie et physiologie du système nerveux , t. i,p. 217, in-8°; Paris, 1842). Nous préférons toutefois faire partir la moelle du sillon qui sépare la protubérance du bulbe et comprendre ce dernier dans le cordon médullaire, parce qu'il est presque toujours impossible de maintenir au lit du malade, et à l'aide des symptômes seulement, une division bien rigoureuse, parce que, enfin, la plupart des causes qui déterminent les maladies du cerveau n'étendent pas leur action morbifique jusqu'à la moelle. D'ailleurs, eu suivant cet ordre, nous nous conformons à un usage généralement adopté en pathologie.

Considérations générales sur les maladies de la moelle épinière. — Sympiomatologie. — Les travaux des physiologistes modernes ont vivement éclairé l'étude des affections de la moelle, et nous serons forcés , à chaque instant, de nous appuyer sur leurs savantes et ingénieuses expériences, pour donner à la symptomatologie, sinon une certitude qu'elle est loin d'avoir, du moins un certain degré de probabilité. Les symptômes qui en révèlent l'existence consistent en des troubles de la sensibilité et du mouvement, et en des désordres des fonctions circulatoire, respiratoire, de nutrition, de génération et de calorification. Examinons, d'une manière générale, les symptômes fournis par chacun des grands appareils qui président à ces fonctions.

La sensibilité peut rester intacte dans toutes les parties du corps situées au-dessous de la lésion. Elle peut être exaltée, ou complètement anéantie, ou simplement pervertie ; les fourmillements, les sensations bizarres que quelques sujets ressentent daus les mcm-

bres, tiennent à cette perversion. La sensibilité s'exalte aussi parfois dans le cordon rachidien ou ses enveloppes, et il en résulte une douleur vive , soit circonscrite à un point du rachis, soit répartie sur toute sa longueur. L'enveloppe osseuse n'empêche pas toujours le malade de ressentir cette douleur qui se manifeste quand on presse sur les apophyses épineuses de la colonne vertébrale.

La moti.Iité est plus souvent altérée que la sensibilité ; du reste elle subit les mêmes modifications pathologiques. Tantôt les muscles sont le siège de contractions Ioniques ou cloniques ; tantôt ils sont entièrement paralysés, ou bien les mouvements sont affaiblis et la paralysie vient graduellement. Les troubles de la motilité, la paralysie surtout, sont rarement limités à une seule moitié du corps , au bras et à la jambe du même côté, par exemple, encore moins à une seule de ces parties. Les membres inférieurs sont ordinairement paralysés à la fois et cette paralysie gagne ensuite les membres supérieurs. Les muscles de la vie de relation ne sont pas les seuls affectés dans les maladies de !a moelle: la vessie, le sphincter, le diaphragme, sont souvent frappés de paralysie.

C'est surtout à l'aide des troubles de la sensibilité et de la Jocomotilité que l'on parvient à diagnostiquer le siège et parfois la nature des maladies spinales. La recherche des symptômes qui décèlent cette dernière ne sera faite que lorsque nous traiterons de chaque maladie de la moelle en particulier; mais nous devons examiner, dès à présent, à l'aide de quelles données physiologiques et pathologiques on peut arriver à connaître le siège des lésions.

On peut poser d'abord en fait que la transmission du mouvement et du sentiment d'une partie quelconque de la moelle aux nerfs ne peut avoir lieu que par l'intermédiaire des faisceaux blancs antérieurs et postérieurs, et que les exemples de destruction complète de la moelle en un point, avec intégrité des fonctions dans les parties qui reçoivent leurs nerfs d'une portion plus déclive de la moelle, sont fort contestables et ne méritent qu'une faible confiance.

M. William Budd a essayé de montrer par des observations incomplètes et sans autopsie que les mouvements involontaires peuvent être provoqués dans les membres paralysés lors même que la moelle est ramollie et la communication avec le cerveau interrompue ; cet effet serait dû , suivant cet auteur, à l'influence du stimulus qui est transmis à la moelle et renvoyé de là aux nerfs moteurs [Essai sur la pathologie de la moelle épinière , in Arch. gén. de méd., t. vin, p. 79, 3e et nouv. série; 1 840).

La lésion des faisceaux antérieurs de la moelle, qui comprennent toute la portion de la moelle, s'étendant depuis le sillon médian antérieur jusqu'au sillon collatéral p&tcrieur, entraîne !;i para'vsie du mouvement

dans tous les organes situés au-dessous de la lésion ; la sensibilité reste intacte. Si la maladie est limitée à un seul faisceau, il peut se faire que la paralysie n'occupe qu'un seul côté du corps. Dans les maladies de la moelle , elle existe toujours du même côté que la lésion. Suivant que celle-ci a son siège au-dessus du bulbe cervical ou brachial, ou du bulbe lombaire ou crural , les symptômes de paralysie se montrent dans les membres supérieurs et inférieurs, ou dans ces derniers seulement. La paralysie des quatre membres a une valeur séinéiologique moindre que la paralysie partielle , parce que les maladies du cerveau sont la cause la plus ordinaire de la paralysie générale.

II peut se faire que les membres supérieurs conservent leur motilité, tandis que les inférieurs sont paralysés , et réciproquement les supérieurs paralysés et les inférieurs libres lorsque le faisceau antérieur est incomplètement lésé. M. Longet explique celte apparente contradiction à la loi physiologique que nous avons posée , en disant que chaque faisceau de la moelle représente un nerf composé de mille filets nerveux destinés à telle ou telle partie, et qu'il peut très-bien arriver que la lésion porte tantôt exclusivement sur les filets nerveux destinés au membre supérieur, ceux du membre inférieur étant respectés, et réciproquement (ouvr. cité, 1. 1, p. 324). Cette interprétation toute physiologique s'appuie sur des faits assez nombreux et peut être acceptée.

Les maladies spinales produisent souvent une douleur rachidienne assez vive etla contracture des muscles du cou, du dos et des lombes, ou d'une de ces régions isolément; cette contracture, non accompagnée de troubles de l'intelligence, est d'une grande importance pour le diagnostic de ces maladies.

La lésion des faisceaux postérieurs de la moelle détermine la paralysie du sentiment dans les parties situées au-dessous d'elle , et si l'on voit assez souvent la locomotililé présenter quelques désordres, il faut s'en prendre à ce que la perte de la sensibilité détruit l'harmonie qui doit exister entre les mouvements et la sensation. Le défaut de coordination des mouvements , et la faiblesse des différents muscles, se trouvent ainsi expliqués, quoique les faisceaux postérieurs de la moelle président exclusivement à la sensibilité.

Les autres fondions sont également troublées, à différents degrés, dans les affections spinales. La respiration est irrégulière , très-pénible , accompagnée, chez quelques malades, d'un sentiment d'oppression, de resserrement dans les parois thoraciques , lorsque la maladie a son siège dans le bulbe cervical , ou audessus, au niveau de la troisième vertèbre cervicale. Pour comprendre ces phénomènes , il est bon de rappeler que les nerfs propres à influencer les actes mécaniques de la respiration sont, d'après Ch. Bell,

le spinal ou accessoire de Willis, le phrénique, le nerf respiratoire externe du tronc, ou nerf du grand dentelé , les douze nerfs intercostaux , et la première branche antérieure lombaire. Les maladies qui ont leur siège dans la région dorsale provoquent aussi les accidents que nous avons signalés précédemment, parce que la moelle est un agent nécessaire à la transmission de certains mouvements respiratoires. On est donc porté à admettre que la moelle est malade audessus ou au niveau du bulbe brachial, quand on aperçoit les désordres de la respiration.

On a soutenu que les contractions du cœur sont indépendantes de l'innervation spinale; sans revenir sur les discussions nombreuses auxquelles a donné lieu ce point important de physiologie, nous dirons que les faits pathologiques démontrent que la circulation offre parfois une fréquence et une irrégularité extrême dans les affections de la moelle. Du reste, il est impossible de se servir de ce phénomène pour diagnostiquer la nature et le siège de la lésion.

La calorification est notablement modifiée par les maladies de !a moelle. Elle baisse, dit-on, dans les membres et dans tout le corps. Legallois a cherché à prouver que cet effet n'a lieu que parce qu'elles troublent la respiration et la circulation. L'influence de la moelle, dans ce cas, serait purement médiate.

La paralysie peut atteindre les muscles chargés d'expulser l'urine et les matières fécales, comme les autres muscles. Rien n'est si commun que de voir la constipation se manifester dans le cours des maladies de la moelle ; parfois elle est très-opiniâtre et dépend de la paralysie de la tunique musculeuse. Dans d'autres cas , les sphincters externe et interne de l'anus, qui reçoivent des filets nerveux des troisième et quatrième branches sacrées antérieures, sont aussi frappés de paralysie. Celle-ci se montre souvent, en même temps que la paraplégie, dans les affections des parties inférieures de la moelle.

L'incontinence d'urine est un symptôme très-ordinaire, qui tient à la paralysie du sphincter vésical ; l'urine est rarement ammoniacale, à moins qu'elle n'ait été retenue dans la vessie pendant longtemps. La même altération est provoquée par la préseuce d'une grande quantité de mucus sécrétée par la. membrane interne enflammée.

L'érection du pénis est fréquente, et a été observée par beaucoup d'auteurs dans les affections des diverses parties de la moelle, et plus particulièrement de la portion cervicale; dans quelques cas même, l'éjaculatiou de la liqueur spermatique a lieu.

Telles sont les principales données d'après lesquelles il convient de se guider pour parvenir, nous ne dirons pas à un diagnostic positif, qui est souvent difficile dans les affections de la moelle, du njoins à h coi: n- ir's-mce probable du siére de la maladie. H

faut aussi tenir compte de l'absence du délire , du trouble des sens spéciaux , de la céphalalgie, en un mot, de tous les symptômes propres aux affections cérébrales. Disons , pour terminer ce qui a trait au diagnostic , que si les maladies de la moelle sont souvent méconnues dans leur principe , c'est parce qu'elles se traduisent par des troubles nerveux dont le siège est très-variable , ou par des désordres aigus ou chroniques que Ton est tenté de rapporter aux viscères contenus daus les cavités splanchniques.

Étiologie. — Les maladies du cordon médullaire sont accidentelles ou spontanées; nous n'avons qu'à nous occuper des dernières. Leurs causes sont fortobscures ; jusqu'à présent on ne sait rien de bien positif touchant l'influence que l'âge et le sexe exercent sur leur développement. Le rôle tout à fait secondaire que joue cette portion de l'axe cérébro-spinal, quand on le compare à celui qu'est appelé à remplir le cerveau, explique la différence très-grande qui existe , sous le rapport de leur fréquence, entre les affections du cerveau et celles de la moelle. Chez le cheval, au contraire, on observe le ramollissement de la moelle, surtout dans la portion crurale, bien plus souvent que le ramollissement du cerveau, ce qu'il faut attribuer aux efforts considérables qui se passent en grande partie dans le train de derrière auquel correspond le renflement lombaire chez le cheval (Bouley, des Maladies de la moelle épinière, etc., in Recueil de méd. vétér., 1830). On a encore cité à l'appui de cette influence fonctionnelle ce qui a lieu chez le nouveau-né : à cette époque de la vie, la moelle est déjà parfaitement organisée, et reste pendant quelque temps le centre de l'innervation ; au contraire , le cerveau languit : de là résulte une gravité très-grande pour les maladies de la moelle , et moindre pour celles du cerveau (OUivier, Traité des maladies de la moelle épinière, t. i, p. 152, 3e édit., in-8°; Paris, 1837).

