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CHAPITRE Ier

Des Acéphalocystes en général.

A. Membrane propre de l'acéphalocyste. — Lorsqu'on examine avec le microscope la surface extérieure d'une acéphalocyste , on ne peut apercevoir qu'un tissu homogène lisse et poli , sur lequel n'existent ni les crochets ni les petites taches ou pores que l'on découvre sur les autres vers vésiculaires , le cysticerque en particulier. En comprimant la vessie entre les deux plaques de verre dont les helminthologues se servent pour forcer ces animaux à sortir la tête de la fossette où elle est souvent cachée , on ne voit aucune échancrure, aucune bouche, rien, en un mot, qui puisse éclairer sur le mode de nutrition de cet être rudimentaire ; les dissections les plus minutieuses , les recherches des plus habiles naturalistes n'ont pu encore démontrer l'existence des vaisseaux. Aussi Home dit-il que l'hydatide sphéroïdale est l'animal le plus simple, et qu'il ne consiste pour ainsi dire qu'en un estomac.

La membrane qui forme les parois de la vessie est mince, fragile, sans fibres distinctes, transparente dans les vessies d'un petit volume, opaque et d'un blanc laiteux dans celles qui sont plus grosses : elle est quelquefois grise, verdàtre, jaune ou marquée de petits points noirs.

Assez souvent elle présente des épaississements dont il importe de signaler la présence , parce qu'ils changent entièrement la physionomie de ces vésicules. M. Gruveilhier les compare ( art. ackpiulocyste , Dict. de méd. et de chir. prat.) à de petits grains de plâtre ou de phosphate de chaux jetés irrégulièrement sur la membrane. Ces granulations n'ont pas toutes la même forme ; elles font saillie à l'intérieur, et dans ces

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points la membrane est plus résistante que dans les autres. Laennec les a décrites avec le soin et l'exactitude qu'il apportait dans toutes ses recherches d'anatomie pathologique. Peut-être les distinctions qu'il a établies paraîtront-elles un peu minutieuses ; nous les ferons cependant connaître , parce qu'elles ont été reproduites dans toutes les descriptions qu'on a données depuis son Mémoire.

Acêphalocyste ovoïde. — Elle a été appelée ainsi par Laennec , « tant à cause de la ressemblance très-grande avec le blanc d' œuf durci que lui donnent ses épaississements blancs, qu'à cause des corps oviformes par lesquels elle se régénère» (Laennec, Mémoire sur les vers vésiculaires , 1 804 , — dans les Bull, de la Fac. de méd. de Paris, 1805).

Acêphalocyste oviforme. — Sous ce nom il désigne les acéphalocystes dont la membrane présente de petits corps , sphériques , blancs , opaques , et d'un tissu semblable à celui du blanc d'œuf cuil. Ces corps , d'un volume égal à celui d'un grain de millet , sont placés les uns contre les autres dans la paroi même du sac; la membrane est transparente dans l'espace qui les sépare. Ils ont été observés par un grand nombre d'anatomistes , et sont les mêmes que ceux appelés granulations blanches par M. Cruveilhier , qui les compare à des grains de plâtre ou de phosphate de chaux.

Les corps oviformes sont adhérents à la face interne de la vessie ; lorsqu'on les sépare de la membrane , on découvre la petite fossette où ils étaient logés; souvent même une déchirure atteste l'union intime qui existait en ce point. Ils sont quelquefois isolés ou disposés par couche les uns sur les autres , et ressemblent assez bien à des grains d'albumine concrète superposés. Les plus extérieurs sont retenus dans les enfoncements que présente la face interne de la membrane , les internes , en général plus volumineux , sont faiblement unis aux premiers , et font saillie dans la cavité du sac. Examinés au microscope, les grains oviformes les plus petits sont pleins , les plus volumineux ont une cavité qui s'agrandit lorsqu'ils prennent de l'accroissement. Cette structure a fait croire à Laennec que ces corps ne sont que des acéphalocystes naissantes qui finissent par se détacher des parois de la mère , tomber dans sa cavité , où elles vivent et croissent, au point de distendre outre mesure et de rompre la vessie qui leur a donné naissance. Ce mode de reproduction ressemblerait à celui des polypes, qui se régénèrent par gemmules : mais l'observation la plus attentive n'a pas encore permis de décider cepoint intéressant de l'histoire des acéphalocystes.

Les parois de ces vers présentent quelquefois des épaississements blancs , laiteux, continus au tissu même de la vessie. Ces épaississements peuvent être répandus par plaques ou occuper la plus grande partie de la membrane. Ils forment, dans quelques cas, une

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sorte de lit ou d'excipient dans lequel les corps oviformes sont rangés par couche.

Il est une espèce d' acêphalocyste que Laennec a décrite sous le nom de granuleuse (aceph. granosa) , en raison de l'aspect qu'elle présente. On la reconnaîtra aisément à la transparence de sa membrane parsemée de petits grains , transparents , uniformes, faisant saillie au dedans et au dehors de la poche. Ces grains n'ont pas une forme régulièrement arrondie , et quoique disposés sans ordre dans l'épaisseur des parois , ils sont à peu près à égale distance les uns des autres.

Acêphalocyste surculigëre , à bourgeons ou rejetons (de surculus, rejeton, et gererc, porter). — Elle se distingue de toutes les autres à ses grains parfaitement transparents, allongés , cuboïdes, aplatis, de forme variable, situés, soit à la face interne, soit à la face externe de la membrane propre. Ces grains, que Laennec a nommés bourgeons , parce qu'il les regardait comme des acéphalocystes naissantes, sont creux et renferment une gouttelette de sérosité ; quant aux granulations proprement dites, dont nous avons parlé plus haut, il n'ose pas affirmer qu'elles soient les germes d'une autre génération.

Nous ferons observer que ces trois espèces d'acéphalocystes ne sont que des formes particulières dont il est impossible , jusqu'à présent, de saisir l'origine. Nous sommes encore trop peu avancés dans l'histoire de ces animaux pour connaître les influences qui modifient la structure , la couleur , la ténuité de leurs membranes. Il ne faut donc attacher qu'une importance tout à fait secondaire à ces divisions de Laennec. Cet auteur lui-même (loc. cit., p. 169) ne les proposait qu'avec une certaine réserve , parce qu'il n'ignorait pas que les corps oviformes et les bourgeons incolores pourraient se rencontrer un jour sur la même acêphalocyste , quoiqu'à l'époque où il écrivait , il n'en eût encore observé aucun exemple.

