‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interneChapitre 10 sur 50 · AMY — G · texte numérisé non relu

AMY — G

plusieurs heures, l'apparition des (.roubles fonctionnels directs , qui font connaître cette maladie.

Le plus fréquemment un simple malaise , consistant en un peu de céphalalgie , de gêne dans les mouvements du cou , de brisement et de fatigue générale , se manifeste au début du mal qui nous occupe.

D'autres fois des frissons assez intenses, suivis d'un paroxysme fébrile prononcé , de fréquence , de plénitude du pouls, de céphalalgie intense, de courbature prononcée, de soif vive, d'inappétence, et de tous ces phénomènes qui caractérisent un accès de fièvre , précèdent les symptômes directs de l'amygdalite.

Cependant bientôt un sentiment d'ardeur , de sécheresse , semble siéger dans l' arrière-bouche : il en résulte un peu de gêne dans la déglutition ; on dirait qu'en raison de l'aridité des parties sur lesquelles les matières doivent glisser, l'action d'avaler présente plus de difficulté. Une douleur réelle succède bientôt à cette sensation pathologique , douleur plus ou moins vive , qui se réveille surtout par les mouvements prononcés de l'isthme du gosier et du pharynx , qui souvent s'exaspère en raison d'une pression peu considérable exercée sur les parties latérales du cou , en arrière de l'angle de la mâchoire. Les malades apprécient avec beaucoup de délicatesse la température des corps qui sont soumis à la déglutition. En raison de cet état de souffrance , on éprouve souvent le besoin d'avaler, la salive est incessamment attirée vers le pharynx , et durant cet acte , des contorsions plus ou moins prononcées du visage , quelquefois même des mouvements convulsifs , comme l'ont observé Monro et Tissot , se manifestent. Il peut arriver enfin que le passage destiné aux matières contenues dans la bouche, et qui doivent être dirigées vers le canal intestinal, soit complètement obstrué. Dès lors la déglutition devient tout à fait impossible. L'action de boire est totalement empêchée, et si le malade fait effort pour engager quelque quantité de liquide dans l'estomac, immédiatement l'expulsion des boissons s'effectue par le nez. C'est là un des symptômes les plus pénibles que présente l'amygdalite. En même temps les mucosités buccales acquièrent une viscosité insolite , une exhalation analogue a lieu à la surface du pharynx, les malades tentent, par des efforts de crachement et d'expuition , de chasser ces produits incommodes-, mais, par les tentatives mêmes auxquelles ils se livrent, ils occasionnent une augmentation marquée dans les accidents qu'ils éprouvent. Les liquides rejetés sont clairs ou légèrement opalins, filants et visqueux. L'air expiré acquiert généralement alors une odeur désagréable, fétide, aigre, toute particulière. La voix elle-même subit une notable altération, elle est nasonnée, peu sonore, peu distincte, quelquefois brusquement interrompue par

l'engorgement des parties, d'autres fois encore, impossible. 11 est rare cependant que la difficulté de la respiration soit portée à un point extrême, si ce n'est toutefois pendant le sommeil , et lorsque la gorge est encombrée de la présence de mucosités épaisses et tenaces.

Les accidents que nous venons de mentionner appartiennent pour la plupart à l'amygdalite double, à l'inflammation des deux tonsilles; ils présentent généralement moins de gravité quand un seul de ces amas folliculeux est frappé de phlegmasie.

C'est surtout dans l'examen direct des parties souffrantes que le médecin puise les éléments d'un bon diagnostic. La bouche étant largement ouverte, la langue abaissée vers sa base par le doigt , une spatule ou tout autre corps , l'ouverture buccale étant dirigée vers un jour clair, on voit l'une ou l'autre ou les deux amygdales rouges et tuméfiées. Les piliers du voile du palais sont repoussés en avant et en arrière, ils recouvrent en partie l'organe engorgé; une tumeur arrondie, plus ou moins saillante, circonscrit latéralement l'isthme du gosier : si l'inflammation est double, il peut arriver que les deux tonsilles viennent à se toucher par leur face interne. Souvent alors la luette est cachée presque en totalité derrière les deux tumeurs ; d'autres fois , comme celles-ci laissent entre elles une fente peu large , la luette s'y laisse voir à peine, tant elle est rétractée. Le gonflement des amygdales s'oppose quelquefois au libre écartement des mâchoires ; une tuméfaction de la région sous-maxillaire produit le même effet. Dès lors l'examen de ces organes ne saurait être fait à la vue; le doigt indicateur , porté profondément dans la bouche , peut cependant faire apprécier la tuméfaction et la dureté insolites des tonsilles.

Le plus ordinairement l'engorgement qui recouvre ces cryptes muqueux prend part à l'inflammation; d'abord rouge , injectée , sèche quelquefois , elle paraît couverte d'une couche membraniforme grisâtre, jaunâtre. Souvent encore , et surtout quand les follicules ont déjà subi l'irritation inflammatoire , des concrétions jaunâtres, épaisses, grumeleuses hérissent sa surface. Le voile du palais , les piliers antérieurs et postérieurs , la luette, participent bien souvent à l'inflammation et présentent de la tuméfaction et de la rougeur. Souvent la luette acquiert un volume insolite, s'allonge et repose par son extrémité flottante sur la base de la langue ; elle est alors infiltrée dans son tissu.