Divisions. — On trouve dans la moelle toutes les altérations pathologiques que présentent le tissu nerveux , et même les autres organes de l'économie : la congestion sanguine , l'hémorrhagie , le ramollissement, l'inflammation, tous les produits morbides avec ou sans analogue dans l'état sain. Nous suivrons , pour les décrire, notre ordre accoutumé , c'està-dire l'ordre alphabétique , dont les avantages se naonlrent ici encore mieux peut-être que dans l'étude dies maladies du cerveau et de certains viscères. En effet , que de difficultés insurmontables s'élèvent devait le nosographe qui veut grouper méthodiquement les maladies de la moelle! Tanlôt c'est une injection vive qu'il ne sait à quelle cause rapporter, tantôt un ramollissement, une induration, etc., dont il ne peut indiquer la nature exacte.

Voioi la liste des maladies dont nous devons traiter dans cet article : A. acépltalocysle ; B. alro-

phie ; G. cancer ; D. cartilagineuses (productions) ; E. cicatrice; F. congestion de la moelle ; G. hémato-myélie ou apoplexie de la moelle ; H. hydropisie ; 1. hypertrophie ; J. inflammation (voyez Myélite ) ; K. irritation spinale; L. ossification; M. pneumato -racliis ; N. ramollissement.

A. Acéphalocyste. — Nous ne dirons que quelques mots de ce produit organisé vivant. Les faits contenus dans les annales de la science sont en trop petit nombre pour qu'on puisse en tracer l'histoire ; nous avons déclaré plus d'une fois qu'il n'entrait pas dans le plan de notre ouvrage de rapporter les cas rares : tel est cependant le seul parti à prendre lorsque l'on ne possède sur un point de la science que des faits isolés.

M. Ollivier ne cite pas un seul exemple d' acéphalocyste développée dans la substance médullaire , et n'en a pas trouvé un seul exemple parmi les auteurs (ouvr. cit., t. ii, p. 548 ); nous n'en avons pas rencontré non plus dans les livres que nous avons consultés pour la composition de cet article. M. Dupuy a observé une hydatide dans la substance grise de la portion lombaire de la moelle, chez un mouton atteint de paralysie.

On possède quelques observations d'acéphalocystes ayant leur siège : 1° entre le canal osseux et la duremère rachidienne; 2° dans la cavité des membranes de la moelle. Morgagni , Chaussier, MM. Mélier, Esquirol , ont cité des faits de ce genre ( voy. Ollivier, loc. cit. ). Dans tous ces cas, la compression , dont la moelle était le siège, avait occasionné une douleur sourde ou aiguë , de l'engourdissement, des fourmillements, de la contracture, et enfin la paralysie des membres. L'irritation des méninges et de la moelle produisait des phénomènes de convulsion.

B. Atrophie. — Il faut distinguer soigneusement les diverses espèces d'atrophie que peut présenter la moelle. 11 en est d'abord qui sont causées par les progrès de l'âge. Dans cette atrophie sénile, la moelle diminue de volume et se raccourcit; la diminution de grosseur est très-appréciable dans les régions cervicale , dorsale et lombaire , ainsi que dans les racines des nerfs spinaux. La densité de la moelle est, dit-on, diminuée, ses fibres acquièrent plus de dureté, et leur cohésion est plus grande ( Ollivier, p. 447). Le liquide cérébro-spinal est aussi plus abondant ; Bonnet avait déjà fait cette remarque, que M. Magendie a confirmée depuis. Il est presque inutile d'ajouter que l'accroissement de la quantité de liquide n'est pas la cause de l'atrophie , comme le pensait Bonnet , mais, au contraire , en est le résultat. Quelquefois l'atrophie sénile est plus prononcée en un seul point.

Une atrophie bien plus commune que la précédente est celle que l'on retrouve chez les individus paralysés. Morgagni avait remarqué que, chez certains

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sujets atteints d'hémiplégie, le côté de la moelle correspondant au côté paralysé était sensiblement diminué de volume (de Sedib. et crtits. morb., ep. ix, § 10). Le renflement lombaire est frappé d'atrophie quand ce sont les membres inférieurs seuls qui sont devenus impotents. Les racines des nerfs et les nerfs eux-mêmes subissent la même altération. L'immobilité des membres, sans autre maladie du système nerveux, peut entraîner l'atrophie de la moelle ; elle était limitée au renflement crural qui n'avait plus que le Volume d'une plume ordinaire, chez un rachitique dont les membres inférieursétaientrestésdans l'immobilité la plus absolue pendant quarante-deux ans (Hutin, Rech. et obs. pour servir à l'hist. anat. phfs. et pathol. de la moelle épiniêre ; Nouv. bîblioth. méd., févr. 1 828, obs. 2). D'autres fois l'atrophie est bornée à la partie antérieure de la moelle et produite par la compression, ou bien le renflement lombaire seul en est le siège. M. Magendie a vu les racines antérieures des nerfs rachidiens presque réduites à leur névrilème chez une vieille femme qui était depuis douze ans condamnée à une inaction presque complète.

M. Galmei! parle d'une autre espèce d'atrophie non moins remarquable. Chez deux aliénés, M. Calmcil a retrouvé les deux canaux latéraux que l'on a supposé à tort exister normalement dans le centre des deux cordons latéraux. Chez l'un d'eux, ils ne montaient pas au delà de la portion cervicale; chez un troisième malade, outre ces deux canaux latéraux, il en existait un autre au centre même de la moejie. M. Andraî, qui rapporte ces faits, les considère comme des exemples d'atrophie portant sur la substance grise des cordons (Anatomie pathol. , t. m, p. 790). Abercrombie fait mention de la destruction partielle de la moelle épiniêre , et range à côté de cette lésion l'atrophie ; mais les cas qu'il rapporte sont évidemment d'une nature différente et doivent être rattachés au ramollissement de la moelle (des Maladies de l'encéphale , trad. franc., p. 55 l,in-8°; Paris, 1835).

On voit , d'après ce qui précède ., que l'atrophie n'a été aperçue que chez des vieillards très-avancés en âge, ou chez des individus paralysés depuis longtemps. «Dans l'état actuel de la science, l'atrophie du cordon rachidien ne saurait être diagnostiquée sur le vivant» (Calmeil, art. Moelle épiniêre, Dictionnaire de méd., 2e édit., p. 1 26 ). M. Hutin , à qui on doit cinq observations détaillées et fort curieuses d'atrophie de la moelle, croit, au contraire, qu'il est facile d'en établir le diagnostic. «Après avoir constaté l'existence d'une paralysie plus ou moins complète qui s'est développée graduellement sans autre accident que l'atrophie et le refroidissement des membres, il suffira, le plus ordinairement, de consulter les circonstances commémoratives pour parve-

nir à la connaissance de l'oblitération» ( Hutin , mémoire cité, in Nouvelle bibliothèque médicale, 1. 1, p. 32, 1828).

Cancer. — Les produits sans analogue connus sous le nom de matière squirrheuse , encéphaloïdc et colloïde , peuvent se développer dans la substance même de la moelle épiniêre. Un fait rapporté avec détail par M. Hutin donne une idée fort exacte de l'altération squirrheuse. Le bulbe lombaire volumineux, en remplissant tout le canal rachidien, était dur, et une fois qu'où l'eut incisé, on trouva, à la place de la substance nerveuse, une tumeur de la grosseur d'une aveline, blanchâtre, très-dense , véritablement fibreuse, dont le tissu ressemblait à celui des fibro-carlilages intervertébraux ; une membrane molle l'environnait. Les nerfs du plexus crural étaient jaunâtres et atrophiés. Chez un second malade , le cordon médullaire , depuis la quatrième paire dorsale, jusqu'au renflement lombaire, était converti en une substance mollasse , jaunâtre , exactement semblable à du lard cuit ; la racine antérieure des nerfs était atrophiée; les postérieures réduites à leur névrilème ; le renflement crural était excessivement atrophié et fort consistant (observ. 12, mém. cit., p. 150).

On a trouvé la matière encéphaloïde dans la substance propre de la moelle : des bourgeons fongueux, rougeâtres, font souvent saillie dans le conduit rachidien, et s'y développent sous forme de masses plus ou moins saillantes. M. Ollivier a donné le dessein d'une moelle qui était recouverte dans toute sa longueur, et dans une grande partie de sa face postérieure, par une couche de tissu encéphaloïde déposée entre la pie-mère et l'arachnoïde (ouvr. cité, planche 3. t. n).

La matière colloïde , ou cancer gélaliniforme, a été observée par M. Hutin , qui en cite un remarquable exemple. Depuis le trou occipital jusqu'à son extrémité inférieure, la moelle de l'épine, dans toute sa partie postérieure, y compris la substance grise, était convertie en une matière jaunâtre, transparente, brillante comme une forte solution de gomme , et semblable à de la gélatine ou à de la corne ramollie. Cette substance faisait saillie sur toute la face postérieure de la moelle , et se renversait en forme de champignon quand on l'incisait. Cette matière n'offrait aucune trace d'organisation. Toutes les racines postérieures participaient à la dégénérescence de la moelle , et la partie antérieure de ce cordon nerveux était indurée (mém. cit., observ. 8, p. 43 ). M. Reynaud a vu la matière colloïde disséminée dans de petits foyers que contenaient le bulbe rachidien et la partie supérieure de la portion cervicale de la moelle ( Ollivier, t. u, p. 513).

Les symptômes de cette funeste altération sont

fort obscurs. M. Hutin pense que les indices les plus certains sont les douleurs vives et lancinantes qui s'étendent du point malade vers les membres ou un des côtés du corps. La paralysie du mouvement et du sentiment ne tarde pas à se manifester dans les membres qui reçoivent leurs nerfs de la portion de la moelle qui est le siège de la lésion. La paralysie frappe aussi le rectum et le réservoir urinaire, et la sensibilité se perd entièrement dans les membres paralysés; souvent il y a des phénomènes de contracture, à différentes époques de la maladie, ce qui tient à l'irritation que détermine le produit morbide et aux diverses espèces de ramollissements qui l'accompagnent si souvent.

