C. Asphyxie par la foudre
Des doutes ont été élevés par les physiologistes et les médecins , dans ces derniers temps, sur la prétendue influence asphyxiante de la foudre. On pense généralement que l'électricité agit en ce cas brusquement sur l'ensemble du système nerveux, et détermine la mort primitivement par les nerfs. L'intensité de son action est, du reste, très-variable : tantôt elle n'occasionne qu'un trouble momentané des fonctions; tantôt elle donne lieu à la suspension de quelques actes fonctionnels seulement. Quoi qu'il en soit, la difficulté n'en subsiste pas moins sur la question de savoir si l'état de mort apparente , que l'on constate en une infinité de cas , est le résultat de l'asphyxie ou l'effet d'une commotion grave des centres d'innervation.
C'est toujours un enseignement utile, que celui qui fait connaître par quelles précautions on se soustrait à un danger. Nous prétendons y satisfaire en rappelant qu'au moyen d'un paratonnerre bien construit on préserve une habitation des ravages de la foudre; que d'ordinaire, en temps d'orage , il faut éviter le voisinage des corps qui , par leur élévation , soutirent l'électricité des nuages ; on doit s'éloigner des églises qui sont pourvues d'un clocher élevé , des arbres qui se trouvent isolés dans la campagne. Dans les appartements , il est prudent de se tenir à une certaine distance des cheminées, qui surmontent toujours nos habitations, et conduisent assez facilement l'électricité par la suie dont elles sont tapissées à l'intérieur; on doit encore craindre l'approche de masses métalliques tant soit peu volumineuses , et en particulier des tuyaux de conduite des eaux pluviales et ménagères. Deux ordres de moyens particuliers ont été préconisés dans le traitement de ce genre d'asphyxie , où l'on a rarement des secours à donner. Voici comment M. Devergie {loc. cit., p. 551) en trace l'exposé : «L'un consiste à placer le corps de l'individu dans un tas de fumier ou dans une fosse creusée dans la terre ; il a, dit-on, quelquefois réussi : l'autre , à employer l'électricité sous la forme de décharges très-faibles. Que si l'expérience avait confirmé l'emploi de ces moyens , je ne chercherais pas à les discuter ; mais les cas de succès d'après lesquels ils ont été conseillés sont si peu nombreux , que le raisonnement peut ici infirmer ou confirmer leur emploi. C'est probablement dans le but de soustraire au corps de l'individu qui s'est trouvé sous le courant électrique , l'électricité dont il est chargé, que l'on a préconisé le premier moyen : on multiplie de cette manière les points de contact avec la terre , réservoir commun. Quoique ce raisonnement soit en apparence assez juste , et par cela même le moyen rationnel sa
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valeur n'est-elle pas réduite à bien peu de chose , quand on réfléchit que du moment qu'un individu surchargé de fluide électrique à l'aide d'une machine, se met en contact avec la terre par la surface la plus petite, il perd aussitôt l'excès de fluide qu'il retenait; que d'ailleurs tout porte à croire que c'est moins l'excédant d'électricité que les effets résultant de l'influence de la foudre sur le système nerveux qu'il faut chercher à combattre ? Quant au second moyen , il a été proposé d'après l'observation du fait suivant : les poulets privés de tout sentiment et de tout mouvement par des chocs électriques violents imprimés à la tête ou à la poitrine , peuvent être retirés de cet état à l'aide de chocs électriques moins forts. Il faudrait alors admettre qu'une décharge électrique forte est trop stupéfiante pour le système nerveux, tandis qu'une décharge électrique faible est stimulante. » Il arrive parfois que les individus foudroyés présentent cet ensemble de symptômes qui caractérisent une congestion du cerveau et des poumons. Alors le visage est violet , le corps raide , les membres sont contractés , du sang s'écoule par le nez , les yeux et les oreilles. Dans ces cas , il est indiqué de recourir aux émissions sanguines , à la saignée du bras , aux moyens révulsifs appliqués , soit à la surface cutanée, soit à la surface intestinale.
6° asphyxies par respiration de gaz contraires à l'hématose pulmonaire , mais n'ayant point d'action délétère sur l'économie. — L'azote, l'hydrogène , le protoxyde d'azote, peuvent donner lieu à l'asphyxie, parce qu'ils ne possèdent pas les éléments capables de déterminer le changement du sang noir en sang rouge.
Il est démontré aujourd'hui que l'hydrogène et l'azote sont impropres à la respiration : cependant on ne peut attribuer leur action sur l'économie animale à des propriétés délétères qu'on leur supposerait. Des expériences nombreuses ont fait reconnaître que l'on peut injecter dans les veines une grande quantité de ces gaz sans donner naissance à aucun accident grave. Cette circonstance doit faire regarder ces corps comme non délétères. L'hydrogène et l'azote ne se montrent jamais à l'état de pureté dans la nature -, ils ne sont pas employés dans les arts : aussi n'y a-t-il point d'exemple d'asphyxie par ces principes qui se soit développée chez l'homme. Nous croyons , en conséquence , devoir borner aux faits qui précèdent les considérations qui se rattachent à l'étude de l'asphyxie.
