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tion). Aussi quelques auteurs ont-ils embrassé dans la même description la chlorose et la rétention des menstrues (Gardien, loc. cit., p. 333).
Le défaut d'écoulement des règles est le seul symptôme caractéristique de l'aménorrhée : lorsque celle-ci est accidentelle, qu'il y a suppression subite , alors on observe les phénomènes suivants ; les femmes ressentent des tranchées utérines plus ou moins violentes, des douleurs dans les lombes , un sentiment de pesanteur dans l'utérus et dans le haut des cuisses , quelquefois de la chaleur dans le vagin , et une tension fort incommode dans la région hypogastrique. Il est très-important, pour le traitement de cette maladie, de savoir, d'une manière approximative, à quelle époque les règles doivent paraître. La difficulté n'est pas grandechezles femmes qui ont une suppression; mais, dans le cas d'aménorrhée primitive , il faut souvent une grande attention pour saisir quelques prodromes , parce qu'ils sont en général peu marqués.
Marche et durée. — Il n'est pas toujours facile de décider depuis combien de temps existe l'aménorrhée primitive, puisque l'âge moyen de la puberté et de la menstruation subit des variations très-grandes, suivant le climat, le tempérament , la constitution, la nourriture, l'habitation, etc. A Paris, les règles paraissent le plus communément vers la quatorzième année ; cependant l'incertitude qui règne à cet égard ne permet pas d'établir d'une manière certaine la durée de l'aménorrhée. Celle qui est primitive est toujours plus longue que celle qui est accidentelle. Sa durée dépend aussi de la nature de la cause : les affections morales, le chagrin, l'amour contrarié, sont l'origine d'aménorrhées qui persistent longtemps , ou se terminent par quelques maladies chroniques qui font périr les sujets.
On voit l'aménorrhée primitive et accidentelle cesser tout d'un coup , par une influence brusque et salutaire, capable d'imprimer aux organes une secousse favorable : la joie , une émotion de plaisir, et même de peine , sortent quelquefois l'utérus de l'état de torpeur dans lequel il était plongé. L'aménorrhée produite par des causes débilitantes, le chagrin, l'amour, les privations de tout genre , dure longtemps , parce qu'il n'est pas facile de soustraire les malades à leur influence. Mais si elle résulte de conditions physiques, de l'impression du froid, etc., elle cède aisément au premier retour des règles ou au suivant. Lorsque la rétention des menstrues existe depuis plusieurs années, quatre ou cinq ans , par exemple , lorsque plusieurs traitements convenables et appropriés à la maladie ont échoué, on doit craindre que le flux menstruel ne s'établisse jamais. Nous ignorons jusqu'à quel point est fondée l'opinion des auteurs qui pensent que , si les règles se suppriment pendant l'hiver, il est rare qu'on réussisse à les rappeler avant le commencement
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de l'été (Gardien, loc. cit., 1. 1, p. 359). Sans doute l'humidité, l'insolation moins active, le froid, agissent défavorablement, et diminuent l'énergie des tissus : mais sont-ce là des causes qui doivent empêcher les règles de reparaître?
Diagnostic. — Le nombre des aménorrhées constitutionnelles ou idiopathiques diminue de jour en jour, à mesure que l'observation nous apprend à découvrir la lésion qui en est l'origine. En appelant cette aménorrhée constitutionnelle , nous n'avons pas prétendu qu'elle existait par elle - même , indépendamment de toute lésion. Nous avons dit, au contraire, en commençant , qu'elle ne pouvait et ne devait être envisagée que comme un symptôme. Ce n'est que parce qu'il nous a été impossible de la localiser, et parce qu'elle coïncide souvent avec un état général , que nous l'avons appelée constitutionnelle.
11 convient d'abord de distinguer entre elles les différentes espèces d'aménorrhées que nous avons admises. L'évolution complète des organes génitaux , l'absence de toute lésion locale, font reconnaître celle qui est primitive, et que nous étudions; mais elle peut être confondue avec d'autres états plus ou moins analogues , et souvent le diagnostic n'est pas aussi facile qu'on pourrait le croire.
Ainsi, chez les femmes qui approchent du temps critique , on est exposé à prendre pour une maladie ce qui n'est que la suite naturelle des progrès de l'âge et de la révolution organique qui se prépare à cette époque. L'erreur est d'autant plus difficile à éviter, que plusieurs femmes dissimulent avec soin tout ce qui peut fournir quelques lumières. Le médecin, réduit alors à une incertitude qui pourrait être fâcheuse pour la malade, doit attendre que le temps soit venu l'éclairer, avant de recourir à aucune médication active. On peut prendre un état de grossesse commençante pour une aménorrhée. Les femmes ont quelquefois le plus grand intérêt à dissimuler leur grossesse , et les questions le plus habilement dirigées ne parviennent pas toujours à faire connaître la vérité. Si la grossesse est avancée , on pourra obtenir quelques signes diagnostiques par l'application du stéthoscope : les battements du cœur de l'enfant et le bruit du souffle qui se manifeste au point d'insertion du placenta ne permettent pas de conserver de doute sur la nature du mal. On cherchera aussi, à l'aide du toucher, à obtenir le ballottement. Mais tous ces signes manquent dans les premiers temps de la conception, et c'est précisément à celte époque que le diagnostic a le plus d'importance.
La chlorose est une maladie qu'il est difficile de ne pas confondre avec l'aménorrhée. Il faut avoir assisté au début de cette affection, connaître les circonstances qui ont présidé à son développement , pour ne pas tomber dans une erreur qui est, du reste-
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sans inconvénient, car la thérapeutique est la même dans l'un et l'autre cas. Nous en dirons autant de l'anémie, dont la présence est souvent révélée pour la première fois par un trouble dans la menstruation.
Complications. — Il n'est pas une maladie que les pathologistes n'aient signalée comme une complication de l'aménorrhée constitutionnelle. Si nous voulions, à leur exemple, les énumérer toutes , nous nommerions toutes les affections qui sont rangées dans les cadres nosologiques. Mais il est démontré aujourd'hui qu'ils ont méconnu la véritable origine de l'aménorrhée , et qu'ils n'ont décrit que ses effets. Aussi nous contenterons-nous d'indiquer les complications réelles qui se lient d'une manière intime au défaut de menstruation.
Une des plus communes est la susceptibilité nerveuse. Des phénomènes insolites , des douleurs générales, des névralgies, un état d'érélhisme souvent fort pénible, apparaissent surtout dans l'aménorrhée constitutionnelle , qui atteint les femmes déjà prédisposées par leur constitution uerveuse. Ces accidents, en raison de leur fréquence , pourraient même passer pour une complication essentielle de la maladie.
Quant à la pâleur, la décoloration des tissus , l'atonie générale, la chlorose, que l'on a considérées comme une complication si ordinaire de l'aménorrhée, qu'on en a fait une seule maladie , nous reconnaissons que ce sont là les symptômes d'une disposition générale que Ton n'a pas encore assez étudiée, et sur laquelle règne encore beaucoup d'obscurité. S'il était démontré que la chlorose dépendît toujours de l'asthénie des organes génitaux , elle serait la complication la plus importante de l'aménorrhée, puisqu'elle tiendrait aussi à l'état de l'utérus. Mais ce point important de pathologie demande encore de nouvelles recherches.