Cartilagineuses ( plaques). — Cette nouvelle production a son siège sur la pie-mère , ou plutôt entre cette membrane et l'arachnoïde viscérale. Elle se présente sous forme de petits grains blanchâtres , transparents, ou de lamelles minces, lisses à leur face libre sur laquelle semble passer l'arachnoïde, inégales et rugueuses du côté de la pie-mère à laquelle elles adhèrent intimement. Nousn'avons pastrouvé dans les ouvrages un seul exemple authentique de production cartilagineuse développée dans la moelle elle-même.

Cicatrices. — Dans les blessures faites à la substance médullaire , celle-ci sort par l'ouverture de la pie-mère et de l'arachnoïde sous forme de petits renflements qui s'aplatissent, et au bout d'un temps variable, il n'y a plus à leur place qu'un mamelon induré et injecté. On ne pourrait citer un seul fait probant de cicatrisation de la moelle , lorsque celle-ci a été divisée complètement en travers ; cependant chez les animaux on a des exemples de la réunion de deux bouts divisés et du retour des fonctions dans les parties auxquelles se distribuent les nerfs de la portion qui a été séparée.

Congestion sanguine de la moelle. — La moelle épinière est plus disposée que tout autre organe à devenir le siège de congestions sanguines : le grand nombre de veines qui parcourent les membranes spinales et la surface du cordon médullaire, leur disposition flexueuseet plexiforme, l'absence de valvules, expliquent la fréquence de ces congestions. Ajoutons encore que les mouvements d'inspiration et d'expiration qui accélèrent et ralentissent alternativement la circulaiion dans toutes les veines, et le mouvement du fluide cérébro-spinal, prédisposent la moelle à des congestions sanguines. Toutes les causes qui entravent la respiration, et qui peuvent être passagères, comme les émotions morales, ou permanentes, comme les maladies chroniques du poumon ou du cœur, ont pour effet de favoriser la production des congestions rachidiennes. L'aperçu physiologique et anatomique dont nous venons de parler fait entrevoir le mécanisme de leur production.

Définition. — On doit désigner sous le nom de congestion, fthypérémie de la moelle , un afflux insolite , morbide et plus ou moins durable de sang dans la substance médullaire, qui est tout à fait identique par sa nature avec la congestion cérébrale; comme cette dernière , elle peut être générale ou par- j tielle , et offrir tous les degrés intermédiaires entre l'hypérémie faible et l'hémorrhagie.

Divisions. — M. Ollivier , qui a le mérite d'avoir donné le premier une description de ces hypérémies, cherche à établir qu'elles affectent trois formes distinctes , basées sur l'anatomie pathologique: il existe, 1° une congestion veineuse avec ou sans augmentation de l'exhalation séreuse; 2° des congestions de la moelle et des membranes ou myélo-méningiennes avec ou sans épanchement de sang dans la cavité des méninges rachidiennes; 3° une hémato-myélie ou apoplexie de la moelle épinière. Les deux premières maladies doivent seules nous occuper dans ce chapitre. Il est difficile de présenter une histoire complète des congestions sanguines de la moelle, parce que les faits, bien que déjà nombreux, ne peuvent servir de base à un résumé général , et que d'ailleurs la plupart des malades qui font le sujet de ces observations s'étant rétablis , on peut conserver des doutes sur la nature de l'affection dont ils étaient atteints.

altérations cadavériques. — Les veines méningo-rachidiennes sont dilatées, gorgées de sang, dans toute la longueur du canal vertébral ; quelquefois ce sont surtout les veines qui passent dans les trous de conjugaison ou le réseau vasculaire de la moelle qui sont le siège de la congestion. Les cas dans lesquels celle-ci est bornée à la substance médullaire seule, et où par conséquent il y a simple congestion de la moelle , sont bien rares, puisque M. Ollivier n'en rapporte pas un seul exemple ; dans le cas qu'il cite la guérison a eu lieu(observ. 79, 80, 81), ou bien l'autopsie n'a pas été faite (observ. 82). Dans la 83e, il y avait une vive injection des méninges rachidiennes, et des hémorrhagies sous-arachnoïdiennes, « la substance propre de la moelle n'avait subi aucune altération, ni dans sa consistance ni dans sa couleur» Joe. cit., p. 110); il n'y avait donc pas là de congestion médullaire. Dans la 84e on remarquait des lésions très-prononcées dans les membranes du cerveau, une hémorrhagie ventriculaire, et sous-arachnoïdienne spinale, mais le tissu de la moelle épinière était sain. Nous ne poursuivrons pas plus loin cette analyse, qui démontrerait que, dans toutes les observations rapportées par M. Ollivier, la congestion du système veineux des méninges est la seule qui ait été aperçue par cet auteur ou par les médecins qui ont cité des faits semblables. 1! nous est donc impossible de dire s'il y a une congestion capiîliforme sembla-ble à celle que l'on trouvé daus k

cerveau à la suite des congestions cérébrales , et par conséquent de légitimer les divisions que M. Ollivier établit (congestion de la moelle, des membranes , etc.). En se plaçant au point de vue de l'anatomie pathologique seulement, on ne peut admettre une hypérémie spinale isolée, puisque l'on n'en trouve pas trace sur le cadavre; si l'on suppose que la lésion a disparu après la mort, on est alors forcé de reconnaître que la congestion veineuse des méninges est l'altération qui prédomine.

Outre le gonflement des veines méningiennes on trouve souvent, mais non d'une manière constante, sur les cadavres des sujets qui succombent à la congestion veineuse, une quantité anormale de sérosité transparente ou sanguinolente dans le rachis. Aussi quelques auteurs ont-ils décrit cette congestion sous le nom d' hydrorachia incolumis (P.Frank), à'hydrorachilis chronica (J. Frank). Sous l'influence de l'hypéréniie dont le système vasculaire est le siège, l'exhalation séreuse augmente et constitue une hydropisie rachidienne. Nous devons nous demander si les phénomènes que l'on a rapportés jusqu'à présent à l'afflux trop considérable et à la stase du sang dans les veines du rachis, ou à l'accumulation de la sérosité dans le canal vertébral, ne tiendraient pas plutôt à l'exhalation plus abondante du liquide céphalo-rachidien , et à la compression qu'il exerce sur la substance médullaire. Cette opinion peut être mise en avant avec d'autant plus de raison que nous avons déjà fait remarquer que souvent l'on ne trouvait sur le cadavre aucun épanchement de sérosité dans le conduit vertébral , aucune injection , aucun piqueté de la substance médullaire , et une simple congestion des veines de la dure-mère. Nous devions exposer nos doutes au lecteur afin de lui prouver que l'histoire dé ces congestions est environnée de ténèbres, et qu'il faut apporter une grande réserve dans l'interprétation des phénomènes observés sur le vivant et non expliqués par les lésions cadavériques.

Symptômes. — Le caractère essentiel et distinctif de la congestion rachidienne ( et par là nous entendons celle des membranes et de la moelle elle-même) est de produire des symptômes dont l'intensité et la marche sont aussi variables que la congestion même. Ou les voit présenter une gravité extrême , puis disparaître assez promplement; tantôt le malade accuse la paralysie la plus complète , et tantôt un simple engourdissement. Parmi les symptômes les plus ordinaires , il faut noter une douleur dans un ou plusieurs points du rachis : elle correspond parfois au lieu qui est le siège de la congestion , et se propage de bas en haut si la paralysie s'étend dans le même sens.

On observe en outre de l'engourdissement et une paralysie incomplète, d'abord dans les membres inférieurs, puis dans le tronc et les membres supé-

rieurs. La paralysie peut être complète, et cependant cesser assez vite. En effet, si la compression produite par l'afflux du sang dans les veines, et portée momentanément à un haut degré, se dissipe, la paralysie cesse en même temps, ce qui ne peut avoir lieu dans le cas où une lésion permanente affecte la substance médullaire. M. Hutin rapporte l'histoire d'un malade chez qui une paralysie se manifestait lorsqu'il se livrait à de violents efforts de défécation, qui amènent, comme chacun le sait, une forte congestion des veines méningo-rachidiennes , et par suite la compression de la moelle; puis elle se dissipait après un temps plus ou moins long, suivant que l'effort et par conséquent la congestion avaient été plus considérables (mém. cit., obs. 14, p. 164). La paralysie affecte le plus ordinairement la motilité. M. Ollivier explique cette particularité en disant que, la moelle étant plus rapprochée de la partie antérieure du canal vertébral que de sa partie postérieure, le système veineux congestionné exerce une compression plus forte sur la face antérieure de cet organe. La paralysie peut être incomplète et limitée à quelques parties du corps; elle est alors l'indice de congestions spinales partielles. Celles-ci peuvent enfin produire quelques phénomènes insolites, tels que la gêne de la déglutition, une douleur aiguë dans le trajet de l'œsophage , le ralentissement des mouvements du thorax. «Les fonctions du rectum, et de la vessie surtout, sont peu troublées, et les facultés intellectuelles restent intactes» (Ollivier, t. h, p. 121).

Causes. — Ge sont d'abord toutes celles qui favorisent les congestions viscérales et qui agissent sur la circulation des veines rachidiennes. Chez plusieurs sujets, la maladie a paru se rattacher à des troubles de la menstruation (obs. 15, mém. cité de M. Hutin ; Colliny, Quelques observât, sur les malad. de la moelle et de ses membr., in Archiv. génér. de médec., t. x, obs. 1, 2e série, 1836), à la suppression des lochies (obs. 74, Ollivier, p. 51), à la pléthore. M. Ollivier explique certaines paralysies des hystériques par la congestion passagère que déterminent les accès de cette maladie. Chez la malade dont il rapporte l'observation curieuse, les phénomènes hystériques et l'hémiplégie étaient périodiques (loc. cit.j p. 12). L'auteur va peut-être un peu loin en donnant ce fait pour un exemple de congestion rachidienne. Il attribue également à la congestion rachidienne les désordres de l'innervation que le docteur Stanley a rencontrés chez des sujets atteints d'inflammation des reins. Mais l'auteur anglais n'a pas expliqué ainsi ces désordres ; il est porté à croire que l'irritation des reins et de la vessie peut se transmettre par l'intermédiaire des nerfs sensitifs à la moelle et aux membranes; il ne parle pas de la congestion sanguine (extr. in Archiv. génér. de méd.,

t. v, pag. 103, 2e série, 1834). D'ailleurs, l'hydropisie du rachis, produite, comme celle des autres cavités séreuses, par l'albuminurie qui accompagne si souvent ces affections, pourrait servir à expliquer les accidents nerveux bien mieux que la congestion rachidienne; disons que les observations rapportées par M. Stanley sont trop incomplètes pour mériter une grande confiance. Les maladies gastrointestinales et pulmonaires peuvent-elles être regardées comme des causes de la maladie dont nous traitons? Les faits cités jusqu'ici ne nous permettent que de poser la question. On a encore rangé au nombre des causes la masturbation, les excès de coït, qui déterminent une excitation cérébro-spinale et une congestion dans les appareils respiratoires et circulatoires (Ollivier, p. 43).

