‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interne (volume 5)Chapitre 9 sur 59 · M OR · texte numérisé non relu

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un malade observé par M. Becquerel , la muqueuse palatine, dans ses deux tiers antérieurs, était convertie en un détritus noirâtre et fétide ; le tiers postérieur était inégal , épaissi , et complètement infiltré de pus.

Les lésions buccales occupent ordinairement la face postérieure du voile du palais et la partie supérieure du pharynx ; M. Nivet les a vues se prolonger jusqu'à la partie supérieure de l'œsophage : chez le malade observé par ce médecin , les orifices des trompes d'Eustache étaient entourés de pustules ulcérées.

6° Ap pareil respiratoire. — La muqueuse qui tapisse la face supérieure de l'épiglotte a été trouvée rouge , enflammée , épaissie , parsemée de quelques pustules discrètes ou de petites ulcérations. «11 est ordinaire, dit M. Vigla (th. citée, p. 54), de trouver, à la partie postérieure de l'épiglotte , l'éruption pustuleuse bien caractérisée , et assez proéminente pour rétrécir l'ouverture supérieure du larynx et hâter la mort par l'asphyxie. » Nous avons analysé tous les faits de morve inscrits dans les annales de la science, et nous pensons que la proposition de M. Vigla est beaucoup trop générale.

L'épiglotte , et surtout les replis arythéno-épiglottiques , sont quelquefois le siège d'un œdème plus ou moins considérable. M. Landouzy a trouvé , à la partie postérieure de l'épiglotte , plusieurs petits épanchements sanguins du volume d'une grosse tête d'épingle. M. Rayer ( loc. cit., p. 31 ) a trouvé sur la face inférieure de l'épiglotte une éruption confluente de pustules constituées par des petits points blancs , peu saillants , situés dans l'épaisseur de la membrane muqueuse et au dessous d'elle. Cette éruption s'étendait jusqu'à l'entrée des ventricules du larynx dont les lèvres étaient notablement tuméfiées. Enfin, dans un cas observé par M. de Ymsaye (Observation de morve aiguë , in Gazette médicale, 1 842, p. 71 1), l'épiglotte avait été complètement détruite par une ulcération qui s'étendait sur les côtés vers les ligaments thyro-épliglottiques et en arrière vers les ary théno-épiglottiques.

La muqueuse laryngienne est ordinairement saine: cependant elle peut être rouge, injectée, couverte en quelques points d'un enduit muqueux jaunâtre; elle peut offrir quelques pustules discrètes , quelques ulcérations ( Rayer, Elliotson , Alexander, Graves). M. Rayer l'a vue présenter, à la partie inférieure de l'organe, une rougeur morbide violacée; elle peut être boursouflée, infiltrée de sang ainsi que le tissu cellulaire sous-muqueux (Rayer). M. Becquerel a constaté , dans un cas , des lésions remarquables. «Après avoir enlevé une couche purulente qui couvrait toute la face interne du larynx, on trouva cinq à dix pustules aplaties dans chacun des ventricules latéraux ; de chaque côté , au dessous

des cordes vocales inférieures , existait une éruption confluente disposée en plaques. Le reste du larynx ainsi que la trachée ne présentait qu'un pointillé rouge assez vif.» (Becquerel, Histoire d'un cas de morve aiguë, etc. , in Gazelle médicale , 1839, p. 101). Chez le malade observé par MM. Lhommeau et Rocher , la muqueuse qui couvre les cordes vocales offrait une rougeur vive , à arborisations fines, sur laquelle tranchaient une foule de petites glandules jaunâtres. La muqueuse qui couvre les cordes vocales inférieures, du côté des ventricules du larynx, était détruite, et l'on voyait le tissu jaune ligamenteux à nu. Les deux replis arythéno-épiglottiques étaient infiltrés. MM. Lefevre et Branche ont trouvé dans le larynx quatre ulcérations ; l'une d'elles était large et profonde, à bords déchiquetés, à fond grisâtre. M. Lenepveu a également rencontré plusieurs ulcérations dans le larynx.

La muqueuse de la trachée, dans un cas observé par M. Lesueur, était parsemée d'une multitude innombrable de petits points blancs, presque conligus, ressemblant à des sudamina et s'enlevant par le plus léger frottement.

