C. Asphyxie par refoulement du diaphragme vers la poitrine
M. Piorry (M éd. prat.) a particulièrement insisté sur la forme d'asphyxie dont nous traitons ici ; c'est à l'analyse du travail qu'il a publié à ce sujet que nous consacrons les quelques lignes qui suivent.
L'asphyxie produite par le refoulement du diaphragme est constariunent symptomatique ; elle ne constitue jamais une maladie primitive.
Cet état est compliqué presque constamment d'une augmentation considérable dans le volume du ventre; M. Piorry admet néanmoins que cela n'a point lieu lorsque l'accident que nous décrivons est la suite d'une compression momentanée à l'extérieur des muscles abdominaux de la paroi , lorsqu'il résulte des contractions spasmodiques très-énergiques de ces muscles , telles qu'on en observe dans certaines attaques d'hystérie ou d'épilepsie. Pour tous les autres cas, la forme du ventre est plus ou moins modifiée : elle correspond à l'état des organes contenus dans la cavité abdominale. Le plus souvent les côtes sont soulevées et la poitrine évasée par en bas. On est alors frappé du peu de mouvement que les parois thoraciques présentent; elles semblent être immobiles, parce qu'étant, dune part, écartées le plus possible de l'axe de la poitrine , elles sont dans un état fort analogue à celui de l'inspiration forcée ; et parce que, de l'autre, il y a des causes mécaniques qui s'opposent à leur retrait vers le centre du thorax.
Après la mort , si l'on ouvre la poitrine avant l'abdomen, on voit, après avoir enlevé les poumons et le cœur, la saillie que fait vers le thorax le diaphragme refoulé le plus ordinairement par les organes digestifs. On est quelquefois surpris de l'exiguïté de l'espace
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que les poumons occupent dans la poitrine. La dimension des portions de ces organes qui pouvaient encore respirer quelques minutes avant la mort est quelquefois diminuée encore de toute l'étendue des vésicules atteintes d'engouement sanguin hypostatique. Lorsque la mort suit très-promptement l'anhématosie abdominale, les poumons contiennent fort peu de sang et les bronches fort peu d'écume; au-dessous d'eux, le diaphragme forme une voûte sur laquelle repose le cœur, qui se trouve rapprochée des parties supérieures de la poitrine.
L'état du sang tiré des veines ne diffère point de celui qu'on observe dans les autres asphyxies.
M. Piorry regarde comme très-nombreuses les circonstances qui peuvent occasionner le mal qui nous occupe. Les unes agissent lentement : telles sont la grossesse , les tumeurs enkystées , les hydropisies ascitcs, les hypertrophies viscérales; d'autres opèrent avec promptitude , comme la tympanite qui suit une perforation intestinale , celle qui accompagne la péritonite, celle qui provient d'une distension symptomatique de l'intestin par suite d'ulcérations de l'iléon , d'une hernie étranglée , ou , enfin, d'un obstacle mécanique à la sortie des gaz dégagés dans le tube digestif : alors la résistance des muscles abdominaux surmonte souvent la puissance du diaphragme ; alors la poitrine ne peut se prêter à la dilatation nécessaire pour que la respiration se fasse , les viscères du ventre s'élèvent à de très-grandes hauteurs dans le thorax, et les accidents les plus graves, la mort même, sont promptement les conséquences d'un semblable déplacement.
La promptitude ou la lenteur que l'on observe dans la marche des accidents propres à l'asphyxie par refoulement du diaphragme vers la poitrine établissent des différences très-tranchées dans l'intensité et la gravité des symptômes qui se manifestent : aussi, suivant M. Piorry , est-il nécessaire de tracer successivement deux tableaux de cet état , l'un de l'asphyxie par refoulement du diaphragme à invasion ou à marche rapide, et l'autre de la même affection, mais se développant avec lenteur.
Dans la première variété , tout à coup la respiration se trouve gênée; le malade, qui, la veille, n'avait point de dyspnée, présente le lendemain un nombre très-considérable de mouvements respirateurs dans un temps donné. Ce nombre s'élève quelquefois à 40 , 50 , 60 , et même plus, par minute ; la respiration est courte, tout-à-fait costale, les côtes s'élèvent largement, tandis que les parois du ventre, trèsdistendues, sont à peine éloignées de l'axe de l'abdomen : de là vient que le malade cherche à s'asseoir, à rester debout, et évite , autant qu'il le peut , la position horizontale. La dyspnée cause souvent une extrême anxiété, et son intensité correspond, en gé-
néral, au degré auquel est porté le refoulement du diaphragme, et à la rapidité de la marche de la maladie; elle va en général en augmentant si celle-ci continue , et le summum de cette dyspnée amène la suffocation. Cette fâcheuse terminaison est annoncée par une respiration convulsive ; les inspirations trèsénergiques et assez lentes , quelquefois suspirieuses , sont accompagnées d'une action musculaire des plus marquées , tandis que les expirations se font avec la plus grande promptitude , et sans aucun effort.
En même temps la coloration des capillaires est modifiée : elle devient plus ou moins violette ou noirâtre , ce qui , joint aux hypérémies de cause mécanique qui surviennent, donne à la face une teinte livide et une tuméfaction remarquable.
Les battements du cœur se font, en général, sentir ou entendre plus haut que sur le lieu où d'ordinaire on les observe. Dans les premiers temps il arrive que le pouls devient très-fort , vibrant et assez fréquent : c'est ce qui a lieu lorsque la respiration est encore médiocrement embarrassée ; mais si la maladie fait des progrès, le pouls, en même temps qu'il augmente de fréquence , devient d'une faiblesse extrême ; il est quelquefois même imperceptible. Certains adultes , atteints de cette asphyxie, présentaient parfois jusqu'à 150 ou 200 battements du pouls par minute; le plus souvent, lorsque la maladie est parvenue à un très-haut degré , les artères semblent se vider et les veines se remplir, le pouls de la carotide faiblit, et la veine jugulaire externe se laisse distendre par une très-grande quantité de sang qui lui communique des mouvements en rapport avec les contractions dont le cœur est le siège.
En même temps la peau est chaude, couverte de sueur; souvent des nausées, des vomissements, ou l'évacuation de quelques gaz, surviennent et soulagent momentanément.
Les fonctions sont bientôt altérées, la stupeur, le coma , le délire , des mouvements spasmodiques se manifestent, une congestion sanguine s'accomplit vers les centres nerveux.
La durée de la maladie , lorsque sa marche est rapide, varie de quelques secondes jusqu'à quelques heures ou quelques jours , comme on l'observe a la suite de certaines maladies aiguës du tube digestif ou du péritoine.
Lorsque l'augmentation dans le volume du ventre se fait lentement , les accidents se dessinent sous une forme bien moins tranchée. On observe alors cette série de phénomènes qui révèlent habituellement au médecin une affection organique du cœur siégeant dans les cavités droites. Nous ne saurions les exposer en cet arlicle , leur description devant être faite ailleurs.
La forme, le volume et la saillie du ventre, que la simple inspection fait reconnaître, l'augmentation que
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la mensuration démontre exister dans sa circonférence , surtout le refoulement du foie , de la rate , des organes du ventre vers le thorax, le peu d'espace qui reste dans la poitrine pour loger les poumons , l'élévation plus ou moins grande du cœur vers la clavicule, sont les signes positifs de l'asphyxie par refoulement du diaphragme. Si l'on y joint les phénomènes généraux des maladies du cœur, et la marche des accidents qui ont commencé par l'augmentation dans le volume du ventre , et non par les troubles de la circulation et de la respiration, on possède tous les moyens de reconnaître cette asphyxie, et de ne pas la confondre avec des maladies primitives des grands centres circulatoires.
Le pronostic varie infiniment, suivant la nature de la cause qui détermine l'augmentation de volume du ventre. Celle-ci peut disparaître très-promptement , s'il s'agit de liquides ou de gaz dans le péritoine : il suffit pour cela , dans le premier cas , de pratiquer la ponction , et , dans le second , de provoquer la sortie des fluides élastiques par des moyens qui seront indiqués plus bas. D'autres fois elle est incurable : c'est ce qui a lieu lorsque des tumeurs, dont la guérison est au-dessus des ressources de l'art, existent dans l'abdomen. En général, l'asphyxie par refoulement du diaphragme est un accident grave : elle ne peut durer longtemps sans que d'autres lésions d'organes surviennent , qui , dans un terme plus ou moins éloigné , causent la mort.
Le traitement préservatif de l'asphyxie par refoulement du diaphragme consiste à éviter l'action des causes qui peuvent augmenter le volume de l'abdomen. Comme la plupart des moyens qu'il exigerait sont les mêmes que ceux qui conviennent dans le traitement curatif , on a jugé convenable d'en confondre l'exposé. Le traitement curatif est infiniment variable, suivant la cause qui produit le refoulement du diaphragme ; il diffère selon que les accidents sont aigus ou chroniques. En général , ce sont les collections de liquides , de fèces ou de gaz , qui sont les plus accessibles aux moyens de traitement. 11 serait impossible de passer en revue la thérapeutique de toutes les circonstances dans lesquelles le ventre peut être assez développé pour refouler le diaphragme. Ici nous nous bornons à signaler quelques données générales. Contre l'accumulation des gaz dans la cavité du gros intestin , on aura recours au cathétérisme du rectum , à l'aide d'une longue et large sonde de gomme élastique, on fera usage de lavements purgatifs, enfin, d'applications froides sur la paroi du ventre. L'abstinence dans les cas aigus doit , le plus souvent , être absolue et rigoureuse : les boissons légèrement acides et astringentes seront prises froides , le malade se couchera sur le côté. Dans les cas chroniques, et toutes les fois que cela est exécutable, un exercice modéré
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produit d'avantageux résultats. Les saignées générales et locales ne doivent être recommandées que dans les cas où l'on observe un commencement de congestion pulmonaire; un grand nombre d'applications extérieures peuvent être tentées dans le cas dont il s'agit; les applications locales , émollientes et tièdes, telles que les cataplasmes , les fomentations aqueuses, etc. , sont, en général, beaucoup plus convenables que les bains; la glace pilée, placée en petite quantité, et introduite dans des vessies de petite dimension, appliquées sur divers points du ventre, paraît être le meilleur des réfrigérants à employer; les vomitifs, les purgatifs, les toniques, agissent encore avec succès dans certains cas particuliers.
