‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 5)Chapitre 8 sur 59 · M OH · texte numérisé non relu

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ment autour de la cavité qui contient le liquide séreux, il est entouré d'un cercle rouge, linéaire, très-apparent ; par la pression , et avec la pointe du scalpel, on peut obtenir.de ce tissu une matière visqueuse , incolore et peu abondante. Bien que tout à fait distinct du tissu cellulaire qui l'environne, ce disque de la pustule se confond insensiblement avec lui»(Saussier, loc. cit., p. 375). Ge disque, décrit par M. Saussier, est probablement formé par la substance de laquelle M. Donné a donné une description que nous avons rapportée plus haut.

Dans les pustules suppurées en totalité , le disque décrit par M. Saussier a complètement disparu , ou n'est plus représenté que par une couche très-mince; et, ici encore, différentes dispositions peuvent se présenter.

Les pustules sont , en général , très-affaissées , aplaties , pâles , grisâtres , médiocrement résistantes , volumineuses ; leur dimension peut atteindre celle d'une pièce de 50 centimes : elles n'offrent, à leur pourtour, que très-peu de rougeur et d'induration; quelques-unes sont entourées d'une auréole violacée ou jaunâtre de 1 à 2 et même 3 lignes de largeur, au niveau de laquelle le derme n'offre d'autre altération qu'une augmentation de densité, une résistance plus grande sous le scalpel, et une injection de sang noir (Legroux, l'Expérience, t. v, p. 403; 1840); d'autres fois on ne remarque aucune altération à leur pourtour (Saussier, loc. cit.,p. 389). L'épiderme n'est soulevé qu'au niveau du liquide que renferme la pustule ; il n'offre ordinairement aucune dépression centrale ; cependant M. Saussier (loc. cit., p. 374 ) a vu des pustules ombiliquées , semblables à celles de la variole. La dépression centrale n'était-elle point , dans ce cas , due à l'issue ou à la dessiccation d'une partie du liquide qu'avait contenu la pustule? M. Rayer, MM. Nonat et Bouley , ont montré , en effet , que la dépression centrale peut être le résultat de cette disposition , et n'être, par conséquent , qu'apparente, si on la compare à celle des pustules varioliques. En incisant avec précaution ces pustules, on voit qu'elles sont successivement formées , de dehors en dedans , par l'épiderme soulevé et aminci, par une couche plus ou moins épaisse de liquide, par une couche mince, concrète, ressemblant à une pseudomembrane , par le derme dénudé.

Le liquide, immédiatement placé au-dessous de l'épiderme, est formé par une matière plus ou moins visqueuse , contenant un nombre variable de globules de pus ayant leur aspect ordinaire (Gluge). «Le liquide , dit M. Saussier ( loc. cit., p. 389), est formé par une substance opaline analogue, pour la consistance , à du mucus épais.»

La couche concrète, formée par une matière tenace , cohérente , composée de grains très-fins , of-

fre une surface comme granuleuse , et renferme des globules de pus (Gluge ).

Le derme , qui constitue le fond de la pustule , est excavé et forme une espèce de capsule dont les parois sont quelquefois lisses et uniformes ( Saussier, loc. cit., p. 389); mais qui, le plus ordinairement, présentent des dispositions toutes spéciales. Tantôt le derme offre une teinte jaune clair, et ressemble assez bien à une pseudomembrane; il est épaissi, ses aréoles sont dilatées et remplies par du pus plus ou moins concret, que l'on fait sortir par la pression sous forme de gouttelettes , après l'issue desquelles on constate parfaitement l'élargissement, la dilatation des aréoles dermiques (Legroux, loc. cit., p. 405). Tantôt les mailles du derme sont tellement écartées qu'il n'en existe plus de traces ; le derme lui-même est détruit dans une étendue plus ou moins considérable , et le fond de la pustule est constitué dans ce point par une ulcération arrondie , quelquefois irrégulière, à bords taillés à pic, et d'un rouge livide; enfin , le derme peut être détruit dans toute son épaisseur, et alors le fond de la pustule est constitué par le tissu cellulaire sous-cutané . qui est rougeâtre, infiltré de pus , ou même qui est le siège d'une petite collection purulente. «Cette disposition tout à fait particulière, dit M. Rayer (loc. cit., p. 26), ne se retrouve dans aucune éruption pustuleuse de la peau. » Quelquefois, au niveau de ces pustules, le soulèvement épidermique a été enlevé , et alors l'ulcération est à nu sur la surface de la peau (pustules ulcérées).

