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purgatifs, certains excitants delà peau, capables de déterminer un état habituel de diaphorèse, contribuent encore à dissiper l'infiltration séreuse du tissu cellulaire sous-cutané.
Il ne faut pas négliger encore de soumettre le malade à une alimentation succulente, réparatrice; il faut le placer dans des conditions telles qu'il puisse respirer toujours un air pur et vif; on doit encore soigneusement prévenir tout refroidissement capable de suspendre l'exhalation cutanée ; la distraction lui sera fort avantageuse, et il fera bien de la prendre en des promenades proportionnées à l'état de ses forces. En agissant ainsi, on parvient assez souvent, avec bonheur, à dissiper ces anasarques anémiennes, comme disait Cullen , qui semblent pourtant caractériser, dans le plus grand nombre de cas , une altération profonde de la santé.
Bans les différentes formes d'anasarque qui ont été précédemment décrites, quelle que soit d'ailleurs leur cause prochaine , il peut arriver que les téguments présentent une intumescence considérable et fort douloureuse par suite de l'accumulation d'une abondante sérosité dans le tissu cellulaire sous-cutané. Alors le mal s'aggrave, des phénomènes sympathiques s'établissent, l'anxiété est très-grande et les jours du sujet affecté sont dangereusement compromis. Il faut, dans ce cas, ouvrir sans hésitation, au dehors, une voie à l'écoulement de la sérosité. Dance(/oc. cit. ,p. 517) s'exprime ainsi à ce sujet : «Les vésicatoires, les cautères, leséton même, ont été conseillés à cette fin ; mais les plaies qui en résultent exposent les parties à être frappées d'une inflammation gangreneuse. lien est de même des scarifications : aussi beaucoup de praticiens se contentent-ils de simples mouchetures, pratiquées avec une lancette enfoncée perpendiculairement jusqu'au dessous du derme. Ces mouchetures ne sont pas toujours elles-mêmes exemptes de l'accident dont nous venons de parler; c'est pourquoi l'on a proposé , dans ces derniers temps, de simples piqûres faites avec une aiguille à acupuncture, multipliées autant de fois qu'il est nécessaire. (M. Roche a dit avoir employé ce moyen avec avantage.) N'ayant point mis , ni vu mettre en usage cette méthode, nous ne pouvons rien en dire quoiqu'elle nous paraisse innocente, mais allant difficilement au but qu'on se propose à cause de l'étroitesse des ouvertures. Ce qui nous a paru le plus sûr en pareilles circonstances, ce sont de simples incisions linéaires d'un demi-pouce à un pouce d'étendue, mais excessivement superficielles et n'intéressant que 1'épiderme. Par là on obtient, dans les cas et au degré de la maladie où nous les conseillons , un stillicidium séreux à peine apparent , mais continu et suffisant pour imbiber une alèse dans une seule nuit et sans que jamais la gangrène s'empare de ces faibles incisions. Ce qui fait au reste que cet accident survient si
facilement dans les entamures plus profondes de la peau , c'est que cette membrane est , en quelque sorte , macérée par la sérosité et séparée de ses vaisseaux nourriciers, circonstances très-propres à diminuer ou dénaturer son mode de vitalité.»
Le docteur J. Copland (loc. cit., p. 640), dans plusieurs cas d'escarres gangreneuses consécutives à des déchirures de la peau ou même à des scarifications, a retiré le plus grand avantage de l'application sur le lieu malade de compresses imbibées d'huile essentielle de térébenthine. Cette préparation topique occasionne une résolution rapide de l'infiltration , et rétablit la cohésion du tégument ramolli qui entoure les parties ramollies ou détruites.
Nature et classification dans les cadres nosologiques. Pour que les faits qui constituent la base de la science pathologique soient méthodiquement classés , il faut qu'une idée systématique domine tout le vaste ensemble de nos connaissances sur ce sujet. Nous sommes encore éloignés d'une semblable position ; aussi quand nous agitons les questions de nature et de classement, bien souvent faisons -nous plutôt preuve d'ignorance et de doute, qu'un véritable savoir et de quelque certitude.
Sauvages (Nos. meth., Venise, 1772, t. i, p. 8), admettait que les maladies peuvent être classées suivant quatre méthodes différentes, savoir : la méthode alphabétique, la temporaire, l'anatomique et l'étiologïque ; à celles-ci il convenait , suivant lui , de préférer la méthode symptomatique.
La méthode anatomique semble aujourd'hui prévaloir sur toutes les autres : on pourrait bien en faire la critique, et, sans doute , paraîtrait-elle moins rationnelle , moins pratique , que d'autres procédés de classement. Néanmoins nous jugeons inutile d'aborder ici cette question.
Sauvages plaçait l'anasarque dans la classe dixième des cachexies, dans l'ordre second des intumescences; Cullen , dans sa troisième classe des maladies cachectiques , et dans son ordre second des intumescences ; Good , dans la classe sixième des maladies des fonctions excrémentitielles et dans son ordre second. Si l'on s'attachait à déterminer la nature de l'anasarque, il serait absolument nécessaire de diviser l'histoire de cette maladie.