Le gaz protoxyde d'azote a fixé pendant un certain temps l'attention des médecins. Respiré par H. Davy, qui voulait étudier son action sur l'économie animale , il détermina d'abord du vertige , ensuite des sensations analogues à celle que produit une douce pression sur les membres, puis des frémissements
très-agréables , particulièrement dans la poitrine et les extrémités. Les objets soumis à la vision paraissaient éblouissants de clarté , l'ouïe avait acquis une finesse extrême. Enfin, l'expérimentateur fut pris d'une agitation violente, d'un besoin marqué de se mouvoir. Dans une expérience semblable , Proust éprouva des étourdissements et un malaise inexprimable. Le même gaz ayant été respiré par Vauquélin , occasionna presque subitement une oppression marquée des forces ; le pouls était extrêmement agité, un bourdonnement se faisait entendre dans les oreilles , les yeux étaient hagards et roulaient dans les orbites , les traits décomposés , la voix avait perdu toute force , à peine pouvait-elle être entendue ; la souffrance était extrême. Chez deux élèves de Vauquelin la respiration devint bientôt très-précipitée , la face blême et bleuâtre : après l'expérience ils tombèrent en défaillance , et restèrent dans cet état pendant quelques secondes. M. Thénard , qui voulut aussi se soumettre à l'action de ce gaz , devint successivement pâle et violet ; il était sans force , et ne voyait les objets que comme à travers un nuage; tous les corps qui l'environnaient semblaient être en mouvement ; une céphalalgie intense se manifesta , et se prolongeait encore quelques heures après la fin de l'expérience. M. Orfila ayant essayé une épreuve de ce genre , ressentit des vertiges , un malaise extrême , une vive chaleur dans la poitrine , il éprouva un évanouissement qui dura six minutes. Si l'on cherchait à rapprocher les diverses observations qui ont été recueillies en vue de faire connaître l'action du gaz protoxyde d'azote , on trouverait qu'il a déterminé des accidents fort différents. Le gaz protoxyde d'azote n'a , du reste , jamais donné lieu aux accidents de l'asphyxie chez l'homme.
7° asphyxies déterminées par la respiration de gaz, ayant une action contraire à l'hématose pulmonaire , et réagissant sur l'économie par des propriétés délétères. — «A part l'oxygène, dit M. Devergie (Dict. de méd. et de chir. prat., t. ix , p. 140) , il n'existe pas de gaz capable d'entretenir la respiration. Mais tous les corps gazeux sont impropres à la respiration , sous le rapport qu'ils ne possèdent pas les propriétés de l'oxygène ; il en est un certain nombre qui sont délétères par eux-mêmes, c'est-à-dire qu'ils réagissent sur l'économie , de manière â amener la mort , en vertu des propriétés dont ils sont doués. Il est important de bien établir cette distinction entre les corps gazeux ; et afin de la faire bien comprendre, nous allons l'appuyer d'un exemple: que l'on place un oiseau sous une cloche remplie d'azote , gaz non délétère , ou sous une autre cloche pleine d'hydrogène arsénié , gaz le plus délétère , l'animal périra dans les deux cas ; mais dans le premier il succombera parce qu'il n'existait pas , avec
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l'azote , d'oxygène capable d'entretenir la vie ; tandis que dans le second , la mort sera le résultat immédiat de l'action directe de l'hydrogène arsénié sur l'animal. »
M. Devergie mentionne parmi les gaz délétères les gaz ammoniac , acide carbonique , chlore , protoxyde de chlore , deuloxyde de chlore , cyanogène, hydrogène arsénié , hydrogène carboné , hydrogène prolo et perphosphoré , hydrogène sulfuré, acide nitreux, oxyde de carbone, oxygène et acide sulfureux.
Nous ne pouvons , à l'égard de chacun de ces gaz , entrer dans des détails circonstanciés , il en est peu qui , dans l'état habituel de la vie , donnent lieu à des asphyxies ; presque toujours ils agissent à l'état de combinaison : aussi , dans un livre de pratique , convient-il de les étudier sous ce point de vue. Nous conformant à ce principe , nous envisagerons successiment l'asphyxie par la vapeur du charbon , celle qui provient du gaz des fosses d'aisance , celle qu'occasionne le gaz de l'éclairage , celle qui résulte de la fermentation alcoolique.
A. Asphyxie par la vapeur du charbon.
Lorsque le charbon de bois commence à brûler, la vapeur qui se forme contient , suivant M. Orfila , sur cent quatre-vingt-huit parties en volume , 1° trentehuit d'air atmosphérique ; 2° vingt-six de gaz acide carbonique ; 3° quatre-vingt-dix-huit de gaz azote ; 4° vingt-six de gaz hydrogène carboné. Les gaz produits au milieu de la combustion , lorsque le charbon est parfaitement enflammé, ne fournissent pas, au contraire , d'hydrogène carboné ; et cent soixantequatorze parties donnent, 1° quatre-vingt-un d'air atmosphérique; 2° vingt d'acide carbonique; 3° soixantetreize d'azote.
D'après ces résultats, on est autorisé à penser que l'asphyxie par la vapeur du charbon doit varier dans les phénomènes qui l'accompagnent , selon que cet accident a lieu à l'instant où le charbon commence à s'enflammer, ou lorsque déjà il est en pleine combustion.
