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parce que le sang- ne pouvant plus circuler librement s'accumule dans le cœur gauche, qui s'hypertrophie. M. Bouillaud croit pouvoir annoncer l'existence d'une aortite chronique, lorsque les sujets présentent de la dyspnée aux moindres efforts , ou durant la marche, des palpitations, et les symptômes d'une hypertrophie; Iorsqu'en même temps les malades ont le teint jaunepaille, et que rien absolument n'explique ce vice de la nutrition générale; mais il faut être sûr qu'il n'y a pas de rétrécissement aux orifices du cœur, et à l'orifice aortique eu particulier (Dict. de méd. et ch., article Aorte, p. 160). La dilatation qui se manifeste à la suite des inflammations de l'aorte est souvent le premier symptôme qui apparaisse ; comme il appartient à l'anévrysme de cette artère, il nous suffit de noter son apparition.
L'inflammation de l'artère pulmonaire ne fournit pas une symptomatologie plus positive que l'aortite. «Vous pourriez peut-être soupçonner, dit M. Broussais, que l'inflammation s'est glissée dans l'artère pulmonaire, si vous aviez les signes d'une hypertrophie des cavités droites du cœur, avec sentiment d'ardeur brûlante dans la poitrine, ou si une inflammation ou une hémorrhagie pulmonaire se montraient avec une grande opiniâtreté, accompagnées de battements violents et d'une sensibilité très-vive» {Cours de path., t. m, p. 189). On peut juger, d'après le passage que nous venons de rapporter, de l'obscurité qui règne au sujet de l'inflammation de l'artère pulmonaire.
Causes de l'aortite. — Les causes les plus capables de la développer sont les coups, les chutes. M. Broussais a vu survenir un anévrysme de la crosse de l'aorte chez un homme qui tomba sous son cheval , et eut la partie supérieure du sternum froissée par un de ses pistolets renfermé dans la fonte de sa selle (loc. cit., p. 154). On doit ranger encore au rang des causes , la pléthore , les rétrocessions de flux sanguin , la suppression des règles. M. Bouillaud y ajoute tous les exercices violents et capables d'exciter la circulation, ce qui doit augmenter le lrottement que le sang exercé sur les parois intérieures de l'aorte. L'usage d'aliments trop stimulants et de boissons spiritueuses , l'introduction de certaines matières acres, sont aussi considérés comme des causes de l'aorte. Mais les plus fréquentes de toutes sont les inflammations de la membrane interne du cœur, du péricarde et du poumon. Enfin l'aortite est quelquefois déterminée par l'hypertrophie du cœur, dont elle peut devenir aussi la cause.
Traitement. — 11 est important d'arrêter de bonne heure les progrès de l'inflammation , sans quoi elle passe à l'état chronique , et alors il n'est plus au pouvoir du médecin de guérir toutes ces altérations nombreuses dont les membranes deviennent le siège ; on doit craindre aussi de voir paraître les dilatations anévrysmales qui sont si communes , les ruptures et les
oblitérations qu'il serait presque impossible de guérir, en supposant même qu'on soit parvenu aies reconnaître. 11 faut donc recourir, dès le principe, à des saignées copieuses , afin de désemplir en peu de temps l'aorte , et lui épargner, autant que possible , la fatigue que produit une quantité considérable de sang. En même temps on soumet le malade à l'usage de boissons rafraîchissantes, à la diète absolue, à un repos complet, et on lui administre ces médicaments qui passent pour ralentir la circulation , tels que la digitale pourprée unie à l'opium et à la scille, et le sirop de pointes d'asperges, que l'on a recommandé dans ces derniers temps. Si l'aortite n'est que consécutive à une autre affection, si elle a succédé à une endocardite , à une phlegmasie du parenchyme du poumon ou de quelque viscère plus éloigné, on doit s'occuper d'abord de traiter la maladie principale. On a proposé de combattre le mal par des applications de sangsues faites sur le point du ventre, ou de la poitrine , qui correspond à l'aorte enflammée. M. Bouillaud rapporte que trois fois il vit des battements très-forts de l'aorte heureusement combattus par des sangsues appliquées sur la région abdominale ; mais il a soin d'ajouter : «Ces battements étaient-ils l'effet d'une véritable aorate? J'avoue qu'il m'est plus facile de l'affirmer que de le prouver» {loc. cit.} p. 181). Nous n'avons rien à dire sur le traitement de l'aortite chronique ; il est à peu près le même que celui des maladies du cœur.
