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des fièvres graves ; à nu degré moins avancé, les anémiques ont de la céphalalgie, des étourdissements, des vertiges, des tintements d'oreille; tantôt c'est un engourdissement passager ou continuel qu'ils éprouvent dans les membres; tantôt les visions les plus bizarres , des hallucinations de la vue ou de l'ouïe. La position que l'on donne au corps des malades augmente ou diminue la gravité de ces accidents. Qu'un anémique vienne à être placé dans une situation verticale , aussitôt il pousse un soupir, perd connaissance , quelques convulsions ou même des contractures épileptiformes précèdent le relâchement complet de tous les muscles, alors aussi les sphincters de la vessie et du rectum nesecontractent plus. Mais si on couche le malade sur un plan tout à fait horizontal, et sans élever la tête, l'influence de la position est à l'instant évidente ; les battements de cœur, à peine perceptibles, reprennent de la force, et tous les phénomènes qui annonçaient la mort ne tardent pas à disparaître. Il est tout naturel de les expliquer par le retour du sang, dans la masse cérébrale qui recouvre ses fonctions. M. Andral pense qu'il y a quelque chose au-dessus de cette modification toute organique, car il ne se contente pas de dire que ces symptômes «sont dus à une simple perversion de l'influence cérébrale, qui résulte de ce que le cerveau doit vivre d'une autre vie , par cela seul qu'il ne reçoit plus sa quantité normale de sang et non pas seulement parce qu'alors il est moins excité, il ajoute : «Mais ce n'est pas tout; lorsque nous avons rapporté des symptômes à l'anémie, avons-nous été au fond des choses? En aucune façon... Dans les centres nerveux comme ailleurs , avant la production de l'hyperhémie ou de I'auémie. II faut concevoir une modification première de la force quelconque qui soumet à certaines règles la circulation cérébrale» (Cliniq. médic, 3e édition , t. v, p. 302).
L'abattement moral est quelquefois très-grand chez les anémiques : les muscles s'affaiblissent de jour en jour ; le moindre mouvement amène des palpitations , des syncopes, une dyspnée considérable, et, dans certains cas, de la sueur. On observe encore des douleurs névralgiques qui deviennent même plus intolérables à mesure que la faiblesse se prononce davantage. Enfin, vers les derniers temps , l'anasarque, l'œdème , ou des hydropisies , annoncent l'altération profonde de tout l'organisme. Ces derniers phénomènes se sont montrés chez la plupart des anémiques d'Anzin, ainsi que chez les ouvriers mineurs de Schemnitz , en Hongrie (Ozanam , Hist. méd. des mal. cpid., t. iv, p. 169).
Nous venons de tracer les symptômes principaux de l'anémie : en existe-t-il qui puissent servir à distinguer l'hydrohémie de l'anémie proprement dite? Nous allons emprunter à M. Piorry quelques-uns des caractères qu'il leur a assignés ; mais ils ne nous paraissent pas suffisants pour empêcher toute confusion à
cet égard. « Dans l'hydrohémie observée sur le cadavre, il y a du sang dans les organes et dans les vaisseaux ; le sang est peu coloré , liquide , et rarement coagulé; des épanchements séreux se trouvent fréquemment dans la plèvre, le péricarde et les bronches : dans l'anémie proprement dite, la putréfaction est lente ; dans l'autre , elle marche avec rapidité. Dans l'hydrohémie les artères conservent leur calibre, et leurs contractions sont énergiques, car l'appareil circulatoire contient une quantité notable de fluide. Enfin, tandis que dans l'anémie les veines se vident et s'effacent par la pression, ces phénomènes n'existent pas dans l'hydrohémie». Nous ne poursuivrons pas plus loin ces distinctions, peut-être un peu délicates; il est nécessaire de les confirmer par de nouvelles recherches.
Marche, durée et terminaison. — Tous les symptômes que nous avons fait connaître ne se déclarent que successivement, et avec une rapidité toujours en rapport avec la cause même qui les fait naître. Si c'est une hémorrhagie qui a enlevé en peu de temps une quantité considérable de sang, l'anémie n'est en quelque sorte que le symptôme précurseur de la mort. Si elle survient, au contraire, d'une manière progressive, à la suite d'une mauvaise alimentation, d'excès vénériens, etc. , elle marche lentement : la pâleur du teint et des lèvres, la langueur de tous les mouvements, les palpitations, les étouffements, n'arrivent que graduellement, et simulent quelquefois tous les symptômes que l'on a coutume de rapporter aux maladies chroniques. Le début de l'anémie n'est pas toujours le même. Nous avons parlé de la décoloration des tissus , de la couleur particulière de la peau, comme de symptômes qu'il était plus ordinaire de rencontrer; cependant, chez les mineurs d'Anzin , l'invasion était marquée par des coliques violentes, des douleurs d'entrailles et d'estomac, une gêne dans la respiration , des palpitations , la prostration des forces , le météorisme du ventre, les déjections noires et vertes. Cette forme de l'anémie diffère de celle que nous avons signalée; mais on verra plus loin que la cause qui l'a produite a dû influer sur l'enchaînement des symptômes.
Dans une épidémie qui se manifesta en 1777, parmi les ouvriers des mines de Schemnitz, en Hongrie (M. Ozanam, loc. cit., p. 169), on voit que les premiers phénomènes furent des douleurs excessives dans les jambes, les cuisses, les hanches et l'épine du dos, «comme si on eût coupé les os en travers.» Ainsi chaque cause peut modifier la nature des symptômes, les changer, ou les intervertir, sans qu'il soit possible pour cela de méconnaître la nature identique de la maladie, c'est à dire l'altération du sang. Lorsque l'anémie tient à un défaut de réparation du sang, sa marche est très longue : c'est celle qui résulte, par exemple, d'une mauvaise alimentation. L'anémie des
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mineurs d'Anzin durait plusieurs mois, et même audelà d'une année ; elle se terminait, en général, d'une manière funeste. A l'époque où l'histoire de leur maladie fut envoyée à la Société de l'École de médecine, sur plus de cinquante ouvriers affectés , trois étaient morts; aucun n'était guéri: cependant les quatre malades qui furent traités à Paris obtinrent du soulagement ; l'un deux se rétablit. Le mal des mineurs de Schemuitz, en Hongrie , était regardé comme incurable; Hoffinger en sauva un grand nombre en leur administrant des préparations ferrugineuses. Cette affection était souvent suivie d'asthme, de phthisie, et surtout d'hydropisie.
Enfin elle est sujette à reparaître si le traitement n'a pas duré assez lougtemps, ou si le malade est replacé dans les mêmes conditions qui ont donné naissance à la maladie. Dans tous ces cas la convalescence est longue , et réclame une surveillance active de la part du médecin.
Formes particulières. — L'anémie peut être le symptôme d'une lésion organique de l'un des viscères du corps; elle peut aussi tenir à l'altération du sang que nous avons fait connaître, et dans ce cas on est fondé à dire qu'elle est idiopathique. Mais il est encore une autre forme sous laquelle elle s'est présentée souvent ; nous voulons parler de Y anémie épidémique qui a frappé les mineurs de Schemnitz, en Hongrie , et d'Anzin , près de Valenciennes. Gette forme mérite de nous arrêter un instant.
L'anémie épidémique dont Halle nous a conservé l'histoire se montra dans l'été de 1803, parmi les ouvriers occupés à Anzin , Fresnes et Vieux-Gondé , près de Valenciennes. L'invasion du mal était marquée par des coliques violentes , des douleurs dans tout le ventre, une gêne dans la respiration , des palpitations , la prostration des forces , le ballonnement du ventre , et des évacuations alvines noires et verdâtres. Cet état durait dix à douze jours et plus : alors les douleurs abdominales cessaient, le pouls restait faible, concentré et accéléré , la peau prenait une teinte jaunâtre et devenait pâle et décolorée , la marche difficile , accompagnée d'une extrême fatigue ; on voyait bientôt survenir des palpitations fréquentes qui mettaient les malades dans une anxiété très-pénible ; le visage était bouffi. Ces accidens , après avoir duré souvent une année entière , étaient encore aggravés par le retour des premiers symptômes et par des douleurs de tête affreuses , des défaillances, la difficulté de soutenir la lumière et le bruit , le météorisme du ventre et les évacuations alvines. Une mort prompte terminait cette scène douloureuse {Journ. de méd., p. 5). Les accidents remarquables qui se déclaraient du côté de l'intestin donnèrent à cette anémie une forme toute spéciale qui dut frapper tous les observateurs; aussi lorsque la Société de l'École de médecine fut consultée
sur la méthode curalive qu'il convenait d'adopter, trouva-t-elle que cette affection avait de l'analogie avec les coliques métalliques et avec l'asphyxie des vidangeurs , connue sous le nom de plomb.
L'autre épidémie apparut en 1777, parmi les ouvriers mineurs de Schemnitz, en Hongrie, et se manifesta de nouveau depuis 1785 jusqu'en 1792. Hoffinger en a laissé une description fort exacte ; il eut occasion d'observer onze cent ving-neuf individus attaqués de cette maladie. Voici quels furent ses symptômes : douleurs excessives dans les membres inférieurs et la colonne vertébrale, vertiges, bourdonnements d'oreille, battements dans la tête, prostration, morosité , dégoût du travail , respiration difficile, battement du cœur et des carotides , pâleur de la peau , et de la muqueuse de la bouche, à laquelle venait s'ajouter une teinte jaune, verdâtre, et ensuite plombée ; les chairs devenaient molles , le corps s'œdématiait ; l'appétit conservé allait même jusqu'à la voracité; les selles étaient rares, dures; les urines blanches, troubles , fétides ; le pouls faible , petit et lent , le sang dissous et décoloré, aucune transpiration ( Ozanam , Hist. méd. des mal. épid., t. iv, p. 1 69, 2e édit.).
On trouvera, entre les deux épidémies que nous venons de faire connaître, des différences assez grandes qui tiennent à des causes entièrement ignorées; il est à présumer, toutefois , que les infmencesatmosphériques et miasmatiques y ont eu une certaine part , puisque dans les deux cas la maladie s'est déclarée dans les mines où l'homme vit entouré de modificateurs qui finissent par imprimer à sa constitution des changements remarquables.
Diagnostic. — Nous avons dit que l'état de réplétion des artères , des veines et des tissus avait été indiqué comme pouvant servir à faire reconnaître l'hydrohémie; nous ferons observer de nouveau que ces caractères ne suffisent pas toujours. Le boursouflement, la mollesse des tissus et la résistance de l'artère, accompagnés de faiblesse générale, paraissent, à quelques auteurs , suffisants pour annoncer que le sang est en aussi grande quantité qu'à l'état normal, mais qu'il contient une forte proportion de sérum. Du reste, le traitement de l'anémie et de l'hydrohémie étant le même , toute erreur à cet égard sera sans préjudice pour le malade. La première connaissance à acquérir dans l'anémie , c'est de savoir si elle se rattache à l'état du sang ou à la maladie d'un autre organe : point de traitement ni de pronostic possibles si on n'a pas interrogé avec le plus grand soin tous les viscères du bas-ventre et de la poitrine ; car les dégénérescences squirrheuses,les indurations lardacées des organes membraneux , dont la marche latente et chronique se dissimule longtemps au malade et au médecin lui-même, s'accompagnent souvent d'une anémie qu'il importe de distinguer dès le principe ,
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afin de s'adresser sur-le-champ à la lésion importante qui cause tout le mal. C'est dans ces affections cancéreuses que les auteurs ont noté la teinte jaune paille qu'ils ont donnée comme caractéristique de la maladie, et qui est bien loin de l'être. Elle s'est présentée avec quelques nuances dans presque toutes les affections graves où le sang et les autres liquides en circulation étaient altérés. Quelques maladies du foie , le cancer, la cirrhose, déterminent des symptômes d'anémie dont il importe alors de chercher l'origine dans le foie, à l'aide de la percussion et du palper. «Depuis que les belles recherches de MM. Prévost et Dumas ont prouvé que le foie est un organe d'hématose en même temps que de sécrétion , nous nous sommes demandé (disent les auteurs des Nouveaux Eléments de pathologie) si l'anémie symptomatique ne dépendait pas plus fréquemment de l'hépatite chronique que de l'irritation chronique de tout autre organe» {loc. cil., t. u, 2e éd. p. 486). La teinte jaunâtre peut en imposer quelquefois : il devient très-difficile de savoir si elle appartient à l'anémie ou à la lésion du foie.
Il faut surtout ne pas confondre l'anémie avec les maladies du cœur : cette méprise , qui a lieu tous les jours, est d'autant plus funeste que les moyens de traitement diffèrent beaucoup dans l'un et l'autre cas. L'erreur est facile si on ne consulte que les phénomènes généraux. Dans les deux maladies il existe de l'infiltration séreuse partielle ou générale , des palpitations, une dypsnée considérable avec menace de suffocation au moindre mouvement ; souvent aussi les battements du cœur retentissent dans toute l'étendue du thorax ; mais dans l'anémie, malgré l'étendue des battements, si ou applique la main sur la région précordiale , elle n'est pas repoussée, et souvent même les battements ne sont pas sensibles ; tandis que dans l'hypertrophie du cœur, en général, l'impulsion est forte et énergique. La voussure de la région précordiale , la régularité , la force des battements qui soulèvent la tête de la personne qui ausculte, l'étendue de la matité eu raison composée de l'hypertrophie et de la dilatation du cœur, sont des signes propres à l'anévrysme. Ces symptômes ne peuvent se montrer dans l'anémie, puisqu'il y a presque toujours, si ce n'est dans les commencements, atrophie du tissu du cœur et diminution des cavités. Le bruit de soufflet existe quelquefois dans les hypertrophies du cœur, mais il caractérise surtout les maladies des valvules et des orifices. 11 est important de distinguer ce bruit de soufflet du bruit de diable , qui se montre comme nous l'avons dit, dans l'anémie. Quoique le bruit musical des artères n'appartienne pas exclusivement à l'anémie, cependant c'est un symptôme assez précieux pour qu'on doive chercher à en constater l'existence.
La chlorose est souvent impossible à distinguer de l'anémie. Si l'on admet , avec quelques auteurs , que
la chlorose est une anémie causée par le défaut d'excitation des organes génitaux, ou bien si on regarde, avec quelques médecins, l'anémie et la chlorose comme étant la même maladie , on concevra combien le diagnostic de ces deux affections doit être difficile. Il ne faut pas croire que le sexe soit toujours un moyen sûr de diagnostic , car on a trouvé des chlorotiques chez les hommes aussi bien que chez les femmes. Cependant l'âge, l'état de la menstruation, la perversion fréquente des fonctions de l'estomac peuvent faire supposer qu'on a à traiter une chlorose. Enfin , il peut arriver qu'en présence d'un individu qui est tombé en syncope on éprouve quelque embarras à préciser la cause des accidents : il suffira d'étendre le malade sur un plan horizontal , et de tenir les extrémités plus élevées que la tête, pour qu'il revienne à sa connaissance , s'il était atteint d'anémie; dans la syncope nerveuse, la position n'a qu'une influence très-médiocre.
Pronostic. — Si l'anémie n'est pas entretenue par une maladie organique , le pronostic , dans les premiers temps , n'est pas grave. Que ce soit une alimentation insuffisante , une diète prolongée , des évacuations sanguines trop nombreuses, qui aient amené le défaut de sang, et bientôt, à la suite d'un traitement convenable , les tissus un instant affaiblis reprendront leurs fonctions ; bientôt la nutrition plus active aura tout réparé. Mais lorsque c'est une lésion organique qui détermine les symptômes, il y a deux pronostics à établir : d'abord celui de la maladie primitive , et ensuite celui de la débilité générale. Le second dépend d'une manière évidente du premier, puisqu'il n'est, le plus souvent que l'épiphénomène de la dégénérescene qui à frappé l'organe. L'anémie succède - 1 - elle à des hémorrhagies naturelles ou provoquées , le pronostic doit être fondé sur la quantité de sang perdu. Ainsi , après des hémorrhagies foudroyantes le pouls devenant presque insensible, et la syncope presque continuelle , il est bien difficile que la vie puisse se soutenir quelque temps : là où l'excitant manque, la vie doit s'éteindre.
Causes de l'anémie. — En première ligne sont toutes celles qui font perdre directement une portion plus ou moins considérable de sang, telles que les hémorrhagies spontanées ou traumatiques, les saignées copieuses, les applications fréquentes de sangsues ; après ces pertes de sang , on observe pendant plusieurs jours des symptômes évidents de réaction; la défaillance ne survient que plus tard. On serait exposé alors à commettre de graves erreurs, à répéter les saignées , si on n'était prévenu de cette circonstance. On lira avec intérêt les expériences que M. Hall a faites dans le but de déterminer avec exactitude la quantité de sang qu'on peut tirer sans danger pour la vie ; l'indice qui lui a servi à reconnaître jusqu'à quel point on peut pousser les émissions sanguines est la
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position, «qui ne laisse aucun doute sur le résultat delà perte de sang» (Arch. gén. de méd., t. n , 2e série , ann. 1833, p. 561, et expér. i-vu). Il n'est pas rare de voir l'anémie se manifester, après des applications fréquentes de sangsues , chez les enfants et les femmes à peau fine, dont le réseau vasculaire fournit une quantité de sang" qu'il n'est pas toujours facile d'apprécier : quelquefois la déperdition de ce liquide est telle , que la conservation de la vie est impossible. Dans tous ces cas l'anémie s'établit d'une manière d'autant plus perfide , que sa marche est lente , et que pendant long -temps on attribue à une lésion organique les symptômes qui ne sont que l'effet du défaut de sang. Les causes que nous venons de signaler font perdre directement une certaine partie du fluide sanguin ; il en est d'autres qui s'opposent à ce que les pertes que le sang fait chaque jour soient réparées : telle est l'alimentation insuffisante , l'hématose imparfaite. Les hypocondriaques, par suite des idées bizarres qu'ils se forment sur la nature de leur mal, refusent opiniâtrement tous les aliments solides qu'on leur présente ; ils se contentent de quelques boissons aqueuses ou lactées, et tombent dans un état complet d'anémie. D'autres fois cette maladie se montre dans les convalescences , lorsque la diète est trop sévère ou trop prolongée, ou lorsque les individus sont trop pauvres pour avoir une nourriture suffisamment réparatrice. Nous avons eu plusieurs fois l'occasion d'observer l'anémie dans des familles entières , livrées à un travail fatigant , et qui n'usaient que d'une alimentation grossière et peu abondante. Tous les individus qui travaillaient étaient dans une anémie qu'aucune circonstance ne pouvait expliquer, si ce n'est le défaut d'assimilation et l'appauvrissement des matériaux du sang. Cette anémie disparaissait chaque fois que des boissons et des aliments de bonne qualité rendaient au sang sa composition normale. Ces faits ont la plus grande analogie avec ceux dont M. Gaspard aété témoin. 11 rapporte que dans une contrée ravagée par la famine, et où les habitants furent contraints de vivre pendant quelque temps de substances végétales herbacées, on remarqua un grand nombre d'hydropisies.
L'alimentation peut être insuffisante par ses quantités ou sa qualité. Tous les aliments ne fournissent pas , sous le même volume , la même proportion de molécules nutritives ; il existe de très-grandes différences à cet égard. Les substances végétales, riches en mucilage , les fruits aqueux, dépourvus de fécule et de matière sucrée, ne peuvent servir exclusivement à l'alimentation. On sait que les expériences des physiologistes ont prouvé qu'il en était de même des substances qui ne contiennent pas d'azote. Les viandes , les végétaux conservés par la salaison, se laissent difficilement attaquer par l'estomac, et sont aussi trop pauvres en principes assimilables pour réparer les
pertes continuelles que fait le liquide en circulation. Ce sont là autant de causes d'anémie.