Il n'est pas rare de constater la propagation de la douleurjusqueversTintérieurderoreille; alors une lé gère surdité, mêlée de bourdonnements, de crépitation toute singulière, vient se joindre aux autres accidents, et révèle l'existence d'une phlegmasie de la trompe d'Eustachi.

Si l'inflammation n'a déterminé l'engorgement que d'une amygdale, la douleur du col se manifeste seulement du côté correspondant, et les divers accidents qui compliquent l'acte de la déglutition ne se font sentir que vers la tonsille affectée. Alors encore l'isthme du gosier n'est obstrué que partiellement, et la luette est repoussée et déviée vers la région qui ne présente pas de gonflement.

L'inflammation des amygdales n'entraîne pas seulement le développement de phénomènes locaux et directs ; le plus souvent , un trouble des principaux actes de l'organisme s'y joint comme complication. Nous avons déjà mentionné les prodromes de cette phlegmasie , prodromes qui ne surviennent que dans les cas exceptionnels, si l'on en croit M. Louis (Lanc. franc., 1833, t. vu, p. 253). Sur trente -neuf malades, dont l'histoire fut recueillie à l'hôpital de la Charité , six seulement présentèrent des symptômes précurseurs : un mouvement fébrile , plus ou moins marqué , précéda l'apparition des phénomènes locaux. Nous ne reviendrons pas sur le mode d'invasion de l'amygdalite; nous prétendons seulement mentionner ici les désordres dits généraux qui accompagnent cette phlegmasie. Ils consistent dans la fréquence et la plénitude du pouls , dans une forte coloration de la face , la céphalalgie plus ou moins intense , la pesanteur de tête, l'accablement, la fatigue , la courbature, l'insomnie, la chaleur vive du tégument extérieur , alternant quelquefois avec de légers frissons erratiques; la langue est large, blanchâtre, peu humide; les malades se plaignent d'un goût pâteux , désagréable de la bouche ; il y a soif vive, anorexie; le ventre n'est nullement douloureux; quelquefois des nausées et des vomissements surviennent en des intervalles assez rapprochés, et le plus souvent on observe une constipation assez opiniâtre; l'urine est rare, comme dans toutes les phlegmasies aiguës ; elle paraît colorée fortement en jaune.

Les accidents que nous venons d'énumérer sont susceptibles de varier à l'infini , présentant soit une acuité plus prononcée, soit un degré moins violent; offrant, les uns de la prédominance , tandis que les autres sont à peine marqués. La description de ces variétés infinies ne saurait trouver place dans une histoire générale ; mais il est une forme d'amygdalite que nous ne pouvons passer sous silence, savoir celle qui se circonscrit absolument dans l'organe enflammé, qui n'occasionne aucune réaction , et ne se révèle au médecin que par quelques accidents locaux.

L'angine tonsillaire suit progressivement son cours avec une certaine rapidité. En quatre ou cinq jours, les symptômes ont ordinairement acquis leur plus haut degré d'intensité ; le mal reste stationnaire pendant la moitié de ce temps, alors il commence à décroître. La déglutition cesse d'être gênée, doulou-

reuse; la voix reprend son caractère habituel; le mucus qui tapisse le gosier devient plus épais, opaque, et cependant est expulsé avec plus de facilité ; sa sécrétion prend bientôt le mode qui lui est ordinaire , après avoir présenté pendant quelque temps une activité insolite. La coloration des parties malades est moins rouge ; cependant cette teinte persiste presque toujours plus prononcée qu'à l'état normal , lors même que la déglutition se fait avec facilité , sans douleur : le gonflement des tonsilles ne cède qu'en dernier. Après huit ou douze jours de durée , les symptômes disparaissent. C'est dans l'espace d'une à deux semaines, suivant MM. Chomelet Bldicht (article cité, p. 493), que la maladie se termine ; mais il est rare qu'elle se prolonge jusqu'au vingtième jour , et quelquefois sa durée n'excède pas cinq ou six jours.

La terminaison la plus commune de la maladie qui nous occupe est la résolution ; nous en avons indiqué les principaux phénomènes , nous n'y reviendrons pas.