Lésions anatomiques. — Les altérations pathologiques que l'autopsie dénote , varient toujours en raison du temps qui s'est écoulé depuis la cessation de la vie. On a particulièrement insisté sur la flaccidité des membres , sur la chaleur que conserve le cadavre des sujets qui succombent. Ce fait n'est point aussi constant qu'on a paru d'abord vouloir l'établir. M. L'Héritier {Méd. prat., publiée par M. Fossone) a reconnu que la rigidité cadavérique est très-prononcée chez les sujets qui succombent durant des mouvements convulsifs violents. Quand l'asphyxie a été rapidement mortelle , si l'ouverture du corps est immédiatement pratiquée , la peau , les membranes muqueuses de la bouche et du nez, la langue , paraissent
pâles et tout à fait exemptes de cyanose. Les veines sous-cutanées sont d'un rose très-vif; elles contiennent toutes un sang fluide , dont la couleur devient bientôt foncée par le contact de l'air, mais qui avant d'être ainsi exposé à l'action atmosphérique est d'un rose vif, qui se rapproche beaucoup du rouge cerise. Quand l'asphyxie s'établit lentement, le sang est , au contraire, d'une couleur foncée, violette, lie-de-vin ; le même phénomène a lieu dans tous les cas , lorsque l'examen cadavérique n'a lieu qu'un temps assez long après le décès. Alors le sang est noir, les membranes muqueuses sont fortement injectées , les vaisseaux capillaires prennent une teinte livide , violacée , les muscles, dont la chair était d'abord rose, acquièrent la couleur rouge foncée. L'artère pulmonaire et la veine jugulaire sont , de tous les vaisseaux , ceux qui contiennent la plus grande quantité de sang. La fluidité de ce liquide ne l'empêche pas de se former en petits caillots peu volumineux. La membrane muqueuse des voies aériennes est pâle ou violacée , ce qui dépend , comme il est facile de le prévoir d'après ce que nous avons déjà dit, de la lenteur ou de la rapidité avec laquelle la mort a lieu. Les poumons , de couleur rose , s'affaissent à l'ouverture de la plèvre , et n'occupent plus alors que la partie postérieure et supérieure de la cavité thoracique ; ils contiennent fort peu de sang rouge cerise, et ne crépitent pas sous le doigt. La trachée-artère est sèche , il n'y a pas de liquide dans les bronches , la glotte est ouverte , et l'épiglotte relevée , caractère qui , dit-on , est invariable. Le volume des cavités auriculaires a subi une telle augmentation , que les ventricules sont presque entièrement recouverts par elles. Le sang qu'elles renferment est rose ; il s'y forme quelquefois des caillots assez consistants. Gette dilatation des oreillettes du cœur cesse après l'ouverture des veines qui s'y épanchent. Les ventricules du cœur conservent presque constamment la dimension et la consistance qui leur sont naturelles. Le ventricule droit contient de petites quantités de sang rose, tandis qu'on n'en rencontre pas dans le gauche , au moins le plus communément. Le parenchyme du foie présente une Couleur rouge cerise qui est très-prononcée. Les intestins sont distendus par des gaz , et présentent , après un certain temps de contact avec l'air, une teinte violacée très-marquée. M. Orfila [Méd. lég., t. m, p. 375, 2e éd.) a consigné des résultats différents de ceux que nous venons d'exposer, ce qui tient sans doute à la forme d'asphyxie qu'il a observée , puis à l'époque qu'il a choisie pour l'investigation cadavérique. «Après la mort , dit-il , on remarque que la chaleur se conserve pendant longtemps , et que la rigidité cadavérique , qui ne se manifeste qu'après le refroidissement du cadavre , tarde beaucoup à s'emparer des muscles ; tout le corps est légèrement tuméfié , et présente le
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plus souvent des taches violettes; le visage, plus gonflé qu'aucune autre partie , est plus rouge qu'à l'état ordinaire ; les yeux sont vifs et luisants ; les lèvres sont vermeilles ; le système veineux contient beaucoup de sang noir et très-coulant , surtout dans les poumons et dans le cerveau , tandis qu'il y en a peu ou presque pas dans le système artériel ; la langue est tuméfiée, l'épiglotte toujours relevée, et les poumons emphysémateux; les membranes muqueuses , et notamment celles de l'estomac et des intestins , sont rougeâtres, et parsemées quelquefois de taches noires qui sont de véritables ecchymoses.» Nous devons à la vérité de dire que la description donnée par M. Orfila est parfaitement conforme à celle qu'ont tracée Portai (/oc. cit., p. 7 et suiv.) , M. Savary [loc. cit., p. 390), et d'autres pathologistes , ce qui nécessite un nouvel examen des faits dont nous avons ci-dessus présenté l'analyse , et qui ont été émis par M. L'Héritier.
Sjmptomatologie. — Les phénomènes qui suivent , caractérisent l'invasion et les progrès de l'asphyxie par la vapeur du charbon. D'abord le sujet éprouve un sentiment de pesanteur , de gêne et d'étonnement vers la tête ; à cet état succède bientôt une céphalalgie assez prononcée , qui occupe surtout les parties latérales de la tête , les régions temporales ; il ne trouve de soulagement à son mal qu'en se laissant aller au sommeil; la fatigue est grande, les forces musculaires paraissent moindres , des vertiges se manifestent, un bourdonnement d'oreilles presque continuel et fort incommode vient s'y joindre. La respiration est alors difficile, fréquente, suspirieuse; le malade se plaint d'une constriction toute particulière qui a pour siège la région sous-sternale ; les contractions du cœur sont fréquentes , énergiques , et soulèvent la paroi thoracique; le pouls est dur, fréquent, développé ; une véritable fièvre s'allume ; les muscles sont agités de soubresauts peu prononcés , qui se manifestent principalement dans les muscles du visage. Alors le pouls devient petit, irrégulier, inégal; la main , portée sur la région du cœur, perçoit quelques frémissements à peine sensibles , qui de temps en temps sont interrompus par un choc intérieur qui repousse avec énergie la paroi thoracique. 11 arrive un moment où la circulation , la respiration , les mouvements volontaires, sont comme suspendus. Le malade tombe dans un coma profond ; les fonctions des organes des sens sont absolument suspendues ;la vue, l'ouïe, le toucher , ne paraissent plus affectés par les modificateurs qui sont dirigés contre ces sens; la mort ne peut tarder à suivre. Les muscles sphincters sont paralyses , les urines et les matières fécales s'épanchent au dehors , le malade est dans un état de mort apparente. Néanmoins le corps ne se refroidit pas; il conserve pendant longtemps la même température qu'il
avait avant l'accident ; les membres sont le plus souvent flexibles ; quelquefois , cependant , ils se raidissent et se contournent ; la face est tantôt rouge ou livide, par suite de l'engorgement des vaisseaux sanguins;tantôt elleestpâle et plombée. Gertainsindividus sont tourmentés de nausées dès les premiers moments de l'asphyxie; il en est d'autres qui paraissent éprouver une vive sensation de plaisir, ce qui n'a point toujours lieu : si , pendant un temps un peu long , un sujet est resté dans cet état, la mort survient.
Lorsque l'asphyxie se fait avec rapidité, les phénomènes pathologiques se compliquent en plus grand nombre , et avec plus de promptitude : la respiration est subitement difficile et stertoreuse , les sens sont brusquement abolis , et le malade tombe ; tous les accidents du prodrome manquent en un instant , la vie semble comme abolie.