Traitement. — L'indication formelle qu'il convient de remplir tout d'abord est d'enlever au système circulatoire une certaine quantité de sang, et, par conséquent , de pratiquer une ou plusieurs saignées. La saignée est bien plus efficace que les émissions sanguines faites sur le rachis ; celles-ci ne peuvent que favoriser l'action des premières. Si la congestion rachidienne avait été produite par la suppression du flux menstruel ou lochial, il faudrait placer sans retard des sangsues vers les parties génitales, et y établir ainsi une dérivation salutaire.

Historique et bibliographie. — Hippocrate, Aretée et Fréd. Hoffmann, auraient signalé quelquesuns des accidents de la congestion spinale; suivant M. Ollivier {loc. cit., t. n, p. 5), Ludwig et P. Frank en ont parlé d'une manière plus explicite (Ludwig, Adversaria medico-practica; Leips., t. iv, p. 730, in-4°, 1770; — P. Frank, «?e Vertebralis columnœ inmorbis dignilate, etc., in Delectus opusculorum medicorum, t. xi, 1 792 ; — J. Frank, Hydrorachis aiguë, Pathologie médicale, trad., t. ni, p. 275) Nous avons cité un grand nombre d'observations particulières, et spécialement celles de MM. Colliny, Hutin, etc.; on les trouvera toutes relatées avec détails par M. Ollivier; son travail résume parfaitement l'état actuel de la science.

Hémorrhagie de la moelle, ou hématomyélie. Voy. Apoplexie, t. 1er, p. 255 {hémorrhagie de la protubérance), et p. 256 {hémorrhagie de la moelle).

Hydropisie de la moelle. — M. Calmeil décrit sous le nom A'hydropisie centrale avec résorption partielle de la substance de la moelle spinale, une altération constituée par l'existence d'une cavité anormale au centre de la moelle. Dans un cas observé par M. Andral, toute la substance grise avait disparu , et il y avait en place un canal qui régnait dans toute l'étendue de la moelle épinière , et offrait une capacité différente dans lés diverses régions de cei

organe (in ouvr. cité de M. Ollivier, obs. 124, t. n, p. 388). Sur un autre malade observé par M. Maisonneuve , l'altération était la même {Revue médicale, 1833, et Archiv. génér. de méd., t. n, p. 580, 2e série, 1833). Les portions dorsale et lombaire étaient canaliculées à leur centre chez une malade dont M. Ollivier cite l'observation intéressante (observation 125). La substance grise était entièrement résorbée et remplacée par une sérosité citrine. Les racines des nerfs lombaires et sacrés étaient réduites à leur névrilème. M. Ollivier voit dans cette altération un ramollissement inflammatoire, ou, en d'autres termes , une variété de la myélite chronique (p. 390). M. Calmeil reconnaît que la marche et les symptômes rapprochent cette lésion du ramolli«scment chronique de la moelle, mais le rôle de l'inflammation lui paraît peu marqué dans sa production (art. cit., p. 123). On pourrait en faire une espèce d'atrophie , avec d'autant plus de raison que nous en avons déjà signalé une autre forme dans laquelfe la moelle est creusée tantôt de deux, tantôt de trois canaux.

Hypertrophie de la moelle. — L'hypertrophjc peut être congénitale et coïncider avec un défaut de développement du cerveau et d'autres parties du corps (Andral, Anat. patholog., t. n, p. 777, obs. de M. Ucelli). Nous n'avons pas à nous occuper de celte hypertrophie. Elle peut être le résultat de la phle^masie chronique ; souvent alors , elle est accompagnée d'induration (voy. Myélite).

L'hypertrophie simple, la seule dont nous devions nous occuper ici, est constituée par l'augmentation de volume sans autre altération qu'une augmentation &c la consistance de l'organe. «L'induration et l'hypertrophie de la moelle, dit M. Hutin, sont deux états M\ coïncident le plus ordinairement» (mém. cité, p. 5 3). Le cordon médullaire remplit quelquefois complètement le conduit osseux, comme chez un sujet dont M. Hutin rapporte l'histoire: «La moelle, depuis le milieu de la région dorsale jusqu'à son extrémité inférieure, avait acquis une densité très-grande sans avoir éprouvé le moindre changement dans son volume, tandis qu'elle était renflée d'un manière extraordinaire jusqu'au trou occipital.» L'injection et le ramollissement qui existaient en ce point donnent â penser que l'hypertrophie était peut-être de nature inflammatoire. Sur un enfant épiteptique, observé par M. Andral, l'hypertrophie était partielle aussi ex limitée à la région cervicale (art. Moelle , Dict. de médec, l'e édit.).

M. Monod a décrit et figuré une forme bien remarquable d'hypertrophie , portant exclusivement sur là substance grise ; il l'a rencontrée sur deux sujets. Sur la face postérieure de la moelle régnait , dans toute sa longueur, une bande de substance grise en place dû

sillon médian. Au niveau des deux bulbes, la bande grise s'élargissait un peu ; les deux faisceaux postérieurs étaient très-écartés , et séparés du ruban gris par un sillon profond. La face antérieure n'offrait rien de notable. Une section transversale de la moelle montrait la substance grise formant une masse qui remplissait une gouttière produite par l'écartement des deux faisceaux de substance blanche, appelés cordons postérieurs médians. La substance grise , en un mot, constituait, avec les faisceaux postérieurs, une grande partie de la surface extérieure de l'organe (la planche a été figurée par M. Ollivier, t. n, pi. 4). Dans le deuxième cas , observé par M. Monod, l'hypertrophie était disposée de même (Bulletins de la Société anatom., n° 18, p. 350; — Ollivier, même observât., t. n, p. 454 et 459).

Les phénomènes morbides déterminés par l'hypertrophie sont assez variables. M. Hutin pense que l'hypertrophie seule n'occasionne que l'exaltation de la sensibilité tactile ; tandis que lorsque cette lésion s'accompagne d'induration il y a, indépendamment de l'excessive sensibilité tactile , des convulsions , des contractions spasmodiques, des mouvements choréiques et épileptiformes , et une paralysie particulière, caractérisée par l'abolition complète de la force et de l'énergie musculaire coïncidant, toutefois, avec l'entière liberté des mouvements (mém. cit., p. 51). Nous devons rappeler que ces symptômes ont manqué dans d'autres cas, et, par conséquent, que le diagnostic ne saurait être facilement établi. Il est utile de savoir que cette affection marche avec une lenteur extrême, et met souvent un grand nombre d'années avant de se terminer d'une manière funeste.

Induration de la moelle. — Le cordon médullaire a été trouvé induré chez un enfant nouveau-né , par Billard. L'endurcissement était tel, qu'on put soulever, avec la moelle privée de ses membranes , un objet qui pesait 500 grammes environ (Andral, Anatom. pathol., pag. 810). Cette altération affecte le plus ordinairement la substance blanche seule. Abercrombie cite comme exemple d'induration de la moelle le cas rapporté par Portai (Anat. médic. , t. iv , p. 1 1 6) ; la substance nerveuse avait acquis une telle consistance qu'elle était comme cartilagineuse {des Maladies de l'éncéph., p. 541). Sur ua autre malade (le comte Lordat), la moelle épinière cervicale était d'une fermeté remarquable, et ses enveloppes si résistantes , qu'on ne put les diviser qu'avec peine. La moelle allongée paraissait un tiers plus large que dans l'état naturel ( Abercrombie , ouvr. cité pag. 539).

L'hypertrophie accompagne souvent l'induration comme dans le cas précédent, dans celui rapporté par M. Ollivier (t. n, p. 402), et plusieurs autres que l'on doit à M, Hutin, et qu'il a rapportés dans son escel-

lent travail (mém. cit. , observations 6, 7, 8 et 9). L'induration peut être partielle et compliquée d'atrophie. Sur le malade dont M. Ollivier raconte l'histoire , la moelle était dure, atrophiée dans la région cervicale, puis considérablement hypertrophiée au niveau des troisième , quatrième et cinquième vertèbres, où elle avait le volume d'un œuf de pigeon (loc. cit., p. 405).

La moelle est parfois le siège d'une altératioa complexe, comme dans le cas rapporté par M. Hutin. En même temps que toute la partie postérieure de la moelle était convertie en une matière cancéreuse colloïde dans toute sa longueur , toute la partie antérieure avait acquis une dureté considérable (observation 8, p. 43).

Les symptômes de l'induration ont une durée , en général, fort longue. Ceux que M. Galmeil considère comme appartenant à cette maladie sont des engourdissements, des crampes, des fourmillements, qui s'accompagnent bientôt de faiblesse, de roideur des muscles, et d'une diminution notable de la sensibilité dans les membres. La paralysie est rarement complète, les malades peuvent encore sentir et faire mouvoir leurs membres, quoique avec lenteur et une certaine difficulté. Le même auteur dit que les symptômes de paralysie se déclarent d'abord dans un seul membre, et au bout d'un temps variable, dans le membre situé du même côté. Les parties affectées de paralysie s'amaigrissent et s'atrophient; bientôt les membres restés sains s'affectent à leur tour , et il arrive un temps où la paralysie devient générale, et l'atrophie s'étend aux quatre membres. La marche de l'indura^ tion ressemble beaucoup à celle du ramollissement spinal chronique.

On ]'a considéré comme un effet de la myélite chronique, et il est vrai de dire que , dans quelques cas , telle est sa véritable cause, surtout lorsque l'induration est partielle. Mais il est impossible d'admettre qu'il en soit ainsi dans les cas où l'induration s'étend à toute la moelle ou à un de ses faisceaux, et lorsqu'il n'y a aucune trace d'injeetion sanguine. Il semble alors que la pulpe nerveuse a été seulement condensée et qu'elle est en plus forte proportion. Le traitement de l'induration est celui du ramollissement spinal chronique.

Inflammation de la moelle (voy. Myélite).

Irritation de la moelle ou irritation spinale-, — Irritation des nerfs rachidiens , névralgie des nerfs spinaux , Isaac Porter; névralgie dorsointercostale } d'autres auteurs. Spinal discase, spinal and cérébral irritation, Angl. — Malgré les efforts tentés dans ces derniers temps , par les pathologistes , pour donner à cette entité morbide qu'ils ont appelée irritation spinale des caractères distincts et une existence certaine, il règne encore une

MOR

telle obscurité sur son siège, sa nature cl même ses / symptômes, qu'elle est considérée par beaucoup de médecins comme une maladie fort problématique. Voyons d'abord par quels symptômes elle se révèle.