Lorsque l'inflammation a atteint un haut degré d'intensité , que le gonflement s'est montré considérable , un sentiment de plénitude et de pulsation se fait sentir au voisinage de la tonsille enflammée; un point saillant se manifeste à sa surface , il devient bientôt blanchâtre à sa partie la plus culminante ; la douleur est sourde et gravative , la gêne dans la déglutition augmente , une fluctuation superficielle peut être perçue au devant de la tumeur. Tandis que le malade se livre à un effort de toux ou d'expuition, la collection purulente s'épanche dans la gorge, après avoir déchiré l'enveloppe qui la contenait; un pus tenace et fétide se répand, qui, tantôt est assez abondant pour menacer, par son irruption soudaine , de suffoquer le malade ; tantôt coule en si petite quantité , qu'on pourrait facilement ne point le reconnaître dans les crachats , si , par son odeur repoussante, il ne fixait point l'attention. Presque constamment les abcès des amygdales se font jour dans la cavité buccale ; bien rarement leur ouverture s'effectue au dehors. Les parois du foyer ne se rapprochent et ne se réunissent qu'après un certain temps , et durant quelques jours le pus continue à suinter par l'ouverture de l'abcès. On a cité quelques exemples de phlegmons déterminés par l'angine tonsillaire , qui occasionnèrent un décollement plus eu moins considérable des téguments de la région cervicale , et dont le pus pénétra dans la poitrine : la mort fut la conséquence de semblables complications. M. Londe a observé un cas de cette terminaison funeste (Roche, Dict. de méd. et de chir. prat., t. n , p. 309, article Amygdalite).

M. Renauldin (art. cité, p. 118) décrit, ainsi qu'il suit, la terminaison par gangrène : l'inflammation peut atteindre un tel degré de violence, que le principe de la vie soit étouffé dans les tonsilles et le voile palatin,

lesquels alors deviennent la proie de la gangrène : ce que l'on reconnaît non-seulement à la couleur des parties qui, de rouges qu'elles étaient, paraissent bleuâtres , livides ou noires , mais encore à la pâleur de la face , à la fétidité de l'haleine , à la cessation de la douleur , à !a faiblesse et à l'inégalité du pouls , et au froid des extrémités. Dans ce cas on voit des escarres gangreneuses se détacher du voile du palais , des amygdales et de la luette ; d'où résultent des ulcères de difficile guérison. Quelque fâcheuse qu'elle soit, cette terminaison n'entraîne pas constamment la mort. Boisseau (Nos. organ., t. i, p. 75) apporte peut-être plus de précision dans la description de cet accident grave. La douleur et la gêne de la déglutition cessent subitement ; la lividité fait place à la rougeur; l'isthme du gosier devient sec et lisse ( Boerhaave ) ; la bouche exhale une odeur cadavéreuse ; le sujet crache une matière lie de vin. Si l'on examine avec soin l'arrière-bouche , on voit les amygdales et les parties voisines, non pas couvertes de lambeaux ou de grumeaux grisâtres, mais d'un noir brunâtre , ramollies et fétides. Il paraît démontré que cette forme de terminaison de l'amaygdalite est fort rare ; du moins est-ce l'avis d'un grand nombre d'auteurs , parmi lesquels nous citerons Billard (Traité des malad. des enf., 1833, p. 276); M. Tweedie (The Cycl. of pract. med.j t. iv, pag. 184 ; Diseuses of the throat); M. Boche (art. cité, p. 310).

11 ne faut pas confondre avec les ulcérations des amygdales les grumeaux muqueux, dont la blancheur ou la teinte grisâtre tranche sur la rougeur de ces cryptes agglomérés, non plus que les pellicules de même nature qui les recouvrent. On doit savoir cependant que, après la chute de ces concrétions, il reste quelquefois une légère perte de substance , à surface rouge ou pâle , dans le tissu de l'organe enflammé. Ces érosions sont livides, noirâtres et profondes quand elles succèdent à la gangrène. D'autres ulcérations peuvent encore résulter de l'inflammation des amygdales; elles reconnaissent souvent une cause spécifique , et , dans ce cas , ne se bornent point seulement à la tonsille affectée , mais se propagent avec une activité plus ou moins grande aux parties voisines. L'hypertrophie des amygdales est la conséquence ordinaire des inflammations répétées de ces organes. Il faut dire cependant que dans quelques cas elle a été considérée comme congénitale ou héréditaire , et qu'alors le plus souvent elle était liée à une disposition strunieuse générale. Si elle résulte de cette dernière circonstance , elle est simple et sans induration ; si , au contraire, elle est la conséquence de phlegmasies répétées , elle coïncide avec une densité plus grande de la tonsille malade. L'hypertrophie que nous mentionnons détermine une incommodité assez grande ; elle gêne la déglutition, et quelquefois même la respiration ;

elle modifie désagréablement le son de la voix, et enfin par sa présence entretient une disposition dans les organes qu'elle a envahis. Cette hypertrophie unie à l'induration caractérise surtout l'amygdalite chronique.

Il est peu d'affections qui soient plus sujettes à récidiver que celles que nous venons de décrire : la plupart des malades que M. Louis (Lanc. franc., loc. cit.) a observés étaient atteints pour la deuxième, troisième et quatrième fois. Boisseau (loc. cit., p. 73) l'a vue se renouveler de mois en mois ; suivant lui les récidives de cette maladie sont souvent dangereuses. Elle est sujette à des redoublements d'intensité qui laissent après chacun d'eux une nouvelle augmentation dans le gonflement.