Tels sont les faits qui ont été publiés par M. Piorry. Nous avons pensé qu'il serait utile de les exposer ici sommairement , bien que nous n'admettions pas , comme M. Piorry, que cette forme d'asphyxie mérite tant de fixer l'attention. Lorsqu'il trace l'histoire de cet état , qu'il dénomme auhématosie abdominale , il fait plutôt, ce nous semble, l'exposé d'une complication de la tympanite et de l'ascite , qu'il ne décrit une asphyxie particulière. Si la mort survient dans ces cas , les accidents asphyxiques ne sont pas seuls à la produire , et dès lors elle ne doit pas , ainsi que M. Piorry tend à l'établir, être attribuée seulement à l'asphyxie. C'est sans doute celte circonstance qui a porté les auteurs à négliger la description d'un état qui , suivant nous , ne saurait être regardé comme appartenant à l'asphyxie simple et primitive.
D. Asphyxie survenant en conséquence de la pénétration des viscères abdominaux dans la cavité thoracique par une plaie du diaphragme.
M. Devergie (loc. cit., p. 553 ) a décrit cet état dans la sous-division des asphyxies par défaut d'expansion passive des poumons. L'individu est presque toujours suffoqué immédiatement à la suite de la déchirure du diaphragme. Cette rupture reconnaît, du reste, plusieurs causes : ordinairement c'est sous l'influence d'une pression très-forte, exercée sur l'abdomen au moment de la contraction, ou même pendant le relâchement du muscle diaphragme que la rupture s'effectue; il est assez fréquent de la rencontrer lorsqu'une roue de voiture a passé sur le ventre. Percy (Dict. des se. méd. , t. ix, p. 14 et suiv.) a donné une assez longue énumération des faits que possède la science sur la rupture du diaphragme , de cet exposé il résulte que presque toujours cet accident détermine immédiatement la mort. 11 nous paraît fort difficile de décider si, dans ce cas, la mort a lieu par asphyxie ou par un trouble d'innervation résultant, du déplacement brusque d'organes fort importants à la vie, le- cœur, le poumon, l'estomac, etc.. Comme bien souvent la vie s'est éteinte brusquement, nous
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pencherions à considérer plutôt cette terminaison funeste comme le résultat d'une perturbation nerveuse, que comme la conséquence d'une modification survenue dans les qualités du sang , capable d'occasionner l'asphyxie.
2° asphyxies par obstacles mécaniques à la respiration , qui obstruent les voies respiratoires à l'intérieur. — S'il est difficile quelquefois de se prononcer sur le mode d'action des influences qui portent obstacle à la respiration , en agissant au dehors des voies respiratoires , la même difficulté ne se présente plus dans les cas que nous devons envisager maintenant. L'interception dans la circulation de l'air à travers l'arbre aérien est ici parfaitement évidente, le modificateur qui doit vivifier le sang et favoriser son passage de l'état noir à l'état rouge , ne vient plus au contact des molécules sanguines , et dès lors les accidents de l'asphyxie procèdent avec cette régularité qui a servi comme élément à notre description générale de cet accident. Dans cette catégorie , nous devons nous occuper de l'asphyxie par strangulation , de celle qui résulte de la présence d'un corps étranger obstruant les voies aériennes, enfin, de cet accident de l'agonie, que M. Piorry a étudié sous la dénomination d'asphyxie par l'écume bronchique.
A. Asphyxie par strangulation et par suspension.
Les savants ont été pendant longtemps partagés quant à l'explication du genre de mort auquel succombent les personnes qui ont subi la strangulation. Les opinions les plus diverses ont étéémisesà ce sujet. Dans un article fort complet , qu'il a fait sur la pendaison , M. Devergie (Dict. de méd. et de chir. prat., t. xn , p. 528) résume en ces termes cette question délicate : « La mort , dit-il , dans la pendaison , peut survenir de quatre manières différentes : par congestion cérébrale , par asphyxie , par congestion cérébrale et par asphyxie à la fois et par lésion de la moelle. Lorsque le larynx a été fortement comprimé par un lien appliqué autour du cou, on peut admettre que la mort est survenue par asphyxie : que le lien porte au-dessus de l'os hyoïde , ou sur le cartilage thyroïde , de manière à déprimer notablement ces organes de résistance , et l'asphyxie survient rapidement ; que le lien porte surtout sur les parties latérales du cou , de manière à comprimer les vaisseaux sanguins qui se portent de la poitrine à la tête, et surtout qui reviennent de la tête vers la poitrine , la congestion cérébrale s'effectue promptement : l'application circulaire du lien est complète ou incomplète. Mais une force brusque, instantanée, verticale ou latérale, agit sur les parties déclives du corps , de manière à amener une lésion de la moelle , sa compression ou sa déchirure : alors la mort est instantanée , et a son origine dans la moelle épinièie. »
11 existe une différence entre les phénomènes qui caractérisent l'asphyxie par suspension , et ceux qui appartiennent à l'asphyxie par strangulation. Dans le premier cas , les symptômes sont analogues à ceux qui caractérisent une asphyxie lente ; dans le second , ils représentent tout cet ensemble d'hypérhémie qui appartient surtout à l'asphyxie brusque , instantanée. Cette diversité , qu'il est possible de constater dans l'expression symptomatique de la maladie , existe encore dans son expression anatomique. Néanmoins, comme elle n'est fondée que sur des degrés plus ou moins prononcés dans les désordres fonctionnels ou organiques , nous avons cru , pour éviter d'allonger cet exposé , devoir réunir dans notre description les deux cas de suspension et de strangulation.
Lésions anatomiques. — Tantôt la face est pâle , son expression est naturelle, ses traits n'ont subi aucun tiraillement, elle paraît comme empreinte de stupeur; les yeux sont entr'ouverts , non tuméfiés, la bouche béante sans violence ; tantôt le visage est rosé, rouge ou violet , bouffi , présentant des contorsions hideuses , ou la physionomie de la jouissance ; les yeux sont largement ouverts , injectés et saillants , les arcades dentaires fortement écartées ; la langue fait saillie au dehors de la bouche ; elle est aussi sensiblement engorgée et violette ; le cou porte ordinairement, en des directions différentes, des empreintes qui sont en rapport avec le nombre , le \olume , la forme et les dimensions du lien qui a été appliqué. Dans les cas de suspension , le sillon s'engage presque toujours en remontant derrière les angles de la mâchoire. Dans les cas de strangulation , la direction est transversale; le tissu cellulaire sous-cutané présente diverses altérations dans les régions qui ont eu contact avec le moyen d'étranglement. 11 ne faut pas croire, suivant M. Devergie, que les sugillations et les ecchymoses soient aussi communes en ces régions que certains auteurs, et particulièrement le professeur Rémer (Ann. d'hyg. ; 1 830), l'ont prétendu. Les muscles du cou offrent assez souvent la trace du sillon qui a été imprimée la peau. La fracture de l'os hyoïde ou des cartilages du larynx dénote le plus ordinairement l'asphyxie par strangulation; dans l'asphyxie par suspension , ces parties restent intactes. Quelquefois il arrive que la tunique moyenne et la tunique interne de l'artère carotide primitive se rompent; mais cette circonstance ne s'observe que rarement. Des désordres variés portent sur la colonne vertébrale et sur ses ligaments, dans les cas de suspension ; les ligaments intervertébraux, ceux plus profondément situés, qui maintiennent l'apophyse odontoïde, les lames vertébrales , les masses apophysaires , sont rompus , déchirés , brisés. Ces altérations n'existent que dans les cas de suspension.
La base de la langue est presque constamment in-
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jectée : cette hypérhémie s'étend à la membrane muqueuse qui tapisse l'épiglotte , l'intérieur du larynx, et même la trachée-artère; souvent elle est très-prononcée dans les ramifications des bronches. Suivant M. Devergie, il est rare de rencontrer de l'écume dans la trachée ; elle n'est toujours qu'en petite quantité. Les poumons sont plus ou moins gorgés de sang; les vaisseaux veineux et artériels du cœur droit, ainsi que les cavités droites , contiennent une quantité notable de sang; le cœur gauche en renferme ordinairement moins. L'estomac n'offre rien de remarquable. Le foie et la rate sont plus ou moins gorgés de sang. La verge est quelquefois , même après la mort , dans une demi-érection , et il arrive fréquemment que les points de la chemise qui correspondent aux parties génitales sont mouillés de sperme sous la forme de taches plus ou moins larges. Le cerveau est ordinairement plus ou moins gorgé de sang. Ge sont principalement les vaisseaux qui rampent dans les membranes, les veines plus particulièrement, qui présentent ce phénomène. La peau peut offrir une teinte violacée plus ou moins marquée ; ce phénomène est partiel ou général : il arrive, par exemple, quelquefois qu'une main seule ou un pied est d'un violet foncé, tandis que la partie correspondante offre une coloration naturelle. Les doigts sont fréquemment fléchis chez quelques pendus; la flexion est tellement convulsive, que les ongles touchent encore à la paume de la main, s'enfoncent dans l'épaisseur des téguments, et y laissent une marque très-profonde.