La pléthore générale est une complication qui n'est point rare dans l'aménorrhée. Elle s'annonce par une rougeur très-marquée de la face, le battement énergique de toutes les artères et du cœur, la dyspnée ou un étouffement considérable , et tous les phénomènes qui caractérisent l'hyperhémie. C'est alors que l'on voit paraître les symptômes dont l'ensemble constituece queles anciens nommaient synoquc simple(Gal\en), et Pinel, fièvre inflammatoire ouangioténique. Hippocrate rapporte, dans le troisième livre des Épidémies, l'histoire d'une jeune fille qui, à la première époque de la menstruation, fut prise d'une fièvre aiguë avec chaleur brûlante, insomnie, soif vive, langue brunâtre, sèche. Les déjections alvines,le délire, prouvent qu'il existait sans doute une phlegmasie concomitante qui a été méconnue (Pinel, Nosog., 4e édit., p. 18, vol. i). Mais dans quelques cas les souffrances (!e l'utérus, lors de la suppression ou de la rétention des menstrues , donnent lieu à des phénomènes mor-
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bides dont il est difficile de saisir le point de départ. On a voulu le trouver dans un état inflammatoire des vaisseaux (fièvre angioténique ) et dans la pléthore générale de tout le système circulatoire : « Plusieurs fois, dit M. Aygalenq, un des élèves de Pinel (Dissert, anal, sur la fièvre angiot., p. 22), j'ai eu occasion de voir chez déjeunes filles, à l'approche de l'apparition de leurs règles , tous les caractères d'une fièvre éphémère , tels que pesanteur de tête , gêne vers les lombes , courbature générale , vertiges , éblouissemenls, face colorée, yeux animés, chaleur halitueuse sur tout le corps, rougeur de la peau, fréquente plénitude du pouls, gonflement des veines superficielles, quelquefois même desseins, et autres symptômes qui cessent lors de l'apparition des règles. »
Les suppressions brusques, ou qui surviennent d'une manière lente, s'accompagnent souvent d'hémorrhagies supplémentaires. On a désigné sous le nom de déviations menstruelles les hémorrhagies qui ont lieu par des voies insolites , le nez, le poumon, l'estomac, les intestins, les tumeurs hémorrhoïdales, la conjonctive, les oreilles, l'alvéole d'une dent, le mamelon, la peau. Les ouvrages sont remplis d'exemples remarquables de ces déviations , qui peuvent être considérées comme salutaires chez les femmes robustes. Lorsque ces hémorrhagies ne s'établissent pas, on voit survenir souvent des accidents très-graves , des apoplexies pulmonaires, cérébrales, un état d'angoisse et de demi-asphyxie.
II ne faut admettre qu'avec la plus grande réserve l'opinion des auteurs qui rattachent aux vices de la menstruation les affections organiques de l'utérus et des autres viscères. Les flueurs blanches , qui remplacent chez quelques femmes l'écoulement des règles, peuvent être regardées comme une sécrétion supplémentaire; mais dans la plupart des cas elle n'est aussi que l'effet de la lésion principale qui a supprimé les règles.
Les maladies les plus différentes sont encore données comme des complications. Il ne faut y voir que la cause de l'aménorrhée : telles sont les affections du cœur ou des gros vaisseaux, la phthisie pulmonaire, l'hypocondrie, l'hystérie, la chlorose, l'anémie, le cancer, les accidents nerveux les plus variés , les névralgies, etc.
L'anasarque peut survenir chez les femmes pléthoriques à la suite d'une suppression. Lorsque celle-ci arrive brusquement , la sérosité s'épanche avec rapidité dans le tissu cellulaire des membres et de la face, quelquefois dans une ou plusieurs cavités séreuses.
Les filles mal réglées sont aussi sujettes à des éruptions cutanées , des boutons , des orgelets , des érysipèles , qui doivent être considérées comme le supplément de l'évacuation périodique.
B. IIe Espèce. Aménorrhée dépendant d'un état
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local des organes de la génération. — La rétention ou la suppression des règles peut tenir à une lésion locale appréciable ; mais il peut arriver aussi que l'examen le plus attentif ne la fasse pas découvrir, et alors on est contraint de l'attribuer à un simple trouble dans la fonction : cette cause n'est même pas très-rare.
Altérations pathologiques. — Si nous voulions faire connaître toutes les lésions que l'autopsie permet de constater chez les sujets atteints de suppressions menstruelles , il nous faudrait signaler toutes les maladies de l'utérus, l'inflammation, l'engorgement, l'ulcération ou la squirrhosité de son tissu , les déplacements qu'il peut éprouver; il faudrait, en outre, décrire les altérations des ovaires , de la trompe , et du péritoine qui les environne ; enfin ce ne serait plus dans les parties sexuelles et leurs annexes qu'il faudrait chercher les causes matérielles de l'aménorrhée, mais dans le poumon , le foie , le cerveau , et dans tous les viscères. Dans tous ces cas , l'aménorrhée n'est plus que le symptôme de la maladie principale. Mais exisle-t-il un état de l'organe en dehors de ces altérations . et qui puisse empêcher la menstruation de s'établir?
On a trouvé quelquefois les parties sexuelles à peine développées, ou n'ayant pris qu'un accroissement incomplet. Morgagni (epist. xlvii, § 2), sans attribuer précisément l'absence des règles à cette disposition organique, dit cependant l'avoir observée plusieurs fois chez des femmes qui n'avaient jamais été réglées. Quelques auteurs pensent que la décoloration du tissu de la matrice constatée par des médecins pourrait expliquer la rétention des règles. Mais il faut noter que cet état anémique existait souvent dans les autres organes, et qu'il était le résultat de la maladie générale. Àiusi nous ne pouvons dire à quelle espèce de lésion se rattachent ces aménorrhées, qui semblent cependant tenir à un état particulier de l'utérus.
Quelquefois l'aménorrhée reconnaît pour cause un obstacle purement mécanique , situé sur un des points du conduit utero - vuîvaire. Cet obstacle dépend d'un vice de conformation qui peut être congénital ou accidentel. Tantôt ce sont les grandes lèvres et l'orifice externe de la vulve qui sont réunis ; tantôt la membrane de l'hymen qui ferme entièrement la vulve ou laisse un étroit passage ; dans d'autres cas , les faces opposées de la muqueuse vuîvaire ont contracté des adhérences entre elles ou avec l'orifice externe de l'utérus ; enfin le col de l'utérus peut être imperforé , ou obturé par une membrane qui semble être la continuation de la muqueuse vaginale. Le travail de la parturition , l'application du forceps , peuvent déchirer le col de la matrice : de là des adhérences entre les lèvres de l'orifice utérin. Les auteurs ont donné le nom d 'aménorrhée par défaut d'excrétion à cette rétention véritable du sang des règles.
Causes de l'aménorrhée. — Elles sont toutes locales et bornées à la matrice. Nous avons indiqué d'une manière générale , à l'article des lésions pathologiques, les différentes maladies dont l'aménorrhée est le symptôme presque constant ; nous ne reviendrons pas sur ce sujet : qu'il nous suffise d'ajouter ici qu'elle peut être aussi l'effet d'un simple engorgement de l'utérus ou de l'exagération de sa sensibilité. Enfin on ne peut se refuser à admettre que la matrice n'est pas dans son état normal chez les filles dont la puberté ne s'établit qu'avec lenteur, et auxquelles Hippocrate et tous les médecins recommandent le mariage.
Souvent il est impossible de surprendre aucune lésion , et cependant les fonctions de la matrice ne s'exécutent pas. G'est alors que le coït peut 'imprimer une stimulation favorable. « Il fait affluer le sang vers l'utérus , augmente sa sensibilité , agit sur ses annexes , principalement sur les ovaires, qui sont étroitement liés avec le col utérin » (Broussais, Cours de path., t. u , p. 2 3 1 ). Dans quelques cas, les excès dans le coït , en portant sur l'utérus une excitation trop grande, nuisent à l'exhalation menstruelle.
Il est encore d'autres circonstances dans lesquelles la menstruation est dérangée ou ne se fait pas , sans qu'on puisse en découvrir la cause. Les femmes qui se rapprochent de l'homme par leurs goûts et quelquesuns de leurs penchants, par leur voix forte et sonore , par le développement de leur système pileux , sont , en général , mal réglées.