Symptômes. — Le principal signe est la manifestation d'une douleur vive dans les régions cervicale, dorsale, ou lombaire. Le docteur Griffin a divisé l'irritation spinale en cervicale, dorsale, et lombaire, suivant le siège de la douleur [Observations on the functionnel affections of the spinal chord ;London, 1834). Tous les auteurs anglais qui ont écrit sur ce sujet , Thomas (Observ. sur l'irrit. spinale) , Malone (Rem. sur l'irrit. spinale ; The American journal, 1835),Brown, Teale, Tate, etc., ont retrouvé la douleur rachidienne. Celle-ci est déterminée ou exaspérée par la pression que l'on exerce sur les apophyses épineuses, ou par l'application d'une éponge imbibée d'eau chaude ; et il importe toujours de faire l'une ou l'autre de ces explorations pour constater le point dorsal. Ces douleurs ne restent pas limitées à la colonne vertébrale ; elles se répandent dans différentes régions, avec une intensité très-grande, à la manière des élancements névralgiques , soit spontanément, soit lorsqu'on vient à presser le rachis. 11 est très-rare que les mouvements de flexion de la colonne vertébrale les excitent. La douleur vertébrale spontanée ou provoquée, lorsqu'elle s'exaspère, fait ressentir plus vivement au malade le trajet qu'elle parcourt.

Si la région cervicale en est le siège, le malade accuse des douleurs dans la face, dans les régions frontale ou occipitale, dans la poitrine, les glandes mammaires, le sternum, les épaules, les membres supérieurs.

Lorsque le point est dorsal , les douleurs s'étendent sur le côté du thorax , et particulièrement, dans la région mammaire gauche : là on observe souvent des palpitations violentes qui font croire à une affection du cœur, de l'anxiété à la région précordiale , des douleurs sternales, et surtout des pleurodynies prises souvent pour des douleurs rhumatismales, et qui ne sont autre chose que des névralgies intercostales. Ou voit encore des malades accuser un sentiment de constriction telle, vers la base du thorax, qu'ils craignent de suffoquer; d'autres se plaignent d'une forte dyspnée , d'affaiblissement de la voix.

Ce n'est pas encore là toute la symptomatologie de cette singulière affection. On observe tous les phénomènes de la gastralgie avec ses diverses nuances , la dyspnée , les nausées, l'anxiété épigastrique. Chez quelques sujets , les troubles nerveux de la digestion durent pendant trois et quatre ans.

Enfin , dans l'irritation spinale qui affecte principalement la région dorso-lombaire, les membres inférieurs sont le siège d'engourdissements , de crampes.

On voit figurer dans l'énumération que nous venons de faire les troubles les plus différents par leur siège. Les auteurs qui ont décrit cette irritation ont la bonne foi de déclarer que les symptômes sont très- bizarres, variables, et peuvent affecter des organes très-différents. Nous en avons passé sous silence plus d'un, tels que la paralysie des membres, du rectum et de la vessie, la toux, les vertiges, les troubles des sens, l'amblyopie, la syncope, le délire, etc. Nous ne nous sentons pas le courage de former une nosographie aussi confuse et qui ne pourrait qu'égarer le médecin.

Nature. — Nous ne nous arrêterons pas longtemps à discuter les diverses opinions émises sur la nature de l'irritation spinale. M. Brown la fait consister dans la contraction spasmodique des muscles spinaux qui déplacent les vertèbres, d'où résulte la compression des nerfs spinaux à leur sortie du canal rachidien ( On irritation of the spinal nerves, in The Glascow med. journ., n° 1 1 , 1828 ; et Archives gén. de méd., t. xix, 1829). La plupart des médecins allemands et anglais ne font pas exactement connaître la nature de l'état morbide qu'ils qualifient d'irritation spinale. Est-elle inflammatoire ou purement nerveuse? M. Todd(77ze Cyclopedia of practical medicine , t. iv, p. 644) rattache cette maladie à une congestion veineuse du système vasculaire extérieur de la moelle , et M. Ollivier à une simple congestion vasculaire du névriièmede la moelle et de ses nerfs (ouvr. cité, t. u, pag. 228); mais une pareille opinion ne repose ni sur l'anatomie pathologique qui fait entièrement défaut, ni sur l'interprétation rigoureuse des symptômes et de la marche de l'affection. En effet , comment admettre qu'une congestion puisse exister impunément aussi longtemps que durent les symptômes de cette irritation ? Gomment d'ailleurs expliquer la marche si variable et la nature si diverse des accidents, leur exacerbation parfois périodique, l'influence de la pression sur le développement des douleurs, la délimitation exacte et le trajet de celles-ci ? En un mot , il faudrait être bien prévenu en faveur de l'hypothèse que nous combattons pour l'accepter. L'irritation spinale est certainement une entité morbide fort complexe, et formée de plusieurs parties hétérogènes qui appartiennent peut-être à différentes maladies ; cependant , malgré la confusion qui règne encore à son sujet , nous sommes portés à y voir, avec quelques auteurs, une névralgie dorso-intercostale. M. Valleix, dans ces derniers temps, a cherché à faire prévaloir cette opinion, et l'a étayée de faits et de remarques qui militent fortement en sa faveur (Traité des névralgies, pag. 338, in-8°; Paris 1841) (vojr. Névralgie). Nous devons faire remarquer que, pour asseoir sur une base solide l'existence

de la maladie que nous venons d'étudier, il faudrait commencer d'abord par mettre de côté toutes les observations dans lesquelles le diagnostic est mal établi ou entièrement erroné, et en recueillir de nouvelles; en un mot, reconstituer ce point de la science.

Traitement. — On a proposé de combattre le point dorsal par des applications plus ou moins répétées de sangsues, ou par des frictions sèches et stimulantes (essence de térébenthine , 3 parties; huile d'amandes douces, 1 partie ) , par des emplâtres narcotiques. Si la maladie est très-ancienne on conseille les af fusions d'eau froide, les bains de mer. Quant aux sétons, aux moxas et aux cautères , ils ont souvent une action nuisible. La principale de toutes les indications consiste à combattre l'irritation spinale à la manière des névralgies, c'est-à-dire par l'emploi de préparations belladonées ou d'opium , par le sulfate de quinine, lorsque la douleur et les autres accidents offrent des rémissions ou des accès réguliers et périodiques. L'efficacité de ce dernier traitement est encore une preuve en faveur de la nature névralgique de l'irritation spinale.

On trouvera Y historique et la bibliographie de cet article au mot Névralgie dorso-intercostale.

Pneumato-rachis. — M. Ollivier désigne ainsi le développement de fluide élastique au-dessous du feuillet viscéral de l'arachnoïde spinale. Les gaz peuvent aussi se former dans la cavité de l'arachnoïde même, et distendre la dure-mère. En admettant que la décomposition cadavérique n'ait pas la plus grande part à la production de cette exhalation , et qu'elle soit toute pathologique , il est impossible d'en indiquer les causes et les symptômes : jusqu'ici elle n'a été reconnue que sur le cadavre (Ollivier, p. 201 , t. h).

Ramollissement de la moelle. — Nous décrirons sous ce nom la perte de consistance de la moelle sans injection de son tissu. Il y a , pour la moelle comme pour le cerveau, un ramollissement à la production duquel l'inflammation est étrangère. Nous ne redirons pas ici les motifs qui nous ont fait distinguer un ramollissement inflammatoire et un ramollissement spécial; nous persistons d'autant plus dans cette idée, que certains ramollissements de la moelle n'offrent aucun des caractères de la désorganisation phlegmasique (voy. Gerveao , ramollissement du ).

L'altération peut siéger dans la substance grise ou la substance blanche exclusivement. Nous avons déjà parlé d'une forme d'atrophie dans laquelle les deux cordons médullaires sont creusés chacun d'un canal par suite de la résorption de la substance grise. M. Andral attribue au ramollissement extrême et à la destruction de cette substance la production de deux canaux accidentels qui avaient la forme et tenaient la

place de la substance grise; il a disséqué, avec M. Reynaud , deux moelles ainsi altérées, et il rappelle que M. Chambeyron a également trouvé deux cavités semblables dans les faisceaux latéraux; elles se confondaient en une seule au niveau de la première vertèbre dorsale , et occupaient le tiers de la longueur de la moelle. Les parois de cette cavité étaient formées par la substance grise , ramollie et comme pultacée, offrant une couleur nuancée de blanc, de rouge et de jaune ( Anat. pathol., p. 803 ).

Le ramollissement peut frapper exclusivement la substance blanche et respecter la grise; c'est ce qui avait lieu, d'une manière tranchée, chez un jeune enfant âgé de neuf ans , dont M. Hache a rapporté l'observation {Affections delà moelle èpinière, etc., in Journ. hebdom. , t. xi, p. 279; 1833). La substance médullaire était molle et pulpeuse depuis le commencement du renflement cervical jusqu'à la fin de cette région. «Au niveau de la région cervicale , l'altération paraissait plus profonde, la substance blanche était diffluente, sa couleur d'un blanc mat un peu jaunâtre ; la substance grise, beaucoup plus ferme, conservait , lorsqu'on avait raclé les couches de substance blanche qui la recouvrent , la consistance et la forme qu'elle a dans l'état normal » {loc. cit., p. 282). La mollesse du tissu nerveux était moindre dans les régions dorsale et lombaire ; mais la différence signalée plus haut entre la consistance de la partie blanche et grise persistait toujours.

Le ramollissement non inflammatoire, le seul dont nous ayons à nous occuper ici , est difficile à caractériser; on peut dire toutefois que, en général, il est plutôt étendu à toute la moelle que limité à un point circonscrit comme celui qui est inflammatoire. La substance blanche en est souvent le siège; alors la portion ramollie se présente sous forme d'une matière molle et souvent presque fluide , d'un blanc crémeux ou légèrement jaunâtre. M. Galmeil, qui est porté à croire que tous les ramollissements ne tiennent pas à l'inflammation, a trouvé que, 17 fois, sur 25 cas de ramollissement spinal , le foyer du désordre ne présentait aucune trace de rougeur ou de coloration. « 11 faut avouer, dit-il , qu'il est rare qu'un tissu violemment hypérémié dans le principe se trouve complètement dégorgé vingt-quatre heures, deux ou trois jours après le début des accidents» (art. Moelle cité, p. 121 ). 11 est donc nécessaire de prendre en considération les diverses colorations du ramollissement , sans y attacher toutefois une importance exagérée. Pour bien déterminer la véritable nature du ramollissement, il faut aussi tenir compte de l'état des membranes ; si elles ne sont le siège d'aucune injection rouge, d'aucune fausse membrane , s'il n'y a aucun liquide séreux ou séro-sanguinolent épanché ou infiltré dans la pie-mère spinale, si la marche des

accidents a été rapide , on doit incliner pour un ramollissement non inflammatoire.

M. Calmeil a réuni 25 cas de ramollissements spontanés, inflammatoires ou non , afin de déterminer le siège que cette lésion affecte de préférence; on voit , d'après son relevé , que 6 occupent la région cervicale, 1 1 la région dorsale , 5 la portion dorsolombaire , et 2 la portion lombaire seulement ; 1 fois la moitié gauche de l'organe , et 2 fois les faisceaux antérieurs. Le tissu nerveux avait sa couleur naturelle dans 10 cas; une teinte jaunâtre, 6 fois; une teinte rosée, 4 fois ; rouge , 3 fois ; brune , 1 fois ; combiné à du sang, 1 fois. La pie-mère était brune 1 fois; rouge et injectée 7 fois, couverte de fausses membranes dans 2 cas ( art. cit., p. 1 20 ).