Les médecins légistes ne se bornent point à étudier les altérations que nous venons de caractériser ici : par une analyse détaillée , ils cherchent à mettre en évidence la valeur des phénomènes que présente l'état du cadavre , pour servir à faire connaître que la suspension a eu lieu pendant la vie. Cette question se trouve en dehors de notre sujet, et nous ne pouvons consentir à en traiter ici.
Morgagni (De sed. et caus. morb., epist. xix, n° 36) a compulsé les écrits de divers observateurs dans le but d'établir la sj mptomato/ogie de l'asphyxie qui nous occupe en ce moment. Voici comme il s'exprime à ce sujet : aGœsalpin (1. u, Ouœst. med., 15 ) dit que les pendus qui ne sont pas morts rapportent qu'ils avaient été pris de stupeur par la constriction de la corde, de sorte qu'enfin ils ne sentaient rien. Wepfer (De loco affect. in apopl. exercii.) aussi, en parlant d'une femme et d'un homme qui avaient survécu à la pendaison , fait voir que la première ayant perdu la mémoire de tout , était étendue comme une apoplectique, et que le second, après la constriction de la corde, n'avait pas éprouvé la moindre douleur... , et qu'il avait passé quelques heures sans sentiment , et comme enseveli dans un profond assoupissement. Quant à moi , j'ai appris d'un
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homme grave et véridique , qu'un voleur que la corde du bourreau n'avait pas pu tuer entièrement , pour la même cause , à ce que l'on croyait , qui empêcha la mort de ceux dont parle Gardani , dans le Sepulchrc* tum (1. iv , § xii , obs. 1 1 ), rapportait à ceux qui l'interrogeaient , qu'il avait eu d'abord devant les yeux des espèces d'étincelles , et que bientôt après il ne vit rien , et même ne sentit absolument rien , comme s'il dormait. Ge cas est assez semblable à celui que raconte Bacon (Hist. vit. et mort.), si ce n'est que ce sujet, qui s'était pendu, voyant déjà après une apparence de feu , des ténèbres , c'est-à-dire rien du tout , fut arraché aussitôt à cette pendaison de très-courte durée par son ami présent , et commença à voir une couleur pâle ; toutefois il n'éprouva aucune douleur. Enfin, j'ai vu moi-même une femme, à qui des voleurs de nuit avaient tellement serré le cou avec un mouchoir tordu, pour piller sa maison tranquillement, qu'ils ne doutaient pas qu'elle ne fût morte : on trouva la face
gonflée, livide, la bouche extrêmement écumeuse
Cependant elle fut sauvée par les soins des médecins , qui lui firent tirer du sang du bras et du pied , et lui administrèrent aussitôt que possible des médicaments qu'on appelle cordiaux (vous verrez dans Riolan , Anthropogr., 1. 1, c. 18 , et dans Bacon , loc. cit., que d'autres sujets étranglés ont été rappelés à la vie par un genre de traitement analogue, aidé de fomentations et de bains chauds) : cette femme , donc , qui commença à être soulagée quand on eut enlevé le mouchoir, resta couchée encore plusieurs heures avant de revenir à elle. »
Les considérations, et surtout les faits que renferme l'ouvrage de Morgagni , établissent convenablement la symptomatologie du cas qui nous occupe. 11 nous suffira de rappeler, en terminant, que les accidents sont d'autant plus brusques et plus intenses , que la constriction exercée vers la région supérieure des voies aériennes est plus énergique , ce qui permet quelquefois de distinguer l'asphyxie par suspension de l'asphyxie par strangulation.
Le diagnostic de cet état peut présenter d'assez nombreuses difficultés : fréquemment le médecin est embarrassé sur la question de savoir s'il ne faut pas rapporter les symptômes graves et fâcheux à l'asphyxie ou à la congestion cérébrale. Nous pensons que le diagnostic est d'autant plus difficile alors , que , le plus ordinairement , l'action combinée de ces deux circonstances donne la mort en pareil cas. Heureusement la difficulté du diagnostic ne saurait point entraver le traitement de l'asphyxie par suspension ou par strangulation , car les mêmes moyens qui obvient à ce mal sont capables de dissiper la congestion encéphalique.
Pour le cas dont il s'agit en ce paragraphe, comme pour une foule d'autres asphyxies , il est fort difficile
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quelquefois de porter un pronostic précis et exact. Tantôt on juge les accidents plus graves qu'ils ne le sont véritablement; tantôt ils paraissent devoir aisément céder à la médication active qu'on leur oppose , et cependant les malades ne reviennent point à eux. En général , le pronostic sera basé sur l'intensité de la constriction exercée sur l'arbre aérien à sa terminaison supérieure, sur le temps pendant lequel elle a été maintenue , sur la manifestation de certains symptômes , etc Mais nous ne pouvons entrer à cet égard
dans des détails très-circonstanciés. Le docteur Plott (Nat. history of slraffordshire , p. 292) rapporte que, au temps de Henry VI, une femme du nom de Snetta de Balsham, ayant été pendue, en exécution d'un arrêt rendu contre elle, puis détachée de la corde, après avoir été ainsi maintenue pendant toute une nuit , présentait en ce moment encore des signes de vie , et revint à l'existence. En conséquence de ce singulier bonheur, elle ïut graciée. Au dire du docteur Plott, cette femme dut la conservation de sa vie à une ossification des cartilages du larynx dont elle était affectée ; les parties résistèrent à la compression de la corde , et la respiration put s'effectuer malgré la pendaison. On trouvera dans les auteurs des faits semblables ou analogues à celui qui vient d'être relaté. Traitement. — Lorsque l'on est appelé à secourir une personne en état de mort apparente par suite de suspension ou de strangulation , on doit recourir à cette série de précautions et de moyens qui conviennent contre la plupart des asphyxies , et qui seront énumérés plus bas. Il faut insister surtout sur quelques précautions importantes. Le malade doit être placé de telle sorte que la tête et les portions élevées de la poitrine soient portées fortement en haut. L'engorgement des vaisseaux cervicaux réclame impérieusement l'emploi de la saignée , et peut-être est-ce avec avantage que l'on pratique cette opération sur la veine jugulaire. La quantité de sang extraite doit être assez considérable pour opérer un dégorgement local, mais non pour déterminer une oppression grave des forces. Plus tard , et lorsque le malade entre en convalescence, il sera peut-être utile de revenir à l'usage des émissions sanguines.
B. Asphyxie qui résulte de la présence dans les voies aériennes, d'un corps étranger qui en ob~ strue le passage.
Cette forme d'asphyxie a été décrite par les auteurs et par M. Orfila , en particulier ( Méd. lég. , t. n , p. 399 ; 1 828) , sous le nom à' asphyxie par suffocation.
L'asphyxie par suffocation peut frapper tout à coup un sujet qui n'est point malade , lorsqu'elle résulte de la pénétration dans les voies aériennes d'un corps étranger venu du dehors : alors elle est parfai-
tement simple , et mérite à cet égard de fixer notre attention en cet article. Le même accident peut survenir comme mode de terminaison de certaines maladies dans lesquelles on observe la tuméfaction des tonsilles , de la langue , de la membrane muqueuse du larynx , la présence d'une couche couenneuse dans le larynx ou dans les bronches , un engorgement plus ou moins considérable du pharynx ou de l'œsophage, l'afflux subit de sang ou de pus dans les voies aériennes, la compression de la trachée-artère par diverses tumeurs , etc. Il est facile de reconnaître qu'alors l'asphyxie n'est plus qu'un phénomène secondaire, qu'une complication funeste dont nous ne saurions tracer ici la description.
Il est bien fréquent d'observer cette forme d'asphyxie qui résulte de l'introduction dans les voies aériennes d'un corps étranger venant du dehors. Les auteurs ont publié de nombreuses observations de ce cas : Morgagni (loc. cit., n° 38) en a mentionné quelques-unes.
Alors l'accident qui nous occupe entraîne les mêmes altérations anatomiques , les mêmes perversions fonctionnelles dont on constate l'existence chez les sujets qui succombent par suite de la strangulation. Il nous paraît, en conséquence, inutile de donner de nouveaux détails à ce sujet.
Nous présentons , néanmoins , une partie de la description que M. Savary {loc. cit., p. 391) a faite de cet accident : « La suffocation , dit-il , peut avoir lieu lentement , ou d'une manière instantanée. Les effets ne sont pas les mêmes dans les deux cas. Lorsqu'un corps étranger s'est introduit dans la trachée-artère , et que l'on fait de vains efforts pour l'expulser, le passage de l'air n'est interrompu qu'en partie, et la respiration continue à s'exécuter plus ou moins imparfaitement. Alors le sujet éprouve de la toux , des convulsions ; son visage se colore , s'injecte , devient livide. Après la mort, on trouve les poumons gorgés de sang et de matières écumeuses ; le cœur est aussi très-distendu , et sa contractilité très - promptement anéantie. Lorsque, au contraire, l'entrée des voies aériennes est totalement obstruée , le sujet perd bientôt tout sentiment et tout mouvement , son visage rougit, ses yeux deviennent fixes et proéminents; mais le cœur, dont les mouvements cessent les derniers , conserve encore assez longtemps la faculté de se contracter sous l'influence des stimulants; les poumons sont moins engorgés , ils ne contiennent pas de matière écumeuse. 11 y a alors beaucoup plus d'espoir de rappeler les sujets à la vie. »
La trachéotomie facilite l'extraction des corps étrangers qui sont engagés dans les voies de l'air : aussi est-ce l'un des moyens auxquels il convient de recourir dès que le mal acquiert quelque gravité. Néanmoins , avant de pratiquer cette opération , dont les consé
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quences ne laissent pas que d'être dangereuses , on doit toujours favoriser l'expulsion de l'obstacle à la respiration , en ayant recours aux vomitifs , aux sternutatoires, et à cette série de moyens qui ont été préconisés par la plupart des auteurs. En définitive, ce n'est qu'au praticien expérimenté qu'il appartient de prononcer sur l'opportunité de pareils secours : employés à contre-temps , ils pourraient être bien souvent plus nuisibles qu'utiles.