Suivant M. Cruveilhier (loc. cit., p. 197), Laennec appelle acêphalocyste ovoïde celle qui contient des acéphalocystes plus petites. En relisant avec soin les différents passages où il est question de cette espèce (Laennec, loc. cit., p. 1 59, 1 60, 1 61 et 1 67), on peut se convaincre que ce caractère seul ne suffi) pas pour 3a distinguer des autres. En effet, les acéphalocystes surculigères , aussi bien que les oviformes, laissent tomber dans l'intérieur de la poche des corps que Laennec croit propres à en produire d'autres. C'est donc surtout par la forme de ces corps déposés sur la membrane du sac , et par l'aspect particulier que présente la membrane, que Laennec a cherché à les caractériser. Du reste , le passage suivant prouve aussi qu'il n'ignorait pas que les corps oviformes et les granulations peuvent manquer: «On trouve , tant dans les kystes qui contiennent des acé-

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phalooystes à corps oviformes, que dans ceux où il n'y a que des granulations incolores, ou des bourgeons transparents, d'autres vers de même espèce qui ne renferment, soit dans leur cavité, soit dans leurs parois, aucune acéphalocyste naissante.»

Propriétés physiques de la membrane propre. — Sa consistance est analogue et ordinairement égale à celle de l'œuf durci; élastique et extensible, elle revient sur elle-même lorsqu'on donne issue au liquide contenu dans sa cavité , et alors elle double ou triple d'épaisseur. Quoique son extensibilité soit assez grande, elle se déchire aisément au delà d'un cerlain degré de tension.

Les parois ont une épaisseur variable ; quelquefois elles ressemblent à la pellicule d'une bulle de savon et se déchirent quand on cherche à les soulever ; d'autres fois elles peuvent être divisées en quatre ou cinq feuillets. M. Gruveilhier regarde comme les débris du feuillet interne ces flocons demi-transparents , réticulés , qu'il compare à la rétine ; il pense que ces flocons résultent de l'altération cadavérique , puisqu'ils augmentent de jour en jour jusqu'à ce que

I a totalité du feuillet soit détachée.

Coloration. — Les nuances de coloration dépendent plus souvent des enveloppes et des corps qui y sont déposés que du liquide. Tantôt la membrane est d'un blanc opaque demi-transparent, tantôt elle est jaune, grise, verdâtre, soit dans une seule de ses parties , soit dans sa totalité.

Propriétés chimiques. — M. Collard , qui a ana- I ysé la membrane de plusieurs acéphalocystes trouvées dans différents organes , a reconnu qu'elle était composée de la manière suivante : 1° d'une trame albuminiforme, ne se distinguant de l'albumine que par sa solubilité dans l'acide hydrochlorique ; 2° d'une substance qui a quelque analogie avec le mucus, dont elle diffère cependant par son insolubilité et par son défaut d'action sur l'acétate de plomb; 3° par sa grande solubilité dans les acides hydrochlorique , sulfurique et nitrique concentrés ; 4° parce que l'eau lui rend, quand elle est desséchée, les propriétés physiques et chimiques qu'elle possédait. Cette analyse ne peut être regardée comme définitive , et laisse beaucoup à désirer.

B. Du liquide contenu dans V acéphalocyste. — Le plus souvent il est limpide, et a toutes les propriétés de l'eau pure. Il contient de l'albumine, suivant Laennec , ou les débris de la pellicule interne sous forme de flocons blanchâtres , ou enfin les corps oviformes et les granulations que nous avons étudiées.

II serait important de savoir si le liquide renfermé dans l'acéphalocyste partage les qualités de celui du kyste; jusqu'ici on ne s'est pas occupé d'établir s'il existe quelque différence dans leur composition chimique; on est plus avancé en ce qui touche leurs pro-

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priétés physiques. En effet, tantôt celui qui est contenu dans l'acéphalocyste ressemble , par sa couleur , à celui du kyste ; tantôt il possède des qualités toutes différentes. C'est ainsi que M. Cruveilhier a vu plusieurs fois le liquide de l'acéphalocyste transparent et limpide , tandis que celui du kyste était purulent. Dans ce cas, il est à présumer que le mouvement d'endosmose et d'exosmose entre les deux liquides peut avoir lieu en raison de quelques circonstances qui ne nous sont pas encore bien connues. Des expériences instituées par M. Cruveilhier prouvent que les membranes sont ordinairement perméables : ayant plongé plusieurs acéphalocystes dans de l'encre étendue d'eau, il vit bientôt le liquide passer successivement au violet et au noir. Nous admettons , avec cet anatomiste , que la membrane jouit d'une vitalité qui lui est propre ; mais on nous accordera aussi que plusieurs des particularités que nous avons fait connaître s'expliquent très-bien par les lois de l'endosmose et de l'exosmose.

C. Du kyste ou membrane commune aux acéphalocystes.— Le kyste dans lequel sont logées les acéphalocystes est en général très-résistant , et composé de quatre et quelquefois de cinq ou six tissus élémentaires. Celui qu'on trouve le plus souvent est un tissu fibreux , semblable à celui des ligaments articulaires et des tendons ; M. Cruveilhier n'y a pas aperçu les fibres entre-croisées dont parle Laennec (loc. cit., p. 1 73). Les différents feuillets qui forment le kyste sont quelquefois réunis par un tissu cellulaire abondant et très-visible. Le tissu fibreux ne constitue pas à lui seul les parois du kyste : on y rencontre souvent des points fibro-cartilagineux ou cartilagineux , ou même des plaques osseuses et des pétrifications. L'épaisseur des parois est en général proportionnelle à leur volume et à leur ancienneté.

Mode d'adhérence des kystes avec les organes. — L'adhérence qui joint le kyste aux organes où il se développe varie en raison de la nature même de ces organes. Lorsqu'ils abondent en tissu ferme et serré, comme le foie ou le rein, le kyste est uni d'une manière si étroite avec le parenchyme , qu'on ne peut les séparer sans déchirer leurs tissus. Si, au contraire, les parties environnantes sont riches en éléments celluleux , l'adhérence est peu intime , surtout si le kyste se trouve dans le voisinage de quelque membrane ou d'une cavité. Dans ce dernier cas , il finit souvent par s'envelopper de cette membrane , qui le supporte alors par un étroit pédicule. Ce que les auteurs ont nommé hydatides pendantes (Jiydatides pendulœ) , ne sont que des kystes affectant la forme que nous venons de décrire.