Il en est d'autres dont le mode d'action , quoique moins connu , paraît cependant se rapporter à un défaut de stimulation. La privation de la lumière solaire serait une cause de ce genre : jointe à une mauvaise alimentation, elle devient l'origine d'une anémie qui s'est présentée quelquefois chez de malheureux prisonniers soustraits depuis longtemps à l'influence bienfaisante de la lumière. Les expériences ingénieuses de M. Edwards permettent de concevoir comment cet appauvrissement du fluide sanguin peut avoir lieu. Il a montré, en effet, que les organes des animaux privés de lumière pouvaient bien grossir en volume, mais que ce développement n'était dû qu'à la prédominance des fluides blancs (M. Edwards, De l'injî. des ag. phjs. sur la vie). M. de Humboldt, dans son voyage aux terres équinoxiales , a fait des observations analogues touchant l'action favorable que la lumière exerce sur les tissus et sur l'harmonie de toutes les fonctions.
Une ou plusieurs des causes que nous venons d'étudier se réunissent quelquefois pour donner lieu à l'anémie. Chez les mineurs d'Anzin la privation de lumière, l'inspiration d'un air impur, agissaient à la fois pour modifier les qualités du sang. Une seule galerie creusée dans la mine d'anthracite fut le foyer de l'épidémie ; elle était cependant, comme les autres, située à une profondeur de 234m ; seulement elle était plus longue : sa température était de 17°; la respiration y était gênée, et les ouvriers assuraient que l'eau qui filtrait à travers la mine faisait naître des ampoules et des furoncles sur les parties du corps qu'elle touchait ; elle exhalait une odeur d'hydrogène sulfuré : les ouvriers en burent quelquefois pour se désaltérer.
D'autres causes, beaucoup plus appréciables que les précédentes, consistent en des lésions de l'intestin ou du poumon : c'est ainsi qu'un cancer de l'estomac, une gastrite chronique, des ulcérations ou une inflammation chronique de l'intestin , en s'opposant à une élaboration convenable, peuvent modifier la composition du sang. On a aussi prétendu qu'un tel désordre pouvait être le résultat de l'engorgement des vaisseaux chylif ères ou du mésentère , qui empêcherait l'arrivée d'une portion ou de tout le chyle dans l'appareil circulatoire (M. Piorry, loc. cit., p. 9). C'est encore en portant obstacle aux actes nécessaires à la chymification, que les maladies de l'axe cérébrospinal ou des nerfs pneumo-gastriques peuvent produire l'anémie. Nous croyons que beaucoup d'hommes occupés de travaux sédentaires s'affaiblissent et deviennent anémiques par suite de la diminution de l'influx nerveux qui , dépensé ailleurs , ne peut favoriser les mouvements d'assimilation ; ils finissent alors par languir; de là des troubles dans la nutrition.
Quelquefois ce n'est plus dans le canal intestinal
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qu'il faut chercher les causes du défaut de sang, mais dans l'appareil respiratoire. Tous les jours nous voyons des phthisiques dont l'état anémique tient à une oxygénation imparfaite du sang. La lésion du cœur et des gros vaisseaux est encore une cause fréquente d'anémie. On conçoit que , si , par suite d'un obstacle placé à l'un des orifices du cœur, le sang reste dans les cavités à sang noir, et que s'il n'en circule pas assez dans le système afférent des organes , une faiblesse générale se manifestera bientôt.
Les affections morales vives, surtout les passions tristes, dites concentrantes, dépressives, peuvent épuiser directement les forces nerveuses : c'est alors que la circulation générale et capillaire , venant à languir, le sang perd ses qualités physiologiques.
Quelques auteurs regardent encore comme cause d'anémie les pertes considérables de liquides , telles que les évacuations alvines souvent répétées, les sueurs, la sérosité qui s'épanche dans les hydropisies. Mais dans ce dernier cas , une cause autre que le flux séreux explique l'anémie. Terminons en rappelant que la résorption de matière purulente ou de liquides putrides qui s'écoulent d'organes profondément affectés et en suppuration produit bien souvent une anémie rapidement mortelle.
Traitement de l'anémie. — Il se présente deux indications spéciales à remplir : la première, et la plus importante, est de faire cesser la cause de la maladie ; la seconde de rendre au sang ses propriétés physiologiques.
lre Indication. — Détruire la cause. — S'il était toujours possible de connaître la cause de l'anémie, le traitement serait plus efficace et la guérison plus certaine. Dans tous les cas , le médecin doit chercher d'abord à remplir cette première indication. Il commencera donc par interroger tous les appareils, afin de savoir s'il n'existe pas quelque désorganisation viscérale; s'il trouve un cancer, ou une maladie du poumon, du cœur ou du foie, il s'appliquera surtout à traiter ces affections. A ce sujet s'élève une question importante : L'anémie ne peut-elle pas à son tour aggraver la maladie qui lui a donné naissance , et devenir une complication assez grave pour réclamer du médecin plus d'attention que la maladie primitive? L'observation apprend tous les jours que des femmes débilitées par des cancers utérins , des écoulements puriformes , que des phthisiques dans un degré fort avancé d'anémie , ne doivent leur existence qu'aux toniques et à tous ces remèdes qui modifient la composition du sang. Il semble qu'il faille alors négliger ces désorganisations , sur lesquelles la thérapeutique n'a plus qu'une faible influence, pour donner tous ses soins à l'anémie secondaire qui en est résultée : c'est à ce prix seulement qu'on peut prolonger les jours des malades. Dans quelques cas , cependant , on ag-
graverait la position des anémiques , lorsque leur état se rattache à une affection du cœur ; les médicaments toniques ou excitants produiraient de fâcheux effets , puisqu'ils tendraient à faire circuler le sang avec plus d'énergie.
Si l'anémie résultait d'une perte considérable de sang, la première et la plus pressante indication serait de se rendre maître de l'hémorrhagie. Mais certains anémiques périssent avant qu'on ait eu le temps d'arrêter l'écoulement sanguin, ou de remédier aux funestes effets qui le suivent : la transfusion est le seul moyen de sauver la vie du malade.
Lorsque la cause du défaut de sang est dans les modificateurs qui entourent l'homme , il faut avant tout le soustraire à ces agents nuisibles , et le placer dans des condititions plus favorables ; il faut alors recourir aux lois que nous trace l'hygiène pour établir une thérapeutique rationnelle et salutaire. On devra d'abord s'enquérir avec soin de la cause de la maladie. Si elle tient à l'alimentation, au défaut de lumière, à l'humidité, à des affections morales tristes, etc., on changera aisément l'action de ces agents naturels : on prescrira des viandes fraîches , fibrineuses et rôties , des végétaux sucrés et féculents , des vins toniques et généreux ; ou bien encore on exposera les malades aux rayons du soleil ; on leur recommandera l'exercice, l'habitation des lieux élevés et secs, les distractions de toute espèce. Nous passerions en revue toute la matière de l'hygiène , si nous voulions énumérer les préceptes importants que cette science peut fournir. Que l'anémie ait une marche lente ou chronique, il faut, avant de recourir à aucun médicament, environner le malade de tous les modificateurs qui peuvent seuls lui rendre la santé.
2e Indication. — Réparer le sang. — Cette indication est la plus pressante chez les anémiques qu'une hémorrhagie foudroyante ou des évacuations sanguines ont réduits à la faiblesse la plus extrême. La première chose à faire dans une conjoncture si difficile est de donner au moribond une situation qui à elle seule devient un agent thérapeutique très-puissant , le seul même que l'on doive mettre d'abord en usage.
On couche les malades sur le dos : on maintient la tête très-bas, tandis qu'on élève fortement les extrémités inférieures. On a pour but, comme l'a très*bien démontré M. Hall (loc. cit.,, p. 550 et suiv.), de faire descendre dans la pulpe cérébrale assez de sang pour que les fonctions du cerveau se rétablissent et que la syncope cesse. Il suffit de suspendre par les pattes de devant un animal que l'on a exténué, pour que la syncope survienne. Elle se dissipe, au contraire, et l'animal revient à la vie lorsqu'on le suspend par les pattes de derrière. M. Piorry est parvenu , par la position seule, à ranimer les fonctions qui paraissaient
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anéanties chez trois anémiques {îoc. cit., p. 21 , et Proc. opérât, de la percussion , n°400, 401 et 402). Il conseille, pour rappeler le sang- vers les centres circulatoires et respiratoires , de maintenir élevées audessus du niveau du tronc les extrémités supérieures et inférieures. La compression des membres paraît agir de la même manière. Quand même les anémiques ne seraient pas dans cet état de syncope où leur vie est menacée, il n'en faudrait pas moins leur faire garder la position presque horizontale ; la tête doit être peu élevée; ils ne doivent pas sortir brusquement de cette situation pour se tenir debout ou assis ; car des syncopes surviennent , et si les malades ont pris des aliments, ils les vomissent ; ils ne peuvent même, à un degré avancé du mal, digérer qu'à la condition d'être étendus sur leur lit. Dans tous les cas , il ne faut pas permettre que l'exercice soit portée jusqu'à la fatigue; d'ailleurs les palpitations, l'étouffement , empêcheraient bientôt les malades de violer ces préceptes.
Dans les cas de pertes excessives de sang, on a proposé la transfusion : elle pourrait arracher à la mort ces anémiques qui succombent à la suite de grandes opérations chirurgicales ou d'hémorrhagies dites spontanées. On a voulu, en Angleterre, faire reprendre faveur à la transfusion ; en France elle n'a pas encore été réhabilitée depuis l'arrêt du parlement qui défendit en 1675, sous des peines très-sévères, d'entreprendre cette opération chez l'homme. Cependant on compte aujourd'hui un assez grand nombre d'observations dans lesquelles la transfusion paraît avoir rendu de grands services : faite avec certaines précautions, elle n'a pas autant de gravité qu'on l'a dit. La principale indication dans l'anémie, que sa marche ait été longue ou rapide, est de prescrire une alimentation riche en matière nutritive et de facile digestion , car l'estomac ne jouit pas de toute son intégrité. Les gelées de viandes aromatisées, les bouillons, l'osmazome, les oeufs, les fécules, tels que le salep , le sagou , l'arow-root , conviennent surtout comme aliments, parce qu'ils offrent sous un petit volume une assez forte proportion de principes assimilables.
Unefoisl'alimentation réglée, on administrera aussitôt ces médicaments dont l'usage a été presque constamment couronné de succès. Nous accordons la première place au fer et à ses préparations. 11 fut donné pour la première fois dans l'anémie des mineurs de Schemnitz, par Hoffinger, qui en obtint des effets surprenants. La maladie avait été regardée comme incurable avant que ce médecin eût imaginé de prescrire le fer. Il faisait préparer un électuaire dans lequel il entrait : limaille de fer, quinquina, cascarille et rhubarbe, de chaque un gros; miel rosat, quatre onces; ou bien limaille de fer deux gros; quina et rhubarbe un gros de chaque; arcanum, une demi-once ; roob d'énula-campana, une
demi-once; miel, une once et demie; dont on prenait un gros trois fois par jour. Il paraît que les médecins qui eurent à traiter les mineurs d'Anzin ne connaissaient pas le Mémoire de Hoffinger; car ayant cru saisir une certaine analogie entie les symptômes du mal et les coliques métalliques, ils conseillèrent d'abord les frictions mercuri elles et l'usage de l'acide muriatique oxygéné étendu d'eau. Plus tard les lésions anatomiques qu'ils rencontrèrent sur un malade qui vint à succomber, leur firent croire avec raison que les martiaux devaient être préférés au traitement mercuriel : en effet , dès qu'on eut fait prendre aux anémiques, pendant quelques mois, un électuaire dans lequel entrait un gros de quinquina et de limaille de fer , ils ne tardèrent pas à se rétablir : la conjonctive , les lèvres , les gencives , et la langue, se colorèrent ; et à mesure que la santé se consolidait, on voyait les veines se dessiner sous la fieau. Nous pourrions encore citer une foule d'observations particulières dans lesquelles les préparations ferrugineuses ont eu un succès incontestable. Nous sommes loin de prétendre qu'il guérisse constamment et dans tous les cas; mais , de tous les médicaments, c'est celui qui agit le mieux et le plus vite. Il est utile surtout dans ces anémies où le sang est pauvre en fibrine et en matière colorante , où il paraît avoir perdu une partie des quantités de fer qu'il renferme dans l'état physiologique. Il semble qu'alors l'indication principale soit de rendre au sang ce composé qui lui manque, et qui est la première cause de la décoloration : celle-ci, en effet, tiendrait, suivant quelques chimistes, à ce que la matière colorante ou hématosine est privée d'une portion du fer qu'elle doit contenir.
Quand on veut administrer le fer, il ne faut l'associer qu'à une ou deux substances ; il est même préférable de donner seul le sous-carbonate de fer; un sirop amer et tonique sert à former les pilules. En général , chez les sujets très-af faiblis , on commencera par des doses très-faibles, un à deux grains par jour; si l'estomac les supporte , on portera successivement la dose jusqu'à vingt-quatre , trente-six grains , et un gros. On peut unir le sel de fer à la gentiane, à l'armoise, au safran, chez les femmes dont on veut faire coder les règles ; mais on conçoit que cette seconde indication ne doit être observée que si la femme est assez forte pour ne pas souffrir de cette évacuation mensuelle. Quelquefois il se joint à la maladie principale des névralgies de la face et de l'intestin ; dans ce cas on soulage les douleurs insupportables qui fatiguent le malade, en lui donnant des pilules de sous-carbonate de fer et d'opium ; on pourrait encore ajouter du sulfate de quinine s'il existait des accidents périodiques, ou si les douleurs s'exaspéraient à certaines heures de la journée. Quelques sujets ont l'estomac dans un tel état de faiblesse, que l'ingestion d'une petite quantité de
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fer détermine des douleurs vives; l'opium parvient aisément à les calmer-
Jusqu'ici nous n'avons parlé que du sous-carbonate de fer. Quelques praticiens mélangent le fer avec le vin sous le nom de vin chalybé , ou l'alcool avec lequel on fait la teinture martiale. Cette dernière boisson est mal supportée par l'estomac, qu'elle irrite; il faut lui préférer l'usage de vins généreux, ceux de Bourgogne, où la matière astringente et tonique est en quantité plus grande que la partie alcoolique. On peut couper le vin avec les eaux ferrugineuses naturelles de Spa, de Pyrmont, de Vicby, ou même avec l'eau ferrée qu'on obtient par la macération de fragments de fer dans l'eau aérée. Le meilleur mode d'administration du fer , suivant M. Piorry , est de donner son tritoxyde pur ou combiné aux acides acétique, malique, tartrique. Voici la formule que ce médecin recommande : Prenez , tritoxyde de fer s j ; suc de réglisse épaissi , gr. v : faites 72 pilules. Si le fer produit la diarrhée, on l'associe à l'opium.
On a aussi proposé contre l'anémie les amers et les toniques : les plus usités sont le quinquina, le quassiaamara , la gentiane , les écorces d'oranges vantées par Hoffmann , qui en faisait un vin composé , l'écorce de chêneetde marronnier. On a eu recours aux astringents les plus énergiques, tels que le ratanhia, le cachou, le sang-dragon , la gomme kino ; mais ils ne peuvent avoir de succès que dans le cas où le sang a déjà réparé ses pertes. Quant aux antispasmodiques , tels que le musc , le camphre, le castoréum , ils peuvent être utiles chez les femmes tourmentées par des accidents nerveux ; mais il faut être très-réservé sur leur emploi.
On conseille, dans les cas d'anémie causée par une hémorrhagie abondante , d'étendre le peu de sang qui reste, d'un volume d'eau considérable. Les malades eux-mêmes , après des saignées copieuses , sentent le besoin de boire. On a remarqué ce phénomène chez les animaux auxquels on a enlevé une grande quantité de sang. On a dit que l'arbre circulatoire ne pouvant revenir assez vite sur lui-même pour se mouler sur la petite quantité de sang qui circule , et le vide y étant impossible, l'absorption des liquides interstitiels devait se faire avec une grande rapidité , afin que le cours du sang vers les organes ne fût pas un seul instant interrompu. Dans ce but, on doit, suivant les auteurs de cette théorie , faire prendre des boissons, des bains , faire inspirer la vapeur d'eau, et même recourir de temps en temps à des injections dans le rectum. On remplacera avantageusement ces liquides par des boissons nourrissantes , telles que des bouillons de viande ou de poulet , des sirops d'orgeat , de groseilles , d'oranges, ou du lait coupé avec de l'eau. Quand on observe un anémique dont tous les tissus sont infiltrés de sérosité, et atteints d'une anasarque,on ne peut pas admettre la théorie exposée plus haut , qui , fondée
dans les pertes rapides de sang et dans l'anémie proprement dite, est fausse lorsqu'on veut l'appliquer à toutes les espèces d'anémie , et en particulier à celle qu'on a nommée hydrohémie.
Nous ne terminerons pas ce qui est relatif au traitement, sans recommander une seconde fois de ne pas négliger cette thérapeutique puissante qui réside tout entière dans l'application rigoureuse des préceptes de l'hygiène : l'alimentation, l'exposition au soleil, à un air pur, l'exercice , les voyages, l'équitation, l'usage de vêtements chauds et légèrement irritants , les bains de mer ou la natation dans les rivières , tous ces modificateurs exercent la plus heureuse influence sur la durée de la maladie.
Historique et bibliographie. — L'anémie est comprise par les anciens dans les descriptions qu'ils nous ont laissées de la cachexie. Le mot de cachexie n'a pas été employé par Hippocrate; quelques auteurs cependant veulent en trouver une indication dans son livre de Internis affect., par. 34 et 35. Arétée, dans sa définition, considère la cachexie comme le résultat d'une foule d'affections : x.a.yify.% , id est , malus habitus omnium simul vitiorum conversio est, si quidem ab omnibus inorbis propagatur et émanât (De causa et si g. morb. duit., lib. i, cap. xvi, p. 46). Celse (de Medic, lib. m, cap. xxn, p. 1 67), Cœlius Aurelianus (lib. m, cap. vi), Van-Swieten (Coin., t. m, p. 636), ont tous, sous le nom de cachexie, désigné cet état général , cette disposition du corps dans laquelle la nutrition , modifiée d'une manière fâcheuse par la lésion récente ou ancienne de quelque viscère, imprime à tout le corps une physionomie spéciale qui annonce l'action de causes très-différentes. Tantôt ce sont des maladies antérieures ou actuellement existantes, ordinairement chroniques; tantôt des pertes de sang, des hémorrhagies qui se rattachent à une désorganisation locale, la mauvaise nourriture, le repos , les veilles prolongées. En parcourant les principaux passages des auteurs que nous avons cités , il sera facile de voir que les causes, les symptômes de l'anémie, sont renfermés sous la dénomination complexe de cachexie. Aussi règne-t-il une confusion fâcheuse dans toutes ces descriptions, où l'on reconnaît cependant les principaux caractères de la maladie.
Ce fut Lieutaud qui le premier en traça l'histoire dans sa Médecine pratique. Après lui parurent deux dissertations : Alberli, de Anemiâ seu sanguinis defectu, Halse, 1732; Isenflamm., de Anemiâ verà et spurià, Erlangœ, 1764. Hoffinger, de Selectis medicamenlis , 1777, fit connaître l'anémie dont furent atteints les ouvriers de la mine de Schemnitz, en Hongrie. Nous avons vu qu'il employa avec succès la limaille de fer.
