C. Asphyxie par le gaz de l'éclairage
Aucune narration de cas d'asphyxie par le gaz qui sert à l'éclairage n'a été faite avant l'exposé que M. Devergie en a publié dans les Annales d'hygiène et de médecine légale (1830).
Les symptômes offerts par les malades et les altérations que l'ouverture d'un cadavre révéla, firent admettre à M. Devergie que les accidents étaient dus en ce cas à une action délétère spéciale. Recherchant quel est, dans le gaz composé de l'éclairage, celui qui possède cette propriété nuisible , il reconnut que le gaz lighi est presque exclusivement formé d'hydrogène deuto-carboné , et qu'il est naturel d'attribuer l'asphyxie à ce produit.
Voici d'ailleurs les faits qui ont amené M. Devergie à cette déduction : 1° Cinq personnes soumises à l'action du gaz hydrogène deuto-carboné, sont toutes cinq malades et éprouvent des accidents analogues : un abattement général, une faiblesse très -marquée et un état comateux sont les symptômes dominants ; 2° l'une d'elles succombe, et le sang offre une coagulation toute particulière ; altération que ne détermine pas , par exemple , l'acide carbonique , la vapeur du
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charbon. Dans ce dernier cas, le sang est très-épais mais il est très-rarement coagulé : il s'écoule lentement à l'ouverture du ventricule droit du cœur et des principaux vaisseaux, mais il ne s'y trouve jamais sous la forme d'un caillot d'un noir de jais et trèsdense ; 3° la couleur du foie a totalement changé ; sa teinte rougeâtre est devenue celle d'une terre argileuse foncée, analogue à la couleur que donne la terre d'Egypte. Cette coloration n'était pas superficielle-, elle affectait la totalité de la substance du foie; 4° les caractères de la mort par asphyxie s'observent à la main gauche et surtout le côté droit du tronc ; cependant le poumon n'est pas gorgé de sang , loin de présenter la teinte violacée qui s'observe presque toujours dans les asphyxies par le charbon, il est blafard; 5° le cerveau paraît être le siège d'une congestion cérébrale plus marquée.
M. Devergie ajoute : «Ges diverses circonstances nous portent à penser que l'hydrogène carboné exerce sur l'économie une action spéciale ; qu'il modifie peut-être la nature du sang , et qu'il agit principalement sur le cerveau et sur le foie ; qu'il est délétère pour l'homme , même quand il constitue moins d'un douzième de l'atmosphère. Toutefois nous émettons ici une opinion qui n'a pour base qu'un seul fait , et qui par conséquent doit recevoir l'appui de nouvelles observations pour être définitive. »
On a opposé aux accidents d'asphyxie produits par le gaz light , un traitement analogue à celui que réclame l'asphyxie par les vapeurs du charbon : c'est , jusqu'à ce jour, la seule médication qui ait pu être appréciée.
D. Asphyxie par les vapeurs qui résultent de la fermentation alcoolique.
Pendant longtemps le gaz acide carbonique fut regardé généralement par les chimistes et les physiologistes comme un gaz méphitique non respirable. Des expériences de Bichat et de Nysten semblaient établir son innocuité , et malgré les observations contraires de Séguin (Mém. lu à l'Acad. des se. en 1792. Ann. de chimie, t. xxxix , p. 25l),d'Attumonelli [Mém. sur les eaux min. de Naples ; Paris, 1804), de Fontana ,deM. Roche (Journ. un'w. des se. méd.j 1822), de Rolando (Arch. gén. de méd., t. v, p. 131) et de plusieurs autres , on continuait à ranger l'asphyxie par l'acide carbonique dans la classe des asphyxies négatives. M. Gollard de Martigny, par de savants travaux {Arch. gén. de méd., t. xiv, p. 203 et suiv.), a mis hors de doute l'action toxique du gaz acide carbonique. Il a recueilli les preuves suivantes : 1° L'acide carbonique cause des accidents funestes , et même la mort lorsqu'il est mélangé à des proportions considérables d'oxygène ; 2° les gaz , vraiment non délétères , l'azote et l'hy-
drogène , ne deviennent funestes à l'organisation des mammifères qu'après six, huit , dix et douze minutes; l'acide carbonique , au contraire , détermine constamment la mort des mêmes animaux , au bout de soixante-dix secondes , de deux ou au plus tard de deux minutes et demie ; 3° il existe des degrés dans les accidents de l'asphyxie parles gaz non respirables; le gaz acide carbonique détermine presque immédiatement la mort.
Si nous insistons tant sur les accidents qui résultent de l'inspiration du gaz acide carbonique , c'est que ce principe détermine à lui seul les troubles qui naissent de l'inspiration des vapeurs de la fermentation alcoolique. Les gaz produits par la fermentation alcoolique , spiritueuse ou vineuse , se composent en effet d'azote et d'une grande quantité d'acide carbonique.
Lorsqu'un individu respire les vapeurs qui s'élèvent d'une cuve où des principes végétaux sont en fermentation , les accidents suivants se développent chez lui : vertiges , bourdonnements d'oreilles, trouble de la vue , extinction ou perversion des fonctions sensitives , abolition partielle ou totale du tact et de la sensibilité , hoquet convulsif, céphalalgie , assoupissement , coma, délire concentré. Tous les autres symptômes, tels que la difficulté de la respiration , la suffocation, etc. , sont entièrement secondaires ; et même, presque constamment , ils n'ont pas encore acquis un développement essentiellement mortel lorsque la mort survient par l'exaltation des premiers. Dans un cas d'asphyxie par cette cause , que l'on trouve inséré dans le travail de M. Gollard de Martigny (p. 216), 'j on trouve l'indication des circonstances qui suivent : Un vigneron vigoureux et jusque-là bien portant s'as- ! phyxie en refoulant une cuve de raisins : sa figure, légèrement tuméfiée, est très-rouge; les yeux sont humides et étincelants ; la respiration paraît suspendue entièrement , mais une glace , présentée sous le nez , se trouve légèrement ternie ; l'action du cœur et le pouls sont insensibles. Le malade , promptement déshabillé , porté au grand air, et couché horizontalement, la tête et les épaules légèrement élevées, est aussitôt soumis à des lotions d'eau froide vinaigrée , à des irritations sur la plante des pieds, le long de la moelle épinière, dans les fosses nasales, etc. On lui fait respirer de l'ammoniaque, on lui donne un lavement de décoction de tabac, on insuffle de l'air dans les poumons. Le malade semble renaître un instant par cette persévérance desoins; on le croit sauvé; mais tantôt le délire , tantôt le coma persistent. On essaie de nouvelles stimulations , une saignée de pied, l'application de seize sangsues aux tempes , des dérivatifs, etc.. Vains efforts! le malade succombe aux accidents secondaires.
M. Gollard de Martigny pense que l'insufflation, le galvanisme et les injections de sels ammoniacaux,
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prudemment administrés , peuvent être d'une grande efficacité dans l'asphyxie dont nous venons de traiter.
Ici nous nous arrêtons dans l'exposition des faits qui se rattachent à l'histoire de l'asphyxie par les gaz délétères. Nous n'avons pas la prétention d'avoir discuté et éclairci en cet article tous les cas de ce genre qui peuvent se présenter, nous avons seulement pour but de faire l'histoire de ceux que l'on rencontre le plus communément dans la pratique ordinaire des villes et des campagnes. Les considérations générales et particulières qui remplissent cet article pourront aider le lecteur à combler les lacunes que , volontairement, nous avons négligé de remplir.
8° Asphyxie des enfants nouveau-nés. — Le mal que l'on connaît sous le nom à? asphyxie des nouveau-nés, a été généralement assez mal défini , de telle sorte qu'il est , encore aujourd'hui , un peu difficile de faire connaître quel accident les auteurs ont désigné par cette dénomination. Avant de tracer l'historique de cette question embrouillée, nous jugeons convenable, par une description succincte , d'établir quel état nous prétendons désigner sous le nom d'asphyxie de l'enfant nouveau-né. Il y a asphyxie de l'enfant nouveau-né lorsque, en venant au monde, un enfant présente une pâleur très-prononcée, une langueur, une flaccidité extrême , lorsqu'il se refroidit avec promptitude et pousse à peine quelques vagissements, si surtout la respiration est plus ou moins complètement suspendue , interrompue , la circulation faible ou nulle , comme on peut en juger d'après les battements du cœur, ordinairement faciles à sentir, et mieux encore à voir chez un sujet de cet âge.
Semblable état a été nommé encore syncope, anémie : tâchons de savoir par quels motifs les auteurs l'ont apprécié si différemment. M. Kohlschvetter [Quœd. de f unie, umbil.frequenti nioriis nascent. causa. Leipsig , 1 833 ; et Arch. gén. de méd., t. iv, 2e série, p. 287 et suiv.) a entrepris sur ce sujet un travail que nous devons analyser ici.
Posant d'abord ce fait , généralement reconnu et admis , que les rapports établis par la nature entre le placenta et le fœtus cessent d'exister dès que la compression a arrêté la circulation du cordon ombilical , l'auteur juge indispensable d'apprécier ces rapports , de connaître leur nécessité , et de savoir quel est le principe de vie que le placenta transmet au fœtus renfermé dans le sein de la ttière. Voici d'ailleurs les renseignements que lui fournit l'histoire. Hippocrate, Aristote, Galien, etc., avancèrent que le fœtus respirait dans la matrice. Plus tard, le placenta fut considéré comme tenant lieu de poumon chez le fœtus. Cette opinion fut celle de Needham, d'Éverard, Mazini,Hulse, etc.. Dutrochet, Garus, Burdach, pensent que , dans les premiers temps de la gestation , la vésicule ombilicale préside à la respiration, et que
plus tard le placenta est l'organe de cette fonction.