Membrane interne. — L'intérieur du kyste est tapissé par une membrane dont la surface quelquefois lisse et polie , offre plus souvent encore des rugosités ;

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quelquefois on y trouve des ulcérations : dans quelques cas , la face interne ressemble assez bien à l'intérieur d'uue poche anévrysmale rompue , mais vide de caillots. M. Cruveilhier rapporte celte altération à une inflammation ulcéreuse produite par la distension graduelle des tissus environnants. Cette phlegmasie s'annonce encore par des plaques cartilagineuses, osseuses, qui s'incorporent à la membrane du kyste.

Le feuillet interne, sans présenter les caractères des membranes fibro-séreuses, exhale cependant la sérosité dans laquelle nagent les acéphalocystes. Elle peut être séparée des autres feuillets qui l'enveloppent, et présente alors les mêmes propriétés que la membrane propre de l'acéphalocyste. Gomme celle - ci , elle est fragile , élastique , d'une couleur opaline. On ignore si les granulations simples ou agglomérées , qui semblent , dans quelques cas , déposées à la surface , dans d'autres, occuper l'épaisseur de cette membrane , sont les germes des acéphalocystes libres. Cette opinion , émise par Laennec et d'autres , est adoptée par M. Cruveilhier (Joe. cit. p. 201), qui dit avoir vu ces granulations ou vésicules pulluler et devenir plus volumineuses à mesure qu'elles se succédaient ; elles participent , suivant lui , aux maladies du kyste.

État des acéphalocystes dans leur kyste. — Le kyste renferme toujours un liquide dans lequel nagent une ou plusieurs acéphalocystes. Lorsque celles-ci sont solitaires ou uniques , la membrane du kyste les enveloppe sans contracter avec elles aucune adhérence ; un liquide très - ténu , que l'on ne peut souvent apercevoir , sert à les séparer et à lubrifier les surfaces en rapport. Les acéphalocystes multiples varient singulièrement en nombre. On en a trouvé depuis cinq ou six jusqu'à sept ou huit cents : elles peuvent égaler en grosseur un grain de mil ou la tête d'un fœtus à terme.

Liquide contenu dans les kystes. — 11 a ordinairement toutes les qualités de celui contenu dans les acéphalocystes. Transparent et limpide, il peut être jaunâtre, puriforme, ou épais et bourbeux. Laennec y a constaté plusieurs fois l'existence de fragments de matière albumineuse jaunâtre et concrète. Ce liquide a offert encore de la bile , soit pure , soit altérée , et de l'adipocire lorsque le kyste était situé dans le foie. Les kystes des autres organes contiennent quelquefois aussi de l'adipocire.

D. Altérations que peuvent subir les acéphalocystes , les kystes et leurs liquides. — Soit que l'on considère les acéphalocystes comme jouissant de la vie à la manière des animaux les plus simples , soit qu'on leur refuse une place parmi les êtres organisés vivants , on ne peut douter qu'elles ne présentent une foule de maladies importantes à connaître.

Mort des acéphalocystes. — Bremser {Traité des vers intestinaux, trad. de l'allem., p. 277 et

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suiv.) croit que la désorganisation débute de la manière suivante. Le liquide commence par perdre sa transparence , s'épaissit , devient jaunâtre et res-j semble à du fromage. On conçoit très-bien que des changements dans la composition et les qualités du liquide doivent précéder l'altération des parois, puisque celles-ci ne peuvent vivre qu'aux dépens du liquide. Aussi bientôt la vessie se ride , l'humeur qu'elle renfermait se durcit et se transforme en une matière semblable à de l'adipocire , ou en une masse calcaire que l'on sépare aisément des membranes. Laennec pense que les acéphalocystes peuvent périr spontanément sans sortir du kyste, et que le liquide dans lequel elles nagent est absorbé. Dès lors le kyste se resserre sur lui-même , comme la poche anévrysmale après la ligature de l'artère. Dans une observationfort intéressante rapportée par Laennec, on voit que les vésicules , affaissées , et privées depuis longtemps de la vie , étaient réunies par une matière jaunâtre , friable, que l'auteur compare à une sorte de ciment (loc. cit., obs. iv, p. 241). On trouve quelquefois les débris d'acéphalocystes plongés dans un liquide puriforme , épais et pultacé , que remplace dans d'autres cas une matière albumineuse. 11 est impossible de dire quelles sont les circonstances qui amènent des changements aussi remarquables. Est-ce parce que les acéphalocystes étant mortes, le kyste revient sur luimême? ou bien est-ce en raison de la multiplication excessive de ces vers dans une même poche , trop petite pour les contenir ? Quoi qu'il en soit, on doit reconnaître que l'absorption plus ou moins rapide finit par enlever la partie la plus ténue du liquide , ce qui donne à la matière enfermée dans le kyste les degrés divers de consistance dont nous venons de parler.

Le resserrement du sac, déterminé par la mort des vers , est un phénomène d'autant plus important à noter, qu'il est, avec l'expulsion de ces animaux hors du corps de l'homme , la seule terminaison heureuse des accidents causés par leur présence.

Quelques auteurs ont pensé que les acéphalocystes pouvaient se transformer en athérôme , par suite de leur désorganisation. Bremser, qui émet cette opinion (loc. cit., p. 279), va même jusqu'à croire que les prétendues dents trouvées par le docteur Belniz, dans un ovaire, n'étaient que des hydatides dégénérées. Il en serait de même , suivant lui , des engorgements que Dehaen {Ratio medendi, p. 131) observa dans une glande thyroïde et des obstructions au foie. Au reste, Ruysch {Observ. anat. xxv, p. 25) connaissait déjà toutes les altérations dont les acéphalocystes offrent de nombreux exemples, et il ne doutait pas qu'elles ne pussent se changer en athérôme , stéatôme et mélicéris.

Les kystes , à une certaine époque de leur développement, peuvent se rompre sans même que leur

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volume soit considérable. Lorsqu'ils sont situés dans le voisinage d'une muqueuse, le liquide est expulsé *m dehors sans autre accident. Il n'en est plus de même s'ils s'ouvrent dans une séreuse : l'inflammation qui se manifeste devient promptement mortelle. Enfin, si le kyste n'est pas détruit par la maladie, et si le liquide ne se fait pas jour au dehors , le premier grossit indéfiniment par l'accroissement des acéphalocystes , et finit par acquérir un volume tel, qu'il gêne l'exercice des fonctions , et amène la mort.