Halle publia, en 1813, un Mémoire où il étudia ce mal dans la forme épidémique qu'il affecta chez les
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tanneurs d'Anzhi. Nous avons emprunté à celte notice curieuse , mais incomplète sous une foule de rapports, l'histoire des accidents graves qui se sont montrés {Observation sommaire sur une maladie qu'on peut nommer anœmie , par Halle, dans Journ. de méd. deCorvisart, t. rx, vend, an xui, p. 1, 17, 71, 158).
Les maladies du sang furent négligées par les pathologistes du dernier siècle , qui , presque exclusivement vitalistes ou solidistes , s'occupaient fort peu à rechercher les altérations des liquides. Cette négligence, apportée dans l'examen des humeurs, n'était pas favorable à l'étude de l'anémie. Cependant, depuis plusieurs années , on s'est attaché avec soin à décrire les maladies du sang; les travaux microscopiques et chimiques ont achevé de rendre à ce liquide le rôle important qu'il joue dans l'économie. On lira avec quelque intérêt l'article anémie de M. Andral ( Précis d'anat. path., 1829, p. 74 et suiv. ), qui a cependant passé sous silence plusieurs altérations importantes. Les articles Anémie de plusieurs ouvrages ne contiennent guère que la description du mal qui frappa les mineurs d'Anzin; on y chercherait inutilement le tableau général des symptômes et l'appréciation des causes de cette maladie. Dans les 3e et 4e livr. du Traité de médecine pratique (juillet et août, 1835), M. Piorry a donné une histoire assez détaillée de cette affection ; on peut seulement reprocher à l'auteur de s'être laissé guider quelquefois par des vues théoriques : mais ce travail n'en reste pas moins un des plus complets que nous possédions. On peut recourir avec avantage aux ouvrages qui mentionnent les analyses chimiques et les expériences diverses sur le sang; nous renvoyons au mot sang pour ces indications, qui sont très-nombreuses. On lira encore avec fruit les Recherches (de M. Marshall Hall, loc. cit.) sur les effets des pertes de sang. Cet observateur a surtout étudié l'anémie dans sa nuance la plus prononcée; son Mémoire contient des détails fort importants sur la symptomatologie , la syncope, et l'influence de la position. Pour les signes fournis par l'auscultation et la percussion , voyez le Traité des maladies du cœur, par M. Bouillaud, et tout ce qui a trait au bruit des artères à l'état normal (vol. i, p. 210, 1835). On trouvera, p. 231 , quelques observations particulières , ainsi que dans le Mémoire cité de M. Piorry. — On étudiera la forme épidémique de ce mal dans le Mémoire de Halle {loc. cit.), et dans Ozanam {Bist. méd. des mal. épid., 2e édit., 1835, p. 169), qui a analysé le travail de Hof finger ( de Selectis medicamentis ).
ANÊVRYSME, s. m. On désigne sous le nom A' anêvrysme, anevrysma, de àveupûvetv, dilater, distendre, toute tumeur produite par la dilatation d'une artère , ou par une certaine quantité de sang qui, par une solution de continuité des parois artérielles , s'est épan-
chée en dehors du vaisseau. Le mot anêvrysme s'applique également aux dilatations du cœur, organe où l'on a d'ailleurs observé les diverses formes anévrysmaies qui ont été rencontrées dans les artères.
Nous n'établirons point ici l'historique du mot anêvrysme, ce travail trouvera place ailleurs {voyez Anêvrysme de l'aorte); nous ne signalerons point les discussions nombreuses qui ont surgi à l'occasion de la maladie dont il s'agit, nous mentionnerons seulement les diverses formes et variétés qui sont admises dans les écrits les plus modernes.
On a tenté d'introduire dans la science une dénomination différente de celle qui se trouve appliquée à la dilatation des artères et du cœur. On a substitué au mot anêvrysme des artères, celui d'artériectasie , au mot anêvrysme du cœur, celui de cardiectasie ; mais ce langage n'est point encore généralement adopté , et l'on pourrait même avancer qu'il ne semble point devoir remplacer celui que l'on rencontre dans les anciens auteurs.
La division suivante a été introduite dans l'histoire des anévrysmes : on a admis des anévrysmes spontanés ou par cause interne , et des anévrysmes traumatiques ou par cause externe. Mais ces deux maladies présentent de si nombreuses différences, qu'il semble difficile de les rapprocher : l'une est évidemment du domaine de la pathologie interne , et l'autre appartient à la chirurgie. Aussi ne croyons-nous pas devoir insister sur cette manière d'envisager le sujet dont il s'agit.
La division en anévrysmes vrais , en anévrysmes mixtes, et en anévrysmes faux, repose sur des fondements assez solides. Les anévrysmes vrais sont ceux dans lesquels toutes les tuniques artérielles également dilatées concourent à former les parois de la tumeur sanguine. On désigne sous le nom d' anêvrysme mixte, toute tumeur anévrysmale partielle qui résulte de la dilatation d'une ou de deux des tuniques artérielles , avec division ou rupture de l'autre ou des deux autres : on la nomme mixte externe , si c'est la tunique externe ou celluleuse qui est dilatée; mixte interne, si c'est la tunique interne qui forme le sac anevrysma!, saillant à travers la division des deux autres. Parmi les anévrysmes traumaliques, on a classé les anévrysmes faux, que l'on distingue suivant qu'ils sont consécutifs ou primitifs. L'anévrysme faux primitif, dénommé encore anêvrysme faux non circonscrit, anêvrysme diffus, tumeur hémorrhagique non circonscrite, est une tumeur irrégulière, quelquefois trèsétendue, formée par l'épanchement et l'infiltration du sang dans le tissu cellulaire , à la suite de la blessure d'une artère. L'anévrysme faux circonscrit, que l'on a encore désigné par les dénominations d'anévrysuie faux enkysté ou sacciforme, de tumeur hémorrhagique circonscrite, est une tumeur bien limitée par des
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parois celluleuses ou membraneuses, qui toujours est accolée à une artère, avec laquelle elle communique par une ouverture étroite, arrondie ou ovale.
On appelle varice anévrysmale une tumeur qui survient à la suite de la double lésion d'une artère ou d'une veine correspondante, lorsque, par une sorte d'anastomose contre nature , le sang passant de l'artère dans la veine , distend les parois de ce dernier vaisseau. 11 ne faut point confondre cette altération avec celle que l'on désigne aujourd'hui sous le nom à'anéerysme variqueux : sous ce nom on désigne en effet i'anévrysme faux consécutif, qui se forme quelquefois entre une varice anévrysmale et une artère blessée, si l'artère et la veine ne sont pas intimement unies , et si l'obliquité de la blessure de la veine empêche le sang artériel d'y pénétrer avec facilité. L'anévrysme par anastomose, connu encore sous la dénomination d'anévrysme par érosion , d'anévrysme de Pott, d'anévrysme des petites artères, de tumeur érectile consiste en une sorte de dilatation anévrysmatique des artères d'un petit calibre, qui , se développant d'une façon insolite en un lieu déterminé , y forment une tumeur inégale, violacée, plus ou moins facile à limiter, et dont l'accroissement se fait incessamment. On a encore distingué les anévrysmes en externes et en internes, suivant que, par leur position, ils sont ou ne sont pas accessibles à un traitement chirurgical ; suivant qu'ils proviennent d'artères superficielles , ou situées profondément dans les cavités splanchniques. Dans ce court aperçu, nous avons essayé, autant que possible, de résumer les opinions des auteurs sur les différentes dénominations à donner aux tumeurs anévrysmales. Nous devons avertir le lecteur que, bien que l'énumération qui précède soit assez compliquée , cependant elle ne renferme point l'exposé des diverses définitions adoptées dans les principaux ouvrages de pathologie. Ainsi I'anévrysme vrai comprend, pour les uns, la dilatation uniforme de tout le tube artériel et la dilatation partielle du vaisseau ; pour d'autres, il ne désigne que la dernière espèce par nous mentionnée. L'anévrysme faux caractérise seulement I'anévrysme traumatique, ou bien constitue I'anévrysme avec déchirure d'une tunique artérielle, ou de la totalité des parois du vaisseau, et dès lors I'anévrysme mixte n'est qu'une dépendance. Cette diversité d'opinions contribue puissamment à augmenter les difficultés de ce point de la science. M. Bouillaud disait, eu 1 829 (Die t. de méd. et de chir. prat. ', t. n, p. 392) : «Personne ne désire plus vivement que moi de voir se réformer la nomenclature des diverses maladies du cœur et des artères, ce qui serait aujourd'hui d'autant plus facile que nos connaissances sur ces maladies sont portées à un haut degré de perfectionnement. » Nous pensons que le moment est venu de répandre quelque lumière sur ce sujet obscur; cependant nous doutons fort que, avant
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quelques années, on puisse surmonter les répugnances des hommes à routine qui maintiennent toutes les vieilles nomenclatures ; aussi nous nous bornons à indiquer seulement la valeur des principales dénominations employées , sans prétendre en juger la valeur. Touchant les anévrysmes du cœur, la même obscurité s'oppose à la facile intelligence des auteurs ; ainsi on les a qualifiés d'actifs et de passifs, suivant que l'augmentation générale ou partielle dans le volume du cœur a lieu avec épaississement ou amincissement de ses parois. Cette dénomination paraît vicieuse , car I'anévrysme actif consiste le plus ordinairement en un épaississement des parois du cœur, qui en rétrécit les cavités au lieu de les dilater : la dénomination d'hypertrophie indique beaucoup mieux la nature de cette affection; aussi est-elle presque généralement admise. Quant aux anévrysmes passifs, ils présentent, au contraire, un amincissement des parois du cœur, d'où résulte l'agrandissement de ses cavités. L'affection du cœur, qui, sans doute, mériterait mieux que les précédentes le nom d'anévrysme, consiste en une dilatation partielle de cet organe. Dans ce cas , le cœur se trouve en quelque sorte surmonté d'une véritable poche anévrysmale qui communique avec lui, comme les anévrysmes communiquent avec les artères sur lesquelles on les rencontre.
Nous n'insisterons pas plus longuement sur ces considérations générales. Si l'on veut posséder sur les anévrysmes quelques faits plus détaillés, on pourra consulter les articles Anévrysmes du coeur, de l'Aorte, auxquels nous renvoyons le lecteur.
ANGÉIOTÉNIQUE ou ANGIOTÉNIQUE (fièvre), adj., de a^etov, vaisseau, et -nuvw, je tends; elle consiste dans la fréquence des mouvements du cœur , l'excitation des artères, et l'abondance du sang, surtout de ses parties fibreuse et colorante.
Angiopyrie (de a-y-pov , vaisseau ; wùp , Trupèç, feu, inflammation des vaisseaux) , fièvre inflammatoire. Cette expression a été employée pour la première fois par Vme\(Nosog. philos.) pour désigner ce groupe de symptômes qui constituent une maladie déjà connue et décrite par les anciens sous les noms de synoque non putride (Galien), de synoque simple (Hoffmann), de fièvre inflammatoire (Stoll), ardente, éphémère, continue, etc. Ce médecin , dont la principale gloire fut de soumettre à une rigoureuse analyse l'histoire des maladies , se crut obligé de faire une classe à part de ces fièvres , qu'il ne put localiser. Tout en diminuant le nombre des fièvres essentielles , il ne croyait pas que tous les états fébriles pussent être rapportés à la lésion des organes , et il créa pour ceux dont il n'avait pu découvrir l'origine une classe à part, sous le nom de fièvre angioténique. Quand on relit avec attention tout ce qui est relatif à cet ordre premier des fièvres, on trouve que Pinel, lors même qu'il décri-
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vait les fièvres essentielles , était encore dominé par sa grande idée de localisation des maladies ; car il avance que la fièvre angéioténique « est marquée par une irritation fixée principalement sur la tunique des vaisseaux sanguins » {loc. cit. , vol. i , 4e édit., p. 9 ).
M. Bouillaud depuis a cru devoir la rattacher à une inflammation de la membrane interne du cœur ou des gros vaisseaux (angéiocardite). C'est à l'article Endocardite, Artérite, et surtout au mot Fièvre, que nous discuterons ce point important de médecine générale; nous dirons seulement ici que beaucoup de médecins conservent encore la fièvre inflammatoire , mais lui assignent une cause locale , soit qu'ils la rapportent aveclesuns à l'irritation del'intestin (M. Broussais, Leçons de thér. gén., 1. 1, p. 575) ou à l'irritation des membranes du cœur et des gros vaisseaux , soit qu'ils n'y voient qu'une cause générale telle que la pléthore. Voici les symptômes qui lui ont été assignés par Pinel : langue blanchâtre ou rouge , soif vive, anorexie, constipation ou déjections alvines rares, pouls plein,fort, dur et fréquent, battements des artères carotides et temporales, hémorrhagies nasales, utérines , rougeur delà périphérie cutanée et surtout de la face, chaleur halitueuse, douce au toucher, sueurs habituelles, urines colorées , puisse dimenteuses; augmentation de la sensibilité, céphalalgie, vertiges , délire , sommeil agité , œil brillant , pesanteur, lassitude et engourdissement dans les membres. La fièvre inflammatoire est continue et se termine en peu de jours par des hémorrhagies , des déjections alvines , des éruptions cutanées, etc.; elle peut aussi affecter la forme intermittente. Il nous suffit d'avoir indiqué les principaux traits qui la caractérisent suivant Pinel. Nous montrerons ailleurs que ces symptômes peuvent dépendre de causes très-différentes et se manifester chaque fois que les centres nerveux sont stimulés par l'affluxd'une grande quantité de sang {Voyez Fièyre, Artérite , Endocardite).
ANGÉITE {Voyez Artérite , Phlébite).
ANG1EGTASIE {Voyez Anévrysmes).
ANGINE, s. f. Mot dérivé du verbe grec à-yx», je serre, j'étrangle, je suffoque; en latin, angere, ayant une semblable signification.
Dénominations franc, et étrang. — Mal de gorge , esquinancie , squinancie , prunelle. Fr.
— Xuva-pr/i , irapiffôjMa , cpXe-yp.cvai tow xara tov ia9(/.ov xwptwv. Gr. — Angina, synanche , inflammalio gutturis , inflammatio faucium. Lat. — Angina, mal di gola, schienanzia. Ital. — Garrotillo , angina, esquinencia. Esp. — Squinancy, squinsy, quinsy, sore throat , throat disorder. Angl. — Kehlsuclit , halsweh , bràune , halsentzùndung , halsbrâune, halsgeschwulst , halsgeschwûr. AH.
— Synonym. chronolog. — Xuvây/r, , Hippocrate.
— Angina , Celse. — Synanche , Gœlius-Aurel. —
Angina canina, Zacut.-Lusitanus. — Pmnella, Paracelse. — Cynanche , Sauvages.
Définition. — On appelle communément angine toute affection aiguë, généralement inflammatoire, qui siège à l'arrière-bouche, au pharynx, au larynx, à la trachée-artère. Van-Swieten {Comment, in H. Boerh., etc., t. u, p. 618.; Lugd. Batav., 1759) a donné une autre définition de la maladie qui nous occupe. Suivant cet auteur, le mot angine, dérivé A'angendo, est ordinairement adopté par les médecins, pour désigner, par une dénomination générale, tout empêchement ou douleur des parties qui servent à la déglutition et à la respiration , accident capable de troubler simultanément ces deux fonctions, ou d'entraver seulement l'une d'entre elles, dont la cause réside nécessairement au-dessus de l'estomac et des poumons.
Cette définition , donnée par le célèbre commentateur des Aphorismes de Boerhaave , semble devoir être préférée à celle que nous avons insérée avant elle, en ce sens qu'elle est moins restreinte , et s'applique , sans difficulté, à une foule de maladies , que l'on désigne sous le nom à' angine. Ainsi nous croyons devoir l'adopter.
Division. — Des considérations qui précédent il est facile de conclure que l'étude des angines réclame de nombreuses divisions , qui portent, et sur le siège, et sur la nature de la maladie. Sur le siège, on a basé cette distinction importante des angines , en celles qui sévissent sur les voies alimentaires, et qui sont caractérisées par la gêne de la déglutition; en celles qui affectent les voies respiratoires, dont les symptômes principaux sont la difficulté de respirer, l'altération dans le timbre de la voix. Aux premières il convient de rapporter l'angine gutturale {voyez ce mot), l'angine tonsillaire {voyez Amygdalite), l'angine pharyngée (voy. Pharyngite), l'angine œsophagienne {voyez OEsophagite); parmi les secondes, se trouvent naturellement décrites l'angine laryngée {voyez Laryngite) , l'angine trachéale {voyez Trachéite). Nous n'avons guère mentionné que des angines inflammatoires; faut-il donc rattacher toujours à un état phlegmasique les divers accidents qui donnent lieu à l'angine? A cette question on répondait, presque généralement, par l'affirmative, il y a quelques années : mais aujourd'hui , soit que les faits aient été plus scrupuleusement examinés , soit que , par un mouvement réactionnaire contre certaines idées, on essaie d'introduire dans le domaine de la science les divisions qu'établissaient quelques anciens auteurs , on semble porté à admettre non -seulement des angines inflammatoires simples, mais encore des angines œdémateuses, ulcéreuses, syphilitiques, mercurielles , gangreneuses, rhumatismales, exanthématiques, varioleuses , etc. Ce serait , sans doute, un sujet intéressant que celui qu
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comprendrait l'étude de ces diverses formes pathologiques : mais comme les questions qui y ont trait se renouvellent encore fréquemment à l'égard d'autres maladies, nous croyons devoir ne point ajouter à cette indication , dont nous apprécierons la valeur en traitant de l'œdème de la glotte {voyez Glotte), de la syphilis {voyez ce mot) , de la stomatite mercurielle {voyez Stomatite) ; de l'angine gangreneuse (voyez ce mot), du rhumatisme (voyez ce mot), de la rougeole (voyez ce mot) , de la scarlatine (voyez ce mot), de la variole (voyez ce mot), etc....
Les affections, que l'on a généralement désignées sous le nom ft angines, présentent, comme il est facile de le constater, une assez grande dissemblance les unes par rapport aux autres ; l'altération , qui les détermine, varie en raison de leur nature. Ce sujet ne comporte pas beaucoup de généralités; et nous n'ajouterons rien aux considérations qui précèdent.
ANGINE GANGRENEUSE, s. f. Angine maligne, mal de gorge gangreneux , ulcère syriaque. — Angina gangrœnosa , angina maligna , morbus strangulatorius. — Garolillo, cynanche maligna. — Garrotillo maligno ulcerado. — Putrid or malignant sore throat.
Synonym. chronolog. — Morbus strangulatorius , epidemica gutturis lues, affectas suffocatorius , carbunculus anginosus , phlegmone anginosa , morbus puerorum , tonsillœ pestilenies , aphthœ malignœ des auteurs. — Morbus suffocans , Villareal. — Garotillo, cascales , cynanche maligna, Sauvages, Gullen. — Angina inaligna,, Johnstone. — Angina gangrœnosa, Withering. - — Angine gutturale gangreneuse , Pinel.