L'objection principale qu'on a élevée contre cette doctrine, c'est que les enfants ont, d'après quelques observations, pu naître vivants sans cordon ombilical ou plutôt sans connexion avec la mère.
En examinant attentivement les faits , on pourra se convaincre que la plupart ne méritent aucune croyance : plusieurs d'entre eux ne sont que des exemples de rupture de cordon , ou des observations de monstres qui ont pu s'alimenter par des adhérences établies avec les membranes. La brièveté du cordon est quelquefois telle dans le fœtus vivant , que le placenta paraît être comme fixé à son bas-ventre, et qu'arraché de cet organe le fœtus paraît sans cordon. Telle est à peu près l'explication donnée par Meckel, Burch, et confirmée par une observation de Mende, pour se rendre raison de ce genre de faits. D'ailleurs l'existence du placenta , dans les exemples cités , démontre les rapports qui ont dû exister entre lui et le fœtus. Les expériences de Buffon et de Heister, celles que Haller a entreprises pour résoudre le problème d'Harvée, n'ont pas été confirmées par les observations d'Albernethy et de Muîler. 11 est constant que l'animal nouveau-né plongé dans l'eau, peut rester plus longtemps que l'adulte sans respirer, mais ce temps ne peut être plus d'un quart d'heure. S'il est vrai que des enfants ont été enterrés et retirés vivants de leur tombeau quelques heures après, il est probable que de l'air avait pénétré jusqu'à eux. La nécessité de la respiration chez le fœtus est prouvée par des exemples tirés de toutes les classes des animaux , depuis les plus simples jusqu'aux plus élevées- La diversité de couleur du sang dans les vaisseaux du fœtus , tient aux changements que la respiration placentaire apporte dans ce liquide. Le sang artériel du fœtus est plus vif que le sang veineux , et plus obscur que le sang artériel de l'adulte. La cause de la première inspiration n'est que le besoin que le fœtus éprouve de communiquer avec l'air atmosphérique, et de puiser un élément de vie qui lui est refusé par le placenta. Si ce besoin n'est pas suffisamment provoqué dans le travail de l'enfantement, l'enfant est exposé à mourir. Tel est l'événement qui se montre quelquefois dans des accouchements très-prompts. La respiration est incomplète , et a besoin d'être excitée pour devenir pleine et entière. L'antagonisme qui se montre entre le placenta et le poumon devient évident après la sortie du fœtus ; l'un de ces organes peut suppléer à l'autre. A peine le sang n'est-il pas reçu par le placenta qu'on le voit se porter vers les poumons : il cesse d'y passer ; il reprend son cours vers le cordon , si la nouvelle fonction vient à être suspendue peu de minutes après la naissance. Cette vérité a été mise hors de doute par les expériences de Carus. Béclard et Mayer ont vu des fœtus d'animaux
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encore renfermés dans leurs membranes faire des efforts de respiration dès que le cordon était comprimé. Wiegand a noté que les pulsations du cordon devenaient plus rares à la mort du fœtus , pendant l'accouchement , et plus fréquentes lorsqu'elle n'a lieu qu'après la sortie du fœtus. L'objection que Mende et Meissner ont faite n'est d'aucune valeur, car les battements du cordon dépendant du cœur, peuvent persister pendant quelques instants, quoique la respiration soit établie , et que le placenta ne remplisse plus de fonctions.
M. Kohlschvetter a cherché dans les autopsies cadavériques qui ont été faites les preuves des faits qu'il tend à établir. Pour ce travail , il a puisé dans tous les auteurs , consulté toutes les observations d'enfants morts soit pendant le travail, soit après; en les réunissant, il a tracé le tableau suivant.
Le corps de l'enfant est souvent livide , mais il n'est pas rare aussi de le trouver pâle , le plus souvent avec des taches livides dispersées çà et là (Bosc, Zeller); les ongles, les extrémités des doigts, la face sont livides , mais cela n'est pas constant ; les lèvres surtout partagent cette lividité; le globe des yeux (Mende) et la langue sont tuméfiés , mais rarement saillants au dehors ; la bouche et les narines sont couvertes d'un mucus sanguinolent; le visage est souvent calme comme celui de l'enfant qui dort ; les membres et surtout les doigts sont souvent spasmodiquement contractés (Schmidf .); la région épigastrique offre une légère tuméfaction (Wiegand).
Les téguments communs du crâne étant enlevés , on découvre le plus souvent à la partie supérieure et postérieure des deux os du bregma , une gelée mêlée de sang extravasé, mais rarement de sang pur; les os du crâne sont remplis d'un liquide rouge , comme s'il en avait été artificiellement injecté ; les sinus veineux , les vaisseaux de la dure-mère , de la pie-mère et du cerveau, sont si gorgés de sang, qu'une portion du cerveau légèrement comprimée se couvre de gouttelettes innombrables d'un sang noir. On trouve rarement à la base du crâne , ou à la superficie , trèsrarement encore dans les ventricules du cerveau , un épanchement de sang et même d'un liquide gélatineux. Cette congestion sanguine vers le cerveau a conduit plusieurs auteurs à attribuer la mort à l'apoplexie. Cet état a été observé si souvent , et par presque tous les praticiens, que Girtanner a prétendu que c'était un état normal du cerveau dans ce genre de mort. Cependant Rœderer et Schwartz rapportent des exemples où les fœtus n'offraient aucune congestion au cerveau, quoiqu'ils eussent succombé par le fait des circonvolutions du cordon autour du cou.
On doit supposer dans l'examen de la poitrine, que l'air n'a pas pénétré dans les poumons , ni qu'il y ait été insufflé. Le péricarde recouvre et cache les
poumons; il contient une petite quantité de fluide se'reux; rarement cette quantité est plus grande. Le cœur est rempli abondamment d'un sang noir, qui se réduit rarement en une masse polypeuse ; les vaisseaux coronaires et les vaisseaux propres du cœur sont si engorgés , qu'ils ne pourraient pas être plus remplis de cire par l'injection la plus heureuse ; les veines caves et les grandes veines sont toutes gonflées de sang; les artères sont presque vides. Dans les adultes qui ont péri suffoqués , on trouve le cœur gauche vide de sang , tandis que dans le cœur droit il y a une réplétion complète de ce liquide. Le docteur Kohlschvetter s'est enquis si l'on pourrait noter la même différence dans les nouveau-nés entre les oreillettes et les ventricules de l'un et de l'autre côté. 11 avait d'abord été conduit par deux observations à penser que le cœur gauche était ordinairement plus engorgé de sang; mais, par un examen plus attentif, il s'est convaincu qu'il n'existe aucune différence entre l'état de l'un et de l'autre cœur. Les poumons sont retirés en arrière de la cavité thoracique , ils sont comme le foie, denses compactes , d'un rouge obscur; ils tombent au fond d'un vase contenant de l'eau.
Mais il s'élève ici une question relative à la congestion dans les poumons du sang auquel le cordon n'a pas livré passage. Bosc prétend que le sang s'accumule dans les vaisseaux pulmonaires. Loffler paraît avoir la même opinion. Pope rapporte parmi les signes de suffocation, soit que la respiration se soit accomplie, soit qu'elle n'ait pas commencé , la lividité des poumons et la suffusion du sang dans leur tissu. La congestion sanguine dans les poumons a été admise par Adolphe Mendel, Oken , Classer, Mûller, Bernt, Froebel. Muller, s' appuyant de l'observation de Meyer sur des animaux qui, encore enfermés dans leurs membranes , faisaient des efforts de respiration lorsque le cordon était comprimé , prétend qu'il faut l'attribuer à une plus grande congestion du sang dans les poumons à travers lesquels le liquide cherche un nouvel élément de vie. Cette remarque sur les tentatives du fœtus pour respirer est confirmée par l'exemple des enfants dont les mères sont accouchées dans le bain : on a trouvé chez ces jeunes sujets la trachée et les bronches remplies d'eau, avec tous les signes de la mort par suffocation. On conçoit , d'après la théorie, que la congestion sanguine peut avoir lieu dans des poumons qui n'ont pas respiré ; mais on doit se demander si l'expérience justifie les prévisions de la théorie. Ces trois faits , que Jœger a empruntés à Albert et à Rœderer, ne sont pas des preuves évidentes de cette opinion. Les observations de Fried , d'Oséander et de Schwartz , peuvent faire admettre la possibilité d'une congestion insolite survenant quelquefois dans les poumons des enfants qui n'ont pas respiré; mais elles ne permettent point de la considérer comme
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un signe certain et constant de la mort par asphyxie des nouveau-nés. Cette question mérite encore d'être éclaircie par des recherches.
Le foie, chez deux sujets qui ont été disséqués, était si gorgé de sang noir, qu'il semblait n'être qu'une masse uniforme de sang coagulé. Cet état a été également constaté par plusieurs observateurs. Suivant Schafer , la couleur du foie du fœtus mort avant l'accouchement est intermédiaire à la couleur noire du foie du fœtus suffoqué , et à la pâleur de celui du fœtus mort d'hémorrhagie. Cette congestion remarquable de sang dans le foie , dont l'existence est attestée par des observations répétées , trouve son explication dans les fonctions de cet organe qui concourt à la respiration chez le fœtus; la structure et la disposition de ses vaisseaux favorisent encore l'affluence du sang dans son tissu. Les autres organes de l'abdomen ne fournissent point de signes constants de mort ; quelquefois les grosses veines , mais rarement les petits vaisseaux qui entourent les intestins grêles sont gorgés de sang. La vessie a été trouvée taatôt pleine et tantôt vide. Le méconium n'a également fourni aucun signe. Le placenta est d'une couleur livide, comme putréfié, et pour ainsi dire privé , ainsi que le cordon , de vitalité.