Le ramollissement crémeux de la moelle marche ordinairement avec rapidité, et se termine toujours par la mort. Dans le cas rapporté par M. Hutin, l'invasion fut brusque et presque foudroyante, et l'intelligence abolie ; on remarqua une roideur tétanique du tronc. La mort survint au bout de trente-huit Heures. On peut juger de la rapidité avec laquelle marche ce ramollissement par le relevé qu'a fait M. Calmeil : un de ses malades succomba trente heures après le début, un second vingt-quatre heures, un troisième , épileptique , après vingt-six heures. Nous n'avons trouvé nulle part une indication même succincte des symptômes de ce ramollissement ; ceux qui en ont parlé ont décrit les symptômes de la myélite, avec laquelle il est souvent bien difficile de ne pas la confondre.

On l'observe plus fréquemment chez les jeunes sujets qu'aux autres époques de la vie. M. Billard a trouvé dix cas dans lesquels le ramollissement existait en même temps dans la totalité du cerveau et de la moelle épinière; cette altération porte rarement sur la moelle seule , tandis qu'il est très-fréquent de voir le cerveau ramolli sans que la moelle participe à cette lésion. Les enfants observés par Billard avaient vécu quelques jours, et offert une respiration pénible et incomplète , une résolution presque complète des membres; les battements du cœur étaient presque insensibles ( Andral , Anat. pathol., p. 805 ).

C'est à cette forme de ramollissement, et non à une myélite, que nous croyons devoir rattacher le ramollissement mou et pulpeux qui affecte surtout la portion lombaire de la moelle , et se développe avec une grande rapidité chez le cheval soumis à de rudes travaux ( limonier ). M. Bouley , à qui l'on doit des observations curieuses sur ce sujet, l'attribue à une inflammation de la moelle [Recueil de méd. vétérinaire déjà cité, 1 830 ; Arch. gén. de méd., t. xxm, p. 427, t830). Les symptômes notés par M. Bouley sont la paralysie foudroyante, sans signes précurseurs, poitaut sur la motilité surtout. Quelquefois,

cependant, la sensibilité se perd, et la motilité reste intacte ; il n'y a pas de paralysie de la vessie ni du reclura , les fonctions digestives restent saines , et on observe des sueurs , une accélération notable du pouls et l'affaiblissement des forces.

Historique et bibliographie générale des maladies de la moelle. — Les anciens n'ont pas ignoré les maladies de la moelle. Hippocrate indique les principaux phénomènes que déterminent dans cet organe les lésioustraumatiques et les maladies qui s'y développent spontanément; il parle de la perte de sentiment et de mouvement dans les parties situées au-dessous du point lésé, de la paralysie de la vessie et du rectum (Prédictions, liv. n, § 31 ; Mochlique , § 18). Celse, Aretée , mentionnent aussi les mêmes accidents (de Medicina , lib. v, cap. 26; Morborum acut. et diuturn., lib. î). Le nom de Galien ne peut être oublié à cause des remarquables expérimentations qu'il a faites sur le système nerveux des animaux; elles ont, d'ailleurs , contribué à jeter quelque lumière sur la pathologie de la moelle (de Administ. anatom., lib. vm, cap. 6, 8, 9). Les remarques qu'il fait sur les convulsions causées par les maladies cérébrospinales ne sont pas sans importance pour le temps où elles ont été écrites ( de Locis ajfectis , lib. m, cap. 8 , et lib. iv , cap. 6 ). Il reconnut que la paralysie des membres supérieurs existait surtout quand la lésion avait son siège vers la cinquième vertèbre cervicale , que ces membres ne l'étaient qu'incomplètement si elle était au niveau de la septième, qu'enfin ils n'étaient point du tout affectés dans les lésions de la partie supérieure du dos. Vesale répéta les expériences de Galien , et put se convaincre que les parties supérieures à la lésion médullaire restaient intactes. Bohn et Schneider firent d'utiles remarques sur la gravité des accidents dans les cas de blessures de la partie supérieure de la moelle. Boerhaave signale l'influence directe de ce cordon nerveux sur les fonctions de sensibilité et de mouvement ; mais il n'en indique pas le vrai siège anatomique. Ge ne fut que plus tard , à la fin du dernier siècle et dans le cours de celui-ci, que les fonctions des diverses parties de la moelle furent connues.

Les travaux des hommes qui , à l'exemple de Willis ,de Pison , de Boerhaave, d'Hoffmann, etc., se sont livrés à l'étude des maladies nerveuses, n'ont pas été sans jeter quelque lumière sur les maladies de la moelle; cependant il faut arriver au commencement du xixe siècle pour voir cette partie de la pathologie interne se constituer, non pas définitivement, mais sur des bases bien plus solides qu'elle ne l'avait été auparavant. Ce furent les découvertes des anatomistes et des physiologistes modernes qui opérèrent cette révolution. Guidés par les belles recherches de Sœmmering , Guvier, Gall , Ch. Bell ,

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Tiedeniann , Ghaussier, Bellingeri , Rolando , Magendie, Calmeil, Millier, et de tant d'autres, les médecins trouvèrent dans les faits pathologiques soumis à leur investigation des preuves en faveur des différentes théories émises sur les fonctions de la moelle.

Nous ne pouvons indiquer les travaux particuliers dont chaque maladie de la moelle a été l'objet. Nous avons signalé les principaux quand il a été question de chacune de ces maladies. Nous n'avons plus qu'à parler des traités qui renferment une pathologie complète de la moelle : ils sont en très-petit nombre, et nullement à la hauteur des autres monographies.

Ludwig appela l'attention des médecins sur les maladies de la moelle par la publication d'un mémoire plein d'idées nouvelles, mais qui n'ont pas toute la rigueur et l'exactitude désirables (Tractatio de doloribus ad spinam dorsi, adversaria medico practica , t. i, pag. 4; 1770). Quelques années plus tard, J.-P. Frank publia un écrit dans lequel on trouve encore aujourd'hui des faits importants sur les maladies des méninges et de la pulpe médullaire même [de Vertebralis columnœ in morkis dignitaie, Pavia , 1 791 ; in Délectas opusculor. medic, t. xi, p. 6 ; 1 792. — Epi tome decurandis hominum morbis , lib. n). J. Frank , dans les chapitres consacrés à Y étude des maladies de la colonne vertébrale en général, a traité sous le nom de rachialgie et fthydrorachis , d'une manière extrêmement confuse , de presque toutes les affections spinales ; et s'il est permis de retrouver dans quelques-unes de ses descriptions les principaux traits de certaines affections bien déterminées , il n'en est pas de même dans les autres (Praxeos univers, med. prœcept. , traduction française, t. m, chap. 27-30, in-8°; Paris, 1838). L'ouvrage d'Abercrombie ne contient qu'une esquisse bien imparfaite des maladies de la moelle , et ne peut être d'un grand secours pour constituer une bonne histoire de ces maladies (des Maladies de l'encéphale et de la moelle épinière , trad. franc., in-8° ; Paris , î 835 ). Le Traité des maladies de la moelle épinière , de M. Ollivier ( d'Angers ) a paru avant celui d'Abercrombie; mais nous en parlons en dernier lieu, parce qu'il peut être considéré comme la collection la plus complète des faits relatifs aux maladies de la moelle, publiés par les auteurs français et étrangers : tel est en effet le principal mérite de ce livre , où l'on regrette de ne pas trouver une description méthodique de chaque maladie. Sans doute il est difficile, dans l'état actuel delà science, d'écrire sur un sujet qui est à peine ébauché; mais une tentative faite dans ce sens et par un homme qui possédait aussi bien la matière n'aurait pas été sans porter quelques fruits. Nous ne devons pas non plus oublier de mentionner les travaux consciencieux que l'on doit à M. Galmeil. Il a publié d'abord en 1828

un mémoire important sur la pathologie de la moelle, où se trouvent réunis un grand nombre de faits propres à éclairer l'étude de ces maladies, et du ramollissement en particulier (Anat. physiol. et palhol. de la moelle épin., 2e partie; in Journal des progrès , t. xii, p. 133; 1828). L'article Maladies de la moelle inséré par ce médecin dans le Dictionnaire de médecine, 2e édit., contient d'excellents documents, et résume ses derniers travaux.

MOLLUSCUM , s. m. Maladie cutanée ainsi nommée par Bateman , suivant les uns, à cause de l'analogie des tubercules qui la caractérisent avec les proéminences muciformes qui se développent sur l'écorce de l'érable ; suivant les autres, à cause de la mollesse de ces tubercules.

Synonymie suivant les auteurs. — Mal d 'Amboyne, BontiuS; mycosis fongoïde, Alibert; cancer mollusciforme, Rayer; molluscum, Bateman, Biett, Gazenave et Schedel.

Définition et division. — Le molluscum est une affection cutanée chronique, caractérisée par des tubercules en général très-nombreux , congéniaux ou acquis, dont le volume varie depuis celui d'un pois jusqu'à celui du poing, arrondis , ovales , aplatis ou irréguliers ; ordinairement sessiles , quelquefois pédicules, présentant tantôt la couleur naturelle de la peau , tantôt une coloration rouge, brune ou noirâtre , ayant une surface lisse ou mamelonnée , et une consistance tantôt solide , dure , tantôt mollasse.

Avec M. Jacobovics (du Molluscum, etc.; Paris , 1840), nous distinguerons trois variétés de molluscum , suivant que les tubercules sont Jongueux, athéromateux ou bigarrés, bien que ces distinctions ne reposent encore que sur des faits peu nombreux et incomplètement décrits.

Symptômes. — A. Molluscum fongueux. (mycosis fongoïde d' Alibert, cancer mollusciforme de Bayer, molluscum non contagieux de Bateman , Biett , MM. Gazenave et Schedel). On voit apparaître, le plus ordinairement sur la face et le cou, d'autres fois sur le tronc et les membres, de petites tumeurs dures, consistantes, comme squirrheuses , présentant la couleur naturelle de la peau , indolentes même à la pression, offrant une surface unie, luisante , comme vernissée ( Alibert ). Le nombre de ces excroissances varie; tantôt il est fort peu considérable , tantôt, au contraire, il est énorme. «Quelquefois, dit Bontius, les tumeurs couvrent le corps entier en aussi grand nombre que l'on voit les clous et les verrues répandues sur les pieds et les mains en Hollande.» MM. Cazenave et Schedel (Abrégé pratique des maladies de la peau, p. 386; Paris, 1838 ) et Jacobovics (ouvr. cit., p. 27 ) ont vu des malades dont tout le corps était criblé d'excroissances. «Il arrive quelquefois, dit Alibert (Monographie

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des dermatoses, p. 600 , in-4° ; Paris , 1 832 ) , que tout l'appareil tégumentaire en est couvert,» et cet auteur rapporte l'observation d'un malade chez lequel des tumeurs innombrables occupaient le front, les sourcils, les paupières , le nez , les joues , la lèvre supérieure dans toute son étendue, le menton , les aisselles, les jarrets, les aines, la hanche droite, les bourses , la partie interne des cuisses , les jambes, etc. On a vu des tumeurs de molluscum occuper le crâne et même le palais, où elles étaient recouvertes par une muqueuse parfaitement saine. Sur le crâne, les cheveux tombent ordinairement au niveau des excroissances (Arch. gén. de méd., t. vu, p. 246, 1840).