Affection nerveuse de V aorte. — Il n'est point rare de rencontrer sur le trajet de l'aorte des pulsations vives , qui font croire souvent à l'existence d'un anévrysme. Lorsqu'on examine attentivement la nature de cette impulsion , on ne tarde pas à reconnaître que l'artère n'est nullement malade , et que les battements semblent produits seulement par l'augmentation de la force impulsive du vaisseau : l'autopsie confirme cette conjecture, car on ne trouve absolument aucune lésion chez les individus de constitution nerveuse, les hypocondriaques et les hystériques qui les ont présentés , et qui succombent à d'autres affections. Cette absence de toute altération matérielle appréciable , les circonstances au milieu desquelles la maladie se manifeste, l'ont fait regarder, par Laennec, comme étant de nature purement nerveuse ( voy. Artérite ).
Les maladies nerveuses de l'aorte sont encore environnées d'une grande obscurité. Nous devons ce qu'il y a de plus positif dans leur histoire aux recherches de Laennec. Le spasme de l'aorte s'annonce ordinairement par une pulsation plus ou moins énergique. La crosse de l'aorte, sa portion pectorale ou abdominale, peuvent être le siégedu phénomène dont nous nous occupons. Laennec, se fondant sur une observation qu'il rapporte, nous apprend que les battements artériels sont plus facilement sentis dans l'abdomen , lorsqu'une certaine quantité de gaz est contenue dan
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l'estomac ou les intestins. La personne qui est atteinte de cette affection nerveuse a le sentiment de la pulsation, sans même qu'elle aitbesoin déporter lesmains sur le trajet du vaisseau. Cette sensation , qui n'est autre que l'exagération fonctionnelle des branches du grand sympathique, se distribuant à l'artère, devient pour les hypocondriaques un nouveau sujet de chagrin et d'inquiétude, sur lequel leur attention reste fixée sans cesse. Les femmes hystériques , plus exposées que tout autre à ces battements, les présentent à un haut degré vers le creux de l'estomac ou vers l'ombilic , soit que la distension gazeuse du canal intestinal favorise leur transmission , soit que la souffrance générale de tout le système nerveux, plus vivement ressentie par les artères du ventre et des viscères abdominaux, soit la véritable cause de ces pulsations.
C'est surtout dans l'aorte ventrale qu'on observe ces battements, qui font croire à l'existence d'un anévrysme du tronc cœliaque, ou de l'aorte elle-même. «J'ai vu, dit Laennec, plusieurs fois commettre cette erreur, qui devient bien plus difficile à éviter dans certains cas où des gaz enfermés dans l'arc du colon ou le duodénum peuvent simuler la tumeur anévrysmale, en même temps que l'artère, par son action énergique , en simule les pulsations. » 11 ajoute plus loin : «J'ai vu des tumeurs abdominales, dues à cette cause , persister pendant des mois entiers , et disparaître ensuite (loc. cit., Aff. nav. des art.).»
Les battements qui ont leur siège dans l'aorte ascendante sont presque toujours accompagnés d'un degré quelconque de gêne dans la respiration , mais surtout d'anxiété et de penchant aux lipothymies. Laennec dit qu'on peut reconnaître cette affection à ce que les battements entendus au-dessus de la partie moyenne du sternum sont plus forts et plus sonores que ceux que l'on perçoit à la région du cœur. La région du sternum résonne comme dans l'état naturel ; au contraire , si la maladie occupe la portion descendante de l'aorte, les battements du cœur sont plus intenses dans le dos, auprès de la colonne vertébrale , et à gauche , que dans la région précordiale. « Dans cette dernière , ils sont , le plus souvent , tout à fait naturels sous le rapport de l'impulsion et du bruit , tandis que dans le dos , le bruit de la diastole artérielle se confondant avec celui des ventricules , le fait paraître beaucoup plus fort; le bruit de l'oreillette, au contraire, est plus faible qu'antérieurement» (loc. cit.).
Le bruit de soufflet est encore un symptôme de l'affection spasmodique de l'aorte. Quand il se montre dans la partie ventrale de cette artère , il est rare qu'il ne soit pas accompagné en même temps d'un trouble marqué des fonctions du système nerveux, d'agitation , d'anxiété, de lipothymies , et d'une accéjération notable du pouls.
Cette histoire bien incomplète des lésions dynamiques de l'aorte demande de nouvelles recherches; la direction imprimée à tous les esprits par les travaux importants d'anatomie pathologique fait espérer que cette lacune sera bientôt remplie.