M. Kohlschvetter a considéré le placenta comme un organe appelé à suppléer chez le fœtus à l'action du poumon qui ne fonctionne pas encore; il se demande quel événement surviendra si la communication entre le fœtus et le placenta vient à être tout à coup interceptée. Le premier effet de la suspension de la respiration est un changement dans l'état du sang; vient après la cessation des fonctions animales, et, un peu plus tard , de celles de la vie organique. La pulsation du cœur, cesse lorsque, déjà depuis quelque temps, les autres signes de la vie ont disparu ; car la circulation du sang , soit chez le fœtus, soit chez l'adulte , ne s'arrête point en même temps que la respiration. Le sang artériel est principalement destiné à l'entretien des fonctions les plus élevées de la vie animale, soumises à l'empire de la volonté ou de la conscience , et le sang veineux à la nutrition et à la vie organique. 11 n'est donc pas étonnant qu'à mesure que le sang se noircira, le cerveau et le système nerveux des organes centraux cessent les premiers de vivre , et que le cœur soit le dernier à mourir : il ne cesse de se contracter que lorsque le sang noir a pénétré tout son parenchyme.
Cette théorie rend raison de tous les phénomènes propres à l'asphyxie des enfants nouveau -nés. Elle nous explique pourquoi la stase du sang a lieu au cerveau, non-seulement dans les gros vaisseaux, mais encore dans les petits ; pourquoi la stase du sang se fait surtout remarquer dans les parties les plus délicates, douées de plus de sensibilité , et composées
d'un plus grand nombre de nerfs, comme à la face , aux lèvres, aux doigts, aux parties génitales, où elle nous est révélée par une couleur livide ; elle nous apprend pourquoi le cœur de l'enfant mort asphyxié est rempli des deux côtés d'une égale quantité de sang , ce qui n'a pas lieu chez l'adulte.
Nous insistons sur cette analyse des travaux du docteur Kohlschvetter, parce qu'il s'en faut que tous les praticiens soient d'accord sur l'existence de l'asphyxie des nouveau-nés, et parce que cet état n'a pas encore été nettement défini, ni clairement démontré. Les travaux du pathologiste allemand ne conduisent pas à des déductions bien rigoureuses ; cependant ils sont encore plus complets que les documents qui appartiennent à nos ouvrages classiques. Plusieurs cas que l'on rapporte à l'asphyxie sont rattachés par quelques médecins à la syncope , à l'anémie par une grande perte de sang , à une faiblesse congéniale ; et entre ces di= vers étals, on n'a point tracé de lignes de démarcation bien distincte. Quelques auteurs rattachent à un trouble dans la circulation pulmonaire , à une inertie des muscles de la respiration , à une suspension dans l'innervation pulmonaire les divers accidents qui caractérisent cette forme d'asphyxie ( J. Copland , loc. cit., p. 1 34), tandis que d'autres la regardent comme la conséquence d'une interruption dans le cours du sang du placenta vers le cœur de l'enfant (Gardien , Dict. des se. méd. , t. xxxvi, p. 374 ). Nous pensons que, chez le sujet qui vient de naître, ces deux cas peuvent avoir lieu ; mais nous ne voyons pas qu'ils aient été convenablement distingués. On a rattaché a l'accident qui nous occupe la maladie connue sous le nom de sclérème, en établissant que par ses causes, ses symptômes et ses caractères anatomiques, cette induration du tissu cellulaire est semblable à l'asphyxie des nouveau -nés, connue par les accoucheurs sous le nom d'état apoplectique ( Valleix , Dissert, inaug., 1835; Paris, n° 1 ). Cette fâcheuse confusion jette beaucoup de difficultés dans l'étude à laquelle nous nous livrons , et appelle sur ce point de la science de nouvelles recherches qui ne manqueront pas d'intérêt.
Comme il ne nous est pas donné d'ajouter ici aux connaissances générales, nous nous bornons maintenant à exposer les faits que l'on rencontre dans les auteurs sur l'asphyxie des nouveau-nés.
« L'expérience a démontré aux accoucheurs , dit M. Gardien ( loc. cit.), que l'enfant est très-exposé à naître dans un état de mort apparente que les médecins désignent sous le nom d'asphyxie, mais que j'ai cru devoir appeler syncope , lorsqu'il vient au monde spontanément par les pieds , et surtout lorsqu'on a été obligé de terminer l'accouchement en allant les chercher. Dans cette circonstance le visage est râle, le corps décoloré , les membres sont sans mouvements et dans un état, de flaccidité; il n'y a point de respira-
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tion, et le cordon est sans pulsation. Il est encore d'observation que l'enfant naît le plus souvent as^ phyxié, lorsque le cordon ombilical se présente en même temps que la tête. Cet accident a lieu toutes les fois que la compression du cordon est assez forte pour interrompre le cours du sang du placenta vers le cœur de l'enfant. Selon qu'elle est plus ou moins forte et longue , son irritabilité est anéantie ou seulement diminuée. Il est encore certain et prouvé, par des observations nombreuses, que l'enfant est exposé à naître sans donner de signe de vie , et même à périr dans le sein de sa mère , toutes les fois que des pertes abondantes ont précédé ou accompagné le travail. Dans tous les cas, l'enfant, après sa sortie, paraît ex-sanguin , et il est facile de se convaincre que cet accident est produit parce que la quantité de sang qui se rend vers le cœur est diminuée. »
M. Dugès expose le traitement qu'il convient d'opposer à ce mal dans les termes qui suivent : « En pareil cas , on a conseillé de laisser le fœtus eu rapport avec la mère par le cordon ombilical , ou bien d'extraire le placenta , et de le placer dans du vin chaud ou sur des cendres chaudes. Le premier de ces procédés pourrait avoir quelques avantages si la syncope dépendait uniquement de la rapidité du travail. Le placenta encore adhérent pourrait fournir peut-être quelques matériaux de plus à la sustentation du fœtus; mais ce procédé ne peut être que nuisible , s'il y a déchirure aux vaisseaux ombilicaux. Quant aux autres conseils que je viens de mentionner, leur effet doit être complètement nul. Ce qu'il y a de mieux à faire , c'est de lier le cordon aussitôt après , ou même avant sa section. On cherchera ensuite à rappeler l'enfant à la vie , et à soutenir ses forces à l'aide de frictions sèches ou animées avec le vin, le vinaigre, l'alcool, et pratiquées sur le thorax, le dos , la plante des pieds et la paume des mains ; on y joindra l'emploi du bain chaud , des linges chauds et secs ; on approchera des narines le bouchon humide d'un flacon d'alcali volatil ou d'éther, un linge imbibé de vinaigre; on irritera même légèrement les fos*ses nasales avec la barbe d'une plume fort douce; on débarrassera, par le même moyen , la bouche et la gorge des mucosités qu'elles contiennent ; enfin on pratiquera l'insufflation de l'air dans les poumons , sans y mettre trop de violence , et l'on se servira, à cet effet, d'un tube quelconque introduit dans la bouche, en ayant soin de serrer les lèvres de l'enfant tout au tour, et de fermer les narines. Le tube laryngien de Ghaussier est trop difficile à placer dans la glotte , surtout si l'on veut y adapter une éponge pour qu'il ferme autour de lui cette ouverture. S'il produisait cet effet d'ailleurs , l'insufflation portant toute sa force dans le poumon , on serait exposé à produire, comme nous l'avons vu , l'emphysème de et organe , accident mortel de lui-même s'il est porté
un peu loin. Privé de cette éponge , le tube laryngien n'empêche pas l'air de refluer dans la bouche et l'œsophage , et il n'a plus alors d'avantages réels sur une sonde ou un bout de sonde ordinaire. Les injections d'oxygène proposées par Schéele sont d'un emploi trop peu commode et trop peu avantageux pour mériter d'être conservées; l'air qui sort de la poitrine d'une personne saine contient toujours encore assez d'oxygène pour exciter et alimenter momentanément la respiration du fœtus en syncope. La transfusion du sang, conseillée par Héroldt, n'a rien de rationnel, et l'électricité vantée par le même auteur, et employée avec succès par Boër, doit être réservée pour les cas extrêmes , ceux de mort apparente , par exemple- Il faut surtout ne pas se décourager trop vite; on a quelquefois rappelé à la vie , après trois quarts d'heure, ou même plus , de soins non interrompus , des enfants que l'on croyait d'abord perdus sans retour. »
M. Dugès a parfaitement senti qu'il faut établir des distinctions dans cette question obscure et complexe de l'asphyxie des nouveau-nés ; aussi ne borne-t-il point aux considérations précédentes l'exposé du traitement de cette maladie. II admet une asphyxie véritable, une asphyxie avec pléthore, qui est due à l'impossibilité du renouvellement du sang, à sa stase dans le corps du fœtus. Non-seulement le sang est alors privé de ses éléments vivifiants , il est encore en plus grande quantité dans les vaisseaux de tout le corps , ou seulement dans une partie de ses organes , dans l'encéphale en particulier. De là un véritable état apoplectique manifesté par la rougeur universelle , le boursouflera: nt et la couleur violette de la face, l'injection des conjonctives , des iris même , la dilatation des pupilles, la raideur des membres et les convulsions. On doit alors laisser couler, par la section du cordon ombilical , une ou plusieurs cuillerées de sang, soit en une seule fois , soit à plusieurs reprises. On rappelle cet écoulement qui s'arrêterait bientôt de lui-même, en renouvelant la section des vaisseaux un peu plus près de l'ombilic. Il faut pourtant prendre garde d'aller trop loin dans cette évacuation, et de la porter jusqu'à une débilité irréparable ; on fera donc la ligature dès qu'on jugera approximativement qu'on a tiré assez de sang pour dissiper l'état pléthorique. Ces considérations se rattachent parfaitement à la pratique : aussi n'avons-nous point hésité à leur donner ici quelques développements.
