‹ Compendium de médecine pratique, ou, Exposé analytique et raisonné des travaux contenus dans les principaux traités de pathologie interneChapitre 25 sur 50 · ASP · texte numérisé non relu

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sur 1835 de ceux-ci, 368 ont reçu du secours, et 283 seulement sont revenus à la vie. Si l'on compare ces résultats avec ceux obtenus il y a cinquante à soixante ans, on verra qu'il existe entre eux une différence considérable , et qui est toute à l'avantage des derniers. En effet, de 1772 à 1788, Pia, échevin de Paris, fondateur et directeur des établissements de secours à donner aux asphyxiés, en sauva 81 3 sur 934, ou les huit neuvièmes environ ; tandis qu'aujourd'hui on ne rappelle à la vie que les deux tiers de ceux auxquels on administre des secours. Par ces considérations, on serait porté à croire que l'insufflation de l'air, pratiquée comme elle l'est , pourrait être une des causes de cette différence. Nous pensons, néanmoins, que , comme on ne possède pas tous les éléments sur lesquels doit reposer un semblable jugement , la conclusion qui précède est peut-être hasardée. M. Marc a prouvé d'ailleurs que les calculs sur lesquels cette proposition repose ont des points de départ inexacts. M. Devergie (loc. cit., p. 547) donne ainsi qu'il suit son opinion sur les méthodes à employer pour l'insufflation pulmonaire. « L'insufflation faite avec la bouche , appliquée sur celle de l'asphyxié, est préférée par quelques praticiens à l'insufflation. L'un des principaux motifs de cette préférence est d'introduire dans les poumons un air dont la température est appropriée à celle du corps. Ce mode d'exécution offre encore l'avantage de ne pouvoir pas faire pénétrer dans les poumons une trop grande masse d'air. Beaucoup de médecins accordent une supériorité à l'insufflation au moyen d'un soufflet, eu ce que, 1° l'air introduit contient plus d'oxygène que celui qui est expulsé de la bouche de la personne qui pratique l'insufflation; 2° il pénètre plus directement dans les voies aériennes , car un tube est introduit dans la trachée pour l'y conduire ; 3° on peut diminuer ou augmenter, et ce à volonté , la quantité d'air introduit. Ces avantages me paraissent supérieurs à ceux que peut présenter l'insufflation à l'aide de la bouche, et m'engagent à lui donner la préférence. Voici de quelle manière cette opération doit être faite. On se procure un soufflet ordinaire , mais dont l'extrémité puisse être adaptée, soit à une sonde d'argent, soit à un tube en cuivre recourbé à la manière d'une sonde. Chaussier avait proposé un tube en cuivre , qu'il appelait laryngien , et qui ne différait d'une sonde d'argent ordinaire qu'en ce que le bec était plus effilé et l'ouverture de la sonde beaucoup plus large. Il avait fait adapter en outre, à deux pouces ou deux pouces et demi du bec de ce tube, une petite crête en cuivre , garnie d'une rondelle en peau de chamois destinée à empêcher le tube de pénétrer à une très-grande profondeur dans la trachée, en venant s'appliquer sur l'ouverture supérieure du larynx. Après avoir placé l'individu sur un plan incliné , et de manière à ce que la tête soit plus

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élevée, on introduit la sonde dans le larynx, par la bouche ou par les fosses nasales ; on s'assure avec le doigt qu'elle y a pénétré; on la fait maintenir; et alors après avoir adapté le bec du soufflet à son ouverture extérieure, on pousse des petites quantités d'air à l'aide d'une légère pression exercée sur les branches de cet instrument , en ayant soin de laisser entre chaque pression un faible laps de temps. C'est alors qu'il est convenable de joindre à cette insufflation les pressions sur la poitrine et l'abdomen , ainsi que quelques secousses propres à stimuler les organes respiratoires. «L'efficacité de l'insufflation pulmonaire a été démontrée , puisque l'autorité , sur le rapport de médecins instruits , en a recommandé la pratique : les expériences faites sur les cadavres d'adultes ne donnent pas la preuve bien certaine que la rupture des vésicules pulmonaires ne puisse avoir lieu quand l'insufflation est pratiquée avec la bouche. Il convient donc d'employer l'insufflation par le soufflet.