Ç. Asphyxie par l'écume et par les liquides bronchiques.
En 1831 , M. Piorry publia [Du procédé opératoire, etc.) un Mémoire ayant pour titre Du râle et de V asphyxie par l'écume bronchique. Dans ce travail , il s'attacha , suivant nous , à décrire plus complètement , sans doute , qu'on ne l'avait fait avant lui, l'un des phénomènes de l'agonie , surtout cette période où le râle trachéal se manifeste. Aujourd'hui l'auteur que nous venons de citer entre dans de nouvelles considérations sur le sujet dont il est question , et lui donne une telle importance , qu'on ne saurait passer son travail sous silence.
M. Piorry rappelle que chaque rameau des divisions bronchiques est , aux vésicules pulmonaires qui lui correspondent , ce qu'est la trachée-artère à la totalité du poumon. Si l'un de ces rameaux est oblitéré , l'hématose n'a plus lieu dans les vésicules correspondantes. De ce fait il déduit nécessairement la conséquence, que l'accumulation dans les divisions bronchiques d'une certaine quantité de sérosité suffit pour occasionner l'asphyxie. On ne saurait révoquer en doute de pareilles assertions; mais il serait facile de combattre M. Piorry quand il avance que l'asphyxie par l'écume et les liquides bronchiques est la cause actuelle de la mort des malades dans le plus grand nombre des cas.
Ailleurs (voyez Agonie), nous avons établi que le point de départ des phénomènes de l'agonie consiste dans une modification profonde des centres nerveux. Cette opinion est celle de MM. Rostan et Bouillaud , et nous ne jugeons point nécessaire de revenir à cette question. Nous voulons seulement établir que le phénomène de l'asphyxie par écume brouchique n'est pas simple, et pour cela nous nous appuyons sur les considérations suivantes : 1° Avant que l'écume bronchique, obstruant les canaux de l'air, ait occasionné un trouble dans les phénomènes d'hématose pulmonaire, l'organisme a déjà subi une profonde atteinte. 2° L'écume bronchique n'est exhalée en abondance au sein des voies aériennes que parce que la circulation pulmonaire est ralentie, troublée, en vertu d'une souffrance générale qui caractérise la dernière lutte contre la mort. 3° Bien que le râle trachéal se soit manifesté depuis plusieurs heures, la mort n'est point amenée nécessairement par des troubles fonctionnels
semblables à ceux qui ont été exposés dans notre description générale de l'asphyxie. 4° L'apparition du râle trachéal n'est point le signe précurseur infaillible d'une mort prochaine. 5° La mort survient, en un grand nombre de cas , sans que le râle trachéal l'ait annoncée. Si ces propositions sont fondées en vérité, l'asphyxie par écume bronchique de M. Piorry perd un peu de l'importance qu'il y attache.
C'est presque toujours une mauvaise méthode, quand on s'occupe de questions de physiologie pathologique, que celle qui conduit à scinder trop les questions. En suivant cette fâcheuse direction , on ne connaît les faits que sous un seul point de vue, et, pour peu que l'on soit susceptible d'enthousiasme pour ses propres découvertes , on arrive à des résultats quelquefois erronés.
L'accumulation de mucosités dans les bronches ne suffit point pour donner la mort. H est bien fréquent, dans le cours de certaines affections typhoïdes, d'observer des engorgements du poumon qui sévissent à droite et à gauche, dans une grande étendue; les dernières ramifications bronchiques présentent alors un engouement au moins aussi considérable que celui qui caractérise l'asphyxie par l'écume bronchique , et cependant la vie est longtemps compatible avec cet état. Dans l'exemple que nous avons choisi, l'innervation pulmonaire s'effectue comme à l'état normal , la circulation du sang dans le poumon continue avec régularité : aussi la vie n'est-elle point encore menacée. Mais quand ces fonctions sont suspendues , ou même perverties , le malade est menacé des conséquences les plus fâcheuses, et certes l'accumulation d'un peu d'écume dans la cavité des petites bronches ne constitue alors qu'une circonstance accessoire , qui n'ajoute point notablement à la gravité de son état.
Il était nécessaire, ce semble, d'inscrire les considérations critiques qui précèdent, afin d'éclairer le lecteur sur la valeur réelle des recherches de M. Piorry. Mais à présent, pour satisfaire à la tâche que nous nous sommes imposée , nous devons présenter l'analyse du travail sur l'anhématosie par l'écume et par les liquides bronchiques. Nous laissons parler autant que possible M. Piorry (Méd. prat.).
La présence des liquides et de l'écume dans les voies de l'air, et surtout dans les petites bronches et les vésicules pulmonaires , est souvent un symptôme. Comme il est difficile de remonter jusqu'à la lésion organique qui cause le dépôt de liquides dans les voies de l'air, il faut bien se décider à étudier et à combattre avec soin, plutôt un phénomène dont l'existence est évidente, que la cause organique , mais insaisissable de ce phénomène.
Dans l'anhématosie par l'écume et les liquides bronchiques , l'état des organes autres que les poumons ne diffère en rien de ce qu'il est dans les autres
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espèces d'asphyxies; seulement, comme la marche de la maladie est souvent ici très-lente , il arrive dans cette affection que les cavités droites du cœur, le foie, les veines , acquièrent un volume énorme. La percussion des poumons présente, en général, une sonoréité et une élasticité remarquables , soit en avant, sous les clavicules , soit sous les aisselles. L'auscultation à distance fait entendre des ronchus variés. Dans les premiers temps , si l'on approche l'oreille de la bouche du malade lorsqu'il respire , on entend un râle très-menu et très-loitain. A mesure que le mal devient plus grave, et qu'un plus grand nombre de vésicules ou de bronches se prennent, ce ronchus s'étend, devient plus bruyant , plus large , et finit par prendre le caractère du râle de l'agonie. Ce râle varie suivant trop de circonstances, pour qu'il soit possible de rien inférer de pratique sur ces modifications de bruits. L'auscultation directe fait entendre les râles les plus yariés, susceptibles de présenter toutes les nuances, depuis la crépitation la plus menue jusqu'aux ronchus bronchiques ou trachéaux les plus larges , depuis le râle voilé et obscur, jusqu'à la sibilance la plus prononcée. A mesure que les râles s'étendent et prennent de la force, le souffle respiratoire se fait moins entendre. Le poumon prend plus d'étendue , il refoule le diaphragme; aussi, dans beaucoup de cas, le foie s'abaisse-t-il sensiblement au-dessous du rebord costal ; les côtes semblent se dilater, et les espaces intercostaux être plus larges. La poitrine est plus saillante enavant. Les inspirations sont très-profondes, l'expiration s'exécute avec effort. Dans les derniers moments , c'est convulsivement que la respiration s'opère. Il arrive même une époque où deux ou trois grandes inspirations sont les derniers efforts du système nerveux pour lutter contre l'obstacle! mécanique que l'écume ou les liquides bronchiques opposent à l'entrée de l'air dans les organes pulmonaires. Les crachats contiennent presque toujours des quantités plus ou moins considérables d'écume ; les bulles que forme celle-ci sont d'autant plus fines, que les cavités des bronches où elles se sont formées sont plus petites , et que le liquide qui les contient a moins de consistance. 11 est important de tenir compte de la viscosité des crachats.
Le sang sur les cadavres des asphyxiés par l'écume ou les liquides bronchiques est noir, et présente les caractères qu'il offre dans les autres anhématosies proprement dites; la réplétiondes diverses parties de l'appareil vasculaire à sang noir est en rapport , soit avec la quantité des liquides circulants , soit avec la lenteur ou la rapidité de la maladie.
Presque toujours les cavités du cœur contiennent des caillots plus ou moins volumineux , qui s'étendent souvent dans les gros vaisseaux , et qui contiennent fréquemment des couches fibriueuses blanchâtres.
C'est surtout lorsque l'anhématosie a été lente , et a eu lieu chez des sujets robustes, que ces masses coagulées sont considérables.
Le poumon présente surtout des caractères qu'il est important de noter : son volume est considérable , il remplit presque toute la cavité du thorax. La surface de cet organe, examinée à l'œil nu ou à la loupe, présente l'apparence de vésicules nombreuses juxtaposées , et plus grosses de beaucoup que chez les individus qui ont succombé à l'hémorrhagie; le plus souvent les cellules pulmonaires ainsi distendues ne sont pas arrondies, mais présentent des polygones, résultats des pressions que ces cellules déterminent les unes sur les autres par les points contigus de leur circonférence. Cet état de dilatation des vésicules a été pris , et bien à tort , pour un emphysème pulmonaire.