Historique et bibliographie. — On a pu voir, par la lecture de cet article, que l'asphyxie, qui survient comme conséquence d'une foule de modifications de l'organisme, doit être un accident fort commun. Elle sévit avec trop de fréquence pour ne point avoir fixé à toute époque l'attraction des pathologistes , et cependant l'explication des phénomènes qui la caractérisent , l'appréciation de ces causes , la bonne direc-
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tion de son traitement , n'ont pu atteindre la perfection que quand les fonctions de circulation et de respiration ont été connues au moins dans leurs principaux caractères. Or, la découverte de Harvey ne date que de 1 61 9 ; celle de Lavoisier de 1 775 , d'où il résulte que les bons écrits à consulter sur l'asphyxie ne peuvent dater que du siècle dernier. Jusqu'à cette époque, en effet, nous ne trouverons dans les auteurs que des aperçus plus ou moins ingénieux, des faits épars assez bien constatés, mais rien de complet , aucun travail satisfaisant dans son ensemble.
Hippocrate {Aph. 43, sect. n) dénote avoir observé cet état , lorsqu'il dit : ceux qui sont suffoqués , et qui ont perdu tout mouvement, mais qui ne sont pas encore morts , ne reviennent point à la vie , si l'écume s'amasse autour de la bouche. L'opinion émise dans cet [aphorisme a fait le sujet de plus d'un commentaire. Ailleurs ( Prorrh. , lib. i, n° 89), il dit : Ceux qui ne tirent leur respiration qu'avec peine , dont la voix paraît étouffée, et qui ne peuvent fléchir le cou, ont à la fin une respiration convulsive comme dans la strangulation. C'est rapprocher deux phénomènes identiques. Celse {De méd., lib. ij , cap. viij , t. 1er, p. 130) n'a fait que répéter l'aphorisme d'Hippocrate en disant : il est impossible de rappeler à la vie une personne qu'on a détachée de la potence , lorsqu'elle commence à écumer par la bouche. Galien n'a point suivi servilement la proposition du vieillard de Cos : il s'est attaché par des faits à en démontrer le peu de fondement. Mais il était donné à d'autres pathologistes d'apporter sur cette question les faits les plus convaincants.
En 1619, Harvey {De circul. sang, exerc.) a établi qu'après la pendaison , les cavités droites du cœur et les poumons sont gorgés de sang. Avec cette donnée, on peut déjà apprécier en partie l'influence de la suspension des fonctions respiratoires sur la circulation du sang. Wepfer {De apopl.) discute et combat l'aphorisme d'Hippocrate , il établit que chez les pendus la mort ne vient jamais que par l'apoplexie. Ailleurs {Eph. nat. cur., déc. 1 à 2, obs. 251) il signale l'absence de l'eau dans les voies respiratoires de l'animal submergé. Plus tard , Sylvius ( îsag. anat., lib. iij, cap. 23), qui se servait particulièrement pour ses dissections de cadavres de noyés , dit que , en pressant sur l'estomac avec les mains , il en faisait sortir par l'œsophage une grande quantité d'eau ; en ce sens il émettait une assertion différente de celle que soutenait avant lui Plater : savoir, que l'estomac ne contient qu'une petite quantité d'eau. Cette question a fixé pendant longtemps l'attention des hommes de l'art , et ce n'est guère que dans ces derniers temps qu'elle a été résolue définitivement. Morgagni {De sed. et caus. morb., epist. 19) a jeté ur le sujet qui nous occupe beaucoup de lumières,
tant par les emprunts qu'il a su faire avec tant de sagacité à la littérature médicale de son temps , que par les faits dont il a été lui-même le témoin. Il traite successivement de l'asphyxie par strangulation , par obstacle à la respiration dans les voies respiratoires , par défaut d'air, par l'action du gaz acide carbonique; et à ce sujet il mentionne les expériences que Léonard de Capoue tenta dans la Grotte du Chien. La 19e lettre de Morgagni doit être lue par quiconque prétend se pénétrer des faits qui ont servi de base aux théories modernes sur l'asphyxie. Sauvages, dans sa Nosologie méthodique, a présenté un tableau complet , sinon achevé et correct de l'accident qui nous occupe : il a puisé à des sources nombreuses , et, par les citations qu'il fait, facilite les recherches historiques que commande ce sujet. Goodwin {On the connex. oflifewith the respirât., 1788) a donné une savante explication des phénomènes de l'asphyxie dont précédemment nous avons fait l'analyse; de plus il a publié une série d'expériences faites dans le but de constater les effets que produisent sur les animaux vivants la submersion , la strangulation , etc. Bichat {Rech. physiol. sur la vie et la mort) a attaqué, par des observations pleines de justesse et de sagacité , la théorie émise par Goodwin, et, suivant nous , l'a renversée 'complètement. Le travail de Bichat a servi de base aux recherches les plus modernes. Pineî {Nos. phil., t. m, p. 234 et suiv.) classe l'asphyxie parmi les névroses des fonctions nutritives , de la respiration en particulier : profitant des travaux de ses prédécesseurs , et surtout de Bichat , il admet et décrit une asphyxie par strangulation , par submersion , par le gaz acide carbonique , par le méphitisme des fosses d'aisance, une asphyxie des nouveaunés. 11 indique dans les termes qui suivent, la marche de l'asphyxie en général. La respiration est diminuée ou altérée; un sang noir circule pendant quelques moments dans les cavités aortiques du cœur, et dans le système artériel. Bientôt après il y a suppression de l'action cérébrale et de l'action des différents organes. Portai {Observ. sur les effets du méph. sur les noyés , etc.) entre dans des considérations pratiques sur l'asphyxie : il insiste particulièrement sur les moyens qu'il convient de lui opposer. M. Savary {Dict. des se. méd., art. Asphyxie) résume assez bien la science dans ce qu'il dit touchant l'affection qui nous occupe. M. Orfila {Secours à donner aux personnes aspli., etc., 1818) fait un traité populaire, dans lequel il expose avec clarté par quelles précautions on rend à la vie les sujets asphyxiés. M. Edwards {De l'infl. des agents phy. sur la vie ; Paris, 1824) a éclairé plusieurs points encore mal connus , a signalé des faits nouveaux , en faisant apprécier l'influence comparée de l'air et de l'eau sur les svstènw nerveux et musculaires, en mettant en évi-
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dence quelques résultats qui se rattachent à la respiration cutanée , en étudiant la respiration dans la jeunesse et dans l'âge adulte. Le beau travail de M. Edwards ne peut manquer de fixer l'attention de quiconque étudie en savant le sujet que nous traitons. Les recherches de M. Piorry (Journ. hebd., t. m, p. 556 , méd. prat.) portent principalement sur quelques formes de l'asphyxie et complètent son histoire. Nous les avons précédemment appréciés ; nous ne reviendrons pas sur ce sujet. Le docteur James Kay (Edinb. med. and surg. journ., t. xxix, p. 42) critique la théorie de Bichat , et donne une explication des phénomènes de l'asphyxie. 11 se rapproche sous quelques rapports des opinions qui ont été émises par Haller. M. Devergie (Dict. de méd. et de chir. prat., t. m) accorde beaucoup de développements aux considérations médico-légales , ce qui fait que son travail n'est point aussi complet qu'on aurait pu l'attendre. M. Bérard (Dict. de méd., 2e édit, t. iv) étudie l'asphyxie sous un point de vue tout à fait général , et insiste sur les considérations de physiologie qui s'y rattachent. 11 résume parfaitement les travaux les plus modernes , et admet en définitive la théorie de Bichat , en lui faisant subir quelques modifications. M. Roget (The cyclop. ofpract. med., t. i , p. 167- 183) a enrichi la belle encyclopédie à laquelle il travaille d'un article remarquable sur l'asphyxie , qui contient des considérations pratiques du plus haut intérêt. Le docteur James Copland (Dict. of pract. med. , part. î) a résumé en un article assez écourté , ce que l'on sait sur cet accident. Enfin dans ces derniers temps M. Marc a mis au jour un ouvrage qui est rempli de faits pratiques , et qui est destiné à être tout à fait populaire. En publiant ce livre , l'auteur que nous venons de citer établit qu'il a eu l'intention : 1 ° de présenter l'état actuel de la science , tant en France que chez d'autres nations, relativement aux secours en faveur des noyés et des asphyxiés ; 2° d'examiner autant que possible à fond , et de juger les divers procédés employés ou proposés à cet effet ; 3" de déduire de cet examen les meilleures règles à suivre, les meilleurs moyens à employer pour secourir les noyés et les asphyxiés; 4° enfin d'écrire cet ouvrage de manière qu'il peut être utile non-seulement aux médecins , mais encore aux gens du monde doués de quelque instruction. Nous croyons que M. Marc a bien rempli le but qu'il se proposait d'atteindre.
Nous sommes loin d'avoir énuméré dans cette revue tous les écrits qui ont eu l'asphyxie pour objet : dans la rédaction de cet article , nous avons cité plusieurs mémoires qui portent sur des questions particulières, nous les avons appréciés soigneusement , aussi nous renonçons à les mentionner ici pour la seconde fois.
ASTHÉNIE, s. f . , de a privatif, et de côs'vo;, force : débilité, faiblesse, diminution des forces. On
entend aujourd'hui par ce mot la diminution de l'action organique d'un ou de plusieurs tissus , au delà des limites compatibles avec le libre exercice de leurs fonctions.