On rencontre quelquefois des pustules qui sont arrivées à la période de dessiccation ; leur centre est déprimé , occupé par une croûte brunâtre qui s'enfonce profondément dans le derme , mais qui ne va pas audelà de sa couche la plus profonde. La peau , épaissie et d'une couleur rouge-foncé , forme autour de la croûte un bourrelet arrondi assez saillant ( Nivet, Observation de morve aiguë chez l'homme, in Gazette médicale, t. vi,p. 731 ; 1838). Les pustules parvenues à la période de dessiccation, celles surtout d'une dimension moyenne , forment quelquefois des espèces de petits mamelons qui , lorsque les pustules sont agglomérées , présentent un aspect particulier ; on voit des plaques formées par un grand nombre de petits mamelons réunis autour d'une pustule plus considérable, et de moins en moins développés à mesure que la circonférence s'élargit : MM. Nonat et Bouley , qui ont décrit cette disposition , ont vu une plaque qui figurait très-exactement le mamelon du sein et son auréole ( Nonat et Bouley , Recherches sur la morve aiguë, in l'Expérience, t. in, p. 258; 1839).

Pustules tuberculeuses. — Les pustules auxquelles on a donné ce nom sont ordinairement peu volumineuses, acuminées, et reposent sur une base

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élevée, empâtée, rouge, très-large, assez semblable à une plaque d'urticaire ou à une tumeur d'érythema nodosum(Rayer,/oc.c/f.Jp. 44-49,obs. deMac-Donnel ; — Saussier, loc cit., p. 387). Cette base est trèsdure, sans limite exacte , et s'enfonce profondément (Schilling). Sur le sommet de quelques-unes de ces pustules, il existe parfois, comme dans les furoncles , plusieurs petits foyers jaunâtres qui semblent être isolés les uns des autres; mais lorsqu'on incise l'épiderme, on voit que ces foyers communiquent tous ensemble (Saussier, loc. cit., p. 374).

Bulles. — L'épiderme, très-mince, se déchirant avec la plus grande facilité , est soulevé dans une étendue plus ou moins considérable, de manière à former des phlyctènes, des bulles, pouvant présenter les dimensions d'une pièce de 5 francs ; ces soulèvements épidermiques ressemblent à ceux que l'on observe dans l'érysipèle bulleux ou phlycténoïde, dans le rupia , dans le pemphygus. Au-dessous de l'épiderme, on trouve une sérosité roussâtre, noirâtre, quelquefois sanieuse, puriforme; souvent elle contient une assez grande quantité de sang. Le derme est épaissi, rouge, tomenteux à sa surface, ramolli, imbibé, souvent dans toute son épaisseur, d'un sang liquide et noirâtre ; cette infiltration sanguine s'étend quelquefois jusqu'au tissu cellulaire sous-cutané. Le derme qui constitue le fond des bulles peut être complètement mortifié (bulles gangreneuses).

Tubercules. — MM. Nonat et Bouley (loc cit. , p. 356) ont vu, sur le front d'un homme atteint de morve aiguë , une dixaine de tumeurs rougeâtres , au niveau desquelles la peau était livide, presque noire.

Ces tubercules, disent ces observateurs, suppurent avec une grande promptitude : il suffit quelquefois de deux heures pour que l'on puisse y constater une fluctuation manifeste.

Érysipèle. — La face est presque constamment le siège d'un érysipèle plus ou moins étendu, bulleux, œdémateux, phlegmoneux ou gangreneux; quelquefois il est étendu au cuir chevelu. Les lésions anatomiques ne présentent d'ailleurs rien de particulier à cet égard (voy. Symptômes).