Nous l'avons vue survenir en effet par suite d'une irritation inflammatoire du tissu cellulaire lui-même, par suite d'obstacles apportés à la libre circulation de la sérosité ou du sang veineux, par suite d'un état de pléthore et de force , par suite d'un état d'anémie et de faiblesse. Comment classer en un même lieu une affection qui présente tant de différences , eu égard à sa cause prochaine , et comment séparer ces troubles morbides qui se passent en un même tissu, avec des apparences semblables , et qui réclament quelquefois
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des précautions identiques? Nous ne prétendons point résoudre de si grandes difficultés.
Historique et bibliographie. L'histoire des travaux qui ont eu principalement l'anasarque pour objet, semble parfaitement pouvoir rentrer dans l'histoire des ouvrages qui traitent de l'hydropisie en général. Cependant, ayant principalement pour but de diviser ce vaste sujet, nous indiquerons ici quelques passages d'auteurs qui portent sur la maladie que nous venons de traiter.
Hippocrate (rupî vou<tmv, lib. n; Porrhét. , lib. n, § 154) prouve qu'il a bien connu cette maladie, et, par les conseils qu'il donne , indique que de son temps elle était déjà parfois regardée comme symptomatique. Celse (De med., lib. ni, cap. 21 ) introduit cette distinction de la maladie en primitive et consécutive ; il insiste particulièrement sur les principes de diététique qui doivent présider à sa curation. Asclépiade, au dire de Cœlius-Aurélianus (Morb. chron., lib. m, cap. 8), admet une anasarque active, survenant rapidement; une anasarque passive, se manifestant avec lenteur : la première est compliquée de fièvre ; la seconde, apyrétique. Tel était l'état de la science dans l'antiquité. Les passages qu'Arétée (De sign. et caus. morb. chron., lib. n, cap. 1), que GaKen (De locis âff., lib. v, cap. 7), que d'autres auteurs ont consacrés à la description de cette maladie , n'offrent rien qui soit bien remarquable. Tandis que Boerhaave (Aph., 1228) rattachait à un obstacle à la circulation veineuse un grand nombre d'hydropisies,Loss et Geitzinger (De languore lymphalico; Disput. Hallerii; Lausanne, 1758, t. iv, p. 215 et suiv.) accusaient les vaisseaux lymphatiques de la production de cette maladie , et particulièrement de l'anasarque. Sydenham (Opéra omnia; Genève, 1723, p. 490), dans son traité de l'hydropisie , fait principalement dériver cette maladie d'un appauvrissement du sang. Stoll (Ratio medendi, 1 787 ; Paris, pars m, p. 158), qui ne méconnaît pas l'influence mentionnée par Sydenham , rappelle cependant que l'hydropisie peut être la conséquence d'un état pléthorique. Sauvages (Nos. méth.; Venise, 1772, t. u, p. 248) étudie cette maladie sous deux titres différents, ceux de Anasarca et de Phlegmatia : la première forme est constituée par une intumescence générale de toute la peau , qui est pâle , molle , sans élasticité ; la seconde résulte d'un engorgement indolent des extrémités inférieures. Sauvages introduit, au reste, dans la description de ces deux formes, et pour chacune d'elles, l'histoire de onze variétés. Gullen (Élém. de méd. prat., trad. par Bosquillon; Paris, 1787, t. u, p. 555) comprend sous le nom & anasarque la phlegmatia de Sauvages , connue vulgairement sous la dénomination ftœdémalie ou A' infiltration des jambes. Il admet cinq espèces d'anasarques , savoir : 1° la sé-
reuse , 2° l'oppilée , 3° l'exanthématique , 4° l'anémienne , 5° l'anasarque produite par la faiblesse. L'auteur que nous venons de citer a envisagé ce sujet avec des vues de pratique auxquelles on ne saurait trop applaudir. Brown ( Elém de méd. } trad. par M. Fouquier, p. 413) considère l'anasarque comme une forme d'asthénie. J.-P. Frank (De curand. homin. morb. , lib. m, p. 75) classe l'anasarque parmi les rétentions aqueuses , et la décrit sous le nom d'hydropisie celluleuse. Portai (Observ. sur la nat. et le trait, de l'hydr., t. n, p. 1 et suiv.) ne présente, à l'égard de l'anasarque, que quelques considérations peu étendues. Diverses dissertations sont publiées sur ce sujet : parmi celles-ci , il convient de citer particulièrement celles de MM. Breschet (Rech. sur les hydr. act. en gén., et sur l'hydr. act. du tiss. cell. en part., 1812), Burdel (Essai sur l'anasarque, 1810, n° 41), Samson (Cous. gén. sur les hydr. , suivies d'obs. part, surl'anas.; 1813, n° 155), Monnegier- Sorbier ( Diss. sur l'anas., 1814, n° 118), Richard (Diss. surl'anas. suite de la scarl., 1825,n° 110), Tissot (1833, n° 223), Monnassot (Étude sur la gran. des reins, 1835, n° 252 ), Désir (1835, n° 364), etc., etc. Des articles sont insérés dans plusieurs recueils périodiques, et parmi ceux-ci il faut mentionner particulièrement les recherches de MM. Bouillaud (Arch. de méd., 1823, t. n, p. 188 et suiv.), Gonstant ( Gaz. méd. , 15 janv. 1834), Sabatier (Arch. de méd., 1834, t. v, 2e série, p. 333). On peut encore tirer beaucoup d'instruction de la lecture d'excellents travaux qui ont traité de l'anasarque en des dictionnaires, et parmi ceux-ci nous rappellerons ceux de MM. Bouillaud (Dict. de méd. et de chir. prat., t. h, p. 320), Dance (Dict. de méd., 2e éd., t. n, p. 507), James Copland (Dict., etc., 1. 1, p. 635), J. Darwall (Cyclop.,etc, t. i, p. 72). C'est à de semblables sources que nous avons surtout puisé durant la rédaction de ce travail. Nous compléterons cette courte bibliographie en traitant de l'hydropisie en général.