Historique. Opinions diverses sur l'asthénie. — On n'a pas toujours donné au mot asthénie la même signification. Hippocrate, suivant M. Littré, indique par asthénie « cet état de l'économie où l'individu n'est pas encore malade, mais où il est près de le devenir , où il est surtout susceptible d'être affecté par les causes morbifiques : E^p-ara tou àaôî'veovôoç èffnv ô àaGsvYi;, l'asthénique est dans la condition la plus voisine de la maladie » (Asthénie, Dict. de médec). M. Littré fait remarquer avec raison que le mot asthénie, entendu de cette manière, se rapproche beaucoup de ce que Brown appelle opportunité ou diathèse : c'est l'état intermédiaire entre la santé et la maladie (Éléments de méd., trad. par Fouquier, p. 43).
La théorie de Thémison de Laodicée , chef des méthodistes, renferme, suivant quelques auteurs, les propositions principales de la doctrine de Brown. Aussi Thémison est-il considéré par eux comme le véritable fondateur du sthénisme. Le strictum et le laxum étaient deux manières d'être de l'organisme , qui correspondaient à l'excès de force ou à la faiblesse des écoles modernes : si on se borne , dit Moscati , à considérer les fondements généraux du système de Brown, on lui trouve réellement beaucoup de ressemblance avec l'ancienne doctrine de Thémison et des méthodistes. Le strictum et le laxum dans les solides d'où Thémison faisait dériver presque toutes les maladies , se rapportent assez bien à l'état de sthénie et d'asthénie de ces mêmes solides (Préface de Moscati, dans éléments de méd. de Brown , trad. par Fouquier, p. 11). M. Broussais prétend que telle n'est pas la source du système de Brown , et que Thémison ne calculait pas la somme des forces vitales ; que ses idées grossières et superficielles ne s'élevèrent jamais jusqu'à cette abstraction des vitalistes modernes; il ne voyait que les pores et les ouvertures qui se présentent à l'extérieur du corps (Examen des doctrines, 1. 1 , p. 11 2). On a encore voulu trouver l'origine de cette théorie célèbre dans le duccmvirat et l'archée de Van Helmont ; dans l'irritabilité de Haller, qui rappelle le strictum et le laxum de Thémison; dans les écrits de F. Hoffmann, qui faisait consister la vie dans le mouvement, et les maladies dans les vices du mouvement , susceptible d'être trop fort ou trop faible ; il y avait spasme (diathèse sthénique) dans le premier cas , et atonie (diathèse asthénique) dans le second. Quoi qu'il en soit de cette question de doctrines qu'il ne nous appartient pas de discuter ici , nous voyons le mot asthénie n'acquérir un sens précis que dans le système
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du médecin écossais. Nous allons dire, en quelques mots , sur quelles bases il repose.
Le corps de l'homme est susceptible d'être affecté par les choses qui l'environnent de manière à ce que ses fonctions s'exécutent ; la vie cesse inévitablement dès que ces influences ne se font plus sentir. On donne le nom de puissances incitantes aux choses capables d'affecter le corps vivant; tels que la chaleur, les aliments , le sang , les humeurs et l'air. L'incitabilité est la propriété par laquelle agissent ces puissances incitantes : l'incitation est l'effet de l'impression des puissances incitantes sur l'incitabilité. Pour que les stimulants puissent entretenir la santé et la vie, il faut qu'il y ait un juste rapport entre l'incitabilité et les puissances incitantes. «L'incitation est toujours proportionnelle à la force du stimulus : modérée elle donne la santé ; trop forte elle produit les maladies qui résultent d'un excès de stimulus ; trop faible elle cause celles qui consistent dans la débilité. Comme l'incitation est la cause des maladies aussi bien que de la santé , ce qui change l'état morbifique en un état sain , consiste à diminuer l'incitation par excès de stimulus , et à l'augmenter dans les maladies de faiblesse. Ges deux intentions se nomment indications curatives» [Éléments de médecine, p. 10). De là^est venu le célèbre axiome : Medicina est additio et substractio. Plus le stimulus est faible , plus l'incitabilité s'accumule , puisqu'elle n'est pas dépensée ; et au contraire plus le stimulus agit fortement , plus l'incitabilité s'épuise. Ces deux propositions fondamentales de Brown ont servi à créer deux espèces d'asthénie : on appelle faiblesse ou asthénie indirecte , celle qui résulte de l'épuisement de l'incitabilité par le stimulus; elle ne provient pas du défaut, mais de l'excès du stimulus (op. cit., p. 1 6). La privation ou la diminution des stimulants doit amener une accumulation de l'incitabilité , puisque cette propriété des tissus n'est plus mise en jeu ; c'est là ce qui produit la faiblesse ou asthénie directe. Tout stimulus qui vient à manquer et à laisser accumuler, à proportion , l'incitabilité , peut être souvent compensé par tout autre stimulus. La privation d'un stimulus entraîne d'autant plus vite la faiblesse directe , qu'on a coutume d'user plus largement du stimulant : enfin si les stimulants sont trop augmentés, ils produisent des maladies sthéniques. De là est résultée cette division des maladies en sthéniques et asthéniques ; les premières caractérisées par l'augmentation des forces, la richesse et la violente excitation de l'appareil sanguin ; les secondes par la diminution de la somme générale des forces.
L'asthénie , dit Brown , est cet état du corps vivant dans lequel toutes les fonctions sont plus ou moins affaiblies , souvent troublées , et parmi lesquelles il en est presque toujours une plus affectée que les autres
(op. cit., iv, part. p. 357). Parmi les maladies asthéniques , il range la maigreur, la démence asthénique , l'éruption psorique , le rachitisme , l'épistaxis, les hémorrhoïdes , ladyssenterie, l'hypocondrie, l'hydropisie , l'épilepsie , la paralysie, l'apoplexie, etc. Cette énumération de quelques-unes des maladies que Brown considère comme asthéniques , montre que ce médecin se règle surtout sur l'état de faiblesse apparente des appareils de la locomotion et de l'innervation , pour déclarer qu'une affection est asthénique. Cependant il a fait remarquer, dans sa définition de l'asthénie, qu'une fonction peut être plus troublée que les autres. La maigreur , par exemple, «est une asthénie qui, peu évidente dans les autres fonctions, se manifeste par la faiblesse de celles de la digestion , et en conséquence de laquelle on n'engraisse pas en prenant assez de nourriture (op. cit., p. 360).» Il en est de même de l'hydropisie , c'est une asthénie qui la plupart du temps attaque dans le principe plus spécialement quelque partie. Ces citations que nous pourrions multiplier prouvent que Brown, tout en donnant le nom d' 'asthénie a cette forme de maladie qui est surtout caractérisée par une faiblesse générale, était forcé de reconnaître que cette faiblesse avait son point de départ dans la souffrance de quelques organes ou appareils. Comprise ainsi , l'asthénie aurait un sens plus rapproché de la vérité , puisqu'elle exprimerait l'état de faiblesse apparente qui suit la lésion d'un organe. Mais Brown n'a pas eu une idée aussi juste de l'asthénie ; il croyait, ainsi que l'a fait remarquer M. Broussais , que l'incitation estaugmentée ou diminuée dans tous les tissus à la fois ; et que les maladies qui se déclarent alors doivent participer à cet état de l'incitation , et être sthéniques ou asthéniques (Exam. des docl., t. n, p. 349, 3e éd.). Il ne concevait pas que la sur-excitation pût exister dans le système sanguin (maladie sthénique), en même temps que le système musculaire était plongé dans l'asthénie. En un mot , il n'avait pas saisi ces vérités que Bichat et M. Broussais ont mises dans tout leur jour, savoir, que tous les tissus n'ont pas en même temps la même dose d'excitation ; que les uns peuvent fonctionner avec plus d'énergie , tandis que les autres sont débilités; que tous les jours on voit une vive stimulation produire la faiblesse , et que c'est précisément à cette époque que les forces générales sont le plus affaiblies ; si on consultait alors l'état du système musculaire, on aurait une idée très-fausse des forces du malade : nous n'insisterons pas plus longtemps sur ces propositions qui doivent se représenter dans le courant de cet article.
Les idées médicales de Brown reparaissent plus ou moins dissimulées sous d'autres noms , dans le principe vital de Barthez, le contro-stimulisme des Italiens, les propriétés vitales de Bichat. Ce fut surtout
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M. Broussais qui assigna aux mots sthénie et asthénie leur véritable signification, et qui parvint à en déterminer la valeur.
Définition. — Avant de tracer les divisions que nous nous proposons de suivre dans cet article , il est nécessaire de nous arrêter sur le sens que l'on a donné au mot asthénie. M. Littré dit « qu'il ne faut pas appeler asthénique tout état où l'on remarque une ou plusieurs fonctions frappées d'une débilité plus ou moins profonde. Ni la faiblesse qui suit l'anémie, les hémorrhagies abondantes et les sécrétions excessives ; ni celle qui accompagne le typhus , le scorbut , le purpura, ne doivent prendre le nom d'asthénie ; car elles sont consécutives à des altérations matérielles des solides ou des liquides. Ce serait confondre l'effet avec la cause , le symptôme avec la lésion ; il faut restreindre rigoureusement la signification de ce mot aux diminutions des actions organiques sans lésion appréciable, antécédente ou concomitante des solides ou des liquides» (art. cité, Dicl. de méd.). L'asthénie, d'après cette définition, doit être considérée comme un état morbide qui constitue à lui seul toute la maladie. Quelques auteurs disent que «l'asthénie , de même que l'irritation, renfermée dans certaines limites, est compatible avec la santé; mais que, portée au delà de ces bornes qu'il n'est pas possible de déterminer d'une manière précise, elle trouble la fonction des parties qu'elle occupe, elle devient morbide» (Nouv. élëm. de pathol. , par MM. Roche et Sanson, t. n, p. 466). Entendue de cette manière , l'asthénie est un état qui a les plus grands rapports avec ce qu'Hippocrate nommait asthénie , et Brown , opportunité. On peut admettre que moins de fluides se distribuant dans les tissus du corps, ou bien l'irritabilité de ces tissus venant à diminuer, l'accomplissement des fonctions ne peut plus se faire régulièrement, ni avec la même intensité que dans l'état normal; c'est là ce que nous apprend la physiologie. Mais il n'est pas possible de reconnaître cette asthénie, à moins que des symptômes pathologiques ne se manifestent, et nous révèlent la modification survenue dans la circulation capillaire et la nutrition des organes. 11 y a bien un moment où l'irritation physiologique passe par une espèce de médium jusqu'à cette abirritation ou asthénie morbide; mais ce passage est à peine appréciable. Aussi , lorsque les auteurs parlent de l'asthénie, décrivent-ils des maladies déjà très-caractérisées, telle que la chlorose , l'aménorrhée, la syncope, l'atrophie, etc.; or, il est impossible de nier que, dans tous ces cas, l'asthénie n'est plus compatible avec la santé.