Abcès dermiques. — Nous avons dit que , au niveau des pustules , les aréoles du derme sont souvent distendues et remplies par du pus ; quelquefois on trouve , dans l'épaisseur même du derme , de petites collections purulentes correspondant à des points érysipélateux ; enfin, nous avons vu de petits abcès semblables, placés dans l'épaisseur du derme, dont rien sur la surface de la peau ne pouvait faire présumer l'existence.

Gangrène. — La gangrène occupe quelquefois le fond des bulles que nous avons décrites, ou bien les parties érysipélateuses , mais souvent elle se montre indépendamment de ces lésions. Ses caractères ana-

tomiques n'offrent rien de particulier, mais il ne faut pas s'en laisser imposer par des ecchymoses très-noires que Ton observe quelquefois sur différents points du corps. Sur un malade observé par M. Deville, toute la partie moyenne, supérieure et latérale droite de la face présentait une teinte d'un brun noirâtre ; sur le front et dans le voisinage du nez le tégument offrait toutes les apparences de la gangrène , et plusieurs médecins n'hésitèrent point à déclarer qu'il était frappé de mort. Cependant, la peau ayant été exposée à un courant d'eau et malaxée entre les doigts, on la débarrassa peu à peu du sang qu'elle contenait, et elle se montra alors avec son organisation primitive et sa consistance ordinaire. «Il faut donc, dit M. Deville, examiner les parties avec le plus grand soin ; peut-être a-t-on souvent admis la gangrène alors qu'elle n'existait point » (Deville , Farcin chronique chez i homme suivi de morve aiguë, in Revue médicale, n° d'avril 1841, p. 50).

2° Tissu cellulaire et muscles. — Chez le cheval, la morve et le farcin constituent deux formes que l'on trouve quelquefois réunies (morve farcineuse) , mais qui, le plus ordinairement, sont parfaitement distinctes ; le farcin est principalement caractérisé par la présence de collections purulentes, la morve par des altérations des fosses nasales. Chez l'homme, il n'en est pas tout à fait de même, et la morve aiguë est presque constamment accompagnée d'abcès plus ou moins nombreux, que nous sommes, par conséquent , obligés de décrire ici.

Au niveau de certaines pustules, le tissu cellulaire sous-cutané est quelquefois, comme nous l'avons dit, infiltré de pus ; il peut même être le siège d'une petite collection purulente circonscrite. Au niveau de;; bulles gangreneuses il est souvent infiltré d'un liquide gélatineux , d'une sérosité claire ou roussâtre , noirâtre , sanguinolente.

Abcès. — Presque toujours, on rencontre sur la tête, le tronc, les membres, un nombre plus ou moins considérable de collections purulentes, ayant leur siège soit dans le tissu cellulaire sous-cutané ou intermusculaire, soit dans les muscles eux-mêmes.

Sur la face, sur le cuir chevelu, le pus, tantôt infiltré, tantôt réuni en foyer dans le tissu cellulaire sous-cutané, correspond souvent à l'érysipèle dont ces parties ont été le siège (érysipèle phlegmoneux). Les abcès sont peu considérables; au-dessous de collections purulentes du cuir chevelu, Elliotson (Arch. gén. de méd. , mai 1837, p. 83), Williams (même reeueil, 1833, t. u, p. 382), ont vu des tubercules petits, arrondis, blanchâtres, développés dans l'épaisseur du tissu cellulaire sous-cutané et adhérents au péricrâne. On a vu de petites collections purulentes être placées entre les os du crâne et leur périoste.

Sur le tronc, aux membres, les abcès du tissu eeU

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lulaire sont irréguliers , quelquefois très-vastes ; autour du foyer, du pus est infiltré dans le tissu voisin; tantôt le pus est réuni dans le tissu cellulaire souscutané, tantôt la collection est sous-aponévrotique, et le pus fuse entre les muscles ; quelquefois il est circonscrit par une enveloppe pseudomembraneuse trèsmince, rougeâtre, ou molle et épaisse.