Lorsque des secours sont administrés à temps , et que le malade est rappelé à la vie , on observe les phénomènes dont l'exposé suit. D'abord un râle trachéal extrêmement faible et très -circonscrit signale l'expulsion du premier souffle, l'air expiré ternit une glace bien nette présentée devant la bouche; des mouvements de hoquet et de régurgitation se passent dans l'œsophage, le pharynx et la bouche; une sorte d'horripilation et de tremblement s'effectue à la surface du corps ; les veines se gonflent au-dessous des ligatures qui interrompent le cours du sang dans leur canal; du râle muqueux se manifeste dans toute l'étendue de la poitrine; un bruissement sourd, entrecoupé, circonscrit , s'établit à la région du cœur; un frémissement oscillatoire , des battements irréguliers, se propagent des centres circulatoires vers les gros troncs artériels ; le pouls enfin s'établit , d'abord intermittent, tumultueux, sufflaminable , puis plein, développé , dur, puis se montre bientôt avec des caractères graduellement moins éloignés du type normal : le malade , cependant , reste plongé dans un coma profond, il est immobile et tout-à-fait insensible. Mais bientôt le réveil s'opère , comme celui qui succède à un sommeil lourd et prolongé : les idées sont d'abord obtuses , le malade paraît confus et stupéfait ; les sens sont encore engourdis , mais quelques minutes suffisent pour que les fonctions de la vie de relation reprennent leur activité ordinaire. Cependant le malade se rend difficilement compte des accidents auxquels il a été en butte ; il ne se rappelle d'abord que confusément les circonstances qui ont précédé son asphyxie. La poitrine est le siège de douleurs profondes qui suivent surtout le trajet des grosses bronches; le pouls est plein, dur, fréquent; un peu de fièvre s'allume, les accidents qui la compliquent surviennent : la céphalalgie surtout présente une grande intensité , et ce n'est qu'après quelques jours que ce symptôme douloureux se dissipe. On a même observé
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des sujets qui ont échappé aux funestes conséquences de l'asphyxie par le charbon , et qui conservèrent pendant très-longtemps , et souvent pendant toute leur vie, une grande prédisposition aux maux de tête, avec sifflements et tintements d'oreilles.
C'est en vertu , le plus ordinairement , des circonstances commémoratives , que l'on diagnostique l'état d'asphyxie qui vient d'être décrit. Cependant la coloration du sujet, l'absence de circulation, de respiration , de fonctions sensoriales , doit guider le médecin dans le diagnostic qu'il porte sur cet état.
Une foule de particularités peuvent faire varier le pronostic de cette maladie. L'asphyxie est, en général , d'autant plus grave, qu'une plus grande quantité de charbon a été brûlée dans un espace plus resserré. Plus le séjour au sein de l'atmosphère délétère a été prolongé , plus les accidents de l'asphyxie sont graves ; plus on tarde à secourir le sujet affecté, moins les chances de guérison sont nombreuses. D'ordinaire, la coloration livide et la turgescence de la face , l'issue de quelques gouttes de sang par les narines, sont d'un très-fàcheux augure. On peut en dire autant de la rigidité musculaire , bien qu'il ne soit pas fort rare de la remarquer dès les premiers instants qui suivent la mort : elle indique cependant que l'extinction de la vie s'est faite depuis longtemps. Le pronostic doit être moins grave lorsque le corps conserve sa chaleur, et que les yeux ne font qu'une légère saillie. Il en est de même si l'on observe encore quelques mouvements dans les tendons des muscles extenseurs et dans les paupières. Si l'asphyxie n'est qu'incomplète , et qu'il soit encore possible de percevoir quelques mouvements du cœur, on sent qu'il y a moins à pronostiquer une issue déplorable que dans toute autre circonstance où il serait impossible de réveiller, par tous les moyens stimulants, et surtout par le galvanisme , la moindre sensibilité et contractilité organique. Dans tous les cas , lorsque l'on porte son pronostic sur l'asphyxie produite par la vapeur du charbon , il ne faut pas oublier qu'il peut subsister dans certains organes , le cerveau et le poumon , par exemple , des états pathologiques qui doivent le modifier. Il se peut que la respiration et la circulation soient rétablies , et qu'il existe encore des congestions, des inflammations partielles de ces organes , qui compromettent plus ou moins la vie à laquelle l'asphyxié vient d'être rendu.
Suivant le docteur Bourgeois (Arch. de méd., t. xx, p. 517), il est possible que l'asphyxie soit plus grave dans les cas où le sujet s'y est soumis volontairement , et dans une pensée de suicide , que lorsqu'il en est atteint à son insu. Dans le premier cas , l'organisme résiste plus longtemps à l'action délétère de la vapeur asphyxiante; il ne succombe que lorsque le saDg, successivement mis eu contact avec l'air vicié,
dans des inspirations fréquentes et convulsives, se sera profondément altéré, que lorsque cette action stupéfiante sur le cerveau et sur le cœur aura achevé d'éteindre dans tous ces organes toute espèce de vitalité. D'après cela , suivant cet auteur, il est facile de concevoir que , toutes choses égales d'ailleurs , les chances de guérison seront ici moins favorables que dans une asphyxie purement accidentelle.
On se gardera toujours de se prononcer trop rapidement sur le sort des malheureux asphyxiés, et nous ne saurions trop recommander d'user de la plus grande persévérance dans les soins qu'il convient de leur donner. On lit dans les auteurs des exemples de personnes abandonnées, qui furent cependant rappelées à la vie. Harmant, à qui l'on doit plusieurs observations d'asphyxies, passa plus de trois heures auprès de deux jeunes filles avant de voir le moindre mouvement de vie se manifester, malgré les nombreuses affusions d'eau froide auxquelles il les avait soumises. Le docteur Bourgeois (loc. cit.) a rappelé à la vie par des soins empressés , administrés avec la plus grande suite, un sujet qui, pendant trois heures, ne donna aucune marque de vitalité , et qui ne reprit connaissance qu'après douze heures de traitement. Le docteur L'Héritier, auquel nous empruntons fréquemment pour cette description , a remarqué que , en général , il faut conserver peu d'espoir toutes les fois que la vessie s'est vidée , et que l'évacuation des matières fécales a eu lieu.