On a attribué aux acéphalocystes , que les anciens connaissaient surtout sous le nom d'hydatides , l'origine d'une foule de maladies. Morgagni (De sedihus et causis, epist. xxxvm, §35 et 36) regarde leur rupture comme une cause d'hydropisie ; il s'appuie sur les observations de Malpighi , de Valsalva , pour avancer que les hydatides développées sous les membranes du péritoine finissent par se rompre , et remplissent de sérosité la cavité du ventre; il prétend même trouver la confirmation de sa doctrine dans le passage suivant d'Hippocrate (loc. cit.,, §36 ) : «Quibus hepar aquâ plénum in omentum eruperit , iis ventrem aquâ impleri.» Morgagni a cru reconnaître la cicatrisation, suite de la rupture des hydatides dans les tubercules du péritoine qu'il rencontra chez certains hydropiques.

On a fait jouer aux hydatides un rôle plus important encore , en les considérant comme le point de départ des tubercules , du squirrhe , du fongus , du stéatôme. Cette manière d'envisager ces maladies appartient au < hirurgien anglais Barron , et sera discutée à l'article Tubercule.

E. L' acéphalocyste peut-elle être considérée comme jouissant de la vie P — C'est sans contredit le plus simple de tous les animaux. On n'a pu y apercevoir d'organe distinct , soit à l'œil nu , soit au microscope : tout fait croire cependant qu'il se nourrit, puisqu'il pousse sur l'une ou l'autre de ses surfaces les granulations qui doivent le reproduire : or, la reproduction , comme l'ont établi les naturalistes , est le caractère le plus général de l'organisation vivante. Sans doute l' acéphalocyste doit être placée au-dessous du dernier végétal ; mais la vitalité dont elle jouit, quoique très-faible, annonce qu'elle peut exister par elle-même. En effet , n'estelie pas plongée dans un liquide qui l'isole entièrement des parties voisines? ne meurt- elle pas dès que les conditions de son existence ne sont plus les mêmes? Nous avons dit que la nature du liquide contenu dans le kyste ne pouvait changer sans que celui de l'acéphalocyste participât aux qualités nouvelles que l'autre acquérait : dès lors il est impossible de ne pas voir dans la membrane propre une sorte de propriété d'assimilation. Sans doute l'endosmose et î'exosmose présentent des phénomènes plus ou moius analogues; mais il resterait encore à expliquer le

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mode de reproduction de ces animaux. Tout paraît prouver qu'elle se fait de très-bonne heure et fort promptement. On en a trouvé de la grosseur d'une cerise, dont les parois étaient déjà presque entièrement couvertes de corps oviformes, et même qui en renfermaient dans leur cavité intérieure; à mesure qu'elles se développent, le kyste grandit, et le liquide sécrété augmente au point de s'élever quelquefois à huit ou dix pintes.

F. Étiologie. — Origine des acéphalocystes. — Le développement de ces vers vésiculaires est un des phénomènes les plus curieux et en même temps les plus inexplicables que puisse nous offrir l'histoire naturelle. Il a excité l'attention d'une foule de médecins et de naturalistes distingués. Une opinion très-ancienne consiste à les regarder comme résultant des maladies des vaisseaux lymphatiques, et, en particulier, de leur dilatation. Ce rapprochement que l'on a fait, erroné sous une foule de rapports , ne demande pas une réfutation sérieuse : aussi nous contenterons-nous de rapporter la doctrine de Bidîoo , qui a résumé à peu près la théorie des anciens (Bidloo, Exercit. anat. chirurg., déc. 1708). Supposant que les vaisseaux lymphatiques sont dilatés , et que les valvules situées dans leur intérieur établissent des séparations entre les vésicules ou hydatides formées par suite de cette dilatation, Bidloo dit que ces hydatides, d'abord unies entre elles, se détachent des parties environnantes, deviennent libres , et tombent dans les cavités naturelles. Goeze , sans avoir précisément cette opinion , parle aussi des lésions des vaisseaux lymphatiques , et leur fait jouer un certain rôle dans la production des hydatides. Brera (Traité des maladies vermineuses) garde le silence sur le développement des acéphalocystes : ne pouvant trouver la plus petite trace de leurs œufs, il se demande si elles ne pourraient pas se former dans l'intérieur des vaisseaux lymphatiques (loc. cit. p. 37).

Une autre théorie, quoique étayée de l'autorité respectable de Linnée (Amœnit. acad., t. n, p. 937), ne compte plus aujourd'hui de partisans. Elle consiste à regarder ces vers comme ayant été introduits dans l'intérieur du corps , où ils changent de forme. Nicolas Andry , en 1 700 , avança que tous les vers trouvés chez l'homme se développent par suite de l'introduction des œufs qui remplissent l'atmosphère (De la génération des vers dans le corps de l'homme). Vallisnieri [Histoire de la génération , et Lettres crit., Ven., 1 721), qui a la gloire d'avoir fixé avec précision les caractères des hydatides , regardait les germes de tous les vers comme apportés par l'homme dès sa naissance. Bloch adopte aussi cette manière de voir , qu'il appuie plutôt sur des raisonnements que sur des preuves de fait. Au reste , toutes les hypothèses que l'on a émises sur la formation des vers, s'appliquent plus particuliè-

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rement à ceux qui jouissent manifestement de la vie, le taenia , le lombric , etc. Quant à l'origine des vers vésiculaires , elle est encore environnée de profondes ténèbres. On a dit qu'ils étaient le produit d'une inflammation qui, modifiant la vitalité du tissu , finissait par amener des changements dans ses actions capillaires. Biais il est facile de voir qu'on n'explique rien en rapportant à un travail d'irritation la génération de ces vers ; car tous les jours nous voyons se former sous nos yeux les produits de l'inflammation , sans qu'ils nous offrent la moindre ressemblance avec des acéphalocystes. Sans doute les lois physiologiques ont changé dans l'organe qui contient ces animaux, mais de quelle manière et à quelle occasion survient cette modification nouvelle des phénomènes de la vie, c'est ce qu'il est impossible de savoir.