M. Nivet (loc cit., p. 732) a vu un abcès qui, développé au-dessous de la partie antérieure du muscle deltoïde droit, se prolongeait presque dans le creux de l'aisselle , en passant enlre l'humérus et les muscles qui s'attachent à l'apophyse coracoïde ; il remontait au-dessous du petit pectoral jusqu'à 1 pouce de la clavicule, et descendait jusqu'au bord inférieur du muscle grand pectoral; il contenait environ deux verres et demi de pus ; ses parois étaient formées, antérieurement, par les musles deltoïde, biceps, coracobrachial, petit et grand pectoral ; postérieurement par l'humérus et les muscles grand dorsal, grand dentelé et grand rond ; chez le même malade , un autre abcès, du volume de la moitié d'un œuf, existait au niveau du cinquième espace intercostal droit, immédiatement en dehors des cartilages costaux, et soulevait le feuillet pariétal de la plèvre. Les muscles qui remplissent l'espace qui sépare les cinquième et sixième côtes étaient détruits dans l'étendue de 1 pouce et demi, et le pus de l'abcès sous-pleural communiquait, par cette ouverture, avec une troisième collection purulente placée au-dessous du muscle grand pectoral. On a vu un seul abcès occuper pour ainsi dire toute la moitié inférieure de la cuisse. Elliotson a vu un abcès de la main qui communiquait avec l'articulation métacarpo-phalangienne du médius droit.

Les abcès contiennent du pus dont les caractères varient ; il est tantôt jaunâtre , bien lié , presque louable; tantôt il ressemble à une bouillie rougeâtre, aune glace à la groseille, à un mélange de pus et de sang; et dans une circonstance semblable, M. Gluge y a trouvé, en effet, des globules purulents , des globules sanguins et des vésicules adipeuses. M. Rayer a vu le pus contenir, en suspension , une matière plus solide, plus blanche, analogue aux bourbillons des furoncles.

Dans deux cas, on a rencontré dans le tissu cellulaire des masses gélatineuses que nous ne pouvons qu'indiquer, en l'absence d'une description satisfaifaisante.

Les abcès musculaires sont ordinairement très-petits ; ils égalent à peine, quelquefois, le volume d'un grain de millet; mais M. Vigla se trompe lorsqu'il «ssure qu'ils ne dépassent guère le volume d'une noix (Vigla , De la Morve aiguë chez l'homme, thèse de Paris , 1 839, n° 1 8 , p. 56) ; on en a vu souvent de beaucoup plus considérables ; dans un cas rapporté

par M. Saussier (loc. cit., p. 376), il en existait un du volume d'un œuf de poule, dans l'un des muscles psoas-iliaques. On a même décrit des abcès qui avaient détruit un muscle tout entier.

« Les abcès occupent les parties centrales des muscles; ils sont contenus dans la substance musculaire même. Les fibres musculaires ne sont point écartées ; elles sont interrompues, détruites: ce sont elles qui ont fourni le pus. Si les tendons se trouvent en rapport avec le pus, les fibres tendineuses sont également détruites. Quelquefois on trouve un abcès au centre d'un tendon dont les fibres périphériques sont parfaitement intactes» (Saussier, loc. cit., p. 789). Il n'existe jamais de membrane; les parois de l'abcès sont constituées par les fibres musculaires ellesmêmes , érodées, irrégulièrement découpés , et dont les débris flottants simulent quelquefois de petites végétations (Vigla, thèse citée, p. 56).

Le pus peut offrir les différents caractères que nous avons indiqués en parlant des abcès du tissu cellulaire.

Le nombre des abcès du tissu cellulaire et des muscles est quelquefois très-considérable. Chez un malade observé par M. Saussier, la plupart des muscles des membres supérieurs étaient parsemés d'abcès. En général, ces collections purulentes occupent de préférence la tête et les membres supérieurs, mais souvent aussi on en rencontre sur le tronc et les membres inférieurs. B1M. Breschet et Vigla ont trouvé des abcès jusque dans les muscles du pharynx ; M. Andral a vu le voile du palais être infiltré de pus (Acad. de médecine, séance du 4 février 1839).

3° articulations. — Système osseux. — Des articulations qui pendant la vie ont été le siège de trèsvives douleurs n'offrent, quelquefois, aucune lésion après la mort; d'autres fois , au contraire, on rencontre des altérations qui sont superficielles ou profondes.