APHONIE, s. f., dérivé de a. privatif, et de (pwvvi, voix.
Dénominations franc, et étrang. — Perte de la voix. Fr. — Avau^ia , àœuvi'a. Gr. — Dysphonia, raucedo paralytica , d éjectas loquelœ , loquela abolita. Lat. — ylfonia , mutezza , perdita délia voce. Ital. — Mudez , afonia , perdita de la voz. Esp. — Dumbness , loss ofvoice. Angl. — Sprachosigkeit , stummheit , verstummung. Ail.
Synonymie chronolog. — Vocis ampulatio , Cœlius-Aurelianus. — Aphonia, Baillou, Hoffmann, Sauvages , Linnée , Vogel , Sagar , Cullen. — Dysphonia , Goodwin. — Raucedo paralytica, Darwin.
Définition. — Baillou (Opéra omnia med., t. m, p. 29; Genève, 1762) nous semble avoir fort bien établi la valeur du mot aphonie, qui a été mal interprété par quelques auteurs. 11 s'exprime ainsi à ce sujet : « Aliud est obmutescere aegrum , aliud voce defici atque destitui. Hoc enim majus est , et utrumque quidam confunduut , et malè quidem. Erroris forte occasio fuit , quôd aliquandô apud Hippocratem
cpwvvî xal aùcW] idem sint Pueri non sunt àœwvoç,
à<pwvoi, sed àvaù(Joi , quia vocem articulare nequeunt, utpotè voci servientibus vinculis nondùm expeditis. Et multi àXaXoi dicuntur, non quod sonum edant et
vocem, sed quia articulare nequeunt Caeterum ne
rerum confusio sequatur ex verbis , placet eorum interpretatio qui àvaûcScu; mutos vocant, utpotè sermonem proferre nequeuntes ; àoûvou; , non mutos , sed voce privâtes , et def ectos , ut nil plané obaudiatur , nec articulatum , nec aiio modo sonans. » Cette définition est aujourd'hui presque généralement adoptée, et l'on peut dire que le mot aphonie est employé par les nosologistes dans le but de désigner cette privation ou suppression de la voix à un degré d'intensité variable, qui survient indépendamment d'un état de coma ou de syncope.
L'aphonie ne doit pas être confondue avec la mussitation et le mutisme. Dans la mussitation , l'action de la langue et des lèvres a lieu pour l'articulation des mots, mais le son vocal n'est point produit, ou se montre si faible, qu'il ne peut être entendu ; cet état précède ordinairement l'aphonie. Dans le mutisme , autrement dit la mutité, on observe une incapacité plus ou moins absolue de former des sons articulés. Le timbre de la voix n'est pas lésé ; seulement elle ne subit aucune modification par les mouvements de la langue, des lèvres et des autres parties de la bouche.
Dh-isions. — M. Robertwii ( The Cyclop. of pracl. med., t. i, p. 118; London, 1833) admet,
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d'après Cullen, les trois espèces d'aphonie qui suivent : 1° aphonie gutturale, résultant de la tuméfaction des organes du gosier ou de la glotte ; 2° aphonie trachéale, déterminée par une tumeur développée au voisinage de la trachée, et la comprimant ; 3° aphonie atonique , causée par la paralysie des nerfs qui se rendent à la gorge et au larynx. M. Robertson ne pense pas qu'en aucun cas l'aphonie puisse être regardée comme une maladie idiopathique ; il établit que cet accident est toujours symptomatique d'une affection de l'appareil respiratoire ou de tout autre. Sauvages {Nos. met.; Venise, 1772, t. i, p. 407) divisait l'aphonie en neuf espèces , qu'il désignait ainsi qu'il suit : 1° aphonie mélancolique, qui coïncide avec un état de tristesse brusque entraînant un abattement prononcé; 2° aphonie par antipathie, qui paraît succéder à l'usage des écrevisses cuites , et céder par le même aliment à l'état de crudité; 3° aphonie de l'ivresse , qui parfois provient de l'action de la jusquiame ou de la stramoine ; 4° aphonie catarrhale , autrement dénommée extinction de voix ; 5° aphonie anévrysmatique, qui résulte de l'affaissement de la trachée par la compression que lui fait subir une tumeur anévrysmatique ; 6" aphonie traumatique, qui est produite par la section des nerfs récurrents , etc.; 7° aphonie hystérique , qui dépend d'une contraction spasmodique du larynx ; 8° aphonie paralytique , qui coïncide avec Thémiplégie ; 9° aphonie pulmonique , qui est déterminée par des altérations plus ou moins profondes du poumon ou du péricarde. Sauvages dit en terminant : « Les autres empêchements de la voix ou sont fugaces, comme dans l'épilepsie, ou sont symptomatiques, comme dans l'apoplexie , le carus, la syncope; ou enfin ne se manifestent que comme phénomène accessoire, ainsi , par exemple, dans la paraplégie. »
Cette revue des opinions de Sauvages , au sujet de l'aphonie , prouvera sans doute que la division admise par cet auteur n'est pas exempte de reproches. Il décrit, en effet, en des chapitres séparés les aphonies nerveuses des auteurs , qu'il eût pu réunir. Il s'explique incomplètement sur la nature de ces aphonies qui surviennent comme phénomène de coïncidence dans certaines affections des voies respiratoires. Les pathologistes qui lui ont succédé , sans tomber dans les mêmes fautes , n'ont généralement pas été plus heureux.