La couleur des poumons est variable ; le plus souvent la teinte en est foncée : cette coloration correspond, en général, aux quantités de sang du sujet. La pesanteur des poumons est considérable : elle l'est beaucoup plus que chez les personnes qui ont succombé à l'anémie, ou même à d'autres asphyxies dans lesquelles les voies de l'air restent libres. Quelle que soit la quantité d'écume que contient un poumon, il surnage , et ce n'est que dans les cas où existe une complication de pneumonie, d'engouement pulmonaire hypostatique , de tubercules , etc. , que des portions détachées de cet organe gagnent le fond de l'eau. Jamais le poumon , quelque engorgé et quelque dur qu'il soit sur un point de son étendue , ne plonge en totalité, parce que l'air contenu dans l'écume le rend trop léger pour qu'il en soit ainsi.
La consistance des poumons dont les bronches et les vésicules sont remplies d'écume n'est altérée que lorsque la maladie a duré longtemps.
La pression du poumon entre les doigts de l'observateur donne lieu , dans le cas où l'écume est contenue dans les voies aériennes , à une sensation de crépitation très-manifeste. La crépitation des poumons observée sur le cadavre , n'est point un indice que le poumon soit sain , mais dénote , au contraire , que les voies aériennes contiennent un liquide écumeux.
Quand on veut constater si la mort a eu lieu par l'anhématosie de l'écume ou des liquides bronchiques , il faut, avant d'inciser les poumons, mettre à découvert et ouvrir la trachée-artère et les grosses bronches , et observer si elles contiennent ou non de l'écume. Lorsque la quantité d'écume formée dans les voies de l'air n'a pas été très-considérable , et lorsque les derniers mouvements expirateurs ont eu beaucoup d'énergie , la trachée et les grosses bronches sont vides; dans les circonstances opposées elles contiennent des liquides spumeux, et dont la viscosité, la couleur, etc. , varient en raison d'une multitude de circonstances. Le plus ordinairement l'écume qu'elles
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renferment , ainsi que celle qui se trouve plus loin , est blanche, et ne contient point de sang , à moins que le scalpel n'ait intéressé les poumons , ou qu'il y ait eu existence d'une hémorrhagie bronchique.
Lorsque les grosses divisions bronchiques sont vides, ce qui arrive fort souvent, il faut comprimer les poumons avec les mains, et l'on voit bientôt l'écume ou les liquides contenus dans des divisions plus petites, ou dans des vésicules pulmonaires, parvenir peu à peu dans des troncs plus gros.
La proportion de la sérosité bronchique , comme aussi la quantité de bulles d'air qu'elle contient, est très-variable. En général, cette sérosité es,t d'autant plus abondante qu'il y a plus de liquides dans les vaisseaux du sujet aux approches de la mort, et qu'il a existé pendant plus de temps des obstacles à la circulation , soit dans le cœur, soit dans toute autre partie. Les bulles d'air sont d'autant plus nombreuses, que les puissances inspiratrices et expiratrices ont conservé plus d'énergie , et qu'il y a eu plus de mouvements de respiration pendant l'agonie.
Jamais la maladie n'occupe absolument tout le poumon ; le plus souvent les parties les plus élevées dans le coucher sur le dos ne contiennent pas d'écume. Dans certains cas la lésion est partielle , quelquefois peu étendue, bornée à un lobe : elle occupe le plus fréquemment les parties déclives.
S'il survient dans les bronches ou les vésicules pulmonaires une exhalation plus abondante qu'à l'ordinaire, si l'évaporation des fluides déposés dans les voies de l'air est moins facile et moins prompte que de coutume , si des exhalations habituelles , telles que la transpiration cutanée, la sécrétion urinaire, etc. , se suppriment ou se ralentissent , si une cause quelconque agissant sur l'arbre circulatoire rend difficile la circulation pulmonaire, si l'expectoration par la faiblesse du malade ne peut plus s'effectuer , si le sujet , notablement prostré , est depuis longtemps couché sur le dos , si l'une ou l'autre de ces circonstances agit, soit isolément, soit simultanément, un liquide plus ou moins abondant , plus ou moins tenace, ne tarde point à se répandre dans les dernières ramifications bronchiques , et l'asphyxie s'effectue en un temps plus ou moins long.
Dans les cas les plus simples, lorsqu'elle constitue presque une maladie primitive , cette anhématosie se déclare très-lentement. Il n'en est point ainsi lorsque cet état survient par suite d'une affection aiguë , et surtout lorsque les individus qui en sont atteints ont conservé beaucoup de liquides et sont pourvus d'un appareil vasculaire très-développé.
Toutes les fois que cette anhématosie existe , et quelque faible que soit son degré , l'auscultation médiate fait entendre des ronchus dans la poitrine. Les caractères de ceux-ci sont extrêmement variables.
Quoi qu'il en soit, leur apparition, jointe à la difficulté de l'expectoration, constitue les principaux symptômes qu'il convient d'ajouter à ceux des asphyxies en général.
C'est surtout au début qu'il importe de reconnaître l'asphyxie par l'écume bronchique. Aussitôt que le médecin a quelque raison de soupçonner son existence, il doit écouter la respiration avec soin , et en approchant l'oreille très-près du malade. S'il entend un bruit de râle éloigné et profond , son attention doit être éveillée ; si ce bruit persiste après la toux , si les efforts de celle-ci ne sont pas accompagnés d'expectoration , si la teinte vermeille des capillaires est moins vive , il doit craindre pour la vie du malade.
Le traitement préservatif de l'asphyxie par l'écume et les liquides bronchiques consiste à éloigner autant que possible les circonstances qui peuvent favoriser les collections séreuses dans les bronches, et à obvier aux circonstances diverses qui peuvent s'opposer à ce que l'expectoration et l'évaporation de ces liquides se fassent convenablement. Le traitement curatif ne peut réussir que dans les cas où la maladie primitive n'est pas tellement grave et accompagnée d'une lésion si profonde , que tout espoir de conserver la vie soit anéanti. L'air que respirera le malade sera , autant que possible, échauffé et desséché; l'abstinence des boissons doit être complète toutes les fois que les liquides s'accumulent promptement dans les bronches , qu'ils s'y trouvent en grande quantité, qu'ils sont fort aqueux, quand ils envahissent un espace étendu de la cavité pulmonaire, enfin, quand les lèvres , la langue des malades, présentent la teinte livide qui correspond à un degré avancé de l'asphyxie. L'attitude assise ou verticale est celle qui convient dans le plus grand nombre des cas. Les saignées générales facilitent la respiration en diminuant la masse des poumons où le sang s'accumule , en rendant moins fréquent le besoin d'hématose , en diminuant peut-être aussi la proportion des mucosités formées dans un temps donné , en dégorgeant enfin le cœur distendu par suite de l'asphyxie qui commence. Ge n'est que chez les sujets dont l'appareil circulatoire contient beaucoup de sang , qu'il faut avoir recours à ce moyen. Les vésicatoires produisent bien souvent un effet avantageux : en général, ils doivent être très-larges, et placés sur le thorax , soit de chaque côté , soit sur un lieu voisin de la trachée-artère. Les émétiques conviennent lorsqu'il y a des mucosités ou des liquides qui s'accumulent dans les bronches , lorsque leur expectoration n'est pas facile , lorsque , d'ailleurs, il n'y a pas vers le cerveau ou le tube digestif de raisons qui fassent redouter, d'une part, une congestion de sang vers la tête , ou une irritation que des vomitifs pourraient causer sur l'appareil de la digestion. Les purgatifs ne sont indiqués que chez les sujets qui ne
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paraissent point anémiques. La scille , la digitale en frictions, employées comme diurétiques, pourront peut-être procurer quelque amendement. C'est avec avantage encore que l'on a recours à l'opération de la trachéotomie; mais il est facile de comprendre que, pour faire usage d'un semblable moyen , on ne doit se décider que si la mort est menaçante. M. Piorry pense que l'insufflation , pratiquée après la trachéotomie, combinée avec l'aspiration , pourrait présenter de grands avantages lorsque l'écume bronchique est fort abondante , et séjourne dans les bronches même après l'ouverture du canal aérien.
Tels sont les faits qui se rattachent à l'histoire de l'asphyxie par l'écume bronchique. Pour démontrer l'importance que M. Piorry attache à cette question , nous transcrivons textuellement le passage qu'il a placé à la fin de son dernier travail sur l'asphyxie par l'écume bronchique : «Terminons, dit-il, cet article en faisant remarquer qu'il est si souvent important de remédier à l'anhématosie par l'écume bronchique , même dans le cas où elle est seulement le symptôme d'une maladie grave , que souvent celle-ci pourrait guérir, si la funeste complication dont nous parlons ne survenait pas : c'est ainsi qu'une hémorrhagie cérébrale pourrait fréquemment être résorbée, des plaques de Peyer ulcérées pourraient se cicatriser, des cavernes pulmonaires se guérir, si l'anhématosie par les liquides bronchiques n'y mettait obstacle. Encore une fois , comme je l'ai dit ailleurs , il vaut mieux étudier un symptôme comme une maladie, que de négliger l'histoire d'une lésion qui cause la mort. »
3° Asphyxie par privation d'air dans le milieu ambiant. — C'est encore un cas bien simple d'asphyxie , que celui qui résulte de la privation d'air dans le milieu au sein duquel est plongé un individu qui ne respire que ce gaz. Ce cas est tellement simple, que pour étudier avec exactitude les phénomènes qui caractérisent l'asphyxie , et les modifications organiques qui résultent de la suspension de toute hématose pulmonaire , on place souvent dans le vide de la machine pneumatique les animaux qui doivent servir à l'expérience. A mesure que l'air, par le jeu du corps de pompe, se raréfie, l'animal s'agite; à un moment donné il tombe sans mouvement; et si pendant un certain temps on le laisse en cet état, la vie s'éteint en lui.