La muqueuse bronchique , communément saine , peut être rouge , injectée ; dans le cas observé par M. Nivet ( loc. cit., p. 732 ) , elle était rouge foncé, et même brunâtre dans quelques endroits. M. Landouzy a vu , dans la trachée et dans les bronches , jusqu'aux divisions secondaires, une foule de petits points blancs , arrondis , très-saillants, semblables aux pustules cutanées commençantes. Cette altération n'avait point encore été observée. Dans le cas observé par M. Becquerel , les grosses bronches présentaient un pointillé rouge, intense; les petites bronches étaient d'un rouge uniforme, et remplies d'un mucus purulent et blanchâtre.

Les poumons offrent presque constamment (13 fois sur 1 6 ) des lésions fort remarquables.

La plèvre , ordinairement saine , peut être enflammée, épaissie, présenter des adhérences récentes. Chez le malade observé par M. Nivet , la cavité pleurale droite renfermait une petite quantité de sérosité rougeâtre.

On aperçoit souvent , à la surface des poumons , des pétéchies, des pustules, des ecchymoses souspleurales (Becquerel). M. Legroux a vu des taches d'un noir foncé, apoplecti formes , irrégulièrement arrondies, d'étendue variable, offrant au centre une tache d'un blanc jaunâtre. Ces plaques correspondaient à des.engorgements situés dans l'épaisseur des poumons. M. Saussier a observé , à la partie postérieure des poumons , des plaques noires présentant , après incision, un point central jaunâtre entouré d'une auréole rouge foncé formée par du sang, soit extra vase, soit encore contenu dans les vaisseaux.

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La lésion pulmonaire, qui a été considérée comme caractéristique de la morve , et comme l'analogue de l'éruption pustuleuse de la peau , est constituée par la présence d'un nombre plus ou moins considérable de petites tumeurs circonscrites, d'un volume qui varie entre celui d'un grain de millet et celui d'une noix.

Les tumeurs n'existent quelquefois qu'à la superficie des poumons ; elles sont placées au-dessous de la plèvre , sur laquelle elles forment des saillies facilement appréciables par la vue et par le toucher ; les organes sont d'ailleurs sains dans tout le reste de leur étendue (Gibert , Observation de morve aiguë chez l'homme, in Revue médicale, p. 181 , n° de novembre 1840 ). Dans d'autres cas, on n'aperçoit rien à la surface des poumons, qui paraissent être parfaitement sains; les tumeurs occupent l'intérieur de l'organe, et sont disséminées dans son tissu. Enfin, les tumeurs peuvent occuper, en même temps, et la superficie et la profondeur de l'organe.

Les tumeurs pulmonaires peuvent se présenter sous trois formes différentes , que l'on trouve ordinairement réunies chez le même individu.

Les tumeurs du plus petit volume sont formées par une substance jaune , solide , dure, lardacée, parsemée de points rouges (Saussier, loc. cit., p. 376); d'autres tumeurs, un peu plus considérables, présentent encore la même composition; mais à leur centre se trouve une petite quantité de pus analogue à celui des abcès musculaires (Saussier). Enfin, les tumeurs les plus grandes sont entièrement purulentes. Nous devons ajouter que la distinction que nous venons d'établir, quant au volume , n'est point complètement rigoureuse : quelquefois les poumons sont criblés & abcès qui ne dépassent point les dimensions d'une tête d'épingle.

Autour des tumeurs dont nous venons de parler, le tissu pulmonaire est ordinairement altéré, enflammé, congestionné , ramolli ou induré ; alors les tumeurs sont environnées par une auréole de 3 à 4 lignes, dans laquelle le tissu pulmonaire se présente tantôt avec les caractères de l'induration pneumonique rouge ou grise , tantôt avec ceux de l'apoplexie pulmonaire ; dans ce dernier cas , il est ramolli , friable , ecchymose , noir. «C'est une apoplexie périphérique, dit M. Legroux , qui entoure le foyer purulent dans l'étendue de quelques lignes.»

Les tumeurs peuvent être environnées par un tissu pulmonaire parfaitement sain ; cette proposition a été mise hors de toute contestation par les recherches anatomo-pathologiques de MM. Rayer, Saussier, etc.

Il résulte de ce qui précède que les tumeurs dont nous venons de parler peuvent être considérées tantôt comme des pneumonies tabulaires , tantôt comme des abcès métastatiques.

Indépendamment des altérations décrites ci-dessus, on a trouvé , dans quelques cas , une pleuro-pneumonie (Elliotson) ou une congestion sanguine (Schilling, Williams, Elliotson ) plus ou moins étendue.