Définition. Il est bien nécessaire aujourd'hui de préciser avec soin la valeur de la dénomination angine gangreneuse. Pendant longtemps, ce mot désignait dans les ouvrages de pathologie une maladie pestilentielle , sévissant sur un grand nombre d'individus, fort grave par ses symptômes généraux, d'ailleurs très-variables ; siégeant à la fois vers la gorge, où elle occasionnait la formation d'escharres manifestes , vers le tégument externe , où elle déterminait l'apparition d'exanthèmes analogues à la scarlatine; dans le sang, qu'elle transformait en un liquide verdàtre, sans consistance, comme gélatineux; enfin frappant encore d'autres organes ; affection à forme maligne ou typhoïde , dans laquelle , suivant Pinel , l'altération de l' arrière-bouche pourrait être considérée comme un simple épiphénomène. Cette définition, disons-nous , est aujourd'hui bien nécessaire ; car on a fortement insisté , dans ces derniers temps , sur l'opinion qui fut émise en 1771 par Sam. Bard (/tec/z. sur la ndt. et la cause du croup, trad. par Ruette; Pari?, 1810, p. 23% et que le médecin américain
établit en ces termes : « Tout porte à croire que la maladie strangulatoire des Italiens , le croup du docteur Home , le mal de gorge de Huxham et de Fothergill, la maladie que j'ai observée à New-York, celle du docteur Dugîass , de Boston , quelque différentes qu'elles puissent être sous le rapport de la putridité et de la malignité , ont cependant entre elles la plus grande affinité. » M. Bretouneau ( Traité de la Diphth.; 1826, p. 11) s'est efforcé de démontrer l'identité du croup et de l'angine maligne : la première affection n'étant que le dernier degré de la seconde , il a voulu la désigner sous un nom particulier, et c'est celui de diphthérite (voyez ce mot), qu'il a introduit dans la science. M. Guersent n'a vu et ne voit encore maintenant (Dict. de méd., 2e édit., t. m, p. 1 34 ) dans les maux de gorge, improprement appelés gangreneux suivant lui , que des productions pseudo-membraneuses. M. Bricheteau ( Précis analyt. du croup; 1 826, p. 348) doute de l'existence de la gangrène dans la plupart des angines décrites par les auteurs , et serait tenté de supposer qu'ils observaient alors le croup lui-même , seulement déguisé par l'influence putride de l'épidémie.
Du reste, cet auteur se range à l'opinion de MM. Desruelles ( Traité théor. et p rat. du croup; 1821 ) et Blaud (Nouv. rech. sur la laryngo-trachéile , p. 12), qui considèrent le croup comme une affection inflammatoire. M. Deslandes (Jour, des prog.; 1827, 1. 1, p. 199) regarde comme prouvé que les maladies désignées sous les noms à' angine gangreneuse et de croup, sont identiques sous le rapport de l'état local qui les constitue. M. Roche (Dict. de méd. et de ck. prat., !. ii, p. 544) s'exprime ainsi à ce sujet : «On a cru pendant longtemps que l'angine couenneuse ou membraneuse était de nature gangreneuse; on prenait pour des ideères gangreneux les plaques membraneuses de la gorge , lorsqu'elles étaient grisâtres et circonscrites, et qu'une grande fétidité de l'haleine les accompagnait, et l'on regardait comme des escharres les lambeaux de membranes qui étaient rejetés par les malades. Ce n'est que dans ces derniers temps que cette opinion a été démontrée fausse, et c'est aux travaux de M. Bretonneau, et plus tard à ceux de M. Guersent, qu'est due la destruction de cette erreur. Ces habiles observateurs ont prouvé d'une manière péremptoire , que l'angine couenneuse est de même nature que le croup , et le beau travail de M. Deslandes sur cette matière n'a pas peu contribué à achever de mettre cette vérité dans tout son jour. » Cependant M. Roche n'arrive pas aux mêmes conséquences que MM. Desruelles, Blaud et Bricheteau. Presque tous les caractères des angines couenneuses appartiennent , suivant lui, aux hémorrhagies autant et plus peut-être qu'aux inflammations.
Dans l'état actuel dé la science, et pour comprendre
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tous les faits que contiennent ses archives, il nous semble nécessaire de tracer séparément l'histoire des angines gangreneuses et des angines diphthéritiques. C'est à tort, en effet, que l'on a prétendu confondre en une même description ces maladies qui diffèrent et par la forme et par le fond. Les efforts de M. Bretonneau, qui a poussé ses vues synthétiques jusqu'à comprendre dans un même travail l'angine gangreneuse des anciens auteurs, la diphthérite et le croup, ne nous paraissent point motivés. Aussi voulons-nous consacrer trois articles différents à l'étude de ces trois maladies distinctes. Les preuves à apporter en faveur de l'existence réelle d'une angine gangreneuse seront puisées dans les écrits mêmes que nous ont transmis l'histoire des épidémies graves du xvie siècle. Alors le mal résultait évidemment d'une modification générale de l'organisme, que compliquaient des accidents typhoïdes fort graves; loin de se concentrer, en quelque sorte, dans la gorge comme la diphthérite, il se montrait plus formidable par les troubles généraux qui le constituaient que par les accidents locaux de gangrène, qui, d'ailleurs, furent parfaitement décrits par les observateurs d'alors. Ce serait assurément par trop restreindre la question, que de rattacher ces phénomènes graves à un état phlegmasique fort intense, ou spécial même, si l'on veut. Les circonstances dans lesquelles se développent ces angines gangreneuses , leur manifestation obscure parmi des symptômes généraux si prononcés, la forme même des altérations qu'elles entraînaient; ces ulcérations profondes, ces destructions d'organes, cetle suppuration sanieuse , ichoreuse et fétide qui les révélaient, ces modifications graves du tissu de la peau qui, aussi quelquefois, se sphacélait, tant de faits motivent suffisamment l'opinion que nous osons émettre en cet article.
Il existe donc une angine grangréneuse , et c'est à la démonstration de cetle proposition que nous voulons consacrer les lignes qui suivent.
Divisions. — La maladie qui nous occupe pourrait présenter des divisions nombreuses quant à son siège , suivant qu'elle occupe les organes qui circonscrivent l'isthme du gosier, le pharynx, l'œsophage , ou les parties qui forment les voies aériennes. Les faits que possède la science à cet égarô ne sont point assez détaillés pour que nous puissions tracer, d'après ce plan , l'histoire de l'angine gangreneuse. Ou pourrait encore partager ce sujet en diverses sections, dans lesquelles on rangerait des formes particulières résultant de la prédominance de tel ou tel symptôme ; mais ce mode de division serait peut-être regardé comme peu philosophique. La meilleure division serait celle qui porterait sur les complications : ainsi l'on pourrait , à l'exemple de quelques auteurs , étudier l'angine gangreneuse , simple ou compliquée de
scarlatine. M..T\veeàie(Cyclop.ofpract. m<?rf.,v.m, p. 647; London, 1834) est porté , suivant sa propre expérience, à affirmer que la scarlatine simple, la scarlatine angineuse, la scarlatine ou angine maligne, et le mal de gorge sans efflorescence à la peau, ne sont que des variétés d'une seule et même affection. Comme ce sujet présente encore beaucoup d'obscurité, comme, d'ailleurs , des lacunes nombreuses se présentent dans la science qui ne permettent pas d'en tracer une histoire bien complète , nous comprendrons dans une description simple tous les faits qui constituent la maladie en question.
altérations pathologiques. — 11 est assez difficile d'exposer en un cadre bien étendu les caractères anatomiques de l'angine gangreneuse. Les auteurs qui ont eu occasion d'observer cette maladie sous la forme épidémique, ont négligé communément de s'éclairer sur la nature de cette affection par l'ouverture des corps. Morgagni (Epist. 63 , § 16) se plaint, avec raison , de cette lacune. Il semble , dit-il , que cela ne devrait pas exister à l'égard d'une maladie non seulement si dangereuse , mais encore assez fréquente , et qui règne même épidémiquement. Cortési répondait aux sénateurs de Messine qui réclamaient la dissection des sujets morts, que l'ouverture des cadavres était tout à fait inutile pour connaître cette maladie. Séverin , pensant que la maladie était assez connue par ses signes , ne voulut même pas se donner la peine de décrire le siège de l'affection ou le vice lui-même. Quand les médecins ont pratiqué l'ouverture des corps, ils ont décrit , avec beaucoup de vague les principales altérations qui s'offraient à eux , et ces circonstances n'ont pas peu contribué à autoriser la confusion introduite dans la science entre l'angine gangreneuse et la diphthérite. Cependant on a compulsé à ce sujet les principaux faits que possède ses archives, et dans les cas évidents où l'angine grangréneuse s'était manifestée , on a rencontré les altérations suivantes : une inflammation érysipélateuse , non - seulement dans l'arrière-bouche , mais encore au larynx et aux bronches, d'une part; à l'œsophage, à l'estomac et au conduit alimentaire , de l'autre (Ozanam, Hist. méd. gén. et part, des épid.; 1835, t. ru, p. 72). Les auteurs ont vu que cette espèce d'inflammation non franche avait commencé dans les premières voies des canaux aériens et digestifs , d'où elle s'était propagée plus au loin ; et leur observation est fondée sur les traces de cette inflammation beaucoup plus profondes , et dont les dégâts étaient beaucoup plus considérables dans ces premières voies , et qu'elles allaient en diminuant d'intensité à mesure qu'elles s'éloignaient du foyer primitif de la maladie. Toutes les membranes muqueuses de ces parties sont couvertes d'aphthes ou d'escharres gangreneux , noires au centre, et environnées d'un cercle brun et livide; les
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amygdales réduits en ulcères de même nature, les parotides et les glandes sous maxillaires très-engorgées. Lorsque la maladie s'est prolongée jusqu'à la fin du deuxième, ou au milieu du troisième septénaire, c'est alors que le poumon , l'estomac , le duodénum , et même jusqu'aux gros intestins , participent à l'affection locale, et en portent des marques plus ou moins profondes. Dans ce cas , l'état pathologique de ces dernières parties annonce toutes les traces d'une gastro-entérite , mais qui n'est absolument que par irradiation et secondaire. Morgagni (Epist. 64, § 3) eut occasion de remarquer que les vaisseaux du cerveau , qui se trouvent soit à son extérieur, soit à son intérieur, et non-seulement dans les ventricules, mais encore çà et là dans la substance médullaire , étaient distendus par du sang. Il y avait un peu d'eau sanguinolente dans les ventricules latéraux.
Ces faits d'anatomie pathologique ont été confirmés par quelques fragments détachés que l'on rencontre épars dans les auteurs. Ainsi, dans le recueil des observations et des faits relatifs au croup, publié à Paris en juin 1 808 , on lit (p. 67) : «Dans l'angine gangreneuse, l'intérieur de la bouche est d'un rouge cramoisi, et se couvre de taches grisâtres, qui , s'étendant en largeur et en profondeur, noircissent souvent, se détachent et laissent à nu des ulcères douloureux (Michaëlis, Schwilgué, Dreysig). » Dans l'article Angine, inséré au Dictionnaire des sciences médicales , on rencontre ces indications importantes (p. 135 , t. u) : «Relativement aux désordres qu'elle occasionne, l'angine gangreneuse laisse quelquefois à sa suite des affections graves , telles que des ulcérations dans la cavité de la bouche, au pharynx, à l'œsophage, au
larynx, à la trachée, au poumon Les ouvertures
cadavériques ont fait voir les amygdales , le voile du palais, le pharynx, et même l'œsophage , tombés en sphacèle , ainsi que le larynx et la trachée : souvent les phénomènes gangreneux s'étendent jusque sur les poumons , l'estomac et les intestins ; on a aussi trouvé les membranes du cerveau envahies par une inflammation métastatique.» M. Roche {Dict. de méd. et de chir. prat., t. n, p. 554) s'exprime ainsi à ce sujet : « Il doit nous être actuellement bien démontré que l'angine couenneuse est une toute autre maladie que l'amygdalite et la pharyngite ordinaire. Son apparition , le plus ordinairement épidémique , son caractère contagieux, la rapidité de sa marche, et sa gravité si peu en rapport avec la faible acuité des phénomènes inflammatoires locaux qui l'accompagnent, suffiraient déjà , ce me semble , pour la séparer des phlegmasies avec lesquelles on veut la confondre. Mais les caractères auatomiques viennent, à mon avis, décider la question. Presque tous ceux de l'angine couenneuse appartiennent aux hémorrhagies autant , et plus peutêtre, qu'aux inflammations; les taches brunâtres,
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dont lefcentre'est plus foncé que la circonférence , les petits points violets, disposés en lignes longitudinales, le sang noir, qui gorge tous les tissus malades, tout atteste qu'il s'est fait là une véritable hémorrhagie. Les foyers de pus sanieux , qu'on trouve quelquefois dans les amygdales , ne démentent pas cette opinion , car ils sont rares , tandis que les autres désordres sont constants ; et d'ailleurs le pus qui les forme est toujours sanieux J'ajouterai, dit M. Roche en terminant , j'ajouterai encore à l'appui de mon opinion , que dans la plupart des épidémies d'angine couenneuse, dont on nous a transmis l'histoire, les malades crachaient beaucoup de sang et de sanie , avec des lambeaux de fausses membranes ; enfin , que plusieurs auteurs l'ont décrite sous le nom de gangrène scorbutique des gencives , ce qui prouve qu'ils avaient entrevu son caractère hémorrhagique. M. Rretonneau lui-même regarde le f égarite , ou gangrène scorbutique des gencives , comme étant de même nature que l'angine couenneuse , et ce rapprochement vient encore confirmer le caractère hémorrhagique de cette dernière. » M. Guersent lui-même {Dict. de mêd., 2e éd., t. m, p. 134) émet des faits qui semblent favoriser notre opinion. Ainsi, il dit : «J'ai vu plusieurs fois des portions du voile du palais et de la luette tomber en gangrène à la suite d'angines , qui alors étaient toujours accompagnées de maladies graves , ou des organes de la respiration , ou des organes gastro-intestinaux , et qui se présentaient sous forme typhoïde. La gangrène des fosses nasales paraissait être toujours , dans ce cas , déterminée par l'état général, et s'accompagnait souvent de gangrène dans d'autres parties. » On pourrait croire , en lisant ce passage, que M. Guersent, analysant plus sévèrement les faits, avouera s'être trop précipitamment rangé à l'opinion de M. Rretonneau, opinion qui, au moment de son apparition, fit grande sensation dans le monde médical , et séduisit d'abord le plus grand nombre des pathologistes.
M. Guersent n'en persiste pas moins dans ses anciennes conclusions; il dit : « Ces sortes d'angines ne différaient réellement de l'angine ordinaire que par leur mode de terminaison. » Pourquoi donc noter l'état grave, typhoïde, qui compliquait ces angines, si cet état n'entre pas comme élément dans la production de la maladie , et pourquoi établir encore ce qui est bien plus singulier, qu'elles sont déterminées par l'état général ? « Lorsque les malades guérissaient , ajoute M. Guersent , on trouvait dans le pharynx les traces évidentes des ulcérations qui avaient succédé à la chute des escharres gangreneuses ; on reconnaissait de véritables pertes de substances à la luette ou au voile du palais , qui étaient en partie détruites ou perforées , comme à la suite des ulcères syphilitiques. La maladie locale des fosses gutturales se rattachait dans
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toutes ces circonstances à une maladie générale plus ou moins grave , dont elle n'était qu'un des symptômes. » M. Guersent, après avoir établi de nouveau ce principe qui nous semble parfaitement conforme à l'observation des faits et à l'appréciation scientifique des documents que possède l'histoire de l'art, retombe encore dans une contradiction semblable à celle que nous avons précédemment signalée, en disant : « La gangrène n'était donc ici , je le répète , qu'un mode de terminaison, qu'une complication accidentelle. Je ne pense pas en conséquence que , dans l'état actuel de la science , on puisse admettre encore une angine gangreneuse, comme espèce distincte, ayant des caractères différents de toutes les autres et une marche qui lui soit propre : toutes les espèces d'angines, celles mêmes qui sont pseudo-membraneuses, pouvant se terminer par gangrène. »
Nous avouerons franchement que les motifs allégués par M. Guersent ne nous paraissent point valables, que dans la discussion qu'il établit lui-même à ce sujet, il fait sentir la nécessité de connaître l'angine gangreneuse , et que c'est pour combler une lacune qu'il n'a pas voulu remplir que nous avons entrepris ce travail.
M. Broussais (Cours de path. et de thérap. gén.> 1. 1, p. 335 et suiv.), nous paraît avoir bien caractérisé les recherches qui ont été faites dans ces derniers temps sur l'angine gangreneuse et sur les autres formes d'angine. Il dit : «Lisez l'ouvrage de M. Bretonneau et les auteurs qu'il cite, vous y verrez une variété très- grande d'épidémies, des histoires d'angine avec concrétion tenace commençant par la gorge ou le voile du palais ; des exemples de croup, de phlegmasies très intenses débutant par le larynx et se bornant à cet organe, d'autres se propageant ; des cas de phlegmasies gangreneuses ayant présenté toutes ces nuances; en un mot, une telle diversité qu'il n'y a point de caractère identique.» M. Broussais termine par cette réflexion , qui trace fort bien l'état actuel de la science au sujet des angines gangreneuses. « Ces questions , au surplus , ne s'éclaircissent qu'à force de faits et de comparaisons, et il ne faut pas croire que la médecine s'apprenne en un instant et seulement par des procédés didactiques. »
Sjmptomatologie. — Les phénomènes qui caractérisent l'angine gangreneuse semblent s'être généralement manifestés dans l'ordre qui suit : des vertiges, un frisson , suivi de chaleur intense , survenaient au début du mal. La céphalalgie , la douleur de gorge , quelquefois à peine appréciable, une gêne assez prononcée dans les mouvements de rotation ou de flexion du col, la fétidité de l'haleine, les nausées, les vomissements ou la diarrhée, annonçaient les progrès de l'affection. Les piliers postérieurs du voile du palais, les tonsilles, se coloraient en rouge pourpré; 'quel-
quefois une tache, étendue, irrégulière , d'un blanc sale à son centre , circonscrite à son pourtour par un liséré violacé, s'établissait à la voûte palatine ou en toute autre région. Bientôt le visage, le col, la poitrine, les mains et les doigts, se coloraient en rouge, étaient le siège d'un érythème assez prononcé; quelquefois un peu de gonflement des parties se manifestait. Cette éruption cutanée apportait du soulagement dans l'état du patient, les nausées, la diarrhée, semblaient céder sous son influence. Puis les taches blanchâtres de la gorge prenaient une teinte cendrée, la membrane muqueuse se transformait en escharre audessous d'elles, une ulcération plus ou moins profonde devait ensuite en résulter. Souvent l'engorgement , la tuméfaction des parotides compliquait cet état. L'agitation, le délire, la stupeur, le coma, annonçaient l'état de souffrance des centres nerveux. Le pouls petit, misérable, quelquefois irrégulier, inégal, témoignait de l'affaiblissement du sujet, des sueurs coliquatives ajoutaient encore à l'adynamie qui était profonde. Des hémorrhagies fréquentes par les fosses nasales, la gorge, les selles, étaient un présage de mort. Quelquefois les malades, peu de temps avant de mourir, paraissaient se remettre : le délire, l'assoupissement les abandonnaient , leurs angoisses se dissipaient , la parole même leur revenait pour quelques quarts d'heures; mais des syncopes soudaines, l'extrême affaiblissement du pouls et des convulsions générales annonçaient bientôt le terme de leur carrière.
C'est principalement d'après la description que Yvad(Nos.phil, t. u, p. 182) donne de cette maladie que nous en avons tracé le tableau. Nous resterions cependant incomplets sur ce sujet, si nous ne lui accordions pas d'autres développements. C'est surtout aux faits rappelés par M. Tweedie (Cycl. ofpract. med., v. m, p. 647, et v. iv, p. 178) que nous emprunterons les détails qui vont suivre.