Des causes moins immédiates, mais peut-être plus réelles que celles indiquées plus haut , paraissent avoir une certaine influence sur le développement des acéphalocystes. On a observé chez les moutons, les bœufs, et en général chez les animaux qui mangent de grandes quantités de végétaux humides, que la fréquence des acéphalocystes se montrait surtout lorsque ces conditions d'humidité s'étendaient à l'alimentation ou à la localité habitée par les bestiaux. M. Gruveilhier (lot: cit.,, p. 206) pense que l'abondance , la nature végétale, et la mauvaise qualité de la nourriture, ainsi qu'une habitation humide et malsaine, sont des causes non équivoques d'acéphalocyste. 11 se demande si dans certaines circonstances les éléments propres à former ces animaux ne circuleraient pas avec le chyle. « D'après cette manière de voir , des molécules non assimilées, des germes, si l'on veut, s'épancheraient , pour ainsi dire, dans nos tissus, et s'y réuniraient pour former un tout individuel.» Nous n'avons rapporté l'opinion de ce pathologiste que pour montrer l'incertitude qui règne encore au sujet de l'étiologie des vers. Nous terminerons donc, en disant avec Laennec: «Qu'il vaut mieux convenir que nous ne savons rien là-dessus, et que l'observation n'a pas encore arraché à la nature la connaissance de ce mystère. »

G. Durée de la vie. — La durée de la vie des acéphalocystes n'est pas connue. Laennec pense qu'elle ne peut être longue, et que, chez les moutons, les acéphalocystes qui naissent au printemps meurent l'hiver suivant. On en a rencontré chez l'homme qui avaient donné des signes de leur présence plus de dixhuit mois avant la mort de l'individu qui les portait; chez d'autres , elles paraissaient n'exister que depuis quelques mois. On peut remarquer qu'en général la transparence du liquide et des parois appartient à des vers de nouvelle formation , et que les altérations diverses dont nous avons parlé s'observent surtout chez les vers plus anciens.

H. Symptômes qui annoncent leur présence. —

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Les kystes hydatifères apportent souvent une gêne considérable dans l'exercice des fonctions. Les effets fâcheux qui en résultent varient suivant l'organe et le volume de la tumeur. On peut dire que les acéphalocystes, quel que soit leur siège, agissent en général en refoulant et en comprimant les tissus. Aussi , lorsque leur développement est lent et graduel , il arrive souvent qu'on méconnaît leur existence jusqu'au moment où le sujet qui les porte vient à succomber à une affection étrangère; l'autopsie révèle alors des kystes d'un grand volume, dont on n'avait pas soupçonné la présence : quelquefois cependant, lorsque la tumeur acquiert en peu de temps une grosseur telle, qu'elle apporte une gêne mécanique dans l'accomplissement des fonctions , on voit survenir des troubles qui peuvent faire connaître , sinon la nature de la maladie , du moins l'organe qui en est le siège. La tumeur fait une saillie facile à apercevoir , et dans laquelle l'exploration , à l'aide du toucher , fait reconnaître une résistance égale dans tous les points ; cette sensation que donne le kyste hydatifère annonce que le liquide est enfermé dans un sac mince et circonscrit. La percussion médiate ou immédiate , recommandée dans cette circonstance par M. Piorry , permet de limiter assez bien l'étendue des acéphalocystes, quand elles sont situées dans un organe accessible à ce moyen d'investigation, comme le foie, les épiploons, les ovaires, le corps thyroïde.

Un signe plus précieux encore que les précédents est la fluctuation. Elle devient manifeste quand l'organe est placé superficiellement, et que l'acéphalocyste occupe sa surface ; mais si elle est cachée profondément dans le parenchyme des viscères, il est presque impossible d'arriver à un diagnostic certain. Quelques auteurs parlent d'une sensation de frémissement, de collision, produite par le choc des acéphalocystes entre elles. Cette variété de la fluctuation fournirait un moyen précieux pour les faire reconnaître si on la rencontrait fréquemment , mais elle est fort rare ; on a même élevé quelques doutes sur sa réalité : elle ne se présente d'ailleurs que dans le cas où le kyste renferme plusieurs vers qui s'entre-choquent au milieu du liquidé.

La ponction avec un trocart fin et presque capillaire a été proposée encore comme moyen explorateur. M. Récamier s'en est servi dans quelques cas avec succès. Mais on ne saurait trop recommander la plus grande circonspection dans l'emploi de cette méthode, parce qu'elle peut être suivie d'épanchements mortels. Du reste , la ponction n'a encore été mise en usage que pour arriver à la guérison de ces kystes , et comme le premier temps d'une opération sur laquelle nous reviendrons en parlant du traitement.

On ne peut plus conserver de doute sur la nature de l'affection vermineuse , si le malade, après avoir pré-

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sente quelque tumeur en un point du corps où ces animaux se rencontrent souvent, vient à expulser, par les selles, les urines ou les crachats, des débris formés par ces vésicules vivantes. Les cas dans lesquels on a observé ces détritus ne sont pas rares ; nous en ferons connaître quelques-uns lorsqu'il sera question des acéphalocystes en particulier. L'expulsion de sacs membraneux ou de petites vessies encore intactes est véritablement le seul signe pathognomonique de la maladie qui nous occupe : quand on les trouve , on peut être assuré de l'existence des acéphalocystes ; car il est impossible de les confondre avec les autres produits morbides qui peuvent se former dans les tissus et être rejetés au dehors.

Lorsque, au lieu de se rompre dans un canal qui s'ouvre à la surface du corps, le kyste fait irruption dans une cavité séreuse, on voit paraître tous les accidents qui suivent l'inflammation violente de la membrane qui tapisse les viscères; si c'est dans l'abdomen que le kyste s'est rompu, il en résulte une péritonite promptement mortelle.

Le sac qui renferme les acéphalocystes peut disparaître par suite de la mort de ces animaux : dans ce cas, la tumeur qui s'était manifestée dans un des points du corps diminue de jour en jour , jusqu'à ce qu'on n'en retrouve plus de trace. Si le malade ne rend aucune membrane, on est fondé à croire qu'elle a été résorbée, ainsi que le liquide qu'elle contenait : c'est là , du reste , une terminaison heureuse dont il n'est pas toujours possible de découvrir la cause. Il faut , pour que la guérison se soutienne , que le sac qui contenait les vers soit unique , et qu'il ne se reproduise pas dans le même organe ou d'autres parties du corps. Des conditions aussi favorables se présentent rarement ; presque toujours il existe, dans le voisinage du kyste qui s'est rompu et cicatrisé , d'autres kystes qui se développent à leur tour.

Les symptômes généraux offrent encore moins de lumière , pour le diagnostic , que les phénomènes locaux. Si l'inflammation vient à frapper le kyste, et détermine une irritation éliminatoire, et d'autres altérations dans l'organe qui en est le siège, il peut survenir de la fièvre , des frissons , des douleurs vives dans les parties enflammées. C'est souvent à la suite de cette phlegmasie que le kyste contracte des adhérences avec les tissus voisins, et que les acéphalocystes se vident au dehors. Ces guérisons spontanées et imprévues ont été observées dans le foie et les épiploons.