Le docteur Bourgeois {loc. cit., p. 5 1 9) a émis quelques doutes sur les conséquences qu'il est permis de déduire des expérimentations de M. Leroy. Voici comment il pose la question : «Dans les cas d'asphyxie , des accidents aussi graves que ceux qui ont été signalés s'attachent-ils inévitablement à l'introduction artificielle de l'air dans le poumon? Qu'ils soient imminents quand cet organe, jouissant encore de quelque vitalité , réagit plus ou moins vivement pour repousser cette sorte de violence , je n'ai point , sans doute , de raison pour le contester. Mais en arrive-t-il de même , si on ne la met en œuvre que quand la fonction respiratoire est entièrement abolie , c'est-à-dire , dans le seul cas qui la réclame? c'est , je dois le dire, ce qui ne me paraît pas suffisamment établi.» Des faits nombreux témoignent de l'avantageuse influence de l'insufflation pulmonaire. Cette assertion trouve une preuve dans les deux cas qui suivent. On avait apporté au docteur Portai un enfant né asphyxié. 11 était déjà depuis quelque temps dans son amphithéâtre, lorsqu'il se mit en devoir d'en faire la dissection. Mais au moment d'opérer, ce médecin eut l'idée de souffler pendant quelque temps dans la bouche du jeune sujet qui était à sa disposition. Deux ou trois minutes se passent , la chaleur revient , la circulation commence à s'établir, le cœur bat , et bientôt le cadavre est un enfant plein de vie qu'il renvoie à ses parents. Un semblable événement fut observé par un anatomiste de Lyon, qui le communiqua au docteur Portai.

Comme le canal intestinal reste plus longtemps ir ritable que les autres appareils, on a pensé avec juste raison qu'il pourrait être avantageux de l'exciter par l'introduction de quelque principe irritant. On a recommandé l'usage des injections, par l'anus, d'une certaine quantité de fumée de tabac. Carminali , Por-

tai, et d'autres médecins, ont rejeté l'emploi d'un sem. blable moyen , considérant que l'action du tabac est narcotique et trop irritante , et que cette préparation est difficile à administrer, et d'un emploi , sinon infidèle, au moins nuisible. Néanmoins, en beaucoup de localités on en fait encore usage. On a préconisé l'action de certains lavements , composés tantôt par de l'eau salée (4 onces de sel pour un lavement) , par un mélange d'eau et de vinaigre (une partie de vinaigre sur trois parties d'eau) , par une dissolution aqueuse de chlorate de potasse (trois gros de chlorate de potasse pour un lavement) : ces différents agents médicamenteux ont souvent amené des effets satisfaisants. Pour leur introduction , on choisit généralement la voie du rectum , attendu que chez les sujets asphyxiés les actes de déglutition sont suspendus, et qu'Userait fort difficile de faire pénétrer la moindre liqueur dans l'estomac.

On ne doit point se décourager dans l'emploi des divers moyens de traitement qui ont été précédemment signalés; on fera bien de les continuer pendant trois , quatre ou six heures , à moins toutefois que la rigidité cadavérique ne soit survenue.