Division. • — Il faut distinguer trois circonstances i nportantes dans les débilités : 1° l'asthénie est générale, et alors tous les tissus, tous les organes du corps sont plongés dans une faiblesse qui tient à la diminution des phénomènes vitaux qui s'y passaient
auparavant; cette asthénie générale peut être primitive ou consécutive, c'est-à-dire se manifester de prime abord comme maladie sans lésion antécédente , ou succéder à une lésion plus ou moins circonscrite , dont le résultat est d'entraîner l'affaiblissement général de tout le solide vivant ; 2° L'asthénie peut ne frapper qu'un appareil , une partie limitée du corps ; elle est dite partielle , et tire son origine de quelque lésion ordinairement facile à apercevoir ; cette asthénie partielle et consécutive fournit la grande classe des débilités qui se montrent dans tous les organes du corps; 3° Enfin, l'asthénie peut être le symptôme le plus essentiel et le plus remarquable des maladies ; Pinel fut le premier qui consacra sous le nom d'adynamie cette débilité qui apparaît durant le cours des fièvres de mauvaise nature, et qui ne doit être considérée que comme l'expression de la vive souffrance de l'économie entière. Ce serait introduire une funeste confusion que de nommer asthénie cette faiblesse symptomatique des affections du bas-ventre ; le mot adynamie doit seul être conservé pour peindre l'état grave qui accompagne les gastro-entérites typhoïdes et autres ; toutefois , il n'est pas propre aux seules affections du tube digestif; l'adynamie peut être le symptôme des maladies du cerveau , du poumon , des résorptions purulentes. Il ne sera question en aucune manière de cette asthénie symptomatique que nous avons déjà signalée {voyez Adynamie); nous nous attacherons plus particulièrement à décrire l'asthénie primitive et consécutive.
A. Asthénie générale.
En admettant avec M. Littré que l'asthénie soit une diminution des actions organiques sans aucune lésion appréciable ou antécédente, ou concomitante des solides ou des liquidea(art. cité, p. 247), on crée une entité purement chimérique, à moins qu'on ne prouve qu'il existe une asthénie primitive. 11 convient donc de chercher d'abord à résoudre cette question proposée par la Société de médecine de Bordeaux : Existe-t-il un état asthénique primitif? S'il existe, en indiquer les caractères et l'étudier dans les divers organes.
Causes de l'asthénie. — En passant en revue les causes de l'asthénie , nous la voyons affecter tout le solide vivant dans une foule de circonstances qui nous montrent assez bien le mode de développement de cette maladie générale , et nous permettent de décider si elle peut être indépendante d'une lésion. La débilité la plus simple et la plus exempte de toute complication est certainement celle qui survient par défaut d'air atmosphérique, par privation d'oxygène, et par des gaz non respirables. Dans ce cas , il y a négation des éléments nécessaires à l'entretien de la vie , et on peut dire que l'asthénie est primitive en ce
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sens qu'elle ne résulte pas de l'altération d'un organe ; toutefois on pourrait prétendre que l'abolition de la fonction respiratoire a entraîné sur-le-champ une modification dans la composition chimique du sang , et que c'est là un désordre matériel qui explique suffisamment l'asthénie. Dans ce cas , l'asthénie n'est pas à bien dire primitive ni essentielle , puisque elle résulte d'un trouble appréciable. Les autres causes nous présentent le même mode d'action. Les mucosités bronchiques et trachéales , la compression du poumon par une sérosité abondante épanchée dans les deux plèvres , sont des causes d'anhématosie qui doivent entraîner une faiblesse générale (M. Piorry, de l'anhématosie (asphyxie), Traité de méd.prat., 5liv.; septembre, 1835, p. 3 ). La compression du cordon ombilical pendant l'accouchement peut aussi empêcher l'abord du fluide sanguin, et amener chez les enfants une débilité mortelle.
La soustraction du calorique , dont l'action stimulante est nécessaire à tous les tissus , peut produire un état asthénique très-prononcé. Chez les hommes robustes , l'impression du froid est d'abord suivie d'une réaction très-vive qui augmente la vitalité de tous les organes; mais si elle est trop prolongée ou trop intense , elle cause une faiblesse mortelle. On a observé un grand nombre d'exemples de cette débilité dans la campagne de Russie ; les soldats qui succombaient à cette asthénie ne présentaient souvent aucune lésion appréciable; d'autres étaient atteints de phlegmasies viscérales plus ou moins graves; mais la débilité était d'ordinaire un phénomène primitif.
L'air froid et humide est une cause bien fréquente de débilité , surtout à cette époque de la vie où les organes ont besoin , pour fonctionner, d'être environnés sans cesse de tous les modificateurs qui impriment aux tissus cette irritation normale , au delà et en deçà de laquelle survient la maladie. L'air que l'enfant respire doit non -seulement être pur, mais il doit encore ne contenir que peu d'humidité, et être traversé sans cesse par le fluide lumineux. Si l'atmosphère qui baigne la surface de son corps ne présente pas toutes ces conditions, sa constitution s'affaiblit d'une manière lente ; c'est pour les populations des grandes villes une cause de détérioration bien plus puissante que toutes les maladies et tous les vices qui frappent l'humanité ; c'est là une asthénie primitive dont l'existence ne peut être niée, et qui prépare chez l'enfant cette modification des solides et des liquides , qui donne aux affections , qui se déclarent alors , un caractère particulier.
L'absence de la lumière solaire doit être considérée comme une cause de l'affaiblissement des phénomènes vitaux. M. Edwards , dans les expériences ingénieuses qu'il a instituées dans le but de connaître quel est le mode d'action de la lumière , a vu qu'en plongeant les
têtards au fond de l'eau , et les empêchant de recevoir l'influence des rayons solaire , ils continuaient à croître en volume; leur nutrition paraissait s'effectuer surtout aux dépens des fluides lymphatiques; mais leurs corps ne subissaient pas la métamorphose qui devait les faire passer de l'état de têtard à celui de grenouille. Ces expériences nous montrent que les tissus , en l'absence de la lumière , peuvent bien recevoir encore une quantité considérable de fluides pour leur nutrition ; mais qu'elle ne se fait plus comme dans l'état normal, et qu'elle n'estplus régularisée. N'est-ce pas en raison de l'asthénie qui débilite certains tissus que surviennent les déviations, les gibbosités, les difformités de toute espèce chez certains enfants qui vivent dans des lieux bas et humides, privés de soleil, au milieu de toutes circonstances débilitantes; c'est ce qu'il est permis de supposer sans qu'on puisse toutefois, donner cette proposition que comme une simple conjecture.
Les aliments peu nourrissants ou malsains , en fournissant à tous les organes des matériaux appauvris et incapables de les stimuler à un degré convenable, donnent lieu à une dépression croissante des forces. 11 en est de même des affections morales vives, telles que le chagrin, les passions, la joie, qui peuvent épuiser directement les forces nerveuses , sans qu'on trouve dans la congestion ou des épanchements de diverse nature la cause de l'asthénie. Celle-ci succède encore à toutes les soustractions ou pertes de sang , indépendantes de maladies irritatives, lorsque le sang vient à manquer subitement au cerveau. Les grands efforts musculaires , les fatigues excessives , les marches prolongées , peuvent aussi anéantir la force nerveuse.