Au début, les tumeurs offrent tout à fait l'aspect des verrues, et ne dépassent point le volume d'une grosse tête d'épingle ou d'un pois; elles peuvent rester pendant plusieurs années dans cet état ; quelquefois , au bout d'un temps plus ou moins long , elles se flétrissent et se dessèchent (Alibert, loc. cit., p. 60 1 ) ; mais , le plus ordinairement , elles subissent , en raison d'un développement plus ou moins rapide, des modifications importantes.

Le volume des tumeurs augmente peu à peu , devient quelquefois considérable, et l'on observe de nombreuses variétés de forme. Les tumeurs acquièrent le volume d'une noisette, d'une noix, d'un œuf de pigeon , de poule , d'oie , ou même celui des deux poings ( Jacobovics, loc. cit., p. 30); quelques-unes sont aplaties et reposent sur une large base; la plupart sont , au contraire , portées par une espèce de pédoncule qui quelquefois est assez long : les tumeurs semblent alors être suspendues à une espèce de tige [Arch. gén. de méd., loc. cit., p. 248 ; molluscum pendulum de Willan). Tilesius a vu une tumeur qui pendait jusqu'au niveau de l'ombilic, et dont le pédicule s'insérait à la peau située au niveau de l'appendice xyphoïde( Tilesius, Historia pathologica singularis cutis turpitudinis Reinhardii viri ; Leipzig, 1793).

La forme de ces tumeurs est arrondie , ovale , souvent irrégulière; Alibert a vu des tubercules qui ressemblaient d'une manière parfaite à des morilles, à des agarics ; M. Jacobovics a vu une tumeur, du volume du poing, qui avait la forme d'une besace. La surface des tumeurs présente , sur les tubercules petits ou moyens , des rides, des sillons circulaires ou concentriques; sur les tubercules plus considérables , des rides irrégulièrement dessinées ( Rayer, Traité théorique et pratique des maladies de la peau, t. h, p. 260; Paris, 1835).

A mesure que les tumeurs deviennent plus considérables elles se ramollissent, deviennent mollasses, d'une texture comme spongieuse , et revêtent une coloration morbide variable; elles sont livides, rou-

ges, jaunâtres, violacées, brunes, noirâtres; leur surface est chagrinée, rugueuse, et présente quelquefois un petit pertuis central qui donne issue à des corpuscules noirâtres et vermiformes (Tilesius) , à un liquide roussâtre , fétide , teignant le linge , tantôt en vert, tantôt en jaune, se concrétant par l'action de l'air, et formant alors une couche croùteuse de couleur brune ou grisâtre. Au bout d'un temps variable , la peau se déchire , et chaque tumeur devient un ulcère profondément excavé , à bords calleux et renversés, d'un aspect sale et hideux, ressemblant aux ulcères vénériens, avec cette différence qu'ils ne provoquent ni douleurs vives, ni la carie des os (Bontius) ; ces ulcérations laissent écouler une matière puriforme, sanieuse , très-fétide.

En examinant la structure des tumeurs, on voit qu'elles sont formées, à la surface, par une couche plus ou moins épaisse d'un tissu dense, serré, assez semblable au tissu fibreux au-dessous duquel se trouve une substance lâche, et paraissant n'être que du tissu cellulaire mêlé de graisse.

A une époque avancée de la maladie, lorsque les ulcérations existent depuis déjà longtemps , des démangeaisons insupportables, des douleurs vives, se manifestent quelquefois dans les tumeurs , qui présentent un aspect horrible. «On s'imagine voir, dit Alibert , des fruits se pourrir et se dénaturer sur chaque tige qui les supporte , et l'on voit alors apparaître des symptômes généraux graves : les digestions s'altèrent , il survient de la diarrhée , les malades maigrissent, tombent dans le marasme, et finissent par succomber à la fièvre hectique (Alibert, loc. cit., p. 600-602).

B. Molluscum athéromateux ( molluscum contagieux de Bateman). — Les tubercules occupent de préférence la face , sont ordinairement d'un petit volume, et ne dépassent point les dimensions d'une petite fève ; ils sont durs , lisses , luisants , légèrement transparents , ne présentent aucune coloration morbide, et sont rarement pédicules; en exerçant une légère pression sur les tumeurs les plus larges , on en fait sortir un liquide semblable à du lait par une ouverture très-petite ( Bateman , Abrégé pratique des maladies de la peau, trad. de Bertrand, p. 327; Paris, 1820).

G. Molluscum bigarré. — Cette variété n'a encore été observée que par M. Jacobovics, auquel nous empruntons la description suivante.

Presque tous les tubercules débutent par une tache blanc jaunâtre , arrondie , de la grandeur d'un grain de millet ou d'une petite lentille, sans saillie ni poils; au toucher, les taches présentent moins de souplesse que la peau environnante : elles sont souvent le siège d'une légère démangeaison.

Regardée à la loupe, chaque tache offre, dans son

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milieu, un point blanc arrondi, de la dimension d'une tête d'épingle ou d'un grain de millet , situé audessous de 1'épiderme aminci; la coloration blanche est plus prononcée dans le centre de ce point qu'à la circonférence.

Quelques-unes de ces taches restent stationnaires pendant un temps très-long, quelquefois pendant des années entières ; mais d'autres font des progrès assez rapides.

Indépendamment des taches que nous venons de décrire, on en voit d'autres plus considérables , dont le centre proémine d'une demi-ligne environ audessus du niveau de la peau, et qui, au lieu d'un point blanc central, présentent trois ou quatre points arrondis, inégaux , formant comme des petits ilôts d'un blanc sale au milieu de la teinte brunâtre du reste de la tache.

Par les progrès de leur développement , toutes les taches se transforment en de véritables tubercules, arrondis et du volume d'un pois ou d'une noisette , ou ovales et de la grosseur d'une fève; l'épiderme aminci et transparent laisse voir la teinte jaune brunâtre du tubercule qui reçoit un aspect bigarré de la dissémination , sur sa surface , d'un nombre plus ou moins considérable de points blancs, lesquels, bien que serrés les uns contre les autres, laissent pourtant entre eux de petits intervalles présentant la coloration du fond.

Les tubercules sont plus résistants que la peau environnante; ils occupent surtout le cou et le dos, et sont tantôt isolés, tantôt groupés deux ou trois ensemble.

Lorsqu'on pique l'épiderme au niveau d'un point blanc, et que l'on exerce une légère compression, on exprime quelquefois une petite quantité de matière sébacée.

On rencontre quelquefois une autre forme de tubercules : ceux-ci sont mous, flasques, parcourus par des sillons qui leur donnent un aspect bosselé et lobuleux ; leur fond bleuâtre est piqueté de petits points blancs grisâtres plus disséminés que les points blancs des tubercules précédents. En piquant le fond des sillons , on provoque facilement un léger suintement sanguinolent, mais jamais on ne parvient à exprimer de la matière sébacée.

On voit encore des tubercules noirâtres, isolés, rugueux et durs au toucher, ne présentant qu'à leur circonférence quelques traces de points blancs (Jacobovics, loc. cit., p. 63-67).

Marche. } durée , terminaison. — La marche de la maladie est toujours fort lente, mais elle n'est pas régulière ; les tumeurs peuvent rester stationnaires pendant un temps plus ou moins long, puis faire des progrès plus ou moins rapides ; elles peuvent, dès leur apparition , tendre sans cesse , quoique

très-lentement , vers un plus grand développement. Chez le malade observé par Tilesius , il se manifestait régulièrement chaque mois une exacerbation sur quelques points , là où les tubercules étaient les plus nombreux ; ces exacerbations étaient caractérisées par un prurit très- incommode , des horripilations , de la chaleur à la peau, de l'inappétence et un mouvement fébrile. Les vicissitudes atmosphériques exerçaient une très-grande influence : tantôt les tumeurs étaient complètement indolentes , tantôt l'attouchement le plus léger y provoquait des douleurs atroces.

Le malade dont Alibert a rapporté l'histoire a vécu cinq ans, et l'on voit , dans les observations peu nombreuses que possède la science , que le molluscum a toujours suivi une marche chronique, très-lente; dix ans peuvent s'écouler avant que les tumeurs s'ulcèrent largement et que des symptômes généraux graves se manifestent. On ne connaît pas d'exemple de guérison de cette affreuse maladie.

Diagnostic , pronostic. — Le diagnostic est toujours facile, et les caractères que nous avons assignés aux tubercules du molluscum ne permettront jamais de confondre ceux-ci avec les tubercules de l'éléphantiasis des Grecs, du frambcesia ou de la syphilis.

Le pronostic est toujours grave , quant à l'incurabilité de la maladie; mais nous avons dit que celle-ci peut se prolonger autant que la vie du sujet sans donner lieu à aucun accident fâcheux, et que la mort n'est à redouter que lorsque les tubercules sont largement ulcérés.

Étiologie. — Le molluscum a surtout été observé dans les Indes ; cependant on a vu que plusieurs faits ont été recueillis en France; Bontius pense qu'il faut attribuer le mal d'Amboyne à l'influence du climat et des vapeurs salées qui s'élèvent de la mer ; à la mauvaise alimentation des indigènes qui se nourrissent de viandes gâtées , de poissons putréfiés et d'un pain fait avec de la farine obtenue par la trituration de l'écorce des arbres. Les deux sexes paraissent être également affectés ; les uns assurent que la maladie attaque de préférence les vieillards, les autres qu'elle est plus commune chez les enfants, et principalement cbez ceux des nègres ou des mulâtres. Alibert dit que le molluscum se montre surtout chez les sujets scrofuleux , rachitiques.

Tantôt la maladie est congéniale (Tilesius), tantôt acquise; Biett l'a vue se développer chez des femmes en couches , M. Rayer chez une femme atteinte d'un cancer du sein , MM. Gazenave et Schedel chez un vieillard affecté de prurigo.

Le molluscum athéromateux (molluscum contagiosum dfe;$àteman) semble se propager par contagioiu«j£rfeman assure qu'il fut transmis à une nourrice pàf son nourrisson qui, lui-même, l'avait gagné

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d'un autre enfant ; Carswell et Thomson ont rapporté un exemple analogue.