La vapeur du charbon influence l'organisme de deux manières différentes : d'une part , elle suspend le travail d'hématose pulmonaire; d'autre part, elle exerce sur le sang une action délétère. Nous trouvons la preuve de cette proposition dans le fait suivant : lorsqu'on met les gaz qui s'élèvent du charbon en combustion en contact avec le sang en circulation, par une injection de la substance toxique dans les vaisseaux veineux, il en résulte des phénomènes généraux qu'il est rationnel de rapporter à l'action directe des gaz délétères sur le sang.
Traitement préservatif . — Ce n'est point un travail inutile que celui qui expose par quelles précautions on peut éviter les fâcheux accidents de l'asphyxie par la vapeur du charbon. Il faut que l'appartement où cette substance est en combustion soit suffisamment aéré , que des courants d'air, habilement ménagés , enlèvent continuellement le gaz délétère qui s'y développe. On doit surtout éviter d'allumer de trop grandes quantités de charbon dans un espace peu vaste ; et si l'on y est contraint , on ne doit pas négliger d'arroser le sol avec de l'eau de chaux décarbonatée , qui absorbe toujours une certaine quantité de la vapeur malfaisante , avec laquelle elle se combine. On pourrait encore, dans cet appartement , maintenir toujours une certaine quantité de vapeur
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d'eau en suspension y et par ce moyen , peut-être , on dissoudrait le miasme. Les précautions qu'il convient de prendre à l'égard du charbon ne doivent pas être négligées quand on fait usage de la braise : autant que possible , il faut brûler ce combustible sous une cheminée ; le courant d'air qui la parcourt suffit pour déterminer l'écoulement de la vapeur produite.
Traitement curalif. — Le premier soin à prendre, dans le cas qui nous occupe, lorsque les phénomènes de l'asphyxie sont survenus , doit être de substituer un air respirable à celui qui ne l'est pas , de soustraire le malade au milieu asphyxiant. L'endroit où l'asphyxié est alors déposé sera , autant que possible , frais et exposé à l'air libre. Le malade doit rapidement être dépouillé de ses vêtements ; il sera couché ou assis de telle sorte que la tête soit assez notablement élevée au-dessus des autres parties du corps. Des excitants spéciaux sont dirigés vers le sens de l'olfaction : il est bon d'imprimer à la paroi thoracique des mouvements propres à simuler ceux qui caractérisent à l'état normal la respiration. En agissant ainsi , on expulse le principe délétère que contiennent les ramifications bronchiques, et on le rem' place parl'airatmosphérique. On peut encore pratiquer l'insufflation pulmonaire, suivant les procédés qui ont été précédemment indiqués. Les affusions froides sont , de tous les moyens mis en usage , celui qui paraît avoir obtenu le plus de succès : il est donc utile d'y recourir, soit de prime abord , soit après que les moyens précédemment énumérés n'ont point eu d'efficacité appréciable : alors , de deux minutes en deux minutes , on projette au visage un verre d'eau , dont on peut d'ailleurs abaisser la température en y ajoutant quelques fragments de glace à l'état fondant. Ici , comme dans la syncope , l'eau froide , par l'excitation qu'elle imprime aux centres nerveux , tend à rappeler l'innervation nécessaire à l'entretien de la vie. Les bons effets des affusions froides ont été particulièrement signalés par Borel (cent, h, obs. 4), Sauvages (No s. méth.3t, i, p. 816), Harmant(7ra/*e sur les funestes effets du charbon allumé; Nancy , 1 775), Portai (Obs. sur les effets des vapeurs méphy tiques; Paris, 1787, p. 30); et tous les jours les praticiens ont occasion d'en constater les avantageux résultats.
Dès l'instant où la respiration commence à s'établir, un frisson assez fort agite le malade : son apparition indique qu'il faut cesser les aspersions d'eau froide. Alors des frictions doivent être pratiquées sur le troncetsurles membres, avec des flanelles sèches ou une brosse peu dure. M. Broussais(/oc. cit., p. 519) attache la plus grande importance à l'emploi de ce moyen; il n'hésite pas à partager l'opinion émise par M. Ségalas, qu'outre les stimulations directes que les frictions exercent sur les houppes nerveuses du derme,
elles déterminent, par l'absorption qu'elles favorisent, une sorte de respiration cutanée, un commencement d'oxygénation du sang situé dans les capillaires les plus superficiels. Peut-être ont-elles encore pour effet un certain dégagement d'électricité , résultat ordinaire, comme on sait, du frottement sur la peau de plusieurs animaux. Les effets des ventouses sèches et scarifiées se rattachent également par plusieurs points à ces considérations thérapeutiques. D'après les expériences du docteur Barry, elles seraient encore propres à attirer vers la surface dermoïde les particules miasmatiques ou délétères , et à remplacer jusqu'à un certain point le mouvement naturel d'aspiration constaté par MM. Edwards et Breschet , mouvement d'après lequel le poumon, agissant par sa surface exhalante, à la manière d'une sorte de suçoir, devient ainsi l'une des principales voies d'élimination. Si les pieds sont froids , et que la céphalalgie soit intense , on y rappelle la chaleur par des embrocations faites avec quelque liniment excitant , comme celui qui résulte d^Un mélange d'huile et d'alcool, d'un mélange d'huile d'olives ( § i j ) , d'ammoniaque liquide et de camphre (âa 3 ij), d'une liqueur excitante , comme celleci : baume de Fioraventi § iv , acide hydrochlorique 32 gouttes. On enveloppe les extrémités inférieures de morceaux de flanelle ; que Ton aura préalablement exposés à l'action d'un foyer ardent ; mais ces précautions ne suffiraient point pour prévenir les congestions viscérales qui s'effectuent à cette époque de la maladie. Le médecin doit alors redouter les congestions sanguines des centres nerveux ou du poumon ; il faut qu'il ait recours à des émissions sanguines sagement pratiquées, soit par l'ouverture de la veine, soit par l'application des sangsues et des ventouses. Si le sujet affecté est pléthorique , et si plusieurs viscères sont menacés en même temps, il convient d'user amplement de la saignée générale. S'il est peu sanguin, si la congestion est plutôt imminente qu'effectuée , une simple application de sangsues ou de ventouses suffit pour donner lieu à une dérivation prononcée et à une légère déplétion qui prévient tout accident ultérieur. Lorsque les mouvements de déglutition s'effectuent librement, comme à l'état normal, on peut accorder au malade quelques boissons délayantes, qui seront choisies à son goût. Ou ne doit point tolérer l'usage des spiritueux, que le vulgaire préconise toujours en pareil cas , dans le but de rendre des forces au sujet affecté. 11 est reconnu aujourd'hui que ce breuvage appelle une certaine fluxion vers les centres nerveux , et cet accident, dans le cas présent , est particulièrement à redouter. Telle est la série de précautions et de moyens dont il est avantageux de faire usage quand on doit combattre la pernicieuse influence de la vapeur du charbon.