Symptômes. — Si la cause de l'aménorrhée est un vice de conformation congénitale , elle ne se révèle qu'à l'époque de la puberté. Alors le sang des menstrues s'accumule dans le vagin ou dans la matrice, au-dessus de l'obstacle qui s'oppose à son écoulement , et il se forme une tumeur dont le volume s'accroît par intervalles. G'est un des caractères de cette tumeur, de grossir à chaque époque menstruelle , et de rester ensuite stationnaire. On la voit atteindre le pubis, monter dans î'hypogastre, et s'élever jusqu'à l'ombilic; elle simule assez bien tous les phénomènes de la grossesse, et s'accompagne, comme celle-ci, du gonflement des seins. Le plus souvent cette tumeur se développe dans l'intérieur du petit bassin. Si l'obstacle est situé à l'orifice de la vulve, que ce soit l'hymen, par exemple , qui soit imperforé , celui-ci , distendu par le sang qui s'accumule, fait une saillie de forme ovoïde entre les côtés de la vulve. Il est rare qu'on puisse sentir la fluctuation dans cette tumeur ; cependant un chirurgien dont parle Wan-Swieten reconnut la présence du liquide qui soulevait la membrane [Comm., t. iv, p. 185).
L'obstacle peut se trouver à l'orifice de la matrice ; alors cet organe plonge dans le vagin, et forme une tumeur pyriforme. L'examen des parties génitales fait
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sur-le-champ reconnaître la nature et le siège de I'obslacle, lorsqu'il est situé dans les parties externes de la génération : le spéculum est nécessaire s'iloceupe le col; mais le toucher permet, dans la plupart des cas , d'établir un diagnostic précis. Certaines circonstances, comme le jeune âge, la présence de l'hymen, la répugnance insurmontable des malades , s'opposent quelquefois à ce moyen d'investigation. On a proposé alors de recourir au toucher par le rectum ; mais on ne pourrait acquérir qu'une connaissance imparfaite de la nature du mal, et il faut insister pour pratiquer le toucher, qui n'offre d'ailleurs aucun inconvénient, puisque cette aménorrhée exige souvent qu'on incise la membrane de l'hymen.
Il est encore quelques symptômes déterminés par la pression de la tumeur sur les nerfs sciatiques, le plexus sacré, la vessie, le rectum : ce sont des fourmillements dans les membres , la gêne et la fréquence dans l'émission des urines et des matières fécales , une pesanteur incommode dans tout le bassin.
L'aménorrhée est souvent le symptôme d'un engorgement de l'utérus. Lorsque la congestion mensuelle se fait avec trop d'activité, il peut en résulter une inflammation, et alors tous les caractères d'une métrite aiguë apparaissent en même temps. Souvent cet engorgement de l'utérus est annoncé par une sensibilité locale assez vive, qui fait désirer aux femmes l'approche de l'homme, quoiqu'elle soit douloureuse pour elle. A la suite de cette sensibilité des organes génitaux , on voit survenir une excitation générale qui fait rechercher aux malades la musique , les spectacles, les amusements de toute espèce. C'est alors que les phénomènes nerveux se montrent avec toute leur intensité, en particulier chez les femmes du monde, dont la constitution nerveuse est exagérée encore par le genre de vie qu'elles mènent. Suivant M. Broussais, «Cela se conçoit anatomiquement par les rapports intimes de l'utérus avec le rachis, et conséquemment avec les portions cérébrales destinées aux penchants affectifs, ainsi que l'a démontré M. Ollivier d'Angers, dans son Traité des maladies de la moelle» (Broussais, Cours de palh., t. n, p. 230).
Beaucoup de femmes éprouvent quelques incommodités, soit immédiatement avant, soit après l'écoulement des règles : ce sont des coliques ou tranchées utérines assez vives, des douleurs de reins; en même temps les femmes sont tracassières , d'une humeur difficile, et présentent un état de souffrance fort remarquable . Ces douleurs menstruelles, accompagnées des autres symptômes que nous avons indiqués , constituent ce que les auteurs ont décrit sous le nom de dysménorrhée. Celle-ci n'est donc, comme on peut le voir, qu'une menstruation incomplète et douloureuse qui tient à l'engorgement utérin ; elle ne cesse que quand on a porté remède à cet engorgement.
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Quelques symptômes locaux peuvent servir à faire reconnaître cette aménorrhée. Elle s'annonce par de la douleur et de la chaleur dans les régions hypogastrique et lombaire , de la pesanteur dans le bassin et le haut des] cuisses , des tranchées utérines qui ont une certaine acuité , un gonflement notable du ventre et des mamelles. Tous ces accidents s'aggravent chaque mois, surtout quand l'aménorrhée est accidentelle , et qu'elle tient à une cause qui a supprimé brusquement les règles. On voit aussi survenir d'autres symptômes , tels que la pâleur du visage , des bouffées de chaleur montant vers la tête, une céphalalgie intense passagère , la migraine , des troubles variés dans la digestion et la respiration; alors aussi apparaissent les signes d'un état de chlorose et d'anémie, qui peut compliquer cette forme d'aménorrhée aussi bien que la première.
Marche , durée et pronostic. — C'est toujours la nature de la lésion dont l'aménorrhée n'est que l'épiphénomène qui doit nous servir à mesurer le temps de sa durée. En effet , si c'est une maladie grave de l'utérus, un engorgement chronique, un squirrhe du col ou du corps de l'organe, le symptôme durera aussi longtemps que la cause qui l'a fait naître, et alors on peut porter un pronostic fâcheux ; car ici la suppression menstruelle n'est que secondaire dans la maladie; elle n'est d'aucune utilité pour établir le pronostic, qui doit être entièrement basé sur la nature et la gravité de l'affection organique.
On regardait anciennement la phlegmasie de l'utérus et des autres viscères comme pouvant se déclarer à la suite de l'aménorrhée : le pronostic était alors beaucoup plus grave , puisque , en réalité, on portait celui de la phlegmasie qui empêchait les règles de couler. Lorsque la congestion sanguine provoque l'aménorrhée, et que la nature du mal est reconnue par le médecin , il est rare qu'il ne puisse y apporter un prompt remède , à moins que cet engorgement ne soit le premier phénomène d'une autre lésion commençante.
Diagnostic. — A l'aide du toucher, on reconnaîtra un grand nombre de maladies de l'utérus; on sera obligé plus souvent encore de recourir à l'introduction du spéculum, seul moyen d'acquérir des données positives sur l'existence , le nombre , la situation , l'étendue des ulcérations. Il serait impossible, dans la majorité des cas, d'asseoir le diagnostic, si on n'employait pas ce mode d'exploration. L'engorgement de l'utérus ne peut être aperçu que de cette manière; quelquefois cependant il se traduit par la stérilité. 11 est malheureux , pour la santé d'un grand nombre de femmes, qu'une pudeur mal entendue s'oppose souvent à une investigation qui peut seule éclairer le médecin. « Si pourtant l'aménorrhée est ancienne et opiniâtre, si elle a déjà résisté aux moyens ordinaires, le praticien sage, qui craindra de s'engager dans une
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voie périlleuse, n'établira jamais un traitement quelconque avant d'avoir soumis la femme à un examen complet. Mais alors il devra user de prudence et de ménagement à l'égard de la jeune fille , et respectant sa virginité, il explorera l'état de l'utérus non par le vagin, mais par le rectum» (Quelq. considér. prat. sur l'am. et la dfsm., Cliniq. de M. Lisfranc; Bulletin clinique par MM. Piorry, Rameaux , L'héritier, Thibert, n° 5, 1er septembre 1835).