Les premières sont caractérisées par l'injection , l'infiltration, l'épaississement , l'induration du tissu cellulaire péri-articu!aire ; quelquefois du pus est infiltré, et occupe jusqu'aux gaines tendieuses.

Les lésions profondes occupent l'intérieur de l'articulation. La synovie est plus abondante qu'à l'état normal ; elle est plus visqueuse, opaque, trouble, sanguinolente, purulente , floconneuse; M. Saussier a vu des abcès au milieu des ligaments croisés de l'articulation fémoro-tibiale gauche; quelquefois les abcès articulaires communiquent avec des collections purulentes placées à l'extérieur de l'articulation. La membrane synoviale est injectée, épaissie sur les bords ; M. Nivet {loc. cit., p. 732) a vu une couche pseudomembraneuse, peu épaisse, tapisser la face interne du ligament orbiculaire de l'articulation scapulo-humérale droite. Les vaisseaux du tissu cellulaire

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sous-synovial ont été vus injectés, enflammés, oblitérés. On n'a pas observé d'altérations des cartilages.

Il est rare que les lésions soient bornées à une seule articulation : on les a rencontrées clans toutes les articulations d'un membre et dans la plupart des articulations de l'économie.

Au niveau des abcès primitivement développés, soit dans le tissu cellulaire, soit dans les muscles, mais dont le pus est arrivé à se mettre en contact avec les os, ceux-ci présentent ordinairement des altérations graves qui , d'ailleurs , peuvent également être produites par une collection purulente ayant son siège entre le périoste et l'os. Ces altérations consistent en dénudation, érosion, ramollissement, carie, etc. MM. Nonat et Bouley ont trouvé les cellules du diploe pleines de pus au niveau d'abcès qui siégeaient sur les régions pariétale droite , et occipitale. Nous reviendrons, dans le paragraphe suivant, sur les lésions des parties osseuses qui appartiennent, plus ou moins directement , aux fosses nasales.

4° Fosses nasales et sinus frontaux , ethmoïdaux , maxillaires , etc. — Les altérations des fosses nasales, comme celles de la peau, sont caractéristiques de la morve : elles ont existé dans tous les faits observés.

La muqueuse est couverte par une couche plus ou moins épaisse d'un mucus jaune, rouge, gris , brunâtre, puriforme, sanieux , quelquefois gélatiniforme (Deville, loc. cit., p. 53), souvent fétide; le plus ordinairement c'est un mucus visqueux, d'un jaune grisâtre , offrant à la surface et dans son intérieur des stries et des points sanguinolents. M. Rayer a constaté , dans un cas , qu'il était alcalin , formé par de petits globules analogues à ceux qu'offre le pus putréfié , et qu'il ne présentait pas d'animalcules distincts (Rayer, loc. cit,,$. 29-30). M. Lhommeau a trouvé l'orifice postérieur des fosses nasales bouché par une masse demi-solide, ressemblant à un paquet de fausses membranes triturées avec du sang {l'Expérience , t. v, p. 121 ; 1840).

Au-dessous de cette couche de mucus , la membrane conserve , en quelques points , ses caractères naturels, ou ne présente que de légères arborisations et un pointillé roug-e; mais, dans d'autres parties, elle est le siège d'altérations variées que nous allons décrire avec soin.

Toute la membrane de Schneider peut être d'un rouge vif, très-injectée, fortement épaissie, ramollie et infiltrée d'un liquide séro-sanguinolent; l'injection et l'épaississement peuvent occuper jusqu'à la couche fibreuse de la membrane; l'épaississement peut être assez considérable pour que des feuillets opposés se trouvent presque en contact, de manière à produire le rétrécissement , l'oblitération des narines. La muqueuse est parsemée d'ecchymoses , dont la

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couleur varie depuis le rose intense jusqu'au brun foncé. Dans le fait observé par M. Landouzy , toute la muqueuse des fosses nasales offrait une coloration noire très-prononcée (Observation de morve aiguë, etc., in Gazette médicale , n° du 20 juillet 1844, p. 462). M. Becquerel a vu la plus grande partie de la membrane de Schneider réduite en un détritus d'un rouge noirâtre, gangreneux, s'enlevant avec la plus grande facilité.