Sans insister plus longuement sur les différentes divisions admises par les auteurs , nous établissons que l'aphonie est l'expression symptomatique d'un état maladif, 1° de la membrane muqueuse des voies aériennes et des parties qui constituent l'anneau de la glotte, 2° du voile du palais et des organes du gosier, 3° des nerfs qui animent les voies respiratoires supérieures , 4° des voies aériennes sous-laryngiennes, par suite d'une compression de la trachée-artère , d'une
altération du diaphragme, etc Ces quatre catégories renferment parfaitement, suivant nous, toutes les circonstances qui ont été alléguées par les auteurs comme causes de l'aphonie.
La laryngite préside presque constamment à la manifestation de l'aphonie, et par ce mot de laryngite, avec M. Cruveilhier (Dict. de méd. et de chir. prat. , t. 1 , p. 21 ), nous comprenons l'inflammation de la membrane muqueuse du larynx et celle du tissu cellulaire sous-muqueux de cet organe. De là deux espèces anatomiques bien distinctes : la laryngite muqueuse et la laryngite sous-muqueuse. A la première, nous rattachons la laryngite catarrhale aiguë , chronique, ulcéreuse, simple ou spécifique (vénérienne, croupale , etc.) ; à la seconde , la laryngite sus-glottique ou œdème de la glotte de Bayle et des auteurs , et la laryngite sous-glottique , que M. Cruveilhier (loc. cit.,, p. 41) regarde comme au moins aussi fréquente que la première, et qui cependant, jusqu'à lui, n'avait pas trouvé place dans les cadres nosologiques.
Dans tous ces états de souffrance du larynx, on observe l'altération plus ou moins marquée de la voix: tantôt elle est rauque , voilée , grave , lorsque l'inflammation a peu diminué les dimensions de la glotte ; aiguë, éteinte même, lorsque le rétrécissement est plus considérable; suivie d'un petit sifflement trèscourt , qui fait que l'articulation des mots semble se former dans les inspirations, ce qui donne à la voix un peu du caractère de celle des ventriloques , quoiqu'elle soit beaucoup plus basse et plus f «ible , lorsque des fausses membranes sont établies dans le larynx (M. Guersent, Dict. de méd., 2e édit. , t. ix ,
Durant le cours de la phthisie pulmonaire, l'aphonie se manifeste assez ordinairement. Suivant M. Louis (Bech. sur la phth.; 1825, p. 266), l'enrouement est un des premiers symptômes qui révèle l'existence des ulcérations du larynx ; l'aphonie se déclare vingt ou trente jours, un mois, deux mois, et davantage encore, avant le terme fatal. Quelle que fût la variété de l'ulcération du larynx , les symptômes ont été de la même nature , mais ils offraient les plus grandes différences sous le rapport de la force et de la durée. L'enrouement existait dans les quatre cinquièmes des cas. Quand l'ulcération était superficielle , l'aphonie était souvent peu prononcée; mais lorsque cet accident était marqué , et durait , pendant un ou plusieurs mois , c'était l'indice de profondes ulcérations. L'enrouement a existé dans quelques cas où il n'y avait ni ulcération, ni inflammation de la membrane muqueuse du larynx, mais pour peu de temps, à des époques variées de l'affection , et sans douleur de gorge. Nous rappelons, en terminant sur ce sujet, que, suivant M. Louis (loc. cit., p. 51), il faut considérer les ulcérations du larynx , et surtout celles de la trachée-artère
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