Diagnostic. — 11 est bien difficile de ne pas confondre ces vers vésiculaires avec les abcès froids qui n'ont donné lieu à aucun symptôme ; tous les jours on voit commettre cette erreur pour les abcès du foie que l'on prend pour des acéphalocystes, et vice versa. La sensation de collision que donnent les vessies

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lorsqu'elles s'entre-choquent serait un moyen précieux de les faire reconnaître; mais nous avons dit que ce symptôme manquait souvent. 11 est à peine nécessaire de faire remarquer qu'il est impossible de savoir , pendant la vie , quelle est l'espèce de vers contenus dans la tumeur. Du reste , il importe peu que ce soit une acéphalocyste, un cysticerque fibreux, ou la douve (disloma), qui détermine les accidents, car la thérapeutique est la même.

Pronostic. — Le développement des acéphalocystes dans les organes constitue une affection grave. Le danger est d'autant plus grand , que l'organe qui en est le siège est lui-même plus essentiel à la vie. Aussi les acéphalocystes du cerveau sontelles presque nécessairement mortelles, soit d'une manière primitive, soit par les accidents qu'elles produisent : celles qui occupent le poumon , le mésentère, les épiploons, peuvent rester longtemps sans que la vie du sujet soit compromise ; on peut d'ailleurs espérer que la tumeur se videra par les conduits membraneux qui s'ouvrent à l'extérieur , tels que les bronches, l'intestin, la vessie.

Terminaison. — Toutes les maladies déterminées par leur présence peuvent se terminer , 1 ° par leur expulsion hors du corps de l'homme ; 2° par le resserrement spontané du sac qui les renferme , et sa conversion en une masse fibreuse d'un petit volume; 3° par leur rupture; 4° par leur élimination à la suite d'un travail morbide local.

Traitement. — S'il est vrai que le traitement d'une maladie doive être fondé sur la connaissance de sa nature et de ses causes , on peut facilement prévoir que la plus grande incertitude doit régner au sujet de la thérapeutique dirigée contre les acéphalocystes. Cherchons cependant à préciser les indications qui se présentent à remplir, avant d'énoncer les divers moyens de traitement mis en usage.

Indications à remplir. — La première est de s'opposer au développement des vers; la seconde, de chercher à les faire périr lorsqu'ils sont développés.

Ire Indication. — Nous avons dit que les acéphalocystes se présentaient en grand nombre chez les animaux soumis au froid humide, et à une alimentation composée de végétaux frais et imprégnés d'eau. Quoiqu'on ne possède aucune observation qui démontre d'une manière certaine que ces conditions hygiéniques agissent sur l'homme de la même manière que sur les animaux, on serait coupable de ne pas en tenir compte. Ilfaut donc prescrire l'habitation d'un lieu sec et bien aéré. Quelques observations nous apprennent que les acéphalocystes ne tardent pas à périr chez les animaux que l'on transporte des pâturages marécageux où ils vivaient, dans des lieux élevés et bien secs. On a proposé aussi, comme traitement prophylactique, l'usage du sel, parce que l'on a remarqué que les mou-

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tons qui paissent dans des marais salants, ou qui mangent cette substance saline mêlée à leurs aliments, sont préservés de la maladie.

IIe Indication. — Baumes {Annal, de méd. prat. de Montpellier) a fait connaître plusieurs observations qui tendent à prouver que le proto-chlorure de mercure a la propriété de faire périr les vers vésiculaires, et d'en déterminer l'expulsion. Depuis, on a recommandé ce remède contre les affections vermineuses en général , et dans le cas particulier dont il s'agit; cependant nous l'avons vu employer sans succès dans des cas où l'existence des hydatides n'était pas douteuse, puisqu'elle fut révélée par l'autopsie. Sans prétendre qu'on doive rejeter ce remède, nous croyons qu'on en a trop exagéré l'efficacité. Lorsqu'on a recours à ce médicament , faut-il élever les doses jusqu'à produire la salivation ? C'est là un moyen puissant de modifier les mouvements moléculaires des parenchymes , d'agir sur la nutrition des kystes , et sur les liquides qui y sont contenus.

On a proposé encore l'huile empyreumatique et le pétrole. Le premier remède , inventé par Chabert , et connu aussi sous le nom d'huile anthelminthique , a produit d'excellents effets, suivant son inventeur.Voici comment elle doit être préparée : Pr. Huile empyreumatique de corne de cerf, une partie ; huile de thérébentine , trois parties , et mêlez ; au bout de quatre jours on fait distiller ce mélange au bain de sable dans une cornue de verre, et on en retire les trois quarts; on se sert seulement du liquide qui se trouve transvasé. Chabert l'a administré avec succès aux animaux , dans le but d'expulser les vers de toute espèce : il fit rendre à une petite fille de douze ans des douves du foie. Goeze, Brera, Rudolphi, le considèrent comme un médicament très-efficace. Bremser (loc. cit., p. 497) qui l'a prescrit à plusieurs malades, se félicite beaucoup de l'avoir employé. On commence par le donner à la dose de hm'.t à dix gouttes, trois fois par jour, dans une tasse de bouillon ou tout autre véhicule.

L'hydro- chlorate c!e soude a aussi été préconisé; Laennec n'est pas éloigné de croire qu'il puisse réussirdans quelques circonstances. Aucun fait propre à confirmer cette opinion n'est venu à notre connaissance. Percy a bien fait rendre, au moyen de lavements salés , des vers vésiculaires contenus dans la matrice ; mais il nous paraît probable que le sel a agi dans ce cas en excitant les contractions de la matrice.

On a aussi voulu détruire les kystes acéphalocystes par un procédé chirurgical. M. Récanner a proposé , comme méthode générale, de pratiquer dans les kystes une ponction exploratrice à l'aide d'un trocart très-fin. Lorsqu'on s'est assuré ainsi de l'existence de l'acéphalocyste , on place quelques jours après une traînée de potasse caustique sur le point le plus saillant de la tumeur, afin d'amener des adhérences entre les parois

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de la cavité splanchnique et le kyste ; on fait ensuite une seconde application assez profonde pour pénétrer jusque dans le sac. A l'aide d'injection avec l'eau tiède et la décoction d'orge miellée, on prévient une suppuration trop abondante, et on permet aux parois de se rapprocher graduellement. Nous ne dirons rien de plus de cette opération chirurgicale, destinée à détruire les acéphalocystes , parce que nous ferons connaître tout ce qui a trait à ce mode de traitement, lorsqu'il sera question des acéphalocystes du foie , auquel on l'a surtout appliqué.