En résumé , il faut dire , avec MM. Gazenave et Schedel: «On ne sait rien de positif sur les causes du molluscum. »

Traitement. — Jusqu'à présent la thérapeutique ne possède aucun moyen efficace contre le molluscum ; Bielt a essayé une foule de médications sans en oblenir aucun résultat. Les sudorifiques, les purgatifs, les mercuriauxont été employés sans succès ; lorsque les tubercules sont ulcérés, il faut essayer de modifier les surfaces par des lotions stimulantes, styptiques, répétées plusieurs fois par jour : Biett a retiré , à cet égard , de bons effets d'une dissolution de sulfate de cuivre. Les préparations arsenicales ne doivent pas être négligées.

Nature. — Classification dans les cadres nosologiques. — On ne sait absolument rien sur la nature du molluscum , et Alibert n'était nullement autorisé à placer cette affection parmi les dermatoses véroleuses (7e groupe, 2e genre). M. Rayer ne mentionne le molluscum qu'à propos des affections cancéreuses de la peau, mais il n'émet aucune opinion quant à la nature de la maladie. Wilson et Biett ont placé le molluscum parmi les tubercules (7e ordre).

Historique et bibliographie. — «L'histoire du molluscum est très-obscure, disent MM Cazenave et Schedel. Bateman est le premier qui ait appelé sur elle l'attention des pathologistes. C'est l'éruption fongo'ide de Bontius ; mais avant et depuis ces auteurs, le molluscum paraît avoir été décrit sous d'autres noms, et il se présente trop rarement pour que l'on ait pu grouper ses variétés autour d'un genre bien distinct et bien tranché. » Les traités de dermatologie de Bateman , d'Alibert, de MM. Rayer, Gazenave et Schedel, les opuscules de Tilesius et de M. Jacobovics , sont les seules sources qui fournissent quelques documents à l'histoire du molluscum. Nous devons mentionner spécialement la brochure de M. Jacobovics qui résume fidèlement tout ce qui a été publié sur ce sujet.

MORVE, s. f.

Dénominations françaises et étrangères. — Morve, farcin, jetage, glandage. Fr. — MaXtç. Gr.

— Malleus humidus, malleus farciminosus. Lat.

— Moccio, rogna. Ital. — Mocos, lamparones. Esp. — Glanders ,farcf. Angi. — Rotz, Rotzkrankheit, ffurmkranlcheit. AH. — ■ Nosacisma. Polon.

— Saccaoué , sarajgé. Arab.

Nous croyons qu'il n'est plus nécessaire, aujourd'hui, dans un travail sur la morve humaine, de commencer par établir l'existence de cette affection. En présence des faits péremptoircs, et malheureusement trop nombreux, qui se sont produits depuis quelques années , des expériences décisives qui ont été faites , le doute n'est plus permis , et nous aimons à penser

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que M. Barthélémy, lui-même, a renoncé à des dénégations désormais impossibles. Les longues discussions qui ont eu lieu à l'Académie de médecine, et dans lesquelles ce vétérinaire distingué a soutenu , avec quelques autres personnes, une lutte beaucoup trop prolongée, n'ont plus qu'un intérêt historique, et c'est dans un des derniers paragraphes de cet article qu'elles seront rappelées (voy. Nature).

Quelques faits observés et une expérience effectuée par MM. Renault et Bouley avaient conduit ces observateurs, ainsi que M. Tessier, à mettre en doute l'existence d'un virus morveux; et à se demander si la morve n'était pas une simple fièvre purulente qui tantôt se développait spontanément chez l'homme comme chez le cheval, et qui, dans d'autres cas, était le résultat d'une phlébite ou d'une résorption purulente. Nous discuterons celte opinion lorsque nous nous occuperons de la nature de la morve (voy. Nature) ; ici , sans traiter la question de la génération spontanée du pus (voy. Pyohémie), nous nous contenterons de rappeler qu'il n'existe pas d'exemple de morve humaine spontanée, et que, chez l'homme, la morve se présente avec des caractères anatomiques et symptomatiques qui n'appartiennent qu'à elle , et qu'on ne retrouve point dans la pyohémie (voyez Diagnostic et Nature).

Enfin , nous devons encore prévenir le lecteur que nous n'étudierons, dans ce travail, que la morve de l'homme; il est sans doute utile, sinon indispensable, que le médecin ne soit pas étranger à l'histoire de la morve chevaline, mais nous devons, ici, supposer que cette étude préalable n'a pas été négligée, et nous ne devons pas entrer dans des détails qui appartiennent exclusivement à la médecine vétérinaire.

Définition et division. — Il est parfaitement démontré , aujourd'hui, que la morve et le farcin, à l'état aigu ou chronique, ne constituent point des maladies distinctes, mais qu'ils ne sont, au contraire, que des formes différentes d'une seule et même affection. Tous les jours , chez le cheval , on voit l'une de ces formes succéder à l'autre, et la pathologie humaine présente également des faits nombreux à l'appui de cette assertion. On a vu, chez l'homme, un farcin chronique se terminer, au bout d'un temps plus ou moins long, par une morve aiguë {l'Expérience, n° du 20 février 1840 ; — Bérard , Académie de médecine, séance du 2 novembre 1841 ; — Deville, Revue médicale, cahier d'avril 1841, etc.) ; on a vu des hommes contracter la morve aiguë par suite d'un contact avec un cheval affecté de morve ou de farcin chronique (Andral , Acad. de médecine , séance du 5 février 1839; — Landouzy , Acad. de médecine, séance du 9 juillet 1844). M. Leblanc a d'ailleurs rapporté un grand nombre d'expériences qui ne permettent plus le moindre doute à cet égard.

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«Je pense, disait cet auteur dans un premier travail, que, sous les noms de morve aiguë, morve chronique ^ morve pustuleuse, morve gangreneuse, farcin aigu,farcin chronique, on a décrit des modifications ou des formes diverses d'une seule et même maladie... L'identité de nature des diverses espèces de morve est si réelle, qu'il est admis généralement, même par ceux qui les croient distinctes, qu'une espèce succède souvent à l'autre. Ces transformations ne sont , pour moi , que des formes d'un même mal» ( Leblanc , des Diverses espèces de morve et de farcin considérées comme des formes variées d'une même affection générale contagieuse, p. 7- 9; Paris, 1839). Pour justifier ces propositions, M. Leblanc se livra à de nombreuses expériences d'inoculation desquelles il résulta que l'inoculation de liquides morveux peut donner lieu au développement du farcin , et celle de liquides farcineux au développement de la morve ( Leblanc , Recherches expérimentales et comparatives sur les effets de l'inoculation, au cheval et à l'âne, du pus et du mucus morveux, etc. ; Paris , 1839 ). Ce résultat avait déjà été mis hors de doute quant à l'affection morveuse des solipèdes, par les recherches d'Albigaard et Viborg, de Goleman et Jolivet, de White, de Gérard {Remarques et observations sur IHdentité de la morve et du farcin , in Recueil de méd. vétérinaire, t. iv, p. 296 ; 1 827) ; il a encore été confirmé par de nombreuses expériences faites à l'École de Lyon [Rec. de méd. vétérin., 1841).

En nous plaçant à ce point de vue général , imposé par une saine appréciation pathogéuique, nous définirons Y affection morveuse :

Une maladie générale, spécifique, virulente, contagieuse, se transmettant des solipèdes à l'homme et de celui-ci à son semblable par inoculation et par infection, principalement caractérisée par des altérations spéciales de la peau, des fosses nasales et du tissu cellulaire.

Les différents termes de cette définition seront justifiés dans le cours de ce travail ; quant aux divisions que nous adopterons, elles résultent naturellement de ce qui précède. Les diverses formes de l'affection morveuse se montrant tantôt isolées , tantôt réunies sur le même individu , nous étudierons, dans des chapitres séparés : A la morve ; a aiguë, b chronique; B lejarcin ; a aigu, b chronique ; G la morve farcineuse. Nous rejetterons toutefois à la fin, pour les étudier d'une manière générale , les causes, le traitement et la nature de l'affection morveuse.

A. Morve proprement dite.

a. Morve aiguë.

Altérations anatomiques. — 1° Peau. — Le tégument externe présente , chez les individus qui

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ont succombé à la morve aiguë , des altérations nombreuses , variées , caractéristiques , qu'il importe d'étudier avec soin ; nous distinguerons des pustules simples, des pustules tuberculeuses, des bulles, des tubercules, des érysipèless des abcès dermiques et des gangrènes.

Pustules simples. — On trouve sur plusieurs régions du corps un nombre plus ou moins considérable de pustules à différentes phases de développement (voy. Symptômes). Les altérations qui représentent les pustules naissantes sont constituées par des espèces de petites papules d'une demi-ligne à une ligne de diamètre , lesquelles , d'un rouge vif pendant la vie , sont , après la mort , blanches , assez dures, et formées par un épaississement , une injection des couches les plus superficielles du derme correspondant ; souvent les papules rouges observées pendant la vie disparaissent complètement, de manière à ne laisser aucune trace sur le cadavre ( Saussier, Nouvelles observations de morve chez l'homme, in l Expérience , t. v, pag. 388; 1840).

Les pustules du second degré, devenues moins apparentes tant pour leur volume que pour leur coloration , dépourvues du disque inflammatoire qui les entourait pendant la vie, d'un blanc mat, presque sans aucun soulèvement épidermique , d'une dimension qui varie entre celle d'une tête d'épingle et celle d'un gros pois , offrent une disposition particulière. Au-dessous de l'épiderme , on trouve une matière plastique, concrète, sèche, ne présentant aucun des caractères du pus, formée par une espèce de pseudomembrane dans laquelle on distingue, quelquefois, des globules sanguins altérés présentant encore leur forme propre et leur coloration jaunâtre, et contenant une espèce de détritus semblable à ce que l'on observe quand on examine du tissu cellulaire mortifié; le fond est formé par une matière grisâtre , granulée , mêlée de filaments semblables aussi à ceux qui entrent dans la composition du tissu cellulaire (Donné ). Au-dessous de cette substance , le chorion offre des petits points rouges ; son épaisseur est diminuée, sa surface déprimée et quelquefois excoriée ( Rayer, De la Morve et du farcin chez l'homme, p. 25-26, in-4°; Paris, 1837).

Les pustules du troisième degré, ou pustules suppurées, varient suivant l'état de la suppuration. Lorsque le sommet de la pustule est seul purulent, la pustule est petite, acuminée, et présente la disposition suivante : «Immédiatement au-dessous de l'épiderme est contenu, en petite quantité, unliquide séreux, limpide, qui s'écoule ; il recouvre un tissu jaunâtre, formant les sept huitièmes au moins de la pustule. Ce tissu , assez dense , comme lardacé , a la forme d'un petit pois; dans toute son étendue , mais principale-

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