Les phénomènes généraux qui caractérisent l'angine gangreneuse revêtent très-promptementla forme maligne ou typhoïde ; à l'affection de la gorge, quelquefois à l'exanthème cutané, se joint un grand trouble des actes encéphaliques, et souvent une phlegmasie pulmonaire ou une inflammation de la membrane muqueuse intestinale. Le pouls au début est mou et fréquent, puis bientôt devient petit, rapide et souvent irrégulier : l'insomnie , l'anxiété , quelquefois le délire s'emparent du malade , délire qui peut être tellement furieux qu'il soit nécessaire de recourir à l'emploi de la camisolle de force , mais qui ordinairement est tranquille et caractérisé par la mussitation. Une éruption de scarlatine survient un certain temps après la première apparition des accidents, sa durée est très-variable, parfois elle disparaît tout à coup, lorsque quelques heures seulement se sont écoulées depuis sa
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manifestation; enfin, cinq à six jours après, elle se montre de nouveau pour une période de deux ou de trois jours. Elle peut ainsi cesser subitement et revenir plusieurs fois. La couleur de cette éruption est d'abord peu prononcée, excepté sur quelques taches irrégulières qui sont d'une couleur rose foncée, puis l'exanthème se présente soudainement avec une teinte rouge, livide foncée , et dans les formes les plus graves , les téguments sont maculés de pétéchies.
La température à la surface du corps est généralement chaude pour le tronc, froide pour les extrémités. Les yeux sont tachetés de sang, et bien souvent chassieux par le dépôt de mucosités à leur surface. Les téguments sont pâles; les traits expriment l'accablement, les pommettes paraissent fortement colorées en rouge. La langue est couverte d'un enduit brun ou tout à fait noir ; dans d'autres cas , elle est lisse , rouge et polie , et quelquefois tellement ramollie ou fendillée qu'elle saigne avec une grande facilité. L'odeur qui provient de la surface du corps ou est amenée avec l'air expiré, présente une fétidité remarquable.
Les parties qui constituent l'arrière-bouche , le gosier, ne présentent pas une tuméfaction considérable , mais offrent une couleur rouge foncée , et paraissent envahies par des escharres grisâtres , entourées d'une teinte livide. La gangrène se propage quelquefois avec une effrayante rapidité; elle entraîne la destruction de la luette et du voile du palais. Parfois, à l'inspection des parties douloureuses , on aperçoit un gonflement et une rougeur très vive qui occupent le voile du palais, la luette , les amygdales et le pharynx ; de là la difficulté de la déglutition et le retour des boissons par les narines. Une tache blanche , semblable à un aphthe, ne tarde pas à se manifester sur l'une ou l'autre tonsille, quelquefois sur toutes deux ; elle s'agrandit en peu de temps au point d'embrasser la glande entière et les parties voisines, et elle prend bientôt une couleur cendrée, livide ou noire. Le plus souvent la membrane muqueuse est tapissée d'une production visqueuse, résultant d'une sécrétion morbide, qui ajoute encore aux souffrances du malade , en gênant l'acte de la déglutition , en obstruant encore les voies respiratoires. Lorsque ce dernier accidenta lieu, et qu'il se trouve compliqué d'une bronchite intercurrente, il y a beaucoup à redouter une terminaison fatale par asphyxie. Aloi s il arrive souvent que la voix est rauque et. peu sonore ; l'inflammation se propage généralement du gosier aux glandes cervicales , qui alors subissent un gonflement notable et même dégénèrent en abcès. Quand l'irritatiou inflammatoire envahit les fosses nasales , accident presque inévitable durant le cours de cette maladie, un flux de matières acres s'établit , la matière exhalée est d'abord transparente, bientôt un peu épaisse et jaunâtre; à son passage , elle produit des excoriations clans les fosses
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nasales , sur les lèvres , la commissure labiale , ces petits ulcères sont promptement masqués par le développement de croûtes brunâtres qui recouvrent leur surface. Les narines rendent tantôt du sang pur, tantôt une sanie gangreneuse, qui, parfois, tombant sur la glotte durant le sommeil, excite une toux violente et menace le malade de suffocation (Renauldin , Dict. des se. méd., art. Angine; loc. cit., p. 133).
Dans les cas tout à fait graves, les accidents du début sont encore plus alarmants. Le pouls est petit, rapide, à peine sensible, le trouble des fonctions encéphaliques plus prononcé, constitué par la stupeur, le coma ou un violent délire ; les ulcérations de la gorge plus profondes , plus larges , les escharres noirâtres. En même temps , les téguments présentent une éruption de couleur violette. M. Tweedie (loc. cit.) rappelle à ce sujet, qu'il a fréquemment observé, sous forme de bronchite latente , une lésion des voies respiratoires ; que souvent encore il a vu cette altération coïncider avec une inflammation de la membrane muqueuse gastro-intestinale , qui détermine elle-même de la diarrhée et d'autres accidents pathologiques. Quelques auteurs ont fait mention d'hémorrhagies qui proviennent de sources variées , de la bouche , de la gorge , des poumons , des voies intestinales , urinaires. Cette complication fait périr rapidement le malade , à moins qu'il n'ait en lui de puissants éléments de force et de réaction.
Le sang paraît subir dans cette maladie une altération profonde , qui n'a été notée que par quelques auteurs , et que Huxham , en particulier, mentionne avec soin (Dissert, sur le mal de gorge avec ulcères malins; Paris, 1764, in-12, p. 458). «J'ai quelquefois observé , dit le médecin anglais , que le premier sang était couvert d'une peau ou couenne légère, blanchâtre ou livide , assez tenace ; mais immédiatement au-dessous , il était verdâtre , comme une espèce de gelée , et au fond , sans consistance , avec un sédiment noir et sans aucune liaison. » Sauvages (Nost . mèth., 1. 1, p. 258, Venise ,1772) rappelle aussi cette circonstance.
Dans une grave épidémie, décrite par le docteur Withering (Account ofthe scarlet fever and sore throat., p. 18), on trouve, après le tableau des accidents ordinaires qui caractérisent cette maladie , l'exposition suivante des formes dangereuses qu'elle revêt communément : « Chez les jeunes sujets , le délire survenait quelques heures après la première apparition du mal ; la peau était brûlante , l'éruption de scarlatine avait lieu le premier ou le second jour, et généralement la mort survenait durant le troisième. Pour d'autres, qui échappaient à cette terminaison rapide, on voyait la teinte scarlatineuse des téguments passer au brun : alors il était permis de concevoir quelques espérances. Cependant le pouls était encore faible cl
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vite , la peau sèche et rude , la cavité buccale comme brûlée, rôtie; les lèvres fendillées et noirâtres, la langue dure , desséchée et d'un brun foncé ; les yeux languissants et enfoncés. Les malades présentaient , en outre , une grande aversion pour toute espèce d'alimentation ; ils se livraient avec la plus grande difficulté au moindre mouvement, et semblaient fortement prostrés. Semblable état persistait pendant plusieurs jours , sans qu'aucune circonstance parût y apporter du soulagement. Enfin , une matière jaunâtre , de couleur d'ambre, fluide, s'écoulait en grande quantité des narines ou des oreilles, ou de ces différentes ouvertures à la fois ; ce flux continuait ainsi durant quelques jours : quelquefois le liquide rejeté présentait une grande analogie avec le pus combiné au mucus.
L'écoulement diminuait quand le malade revenait à la santé , mais généralement les malheureux observés par le docteur Withering tombaient en langueur , et, après un mois ou six semaines de souffrances, à dater des premiers accidents . succombaient à un profond affaiblissement. Chez les adultes , l'intensité de la fièvre, du délire , etc., était telle que la mort survenait au quatrième ou au cinquième jour. Elle était d'autant plus prompte, que la diarrhée s'était manifestée plus tôt. Quelques-uns survivaient encore au huitième ou au onzième jour. Mais ici la gorge présentait peu d'altération , les yeux avaient pris une coloration rouge inusitée , non pas cette rougeur arborisée qui résulte évidemment de l'injection des vaisseaux de la cornée par un sang rouge, mais cette rougeur diffuse, égale, analogue à celle que présentent les yeux du furet. Malgré cette altération singulière dans la coloration de l'organe de la vue , la lumière la plus vive était supportée sans difficulté. Cette modification pouvait encore être constatée quelques heures avant son apparition ordinaire , si l'on relevait la paupière supérieure , et cette investigation n'était point dépourvue d'utilité, puisque , sur la découverte de l'altération mentionnée , on se basait pour présager l'issue delà maladie. Les malades étaient fort inquiets, se plaignaient sans cesse, et demandaient fréquemment à boire : ils avalaient quelques gorgées de liquide, semblaient oublier l'acte auquel d'abord ils avaient obéi , et laissait écouler par les commissures labiales le liquide qui baignait la cavité buccale; d'autres le rejetaient avec force, et paraissaient fort en peine quand il fallait boire de nouveau.
Dans ces cas , l'exanthème de la scarlatine se manifestait promptement ; mais à un degré invariable indéterminée, de larges taches rouges semblaient se mêler à des plaques blanchâtres , et souvent elles quittaient leur siège primitif. A cette éruption on voyait se mêler quelques taches circulaires -violettes qui envahissaient principalement la poitrine et les jointures, les genoux , les coudes. Le pouls, au début
du mal, était tellement petit, faible, irrégulier, qu'il était assez difficile de le compter, même durant une demi-minute. A ces détails il semble inutile d'ajouter que la plupart des malades, qui présentaient ces phénomènes graves, succombaient. Peu d'entre eux revinrent à la santé : quelques-uns tombaient dans un état de faiblesse voisin de l'imbécillité ; ils n'en sortaient qu'après un long temps , et sous l'influence d'un régime fortifiant. Chez un malade, un homme, les mâchoires se trouvaient si exactement rapprochées au troisième jour, qu'il fut impossible d'introduire aucune substance dans les voies digestives : aussi le patient succomba-t-il rapidement au troisième jour. »
11 arrive quelquefois que des sujets périssent subitement au second, au troisième, au quatrième jour , sans qu'il soit possible de donner aucune raison satisfaisante de cette terminaison brusque , et sans qu'aucune altération de tissu, recherchée avec le plus grand soin , puisse fournir à cette explication. Quelquefois , au contraire, la convalescence s'établit tout à coup, tandis que le malade semblait en butte aux accidents les plus graves ; mais le rétablissement ne s'effectue qu'avec une extrême lenteur , bien souvent entravé par le retour de quelques accidents locaux. Marc-Aurèle Séverin {De pœdanchone malignâ, etc., Neap., 1641), qui observa dans Naples une épidémie angineuse très-violente, vit que les malades qui échappaient à la mort demeuraient un long temps languissants , stupides et sans forces.
On ne doit point oublier que, lors même que les symptômes présentaient peu de gravité , la maladie a pu cependant revêtir brusquement un caractère de malignité inquiétant. D'ailleurs, cette affection complique surtout les scarlatines qui régnent sous forme épidémique , et quelquefois vient frapper au quatrième, cinquième, sixième ou septième jour les sujets qui ne subissaient que légèrement l'influence de la malddie régnante.
11 y aurait erreur à supposer que l'angine gangreneuse soit absolument liée à l'existence d'une éruption de scarlatine : on a vu cette maladie régner isolément , ou s'associer à d'autres éruptions , comme l'erysipèle, les pétéchies, la miliaire, les engorgements des ganglions lymphatiques (Forestus).
M. Renauldin (loc. cit., p. 1 34) trace de la manière suivante les phénomènes qui surviennent dans les derniers temps de l'affection qui nous occupe : « Sous le rapport de ses terminaisons , l'angine gangreneuse n'en a point d'autres que l'ulcération on la gangrène des parties où elle se fixe. C'est même de ce genre de terminaison qu'elle a tiré sa dénomination, à laquelle on a ajouté l'épithètc de maligne, parce que cette affection s'accompagne constamment d'une fièvre de mauvais caractère, soit advnamique, soit
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ataxique, et qu'elle moissonne la plupart des individus qui en sont atteints. Souvent la mort arrive après une forte hémorrhagie nasale, avec écoulement d'une sanie cadavéreuse , ou bien à la suite de convulsions prolongées. »
On a vu encore, ainsi que nous l'avons déjà mentionné, les malades revenir à eux, quelque temps avant la mort; on s'abandonne à un fol espoir. Le délire , l'assoupissement cessent , le malade converse avec les personnes qui l'environnent pendant un temps plus ou moins long, la parole est libre, facile. Mais à cet état inespéré succède une grande faiblesse, des syncopes plus ou moins prolongés , l'affaissement du pouls , des mouvements spasmodiques, convulsifs annoncent une crise funeste. La mort arrive dans les cinq ou six premiers jours. Au quatorzième jour on peut espérer la guérison.
Il nous semble fort difficile d'indiquer bien exactement la marche, la durée, les terminaisons de l'angine gangreneuse. On sait, en effet, que cette maladie se manifeste ordinairement sous forme épidémique, et on n'ignore pas que chaque épidémie , de cette affection comme de toute autre , revêt presque toujours un caractère particulier, qui porte non-seulement sur la forme et l'intensité des symptômes , mais encore sur leur mode de succession. M. Renauldin nous semble avoir bien résumé les faits contenus dans les comptes rendus d'épidémie sur ce sujet; aussi n'ajouteronsnous rien à ce qu'il a établi.
Les complications de l'angine gangreneuse contribuent puissamment à faire de cette maladie une affection à part ; il convient donc de les mentionner , lorsqu'on prétend exposer l'histoire des maux de gorge malins.
Parmi ces complications , il en est qui sont essentielles et inhérentes en quelque sorte à la manifestation de l'angine maligne; on en trouve d'autres qui ne sont qu'accidentelles , et paraissent très-nombreuses et variées. Dans l'angine maligne , suivant M. Tweedie [Cyclop. ofpract. mcd.} v. iv, p. 1 79), les malades sont toujours en danger de périr ; ce fait est prouvé par la grande proportion de cas mortels que l'on compte aux époques d'épidémie : c'est que , à la maladie de la gorge , vient se joindre une fièvre à forme maligne , qui suffirait à elle seule pour occasionner la mort. Mais est-il permis de pénétrer, en quelque sorte, dans l'essence de cette affection fébrile? faut-il déterminer sa nature? Ce travail doit trouver place ailleurs , et, pour le moment , nous nous contentons d'établir, sans démonstration, que l'angine gangreneuse est le résultat d'un véritable empoisoanement miasmatique de l'économie , qui influe puissamment sur sa forme , sa marche et ses terminaisons.
Quelques auteurs, et M. Guersent eu particulier
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(loc. cit„ p. 126), ont avancé que, dans ces maux de gorge , l'affection des fosses gutturales est toujours secondaire , et n'est qu'une simple complication de la scarlatine , qui est la maladie principale , et les accompagne toujours. Nous avons déjà émis notre opinion à ce sujet : sans nier que la scarlatine soit une coïncidence fréquente , ordinaire même , dans l'affection qui nous occupe, nous sommes obligés d'admettre que l'angine gangreneuse peut survenir indépendamment de cette éruption ; et les récits des auteurs viennent en assez grand nombre pour appuyer notre assertion. M.Ozanam (ffis. des mal. épid., 1 835 , t. m, p. 25), qui a consulté sur l'angine maligne des travaux publiés à différentes époques d'épidémie, se croit fondé à regarder la scarlatine et le mal de gorge gangreneux comme deux affections morbides absolument différentes et distinctes l'une de l'autre.
Parmi les complications accidentelles , qui ajoutent encore à la gravité du mal, il faut noter les altéra-' tions de la membrane muqueuse des fosses nasales, celles qui portaient sur le larynx, la trachée , les bronches , les poumons , celles qui entraînaient une perte de substance dans le tissu de la langue , des gencives, qui exerçaient leur influence jusque sur l'estomac et les intestins , les affections vermineuses , les hémorrhagies de sources différentes , les suf fusions séreuses dans le péritoine,les plèvres , le tissu sous-cutané, etc.; les altérations des centres nerveux.
Tant d'accidents variés, qui survenaient dans le cours de cette maladie, ne mettent-ils point en évidence l'atteinte profonde qui était alors portée à l'organisme, et qui présidait à des modifications nombreuses et graves? G'est un fait que l'on ne pourrait nier facilement. «Dans l'angine diphthérique , dit M. Guersent, le mal de gorge est la maladie principale, et la gravité de l'affection ne dépend que de l'extension de la pseudo-membrane dans les voies aériennes , dans les maux de gorge gangreneux, les accidents dépendent d'un état général typhoïde qui caractérise spécialement les épidémies graves qu'on a observées. » Cette distinction motive, ce nous semble, l'admission comme maladie à part de l'angine gangreneuse ; car la science n'est point encore à tel point systématisée, qu'on puisse décrire en un même groupe toutes les affections à forme typhoïde par exemple. Or , si l'on trouve bien de réserver une description particulière à la gangrène de la bouche, nous ne comprenons guère comment on pourrait désapprouver l'introduction dans nos cadres nosologiques d'une histoire spéciale présentant le résumé de tous les faits qui se rattachent à l'angine maligne.
Diagnostic. — Deux maladies peuvent être confondues avec l'angine gangreneuse : l'amygdalite et la diphthérite pharyngienne. 11 est donc nécessaire de résumer en ce chapitre les principaux caractères
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de l'affection qui nous occupe, et les comparer à ceux des deux maladies que nous venons de citer. L'angine gangreneuse, comme la plupart des maladies avec sphacèle, survient en vertu de circonstances particulières qui entraînent toujours l'affaiblissement, et se manifeste fréquemment sous l'influence d'émanations miasmatiques pernicieuses. Dans cette maladie les accidents locaux, dont le siège esl à la gorge, ne sont qu'un des caractères de l'état de souffrance; les symptômes généraux, l'état typhoïde, comme on a dit, l'affaiblissement du pouls, les hémorrhagies par exhalation, l'altération du sang, les troubles des fonctions respiratoires, l'abattement moral et intellectuel , la prostration , l'odeur infecte des exhalations, l'altération profonde dans les traits de la physionomie, tous ces phénomènes groupés et rapprochés constituent un état morbide grave qui ne saurait être confondu, ni avec les accidents de l'amygdalite, ni avec les symptômes de la diphthérite. 11 peut arriver cependant que, dans la première de ces maladies, des concrétions grisâtres, plus ou moins épaisses, soient déposées à la surface des cryptes muqueux que l'on connaît sous la dénomination de tonsilles; que ces concrétions simulent assez exactement ces taches grisâtres, qui, s'étendant en largeur et en profondeur, noircissent souvent, se détachent et laissent à nu des ulcères douloureux , altérations propres à l'angine gangreneuse. Il peut se faire encore que, dans l'un comme dans l'autre cas, l'haleine soit fétide, repoussante, gangreneuse, que le fond de la gorge soit d'un rouge cramoisi, violacé, que la déglutition soit difficile , la voix altérée , etc. Disons-le cependant, ordinairement il est facile de distinguer ces deux affections, si l'on veut bien tenir compte des symptômes généraux et graves de l'adynamie, qui suivant Schwilgué (du Croup aigu des en/., 1802, p. 42), caractérisent l'angine gangreneuse.