Complications. — 11 n'existe pas, à proprement parler, de complications de l'aménorrhée par cause locale. 11 ne faut pas regarder comme telles les lésions de l'utérus qui sont la cause et non les effets de l'aménorrhée. Quelques auteurs considèrent les fïueurs blanches comme une complication de la maladie; mais elles ne sont le plus ordinairement qu'un véritable flux supplémentaire qui remplace les règles : cependant elles réclament la plus grande attention. En effet, presque toujours elles précèdent le dérangement des règles , et deviennent très-abondantes lorsque l'écoulement sanguin est entièrement supprimé. 11 ne faut voir dans cette succession de phénomènes que les différentes phases d'une altération organique placée dans la matrice ou ses annexes , qui , latente dans le principe , fait des progrès plus rapides à mesure que la sécrétion favorable qui servait à dégorger l'organe cesse d'avoir lieu. Le flux séreux (leucorrhée) est quelquefois une sécrétion heureuse ; mais elle annonce plus souvent encore toute la gravité du mal.
Une autre complication fréquente de l'espèce d'aménorrhée dont il s'agit est cette susceptibilité nerveuse qui plonge les malades dans une exaltation très-pénible. L'excitation des organes génitaux, qui amène l'aménorrhée chez quelques femmes , détermine aussi une surexcitation dans les facultés affectives ; chez d'autres, l'inactivité des organes génitaux s'accompagne de pâleur , de décoloration , de tous les symptômes de la chlorose.
G. IIIe Espèce. Aménorrhée dépendant de la maladie d'un viscère. — Cette forme de l'aménorrhée, qu'on pourrait appeler sympathique, devient le symptôme de presque toutes les maladies chez la femme. 11 ne peut survenir une modification quelconque dans un tissu ou dans la fonction d'un organe , sans qu'aussitôt les règles ne se suppriment ou diminuent de quantité. 11 ne faut pas croire que la lésion d'un viscère soit indispensable pour la produire; une simple modification dans l'activité d'un appareil , une sécrétion en plus sur une des surfaces de rapport , suffisent pour cela. Ces différentes circonstances méritent de nous arrêter.
Causes. — C'est d'abord dans quelque viscère qu'il faut chercher les causes de ï aménorrhée , soit primitive , soit accidentelle. « Les grands viscères , irrités, retiennent le sang, quoiqu'il y ait pléthore.
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D'ordinaire , c'est le cœur qui se trouve dans un état de turgescence et d'hypertrophie ; tout le système artériel peut même être surexcité en même temps et dans un état de demi-phlogose. On constate aussi des gastrites, des congestions, des accumulations de sang dans le foie, dans les organes sous-diaphragmatiques , tandis que ceux du bassin sont pour ainsi dire oubliés » ( M. Broussais, loc. cit.). Quelquefois une affection du cerveau , de la moelle ou de leurs membranes , la scrofule, le ramollissement des os , s'opposent à la sortie des règles , ou les dérangent dans leur cours ; mais , de toutes les causes , la plus fréquente est la disposition à la phthisie pulmonaire. C'est à l'époque de la puberté que se déclare souvent un travail morbide qui mine sourdement la constitution , avant même que des symptômes viennent révéler l'existence de cette maladie : l'aménorrhée , dans ce cas , est le seul accident qui se rattache à l'existence de tubercules.
Jusqu'à présent nous avons pu surprendre la cause matérielle de l'aménorrhée; mais il n'en est pas toujours ainsi : un simple trouble dans la fonction d'un organe peut aussi la produire. La suppression rapide de la transpiration cutanée sans lésion des organes respiratoires ou de leurs membranes , l'exhalation abondante ou l'irritation provoquées à la surface de l'intestin par l'administration d'un purgatif, sont d'autres causes capables de déranger le cours de la menstruation.
L'activité fonctionnelle d'un appareil suffit quelquefois pour empêcher le flux des règles. C'est ainsi qu'agissent les émotions morales vives , la joie , le chagrin, une nouvelle fâcheuse annoncée trop brusquement , la crainte, les préoccupations continuelles d'une intelligence féconde , enfin toutes les causes capables d'imprimer à l'innervation une secousse passagère ou une modification plus longue et non moins dangereuse. Il serait téméraire de vouloir indiquer comment elles agissent; mais leur influence ne saurait être révoquée en doute , et si on cessait un seul instant de la prendre en considération , il n'y aurait plus de thérapeutique rationnelle possible.
Symptômes. — Tantôt l'aménorrhée paraît au début des maladies, tantôt dans une période plus avancée. Dans la phthisie pulmonaire, il serait difficile de fixer l'époque à laquelle la menstruation se dérange. Il est des filles dont les règles ne paraissent pas, ou se suspendent dès qu'elles commencent à tousser ; d'autres n'ont aucun signe qui annonce positivement la tuberculisation, et cependant le flux menstruel ne paraît pas à l'âge de la puberté : il faut interroger avec le plus grand soin les voies respiratoires et les autres appareils. Quelques femmes parviennent à une époque avancée de la phthisie pulmonaire , sans avoir eu de dérangement dans l'exhalation menstruelle. Dans le plus grand nombre des cas, ce n'est qu'au moment
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où les tubercules commencent à se ramollir qu'elle se suspend définitivement.
Il serait impossible de dire à quelles périodes des maladies l'aménorrhée se déclare. Si les organes lésés ont avec l'utérus une étroite sympathie, que ce soient, par exemple, l'estomac, le cerveau, le cœur, le dérangement des règles survient de très-bonne heure. La constitution nerveuse ou pléthorique influe aussi sur l'apparition de ce symptôme. On voit tous les jours l'inflammation d'un parenchyme et d'un organe membraneux débuter en même temps par une aménorrhée et par les symptômes qui lui sont propres. Cette coïncidence remarquable avait frappé les anciens ; mais ils se sont mépris sur le véritable point de départ, lorsqu'ils ont attribué au défaut d'écoulement les maladies graves qu'ils voyaient alors paraître.
Marche, durée, terminaison. — Nous ne pouvons rien dire de général sur ce sujet , car il faudrait faire en particulier l'histoire de chaque lésion. Il en est de même du pronostic qui est entièrement subordonné à la gravité du mal : si c'est à unephthisie ou à une autre désorganisation profonde que l'aménorrhée se rattache , le pronostic sera très-grave , surtout si l'aménorrhée, arrivant à un degré avancé de la maladie , n'est que le signe avant-coureur de la mort.
Traitement des différentes espèces d'aménorrhée. — En établissant les trois formes d'aménorrhée que nous venons de décrire , nous avons eu surtout en vue d'asseoir le traitement sur une base rationnelle. Le nombre des substances dirigées contre l'aménorrhée est presque infini, et toutes ont été données dans les circonstances les plus opposées et les plus contraires. Il convient donc de chercher dans la cause même de la maladie les indications thérapeutiques à remplir , autrement l'on est exposé à mettre sur la même ligne des médicaments qui ont échoué et réussi tour à tour.
aménorrhée dite constitutionnelle. — Nous avons dit que l'aménorrhée pouvait tenir à une débilité générale, et nous l'avons appelée asthénique. Nous nous en occuperons d'abord. L'indication qui domine toutes les autres doit être de relever les forces abattues, afin que l'exhalation menstruelle puisse se faire convenablement. On y parviendra, 1° en changeant les conditions hygiéniques dans lesquelles vivent les malades ; 2° par l'emploi de médicaments toniques, excitants, ou appelés spécifiques.