Variétés des espèces d acéphalocystes. — On pourrait établir un grand nombre d'espèces si on voulait prendre en considération la différence de forme , d'aspect, de coloration , et d'autres caractères qui peuvent se présenter dans les acéphalocystes. Nous avons parlé déjà des trois espèces que Laennec a décrites sous les noms suivants : 1° Acéphalocyste à œuf, Acephal. ovoidea , vesicularis , corporibus ovalibus intùs prœdita ; — 2° Acéphalocyste à bourgeons, Acephal. surculigera, simplex, vesicularis , surculis intùs prœdita ; — 3° Acéphalocyste à grains , Acephal. granosa , simplex vesicularis , granulis intùs prœdita. Ces trois espèces différentes, fondées sur la présence de petits grains d'aspect variable, déposés sur les parois du sac , ne sont pas les seules observées par Laennec ; il en a encore décrit d'autres. V acéphalocyste étranglée, Acephal. inlersccta , est celle dont les parois forment des espèces de cul-de-sac dont l'orifice est étranglée et plus étroit que le fond ; X acéphalocyste à anse, Acephal. ansa, dont une portion constitue une cavité creuse qui communique avec le reste du ver; enfin f 'acéphalocyste aplatie, Aceplï. plana : celle-ci demande une description plus détaillée. Dupuytren trouva, dans une tumeur placée vers le poignet, des corps de forme variée : les uns , ovalaires , les autres allongés , d'autres triangulaires , tous plats , de deux à six lignes de long , d'un blanc laiteux, opaques dans leur centre , transparents à leur circonférence. Ces corps étaient composés de deux sub stances: l'une extérieure, semblable au blanc d'œuf cuit ; l'autre intérieure , grise , semblable à de la gélatine : ces corps étaient creux dans leur centre. Laennec ne doutait pas que ce ne fussent des acéphalocystes. On a eu plusieurs fois l'occasion de les rencontrer dans les kystes situés autour des articulations et dans les bourses muqueuses. L'acéphalocyste cystifère, Acephal. cystijera, n'est vraiment qu'une variété de Y Acephal. ovoidea, dont elle ne diffère que par ses vésicules creuses dès leur apparition.

L'auteur, qui admet ces sept sortes d'acéphalocystes, est très-porté à croire qu'elles sont autant d'espèces distinctes. Quant aux variétés d'acéphalocystes, à anse, plane, étranglée, il croit avec raison qu'elles ont beau coup de rapport les unes avec les autres. Nous pensons

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qu'il faut s'attacher particulièrement aux trois premières, les autres n'étant fondées que sur la forme affectée par les parois. Si l'on s'arrête aux caractères tirés de la configuration extérieure pour créer des espèces, nous ne voyons pas pourquoi on ne ferait pas aussi une variété de l'hydatide pendante, hydatides pcndulœ, que nous avons décrite en parlant des kystes et de leurs rapports avec les organes environnants.

Luedersen(H. c. 1. Dehydatidibus diss. inaugur., in-4°, Goti., 1808) envisageant les hydatides d'une manière générale , les a rangées en sept groupes : 1° les vésicules ayant des corpuscules saillants, pourvues d'organes de différentes sortes , contenues quelquefois dans une capside externe; 2° les vésicules sphériques , arrondies , enfermées dans un kyste ; 3° celles qui contiennent de petits vers libres ; 4° celles qui adhèrent à une partie sans être entourées d'une capsule externe; 5° celles qui sont réunies entre elles comme les grains d'un chapelet; 6° celles de forme variable, attachées au corps par un pédicule , et affectant la forme d'une grappe; 7° enfin les vésicules dont l'adhérence au corps est si intime qu'on ne peut les séparer sans dilacération.

M. H. GloqmtÇFaune des médecins) a ajouté aux espèces décrites par Laennec une autre acéphalocyste, sous le nom de granuleuse, Acephal. granulosa, trouvée dans la capsule du tendon du grand fessier ; on la reconnaît à ses granulations aplaties , lenticulaires , hy datif ormes.

On a établi quelques dénominations d'aprèsle nombre des acéphalocystes. On a nommé solitaire, Acephal. cremita velslerilis, celle qui est seule dans un kyste, et multiple, Acephal. socialis vel proliféra, celles qui sont réunies en grand nombre dans le même sac.

Diagnostic. — Reconnaître anatomiquement les différentes vésicules morbifques et les vers vési- < ulaircs confondus avec les acéphalocystes. — Avant de chercher la place que l'acéphalocyste occupe dans les descriptions d'anatomie pathologique , les nosographies , les classifications des naturalistes , nous devons , pour ne laisser aucune incertitude sur le vaste sujet que nous traitons, chercher à distinguer les différents tissus , produits, ou animaux que l'on a confondus souvent avec elle. La synonymie compliquée placée en tête de cet article prouve que ce travail est indispensable.

Souvent on a compris sous le nom d'hydatides toutes sortes de vésicules morbifiques, telles que des acéphalocystes , des tumeurs enkystées graisseuses, athéromaleuses , des tubercules , des bourses séreuses accidentelles , et plusieurs vers vésiculaires. Ge n'est qu'à la fin du siècle dernier, et au commencement de celui-ci, que les travaux des helminthologues, réunis à ceux des pathologistes , ont répandu quelque lumière sur ce point obscur de médecine. Laennec, en établissant

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les caractères du genre acéphalocyste, a rendu un véritable service à l'anatomie pathologique.

Kystes séreux. — Ils ont quelque ressemblance avec le kyste qui renferme les acéphalocystes; comme lui ils offrent une cavité fermée de toutes parts , adhérente par une de ses faces , tandis que l'autre est libre , lisse et tomenteuse, en contact avec un liquide qui la lubréfie ; leur face externe est floconneuse , cellulaire , quelquefois fibreuse , et intimement unie aux organes voisins. Il serait difficile de découvrir leur véritable nature si l'on s'arrêtait à leur configuration extérieure ; mais l'erreur n'est plus possible dès qu'on a ouvert leur cavité. En effet , l'intérieur des faux kystes est rempli, tantôt d'un liquide séreux limpide, tantôt d'une matière épaisse , albumineuse , ou de graisse , enfin de mucus , et de substances diverses dont la densité est variable à l'infini ; mais on n'y trouve jamais ces vessies lisses , entièrement libres , et nageant dans un liquide, qui font reconnaître sur-le-champ les véritables kystes acéphalocystifères. Les vrais kystes contiennent quelquefois de la matière albumineuse, des débris membraneux qui proviennent de la mort des acéphalocystes ; il faut être prévenu que l'on rencontre aussi dans quelques faux kystes ces produits de l'inflammation qui simulent les membranes flétries des vers vésiculaires, au point même de rendre la distinction assez difficile à établir. Dans toute autre circonstance, on ne conservera aucun doute , surtout si on adopte la définition de l'acéphalocyste donnée par Laennec, Bremser et d'autres médecins. En effet, toutes les fois que dans un kyste il y a une ou plusieurs vessies libres et sans adhérence flottant dans un liquide , on est sûr que la tumeur, quel que soit son siège, n'est pas un kyste séreux , mais un produit organique qui jouit d'une existence à part.