M. L'Héritier a discuté l'emploi d'autres modifie»-
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teurs qni ont été proposés par les gens de l'art à différentes époques, et que , suivant lui , il serait injuste de passer sous silence. Il entre à cet égard dans des détails que nous devons analyser. Au nombre des agents thérapeutiques mis en usage dans les cas d'asphyxie , en général , et dans l'asphyxie par la vapeur du charbon en particulier, on compte depuis longtemps l'ingestion de substances médicamenteuses dans l'estomac et dans le rectum. Le vin émétique a surtout été préconisé pour réveiller la sensibilité de l'estomac, et déterminer des contractions de cet organe; l'eau-de-vie camphrée, l'alcoolat de mélisse, le vin chaud, chargé des principes aromatiques delà cannelle et du gérofle, ont encore été conseillés. On ne peut que rejeter l'emploi de semblables moyens , dont les effets sont surtout terribles lorsqu'on y a recours avant que la respiration et la déglutition n'aient repris leur jeu accoutumé.
On sentira toute l'importance de cette recommandation , lorsqu'on aura réfléchi que l'élévation de l'épiglotte existe toujours chez les asphyxiés par la vapeur du charbon , de même que dans d'autres cas d'asphyxie. Ne s'expose-t-on pas alors à introduire des liquides dans le larynx et dans la trachée-artère, et à substituer ainsi une asphyxie à une autre? Pour parer à cet inconvénient , on a proposé l'usage des sondes œsophagiennes : à leur aide , on porte directement dans l'estomac les substances médicamenteuses sur lesquelles on compte pour développer dans cet organe des mouvements capables d'en réveiller d'autres sur les principaux centres; mais la difficulté qu'on éprouve parfois à l'introduction de la sonde dans l'estomac doit éloigner de recourir à son emploi. Outre cela, comme l'observe judicieusement M. le docteur Marc (Noue. Bech. sur les secours à donner aux asph.) , « les vomitifs déterminent d'abord un malaise, une pâleur de la face, une petitesse, une concentration du pouls, une sueur froide, en un mot, un état plus ou moins voisin de la syncope. Or, ce trouble, cette dépression manifeste de l'action nerveuse , ne peut-elle pas devenir très-dangereuse chez un individu dont la vie est si faible qu'elle est encore un problème?» Les vomitifs ne pourraient être indiqués que dans le cas où l'asphyxie aurait suivi de près l'ingestion dans l'estomac d'une trop grande quantité d'aliments ; car la distension de cet organe peut nuire aux mouvements du diaphragme , et retarder ainsi le rétablissement de la respiration. Les mêmes raisons qui firent tenter l'emploi des émétiques portés dans l'estomac contre l'asphyxie , suffirent pour autoriser à introduire dans la dernière portion de l'intestin des excitants plus ou moins énergiques. M. Krimer (Hufeland's, osann's joum. der praktischen Heilkunde) a employé avec avantage contre l'asphyxie par les vapeurs de la houille, le carbure de soufre, à
la dose de vingt gouttes mêlées avec une cuillerée d'eau sucrée, toutes les huit à dix minutes. On continue l'administration du remède jusqu'à l'entier rétablissement des phénomènes respiratoires. Ce moyen , employé dans plusieurs circonstances, n'a échoué que dans un cas, parce que, dit le docteur Krimer, il y avait déjà asphyxie. Les lavements purgatifs avec le séné , le sirop de nerprun et les sels neutres , ont été recommandés ; on injectait sous forme liquide les substances les plus drastiques; mais, de tous les agents thérapeutiques , celui qui a rencontré le plus de partisans et d'antagonistes, fut le tabac, soit qu'on l'employât en décoction dans de l'eau , soit qu'on ne s'en servît que sous forme fumigative. L'électricité et le galvanisme peuvent produire de bons effets dans l'asphyxie par les vapeurs du charbon , comme dans les autres formes d'asphyxie. On peut diriger sur le diaphragme un courant galvanique direct et immédiat , au moyen d'une aiguille déliée , ainsi que l'ont successivement proposé le docteur Strong , en Allemagne (Journ. comp. du Dict. des se. méd. } t. XVI , p. 284), puis M. Pelletan [Notice sur l'acupuncture; Paris, 1825), et M. Leroy d'Étiolles (Aead. des se. ; 1 826), en France. M. L'Héritier rapporte à ce sujet une observation qui démontre les avantages du galvanisme dans un cas où la vapeur du charbon occasionne l'asphyxie. Une jeune fille avait commencé à s'asphyxier à quatre heures du matin , et à huit heures seulement on lui porta secours. Pendant deux heures, les moyens les plus énergiques furent employés sans aucun résultat; c'est alors que l'on résolut de tenter l'application du galvanisme. On plaça l'un des pôles d'une pile de vingt-quatre éléments dans le pharynx, et l'autre dans le rectum; quatorze minutes après, quelques mouvements se manifestèrent dans le tube digestif, et la malade ne tarda point à revenir à la vie. Ce fait parle assez en faveur du galvanisme , pour qu'il nous paraisse inutile de le commenter.