Modificateurs hygiéniques. — lre Indication. — ■ Environner les malades des conditions hygiéniques les plus favorables. — On soumettra d'abord la personne affaiblie à une insolation prolongée, à un air sec, tel que celui qu'on respire sur les mon-
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tagnes , à des frictions sèches ; en même temps la nourriture devra être choisie de préférence parmi les viandes rôties qui sont chargées d'osmazôme et riches en fibrine. On permettra pour boisson les vins de Bourgogne les plus toniques , coupés avec les eaux minérales ferrugineuses de Spa, de Pyrmont, de Passy, d'Aumale , de Rouen. On enverra les malades prendre des bains de mer ou les eaux minérales dans les endroits que nous venons d'indiquer. Les distractions, la promenade, l'équitation, et tous les exercices en général , sont de puissants moyens de guérison. Mais il ne faut pas oublier que c'est surtout en faisant cesser la tristesse des malades, en portant remède à leurs chagrins et à toutes les affections morales qui débilitent si profondément leur constitution , qu'on pourra parvenir à les soustraire à la mort qui les menace , ou à cette langueur qui entraîne des maladies chroniques variées, l'hypocondrie, et même l'aliénation mentale. Souvent l'aménorrhée tient au changement de nourriture et de climat, comme chez les filles de campagne qui viennent habiter les grandes villes. On doit alors chercher à leur rendre, sinon en totalité , du moins en partie , les influences sous lesquelles elles vivaient. C'est surtout par l'observation rigoureuse des lois de l'hygiène, et par une direction convenable imprimée à tous les modificateurs naturels qui agissent sur l'homme , qu'on peut rendre aux aménorrhéiques leur santé première ; sans cette précaution on verrait échouer les remèdes les mieux appropriés à la nature du mal.
Modificateurs pharmaceutiques. — IIe Indication. — Rappeler les forces à l'aide de substances toniques. — Il faut recourir aux médicaments connus sous le nom de toniques; ils portent leur action sur tous les systèmes, et principalement sur l'appareil de la circulation. Les plus usités sont le fer et ses composés. On le donne à l'état métallique, sous forme de limaille (//matura martis), soit seul , soit uni à des poudres ou extraits amers , à des aromatiques , au savon médicinal, à la crème de tartre ; on administre aussi une variété du peroxyde de fer, sous le nom de safran de mars astringent, à la dose de douze à vingt-quatre grains, une ou plusieurs fois par jour. Mais de tous les sels formés par le fer , celui dont on se sert le plus habituellement est le sous-corbonate; tous les praticiens s'accordent à reconnaître son efficacité. On l'administre presque toujours seul ou mêlé seulement à un extrait amer ou à un sel de potasse. Il réussit particulièrement lorsque les tissus sont pâles, décolorés, que les fonctions digestives se troublent, et que tout fait craindre une chlorose commençante. On le prescrit à la dose d'un demi-gros ou d'un gros; on va même jusqu'à deux et trois gros par jour. Les succès qui suivent cette administration tiennent souvent , il est vrai, à l'existence d'un état de chlorose ou d'anémie
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qui n'est pas encore prononcé; mais il amène aussi des guérisons promptes et durables dans les aménorrhées constitutionnelles. M. Blaud , de Beaucaire, préconise dans la chlorose un mélange de quatre gros de sulfate de fer , et d'une quantité égale de souscarbonate de potasse. On peut également l'employer dans les aménorrhées simples ou compliquées de chlorose. On forme quarante-huit pilules ou bols , et on donne du premier au quatrième jour une pilule le matin et une le soir , sans aucun autre auxiliaire qu'une infusion légère de camomille, qui n'est même pas indispensable [Dict. de méd.j, par MM. Mérat et de Lens, t. m, art. Fer, p. 232).
Les effets salutaires des préparations ferrugineuses se font sentir à une époque qui varie suivant l'ancienneté du mal. Au bout d'un mois, et quelquefois plus tôt, on s'aperçoit que la débilité est moins grande , et cet heureux changement s'annonce par la coloration de la peau du visage, une nutrition plus active; la circulation s'accélère , et l'on voit même survenir une véritable pléthore artificielle: c'està ce moment, ou quelquefois plus tôt, que la sécrétion menstruelle se rétablit. Le fer est encore indiqué lorsque des Sueurs blanches abondantes remplacent les règles, et qu'elles paraissent tenir à une débilité de la constitution : alors on peut joindre des injections vaginales d'eaux ferrugineuses de Forges, d'Aumaîe, de Gambo , où le souscarbonate de fer est en grande quantité. Des bains pris à une des sources qui fournissent ces eaux, ou à celles de Pyrmont, de Gontrexe ville, de Vais, produisent souvent des guérisons rapides. Lorsque des douleurs nerveuses ou des névralgies viennent compliquer l'aménorrhée, certains auteurs recommandent le sous-carbonate de fer. G'est surtout en Angleterre qu'on l'a employé dans ces cas , à la dose d'un à trois gros par jour, en trois fois. Les nombreuses observations recueillies par B. Hutchinson prouvent qu'on peut retirer de grands avantages de l'administration de ce sel de fer porté à de hautes doses (voy. Journ. univ. des scienc. méd., t. xix, p. 70; Journ. d'Edimbourg, t. xyiii, p. 321 et 411).
Nous sommes entrés dans quelques détails sur ce médicament, parce que c'est un de ceux qui comptent le plus de succès. Les excitants de toute espèce ont aussi été prodigués dans cette maladie. On a vanté tour à tour le quinquina, le quassia-amara, les aromatiques, tels que la cannelle, l'araome, le cardamome, l'absinthe et une foule d'autres plantes, la menthe, la mélisse , la sauge , l'agnus-castus ; les amers, tels que la gentiane, le trèfle d'eau, la centaurée, etc. Leur action a pu être favorable dans quelques aménorrhées ; mais il faut n'en user que lorsque l'on est sûr que les voies digestives peuvent supporter sans inconvénient leur action.
Les femmes fortes et pléthoriques qui sont malades I
par excès de force ne seront soumises à aucun des médicaments qui précèdent. Chez elles c'est en diminuant la richesse des fluides et la quantité du sang par des saignées plusieurs fois répétées , qu'on ramènera le flux menstruel. Les saignées déplétives deviennent nécessaires si la pléthore est le résultat d'une suppression brusque. On a vu dans des circonstances semblables paraître des inflammations viscérales ou des hémorrhagies par diverses voies : la saignée seule peut prévenir les suites fâcheuses que déterminent ces accidents.
IIIe Indication. — appeler le sang vers les organes de la génération. — 11 serait inutile, avant d'avoir modifié la constitution, de faire usage des substances emménagogues. Sans nous occuper ici de savoir si ces médicaments produisent d'une manière spécifique une congestion sanguine dans l'utérus, nous devons reconnaître qu'à la suite de leur administration on voit souvent les règles couler abondamment. Mais on ne doit les employer qu'avec circonspection , et dans les cas extrêmes ; et il faut être sûr que l'intestin est en état de les tolérer. Les emménagogues, tels que le safran, la rue, l'absinthe, l'armoise, la sabine, donnés avec mesure, et aux approches du temps où les règles doivent paraître , conviennent aux femmes d'un tempérament lymphatique , et à celles dont la suppression est entretenue par une excitation trop faible des organes générateurs. On a encore proposé les cantharides, la teinture d'iode. Nous en parlerons quand il s'agira de l'aménorrhée par suite d'un état d'inertie de l'utérus ; car on a surtout en vue, à l'aide de ces médicaments, de produire une stimulation dans l'appareil génital.
En même temps que l'on use de ces substances, on cherche à appeler le sang vers l'utérus par des bains de pieds, des demi-bains, des saignées soit locales , soit générales , pratiquées sur les membres inférieurs, ou auprès du bassin, par des ventouses, des fumigations avec la vapeur d'eau chaude ou les plantes aromatiques. Tous ces moyens ont pour but d'amener la congestion sanguine nécessaire au flux menstruel. Ces mêmes agents thérapeutiques forment la partie la plus importante du traitement de la 2e espèce d'aménorrhée. Nous y reviendrons avec tous les développements convenables ; seulement nous devons ajouter ici qu'il faut de bonne heure , même dans l'aménorrhée constitutionnelle , habituer les parties à cette fluxion sanguine : aussi , dès qu'on prescrira le traitement général , faut-il, par des ceintures chaudes, des bains de siège, des lavements chauds, des cataplasmes, tâcher d'obtenir cet effet.