Nous avons mentionné le nombre d'espèces et de variétés que l'on pourrait rattacher à l'histoire de l'amygdalite. Généralement, en traitant l'histoire de cette affection , les auteurs comprennent ses différentes formes ; nous eussions volontiers suivi le plan adopté par eux , s'il ne nous semblait pas d'un intérêt pratique de relater ici quelques-uns des traits de l'amygdalite chronique. Avant de passer outre , il est donc nécessaire de s'arrêter un peu à l'étude de cette maladie.

L'amygdalite chronique est le plus ordinairement la conséquence de l'amygdalite aiguë. Elle diffère de cette dernière en ce qu'elle n'occasionne que des accidents locaux , en ce qu'elle se prolonge pendant un temps fort long , en ce qu'elle résiste à la plupart des méthodes curatives ordinaires, et nécessite le plus communément une opération chirurgicale.

Dans cette maladie , la déglutition est gênée plutôt par le volume des amygdales qui rétrécissent l'isthme du gosier, que par la douleur qui se manifeste, rarement au moins, avec intensité. La respiration est quelquefois embarrassée par le gonflement des parties , mais surtout par les mucosités tenaces , épaisses, jaunâtres , qui tapissent l'arrière-bouche et le pharynx. La voix est nasonnée , la prononciation difficile : l'haleine , surtout vers le matin , acquiert une odeur infecte qui semble provenir de la nature des concrétions qui tapissent la membrane muqueuse du gosier. L'inspection directe des parties fait connaître le gonflement des amygdales, qui souvent ne présentent point de coloration rouge bien prononcée. Fréquemment un engorgement chronique des ganglions du col se joint à ces accidents locaux.

Du reste , la plupart des fonctions s'effectuent avec régularité; il n'y a aucun trouble général qui survienne en raison de cette tuméfaction chronique des tonsilles.

Le mal que nous venons de décrire persiste pendant un temps fort long , sans présenter la moindre diminution ; il est, au contraire, dans son essence de

AMV — ;

croître chaque jour peu à peu , et de motiver bien souvent le retour d'une phlegmasie aiguë. Telle est l'amygdalite chronique.'

Il est assez rare que l'inflammation aiguë qui sévit sur les tonsilles ne se propage point aux parties environnantes. Le plus souvent , ainsi que nous l'avons indiqué , le voile du palais , la luette , et même la partie supérieure du pharynx , participent à cet état inflammatoire. Ainsi donc, au moins pour l'état aigu, l'extension de cette phlegmasie aux organes que nous venons de citer sera considérée comme une complication essentielle.

D'autres cas peuvent se présenter, dont l'apparition n'est point aussi ordinaire , mais qui offrent un grand intérêt de pratique. L'amygdalite survient quelquefois comme expression d'un état général de pléthore ; c'est alors qu'elle est précédée , accompagnée par des phénomènes de réaction générale ; franchement inflammatoire , elle adopte la marche , la durée , la terminaison d'une phlegmasie simple.

Parfois elle atteint des sujets lymphatiques, et dès lors se manifeste sans déterminer aucune excitation ; elle est purement locale , et n'occasionne que des symptômes locaux ; sa marche est peu rapide , sa durée longue , sa terminaison peu franche. Ordinairement cette forme est sujette à récidiver.

Stoll (Ratio medendi, pars tertia, p. 361 ; Paris, 1787. — Ephem.j 1779, maius) mentionnait une angine vernale qui , pour lui , paraissait être de nature bilioso-inflammatoire. Nous pensons que généralement on a eu tort de nier l'existence de ces complications bilieuses admises par les anciens auteurs. On changera, si l'on veut, les dénominations pour apporter plus de précision dans le langage scientifique : les faits n'en subsisteront pas moins. Aussi croyons-nous que l'angine bilioso-inflammatoire de Stoll doit être notée comme complication de l'amygdalite. Elle coïncide avec cet ensemble de symptômes que l'on décrit encore aujourd'hui sous le nom Rembarras gastrique. La langue est large, collante, couverte à sa base et à son milieu d'un enduit plus ou moins épais, jaunâtre ; l'haleine est fétide ; le malade se plaint d une saveur amère , pâteuse , désagréable; des éructations, des nausées se manifestent fréquemment ; la soif n'est pas vive , l'anorexie est complète ; le ventre n'est le siège d'aucune douleur ; il est volumineux, et le plus souvent il existe de la constipation. Cette forme d'amygdalite ne présente aucune gravité , si elle est traitée convenablement.