On peut constater l'apparition de phénomènes analogues chez l'homme qui succombe dans l'asphyxie par submersion , comme chez celui qui reste enfermé dans un espace où à chaque instant l'air respirable diminue. Dans ce paragraphe , il convient donc d'étudier A. l'asphyxie par submersion ; B. l'asphyxie par raréfaction de l'air. Nous nous proposons d'accorder surtout des développements à l'étude du premier cas, qui depuis longtemps a fixe l'attention des observateurs ,
et qui mérite à un si haut degré d'occuper le médecin praticien.
A. Asphyxie par submersion.
Les détails que nous avons déjà présentés au sujet des symptômes et de la marche de l'asphyxie, en général , nous dispensent de faire ici le tableau de tous les accidents que présente un sujet qui succombe à l'asphyxie par submersion. Nous devons seulement exposer les particularités qui sont propres à ce mode d'asphyxie.
Il est difficile de comprendre en une seule description l'histoire de tous les cas possibles d'asphyxie par submersion. On sait, en effet, que la marche de cet accident, que les altérations qu'il entraîne, varient considérablement en raison de l'état du sujet au moment de l'immersion. Dans quelques cas , il conserve l'intégrité parfaite de ses facultés intellectuelles ; dans d'autres , il perd connaissance dès qu'il se trouve plongé dans l'eau; la mort survient alors par syncope, et non par asphyxie ; ou bien encore, arrivé dans l'eau avec la conservation parfaite de ses facultés d'intelligence, il en jouit pendant un certain temps; mais, en butte à la crainte, se livrant à des efforts inouïs, il tombe en syncope après avoir subi un commencement d'asphyxie : ces divers cas se rencontrent communément. M. Devergie pense qu'un noyé peut succomber à cinq genres différents de mort : 1 ° à l'asphyxie, 2° à la syncope, 3" à une commotion cérébrale, 4° à l'apoplexie , 5° à un état mixte dans lequel les fonctions des poumons, du cerveau et du cœur sont suspendues presque en même temps ( Dict. de méd. et de ch. prat., t. m , p. 556). Si nous avions à envisager ce sujet sous le point de vue de la médecine légale , il faudrait étudier chacun des cas que nous venons de mentionner ; mais en médecine pratique , et lorsqu'on se borne à l'histoire de l'asphyxie, ce travail serait mal placé ici. Nous nous attacherons seulement à l'histoire de l'asphyxie par submersion.
On a attribué l'asphyxie, en ce cas, à des causes différentes qu'il n'est point inutile de mentionner. On a pensé qu'elle résulte, 1° de l'introduction de l'eau dans l'estomac , 2° de l'abaissement de l'épiglotte ; 3° de l'affaissement des poumons , 4° de l'entrée de l'eau dans les ramifications bronchiques , 5° de la viciation de l'air renfermé dans la poitrine. M. Orfila {Méd. lég., t. u, p. 277; 1828) discute de la manière suivante ces diverses circonstances.
« Introduction de l'eau dans l'estomac. — On ne saurait attribuer la mort des noyés à la déglutition du liquide et à son accumulation dans l'estomac , quoiqu'il soit avéré que cette déglutition a lieu le plus souvent : que peuvent, en effet, pour déterminer la mort, quelques onces, une livre ou deux livres d'eau avalée pendant la submersion ?
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« Abaissement de l'épiglolle. — Detharding pensait que l'épiglotte abaissée sur le larynx , chez les submergés , s'opposait à l'introduction de l'air dans les poumons, et à l'expulsion de celui qui y était déjà ( De modo subveniendi submersis per laryngotomiam). Mais l'épiglotte ne peut être appliquée sur le larynx, à moins que la langue ne soit déprimée; en outre, il n'existe pas de faisceaux musculaires assez forts pour entraîner ainsi isolément l'épiglotte.
« Affaissement des poumons. — Coleman, Sprengel, etc., ont cru que les poumons affaissés, après avoir expulsé l'air qu'ils contenaient, refusaient le passage au sang qui s'accumulait dans les cavités droites du cœur. Mais on sait que les flexuosités des vaisseaux n'empêchent pas le cours du sang , que la circulation continue pendant toutes les asphyxies. Les expériences de Bichat à ce sujet sont généralement connues. Enfin , nous avons vu que les animaux qui se se noient dilatent leurs poumons par intervalles.
«Entrée de l'eau dans les ramifications bronchiques. — Quoiqu'il soit avéré que dans beaucoup de cas de submersion, on ne trouve de l'eau ni dans la trachée -artère ni dans les ramifications bronchiques des cadavres des submergés, il n'en est pas moins vrai qu'une certaine quantité de liquide pénètre dans les voies aériennes de presque tous les animaux qui se noient... Gardanne, Varnier, Goodwin, après avoir introduit, par une incision faite à la trachée-artère des chiens et des lapins , etc., quatre fois plus d'eau qu'il n'en pénètre par la submersion , ont vu que la respiration était d'abord accélérée , puis ralentie ; que les animaux étaient incommodés et abattus , mais qu'ils ne tardaient pas à se rétablir, ce qui leur a fait penser que la mort n'était pas le résultat de l'intromission de l'eau dans les poumons. 11 est aisé de voir que les animaux soumis à ces expériences, ayant la faculté de respirer, n'étaient point placés dans les mêmes circonstances que ceux qui sont plongés dans l'eau, et que la conséquence tirée par les expérimentateurs n'est point rigoureuse.
«Viciation de l'air renfermé dans la poitrine- — La cause de la mort des individus qui périssent submergés consiste véritablement dans l'altération qu'éprouve l'air contenu dans les poumons. Cette opinion, émise par Macquer ( Dicl. de chimie, t. i, p. 278), n'est plus douteuse depuis les travaux du docteur Berger ( Diss. inaug. ; Paris , 1 5 thermidor an xui). Presque tous les animaux que l'on a noyés , dit ce médecin , rendent , au bout d'une minute et demie de séjour dans l'eau , l'air contenu dans la poitrine , et meurent , ce qui fait croire à l'action d'une cause constamment la même , et agissant dans tous les cas : cette cause, c'est le degré de viciation de l'air. On trouve, par l'analyse de l'air expulsé de la poitrine des noyés , qu'au lieu de renfermer vingt et vingt et
une parties d'oxygène, il n'en contient, terme moyen, que quatre à cinq parties : or, telle est à peu près la composition de l'air des cloches, vicié par les animaux qui ont péri asphyxiés par défaut de renouvellement de l'air. On voit que, dans ce cas, le sang, traversant le poumon , revient noir dans l'oreillette gauche, et qu'étant lancé par le ventricule aortique , il aborde les organes dépourvus des propriétés nécessaires à l'entretien de leur vitalité. On conçoit dès lors comment la suspension complète de la respiration et de la circulation peudant la syncope peuvent dérober l'individu submergé aux dangers de l'asphyxie. »
On a généralement insisté beaucoup sur les altérations anatomiques que détermine l'asphyxie par submersion. Gette question en médecine légale est d'une grande importance ; néanmoins , comme nous ne traitons point de celte matière , nous nous bornons à présenter sans développement les principales lésions que l'ouverture des corps fait connaître en pareil cas.
La face est pâle, en général , quelquefois d'une teinte légèrement violacée; les pieds, les mains, diverses autres parties du corps , participent à cette coloration; la bouche contient une écume aqueuse, peu consistante , plus ou moins abondante ; la langue s'engage souvent entre les dents ; une petite quantité d'écume assez fluide , qui tient , pour ses caractères, de la nature du liquide au milieu duquel la submersion a eu lieu, obstrue le larynx, la (rachée-artère, les bronches , et même les petites ramifications bronchiques; la membrane muqueuse des voies aériennes est assez rarement le siège d'une hypérhémie marquée de l'eau, non mélangée d'air, occupe quelquefois l'arbre aérien ; il est rare qu'elle soit tellement abondante qu'elle ne puisse pas être recueillie en totalité dans une ou deux cuillerées; cependant, parfois, elle remplit en totalité la cavité pulmonaire ; souvent elle est mélangée d'un peu de vase , de gravier, ou de ces détritus de végétaux qui flottent au milieu de l'eau. Les poumons ont une couleur violette; ils sont tachetés et comme marbrés en certaines parties , ils sont gorgés de sang fluide , ce qui augmente notablement leur volume ; aussi paraissent-ils très-développés ; leurs bords antérieurs se touchent , et souvent même s'entre-croisent ; lorsque l'on a coupé une tranche du poumon , on voit suinter à la surface de la partie incisée de larges gouttelettes d'un sang trèsfluide. Le cœur est rarement distendu par le sang; ses cavités droites, cependant, en contiennent une assez grande quantité. Le système veineux , et principalement les gros troncs, présentent un engouement sanguin fort remarquable ; rarement les cavités gauches sont entièrement vides de sang ; l'oreillette de ce côté en renferme presque toujours; l'aorte aussi en contient quelques gouttes. L'ouverture de l'estomac donne toujours lieu à l'écoulement d'une certaine quantité
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d'eau semblable à celle qui a enveloppé le corps du sujet : la quantité de ce liquide peut être très-considérable. Les intestins présentent une teinte rosée , le foie et la rate sont notablement gorgés de sang; la quantité d'urine contenue dans la vessie , et qui toujours est très-copieuse, varie de trois à six onces, et répond d'ailleurs à la capacité du réservoir urinaire ; il semble que le développement de la rigidité cadavérique favorise la sécrétion , ce qui fait qu'en certains cas la vessie est entièrement vide et contractée. Les vaisseaux sous-arachnoïdiens sont peu gorgés de sang ; la substance blanche est, en général , assez fortement sablée : souvent au tégument on rencontre des écorchures, des contusions, etc., qu'il est important de noter dans les cas de médecine légale. Les altérations que les téguments présentent varient en raison de la durée du séjour du sujet dans l'eau : on trouve, entre les ongles et la peau, de la vase , du sable et des débris de végétaux. Ambroise Paré disait ( Chir., liv. xxyiii) : Si un homme a été noyé vif, il aura l'extrémité des doigts et le front écorchés, en raison qu'en mourant, il gratte le sable au fond de l'eau , pensant prendre quelque chose pour se sauver, et qu'il meurt comme en furie et rage.