Souvent l'aménorrhée constitutionnelle résiste à tous ces moyens de traitement: il faut alors insister sur les applications locales. Au temps présumé de l'approche des règles on place cinq ou six sangsues à la
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partie interne des cuisses, ou à la face externe des grandes lèvres ; pendant les quatre ou cinq jours qui précèdent l'époque menstruelle, on réitère celte application, «avec la précaution de ne pas laisser couler les piqûres au delà d'un quart d'heure. M. Lisfranc préfère dans ces circonstances une saignée au pied d'une demi-palette (deux onces) , ou d'une palette. Souvent, pour réussir, ce traitement doit être employé pendant plusieurs mois de suite, quelquefois cinq, six, et même huit mois, à chaque époque menstruelle (Bulletin clinique,, n° 5, 1er septembre, p. 148).» C'est encore dans un semblable but qu'on a conseillé les bains de siège, les pédiluves chauds, des cataplasmes chauds et presque brûlants appliqués sur l'hypogastre, ou à la partie interne des cuisses , les ventouses simples ou scarifiées sur ces dernières parties, les lavements chauds, les fumigations aromatiques, les injections chaudes poussées dans le vagin, et retenues au moyen du décubitus dorsal. On a proposé aussi l'irritation des mamelles, soit à l'aide de ventouses, comme le voulait Hippoerate , soit à l'aide de sinapismes. On peut lire , dans les Archives générales (t. iv, an. 1 8 3 1 , 2e série, p. 528), deux observations dans lesquelles l'application de larges sinapismes sur les seins fit revenir les règles depuis longtemps supprimées.
Quelquefois on emploie les antispasmodiques , unis aux toniques ou aux amers , chez les femmes d'une constitution nerveuse ; on se propose de calmer l'agitation et tous les accidents névropathiques capables de nuire à la menstruation. Quand les névralgies, ces complications fréquentes de l'aménorrhée, viennent à se manifester, on donne l'asa-foetida , le camphre, l'éther, le musc; on se trouve bien encore, dans quelques circonstances, des préparations opiacées, qui calment l'irritabilité extrême dans laquelle tombent les malades.
Traitement de l'aménorrhée dépendant d'un état local de l'utérus. — Engorgement de l'organe. — Les moyens que nous venons de faire connaître, propres à provoquer les règles lorsque la matrice est saine , ne font qu'aggraver le mal si l'utérus est le siège d'un engorgement; celui-ci semble même augmenter , en raison de l'activité des médicaments. Aussi la première et la plus importante de toutes les indications, est-elle de combattre cet engorgement à l'aide d'une ou deux saignées au bras, pratiquées cinq ou six jours avant l'époque présumée des règles ; on conseille en outre les bains , les boissons émollientes , l'application de cataplasmes , et un régime doux. Cette prescription convient aux femmes pléthoriques dont les règles se sont arrêtées brusquement ; mais elle serait utilement remplacée chez la femme pâle , faible et lymphatique , par la tisane de gentiane ou le houblon , les vins amers , et un régime fortifiant et tonique. Les saignées seraient capables
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d'empirer l'état des personnes molles et lymphatiques ; mais elles peuvent être renouvelées trois et quatre fois de suite chez les femmes robustes. Cependant on y renoncera si , portées à ce nombre, elles n'ont pas été suivies de succès.
Quelquefois il arrive que les femmes sont prises de douleurs et de coliques très-intenses à chaque époque menstruelle. En vain elles se couvrent le ventre de linges chauds, et boivent abondamment des tisanes émollientes, leurs souffrances continuent jusqu'à ce qu'elles aient pris des pilules d'opium , des lavements avec addition de quelques gouttes de laudanum. On recommande aussi les lavements simples presque froids, les injections narcotiques et la saignée révulsive au bras. Dans le cas où les organes génitaux seraient le siège d'une vive sensibilité, on conseillera la continence dans les plaisirs de l'amour; carie coït exaspère souvent les douleurs , et augmente en même temps la susceptibilité générale.
Atonie des organes génitaux. — D'autres fois les organes génitaux paraissent être dans un état de torpeur dont il est difficile de trouver la cause. L'état général est satisfaisant, la constitution saine et robuste, et cependant les femmes sont mal réglées. C'est alors que les médecins recommandent le mariage, comme pouvant opérer un changement favorable par la stimulation qu'il imprime à l'appareil générateur. Hippoerate, Plater, F. Hoffmann, et d'autres, observent que la première apparition des règles se fait souvent après les premiers rapports de l'homme avec la femme (Plater, in Prax.} ch. xiv, et F. Hoffmann, Medic. rational. sysl., t. iv, part, iv, p. 401).
Nous avons dit, en parlant de l'aménorrhée constitutionnelle, qu'après avoir cherché à modifier la constitution par un traitement général, il fallait aussi faire un appel au fluide sanguin vers les voies génitales , et , dans ce but , employer les substances dites emménagogues, quand l'aménorrhée tient à la seule atonie des organes de la génération , ce qui est trèsrare : c'est là l'unique indication qu'il convient de remplir; mais il faut choisir des emménagogues plus actifs. L'iode, dans ces derniers temps, a été considéré presque comme un spécifique dans l'aménorrhée. M. Bréra , de Padoue , rapporte l'avoir vu réussir un grand nombre de fois; MM. Récamier et Trousseau l'administrent ordinairement en teinture. La dose, le premier jour, est de 15 gouttes, et l'on peut aller successivement jusqu'à 24, 28, et même 72 gouttes. La teinture est mise dans une potion aromatisée et édulcorée, que l'on prend en 4 fois dans les 24 heures. Voici , selon M. Trousseau, les effets qu'elle produit : «un sentiment de chaleur dans la région de l'estomac, suivi bientôt de battement des artères de la tête, de céphalalgie sus-orbitaire , de tension des yeux , de douleurs plus ou moins vives dans les bras ,
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dans les jambes, dans l'hypogastre , accélération du pouls , chaleur de la peau , démangeaisons , éruptions diverses sur la peau, augmentation de la sueur et de la sécrétion urinaire (De l'iode dans l'aménorrhée, par M. Trousseau, Journ. des conn. méd. chir., novembre 1833, p. 74, 75).» On observe aussi des coliques que les malades comparent à celles qui précèdent l'apparition des règles. La médication doit être continuée deux ou trois jours après que le flux menstruel s'est établi. M. Bréra ne craint pas de donner l'iode pendant vingt ou trente jours de suite, mais souvent des troubles assez graves dans les fonctions digestives forcent à en suspendre l'emploi.
Pour administrer l'iode ainsi que les autres emménagogues , le safran , l'armoise , il faut être bien sûr qu'il n'existe aucun engorgement dans la matrice; quant aux cantharides, leur emploi est trop dangereux pour qu'on puisse l'indiquer comme moyen de traitement. On a été, dans certains cas, jusqu'à faire des injections irritantes dans le vagin pour rappeler les règles. On lit, dans le n° de juillet du JRépert. méd. et chir. du Piémont [Journ. des conn. méd. et chir., septembre et octobre 1833, p. 61), qu'un médecin piémontais, M. Fenoglia, a osé faire des injections dans le vagin avec quatre ou cinq gouttes d'ammoniaque dissoutes dans trois ou quatre onces d'eau distillée de mauve. Les conclusions de l'auteur donneront une juste idée du remède : «L'ammoniaque possède une action stimulante , dif fusible , prompte , énergique , capable de rappeler l'utérus à ses foncions normales , mais capable aussi de donner naissance à une métrite (loc. cit., p. 61).»