ANEMIE ou ANHÉM1E , s. f. , de a privatif, et ataa, sang : privation , ou plutôt diminution du sang.
Synonymie franc, et étrang. — Anémase, maladie des mineurs , hypémie , M. Andral ; polyanhêmie et hydrohémie , M. Piorry ; hydrémie , M. Bouillaud. Inanition des vaisseaux , épuisement des vaisseaux, privation de sang. Franc. — Avance. Grec. — Anémia j seu anœmia , seu defectus sanguinis. Lat. — Anémia , difetto di sangue, mancanza di sangue. Ital. — Falta de sangre , privation de sangre. Esp. — Bloodlessness. Angl.
— Blutlecrheit , blutmangel. AU.
Synonym. chronolog . — Avaip.a , sanguinis defectus, Alberti. — Anœmia, Moegling , Isenflamm.
— Anémie, Lieutaud , Halle. — Dyspepsia anœ-
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mia, Young. — Marasmus anhœmia , Good. — Oligohœmia , Swediaur.
Définition. — ■ On donne le nom d'anémie à une maladie caractérisée par la diminution de la quantité du sang et la vacuité des vaisseaux. Employée pour la première fois dans ce sens par Lieutaud (Méd. prat., p. 75), cette expression doit servir aujourd'hui à désigner deux états de l'appareil circulatoire : dans l'un , le sang est en quantité moindre; dans l'autre, cette quantité reste la même , mais le sang contient plus de sérum, et il est dépourvu de la vitalité qui lui est propre. Dès lors , ce liquide ne pouvant plus fournir aux organes la stimulation ou les matériaux nutritifs nécessaires au jeu de leurs fonctions , il en résulte un ensemble de phénomènes morbides qui constituent l'anémie.
On désigne encore sous ce nom la diminution des quantités du sang qui est apporté à un organe. Cette anémie locale diffère trop de la première ou anémie générale pour qu'on puisse l'embrasser dans la même description. Les causes qui produisent l'anémie locale agissent toutes sur la circulation de l'organe luimême , comme la ligature , la compression d'une artère ou la diminution de son calibre, l'innervation suspendue ou diminuée , l'hyperhémie d'un tissu voisin ou du tissu actuellement anémié. Dans l'anémie générale, au contraire, les causes peuvent bien être locales d'abord, mais la masse entière du sang ne tarde pas à être profondément modifiée , et tous les organes reçoivent à la fois l'influence fâcheuse qui doit suivre tout changement dans les quantités ou les proportions respectives des principes du sang.
Si on prenait le mot anémie dans son acception rigoureuse, il exprimerait l'absence complète de sang, état qui est incompatible avec la vie, et qui n'existe jamais. Aussi M. Andral a-t-il proposé l'expression plus convenable d'hypémie (de ôwo, au-dessous, et aîp.a, sang), qui veut dire diminution des quantités du sang. M. Piorry, dans un travail remarquable sur le sujet qui nousoccupe (Traité de méd. clin., liv. m , 15 juillet 1835, p. 2), emploie le mot de poljanhèmie pour désigner l'état général de tout le système circulatoire dans lequel les quantités de sang sont moindres. Lorsque la masse de ce fluide n'est pas diminuée , mais que la partie séreuse prédomine sur la partie colorante et la fibrine, M. Piorry se sert du mot hydroémie (û<5«p, eau, et aïpx, sang, sang aqueux) pour rendre cet état. M. Bouillaud use également du mot hydrémie (Traité des malad. du cœur, 1. 1, p. 220, 1835) lorsqu'il veut faire entendre que la sérosité est plus abondante que dans l'état normal.