Plus tard, comme nous l'avons dit, il peut être utile de recourir à la saignée. Faut-il en toute circonstance attendre que des signes dévie aient été donnés pour pratiquer cette opération? 11 est facile d'admettre à priori qu'elle ne doit avoir d'efficacité que quand la circulation commence à s'établir : aussi est-ce à ce moment qu'il convient d'ouvrir la veine. Nous avons déjà vu qu'au sujet de certaines pratiques dans le traitement de l'asphyxie , de nombreux dissentiments se sont élevés parmi les médecins : la saignée aussi a été le motif de semblables querelles. Nous pensons que ce moyen ne saurait être employé indistinctement dans tous les cas , et sur ce sujet nous transcrivons l'opinion de Portai (Observ. sur les noyés; Paris, 1787, p. 97). «La saignée, dit-il, peut être employée dans le traitement des noyés; mais comme il est des cas qui l'indiquent , il en est aussi qui en proscrivent l'usage : par exemple, il serait téméraire de la tenter sur des corps glacés, et dont les membres commencent à raidir; il faut, au contraire, s'occuper de les réchauffer par les moyens que nous avons indiqués ci-dessus : on opérerait un effet tout contraire si l'on recourait à la saignée. Mais lorsqu'un sujet a été retiré de l'eau peu de temps après qu'il a été submergé , que son visage est noir , violet , ou simplement rouge , lorsqu'on sent encore quelque peu de chaleur dans l'habitude extérieure de son corps , lorsque enfin ses membres sont flexibles et ses yeux luisants et gonflés , alors il ne faut point craindre la saignée; on doit même y recourir. La saignée la plus efficace est celle de la jugulaire; elle dégorge directement le cerveau, dont les vaisseaux sont alors distendus par le sang: de cette

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manière, on voit quelquefois le sujet revenir à la vie dès qu'on a dégagé ce viscère de la pression qu'il éprouvait. » D'après la remarque de M. Devergie (loc. cit., p. 550) , la saignée est surtout avantageuse dans le délire furieux qui accompagne le retour à la vie de quelques noyés.

Ici se terminent les considérations dans lesquelles il était nécessaire d'entrer touchant le traitement de l'asphyxie par submersion , dont on a si communément occasion de combattre les fâcheux effets.

B. Asphyxie par raréfaction de l'air.

L'asphyxie par le vide ou la raréfaction de l'air n'a probablement jamais été observée sur l'homme : plusieurs fois , dans les laboratoires de physique, on a pu étudier sa marche et ses progrès sur des animaux renfermés sous le récipient de la machine pneumatique : aussi , au premier abord , semble-t-il que dans cette étude le médecin praticien n'ait aucune connaissance utile à puiser. Cependant , si l'on rapproche de ce fait les observations qui ont été recueillies par M. Gay -Lussac, dans une ascension aérostatique à la hauteur de 3,600 toises ; par M. de Humboldt, dans son excursion au volcan d'Antisana, à 2,773 toises de hauteur; dans son expédition au Chimborazo, à 3,031 toises, la colonne barométrique marquant 13 pouces 1 1,2 lignes; par Saussure, dans ses voyages aux Alpes; si l'on étudie les récits qui ont été faits d'individus qui , pendant un certain temps , restèrent enfermés dans un espace où l'air ne pouvait être renouvelé , on reconnaît que les troubles qui surviennent en ces diverses circonstances ont entre eux la plus grande analogie. Ainsi , dans tous ces cas la respiration s'accélère , le pouls devient plus fréquent, de la faiblesse survient, qui entrave plus ou moins complètement le mouvement. Du reste, il est des accidents qui appartiennent plus particulièrement à la diminution dans la pesanteur de l'air, comme les hémorrhagies, et d'autres au non renouvellement de ce principe de vie. Percy a rappelé (Journ. deméd., t. xx, p. 382) une scène horrible, dont la relation détaillée appartient à Y Histoire des guerres des Anglais dans i Indoustan , et où cent quarante-six personnes furent renfermées dans une chambre de vingt pieds carrés, qui n'avait d'autre ouverture que deux petites fenêtres donnant sur une galerie. Le premier effet qu'éprouvèrent ces malheureux prisonniers fut une sueur abondante et continuelle; une soif insupportable en fut bientôt la suite : à cette soif succédèrent de grandes douleurs de poitrine et une difficulté de respirer approchant de la suffocation ; ils étaient dévorés d'une fièvre qui redoublait à tout moment. Avant minuit, c'est-à-dire durant la quatrième heure de leur réclusion , tous ceux qui restaient encore en vie, et qui n'avaient point respiré