Sauvages (Nosol. meth.; Venise, 1772; in -4°, t. i, p. 258) mentionne l'amygdalite gangreneuse que nous avons signalée en traitant des terminaisons de la phlegmasie qui nous occupe. 11 considère que, dans ce cas , l'angine est compliquée d'une putridité toute particulière du sang, et se fonde sans doute à

\ — AMV

cet égard sur les observations de Huxham (Dissert sur le mal de gorge avec ulcère malin , p. 458; Paris , 1 764 , in-1 2 ), qui s'exprime ainsi : « J'ai quelquefois observé que le premier sang était couvert d'une peau ou couenne légère, blanchâtre ou livide, assez tenace ; mais , immédiatement au-dessous , il était verdâtre, comme une espèce de gelée, et, au fond, sans consistance avec un sédiment noir et sans aucune liaison.» 11 faut avouer que l'angine n'était alors que l'expression d'un état général bien grave : cette complication doit donc être connue. L'amygdalite compliquée d'inflammation pseudo - membraneuse a été considérée par quelques auteurs , et par M. Deslandes en particulier (Journ. des progrès , t. i, p. 200), comme une affection absolument identique à celle que nous venons de mentionner. Gette circonstance mériterait assurément d'être discutée longuement; mais, à ce sujet, nous renvoyons à l'article Group (v oy. ce mot), à l'article Angine gangreneuse (voy. ce mot), sans juger pour le moment les arguments de M. Deslandes.

Certaines formes d'amygdalite sont compliquées d'éruptions particulières à la peau. Sur deux cents enfants âgés de un à dix ans et morts de différentes maladies , Billard (loc. cit., p. 274) a trouvé l'isthme du gosier injecté chez cent quatre-vingt-dix. Cette injection , ordinairement uniforme et en nappe , n'apparaît quelquefois que sous la forme de ramifications plus ou moins prononcées. Il n'y avait aucune relation notable entre cette hyperhémie et l'état du tube digestif ; mais il n'en a pas été de même de ses rapports de durée et d'intensité avec la rougeur des téguments qui existe chez les nouveau-nés pendant les huit à dix premiers jours de leur vie. Il paraît donc qu'il y a un rapport assez intime entre le système vasculaire de la peau et celui de la bouche et de l'isthme du gosier , puisque ces parties offrent , à l'époque de la naissance , une congestion sanguine dont la durée est à peu près

la même Cette remarque doit fixer l'attention sur

l'analogie de sensibilité et d'irritabilité que les auteurs ont parfaitement bien reconnue entre le système cutané et la membrane muqueuse de la gorge , analogie que démontre de la manière la plus évidente le développement d'une angine au début ou dans le cours de certaines phlegmasies cutanées ( la scarlatine , par exemple. Voy. ce mot). Les amygdales , bien que trèspeu développées chez les jeunes enfants , partagent elles-mêmes l'état de congestion des parties qui les environnent , et Billard les a très-souvent trouvées , sur les 'cadavres , comme imbibées d'une couche de sang exhalé à leur surface.

M. Tweedie (loc. cit., p. 186) admet trois formes à' ulcérations syphilitiques des amygdales. Tantôt c'est un ulcère profond qui porte sur les tonsilles, et qui se distingue par un enfoncement si marqué, qu'au premier abord on supposerait volontiers que la glande a

été détruite eu partie : le fond de cette anfractuositc «st tapissé par une pellicule sanieuse , grisâtre ; ses bords sont légèrement tuméfiés et rouges : il y a généralement peu de douleur, et le malade se plaint seulement de gêne et de difficulté dans la déglutition. D'autres fois, et principalement quand des syphilides à l'état de papules siègent en différentes régions , on voit les amygdales être frappées d'ulcérations qui ne sont ni larges ni profondes, dont les bords sont irréguliers , comme dentelés , et limités en apparence par le dépôt d'une lymphe coagulable : ces ulcérations sont communément, sinon toujours, situées sur les bords internes ou à la partie postérieure des tonsilles ; ces organes sont alors tuméfiés , et d'une couleur rouge plus prononcée que de coutume. Une fièvre intense , compliquée de douleur vive pendant la déglutition, annonce l'invasion de la troisième forme d'amygdalite syphilitique admise par M. Tweedie. Bientôt une éruption aphtheuse envahit le voile du palais ; elle repose sur une rougeur vive des parties malades ; rapidement elle envahit les organes situés dans le voisinage , la luette , les piliers du voile palatin ; les amygdales prennent part à l'inflammation , et fournissent à une désorganisation générale. Cette maladie est fort grave, et réclame des secours prompts et énergiques.

Ici nous bornons notre revue des diverses complications qui ajoutent à la gravité de l'amygdalite. H est étonnant que dans des ouvrages récents on n'ait point accordé à ce sujet tous les développements qu'il comporte : sous ce rapport, nous sommes heureux d'avoir pu remplir une petite lacune.

Le diagnostic de l'angine tonsillaire n'a généralement point attiré l'attention des observateurs. Il parait , en effet , bien facile de reconnaître une affection qui , si rapidement , entraîne des troubles fonctionnels très-marqués, et qui, d'ailleurs, par son siège , pour ainsi dire superficiel , ne saurait échapper à l'inspection directe du médecin. Sous ce point de vue, il y aurait assurément de l'inutilité à entrer dans le moindre détail, aussi n'ajouterons-nous rien à ce qui a été précédemment énoncé. Mais quand on songe aux terminaisons variées, aux formes, aux complications diverses de l'affection qui nous occupe, on est étonné de voir que généralement ce sujet ait été si peu approfondi. Nous nous abstiendrons néanmoins de nouveaux développements en raison des considérations détaillées qui plus haut ont pris place. Nous renvoyons, pour compléter ce travail, à l'article Angine (voyez ce mot).