Pour exciter l'écoulement des règles, on a aussi employé des médicaments qui agissent sur le canal intestinal, et plus particulièrement sur le rectum. On a prétendu que l'aloès , en amenant une congestion vers la fin du gros intestin et dans le petit bassin , favorisait la sécrétion menstruelle. Une formule trèsusitée dans les hôpitaux d'Italie consiste à unir l'aloès à la sabine (extrait d'aloès , viij grains , idem de sabine, vj grains; faites six bols, un toutes les trois heures).
Nous terminerons tout ce qui est relatif à l'aménorrhée par état local, en faisant remarquer que souvent une opération chirurgicale devient nécessaire, lorsqu'un obstacle de la nature de ceux que nous avons signalés vient à empêcher l'excrétion des menstrues. Hippocrate, qui a très-bien connu toutes les causes de l'aménorrhée par défaut d'excrétion , et en particulier l'obturation de l'orifice utérin par une membrane ou par suite de déplacement de l'utérus , conseille la dilatation du col (De naturà muliebr. , cap. xxxvii , xxxvix , xlviii). Il recommande aussi, lorsque l'utérus s'est précipité vers le coxis , de lui imprimer une direction convenable ,
de faire des lotions émollientes, et plus tard des lotions avec les plantes aromatiques. Le médecin grec, croyait que l'orifice utérin était bouché dans ces déplaments, et que c'était là une des principales causes de la rétention des règles.
Traitement de V aménorrhée sympathique, ou se liant à la maladie d'un viscère. — Nous n'avons que peu de chose à en dire , car le traitement de cette aménorrhée se confond avec celui de la lésion qui lui donne naissance. Cependant, comme on a voulu quelquefois rappeler les règles, lors même que l'on n'ignorait pas que la suppression tenait à un désordre local situé hors de l'utérus, nous devons examiner cette question : Convient-il de faire cesser l'aménorrhée qui se rattache à la maladie d'un viscère? Nous prendrons pour exemple la phthysie pulmonaire , qui s'accompagne souvent d'un trouble dans la menstruation. C'est au moment où la désorganisation devient profonde, où elle s'étend à la presque totalité du poumon, que les règles se suppriment; à cette époque aussi tous les accidents deviennent plus graves, et la fièvre hectique s'allume. Faut-il attribuer à la suppression une part dans le développement de ces phénomènes, ou n'y voir qu'un des nombreux effets de l'altération pulmonaire? Nous ne pensons pas qu'il y ait doute à cet égard : il serait donc au moins inutile de chercher à rétablir cette fonction qui se suspend ; il y aurait du danger à le faire si la malade était débilité ; car les applications de sangsues au cuisses augmenteraient encore la faiblesse.
Toutefois , si chez une femme pléthorique, et présentant d'ailleurs des symptômes non douteux de phthisie pulmonaire , l'aménorrhée survenue tout à coup ou lentement s'accompagnait d'accidents graves, d'une dyspnée considérable , d'hémoptysie, on devrait chercher, en rappelant les règles, à diminuer l'afflux du sang qui se fait sur l'organe respiratoire, et qui est l'unique cause de l'aménorrhée. Presque toujours il faut, en même temps qu'on provoque les règles, calmer l'irritation du parenchyme pulmonaire à l'aide d'un traitement approprié à la nature du mal; c'est même là le moyen le plus capable d'agir sur la menstruation. Lorsque celle-ci n'est pas encore établie, et que l'on ne peut méconnaître une affection tuberculeuse , on se conduit de la même manière. La phthisie paraît recevoir une impulsion fâcheuse du défaut d'exhalation mensuelle, parce que le sang qui était destiné à l'utérus semble se réfugier dans le poumon , et augmente la gravité du mal. Dans tous les cas , il faut se souvenir que si l'on veut faire avec succès affluer le sang vers les organes sexuels, on doit combattre avant tout l'inflammation des viscères. Nous terminerons donc en disant que l'aménorrhée n'étant le plus souvent qu'un épiphénomène des maladies, si l'irritation et la congestion sont au cœur,
il faut les combattre par la saignée et par la digitale; si elles sont au poumon , à l'estomac , au foie , il faut employer le traitement approprié à ces différentes affections , et alors seulement on verra disparaître les troubles de la menstruation.
AMYGDALITE, s. f., mot dérivé d'à^uT^àXvi , amande , et de la terminaison mç , qui désigne l'état inflammatoire.
Synonymie franc, et étrang. — Esquinancie , angine tonsillaire , inflammation des amygdales. Franc. — napaouva-j'x.Y]. Grec. — Isthmitis , antiaditis , synanche tonsillaris , angina cum lumore. Lat. — Schienanzia. Ital. — Garotillo , esquinencia. Esp. — Quinsy , squinsy , tonsillitis. Angl. — Kehlsuch , halsenizundung. Ail.
Synonym. chronolog. — Kuvà-^n, Hippocrate. — Tonsillarum inflammatio , Celse. — Angina cum tumore , Boerhaave. — Cynanche tonsillaris , Sauvages, Gullen. — Tonsillarum angina, Van-Swieten. — Angine gutturale, Pinel. — Amygdalite, Roche , Chomel , Blache.
Définition. — Inflammation des tonsilles , trèscommune par les variations dans l'état de l'atmosphère , annoncée par une sensation de sécheresse , de chaleur et d'embarras vers la gorge, que complique une douleur plus ou moins vive pendant la déglutition.
Division. — L'amygdalite présente des différences , suivant qu'elle frappe une tonsille , ou suivant qu'elle est double , suivant qu'elle est simple ou qu'elle complique une autre maladie, comme la pléthore, un embarras gastrique, la scarlatine, l'affection vénérienne, scrofuleuse, etc.; suivant qu'elle offre une marche rapide ou qu'elle se prolonge en un temps fort long ; suivant qu'elle se termine par résolution , par ulcération , par gangrène , par suppuration , ou par induration. 11 est facile de voir cependant que ces différences ne sont pas tellement tranchées et importantes qu'il faille étudier autant d'espèces d'amygdalites que nous venons d'énumérer de formes particulières. Dans l'exposé qui va suivre , nous présenterons l'histoire de l'amygdalite à l'état aigu et à l'état chronique, et sous ces deux chefs principaux nous comprendrons toutes les variétés qui ont été signalées.
Altérations pathologiques. — Dans l'état sain, les amygdales ou tonsilles sont des corps ovalaires, longs d'environ six lignes sur trois d'épaisseur et de largeur, qu'on trouve au-dessous du voile du palais, sur les côtés de la luette , entre les piliers antérieurs et postérieurs qui rattachent d'une part la langue, d'autre part le pharynx , à la voûte mobile et membraneuse du palais. Les différents cryptes muqueux qui sont ainsi agglomérés forment ordinairement, par leur réunion, des lobes plus ou moins volumineux, plus ou moins nombreux; leur couleur est grisâtre, leur tissu mollasse. A la surface de cet amas de folli-
cules on rencontre , par un examen attentif, une multitude de petites ouvertures qui conduisent dans des vacuoles ou cellules peu spacieuses dont est creusé l'organe décrit sous le nom de tonsille. 11 est probable que chacune de ces vacuoles est tapissée par la membrane muqueuse de la bouche et du pharynx.