Asphyxie par le gaz des fosses d'aisance. — M. Orfila (Méd. lég. , 2e éd., t. m, p. 380) a fait remarquer, d'après Dupuytren (Journ. g en. de méd., t. xxiii, p. 125 et suiv.), que les symptômes de l'asphyxie déterminée par le gaz des fosses d'aisance varient suivant qu'ils sont le résultat de l'inspiration d'un gaz composé d'air atmosphérique et d'hydrosulfate d'ammoniaque, ou d'un autre gaz formé par une grande quantité d'azote , un atome d'oxygène, et un peu d'acide carbonique.
Dans le premier cas, le mal revêt un caractère aigu , et des accidents graves effrayants signalent son invasion. Ainsi on a noté, d'après un travail de Halle (Bech. sur la nat. et les effets du méph. des fosses d'aisance; 1785), les symptômes qui suivent : une douleur excessive à l'estomac, aux jointures, un resserrement au gosier, des cris involontaires
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et quelquefois modulés (ce que les vidangeurs appellent chanter le plomb ) , le délire , le rire sardonique ; des convulsions générales avec courbure du tronc en arrière, des contractions violentes, précèdent l'asphyxie; la face est pâle, ia pupille dilatée, immobile , la bouche remplie d'une écume blanche ou sanglante, la respiration convulsive , les mouvements du cœur désordonnés et la peau froide. 11 peut arriver cependant que l'asphyxie survienne tout à coup, et même que le malade soit brusquement frappé à mort, comme s'il avait été atteint par la foudre. Lorsqu'on suit avec attention la marche de ces phénomènes, que l'on analyse les conséquences qui s'y rattachent , il est impossible de ne pas les regarder comme l'expression d'un empoisonnement très-rapide qui est produit par les gaz les plus éminemment délétères. Tantôt les accidents se manifestent dès que le sujet pénètre dans la fosse; tantôt ils n'ont lieu que plusieurs heures après qu'il n'est plus exposé au méphitisme. Souvent encore les phénomènes d'une asphyxie simple précèdent; et plus tard seulement, ces troubles nerveux graves que nous avons notés viennent effrayer le malade et les personnes qui lui portent secours. Ce sont particulièrement les individus qui s'emploient à retirer les vidangeurs de la fosse où ils ont été asphyxiés , qui sont affectés de cette manière tardive.
A l'ouverture des cadavres , on trouve les vaisseaux sanguins remplis d'un sang épais, brunâtre ouverdâtre , les viscères sont généralement mous , se déchirent avec la plus grande facilité , offrent une couleur brunâtre , ce qui tient aux nouvelles qualités du sang qui engorge leur tissu : le cadavre passe promptement à la putréfaction; les bronches et les fosses nasales sont enduites d'une mucosité visqueuse et brunâtre.
Si le gaz inspiré est composé d'azote, d'un peu d'oxygène et d'acide carbonique , ou de sous-carbonate d'ammoniaque, l'individu éprouve de la gêne dans la respiration, qui devient grande, élevée et plus rapide que de coutume , un affaiblissement progressif sans aucune lésion des fonctions nerveuses : ici la mort n'a lieu que par défaut d'air respirable; aussi, le plus souvent les malades reviennent-ils à leur premier état, sans se ressentir aucunement de ce qu'ils ont éprouvé, dès l'instant où ils sont exposés à l'air libre. A l'ouverture des cadavres , on trouve que le système artériel est rempli de sang noir.
M. Devergie (Dict. de méd. et de chir. prat. , t. n, p. 429, art. Méph.) a résumé les opinions des auteurs sur la nature des gaz que l'on rencontre dans les fosses d'aisance. La matière fécale en putréfaction dans une fosse donne lieu, suivant lui, à la formation de trois gaz principaux capables d'occasionner l'asphyxie : ce sont le gaz acide hydrosulfurique, hydrosulfate d'ammoniaque, et azote. Les deux
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premiers sont délétères , le dernier seulement est impropre à la respiration. Ces trois gaz peuvent exister ensemble ou isolément dans l'atmosphère de la fosse; dans le plus grand nombre de cas, ils n'y existent pas seuls , ils sont toujours mêlés à beaucoup d'air atmosphérique. L'hydrosulfate d'ammoniaque a paru tout formé dans la partie liquide de la fosse. Quelle que soit la nature de ces gaz , ils tiennent en suspension de la matière animale en putréfaction , qui peut ou modifier l'odeur de l'acide hydrosulfurique et de l'hydrosulfate d'ammoniaque, ou bien rendre odorante l'azote , naturellement inodore. Ces gaz occupent deuxplaces différentes dans la fosse : ou ils contribuent à remplir la partie dépourvue de matières fécales solides ou liquides, c'est-à-dire l'atmosphère, ou ils s'accumulent sous la croûte , ainsi que dans l'épaisseur de la pyramide ou heurte , ce qui est beaucoup plus rare; ou enfin dans la partie que l'on nomme gratin, et principalement dans celle qui remplit les angles d'une fosse carrée. On a désigné sous le nom de plomb les effets fâcheux qui résultent de l'inspiration des gaz des fosses d'aisance, probablement parce que, dans les accidents qu'ils déterminent, on doit compter un sentiment d'oppression qui, comme un poids énorme , s'appesantit sur la poitrine.