Le pronostic de l'amygdalite varie en raison d'un grand nombre de circonstances. L'angine qui est précédée de réaction fébrile très-intense est généralement plus grave que celle qui se révèle d'abord par des accidents purement locaux : si dans sa marche elle affecte de la lenteur, on peut craindre la terminaison

par induration, qui occasionne ces récidives fréquentes signalées par tous les auteurs. Quand la suppuration des amygdales entraîne la formation d'une collection purulente un.peu considérable, il est permis de redouter soit un décollement prononcé des parties molles situées au voisinage, soit les accidents de suffocation qui accompagnent parfois la rupture de l'abcès. Hoffman {M éd. ration. System., t. iv, pars prima, p. 395) a dit : -5'/ in apostema tic pus in bronchia et pulmones effundilur, teste Foresto , lib. xv. obs. xxiv, anceps admodum eventus. La terminaison par gangrène est toujours une circonstance fâcheuse : nous avons vu qu'elle révèle bien souvent une altération profonde des liquides en circulation , du sang en particulier. L'amygdalite pseudo-membraneuse présente quelque danger, en raison de la tendance qu'elle a à se propager inférieurement dans les voies aériennes. L'angine tonsillaire qui coïncide avec une affection de la peau ne détermine quelque crainte qu'en raison de la gravité de cette affection elle-même. Des trois formes d'amygdalite syphilitique admises par MM. Bacot et Tweedie, la plus fâcheuse , sans aucun doute , est celle qui est précédée d'accidents généraux importants.

Étiologic. — Les amygdales sont quelquefois atteintes de phlegmasie chez les enfants à la mamelle ; le phis souvent néanmoins c'est à une époque plus avancée de la vie que cette maladie se montre avec fréquence. Dans une période comprise entre dix et trente ans, cette affection survient communément. M. Louis a observé trente-neuf cas d'angine tonsillaire à l'hôpital de la Charité; l'âge moyen des sujets affectés fut de vingt-cinq ans et demi. Cette affection est rare après quarante ans ; sur quarante et un sujets observés , trois seulement ont dépassé cet âge. Les femmes ne paraissent pas, ainsi qu'on l'a mentionné généralement, présenter plus d'aptitude à contracter cette maladie que les hommes : M. Louis établit que des trente sujets dont il a recueilli l'histoire, dix seulement appartenaient au sexe féminin. MM. Ghomel et Blache s'appuient sur des faits semblables quand ils disent : « 11 est douteux que lesfemmes y soient plus sujettes que les hommes , quoiqu'on l'ait répété d'après Quarin.» Sydenham (Opéra omnia , Genève, 1723, in-4°, p. 176) établit que l'amygdalite attaque particulièrement les jeunes gens et ceux d'un tempérament sanguin , mais qu'elle sévit encore sur les sujets roux , ce qu'il a observé plusieurs fois. MM. Chomel et Blache ne pensent point qu'un grand nombre de faits puissent prouver cette assertion. 11 est bien ordinaire de voir récidiver cette maladie : la plupart des malades observés par M. Louis en étaient atteints pour la deuxième, troisième et quatrième fois : souvent elle apparaît périodiquement en vertu d'une prédisposition fort difficile à expliquer. On la voit

survenir en automne, dans les temps pluvieux, et au printemps , quand la chaleur succède tout à coup au froid, quand les transitions, dans la température, surviennent brusquement. Les personnes qui vivent au sein d'une atmosphère chargée de molécules excitantes, pulvérulentes, qui font usage de tabac en poudre, qui respirent un air chargé de fumée, telle que celle des lampes , sont particulièrement disposées à cette phlegmasie; le contact d'un air très-froid et humide , porté vers l'arrière-bouche dans une course rapide contre le vent, occasionne encore l'amygdalite. On peut , dit-on , la contracter en inspirant l'haleine d'un sujet qui en est affecté. Cet accident sévit quelquefois sur les gens de l'art qui négligent .de prendre des précautions durant l'examen de la gorge. Un refroidissement brusque de la périphérie du corps, des pieds ou du col, suffît pour déterminer cette forme d'angine. L'impression forte ou répétée des boissons , des aliments, des médicaments , ayant acquis un haut degré de température, présentant une saveur acre, acide ou alcoolique, des boissons froides quand le corps est en sueur, donnent lieu encore à l'amygdalite. Les efforts qui surviennent durant le chant, les cris, la déclamation , le jeu des instruments à vent, favorisent quelquefois le développement de cette maladie. Elle coïncide encore avec un embarras gastrique, et succède à cet état de malaise qu'entraîne une suspension , la suppression ou le retard des exhalations sanguines , naturelles ou artificielles. En terminant, nous rappellerons que l'angine tonsillaire survient comme symptôme et sous l'influence d'une disposition pathologique toute particulière, comme dans la scarlatine.