Divisions. — L'anémie doit être considérée comme une maladie tout à fait à part, et ne pouvant se rattacher dans une foule de circonstances à aucune lésion organique soit actuelle, soit passée. Elle est alors idio-
pathique, c'est-à-dire que les causes qui ont agi pour la produire out porté leur action sur le sang , dont elles ont diminué les quantités ou augmenté la proportion de sérum. D'autres fois l'anémie est symptomatique d'une autre maladie : une énorme perte de sang par l'ouverture d'un vaisseau (Anémie hémorrhagique, M. Boisseau; Nosog. org., t. m, 230), ou par une surface exhalante telle que la matrice , le poumon, l'intestin, un cancer du pylore ou de la matrice , unephthisie pulmonaire s'accompagnent assez souvent de tous les phénomènes généraux de l'anémie. Que cette anémie soit le symptôme d'une autre affection, ou qu'elle constitue seule la maladie , sans qu'il soit possible de découvrir ailleurs que dans le sang la première origine des troubles fonctionnels , elle présente dans les altérations pathologiques des circonstances communes qui permettent de les réunir dans la même description. Nous n'avons pas séparé de l'anémie proprement dite cette altération particulière du sang à laquelle MM. Bouillaud et Piorry donnent le nom d'hydrohémie, parce que la marche et les symptômes sont à peu près les mêmes. Quant aux autres états du sang dans lesquels les proportions de fibrine, de sérum, d'albumine , de fer et des sels viennent à varier , on les trouvera décrits au mot Sàhg (Altération du sang).
Altérations pathologiques. — La circonstance la plus remarquable , celle qui frappe d'abord dans l'anémie, c'est la diminution de la masse du sang. A peine si l'on en rencontre quelques onces dans le cœur, les veines , les poumons. Suivant M. Piorry, dans l'hydrohémie «observée sur le cadavre, il y a du sang dans les organes et dans les vaisseaux, à moins qu'il n'y ait complication de véritable anémie. » Le sang extrait des vaisseaux est, en général, transparent, presque semblable , dans quelques cas , à de la sérosité pure, peu coloré et d'un rose clair. On aperçoit trèsbien les caractères qui viennent d'être indiqués dans le sang qui s'écoule par les ouvertures de sangsues ou par les hémorrhagies spontanées; alors le filet de sang est d'un rose clair dans le milieu , et il semble que vers les deux bords ce soit de la sérosité presque pure qui forme deux étroits ruisseaux; il tache le linge en rose clair , et forme à peine un caillot. On a prétendu que sa densité était diminuée chez les anémiques (Recherc. sur le sang hum. par M. Lhéiïtier ; Bullet. clin., n° 5, 1er septembre 1835).
Dans quatre cas d'anémie, suite de métrorrh;igie , la densité fut 1,0215 à 1,0231, tandis que dans les pneumonies elle a varié entre 1,0390 et 1,090, ce qui a fait conclure à l'auteur de ces recherches que la densité du sang était moindre chez les individus exténués par une abstinence prolongée ou par de fréquentes hémorrhagies. La manière dont le sang coule est aussi fort remarquable; l'ouverture faite à la veine peut être large, ci cependant le liquide,
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loin de s'échapper par un jet continu, sort en nappe, à moins qu'une syncope ne survienne; dans ce cas alors on voit tout à coup le jet augmenter de force et annoncer la contraction du cœur.
Semm et cruor. — A mesure que la faiblesse fait des progrès, le caillot diminue, et le sérum devient plus abondant. Dans les expériences curieuses de M. Marshall Hall (Rech. expér. sur les effets de la perte de sang, trad. Jrch. gén. de méd. t. n, 2e sér., an. 1 835), on voit que le sérum a toujours été en proportion considérable relativement au caillot, dans les dernières saignées que ce médecin pratiquait aux animaux. Il remarque cependant « que la proportion du caillot est au commencement plus grande que celle du sérum ; mais cette proportion change graduellement, et la quantité du sérum augmente pendant que celle du coagulum diminue {loc. cit., p. 379).» La coagulation est en général très-lente et difficile , le caillot qui se forme est petit, privé de couenne, mou, et de couleur briquetée. Quelquefois il est rose et faiblement opaque vers les bords; dans quelques cas il arrive que le sérum est emprisonné dans le caillot , et il semble alors qu'il est en très-faible quantité ; mais si on vient à presser ou inciser le coagulum , la sérosité devenue libre s'écoule , ce qui permet alors d'en apprécier rigoureusement les proportions. Le sérum chez les anémiques est transparent, n'offre pas la couleur citrine qu'il a dans l'état normal; l'eau y paraît en quantité plus grande qu'à l'ordinaire. On a prétendu aussi que les sels tenus en dissolution par le sérum étaient en proportion plus petite. Cette opinion s'accorde assez bien avec les expériences de M. Rayer sur le sang ( Gaz. méd., t. m, p. 332 , n° 46 , an. 1 832 ). Cet observateur soutient que la présence des sels dans le sérum est nécessaire pour que la matière colorante du sang puisse rougir, pour que le sang soit oxygénable, et par conséquent pour que les phénomènes chimiques de la respiration s'opèrent : la décoloration du sang chez les anémiques pourrait donc tenir d'une part à la diminution des sels, et de l'autre à la proportion moindre de la matière colorante et du fer.
Dans plusieurs cas , on a remarqué à la suite de pertes répétées de sang , une substance semblable à de la crème et qui flottait à la surface du sérum (M. Marshall Hall, loc. cit. , p. 380). L'analyse faite par le docteur Prout montra que «cette substance consistait dans une matière huileuse , soluble dans l'éther ; le papier Joseph l'absorbait très-promptement, et après la dessiccation du papier il restait une tache transparente. » M. Hall pense que ce phénomène doit avoir quelques rapports avec l'amaigrissement , et qu'il est probablement causé par l'absorption de la graisse portée dans le torrent de la circulation.