Voyons maintenant par quelle série d'accidents l'asphyxie se développe dans les cas de submersion.
Quand un individu tombe dans l'eau , et y est submergé , il pénètre d'abord à une certaine profondeur, en raison même de l'impulsion que sa chute lui avait transmise au moment de l'immersion. Bientôt il remonte à la surface du liquide ; Pair contenu dans ses vêtements, l'extension, l'écartement que subissent instinctivement ses membres, favorisent cette ascension : s'il sait nager, il se maintient de telle sorte, que la respiration de l'air a lieu pendant un temps plus ou moins long; mais bientôt il se fatigue, et alors rentre dans la condition d'une personne qui ne sait point nager; alors il se débat sans règle au milieu de l'eau , s'attache à chaque corps qu'il rencontre , gratte le fond de l'eau , apparaît et disparaît successivement à la surface ; à chaque fois que la tête sort du liquide, il se fait une inspiration qui entraîne à la fois une certaine quantité d'eau et d'air; l'eau est en partie avalée et rejetée par une secousse de la toux : mais bientôt le besoin de respirer se fait encore sentir : il se fait un mouvement qui ramène le sujet à la surface de l'eau : une nouvelle inspiration a lieu semblable à la précédente ; enfin , le malheureux noyé ne peut plus nager qu'entre deux eaux; il ouvre la bouche pour respirer, avale une certaine quantité d'eau qui pénètre en partie dans l'œsophage , en partie dans la trachée-artère ; une nouvelle secousse de toux rejette encore le liquide engagé dans les voies aériennes ; cependant le sang pénètre noir dans le cerveau , les facultés intellectuelles sensoriales et locomotives sont
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suspendues , le sujet tombe sans mouvement au fond de l'eau , l'asphyxie est complète. M. Savary ( Dieu des scienc. méd., t. u, p. 273 ) a décrit de la manière suivante les phénomènes que l'on observe chez un animal qui sert d'expérience dans des recherches sur l'asphyxie par submersion. « Quand un animal est plongé dans l'eau, son pouls devient faible et fréquent , il paraît éprouver une gêne dans la poitrine , il s'agite et cherche à gagner la surface du liquide , une certaine quantité d'air sort de ses poumons: alors l'anxiété augmente, le pouls s'affaiblit davantage, l'animal se débat avec plus de violence, et laisse échapper une quantité d'air plus considérable que la première fois; il fait quelques efforts pour respirer; l'eau s'introduit dans la bouche , et de là dans la trachée-artère : bientôt la peau se colore en bleu , surtout vers la face et les lèvres; le pouls s'arrête peu à peu; les sphincters sont relâchés ; l'animal tombe enfin sans sentiment et sans mouvement. Ces phénomènes se succèdent avec plus ou moins de rapidité, suivant la manière dont la submersion a lieu ; ils durent plus longtemps lorsque l'animal est libre , et peut s'élever à la surface du liquide pour y respirer ; ils sont trèsprompts, et l'asphyxie arrive au bout d'environ trois minutes lorsqu'on tient l'animal submergé. »
Lorsque l'individu asphyxié est immobile , froid , décoloré ou livide , sans pouls , sans respiration , dépourvu de sensibilité, deux circonstances peuvent ar- • river : 1 " l'asphyxie céder aux moyens employés pour la combattre, et le malade être rappelé à la vie ; 2° les phénomènes asphyxiques résister à tout traitement , et la mort survenir. 11 convient que le médecin sache par quels symptômes on peut pronostiquer la guérison. Le premier phénomène que l'on aperçoive comme indice d'un retour à la vie consiste dans un léger mouvement de la circulation ; la colonne sanguine remonte dans les vaisseaux veineux, ce que l'on apprécie surtout quand on a placé une ligature sur leur trajet; un léger frémissement se fait entendre à la région précordiale, et se propage jusqu'au sommet de la poitrine ; peu à peu ces oscillations vagues se régularisent, et l'on peut reconnaître les battements du cœur, ainsi qu'un râle muqueux, profond, et une sorte d'anhélation bruyante , extrêmement précipitée. La pénétration progressive de l'air dans le poumon devient appréciable , le bruit d'expansion vcsiculaire se fait entendre; mais bientôt le pouls bat avec force, il prend de la fréquence; le mouvement, la sensibilité se rétablissent; l'intelligence revient ; la respiration est fréquente , grande , suspirieuse ; la peau se colore ; une chaleur intense se répand à la surface cutanée; des signes de congestion se manifestent vers différents viscères , mais particulièrement vers les centres nerveux ; et alors de nouvelles indications se présentent : une nouvelle affection qui n'est plus l'as-
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phyxie, mais une conséquence de l'asphyxie, s'est développée; nous n'avons point ici à nous en occuper. Nous avons mentionné un autre mode de terminaison de l'asphyxie : la terminaison par la mort. Il est difficile d'en exposer les caractères : presque tous les signes sont négatifs en ce cas. Arrivé à cet état où la circulation est suspendue , où la respiration ne se fait plus j où les fonctions d'innervation sont arrêtées , le sujet noyé paraît frappé de mort, et, en effet, entre cet état et la mort, on ne connaît qu'une différence. Tant que la vie n'est point entièrement abolie, les membres conservent de la souplesse. C'est sur cette donnée que l'on s'est appuyé quand on a dit : On doit porter des secours aux noyés tant que la rigidité cadavérique n'est pas survenue. Suivant les expériences de Spallanzani et d'autres naturalistes, parmi lesquels il est convenable de citer M. Edwards {Inf. des agents phys., p. 26 ), l'asphyxie par submersion affecte une marche d'autant plus rapide , que le liquide au sein duquel elle s'effectue présente une température plus chaude; mais il est probable que cette seule circonstance ne suffit pas pour expliquer les faits di-
\ vers que l'on rencontre dans les auteurs, et qui ont trait au temps pendant lequel un individu peut rester submergé sans que tout espoir de le ramener à la vie soit entièrement perdu. Si le temps de la submersion n'a point dépassé cinq minutes, si aucune influence n'en a compliqué les effets , on peut espérer ramener le noyé à la vie. Après un quart d'heure de submersion , il est rare que les secours soient efficaces ; après vingt minutes ou une demi-heure, le cas est généralement regardé comme désespéré. Le docteur Bourgeois
; (Arch. gén. de mèd., t. xx, p. 220) a rappelé, par des soins assidus , à la vie, un sujet qui resta pendant vingt minutes environ submergé ; il pense qu'on ne doit jamais abandonner un noyé que quand la décomposition est imminente. Le temps de submersion le plus long après lequel on a pu rappeler à la vie , qui se trouve consigné dans les rapports de la Société humaine ( humane Society ) est de trois quarts d'heure. Ces faits seraient bien tranquillisants , si , d'autre part, il n'était démontré qu'une submersion de quelques minutes suffit en certains cas pour éteindre à jamais la vie. Il paraît , d'après le premier rapport sur les succès de l'établissement que la ville de Paris a fondé en faveur des personnes noyées (1773), que sur trente-trois cas dans lesquels la vie fut rendue , on en compte un pour lequel la submersion dura trois quarts d'heure ; quatre, la submersion s'étant prolongée pendant une demi-heure; trois, la submersion ayant eu lieu pendant un quart d'heure; le reste, la privation d'air n'ayant existé que durant un temps moins long. On a vu des sujets se conserver vivants sous l'eau d'une manière tellement extraordinaire que, pour se rendre compte de ce phénomène , il n'a fallu
rien moins que supposer la non occlusion du trou ovalaire ou de Botal, par lequel la circulation aurait continué à s'opérer comme dans le fœtus. Nous ignorons si cette explication est bien satisfaisante.
L'asphyxie par submersion pourrait être confondue avec la syncope , avec la commotion ou la congestion encéphalique. Il est important de distinguer ces divers états ; mais sur ce sujet nous avons déjà donné des détails dans lesquels nous ne pouvons plus entrer.
Le pronostic de cet accident ne saurait être tracé d'une manière générale ; il est surtout basé sur le temps pendant lequel la submersion a duré.