aux fenêtres un air moins infect , étaient tombés dans une stupidité léthargique ou dans un affreux délire. A deux heures du matin , il n'y avait plus que cinquante vivants. Quelque temps après , la prison fut ouverte : décent quarante- six hommes qui y étaient entrés, il n'en sortit que vingt-trois vivants; ils étaient dans le plus déplorable état qu'on puisse imaginer. Dernièrement, un rapport a été fait par le docteur J. Soviche sur huit mineurs qui restèrent enfermés pendant cent trente-six heures dans la houillère du bois Monzil {Journ. des conn. méd. chir., 4e année, p. 117 et suiv.). Lorsque la délivrance de ces malheureux s'est opérée , ils approchaient du moment où l'exercice d'une des fonctions indispensables à la vie aurait eu la plus grande difficulté à s'exécuter, et où l'asphyxie par défaut d'air respirable aurait terminé leurs souffrances. En effet, quelques heures avant l'achèvement de la percée , leur respiration était pénible , stertoreuse, et ils ne pouvaient, pour la plupart, articuler une seule parole : leur tête était le siège de vives douleurs , et leurs membres ne les soutenaient qu'à peine ; un assoupissement profond s'empara d'eux, et quelques-uns délirèrent. Ils souffrirent peu de la longue abstinence à laquelle ils furent soumis ; ils purent satisfaire leur soif, car ils avaient à leur disposition une eau qui ne contenait rien d'impur. La sensation la plus pénible à laquelle ils furent en proie pendant ces six malheureux jours, fut celle d'un froid dont l'intensité allait toujours en augmentant. Il est facile de reconnaître que dans ces différentes circonstances , des accidents particuliers durent survenir, en raison même de la situation spéciale dans laquelle se trouvaient placés ces individus. On ne peut nier aussi que , dans quelques cas, l'air, subissant une infection plus ou moins grande , ne nuise encore par cette propriété délétère nouvelle.

4" Asphyxie par arrêt dans la circulation pulmonaire. — On sait que , du temps de Haller, on expliquait les phénomènes de l'asphyxie en avançant que, par certaines influences, le poumon devient imperméable au sang qui lui est envoyé par le ventricule droit: ce fluide engorge alors les cavités droites du cœur et l'arbre veineux , tandis qu'il manque aux cavités gauches et à l'arbre artériel. D'après cette théorie , le cas dont il s'agit en ce paragraphe pourrait servir de type à toutes les autres formes d'asphyxie. Mais pour tous les physiologistes qui admettent la théorie de Bichat , ce n'est qu'un phénomène complexe qui ne mérite alors d'être étudié que secondairement. Comme exemple d'asphyxies résultant d'un obstacle dans la circulation pulmonaire , nous citons ici l'asphyxie par le froid et l'asphyxie du choléra. Nous estimerons plus bas ce classement , qui n'a pas reçu l'approbation de tous les médecins.

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A- Asphyxie par congélation.