Toutes les débilités que nous venons d'étudier sont indépendantes de l'irritation ; la lésion n'est pas toujours visible. Il en est d'autres qui sont l'effet <les phlegmasies, des sub- inflammations, des névrosés, des hémorrhagies , etc.; mais attachons-nous d'abord à l'examen des asthénies générales et primitives. Si l'on donnait le nom d'asthénie à une diminution des actions organiques sans aucune lésion appréciable, antécédente ou concomitante des solides ou des liquides, ainsi que le veut M. Littré, cet état n'existerait jamais , et l'on serait forcé de rayer ce nom des ouvrages de pathologie, car il n'exprimerait plus rien. En effet , nous venons de voir, par l'étude des causes , que si la débilité générale se manifeste sans qu'il y ait aucun organe de lésé, cependant les appareils ne fonctionnent plus comme dans l'état de santé ; le trouble des fonctions annonce toujours une altération préalable dans les solides ou les liquides. On ne conservé plus le moindre doute à ce sujet, lorsqu'on cherche à découvrir le mode de développement dé cette asthénie générale. En effet , !a soustraction plus ou sidins
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complète de l'oxygène, de la lumière, l'air humide et froid, l'obscurité, la mauvaise alimentation, et toutes ces causes qui amènent un affaiblissement général, n'ont-elles pas modifié à la longue ou rapidement, les solides et les liquides. 11 est ordinairement assez facile de saisir le point de départ de la débilité. Tantôt c'est parce que le sang est altéré par suite d'une hématose imparfaite, tantôt parce qu'il ne reçoit du tube digestif que des matériaux impropres à la nutrition. Dans tous les cas , le défaut de stimulation et la soustraction des excitants naturels sont les causes directes de l'affaiblissement. Or, il est impossible que les modificateurs qui agissent sur le corps de l'homme puissent être en plus ou en moins sans qu'une modification correspondante ne se manifeste dans les tissus; c'est là une vérité physiologique solidement établie aujourd'hui. On ne peut donc pas admettre que l'asthénie soit indépendante d'une altération organique , ni qu'elle puisse être primitive. L'asthénie la plus générale, celle qui s'étend à tous les tissus du corps , ce qui n'est pas rare , est toujours consécutive dès l'instant que le modificateur n'agit plus de manière à exciter dans l'organe le mode d'irritation qui donne la santé. 11 en résulte d'abord un simple trouble fonctionnel , limité à l'appareil ou au tissu qui est privé de l'influence du stimulant; après un temps plus ou moins long , suivant l'importance de l'organe , les liquides qui doivent servir à la nutrition , étant mal élaborés , ne portent plus dans les tissus qu'une stimulation trop faible : c'est alors seulement que les organes manifestent leur souffrance, et que leur texture commence à s'altérer ; mais depuis longtemps ils ne fonctionnent plus d'une manière physiologique. On est donc forcé de reconnaître que l'asthénie n'est jamais que consécutive à un trouble fonctionnel bientôt suivi d'un désordre matériel appréciable.
Outre les causes qui portent leur action sur les appareils de la respiration et de la digestion , il en est d'autres qui agissent par les liquides sur le système nerveux : l'opium, l'acide hydro-cyanique , la digitale , apportent une sédation directe dans tous les tissus, et éteignent leur irritabilité; les contro-stimulants des médecins italiens produisent le même effet. Brown disait alors qu'il y avait faiblesse directe, parce qu'elle provenait de la privation ou de la diminution des stimulauts et de l'accumulation de l'incitabilité. Nous savons aujourd'hui que cette faiblesse tient à ce que l'irritabilité de l'organe auquel s'adressait le modificateur n'étant plus assez excitée, la fonction diminue ou cesse.
Les débilités générales que nous avons examinées ne sont pas dues à une maladie antécédente; c'est en ce sens seulement qu'on peut les appeler primitives. D'autres débilités plus nombreuses que les premières reconnaissent pour cause l'irritation : elles sont con-
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sécutives. Des inflammations aiguës ou chroniques du tube digestif, la gastrite, la gastro-entérite, la colite, en empêchant la digestion , privent le sang des matériaux nécessaires à la nutrition. D'autres fois c'est une angine, une phlegmasie du larynx ou de la trachée , une pneumonie, une pleurésie, une tumeur située sur le trajet des voies aériennes qui nuisent à l'oxygénation du sang et à l'hématose. Souvent il ne faut plus chercher dans les maladies de l'intestin ou du poumon la cause de l'asthénie consécutive générale , mais dans le cœur qui , spasmodisé par une névrose , par une syncope, par le choléra, ou enflammé à ses orifices, ou comprimé par le produit d'une péricardite , ou retenu par des adhérences , n'envoie plus au cerveau une stimulation suffisante ( Broussais , Cours de pathol. et thér. gén., t. v , p. 416). L'asthénie générale peut s'observer encore après la congestion et les épanchements sanguins ou séreux qui ont lieu dans le cerveau , et qui suspendent ou affaiblissent la circulation nerveuse.
L'excitation cérébrale, la trop grande activité de l'innervation , l'énervation musculaire et intellectuelle, sont des causes de débilités générales. L'es personnes qui se laissent aller à des mouvements violents de colère tombent dans l'épuisement , et même dans une asthénie fort alarmante , si on n'en connaissait la cause. Les spéculations abstraites concentrent dans les fibres nerveuses et les capillaires sanguins du cerveau tous les mouvements organiques qui devraient se passer dans les autres organes. Le cerveau vit aux dépens des autres viscères ; aussi voit-on les personnes studieuses oublier leurs premiers besoins en se livrant à la méditation ; souvent même l'excitation cérébrale est telle que les autres parties du corps sont plongées dans l'inertie , et comme dans l'immobilité et l'extase. Les passions tristes sont appelées dépressives et sédatives, parce que l'innervation qui devient si grande dans le cerveau , venant à diminuer dans les autres organes , les fonctions de ceux-ci languissent et s'éteignent. Le mode d'action de ces causes est facile à saisir.
Quelquefois l'asthénie générale provient d'une sécrétion irritative qui évacue une trop grande quantité de fluide. On l'observe chez les sujets épuisés par les suppurations excessives, la sécrétion trop abondante de mucus, de salive, les hémorrhagies, les excès vénériens. Dans ce dernier cas, il y a, outre la perte de la liqueur spermatique, une déperdition du fluide nerveux : l'anaphrodisie prolongée qui suit les excès vénériens arrive de cette manière.
Les causes de l'asthénie peuvent être rapportées, ainsi qu'on vient de le voir, 1° à la soustraction ou à la diminution d'action des stimulans naturels, 2° à l'irritation ; l'asthénie , dans ce dernier cas , est l'effet symptomatique de la maladie de quelque organe ira-
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portant; elle est donc toujours consécutive à une altération des solides ou des liquides.
La question de savoir s'il existe une asthénie primitive, a beaucoup occupé le monde savant. M. Brachet, dans un Mémoire qu'il a publié en réponse à cette question , a établi par des observations nombreuses et des expériences faites sur les animaux que l'asthénie ne pouvait être considérée que comme un phénomène, un symptôme, et quelle n'était rien autre chose. «Elle ne peut donc pas être un état primitif, dit M. Brachet , puisqu'elle est le résultat constant de l'affection première de l'un des deux système nerveux ou de tous les deux , ou d'un organe quelconque, ou enfin de la viciation des humeurs dans leur quantité comme dans leur qualité. »(Mém. sur l'asthénie , par Brachet, 1829 p. 203). Les premières observations qui ont servi à M. Brachet pour résoudre ce problème le plus difficile , et en même temps le plus capital de toute la médecine , ont pour sujet des maladies du cerveau telles que la congestion, l'apoplexie , l'hydrocéphale. Il en a conclu que toutes les causes pathologiques ou mécaniques qui agissent sur l'encéphale de manière à suspendre ou à affaiblir ses fonctions , produisent l'asthénie ou l'abolition des fonctions de relation (loc. cit., p. 27). L'asthénie peut rester limitée aux fonctions qui dépendent du cerveau , et les fonctions organiques ou ganglionnaires n'éprouver aucune atteinte : alors la circulation continue comme auparavant; la digestion, la nutrition , les sécrétions s'exécutent avec la même énergie (loc. cit. , p. 28).
Suivant le médecin de Lyon , les différents appareils qui constituent le corps ne vivent que par l'influence des appareils des nerfs cérébraux et ganglionnaires ; le sang entretient la composition des parties : ce sont là les trois sources de la santé ou de la maladie. Toutes les causes de l'asthénie doivent provenir de cette origine : nous avons vu déjà que M. Brachet place dans les maladies du cerveau la cause de l'asthénie; elle peut encore se trouver dans un organe éloigné, dont la réaction devient cause d'asthénies comme dans les douleurs, les inflammations, certaines dégénérations organiques. Enfin elle peut se rencontrer dans une altération du sang, une diminution de quantité, un défaut d'hématose, ou l'introduction de principes plus ou moins nuisibles.
Le système nerveux ganglionnaire peut être frappé d'asthénie comme le cerveau ; la cause de cette débilité est directe, sympathique ou humorale, selon qu'elle réside dans le système ganglionnaire luimême, dans un organe différent , dans le sang ou les humeurs. Les faits que M. Brachet a cités à l'appui de l'asthénie du système nerveux ganglionnaire sont peu concluants. Ge médecin affecte une prédilection trop exclusive pour le trisplanchnique; sans doute on
ne peut contester que ce nerf soit comme tous les autres exposé à l'asthénie : seulement , il faut attendre que des observations plus précises nous aient appris à connaître les symptômes qui lui appartiennent.