7° Appareil digestif. — On a constaté plusieurs fois, dans différents points de la muqueuse intestinale (œsophage, estomac, intestin grêle, colon) de l'injection , de la rougeur, des ecchymoses avec ou sans ramollissement ; mais ces altérations n'ont rien présente de fixe quant à leur siège et à leur nature. Dans l'un des cas observés par M. Saussier, la muqueuse intestinale, dans la plus grande partie de son étendue, mais surtout dans sa moitié inférieure, était recouverte par une couche de sang noir coagulé, audessous de laquelle la membrane ne présentait aucune lésion, pas même de l'imbibition (Saussier, loc. cit., p. 376). Chez le malade de M. Landouzy, la muqueuse gastro-intestinale, surtout dans les dernières circonvolutions de l'intestin grêle et dans le colon , présentait une couleur rouge vif très-prononcée; dans lecœcum existaientsept ulcérations delà largeurd'une grosse lentille, à bords taillés à pic, comme faites à l'emporte- pièce, et ne laissant que la tunique périlonéale. Entre ces ulcérations , la muqueuse était couverte de petites élevures blanches miliaires ; cette éruption commençait à 25 centimètres au-dessus du cœcum.et se perdait à 10 centimètres au-dessous, sans saillie apparente des plaques de Peyer (Landouzy, loc. cit., p. 462).

Le foie n'a jamais offert de lésion digne d'être notée ; jamais de collections purulentes.

La rate est assez souvent congestionnée, augmentée dans son volume, ramollie, diffluente (Saussier, Deville, etc.) ; dans le cas observé par M. Gibert , son tissu s'écrasait sous le doigt et se réduisait en un détritus noirâtre.

Williams a trouvé les glandes salivaires enflammées et le canal parotidien plein de pus; depuis on a constaté plusieurs fois la tuméfaction, la congestion sanguine des glandes salivaires.

8° Appareil génito-urinaire. — Les reins et la vessie ne présentent rien de remarquable ; il est assez fréquent de voir des plaques gangreneuses sur la verge; dans un cas, MM. Burguières et Vigla ont trouvé un abcès dans le testicule gauche {l'Expérience, 1838, p. 428).

9° Appareil circulatoire. — MM. Burgnières et Vigla ont constaté, une fois, une inflammation manifeste de plusieurs veines superficielles des membres, et même de quelques veines profondes: «Peut-être, dit M. Vigla, eût-on rencontré plus fréquemment ce genre d'altération , s'il eût été recherché avec plus de soin : je suis disposé à croire que les réseaux capillaires veineux sont le plus souvent enflammés dans les régions où l'on trouve des foyers gangreneux et

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purulents , et autour des articulations malades. » MM. Nonat et Bouley ont observé une inflammation manifeste des sinus de la dure-mère ; le sinus longitudinal supérieur était occupé, dans toute sa longueur, par un caillot fibrineux fortement adhérent, par ses deux extrémités et plus ou moins complètement suppuré dans les deux tiers de son étendue; au centre, le caillot était réduit à une coque très-mince pleine de pus; quelques-unes des veines contenues dans la dure-mère , aux environs du sinus , paraissaient supputées; le péricrâne, séparé de l'os au niveau des sutures pariétale et lambdoïde du côté droit , laissait apercevoir, à mesure qu'on le déchirait, un certain nombre de points purulents qui paraissaient siéger dans les veinules. L'inflammation du sinus longitudinal a été notée dans un autre cas.

M. Vigla assure que le sang se coagule assez promptement dans les veines et dans ie cœur, et qu'il n'est pas fluide comme dans la fièvre typhoïde et la plupart des autres maladies par empoisonnement (thèse citée, p. 57); mais plusieurs observateurs indiquent, au contraire, que le sang est noir et demi-fluide; M. Magendie , ayant examiné le sang provenant du malade observé par MM. Nonat et Bouley, fut frappé «de la ressemblance de ce liquide avec le sang qu'on rencontre chez les sujets affectés de fièvre typhoïde. » Chez ce même malade le sang tiré de la veine avait présenté une couenne peu consistante, non homogène; au-dessous d'elle, le cruor était mou et d'un rouge vineux (Nonat et Bouley, loc. cit., p. 357). M. Donné a constaté, sur l'un des malades de M. Saussier, que , dans le sang sortant de la veine , les globules présentaient un aspect un peu huileux et des chapelets moins nets; il n'existait que très-peu de globules bien formés. Le sang défibriné se partageait en trois couches : 1° globules intacts, 2° sérum transparent 3° globules muqueux. Cette dernière couche n'offrait presque aucun globule blanc bien marqué, bien net; on ne voyait que des plaques grises, composées de quelques globules blancs déformés , de globules sanguins altérés, de particules amorphes et de granulations ; en un mot, quelque chose rappelant la sanie des pustules cutanés. Cette couche, traitée par l'amidon, présentait un peu de viscosité (Saussier, loc. ci t., p. 378). MM. Nonat et Bouley crurent reconnaître dans le sang de leur malade la présence d'une certaine quantité de globules de pus. M. N. Guillot partagea cette opinion. 11 est fâcheux que MM. Andral et Gavarret n'aient pas eu l'occasion de diriger leurs recherches sur l'état du sang dans la morve.