On trouve dans ces auteurs le récit de quelques épidémies d'angine tonsillaire, qui se montrèrent soit à l'état de simplicité , soit sous forme plus ou moins grave et compliquée.

En 1819, M. Mayenc a adressé à la Société de médecine un mémoire détaillé sur une épidémie d'angine, qui régna pendant cinq mois dans l'arrondissement de Gordon , département du Lot. Halle et M. Desgenettes présentèrent à la faculté de médecine un rapport sur ce sujet (Bull, de la fac. de méd. de Paris, 1819, n° vi, p. 395 et suiv). Vers l'automne de 1818, cette épidémie se manifesta; la température de l'atmosphère présentait alors des modifications brusques et fréquentes. L'angine tonsillaire simple et sans fièvre passait successivement de la tonsille droite, par laquelle elle débutait constamment , à la tonsille gauche ; la maladie se terminait du quatrième au cinquième jour. L'angine tonsillaire simple avec fièvre était plus forte , accompagnée d'une violente céphalalgie; ses symptômes conservaient leur intensité inflammatoire jusqu'au cinquième et sixième jour ; elle se terminait par réso-

lution ou par abcès, sans évacuations proprement critiques. Hors le cas d'imprudences particulières, le mal sévissait rarement sur des sujets au-dessus de 16 à 18 ans. Beaucoup d'enfants en furent affectés.

Fréquemment l'angine tonsillaire simple frappait épidémiquement les sujets adultes , tandis que l'angine, compliquant la scarlatine, sévissait sur les enfants. Ce fait fut remarqué durant l'épidémie grave de scarlatine qui régna dans Copenhague, en 1 777 , et dont Eischel a donné la description dans le second volume des Actes de la Société de cette ville (Ozanam , Hist . gén. des mal. épid., 2e édit. , 1835 , t. m, p. 345); il fut noté encore dans une semblable épidémie, qui régnait àlaCiotat, durant l'hiver de 1790 à 1791 (Jour, de méd. .,1791).

Mais c'est surtout avec la forme gangreneuse que l'angine tonsillaire a régné épidémiquement. En 1557, Pierre Forest (lib. vi, p. 150 et lib. xv , obs. v et xi) observait à Àlcmaër, en Hollande , un mal de gorge épidémique très-meurtrier , qui se compliquait d'ulcères sur les tonsilles. En Espagne , au commencement du dix-septième siècle, une épidémie de même nature se manifesta, que Perez Gascales (Lib. de offert, puer, cum tract, de morbo illo vulgare appellato garotillo , etc., 1611) désigna avec le peuple sous le nom de garotillo. J. Huxham, dans une bonne dissertation sur le mal de gorge avec ulcères malins, nous a transmis une description précieuse de l'épidémie qu'il observa à Plymouth, depuis la fin de l'année 1751 jusqu'en mai 1753. Mais nous ne prétendons pas énumérer toutes les épidémies d'angine gangreneuse, qui ont trouvé une description dans les archives de la science ; aussi bornons-nous à ee court exposé ce qu'il nous convient d'établir à ce sujet.

Traitement. — Il est rare que l'inflammation aiguë simple des amygdales résiste pendant un long temps aux moyens que l'art emploie contre cette maladie. C'est donc avec pleine confiance que l'on doit en entreprendre la guérison.

Si la phlegmasie est aiguë et simple , il est évident que la première indication porte à désemplir le système sanguin , et la seconde à occasionner une révulsion sur des organes plus ou moins éloignés.

Les émissions sanguines seront générales ou locales. Les émissions sanguines générales doivent être pratiquées toutes les fois que le sujet affecté est jeune, fort, sanguin; toutes les fois que l'angine tonsillaire a été précédée ou accompagnée d'une réaction fébrile un peu prononcée. La saignée est pratiquée au pied ou au bras ; elle doit fournir de huit à dix onces de sang , et sera répétée plusieurs fois , si d'abord elle a procuré du soulagement , et si l'intensité des phénomènes inflammatoires semble encore la commander. Ce mode d'évacuation de sang est préférable dans tous les cas à la saignée locale , qui ne soulage