Avant de terminer ce qui est relatif au sang , nous devons encore mentionner une apparence de couenne
inflammatoire observée par plusieurs médecins sur le sang des anémiques. Dans un cas, M. Hall trouva que la proportion du caillot comparée à celle du sérum était plus grande, et en même temps le caillot était moins résistant et moins ferme. Suivant M. Piorry, «dans la complication d'hémite ou inflammation du sang (qui n'est pas si rare dans la polyanhémie qu'on pourrait le croire), le caillot se recouvre d'une couche pseudo-membraneuse grisâtre , mais qui est souvent fort peu épaisse » {loc. cit., p. 3). Cette opinion de M. Piorry, que l'inflammation du sang peut coexister avec la diminution et la pauvreté de ce liquide, ne nous semble pas propre à dissiper l'obscurité qui règne sur ce sujet. Quoi qu'il en soit de l'origine de cette couenne , elle a été aperçue par plus d'un observateur, et nous avons dû la signaler.
yjppareil circulatoire. — Si l'anémie a été rapide , le volume et la consistance du cœur ne diffèrent pas de l'état normal; si, au contraire, elle a duré longtemps avant la mort , le cœur est atrophié et peu consistant : dans quelques cas sa mollesse est telle qu'on peut , par la moindre pression , le traverser avec le doigt. On trouve presque généralement du sang dans le côté droit du cœur ; le ventricule aortique et les artères sont vides. Les caillots que l'on rencontre sont petits, peu consistants, décolorés, peu fibrineux et s'écrasent facilement ; le tissu du cœur est quelquefois exsangue , sa membrane interne pâle et décolorée, et ses veines peu apparentes ; mais ces lésions ainsi que les précédentes ne s'observent pas d'une manière constante. Les veines des autres parties du corps , en particulier celles qui rampent sous la peau, s'effacent et contiennent un sang séreux. Mais nous reviendrons sur cette circonstance en parlant des symptômes. Dans l'autopsie qui fut faite d'un mineur anémique (Journ. de méd., sur une maladie qu'on peut nommer anœmie, par Halle, an XIII, p. 12), on trouva que le cœur était, d'un volume très-ordinaire , sa chair pâle comme une chair musculaire qui aurait été macérée et lavée , ses parois mollasses et les colonnes charnues grêles. On remarqua dans le ventricule gauche un caillot pâle et qui ne contenait aucune portion appréciable de matière colorante ; tous les vaisseaux artériels et veineux des trois cavités splanchniques étaient vides de sang et ne renfermaient qu'un peu de liquide séreux. Cette absence du sang s'est présentée également dans toutes les ouvertures qui ont été faites , et forme le caractère essentiel de la maladie qui nous occupe.
Les poumons sont remarquables par leur pâleur, leur petit volume et leur mollesse. Ils sont refoulés au fond du thorax contre la colonne vertébrale ; leur tissu est le plus ordinairement sain , sans aucune trace d'engorgement lorsque la maladie est simple; ils sont en outre légers , crépitants. Dans l'anémie observée par
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Halle sur des mineurs ( loc. cit. , p. 52 ), les poumons étaient légers , crépitants sous les doigts , nullement engorgés, blancs à l'extérieur; par les incisions ils répandaient une sérosité écumeuse et jaunâtre qui s'échappait de tous les points du parenchyme et ne sortait d'aucune collection particulière contre nature. M. Hall a trouvé les poumons toujours exsangues lorsque les animaux étaient depuis longtemps dans un état d'anémie ; il a noté , ainsi que d'autres observateurs , un liquide s'écoulant des bronches et des cellules aériennes. M. Piorry prétend que les poumons «ne sont point crépitants, qu'ils ont cessé d'être élastiques ; car l'élasticité apparente des poumons tient à celle de l'air qu'ils contiennent, et, dans ce cas, le peu qu'ils en renferment s'échappe avec facilité par les bronches et la trachée artère vides» {loc. cit. , p. 7). Mais cette opinion , qui se rattache à certaines idées émises par l'auteur sur le phénomène delà crépitation, est contredite par tous ceux qui ont vu le poumon crépiter et conserver son élasticité naturelle.
Les membranes séreuses ne contiennent pas toujours de la sérosité. Quand elle existe , elle se montre plus souvent dans le péritoine , les plèvres , ainsi que dans le tissu cellulaire de tout le corps, où elle donne lieu à une anasarque. Dans les ventricules du cerveau, on voit à peine quelques cuillerées de sérum , qui ne peuvent avoir aucune part dans l'apparition des symptômes cérébraux qu'on observe souvent dans cette maladie ; quant au tissu même de l'encéphale, il est pâle et décoloré.
Le canal intestinal offre une décoloration complète, et paraît seulement humecté par le sérum; les muscles, à peine rouges, ne laissent écouler aucune goutte de saug lorsqu'on pratique des incisions profondes dans leur épaisseur.
