‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interneChapitre 12 sur 50 · US · texte numérisé non relu

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rai. M. Reynaud pense avec raison que , dans les' cas où l'on observe des veines collatérales beaucoup plus développe'es que dans l'état normal, on peut en induire qu'il existe une oblitération de quelque tronc veineux principal. Quoi qu'il en soit, on peut conclure des faits qui viennent d'être signalés que l'on ne doit pas considérer comme nécessairement incurables les hydropisies qui reconnaissent pour cause un obstacle permanent à la circulation du sang dans un des principaux troncs Veineux. »

Nous pensons qu'un autre mode de guérison peut se présenter qui offre au moins un intérêt pratique aussi marqué que celui mentionné par MM. Bouillaud et Reynaud. Il arrive par bonheur assez fréquemment que l'obstacle apporté à la libre circulation veineuse n'est point persistant , qu'il est susceptible de disparaître, et ce fait donne naissance à une foule d'indications thérapeutiques qui varient autant de fois que l'espèce est susceptible elle-même de varier. Tantôt c'est une compression que l'utérus exerce sur les veines hypogastriques qui cède par la position horizontale , tantôt c'est un obstacle à la circulation veineuse du membre pelvien gauche qui prend sa source dans l'accumulation de matières fécales endurcies en la cavité de l'intestin rectum et qui disparaît sous l'influence d'un purgatif; enfin c'est un bandage herniaire mal appliqué qui presse trop fortement sur la veine fémorale , sur la veine iliaque externe à la partie supérieure de la cuisse, et le mal ne persiste pas , quand le mode de contention de la hernie est mieux dirigé. Sous ce point de vue , le bon sens du praticien fera plus que tous les moyens que nous pourrions énumérer ici; nous nous abstiendrons alors d'ajouter aucun détail sur ce sujet.

L'anasarque symptomatique d'une interception incomplète ou absolue dans la distribution de l'influx nerveux n'est guère qu'un épiphénomène qui réclame à peine l'attention du médecin et que bien souvent on s'occupe peu de faire disparaître. 11 peut arriver cependant que cette forme de la maladie qui nous occupe acquière un assez haut degré de développement et qu'elle devienne sinon grave an moins incommode et inquiétante pour le patient. Le médecin doit alors prendre en considération ces diverses circonstances , et par un traitement convenablement dirigé dissiper l'œdème en question. Pour atteindre ce résultat plusieurs moyens se présentent à lui, qui successivement ou simultanément peuvent être employés. D'abord il faut recommander au malade de placer la partie frappée d'infiltration dans une position telle qu'elle ne pende pas et que loin de là, par sa situation élevée , les liquides qui l'engorgent soient tenus de rentrer dans le torrent commun de la circulation. Ce moyen suffit quelquefois seul pour remédier à la leucophlegmatie. Si cependant elle per-

siste, une compression méthodique exercée à l'aide d'une bande roulée et secondée par la position que nous venons d'indiquer ne peut pas manquer de déterminer la résolution de l'engorgement. Mais, dans quelques cas, cette compression ne saurait être employée , elle produirait une augmentation dans les douleurs que présentent parfois les membres paralysés. Alors il faut y renoncer et la remplacer par un moyen, sans doute moins efficace , mais qui cependant peut amener de bons résultats. Des frictions sèches ou alcooliques , faites avec un morceau de flanelle simplement, ou avec la même étoffe imprégnée d'une certaine quantité de teinture alcoolique de digitale pourprée unie , par parties égales , à la teinture alcoolique de scille , sont pratiquées sur le membre atteint de paralysie et d'auasarque et amènent rapidement la résolution de l'infiltration séreuse.

D'autres médications pourraient encore réussir en pareil cas; mais il semble inutile d'y insister plus longuement, car, ainsi que nous l'avons dit, l'accident qui nous occupe doit, dans le plus grand nombre des cas , être absolument considéré comme un phénomène accessoire sans importance.

L'anasarque qui caractérise un état particulier du sang commande une médication absolument opposée, suivant qu'elle résulte d'un état de pléthore ou d'anémie , suivant qu'elle provient d'une richesse trop grande du fluide en circulation ou de la pauvreté même de cet élément organique. 11 est donc nécessaire ici, comme pour l'histoire symptomatologique de cette source d'auasarque, d'établir une grande division.

L'anasarque qui provient de la surabondance et, d'une richesse trop grande du sang se rapproche beaucoup , ainsi que nous l'avons déjà établi , de l'anasarque idiopathique, active, aiguë, inflammatoire. Ici , plus sureinent encore que dans le premier cas étudié , la médication antiphlogistique faite avec énergie est parfaitement indiquée. Les saignées générales surtout, les boissons aqueuses légèrement diurétiques, des bains de vapeurs, la diète, le repos, une température douce, triomphent avec promptitude de cette maladie passagère. Il est d'ailleurs quelques moyens particuliers qui seront mis en usage, suivant certaines causes capables d'occasionner cette affection. Ainsi, dans les cas de suppression menstruelle brusque , il faudra non-seulement recourir à la méthode de traitement antiphlogistique; mais, en outre rappeler par des agents spéciaux la congestion vers l'utérus; les bains de siège chauds, les applications de sangsues à la vulve et tant d'autres moyens qui ont été mentionnés ailleurs ( voy. Aménorrhée ) seconderont puissamment le traitement dirigé contre l'état de pléthore. S'il faut attribuer les accidents à la brusque suspension du flux hémorrhoïdal, par des sup-

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posiloircs excitants , quelques purgatifs drastiques , par des saignées locales , faites au pourtour de l'anus, ou rappellera l'écoulement sanguin et l'on verra disparaître rapidement et la pléthore et l'anasarque. Nous ne pensons pas devoir ajouter plus d'extension à ce sujet.