que lentement et imparfaitement. Sur trois cents malades atteints, dans l'espace de cinq années environ, d'une angine épidémique grave, M. Bianquin n'en perdit que quatorze [Annales de la méd. phjrs. ; mars 1 828 , p. 2 78 - 9 ) : il reconnut que les sangsues appliquées sur l'endroit malade , soit en grand , soit on petit nombre, ne procuraient pas le moindre avantage , tandis que la saignée générale , plusieurs fois répétée, fut toujours suivie de succès. Ce résultat confirme pleinement les opinions émises par M. Chauffard d'Avignon {Arch. de méd., t. xxviu , p. 315). A ces faits , M. Louis répond par d'autres faits {Arch. de méd., t. xvui, p. 333) : sur vingt-trois sujets, dont l'angine a été plus ou moins forte, treize ont été saignés. La durée moyenne de l'affection fut de neuf jours chez ces malades et de dix et un quart chez les autres. Ces résultats conduisent l'auteur que nous venons de citer à établir que la saignée n'a eu que peu d'influence sur la marche de l'angine gutturale; que son influence n'a pas été plus marquée dans les cas où elle a été plus copieuse et répétée , que dans ceux où elle a été modérée ; qu'enfin , en comparant l'effet de la saignée par la lancette avec celui par les sangsues , la supériorité du premier moyen semble démontrée. Il est fâcheux de voir que M. Louis ait négligé d'indiquer à cet égard les circonstances dans lesquelles se trouvaient les malades soumis à son observation , circonstances ayant trait à la pléthore , à l'intensité de la réaction , au siège , à l'étendue et à la forme du mal ; il est encore à regretter qu'ici il n'ait point tenu compte du mode de saignée mis en usage , et qu'il ait confondu, dans ses relevés, les saignées générales et les Baignées locales. Ces indications ne sont point indifférentes en effet à quiconque prétend aborder sérieusement cette question importante. Jusqu'à nouvel informé, nous maintiendrons ce que nous avons établi sur le traitement par les émissions sanguines de l'angine tonsillaire aiguë intense.

Bien que la saignée locale apporte rarement autant de soulagement que la saignée générale , il arrivera quelquefois que l'on aura recours à ce moyen. A cet cgard , il faut entrer dans quelques détails. Les sangsues peuvent être appliquées immédiatement sur les lonsilles enflammées. Plusieurs médecins ont conseillé et employé avec succès ce moyen; M. Broussais( <7o«r,s de patholo.,etc...; 1834, t. i, p. 375) le recommande spécialement. Pour éviter que le malade n'avale la sangsue , on la traverse d'un fil à la partie la plus éloignée de l'extrémité buccale , et les deux chefs du fil sont maintenus au dehors. Cette application doit présenter beaucoup de difficulté , et répugner à un grand nombre de malades. S'il est vrai , comme on l'a dit, qu'une sangsue placée sur le lieu malade produise en ce cas un effet aussi salutaire que dix à douze placées à l'extérieur, il ne faudrait point hésiter

à en user de la sorte; mais nous croyons qu'il est permis de révoquer en doute un aussi beau résultat.

Les scarifications ont, dit-on, provoqué des effets analogues, lorsqu'elles portent sur l'amygdale enflammée. (Monge, Conséq. gén. surl'amygd., Thèse, Montpellier, 1830; n° 72, p. 18). Asclépiades, au dire de Cœelius Aurelianus (Acut. morb., lib. m, cap. iv, t. ier, p. 221, Lausannse, 1774; édit. Haller), recommandait particulièrement ce moyen quand l'inflammation était poussée à un haut degré d'intensité. Pour pratiquer ces mouchetures on userait d'une pince érigne de Museux entre les dents de laquelle ou lacérerait le tissu de l'organe enflammé. S'il est possible que dans quelques cas on tire profit d'une semblable opération, nous pensons que, le plus souvent, l'irritation que l'on a déterminée doit ajouter encore aux phénomènes inflammatoires au lieu d'y porter remède. On a longtemps renoncé à l'ouverture des veines ranines et sublinguales , que les anciens pratiquaient si souvent, que Mercatus et Marc-Aurèle Sévérin recommandaient tout particulièrement.

Une méthode , plus fréquemment mise en usage , consiste dans l'application de sangsues sur les parties latérales du col, vers l'angle de la mâchoire inférieure, au-dessous de la conque de l'oreille. En agissant ainsi, on a pour but de dégorger localement les parties enflammées et d'amener par là du soulagement. En pratique il arrive tous les jours que l'on constate le mauvais effet d'une semblable médication. J'ai couvert de sangsues le cou de beaucoup de malades, dit M. Chauffard ( /oc. cit., p. 313), et la phlegmasie n'en a pas moins marché. Souvent même l'amygdale s'enflamme, s'engorge d'autant plus que l'on insiste davantage sur ce mode d'évacuation sanguine, et cette glande devient alors le centre d'un grave abcès , que l'ouverture de la veine aurait vraisemblablement prévenu. Si l'on considère en effet que presque toujours l'application des sangsues détermine une certaine fluxion vers le lieu où elle a été pratiquée, qu'il y a en outre toujours refroidissement de la région qu'elles ont attaquée , qu'elles obligent le malade à une immobilité et à une situation gênante durant le temps de leur application , on renoncera, ce semble, à un mode de traitement dont les inconvénients sont démontrés par tant d'arguments. M. Broussais ( Cours de path. et de thér. gén., 1. 1, p. 373.) et d'autres médecins sontbien loin de partager cette opinion. Voici comment M. Broussais s'exprime à ce sujet « Vous pouvez , par leur moyen , procurer un soulagement prompt, parce qu'il existe dans le tissu sous-cutané et les ganglions cervicaux un gonflement extérieur et une injection capillaire qui en favorisent l'effet et permettent d'enlever la maladie du premier coup, pourvu toutefois qu'où s'y prenne dès le début. »

Page 1