Notre tâche devient plus difficile sans doute quand il s'agit du diagnostic, de la diphthérite et des maux de gorge gangreneux. Les observations de S. Bard , de Starr, de MM. Bretonneau, Guersent, Trousseau, Deslandes et autres, tendent à établir l'identité de 1 angine gangreneuse des anciens auteurs, et de la diphthérite, de l'angine couenneuse ou pseudo-membraneuse. 11 faut tracer une ligne de démarcation entre ces deux maladies. Cette distinction ne saurait être bien établie que par le rapprochement des principaux caractères de quelques épidémies observées avec soin; mais un semblable travail demanderait plus de développement que nous ne pouvons en accorder à cette question. Prenant le sujet actuel tel qu'il a été envisagé par les principaux auteurs qui en ont traité, usant des descriptions qui, par eux, nous ont été transmises, il nous sera facile de tirer des faits d'au-
tres déductions que celles qu'ils ont obtenues; et si nous arrivons à ce résultat sans forcer les rapprochements, sans doute on nous accordera qu'il est possible de distinguer l'angine gangreneuse de la diphthérite. Nous avons résumé les principaux caractères des maux de gorge gangreneux ; il faut rapprocher de ce tableau la description que M. Bretonneau ( Traité de la diphthérite, 1826, p. 376 ) donne de son angine diphthérique. Voici comment il s'exprime à ce sujet : «Rougeur et tuméfaction de l'une des tonsilles, rarement de toutes les deux; fièvre erratique généralement peu prononcée. Bientôt quelques taches blanches se découvrent sur la surface de l'amygdale tuméfiée. Ces taches, plus ou moins nombreuses, sont dues à la production d'une concrétion pelliculaire, lichcnoïde , caduque et très-facile à détacher. Développement considérable des ganglions lymphatiques des parties latérales du cou. Dès le principe ce développement se fait remarquer par sa disproportion avec l'étendue et l'intensité de l'inflammation des membranes muqueuses; déglutition peu douloureuse, et qui le devient de moins en moins; la tuméfaction de la tonsille qui a été primitivement affectée augmente; une rougeur dont la nuance est fort variable circonscrit la concrétion, qui s'étend quelquefois trèsrapidement au voile du palais et à la luette , au pharynx et à la tonsille du côté opposé. Le plus souvent après cette brusque expansion , les progrès de l'inflammation couenneuse diphthéritique restent momentanément suspendus. L'intumescence des ganglions lymphatiques ou diminue ou ne continue pas à s'accroître; fièvre nulle ou presque nulle. Après une trêve, plus ou moins prolongée de peu de jours, quelquefois de peu d'heures, la toux commence à se manifester; elle est sèche ou accompagnée d'une expectoration spumeuse ; bientôt elle devient rauque , et indique les premiers symptômes de la propagation de l'inflammation diphthéritique dans les canaux aérifères.x Plus loin (p. 378), M. Bretonneau complète l'exposé que nous venons de transcrire : a Essentiellement superficielle, dit-il en parlant de l'angine diphthéritique, on a vu quelle ne pouvait cesser de V être sans perdre son principal caractère, sans qu'une incrustation couenneuse ou une sécrétion purulente ne remplaçât l'exsudation pelliculaire qui l'accompagne et qui en fait tout le danger. II est de plus dans la nature de l'inflammation diphthéritique d'être envahissante, et c'est précisément cette réunion de caractères qui constitue ce qu'elle a de particulier, ce quelque chose de spéciale, ce quid divinum qui ne peut être saisi, et qui, de l'aveu d'Hippocrate, échappe à toute explication. »
Nous pensons qu'après la lecture de ce passage, il ne peut rester de doute dans l'esprit quant à la distinction à établir entre l'angine gangreneuse et la
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diphthérile de M. Bretouneau. Dans la première maladie, en effet, nous constatons la prédominance des accidents généraux qui entraînent avec eux un appareil morbide semblable à celui du typhus, et le mal de gorge ne constitue en quelque sorte qu'un cpiphénomèue. Puis nous reconnaissons l'existence d'escharres plus ou moins profondes qui détruisent les parties, entraînent des pertes de substance plus ou moins considérables; la marche de la maladie est continue et presque toujours incessamment progressive. Dans la seconde, M. Bretonneau n'a occasion d'observer qu'une fièvre erratique généralement peu prononcée, nulle ou presque nulle. L'altération locale est constituée par la production d'une concrétion pelliculaire , lichénoïde, caduque et très-facile à détacher, essentiellement superficielle, et qui ne peut cesser de l'être sans que la maladie ne perde son caractère principal. Après une brusque expansion, les progrès de l'inflammation couenneuse diphthéritique restent momentanément suspendus.
Comment, avec des apparences si diverses, ces deux affections ont -elles été jusqu'à ce jour confondues? Nous ne saurions vraiment expliquer cette circonstance : les faits sont en présence , le lecteur jugera. Pronostic. — L'angine gangreneuse doit toujours être considérée comme une maladie des plus graves : il suffit de lire l'exposé des principales épidémies qui , sous ce nom, exercèrent des ravages au xvie, au xvne, au xvme siècle, pour se bien convaincre du danger de cette maladie. Au dire de Pierre Forest (lib. vi De febribus publiée grassaniibus, et lib. xv De fane, gutt.que et gulœ Adfect., etc.), à Alkmaërt , en Hollande, au mois d'octobre 1557, une épidémie de maux de gorge si violents régna , que des familles entières en étaient attaquées simultanément, et que dans l'espace de trois semaines plus de deux cents personnes en moururent : les affections gangreneuses étaient fort communes en ce moment. J. Wyer {Obs. var., lib. i; Basil., 1567) observa aussi une épidémie meurtrière d'angines qui se joignirent à des pneumonies pestilentielles , à des pleurésies pernicieuses. En Espagne, au commencement du xvue siècle, cette maladie fit de nombreuses victimes. C'est à cette époque que parurent les écrits de Mercatus ( Consult. morb. complic. et grav. ; Franc, 1614, cons. 14), de Jean de Yillareal {De sign., caus. et curât, morb. suff., lib. n, in-4°; Complut., 1611), de François Perez Casales {De morbo garrolillo appellato , in-4° ; Madrid, 161 1 ), de Jean-Alphonse de Fontera tj)e ang. et garrotil. pueror., in-4" ; Complut., 1^11). L'angine est signalée dans ces ouvrages comme une affection tout à fait nouvelle et fort redoutable. A Naples, en 16J 0, François Nola en donna une description exacte {De epid. pldegm. anginosâ} Gras santé Neapoii, in-4°). Suivant Kurt
Sprengel {Hist. de la méd., trad. Jourdan, f 815, t. v, p. 537), cet auteur doit être considéré comme le premier écrivain qui se soit occupé de l'angine gangreneuse. Quoi qu'il ejn soit , cette maladie fixa généralement l'attention par les phénomènes graves dont elle se compliquait. Si l'on résume les différents travaux qui ont été entrepris à sou sujet, on arrive à cette conclusion touchant le pronostic : issue funeste, quand la prostration des forces est très-marquée au début, quand les extrémités sont froides, quand le pouls est faible, petit; si des défaillances surviennent par intervalle; si la face est œdémateuse, cadavéreuse, livide; si des ecchymoses viennent se mêler aux exanthèmes frappant la peau ; si des hémorrhagies excessives, une diarrhée putride, persistent durant quelques jours ; si enfin les ulcérations de la gorge sont livides et noires: entre le septième et le quatorzième jour mort. Terminaison salutaire, qui se fait pendant longtemps attendre, quand la tuméfaction et la rougeur du tégument disparaissent graduellement, quand l'épiderme fournit une desquamation plus ou moins considérable , quand le pouls se relève et revient régulier, quand le sommeil et l'appétit renaissent , quand les ulcères de la gorge se consolident.
Êtiologie. — L'angine gangreneuse règne ordinairement sous forme épidémique, rarement elle sévit sur quelques individus isolés. Cette circonstance doit être prise en considération ; car elle dénote clairement que l'angine gangreneuse n'est point simplement, comme on l'a dit , une forme particulière de terminaison des maux de gorge, se manifestant surtout à la suite des violentes inflammations. L'angine gangreneuse que nous avons décrite , survient presque toujours primitivement et en des circonstances qui lui sont propres.
Cette affection , au dire d'un grand nombre d'auteurs, parmi lesquels nous devons citer Marc-Aurèle Séverin , Huxham, Dubourg, Rudolphe Zaff, Raulin, Lepecq de la Clôture, Ramsey, Deumann, dont les travaux ont été analysés par M. Ozanam {Hist. méd. des épid., 1835, t. ni, p. 26 à 60 ), sévit plus particulièrement sur les enfants ; parfois elle frappe les jeunes gens, ainsi que Chomel et Saurez Luigi Barbosa l'ont noté {loc. cit., p. 41-59); enfin, en quelques circonstances , et sans doute durant les épidémies les plus graves , elle a affecté , sans distinction de sexe ni d'âge, tous les individus habitant une localité. Suivant M. Renauldin {loc. cit. , p. 1 32), ce sont principalement les enfants, les adolescents , les femmes, les tempéraments mous et lymphatiques , les individus affaiblis par des excès ou des maladies de long cours , qui paraissent exposés à contracter ce mal, tandis que les adultes, les hommes vigoureux, les tempéraments sanguins, y échappent communément. Forestus, Schenekius , Huxham , Barbosa , et d'autres patholo-
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gîstes, ont signalé l'état froid de la température, l'humidité de l'air , l'existence de brouillards épais, comme autant de phénomènes qui coïncidaient avec le développement de l'angine gangreneuse. En Sicile, Cortésius, qui observait l'épidémie de 1620, attribua ses ravages à une température plus chaude qu'à l'ordinaire , à la prédominance des vents du sud , et à un automne et un hiver très-variables ; mais il parait plus vraisemblable que la contagion fut apportée de Naples. Arétée (De sig. et caus. morb. acut., lib. i, cap. rx) attribuait à la sécheresse de l'air employé dans la respiration la fréquence des angines gangreneuses que l'on observait en Egypte et en Syrie ; il notait d'ailleurs d'autres circonstances qui pouvaient favoriser le développement de cette maladie, et qui consistaient surtout en une alimentation insalubre. Si certaines modifications dans la température de l'air président à la production des angines malignes , quelques localités doivent voir plus fréquemment cette maladie exercer ses ravages : elles se développent de préférence dans les contrées que parcourent les vents qui soufflent des marais, dans les vallées qui se trouvent renfermées entre de hautes montagnes, et où la température subit de nombreuses et brusques variations. Une autre cause des maux de gorge malins a été fréquemment invoquée par les auteurs : nous voulons parler de la contagion. Plusieurs exemples de ce mode de transmission ont été rapportés par les auteurs, et notamment par Cortésius, Fothergill et Barbosa. Suivant M. Renauldin, toutes les influences de nature débilitante doivent donner lieu à cette maladie.
Traitement. — Sauvages (Nos. méth. ; Venise, 1772, 1. 1, p. 258) établit de la manière suivante les indications thérapeutiques qu'il faut reconnaître dans l'angine gangreneuse : «Cura vergit ad corrigendam sanguinis putredinem per antiseptica calida , non tamen per salia alkalina. » On n'oserait point aujourd'hui tenir un semblable langage; mais l'expérience n'en conduirait pas moins à employer des moyens analogues à ceux que préconisait le célèbre nosologiste.
Sous le rapport du traitement, dit M. Renauldin (loc. cit., p. 1 35), l'angine qui nous occupe diffère de toutes les autres. En effet, la saignée, si utile dans celles-ci, est mortelle dans celle-là. Au commencement, on se trouvera très-bien de l'émétique, ou de l'ipécacuanha, qui dégagera simultanément l'estomac, l'œsophage et le pharynx de toutes les mucosités qui engorgent ces organes. On en réitérera l'administration suivant l'exigence des cas. On tiendra le ventre libre par des lavements. Après les secousses du vomitif, on tournera ses vues du côté des forces qu'il faudra sontenir avec des cordiaux, des potions toniques et aromatiques , des vins généreux. On s'opposera aux progrès de la gangrène au moyen des acides végétaux,
du camphre et surtout de l'écorce du Pérou , qui tst le meilleur des antiseptiques. Aux remèdes généraux qui, comme on voit, se rapportent à ceux dont on use dans les fièvres adynamiques, on fera succéder les soins que réclame l'affection locale, pour laquelle on prescrira des gargarismes composés, par exemple, avec décoction de quinquina, 8 onces; oximel simple , 1 once; alcool camphré, demi-once; muriate d'ammoniaque , 1 2 grains. Si le malade ne peut se gargariser, on dirigera avec une petite seringue la même liqueur sur les parties couvertes d'escharres gangreneuses, ou mieux, on les touchera avec un pinceau trempé dans un mélange d'acide sulfurique et de miel rosat (30 à 40 gouttes d'acide pour une once de miel). La chute des escharres laisse un ulcère que l'on détergera plusieurs fois par jour avec de l'eau d'orge miellée ou du lait. Mead conseille de scarifier les tonsilles en différents endroits et assez profondément, d'y appliquer ensuite du miel rosat, et de les laver souvent avec une décoction d'orge et de figues. Il avertit de pratiquer de bonne heure ces scarifications, et principalement avant que la gangrène ne soit développée et étendue, et qu'elle n'ait porté atteinte à la respiration. On retirera aussi beaucoup d'avantages de l'application des vésicatoires, soit alentour du cou, soit aux jambes, aux cuisses, ou en d'autres régions du corps, suivant les indications particulières.
La saignée n'a point été exclue par tous les auteurs du traitement de l'angine gangreneuse. Voici , sur ce sujet, les faits qu'établit M. Ozanam (loc. cit., p. 76) : «Forestus employa la saignée et les ventouses scarifiées dès le premier début dans l'épidémie de 1557. Sennert ne trouva utile que la saignée des veines ranines, dans celle de 1564. Rensner, dans celles de 1571 et 1587, loue aussi la saignée des ranines. Marc-Aurèie Séverin saignait à la jugulaire dans l'épidémie de Naples, en 1618. Huxham, dans celle de Plyniouth, en 1734 (il prescrivait ce moyen avec succès quand le mal de gorge était considérable, et qu'il y avait en même temps une grande difficulté de respirer ; cependant la saignée ne faisait point partie de sa médication ordinaire); Dubourg, à Figeac, en 1 745 ; Astrue, à Paris, la même année; Zaff, à Leyde, en 1746; Chomel, à Paris, en 1748; Raulin, en Guyenne, de 1742 à 1749; Garnier, à Paris, la même année, Guarin, à Vienne, en 1751; Daniel Langhaux, en Suisse, en 1752; Marteau, en Picardie, en 1755 et 1 759 ; Bisset, en Angleterre, en 1 760 ; Regnaut, dan» le Morvant, en 1 792, et Ramel, à La Ciotat, en 1 79% trouvèrent tous aussi la saignée utile dès l'invasion de la maladie; quelques-uns préférèrent celle à la jugulaire.
«Nous ne trouvons dans les épidémies dont l'histoire nous est connue, que celles de 1650, 1/25; de 1746, décrite par Fothergill; de 1755, par Richter?
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efde 1757, par Bergius, dans lesquelles il n'est pas /ait mention de la saignée, ou bien où elle a été jugée nuisible. »
De cette revue historique, M. Ozanam conclut que, en général, la saignée modérée, et surtout celle de la jugulaire , convient au début de la maladie , à moins qu'il n'y ait une prostration extrême des forces.
Peut-être les analyses présentées par M. Ozanam ne sont-elles point assez détaillées pour entraîner une grande conviction touchant l'efficacité de la saignée dans le traitement de l'angine gangreneuse à son début.
La diarrhée constitue souvent un des accidents les plus graves de la maladie; aussi a-t-on généralement recommandé de la combattre avec persévérance. Les préparations aromatiques réussissent très-bien ; elles peuvent être associées aux excitants dif fusibles, comme l'alcool, les teintures de cannelle, le punch, etc. A ces agents médicamentaux , on pourrait ajouter les calmants, les narcotiques, les opiacées qui triomphent si rapidement des flux intestinaux.
Si la prostration survient dans le début avec une grande intensité , il faut sans hésitation recourir aux moyens réputés toniques, et même aux excitants. Ainsi le vin généreux, les infusions de menthe, de sauge , de romarin , la décoction de quinquina , que l'on acidulé par l'addition de quelques gouttes d'acide sulfurique, ou que l'on aiguise avec le chlorure de calcium , de sodium à la dose de un grain et demi par chaque once de véhicule , peuvent dissiper en partie cette fâcheuse disposition.
Contre les hémorrhagies , les boissons froides , acides, seront administrées. Des révulsifs seront fréquemment portés à la surface tégumentaire ; les rubéfiants, sous toutes les formes, peuvent produire ici d'excellents résultats.
Dans les cas fréquents où l'angine gangreneuse se manifeste durant le cours d'un exanthème cutané , il faudra surveiller avec soin la marche de cette éruption, car, ainsi que les auteurs l'ont généralement mentionné , il arrive souvent que l'affection cutanée disparaît tout à coup. Cet accident semble coïncider avec un accroissement dans la gravité du mal, dès lors il est nécessaire de le combattre. Pour arriver à ce résultat, on a recommandé l'emploi des bains chauds, des rubéfiants; si par intervalle l'exanthème paraissait et disparaissait successivement , on pourrait le fixer en quelque sorte à la peau par l'application de vésicatoires nombreux dont on entretiendrait la suppuration.
Tels sont les différents moyens qu'il convient de mettr* en usage contre l'angine gangreneuse. Si la convalescence de cette maladie se prononce avec avantage, le malade sera soumis à l'action d'autres modificateurs que ceux auxquels il est habituellement
exposé. Le changement d'habitation, un petit voyage, une alimentation réparatrice , des frictions à la peau , et tous les moyens capables d'activer un peu les fonctions d'assimilation , seront en ce cas parfaitement indiqués.
Nature et classification dans les cadres nosologiques. — Quelques auteurs ne voient dans l'angine gangreneuse, que la terminaison d'une phlegmasie fort intense ayant affecté la région du gosier. Ces auteurs négligent à tort , suivant nous , de tenir compte des travaux qui ont été publiés sur le mal qui nous occupe; s'ils voulaient les consulter, ils verraient évidemment que cette maladie ne se prononce pas avec un ensemble de phénomènes inflammatoires, mais que loin de là, elle revêt communément une toute autre forme.
M. Bretonneau et ses adhérents ont combattu cette opinion ; ils n'ont vu dans la maladie dont il est question, qu'un mode inflammatoire très-particulier. Voici du reste textuellement exposée la conclusion à laquelle est arrivé le médecin de Tours {Traité de la diphthérite, 1826, p. 41) : « Cette rougeur de la membrane muqueuse, sans épaississement de tissu, si superficielle, et qui cependant s'accompagne d'une exsudation concrète si abondante et si remarquable , me paraît , je l'avoue, un mode inflammatoire très-particulier.
«Je ne dirais pas toute ma pensée, si je n'ajoutais que je vois dans cette inflammation couenneuse une phlegmasie spécifique , aussi différente d'une phlogose catarrhale que la pustule maligne l'est du zona; une maladie plus distincte de l'angine scarlatineuse , que la scarlatine elle-même ne l'est de la petite vérole ; enfin , une affection morbide sut generis, qui n'est pas plus le dernier degré du catarrhe , que la dartre squameuse n'est le dernier degré de l'érysipèle.
« Dans l'impossibilité d'appliquer à une inflammation spéciale aussi tranchée un seul des noms impropres qui ont été donnés à chacune de ses nuances, qu'il me soit permis de désigner cette phlegmasie par la dénomination de diphthérite. »
Mais à lire les recherches de M. Bretonneau on voit clairement que, bien qu'il ait confondu dans la même description et sous la même dénomination l'angine gangreneuse et la diphthérite, il existe cependant entre ces deux maladies une grande différence, et cette différence , nous l'avons , ce semble , suffisamment établie en traitant du diagnostic de l'angine gangreneuse.
Sans doute frappé par le fait que nous signalons , M. Guersent, qui, d'ailleurs, s'est associé aux opinions de M. Bretonneau, hésite néanmoins à parler absolument comme lui , mais enveloppe sa pensée par une série d'affirmations et de négations qui nuisent évidemment à toute précision de langage. 11 avoue que , dans quelques cas d'angines pseudo-membraneuses épi-
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démiques, il y a tendance à la véritable gangrène, état qui dépend lui-même d'une disposition générale typhoïde qui caractérise spécialement ces épidémies graves. M. Guersent s'empresse du reste de les rattacher toutes à une éruption de scarlatine, ce qui le dispense d'en donner la description (voyez Die t. de méd.J2eéi.: t. m, p. 126).