M. Bérard (loc. cit., p. 217) a élevé des doutes sur la possibilité de l'asphyxie par l'action du froid ; il pense que le phénomène est trop complexe pour qu'on puisse en apprécier le point de départ. Cette hésitation n'est pas généralement partagée. Voici comment M. Guérard s'exprime à ce sujet (Dict. de méd., 2e éd., t. xiii, p. 525) : «Les autopsies qui ont été faites après la mort par congélation , ont montré un engorgement des poumons et des cavités droites du cœur : les veines et les sinus cérébraux étaient remplis de sang , mais il n'y avait aucun épanchement dans les ventricules , à la base ou dans la substance du cerveau : la mort avait donc lieu par une véritable asphyxie. M. Devergie {loc. cit., p. 552) admet aussi l'existence de cette asphyxie, dont il donne une description. Ceux qui sont exposés à l'action d'un froid intense éprouvent une faiblesse musculaire générale , qui bientôt est portée au plus haut degré ; la station est impossible : ils chancellent comme dans un état d'ivresse, et tombent pour ne plus se relever; un voile épais semble obscurcir la vue : un besoin marqué de sommeil se manifeste, et, bien que les malades soient avertis du danger qui accompagne cet état de repos, ils s'y abandonnent presque tous avec délices : quelquefois la mort termine en peu d'instants cet assoupissement léthargique; mais le plus souvent la respiration et la circulation s'entretiennent encore pendant un certain temps avant de se suspendre complètement. « Les malades , dit M. Savary (loc. cit., p. 368) peuvent rester dans cet état pendant assez longtemps, sans que le principe de la vie soit entièrement éteint : on en a vu revenir à eux au bout de vingt-quatre heures , et même de deux jours ; mais il est essentiel que les secours qu'on leur administre soient sagement dirigés. » Reeve nous a transmis , dans son livre sur la torpeur, l'observation d'une femme qui , au retour du marché , fut assaillie par un tourbillon de neige : elle y resta huit jours , à six pieds de profondeur environ , au bout desquels elle fut retrouvée vivante et ayant conservé sa sensibilité; la gangrène qui se déclara, la fit mourir quelques semaines après.

Lorsque l'on est appelé à remédier à un semblable accident , il est convenable de procéder de la manière suivante. On commence par débarrasser le malade de ses vêtements , on le plonge dans la neige , on le frotte avec cette matière , puis avec des compresses mouillées d'eau froide à la glace , enfin avec de l'eau tiède, en dirigeant toujours les frictions du centre épigastrique jusque vers les extrémités. Dès qu'un peu de chaleur se répand à la surface du corps, que les membres perdent de leur rigidité, on couche le malade dans un lit non bassiné , et l'on continue les frictions à sec. Plus tard , lorsque la chaleur et la

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souplesse naturelles du corps sont revenues , on rétablit la respiration à l'aide des procédés ordinaires, et pour favoriser la réaction , on fait prendre au malade quelques boissons aromatiques chaudes.

B. Asphyxie du choléra.

La plupart, sinon la totalité des médecins anglais, parmi lesquels nous pouvons citer William Scott (Traité du chol.morh. de l'Inde , trad. par Blin; Paris , 1831) , ont désigné le choléra épidémique de l'Inde par l'épithète à1 asphyxique, à cause de la chute ou arrêt de la circulation , qui dans tous les cas mortels , se manifeste bien plus longtemps avant la mort que dans les autres maladies. Cette opinion a prévalu parmi un grand nombre de pathologistes , et la dénomination de choléra asphyxique est employée encore par beaucoup d'auteurs. Cette circonstance nous a obligé à envisager ici cette question; mais, dans le but de ne point lui donner trop de développements , et d'ailleurs pour ne point aborder ici par anticipation un sujet qui trouvera place ailleurs, nous nous contentons de transcrire ici la réfutation que M. Dalmas (Dict. de Méd., 2e édit., t. vne, p. 515) a faite de l'opinion précédemment énoncée. «Il n'y a pas lieu , dit-il , à considérer un cholérique comme un asphyxique. Un cholérique est-il jamais privé d'air ? L'hématose se fait mal , incomplètement : à la bonne heure ; mais la circulation dans ce cas n'estelle pas elle-même interrompue ? Le sang noir n'est pas porté , comme chez les asphyxiés par les artères dans toutes les parties du corps. On le sait bien , puisque les artères sont vides, et puisqu'on les ouvre impunément. Dans les deux cas , par des causes différentes , il y a défaut d'oxygénation , et par suite défaut de stimulus et d'excitement , mais la parité ne va pas plus loin. » D'après ces considérations , nous pensons qu'il est inutile de maintenir comme réelle l'existence d'une asphyxie due au choléra-morbus épidémique.