A une époque plus avancée de la maladie , les fosses nasales sont le siège d'une éruption pustuleuse analogue à celle de la peau ; et les pustules , suivant leur degré de développement, se présentent sous deux formes principales.

Dans le premier degré , on aperçoit sur la muqueuse un nombre plus ou moins considérable de points blancs, dont le volume varie depuis celui d'une petite tête d'épingle jusqu'à celui d'un grain de millet : ces points forment une légère saillie audessus de la surface muqueuse; on en rencontre dans toute l'épaisseur, et jusque dans la couche la plus profonde de la membrane ; ils font corps avec cette dernière, et ne peuvent en être séparés sans qu'il en résulte une déchirure au pourtour. Ces points, qui ont été décrits à tort par quelques auteurs sous le nom de tubercules , sont isolés ou agglomérés ; M. Rayer les a vus former, par leur réunion, une plaque saillante, blanchâtre , de la dimension d'une pièce de 1 fr. Lorsque l'on incise verticalement un de ces points , on voit qu'il est constitué par une matière concrète et assez consistante. Dans un cas , M. Saussier (loc. cit., p. 390) a vu, au lieu de points blancs miliaires, des tumeurs pisiformes un peu aplaties, blanchâtres , concrètes, et étendues aux deux couches de la membrane de Schneider.

Dans un second degré, la substance concrète dont nous venons de parler est ramollie ; elle est remplacée par du pus , et l'on aperçoit alors de véritables pustules : celles-ci sont aplaties, lenticulaires, entourées d'un cercle rouge plus ou moins prononcé, et présentent 3 ou 4 lignes de diamètre; ordinairement discrètes , elles sont quelquefois réunies au nombre de trois, quatre ou six. M. Rayer a vu quatre pustules agglomérées former une petite tumeur purulente du volume d'une demi-noisette. Lorsque l'on déchire l'une de ces pustules, et qu'on enlève le pus, on voit que le fond est constitué par une ulcération superficielle, arrondie, nette, à surface lisse.

Souvent l'épithélium s' étant rompu, et le pus s'étant écoulé, les pustules sont remplacées par des ulcérations, lesquelles se présentent aussi sous deux formes différentes : les unes, petites, circulaires, de la forme et de la dimension des pustules quelles remplacent, sont tapissées par des pseudomembranes blanchâtres, très-minces, reposant, suivant la profon^

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deur de l'ulcération, sur une couche plus profonde de la muqueuse , sur le tissu cellulaire ou sur le périoste (Nivet, loc. cit., p. 731); les autres sont d'une étendue plus ou moins considérable , irrégulières, grisâtres, fongueuses, et reposent sur des espèces de végétations : les bords sont relevés en forme de bourrelets , et l'on voit souvent de nouvelles pustules se développer sur eux et s'ulcérer à leur tour. Dans un cas observé par MM. Lhommeau et Rocher {Gazette des hôpitaux , n° du 1 3 novembre 1841 ), il existait , sur la partie moyenne du cornet ethmoïdal inférieur droit , une saillie fongueuse d'un rouge vif, irrégulièrement arrondie, de 3 millimètres de diamètre; sa surface était semée de petites ulcérations à bords obliques et sinueux, d'un rouge vif lorsqu'on eut enlevé le mucus sale qui les recouvrait. Les ulcérations égalaient à peine les dimensions d'une tète d'épingle. La muqueuse qui revêt le cornet inférieur gauche ne formait qu'une masse fongueuse , d'un rouge vif et brunâtre par places, infiltrée de sang, ecchymosée et présentant à sa surface de nombreuses ulcérations, dont quelques-unes avaient un fond d'un jaune verdâtre sale. On voyait encore dans les fosses nasales d'autres ulcérations disséminées, à fond plus étroit que l'orifice, à bords taillés à pic, et contenant une petite masse grisâtre du volume d'un pois , facile à écraser et offrant l'aspect grenu de la matière tuberculeuse ramollie. Du côté gauche , toute la muqueuse, si l'on en excepte une petite portion de la région antérieure, n'était que fongosités et ulcérations.