On a multiplié les recherches pour savoir quel gaz donne particulièrement lieu aux accidents du plomb : il paraît que le principe délétère que l'on rencontre dans les fosses d'aisance dépend surtout de l'acide hydrosulfurique qui s'y développe. Quelle que soit d'ailleurs l'espèce de gaz qui occasionne le plomb , les accidents de celui-ci sont plus fréquents pendant les grandes chaleurs et les pluies de l'été, que dans les autres saisons. 11 est une autre observation relative au temps , mais qui ne présente aucun résultat régulier : c'est que souvent une fosse qui est méphitique le matin, ne l'est plus le soir , quelle que soit la vivacité avec laquelle on ait poussé le travail de la nuit et la nature des matières qu'on enlève, tandis que d'autres fois c'est tout le contraire ; sans qu'on puisse dire pourquoi les mêmes matières , dans le même lieu, remuées par le même moyen, tantôt causent le plomb, et tantôt ne le causent pas. Les accidents sont plus fréquents dans les villes grandes et très-peuplées , ce qui tient sans doute à la diversité plus grande des matières que contiennent les fosses. L'humidité du sol, le mélange habituel d'eau de vaisselle ou de lessive avec les excréments , les débris végétaux et animaux qu'on jette dans ces fosses , la grande profondeur à laquelle elles sont creusées , le mauvais état de leurs parois , qui permet aux fluides de se perdre , de s'infiltrer dans les terres voisines , sont des circonstances qui causent assez fréquemment les accidents du plomb. Ce gaz n'est point , suivant Halle, caractérisé par aucune odeur particulière. Les accidents
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n'ont pas ordinairement lieu tant que, dans les vidanges , on épuise les fluides au moyen de seaux ou de pompe ; mais dès qu'on entame les matières solides qui sont au fond , ou seulement qu'on les remue , il faut craindre. Si l'amas contenu est très-liquide , on n'a point à redouter de graves accidents. Le danger n'est pas le même pendant toute la durée des vidanges ; il est pourtant plus grand quand on ouvre la fosse, en ôtant la pierre qui la bouche , et quand on rompt une croûte solide qui recouvre les liquides.
On a généralement attaché une grande attention à préserver les ouvriers vidangeurs des fâcheux accidents du plomb : on a recommandé , comme moyen préservatif, d'introduire dans la fosse, avant d'y pénétrer, des lampes allumées , des réchauds enflammés. L'efficacité du feu a été rendue sensible depuis longtemps , par des, expériences décisives de Laborie , de Parmentier et de Cadet. Le procédé de descendre dans la fosse un réchaud rempli de charbons allumés doit , dans tous les cas , être adopté avec les autres moyens. Un phénomène particulier accompagne souvent cette opération, que tous les vidangeurs prudents pratiquent avant de descendre dans la fosse, c'est la production d'une aréole lumineuse autour du foyer. Elle a lieu toutes les fois qu'il existe de l'acide hydrosulfurique en quantité suffisante dans l'atmosphère de la fosse, et les gens du métier disent alors qu'ils brûlent le plomb , lorsqu'ils opèrent celte combustion. Néanmoins , avant d'en venir à l'emploi du moyen que nous avons signalé , il est bon d'user des précautions suivantes : 1° ouvrir la fosse en ôtant la clef quelque temps avant les travaux de vidange; 2° remuer fortement toutes les matières qui en sont susceptibles avec de longues perches , pour favoriser le dégagement des gaz délétères qu'elles contiennent; 3° éviter d'inspirer directement les odeurs qui s'exhalent , en détournant la tête des matières qui les fournissent; 4° faire l'opération des vidanges pendant l'hiver et un temps sec ; 5° dès qu'un ouvrier se sent incommodé, il doit quitter le travail et ne le reprendre qu'après être parfaitement rétabli.
Lorsque les accidents que les ouvriers vidangeurs subissent dans les fosses où ils travaillent dépendent de la présence de l'azote , il convient de les soumettre à un traitement analogue à celui que nous avons indiqué plus haut en traitant de l'asphyxie par les vapeurs du charbon. Si le méphitisme reconnaît pour cause l'acide hydrosulfurique et l'hydrosulfate d'ammoniaque , on peut , avec grand avantage , employer, suivant l'indication de Dupuytren , le chlore à l'état gazeux, et surtout à l'état de combinaison. Sa présence entraîne nécessairement la décomposition du gaz qui produit les effets délétères , le soufre est mis à nu. Toute préparation capable de dégager spontanément du chlore , peut servir avec avantage : les chlo-
rures sont dans ce cas. M. Labarraque a fait à ce sujet une expérience curieuse. Ayant été appelé pour donner des secours à un ouvrier qui avait été asphyxié en remuant les plâtres provenant de la démolition d'une fosse d'aisance , il commença par lui faire respirer de l'ammoniaque , moyen usité autrefois dans ces sortes de cas, et qui, dans aucune circonstance, ne peut assez agir comme contre - poison , mais seulement comme stimulant du système nerveux. Le malade ne reprenant pas connaissance, M. Labarraque trempa un linge dans du chlorure de soude , et le plaça sous le nez ; aussitôt, un effort respiratoire eut lieu. Voulant savoir si ce mieux-être dépendait certainement du chlore , il fit usage de nouveau de l'ammoniaque ; mais cette fois encore sans résultat. 11 revint au chlore , et dans peu d'instants le malade avait recouvré sa connaissance parfaite. Cette expérience a conduit M. Devergie (loc. cit., p. 431) à tracer dans les termes suivants le traitement qu'il convient d'opposer à cette forme d'asphyxie. Lorsque l'asphyxie dépendra de ce dernier genre d'altération de l'air , on devra d'abord soustraire le malade au foyer d'infection, puis lui faire respirer du chlore provenant d'une faible dissolution dans l'eau, en imprégnant un mouchoir ou une éponge dans cette dissolution. Il faut bien se garder d'en introduire dans la bouche ou dans les narines, on altérerait la membrane muqueuse, et on aurait à craindre le développement subséquent d'une inflammation grave pour le malade. Il en pourrait être de même à l'égard des voies aériennes , si la respiration du chlore était trop longtemps prolongée.