L'anasarque qui résulte de la prédominance des parties séreuses du sang sur les portions fibrineuses et cruoriques est , comme on a pu l'entrevoir par la lecture de cet article, une maladie assez commune , et qui commande puissamment l'attention du médecin. Dance (Dict. de méd., t. u , p. 5 1 6) s'est contenté d'établir en quelques lignes les bases principales du traitement qu'il faut lui opposer. Il a dit : « Si l'anasarque succédait à des causes vraiment débilitantes , telles que l'habitation prolongée dans les prisons et les lieux humides , à la suite du scorbut et des hémorrhagies abondantes , les analeptiques et les ferrugineux , en particulier, seraient parfaitement indiqués. »Ce passage ne suffirait peut-être pas à guider le médecin dans des cas semblables. Les accidents qui occasionnent cette maladie sont infiniment variables, mais ce n'est sans doute point un motif pour présenter si peu de développements louchant le traitement d'une affection bien fréquente, et qui, en définitive, succède à une altération toujours identique , savoir , l'état anémique du sujet.

Nous entreprenons de satisfaire à cet exposé que les anciens auteurs abordaient sans hésitation, et quelquefois apparemment sans esprit de critique. Sydenham {Opéra omnia , Genève, 1723, p. 492. Tract.de H y drop.) reconnaissait deux indications curatives vraies et naturelles , qui résultaient simplement de l'observation des phénomènes de Phydropisie; l'une prescrivait l'évacuation des liquides contenus dans le ventre ou dans d'autres parties , la seconde voulait que la force du sang fut rétablie , ce qui mettait à même de prévenir un nouvel épanchement de sérosité. L'Hippocrate anglais entrait à cet égard dans de longs détails qu'il est important de connaître lorsque l'on prétend savoir l'histoire de la science, mais qui, aujourd'hui, pourraient paraître incomplets et d'une application difficile.

La première indication à remplir dans le traitement de l'anasarque dont il est ici question porte sur l'éloignement des causes qui en ont favorisé la manifestation. Il faut à ceux-ci une habitation plus salutaire, à ceux-là une alimentation plus réparatrice , à d'autres quelques soins capables de prévenir le retour d'hémorrhagies considérables ; enfin , à quelques-uns des moyens purement palliatifs, capables seulement de dissiper les accidents principaux qui ne sont, en dernier résultat , que l'expression d'un état cachectique entièrement au-dessus des ressources de l'art. L'éloignement de la cause , telle est la première pré-

caution à prendre dans le traitement de cette maladie, comme dans celui de beaucoup d'autres de nature différente.

Il arrive souvent que le mal persiste, bien que les modificateurs hygiéniques, à l'action desquels le malade était exposé , ne soient plus les mêmes. C'est alors qu'il convient de recourir à l'emploi de ces moyens que Sydenham recommandait dans le but de rendre au sang sa vigueurprimitive. Cullen (Élém. de méd. prat., 1787; trad. par Bosquillon , t. u, p. 572) établissait qu'avec avantage on pouvait employer les trois remèdes suivants , savoir, le bandage , les frictions et l'exercice. Le bandage soutient le ton du vaisseau, les frictions favorisent son action et empêchent la stagnation des fluides, l'action des muscles qui contribue beaucoup à favoriser le mouvement du sang veineux doit être encore de quelque utilité. Cependant le célèbre professeur à l'université d'Edimbourg pensait que l'on ferait bien d'user des toniques pour rétablir le ton du système. Les principaux remèdes de ce genre sont les ferrugineux, l'écorce du Pérou et les différents amers. Le sous-carbonate de tritoxyde de fer peut être admimistré en substance, depuis quinze grains jusqu'à un gros par jour : l'usage des eaux de Spa , de Forges , de Passy , produira quelquefois d'heureux effets. Le quinquina employé sous forme d'infusion, de décoction (deux gros pour deux livres d'eau), d'extrait, en pilules (un scrupule à deux gros), de vin (deux onces à cinq onces), de sirop (demi-once à deux onces), semble avoir favorisé la résolution de l'engorgement. C'est surtout contre l'anasarque qui complique les longues fièvres intermittentes, particulièrement après celles de nature quarte, que cet agent médicamenteux peut être employé avec succès ( Mérat et de Lens , Dict. de mat. méd.; t. v, p. 637 ; 1835) : il réussit mieux alors, quand il est administré à l'état de soussulfate de quinine (douze à dix-huit grains par jour). D'autres préparations amères, celles de simarouba, de quassia , de pareira-brava , de pissenlit , etc. , ont été recommandées. Mais il faut bien se mettre en garde, quand on administre de semblables médicaments , pour ne point déterminer la phlegmasie des voies digestives, ce qui constituerait, sans aucun doute , une bien grave complication

On joint souvent avec avantage les aromatiques aux préparations toniques. Sydenham (loc. cit.) recommandait spécialement l'usage du vin d'absinthe. Suivant Cullen (loc. cit.), le bain froid est, dans beaucoup de cas , le plus puissant tonique qu'on puisse employer; mais dans le commencement de Phydropisie, lorsque la faiblesse du système est considérable , on ne peut guère le tenter sans danger.

Pendant que la médication tonique est employée , il est important de ne point omettre l'usage de quelques révulsifs dits évacuants; les diurétiques, de légers

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