Les lésions anatomiques que nous venons de passer en revue appartiennent également aux anémies qui résultent d'une maladie organique , ou à celles qui tiennent à une altération du sang : elles sont, en générai, plus marquées lorsque l'anémie dure depuis longtemps, parce que tous les appareils se partagent , pour ainsi dire, la petite quantité de sang contenue dans les vaisseaux. Nous devons dire cependant que l'on trouve quelquefois des congestions locales coïncidant avec l'anémie générale. 11 nous suffit d'indiquer cette circonstance , qui ne se rattache pas essentiellement à la maladie.
Symptômes. — De tous les symptômes , le plus caractéristique, celui qui frappe d'abord , est la pâleur générale de tout le tégument externe. La peau ressemble, par sa couleur, à la cire blanche qui a vieilli ; elle est molle , plus mince suivant quelques auteurs , et paraît dépourvue de son réseau vasculaire. Les veines superficielles se vident, s'affaissent et deviennent difficiles à retrouver : lorsqu'on peut les apercevoir sur
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le dos de la main, par exemple, elles ne présentent qu'une nuance violette , pâle ; il semble que le sang qui éloigne faiblement leurs minces parois laisse voir au-dessous la blancheur des os ou du tissu cellulaire qui les environne. Une légère pression exercée sur ces vaisseaux en expulse le sang , qui ne revient qu'avec une certaine lenteur ; il suffit même , dans quelques cas , de donner à un membre une position telle que les veines puissent se vider, et ensuite difficilement se remplir, pour faire disparaître la plupart des vaisseaux. Pour faire mieux ressortir ce faciès général des anémiques, nous empruntons au Mémoire de Halle {loc. cit. , p. 7), la description suivante : «Les hommes atteints de cette maladie étaient jaunes, blafards, non pas tels que des hommes affectés de jaunisse , mais du jaune que présente la cire blanche quand elle a été longtemps gardée. Ils étaient œdématiés , le visage était bouffi , ainsi que les extrémités supérieures ;la décoloration de la surface du corps , et non-seulement la peau , était blafarde et jaunâtre, mais la conjonctive , le revers des paupières, l'intérieur des lèvres, la bouche et la langue même, étaient privés de leur couleur naturelle. Aucune ramification de vaisseaux capillaires ne paraissait sur la conjonctive, les paupières ou les gencives ; aucune veine ne se rendait sensible par sa couleur, ni par sa saillie dans l'épaisseur de la peau , soit au bras , soit à l'avant-bras ou au dos de la main. »
La muqueuse des lèyres, de la langue, de la bouche, est remarquable par sa pâleur bleuâtre. Les yeux ont une expression singulière de faiblesse et de langueur. Mais les phénomènes les plus importants se passent du côté du cœur : c'est donc sur eux qu'il faut maintenant porter notre attention.
Percussion. — Suivant M. Piorry, le cœur, examiné par la percussion , présente des états différents , suivant que cette affection est récente ou ancienne : dans le premier cas, bien qu'il ait peu de volume, et que ce volume varie , suivant les sujets , de deux pouces à trois pouces et demi d'un côté à l'autre , le cœur est ferme , et le doigt qui le percute y éprouve un sentiment de dureté et de résistance. Lorsque la polyanémie est ancienne , le cœur est quelquefois encore volumineux , et , de plus , le doigt qui le percute le trouve plutôt mou que résistant. Il est certains sujets chez lesquels le cœur gauche reste assez gros , mais presque toujours les cavités droites sont vides et restent petites» {loc. cit., p. 57). Nous sommes forcés de contredire cette dernière assertion, car, dans un grand nombre d'autopsies , les cavités droites contenaient du sang liquide ou en caillot ; les cavités gauches, au contraire, sont contractées, et le ventricule de ce côté admet avec peine le doigt indicateur.
V auscultation fait entendre dans la région du cœur des bruits forts et éclatants, qui ne laissent pas que de se faire entendre à droite et à gauche dans tout
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le thorax , quoique l'organe ne soit pas plus volumineux. Au début de l'anémie , le cœur peut offrir une impulsion assez énergique, mais elle ne tarde pas à s'affaiblir. Quelquefois aussi on entend un faible bruit de soufflet chez les sujets anémiques et nerveux, qui présentent en même temps le bruit musical des artères. M. Bouillaud , qui a eu occasion de l'observer pluplusieurs fois, dit que : «c'est pendant les palpitations que se manifeste plus particulièrement le bruit de soufflet» [Mal. du cœur, t. i, p. 180; 1835). Dans les deux observations qu'il rapporte, on voit que c'est à la suite d'hémorrhagies considérables que ce bruit s'est montré pour la première fois , et qu'il a toujours cessé lorsque l'état anémique cessait de faire des progrès. On peut, à côté de ces faits, placer les expériences curieuses de M. Hope, qui a produit à volonté , chez des animaux , par des soustractions répétées de sang, un bruit de soufflet distinct en même temps que des mouvements rapides et saccadés du cœur. «N'est-il pas probable , dit M. Bouillaud , que ce bruit tient surtout à la vivacité convulsiveavec laquelle une petite colonne de sang est expulsée par le cœur à travers une cavité et un orifice devenus fort étroits , en raison du retrait du cœur sur lui-même, pour se mouler, en quelque sorte, à la petite quantité de sang qu'il recevait» (/oc. cit., p. 182).