10° Système lymphatique. — Grub, Schilling, M. Legroux, ont trouvé les ganglions mésentériques et inguinaux volumineux, tuméfiés, rougeàtres ; dans le cas observé par M. Nivet, les ganglions sous-maxillaires du côté droit, ceux qui existent derrière l'aDgle

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de la mâchoire et sur le trajet des deux veines jugulaires internes, les ganglions des deux aines et de l'aisselle, étaient tuméfiés, d'une couleur brunâtre, et plus friables que dans l'état normal. M. Becquerel a vu de chaque côté de la mâchoire trois ou quatre ganglions présenter le volume d'un haricot.

MM. Nonat et Bouley ont constaté, chez leur malade , de la rougeur, de la tuméfaction , de l'injection dans les ganglions axillaires et inguinaux des deux côtés, dans ceux qui sont situés superficiellement à la partie supérieure de la cuisse et qui entourent la saphène interne, dans les ganglions sous-claviculaires, dans les ganglions bronchiques et mésentériques. Un des ganglions bronchiques était presque complètement ramolli ; le ganglion situé au-dessous du tendon de l'omo-hyoïdien gauche, près de la veine jugulaire interne, présentait un gonflement remarquable et plusieurs points purulents. Suivant les auteurs que nous venons de citer, les altérations du système lymphatique sont en rapport avec l'éruption pustuleuse de la peau (Nonat et Bouley, toc. cit., p. 358). On a trouvé du pus dans les vaisseaux lymphatiques chez trois malades qui avaient contracté la morve par inoculation.

1 1° Système nerveux. — Dans un cas observé par M. Saussier, il existait plusieurs collections purulentes entre la face externe de l'arachnoïde pariétale et la dure-mère ; au niveau de ces abcès, les fibres de cette dernière membrane étaient détruites de telle sorte, que le pus était en contact avec les os du crâne ; en brisant la boîte osseuse avec le marteau , il s'était écoulé environ 45 grammes de ce liquide. Dans plusieurs points , la destruction de la dure-mère était complète, et les bords de l'ouverture de communication entre la face externe de la membrane fibreuse et la séreuse étaient formées par des franges qui n'étaient autre chose que des fibres interrompues de la première. Le pus était moins consistant et un peu plus foncé que celui des pustules et des abcès existant chez le malade; il était plus visqueux que le pus phlegmoneux ordinaire. La grande cavité arachnoïdienne n'offrait aucune lésion. Le foyer avait déprimé le cerveau qui présentait un enfoncement pour le recevoir (Saussier, loc. cit., p. 391). M. Marchant a noté l'épaississement du feuillet viscéral de l'arachnoïde et une injection très-marquée de la pie-mère , et de l'arachnoïde cérébrale et rachidienne. Graves avait déjà mentionné l'injection de la pie-mère cérébrale. On a vu une infiltration sanguine considérable de la piemère et du tissu cellulaire sous-arachnoïdien. Chez le malade observé par M. Marchant, il existait entre la pie-mère et les circonvolutions cérébrales , de larges plaques de sang extra vase, et presque coagulé, qui occupaient la plus grande partie de la base et des parties latérales et inférieures du cerveau ; chez l'iio

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des malades de M. Saussier, la surface du cerveau était colorée par du sang extravasé qu'on enlevait facilement avec le dos du scalpel.

Les ventricules latéraux contiennent, quelquefois, une quantité assez notable de sérosité claire ou sanguinolente (Marchant , loc. cit.).

Le tissu cérébral est ordinairement sain; une fois il a été trouvé pâle et mou : Williams l'a vu congestionné et présentant un sablé rouge très-apparent {Archiv. génér. de méd., t. h, p. 384; 1833).

Alexander a constaté l'inflammation et le ramollissement de quelques rameaux nerveux (nerfs facial , péronier superficiel), mais c'était au centre de collections purulentes, et ces altérations avaient été produites par le contact du pus (Alexander, loc. cit., p. 397, 398).

Il résulte des détails dans lesquels nous venons d'entrer que , si les altérations caractéristiques de la morve aiguë sont celles de la peau, des fosses nasales, des tissus cellulaire et musculaire et des poumons, l'économie tout entière est néanmoins affectée dans cette maladie.