L'asthénie peut se faire sentir dans tous les organes à la fois : elle est générale ; les deux systèmes nerveux sont également affectés. «Gomme il n'y a aucun organe qui ne reçoive des nerfs cérébraux et ganglionnaires, et qu'aucune fonction ne s'exécute que par leur ministère et sous leur influence , l'asthénie commence toujours par ces systèmes ( loc. cit. , p. 201).» II est difficile de comprendre ce que M. Brachet veut dire lorsqu'il prétend que l'asthénie commence toujours par l'un ou l'autre système nerveux. Entend-il par là que l'asthénie peut être primitive dans les appareils d'innervation? Mais alors cette proposition serait contraire aux conclusions tirées à la fin de son mémoire, où l'auteur déclare que l'état asthénique n'existe pas , et qu'il ne doit être considéré que comme un phénomène , un symptôme, et rien autre chose (loc. cit., p. 203). Quelle pourrait donc être cette asthénie , cette affection première de l'un des systèmes nerveux , ou de tous les deux P Si on admettait que la débilité pût atteindre la fibre nerveuse sans autre modification préalable survenue dans l'économie , on reconnaîtrait l'existence d'une asthénie primitive ; mais nous ne croyons pas que les choses puissent se passer ainsi. Dans quelques cas qui ne sont même pas rares on voit une profonde débilité se manifester sans qu'on parvienne toujours à découvrir l'organe en souffrance. Dans les fièvres graves , l'asthénie est déjà très-prononcée avant qu'aucun symptôme n'indique le tissu ou l'appareil qui est le siège de la lésion. Qu'un homme soit soumis pendant quelques instants à un foyer actif d'infection; qu'il respire l'air d'une prison ou d'un hôpital , dans lesquels sont entassés des individus en santé ou malades ; il ressentira bientôt les funestes effets de cette influence pernicieuse, et tombera dans une débilité alarmante avant même que les symptômes de la maladie qu'il a contractée se déclarent : souvent même l'affaiblissement général est le seul accident qu'il éprouve. Peut-on dire que, dans ce cas, il y a eu asthénie primitive? Il est certain que le système nerveux a reçu l'action délétère du principe morbifique, quelle que soit son essence. Gelui-ci a d'abord pénétré par les voies de l'absorption cutanée , pulmonaire ou digestive, d'où il est passé dans le sang ; ce liquide infecté n'imprime plus au cerveau et à ses dépendances une stimulation propre à entretenir la santé, et il modifie d'une manière fâcheuse l'économie entière. Mais il n'y a pas asthénie primitive chez les malades qui ont ainsi vécu au milieu d'une atmosphère infecte : car la cause de la débilité étant l'empoisonnement miasmatique du sang, c'est là une
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altération humorale évidente, et qui rend compte de l'apparition de l'asthénie. Nous avons déjà signalé les principales causes qui modifient la nature de ce li quide : d'autres fois ses quantités diminuent , soit en raison d'un défaut dans l'hématose ou l'élaboration digestive,soit en raison d'une hémorrhagie ou de déplétions sanguines trop répétées , qui soustraient aux tissus le sang destiné à les nourrir ; l'anémie n'est autre chose qu'une débilité causée par la diminution des quantités du sang.
Les auteurs des nouveaux éléments de pathologie (t. u, p. 470) semblent disposés à admettre une asthénie primitive. «La maigreur sans foyer d'irritation qui la produise est assez commune; elle est l'état habituel d'une foule d'individus , et on la voit portée à tel point chez quelques hommes , que , sans constituer pour eux un état morbide réel ; il en résulte une santé peu robuste , les individus qui la présentent sont excessivement sensibles au froid , ils supportent trèsbien au contraire les plus fortes chaleurs , différents en cela des individus à tempérament nerveux , avec lesquels ils ont d'ailleurs plusieurs points de contact, etc.. On observe aussi quelques personnes chez lesquelles la sensibilité est des plus obtuses , sans que le cerveau ni la moelle épinière soient altérés. Chez ces individus les mouvements sont lents, l'intelligence est obtuse , le caractère apathique , les phénomènes inflammatoires sont en général peu marqués , les sympathies difficilement mises en jeu , et les organes se détruisent sourdement sans provoquer des phénomènes morbides en rapport avec le degré de leur désorganisation ; enfin , il existe des individus qui naturellement et sans souffrance d'aucun organe, sont dans un état habituel d'anémie : ils sont pâles , leurs chairs sont flasques, ils s'œdématient facilement , on aperçoit à peine leurs veines sous-cutanées , et elles sont très-petites, etc.. Ces trois états asthéniques peuvent être mis en opposition avec l'obésité , l'exaltation nerveuse , et la pléthore sanguine y>(lYouv. élém. de path., par MM. Roche etSanson, p. 470). Nous ne pensons pas qu'on puisse trouver dans ces trois dispositions individuelles des exemples d'asthénie générale primitive. 11 est rare que la maigreur, la pâleur de tous les tissus ne tiennent pas à quelques désorganisation latente et chronique que l'autopsie révèle plus tard.
L'asthénie dite primitive pourrait dépendre d'un affaiblissement fonctionnel de tout le système nerveux; l'innervation moins active expliquerait alors la diminution des mouvements interstitiels des tissus et la débilité générale. Mais en supposant même que celte asthénie ait une existence bien démontrée , on trouve que c'est presque toujours l'exercice trop prolongé d'un organe qui l'amène. Ainsi le collapsus qui succède à de longs travaux d'esprit, l'anaphro-
disie qui suit les excès vénériens , l'inertie musculaire qui se manifeste après de longues marches , prennent leur origine dans une sur-excitation du système nerveux. «Nous penchons à croire , dit M. Roche, que l'asthénie de tous les tissus reconnaît pour cause une diminution partielle de l'influx nerveux, et que les stimulants n'agissent qu'en excitant l'abord de ce fluide; enfin, ce qui vient encore à l'appui de ces idées , c'est que l'appareil producteur du fluide reprend surtout son énergie par le repos , tandis que les tissus , dans lesquels nous supposons le fluide diminué de quantité , ne regagnent le ton qu'ils ont perdu que par les excitants , ce qui offre la plus parfaite analogie avec les principaux phénomènes électriques. Il paraît , en effet , en être ainsi dans le plus grand nombre des cas, et si, dans quelques circonstances, cela ne paraît pas aussi probable, il est à rémarquer que c'est dans des maladies dont la nature asthénique n'est pas bien démontrée, telles que l'anémie. »
Symptômes et caractères de l'asthénie. — Il faut pour que les organes et les tissus élémentaires qui entrent dans leur composition fonctionnent d'une manière convenable , que l'action organique qui résulte de l'impression du modificateur sur la fibre vivante ne dépasse pas certaines limites , en d'autres termes, il faut que l'excitement ne s'élève pas jusqu'à l'irritation , ou ne s'abaisse pas au-dessous de l'état normal , ce qui produit dans ce dernier cas l'ab-irritation ou la débilité. Les phénomènes généraux qui caractérisent l'asthénie sont : la pâleur et l'abaissement de température des tissus débilités ; la diminution de la masse du sang en circulation , l'affaiblissement de la contractilité organique, de la contraction musculaire , de la sensibilité. 11 semble que moins de sang et de fluide nerveux afflue dans les appareils frappés d'asthénie. Tous les mouvements moléculaires, interstitiels et microscopiques, auxquels on a donné le nom de chimie vivante se ralentissent , ce qui est attesté par le peu d'intensité des phénomènes d'absorption , d'exhalation , de sécrétion. Bientôt la nutrition s'altère , et l'on voit paraître les asthénies nutritives ou atrophies qui se limitent à un ou plusieurs organes, ou sont générales comme dans l'amaigrissement.
Les caractères que nous venons d'établir constituent les symptômes de l'asthénie : on les a pris pour base d'une division des diverses espèces d'asthénie. M. Roche distingue : 1° Une asthénie sanguine, dans laquelle la quantité de sang est diminuée : c'est l'état opposé à l'inflammation et à l'hémorrhagie ; 2° une asthénie nerveuse , c'est l'état contraire aux névroses; 3° une asthénie nutritive ou atrophie . c'est un phénomène morbide inverse de l'irritation nutritive ou hypertrophie; 4° enfin l'asthénie sécréioire, dans laquelle la source des liquides sécrété»
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est tarie ou diminuée. M. Boisseau partage les maladies de cette espèce en asthénies de nutrition, et asthénies de fonction. Cette division des débilités nous conduit à parler des asthénies locales.
B. Asthénie locale.
L'asthénie, au lieu d'être générale et telle que nous l'avons fait connaître , peut n'envahir qu'un appareil et qu'un ordre de fonctions: le systèmenerveux, sanguin , comme nous venons de le dire. M. Brachet, dans le Mémoire que nous avons déjà eu occasion de citer, veut que l'asthénie locale commence toujours par les systèmes nerveux cérébral ou ganglionnaire. Le plus souvent elle se borne à l'un des deux systèmes ; alors elle est limitée à l'ordre de fonctions auxquelles préside ce système. « Si c'est le système cérébral , l'asthénie n'atteint que les fonctions cérébrales : on peut l'appeler asthénie cérébrale ; si c'est le système ganglionnaire , les seules fonctions dépendantes de ce système sont affaiblies : ce sera une asthénie ganglionnaire.
«L'asthénie peut envahir toutes les fonctions cérébrales , intellectuelles , morales , sensitives , locomotrices, et constituer une asthénie cérébrale générale. Elle peut se borner à un ordre de fonctions , telles que les fonctions intellectuelles chez les idiots , les fonctions locomotrices dans les épanchements , et dans les violations des sens , et constituer une asthénie cérébrale partielle. Cette asthénie partielle peut occuper tout un ordre de fonctions, tel que toutes les facultés intellectuelles , les organes locomoteurs , etc. , et recevoir le nom d'asthénie partielle générale ; ou bien elle peut se limiter à une ou à un petit nombre de facultés intellectuelles, ou à un ou plusieurs muscles, et mériter le nom d'asthénie partielle locale.
«L'asthénie ganglionnaire peut être générale, et faire languir à la fois toutes les fonctions dépendantes du système nerveux ganglionnaire. Elle peut se borner à un ordre de fonctions , la nutrition , par exemple , ou l'exhalation ; elle devient partielle. Elle peut enfin être circonscrite à un organe ou à une région plus ou moins étendue , et constituer une asthénie ganglionnaire partielle locale.
«Chacune de ces modifications d'asthénie cérébrale ou ganglionnaire peut se combiner diversement , et donner lieu à autant de nuances qu'il peut y avoir de combinaisons différentes» ( Mémoire sur V asthénie, p. 201 à 202).
Asthénie ganglionnaire. — H est souvent fort difficile de suivre M. Brachet dans toutes les subdivisions qu'il établit; mais la principale de toutes, celle qui doit nous arrêter un instant , est la distinction de l'asthénie en cérébrale et ganglionnaire, suivant qu'elle réside plus spécialement dans l'un ou l'autre de ces systèmes. La xvie Observation , rapportée par