Le rhy thme des battements du cœur est souvent altéré; ils sont irréguliers ou intermittents; des palpitations tourmentent les malades, qui ne peuvent même, à une période avancée du mal, se livrer au moindre mouvement sans qu'elles ne redoublent et ne soient suivies de syncopes quelquefois mortelles. Cependant, au milieu des symptômes qui annoncent une fin prochaine, les battements du cœur et du pouls s'exécutent souvent avec forée et avec régularité. Dans les expériences déjà citées de Hall , sur les pertes de sang , l'action du cœur et des artères a persisté après que le cerveau et le poumon avaient cessé d'agir.
Quand on applique la main sur la région précordiale d'un anémique malade depuis peu de temps , l'impnl- Sion du cœur peut avoir conservé assez de force pour lui communiquer une secousse vive et énergique; mais presque toujours à une époque peu éloignée du début de la maladie les pulsations deviennent lentes , irrégulières, si faibles même, qu'elles sont inappréciables; cependant les sujets nerveux ont conscience de ces battements, qui les incommodent, et dont ils perçoivent les mouvements jusque dans les artères de la tête.
L'auscultation des grosses artères fait souvent entendre !e bruit de soufflet continu ou à double courant, et le bruit ou ronflement de diable, qui paraît n'être qu'une nuance du premier'. Ces différents bruits, dont nous ne dirons qu'un mot parce qu'ils sont décrits à l'article Auscultation, n'appartiennent pas exclusivement à l'anémie , et ne peuvent en au-
cune manière , quand ils existent , servir à la caractériser. En effet, M. Bouillaud, qui a le premier fait connaître le ronflement de diable , l'a rencontré également chez les personnes atteintes de chlorose et les hommes pâles, nerveux, délicats, «qui ne sont véritablement que des chïorotiques du sexe mâle.» Le bruit de diable a son siège favori dans les artères carotides et sous-clavières. On l'entend à son maximum en appliquant le stéthoscope au-dessus de la partie interne de la clavicule. 11 se montre aussi dans les artères crurales, mais il n'est pas aussi appréciable. M. Laè'nnec dit que le bruit de soufflet est plus fréquent dans l'aorte ventrale que dans l'artère crurale. M. Bouillaud ne l'a cependant jamais entendu dans l'aorte.
Laënnec avait remarqué , non-seulement chez les chïorotiques, mais «aussi chez les hypocondriaques, les femmes hystériques, ainsi que chez les jeunes gens délicats, irritables, sujets à des hémorrhagies », un bruit de soufflet sibilant et musical, que RI. Bouillaud appelle sifflement modulé ou chant musical des artères. Les faits nombreux observés par M. Bouillaud lui ont démontré que l'une des principales causes de ces bruits est l'état passager ou continue d'anémie ou d'hydrémie. Ils diminuent graduellement, et finissent par disparaître à mesure que, sous l'influence du temps et d'une alimentation convenable, les sujets sortent de l'état dans lequel ils étaient tombés.
Existe-t-il quelques circonstances qui paraissent favoriser, chez les anémiques, l'apparition de ces bruits ? M. Bouillaud dit avoir vérifié plusieurs fois que les sujets maigres, et dont les artères sont peu développées, présentent plus spécialement le sifflement musical, tandis que l'on trouve le bruit de diable dans des conditions inverses. Chez les personnes qui ne sont pas entièrement anémiques , la pulsation artérielle est plus large , plus diffuse qu'à l'état normal , comme si les artères étaient dilatées ; ce phénomène se manifeste surtout au-dessus des clavicules et sur le trajet des carotides. Il semble que cette dilatation coïncide, au moins dans quelques cas, avec la flaccidité et l'amincissement des parois artérielles. Les battements artériels sont peu développés, le doigt est à peine soulevé par l'expansion du vaisseau , comme si le sang qui se meut à l'intérieur manquait de consistance. Il arrive même, dans quelques cas, que la radiale cesse de se faire sentir ; ses pulsations deviennent très-faibles, si on vient à élever le membre supérieur; en général , le pouls est petit et fréquent.
Le bruit de diable disparaît assez ordinairement chaque fois que le malade se livre à un effort; dans tous les cas , il ne se montre pas d'une manière continue. M. Andral , qui l'a constaté chez une femme anémique par suite d'une aff ection chronique de l'utérus .
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dit qu'il augmentait chaque fois que l'hémorrhagie à laquelle elle était sujette se reproduisait.