M. Roche (Dict. de méd. et de eh. prat., t. n, p. 554), ne se contente pas d'admettre, avec M. Bretonneau, l'existence d'une phlegmasie sut generis; il trouve sans doute peu satisfaisante cette manière d'expliquer les accidents pathologiques de l'angine couenneuse, ou pseudo-membraneuse , et comme nous l'avons rappelé plus haut, il rattache, par une dissertation fort ingénieuse, les principaux phénomènes de l'angine couenneuse à une hémorrhagie de la membrane du gosier.
Cette lutte engagée depuis longtemps entre des hommes dont on ne saurait nier le mérite prouve grandement la difficulté du sujet. Il y a, suivant nous, une distinction à établir entre l'angine gangreneuse et la diphthérite ; cette distinction , nous l'avons motivée, et si pour le moment nous ne nous prononçons pas sur la nature de l'angine diphthéritique, au moins devons-nous préciser l'essence de la maladie que nous venons de décrire. Or nous pensons que cette affection est évidemment gangreneuse.
En traitant de la gangrène, M. Andral {Précis d'anat. path., 1. 1, p. 193) s'exprime en ces termes : « Il est plus d'un cas où l'ulcération ne saurait être considérée comme le simple résultat d'une affection locale; comme beaucoup d'autres lésions de circulation , de nutrition ou de sécrétion , elle n'est qu'un des modes de manifestation d'un état morbide général , dont l'existence se révèle par les lésions locales les plus diverses sous le double rapport de leur siège et de leur nature apparente. » Lobstein(7V«/£é d'an, path., t. i, p. 291) est plus explicite que M. Andral. Il dit, en parlant du même sujet : «Je crois que c'est le sang qui éprouve le premier la fâcheuse influence qui le dénature; que c'est par lui que la mort commence, pour se communiquer ensuite aux solides avec lesquels ce fluide est en contact. »
Nous pensons que M. Andral et Lobstein ont parfaitement établi , dans ces deux passages , les circonstances qui président au développement de l'angine gangreneuse. Si l'on analyse, en effet, les influences qui semblent avoir favorisé le développement de l'angine gangreneuse , qui jetaient l'organisme dans un état évident de débilité; si l'on apprécie que souvent cette maladie survenait durant le cours de ces exanthèmes fébriles qui émanent évidemment d'une altération grave, portant sur l'organisme tout entier, et certes différente de la diathèse inflammatoire ; si l'on se rappelle l'apparition sous forme épidémique
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de l'affection qui nous occupe, l'âge des sujets qui subissaient l'influence de ce mal pestilentiel, la forme symptomatologique qu'il affectait durant sa manifestation , et que l'on a qualifiée par l'épithète typhoïde, l'altération que semblait éprouver alors le sang en circulation ; si l'on étudie dans les auteurs les altérations profondes, évidemment gangreneuses, ayant toutes l'apparence d'escharres, entraînant des ulcérations multipliées de la membrane muqueuse, des voies digestives sus-diaphragmaliques , les lésions coexistantes que présentaient d'autres organes ; si l'on songe enfin au mode de traitement qui fut presque généralement adopté , en quelque pays que ce soit , tant, sans doute, l'indication thérapeutique était évidente, on se rangera de notre avis, et l'on admettra que l'affection précédemment décrite n'est qu'une altération secondaire des fosses gutturales, qui se manifeste comme l'expression locale d'un état morbide constitutionnel, et que cette altération est de nature gangreneuse.
Sauvages a mentionné les maux de gorge malins dans sa classe troisième des phlegmasies , dans l'ordre troisième des phlegmasies parenchymateuses , au paragraphe xx , sous le nom de Cjnanche maligna , gangrœnosa. La plupart des auteurs on donné l'histoire de cette maladie en traitant de l'angine; cependant quelques-uns pensent que l'on devrait la rattacher à l'étude de la scarlatine.
Historique et bibliographie. — Il y aurait sans doute beaucoup de difficultés à attribuer à Hippocrate les premières opinions émises au sujet de l'angine gangreneuse. On a cité cependant un passage (Progn., sect. m, n° 26) qui pourrait faire supposer que le vieillard de Gos a eu connaissance de cette maladie ; mais ce ne serait jamais que par une interprétation forcée , toute complaisante en faveur de cette manière de voir, que l'on appuierait un tel rapprochement; et nous abandonnons à d'autres ce travail pénible. Arétée, de Cappadoce (De sig. et caus. acut. morb., lib. i , cap. i ) , a tracé les principaux traits de cette maladie. Il s'exprime ainsi à ce sujet : «Parmi les ulcères qui attaquent les amygdales, il y en a qui sont en quelque sorte familiers et d'une nature douce et bénigne. D'autres, qui ont quelque chose d'étranger, de pestilentiel, et qui tuent. Les premiers sont purs, petits, superficiels , sans douleur et sans inflammation. Les seconds sont larges, creux, sordides, et forment une concrétion blanche, ou livide, ou noire.... Cette concrétion porte le nom d'escharre : elle est environnée d'un rouge vif, avec inflammation et tension des veines, comme dans le charbon Ces ulcères sont extrêmement communs en Egypte ; l'air qu'on y respire est très-sec, la terre y produit beaucoup de légumes, de semences et de racines acres, dout les habitants se nourrissent ; l'eau du Nil leur fournit une boisson
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(rouble.... La basse Syrie abonde aussi en ulcères de cette espèce , ce qui leur a fait donner le nom d'ulcères égyptiens et syriens. Le genre de mort que causent ces ulcères est tout à fait déplorable...» Ici Arétée entre dans des détails remarquables sur les principaux accidents qui caractérisent le cours de celte maladie, et dans cette description il dépeint, avec toute l'élégance et la précision qui lui sont habituelles, les phénomènes qui caractérisent le cours des ulcères des amygdales ou des paristhmies. Cœlius Aurelianus (Acut. morb., lib. ni , cap. i et u ) décrit l'affection connue sous le nom de synanche , et caractérise avec soin ses principales terminaisons ; mais on peut dire qu'il ne présente rien qui puisse être positivement rapporté à l'angine qui nous occupe. Suivant M. Ozanam (loc. cit., p. 26) et d'autres auteurs, Aétius d'Amide aurait traité avec détails des maux de gorge gangreneux (Tetrab. II, serm. iv, c. xlvi, col. 397) : nous n'avons pas encore vérifié celte citation. Ce qu'il y a de certain , c'est que , depuis lors , les médecins latins et arabes n'en firent aucune mention : il est probable qu'à cette époque ils songeaient plus à des discussions scolastiques , aujourd'hui sans valeur , qu'à des faits scientifiques dont nous avons à regretter l'absence. Pierre Forest ( loc. cit. ) décrit avec quelque précision un mal de gorge épidémique qui régna à Alkmaèrt, en Hollande, au mois d'octobre 1557, et, dont il fut lui-même atteint. J. Wyer (loc. cit.) observe une maladie analogue à Bâle , en Suisse, en 1565; cette affection compliquait d'ailleurs d'autres accidents pathologiques à forme pestilentielle. En 1610, François Nola (loc cit.) donne une description exacte de la maladie qui alors même régnait épidémiquement à Naples. Cette même année, l'angine gangreneuse ravageait aussi la Castille. Jean de Villaréal (loc. cit.), François Perez Casales (loc. cit.), îa regardèrent comme une maladie nouvelle ; ils lui donnèrent le nom espagnol de garrolillo. Peut-être alors était-elle fréquemment compliquée par le croup. Cependant le mal reparut dans les États napolitains ; les médecins se livrèrent à de nouvelles recherches , et Marc-Aurèle Séverin ( loc. cit.) publia sur ce sujet un travail intéressant qui doit être considéré comme un commentaire , basé sur l'observation des faits , depuis longtemps émis par Arétée. A lire les recherches de Séverin , il est impossible de révoquer en doute le caractère gangreneux de l'affection qu'il observa. Nous ne pouvons mentionner ici tous les ouvrages qui ont trait à la forme particulière d'angine dont nous traitons. On trouvera dans le travail de J ean Fothergill (On tlie soie throat altcnded with ulcers, 1788, London) un extrait sommaire des principaux travaux entrepris jusqu'au moment de la publication de l'ouvrage ; dans l'histoire de la médecine de Kurt Spengel (loc. cit.), dans le traité de la diphthérite de M. Bre-
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tonneau , dans le mémoire de M. Deslandes , dans l'ouvrage de M. Ozanain, et en d'autres écrits, une indication bibliographique détaillée , et une analyse plus ou moins complèle des principales recherches entreprises à ce sujet.
Prenant en considération la nature de ce livre, nous ne saurions accorder plus de développements à cette revue historique et bibliographique , que chacun peut éiudier aux différentes sources que nous venons d'indiquer. En terminant , nous nous bornons à rappeler que , dans le dessein d'établir sans doute plus facilement la prééminence de certaines opinions, on a tronqué en quelques ouvrages les citations empruntées à différents auteurs, ce qui pourrait mettre en doute sur leur véritable manière de penser. ( Pour compléter ce qui a été dit au sujet de l'angine gangreneuse , nous engageons le lecteur à consulter les articles Croit et Diphthérite.)
ANGINE GUTTURALE, s. f. Angina faucium.
Jsthmilis , parislhmitis. Palatite. Angine simple.
Définition. — On n'est point encore fixé sur la valeur du mot Angine gutturale. Pinel ( Nos. phil., t. u, p. 174), établissant le siège de cette maladie, s'exprimait ainsi : L'angine gutturale s'étend au voile du palais, aux amygdales, à la luette, et souvent aussi sur les parois du pharynx ; et , sous cette dénomination , il comprenait toutes les formes d'angine qui sont susceptibles d'affecter le canal alimentaire. M. Rostan (Cours de fnë'd. clin., t. u , p. 426) et Bois 'eau (Nos. org., t. i,p. 124), approuvent cette manière de voir. Ils ne pensent pas qu'il soit bien nécessaire, pour la pratique, d'envisager à part une multitude d'affections qui se confondent le plus souvent. Cependant, pour obéir à une loi que nous nous sommes imposée, pour multiplier les types pathologiques , afin d'en présenter les caractères en un article peu volumineux, nous indiquerons, avec MM. Roche (Dict. de méd. et de ch. ]>rat., t. xn , p. 4 3 1 ), Chomel et Blache (Dict. de méd., 2e éd., t. m , p. 107 ), les principaux traits de l'angine gutturale , de celte phlegmasie qui a son siège dans la membrane muqueuse qui revêt l'isthme du gosier, le voile du palais , ses piliers et les amygdales.
Divisions. — L'angine gutturale est aiguë ou chronique, simple ou compliquée d'une affection exanthématique, comme la rougeole, la scarlatine, pustuleuse comme la variole ; elle revêt parfois la forme diphthéritique , ulcéreuse , etc.
Altérations pathologiques , symptomatologie. — Il est assez rare que l'on retrouve après la mort les traces de l'angine gutturale, d'abord parce que cette maladie n'entraîne jamais par elle-même une si fâcheuse terminaison, puis, parce que la rougeur, le gonflement , disparaissent souvent dès que le sujet a cessé d'exister. Lorsque les traces de cette phlegmasie persistent, elles constituent delà rougeur, du gonfle-
ment, des ulcérations, de la suppuration , etc. Ces altérations pathologiques peuvent d'ailleurs être toujours appréciées pendant la vie.
Aussi l'étude des lésions qui caractérisent cette maladie se confond-elle avec l'appréciation de ses principaux symptômes. La simple inspection des parties qui constituent l'arrière-bouche suffit au diagnostic de l'angine gutturale. La bouche du malade doit être largement ouverte, dirigée vers un jour assez éclatant, la base de la langue déprimée par le doigt, une spatule ou le manche d'une cuillère, alors on voit la membrane muqueuse du voile du palais et de ses piliers rouge et gonflée, la luette allongée, pendante, œdémateuse , qui repose quelquefois sur la base de la langue. Parfois la rougeur est uniforme , comme dans les cas de phlegmasie simplement érylhémateuse ; elle apparaît encore sous l'apparence d'un pointillé, qui résulte non-seulement d'une concentration de la rougeur en quelques points isolés, mais encore d'une légère tuméfaction qui porte plutôt sur certaines parties que sur telles autres. Dans la rougeole, la scarlatine et la variole, l'examen du voile du palais dénote des altérations analogues à celles que subit alors le tégument extérieur. Quoi qu'il en soit, la surface enflammée présente, à des degrés différents , de l'humidité , de la sécheresse , des concrétions de mucus, des fausses membranes plus ou moins épaisses et tenaces, des ulcérations de formes variées.
Les malades éprouvent de la chaleur, de la sécheresse , un sentiment de gêne et de douleur vers les parties affectées. La déglutition des corps liquides surtout est extrêmement difficile, la salive afflue dans la cavité de la bouche , et en est expulsée par un acte de crachement qui se répète à de courts intervalles. La luette, qui repose sur la base de la langue, occasionne en ce point un chatouillement incommode, de fréquents mouvements de déglutition qui ajoutent encore à la souffrance. Parfois cette situation insolite de la luette détermine des nausées et une toux particulière connue sous le nom de toux gutturale, qui ne laisse pas que d'être douloureuse. La langue est recouverte dans toute son étendue , mais surtout à son milieu et à sa base , d'un enduit limoneux , jaunâtre, fort tenace et fort épais ; quelquefois elle est un peu rouge à son limbe , les papilles en sont rarement développées. Le malade accuse un goût pâteux, fade, amer , désagréable de la bouche ; son haleine est plus ou moins fétide, quelquefois infecte. La voix est nasonnée, en raison du gonflement des parties. A un degré assez avancé , on voit fréquemment les boissons refluer par les fosses nasales. Alors encore la bouche est le siège d'une exhalation muqueuse fort abondante; le plus souvent les amygdales prennent part à la phlegmasie, se tuméfient, et entraînent les accidents qui ont été décrits ailleurs (voy. Amygdalite).
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Assez rarement l'inflammation acquiert un degré si avancé, qu'elle se termine par suppuration. Cependant on a vu le voile du palais être le siège d'une collection purulente qui se forme d'ailleurs avec assez de rapidité ; d'autres fois les piliers ont présenté une altération analogue. On voit survenir, comme coïncidence avec celte terminaison de l'angine gutturale, une sécrétion très-abondante de mucus et de salive filante ; en ce moment encore il arrive quelquefois que les mâchoires ne peuvent être écartées , tant la douleur est grande. Ces divers accidents suffisent, suivant M. Roche (loc. cit., p. 432), à faire diagnostiquer une palatite avec formation de pus.
Rarement l'angine gutturale se complique d'accidents généraux , de réaction fébrile intense. Quelquefois à son début se manifestent des frissons, un peu de fièvre, de la céphalalgie , de l'abattement, un peu de soif, de la courbature; mais ces phénomènes cèdent, en général, avec une grande rapidité, et ne se prolongent point , à moins de complication durant le cours de la maladie.
L'angine gutturale, avons-nous dit, se manifeste à Y état chronique. Cette forme n'est point aussi rare que l'on pourrait le supposer : tantôt elle est primitive, tantôt consécutive, ce qui n'influe pas au reste notablement sur les altérations anatomiques qui la caractérisent. Tantôt des vésicules plus ou moins nombreuses , ayant rarement plus de cinq à six lignes de longueur, se dessinent sous la membrane muqueuse du voile palatin , qui apparaît d'un rouge assez vif, ou se montre d'un rouge violacé bleuâtre; tantôt des taches brunâtres , livides, foncées, recouvrent les piliers de l'isthme du gosier; quelquefois encore cette région de l'arrière-bouche est comme tachetée par de petites plaques rouges ou par un pointillé de vésicules qui hérissent sa surface et la rendent inégale à la vue comme au toucher. A ces accidents se joignent quelques troubles fonctionnels qu'il faut analyser ici. Lorsque vient le soir, par un temps chaud et sec, il se manifeste un peu de chaleur et d'aridité vers le gosier ; le parler est alors douloureux et quelquefois modifié par un peu d'enrouement ; pendant l'acte de là déglutition les malades se plaignent en ce moment d'éprouver de la gêne et quelque douleur à l'isthme du gosier. Rarement de la fièvre se joint à ces accidents, qui subissent communément un paroxysme à la suite des excès de l'intempérance et par les changements qui surviennent dans l'état de l'atmosphère.
L'angine gutturale aiguë suit ordinairement avec rapidité toutes ses périodes : en quelques heures, au plus en quelques jours , elle a atteint son plus haut degré d'intensité; et, n'observant que pendant un temps cours, l'état stationnaire, elle marche promptement vers la résolution.
Il n'en est point de même de cette maladie à l'état
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chronique : elle se manifeste sous les influences les moins graves en apparence ; elle cède bientôt, pour reparaître encore à des intervalles assez rapprochées. Les .sujets sur lesquels elle sévit ont presque continuellement à se plaindre de cette incommodité, qui les fatigue ainsi quelquefois durant de longues années. Cependant il est bien rare que cette légère affection présente jamais quelque gravité , et si l'angine gutturale chronique commande l'emploi d'une médication active, c'est qu'elle cède rarement tout à fait pour ne plus reparaître.
Un à deux septénaires suffisent à la guérison de l'angine gutturale aigué, tandis que la palatite chronique se prolonge quelquefois pendant plusieurs mois , et même durant plusieurs années.
La résolution est le mode de terminaison ordinaire de cette maladie quand elle sévit avec acuité ; la suppuration , l'ulcération , la gangrène ne signalent ses dernières périodes qu'en des cas fort peu nombreux. On voit parfois cette maladie entraîner le développement de l'une des dégénérescences qui caractérisent l'état chronique ; alors on la voit pendant longtemps apparaître sous l'influence de la cause la plus légère, et ce n'est que par une médication sagement dirigée et une observation sévère des lois de l'hygiène, que les sujets affectés peuvent se débarrasser de leur mal.
Assez fréquemment l'angine gutturale précède, suit, ou accompagne l'amygdalite. Cette complication constitue la tonso-staphylite de M. Broussais ( Cours de path. et de thér. gcn., t. i, p. 369; 1834), qui se présente sous deux formes : l'une inflammatoire , sans supersécrétion, purement membraneuse ou phlegmoneuse , l'autre exsudative. Dans ce dernier cas , suivant l'auteur cité ( p. 376 ), les follicules muqueux particulièrement sont le terme de l'irritation et le centre de la fluxion. Nous ne croyons pas devoir insister sur l'étude de cette complication, que l'on se représentera facilement en rapprochant les caractères principaux de 1' Amygdalite (voyez ce mot) de ceux de l'angine gutturale. Il est d'autres complications qui peuvent survenir accidentellement , et qui, à ce titre , méritent seulement d'être énumérées. Parmi celles-ci nous mentionnerons la complication avec 1' Angine gangreneuse (voyez ce mot), le Group (voyez ce mot), la Syphilis {voyez ce mot).
Il est toujours assez facile de reconnaître l'existence de l'angine gutturale; cette maladie sévit, en effet, sur des parties qui sont accessibles à la vue , et dont l'exploration peut être fréquemment pratiquée. Si le malade se prêtait difficilement à un semblable examen, on pourrait user d'un spéculum oris. Cet instrument écarte graduellement les mâchoires en même temps qu'il déprime la langue. Billard (loc. c/7.,p. 276) s'exprime ainsi au sujet du diagnostic de l'angine gutturale : «Il sera difficile de reconnaître quel-
quefois l'inflammation de ces parties chez les enfants naissants, puisqu'elles se présentent ordinairement dans un état de congestion dont l'aspect a la plus grande ressemblance avec la rougeur inflammatoire ; cependant il est possible , dans ce cas , d'aider son diagnostic des considérations suivantes.