La morve aiguë est donc une maladie générale.

Symptômes. — Invasion ; prodromes. — Le début de la maladie varie suivant que celle-ci a été contractée par infection ou par inoculation.

Dans le premier cas , les prodromes ont ordinairement une grande analogie avec ceux des fièvres graves; la scène est quelquefois ouverte par un frisson intense et assez prolongé , bientôt suivi d'une céphalalgie violente, de courbature , de malaise général, d'une prostration extrême qui constitue même le caractère principal de cette première période, d'inappétence , de fièvre , quelquefois de symptômes gastriques , de diarrhée : on a vu une épistaxis avoir lieu dès le premier jour, et se renouveler fréquemment les jours suivants (Saussier). Tantôt ces phénomènes prodromiques se montrent d'emblée avec une trèsgrande intensité , et obligent le malade à s'aliter immédiatement; tantôt ils permettent au sujet de se livrer à ses occupations pendant les deux ou trois premiers jours.

Lorsque la maladie est le résultat d'une inoculation , les prodromes que nous venons d'énumérer sont précédés de symptômes locaux qu'il importe de faire connaître, et qui peuvent être rapportés soit à une angioleucite, soit à une phlébite, soit à un phlegmon simple ou érysipélateux. Le point sur lequel a été appliqué lecontagium se tuméfie, devient tendu, douloureux , érysipélateux , se couvre de phlyclènes ; lorsqu'il existe une plaie , les bords de celle-ci deviennent blafards , fougueux ; le pus est de mauvaise nature , séreux, fétide; les vaisseaux et les ganglions lymphatiques voisins du point d'insertion s'enflamment, se tuméfient, et l'on observe tous les sym-

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ptômes locaux de la lymphangite ou de la phlébite , lorsque ce sont les veines qui ont été atteintes par l'inflammation; enfin, le tissu cellulaire s'enflamme à son tour, et du pus se forme.

Tantôt les phénomènes généraux apparaissent en même temps que les phénomènes locaux , ou peu de temps après eux; tantôt les symptômes locaux se montrent seuls : ils sont peu prononcés ou promptement calmés, et les malades paraissent toucher à la guérison lorsque les accidents généraux apparaissent tout à coup (Rayer); enfin , on a vu les troubles généraux apparaître les premiers, et les symptômes locaux ne se montrer que le lendemain, le surlendemain, même cinq ou six jours après (Saussier, loc. cit., p. 373), ou même manquer tout à fait.

Chez le sujet observé par M. Marchant ( Archives gén. de méd., t. vi, p. 43; 1839), la maladie semble avoir débuté par une fièvre intermittente tierce : trois accès eurent lieu; l'apyrexie était complète. Le sulfate de quinine coupa la fièvre; mais quatre jours après le dernier accès , tous les phénomènes les plus caractéristiques de la morve se manifestèrent tout à coup : douleurs dans les muscles des bras , du cou et du dos ; érysipèle de la face, jetage par la narine droite. «La maladie, dit M. Marchant {loc. cit., p. 352 ) , a eu une marche tout à fait insidieuse : ce sont des accès de fièvre intermittente tierce qui disparaissent sous l'influence du sulfate de quinine, et c'est lorsque la convalescence se montre , et au moment où nous croyons le malade guéri , qu'apparaissent les symptômes de la morve aiguë , et deux jours après le malade était mort.» Cette observation remarquable est restée jusqu'à présent sans analogue.

Quelle que soit la physionomie revêtue par les prodromes, le malade ne tarde pas à présenter des phénomènes plus caractéristiques que nous allons , suivant notre habitude , étudier isolément , en nous réservant de revenir plus tard sur leurs différents modes de succession et de réunion. Dès à présent, cependant, nous suivrons dans notre description un ordre en rapport avec la valeur et le développement habituel des manifestations morbides.

Douleurs arthritiques et musculaires. — Des douleurs arthritiques ou musculaires , survenues dès le début ou pendant le cours de la maladie , ont été observées chez la presque totalité des sujets affectés de morve aiguë ; cependant elles peuvent manquer complètement : il n'en a existé aucune chez l'un des malades observés par M. Saussier ( loc. cit., p. 373).

Les douleurs arthritiques sont les plus fréquentes; elles ont été observées dans toutes les grandes articulations de l'économie, et notamment dans les articulations scapulo-humérales,huméro-cubitales, radio-carpiennes , coxo-fémorales , fémoro-tibiales , tibio-tarsiennes : les épaules , les coudes et les genoux, sont,

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