Échinocoque. — Le ver vésiculaire qui a le plus de rapport avec l'acéphalocyste est l'échinocoque de l'homme. Il consiste en une seide vessie caudale , qui sert de support commun à plusieurs corps d'une figure pyriforme , rétrécis vers le lieu de leur insertion , qui se fait à la face interne de la vessie. On pourrait confondre ces corps avec ceux décrits sous le nom d'oviformes , de granulation. Cette erreur a été plusieurs fois commise , comme on peut le voir dans Bremser (loc. cit., p. 303). On reconnaîtra l'échinocoque à sa tête armée d'un seul rang de crochets, dépourvue de suçoir. On lui a donné ce nom à cause de l'aspect hérissé de sa surface (aoxxu; , coque, s^îvoç, hérissée de piquants). Ce genre, établi par Rudolphi dans sa cinquième famille (Rudolphi , loc. cit., Entozoaires cystiques, p. 215; Échinocoque, p. 247 etsuiv.) , renferme, suivant lui , les acéphalocystes de Laennec et de Luedersen. Du reste, cet échinocoque, encore mal connu , est pour beaucoup de naturalistes un être fort douteux.

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L'acéphalocyste a encore été confondue avec une foule d'autres vers vésiculaires ; la confusion est portée à tel point , qu'il est souvent impossible de pouvoir établir unesynonymie rigoureuse. Ghaque auteur a donné un nom différent au même animal, et souvent sa description ne ressemble en aucune manière à celle que l'on trouve dans d'autres ouvrages.

Cysticerque. — Le cysticerque se distingue des autresjvers, par son corps allongé, cylindroïde, conoïde, terminé antérieurement par une tête munie, comme celle des taenias, de papilles et d'une couronne de crochets; postérieurement, par une vessie dite caudale, de l'orme et de grandeur variables. Pallas a décrit sous le nom de tœnias hydatigènes, le cysticerque fibreux île Laennec; il n'a qu'une ressemblance trës-éloignée avec l'acéphalocyste, puisqu'il n'a jamais été possible d'apercevoir à la surface de ce dernier aucun organe analogue à la tête et aux crochets du cysticerque. Cependant plusieurs médecins ont réuni sous le nom de Uenia les acéphalocystes et les cysticerques : il faut observer d'ailleurs que le kyste extérieur qui reni erme le cysticerque est semblable à celui de ces derniers animaux. Pour éviter toute erreur, il faut examiner la vessie incluse à l'aide du microscope, ou même à l'œil nu. Gmeïin (S'yst. nat., pars vi, p. 3059), qui a eu occasion de les observer, a confondu les variétés de l'acéphalocyste avec le taenia globosa et ie taenia visceralis. Mougeot {Essai zoologique et médical sur les hydatides , p. 31) les a prises jour le taenia visceralis de Gmelin; Goeze, pour des vers vésiculaires imparfaits, dont la tête n'était pas encore formée ; Blooch (Vermium inlest. brev. expos., etc. 1782, 1786), a parlé du vermis vesicularis:mais c'est du cysticerque fibreux, et non des icéphalocystes, qu'il est question dans ce passage. ïreutler [Observ. path. analomicœ auctarium , Lips., 1 793 , p. 14 et suiv.) , dans le chapitre intitulé Quœdam de tœnia viscerali, regarde comme des i ers les vésicules qu'il a trouvées dans les cadavres ùes hydropiques , sur le diaphragme , le foie, les reins et le tissu cellulaire qui les entoure. On ne peut que conserver des doutes en lisant l'auteur que je viens de citer. Le ver indiqué par Mougeot {loc. 67f.)sousle i'om d'hydatide viscérale est le même, sous tous les rapports, que l'acéphalocyste. Nous ferons observer, avec Laennec, « que le taenia visceralis de quelques naturalistes est une espèce fondée sur des observions inexactes, incohérentes, relative à des objets divers. »

Classifications. — Nous avons vu, en parlant de la nature des acéphalocystes, que plusieurs médecins avaient refusé de les considérer comme des êtres vivants. La place qu'elles ont occupée dans les classifications est donc bien différente, suivant chaque auteur. Hartmann en Allemagne, Tyson en Angleterre, et Mal-

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pighi, reconnurent que certaines vésicules, désignées sous le nom d'hydatides , jouissaient de la vie. Linnée (Syst. nat., xii , p. 1 320 , n. 5) les rangea parmi les hydres, sous le nom à'hydra-hydatula. Pallas rapprocha les vers vésiculaires des taenias ; ils furent longtemps réunis avec les espèces de ce genre, et retirés de la place que Linnée leur avait assignée parmi les hydres. Blooch les avait réunis aux Garyophillées, dans son deuxième ordre des vers ronds. Zéder , dans son premier supplément à l'histoire des vers intestins de Goeze, publié en 1800, rangea les acéphalocystes dans le deuxième genre, qui comprend les vers renfermés dans un kyste externe , et offrant une multitude de corps très-petits sur la vessie. Ce genre répond aux espèces établies par Goeze sous le nom de tœnia visceralis socialis granulosa. Brera les a décrites dans sa seconde classe, qui comprend les vers vésiculaires. Rudolphi distingue les hydatides en vivantes et non vivantes; suivant lui , l'échinocoque est une hydatide vivante. Il paraît, comme le remarque Bremser {loc. cit., p. 294), que Rudolphi fondait cette division sur la présence de petits corps mycroscopiques, pourvus de crochets , qui sont contenus dans la vessie de l'échinocoque. Si l'on veut lire ce qui a trait à l'histoire des acéphalocystes dans l'ouvrage de Rudolphi , il faut recourir à ses articles échikocoques ( vol. h , p. 247), hydatide , courus (vol. n, p. 243). Bremser a placé les acéphalocystes dans le cinquième ordre des Cystoïdes cystica (p. 140, 294 et suiv.).

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