5° Asphyxie par suppression ou suspension, de l'influx nerveux. — Lorsqu'un trouble grave est apporté aux fonctions d'innervation, l'asphyxie peut survenir de deux manières différentes. Tantôt l'influence nerveuse manque aux muscles inspirateurs , et la mort survient par suite de l'inaction de la paroi thoracique ; tantôt l'influence nerveuse manque au poumon lui-même , entrave dans cet organe l'opération de l'hématose , et, partant, occasionne l'asphyxie. Nous ne pouvons qu'indiquer ici ces différents cas ; nous jugeons inutile d'insister longuement sur des faits qui n'ont point d'intérêt dans la pratique.

A. Asphyxie par section ou compression de la moelle épinière.

On sait que si l'on fait sur un animal vivant la

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section de la moelle épinière au-dessus de la première vertèbre dorsale , les mouvements des côtes sont à l'instant abolis , et la respiration ne s'opère plus que par les mouvements d'abaissement et d'élévation du diaphragme. Si la section est pratiquée plus haut , c'est-à-dire , entre la troisième et la quatrième vertèbre cervicale, la respiration devient beaucoup plus gênée, et finit par s'interrompre complètement ; elle cesse tout à coup quand la moelle épinière est coupée entre l'occipital et la première vertèbre. Les notions les plus élémentaires de la disposition des nerfs de l'épine rendent compte parfaitement de la forme des accidents. 11 arrive quelquefois que chez l'homme on est à même de tenir compte de pareilles circonstances : une plaie à la région cervicale supérieure , la luxation de la première vertèbre, une fracture de l'épine, une forte commotion , l'introduction d'un instrument tranchant dans l'écartement que laissent entre elles les vertèbres , amènent souvent la mort de cette manière : c'est ainsi que succombent les individus écrasés par le passage d'une roue de voiture sur la région du cou. L'asphyxie n'est dans ce cas , comme le remarque M. Devergie (loc. cit., p. 551), que l'effet d'une blessure mortelle , et devient plutôt un genre de mort qu'une maladie.

B. Asphyxie par section ou compression du nerf pneumo-gastrique.

Legallois , Dupuytren , Provençal , Magendie , Mayer, Brodie , de Blainville , ayant vu des animaux périr après la section des nerfs de la huitième paire , ont constaté que la mort était alors due à une véritable asphyxie. Le poumon a paru paralysé dans cette circonstance ; on a jugé qu'il était incapable d'absorber l'oxygène ni de rien exhaler. Gette explication ne semble plus aujourd'hui conforme à la vérité. La section du nerf pneumo-gastrique abolit la sensation du besoin de respirer, de telle sorte que les animaux , après cette opération, se laissent asphyxier par suite de la suppression de ce sentiment , qui annonce la nécessité de l'hématose pulmonaire. A cette cause d'asphyxie s'en vient joindre d'autres. Ainsi les conduits bronchiques ont perdu, dans le cas dont il est question, la contractilité qui leur est propre. Gette circonstance rend la respiration difficile, car l'air ne peut qu'avec effort surmonter l'obstacle que lui oppose la paralysie des bronches; il pénètre moins profondément , l'hématose est incomplète , et le sang devient de moins en moins rouge. Puis , du mucus s'amasse incessamment dans les dernières ramifications bronchiques , l'expectoration ne peut plus s'effectuer, car les conduits obstrués ne sont plus contractiles ; et bientôt cette masse de mucosités contrarie et suspend toute respiration. L'asphyxie s'effectue. Nous ne saurions accorder d'autres développements à

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un sujet qui rentre plus dans le domaine de la physiologie que dans celui de la médecine pratique.

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