Les cryptes muqueux que nous venons d'envisager sécrètent un fluide plus ou moins visqueux que l'on peut exprimer par la pression. Dans les angines tonsillaires , cette matière est exhalée en moindre abondance, et le plus ordinairement elle acquiert un peu plus de consistance. Alors, à la surface du crypte, se forme une petite pellicule membraneuse, qui y adhère en raison d'un prolongement qu'elle envoie dans sa cavité. Cette modification porte sur chacun des follicules; elle en détermine la tuméfaction plus ou moins considérable , et l'organe entier prend un développement que le simple examen de l'arrièrebouche suffit à faire reconnaître. Si l'on réfléchit bien aux altérations que nous venons de signaler, il ne sera point impossible d'expliquer la difficulté avec laquelle on obtient généralement la résolution de l'engorgement tonsillaire; tant d'inflammations isolées, tant de gonflements partiels , résistent pendant longtemps au traitement le mieux dirigé.
M. Velpeau [Trait, d'anat. chirur., t. i, p. 158) établit à ce sujet une distinction importante , qui nous paraît devoir prendre place ici. Suivant ce chirurgien distingué , les amygdales s'enflamment de deux manières différentes : c'est-à-dire que l'état phlegmasique peut se manifester à la surface du tissu muqueux , et produit, pour l'ordinaire, des fausses membranes de différentes espèces , qui en ont maintes fois imposé pour des ulcères, et même pour de la gangrène; ou bien c'est dans le tissu cellulaire inter-folliculaire et sous-muqueux que les phénomènes inflammatoires ont principalement leur siège : dans ce dernier cas, ils tendent à former un abcès, et constituent un véritable phlegmon ; en se reproduisant un grand nombre de fois, ils déterminent souvent aussi l'induration.
MM. Chomel et Blache (Dict. de méd., 2e édit., art. Amygdalite, t. u, p. 494) ajoutent encore aux faits avancés par M. Velpeau : «Indépendamment du volume considérable qu'elles peuvent acquérir lorsqu'elles sont enflammées, les amygdales présentent alors quelques lésions qu'il importe de noter. Ainsi, comme le remarque M. Andral, quelquefois le tissu cellulaire situé entre les follicules qui constituent ces organes offre une augmentation notable d'épaisseur et de densité; d'autres fois ce sont les parois des follicules mêmes qui sont indurées, épaissies ou ramollies. Le liquide sécrété dans les lacunes est converti en pus ou bien en une matière concrète, friable, assez semblable à des grumeaux tuberculeux. Ces divers produits paraissent être contenus , tantôt dans
une seule lacune considérablement agrandie, et tantôt dans une cavité formée par la réunion accidentelle de plusieurs de ces lacunes.»
En rapprochant ces diverses opinions, il est facile de conclure que le gonflement et l'induration des amygdales prennent leur point de départ, tantôt dans une phlogose des cryptes muqueux , tantôt dans l'inflammation du tissu cellulaire inter-folliculaire ; que les abcès peuvent résulter de la dégénérescence purulente de l'un ou de l'autre des éléments, soit muqueux, soit cellulaire, qui entrent dans la composition des tonsilles.
Du reste, l'inflammation qui nous occupe donne lieu quelquefois à des pertes de substance plus ou moins considérables, à des ulcérations qui résultent surtout d'une complication syphilitique (Portai, Anal. inéd.j t. iv, p. 509).
D'autres fois le mal est poussé à tel point , que la terminaison par gangrène a lieu, et alors la partie malade se ramollit , apparaît bleuâtre , livide ou noire (Renauldin, Dict. des sciences mêd., t. h, p. 118. art. Angines).
On atrouvé parfois des concrétions calculeuses dans les amygdales. Ces productions sont d'un blanc sale ; l'odeur désagréable qu'elles exhalent presque toujours dépend probablement , en grande partie , de la décomposition de la matière animale qui les entoure, et qui entre dans leur composition ; car il arrive trèssouvent que cette matière seule répand une odeur Irès-fétide (Meckel, Man. d'anat., t. ni, p. 328\
M. Baudens(/:«nc.//\, 1 833, t. vu, n° 140, p. 445) s'est attaché surtout à caractériser les altérations qui résultent de l'amygdalite chronique. Les follicules dont se compose le tissu glandulaire des amygdales acquièrent sous l'empire d une irritation chronique, trois, quatre ou six fois leur volume ordinaire, en même temps que les cloisons intermédiaires présentent une épaisseur proportionnée. La sécrétion , plus abondante, fournit une humeur condensée; l'absorption de ses parties les plus fluides donne naissance à des concrétions de couleur et de consistance de fromage , du volume d'un pois, qui répandent une odeur infecte quand elles sont écrasées entre les doigts. Ces corps étrangers, renfermés plus ou moins profondément dans les cellules de la glande, entretiennent, par leur présence, de l'irritation à un degré d'autant plus prononcé, qu'ils nécessitent, pour être expulsés, plus d'efforts d'expectoration, et une phlogose éliminatoire plus grande.
Ils apparaissent quelquefois à la surface de l'amygdale, sous forme de points blanchâtres; il est facile alors de les détacher à l'aide d'un corps mousse. On rencontre dans la pratique beaucoup de personnes atteintes d'amygdalite chronique, qui, à diverses reprises, ont rendu de ces concrétions.
Ces diverses altérations , que l'inflammation détermine dans le tissu des tonsilles, sont parfois constatées sur le sujet vivant, au moyen de l'inspection de la partie malade, ou bien à la suite de l'excision des cryptes, dont l'état commandait un traitement chirurgical; rarement après la mort, surtout pour l'amygdalite simple. On trouvera cependant, dans le beau recueil de faits pathologiques que nous a laissé Morgagni (De sed. et caus., etc., epist. xliy, § 3) , une observation , suivie d'autopsie cadavérique, qui dénota les altérations suivantes : le voile et la partie mobile du palais étaient sains , mais la membrane qui couvre les tonsilles était épaissie par de la sérosité jaune qui s'y était arrêtée, et qui ressemblait à une gélatine jaunâtre; et les tonsilles elles-mêmes étaient tuméfiées, surtout celle du côté gauche, qui se trouvait endurcie, et qui répandait du pus par expression ou par incision. D'autres altérations, frappant sur d'autres parties, existaient avec celles que nous venons de citer, et probablement ce furent elles qui entraînèrent à la mort.
L'amygdalite , au dire de quelques auteurs , sévit le plus souvent sur l'une et l'autre tonsille en même temps. Si l'on analyse soixante-quatorze faits qui ont été envisagés sous ce point de vue , on trouve que parmi ceux-ci, neuf seulement se montrèrent dans lesquels un seul côté fut affecté. Un tel relevé ne saurait qu'être favorable à l'opinion mentionnée; mais il faut y ajouter que bien rarement la phlegmasie porte également sur l'un et sur l'autre côté ; que presque toujours une amygdale se trouve plus fortement compromise , et que , en outre , l'inflammation procède souvent de l'une d'elles pour se propager ensuite à celle du côté opposé. Bosquillon (Annot. à la méd. prat. de Cullen, t. i, p. 232; Paris, 1785 ) admet qu'il arrive fréquemment que cette maladie n'attaque qu'une amygdale ; quand les deux le sont , il y en a toujours une qui est plus enflammée que l'autre ; souvent l'inflammation passe d'une amygdale à l'autre : quand cela arrive, il n'y a point de suppuration à craindre, et la maladie est facile à guérir.
Ici se bornent les considérations dans lesquelles nous avons cru devoir entrer au sujet des changements que l'inflammation occasionne dans la texture des amygdales. Sans plus tarder, nous abordons l'analyse symptomatologique des accidents qui caractérisent cette maladie à l'état aigu.
Symptomatologie. — Amygdalite aiguë. — L'amygdalite , comme la plupart des phlegmasies , peut se révéler, à son invasion, sous deuxformesdifférentes. Tantôt les phénomènes locaux qui la caractérisent apparaissent en premier; tantôt un trouble général de l'organisme, plus ou moins intense, ordinairement léger, survient, et précède d'un jour, ou seulement de