Ou ne sait pas jusqu'à présent à quelle cause rapporter les bruits qui nous occupent. Laènnec les a considérés tour à tour comme l'effet d'un état vital particulier des artères, d'un simple spasme des artères, ou d'une modification de l'innervation. Quelques-unes des circonstances qui ont paru à M. Bouillaud favoriser ces bruits, sont : l'amincissement des parois artérielles, une tension moins considérable qu'à l'état normal, une diminution très-grande du fluide qui parcourt les vaisseaux. Faisons remarquer, avec ce médecin , que «ce ne sont là que des données générales, qui ne pourront acquérir plus de précision que par le secours de nouvelles et nombreuses expériences» (loc. cit., t. i, p. 227). On ne peut méconnaître le rôle important que doit jouer dans ces phénomènes la raréfaction du sang, qui, diminué dans sa masse, est forcé néanmoins de remplir toute la cavité de l'artère, dans laquelle il ne peut exister de vide. «11 nous semble, dit M. Broussais, que ces bruits soufflants et roucoulants des artères dépendent d'une gazéification complète ou incomplète d'une partie des fluides qui sont lancés dans les artères ; sorte de changement de densité en expansion, qui s'opère probablement dans la lymphe ou le sérum, et qui est destiné à remplir le tube et à s'opposer au vide , qui ne peut jamais avoir lieu dans les cavités vivantes» ( Cours de path.; 1835, t. v, p. 325).
Un autre symptôme constant de l'anémie est l'impossibilité ou sont les malades de marcher sans être pris aussitôt de palpitations violentes, d'essoufflement, de soupirs. Ils sont forcés de s'asseoir ou de s'arrêter au bout de quelques pas ; en même temps la respiration devient plus gênée , et s'ils ne se placent dans une situation horizontale, la syncope ne tarde pas à survenir; quelquefois même, lorsque la faiblesse du sujet est portée à un point extrême, cette syncope se déclare au moindre mouvement. L'influence de la position sur la syncope est un fait des plus intéressants, et qui réclame toute l'attention du médecin. Nous y reviendrons en parlant du traitement. Nous dirons seulement que la position élevée de la tête augmente les accidents , qu'ils cessent, au contraire, dans le décubitus horizontal. M. Hall attribue tous les phénomènes de la syncope à la soustraction subite du sang du cerveau. «La langueur des yeux et de l'expression, l'essoufflement, la cessation ou la diminution extrême de la fréquence et de la force des battements du cœur et des artères, 1a perte d'appétit, les nausées et le vomissement, la faiblesse des muscles volontaires, et le, relâchement des sphincters de la vessie et du rectum, paraissent avoir la même origine » ( Mcm. cité, p. 372).
La température de la peau et des muqueuses baisse
d'une manière fort notable; les malades se plaignent à chaque instant du froid qu'ils éprouvent. Ces phénomènes sont en rapport avec la faiblesse des inspirations, leur nombre moins considérable, l'activité moindre des battements, et la diminution des quantités du fluide en circulation; toutes ces circonstances ont, comme l'a démontré M. Edwards, la plus étroite liaison, et ne peuvent exister sans amener des changements très-appréciables dans la calorification.
Il n'est pas rare de rencontrer des anémiques qui accusent, au début même de leur mal , un sentiment de gêne et de malaise vers la région épigastrique; en même temps les digestions se troublent, l'appétit se perd, et un dégoût souvent très-prononcé pour toute espèce d'aliments ne fait encore qu'accroître la faiblesse des malades. On voit aussi, surtout chez les femmes, différentes formes de gastralgie, des névroses quelquefois très-douloureuses , et qui finissent par produire une sur-excitation morale très-vive. Il survient aussi des nausées et des vomissements lorsque les malades font le moindre mouvement. Nous retrouvons tous ces symptômes chez les animaux que M. Hall avait réduits à une faiblesse extrême par des saignées répétées. « Ce n'était que dans les cas de syncopes les plus fortes que le vomissement se manifestait; mais un dégoût pour les aliments a toujours existé dans les formes les plus légères» [loc. cit., p. 375). Tous ces accidents du côté de l'estomac sontils le résultat de la soustraction du sang du cerveau , ou de la diminution des quantités de sang que reçoit la muqueuse gastrique? M. Hall rapporte, comme nous F avons vu, les nausées , les vomissements, à l'état du cerveau. Sans refuser de croire que l'innervation soit indispensable pour l'accomplissement des fonctions de l'estomac, on est fondé à admettre que l'absence, ou du moins la diminution des quantités de sang que ce viscère reçoit dans l'état normal, est aussi une des causes du trouble de la digestion.
La constipation , si ordinaire dans cette maladie , peut dépendre de l'alimentation très-faible et de la proportion très-petite des matières excrémentitielles ; quelquefois aussi une diarrhée abondante, purement séreuse, se montre vers la fin. En général, les urines sont très claires et limpides, et il n'est pas rare de voir les malades les rendre involontairement, ainsi que les fèces, à mesure que la faiblesse fait des progrès, ou lorsqu'il survient une syncope. Chez les anémiques d'Anzin, l'appétit était conservé, ils digéraient sans peine; mais leurs excrétions n'annonçaient pas une digestion parfaite ni égale : elles étaient souvent demiliquides , quelquefois liquides , brunes , jaunes ou vertes.
Les fonctions cérébrales sont aussi notablement troublées ; les malades sont en proie à la stupeur ou à un délire qui a les plus grands rapports avec celui
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