Les ulcérations peuvent avoir détruit les tissus de manière que l'os ou le cartilage soit à nu au fond. Quelquefois des portions plus ou moins étendues de la muqueuse sont frappées de gangrène : c'est dans ce cas que l'on observe les dénudations les plus considérables. M. Saussier {loc. cit., p. 390) a vu une plaque gangreneuse qui occupait toute la moitié du plancher de la fosse nasale gauche; sa surface était brune, formée par un détritus qui s'enleva d'une pièce avec le dos du scalpel : au-dessous se trouvait la membrane fibreuse érodée, à la surface de laquelle flottaient un grand nombre de fibres ramollies et détachées par la gangrène. M. de Puisaye a trouvé dans la partie la plus profonde du méat moyen droit, une ulcération de 1 centimètre sur 2 de longueur, au fond de laquelle la portion correspondante de l'os maxillaire était à nu.

Les lésions que nous venons de décrire occupent ordinairement les deux fosses nasales, et ont leur maximum d'intensité sur la cloison, les cornets inférieurs et moyens. Quelquefois les fosses nasales tout entières sont envahies; entre les ulcérations, les pustules et les plaques gangreneuses, la muqueuse est ramollie, boursouflée, fongueuse, comme infil-

trée de sang. Le tissu cellulaire sous-muqueux des fosses nasales est souvent boursouflé , infiltré de sérosité ou de pus , et cela alors même qu'il n'existe pas encore d'ulcérations sur la muqueuse (Landouzy , loc. cit. ).

Souvent on rencontre une ou plusieurs de ces altérations dans les sinus frontaux; elles ont été vues sur la muqueuse qui tapisse les sinus sphénoïdaux et les cellules de l'ethmoïde. M. Lhommeau ( loc. cit. ) a trouvé la muqueuse du sinus sphénoïdal ecchymosée et présentant, en arrière, une sorte de foyer apoplectique.

La muqueuse des sinus maxillaires est quelquefois épaissie, enflammée, couverte d'un mucus analogue à celui de fosses nasales , ou de pustules. Dans un cas observé par MM. Burguières et Vigla , la membrane qui tapisse le fond du sinus maxillaire droit offrait un état voisin de la gangrène. MM. Lhommeau et Rocher ont vu l'ouverture du sinus maxillaire droit bouchée par une petite masse fongueuse , ulcérée ; la valvule qui termine le canal lacrymo-nasal était épaissie , boursouflée et comme rongée. Chez le malade observé par M. Nivet , deux petits abcès du volume d'un pois existaient sur la paroi externe du sinus maxillaire droit.

Les os et les cartilages peuvent être parfaitement sains; mais lorsque les ulcérations sont nombreuses et profondes, «ils sont ordinairement injectés, ramollis , et présentent une vascularité plus grande , reconnaissable à leur couleur rosée, à des orifices de vaisseaux béants à leur surface, et à des gouttelettes de sang qui s'en échappent» (Vigla, thèse citée, p. 53 ). Lorsqu'il existe des plaques gangreneuses, les altérations sont plus profondes. Schilling a trouvé les os du nez cariés. Dans le cas observé par M. Nivet , on voyait une perforation de la cloison immédiatement au devant du vomer, bien qu'il n'existât aucune trace de gangrène dans les fosses nasales ; la perforation était de forme ovalaire , et avait 6 lignes dans le sens antéro-postérieur , et 3 lignes y2 dans le sens vertical (Nivet, loc. cit., p. 731 ).

5° Cavité buccale. — On peut retrouver toutes les lésions que nous venons de décrire sur la muqueuse buccale. Alexander ( Arch. gén. de méd., t. xu, p. 397 ; 1836 ) , et plusieurs autres observateurs , ont vu des ulcérations nombreuses sur le voile du palais et la luette ; dans un autre cas , la plus grande partie de la muqueuse palatine était gangrenée ; des pustules , des ulcérations , des plaques gangreneuses, ont été rencontrées sur les amygdales. M. Saussier a trouvé , au centre de l'amygdale gauche , un foyer purulent et gangreneux. Dans le fait observé par M. Landouzy, la luette était fortement œdématiée , les amygdales et les muscles périslaphylins internes et externes étaient infiltrés de pus. Chez

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