M. Devergie (loc. cit., p. 578) a tracé, dans les termes qui suivent, l'histoire des différents moyens sur lesquels repose le traitement de l'asphyxie : «On doit porter des secours aux noyés tant que la rigidité cadavérique n'est pas survenue. A cet effet , on commence à soustraire l'individu au froid , si la saison est rigoureuse. Quelle que soit la saison , on doit transporter immédiatement le noyé dans le lieu où les secours doivent lui être prodigués. On le déshabille , on l'essuie, on le pose sur un plan légèrement incliné , la tête en haut , et on le place sur le côté , afin de faciliter la sortie des liquides ou des matières qui pourraient être contenues dans la bouche et dans la trachée. On exerce immédiatement des pressions sur la poitrine et l'abdomen. On fait en même temps des frictions sur la partie interne des membres avec de la laine , ou même avec la main. On excite la luette , les fosses nasales , la plante des pieds; on imprime même des secousses à la poitrine. On prolonge pendant quelque temps ces moyens ; s'ils ne réussissent pas , on pratique l'aspiration et l'insufflation pulmonaire , soit bouche à bouche , soit à l'aide d'une sonde introduite dans le larynx, en même temps que l'on continue mécaniquement la respiration artificielle. On peut aussi essayer l'usage des lavements de fumée de tabac, qui réussissent fréquemment , au rapport de beaucoup de médecins. Ces moyens doivent être continués pendant trois , quatre ou six heures , à moins toutefois que la rigidité cadavérique ne soit survenue. Si l'on est assez heureux pour rappeler le noyé à la vie , et que des phénomènes d'excitation surviennent , on lui pratique une saignée. Lorsque la chaleur revient graduellement, on le place dans un lit chaud, on lui fait prendre quelques potions antispasmodiques , souvent même quelques liqueurs spiritueuses , mais toujours avec beaucoup de modération , et en ayant égard à l'état du cerveau. »
L'administration des secours doit être faite avec une grande promptitude ; c'est pourquoi on a proposé de la porter sur le bateau même où le sujet asphyxié est recueilli. Ce moyen serait bon si , en semblable lieu, tout était disposé pour que les soins fussent bien administrés; mais, en général , il vaut
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mieux transporter rapidement le noyé clans un local disposé de telle sorte , que des secours lui puissent être facilement donnés.
La première précaution qu'il convient de prendre alors consiste à placer le malade dans une position horizontale , couché sur le côté pour que les liquides contenus dans la bouche et les voies aériennes soient facilement expulsés , ayant la tête plus élevée que le tronc, le tronc plus élevé que les extrémités. Le lit sera isolé au milieu de l'appartement, et l'on pourra facilement circuler alentour.
On dépouillera le patient de ses vêtements , et , pour ne point perdre de temps , on les coupera avec promptitude.
Alors , par un examen rapide de toute la surface du corps, on devra constater s'il ne présente aucune blessure grave qui réclamerait des secours particuliers ; en ce moment aussi on diagnostiquera l'état asphyxique.
A l'aide de serviettes chaudes , de flanelles également échauffées, on essuiera avec soin la surface du corps , en exerçant des frictions assez énergiques sur les parties. En agissant ainsi , on rétablit la chaleur du corps. On a proposé, dans cette vue, de se servir d'une vessie remplie d'eau chaude, qu'on applique sur la région de l'estomac ; de briques chauffées , qu'on met aux pieds du malade , ou bien de sachets de cendres chaudes , qu'on promène sur toutes les parties du corps ; on a même conseillé d'appliquer la cendre immédiatement sur la peau , afin d'exciter en même temps, jusqu'à un certain point , les propriétés vitales de cet organe. Les frictions l'emportent , ce nous semble, sur les divers moyens que nous venons d'indiquer : on les fera avec une brosse douce ou avec une flanelle sèche et plus ou moins chauffée , ou simplement avec la main ; elles porteront d'abord sur le thorax , à sa partie antérieure , sur le ventre , puis sur les extrémités, et procéderont ainsi du centre à la périphérie. Ce sera avec avantage qu'on les fera avec vitesse et énergie. Par ces frictions, on pourra mettre rapidement en contact avec la peau quelques liqueurs excitantes, qui rappelleront un peu d'excitation à l'extérieur : l'eau de Cologne, l'eau-de-vie, les liqueurs alcooliques, l'eau-de-vie camphrée, rempliront parfaitement cette indication ; l'ammoniaque, le vinaigre, détermineraient au besoin un peu de rubéfaction de la peau.
On comprimera alternativement la poitrine et l'abdomen de manière à simuler le resserrement et l'amplialion de la poitrine qui ont lieu dans l'acte respiratoire. Ce moyen est d'une grande efficacité ; on ne doit jamais négliger d'y avoir recours. D'abord on rapproche les fausses côtes de la ligne médiane, de la colonne vertébrale , par une pression latérale qui porte a la fois sur le côté droit et sur le côté gauche ;
puis on comprime l'abdomen d'avant en arrière, pour déterminer l'élévation du diaphragme dans la poitrine : en agissant ainsi , on donne lieu à une inspiration forcée. On abandonne ensuite les parties à elles-mêmes ; les côtes , par leur élasticité , reviennent à leur situation première; le diaphragme s'abaisse aussi vers les organes du ventre ; un léger vide se fait dans la cavité pulmonaire , et l'air y pénètre par la trachée. C'est alors qu'on renouvelle des manœuvres semblables à celles que nous venons de décrire, et que l'on établit ainsi une respiration artificielle. Quelquefois, dans le but d'agir plus énergiquement, et de ranimer une sensibilité encore obtuse, on peut, applicant les mains sur les parties latérales de la poitrine , au-dessous des régions axillaires , y imprimer des secousses brusques qui produisent les plus avantageux résultats. 11 paraît , du reste , que ces secousses et les premiers mouvements de respiration sont trèsdouloureux aux sujets asphyxiés ; car les exemples ne manquent pas d'individus qui, sauvés de cette manière, et revenus complètement à la vie, se jetèrent avec fureur sur leurs bienfaiteurs , et les accablèrent de mauvais traitements.
Pour réveiller la sensibilité et exciter un peu le système nerveux, on a proposé des moyens moins énergiques, et dont on pourrait faire usage : on chatouille les lèvres et l'intérieur des narines avec les barbes d'une plume ou tout autre corps léger; on dirige vers les fosses nasales, avec toutes les précautions que ce moyen réclame , la vapeur d'un flacon contenant de l'ammoniaque, de l'acide acétique ou toute autre substance ayant une forte action sur le sens olfactif.
L'électricité semble produire des effets satisfaisants. M. Thillaye ne pense pas qu'on doive lui attribuer une grande efficacité ; mais M. Leroy d'Étiolles (Arçh.gén. de méd., t. xu, p. 461) annonce avoir été plus heureux que ce médecin dans les expériences qu'il a tentées, et cela parce qu'il a dirigé autrement le galvanisme. 11 enfonçait entre la huitième et la neuvième côte, sur les parties latérales du corps, une aiguille courte et très-fine; il suffisait de la faire pénétrer de quelques lignes pour qu'elle rencontrât le diaphragme ; puis il établissait le courant avec une pile de vingt-cinq ou trente couples d'un pouce de diamètre : aussitôt alors le diaphragme se contractait, et il se faisait une inspiration. M. Leroy a plusieurs fois asphyxié des animaux de même force et de même espèce ; et tandis que ceux qu'il abandonnait à eux-mêmes périssaient , ceux qu'il traitait par le galvanisme étaient sauvés. De semblables faits suffisent pour démontrer l'heureuse influence du galvanisme en pareil cas. Malheureusement l'emploi de ce moyen demande quelques connaissances spéciales qui n'appartiennent qu'à un petit nombre de personnes , et l'usage d'in-
struments qu'on ne rencontre point toujours en pareille circonstance. Telles sont les principales objections que l'on puisse adresser au mode de traitement préconisé par M. Leroy d'Étiolles, et qui avait été déjà recommandé par Collemann et J. P. Frank.
Mais tous ces moyens n'agissent peut-être point assez directement sur l'appareil respiratoire ; il est possible qu'ils n'amènent aucun changement dans l'état du sujet asphyxié : c'est alors qu'il est indiqué de recourir à l'insufflation pulmonaire. On ne peut révoquer en doute l'utilité de l'insufflation du poumon dans le cas d'asphyxie. Cette pratique, usitée de temps immémorial avec succès , employée convenablement , peut produire d'excellents effets ; mais , exécutée avec violence, comme l'ont conseillé Delagrange, Monro, etc., elle devient funeste aux individus pour lesquels on la met en usage. L'insufflation au moyen de la bouche expose moins, sans contredit, le poumon à être déchiré, que celle faite à l'aide d'une canule introduite dans la glotte, et d'une seringue ou d'un soufflet; mais, d'un autre côté, l'air poussé par ce moyen, ayant été déjà respiré, est moins pur et moins convenable que celui porté à l'état de pureté par un des instruments qui viennent d'être indiqués : aussi l'insufflation avec le soufflet est-elle particulièrement recommandée et mise en usage aujourd'hui. En 1829, M. Leroy d'Étiolles présenta à l'Académie des sciences un mémoire sur les dangers de l'insufflation de l'air dans les poumons , considérée comme moyen de secours à donner aux noyés ou asphyxiés. Il établit dans ce travail, que de l'air atmosphérique poussé avec violence dans la trachée-artère de certains animaux en détermine la mort sur-le-champ, et que, chez certains autres, quoique n'entraînant pas de même la perte de la vie , il occasionne toutefois pendant quelque temps une dyspnée très-forte et des souffrances qui persistent plus ou moins. L'insufflation pulmonaire faite à l'aide des appareils généralement en usage est d'autant plus dangereuse, que les personnes chargées d'administrer ces secours sont la plupart du temps très-ignorantes : aussi voit- on souvent leurs manœuvres suivies de la rupture des vésicules pulmonaires, d'où épanchement d'air dans la plèvre, et mort d'individus qu'on pouvait espérer rappeler à l'existence. M. Leroy s'est assuré de ces résultats par des expériences sur un grand nombre d'animaux vivants et de cadavres : il est facile de constater alors que le plus souvent le tissu pulmonaire est déchiré par l'air insufflé qui se répand dans la cavité de la plèvre, repousse et presse le poumon vers la partie supérieure de la poitrine , et s'oppose ainsi à l'accomplissement de la respiration. On a remarqué que , de nos jours , les soins donnés aux noyés semblent avoir perdu de leur heureuse influence , du moins à Paris. Ainsi , il résulte d'un relevé des asphyxies en six années, que