« On sera porté à regarder comme inflammatoire la rougeur de l'isthme du gosier et du pharynx chez les enfants à la mamelle, 1° lorsque la durée de cette rougeur dépassera le terme ordinaire de sa disparition, dix ou douze jours , par exemple ; 2° lorsque, au lieu d'être étendue uniformément sur tous les points de la gorge , elle n'en occupera que des points isolés ; 3° lorsque l'enfant refuse le sein de sa nourrice, avale avec difficulté ce qu'on lui fait boire, ou lorsqu'on voit sa physionomie exprimer la gêne ou la douleur pendant qu'il avale , lorsque le cou est tendu et douloureux au toucher ; 4° lorsque enfin on rencontrera cette rougeur à une époque où elle n'est plus un état naturel. »
L'angine gutturale est une affection peu redoutable : elle n'entraîne jamais , lorsqu'elle se manifeste à l'état de simplicité, le moindre accident redoutable. Quelquefois , surtout quand elle revêt la forme diphthéritique, elle apparaît comme signe précurseur d'une maladie qui peut entraîner la mort en un temps court; aussi mérite-t-elle toujours de fixer l'attention du médecin. L'angine gutturale chronique constitue un accident fort incommode. Il faut la surveiller soigneusement, la combattre avec persévérance, à l'effet d'en obtenir la complète résolution, ce qui bien souvent nécessite une attention soutenue , et des soins multipliés.
Étiologie. — Les causes de l'angine gutturale sont semblables à celles de l'amygdalite, au moins pour la plupart. Parfois cette maladie règne à l'état épidémique. M. Mayenc (Bull, de la Fac. de méd., 1819 n° 6) a eu occasion de l'observer, en 1818, dans l'arrondissement de Gordon. C'est le plus souvent au printemps , et lorsque les changements brusques dans la température atmosphérique se montrent fréquemment, que cette affection sévit sur un grand nombre d'individus. Le froid humide, le refroidissement du corps, lorsqu'il est en sueur, le froid des pieds l'accroissement subit et considérable de la chaleur atmosphérique, uni à une augmentation dans l'humidité, telles sont les influences générales qui paraissent surtout favoriser le développement de l'angine gutturale. La maladie qui nous occupe attaque indifféremment tous les âges et les personnes de l'un et de l'autre sexe ; cependant elle se montre fort commune chez les jeunes gens et chez les individus à système sanguin très-développé. Suivant Billard (Traité des mal. desenf. nouv.-ncs; 1 833, p. 2 7 6), l'inflammation du voile du palais ou palatite est très-fréquente chez les enfants naissants. Elle est simplement érythéraa-
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teuse, ou bien elle s'accompagne de l'altération de sécrétion qui constitue le muguet. Elle succède presque toujours , dans ce cas , à la stomatite , qui s'étend souvent, par continuité du tissu , jusqu'aux piliers du voile du palais et à la luette. Parmi les causes occasionnelles ou déterminantes, nous devons mentionner l'ingestion brusque d'un liquide glacé ou brûlant, irritant, caustique, qui, au moment de la déglutition, se met en contact immédiat avec la membrane muqueuse qui revêt le voile du palais. Parfois encore la respiration d'un gaz excitant, tenant en suspension des molécules irritantes, peut occasionner l'angine gutturale. On a vu fréquemment cette maladie compliquer les accidents qui résultent de l'introduction dans les voies digestives de certaines préparations vénéneuses qui corrodent les tissus.
Lorsque le mal se manifeste sous forme chronique , l'influence la moins nuisible en apparence entraîne la récidive des accidents pathologiques. Un léger excès de table, l'usage de boissons alcooliques, l'action de la fumée du tabac, le plus léger refroidissement occasionnent de nouvelles douleurs, uue déglutition plus difficile.
Traitement. — L'angine gutturale simple se dissipe spontanément dans le plus grand nombre des cas : cependant, il y aura toujours de l'avantage à combattre cette maladie par des moyens appropriés. C'est surtout dans le but de dissiper la fluxion sanguine qui s'effectue à l'isthme du gosier , que le traitement de cette maladie doit être dirigé. Pour arriver à ce résultat, trois médications différentes se présentent : la première, qui produit une perte de sang plus ou moins abondante : c'est la médication antiphlogistique; la seconde, qui, agissant sur le lieu même du mal, diminue la congestion, en rappelant une tonicité plus active dans les vaisseaux qui parcourent cette région : c'est la médication par les résolutifs , les astringents; la troisième, qui appelle vers des organes plus ou moins éloignés une fluxion analogue à celle qui s'effectue vers la gorge : c'est la médication révulsive.
Ces moyens seront employés tantôt simultanément, tantôt isolément, suivant les cas.
Si l'angine gutturale est franchement inflammatoire , survient chez un sujet jeune, pléthorique, et comme expression d'un état général inflammatoire, les émissions sanguines sont parfaitement indiquées. Une ou deux saignées générales , pratiquées au bras ou au pied, des sangsues à l'anus, favorisent singulièrement la résolution des accidents. M. Broussais (loc. cit., p. 3 7 3) recommande l'application de ces annélides autour du cou, disant qu'en agissant ainsi à la première apparition du mal , on parvient facilement à l'entraver dans sa marche. On sait quelles objections M. Chauffard {Arcb. gén. de méd., t. xxviii, p. 315) a adressées à cette médication. On seconde l'action des
émissions sanguines qui toujours sont proportionnées à l'âge, à la force du sujet, à l'intensité de son mal, par l'administration de quelques boissons mucilagineuses, émollientes, acidulés, comme l'infusion de fleurs de mauve , de bouillon-blanc , de coquelicot , comme la décoction d'orge perlé avec addition de sirop de groseilles, de mûres; par la diète, le repos dans un appartement tenu à une douce température; par l'usage de gargarismes ou de collutoires, dans la composition desquels on fait entrer les mêmes agents médicamenteux qui sont employés sous forme de tisane; par l'inspiration de vapeurs aqueuses, émollientes à une douce température; enfin par l'application autour du cou de cataplasmes émollients, faits avec la farine de graines de lin , et la décoction de racine de guimauve , par des fomentations analogues. Ces deux derniers moyens offrent, suivant nous, l'inconvénient grave de permettre le refroidissement des parties latérales du cou, ce qui ajoute nécessairement àla congestion qui s'opère vers les parties profondes. Par le traitement que nous venons d'indiquer, on triomphe presque toujours de l'angine gutturale franchement inflammatoire. 11 serait possible, cependant, que, en vertu de quelques complications ou d'un retard apporté dans l'administration de ce remède , la maladie persistât. Dès lors , il ne faudrait pas négliger d'employer la médication dérivative et révulsive. Bien souvent même on a recours , dès les premiers symptômes de l'angine gutturale, à l'emploi de ces moyens.
Les pédiluves excitants , faits avec la farine de moutarde, l'acide hydrochlorique , le sel marin, la décoction de cendres de bois , etc., sont presque généralement prescrits en cette occurrence ; souvent encore on fait usage de cataplasmes chauds, que l'on applique aux jambes, et dont on peut rendre l'action plus énergique par l'addition d'une certaine quantité de farine de moutarde. Des lavements , rendus laxatifs, par l'addition du miel de mercuriale (à la dose de deux onces), du sirop de nerprun (à la même dose), de l'huile de ricin tenue en suspension par un jaune d'œuf ( à la dose d'une once et demie ou deux onces), de l'huile d'amandes douces en même quantité , quelquefois même tout à fait purgatifs , surtout s'il y a constipation opiniâtre , et alors composés de décoction de follicules de séné (deux gros pour huit à dix onces d'eau) , de pulpe de casse , de tamarin (une à deux onces pour la même quantité de véhicule); à laquelle on ajoute, en dissolution, le sulfate de soude , de magnésie , le sous-phosphate de soude ( de une once à deux), sont parfaitement indiqués encore. Mais ces moyens révulsifs pourraient encore ne pas suffire : alors on ferait usage de boissons laxatives , comme le sérum du lait tenant en dissolution , pour uue pinte, un grain à deux de tartre stibié , l'infusion de pétales de roses pâles , auquel on ajoute de un à
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deux gros de crème de tartre soluble , édulcorée avec le sirop de fleurs de pêcher, la solution de manne en sorte dans du lait coupé , de la décoction d'orge ou tout autre véhicule, etc.
Faut-il user des vomitifs dans le traitement de l'angine gutturale? M. Roche (loc. rit,, p. 435) traite cette question avec quelques développements utiles en pratique. Nous transcrirons textuellement ce qu'il dit à ce sujet : « L'émétique a été employé avec succès au début des palatites même intenses ; on le recommandait surtout dans celles qui étaient accompagnées des symptômes de l'embarras gastrique et de l'angine bilieuse des auteurs , et dans ces cas , en effet , il produisait de rapides guérisons. Après de longues hésitations, nous nous sommes décidé à suivre cette pratique, et nous en avons plus d'une fois obtenu des résultats avantageux et immédiats. En cherchant à nous rendre compte des bons effets de l'émétique dans ces cas où nous supposions l'estomac irrité , et dans lesquels ce médicament aurait dû par conséquent nuire, il nous a semblé que ces prétendus symptômes bilieux , d'embarras ou d'irritation gastrique , n'étaient que des effets tout naturels de l'irritation locale de la bouche, îl nous a paru évident que les nausées et les envies de vomir dépendaient du prolongement de la luette et de sa chute sur la base de la langue ; que le mauvais goût de la bouche était l'effet de l'irritation communiquée à toute la membrane muqueuse qui tapisse cette cavité, par la portion palatine enflammée de cette même membrane; enfin, que l'enduit jaunâtre qui recouvre la langue était l'effet direct de cette même irritation, comme il en est l'effet indirect lorsque l'estomac est enflammé. Nous avons été confirmé dans cette manière de voir, en remarquant que ces symptômes ne sont accompagnés ni de soif, ni de douleur, ni de chaleur épigastrique , ni d'accélération du pouls , ni d'accroissement de la chaleur générale , tandis que ces phénomènes existeraient inévitablement si l'estomac était irrité; et nous nous sommes expliqué de la sorte l'innocuité et les bons effets de l'émétique en pareil cas.
«Il faut bien prendre garde, toutefois, de ne pas commettre de méprise, et l'on ne doit administrer cet agent que dans l'absence bien constatée des symptômes d'irritation gastrique que nous venons d'énumérer; il faut s'en abstenir chez les sujets nerveux, irritables , maigres , et, dans les cas douteux , lui préférer les moyens antiphlogistiques , dont aucun inconvénient sérieux ne peut suivre l'emploi.»
Sans adopter complètement l'opinion de M. Roche, qui rattache l'état saburral de la langue à une irritation inflammatoire siégeant dans la cavité buccale, et qui motive ainsi sa condescendance à l'égard des vomitifs, pour le traitement de l'angine gutturale, nous acceptons les indications telles qu'il les a posées , et
nous pensons qu'elles doivent guider le praticien dans l'administration de ces médicaments.
L'emploi des résolutifs et des astringents semble tout naturellement indiqué dans les cas où la maladie tend à se prolonger sous forme chronique. Alors les phénomènes de réaction générale ont disparu , la maladie est en quelque sorte concentrée vers la gorge, et c'est en ce point surtout qu'il convient de la combattre. Il faut dire cependant que l'emploi des résolutifs et des astringents peut amener d'heureux résultats avant même que les accidents de l'inflammation se soient localisés. Arétée , Celse , Paul d'Égine , se sont accordés sur les avantages que l'on retire de l'emploi de l'alun dans le traitement de l'angine. Ce médicament faisait partie du remède spécifique de Zobel (Hoffmann, Med. rat; Magdeb., 1729, t. îv, part. 1, p. 400) contre cette maladie : porphyrisé et insufflé au fond de la gorge, il contribua généralement à la guérison d'angines que traitait M. Laennec, de Nantes. M. Veîpeau, dans un travail lu à l'Académie des sciences, le 16 mars 1835 , recommande l'emploi de cet astringent au début même de l'affection. La poudre d'alun doit être portée plusieurs fois par jour avec le doigt sur les parties enflammées. Mais l'alun seul n'est point appelé à réussir en pareil cas ; la plupart des astringents peuvent être employés avec avantage. Les décoctions déracines de bistorte, de tormentille, de fraisier, de ralanhia, d'écorce de chêne , les infusions de feuilles d'aigremoine, de ronce commune, de pétales de roses rouges (deux gros de substance médicamenteuse pour huit à dix onces d'eau), pourront utilement servir de base à des gargarismes astringents. On ajoutera cependant à leur énergie, si l'on mêle au véhicule un demi-gros d'acide sulfurique, ou un gros d'extrait de saturne; le miel de Narbonne, le miel rosat, le sirop de mûres, ou toute autre préparation sucrée pourront édulcorer la liqueur. Tels sont les moyens qui doivent être mis en usage dans le but de combattre directement l'irritation inflammatoire qui porte sur la membrane muqueuse de l' arrière-bouche.
On aide l'action des remèdes que nous avons précédemment indiqués par l'observation de quelques règles importantes, et qui ont bien leur part dans l'éloignement des accidents pathologiques. Une température douce doit régner dans l'appartement du malade : il faut le mettre à l'abri de tout refroidissement brusque; les extrémités seront maintenues chaudes par l'emploi de chaussures assez épaisses ; le cou sera enveloppé d'une cravate de laine ou de toute autre qui le préservera du contact de l'air, et appellera une légère phlogose vers les téguments ; les boissons seront prises tièdes, en petite quantité à la fois ; la diète la plus sévère sera suivie dans les premiers jours, tant que l'inflammation présentera de l'acuité. Les gargarismes pourront n'être employés que sous forme de bains lo-
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eaux ils seront tièdes généralement. On fera bien d'entretenir àla surface cutanée une légère diaphorèse; le malade évitera soigneusement tout mouvement inutile de déglutition ou d'expuition; il fera bien de garder le silence.
Le traitement de l'angine gutturale chronique ne diffère pas sensiblement de celui que nous venons d'indiquer. Contre cette maladie, il con'/ient surtout de recourir aux astringents. M. Roche ( loc. cit. , p. 436) a employé une fois avec succès la cautérisation très-superficielle au moyen du nitrate d'argent ; quelques applications suffirent pour guérir une palatite rebelle, depuis plusieurs mois, à tous les autres moyens. On ne négligera poiut l'emploi des dérivatifs portant sur le tube digestif et sur la surface cutanée. Dans des cas semblables, on a tiré grand profit de l'usage des bains de vapeur , qui appellent vers la peau une fluxion momentanée salutaire.
Historique et bibliographie. — L'histoire des travaux ayant trait à l'angine gutturale se trouve naturellement réunie à l'histoire des recherches entreprises au sujet des angines du tube digestif en général. Cependant on trouvera dans les savants commentaires que Van-Swieten a émis sur les aphorismes de Boerhaave (Lugd. Bat., 1759, t. u, p. 618 et suiv. , 663 et suiv.) une indication sommaire de quelques travaux qui ont été entrepris à ce sujet, et une histoire assez détaillée des principaux accidents qui caractérisent cette maladie. Sydenham (Opéra omnia ; Genève , 1 723 , p. 1 76 et suiv.) n'a présenté que quelques indications touchant cette maladie; Fréd. Hoffmann (Med. rat. ; Magdeb., 1 729, t. iv , part, i , p. 389 et suiv.) n'a apporté sur ce sujet que des considérations fort générales, et qui ne méritent pas grand intérêt. Sauvages (Nos. melh.; Venise, 1772, 1. 1, p. 257), malgré sa tendance ordinaire à multiplier les espèces, n'a point tracé l'histoire particulière de l'angine gutturale. Nous ne répéterons point, en terminant ce court aperçu, ce que nous avons déjà mentionné dans l'histoire de l'affection qui nous occupe. On sait comment Pinel a envisagé ce sujet, décrivant sous le nom d' angine gutturale toutes les formes d'an6ine qui sont susceptibles d'affecter la terminaison supérieure du tube digestif. M. Renauldin (Dict. des se. méd., t. u, p. 1 1 6) en a tracé les principaux caractères, et l'a présentée comme déterminée par l'inflammation d'une ou de plusieurs des parties qui composent l'arrière-bouche. Depuis , cette distinction a été presque universellement adoptée, et tout dernièrement encore par MM. Roche , Chomel et Blache ( loc. cit. ).
ANGINE DE POITRINE , de àT/.w , je suffoque.
Synonymie. — Slernalgie, Baumes; slernocardie , Brera; névralgies du cœur, Laennec ; cardialgie, Fr. — Angina pectoris ; sternodynia-
i. — ÂNG
syncopalis , Sluis; asthenia pectorales, Young; cardiogmus cordis sinistri , Sauvages; snspirium, Senèque ; as t. lima arthriticum, Schmidt; asthma convulsivum , Elsner ; syncope anginosa , Parry ; asthma dolorificum , Darwin ; ai,gor pectoris, J. Frank ; pnigophobia (ttvî^oc, suffocation, jpo'ëo;, crainte, crainte de suffocation), Swediaur; asthma spastien-arthrilicum , Stœller. Lat. — Angina di petto , sternalgia. Ital. — Suffocative breastpang , diaphragmatic goût. Angl. — Brustbraûne , Herzklcmme , diebrustbraùne , brustklcmme. AH.
Synonymie suivant tordre chronologique. — Cardiogmus cordis sinistri, Sauvages, 1763. — Maladie nouvelle, signalée par Rougnon, 1768.— A 'ngina pectoris , Heberden , 1772 : (suivant Johu Forbes [The Cyclopœd'ui] et les auteurs anglais intéressés dans cette question , Heberden l'aurait décrite le premier le 21 juillet 1768). — Diebrustbraùne, Elsner, 1780. — Diaphragmatic goul , Butter, 1 791. — Asthma arthriticum, Schmidt, 1 795. — Syncope anginosa, Parry, 1 799. — Angina pectoris, Fr. Ch. Hesse ,1801. — Asthma dolorificum, Darwin, 1781. — Slernodynia syncopalis , Sluis, 1802. — Asthma spastico - arthriticum inconstans, Stœller, 1803. — Suspirium cardiacum , Stephen, 1804. — Slernalgie, Baumes, 1806. — Stenocardia , Brera , 1810.- — Angine de poitrine, Desporles, 1811. — Pnigophobia , Swediaur. /812. — Angor pectoris, Chrvczonowicz , 1812.
Définition. — L'angine de poitrine est caractérisée par une constriction très-douloureuse et déchirante que le malade éprouve le plus souvent vers la partie inférieure du sternum, et qui se manifeste au moment où il se livre à l'exercice. Cette douleur est accompagnée de gêne dans la respiration, et d'un sentiment d'angoisse qui fait croire au patient que sa dernière heure est venue; peu de temps après, et par le repos tout l'appareil formidable de symptômes disparaît, et le malade est rendu à la santé. Cette description succincte est la meilleure définition que l'on puisse offrir d'une maladie dont le véritable point de départ nous est encore inconnu.
Sauvages définit de la manière suivante l'angine de poitrine, qu'il nomme cardiogmus cordis sinistri: quœdam est respira <ndi dijficultas quœ per interva/la deambulantibus accidit : in hâc fit prœceps virium lapsus , œger propinquis tenefur nili ad~ miniculis , aliàs humi corrueret; hi œgri ut plerumque dere pente moriuntur (Nosol. mélhod., vol. iv, p. 120, éd. in-8°). Dans l'historique, nous citerons les passages de Sénèque, de Cœlius Aurelianus, de Mézeray, de Hoffmann, etc., que l'on a considérés comme renfermant une indication de l'angine de poitrine. Heberden, qui décrivit pour la première